Le Défap au Sénégal : un projet au cœur des enjeux de développement rural
Le 1er novembre 2025, dans le cadre de sa mission au Sénégal, Maëlle Nkot, responsable des projets et des partenariats au Défap, a visité la paroisse de Mbetite, relevant de l’Église Luthérienne du Sénégal (ELS). Cette visite avait pour objectif de faire un point d’étape sur un projet de mini-forage soutenu par le Défap, destiné à améliorer l’accès à l’eau et à soutenir des activités agro-pastorales génératrices de revenus.
Un village confronté à la rareté de l’eau douce
Situé dans la région de Fatick, à environ 250 kilomètres de Dakar, Mbetite est un village rural regroupant une paroisse composée de huit congrégations issues des villages environnants. L’accès à l’eau douce y constitue un enjeu majeur. L’eau du réseau public est salée, obligeant les habitants — y compris ceux raccordés — à s’approvisionner dans des puits situés dans les bas-fonds.C’est dans ce contexte qu’un projet de mini-forage a été lancé, avec une ambition double : répondre à un besoin vital et permettre le développement d’activités agro-pastorales susceptibles de générer des revenus pour la paroisse, notamment dans un contexte ecclésial fragilisé par le retrait de la mission finlandaise et la prise en charge locale des salaires pastoraux.
Les réalisations du projet de Mbetite
Le constat dressé lors de la visite est contrasté. Les infrastructures prévues ont bien été réalisées : forage, réservoir, portail, grillages de sécurisation des parcelles. Toutefois, le forage, d’une profondeur de 24 mètres, capte une eau salée, le rendant impropre à l’usage prévu. Cet imprévu limite fortement l’impact immédiat du projet, mais n’annule pas les réalisations déjà engagées ni la dynamique communautaire enclenchée.
Malgré l’absence d’eau douce exploitable, les fonds mobilisés ont permis plusieurs avancées significatives. Des arbres fruitiers — manguiers et citronniers — ont été plantés après l’abattage d’arbres sauvages, marquant une volonté d’inscrire le projet dans une perspective de long terme. Une personne sera chargée de l’arrosage de ces arbres avec de l’eau douce livrée par citerne, même si cette solution ne peut s’appliquer au maraîchage. La communauté prévoit également la construction d’un poulailler. Celle-ci est volontairement différée à la saison des pluies afin d’éviter les pertes liées aux fortes chaleurs. La paroisse a par ailleurs profité de cette dynamique pour engager des réfections utiles à la vie communautaire, notamment la construction de toilettes accessibles au public et l’aménagement de salles destinées au futur poulailler.
Des pistes pour l’avenir du projet
Plusieurs options techniques ont été évoquées. L’hypothèse d’un forage plus profond (jusqu’à 80 mètres) a été suggérée, mais nécessite impérativement l’avis d’un géologue ou hydrologue afin d’en évaluer la faisabilité. L’option d’un système de filtration a été écartée, jugée trop coûteuse, énergivore et inadaptée à un usage agricole. Le renforcement des grillages est également envisagé pour protéger les parcelles des animaux en période de sécheresse. Au-delà des difficultés, la visite a été marquée par la détermination et l’optimisme de la communauté. Ngor Sene, président de la paroisse, a souligné que le projet bénéficie à l’ensemble du village. La plantation des arbres symbolise cet état d’esprit : ne pas se laisser paralyser par l’absence d’eau, mais continuer à agir. L’accueil réservé à la délégation du Défap a été particulièrement chaleureux, témoignant d’une profonde reconnaissance pour ce soutien.
Stage franco-sénégalais : Regards croisés sur le témoignage chrétien en contextes minoritaires
Du 17 au 26 février 2025, un stage de formation unique en son genre s’est tenu au Sénégal, réunissant vingt pasteurs venus de France, de Belgique et du Sénégal. Organisée par la CPLR et le Défap, avec le soutien de la CEVAA, cette rencontre visait à explorer les défis du témoignage chrétien dans des contextes minoritaires ou sécularisés.
Un dialogue interculturel entre pasteurs d’Europe et d’Afrique
Ce séminaire, intitulé « Contextes minoritaires ou sécularisés : regards croisés sur le témoignage entre France et Sénégal », a permis aux participants d’interroger la manière dont le message chrétien peut être vécu et partagé selon les réalités locales. Comment rendre compte de la foi chrétienne dans des sociétés où les protestants sont largement minoritaires ? Quelles stratégies adopter pour témoigner de l’Évangile dans des contextes pluriels, marqués par la diversité religieuse et culturelle ?
Le choix du Sénégal pour cette formation n’était pas anodin. Dans un pays où l’islam est majoritaire à 95 %, les Églises protestantes évoluent dans un cadre où le dialogue interreligieux est essentiel. Ce contexte contrastait fortement avec la réalité française ou belge, où la sécularisation marque profondément les pratiques et l’identité chrétiennes.
Un programme riche entre enseignements et immersion
La formation s’est déroulée autour de plusieurs axes :
Apports théoriques : Les participants ont bénéficié d’interventions sur la missiologie, la théologie interculturelle et l’islamologie. Plusieurs intervenants de qualité ont répondu à l’appel : Gilles Vidal, chercheur en missiologie, Jean-Patrick Nkolo Fanga, professeur de théologie pratique, ainsi que des Sénégalais, Diégane Sene, professeur en sociologie, Seydi Diamil Niane, professeur et islamologue à l’Institut Fondamental de l’Afrique Noire (IFAN), Latyr Diouf, président de l’Église Luthérienne du Sénégal, André Ouattara, modérateur de l’Église Protestante Réformée du Sénégal.
Travail en mini-groupes : Des échanges approfondis ont eu lieu sur des thèmes comme la bénédiction pastorale ou la contextualisation théologique, permettant de confronter les expériences et d’explorer les liens entre théologie et culture.
Immersion dans la vie locale : Au-delà des sessions académiques, les pasteurs ont célébré des cultes dans les Églises protestantes locales et participé à des rencontres interreligieuses, notamment à la Grande Mosquée de Dakar.
Découverte culturelle : Des visites à l’île de Gorée, lieu de mémoire de la traite négrière, et à la réserve de Bandia ont permis aux participants de mieux comprendre l’histoire et la richesse culturelle du Sénégal.
Ce stage a été marqué par une grande fraternité et un profond respect mutuel. Fondé sur la réciprocité, il aura un deuxième volet, les pasteurs français et belges accueilleront leurs homologues sénégalais pour un séjour de formation en France en juin 2026, où leurs homologues sénégalais seront à leur tour accueillis.
Un groupe WhatsApp a été créé pour maintenir le lien et poursuivre les discussions. Cette dynamique témoigne de l’importance de ces rencontres dans la réflexion sur le témoignage chrétien aujourd’hui.
Une formation, un pont entre les cultures, un témoignage vivant.
Cinq projets solidaires à soutenir en 2025
Chaque année, le Défap soutient des projets divers à l’international, permettant de répondre aux besoins locaux des communautés des Églises sœurs. Voici cinq projets qui s’inscrivent dans le cadre de cet engagement : renforcer les liens avec les partenaires et lutter pour la justice climatique et le respect de la dignité humaine. De l’acquisition d’un minibus pour le transport sécurisé des enfants, au renforcement de la formation théologique, en passant par le soutien à l’agroécologie, ces projets témoignent de l’importance ces actions de solidarité. Vous aussi vous pouvez soutenir ces initiatives pour contribuer à leur succès et à la transformation des vies dans ces communautés.
1. Sénégal : soutien à la paroisse de Mbettite, un projet pour un avenir durable
Au cœur du Sénégal rural, la paroisse de Mbettite fait face à des défis économiques et environnementaux majeurs. Dans ce pays où l’agriculture dépend de trois mois de pluies annuelles, les rendements sont limités, fragilisant les conditions de vie des habitants.
Pour répondre à ces enjeux, la paroisse a initié un projet ambitieux visant à renforcer l’autosuffisance alimentaire et à générer des revenus durables. Concrètement, il s’agit de sécuriser un champ communautaire, d’y développer des pratiques agricoles durables (agroforesterie, maraîchage, élevage) et d’installer un mini-forage.
Ce projet ne se limite pas à l’agriculture : il contribue aussi à la cohésion sociale en rassemblant différentes confessions autour d’un objectif commun. Il lutte contre l’exode rural et l’immigration clandestine en offrant aux jeunes des perspectives locales. Grâce à l’engagement des agriculteurs et éleveurs de la région et à l’ouverture de la population aux initiatives de développement, ce projet pourrait bénéficier à environ 1100 habitants, soit toute la population du village.
En soutenant la paroisse de Mbettite, vous participez à un projet porteur d’espoir, d’autonomie et de résilience pour toute une communauté.
Aux portes du Parc National des Virunga, la ville de Goma et ses environs sont confrontés à une déforestation massive. Face au chômage, de nombreux jeunes n’ont d’autre choix que de couper du bois dans le parc pour en faire du charbon destiné à la vente, mettant en péril cet écosystème unique. Cette surexploitation accentue les dérèglements climatiques, bouleverse les saisons agricoles et fragilise encore plus les populations locales.
Pour répondre à cette urgence, la Communauté Baptiste au Centre de l’Afrique (CBCA) – paroisse Ndosho a lancé un projet innovant alliant formation et entrepreneuriat. L’objectif est double : sensibiliser les jeunes aux enjeux environnementaux et leur offrir des alternatives économiques durables. À travers des formations à la fabrication de foyers à cuisson améliorés (qui réduisent la consommation de bois), en pâtisserie et en entrepreneuriat, le projet permet à ces jeunes de développer des compétences et de créer leurs propres entreprises.
Grâce à un système de crédits rotatifs, les bénéficiaires reçoivent un soutien matériel et financier pour démarrer leur activité, avec un impact positif qui se propage bien au-delà des seuls participants : réduction de la pression sur les forêts, économie de bois pour les familles, et création d’emplois locaux.
Ce projet est une véritable solution d’avenir : il protège l’environnement tout en luttant contre la pauvreté et le chômage. Soutenir cette initiative, c’est contribuer à préserver l’un des joyaux naturels de l’Afrique et à offrir de nouvelles perspectives aux jeunes de Goma.
À Goma, en RDC, l’insécurité croissante et la criminalité mettent en péril le quotidien des familles, en particulier celui des jeunes enfants. Le kidnapping est devenu une menace constante, obligeant les parents à redoubler de vigilance. Dans ce contexte, la crèche « La Graine » s’impose comme un refuge sûr, offrant un accueil sécurisé et éducatif aux enfants de 2 mois à 5 ans, tout en permettant aux mères de conserver leur emploi.
Mais un problème majeur subsiste : le transport des enfants. De nombreux parents doivent parcourir de longues distances pour amener leurs enfants à la crèche, souvent à pied ou sur des taxis-motos, exposant les plus petits à des risques d’accidents ou d’enlèvements. Face à cette réalité, l’acquisition d’un minibus devient une solution essentielle.
Ce projet vise à financer l’achat d’un minibus sécurisé pour :
protéger les enfants en leur évitant des trajets dangereux
faciliter la vie des parents, qui arriveront à l’heure au travail
faciliter l’accès à la crèche aux familles éloignées
renforcer la visibilité de la crèche, encourageant ainsi plus de parents à y inscrire leurs enfants.
Grâce à ce transport scolaire, les enfants pourront se rendre en toute sécurité à « La Graine » chaque jour, bénéficiant d’un cadre bienveillant et éducatif.
Soutenir ce projet, c’est offrir un avenir plus sûr aux enfants et soulager les familles de Goma.
Le Secaar (Service Chrétien d’Appui à l’Animation Rurale), acteur majeur du développement rural, met en œuvre des solutions innovantes pour encourager une agriculture durable en Afrique. Face à l’usage intensif d’engrais chimiques et de pesticides, le Secaar lance un projet innovant à destination des agriculteurs et agricultrices pour :
Remplacer les produits chimiques de synthèse par des alternatives naturelles (biopesticides et compost)
Former les agriculteurs et agricultrices aux pratiques agroécologiques et au séchage solaire de légumes produits localement
Réduire l’empreinte écologique des exploitations agricoles en diminuant leurs émissions de gaz à effet de serre.
Grâce à cette initiative, le Secaar ne se contente pas de sensibiliser : il offre des solutions concrètes aux agriculteurs pour une production plus responsable et plus durable !
L’Université de l’Alliance Chrétienne (UAC) de Boma, leader dans la formation des théologiens au Kongo Central (RDC), s’engage à offrir une éducation de qualité, alliant excellence académique et profondeur spirituelle.
Dans cette optique, un programme d’échange de professeurs avec l’Université Protestante au Congo (UPC) de Kinshasa a été mis en place. Depuis plusieurs années, huit enseignants de l’UPC viennent dispenser des cours essentiels en Théologie Systématique, Ancien Testament, Nouveau Testament, Théologie Pratique, Histoire et Missiologie.
Ce projet vise à renforcer ces échanges, en garantissant aux étudiants :
un enseignement de qualité
un accès aux dernières recherches et publications théologiques
une formation plus complète et plus rigoureuse, préparant efficacement les futurs pasteurs et théologiens.
S’inscrivant dans la dynamique des associations ASTHEOL (Association de formation théologique d’Afrique Centrale) dont I’UAC fait partie, ATIEA (Association des Institutions de formation théologique d’Afrique orientale) et ATISCA (Association des Institutions de formation d’Afrique australe et centrale), ce projet contribue également à la coopération entre les institutions théologiques africaines pour améliorer la qualité de la formation et favoriser le développement des enseignants et chercheurs.
Soutenir ce projet, c’est investir dans l’avenir de la formation théologique en RDC !
Johanna : «C’est important pour moi que mon activité soit alignée sur mes valeurs»
Johanna faisait partie de la quinzaine de candidates et candidats qui ont participé à la session de formation au départ du Défap en juillet dernier. Sa destination : le Sénégal, où elle a passé son enfance.
Je suis Johanna, j’ai 25 ans et je viens d’obtenir mon diplôme d’architecte.
Ma motivation principale est de m’engager pour le développement de mon pays d’enfance, le Sénégal. Je souhaite m’engager aux côtés de mes parents dans l’association qu’ils ont fondée en mettant mes compétences et ma créativité au service des communautés locales. C’est important pour moi que mon activité soit alignée sur mes valeurs, en particulier concernant la lutte contre la précarité et la dégradation de l’environnement. Je souhaite œuvrer au sein d’une structure fortement engagée dans ces domaines, durant ce VSI et dans le futur. Cette année de volontariat pourrait, je l’espère, constituer une transition entre la vie étudiante en Europe et la profession d’architecte au Sénégal.
Le centre agroécologique de Beer Shéba étend ses activités dans plusieurs domaines: production agricole, santé, éducation et hébergement.
Ma mission consistera à la conception de divers bâtiments destinés à ces activités.
Mettre mes compétences et ma créativité au service des communautés locales
Je serai également responsable du design graphique (affiches, produits, livrets) et de maintenir les plateformes de communication du projet.
En parallèle, je serai amenée à participer à l’embellissement du site par des plantations et installations, et à soutenir les événements ponctuels tels que les marchés et journées portes ouvertes organisées par l’association.
En tant qu’enfant d’expatriés retournant dans mon pays de cœur, j’ai apprécié la formation de départ pour la qualité de son contenu. De nombreux intervenants ont mis des mots sur des phénomènes et pratiques que je connais sans savoir les nommer de manière aussi précise. Les outils d’analyse et conseils de posture donnés me semblent très pertinents, et m’aident à éclaircir les pensées que j’associe à mon départ proche.
Je n’oublie évidemment pas de mentionner la richesse des échanges au sein du groupe des envoyés, et la bienveillance ambiante instaurée par l’équipe du Défap !
Johanna
Tijmen : aider à créer une ferme expérimentale en Tunisie
Pourquoi une ferme expérimentale ? Tout simplement pour aider à promouvoir, et faire la démonstration de techniques agricoles destinées à lutter contre l’avancée du désert, et à rendre leur fertilité à des terres rendues stériles par le réchauffement climatique. Un projet mené en lien avec l’association Abel Granier et l’Église Réformée de Tunisie, qui a fait de cette lutte contre la désertification l’un des axes majeurs de son engagement.
J’ai le plaisir de partager avec vous l’aventure que je vais vivre l’année prochaine en Tunisie.
Pour vous donner un peu de contexte, je vis déjà en Tunisie depuis 2 ans, travaillant dans le domaine de l’agriculture.
Une brève description de l’arrière-plan
Il est intéressant de noter que mes études ne sont pas celles d’un agronome ; j’ai étudié le Commerce International et les Langues à Rotterdam, aux Pays-Bas. Pendant mes études j’ai été contacté par une entreprise Hollandaise afin d’effectuer mon stage au Maroc en 2016. Le but du stage était de rédiger un plan de faisabilité déterminant s’il était réaliste, faisable et rentable de démarrer une production d’amandes au Maroc en tant qu’entreprise étrangère. Sans le savoir, cette expérience a contribué à mon cheminement vers la Tunisie et le domaine de l’agriculture.
Après avoir obtenu mon diplôme à Rotterdam et travaillé quelque temps aux Pays-Bas, la même entreprise qui m’avait envoyé au Maroc pour un stage m’a contacté et m’a présenté la possibilité de m’impliquer dans un projet en Tunisie. J’ai vu comment Dieu guidait les choses, ce qui m’a donné une paix profonde pour aller en Tunisie, même s’il n’était pas facile de quitter les Pays-Bas.
Le projet qui m’a été proposé et pour lequel je suis parti en Tunisie en 2021 s’articulait autour de deux axes de travail :
D’une part, nous avons constaté que les agriculteurs tunisiens, les collecteurs et les exportateurs de produits agricoles subissent de nombreuses pertes post-récolte, dues à des problèmes de désinfection et de stockage. Cela nous a amené à mettre en place des partenariats avec des entreprises néerlandaises fournissant des solutions post-récolte. Ma responsabilité était d’introduire ces solutions sur le marché tunisien.
D’autre part, mon rôle était de développer une initiative axée sur la création d’une ferme polyvalente dans la région nord du pays. La vision de la ferme est de développer des activités agricoles commerciales (qui répondent à des besoins réels dans le contexte tunisien), de créer un espace où des événements peuvent être accueillis (cela inclut l’agrotourisme et les activités liées à l’église) et de créer un écocentre axé sur la recherche de nouvelles méthodes et techniques agricoles pertinentes pour la région. Le projet de ferme est vraiment destiné à être une bénédiction pour la région et pour l’Église en Tunisie.
Le travail de représentation commerciale a pris une grande partie de mon temps au cours des deux premières années, ce qui a été une expérience d’apprentissage enrichissante. Cependant, je souhaite m’impliquer plus concrètement dans l’initiative agricole (la ferme). C’est ma principale motivation pour la nouvelle année qui débutera en septembre. Grâce au contrat de volontariat, je serai officiellement plus impliquée dans l’initiative agricole de la ferme dans le cadre de mon rôle dans « la gestion du projet ».
Au cours de ces deux dernières années, nous (l’équipe) avons pu affiner notre vision et découvrir les activités agri commerciales les plus pertinentes et les plus compatibles avec le contexte agricole et économique actuel en Tunisie. Nous avons pu progresser dans les préparatifs et sommes maintenant prêts à prendre des mesures concrètes (telles que l’acquisition d’un terrain suivie de l’exécution directe d’activités agricoles). Nous visons acquérir au moins 30ha (nous avons déjà des prospections des terrains disponibles) pour une production caprin (avec trois produits finis : fromage, viande et multiplication des chèvres). Au même temps, nous allons prioriser la reforestation à travers de la plantation des arbres (une grande nécessité en Tunisie), et la mise en place d’une lieu d’accueil.
À présent, nous sommes en train de contacter des personnes, collectifs (tels que les Églises) entreprises et organisations en cherchant des possibilités de financement et partenariat pour avancer dans la mise en place du projet. Est-ce que notre initiative vous interpelle et vous voudriez découvrir des opportunités de soutien / partenariat dans le cadre de l’initiative de la ferme ? N’hésitez pas à contacter le Défap pour se mettre en contact.
D’un point de vue personnel, je suis ouvert à l’idée de rester plus longtemps dans le pays ; mais à travers les activités et les développements de cette année, j’espère que Dieu me montrera la direction pour les années à venir. Je suis prêt à être surpris.
En outre, j’espère pouvoir me plonger dans l’exécution d’activités agricoles (mettre les mains dans la boue !) – car jusqu’à maintenant j’ai été plus impliqué dans des activités d’étude de marche ou bien activités commerciales. J’aimerais développer une passion pour les activités agricoles dans lesquels je serai impliqué.
Alors, qu’est-ce que cette formation au Défap m’a appris ?
Il a été rafraîchissant de plonger plus profondément dans les structures présentes dans ma façon de réfléchir, qui affectent réellement ma perception de la réalité. La formation, à travers des cours tels que l’anthropologie, la géopolitique et l’interaction multiculturelle, m’a fourni des outils pour réfléchir et évaluer mon propre point de vue et ma perception du contexte, de la culture et des personnes qui m’entoureront en Tunisie.
Même si ces deux dernières années m’ont permis de mieux comprendre le contexte dans lequel je vis, j’ai l’impression de ne toucher que la partie émergée de l’iceberg. J’ai hâte d’approfondir mes connaissances et ma compréhension du contexte dans lequel je vis en développant davantage mes amitiés et mes relations. Je veux être capable d’entrer en relation avec ceux qui m’entourent, de comprendre leur réalité (et, plus important encore, de comprendre la lentille à travers laquelle ils perçoivent la réalité), et pas seulement à la surface des choses.
En conclusion, je suis reconnaissant au Défap (et Mena) de me permettre de prolonger ma présence en Tunisie, et de pouvoir le faire dans le cadre du VSI. Je suis ravi de partager avec vous les nouvelles sur les développements qui sûrement auront lieu !
Pour ceux parmi vous qui nous contacterons pour savoir plus sur le projet, merci et ravi de faire connaissance !
Anatole : aider à la pratique du français dans un foyer du Caire
Anatole connaît déjà l’Égypte, où il a été en mission dans un foyer de jeunes filles. Une expérience qui lui a donné envie de poursuivre son engagement, à la fois au sein de ce même foyer, et auprès d’une association organisant des activités ludiques et pédagogiques pour des enfants défavorisés.
Je suis déjà parti l’année dernière au sein du foyer où je vais de nouveau être en mission. Je comptais rentrer au mois de juillet et trouver un travail en septembre mais j’ai finalement décidé de rester une année de plus. J’ai pu prendre cette décision dans la mesure où j’ai été diplômé l’année dernière et que je n’ai rien qui me retient en France (copine, engagement pro, etc.).
Mon objectif de l’année prochaine est de pouvoir aider les filles qui ne parlent pas français et qui n’ont donc pas de volontaires pour les aider. Je suis très motivé pour consolider au plus vite mon arabe (niveau B1) afin de pouvoir dispenser les cours de sciences ou langue en arabe afin de les aider et qu’elles se sentent moins exclues que les filles parlant français.
J’ai également envie d’être au contact de la population locale afin d’en apprendre plus sur la religion de l’Islam ou du Christianisme « local » (coptes orthodoxes, coptes catholiques, etc). Enfin, ma principale motivation est de pouvoir apprendre à ces filles coupées du monde et pour la plupart sans repères sociétaux, le plus de choses possibles et pas seulement scolaires mais également culturelles, artistiques ou encore pratiques/manuelles.
Pour ma mission, je serai dans un foyer pour jeunes filles.
Le foyer accueille des jeunes filles en bas âge et elles y restent jusqu’à leurs 18 ans avant de rentrer chez elles ou bien de continuer leurs études à l’université.
Je m’occuperai plutôt des filles du collège/lycée et je leur enseignerai les maths, les sciences et la physique/chimie. J’aide également les autres volontaires en anglais ou français. Je serai au foyer de 14h (ou avant si je déjeune sur place) et en général jusqu’à 20/21h. Chacun est assez libre pour les horaires, certains jours finissent à 18h. J’y serai tous les jours sauf jeudi et dimanche.
Je serai également impliqué dans une autre association, les Focolare dans le quartier de Shubra. Chaque vendredi je retrouve une équipe de jeunes Égyptiens et nous organisons des jeux, activités pédagogiques et ateliers de travail pour les enfants musulmans défavorisés de Shubra. Les mamans sont aussi présentes et sont prises en charge par des membres plus âgés des Focolare pour des sortes d’enseignements ou groupes de partage.
Avant de partir l’année dernière pour ma première année de volontariat, j’avais reçu une formation assez complète par la DCC et similaire à celle du Défap.
J’ai retrouvé cette semaine les mêmes modules que ceux de la DCC, avec quelques différences (notamment sur le module Anthropologie que j’ai trouvé très intéressant). Cette session a néanmoins été pertinente pour moi, dans le sens où la formation étant plutôt dédiée à l’Afrique (je n’inclus pas l’Égypte dans l’Afrique d’un point de vue culturel et de fonctionnement), m’a permis de découvrir de nouvelles méthodes de fonctionnement au sein des cultures et une vision différente sur l’interculturalité ou le fonctionnement administratif, comme la justice.
J’ai pu également partager mon expérience avec les autres futurs volontaires, dont certains également sont déjà partis. Le partage de nos expériences est très enrichissant. J’ai également rencontré Marion qui me rejoint l’année prochaine au foyer et j’ai pu lui expliquer le fonctionnement du foyer, la vie sur place et ainsi lui permettre de partir dans les meilleures conditions possibles et pleine de motivation !
Magali, volontaire au Sénégal : en mission auprès des enfants des rues
Magali est une envoyée « portée » du Défap : elle est partie en mission au Sénégal avec la WEC, et intervient auprès d’enfants des rues à Dakar, au sein de « La maison d’espoir ». Elle témoigne.
Quel a été ton parcours, et qu’est-ce qui t’a poussée à t’engager comme volontaire à l’international ?
Magali : J’ai fait une première mission en Côte d’Ivoire en 2000 et une seconde mission court-terme au Sénégal en 2004. À cette époque, je préparais les concours pour devenir enseignante en France. Le Sénégal est un pays qui m’a beaucoup touchée à l’époque : la générosité et l’hospitalité des Sénégalais donnent une vraie leçon de vie. J’ai ensuite travaillé sept ans en tant que professeur d’anglais et de français dans les lycées professionnels, en région parisienne. Parallèlement, j’ai toujours eu envie de me former au moins un an dans une école biblique. C’est ainsi que j’ai pris en 2016 une année de disponibilité, et que je suis partie aux Pays-Bas faire un « Bible College and Intercultural studies », une école qui forme à la mission dans d’autres cultures. Dès le début de cette formation, j’ai senti le désir de repartir au Sénégal travailler après des enfants des rues. Après deux ans de formation interculturelle, dont un stage pratique de six semaines au Sénégal, je suis partie en tant que volontaire à Dakar, travailler dans un programme de jour qui accueille les enfants qui vivent et dorment dans la rue.
Depuis combien de temps ce programme existe-t-il, et combien êtes-vous à y travailler ?
Ce programme a commencé en 2019, l’année où je suis arrivée. C’est une collaboration entre deux missions chrétiennes : nous sommes en moyenne quatre pour gérer le programme.
Combien accueillez-vous d’enfants, en général ? Et pour quelles activités ?
Nous avons un programme qui peut accueillir 25 garçons. Les jeunes commencent par se doucher, puis je les accueille en classe pour l’alphabétisation. Quand tout le monde est douché et revêtu d’habits propres, nous prenons le petit-déjeuner. Ensuite il y a des chants et une histoire biblique. Nous faisons aussi du sport, des activités artistiques, initiation à la menuiserie, cordonnerie, danse, jeux… À 13 heures, nous mangeons ensemble, et l’après-midi les enfants repartent dans la rue.
Le contexte socio-politique au Sénégal a-t-il une influence sur votre mission ?
Oui, bien sûr. Nous faisons de la prévention auprès de nos jeunes pour qu’ils évitent de prendre part aux émeutes. Au mois de mai, dû aux instabilités dans le pays, nous avons dû aussi suspendre certaines de nos activités, comme les maraudes de nuit que nous faisons chaque mardi soir.
Que deviennent les enfants des rues que vous accueillez ?
Nous essayons de trouver des solutions pour chacun : parfois on fait de la médiation familiale, d’autres fois on les place dans des centres partenaires où ils peuvent rester à moyen ou à long terme. Il y a aussi des garçons que l’on voit malheureusement grandir dans la rue…
Combien de temps les suivez-vous, en général ?
Cela varie beaucoup ! Certains garçons ne viennent qu’une seule fois et on ne les revoit plus jamais ; pour d’autres, cela peut aller jusqu’à plusieurs années. Mais en moyenne, je dirais quelques mois.
Sacha et le Sénégal : « C’était dur et exceptionnel en même temps »
Sacha a été service civique pendant sept mois au Sénégal, comme volontaire du Défap. Sa mission s’inscrivait dans un projet d’appui à la santé communautaire au centre de santé Darvari de l’ELS (l’Église Luthérienne du Sénégal) à Fatick. Deux mois après son retour en France, il revient sur cette expérience et ce qu’elle lui a apporté.
Que retiens-tu de cette expérience au Sénégal en tant que service civique et envoyé du Défap ?
Sacha :Je suis rentré en France au cours de la deuxième moitié du mois de mars, avec l’impression d’avoir vécu une expérience incroyable. Il faut savoir s’adapter, laisser derrière soi tout ce que l’on connaissait en France ; découvrir une manière de vivre et une culture que l’on n’envisageait absolument pas. Sept mois sur place, ça permet de découvrir beaucoup de choses ; et ça m’a permis aussi de me découvrir moi-même. C’est d’ailleurs seulement maintenant, deux mois après mon retour, que je me rends vraiment compte que cette mission de service civique a représenté une étape dans ma vie.
Quel était le cadre de ta mission ?
Sacha :Je donnais des soins de santé dans un petit dispensaire à 10 km de la ville de Fatick. C’est une structure située en pleine brousse, mais dont dépendent plusieurs milliers de patients. Je travaillais avec une infirmière, Monique ; les relations ont été dès le début très faciles. Avec elle, j’ai énormément appris, en matière de soins de santé, mais aussi pour tout ce qui concerne le bon usage des ressources. J’ai eu à faire beaucoup de soins divers, y compris des accouchements dans le dispensaire. Il faut utiliser au mieux ce qui est disponible sur place. Ne rien gaspiller. Ne pas se fier à ce que l’on a pu apprendre en France et qui suppose souvent un matériel bien plus important.
Sur le plan personnel, qu’est-ce qui t’a le plus marqué ?
Sacha :Dans ce genre d’expérience, dans un contexte si différent, tout est marquant. Je me suis retrouvé d’emblée à vivre au sein d’une communauté, en étant tout seul issu de mon contexte français. Je me suis retrouvé sans aucun repère familier, obligé de tout réapprendre dans un contexte totalement différent. J’ai des souvenirs et des images qui m’ont marqué : le premier mariage auquel j’ai pu participer au Sénégal ; mais aussi, des journées à souffrir de la chaleur, à faire les mêmes gestes médicaux, une forme de routine, des difficultés à m’adapter physiquement… C’est à la fois très formateur et très dur. Se retrouver ainsi en vis-à-vis d’une communauté dont tous les repères sont différents ; sans famille et sans amis avec qui échanger ; découvrir des gens dont le rapport au monde et les priorités diffèrent complètement… Ça oblige à s’interroger sur ce qui est fondamental pour soi-même.
Quelles étaient les relations avec les patients ?
Sacha : Elles étaient très dépendantes de Monique. Les gens dont nous avions à nous occuper parlaient surtout wolof ou sérère, les langues les plus parlées dans cette région du Sénégal ; mais elles parlaient rarement français, et j’avais besoin que Monique fasse office de traductrice pour communiquer. Dans les villages et pendant les consultations c’était tout de même difficile. Il était plus facile de communiquer en français en ville.
Comment vois-tu ta mission ? Quelle image en avais-tu à ton départ de France, et quelle image en as-tu aujourd’hui ?
Sacha :À mon retour en France, j’ai eu tendance à reprendre tout de suite mes habitudes : c’était comme si j’avais été absent deux semaines. Il m’a fallu du temps pour réaliser tout ce que cette expérience m’avait vraiment apporté. Cette étape de ma vie m’a permis de découvrir une forme de liberté que je ne connaissais pas. C’était dur et exceptionnel en même temps. En France, il faut se plier à des contraintes sociales, trouver un travail ; ce que j’ai vécu m’a obligé à me plier à une autre façon de vivre, une autre culture. Plus tard, j’aimerais repartir pour une autre mission.
Sacha : premières impressions du Sénégal
Les frontières se rouvrent, partiellement du moins, après l’épisode de fermeture dû à la situation sanitaire, et les missions à l’étranger reprennent. Après nos chroniques « Éloigné, en confinement » qui ont rendu compte de ce que vivaient les envoyés et boursiers du Défap pendant les périodes de restriction des déplacements, voici le témoignage de Sacha : après avoir participé à la session de formation des envoyés de juillet 2021, le voilà au Sénégal, comme volontaire du Défap. Sa mission s’inscrit dans un projet d’appui à la santé communautaire au centre de santé Darvari de l’ELS (l’Église Luthérienne du Sénégal) à Fatick. Sacha travaille aux côtés d’une sage-femme, Monique Bakkhoum.
Quelles impressions gardes-tu de ton premier contact avec le Sénégal ?
Sacha : Mes premières impressions sont liées à la solidarité, au respect et à l’accueil très chaleureux qu’on m’a fait. Je me suis tout de suite adapté au différentes conditions et coutumes qui ont cours ici. Toutes les choses que je connaissais et mes habitudes que j’avais en France, j’ai dû tout laisser là-bas.
Qu’est-ce qui t’a le plus frappé en arrivant sur ton lieu de mission ? Une anecdote, un souvenir, une image ?
Sacha : Au début, le manque de matériel, surtout pour les accouchements. J’étais complètement dépaysé. Et puis il n’y a pas d’électricité, seulement pour alimenter le frigo qui sert au stockage des médicaments. Il n’y a ni clim ni ventilateur. La chaleur est le plus dur à supporter pendant le travail.
Comment s’est passée la rencontre avec les personnes avec lesquelles tu vas travailler ?
Sacha : Très bien, je travaille avec une infirmière du nom de Monique : on s’est tout de suite bien entendu. Elle m’explique et me traduit les choses que je ne comprends pas.
Comment vois-tu ta mission ? Quelle image en avais-tu à ton départ de France, et quelle image en as-tu aujourd’hui ?
Sacha : Je lui apporte une aide pour les soins et les consultations car elle gère seule un poste de santé dont dépendent 6300 personnes. J’ai été mis en contact avec une ancienne envoyée qui avait occupé le même poste que moi : elle m’a expliqué un peu la mission, ce qui m’a permis de me faire une idée très vite de la situation avant même d’arriver au Sénégal. Maintenant j’ai mon rythme de travail, mes habitudes et je sais quels sont les soins requis pour chaque consultation.
Quelles sont les principales difficultés d’adaptation auxquelles tu as dû faire face depuis ton arrivée ?
Sacha : La chaleur, c’est ce qui me marque le plus : il fait très chaud, et chaque effort sous le soleil est épuisant. Au niveau du matériel médical, je fais avec ce qu’il y a sur place : quoi qu’il arrive, je n’ai pas le choix. L’apprentissage de la langue est aussi compliqué pour moi car il y a le Sérère et le Wolof. Même si j’arrive à me faire comprendre en parlant français avec les personnes qui habitent en ville, dans les villages et pendant les consultations c’est tout de même difficile. La nourriture est principalement composée de riz, ce qui est dur à accepter au début ; mais je me suis bien habitué avec le temps.
Peux-tu nous parler de ce qui se vit avec l’Église locale ?
Sacha : J’ai beaucoup sympathisé avec le président de l’Église, on s’entend vraiment très bien. Je vais au culte le dimanche de temps en temps et on me fait découvrir les différents actions et activités auxquelles l’Église locale participe, et qu’elle finance.
Éloigné, en confinement : parole à Agathe
Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19 d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.
Agathe Trehard, en service civique au Sénégal
Depuis six mois, Agathe Trehard est en service civique à Beer Sheba, au Sénégal.
Le temps passe vite ici et ce ne sont pas les occupations qui manquent pour participer à la vie de la communauté et promouvoir son développement.
Depuis décembre et ma dernière lettre, j’ai surtout travaillé à la boucherie. Les semaines passant, j’ai pu comprendre de mieux en mieux le fonctionnement de ce pôle porteur de Beer Sheba, saisir ses enjeux et participer au perfectionnement du système de production pour répondre aux exigences de la clientèle. En dialogue avec le responsable clientèle de la boucherie, nous avons élaboré et mis en place plusieurs systèmes afin d’améliorer la production, l’organisation du travail et la gestion des stocks. Grâce à Dieu, nos essais ont porté leurs fruits et nous avons pu augmenter la production, améliorer des recettes, simplifier certaines tâches et ainsi atteindre des objectifs plus élevés. L’arrivée du coronavirus début mars ayant doublé les commandes de viande, nous avons pu nous améliorer notre rythme et continuer à répondre à la clientèle tout en restant fidèle à notre exigence de qualité.
Travailler au sein du pôle boucherie de Beer Sheba a été une expérience très enrichissante pour moi. J’ai pu découvrir les qualités requises pour le management d’une équipe dans une perspective chrétienne. La sagesse du responsable m’a permis d’apprendre à travailler en tenant compte des différences culturelles et des tempéraments de chacun, à faire preuve de patience et de tempérance tout en faisant le travail avec amour et dévouement. C’est toute une philosophie du travail qui m’est révélée ici, car chez les Sérères, travailler rime avec rire, il est impossible d’envisager l’un sans l’autre.
Parallèlement au travail à la boucherie, je me suis intéressée au pôle élevage grâce à l’amitié tissée avec le vétérinaire de Beer Sheba. Participant à ses tournées dans les villages pour soigner les animaux malades, j’ai pu découvrir la culture sérère dans ses aspects les plus quotidiens, approfondir ma compréhension de la langue et élargir ma connaissance de la région et de ses habitants.
C’est alors que j’ai pu comprendre ce qu’est véritablement la Téranga sénégalaise (l’hospitalité). J’ai été très touchée par l’accueil spontané des villageois lors de nos tournées, les enfants qui viennent à notre rencontre, les mamans qui nous parlent et les hommes qui nous taquinent. Car rire et taquiner sont des traits caractéristiques du rapport à l’autre au Sénégal. Il n’y a pas la peur de l’étranger que nous avons bien souvent en France. Ici l’autre est un futur ami et non un potentiel danger ou une atteinte à mon confort individualiste. Il est si facile d’entrer en contact avec les gens ici ! Parler est très important pour vivre et être heureux au Sénégal. Un besoin, un problème ? Tout se résout par la parole et par le rire, et chacun est prompt à rendre service.
Durant le mois de mars, j’ai reçu la visite de mes parents. Initialement venus pour deux semaines, ils se sont retrouvés confinés ici à cause de l’arrivée du coronavirus en France. Nous avons fait ensemble un tour du Sénégal jusque dans la « sous-région » (la Casamance, au sud de la Gambie) dont j’avais tant entendu clamer la beauté. Nous n’avons pas été déçus, en effet, la Casamance est le jardin du Sénégal ! Et le peuple Djola qui y vit est d’un accueil et d’une convivialité sans pareil. Au cours de ce voyage, j’ai pu faire mes preuves en wolof en pratiquant davantage cette langue nationale.
De retour à Mbour, la situation causée par le virus et son arrivée progressive en Afrique m’ont poussée à demander mon rapatriement. C’est le cœur brisé que je laisse ici mes amis sénégalais. Que Dieu les protège de la pandémie et de tout mal. S’il y a bien une chose que je souhaite particulièrement rapporter de mon service civique au Sénégal, c’est le sens du partage que j’y ai découvert. Ici, il faut partager, plus qu’une obligation, c’est une habitude. Il est impensable de ne pas partager ce que l’on a, aussi petit que cela puisse être. Un quartier d’orange peut encore être partagé en cinq : s’il y a assez pour moi, il y a assez pour toi. Tant que j’ai quelque chose, c’est que je peux partager. La solidarité sénégalaise est très forte et c’est une véritable leçon de vie dont j’espère toujours me souvenir.
Pour finir cette lettre, je souhaite tout particulièrement remercier le Défap pour son accompagnement, et Éric pour la place qu’il m’a faite à Beer Sheba et la liberté qu’il m’a laissée de m’investir dans les différents pôles qui m’intéressaient.
Des revenus pour les pasteurs
Le Sénégal, pays d’Afrique de l’Ouest où les relations entre Églises protestantes locales et Églises de France sont nombreuses, voit se développer de nombreux projets en partenariat. C’est le cas du projet de valorisation de terrains dont sont propriétaires des paroisses de l’Église luthérienne du Sénégal, afin d’y développer des activités génératrices de revenus permettant de financer les pasteurs. Un projet soutenu par le Défap, et qui fait partie du «carnet de solidarité» de l’UEPAL. Le point avec cet article de Valérie Thorin publié dans le numéro d’avril 2019 de l’église missionnaire.
Le Sénégal est un «paradoxe démocratique »: la vie politique est dans l’ensemble paisible, et les opérations de vote se déroulent généralement dans le calme. Pourtant, cette situation se trouve totalement inversée avant et après les élections, et la présidentielle de 2019 n’y a pas fait exception. Des violences se sont succédé dans le pays pendant la campagne électorale, et les résultats ont été vivement contestés par l’opposition, avec manifestations de rue et cortèges de protestations. La Commission nationale de recensement des votes a cependant tranché: le président sortant, Macky Salt, l’a emporté dès le premier tour avec 58,27% des voix.
Cette réélection n’est pas une surprise. En effet, le chef de l’État peut s’enorgueillir d’un bon bilan économique, notamment dans le monde rural. A son arrivée aux affaires, en 2012, il avant lancé le Plan Sénégal émergent (PSE), un programme de grands travaux destinés à faire du pays une «locomotive économique en Afrique de l’Ouest», selon ses propres mots. Au fil des ans, la croissance a atteint 6,8 0/0 par an, selon la Banque mondiale, laquelle a salué un «cadre macroéconomique solide». Seule ombre au tableau: le taux de chômage, sur-tout celui des jeunes diplômés, C’est dans ce contexte macroéconomique particulièrement porteur que s’inscrivent les petits projets « microéconomiques » soutenus par les Églises, à commencer par ceux destinés à valoriser les terrains dont elles sont propriétaires. Dans le «carnet de solidarité» de l’UEPAL en 2019 figure l’un d’entre eux: l’accompagnement des activités génératrices de revenus pour les pasteurs de l’Église luthérienne du Sénégal (ELS).
Valoriser des terrains, mais pour quoi faire ?
Ce projet naquit lors de l’échange pastoral entre Claudia Schulz (pasteure à Hautepierre et responsable de « Mosaïque» Alsace-Moselle) et Pierre Adarna Faye, alors vice-président de l’ELS. Le secrétaire général du Défap, le pasteur Jean-Luc Blanc, s’est rendu au Sénégal au début du mois de février dernier. Il a pu discuter avec les nouveaux responsables de l’ELS de la mise en place de ce type d’activités dans les paroisses rurales. En effet, celles-ci possèdent souvent de petits terrains autour du temple ou dans ses environs. Avec un minimum de formation et d’accompagnement, les familles des pasteurs sont donc à même de les mettre en culture. Jean-Luc Blanc a d’ailleurs pu constater que plusieurs initiatives agricoles étaient déjà en place, dont de l’élevage. Bien sûr, il est encore trop tôt pour faire une première évaluation, «mais dans quelques mois, ce sera possible», a-t-il noté dans son rapport de mission. D’ores et déjà, on peut voir des projets similaires, comme à Louga, dans le nord du pays, une région sahélienne très pauvre, en lutte perpétuelle contre l’avancée du désert du Sahara. Là, ce sont les femmes des villages qui sont les plus actives et notamment parce qu’elles s’assurent ainsi une indépendance économique. Dans le même temps, le programme permet de renforcer la sécurité alimentaire et de protéger l’environnement. En augmentant les niveaux de compétence et de conscience, elles deviennent plus sensibles à l’amélioration des conditions sanitaires et au bien-être de tous.
C’est exactement le même raisonnement pour les pasteurs et leur famille: développer des activités qui leur permettent de gagner de l’argent, cela signifie augmenter leur niveau de vie. Grâce à cette autonomie économique, ils pèsent moins sur la communauté ou sur d’éventuels donateurs et peuvent donc plus librement exercer leur ministère. L’agriculture vivrière et l’élevage sont des priorités: et par exemple la réduction du temps passé à la corvée d’eau grâce à des micro-barrages ou des captages pour alimenter les champs ou faire boire les bêtes est un excellent moyen d’augmenter le rendement des cultures et de garantir la bonne santé des cheptels. C’est ce genre d’activités que soutiennent le Défap et l’UEPAL, pour que les pasteurs sénégalais puissent mieux s’occuper de la vie spirituelle de leur communauté.
Par Valérie Thorin
«Ça m’a fait grandir d’un coup»
Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Illustration avec Sarah Zelmati, partie en service civique au Sénégal. Passionnée de chant et de musique, cherchant à suivre une formation musicale avant de s’y engager professionnellement, elle a été, au cours de l’année 2017-2018, animatrice d’un atelier musical et artistique au sein du projet Beer Shéba à Fatick.
Comment avez-vous décidé de partir en service civique avec le Défap au Sénégal ?
Sarah Zelmati : J’envisageais depuis longtemps d’aller à l’étranger. J’avais déjà vécu au Sénégal avec ma famille, pendant trois ans, à partir de l’âge de un an et demi. Mais je ne savais pas dans quel cadre repartir.
Je voulais poursuivre des études dans la musique : je visais d’abord un CAP-BEP lutherie, spécialité guitare. Un cursus de deux ans, au bout duquel j’envisageais de partir à Londres, pour rejoindre une école spécialisée renommée : l’institut de musique contemporaine Performance (ICMP). Mais les inscriptions pour le CAP-BEP ne se font que tous les deux ans, et j’avais toute une année à attendre. C’est alors qu’est revenue cette idée de voyager, faire des rencontres, m’enrichir sur le plan culturel, et je me suis dit que c’était une bonne opportunité. J’ai découvert la possibilité de partir via un service civique. J’ai eu la chance de tomber sur un poste d’animation musicale au Sénégal, proposé par le Défap. Combiner la musique, et le Sénégal qui représentait pour moi une sorte de retour aux sources, ça me paraissait idéal.
Sarah Zelmati : Je ne savais pas vraiment dans quoi je m’embarquais. Quand on part comme ça, on ne se figure pas à quoi on s’engage, on s’attend à tellement de choses ; mais ce qu’on s’imagine, ce n’est pas ce qu’on vivra vraiment une fois sur place. Il n’y a rien de préparé, on découvre jour après jour ; on se découvre. Je suis partie enthousiaste ; j’ai découvert au Sénégal la différence entre ce pays que j’avais idéalisé, et le pays réel. Ce genre d’expérience, ça change notre perception du monde, de nous-mêmes. Il y a des choses qu’il est difficile de vivre à l’étranger ; j’étais toujours très entourée, et pourtant je me suis souvent sentie seule. À 19 ans, je n’étais pas vraiment une adulte… Ça m’a fait franchir un cap, de me sentir ainsi toute seule, comme si je m’étais retrouvée sur une île déserte. Ça m’a fait grandir d’un coup.
Que vous a apporté cette mission de service civique ?
Sarah Zelmati : Quand je suis arrivée au Sénégal et que la réalité m’a frappée, j’ai commencé par me renfermer. L’image de carte postale que j’avais de ce pays est soudain devenue très négative. Puis, au fil du temps, elle a de nouveau évolué vers le positif. C’est comme si j’avais débarqué sous un orage de grêle, et que j’avais fini ma mission sous un bel arc-en-ciel. J’ai quand même réussi à me battre contre pas mal de choses qui auraient pu m’abattre, et j’en suis ressortie avec un sentiment de victoire sur la vie. On doit se confronter à d’autres manières de penser, de vivre ; se redécouvrir soi-même à travers une autre culture… et avec les autres. On se découvre plus, humainement, avec les autres. Rétrospectivement, je me dis que j’ai vécu une très belle mission. Du coup, maintenant, j’ai envie d’y retourner. J’ai appris à ne pas rester sur un idéal ; à prendre l’expérience telle qu’elle vient, pour me rendre compte finalement que c’était fou de vivre ça, de partir à 19 ans aussi loin, aussi longtemps, toute seule, et en tenant jusqu’au bout.
Et pour la suite ?
Sarah Zelmati : Ça a renforcé mes choix pour la suite de mes études. J’ai aussi beaucoup mûri musicalement. J’ai maintenant le sentiment que je dois prendre ma vie en main, que je dois arrêter de me mettre des barrières. Être jeune, aujourd’hui, dans la société française, c’est être exposé à tout un tas de barrières, à des discours du genre : «la fac, c’est une usine à chômeurs ; vous n’y arriverez pas…» Face à ça, je suis vraiment contente d’avoir vécu cette expérience, d’avoir osé. C’était une période vraiment riche, et j’en sors en étant d’autant plus sûre de ce que je veux faire.