Madagascar : un concert à Paris pour les enfants de Mananjary

Alors que tous les regards sont tournés vers l’Ukraine, n’oublions pas Madagascar ! Les dégâts dans la ville de Mananjary, détruite à 90% par le passage du cyclone Batsirai, contraignent toujours plusieurs dizaines de milliers d’habitants de la région à vivre dans les conditions les plus précaires. Le Défap s’est associé à la fondation La Cause, qui gère deux orphelinats sur place, ainsi qu’à ADRA et aux Amis du Catja, pour aider les centres d’accueil d’enfants abandonnés à retrouver une autonomie. Votre aide est essentielle ! La Cause organise un concert de soutien vendredi prochain : rendez-vous à 20 heures à l’Église américaine de Paris, 65 Quai d’Orsay, pour écouter les 80 choristes et musiciens de la Chorale Huit de Chœur de Versailles chanter pour Madagascar.

Dégâts du cyclone Batsirai au niveau de la nurserie du centre Akany Fanantenana, à Mananjary © La Cause

À Mananjary, nous avons plus que jamais besoin de votre aide. La Cause, cheville ouvrière du groupe qui s’est mis en place pour aider à la reconstruction après le passage du cyclone Batsirai, a pu obtenir des vivres pour les centres d’enfants abandonnés : de quoi tenir deux mois. Mais il faut sortir du cadre de l’urgence, rendre à ces centres leur autonomie pour qu’ils puissent de nouveau avoir les moyens de prendre soin des quelque 130 enfants hébergés sur place.

La situation à Mananjary, un mois après le passage du cyclone Batsirai, reste extrêmement précaire. Les habitants reconstruisent comme ils peuvent les habitations les plus légères, refixent des tôles sur les toitures arrachées (quand ils peuvent s’en procurer : les prix ont grimpé en flèche depuis la catastrophe), mais sont toujours dépendants de l’aide internationale pour subsister au quotidien. Outre les morts lors de la tempête et les 54.000 sinistrés recensés, il y a de nombreux blessés, qui n’ont pu être soignés correctement, comme en témoigne l’antenne locale de Médecins Sans Frontières.

L’évaluation des dégâts par les ingénieurs d’ADRA est en cours

Dans les deux centres d’accueils d’enfants soutenus par La Cause, le Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés) et Akany Fanantenana, il faut tout à la fois reconstruire et reconstituer élevages et cultures vivrières qui permettent habituellement de se nourrir au quotidien. Les ingénieurs d’ADRA évaluent les dégâts pour savoir quels bâtiments pourront avoir une nouvelle toiture, et ceux qu’il faudra en partie reconstruire car trop endommagés. Dans l’un comme dans l’autre centre, élevages et cultures vivrières ont été totalement détruits.

Dégâts du cyclone Batsirai au Catja, à Mananjary © Catja

Le Défap, La Cause, ADRA, les Amis du Catja ont lancé des appels aux dons. Tous participeront à financer la reconstruction. À l’initiative de La Cause, un concert de soutien est également organisé vendredi 18 mars à 20 heures, à l’Église américaine de Paris, 65 Quai d’Orsay (VIIème arrondissement). L’entrée sera libre, mais votre solidarité sera appréciée. Vous pourrez écouter les 80 choristes et musiciens de la Chorale Huit de Chœur de Versailles chanter pour Madagascar. Constituée en 1984 (sous l’appellation Chorale du Centre Huit) à partir de la chorale de la communauté protestante de Versailles, elle est dirigée depuis 2015 par Mata Zerbo, dont le souci premier est de permettre à chacun d’exprimer ce qu’il est au travers du chant, perpétuant ainsi l’esprit de la chorale initié par Pierrette Allaigre, sa créatrice, et cheffe durant 30 années. Le répertoire est celui des grandes œuvres musicales de la renaissance à nos jours. Il est très varié et s’enrichit chaque année de nouvelles œuvres. Vous pouvez trouver ci-dessous un aperçu du programme musical de cette soirée :

Au cours de la même soirée, l’artiste-peintre Marie-Dominique Willemot offrira l’une de ses œuvres (« Evanescence », acrylique sur toile de 2018) en faveur de l’action humanitaire de la fondation La Cause à Mananjary pour la reconstruction des centres détruits par le cyclone. Ce tableau magnifique, exposé par l’artiste lors du concert, sera mis en vente le même soir au prix exceptionnel de 500 euros minimum (cotation du tableau 1500 euros). Pour le réserver, merci de vous adresser aux représentants de la Chorale Huit de Chœur. Le paiement peut être effectué par chèque bancaire à l’ordre de la Fondation La Cause.

« Evanescence » acrylique sur toile de 2018 © Marie-Dominique Willemot

Nous vous rappelons aussi l’appel aux dons lancé par le Défap en soutien à La Cause. Pour donner, plusieurs solutions :

Envoyer un chèque libellé « Reconstruction Mananjary 2022 » à l’ordre du Défap : Service protestant de Mission – Défap 102 Bd Arago – 75014 Paris
Par virement au Défap : DEFAP – Mission protestante – « Reconstruction Mananjary 2022 » – FR56 2004 1000 0100 0528 9E02 025 – PSSTFRPPPAR – Banque Postale

Ou alors par carte en passant par Hello asso et le formulaire ci-dessous :




Madagascar : reconstruire et faire revivre

La solidarité du protestantisme français s’organise pour venir en aide aux enfants de Mananjary, ville qui a été détruite à plus de 90% par le cyclone Batsirai. Après l’appel aux dons de la Fondation du Protestantisme, voici le projet que mettent en place la fondation La Cause, le Défap, les Amis du Catja et ADRA. Le but étant de dépasser l’urgence, pour reconstruire sur le long terme. Pour cela, votre aide est essentielle.

Dégâts du cyclone Batsirai au Catja, à Mananjary © Catja

À Mananjary, tout est à reconstruire. Non seulement les bâtiments, mais surtout les relations au sein d’une communauté privée d’un seul coup de tout ce qui lui permet de vivre.

Sitôt après le passage du cyclone Batsirai, les grandes agences internationales comme le PAM (Programme Alimentaire Mondial), qui avaient anticipé la crise, ont commencé à acheminer nourriture et eau pour les milliers de personnes évacuées, puis regroupées dans des centres d’hébergement temporaire. Le milieu protestant n’est pas en reste : Medair, agence spécialisée dans l’urgence et présente à Madagascar depuis 2002, s’occupe en ce moment-même du problème de l’eau potable en désinfectant l’eau de puits contaminés après la tempête, pour lutter contre le risque de développement de maladies.

Mais l’urgence n’a qu’un temps. Voilà pourquoi un mouvement de solidarité regroupant plusieurs organismes français déjà impliqués à Madagascar est en train de se développer. Il associe pour l’heure le Défap, La Cause, les Amis du Catja, ADRA, et a obtenu un premier soutien de la Fondation du Protestantisme. Ce mouvement s’organise autour de la prise en charge des plus fragiles au sein de la société de Mananjary : les enfants abandonnés, recueillis dans des centres qui ont eux-mêmes été durement touchés par le cyclone.

Passer le cap de l’urgence

Les relations entre le protestantisme français et le protestantisme malgache sont établies de longue date ; elles ont perduré à travers les difficultés et les aléas politiques qu’a pu connaître la Grande Île depuis son indépendance. Les Malgaches constituent une communauté nombreuse et très impliquée dans de nombreuses paroisses de l’Église protestante unie de France. À Madagascar même, le Défap entretient des relations avec les deux principales Églises protestantes, la FJKM et la FLM, pour des projets et des envois de volontaires concernant surtout le domaine de l’enseignement. La fondation La Cause s’investit pour sa part surtout dans le domaine de l’aide à l’enfance, en soutenant des orphelinats, en organisant un programme de parrainages et d’adoptions internationales. Pour nombre de familles protestantes de France, les noms de Mananjary, du Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés) et d’Akany Fanantenana sont déjà connus. Et entre La Cause et le Défap, les relations sont étroites. Des missions sont organisées en commun, Mananjary a été le lieu de mission de divers envoyés du Défap par le passé – même si les envoyés de 2021-2022 sont aujourd’hui présents plus au nord et à l’ouest. Et dans le livre d’or du centre Akany Fanantenana, on peut lire encore les mots et les signatures laissés au fil des ans par des visiteurs du Service protestant de mission.

Dégâts du cyclone Batsirai au niveau de la nurserie du centre Akany Fanantenana, à Mananjary © La Cause

Au Catja comme au centre Akany Fanantenana, les bâtiments ont souffert, bien sûr ; mais c’est surtout l’ensemble d’un écosystème qui a été ravagé. Cultures, basses-cours, élevages divers qui permettent d’alimenter le quotidien : il ne reste plus rien. Cela concerne les centres eux-mêmes, qui ont leurs propres cultures, mais aussi la population avoisinante avec laquelle ils entretiennent des relations d’échange et de solidarité. Se contenter d’approvisionner ces centres, ce serait les condamner à être longtemps dépendants d’une aide extérieure.

Objectif : revenir à une vie normale d’ici septembre

Pour passer ce cap de l’urgence, La Cause est en relation avec ADRA-Madagascar, dont les ingénieurs, sur place, évaluent les dégâts matériels et les besoins en termes de reconstruction. La plupart des habitations sont légères – mais depuis le passage de Batsirai, même les tôles à fixer sur les toitures ont vu leur prix croître démesurément. Et des bâtiments en dur ont parfois aussi subi des dégâts impressionnants. Parallèlement à cette première évaluation, il faut bien sûr fournir des denrées d’urgence, et prévoir de maintenir l’effort sur plusieurs mois. La Cause est la cheville ouvrière de ce travail, avec le soutien financier du Défap et avec l’appui technique d’ADRA. Verger, cultures vivrières, poules, puis mobilier pour les salles : le but est un retour à une vie aussi normale que possible à la rentrée de septembre.

Pour l’heure, les ingénieurs d’ADRA définissent les besoins matériels. L’association des Amis du Catja a lancé un appel au soutien de ses membres, dont beaucoup sont des parents d’enfants adoptés à Mananjary. Le Défap, La Cause, les Amis du Catja et ADRA pourront ensuite se coordonner pour définir ce que chacun prend en charge, en fonction des soutiens déjà obtenus de la Fondation du Protestantisme et des dons qui auront été récoltés.

Soutenir ces enfants et ceux qui les accueillent ne se fera pas sans vous. Nous avons besoin de vous. Aidez-nous à les aider.

Pour donner, plusieurs solutions :

Envoyer un chèque libellé « Reconstruction Mananjary 2022 » à l’ordre du Défap : Service protestant de Mission – Défap 102 Bd Arago – 75014 Paris
Par virement au Défap : DEFAP – Mission protestante – « Reconstruction Mananjary 2022 » – FR56 2004 1000 0100 0528 9E02 025 – PSSTFRPPPAR – Banque Postale

Ou alors par carte en passant par Hello asso et le formulaire ci-dessous :




Madagascar : l’appel de la Fondation du Protestantisme

Deux semaines après le cyclone Batsirai qui avait causé la mort de plus de 120 personnes et fait 50.000 déplacés, le cyclone Emnati a touché à nouveau la côte sud-est de Madagascar ce mardi 22 février. La Fondation du Protestantisme, qui gère notamment la plateforme Solidarité Protestante dont fait partie le Défap, lance un appel aux dons, relayé par l’Eglise protestante unie de France.

Dégâts du cyclone Batsirai © FJKM

La Fondation du protestantisme lance un appel à la générosité et à la solidarité pour subvenir aux besoins d’urgence d’une population parmi les plus pauvres au monde et fragilisée par le passage de plusieurs tempêtes.

Le cyclone tropical intense surnommé « Emnati » a frappé La Grande Île ce mardi 22 février ; d’après les prévisions, il devait s’abattre dans la même zone que le premier cyclone « Batsirai », le 5 février dernier. Les rafales de vents enregistrées lundi atteignaient déjà les 190 km/h.

L’œil du cyclone est arrivé sur la ville de Mananjary déjà largement dévastée il y a deux semaines. Il ne reste pas beaucoup de toits à arracher. Les sinistrés qui avaient pu s’aménager un abri de fortune sont certains de devoir recommencer.

Or l’aide humanitaire extérieure, surtout alimentaire venant de l’étranger pour les victimes du premier cyclone, est arrivée par voie aérienne à Tananarive. L’acheminement terreste reste une difficulté supplémentaire, sur des routes habituellement en très mauvais état et détériorées par les glissements de terrain et les coulées de boue qui ont fait plus de 120 victimes en 15 jours.

Merci par avance pour votre aide précieuse à la Fondation du protestantisme
qui marque votre solidarité auprès de Madagascar : faire un don

Retrouvez ci-dessous plus d’images de Madagascar :




L’urgence et le temps long

Les images d’une catastrophe, comme celles des ravages du cyclone Batsirai, appellent une réponse immédiate. Les actions d’urgence sont nécessaires : elles sauvent des vies. Mais au-delà, il s’agit de construire. À Madagascar, en Haïti, ou ailleurs, ce sont les relations établies sur le long terme qui permettent de sortir des interventions d’urgence. C’est précisément dans ces relations entretenues sur le temps long que se placent les actions du Défap.

Madagascar : image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

« Que faites-vous pour Madagascar ? »

La question a été posée à de multiples reprises au Défap depuis la diffusion des images montrant les destructions du cyclone Batsirai. Sur une bande côtière de 150 km de long, entre Mananjary et Mahanoro, tout a été ravagé : arbres abattus, rivières en crue, routes coupées, bâtiments à terre ou privés de toit, cultures inondées et perdues, alimentation électrique défaillante.

Pour Madagascar, les réponses à l’urgence sont en cours. La fondation La Cause, organisme protestant proche du Défap, a lancé un appel pour aider à reconstruire des orphelinats à Mananjary. Le Défap soutient pour sa part un projet de reconstruction lancé par ADRA-Madagascar, en lien avec ADRA-France ; le Défap et ADRA sont en partenariat via la plateforme Solidarité Protestante.

Mais la vraie question est plutôt : que faire après la phase d’urgence ? Ce n’est pas qu’un problème d’objectifs et de moyens, mais de relations.

Les interventions d’urgence : l’exemple d’Haïti

La même question aurait pu être posée à propos d’Haïti après le séisme de 2010. Une catastrophe sans précédent : 280.000 morts, 300.000 blessés et 1,3 million de sans-abris, une grande partie de Port-au-Prince détruite. Des images de destruction relayées dans le monde entier et qui ont suscité un élan de solidarité inédit. Une mobilisation internationale sans équivalent. Des promesses de reconstruction, 12 milliards de dollars collectés pour cet énorme chantier. Douze ans plus tard, les promesses de reconstruction n’ont pas été tenues. L’espoir s’est peu à peu transformé en gâchis. Un symbole l’illustre : le palais présidentiel, qui s’est écroulé lors du séisme, n’a toujours pas été reconstruit. Seul « effort » visible : les gravats ont été déblayés. Le nouvel hôpital est encore en construction. Le bâtiment qui doit accueillir l’ensemble des ministères aurait dû être inauguré en mars 2018. Les bâtiments reconstruits avec les moyens du bord ne sont toujours pas en mesure de résister aux séismes, fréquents dans la région : en témoignent les effets des secousses d’août 2021 et de janvier 2022.

Madagascar : élèves de Mahanoro, devant une salle de classe construite avec l’aide du Défap © Florence Taubmann, Défap

Au-delà de cette solidarité née de l’émotion, des images, et dont les résultats à moyen terme sont décevants, le protestantisme français entretient avec Haïti des relations de longue date. Dès 2008, le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la Fédération Protestante de France. En 2010, au moment du tremblement de terre, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants : la Mission Biblique, le Défap, la fondation La Cause, le SEL (Service d’Entraide et de Liaison), ADRA-France, l’Église du Nazaréen, le journal Réforme. Tous ces acteurs entretiennent depuis des années des liens privilégiés en soutenant des institutions (la Fédération Protestante d’Haïti), des écoles (via la FEPH, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, qui grâce à son réseau de 3000 écoles, revendique la scolarisation de 300.000 enfants), des orphelinats (à travers La Cause)… ADRA-Haïti, pour sa part, est impliquée dans un projet de reboisement crucial dans un pays où 95% des forêts ont disparu en 200 ans, provoquant érosion des sols, glissements de terrain et aggravant la fragilité du pays face aux intempéries. Autant de relations et de projets qui se sont poursuivis, au-delà des catastrophes et des aléas politiques.

Haïti : membres d’ADRA dans la zone frappée par le séisme d’août 2021 © ADRA Haïti

Les nécessités de l’urgence ne doivent pas oblitérer celles du temps long.

L’urgence, ce sont des vies à sauver. Ce sont des actions de court terme qui nécessitent un financement, des infrastructures, une logistique. Le Défap y est impliqué notamment à travers sa participation à la plateforme Solidarité Protestante, à laquelle il contribue financièrement, et à travers les partenaires de cette plateforme. Le comité de cette plateforme est piloté par la Fondation du Protestantisme et la Fédération protestante de France qui s’entourent d’ONG et d’institutions chrétiennes expertes dans l’aide humanitaire d’urgence et de crise.

Ces institutions et cette plateforme ne peuvent fonctionner que par la générosité des donateurs. Cette générosité, et le savoir-faire des organisations concernées, sont nécessaires. Mais l’urgence n’a qu’un temps. Les images de catastrophes s’oublient vite. Or il faut reconstruire. Et plus que cela : construire. Construire là où il n’y avait rien. Construire, au-delà des bâtiments détruits, des toits emportés par un cyclone ou des murs fissurés par un tremblement de terre. Car les dégâts matériels ne sont que peu de choses, face aux destins qu’il s’agit d’édifier.

Ces destins, ce sont notamment ceux d’enfants, à Madagascar ou Haïti, ou ailleurs, qu’il s’agit de former et d’équiper pour qu’ils puissent travailler efficacement à l’avenir de leur pays. En leur donnant des connaissances et une espérance.

Notre rôle premier, au Défap, c’est de travailler aux relations entre Églises.

Des partenaires de confiance, des relations entretenues sur la durée

Ces relations impliquent que les projets sont co-construits avec des partenaires présents sur place et qui connaissent bien les besoins, non seulement à court, mais aussi à long terme. Ces relations ont été consolidées par des décennies de compagnonnage et de confiance. Les Églises ont un rôle fondamental de lien social : elles aident à construire un vivre-ensemble. Elles agissent sur les représentations et sur les mentalités. Elles ne sont liées ni par le temps court des politiques ou des ONG, ni par les nécessités de l’urgence. En France, les obligations liées à la laïcité ont conduit nombre de structures liées aux Églises à se dédoubler, entre organisations ecclésiales et organisations à rôle social. Ailleurs, ce sont les mêmes structures qui prennent à charge les cultes, mais aussi des hôpitaux, des écoles, des organismes d’entraide. Elles sont intimement liées à la société. Elles prennent en charge les exclus, sont une voix qui plaide pour le respect de l’humain ; elles dépassent le présent et l’émotion, les intérêts privés. Quand l’importance du vivre-ensemble est prise en compte par les politiques publiques, les Églises peuvent et doivent être une aide. Car nul ne peut prétendre s’impliquer dans des actions ayant un impact sur la société en faisant abstraction de ses convictions les plus profondes, celles qui fondent son identité, sa conception du monde et de l’humanité. Quand les États sont défaillants – et les exemples sont nombreux, de Port-au-Prince à Bangui – elles peuvent devenir les seules structures qui tiennent debout.

Haïti : une envoyée du Défap auprès de la FEPH lors d’une intervention dans une école sur la gestion des risques et des désastres © Défap

Le Défap travaille dans les domaines de la santé, du développement local, de l’enseignement. Avec des partenaires connus de longue date. Ce ne sont pas des inconnus auxquels on tend la main en cas d’accident, mais des amis qu’il s’agit d’aider si le besoin s’en fait sentir. Des visages et des noms. Des destins que nous aidons à construire, depuis des années. Nos envoyés les ont rencontrés et les connaissent. Ces destins se forgent sur le temps long d’une vie humaine. Il peut s’agir d’un médecin issu d’un orphelinat d’Haïti. Il peut s’agir d’enfants apprenant le français à Madagascar, et qui pourront ainsi poursuivre leur cursus dans un pays où la connaissance du français conditionne l’accès à des études supérieures. Il peut s’agir d’un boursier venu faire des recherches en France, et appelé à jouer un rôle éminent dans son Église une fois de retour dans son pays. Tous ces destins sont autant de graines de changement. Pour éviter de sortir de l’urgence. Pour que ceux que nous aidons aujourd’hui après une catastrophe soient demain en mesure d’éviter de nouvelles catastrophes. Pour sortir de ce cycle dans lequel l’intérêt de l’autre n’est suscité que par des images de bâtiments détruits.

Notre rôle est d’aider à créer la possibilité d’un avenir.




Madagascar : solidarité et demandes d’aide après le cyclone Batsirai

Églises et organisations civiles se mobilisent à Madagascar pour venir en aide aux victimes de la tempête. La FJKM fait état de nombreuses églises et écoles détruites : « toute contribution possible pour aider à ces efforts de reconstruction serait très appréciée ». ADRA, avec laquelle le Défap est en lien via la plateforme Solidarité Protestante, prévoit un projet de reconstruction. La fondation La Cause, proche du Défap, lance un appel pour réparer deux orphelinats ayant subi de gros dégâts. Alors même qu’une nouvelle tempête approche, Dumako, qui devrait toucher des régions aux sols gorgés d’eau.

Jeunes mobilisés à Fianarantsoa pour venir en aide aux victimes du cyclone Batsirai, photo envoyée par Michel Brosille © DR

Ce pourraient être des images envoyées par une organisation humanitaire : des jeunes portant des sacs de denrées, une distribution de nourriture organisée dans un gymnase… À ceci près que ces volontaires intervenant après la catastrophe représentée par le cyclone Batsirai sont, non pas des membres d’ONG, mais des scouts malgaches. Les dégâts provoqués par la tempête dans tout le sud-est de Madagascar ont généré un élan de solidarité dans les villes moins touchées, comme ici, à Fianarantsoa, où de nombreux jeunes ont répondu à l’appel au volontariat pour aider et prendre en charge les victimes au gymnase Ambatomena. Environ 1700 personnes ont ainsi pu être reçues et soignées. De tels témoignages de solidarité, le Défap en reçoit régulièrement de la part de ses volontaires présents dans la grande île, qui ont eu la chance de travailler dans des régions (situées entre Antsirabé et Tananarive) et avec des partenaires ayant échappé au plus gros de la tempête.

Dégâts du cyclone Batsirai © FJKM

Il n’en reste pas moins que les dégâts sont énormes. Quelques jours après le passage de Batsirai, le bilan officiel dépasse les 100 morts et les 70.000 personnes déplacées. La FJKM (Église de Jésus-Christ à Madagascar), principale partenaire locale du Défap avec la FLM (Église luthérienne malgache), et à laquelle sont liées nombre des structures qui reçoivent des envoyés du Service protestant de mission, a aussi lancé une évaluation exhaustive des destructions matérielles. En tout, ce sont 256 Églises qui ont subi des ravages, dont 164 ont été détruites entièrement, et 108 écoles qui ont été touchées, dont 55 détruites. Plus de 9000 élèves se retrouvent temporairement privés de possibilité de poursuivre leurs études. Sept villes ou régions synodales apparaissent particulièrement touchées : Mananjary (frappée de plein fouet par le cyclone), Fianarantsoa, Ambositra, Ambalavao, Manakara, Vatomandry (près de Mahanoro où le Défap a financé une salle de classe) et Toliara.

Une lettre de la FJKM au Défap

Dégâts du cyclone Batsirai © FJKM

« Alors que des rapports continuent d’arriver, il est déjà évident que de nombreuses écoles et églises ont subi des dommages structurels majeurs (toits arrachés, bâtiments effondrés) » , indique le président de la FJKM, le pasteur Ammi Irako Andriamahazosoa, dans une lettre envoyée au Défap. « La FJKM lancera un appel aux Églises et aux individus (…) pour qu’ils contribuent à l’aide aux familles touchées et aux efforts de reconstruction (…). Toute contribution possible pour aider à ces efforts de reconstruction serait très appréciée. »

Dégâts du cyclone Batsirai © FJKM

Les ravages sur les bâtiments, mais aussi sur les infrastructures (routes et ponts) ont été d’autant plus importants que le cyclone Batsirai a frappé Madagascar très peu de temps après la tempête Ana : moins violente, elle avait toutefois provoqué d’importantes inondations et s’était traduite par 55 morts. Et une autre menace se profile déjà : celle de Dumako, tempête tropicale qualifiée de « modérée », mais qui va toucher toute la côte nord-est de l’île alors que les sols sont saturés d’eau, les terres et les routes fragilisées.

Dégâts du cyclone Batsirai © FJKM

La fondation La Cause, proche du Défap et qui soutient des centres d’accueil d’enfants à Mananjary, région ayant subi les plus gros dégâts, a déjà lancé un appel aux dons pour aider à la reconstruction du Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés) et du centre Akany Fanantenana. Vous pouvez obtenir plus de détails et découvrir comment aider ici. Le Défap soutient pour sa part un projet de reconstruction lancé par ADRA-Madagascar, en lien avec ADRA-France ; le Défap et ADRA sont en partenariat via la plateforme Solidarité Protestante.

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Madagascar après le passage du cyclone Batsirai

Le cyclone a ravagé une bande côtière de plus de 150 km de long au sud-est de l’île, abattant arbres et maisons, submergeant les cultures et coupant les routes. Si les envoyés du Défap étaient dans des villes qui sont restées relativement épargnées, ils donnent des nouvelles des dégâts dans les régions directement impactées.

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

Des vents de plus de 170 km/h, avec des rafales à 235 km/h – et surtout, la pluie tombant en déluge, les inondations et la boue : dans les zones directement touchées par Batsirai, ni les arbres, ni les maisons traditionnelles n’ont résisté. Et même les bâtiments en dur se sont souvent retrouvés privés de toit. Après avoir fait des dégâts croissants à l’île Maurice, puis à La Réunion, le cyclone a atteint la côte sud-est de Madagascar samedi soir vers 20 heures (soit 18 heures en France), frappant de plein fouet toute la région comprise entre Mananjary et Mahanoro. Il a ensuite traversé l’île d’est en ouest en perdant de la puissance, pour rejoindre le canal du Mozambique au niveau de Tuléar.

C’était la deuxième tempête à atteindre Madagascar depuis le début de l’année – la précédente, Ana, moins violente mais accompagnée de fortes pluies, ayant fait 55 morts à la fin du mois de janvier. Batsirai était suivie par les météorologues depuis le 24 janvier, et les deux tiers de Madagascar avaient été placés en état d’alerte alors que la dépression se renforçait à l’approche de la grande île, jusqu’à être classée « cyclone tropical intense ».

À Mananjary, la rue principale est un champ de ruines

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

Si les villes où se déroulent les missions des envoyés du Défap ont été relativement épargnées, celles de la région côtière sont en grande partie détruites. À Mananjary, la rue principale ressemble à un champ de ruines, encombrée de débris d’arbres et bordée de frêles constructions dont les toitures en tôle se sont envolées. Seules quelques bâtisses en béton ont résisté. Les habitants traumatisés ne savent ni où dormir, ni où trouver de quoi subsister, et en appellent aux autorités. C’est dans cette ville que la fondation La Cause, proche du Défap, soutient deux centres d’accueil pour enfants : le centre Akanay Fanantenana et le Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés), qui ont tous deux subi de gros dégâts. À Mahanoro, où le Défap a financé une salle de classe, beaucoup d’arbres et de maisons sont également à terre, les rues sont inondées ; mais les nouvelles des partenaires recueillies par Louise, ancienne envoyée du Défap dans cette ville, sont plus rassurantes. Plus à l’intérieur des terres et plus au nord, à Fandriana, Antsirabe et en remontant vers Tananarive, la capitale, les envoyés du Défap font état d’un impact décroissant de la tempête.

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

Les informations les plus complètes sur les conséquences du passage de Batsirai sont venues de Michel Brosille, qui effectue régulièrement des missions courtes pour le Défap et se trouve en ce moment à Fandriana : si le bilan au soir du 7 février faisait état de 21 morts, le nombre des sinistrés (70.355) et des déplacés regroupés dans des hébergement d’urgence (62.048, disséminés dans 154 sites) donne une idée des ravages subis par l’île. Pas moins de 211 écoles ont subi des dégâts, allant de salles partiellement détruites à des bâtiments privés de toit, avec pour conséquence l’impossibilité pour 9271 élèves de reprendre les cours. Du côté des infrastructures de communication, les autorités malgaches annoncent 17 ponts coupés et autant de routes – dont la RN7, qui traverse toute l’île du nord au sud. Ce qui aggrave encore la situation des zones les plus touchées, faute de possibilité d’y apporter de l’aide. Véronique Goy, qui travaille pour La Cause, évoque ainsi les stocks de riz de l’aide internationale qui ont été constitués au sud de l’île pour y lutter contre la famine causée par plusieurs années successives de sécheresse : si ces stocks sont bien là, encore faut-il trouver le moyen d’acheminer de l’aide là où les rafales de Batsirai et les inondations ont détruit les cultures… Dans toute la bande côtière au coeur de laquelle se situe Mananjary, les inondations et les glissements de terrain ont ravagé les champs. Or la route vers Mananjary est coupée.

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

Les organisations humanitaires présentes notamment dans le sud de l’île redoutent une nouvelle crise humanitaire. Entre les inondations qui ont frappé le centre du pays lors du passage de la tempête Ana, les dégâts de Batsirai et la sécheresse qui provoque la famine dans le sud, c’est une grande partie de l’île qui est désormais concernée. Le Coordonnateur humanitaire de l’ONU pour Madagascar n’hésite pas à lier directement cette succession de catastrophes au changement climatique.

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR




Madagascar : construire l’avenir des élèves de Mahanoro

En dépit des contraintes liées à la situation sanitaire, il y a des projets qui avancent. À Mahanoro, ville de la côte orientale de Madagascar, le collège-lycée géré par la FJKM, l’Église réformée malgache, compte désormais une nouvelle salle de classe, construite avec le soutien financier du Défap.

Élèves de Mahanoro © Florence Taubmann, Défap

Même si Madagascar ne figure pas parmi les pays les plus touchés par la pandémie de Covid-19, les effets en sont dramatiques pour les plus fragiles. Au-delà de l’aspect purement sanitaire, cette crise s’est traduite, comme dans de nombreuses autres régions du monde, par un blocage de l’économie et des échanges, par des limitations des libertés, et par un accroissement des inégalités. Selon la Banque Mondiale, avec la pandémie, près de 1,9 millions de Malgaches supplémentaires devraient tomber sous le seuil international de pauvreté de 1,90 dollar par jour, portant le taux de pauvreté à près de 78% de la population. Pour de très nombreuses familles contraintes de survivre au jour le jour, les frais liés à la scolarisation des enfants ne peuvent plus être payés. Madagascar est actuellement le cinquième pays au monde avec le plus grand nombre d’enfants non scolarisés. Facteur aggravant : les échanges étant réduits du fait des contraintes sanitaires, de nombreux projets soutenus par des ONG internationales ont dû être reportés.

Il y a pourtant des chantiers qui avancent : c’est le cas de la nouvelle salle de classe du collège-lycée de Mahanoro dont s’occupe l’Église réformée malgache, la FJKM. Il a pu être mené à son terme avec le soutien financier du Défap. Comme en de nombreux lieux à Madagascar, tout particulièrement dans les régions éloignées de la capitale Tananarive, tout ce qui est nécessaire à l’enseignement est rationné : on manque d’enseignants, de livres… et même de classes. Une nouvelle salle construite, c’est l’assurance de pouvoir accueillir plus d’élèves, dans de meilleures conditions : celle qui a été édifiée au collège-lycée de Mahanoro est destinée aux classes de seconde.

Mieux accueillir les élèves et mieux former les enseignants

S’il arrive que des projets soient retardés, la construction de cette salle a connu un destin tout à fait différent. Notamment à cause des fréquents cyclones, qui de la mi-décembre à la mi-avril arrivent de l’océan Indien pour frapper l’Est de Madagascar, avant de traverser l’île. Accompagnés de pluies diluviennes, ils emportent les routes et submergent les cultures, ravagent infrastructures et bâtiments. C’est précisément sur cette côte orientale particulièrement exposée, au climat tropical humide, que se situe le district de Mahanoro. L’une de ces tempêtes chroniques a provoqué l’effondrement d’une salle de l’école FJKM de Mahanoro, construite en bois. Les travaux rendus nécessaires se sont donc aussi traduits par une anticipation sur le chantier de la nouvelle classe, construite, elle, en dur.

Au total, le collège-lycée de Mahanoro compte dans les 600 élèves. Il est géré par un couple d’enseignants qui ont à cœur de donner un nouvel élan à l’enseignement protestant dans cette partie de l’île – une volonté qui s’inscrit dans la dynamique de la FJKM en plein essor, et dont l’un des projets est de créer des écoles de formation de professeurs dans toutes les régions. Accueillir plus d’élèves et mieux former les enseignants étant deux des enjeux cruciaux de l’éducation à Madagascar… Car au-delà de l’alphabétisation, l’autre critère majeur pour accéder aux études supérieures et aux emplois publics est la bonne connaissance du français, qui est à Madagascar la langue des lettrés, des juristes, des universitaires. Un véritable plafond de verre pour la grande majorité de la population. Voilà pourquoi les actions du Défap dans ce pays tournent essentiellement autour de l’enseignement ; et notamment celui du français. Avec des envoyés dont certains sont présents auprès des plus jeunes (par exemple auprès de la communauté des sœurs de Mamré, à Tananarive, qui fait de l’accueil périscolaire) et jusqu’au niveau des études supérieures. À Mahanoro, Louise est la plus récente envoyée du Défap : elle a témoigné de son expérience de VSI (Volontaire de Solidarité Internationale) à l’occasion de nos « 50 témoignages de Pâques à Pentecôte ».

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Éloigné, en confinement : parole à Mathilde

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19, d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

Mathilde Ricklin est VSI auprès de la direction des écoles de la FJKM à Madagascar depuis 2018. Elle nous livre ici quelques morceaux choisis de son « journal d’une confinée »

Dimanche 2 février 2020,

Je reviens d’une tournée de formation de plusieurs semaines dans le sud de la Grande île, où je suis allée avec mon compagnon, venu me rejoindre pour un mois. Nous atterrissons à l’aéroport d’Antananarivo et remarquons tout de suite que quelque chose est différent. Des affiches mettant en garde contre un virus sont placardées un peu partout. Un spot publicitaire au sujet de ce virus passe en boucle sur les écrans. Le chauffeur de taxi qui nous ramène jusqu’à la maison nous explique qu’il ne prend plus de clients d’origine chinoise ou revenant de Chine, de peur d’attraper ce virus car plusieurs personnes seraient tombées malade. En ville, nous ne voyons pourtant aucune information concernant ce virus.

Quelques semaines plus tard… Jeudi 19 mars 2020,

Cela fait maintenant bien une dizaine de jours que j’ai réduit les contacts physiques. Ici les gens se serrent toujours la main. Au bureau avec mes collègues, les visites sont incessantes, alors en une journée, ça en fait beaucoup de mains à serrer ! Depuis une dizaine de jours, j’explique que je ne préfère pas d’échange physique à cause de ce virus. Les gens ne mesurent pas le danger potentiel, ils en rigolent tout en resserrant la main de mes collègues en partant… Mais depuis hier, les choses ont changé, la plupart des visiteurs évitent les mains et à la place se touchent le pied comme on l’a vu faire sur les réseaux sociaux. Ce pourrait être une vraie catastrophe si le virus se développe ici.

À partir de demain, les liaisons aériennes seront coupées pour trente jours, les bateaux n’accostent déjà plus depuis dix jours… Je me demande si le sentiment d’isolement sur l’île se fera sentir de manière plus forte.

Vendredi 20 mars 2020,

Dans la matinée d’hier et d’aujourd’hui, des inconnus croisés dans la rue se sont adressés à moi en utilisant le mot « coronavirus ». Alors oui, j’ai la peau blanche et l’on voit que je ne suis pas malgache, mais je ne suis pas d’accord avec ce préjugé. Il est à mon avis même dangereux que certains Malgaches imaginent que les « étrangers » sont (ap-)porteurs de maladies à Madagascar. Ils oublient trop souvent qu’il y a une grande diaspora malgache. Que beaucoup de leurs concitoyens vivent en France, en Europe, aux Etats-Unis, partout dans le monde. Ces personnes reviennent aussi voir leur famille ou passer des vacances sur la Grande Île et peuvent être porteurs de virus …

Ce sont ces remarques qui font prendre conscience de l’importance de la mission, de l’échange et du dialogue. En effet, elles sont signe de lacunes dans l’éducation ou dans la connaissance de l’autre, ce qui a pour résultat la stigmatisation, voir une forme de racisme.

Interviewé à la télévision, le président malgache annonce trois cas dans le pays.

Lundi 23 mars 2020,

Nous voilà donc quelques jours plus tard avec douze personnes prises en charge ayant les symptômes du Covid19. Le confinement a été proclamé hier soir, des restrictions sont mises en place.

Pour ma santé, je pense que ça va aller. Mais pour toutes celles et ceux qui n’ont pas accès à l’eau et au savon, qui ne peuvent pas rester à la maison mais sont obligés d’aller au marché pour vendre quelques produits afin de gagner de quoi survivre jusqu’au lendemain… C’est pour eux que la situation va être très compliquée.

J’ai beaucoup de chance, je ne suis pas seule, je suis invitée à me confiner chez des amis. La famille Minard, également envoyée par le Défap, m’accueille depuis que je suis à Madagascar lorsque j’ai besoin de compagnie et d’un peu plus de confort que chez moi. Chez eux, il y a tout ce qu’il faut, et des bouches à nourrir : un bonheur pour moi qui aime cuisiner !

Jeudi 26 mars 2020,

Nous en sommes à notre 4ème journée de confinement. Les enfants sont occupés par les devoirs envoyés par leurs professeurs sur une plateforme. En fin d’après-midi, nous jouons à des jeux de société, de quoi se détendre et rigoler… Les journées passent très vite, il y a les repas à préparer, un moment de repos toujours bienvenu. Avec Delphine, la maman, nous avons commencé un programme de « fitness » pour transpirer un peu. Enfin c’est surtout pour dépenser l’accumulation de « trop ». Trop de station assise, trop de repas, trop de gâteaux… Ou peut-être pour justement pouvoir encore manger ces douceurs qui font tellement de bien au cœur ?

La situation financière de la plupart des Malgaches ne va pas être facile. Heureusement, des alternatives se mettent en place. Le gouvernement a annoncé des aides spéciales pour ceux qui en ont besoin. D’ailleurs on ne sait pas trop quoi penser ici. Dix-neuf cas ont été annoncés. Ces personnes seraient en quarantaine. Le président a isolé Tananarive et Tamatave, il n’est plus possible d’y entrer ou d’en sortir. On espère que la situation sera réglée au plus vite tout comme en Europe et dans les autres pays du monde.

Samedi 28 mars 2020,

Ce matin, avec Timothée Minard, nous avons tenté une sortie « courses ». On a rapidement abandonné en voyant l’embouteillage monstre devant nous, nous disant que nous reviendrions après le déjeuner. Bonne idée ! En revanche, plusieurs rayons avaient été littéralement pillés. Ici c’est la chips qui a la cote !

Mardi 31 mars 2020,

France Volontaire a organisé un temps d’échange par visio-conférence pour prendre de nos nouvelles, savoir comment nous vivons le confinement. De quoi redonner le moral, aider à déculpabiliser quant au sens de la mission. Le bien que m’a fait cette discussion m’encourage à garder du lien par téléphone ou messagerie avec mes collègues, directeurs ou pasteurs rencontrés ici.

Mercredi 22 avril 2020,

Un retour à la normale est amorcé en douceur. Les élèves en classe d’examen ont repris le chemin de l’école. Les transports en commun sont à nouveau autorisés, avec seulement 18 personnes par navette. Le président malgache, Andry Rajoelina, annonce la production d’une boisson, le CovidOrganics, qui renforcerait les défenses immunitaires. C’est le début d’une grande polémique entre médecins, chercheurs, l’OMS etc.

Mardi 5 mai 2020,

Première sortie en solo depuis le début du confinement, c’est-à-dire six semaines ! Je suis retournée dans la petite maison à côté des sœurs de Mamré récupérer quelques affaires personnelles. J’en profite pour faire un état des lieux, du rangement et dire bonjour à mes voisines.

Monsieur Albert, chauffeur de taxi du quartier, me ramène chez les Minard. Il me raconte que la situation est plus que difficile. En temps normal, il a entre douze et quinze clients par jour. Depuis le confinement, il en a au maximum quatre. Il a déposé une demande d’aide auprès de sa mairie mais n’a que très peu d’espoir de la voir aboutir. Il m’explique que l’aide promise par l’état malgache n’est pas assez importante pour tous ceux qui en ont besoin.

Jeudi 7 mai 2020,

Alors qu’aucun cas de nouveau malade n’avait été rapporté ces derniers jours, voici qu’aujourd’hui trente-cinq personnes présentant des symptômes sont enregistrées. Je ne sais plus quoi penser. Même si ce chiffre semble insignifiant par rapport au nombre communiqué en une journée dans de nombreux pays, il donne le sentiment que la période de confinement sera beaucoup plus longue que ce que nous pouvions imaginer.

Vendredi 8 mai 2020, …




Éloigné, en confinement : parole à Delphine et Timothée

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19, d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

La famille Minard est actuellement à Madagascar. Delphine est VSI à Tananarive auprès de la FJKM comme enseignante de français. Timothée enseigne à l’Institut supérieur de théologie évangélique (ISTE).

Le tremblement de terre Covid19 secoue aussi Madagascar, même s’il a fait moins de dégâts qu’ailleurs et que nous sommes déjà en train de nous déconfiner. Confinement, « cache-bouche », remède « vita malagasy »… Voici quelques mots sur notre vécu à Tananarive.

Le 20 mars dernier, l’épidémie de Covid19 a officiellement atteint Madagascar. En vue de tenter de contenir la propagation du virus, le gouvernement a pris rapidement des mesures assez radicales : le confinement a notamment été imposé dans la capitale ainsi que dans deux autres grandes villes du pays. Tous les vols internationaux et nationaux ont été interrompus jusqu’à ce jour.

Comme partout dans le monde, on a vu des foules se hâter vers les pharmacies en espérant trouver des « cache-bouche » (comme on dit ici) ou de la chloroquine. Les rayons et étals de riz, aliment de base à Madagascar, ont été dévalisés.

Le confinement n’est pas facile à vivre pour une grande partie de la population qui souvent ne fait que (sur)vivre avec son salaire du jour, ou qui loge à cinq personnes (ou plus) dans une seule pièce. Conscient de cette situation, l’Etat malgache a rapidement mis en place une distribution de nourriture pour les plus démunis. Ainsi, les rues de la capitale étaient loin d’être désertes pendant le confinement et nous avons même expérimenté des embouteillages. Heureusement, l’épidémie ne semble pas s’être véritablement propagée à Madagascar. Nous sommes le 25 avril et, depuis cinq semaines, seules 123 personnes ont été testées positives au Covid19, dont peu de malades, très peu de cas graves et aucun décès. Ces dix derniers jours, seule une dizaine de nouveaux cas ont été détectés.

Nos activités confinées

Bien entendu, les cours dans les écoles FJKM ainsi que ceux de l’Institut Supérieur de théologie évangélique (ISTE) où enseigne Timothée, ont été suspendus. Ici, il n’est guère envisageable de poursuivre la formation « à distance ». Même si Madagascar possède un des meilleurs réseaux internet haut-débit d’Afrique, peu nombreux sont ceux qui peuvent se payer un abonnement illimité. Par contre, les réseaux sociaux et les SMS sont très utilisés, ce qui permet de garder le contact avec les collègues et étudiants.

En tant que famille, nous avons conscience d’avoir vécu le confinement de façon privilégiée. Nous avons un logement spacieux. Eve et Ethan ont eu le privilège de suivre les cours des écoles françaises depuis la maison, grâce à internet. Nous ne manquons de rien (et avons même mangé un peu trop de gâteaux maisons ces dernières semaines !). Nous avons aussi la joie d’avoir Mathilde, une française envoyée du Défap à Tananarive, qui loge avec nous.

Ce confinement forcé nous a permis de souffler un peu après une période particulièrement chargée. Nous ne comptons plus les parties de jeux de société (avec une préférence pour « Splendor ») et les activités manuelles. Nous avons vécu de bons moments de culte à la maison (préparés par les enfants). Les séances « fitness » fréquentes (surtout fréquentées par les filles) ont permis d’évacuer un peu les calories emmagasinées. Enfin, pour Timothée, habitué à être « confiné » dans son bureau, ce fut l’occasion de pouvoir trouver un peu de temps pour avancer dans ses travaux d’écriture.

En déconfinement !

Face à la faible propagation de l’épidémie, le gouvernement a mis en place un déconfinement progressif depuis le 22 avril. Celui-ci s’accompagne d’une distribution massive de « cache-bouches » (dont le port est désormais obligatoire, et en cas de défaut les personnes sont condamnées à des peines de travaux d’intérêt général avec effet immédiat !) et du remède « vita malagasy (= Made in Madagascar) », le « Covid Organics » (une tisane de plantes médicinales dont le président semble convaincu de l’efficacité).

Dans les écoles malgaches, seules les classes ayant des examens à passer en fin d’année scolaire (7e=CM2, 3e et Terminale) reprennent les cours pour le moment. Delphine devrait probablement reprendre son cursus début mai. Quant aux enfants, qui suivent le système français, en vacances scolaires jusqu’au 4 mai, ils ne savent pas encore s’ils reprendront les cours à l’école ou à la maison. À l’ISTE, les activités vont reprendre ce lundi 27 avril. Les transports en commun étant pour le moment interdits dans la capitale l’après-midi, les cours ne reprendront que le matin dans un premier temps. Conformément aux directives du gouvernement, des « mesures barrières » ont été mises en place : port de « cache-bouche » obligatoire, distance d’un mètre entre les étudiants dans les salles de classe, lavage des mains et prise de température à l’arrivée.

Humilité, reconnaissance et espérance

Ces trois mots représentent bien ce que ce temps particulier évoque chez nous. Cette pandémie révèle la folie de notre prétention à vouloir tout maîtriser. Le COVID-19 nous pousse à l’humilité et nous apprenons à dépendre de Dieu qui, lui seul, maîtrise toutes choses.

Nous sommes reconnaissants pour l’absence de morts à Madagascar et reconnaissons la grâce de Dieu derrière cela.

Enfin, nous voulons fixer nos regards vers celui qui est la source de notre espérance. Une espérance qui, comme nous l’avons rappelé à Pâques, est plus forte que la mort !

Reprise des cours pour Timothée




Éloigné, en confinement : parole à Élie

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19, d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

 

Elie OLIVIER était en service civique comme animateur linguistique – échanges interculturels à Antsirabe (Madagascar).

Que la joie demeure !

Le cœur dit de rester, la raison dit de partir. Qui écouter ? Je n’en sais rien. Puis je me décide : je pars. La tristesse me submerge et m’empêche d’exprimer ma colère. De toutes façons, contre qui être en colère ? Ce pauvre pangolin braconné ? Ce marché insalubre ? A quoi bon…

Parmi les sentiments qui me traversent, le plus intense est la déception. Déception d’interrompre des projets en cours, de ne pas avoir pu faire tout ce que j’avais envie de faire. Les larmes qui coulent sur mes joues ont un goût d’inachevé.

Aujourd’hui, il pleut. Ce n’est pas cette pluie tropicale, chaude, brève, puissante, que j’aimais tant affronter à vélo sur les routes boueuses. Non, c’est une pluie tiède, molle, qui ne cesse de tomber. Les vers de Verlaine que mon grand-père aimait beaucoup reviennent à ma mémoire :

Il pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville ; Quelle est cette langueur Qui pénètre mon cœur ?

Il faut maintenant annoncer la nouvelle aux enfants… Ils comprennent, même s’ils ne se rendent sans doute pas compte de l’ampleur d’une pandémie. Leur maturité m’étonne de plus en plus ! Ils pourraient m’en vouloir, mais ils sentent que mon choix est fait à contre-cœur. Nous organisons un goûter d’au revoir, car manger fait toujours du bien dans ces moments-là. Le vol n’est que demain soir, alors les enfants me convainquent de revenir le matin. C’est d’accord, j’essaierai de leur laisser une meilleure impression ! Des sourires plutôt que des larmes…

La dernière matinée, on joue, on prie, on rigole… Que du bonheur ! J’essaie d’apprendre un dernier morceau de piano à Fy et Bruno : « Que ma joie demeure » de l’intemporel et universel Bach. Ils adorent, alors j’écris la partition sur un bout de papier, vite, vite… puis il faut partir. Comme on dit à Madagascar, « Tsy veloma fa mandra-pihaoana » Ce n’est pas un adieu, mais à bientôt.

J’enfourche mon vélo, remercie de tout cœur la directrice et tout le monde pour ces merveilleux mois. Je donne un premier coup de pédale… un deuxième… un troisième… je me retourne une dernière fois. Il n’y a plus personne devant le portail, mais j’aperçois entre les grilles Mamy, ce petit bout de chou, qui me regarde m’éloigner, la tête entre les grilles. Quelle belle dernière image de Akanisoa je vais garder en mémoire !

Taxi-brousse, attente, avion, voiture… et me voilà en France. On nous avait parlé de la difficulté du retour de mission, mais ce retour-ci est si étrange… En 24 heures je suis passé de l’insouciance des enfants à la méfiance de tous ces gens masqués ; d’une proximité amicale à une distanciation forcée. Il faut faire avec et avancer… ou plutôt rester chez soi.

Paradoxalement, cette situation inédite rend le retour peut-être moins difficile. Comprenons-nous bien : ce départ précipité a été un déchirement. Mais ce que je redoutais du retour, c’était de ne pas me sentir en accord avec le mode de vie mes proches, de ne pas être sur la même longueur d’onde. Là, nous sommes tous bouleversés, nous allons sans doute tous changer, en un certain sens. Alors je me sens moins seul, bizarrement, dans ce triste épisode.

Cette année de mission devait être une parenthèse enchantée. Elle l’a été, et elle n’est pas encore refermée. Après avoir discuté avec le Défap, a émergé l’idée de poursuivre la mission à distance : préparer des fiches de cours de solfège, des partitions de piano, des problèmes d’échecs, un tuto pour construire un jeu de dames avec du carton et des bouchons de bouteille… L’idée est non seulement d’occuper les enfants pendant le confinement, mais aussi de préparer la venue du prochain volontaire, en commençant une « boîte à outils » que chaque envoyé pourra remplir de ses passions. Car l’idée centrale ici, qui m’a questionné le long de l’année, est la transmission. Comment assurer une continuité entre tous ceux qui viennent et ne restent qu’une année sur place ? Mon départ précipité pourrait ouvrir la voie à une nouvelle façon de passer le flambeau au suivant. Alors… au travail !

Avant tout, je commence par télécharger un logiciel sur mon ordinateur pour écrire des partitions. Car j’ai un morceau en tête qu’il faut que je leur envoie… Lequel ? « Que ma joie demeure », évidemment !




Éloigné, en confinement : parole à Louise

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19 d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

 

Louise Guillon

Louise Guillon est VSI à Mahanoro, sur la côte est de Madagascar. Elle est enseignante de français dans un collège-lycée de la FJKM.

Bonjour à tous !

Le 20 mars dernier, le président annonçait des cas de coronavirus à Madagascar. Depuis ce jour je ne travaille plus, l’école a fermé, l’église aussi. Comme beaucoup d’entre nous, cette pandémie nous met face à nos peurs, et même notre peur la plus profonde : celle de la mort. Désolée d’être aussi crue, aussi brute mais la vie à Madagascar m’amène sur ce chemin. En effet, depuis le début de cette merveilleuse aventure, j’ai été confrontée à plusieurs situations qui m’ont miss justement face à mes peurs, en lien avec la sécurité et la mort. Une fois de plus, ce que nous vivons me ramène à cela. Je trouve cette période si déroutante, vertigineuse et hors du temps. Dans ce contexte, depuis deux semaines, je prends le temps.

Je prends le temps de lire et d’écouter des choses en lien avec notre conscience d’être. Je prends le temps d’écrire, de composer et de chanter comme sur cette vidéo. J’y exprime ce que je ressens au plus profond de moi face à la pandémie. Je vois ce temps comme une pause nécessaire car nous ne faisions que de courir après le temps… Maintenant nous l’avons, pour aller à la rencontre de soi-même et de sa famille proche pour certains. J’y vois aussi un silence et une renaissance pour la nature.

« Je dépose là mon arc et ma cible »… Arrêtons de nous battre avec nos faux semblants, arrêtons de nous battre tout court.. Cela me paraît presque ancestral.

J’ai la chance de ne pas être (pour le moment) en confinement total, même si je reste plus longtemps chez moi, je vois encore deux ou trois amis et madame Lala. Je vais courir le soir à la plage et ces moments m’émerveillent, le coucher du soleil fait monter dans le ciel des tons roses et orangés. La lune aussi est là et m’éclaire pour rentrer chez moi, à travers des ombres des cocotiers. Ici les arbres sont grands et majestueux et les hommes plutôt petits et forts !

Bref, la vie est brute, époustouflante et magique. Les moments de partage avec mes élèves me manquent… J’espère que l’école rouvrira bientôt…

À suivre, pour de prochaines aventures !

Merci,

J’espère que vous allez tous bien.

 

Je m’abandonne aux possibles

Car l’abondance est inaudible

Le silence restera invincible

Je dépose là mon arc et ma cible

Moi la guerrière de ton âme

Drôles de prières, beaucoup de larmes

Des coups de pierres presque ancestrales

Ce n’est plus l’âge d’être en cage

C’est le sage qui tournera la page

Vois-tu maintenant l’enfermement ?

C’est l’enfer qui me ment

Car il prône encore une fois la dualité

À tous ces corps alités

Enveloppés de l’écume de sa Majesté

Ce blanc si pur de notre mer

J’abandonnerai mon être à la terre

Pour ne faire qu’un en cette nouvelle ère

Louise Guillon

écouter sa chanson >>>




Éloigné, en confinement : parole à Manon

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19 d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

 

Manon Grosbois à Madagascar

Manon Grosbois est actuellement à Madagascar. Elle a envoyé sa lettre de nouvelles, publiée ci-dessous, peu de temps avant le confinement. Depuis les nouvelles mesures, elle travaille ses cours dans l’optique d’une reprise : « Je vais bien. Je reste à la maison chez mes amis mais nous avons tous le moral. Le président prend la parole chaque soir, Antsirabe n’est pas confinée mais le maire prend des mesures avec la fermeture de tous commerces hors alimentaires etc… J’ai refait tout un programme, de quoi enseigner ici pour encore dix ans, il faut positiver ! Les mesures à Madagascar sont prises localement,  je sais par exemple que Betafo est confinée », écrit-elle.

Bonjour à tous ! c’était un plaisir de vous lire en janvier et imaginer chacun dans un coin particulier du monde. J’ai trouvé ma lettre de présentation très scolaire, est-ce le métier qui rentre ?

Le métier… Ma mission, cette fameuse mission d’enseigner le français à des enfants malgaches. Quelle mission ! Je constate que je suis en phase d’expérimentation. Du bidouillage, des essais, des erreurs, de la remise en question, beaucoup de remise en question, des illusions et désillusions, du sur-mesure, du peaufinage, des interrogations sans réponse. C’est intéressant et déstabilisant. Pour illustrer mon propos, nous sommes actuellement en mars, cinq mois après la rentrée scolaire. Je m’aperçois que la moitié des élèves de  ne 4ème ne connaissent pas les jours de la semaine, ni les trois premiers pronoms personnels. Et moi, dans l’ignorance et l’illusion groupale, avec la meilleure volonté du monde, je leur enseigne « la phrase négative » ! Leur prochaine leçon sera « les couleurs ». En parallèle, ils apprendront le fonctionnement du système digestif, EN FRANÇAIS ! Ce paradoxe, ce non-sens, cette incompréhension du système peuvent parfois me décourager, me peiner vis-à-vis des élèves qui se trouvent en difficulté.

Alors deux solutions s’offrent à moi : changer le système scolaire malgache, ou faire avec ! Le temps des colons est révolu. Je vais « faire avec » ! Et pour cela, régulièrement, je recontextualise ma présence ici, ma mission. Je crois que quelle que soit la leçon, le fait d’échanger avec les élèves, c’est cela ma mission. La rencontre avec mes collègues qui se transforme en belle relation, c’est ma mission. Apporter aux élèves une ouverture sur le reste du monde, c’est ma mission. Une mission de liens entre deux cultures et entre les hommes.

Quant à la vie à Betafo, c’est toujours l’ascenseur émotionnel. Nous sommes à un carrefour de petits villages isolés. C’est ici que se retrouvent les personnes handicapées considérées comme « folles », livrées à elles même et à la rue. Beaucoup de gens sont dépendants de l’alcool. Il y a aussi des élèves qui viennent de loin pour étudier et logent ensemble dans des chambres louées (dès 13 ans). Cette cohabitation peut générer parfois un sentiment de malaise. Puis il y a la facette de Betafo plus sympathique : « allô Manon, tu viens faire un foot ? », la reconnaissance des commerçants, les invitations à diner…

Zébus dans les rues de Betafo

Et parfois j’aimerais pouvoir prêter mes yeux pour partager des scènes de vie. 5h30 le matin, la lune brille encore, la pluie a transformé l’ile rouge en une palette de multiples verts. Je sillonne les rizières, je traverse des villages qui s’éveillent, je cours, ça monte et je souris face à la beauté des montagnes. Les rayons du soleil qui font briller les champs, les paysans à vélo qui transportent le lait, les élèves qui prennent le chemin de l’école, les zébus qui tirent les charrettes, l’odeur du café. Mais très vite, il est temps de rentrer j’ai cours à 8h !

Je fais le choix de prolonger ma mission, j’ai encore tant à découvrir et je sens que mon équilibre se stabilise. Je ne peux imaginer quitter le navire si rapidement !