Madagascar : Mananjary après le cyclone

Mananjary, ville ravagée en février 2022 par le passage du cyclone Batsirai, et où la solidarité du protestantisme français avait permis de reconstruire deux orphelinats, craignait beaucoup l’arrivée de la super-tempête Freddy. Mais le cyclone était considérablement affaibli après sa traversée de l’océan Indien lorsqu’il a atteint la côte malgache au soir du 21 février.

L’arrivée de Freddy sur la côte est de Madagascar vue par satellite. Mananjary était au cœur de la zone touchée. © Nasa

Il y a un an presque jour pour jour, Mananjary était frappée de plein fouet par le cyclone Batsirai. Cette ville de la côte sud-est de Madagascar, face à l’océan Indien, est particulièrement vulnérable aux tempêtes tropicales qui, pendant toute la saison cyclonique, d’octobre à mai, arrivent de La Réunion avant de toucher la côte africaine. En février 2022, Batsirai avait détruit la localité à plus de 80%. Il avait fallu un soutien international de plusieurs mois, d’abord pour aider la population menacée par la famine et le manque d’eau du fait de la destruction des cultures et de la pollution de l’approvisionnement en eau potable, ensuite pour reconstruire. Deux orphelinats en particulier, le Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés) et le centre Akany Fanantenana, avaient bénéficié d’une mobilisation inédite de plusieurs organismes protestants, La Cause, ADRA, le Défap et les Amis du Catja notamment.

En ce mois de février, Freddy, cyclone tropical de catégorie 5 né au large des côtes du nord-ouest de l’Australie, laissait craindre des dégâts aussi monumentaux. Le 16 février, alors qu’il traversait le sud de l’océan Indien, il était accompagné par des vents de plus de 265 km/h, selon le Joint Typhoon Warning Center, centre militaire américain de prévision des cyclones tropicaux. Et selon un autre organisme américain, la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration, en français l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique) Freddy était l’une des cinq tempêtes de catégorie 5 jamais enregistrées en février sur Terre. La seule tempête de février plus violente (par la vitesse de ses vents) était le cyclone tropical Winston de 2016.

Akany Fanantenana : « Les enfants vont bien, les adultes aussi »

Les effets du passage de Freddy au centre Akany Fanantenana, à Mananjary © La Cause

Mais lorsqu’il a atteint la ville de Mananjary, le 21 février vers 19h30, heure locale, Freddy avait perdu beaucoup de sa force. La population s’était largement préparée, renforçant les toitures par des sacs de sable pour les empêcher d’être emportées ; plusieurs milliers de personnes de cette localité de 28.000 habitants (au milieu d’un bassin de population de près de 80.000 personnes) avaient été évacuées, rejoignant soit des proches dans des lieux moins exposés, soit des centres d’hébergement. Les vents au moment où Freddy a touché terre atteignaient les 110 km/h, avec des rafales à 130. Les témoignages sur place font état de toitures arrachées par les vents (le toit du stade a notamment été emporté), de portions de côte submergées par les vagues ; mais pas de pluies violentes comme celles qui, l’année précédente, avaient provoqué d’importantes inondations, aggravant les destructions ; et au final, des dégâts bien moindre que redouté.

Plus de 38.000 sinistrés ont néanmoins été recensés après le passage de Freddy dans le district de Mananjary par le Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC). Une délégation présidentielle s’est rendue sur place dans les jours qui ont suivi, apportant des aides d’urgence : 50 tonnes de riz, 50 tonnes de légumineuse, 2 tonnes de farine et de sucre, de l’huile alimentaire et des matériaux de première nécessité pour les réparations – des tôles pour les toitures notamment. Le président Andry Rajoelina a rendu visite au Collège d’enseignement général (CEG), détruit par la tempête et dont il a promis la reconstruction rapide.

Au niveau des centres accueillant des enfants, le Catja et Akany Fanantenana, qui avaient pu être remis en état l’année précédente grâce à la solidarité du protestantisme français, les effets du passage de Freddy sont restés limités : les toits ont tenu. Le Catja a enregistré essentiellement des dégâts sur les cultures. Au niveau du centre Akany Fanantenana, là aussi, des dégâts sur les cultures, quelques tôles et un panneau solaire arrachés : « Tous les bâtiments sont indemnes, y compris le poulailler », a fait savoir le pasteur Élia Rozy, qui a fondé et qui gère ce centre avec son épouse Émilienne ; « les enfants vont bien, les adultes aussi ».




En mission en famille à Madagascar

Lydie et Pierre sont partis en famille avec le Défap pour des missions de soutien à la SFM, l’École de formation des maîtres de l’Église luthérienne de Madagascar. Lydie a une mission d’enseignement ; Pierre s’occupe de maintenance, notamment du matériel électronique. Ils sont en pleine saison des pluies, qui ont rendu une partie des routes impraticables… Ils racontent.

Étudiants de la SFM © Pierre et Lydie pour Défap

Quelles ont été vos premières impressions de Madagascar ?

Lydie : La diversité, la vitalité. Nous avons été frappés par les paysages de rizières, l’exubérance de la végétation : hibiscus, frangipaniers, arbres du voyageur… Et avec la saison des pluies, tout pousse de partout. Par contraste, les habitants se soucient peu d’environnement : il y a des déchets partout, des bouts de plastique par terre, même à la campagne.

Pierre : Aller au marché, c’est une expérience : c’est plein de couleurs, de bruit, il faut chercher partout… Impossible de s’y retrouver au début sans être accompagné, surtout quand on ne parle pas malgache. C’est un labyrinthe dans lequel on se perd quand on veut acheter quelque chose. Mais nous commençons enfin à savoir où chercher…

Et vos premières impressions de la SFM ?

Pierre : Nous avons été très bien accueillis par le personnel de la SFM, soutenus dans nos démarches administratives. Nous avons de très bonnes relations avec la directrice et avec les enseignants. Ensuite, il a fallu nous adapter au fonctionnement de la SFM, ce qui nous change de nos habitudes. Le rythme, par exemple, est très différent : les journées commencent très tôt.

Lydie : Fandriana est une ville un peu isolée, c’est une ambiance très différente de celle de Tananarive. Du coup, tout le monde connaît notre famille : nous sommes les seuls « vazahas » [« étrangers », NDLR] de Fandriana. Il y a beaucoup d’enseignants qui ont des enfants dans la même tranche d’âge que les nôtres, ils vont à l’école ensemble, ça rend les relations faciles.
 

Étudiants de la SFM lors d’un cours © Pierre et Lydie pour Défap

Comment se déroulent vos missions ?

Lydie : Ma mission est axée sur l’enseignement du français et sur l’école inclusive – la prise en compte du handicap dans les cours. C’est un travail très intéressant et varié. Les étudiants viennent de tout le pays ; et c’est vraiment une richesse. Il y a un bon brassage de population, avec tous ces étudiants aux coutumes différentes.
Concernant le français, comme je suis enseignante en primaire, je me demandais comment faire avec des adultes ; mais je m’y suis vite adaptée. Ils sont habitués à une méthode d’enseignement où les cours magistraux sont prédominants. Ma manière d’enseigner est très différente ; ça casse un peu leur façon de faire, mais ils apprécient. Ils ont une vivacité d’esprit et l’envie de parler en français, mais c’est difficile. Il y a une grande différence de niveau entre ceux qui viennent de bonnes écoles, qui ont un bon niveau de français, et d’autres qui sont quasi débutants. Et pour ces derniers, il y a un grand écart entre ce qu’ils apprennent et ce qui leur serait vraiment utile. Mais la maîtrise du français leur est nécessaire : les rapports de stage, les contrôles, tout est en français.
Concernant l’école inclusive, la SFM accueille des étudiants malvoyants et malentendants, qui sont destinés à devenir enseignants dans des écoles spécialisées. Ils sont très bien intégrés : la première fois que l’on se retrouve dans un cours qui accueille des étudiants malentendants, on se rend compte que tout le monde pratique la langue des signes.

Pierre : J’ai deux casquettes : je m’occupe de l’entretien des bâtiments et de la maintenance du matériel, notamment électronique ; et j’aide Lydie en prenant en charge des groupes dans les cours d’informatique et dans le labo de langues. Il a d’abord fallu remettre le matériel en état. Le labo de langues n’avait pas fonctionné depuis des années.

Quelles difficultés avez-vous dû surmonter ?

Lydie : La transmission des informations, c’est toujours une difficulté. Personne ne nous met spontanément au courant quand il y a quelque chose à savoir : il faut être proactif et partir chercher les infos.

Pierre : Il y a également l’état des routes. Avec la saison des pluies, elles sont ravinées, coupées de crevasses. Les déplacements sont difficiles. Beaucoup de gens prennent des taxis-brousse pour aller d’un endroit de l’île à l’autre, mais ça prend un temps fou : deux heures pour une quarantaine de kilomètres…
 

Pierre dans le labo de langues © SFM




Mananjary : huit mois pour une renaissance

En février dernier, la ville de Mananjary, sur la côte sud-est de Madagascar, était ravagée par un cyclone. Les destructions n’avaient pas épargné le Catja ni le centre Akany Fanantenana, deux centres accueillant des enfants abandonnés. En ce mois de septembre, huit mois après la catastrophe, les centres fonctionnent de nouveau, les principales réparations ont pu être faites, et les enfants ont pu faire leur rentrée. Une renaissance rendue possible par une solidarité du protestantisme français qui ne s’est pas démentie, et par un partenariat inédit entre plusieurs organismes protestants, notamment la fondation La Cause, le Défap, et ADRA.


À Madagascar, les élèves font leur rentrée en plein hiver austral. Mais à la même date que les élèves de France : dans la première semaine de septembre. À Mananjary, les traces du cyclone qui avait détruit la ville à plus de 80% au début du mois de février n’ont pas été entièrement effacées ; la rentrée des classes s’est faite sous des toits de tôle… mais elle a bien eu lieu. Il a fallu pour cela huit mois d’efforts ; et en ce qui concerne les petits pensionnaires des centres accueillant des enfants abandonnés, il a fallu aussi un soutien exceptionnel, venu en grande partie du protestantisme français.

Vue des réparations sur le toit du bâtiment de la direction du Catja © ADRA

Ces abandons sont nombreux et concernent surtout des fratries, dans cette partie de l’île qui connaît encore le tabou des jumeaux, le « fady kambana ». Il existe deux centres pour les accueillir. Le Catja, « Centre d’accueil et de transit des jumeaux abandonnés », fondé en 1987 par Auguste Simintramana, un chrétien étranger à ce territoire, sur une terre marécageuse et inhospitalière, elle-même soumise à un tabou. Et le centre Akany Fanantenana, fondé par un pasteur de la FJKM, l’Église réformée malgache, et par son épouse : Élia Rozy et son épouse Émilienne. Depuis l’origine, les liens entre ces centres et les protestants de France sont étroits. Les deux centres sont soutenus par la fondation La Cause ; les enfants recueillis, et qui n’ont aucun avenir à Mananjary, sont confiés à l’adoption internationale ; beaucoup des jumeaux abandonnés ont ainsi été adoptés par le biais de La Cause par des familles françaises. Ainsi au Catja, entre 1987 et 2006, sur 420 enfants adoptés, 300 l’ont été par des couples français. Il existe d’ailleurs une association, « Les amis du Catja », qui regroupe des familles françaises ayant adopté dans ce centre. Et si le Défap ne participe pas directement à ce soutien, les liens avec La Cause sont nombreux, de nombreuses missions communes associent des représentants du Défap et de La Cause à Madagascar ; et à Mananjary même, le pasteur Élia Rozy montre avec fierté aux visiteurs son livre d’or où figurent les signatures d’envoyés ou de permanents du Défap.

Pose d’une nouvelle charpente au Catja © ADRA

Quand le cyclone Batsirai s’est abattu sur Mananjary le 5 février 2022, les dégâts ont été colossaux. Non seulement sur les bâtiments, mais aussi sur les cultures, les élevages – tout un fragile écosystème nécessaire pour assurer le quotidien. Pour aider à reconstruire, il a fallu grouper les forces. Véronique Goy, du service Enfance de La Cause, a assuré le rôle de cheville ouvrière de ce grand chantier, auquel se sont associés divers organismes, notamment du milieu protestant. Il fallait assurer l’approvisionnement des centres privés de denrées vitales ; évaluer les dégâts et chiffrer les réparations ; prévoir un calendrier de reconstruction avec, en ligne de mire, la rentrée de septembre. Sur place, les ingénieurs d’ADRA, agence adventiste du développement et de l’aide humanitaire, se sont chargés des travaux d’expertise. Estimation des besoins de financement : 50.000 euros. Le Défap, La Cause, les Amis du Catja ont lancé des appels aux dons. La course contre la montre a commencé.

Réfection du plancher et de la toiture dans le logement des enfants du Catja © ADRA

Pour le Défap, c’était là un projet sortant de l’ordinaire : ses actions se développent généralement sur des années, à partir de projets co-construits avec ses partenaires (Églises ou institutions liées à des Églises) et concernent plutôt l’éducation, le développement rural ou la santé. Le Défap n’est pas spécialisé dans l’humanitaire d’urgence. Mais l’appel à la solidarité a été entendu. Les 50.000 euros nécessaires ont pu être réunis par les divers partenaires ; le Défap a contribué à hauteur de 11.500 euros, grâce notamment à l’engagement des paroisses de l’UEPAL. Pour permettre aux enfants du Catja et du centre Akany Fanantenana de retrouver des conditions de vie normale, il a fallu non seulement remettre des tôles sur les toitures, mais aussi, bien souvent, refaire des charpentes, vérifier la solidité de murs fragilisés par le cyclone et qui n’auraient peut-être pas supporté une réfection de toiture, refaire l’intérieur de bâtiments ravagés : les photos qui accompagnent cet article, et qui proviennent des ingénieurs d’ADRA sur place, donnent une idée de l’ampleur de la tâche.

Mise en place d’une dalle de béton sur un bâtiment du Catja © ADRA

Et au bout de huit mois, le pari a été gagné : les enfants de Mananjary ont pu faire leur rentrée… dans des conditions presque normales.




Cécile Millot : «Rien ne me destinait à partir à Madagascar»

Ancienne envoyée du Défap à Madagascar, Cécile Millot a tiré un livre de cette expérience : Les aventures de Madame Cécile à Madagascar, publié aux éditions Amalthée. Mais comment cette enseignante d’allemand installée du côté de Reims a-t-elle pu, à 55 ans, se retrouver ainsi à apprendre le français à des élèves malgaches ? Rencontre et témoignage, à la recherche d’une annonce fantôme et d’un nouveau départ…

Cécile Millot interviewée lors des Journées Portes Ouvertes des cinquante ans du Défap © Défap

Qui es-tu ?

Cécile Millot : Rien ne me destinait à partir à Madagascar pour enseigner le français à 55 ans. J’étais maître de conférences en littérature allemande à l’université de Reims, et raisonnablement contente de mon sort. Même si, comme tout le monde, je pensais de temps en temps que j’aurais pu faire autre chose que ce que je faisais, mais quand on travaille sur une culture étrangère, on a aussi un certain nombre de possibilités de changer d’air.

Qu’est-ce qui t’a poussée à partir ?

En 2007, ma mère, puis mon père, puis mon compagnon sont morts. Alors je me suis assise cinq minutes, et je me suis demandé ce que je voulais vraiment faire du temps qui me restait à vivre.

Comment as-tu connu le Défap ?

Je ne sais pas ! J’ai toujours cru que j’avais trouvé l’appel à candidature sur Coordination Sud, que je suivais régulièrement. Et un jour, un des pasteurs du Défap m’a dit : « Mais nous ne mettons jamais nos postes sur Coordination Sud ! » Et je n’ai jamais retrouvé qui avait bien pu m’envoyer le descriptif de ce poste, dont j’ai pensé tout de suite qu’il était fait pour moi.

Qu’as-tu trouvé que tu cherchais ?

Un nouveau départ. La force de dépasser ce que j’avais vécu.

Qu’as-tu vécu comme quiproquos liés à des différences culturelles ou difficultés d’intégration ?

Le sous-titre de mon livre, c’est « Perdue dans la jungle de la différence culturelle », et je me suis vraiment toujours sentie en décalage. Pour de petites choses, comme le fait qu’à Madagascar, on n’indique pas le chemin en disant « à droite » ou à gauche », mais en disant « au nord », ou « au sud ». Ou pour des choses fondamentales, comme la façon dont les Malgaches conçoivent la propriété. De ce point de vue-là, il m’a bien fallu trois ans pour passer de « ils me pompent des sous tout le temps » à une compréhension de l’absence de propriété privée dans la mentalité des Malgaches – qui ne m’empêchait pas toujours de récriminer parce qu’ils me pompaient des sous tout le temps.

Quelles rencontres t’ont marquée ?

La rencontre permanente avec la misère, à tous les niveaux, sous toutes ses formes. Les Hautes-Terres, où j’étais, sont une région riche (toutes proportions gardées). Mais on y vit comme en France il y a 150 ans : pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de machines, même pas mécaniques, ni dans les champs, ni à la maison, les enfants rachitiques, l’absence de soins médicaux… Et une ignorance totale du monde qui entoure les enfants comme les adultes, du monde proche et du monde lointain.

Pourquoi as-tu voulu mettre sur papier et publier ton expérience ?

Je suis rentrée avec le sentiment que j’avais vécu un dépaysement exceptionnel. Sans doute parce que j’étais partie seule, donc que j’étais en immersion totale, je pense que j’ai eu un besoin beaucoup plus fort de vivre proche des Malgaches que des volontaires qui sont partis en famille. Et j’avais très envie de raconter cette aventure.

À ton avis, que peut apporter d’utile ton témoignage ?

Je pense qu’il peut servir à des envoyés, pour les préparer, justement, à toutes les incompréhensions, tous les décalages dus à la différence de culture et à la différence de niveau de vie, que l’on ressent parfois douloureusement. Et aussi : par petites touches, et en restant toujours au ras des pâquerettes, je pense que j’ai réussi à donner une impression de ce qu’est la vie dans un pays sous-développé (oui, je dis « sous-développé »), et dans un pays sur lequel est passé le rouleau compresseur de la colonisation. Et que dans le monde actuel, cela peut être important de comprendre cela.

Cécile Millot
Les aventures de madame Cécile à Madagascar
À commander aux éditions Amalthée
À partir de 9,99€




Merci pour les enfants de Mananjary !

Grâce à l’élan de solidarité du protestantisme français, le Catja et le centre Akany Fanantenana vont pouvoir retrouver une vie normale. Ces deux orphelinats de Mananjary, ville du sud-est de Madagascar ravagée en février dernier par le cyclone Batsirai, avaient subi de gros dégâts ; plusieurs organismes dont ADRA et le Défap s’étaient alors groupés autour de la fondation La Cause pour les soutenir.

Toitures refaites au centre Akany Fanantenana, à Mananjary © La Cause

Des tôles neuves sur les toits des bâtiments : ce sont les premiers signes des réparations qui ont commencé au centre Akany Fanantenana (« Centre Espérance » en français). C’était une urgence après le passage du cyclone Batsirai, en février dernier, qui avait arraché une partie des toitures. Mais au-delà de ces premières réparations, faites avec les moyens du bord, il reste beaucoup à faire, et les ressources de l’orphelinat n’y suffiraient pas. Même problème au Catja, le « Centre d’accueil et de transit des jumeaux abandonnés », quelques kilomètres plus loin dans la même ville : au-delà des dégâts les plus visibles, lorsque la pluie et le vent ont pu s’engouffrer dans les bâtiments à travers les toitures endommagées, il faut évaluer la solidité des structures malmenées par le cyclone pour pouvoir réparer. Dans certains cas, elles ne seraient pas en état de supporter une toiture refaite : au prochain cyclone, les murs pourraient s’effondrer.

Le Catja et le centre Akany Fanantenana ont un rôle crucial à Mananjary : dans cette région côtière du sud-est de Madagascar où, par tradition, les jumeaux sont considérés comme maudits, ce sont les deux principaux points d’accueil des enfants abandonnés à la naissance du fait de ce tabou. Tous deux sont soutenus par la fondation La Cause. Et si le Défap n’est pas directement impliqué à Mananjary, les relations avec La Cause sont suffisamment proches pour que des missions soient régulièrement organisées en commun : des envoyés du Défap travaillent ainsi dans d’autres parties de l’île au sein d’institutions soutenues par La Cause ; et à Mananjary même, le pasteur Élia Rozy, qui gère avec son épouse Émilienne le centre Akany Fanantenana, montre avec fierté aux visiteurs son livre d’or où figurent les signatures d’envoyés ou de permanents du Défap.

Une mobilisation inédite au sein du protestantisme français

Livraison de denrées de base au Catja, à Mananjary © La Cause

Lorsque le cyclone Batsirai s’est abattu sur Mananjary, au début du mois de février, toute la ville s’est retrouvée dans une situation d’urgence vitale. Une grande partie des constructions ont été abattues, quasiment toutes les toitures détruites ; et même les moyens de subsistance (cultures, élevages) ont disparu en quelques heures. Les ONG internationales et le PAM (le Programme Alimentaire Mondial) qui avaient anticipé la catastrophe, après le passage sur l’île de plusieurs cyclones dévastateurs, ont pu intervenir rapidement pour éviter la famine. Mais les deux orphelinats se sont retrouvés eux aussi dans une situation extrêmement précaire, vivant au jour le jour dans des bâtiments malmenés par la tempête.

Pour les aider à surmonter le choc, il a fallu une mobilisation inédite. Assurer tout d’abord l’approvisionnement sur plusieurs mois : La Cause s’en est chargée. Évaluer précisément les dégâts et trouver des ressources pour remettre les deux centres sur pied : pour ce travail de longue haleine, plusieurs organismes ont réuni leurs efforts autour de Véronique Goy, du service Enfance de La Cause, cheville ouvrière du projet. ADRA, l’Agence adventiste du développement et de l’aide humanitaire, a dépêché sur place des ingénieurs pour évaluer les besoins en reconstruction. Le Défap et les Amis du Catja, association regroupant des parents d’enfants adoptés à Mananjary, ont lancé des appels aux dons.

Une image datant de début février : les dégâts du cyclone Batsirai au Catja © Catja

Pour le Défap, il s’agissait là d’un appel tout à fait particulier : ses actions s’inscrivent dans la durée, non pour répondre à des urgences. Le cœur de l’activité du Défap, c’est d’entretenir des relations entre Églises par-delà les frontières ; des relations qui passent par des projets, des envoyés, des échanges d’enseignants, de boursiers… Le Défap n’est pas un organisme spécialisé dans les réponses aux crises humanitaires. Les budgets de ses actions sont définis sur plusieurs années, ce qui laisse peu de latitude pour s’adapter en cas d’urgence. Mais les situations évoluent ; et de plus en plus, les besoins exprimés par les partenaires du Défap sont le reflet de crises. Lors de la pandémie de Covid-19, qui avait durement frappé certains de ces organismes, notamment d’enseignement, le Défap s’était adapté en réorientant une partie de ses fonds non utilisés vers un fonds d’urgence Covid. Dans le cas de Mananjary, il a fallu grouper les forces entre plusieurs organismes protestants français, et faire appel à la solidarité du milieu protestant.

Et le résultat est là : les 50.000 euros nécessaires pour reconstruire ont pu être réunis. Sachant que reconstruire implique beaucoup plus que refixer des tôles sur des toits, ou conforter des murs : il s’agit aussi de remplacer le matériel, notamment scolaire, ou les vêtements détruits par la tempête ; permettre de nouveau aux deux centres d’avoir leurs propres cultures, leurs poulaillers, leurs propres ressources, modestes mais nécessaires pour assurer la viabilité de ces établissements… En dépit du temps nécessaire pour évaluer précisément le chantier, en dépit de la guerre en Ukraine qui a largement focalisé l’attention du monde, la solidarité du protestantisme français pour Madagascar ne s’est pas démentie.

Merci pour les enfants de Mananjary !




Samy, déjà cinq ans à Madagascar

Nous poursuivons notre série de témoignages d’anciens envoyés du Défap, dont l’engagement à l’étranger a marqué un moment clé de leur vie : aujourd’hui, Samy. Il était parti en 2017 comme service civique pour une mission d’animateur/répétiteur à Madagascar : enseignant le français le matin dans l’école Akanisoa, répétiteur et animateur le soir avec les enfants de l’orphelinat. Cinq ans plus tard, il est toujours à Madagascar… où il travaille à l’amélioration de l’enseignement du français.

Enfants au tableau dans une classe © Défap

Quel bilan ferais-tu aujourd’hui de tes quatre ans à Antsirabe et du travail dans l’orphelinat ?

Samy Chenuelle : Partir, c’est se redécouvrir et se dépasser. C’est comme cela que je pourrais résumer mes années à Antsirabe. Ma vie là-bas m’a permis de mûrir beaucoup plus que ce que je n’aurais pu imaginer. En étant loin de tout ce que l’on connaît, on est obligé de tout redécouvrir, en partie soi-même. J’ai découvert, et réussi certaines choses dont je ne pensais pas être capable, et dépassé certaines de mes peurs et blocages. Bien sûr, tout n’est pas toujours au beau fixe, j’ai eu aussi des inquiétudes et des moments d’indignation. Mais je pense que ce n’est qu’en sortant de son confort que l’on peut se dépasser. C’est tout ce qu’une expatriation peut nous offrir lorsque nous arrivons à rester ouverts.

Être à Madagascar m’a aussi obligé d’une certaine façon à être toujours à l’affût pour comprendre sociologiquement ce qui se passe. J’ai pu apprendre de manière très concrète à savoir déconstruire les discours, aller au-delà des mots, des différences culturelles, de mes a priori, de ma culture franco-française pour dépasser les incompréhensions.

À Antsirabe, j’ai pu être dans deux situations éducationnelles différentes : en tant qu’instituteur de français dans l’école primaire et dans une sorte de rôle d’animateur voire d’éducateur dans l’orphelinat avec les enfants et adolescents. Rester sur du long terme m’a permis de créer une vraie relation avec les enfants. Très rapidement, j’ai passé du temps avec les enfants, même en-dehors de mes heures de travail. Cela m’a aussi donné la chance de me questionner sur ma façon d’être et de m’améliorer. Les relations avec les enfants ont cette exigence de dire ou de montrer quand ils n’ont pas apprécié un comportement. Il s’agit alors toujours d’expliquer, de réussir à dépasser nos différences pour trouver une solution qui convient à tout le monde. J’ai essayé au maximum d’être un exemple de probité d’âme et de respect pour les enfants.

Comment se passe ton activité actuelle à Tana ? Pourrais-tu nous décrire ta mission ?

Ma mission a deux volets. D’un côté, je suis en train de finir d’écrire des guides pédagogiques pour chacune des classes primaires ainsi que d’autres outils (affiches, images, chansons, récitations) pour faire apprendre le français. De ce que j’ai pu voir, il n’existe pas encore de guide pédagogique pour faire apprendre le français à Madagascar, mais seulement des manuels de français. Cependant, vu le niveau de français trop faible des institutrices dès que l’on sort des centres-villes des grandes villes, il existe un réel manque à ce niveau-là.

Le deuxième volet de mon travail est de faire des formations dans des écoles FJKM. Je vais dans les écoles faire des formations aux institutrices et quelques instituteurs. Cela me permet de former sur mes guides et sur les méthodes pédagogiques (actives et ludiques) qui en sont issues, ainsi que diffuser les valeurs qui sont les miennes : empathie, non-violence, coopération, etc. Je fais aussi des modules de renforcement de français ainsi que sur l’éducation.

Une ruelle dans la banlieue de Tananarive © Franck Lefebvre-Billiez, Défap

Quels sont les besoins en termes de pédagogie pour l’enseignement du français et en quoi ta mission peut-elle contribuer à améliorer la situation ?

Le système scolaire malagasy copie de manière générale le système scolaire français. À ceci près que les écoles malagasy accusent des retards de près de 100 ans à quelques dizaines d’années selon les domaines (infrastructures, pédagogie, formation des enseignants, manuels et outils pédagogiques disponibles et utilisés). Les nouvelles avancées des sciences de l’éducation ne sont pas connues ou alors utilisées seulement par quelques écoles élitistes. Ces gros manques sont dus, d’un côté à un manque d’accès et de l’autre à un manque d’argent.

Ce que j’essaye d’apporter est tout simplement de rattraper ces retards dans certains domaines : pédagogie, outils pédagogiques. Dans tout ce que j’entreprends, j’essaye de mêler deux choses : les façons de faire des institutrices malagasy tout en apportant des nouvelles idées.

J’apporte des nouvelles méthodes pédagogiques qui prennent mieux en compte l’enfant-élève et ses besoins pour améliorer l’enseignement et l’éducation de manière générale. Mais j’ai peur que les enseignants préfèrent se cantonner à leur ancienne méthode, qu’ils connaissent bien, plutôt que d’essayer des nouvelles méthodes qu’ils ne maîtrisent pas encore tout à fait. Alors, je me base sur les habitudes et façons de faire déjà en place à Madagascar pour que les institutrices ne soient pas perdues et veuillent s’imprégner des nouvelles façons. Mon but est donc d’améliorer leur manière d’enseigner grâce aux nouvelles pédagogies et à de nouveaux outils pédagogiques.

Quelques souvenirs parmi les plus difficiles – et comment tu as pu les surmonter ?

Mes moments les plus difficiles ont été lorsque j’ai dû assister à certaines scènes, croyances et violences qui m’ont profondément choqué. Savoir que les enfants de l’orphelinat sont grondés violemment voire tapés me bouleverse et me révulse. Il m’a été difficile d’entendre que des enfants seraient possédés par des démons lors de leurs crises (d’épilepsie ou psychologiques dues à un traumatisme) alors que mon interprétation, typiquement française des crises est totalement différente. J’ai surtout été affecté par la culpabilisation et l’absence de chaleur humaine qu’ils ont subie, et qui, à mon avis, ne permet pas à l’enfant de se développer. Je me sentais impuissant face à la force de leurs traditions et idées ainsi qu’à ma place dans Akanisoa qui n’avait pas de poids.

D’autant plus que j’ai toujours essayé de mettre à distance, de me défaire du rôle du « vazaha » qui-saurait-tout opposé aux malagasy ignorants, que pourtant certains malagasy veulent nous étiqueter, et que beaucoup de vazaha utilisent, volontairement ou par facilité, sans s’en rendre compte. Cette mentalité est une séquelle qui reste après le colonialisme et empêche, selon moi, de construire des relations saines et constructives, et est un frein au développement de Madagascar.

J’essaye donc de me dépatouiller entre tout cela : ne pas juger les malagasy et leur culture, tout en proposant des vrais leviers de changements bénéfiques, sans entrer dans une relation hiérarchique avec mon interlocuteur.

Pour surmonter ces difficultés, j’ai quelquefois pu partager mes émotions avec quelques amies françaises. J’ai aussi parfois pu me sentir assez à l’aise avec certains adultes malagasy pour donner mon avis. J’ai surtout écrit, ressassé dans ma tête, réfléchi à ce que j’aurais fait à la place de l’adulte, imaginé mes propres réponses pour ne pas être seulement dans le jugement de l’autre mais pouvoir leur proposer d’autres solutions. J’y mettais tout mon cœur, ou au contraire, je me mettais à distance pour analyser froidement la situation. J’essayais à chaque fois de me rapprocher des personnes, de comprendre leurs besoins et leurs sentiments, ce qui les animait.

Vue de Tananarive © Franck Lefebvre-Billiez, Défap

Quelques souvenirs parmi les plus lumineux ?

Quand je repense à ma vie à Antsirabe, ce qui est le plus lumineux pour moi, ce n’est pas un moment précis mais se sont mes relations. De voir les attaches que j’ai avec les enfants d’Akanisoa, mes collègues de travail ou avec mes amis malagasy, de sentir ces liens et ces nœuds, que l’on a tissés peu à peu, jusqu’à en faire des tresses ténues et solides, basées sur la confiance et le respect. C’est cela avant tout qui me rend le plus heureux et fier de ma vie à Antsirabe. Savoir que l’on a réussi à dépasser toutes nos différences, tous nos désaccords, nos quelques disputes, pour se concentrer sur ce qui est essentiel à mes yeux : l’écoute, la compréhension, le partage. Et en voyant à quel point j’ai pu m’intégrer dans la société malagasy, que j’ai pu réussir à dépasser cette première croûte et apparat de relation que la plupart des vazaha ont avec les malagasy, je pense vraiment avoir réussi à accéder et comprendre la société malagasy. C’est aussi tout ça qui me fait revenir régulièrement à Antsirabe quand j’ai un peu de temps libre pour passer du temps avec eux.

Mes souvenirs lumineux qui me reviennent directement lorsque je pense à ma vie à Antsirabe sont presque toujours avec les enfants. Les vacances à Diego, Itasy ou Tuléar avec le centre Akanisoa, les secrets qu’ils m’ont partagés ou tous les merveilleux moments que l’on a partagés à travailler, s’amuser ou jouer ensemble.




Madame Cécile : l’odyssée d’une envoyée du Défap à Madagascar

À travers ce livre, publié aux éditions Amalthée, Cécile Millot, envoyée du Défap à Madagascar entre 2010 et 2013, pose un regard à la fois lucide et bienveillant sur la société malgache. Un témoignage qui s’inspire d’un vécu et d’un blog, celui qu’elle a tenu régulièrement durant les trois ans de sa mission sur place. Consciente de ne pas pouvoir expliquer un pays qu’elle ne connaît que si superficiellement, elle y raconte, par petites touches, au quotidien, les surprises et les malentendus dus à la différence de niveau de vie et de culture.

Les aventures de Madame Cécile à Madagascar © éditions Amalthée

Tous les envoyés du Défap ont un roman à raconter. Partir voir ce qu’il y a de l’autre côté de la planète, et en revenir, c’est un sacré déplacement. Ça oblige à considérer d’un regard neuf tout ce que l’on a vécu auparavant, et à interroger tout ce que l’on peut avoir de certitudes sur le monde. Nul n’en revient indemne : les échanges, ça vous change. Et c’est valable aussi pour les boursiers, les enseignants engagés dans un échange entre universités du Nord et du Sud ; et même encore pour tous les groupes qui peuvent avoir l’occasion de se croiser au Défap, un lieu carrefour que Gilles Vidal, doyen de la faculté de théologie de Montpellier (IPT Montpellier) décrivait ainsi en mars 2019 lors d’une rencontre consacrée aux « fruits du Défap » : « Où puis-je, dans la même journée, croiser la Ministre de l’Éducation du Togo, le fils d’un ancien missionnaire de Nouvelle-Calédonie, un pasteur du Sud-Ouest (dont la mère est née au Lesotho), une femme pasteur hongroise, un professeur d’histoire cévenol ? Au 102 Bd Arago ! »

Oui, tous les envoyés du Défap ont un roman à raconter… mais tous ne le font pas. Et c’est ce qui fait l’intérêt d’un tel témoignage lorsqu’il sort en librairie. À travers les aventures et mésaventures de Madame Cécile, ce sont des moments clés de la vie de tout envoyé au cours de sa mission qui sont mis en mots et en images. D’une plume alerte, parfois incisive, jamais cruelle, qui pointe les joies et les déceptions, les promesses et les difficultés de la rencontre par-delà les barrières des cultures, les méfiances et les murs érigés par l’histoire et les inégalités économiques… Tous ceux qui ont vécu à Madagascar reconnaîtront certaines de ces anecdotes, entre humour, entraide, débrouille et fatalisme. Comme ce moment où, prenant son poste d’enseignante de français, Madame Cécile découvre la salle informatique et le labo de langues. Il y a donc de l’électricité pour alimenter tout ça ? Bien sûr, il y en a… mais pas de manière continue. Alors que fait-on en cas de coupure – cas fréquent, et qui dure des heures ? Il y a des générateurs… mais entre absence du personnel et prix du gazole, rien ne garantit qu’ils seront lancés au bon moment. D’où l’on conclut qu’en cas d’utilisation de la salle informatique, il y aura de l’électricité, oui… mais on ne sait pas vraiment quand.

Cécile Millot présentant son récit de voyage lors des journées Portes Ouvertes du Cinquantenaire du Défap © Défap

Madame Cécile, c’est elle : la voici présentant son récit de voyage lors des journées Portes Ouvertes du Cinquantenaire du Défap. L’ouvrage était alors à peu près achevé, mais pas encore édité. Madame Cécile avait partagé la vedette avec Manior, alias Romain Choisnet, lui aussi ancien envoyé du Défap, et venu présenter la bande dessinée qu’il avait réalisée sur son aventure camerounaise. Là encore, il s’agissait d’une manière décalée de présenter une odyssée individuelle révélatrice de ce que vivent les envoyés du Défap, lorsqu’ils se retrouvent en immersion dans un contexte complètement différent de celui qu’ils connaissaient en France : pour le vivre, il vaut mieux être bien préparé – d’où l’importance de la formation avant le départ dispensée par le Défap…

Avant son odyssée malgache, Cécile Millot, de son nom complet, était plus familière de Goethe que de l’enseignement du français. Si elle avait découvert d’autres pays à l’occasion de voyages, c’était bien des années auparavant, et sur un autre continent : en Inde, pour être précis. Madagascar était pour elle une expérience totalement nouvelle. « J’ai vécu une aventure que peu de gens ont la chance de vivre, raconte-t-elle : j’ai passé trois ans à Madagascar, pour enseigner le français langue étrangère dans une école de formation des instituteurs. Ce travail était passionnant. Je vivais seule dans une petite ville, où il n’y a pas eu d’électricité pendant un an, et où il n’y avait pas d’autres étrangers que moi. Je n’avais pas le choix, je me suis glissée dans la vie quotidienne des Malgaches. Je suis allée à leur rencontre avec bienveillance, et je me suis fait accepter. »

Dans le cas de Madame Cécile, comme dans le cas de Manior, avant le livre, il y a eu un journal de bord : un blog, qu’elle a tenu régulièrement pendant ses trois ans passés sur la Grande Île. C’est ce journal de bord qui a donné à Cécile Millot la matière, retravaillée, du livre publié aujourd’hui aux éditions Amalthée. Et pour aller plus loin dans la découverte des richesses et des difficultés des échanges, vous pouvez aussi retrouver les témoignages d’envoyés et de boursiers publiés sur le site du Défap à l’occasion du Cinquantenaire du Service protestant de mission.

Cécile Millot
Les aventures de madame Cécile à Madagascar
Éditions Amalthée
À partir de 9,99€




Mananjary : nourrir et reconstruire

Le chantier avance à Mananjary, ville du sud-est de Madagascar ravagée début février par le cyclone Batsirai, et où le Défap s’est associé à La Cause et à ADRA pour reconstruire deux orphelinats. Mais pour l’heure, le Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés) et le centre Akany Fanantenana restent dépendants de l’aide d’urgence pour pourvoir aux besoins quotidiens des enfants. Votre aide est plus que jamais nécessaire.

Livraison de denrées de base au Catja, à Mananjary © La Cause

Les ingénieurs d’ADRA-Madagascar ont fini leur premier travail : évaluer les dégâts et chiffrer les travaux nécessaires. Leurs conclusions devraient parvenir d’ici quelques jours aux partenaires qui se sont unis pour reconstruire les deux orphelinats de Mananjary ravagés par le cyclone Batsirai. Pour l’heure, une première estimation, faite courant février, juste après la catastrophe, tablait sur 50.000 euros ; à peu près la moitié a déjà pu être réunie par les trois organismes protestants associés dans ce projet : la fondation La Cause, le Défap et ADRA, l’Agence adventiste du développement et de l’aide humanitaire.

En attendant, il faut tenir. Car aucune culture n’a pu reprendre, alors qu’elles sont cruciales pour assurer le quotidien des enfants. « Avec l’ampleur des crues provoquées par un tel cyclone, témoigne Véronique Goy, du service Enfance de La Cause, la terre ne peut rien produire pendant quatre mois. Il faut ensuite deux mois pour relancer les cultures. Autant dire qu’il n’y aura rien avant l’été. » Il faudra aussi reconstituer élevages et poulaillers, également ravagés par le cyclone : tout un équilibre à restaurer pour permettre aux orphelinats de retrouver un fonctionnement normal. Alors, au Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés) tout comme au centre Akany Fanantenana, des sacs de vivres viennent s’entasser dans la cour au gré des livraisons : du riz, de l’huile, des boissons, du charbon… Les deux dernières ont eu lieu le 20 mars et le 13 avril.

Six mois de nourriture, et tout à reconstruire

Livraison de nourriture au centre Akany Fanantenana © La Cause

Pour l’instant, les besoins alimentaires de base ont pu être couverts par une enveloppe de 10.000 euros, fournie par La Cause et ADRA. Des ressources supplémentaires parvenues via les parrainages d’enfants des deux centres, et grâce à du mécénat d’entreprise, devraient permettre de fournir de la nourriture pour six mois encore. Dans ce coût figure aussi celui du transport, qui reste difficile : au lendemain du passage du cyclone, toutes les routes menant à Mananjary avaient été rendues impraticables. Et le plus gros reste à venir : reconstruire, pour sortir de ce stade de la survie.

Les réparations de fortune ont permis à la vie de reprendre. Mais les dégâts restent profonds. Au-delà des bâtiments endommagés, il faut compter tout le matériel détruit par la pluie et le vent : au niveau de la cuisine et du bâtiment principal du centre Akany Fanantenana, sans compter les panneaux solaires qui fournissaient de l’électricité ; au niveau des dortoirs, de la cuisine, du bureau d’accueil et de la direction au Catja. Il reste beaucoup à faire pour que les orphelinats de Mananjary sortent enfin de l’urgence.

 

Vos dons pour reconstruire, non seulement les bâtiments, mais l’équilibre nécessaire à la vie des orphelinats de Mananjary, sont essentiels. Vous pouvez participer en envoyant un chèque à l’ordre de La Cause, en précisant « Cyclone Madagascar », à : Fondation La Cause – 69 avenue Ernest Jolly – 78955 Carrières-sous-Poissy. Vous pouvez aussi donner par carte bancaire sur le site de La Cause ou du Défap en précisant « Cyclone Madagascar » :




Madagascar : les deux malédictions de Mananjary

À Mananjary, les enfants abandonnés sont nombreux : c’est le résultat du tabou qui frappe les jumeaux. Voilà pourquoi la fondation La Cause soutient deux orphelinats dans cette seule ville du sud-est de Madagascar. Depuis le passage du cyclone Batsirai, qui a quasiment rasé la ville, La Cause s’est associée au Défap et à ADRA pour permettre à ces orphelinats de continuer à fonctionner. Pour l’heure, les besoins en nourriture sont couverts jusqu’à fin avril. Mais il faut encore reconstruire les bâtiments ; couvertures et vêtements manquent pour les enfants à l’approche de l’hiver austral… Et le drame de l’Ukraine a détourné les yeux du monde de la détresse de Madagascar. Plus que jamais, votre aide peut faire la différence.

Dégâts du cyclone Batsirai au Catja, à Mananjary © Catja

De Tananarive à Mananjary, il y a un peu plus de 500 km ; soit deux jours de trajet en 4X4 par des routes défoncées, où les parties goudronnées laissent brutalement place à des fondrières. On peut à la rigueur faire le voyage d’une traite en une vingtaine d’heures, dangereuse performance à laquelle ne se risquent que les dirigeants d’ONG étrangères venant voir l’avancée des projets sur place – car rouler de nuit expose aussi au risque d’agressions.

Le pouvoir central est loin ; d’autant plus loin que l’histoire de Madagascar témoigne d’une centralisation inachevée. Tout comme la France, le pays a connu sa période féodale : à partir du XVIème siècle, l’ethnie merina, celle des plateaux du centre de l’île, a entamé une unification progressive qui a culminé avec le roi Radama Ier, dont le projet était de fonder un « Royaume de Madagascar » uni (Fanjakan’ i Madagasikara). Mais l’ouverture du pays merina aux influences européennes à partir du XIXème siècle a profondément influé sur l’histoire de Madagascar. Si les puissances européennes ont officiellement reconnu et encouragé l’avènement de ce « royaume de Madagascar », c’est un pouvoir colonial qui s’est établi dans l’île à partir de 1896. Et les Français désormais dirigeants de l’île ont mis en place leur propre structure politique et administrative, n’hésitant pas à réprimer avec la plus grande brutalité les insurrections malgaches. Ils ont construit des routes, des voies ferrées ; mais à l’indépendance de Madagascar, le pays s’est retrouvé dans la situation d’un territoire fragmenté. À l’ethnie merina sont revenus les plateaux, la capitale Tananarive, et tous les attributs du gouvernement et de la représentation internationale. Mais les dix-sept autres ethnies que compte l’île conservent encore une forte identité. Ce n’est pas un hasard si les voies de communication sont si mal entretenues : chaque partie de l’île garde sa vie propre, et nombre de villes ou de villages fonctionnent encore en quasi-autarcie.

La loi et les tabous

L’entrée du Catja avant le cyclone © F. Lefebvre-Billiez

C’est le cas de Mananjary. La ville proprement dite compte un peu plus de 28.000 habitants, au cœur d’un bassin de population de près de 80.000 personnes ; elle donne pourtant l’impression d’une petite localité coincée entre la mer et la brousse, avec deux grandes rues parallèles à la plage. Les règles qui s’y appliquent relèvent beaucoup plus de la tradition que de la loi malgache. Et Mananjary a une image de ville frondeuse. Les gendarmes, symbole du pouvoir central, sont vus avec méfiance ; la ville a sa propre milice de citoyens, son propre tribunal coutumier. Et ses propres autorités. Dans l’histoire locale, pouvoirs spirituels et temporels ont souvent été assumés par les mêmes personnes, à la fois rois et sorciers. Aujourd’hui encore, la parole du sorcier a une forte influence. Il est le gardien de la tradition, le gage du respect des coutumes et des tabous. Mananjary se divise ainsi en une géographie occulte, qui se superpose au plan officiel de la ville : la localité compte une dizaine de tranobe, les « palais » où vivent les raiamandreny, les chefs coutumiers, et les mpanjaka, les chefs de clan. Officiellement, rien ne les distingue du reste de la population : ils peuvent être commerçants, enseignants ; mais leur influence n’en est pas moins réelle.

Parmi les tabous qui règlent la vie de Mananjary, l’un des plus durs concerne les jumeaux. L’origine de ce « fady kambana » se perd à la jonction entre l’histoire et la légende. Il ne concerne que deux ethnies vivant dans cette région du sud-est de Madagascar. L’un des plus anciens chefs de l’ethnie Antambahoaka, venu s’installer à l’embouchure du fleuve Sakaleona, au nord de Mananjary, y aurait perdu son épouse, morte en couches en donnant naissance à des jumeaux. Un drame qui se serait répété une fois le chef remarié ; puis une troisième fois à l’issue d’un deuxième remariage. Dès lors, les jumeaux auraient été déclarés maudits. Voilà pourquoi, à Mananjary, les naissances gémellaires sont un malheur – et les jumeaux tués à la naissance.

Le Catja, La Cause et les adoptions internationales

Dans la loi malgache, l’infanticide est un crime ; encore faut-il pouvoir le prouver. Pendant de nombreuses années, le tabou a ainsi perduré clandestinement. Mais à Mananjary comme ailleurs, les choses évoluent, à leur rythme propre. Des étrangers, des « Vazahas », se sont émus du sort des jumeaux maudits. En 1987, Auguste Simintramana, un chrétien étranger à ce territoire, fonda le Catja, le Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés, qui fut construit sur une terre marécageuse et inhospitalière, elle-même frappée de tabou. Il s’agissait d’y recueillir les jumeaux frappés d’interdit pour les envoyer loin de Mananjary (d’où ce terme de « Centre d’Accueil et de Transit »). Plus tard fut fondé le centre Akanay Fanantenana, à l’initiative d’Élia Rozy, un pasteur de la FJKM, l’Église réformée malgache, qui avait recueilli des nouveau-nés abandonnés devant son presbytère. Nombre de jumeaux promis à la mort purent ainsi être recueillis et confiés à l’adoption internationale. Aujourd’hui, le Catja et le centre Akany Fanantenana sont tous deux soutenus par la fondation La Cause, qui les aide financièrement et a permis l’adoption de nombreux jumeaux de Mananjary par des couples français. Voilà pourquoi les noms de Mananjary, du Catja et d’Akany Fanantenana sont bien connus d’une partie des protestants de France.

Vue des dégâts après le passage du cyclone Batsirai au centre Akany Fanantenana © La Cause

Et les autorités coutumières aussi connaissent leurs propres évolutions. Récemment, l’ancien sorcier, homme très âgé – officiellement un ancien instituteur – est décédé : c’était fin 2021, et son successeur déclarait, lors d’une cérémonie publique, que les jumeaux devaient désormais être considérés comme membres à part entière de la communauté de Mananjary.

Puis est venu le cyclone.

La saison cyclonique 2022 a débuté de manière très brutale à Madagascar, avec tout d’abord la tempête Ana, fin janvier, qui a fait plus de 40 morts et provoqué de graves inondations jusque dans la capitale Tananarive ; trois autres tempêtes ont suivi, ravageant diverses parties de l’île, jusqu’à fin février. Le plus violent de ces cyclones, Batsirai, a frappé de plein fouet la côte sud-est de Madagascar le soir du 5 février. De mémoire d’habitant de Mananjary, on n’avait jamais vu un tel déchaînement. Des vents de plus de 170 km/h, avec des rafales à 235 km/h : la ville a été pour ainsi dire rasée. Sans épargner les orphelinats : « vers dix-huit heures, témoigne le pasteur Élia Rozy, tout bascula dans des désordres indescriptibles avec bruits et fracas assourdissants accompagnés par de fortes rafales de vent et de pluie. À vingt heures, les tôles de la maison principale commencèrent à se détacher. » Au matin du 6 février, les habitants hébétés devaient retrouver une ville en ruines.

Image des effets du cyclone Batsirai, envoyée par Michel Brosille © DR

Il a fallu commencer à récolter dans l’urgence des tôles pour réparer les toits ; et de quoi se nourrir, car les pluies torrentielles et les inondations avaient détruit les cultures, comme les vents avaient dispersé les élevages et basses-cours. La rumeur a commencé à courir que la fin annoncée du tabou des jumeaux était la cause de ce déchaînement du ciel.

Une aide alimentaire jusqu’à la fin du mois d’avril

L’assistance internationale est arrivée très vite, dès que les routes ont pu être dégagées : le sud de l’île, en proie à une sécheresse intense depuis quatre ans, bénéficiait déjà d’une aide ; et les organisations internationales comme le PAM (Programme Alimentaire Mondial), anticipant les ravages du cyclone Batsirai, avaient déjà prépositionné véhicules et réserves. La Cause a lancé un projet d’assistance et de reconstruction pour le Catja et le centre Akanay Fanantenana. Dans les deux cas, il s’agit non seulement de reconstruire des bâtiments, mais aussi de pourvoir aux besoins des enfants : lits, couvertures, vêtements ont été détruits par la tempête, ainsi que les cultures vivrières et les élevages qui permettaient aux orphelinats de subvenir à leurs propres besoins quotidiens. Véronique Goy, directrice du service Enfance de La Cause, a fait appel au Défap et à ADRA, Agence adventiste du développement et de l’aide humanitaire, pour obtenir un soutien technique (évaluer le coût des réparations sur place) et des fonds. Pour sa part, l’association Les Amis du Catja, qui compte nombre de familles ayant adopté des enfants à Mananjary, a lancé un appel de fonds dès les premières heures suivant le passage de Batsirai. Et la Fondation du Protestantisme a fait de même.

Dégâts du cyclone Batsirai au niveau de la nurserie du centre Akany Fanantenana, à Mananjary © La Cause

Aujourd’hui, la population de Mananjary dépend encore entièrement de l’aide internationale. C’est aussi le cas des orphelinats. « Pour l’instant, détaille Véronique Goy, qui s’est rendue à Madagascar, des réparations provisoires ont été faites. Nous avons une aide alimentaire jusqu’à la fin du mois d’avril. Les dégâts matériels sont encore en cours d’évaluation par les ingénieurs d’ADRA. »

Mais une autre tempête menace. Bien loin de Madagascar, dans une autre région du monde dont nul à Mananjary ne connaît le nom : l’Ukraine. Là-bas, à l’autre bout de la Terre, une guerre a éclaté. Et tous les regards se sont tournés vers l’Ukraine. Des millions de réfugiés ont fui à travers l’Europe ; il s’agit désormais de les accueillir, d’organiser des opérations humanitaires pour secourir des populations civiles sous les bombes. Le drame de Madagascar a été oublié.

C’est la deuxième malédiction de Mananjary : car les besoins y sont toujours aussi criants. Au-delà des tôles à refixer sur les toits, « il y a aussi un aspect médical à prendre en compte, témoigne Véronique Goy. Les enfants ont été gravement choqués, ils sont fragiles ; les centres ont perdu ce qu’ils avaient de vêtements et de couvertures… Et l’hiver austral approche. » En France, Elsa Bouneau, directrice de la Fondation du Protestantisme, reconnaît l’écho décevant qu’a eu jusqu’à présent l’appel aux dons pour Madagascar. Alors même qu’une plateforme comme Solidarité Protestante a pour objectif, comme elle le souligne, de promouvoir des causes que l’on dit « oubliées » parce qu’elles ne sont pas directement sous les projecteurs de l’actualité.

Les relations entre protestants de France et de Madagascar sont anciennes. Le soutien de La Cause aux orphelinats de Mananjary n’en est qu’un des aspects. Des envoyés de la SMEP, l’ancêtre du Défap, ont participé à l’émergence de la FJKM. En France même, la communauté malgache est nombreuse et souvent très investie dans la vie des paroisses. Ce sont des relations de ce type, entretenues sur la durée, qui ont permis aux protestants de France d’intervenir efficacement en Haïti après le séisme de 2010, grâce à des partenariats qui existaient déjà sur place. Mananjary ne mérite pas l’oubli.

Franck Lefebvre-Billiez

 

Vos dons pour reconstruire, non seulement les bâtiments, mais l’équilibre nécessaire à la vie des orphelinats de Mananjary, sont essentiels. Vous pouvez participer en envoyant un chèque à l’ordre de La Cause, en précisant « Cyclone Madagascar », à : Fondation La Cause – 69 avenue Ernest Jolly – 78955 Carrières-sous-Poissy. Vous pouvez aussi donner par carte bancaire sur le site de La Cause ou du Défap en précisant « Cyclone Madagascar » :




Derrière l’Ukraine, ces crises que l’on oublie

Alors que la réponse humanitaire à la guerre en Ukraine se traduit par des niveaux de financement record, nombre d’ONG craignent que cet afflux ne se fasse au détriment d’autres crises qui reçoivent peu d’attention et restent gravement sous-financées. Quelques exemples de ces crises dans lesquelles le Défap est directement impliqué : Haïti, le Liban et Madagascar.

Carte de quelques crises en cours dans le monde : l’Ukraine, le Liban, Madagascar, Haïti © DR + Défap

Nous vivons dans un monde en guerre. Les images des destructions en Ukraine ont tendance à nous le faire oublier : il y a en ce moment 25 conflits en cours de par le monde – dont plus aucun média ne se fait l’écho. Et au-delà de ces situations de conflit, bien des régions du monde continuent à avoir d’importants besoins d’aide – une aide qui connaît aujourd’hui une baisse dramatique.

De nombreux facteurs contribuent à l’afflux de dons pour l’Ukraine : l’énorme importance géopolitique que revêt l’agression de la Russie contre ce pays, ainsi que les retombées économiques de l’invasion russe ; la vitesse et l’ampleur de la crise du déplacement ; sans oublier la couverture médiatique exceptionnelle de ce conflit. Mais parallèlement, ceux qui coordonnent les efforts d’aide internationale se retrouvent confrontés à un écart croissant entre le financement et les besoins. Les États-Unis ont ainsi annoncé le 24 mars qu’ils débloquaient 1 milliard de dollars pour aider les pays d’Europe à absorber le flux des réfugiés venus d’Ukraine. Cela s’ajoute aux 1,5 milliard de dollars promis par les États donateurs pour soutenir les efforts humanitaires en Ukraine et dans les pays voisins lors d’une conférence de financement organisée plus tôt ce mois-ci. « Il s’agit de l’une des réponses les plus rapides et les plus généreuses qu’un appel humanitaire ait jamais reçues », a estimé le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric. Mais qu’en est-il des autres crises ?

Ce biais qui affecte les États, les donateurs et les institutions internationales menace également de déséquilibre l’aide financière promise par des donateurs privés. Or la guerre en Ukraine, au-delà de l’assèchement des dons pour des projets cruciaux, a aussi pour effet d’accroître les crises dans de nombreuses régions du monde, avec de forts risques de pénuries alimentaires. Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, a mis en garde contre le risque d’un « ouragan de famines » dans de nombreux pays, estimant qu’il est de la responsabilité des grandes puissances de désamorcer cette bombe à retardement, qui pourrait dans le cas contraire exploser dans quelques mois, quand ces pays auront épuisé leurs réserves de blé. Avec le risque d’une catastrophe humanitaire, voire de troubles sociaux.

Et ce qui est vrai pour les dons au niveau international l’est tout autant en France. Comme le souligne Elsa Bouneau, directrice de la Fondation du Protestantisme, une plateforme comme Solidarité Protestante a notamment pour objectif de promouvoir un certain nombre de causes que l’on dit « oubliées » parce qu’elles ne sont pas directement sous les projecteurs de l’actualité. En voici quelques-unes dans lesquelles le Défap est directement investi, depuis de longues années, à travers des projets qui mobilisent sur place des partenaires engagées sur un temps long pour permettre un véritable accès à l’autonomie :

HAÏTI

Une classe en Haïti © Sophie Reille pour Défap

Haïti reste le pays le plus pauvre de la région Amérique latine et Caraïbes et parmi les pays les plus pauvres du monde. En 2020, Haïti avait un PIB par habitant de 2925 dollars, le plus bas de la région Amérique Latine et Caraïbes et moins d’un cinquième de la moyenne des pays de la région. Selon l’indice de développement humain de l’ONU, Haïti était classé 170ème sur 189 pays en 2020. À l’inflation, aux conflits marqués par des groupes criminels et aux catastrophes dues à des phénomènes naturels s’ajoute une instabilité politique persistante, qui s’est accrue depuis l’assassinat, le 7 juillet 2021, du président de l’époque, Jovenel Moïse. Selon les dernières estimations du Programme Alimentaire Mondial, environ 4,5 millions d’Haïtiens, soit plus de 40% des 11 millions d’habitants du pays, souffrent de la faim.

Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

  • la Mission Biblique
  • le Service protestant de mission – Défap
  • la fondation La Cause
  • le SEL (Service d’Entraide et de Liaison)
  • ADRA-France
  • l’Église du Nazaréen
  • Réforme

Des projets sont en cours de longue date dans ce pays : soutien institutionnel à la FPH, la Fédération Protestante d’Haïti ; partenariat avec la FEPH (la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti) visant à améliorer le niveau de l’éducation – une nécessité pour que les Haïtiens puissent prendre leur destin en main ; la FEPH organise également des formation à la gestion des risques de désastre dans les écoles, pour que les élèves apprennent les gestes qui sauvent en cas de séisme. La fondation La Cause soutient des orphelinats. ADRA a permis le lancement d’opérations de reboisement, un aspect crucial pour réduire les risques dans ce pays dont plus de 90% de la couverture végétale a disparu, ce qui se traduit par des inondations catastrophiques et des coulées de boue destructrices lors des fréquents cyclones.

Or la crise en Ukraine pourrait bientôt aggraver la sécurité alimentaire d’Haïti, car les prix mondiaux des aliments que le pays doit importer augmentent. Selon la Coordination nationale de la sécurité alimentaire, le coût mensuel du panier alimentaire minimum de base (riz, farine de blé, maïs, haricots, sucre et huile végétale) est passé de 20 à 30 dollars. Face à cette urgence humanitaire, le PAM (le Programme Alimentaire Mondial) a déclaré qu’il s’attendait à devoir aider 1,7 million de personnes cette année, après avoir dû fournir de la nourriture et d’autres aides à 1,3 million d’Haïtiens en 2021. Mais parallèlement, les États-Unis n’ont pas mis fin à leur politique d’expulsions et de rapatriements forcés d’Haïtiens, dont certains pouvaient être présents sur leur sol depuis de nombreuses années.

LIBAN

Groupe de réfugiés au départ de Beyrouth le 15 mars 2020. Au premier plan, prenant la photo : Soledad André, envoyée du Défap pour la FEP © Soledad André pour Défap

Le Liban est frappé par une dépression économique grave et prolongée, marquée par des crises à répétition : crise économique et financière, impact du COVID-19, explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020. De ces trois catastrophes, la crise économique a eu de loin l’impact négatif le plus important (et le plus persistant). Le PIB du Liban a chuté d’environ 55 milliards de dollars en 2018 à 20,5 milliards de dollars en 2021, tandis que le PIB réel par habitant a chuté de 37,1%. Une contraction aussi brutale est généralement associée à des conflits ou à des guerres. Face à ces défis colossaux, l’inaction politique persistante et l’absence d’un exécutif pleinement opérationnel menacent d’aggraver une situation socio-économique déjà sérieusement détériorée et de briser une paix sociale fragile, sans que se profile à l’horizon une sortie de crise.

Au Liban, le Défap est directement impliqué, par l’envoi de volontaires sous le statut de VSI, dans le programme des « couloirs humanitaires », directement inspiré d’un exemple italien associant la Fédération des Églises évangéliques italiennes et la communauté catholique de Sant’Egidio. Il a pour objectif l’accueil de personnes se trouvant dans les camps au Liban, indépendamment de leur appartenance religieuse ou ethnique. Il est régi par un protocole d’entente signé à l’Élysée et qui associe les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères à divers partenaires issus du milieu des Églises. Ce projet ne bénéficie d’aucun financement public : il est porté essentiellement, tant sur le plan des fonds que sur le plan de l’organisation, par les Églises et les bénévoles qui y participent. Les réfugiés arrivant en France via ce dispositif se retrouvent accueillis légalement dans le réseau de la FEP (Fédération de l’Entraide Protestante) et de ses partenaires locaux ; des collectifs et des hébergements pour lesquels se sont mobilisés nombre de bénévoles issus de l’Église protestante unie de France (EPUdF) ou de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), deux des unions d’Églises constitutives du Défap.

Or, la guerre en Ukraine menace tout autant les ressources alimentaires du Liban. Avec le Maroc et l’Égypte, c’est l’un des pays les plus dépendants du blé ukrainien et russe. La hausse du prix du pain frappe de plein fouet les plus démunis. « Le Liban a un mois et demi de réserves de blé tendre », estimé ainsi Georges Berberi, à la tête de la direction générale des céréales et de la betterave sucrière, rattachée au ministère de l’économie et du commerce. Si tout le Proche-Orient est menacé par la rupture des filières d’Ukraine et de Russie, le Liban a ses propres défis, dont le stockage, car les silos de Beyrouth ont été détruits lors des explosions survenues au port, en août 2020. Et la fonte des réserves en devises de la banque centrale, qui subventionne les importations de blé à un taux préférentiel (un dollar pour 1500 livres libanaises, quand celui-ci dépasse 24.000 livres libanaises sur le marché noir).

MADAGASCAR

Vue des dégâts après le passage du cyclone Batsirai au centre Akany Fanantenana © La Cause

Bien que disposant de ressources naturelles considérables, Madagascar a un taux de pauvreté parmi les plus élevés au monde. Le pays est classé au quatrième rang des pays avec les taux les plus élevés de malnutrition chronique, et près d’un enfant de moins de cinq ans sur deux souffre d’un retard de croissance. Environ 97% des enfants malgaches âgés de 10 ans ne peuvent pas lire et comprendre un texte court et adapté à leur âge. Et 4 enfants sur 10 abandonnent l’école primaire avant la dernière année. La pandémie de Covid-19 a en outre annulé plus d’une décennie de progrès en termes de revenu par habitant et de réduction de la pauvreté.

À Madagascar, le Défap est impliqué surtout dans des projets d’enseignement, liés à l’apprentissage du français. La maîtrise de cette langue est en effet une condition nécessaire pour pouvoir accéder à des études supérieures – alors même que la majorité de la population ne la maîtrise pas, et qu’elle n’est pas enseignée en primaire. Dès lors, sans une bonne connaissance du français, pas d’ascension sociale possible : la pauvreté entretient la pauvreté. Au-delà de l’envoi de volontaires pour aider à l’enseignement du français dans les écoles, certains participent aussi aux programmes de formation des enseignants définis au niveau national. Le Défap est aussi en lien étroit avec des partenaires comme la fondation La Cause, qui gère divers orphelinats : certaines missions sur place sont ainsi organisées en commun.

Mais le pays est aussi soumis a des catastrophes naturelles récurrentes, dont l’aggravation d’année en année est directement imputable, selon de nombreux experts, au changement climatique : c’est le cas de la sécheresse qui a affecté quatre années d’affilée le sud de l’île, détruisant toutes les cultures et provoquant une épouvantable famine ; c’est le cas encore des cyclones, réguliers dans cette région, mais dont la fréquence et la violence s’accroît. L’un des cyclones de l’année 2022, Batsirai, a détruit à plus de 90% au début du mois de février la ville de Mananjary, au sud-est de l’île. Une ville dans laquelle La Cause soutient deux orphelinats, destinés à accueillir les enfants abandonnés, nombreux dans cette région. Le Défap est ainsi engagé avec La Cause, ADRA et les Amis du Catja, dans une opération destinée d’abord à fournir des denrées d’urgence, mais surtout à aider ces orphelinats à retrouver un fonctionnement normal.




Madagascar : le témoignage du pasteur Élia Rozy

Le pasteur Élia Rozy, de la FJKM (Église de Jésus-Christ de Madagascar) est le fondateur et gestionnaire, avec son épouse Émilienne, du centre Akanay Fanantenana. Cette structure accueille notamment des enfants abandonnés, pourvoit à leurs besoins, à leur éducation et leur donne un avenir. Il s’agit d’un des deux orphelinats que soutient la fondation La Cause à Mananjary – et qui ont été ravagés, comme toute la ville de Mananjary, par le passage du cyclone Batsirai début février. La Cause, le Défap, ADRA et les Amis du Catja se sont associés pour aider à reconstruire. Voici comment le passage de Batsirai a été vécu au centre Akanay Fanantenana.

Vue des dégâts après le passage du cyclone Batsirai au centre Akany Fanantenana © La Cause

ÉLIA ROZY, LE 14 FÉVRIER 2022

La forte tempête tropicale intense, le cyclone Batsaraï, a touché terre à Mananjary le samedi 5 février, tôt dans la matinée. Au fur et à mesure, sa force intense se déchaînait. Vers dix-huit heures, tout bascula dans des désordres indescriptibles avec bruits et fracas assourdissants accompagnés par de fortes rafales de vent et de pluie. À vingt heures, les tôles de la maison principale commencèrent à se détacher les unes après les autres, provoquant la ruée de pluie vers l’intérieur de la maison inondant toutes les chambres. Le paroxysme du déchaînement de la nature dure toute la nuit et ne s’estompe qu’à l’aube du 6 février. Les dégâts à l’Akany Fanantenana sont immenses : il n’y a plus de toiture sur la façade postérieure de la maison principale ; la maison des garçons est à découvert jusqu’à soixante-dix ou soixante-quinze pour cent ; dans ces deux maisons, tous les effets vestimentaires et scolaires sont imbibés d’eau, y compris la literie de toutes les chambres ; nos denrées facilement périssables (riz, farine) sont perdues car la maison de stockage n’a plus de toit ; seules la nurserie et la cuisine sont indemnes ; les légumes de notre jardin sont détruits, les arbres fruitiers déracinés (6 bananiers, 8 cocotiers, 2 manguiers, 1 oranger, 4 arbres de fruits à pain, 2 cerisiers) ; nos poulaillers, poules pondeuses et poulets de chair, piliers de nos activités génératrices de revenu, n’ont plus de toit, cinquante de nos poulets de chair sont tuées ; la cabane où nous entreposons le son et les provendes n’existe plus, les tôles et la cabane éparpillées, tout ce qui était dedans est perdu ; il n’y a plus de clôture entourant l’orphelinat ; le portail de fer est arraché, jeté au loin et gravement endommagé.

Plus de quatre-vingts douze morts sont recensés par le Bureau National de la Gestion des Risques et Catastrophes (B.N.G.R.C) dans la région Fitovinany et plus de mille deux cents dans toute l’Île, en date du 12.02.2022. L’orphelinat, Dieu merci, n’enregistre aucun dégât corporel, ni blessé, ni souffrant, les enfants vont bien, les adultes aussi.

Nous sommes confiants car la Sainte Bible dit : « Dieu est pour nous un refuge et un appui, un secours qui ne manque jamais dans la détresse. C’est pourquoi nous sommes sans crainte quand la terre est bouleversée, et les montagnes chancellent au cœur des mers, quand les flots de la mer mugissent, écument, se soulèvent jusqu’à faire trembler les montagnes » (Ps 46.1-4).

Voilà en gros ce qui s’est passé à l’orphelinat Akany Fanantenana.

Voici le point sur les dégâts tel qu’évalués par La Cause, avant le passage des ingénieurs d’ADRA :

  • Bilan humain :
    Pas de blessé.
  • Bâtiments :
    La nurserie a résisté, le puits est encore accessible (eau à vérifier).
    Toitures du bâtiment principal et de la cuisine arrachées (destruction totale à l’intérieur).
    Bâtiment des garçons : structure endommagée.
    Panneaux solaires de la nurserie : détruits par criblage (pluie – déchets divers)
  • Cultures et élevages :
    Poulailler : totalement détruit (disparition des poulets).
    Cultures vivrières et vergers : totalement détruits.

« Nous sommes en train de réparer ce qu’on peut »

Dégâts du cyclone Batsirai au Catja, à Mananjary © Catja

Au Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés), même scène de désolation. Voici la manière dont les quelques heures durant lesquelles le cyclone s’est acharné sur Mananjary y ont été vécues, telles que racontées par les « Amis du Catja », association regroupant notamment des familles d’enfants adoptés ou parrainés sur place, et dont les responsables ont pu joindre le centre peu après la tempête :

Au CATJA, les enfants et le personnel se sont réfugiés dans la maison des bébés qui avait encore un toit.

Cinq maisons d’employés sont détruites, plusieurs toits se sont envolés, l’intérieur des maisons est inondé. Le verger est dévasté, les cultures ravagées, la basse-cour envolée, les ruches anéanties… Nous avons la gorge serrée en voyant le travail de toutes ces années être mis à mal.

Mais il faut se lever, réparer, reconstruire, mais aussi sécher, trier, rassurer les enfants et les jeunes, faire reprendre une vie aussi normale que possible.

Ils sont déjà à l’oeuvre ! Julie [qui gère le Catja] a écrit 48h après le passage du cyclone : « Nous sommes en train de réparer ce qu’on peut ».

Notre aide leur est indispensable, pour la reconstruction, pour l’achat de matériel et d’équipement, pour le verger et les poules, pour la nourriture.

Et voici le bilan établi par La Cause :

  • Bilan humain :
    Une fille de 13 ans toujours dans le coma, elle a reçu des branches sur la tête. Un membre du personnel a été tué.
  • Bâtiments :
    Maison de direction toiture détruite et intérieur totalement dévasté.
    Bâtiment des adolescents et salle préscolaire : toitures endommagées et intérieur dégradé.
    Bâtiment des filles : toiture partiellement arrachée et intérieur dégradé.
    Bâtiment traditionnel en bois : maison du personnel, cuisine et bureau d’accueil totalement détruits.
  • Cultures et élevages :
    Rizière : détruite.
    Champs et vergers : détruits.
    Ruches et basse-cours : détruits.

Pour donner, plusieurs solutions :

Envoyer un chèque libellé « Reconstruction Mananjary 2022 » à l’ordre du Défap : Service protestant de Mission – Défap 102 Bd Arago – 75014 Paris
Par virement au Défap : DEFAP – Mission protestante – « Reconstruction Mananjary 2022 » – FR56 2004 1000 0100 0528 9E02 025 – PSSTFRPPPAR – Banque Postale

Ou alors par carte en passant par Hello asso et le formulaire ci-dessous :




Madagascar : aidez-nous à aider les enfants de Mananjary

Les ingénieurs d’ADRA sont sur place pour chiffrer le coût des réparations, la nourriture des orphelinats soutenus par La Cause est assurée pour trois mois… Mais après le passage du cyclone Batsirai, pour reconstruire à la fois les bâtiments, et l’équilibre dont dépendent ces centres pour pouvoir prendre soin des enfants abandonnés de Mananjary, nous avons besoin de vous. Le point sur ce projet mené en partenariat par La Cause, le Défap, ADRA et les Amis du Catja.


On chercherait en vain, aujourd’hui, des nouvelles de Mananjary dans l’actualité internationale. La sidération de la guerre qui ravage l’Ukraine a effacé tout le reste. Et le mouvement de solidarité, massif, qui s’est développé en Europe et en France, et dans lequel le protestantisme français tient toute sa place, fait malheureusement oublier d’autres drames, d’autres régions, d’autres Églises aussi, avec lesquelles nous avons pourtant des liens forts depuis longtemps.

Chaque année, la saison cyclonique apporte son lot de destructions de routes et de bâtiments à Madagascar ; mais cette année 2022 a commencé de manière catastrophique. Coup sur coup, entre début janvier et début février, deux tempêtes tropicales et deux cyclones ont traversé le pays. Sur la côte sud-est, la ville de Mananjary, frappée de plein fouet par le cyclone Batsirai, a été ravagée à 90%. La fondation La Cause, qui entretient des relations étroites depuis longtemps avec le Défap, a aussitôt lancé un appel aux dons en lien avec les « Amis du Catja » ; et le Défap a décidé de soutenir l’opération. Les « Amis du Catja » rassemblent en grande partie des familles ayant adopté un enfant de cet orphelinat, ou qui y parrainent un enfant. Le Catja (Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés) est un des deux orphelinats que La Cause soutient à Mananjary, l’autre étant le centre Akany Fanantenana. En tout, ils regroupent environ 180 enfants ; et ces centres, en temps normal, ont leurs cultures vivrières, leurs élevages, et des relations d’échanges avec la population, qui permettent aux structures de fonctionner et de subvenir aux besoins des enfants. La brutalité de la catastrophe Batsirai a tout à la fois détruit une partie des bâtiments et rompu ce fragile équilibre.

40.000 euros : le coût estimé pour faire revivre les orphelinats

Pour aider à la fois le Catja et le centre Akanay Fananatenana à prendre soin des enfants abandonnés de Mananjary, nous avons besoin de vous. La guerre en Ukraine n’amoindrit en rien les besoins de Mananjary. Au total, d’ici septembre, remettre sur pied les structures collectives, les équipements, ainsi que les cultures et les élevages devrait nécessiter dans les 40.000 euros. Récolter davantage permettrait en outre de préparer la rentrée dans de bonnes conditions en renouvelant aussi le mobilier et le matériel scolaire détruit. Récolter moins, cela signifiera que des besoins basiques ne seront pas pourvus.

Vue des dégâts après le passage du cyclone Batsirai © ULPGL

Les premières étapes ont consisté à apporter des biens de première nécessité, notamment alimentaires. La suite – l’évaluation des besoins en termes de renforcement ou de reconstruction des bâtiments – prendra nécessairement du temps. Les partenaires de l’opération – La Cause, le Défap, ADRA et les Amis du Catja – se répartiront ensuite le financement des divers besoins qui auront été identifiés sur place par les ingénieurs d’ADRA. Mais pour l’instant, dans tout le district de Mananjary – et pas seulement dans la ville elle-même – les habitants ont dû reconstruire de manière fragile et provisoire, en utilisant ce qu’ils pouvaient récupérer des matériaux abandonnés sur place par la tempête. Même des bâtiments « en dur » ont parfois perdu leur toiture ; quant aux fragiles habitations en toit de tôles, elles ont souvent été réduites en pièces. Pour avoir une idée de l’ampleur des dégâts, et du temps qu’il faudra pour effacer les traces du passage de Batsirai, voici encore quelques images prises au moment de la tempête :

Et des images de la ville au lendemain du passage de Batsirai :

Pour donner, plusieurs solutions :

Envoyer un chèque libellé « Reconstruction Mananjary 2022 » à l’ordre du Défap : Service protestant de Mission – Défap 102 Bd Arago – 75014 Paris
Par virement au Défap : DEFAP – Mission protestante – « Reconstruction Mananjary 2022 » – FR56 2004 1000 0100 0528 9E02 025 – PSSTFRPPPAR – Banque Postale

Ou alors par carte en passant par Hello asso et le formulaire ci-dessous :