Prier avec les Églises en Israël – Palestine

En cette veille de Pâques, l’Église protestante unie de France prie avec les Églises chrétiennes en Israël et Palestine.

Elle entend et relaie leurs cris de désespoir, leur dénonciation des massacres commis. Elle porte leurs appels à l’arrêt des combats, à l’envoi d’aide humanitaire immédiate dans la bande de Gaza, à la libération des otages, à l’accès au soin des personnes blessées et à la protection des populations civiles.

L’Église protestante unie de France prie pour les Églises en Israël et Palestine. Elles sont ouvrières de paix, voix inlassables de protestation pour la justice et la reconnaissance de la dignité de toutes les personnes qui vivent dans cette région du monde.

Qu’elles soient toujours ferments de fraternité, de pardon et de réconciliation. Qu’à la suite du Christ la force de leur engagement soit dans l’action non-violente.

Leur foi témoigne de la présence de Dieu au cœur des épreuves les plus dures.

En cette veille de Pâques, avec ces Églises, l’Église protestante unie de France croit que dans le désastre, la vie peut naître à nouveau.

Elle croit que la paix s’établira sur la justice, la reconnaissance mutuelle, et qu’un avenir sûr naîtra et stoppera la spirale infernale de la violence et de la destruction. Cette promesse de vie est le message du Christ, mort et ressuscité pour l’humanité et le monde.

Que Dieu éclaire les dirigeants des peuples afin que leur seule motivation soit la paix et la protection de toutes les personnes… pour la vie.




Les responsables religieux chrétiens de France appellent au cessez-le-feu

Se disant « solidaires de toutes les victimes de la guerre entre Israël et le Hamas », les responsables religieux membres du CECEF, le Conseil d’Églises chrétiennes en France, appellent au cessez-le-feu et à la libération des otages.

A Paris, le 05/03/2024

Nous, responsables religieux chrétiens de France, sommes solidaires de toutes les victimes de la guerre entre Israël et le Hamas et appelons au cessez le feu. Porteurs des valeurs de l’Évangile, nous souffrons de la désespérante situation que connaissent plus de deux millions de personnes vivant dans la bande de Gaza. Nous tenons à affirmer que la restriction d’accès à des ressources essentielles telles que les soins médicaux, la nourriture et l’eau est fondamentalement inhumaine.

Nous nous sentons solidaires de toutes les victimes de cette guerre, particulièrement des populations civiles mais aussi des soldats ou des combattants qui portent et porteront les conséquences des actions qu’ils doivent mener. Nous avons exprimé notre solidarité au lendemain de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023. Nous la redisons, comme c’est notre devoir, après la tuerie de plus d’une centaine de gazaouis affamés qui a eu lieu le jeudi 29 février 2024, et oblige à voir ce qu’il y a d’inhumain dans la situation présente.

Les objectifs militaires et les intérêts politiques poursuivis par cette guerre ne peuvent négliger la priorité que revêt la sauvegarde de toute vie humaine. Nous réprouvons les actes de violence qui exacerbent la souffrance humaine et empêchent l’émergence d’une paix durable. Nous exhortons les parties prenantes de cette guerre à faire de la protection de la vie humaine et de la dignité des civils leur plus haute priorité.

Dans cet esprit, nous demandons instamment à tous les responsables politiques et religieux d’intensifier leur action pour mettre fin à cette violence et de prendre les mesures essentielles dans le cadre d’un processus visant à instaurer une paix durable entre Israéliens et Palestiniens.

Nous demandons notamment :

  • Un cessez-le-feu immédiat, pour assurer l’acheminement d’une aide humanitaire indispensable, en premier lieu les soins médicaux, la nourriture et l’eau.
  • La libération immédiate de tous les otages conformément au droit international humanitaire et aux droits humains.
  • Des efforts internationaux pour ouvrir par le dialogue une nouvelle voie politique vers une paix durable, relancer le débat sur une solution viable à deux États, et entamer le travail sur la guérison des mémoires de tous les habitants de la région.

En ce temps de carême, nous invitons les chrétiens de toutes les confessions à continuer de porter instamment la situation du Proche-Orient dans leur prière, à ne pas s’habituer à cette situation de guerre et de violence, à être facilitateurs de dialogue et de rencontre là où les sensibilités des uns et des autres s’opposent, à prier et travailler sans relâche pour que tous puisent dans leur religion des raisons de servir la paix et dépasser les peurs et les colères.

Pasteur Christian Krieger,
Président de la Fédération protestante de France

Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort,
Président de la Conférence des évêques de France

Monseigneur Dimitrios,
Président de l’Assemblée des évêques orthodoxe de France




Appel à la générosité en faveur de toutes les victimes de la guerre au Proche-Orient

Solidarité Protestante lance un appel aux dons pour venir en aide aux œuvres et institutions qui agissent en faveur de toutes les populations civiles plongées dans la détresse par la situation de guerre au Proche-Orient.

Carte de la région du Proche-Orient © Google Maps

Depuis sa création, Solidarité Protestante vient en aide sans discrimination aux populations civiles victimes de conflits armés ou de guerres et intervient pour soutenir sur le terrain des associations au cœur de l’urgence humanitaire.

Par cette action, elle entend affirmer une commune humanité envers toutes celles et tous ceux qui sont directement blessés dans leur chair, ont perdu leur famille, ou sont contraints de fuir. Elle veut attester en actes de l’engagement chrétien pour la paix, la dignité et la sécurité de notre prochain, quel qu’il soit, où qu’il soit, en considérant sa seule souffrance, conformément à l’Évangile.

Aujourd’hui, israéliennes et palestiniennes, palestiniennes et israéliennes, les victimes de la guerre au Proche-Orient, en Israël, en Palestine, dans la bande de Gaza, nous appellent à un même sursaut d’humanité.

À cet effet, Solidarité Protestante ouvre un espace de collecte auprès du public, des associations et Églises qui souhaitent venir en appui des œuvres et institutions qui agissent sur le terrain pour soutenir toutes celles et tous ceux qui sont plongés dans la détresse depuis le 7 octobre et ont besoin d’aide.

À travers ce don, vous pouvez exprimer une fraternité concrète auprès de nos frères et sœurs confrontés à des situations dramatiques.
 

Pour faire un don

Par chèque : À adresser à l’ordre Solidarité Protestante et à envoyer à : Fondation du Protestantisme – 47 rue de Clichy 75009 Paris
Par carte bleue ou virement : rendez-vous sur le lien : https://donner.fondationduprotestantisme.org/Proche-Orient

Solidarité Protestante : être solidaire dans les situations d’urgence
Solidarité Protestante est une plateforme au sein de la Fondation du Protestantisme sollicitée pour mobiliser, sensibiliser et récolter des fonds afin de manifester l’action solidaire du monde protestant dans des situations d’urgence ou de crises internationales. Le comité de cette plateforme est piloté par la Fondation du Protestantisme et la Fédération protestante de France qui s’entourent d’ONG et d’institutions chrétiennes expertes dans l’aide humanitaire d’urgence et de crise. Le Défap fait partie de ces institutions. Pour chaque situation, les opérateurs sont choisis par l’ensemble du comité en fonction de l’analyse faite et des demandes parvenues au comité.



Israël – Palestine, la parole des Églises

L’Action Chrétienne en Orient (ACO) fait partie des organismes œuvrant dans le milieu des Églises avec lesquels le Défap entretient des liens étroits. Certains des volontaires du Défap, en Égypte par exemple, sont co-envoyés avec l’ACO. Un autre lieu d’engagement commun au Défap et à l’ACO est le Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël (EAPPI), mis en place en 2002 par le Conseil œcuménique des Églises pour aider les efforts de paix entre Israéliens et Palestiniens. Depuis le 7 octobre, l’ACO s’efforce de diffuser des informations et des déclarations d’Églises appelant à l’apaisement. Elle vient de rédiger un communiqué détaillé faisant le point sur ces divers appels et fournissant de nombreux liens, que nous reproduisons ici.

© iStock

Depuis le début des événements qui ensanglantent Israël et la bande de Gaza, puis la Cisjordanie et le sud du Liban, l’ACO a choisi de relayer, sur sa page Facebook, des informations, des analyses et des points de vue qui aident à la compréhension des enjeux du conflit.

Pour nous, chercher à comprendre la violence structurelle et complexe de la situation israélo-palestinienne n’a jamais pour objectif de justifier les crimes et les actes de guerre. C’est au contraire une manière de ne pas se laisser emporter par les émotions qui nous touchent et ne pas sombrer dans le ressentiment envers les uns ou envers les autres. Nous savons que de part et d’autre beaucoup aspirent à la paix via une solution politique qui soit juste et satisfaisante pour tous. Nous savons aussi que les extrémistes des deux camps ont sciemment choisi, depuis trente ans (et les accords d’Oslo en 1993), d’étouffer toute solution pacifique pour mettre en œuvre une logique jusqu’au-boutiste. Nous voyons l’échec de leurs idéologies, nous déplorons le fanatisme, nous dénonçons l’illusion que la violence pourrait apporter la sécurité ou la justice.

L’ACO fait également le choix de relayer le positionnement des Églises palestiniennes, notamment des Églises protestantes et des mouvements œcuméniques qui n’ont cessé d’interpeller, depuis des années, les Églises et les institutions occidentales et internationales, sur l’impasse et les dangers d’une situation devenant chaque jour plus intenable.

Depuis le 7 octobre, ces Églises dénoncent premièrement et très clairement le recours à la violence. Elles déplorent la perte de tant de vies humaines, en premier lieu les civils innocents, israéliens et palestiniens. Elles se positionnent clairement contre toute forme de vengeance alimentant le cycle des représailles et nourrissant la haine mutuelle.

Elles prient pour toutes les victimes et appellent à la paix.

Elles rappellent également avec force qu’il n’est pas possible de comprendre la situation générale sans prendre en compte le contexte de l’occupation et de la colonisation de la Cisjordanie, de même que le blocus de Gaza, situations qui perdurent et empirent depuis des décennies.

Elles demandent le respect du droit international et appellent de tout leur cœur une solution politique faisant droit à la coexistence de l’ensemble des Israéliens et des Palestiniens.

Elles rendent compte de leur vécu et de leurs analyses qu’il est nécessaire d’accueillir et d’entendre si nous souhaitons véritablement comprendre nos frères et sœurs chrétiens palestiniens.

Enfin ces Églises dénoncent les théologies de certaines Églises évangéliques et protestantes qui, aux Etats-Unis et en Europe, justifient aveuglément et sans aucune retenue la politique de l’Etat d’Israël à l’égard du peuple palestinien et sa manière de conduire la guerre, souvent en invoquant des interprétations eschatologiques (« de la fin des temps ») de passages bibliques.

Ces prises de position doivent nous interpeller même si elles peuvent nous heurter ou nous embarrasser : elles doivent nous obliger à la réflexion et à la compréhension de la situation.

Nous ne voyons pas d’avenir dans les crimes terroristes du Hamas ni dans la réponse militaire d’Israël à l’égard des civils de Gaza et de Cisjordanie. Nous croyons que les victimes israéliennes et palestiniennes sont in fine victimes de tous ceux qui ont tant de fois fait échouer la paix par le passé. Nous croyons qu’il n’y a pas de fatalité et qu’il est essentiel d’encourager toutes celles et ceux, Israéliens et Palestiniens, qui s’engagent pour la paix et la justice à travers tant d’associations et d’initiatives sur le terrain. A quand des responsables politiques prêts à construire une coexistence pacifique et juste ?

Nous nous reconnaissons dans toutes les initiatives de rencontres en Église qui proposent des temps de prière, de silence et de méditation autour de la recherche de la paix. Sur ce lien vous trouverez une proposition de sujets de prière par Mme Rula Khoury Mansour,  avocate et théologienne protestante palestinienne, citoyenne israélienne, vivant à Nazareth.

Le bureau du comité directeur de l’Action Chrétienne en Orient

DÉCLARATIONS D’ÉGLISES



Prier pour la paix en Israël et Palestine

Plusieurs Églises membres du Défap, la Fédération protestante de France et de nombreuses organisations chrétiennes et œcuméniques appellent à l’apaisement face à la reprise des violences en Israël et en Palestine.

© Albin Hillert / COE

L’Église protestante unie de France est en communion de prière avec les frères et sœurs chrétiens en Israël et en Palestine.

Elle relaie :

L’Église protestante unie de France joint sa voix à celle de toutes les personnes qui condamnent les actes terroristes. Elle joint sa voix à celle de toutes les personnes qui veulent construire la paix. Avec elles, elle affirme que ce n’est pas la violence qui apportera la victoire et que la non-violence est une force puissante pour la vie et la justice.

Prière pour la paix en Israël et Palestine

À Dieu montent les cris de celles et ceux qui souffrent, qui pleurent un être aimé, qui cherchent un proche.
À Dieu montent les pleurs de terreur, de douleur, d’angoisse.
À Dieu monte la révolte devant la barbarie et l’inhumanité.
À Dieu monte la colère devant l’humiliation et le refus des droits des humains.
À Dieu monte le désespoir devant la course vers l’abîme, l’embrasement du conflit, la contagion de la haine.

Seigneur, entends ces cris, ces pleurs, ces sentiments mêlés, ces élans contraires.
Vers toi Seigneur nous nous tournons : tu sais le sentiment d’impuissance qui écrase, le sournois désir de vengeance qui rôde, le poison de la violence qui contamine.

Seigneur, nous déposons tout cela devant toi.
Ouvre, à travers l’horreur, le chemin de la vie et de la justice, de la réconciliation et de la paix.
Raffermis et encourage les artisans de paix, de dialogue et de modération.
Permets que les colombes échappent aux faucons.

Toi qui, en Jésus le Christ, a ouvert le chemin de la vie à travers la mort, ouvre aujourd’hui un chemin de vie pour tous les habitants d’Israël et de Palestine, les juifs, les chrétiens, les musulmans, les athées…

Fais de nous des ouvriers de paix, aussi faibles et impuissants que nous sommes. Montre-nous les gestes et les actes à mettre en œuvre aujourd’hui, là où nous sommes, pour construire une paix dans la justice.

Amen

© David Tomaseti / Unsplash

L’UEPAL invite ses paroisses à porter la situation en Israël dans la prière

L’UEPAL s’associe sans réserve aux condamnations des terribles actes de violence déclenchés le 7 octobre dernier par le Hamas en Israël, en particulier les prises d’otage. L’UEPAL s’associe dans ce sens au communiqué de la Fédération protestante de France (FPF), apportant « son soutien fraternel à la communauté juive de France, ainsi qu’à toutes les familles endeuillées.

Dans le même esprit, elle renvoie à la déclaration faite le samedi 7 octobre par l’évêque de l’Église évangélique luthérienne de Jordanie et de Terre Sainte, Sani-Ibrahim Azar. Celui-ci rappelle que ces événements terribles se situent malheureusement sur un arrière-plan plus large et plus ancien et que la paix ne peut exister sans justice.

L’UEPAL invite ses paroisses à porter cette situation dans la prière, de sorte que de ce terrible malheur puisse germer un espoir de paix dans la justice.

Le conseil restreint de l’UEPAL

© FPF

La FPF condamne fermement les attaques du Hamas contre Israël

La Fédération Protestante de France exprime son effroi et sa ferme réprobation des récentes attaques perpétrées par le Hamas contre Israël. Ces actes de violence relevant du terrorisme et d’une inhumanité inouïe ont des conséquences dévastatrices et exacerbent les tensions dans la région pour des décennies.

La Fédération Protestante de France tient à rappeler son engagement en faveur de la paix, de la justice et de la réconciliation. Elle affirme l’inaliénable dignité de chaque être humain, quelle que soit sa nationalité, sa religion ou son origine ethnique. Dans cette perspective, elle exhorte toutes les parties impliquées à faire preuve de retenue, à renoncer à la violence et à rechercher des solutions pacifiques pour résoudre les conflits en cours.

Elle appelle la communauté internationale à se ressaisir pour jouer un rôle actif dans la promotion du dialogue et de la médiation, afin de mettre un terme à la spirale de la violence qui inflige tant de souffrances pour les civils innocents.

Elle apporte son soutien fraternel à la communauté juive de France, ainsi qu’à toutes les familles endeuillées, exprimant sa solidarité dans ces moments tragiques.

La Fédération Protestante demande la libération immédiate de toutes les personnes kidnappées. Elle appelle à porter dans la prière toutes les familles des victimes, quelle que soit leur appartenance, de même que les otages et leurs proches aujourd’hui plongés dans l’angoisse. Elle réaffirme avec détermination son engagement pour la promotion de la justice, de la paix et de la fraternité, soutenant toutes les initiatives visant à réaliser ces objectifs.

Paris, le 9 octobre 2023

Pasteur Christian Krieger
Président de la Fédération protestante de France

© Albin Hillert / COE

Le COE lance un appel urgent pour un cessez-le-feu immédiat en Israël et en Palestine

«Le Conseil œcuménique des Églises lance un appel urgent pour mettre immédiatement un terme à cette violence meurtrière, pour que le Hamas cesse ses attaques et demande aux deux parties de désamorcer la situation», a déclaré le secrétaire général du COE, le pasteur Jerry Pillay. «Nous redoutons vivement que le conflit entre les groupes armés israéliens et palestiniens ne dégénère et craignons les conséquences inévitablement tragiques pour les populations de la région, tant israélienne que palestinienne, après une période d’exacerbation des tensions et de la violence en Cisjordanie et à Jérusalem.»

Et Pillay d’ajouter: «Les attaques en cours n’engendreront que plus de violence, elles ne sauraient ouvrir une voie vers la paix ou la justice.»

«Nous exhortons toutes les Églises membres du COE à se joindre en prière pour une paix juste sur la terre qui a vu naître le Christ, en solidarité avec toutes les personnes touchées et menacées par la violence», a-t-il conclu.




Semaine mondiale pour la paix en Palestine et Israël

Chaque année, le Conseil œcuménique des Églises (COE) consacre la troisième semaine de septembre à des appels et à des actions pacifiques destinés à promouvoir, à travers le monde, une paix juste en Palestine et en Israël. En cette année 2023, la Semaine mondiale pour la paix en Palestine et Israël se déroulera du 16 au 23 septembre, sur un thème inspiré de Matthieu 8,20 : «Nulle part où poser la tête». Le COE est également à l’origine du programme EAPPI (Ecumenical accompaniement program in Palestine and Israel), dont les buts sont d’apporter une présence pour apaiser les tensions, et de témoigner de la situation sur place. Il fait appel non seulement à des volontaires internationaux (en France, leur recrutement et leur suivi administratif sont assurés par le Défap), mais aussi à des organisations plaidant pour le respect des droits humains, tant côté palestinien que côté israélien.

Aqabat Jabr, camp de réfugiés palestiniens dans la vallée du Jourdain, à trois kilomètres au sud-ouest de Jéricho © EAPPI

Des ressources, réflexions, prières et autres textes sont proposées par le Conseil œcuménique des Églises pour aider les Églises et toutes les personnes de bonnes volontés à célébrer la Semaine mondiale pour la paix en Palestine et Israël, du 16 au 23 septembre 2023. Pendant cette semaine, qui comprend la Journée internationale de prière pour la paix, le 21 septembre, les organisations chrétiennes, les paroisses et les croyant-e-s sont invité-e-s à rendre un témoignage commun en participant à des célébrations religieuses, à des événements pédagogiques et à des actions de soutien en faveur de la paix et de la justice pour les Israélien-ne-s et les Palestinien-ne-s.

Cette année marque le 75e anniversaire de la Nakba («catastrophe») de 1948 pour le peuple palestinien, et le comité de préparation des supports s’est interrogé sur l’injustice pour la famille. Il a choisi le verset Matthieu 8,20 de la Bible pour énoncer la question telle que présentée par Jésus Christ: «Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête»

C’est à partir de ce verset que le thème de la Semaine mondiale pour la paix en Palestine et Israël 2023 a été choisi: «Nulle part où poser la tête». Il décrit l’épreuve endurée par les familles palestiniennes et d’autres populations qui rencontrent des difficultés pour créer un foyer uni.

« Il est temps de chercher une paix juste »

Le pasteur Jerry Pillay, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises (COE), a rappelé que le COE soutenait le peuple palestinien et le peuple israélien à la recherche de la paix, de la justice et de la réconciliation.

«Nous devons œuvrer ensemble à l’édification d’un avenir meilleur, plus humain et plus sûr pour toutes et tous», a déclaré le pasteur Pillay. «Les enfants et les familles ne devraient pas vivre dans l’incertitude et la division, et certainement pas pendant des décennies. Il est temps de chercher une paix juste en Palestine et en Israël afin que les familles puissent poser la tête dans la paix, l’amour, l’unité et la joie.»

Le pasteur Kenneth Mtata, directeur du programme Témoignage public et diaconie du COE, a exhorté les personnes du monde entier à prier pour la Terre Sainte, en septembre et tout au long de l’année. «Prions ensemble pour que la situation – une situation dans laquelle tant de femmes, d’enfants et de famille n’ont nulle part où poser la tête – évolue», a-t-il précisé. «Nous, les Églises, efforçons-nous de préparer un monde où chacun et chacune pourrait non seulement poser la tête, mais également partager la paix.»




EAPPI : «Nous ne voulons pas rendre l’occupation plus acceptable»

Après les lettres de Marilyn, qui a participé récemment au programme EAPPI en Palestine, voici un autre aperçu : celui d’une militante israélienne, Hanna Barag. Ce programme du COE (Conseil œcuménique des Églises), dont le nom complet est Ecumenical accompaniement program in Palestine and Israel, a pour but d’apporter une présence pour apaiser les tensions et de témoigner de la situation sur place. Il fait appel non seulement à des volontaires internationaux (en France, leur recrutement et leur suivi administratif sont assurés par le Défap), mais aussi à des organisations plaidant pour le respect des droits humains, tant côté palestinien que côté israélien. Machsom Watch fait partie de ces organisations qui témoignent côté israélien. Nous reproduisons ici un article diffusé par le COE.

23 novembre 2022, Bethléem, Palestine. Des personnes entrent au checkpoint 300 de Bethléem. Ce poste de contrôle qui sépare Bethléem et la Cisjordanie de la ville de Jérusalem voit passer chaque jour des milliers de Palestinien-ne-s, dont beaucoup vont travailler à Jérusalem et en Israël. © Albin Hillert/WCC

Machsom Watch a été fondé en janvier 2001 par trois femmes juives de Jérusalem qui, voyant les postes de contrôle militaires autour de Jérusalem et en Cisjordanie, ont décidé de prendre les choses en main. Aujourd’hui âgée de 88 ans, Hanna Barag défend toujours les droits de la personne avec autant d’énergie.

Depuis cinq à dix ans, elle a constaté de grands changements aux points de contrôle: il n’y a plus de longues files d’attente. En fait, des milliers de personnes viennent et passent rapidement. Tout le processus est informatisé.

«Les Palestiniens et Palestiniennes se servent d’une carte magnétique pour passer le point de contrôle, et la porte s’ouvre, décrit-elle. Si la file d’attente est trop longue, beaucoup décident de rebrousser chemin.»

Les points de contrôle numérisés sont devenus un outil tristement efficace pour invisibiliser les violations des droits de la personne.

Injustice numérique

«Le système est informatisé, déshumanisant et rigide, et il complique considérablement la vie, explique Mme Barag. Il faut autre chose, une nouvelle réalité qui libère les Palestiniennes et les Palestiniens.»

À une époque où on utilise l’intelligence artificielle pour s’immiscer dans la vie des gens, les systèmes informatiques employés aux points de contrôle semblent tout savoir de chaque Palestinien-ne qui tente de passer, ce qui constitue en soi une forme d’injustice et d’oppression numériques.

«L’armée israélienne vous dira: regardez ce que nous avons fait pour faciliter la vie des populations palestiniennes. En réalité, le système est beaucoup plus complexe, plus compliqué, mais ça ne se voit pas. Il existe plus de 100 types de permis différents.»

Les personnes qui souhaitent obtenir un permis de travail doivent avoir un certain âge et être mariées. Le permis peut être refusé s’il y a dans la famille des antécédents liés à des incidents de sécurité. Et la liste des conditions est encore longue.

«Les règles sont différentes pour les demandes de permis médical, poursuit Mme Barag. On ne peut pas utiliser un permis de travail pour accompagner un membre de sa famille à l’hôpital, et si on demande un permis médical, il faut renoncer au permis de travail.»

En outre, comme les permis ne sont plus imprimés, les Palestinien-ne-s doivent les montrer sur leur smartphone ou à partir d’une carte magnétique. Beaucoup de gens sont perdus, car ils ne savent pas se servir du système. De plus, les points de contrôle sont fermés à la population palestinienne de Cisjordanie entre 23 heures et 4 heures du matin.

«Les militaires n’ont pas le droit d’effectuer des changements, et si on essaie d’appeler des responsables, il est rare qu’on obtienne une réponse.»

Hanna Barag se souvient d’un petit garçon, au checkpoint 300 entre Jérusalem et Bethléem: «Il avait perdu un œil et voulait aller à Jérusalem pour des raisons médicales. La personne qui l’accompagnait et lui se sont vu refuser le passage en raison d’un problème de papiers.»

Voyant leur confusion, elle les a aidés sur-le-champ, et ils ont pu entrer à Jérusalem. Mais si elle n’avait pas été là ce jour-là?

Ne pas faciliter l’occupation

«Si nous voulons défendre les droits de la personne, nous devons faire quelque chose contre ce système de contrôle inhumain, affirme Mme Barag. Nous ne voulons pas rendre la situation plus facile.»

Elle sait que cela peut sembler contradictoire. Ce qu’elle veut dire, c’est que l’occupation ne devrait pas devenir plus facile à gérer, parce que la dimension humaine est de moins en moins visible dans le processus. «Ne donnons pas aux militaires la latitude de faire fonctionner une machine – une machine bureaucratique – qui permet d’ouvrir et de fermer les portes à distance. Nous ne voulons pas rendre l’occupation plus acceptable. Nous voulons qu’elle cesse!»

Hanna Barag et ses collègues de Machsom Watch ne veulent pas d’une sorte de «compromis». Elles veulent un changement complet de réalité. «Bien sûr, nous aidons beaucoup de Palestiniennes et de Palestiniens, reconnaît-elle. Nous travaillons à la demande, et nous envoyons les papiers aux autorités israéliennes.»

Environ 70% des cas auxquels Machsom Watch apporte son aide aboutissent à un retrait du «rejet pour des motifs de sécurité», ouvrant la voie à l’obtention d’un permis. «Nos femmes savent quels papiers sont nécessaires, mais je constate aujourd’hui que le processus se durcit avec l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement israélien, déplore-t-elle. Nous essayons de mettre fin à la dépendance palestinienne à Israël.»

Par exemple, les Palestinien-ne-s n’ont pas besoin de se rendre dans des hôpitaux israéliens. «Mais Israël s’en sert comme d’une forme de contrôle. Il y a d’excellents médecins en Palestine, mais il leur est refusé de gérer un système qui serait indépendant d’Israël.»

Le système de permis actuel est conçu comme un puissant outil d’oppression permettant de garder le contrôle sur la population. «Nous ne voulons pas améliorer le système de permis», insiste Mme Barag.

Une question de valeurs

Lorsqu’elle regarde l’histoire de Machsom Watch et son activité actuelle, Hanna Barag voit un groupe de femmes qui refusent de faire partie d’une culture militariste: «La plupart d’entre nous ont servi dans l’armée, certaines ont été officières, explique-t-elle. Nous voulons aborder le conflit d’un point de vue féministe, c’est-à-dire faire bouger les choses parce que nous sommes des femmes.»

Ces femmes sont attachées à leurs valeurs. Quelqu’un qui voudrait contribuer financièrement à la construction de colonies ne peut pas adhérer à l’association. «Il n’y a pas d’argent en jeu, c’est une question de valeurs. Nous intervenons parce que nous sommes des Israéliennes qui veulent rendre plus vivable l’existence du peuple palestinien, mais aussi celle du peuple israélien.»

Mme Barag a contribué à la formation des accompagnateurs et accompagnatrices œcuméniques (AO) qui viennent participer au Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël du COE. «Quand je parle aux AO, je leur explique le système et ce qui les attend. À mon sens, notre mission consiste à exercer une pression diplomatique.»

Elle voit les AO accompagner des enfants qui veulent aller à l’école en toute sécurité. «La pression extérieure exercée par leur intermédiaire est primordiale, ajoute-t-elle. Même si nous nous trouvons dans un système illogique.»

Selon elle, tout le monde devrait sensibiliser les esprits aux outils employés par Israël pour contrôler la vie de la population: «Quand l’armée sait tout de vous, on est face à une triste réalité. Même avec un permis, le poste de contrôle peut vous refouler pour une raison indéterminée.»

Les règlements sont en hébreu et c’est compliqué, ajoute-t-elle: «C’est un système de contrôle complet. Même moi, après toutes ces années, il m’arrive d’avoir des surprises. Les AO viennent pour trois mois et avec de bonnes intentions. Leur but est de faire avancer la situation ici.»

Elle est reconnaissante aux AO de quitter leur belle vie, leurs familles et leur entourage pour se faire les témoins d’une situation difficile. «Je les admire. Quand les AO accompagnent des bergers qui ne parlent pas hébreu, en cas de rencontre avec un colon, leur présence permet de protéger les bergers.»

Par-dessus tout, Hanna Barag veut dire au monde qu’il faut mettre fin à l’occupation et fixer des limites aux mesures d’Israël contre la population palestinienne.

«Je veux que le monde découvre les conditions de vie des Palestiniens et des Palestiniennes, ainsi que le système de contrôle qui les asservit, dit-elle. Côté israélien, il y a beaucoup de jeunes à Tel-Aviv et ailleurs qui ont entre 30 et 50 ans et qui sont contre l’occupation, mais ils et elles ont des enfants à élever et des hypothèques à payer. À Machsom Watch, la moyenne d’âge est de 70 ans. Nous avons le temps d’intervenir.»




EAPPI : «Vous êtes nos yeux, notre bouche, vous pouvez témoigner»

Marilyn a effectué une mission de trois mois en tant qu’accompagnatrice œcuménique en Palestine/Israël, au sein du groupe 85 des équipes du programme EAPPI. Les rôles de ces équipes sont multiples : témoigner en rédigeant des rapports pour des organismes internationaux, soutenir les actes de résistance non violente aux côtés des Palestiniens chrétiens et musulmans locaux et des militants pacifistes israéliens, offrir une protection par leur présence non violente… De retour en France, elle témoigne désormais de son expérience. Rencontre.

Membres d’une équipe d’accompagnateurs œcuméniques dans une Église © Marilyn pour EAPPI

Observer sans intervenir, n’est-ce pas décourageant ?

Marilyn: Les trois premières semaines, cette mission était source pour moi de frustrations, parce qu’elle me semblait se limiter à de l’observation passive. Même s’il y avait des rapports qu’il fallait s’astreindre à rédiger tous les soirs, et destinés à des institutions internationales comme l’Onu, comme la Cour européenne des Droits de l’Homme… Sauf que, rapidement, cet engagement est devenu très concret. Quand nous nous rendions dans des camps de bédouins, de réfugiés, nous retrouvions les mêmes personnes ; un lien humain se construisait entre nous. Nous n’étions plus seulement observateurs, nous partagions quelque chose. Les gens que nous croisions nous racontaient leur histoire, nous parlaient de leurs soucis, de leurs angoisses du lendemain, de leurs difficultés à se déplacer, à aller travailler, à vivre une vie normale. Et tous nous témoignaient de la reconnaissance pour notre présence. Ils nous disaient : « Vous êtes nos yeux, notre bouche, vous pouvez témoigner ; quand vous rentrerez dans vos pays, parlez de ce que nous vivons. » Ils savaient que nous ne pouvions pas changer leur situation sur le moment même – même si parfois, notre seule présence  pouvait contribuer à améliorer un peu leur sécurité. Mais l’essentiel, pour eux, c’était qu’il y ait des témoins de ce qu’ils vivent.

Quelles étaient vos relations avec les Églises en Palestine ?

Rencontrer les Églises en assistant aux messes ou aux cultes le dimanche, ça faisait partie de notre mission. Nous nous y rendions avec nos vestes marquées du sigle « EAPPI », pour être reconnus à la fois des chrétiens palestiniens et des responsables d’Église. Les équipes d’accompagnateurs œcuméniques ont des relations bien établies avec certaines de ces Églises ; mais elles sont si nombreuses qu’il est difficile d’être en lien avec toutes. Trois mois sur place, ça ne fait jamais qu’une douzaine de dimanches ! C’était pour nous l’occasion de rencontrer une population différente de celle que nous pouvions voir aux checkpoints. Quand ils nous voyaient au culte, les gens se montraient très intéressés, venaient nous poser des questions : nous avons toujours été accueillis à bras ouverts.

L’une des ONG israéliennes avec lesquelles les accompagnateurs œcuméniques sont en lien : les Femmes en noir de Jérusalem © Marilyn pour EAPPI

Et vos relations avec les autres ONG, notamment israéliennes ?

Il y a des relations suivies entre les équipes du programme EAPPI et diverses ONG israéliennes. C’est le cas de Machsom Watch [qui surveille les points de contrôle établis par les forces de sécurité israéliennes, NDLR], de Military Court Watch (qui nous a permis d’assister à une audience du tribunal militaire). C’est le cas des Femmes en noir de Jérusalem [un groupe de sept femmes israéliennes fondé en janvier 1988 lors de la 1ʳᵉ intifada, NDLR]. C’est le cas des Rabbins pour la paix…  C’est encore le cas de l’ONG Ir-Amim, une association d’Israéliens dont les avocats mènent un combat de longue haleine devant les tribunaux pour soutenir des familles palestiniennes de Jérusalem-Est régulièrement menacées d’expulsion ou dont les maisons sont occupées par des colons. Ou de l’association Emek Shaveh, qui regroupe des archéologues dénonçant l’instrumentalisation des sites anciens dont la protection a en fait pour but de chasser des familles palestiniennes de chez elles… Nous avons aussi rencontré l’ONG israélienne Breaking The silence [qui permet à d’anciens militaires des Forces de défense israéliennes de témoigner sur ce qu’ils ont vécu en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et à Jérusalem Est, NDLR]. Enfin, à l’arrivée et au départ de chaque groupe d’accompagnateurs œcuméniques, des groupes israéliens sont présents pour les saluer.

Que vous disaient le plus souvent les Palestiniens que vous rencontriez ?

Ils ont beaucoup souffert de l’absence d’observateurs venus de l’étranger pour témoigner pendant toute la pandémie de Covid-19. Et même en étant sur place en tant qu’étranger, nous nous rendions compte que notre présence n’empêchait pas grand-chose… Nous avons assisté à des arrestations violentes. Il y a une volonté de déshumaniser totalement les Palestiniens. Et les membres des forces de sécurité israéliennes nous disaient ouvertement : « On a tous les droits ». Face à cela, j’étais frappée par l’humilité et la patience des Palestiniens. Tous les matins, tous les soirs, aux checkpoints, ils doivent enlever leur ceinture, montrer leurs papiers, avec le risque de se heurter à un refus arbitraire de passer. À tout moment, ils ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête : vont-ils pouvoir passer le checkpoint, même s’ils ont les bons papiers ? Pourront-ils aller travailler ? Leur maison ne sera-t-elle pas démolie ? Et toute leur vie est comme ça.

Une image de la « barrière de sécurité » entre Israël et les territoires palestiniens © Marilyn pour EAPPI




Courrier de mission : Être témoin de paix en Israël et Palestine

Pour ce mois de janvier 2023, Marion Rouillard a reçu Marilyn, une volontaire du programme EAPPI, dans l’émission « Courrier de mission – le Défap ». Après trois mois de présence au Proche-Orient, elle témoigne de sa mission : « accompagner les populations les plus fragiles, les plus exposées à la colonisation, à l’occupation militaire et aux violations des droits de l’homme ». Les volontaires du programme EAPPI, mis en place en 2022 par le Conseil œcuménique des Églises, viennent d’une vingtaine de pays ; en France, leur suivi administratif est assuré par le Défap. Décrire à leur retour ce qu’ils ont vécu, à travers des lettres ou des cycles de conférences, fait partie de leur engagement.

Vue du camp de bédouins de Khan Al Ahmar © EAPPI

L’arbitraire et les humiliations auxquels sont soumis les Palestiniens qui doivent quotidiennement franchir des « checkpoints » tenus par l’armée israélienne afin d’aller travailler ; le récit d’une audience devant un tribunal militaire… Marilyn a passé trois mois en Palestine dans le cadre du programme EAPPI et, en ce mois de janvier 2023, elle témoigne au micro de Marion Rouillard. Ce programme vise à accompagner les Palestiniens et les Israéliens dans leurs actions non violentes et leurs efforts concertés en vue de mettre fin à l’occupation. Les participants suivent et rapportent les violations des droits de la personne et du droit international humanitaire, soutiennent les actes de résistance non violente aux côtés des Palestiniens chrétiens et musulmans locaux et des militants pacifistes israéliens, offrent une protection par leur présence non violente, mènent une action de promotion au niveau politique et, de manière générale, manifestent leur solidarité aux Églises et à tous ceux qui luttent contre l’occupation. EAPPI cherche aussi à fournir des informations fiables et à jour sur la situation d’occupation.

L’envoi d’observateurs œcuméniques dans le cadre d’EAPPI a repris en 2022 après deux ans d’arrêt notamment pour cause de pandémie de Covid-19. Ce programme du COE (Conseil œcuménique des Églises), dont le nom complet est Ecumenical accompaniement program in Palestine and Israel, est soutenu par le protestantisme français depuis ses origines en 2002. En France, le suivi administratif des volontaires qui y prennent part est assuré par le Défap.

 

EAPPI : le témoignage de Marilyn au micro de Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 25 janvier 2023 sur Fréquence Protestante

 

Comme le décrit Marilyn, les participants de ce programme, qui viennent d’une vingtaine de pays et sont présents trois mois sur place, « accompagnent les populations les plus fragiles exposées à la colonisation, à l’occupation militaire et aux violations des droits de l’homme ». Les « checkpoints » sont un des lieux emblématiques où sont déployés les observateurs d’EAPPI. Des milliers de Palestiniens, habitant en Cisjordanie et rejoignant leur lieu de travail en territoire israélien, doivent y patienter des heures chaque jour, dans des conditions pénibles ; et leur passage peut être à tout moment refusé sans raison valable. La présence de témoins étrangers ne change guère les relations entre Palestiniens et soldats israéliens : « Nous sommes tolérés », admet Marilyn. « Je ne crois pas que notre présence soit tellement dissuasive » face aux violations de droits. Toutefois, « elle aide les Palestiniens. Ils savent qu’ils peuvent avoir auprès de nous une écoute bienveillante ». Surtout, les observateurs œcuméniques témoignent dans leurs rapports de ce qu’ils peuvent voir au quotidien.

« Nous avons deux missions, souligne Marilyn : observer les événements vécus et envoyer des rapports quotidiens aux grandes ONG de défense des droits de l’homme, à l’Onu, à l’équipe locale à Jérusalem qui est sur place et nous accompagne. » Les passerelles avec les ONG locales sont importantes : « nous sommes tenus de rencontrer régulièrement des associations palestiniennes et israéliennes de défense des droits de l’homme », souligne Marilyn. Pas question en revanche d’intervenir directement, d’entrer en dialogue avec les soldats israéliens pour comprendre les raisons qui les poussent à refouler telle personne au checkpoint… Et c’est l’un des aspects les plus difficiles de ce type de mission. Marilyn évoque le cas d’une jeune femme dont le passage a été refoulé à Bethléem au « checkpoint 300 » : « elle avait toutes les autorisations, une pièce d’identité, des documents médicaux qui précisaient les raisons de sa visite… Elle a été refoulée alors qu’elle devait aller voir son enfant hospitalisé en cancérologie. Elle nous a dit qu’elle réessaierait plus tard, au bout de quelques heures, quand les soldats qui l’avaient refoulée ne seraient plus là… »

L’une des missions des accompagnateurs œcuméniques : assurer une présence et témoigner au niveau des checkpoints tenus par l’armée israélienne. Ici, celui de Kalendia © EAPPI

Au cours de cette même mission, Marilyn, en compagnie d’autres observateurs œcuméniques, a eu aussi « le privilège d’assister à une audience du tribunal militaire israélien » qui juge les Palestiniens soupçonnés de violences. Une présence très encadrée : « pas le droit de prendre de photos, les passeports devaient être laissés à l’entrée ; on avait le droit de prendre des notes ». Pas moins de « douze jeunes Palestiniens » devaient y être jugés ; ils avaient « entre 16 et 22 ans ». Au cours de cette audience, « les avocats avaient trois minutes pour défendre chaque jeune. Parfois, ils n’avaient même pas eu accès au dossier de leur client ».

Ce dont témoigne aussi Marilyn, habituée de la région, où elle vient régulièrement depuis 2003, c’est du durcissement des relations entre Israéliens et Palestiniens : « Les choses se sont vraiment dégradées. La colonisation a fait beaucoup de dégâts, l’occupation militaire aussi ». Au point de se demander à quoi pourrait ressembler la paix aujourd’hui… « Mais si on n’a pas cet espoir, autant rester au lit ! » Après cette expérience, Marilyn envisage d’ailleurs de repartir dans le cadre de ce programme : « C’est mon vœu le plus cher. C’est un programme magnifique qui mérite d’être mieux connu. J’encourage toutes les personnes éprises de justice et de paix d’aller à la rencontre », non seulement des Palestiniens, mais aussi « des associations israéliennes, au sein desquelles il y a des gens magnifiques qui œuvrent aussi ». Et de souligner, en conclusion, que « l’office de Jérusalem attend des Français. »

Depuis le lancement du programme EAPPI, les Églises membres du COE ont recruté plus de 2000 accompagnateurs et accompagnatrices bénévoles, pour des missions de trois mois dans les six lieux d’engagement en Cisjordanie. Le programme assure ainsi la présence continue de 25 à 30 accompagnateurs et accompagnatrices œcuméniques, soutenus par l’équipe de Jérusalem. Un Groupe de référence local représentant les communautés et Églises qui ont demandé à bénéficier du programme contribue à l’orientation de ce dernier, avec l’équipe du COE à Genève et les coordinatrices et coordinateurs nationaux dans les pays d’envoi. Dans le cadre de ce programme, EAPPI-France s’est fixé comme objectif d’envoyer au moins un ou deux volontaires par an.




EAPPI : « Ce que mes yeux ont vu… »

Voici la dernière lettre de nouvelles de Marilyn, qui a achevé sa mission d’envoyée EAPPI – un programme d’accompagnement œcuménique développé par le COE en Israël-Palestine pour y limiter les tensions et témoigner de la situation. Vous aurez l’occasion de la retrouver au cours de l’émission du Défap sur Fréquence protestante, le mercredi 25 janvier, où elle témoignera au micro de Marion Rouillard.

Vue d’un point de contrôle de l’armée israélienne © Marilyn/EAPPI

« Ce que mes yeux ont vu, je le garde en mémoire. Ce que mes yeux ont vu, ma main l’a écrit. Ce que mes yeux ont vu je le partage…  Je suis un témoin de paix. »

Nous sommes lundi 14 novembre et nous sommes encore pour quelques jours en Palestine car la mission se termine. Mon 3ème reportage sera sans doute identique aux deux précédents. Émaillé de témoignages montrant l’injustice et la violence de l’occupation militaire, les violations permanentes des droits humains, le déni des lois internationales.

Je disais ce matin avant de partir avec la nouvelle équipe qui va nous succéder sur le terrain, que la haine avait touché mon cœur et spécialement hier en rentrant de Bethléem. Nous sommes passés par « le checkpoint des tunnels », délaissant le grand checkpoint que l’on appelle le checkpoint 300, celui que les Palestiniens et toute autre personne traversent à pied. Nous avons préféré le premier car les véhicules peuvent le traverser. Habituellement un soldat et un garde de la sécurité montent dans le bus pour vérifier passeports, permis et cartes d’identité pour les passagers. Seules les personnes au-dessus de 50 ans et les étrangers restent dans le bus, les jeunes Palestiniens doivent en descendre, attendre dehors que les soldats vérifient d’abord les papiers à l’intérieur du bus – et ce qu’il pleuve, qu’il neige ou que le soleil soit à son zénith. Après leurs papiers vérifiés et si tout est en ordre, ils remontent et le bus peut repartir.

Hier, arbitrairement, la soldate a demandé énergiquement à tout le monde de descendre aux cris de : « Yala, dépêchez-vous ! ». Quand je lui ai montré mon passeport elle m’a dit : « oui toi aussi tu sors », avec un geste de la main…

La haine a traversé mon cœur. Non à cause du traitement injuste que je subissais mais du traitement quotidien que les Palestiniens subissent !

Heureusement, la patience manifestée par les Palestiniens, leur infinie douceur m’a ramenée très vite à une attitude compassionnelle envers les comportements inhumains de ces jeunes soldats israéliens victimes eux-mêmes des discours de haine et de mépris qu’ils apprennent très tôt. Deux touristes françaises sont descendues également et m’ont dit leur indignation : « on n’a jamais vu cela dans aucun autre pays ». C’est ainsi, aux différents checkpoints, dans les rues de Jérusalem, notamment aux CP « volants » : des jeunes sont régulièrement arrêtés par les forces de sécurité, les « ISF », pour vérifications d’identité.

Il est très difficile maintenant pour ce troisième reportage de raconter tout ce que nous avons vu, tout ce qui se déroule actuellement en Palestine. Du fait même de l’occupation militaire israélienne. Les faits sont extrêmement graves et violents, et parce que nous sommes réellement affectés par ce que nous voyons, la difficulté est de mettre des mots sur les souffrances que subissent les Palestinien-nes jour après jour.

Nous assistons impuissants, quotidiennement, aux rudesses de l’occupation, partout où nous allons, que ce soit dans les camps de réfugiés, dans les camps de bédouins, à Jérusalem-Est, à South Hébron Hills, au passage des checkpoints ou dans les villages entourés par le mur et séparés les uns des autres : tous les récits et tous les faits, qu’il s’agisse de privation de liberté de mouvement, du vol des terres, du saccage ou du pillage des oliviers durant la récolte des olives, des démolitions de maisons, des arrestations, des assassinats de jeunes Palestiniens… toutes ces histoires sont les mêmes, elles sont empreintes de souffrances, d’injustices, empreintes de chagrin.

Le tribunal militaire © Marilyn/EAPPI

Que pouvons-nous faire ? Nous les envoyés œcuméniques, les envoyés de paix ? Écouter, voir, relater, soutenir, consoler et le soir écrire les rapports quotidiens qui iront alimenter les dossiers à l’ONU et au Conseil des droits de l’homme…

Raconter oui, mais comment raconter ? Quels exemples donner ?

Comment savoir que mes mots traverseront le cœur des gens qui me liront, et qui m’entendront ? Comment être sûre que mes mots diront exactement ce que j’ai vu ? Comment transmettre la réalité à laquelle nous avons été confrontés mais surtout la réalité quotidienne que vivent tous les Palestinien-nes ?

Par quoi commencer : par quel village, par quelle rencontre, par quelle association ? Peut-être dans ce troisième reportage, commencer par ce qui a été une expérience douloureuse pour chacun des membres de notre équipe fin octobre, le 30 octobre exactement… Quand nous avons eu l’opportunité d’être des témoins à la cour militaire israélienne : grâce à l’association « Military court Watch », nous avons pu assister à une audience. Le tribunal militaire est contigu à la prison d’Ofer, prison située en territoire occupé à Jérusalem-Est. Cette cour militaire est composée de sept salles d’audience, qui ressemblent à des préfabriqués. Nous avons donc pu assister à une série de procès dans la septième salle d’audience. Sept baraquements se suivent, les familles palestiniennes attendent dans la cour, nous avons pu rencontrer deux d’entre elles avant d’assister aux procès. Dans cet espace exigu, plusieurs policiers sont là, le juge militaire et son assistante, les familles de ceux qui vont être jugés, un ou deux avocats. Durant une heure se sont succédé douze jeunes de 16 à 25 ans.

Ils arrivent menottés en uniforme de prisonnier. Un policier leur enlève les menottes, les jeunes s’assoient dans le box qui leur est réservé par trois ou quatre voire six, et les procès commencent. Le plus jeune d’entre eux, 16 ans, est accusé d’avoir lancé des pierres. En attendant la décision du juge, il a les larmes aux yeux. Son papa, sur les bancs réservés aux familles, lui demande d’être fort, de ne pas pleurer, de prier, lui assure qu’il va sortir bientôt. Le jeune homme le regarde. Il hoche la tête. Il répond à son papa, il dit oui. Les interrogateurs des jeunes sont dans la salle eux aussi ! L’avocat fait tout le travail : il traduit pour les familles, il traduit pour les jeunes, car tous les dialogues et tous les documents sont en hébreu. Là, les avocats, puisqu’il y en a eu deux ce jour-là, ont eu une heure pour défendre les douze jeunes qui sont passés à tour de rôle.

Entre 500 et 700 enfants arrêtés chaque année, selon l’ONG « Defense for children »

Si l’on compte le temps de la traduction, si l’on compte le temps perdu pour aller chercher les familles dans la cour – dont personne dans ce tribunal militaire ne s’est soucié – l’avocat a eu en tout et pour tout trois minutes pour défendre chaque jeune. Les sentences du juge sont toutes les mêmes ; prolongation de la détention pour une semaine pour les détentions administratives. La détention administrative est un emprisonnement arbitraire sans procès préalable, sans que ni les avocats, ni les familles, ni les détenus ne puissent connaître les charges, classées secrètes… Ce statut particulier permet que la détention soit reconduite de semaine en semaine, voire de mois en mois, alors que les avocats n’ont pas accès au dossier, et qu’ils connaissent à peine les jeunes.

Douze jeunes, jugés pendant une heure de temps ; trois minutes pour les « défendre »… La mécanique de l’injustice est bien huilée. Ils repartent menottes aux mains ; ils ont parfois pu parler avec leur famille, leurs mamans pleurent et nous, nous pleurons avec les familles. Expérience douloureuse. Les mots nous ont manqués en rentrant le soir. Le lendemain matin, j’étais chargée d’envoyer le rapport aux Nations-unies, au Conseil des droits de l’Homme, aux grandes ONG de défense des droits humains. Nul droit humain dans ce lieu déshumanisé. Certains enfants ont été violentés, ont subi des pressions psychologiques mais de cela on ne parle pas dans les journaux en France ; on ne parle pas de cela à la télévision ni dans les grands médias. Qui peut dire la souffrance des parents ; qui peut dire la souffrance de ces jeunes arrêtés arbitrairement, mains, et parfois pieds liés, quand ce n’est pas un bandeau sur les yeux, voire l’isolement…

Cela a été le cas de Shadi Khoury, ce jeune arrêté chez lui durant la nuit du 18 octobre dernier, devant ses parents, frappé par les soldats, violemment, mis à l’isolement parce qu’il chantait en prison. Ça s’est passé le mois dernier et nous avons assisté à une messe le vendredi 4 novembre à l’Église Saint-Étienne à l’intérieur de l’école biblique et archéologique française. Des représentants de toutes les confessions étaient là, tous ont pris la parole. Monseigneur Michel Sabbah a prononcé une longue homélie pour Shadi et pour tous les enfants arrêtés ou tués en cours de ces derniers mois à Naplouse, à Jénine, à Jérusalem, à Kalandia…

Selon les chiffres publiés par l’ONG « Defense for children », entre 500 et 700 enfants sont arrêtés chaque année. Les Églises en Palestine sont mobilisées ; elles ne restent pas inactives face à l’injustice. C’est le cas de « Sabeel » dont les prières retentissent tous les jeudis matin et qui sont envoyées à toutes les organisations des « Amis de Sabeel » dans le monde entier, comme c’est le cas en France.

Fort heureusement, Shadi a été libéré récemment, mais reste en « détention à domicile », en résidence surveillée… D’autres enfants sont toujours en prison et c’est inadmissible ! Ils seraient au nombre de 190 actuellement…

Les responsables religieux réunis, de gauche à droite : l’évêque Yacoub Afram Saman – Église catholique syriaque ; l’évêque William Shomal – Patriarcat latin de Jérusalem ; monseigneur Michel Sabbah – Patriarcat latin de Jérusalem ; l’archevêque Atallah Hanna – Patriarcat orthodoxe de Jérusalem ; le frère Amjad Sabbara, curé de la paroisse Saint-Sauveur de Jérusalem © Marilyn/EAPPI

Voici, traduite en français, une partie de la prière de Monseigneur Sabbah dite à l’occasion de cette rencontre pour Shadi et tous les enfants palestiniens prisonniers :

« Nous venons ce soir pour prier. Tous les jours nous prions. Toutes les heures nous prions notre Père qui est aux cieux. Notre Père qui sait ce dont nous avons besoin. Mais nous nous réunissons ce soir pour une raison spécifique, en raison de la détérioration et de l’intensification de la situation, et ce dans toutes nos villes et villages. Certaines sont encerclées/fermées, dans d’autres le harcèlement/les humiliations s’intensifient : Gaza est sous siège depuis des années, Naplouse aussi a connu le siège, et Hébron et ses alentours font face à la mort et aux déplacements forcés tout comme Jénine, Ramallah, Bethléem et Jérusalem. Partout les maisons sont pillées et démolies. Des descentes se font en pleine nuit, ils arrêtent les jeunes et les jettent en prison. D’un côté, l’armée et ses soldats obéissent à des ordres impitoyables ; de l’autre côté, ce sont les colons qui détruisent les cultures et les gens, en bénéficiant de la protection de l’armée. Voici notre réalité. Nous le vivons tous ensemble. Et nous prions.

C’est pour cela que nous prions ce soir. Nous élevons notre supplique à Dieu, à notre Père qui est aux cieux. Il voit tout, sait tout, entend le cri des opprimés et leur accorde Sa miséricorde. Dieu, nous prions pour toi/vers toi. Nous comptons nos tragédies, tu les connais. Toi, Ô seigneur, que nous dis-tu ? Nous avons lu l’Évangile ce soir pour entendre tes mots. À Nazareth j’ai prié avec ceux qui prient. Et puis tu as lu la prophétie d’Isaïe, et tu as appliqué ce que tu as lu à Toi-même. Je lis ces versets du prophète Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue » (Luc 4 :18). Frères, ce discours, Jésus l’a dit au peuple de Nazareth et ils ne pouvaient pas le comprendre. Pouvons-nous le comprendre, nous, aujourd’hui ? Est-ce que nous l’acceptons, est-ce que nous acceptons que ce soit Jésus qui nous parle de notre situation à travers ces paroles ? Ou ne pouvons-nous pas comprendre nous aussi ? Sommes-nous aussi en train de dire : quel est ce discours étrange sur notre situation, qui ne nous éloigne ni des soldats ni des colons ? Jésus a dit et nous le dit aussi aujourd’hui : « L’esprit du Seigneur est sur moi. »… 

Voilà, dans ce troisième témoignage, une partie de ce que nous avons vécu durant ces trois mois de mission. Mais tellement de choses manquent, comme les mots pour le dire…
Peut-être un quatrième article viendra-t-il, mais en attendant, je vous livre quelques photos légendées, montrant d’autres activités quotidiennes ou des choses aperçues au cours de nos rendez-vous quotidiens.

En espérant que ces comptes-rendus donneront le désir à l’une ou l’un des lecteurs de postuler pour ces missions éminemment nécessaires afin que le monde sache, que le monde n’oublie pas. Afin que nous ne puissions pas dire : « nous ne savions pas… »

Marilyn. Groupe 85. Envoyée œcuménique. Programme EAPPI.

Association israélienne : « Femmes en noir ». Ces femmes manifestent pacifiquement chaque vendredi à Jérusalem-Ouest pour demander la fin de l’occupation. Parfois certains passants israéliens les invectivent… mais parfois ils discutent avec elles et les échanges sont courtois et intéressés… © Marilyn/EAPPI

La cérémonie de « Handover » : passation de responsabilités entre notre groupe et celui qui est arrivé mi-novembre © Marilyn/EAPPI

Une démolition de maison à Jérusalem-Est, à laquelle nous avons assisté impuissants le vendredi 18 décembre 2022. Ce que l’on nomme « self demolition ». En effet, pour éviter de payer les frais de démolition par le bulldozer, les Palestiniens ont le choix pervers de démolir leur propre maison gratuitement… © Marilyn/EAPPI

Pancarte à l’entrée de tous les territoires palestiniens : ici avant d’entrer dans Al Azzarieh, banlieue de Jérusalem-Est coupée par le mur… et les checkpoints israéliens © Marilyn/EAPPI

« Nous méritons la vie » : inscription dans un des villages menacés d’expulsion dans les collines de « South Hébron Hills » : Masafer Yatta (région de Yatta)
© Marilyn/EAPPI




20ème anniversaire du programme EAPPI

Vous avez eu l’occasion de suivre dernièrement sur le site du Défap les lettre de nouvelles de Marilyn, envoyée EAPPI – un programme d’accompagnement œcuménique développé par le COE en Israël-Palestine pour y limiter les tensions et témoigner de la situation sur le terrain. Récemment, les partenaires du Conseil œcuménique des Églises se sont réunis à Jérusalem pour célébrer le 20ème anniversaire de ce Programme qui bénéficie depuis son origine du soutien du protestantisme français.

Participant du programme EAPPI en Palestine © Albin Hillert/WCC

> Retrouvez l’article original sur le site du COE

Les responsables des Églises à Jérusalem, les responsables du Conseil œcuménique des Églises, les partenaires et leurs ami-e-s se sont réuni-e-s à Jérusalem pour célébrer l’anniversaire du Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël.

Tout en célébrant le 20e anniversaire d’un programme qui a permis à des enfants et des adultes de se sentir plus en sécurité, ils et elles ont regretté qu’en raison de la situation actuelle en Terre Sainte, l’accompagnement soit aujourd’hui plus nécessaire que jamais auparavant.

Près de 100 invité-e-s se sont réuni-e-s à l’Hotel Imperial à Jérusalem pour entendre des récits de situations locales. Y figuraient des responsables d’Église, des Églises membres, des partenaires œcuméniques, des accompagnant-e-s œcuméniques et les coordinateurs nationaux du Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël.

Son Éminence, l’archevêque Aristarchos de Constantina et le secrétaire général par intérim du COE, le Père Prof. Ioan Sauca, ont ouvert l’événement. Au rang des orateurs et oratrices figuraient également les coordinateurs nationaux du Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël; les accompagnant-e-s œcuméniques, l’évêque Ibrahim Azar de l’Église évangélique luthérienne en Terre Sainte et à Jérusalem, et le Très Révérend Dr Munib Younan, évêque émérite de l’Église évangélique luthérienne de Jordanie et de Terre Sainte.

Sauca a partagé sa joie et son inquiétude dans ses réflexions à cette occasion.

«La communauté œcuménique internationale a toujours cherché à être en solidarité active avec les chrétiennes et les chrétiens du Moyen-Orient, qui continuent à vivre leur foi et à en témoigner dans les contextes plurireligieux de leurs pays, apportant des contributions vitales à la diversité foisonnante et au développement de leurs sociétés», a fait observer Sauca.

«Des soulèvements, l’extrémisme violent brandissant la religion comme raison d’être, les occupations militaires permanentes, la discrimination et les violations incessantes des droits des personnes, les crises économiques et la corruption, l’absence d’état de droit et d’autres facteurs encore ont contribué à une crise existentielle dans l’ensemble de la région.»

Sauca a souligné que les communautés vulnérables étaient particulièrement touchées, notamment les chrétiennes et les chrétiens qui sont confronté-e-s au déplacement et à la migration de masse.
«Nous affirmons que le meilleur moyen d’éviter cette menace est l’égalité des droits, la citoyenneté inclusive, la justice et la dignité pour toutes et tous, sans discrimination religieuse ou raciale», a-t-il ajouté.

En 2002, le COE a créé le Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël en réponse à l’appel des responsables ecclésiaux en Terre Sainte.

«Le COE, dont les Églises membres représentent environ 580 millions de chrétiennes et de chrétiens dans le monde, a répondu à l’appel», a-t-il souligné. «Plus tôt, en 2002, les résident-e-s du petit village de Yanoun avaient été contraints à quitter leurs foyers en raison de la violence des colons.»

Des militant-e-s israélien-ne-s et du monde entier en faveur de la paix ont décidé d’agir et de s’installer dans le village de Yanoun, dans l’espoir que les résident-e-s de ce village s’y sentent suffisamment en sécurité pour y revenir. «Grâce à la présence protectrice de ces miltant-e-s, ces résident-e-s ont pu revenir», a rappelé Sauca.

Cette réussite a été une source d’inspiration et a débouché sur la création du Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël en 2002. Depuis, les Églises membres du COE ont recruté plus de 1 800 accompagnant-e-s œcuméniques issu-e-s de 25 pays pour venir apporter leur aide pendant trois mois en Cisjordanie.

Œuvrant en étroite collaboration avec les communautés locales, des groupes israéliens et palestiniens de défense des droits de la personne et des agences internationales, le programme a assuré une présence permanente dans la région depuis lors.

Le Secrétaire général par intérim du COE, le Père Prof. Ioan Sauca, a partagé sa joie et son inquiétude dans ses réflexions à l’occasion de l’ouverture de l’événement à Jérusalem © Albin Hillert/WCC

Des messages de soutien venus de toutes parts

Celles et ceux qui ont travaillé avec le Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël et l’ont soutenu au fil des ans ont pris le temps de transmettre leurs salutations et de partager leurs souvenirs sur le programme.

L’évêque Munib Younan, ancien président de la Fédération luthérienne mondiale, a affirmé que l’idée du programme est de «promouvoir la justice, la paix et la réconciliation en Palestine et en Israël — et partout dans le monde».

Et d’ajouter: «Nous n’avons qu’à faire confiance à ce Dieu de justice. C’est mon espérance pour le monde.»

Salpy Eskidjian, du Bureau chargé du volet religieux du processus de paix à Chypre, a indiqué que la situation sur le terrain en Palestine et en Israël ne s’est pas améliorée comme espéré il y a 20 ans, elle a simplement changé.

«Je prie pour que la famille internationale et œcuménique prolonge cette présence protectrice, tant que les Églises membres et la communauté locale jugent qu’elle est importante», a-t-elle déclaré. «C’est une joie source de reconnaissance et de gratitude.»

De nombreuses photos illustrent des accompagnant-e-s œcuméniques qui, au fil des ans, apportent une présence protectrice pacifique pour les enfants palestiniens allant à l’école.

Eskidjian espère également que le programme continue de se renforcer et de faire la différence dans la vie des gens.

Et de poursuivre: «J’ai espoir que les deux peuples et toutes les communautés religieuses pourront vivre en paix dans ce lieu».

Sara Speicher, secrétaire générale adjointe de l’Association mondiale pour la communication chrétienne, a également rappelé la genèse du programme. «Dans un premier temps, cette idée a été saluée par les responsables ecclésiaux et les communautés palestiniennes et israéliennes locales. Elle a également été perçue comme une expression tangible des préoccupations du COE, mais aussi de son espérance pour que cet accompagnement témoigne de la solidarité, apporte un peu de sécurité et promeuve une prise de conscience.»

Sam Bahour, associé directeur chez Applied Information Management, Palestine, a soutenu que l’accompagnement œcuménique sauve et change des vies. «L’accompagnement sauve des vies, car très souvent la présence étrangère dissuade la puissance occupante israélienne et les colons israéliens illégaux de perturber nos vies quotidiennes.»

Le Pasteur Owe Boersma, point de référence pour les Réseaux et les Organisations œcuméniques, Pain pour le monde, a pour sa part indiqué qu’il considérait ce programme comme une réussite pour exposer des personnes de contextes différents à la réalité de l’occupation et pour œuvrer à y mettre un terme.

«Malheureusement, ce 20e anniversaire coïncide presque exactement avec les 55 ans de l’occupation», regrette-t-il.

Manuel Quintero Perez, ancien coordinateur du Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël, a rappelé ce verset du Chapitre 12 de la première épître aux Corinthiens, qui évoque la souffrance.

«Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance», a souligné Perez. «Il a été tout à fait judicieux de la part du COE d’organiser ce programme, car il a permis aux Églises de nombreux pays de faire partie de la souffrance des Églises en Terre Sainte», a-t-il poursuivi.

Toujours selon Perez, sur la terre où Jésus est né, il y a tant de haine et la paix est un processus à long terme. «Ma seule espérance est que la communauté œcuménique continuera à travailler avec les populations locales pour trouver cette solution.»

Le secrétaire général élu du COE, le pasteur Jerry Pillay, a également partagé ses réflexions.

«En dépit des épreuves du peuple palestinien en Terre Sainte, et tout particulièrement de celles des jeunes, Dieu demeure la seule constante en toute chose et il est la boussole qui nous oriente vers l’objectif auquel nous aspirons», a-t-il déclaré. «Quoi que nous fassions dans notre lutte pour la justice, notre action concrète doit être perçue comme propice à la transformation sociale.»

En d’autres termes, Pillay a suggéré qu’un idéal pour une autre société s’imposait. «Quelles en sont les implications dans le cadre du conflit israélo-palestinien?» s’est-il interrogé. «Nous devons continuer notre pèlerinage conjoint de justice, de réconciliation et d’unité.»

Carla Khijoyan, responsable du programme du COE pour l’Instauration de la paix au Moyen-Orient, a affirmé que l’occupation était non seulement illégale, mais aussi contraire à l’éthique. «Et tout comme ce conflit comporte des dimensions morales, nous, les Églises et les chrétiennes et les chrétiens, avons le devoir moral de réagir», selon elle, avant d’ajouter qu’être un-e accompagnant-e œcuménique «est une leçon de résilience et de résistance, d’espérance, de dignité et d’intégrité, une leçon qui nous change à jamais.»
 




Israël-Palestine : « À l’heure où j’écris, des tirs… »

Voici la deuxième lettre de nouvelles de Marilyn, membre des équipes d’accompagnateurs œcuméniques envoyés en Israël-Palestine dans le cadre du programme EAPPI, dont le Défap assure le suivi administratif. Elle est présente en Cisjordanie pour assurer une présence protectrice et témoigner depuis fin août. Elle évoque la tension à Jérusalem depuis la mort d’une jeune femme soldat : l’armée israélienne recherche activement le tireur et a bouclé entièrement le camp de Shuafat. Mais elle décrit aussi sous quelle contrainte se déroule la récolte des olives à Silwan… ou encore, cette scène significative : « la marche des colons ».

Récolte des olives sous haute surveillance à Silwan © Marilyn, EAPPI

« Si vous êtes neutre dans les situations d’injustice, vous avez choisi le côté de l’oppresseur »
(archevêque sud-africain Desmond Tutu).

Aujourd’hui, mercredi 12 octobre, les rues de la vieille ville de Jérusalem sont quasi désertes. La foule qui s’y presse habituellement semble avoir disparu et les boutiques sont fermées. Seule la présence policière est très marquée et les soldats sont nombreux. C’est le troisième jour de Souccot, la troisième fête juive depuis début septembre après Rosh Hashana et Yom Kippour

À l’heure où j’écris ces lignes, des tirs retentissent dans différents quartiers de Jérusalem et spécifiquement sur le mont des Oliviers, des sirènes de polices retentissent et un hélicoptère patrouille la ville. La tension est vive ces derniers jours depuis qu’une jeune femme soldat a été abattue au checkpoint près du camp de réfugiés de Shuafat. Depuis, le camp est fermé et nul ne sort ni n’entre. Les habitants sont bloqués. Combien de temps cette punition collective va durer ? Nous ne le savons pas. Le tireur est activement recherché.

Aujourd’hui une grève générale a été déclenchée en solidarité avec le camp de Shuafat. Les écoles sont fermées et les bus ne circulent pas.

Nous assurons une présence protectrice ce matin. Les Israéliens se rendent sur l’esplanade des Mosquées alors que celle-ci est inaccessible aux musulmans pour laisser l’accès libre aux religieux juifs. La mission continue : entre nos priorités à ne pas abandonner, nos rencontres avec des ONG et nos visites à d’autres équipes EAPPI, les journées sont bien remplies ; et souvent l’heure du dîner arrive à point nommé après le temps pris par chacun-e à rapporter les événements du jour.

De jeunes musulmanes accrochent un texte expliquant qu’elles restent à cette place en attendant l’ouverture de l’esplanade des Mosquées © Marilyn, EAPPI

Depuis les différents moments des fêtes du calendrier juif, les tensions se sont accrues. Et à nos priorités quotidiennes ou hebdomadaires se joignent parfois des urgences comme par exemple la cueillette des olives à Silwan.

Il est très difficile de partager une expérience vécue surtout quand celle-ci est émaillée de violences policières ou militaires. Nous hésitons toujours à décrire les événements survenus et nous oscillons entre descriptions froides ou chargées d’émotions. À Silwan, nous étions nombreux à assurer une présence protectrice : membres EAPPI, villageois palestiniens et activistes israéliens nombreux. Cette première récolte, en avance sur la maturité des olives, a été déclenchée à cause de la venue de soldats sur le terrain la veille… Des journalistes étaient aussi présents. La récolte avait bien débutée dans une atmosphère conviviale, chacun vaquant à sa tâche. Mais après midi, des colons protégés par des soldats et des policiers (entre 15 et 20) sont entrés sur le terrain de l’agriculteur que nous aidions et la situation a vite tourné à l’affrontement. Le fils du fermier a été arrêté, et relâché quelques jours après. Les colons n’ont pas été inquiétés. La semaine du 24 octobre, nous serons toutes et tous mobilisé-es pour cette tâche importante. C’est une période où les paysans palestiniens sont harcelés quotidiennement par les colons, battus, agressés physiquement, menacés, leurs oliviers saccagés et leurs olives détruites.

Olivier à Silwan au moment de la récolte © Marilyn, EAPPI

Durant notre mission, nous devons rendre visite à nos collègues sur deux emplacements différents. Je suis donc partie trois jours à Hébron. Je n’y étais pas retournée depuis 2019. Ce fut un choc pour moi de voir combien la situation de la vieille ville avait empiré après la pandémie. Les touristes sont quasi inexistants. Pas moins de vingt checkpoints encadrent la vieille ville. Avec l’équipe d’Hébron, je suis allée chaque matin devant une école différente : devant chacune d’elle, un checkpoint ! Nous sommes donc là pour vérifier que les enfants palestiniens puissent se rendre à l’école sans incident, sans risque pour eux. Parfois les parents les accompagnent, parfois ils vont par deux ou trois. En les regardant passer, je pensais à leur sécurité, à leur bien-être, à leur santé émotionnelle… et pourtant ! Ils poursuivent leurs études, jouent, chantent.

Vieille ville d’Hébron : des filets de protections que les Palestiniens posent pour se protéger des déchets déversés par les colons des maisons qu’ils ont prises aux Hébronites © Marilyn, EAPPI

Mais l’une des expériences les plus significatives vécues à Hébron est d’assister à « la marche des colons ». Chaque samedi après la prière, des colons avec un guide entrent dans la vieille ville, protégés par les militaires et la police des frontières. Ils sont aussi nombreux que les colons eux-mêmes et leur assurent protection et sécurité en patrouillant devant eux dans les ruelles du souk. Aucun Palestinien n’a le droit de bouger ni d’avancer avant leur passage. C’est absolument glaçant. Cette marche dure entre une demi-heure et une heure. Le pouvoir de la violence est là aussi, dans ce moment. Mais il est aussi dans cette rue fantôme : la « Shuhada Street », cette fameuse route interdite aux Palestiniens. Ils ne peuvent la traverser !

Je ne peux pas ne pas finir ce second reportage par une note d’espérance, et je cherche ce que je pourrais dire… rien ne me vient si ce n’est les repas partagés avec les populations locales, le thé chez les Bédouins, leurs crêpes merveilleuses, le Moujadara plat traditionnel préparé par Nawal, enseignante, femme forte de Nebi Samwil, village dont j’évoquerai la situation dans mon prochain reportage.

Un thé chez les Bédouins © Marilyn, EAPPI

Et je n’oublie pas non plus les rencontres avec des personnalités de la société civile palestinienne ou israélienne, des ONG qui œuvrent ensemble à l’établissement d’une paix, à la fin de l’occupation, à la dignité et qui ne ménagent pas leur peine pour relater jour après jour les constantes violations des droits humains et les violations des lois internationales.

Ce qui se passe ici dans cette région du monde est parfaitement intolérable, et je voudrais que chacun-e soit un témoin de cette indicible situation. Mon souhait est que toutes et tous deviennent des voix pour que cesse cette barbarie. Que le mur, les checkpoints disparaissent, que la liberté de mouvement, de construire sa maison, de garder sa maison, sa terre, de vivre sans permis de circuler, de ne pas être que « résident permanent » de Jérusalem , soit enfin réalité, que les enfants aient le droit d’aller à l’école sans risquer d’arrestation. Que les mères ne pleurent pas la mort de leur enfant.

Que la vie enfin soit la vie.

Marilyn, accompagnatrice œcuménique, groupe 85