L’appel à la mission : une porte vers la liberté !

 

La parole de l’Eternel me fut adressée, en ces mots :

Avant que je t’aie formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu sois sorti de son sein, je t’avais consacré, je t’avais établi prophète des nations.

Je répondis: Ah! Seigneur Eternel! Voici, je ne sais point parler, car je suis un enfant.

Et l’Eternel me dit:

Ne dis pas: Je suis un enfant. Car tu iras vers tous ceux auprès de qui je t’enverrai, et tu diras tout ce que je t’ordonnerai. Ne les crains point, car je suis avec toi pour te délivrer, dit l’Eternel.

Puis l’Eternel étendit sa main, et toucha ma bouche; et l’Eternel me dit:

Voici, je mets mes paroles dans ta bouche. Regarde, je t’établis aujourd’hui sur les nations et sur les royaumes, pour que tu arraches et que tu abattes, pour que tu ruines et que tu détruises, pour que tu bâtisses et que tu plantes.

Jérémie 1,4-10

 

Illustration méditation du jeudi

Source : Pixabay

 

Comment entendre l’appel de Dieu à Jérémie ? Peut-on parler de liberté si tout est joué à l’avance, avant même notre naissance ?

Mais sommes-nous libres ? L’instinct nous assujettit à ses lois, pour notre conservation par exemple, ou la perpétuation de l’espèce. Et nous savons par expérience que dominer nos instincts ou leur résister n’est pas chose facile. Il faut de la discipline. Quant au destin, c’est le nom donné à ce qui nous arrive, plus souvent dans le malheur que dans la joie, à moins que ce ne soit pour certains dans la grandeur. Et il nous arrive de l’attribuer à la volonté toute-puissante de Dieu, comme s’il décidait de tout.

Pourtant la vocation, cet appel venu de Dieu ou du plus profond de nous-même, pourrait signifier le contraire d’un enfermement dans l’instinct ou le destin. Ce serait un chemin d’ouverture et d’accomplissement pour notre humanité.

Alors la foi serait un acquiescement, une confiance accordée à la voix qui nous secoue, nous libère et nous confie une mission en ce monde : mission de vie, de justice et de fraternité.

Que cet appel ait résonné à l’origine de nous-même, comme dans le cas de Jérémie, nous pouvons le comprendre comme une promesse : rien ne nous sera demandé qui dépasse les forces qui nous seront données. Et même aux moments les plus sombres de l’existence, une force ultime, le souffle de l’amour, nous seront donnés et nous relèveront pour que nous poursuivions notre route.

 

Bandeau méditation du jeudi

 

Nous prions pour nos envoyés en Egypte, pour les chrétiens et tout le peuple de ce pays, avec les mots de SCHENOUTÉ qui fut au 5ème siècle l’un des fondateurs de la vie monastique en Egypte.

 

DIEU, protège-moi, sans cesse, dans le travail, dans la parole et dans la pensée du cœur.

Dieu, aie pitié de moi, dans ce monde et dans celui qui doit venir.

Dieu, aie pitié de moi, car j’ai péché contre toi, comme un mortel; mais toi, Maître bon et doux, pardonne-moi.

Dieu, ne m’effraie pas et ne me trouble pas à l’heure où l’âme quitte le corps.

Dieu, ne me réprimande pas alors dans ta colère et ne me châtie pas dans ton courroux.

Dieu, ne t’irrite pas contre moi, comme le méritent mes péchés et mes actions mauvaises.

Dieu, ne me cache pas ton visage, lorsque je paraîtrai devant toi et ne détourne pas ta face de moi au jour où tu jugeras les actions cachées et connues des hommes.

Dieu, ton Verbe, s’est incarné, il a été crucifié pour moi, il est mort, a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour; attache-moi à toi, pour que les mauvais esprits ne dominent pas sur moi et ne m’arrachent pas de tes mains

Dieu, ne me laisse pas succomber à la perfidie, ne permets pas que l’Adversaire trouve en moi quelque chose qui lui appartienne.

Dieu, rends mon cœur comme un glaive aiguisé contre toute pensée de péché, afin que je puisse les chasser de mon cœur.

Dieu, qui as parlé à la mer et elle s’est apaisée, chasse les passions mauvaises de ma nature pécheresse, afin que le péché soit éteint et disparaisse de tous mes membres.

Dieu donne-moi pour toujours un cœur pur plein de foi, dans les siècles des siècles.

Amen.

 

La prière que nous citons est utilisée à l’office de midi et du soir.

 

Illustration méditation du jeudi

Source : Pixabay

 




Consolation active

 

Jésus, revêtu de la puissance de l’Esprit, retourna en Galilée, et sa réputation gagna toute la région. Il enseignait dans les synagogues et tous lui rendaient gloire.

Jésus se rendit à Nazareth où il avait été élevé et, conformément à son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat. Il se leva pour faire la lecture, et on lui remit le livre du prophète Esaïe. Il le déroula et trouva l’endroit où il était écrit :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres; il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux prisonniers la délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année de grâce du Seigneur. »

Ensuite, il roula le livre, le remit au serviteur et s’assit. Tous ceux qui se trouvaient dans la synagogue avaient les regards fixés sur lui. Alors il commença à leur dire :                            

«Aujourd’hui cette parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre, est accomplie.»

Luc 4,14-21

 

Illustration de la méditation du jeudi

Source : United Methodist News Service

 

Un Jésus bien inscrit dans sa tradition, fréquentant la synagogue, montant à la torah, commentant et expliquant, suscitant l’admiration de ses coreligionnaires. Puis à Nazareth, c’est la haftarah qui lui est présentée, c’est-à-dire le passage prophétique correspondant à la torah du jour.

Alors l’enseignement devient annonce, s’actualise : « Aujourd’hui cette parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre, est accomplie. »

Mais en quoi est-elle accomplie ? Derrière l’évidence du nom de Jésus, que pouvons-nous retenir ?
Jésus ne parle que de consolation, car plus que quiconque il a ressenti la souffrance humaine, et compris la profondeur du besoin de consolation de chacun d’entre nous !

Pourtant le mot pourrait sembler faible, en ces temps où nous vivons dans le pessimisme et l’angoisse entretenus par le terrorisme, les guerres, la menace écologique, le chômage, et la misère du monde.

Mais si nous suivons l’exemple de Jésus, nous devrions tous pouvoir nous engager comme consolateurs, non seulement de notre prochain, mais de Dieu lui-même. Pas avec des petits mouchoirs, mais en écoutant de manière concentrée ce que nous inspire l’Esprit de sainteté, en œuvrant à la réparation du monde, et en nous consacrant généreusement aux missions qui nous sont confiées : vivre dans la vérité, soigner, partager, encourager, répandre l’indestructible joie de l’Evangile contre tous les discours de néant !

 

Bandeau de la méditation du jeudi

En cette semaine de l’unité nous nous joignons à cette prière prononcée lors de la première conférence spirituelle et interreligieuse réunie en Inde, à Calcutta, en 1968.

 

Dieu, nous sommes un avec Toi.
Tu nous as faits un avec Toi.
Tu nous as enseigné que, si nous sommes accueillants les uns aux autres,
tu demeures en nous.

Aide-nous à garder cette ouverture
et à nous battre pour elle de toutes nos forces.
En nous acceptant les uns les autres, complètement, totalement, le cœur grand ouvert,
c’est toi que nous acceptons,
c’est toi que nous aimons de tout notre être.

Car notre être est au cœur de ton être
et notre esprit s’enracine dans ton esprit.
Emplis-nous d’amour et fais que l’amour nous lie les uns les autres
tandis que nous parcourons nos chemins divers.

Thomas Merton, moine cistercien britannique (1915-1968) et précurseur du dialogue interreligieux.

Illustration de la méditation du jeudi

Source : Pixabay




C’est cadeau d’être ce que nous sommes !

 

Il y a diversité de dons, mais le même Esprit; diversité de ministères, mais le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous. Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre, la foi, par le même Esprit ; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit ; à un autre, le don d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, la diversité des langues ; à un autre, l’interprétation des langues. Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il veut.

1 Corinthiens 12,4-11

 

Illustration méditation du jeudi

Source : Pixabay

 

Je viens de lire un livre très intéressant sur le sentiment d’imposture. Par là il faut entendre cette inquiétude qui nous saisit quand nous nous demandons si nous sommes à la bonne place, si nous avons vraiment autorité pour parler en public, si on ne nous a pas surestimé en nous appelant à telle responsabilité, en nous confiant telle mission…

Si nous l’éprouvons parfois, ce sentiment d’imposture, alors l’enseignement de Paul sur les divers dons, talents, vocations peut nous rasséréner. La mission confiée à chacun d’entre nous ne repose sur aucune imposture ou surestimation, nous ne sommes pas attendus comme des champions tous-terrains ! Au contraire c’est toujours quelque chose de précis, de concret qui nous est demandé, car nous avons été pourvus dans cette perspective. Cela donne une conscience de soi, nourrie par la prière et la méditation, où l’intime voix de Dieu se conjugue aux appels qui nous viennent des autres et du monde.

Alors dans le souffle de l’Esprit nous connaissons la merveilleuse et agissante joie d’être tout simplement ce que nous sommes : sage, connaisseur, orateur, soignant, poète, chanteur ou simplement croyant… par Dieu et pour Dieu, pour le service des autres et du monde.

 

Bandeau méditation du jeudi

Nous prions pour nos envoyés au Togo et pour le peuple togolais.

Dieu de bonté ouvre mes oreilles afin que je perçoive ta parole,

Que je l’entende avec mon cœur

et que je me laisse transformer.

Ouvre ma bouche,

afin que je puisse te louer et chanter tout ce que tu as fait.

Par ton Esprit Saint,

rends-moi capable de redresser et d’encourager :

Que mes paroles soient créatrices de relation,

des paroles de guérison et de consolation,

de libération et de réconciliation,

des paroles capables de révéler des horizons neufs,

de faire s’entrouvrir le ciel

et de permettre à tous de saisir

combien leur vie est précieuse et unique.

Anselm Grün, moine bénédictin allemand

Illustration méditation du jeudi

Source : Pixabay




Vœux du Défap : discours du président

Voici le discours de Jean-Arnold de Clermont, Président du Défap, lors de la cérémonie des voeux du Défap, le 13 janvier 2016.

 

Jean-Arnold de Clermont, lors de son discours, le 13 janvier 2016, DR

Jean-Arnold de Clermont, lors de son discours, le 13 janvier 2016, DR

 

Il semble relativement facile de formuler des vœux en ce début d’année 2016. La formule qui revient presque systématiquement est la suivante : « Je vous  souhaite une année 2016, meilleure que l’année 2015 ». Et avec la profusion de reportage médiatique ces derniers jours en commémoration des assassinats à Charlie Hebdo, à Montrouge et à l’Hyper Cascher de la porte de Vincennes, avec en mémoire superposée les assassinats de novembre  dernier, ces vœux semblent évidents. Nous nous souhaitons les uns aux autres une meilleure année 2016, même si une petite voix nous dit ‘croise les doigts… car cela pourrait être pire !’.  

C’est du moins ainsi que j’ai interprété une partie des vœux du Président Hollande le 31 décembre, relayé depuis par de nombreux politiques.

Mais cette façon de faire – s’appuyer sur la noirceur d’hier pour souhaiter la lumière demain – me semble néfaste à un double point de vue.

Hier n’a pas été que sombre ! Je ne peux réduire 2015 aux drames qui l’ont ponctué. Nous en sommes témoins – ou plutôt devrais-je dire : « nous avons à en être témoins » – l’année 2015 a été illuminée par des traits de lumière, par des signes de la grâce de Dieu… je n’en citerai qu’un, tout encore brûlant dans ma mémoire, que d’avoir vu l’Eglise protestante du Christ-Roi fêter Noël il y a quelques jours dans une atmosphère de paix retrouvée. Et je vous invite un instant à vous remémorer tel ou tel événement qui en 2015 vous a marqué et qui appartient au règne de la lumière, cette lumière qui brille dans les ténèbres et dont nous avons à être des reflets.

Ainsi mon premier vœux pour chacun de nous est que malgré la pression médiatico-politique, nous ne passions pas en profit et pertes ce que 2015 nous a offert de beau.

Mais plus encore, sans oublier un seul instant la dureté de notre monde, je veux nous souhaiter une année 2016 que nous sachions vivre avec les moyens que nous donne l’Evangile de Jésus-Christ. Je ne nous souhaite pas de passer loin des crises ou des troubles de ce monde, mais d’y apporter l’espérance de la foi. Je ne nous souhaite pas de passer loin des discours de rejet et de haine, mais d’y répondre en paroles d’apaisement, et en gestes d’accueil et de médiation. Je ne nous souhaite pas de nous tenir à l’écart de la pauvreté, mais d’y répondre par une solidarité accrue…  

En un mot, puisque ce sont elles qui s’inscrivent dans mon propos,  je nous souhaite de savoir relire et vivre les béatitudes avec modestie et avec confiance, tout au long de cette nouvelle année.

Nous avons choisi de la commencer sous le signe du Cameroun, ou plus précisément de l’Eglise Fraternelle Luthérienne du Cameroun et cela grâce à la présence de son président, le Pasteur Robert Goyek que nous avons invité à venir passer quelques temps en France.

Pourquoi cela ? Je pourrais multiplier les réponses tant nous avons de liens avec cette Eglise depuis des décennies, notamment à travers l’action de la Commission luthérienne des relations avec les Eglises outre-mer aujourd’hui intégrée au Défap, et tant il est important d’avoir des informations directes sur la vie de nos Eglises sœurs. Mais il y a plus.

La présence de Robert Goyek donne corps et visibilité aux vœux du Défap en ce début d’année 2016.
Depuis plusieurs années, dans ce nord-Cameroun menacé par celui que l’on appelle désormais le Groupe Etat Islamique en Afrique de l’ouest, ex- Boko Haram, Robert Goyek, qui suit avec attention l’infiltration d’un Islam Salafiste à travers notamment la création de madrasas, y répond de la seule manière qui convient  à une Eglise. Il appelle chrétiens et musulmans à être ensemble  sources de paix. Ainsi à Maroua était organisée en janvier 2013 une conférence internationale sur le dialogue islamo-chrétien, faisant écho aux multiples initiatives prises au Cameroun même pour promouvoir ce dialogue, la coopération entre chrétiens et musulmans sur le plan scolaire ou dans l’action sociale. Mais d’emblée, Robert Goyek nous a demandé de nous associer à ce travail, nous Eglises de France et d’Europe. En l’invitant aujourd’hui, le Défap tient à lui dire sa ferme résolution de répondre positivement à son appel.

Comment cela ?

Tout d’abord en s’informant et en relayant régulièrement l’information sur la situation au Nord Cameroun, au Tchad, au Nigeria ou au Niger. Nous avons à organiser une véritable veille médiatique sur cette région afin qu’elle ne soit pas oubliée. Car la vie de Camerounais, de Tchadiens, de Nigérians ou de Nigériens vaut autant que la vie de Syriens, de Kurdes, de réfugiés d’où qu’ils viennent ou d’Européens.

Et puis nous voulons continuer de manifester à l’égard de cette Eglise une solidarité active. Alors que, pour des raisons évidentes de sécurité, nous avons été dans l’obligation de faire revenir les envoyés qui travaillaient dans le domaine médical à Pouss, dans l’extrême nord du Cameroun, nous continuerons de soutenir les projets de développement qui viennent conforter le témoignage de cette Eglise.

Mais, plus encore, l’appel que nous a adressé le Président Goyek portait sur l’intelligence de la situation interreligieuse de toute la région. Elle est soumise aux pressions intégristes, ici islamistes, là néo-pentecôtistes. Il est de notre devoir d’apporter notre soutien à tout effort de recherche qui permet à nos Eglises sœurs d’annoncer l’Evangile face aux idéologies qui asservissent ceux-là même qu’elles disent libérer. Or nous bénéficions en France de nombreux chercheurs que nous pouvons mettre en relation avec la recherche de nos Eglises sœurs. Nous avons des engagements dans les pays limitrophes, des relations fraternelles que Robert Goyek nous engage à activer. Avec son histoire, avec ses relations, le Défap peut ainsi aider au rassemblement des forces de paix. En recevant le président Goyek c’est cet engagement que nous prenons.

Le Défap, vous l’entendez, en ce début d’année 2016, ne cède en rien à la morosité ambiante. A ceux qui se demandent si la mission est encore d’actualité il répond : « venez la vivre avec nous ; venez répondre à des appels comme ceux du Président Goyek ; et croyez-moi, il y en a bien d’autres… ». C’est d’ailleurs ce que je dis à chacun d’entre vous, ce soir. Nous avons besoin de votre engagement à nos côtés. Merci d’avoir répondu à notre invitation.

Jean-Arnold de Clermont




« La mission est vivante, liée à des vocations »

Une nouvelle réunion des Équipes Régionales Mission (ERM) a eu lieu le 7 janvier 2016. Ce fut l’occasion de parler des questionnements qui entourent la mission et du Forum qui aura lieu du 28 au 30 octobre 2016 à Sète.

Il a d’abord été question de quelques-unes des « trajectoires missionnaires », comme les appelle Claire-Lise Lombard, bibliothécaire du Défap, et en particulier d’Idelette Allier, envoyée comme institutrice au Cameroun en 1930, et de Daniel Broussous, médecin dans le même pays en 1945.

 

Tour de table, DR

Tour de table, DR

 

Deux vocations au Cameroun

 

A 32 ans, Idelette Allier, fille du doyen de la Faculté de théologie protestante de Paris, décide de partir seule en Afrique, et plus précisément au Cameroun. Son objectif : « instruire et éduquer ». Elle va mettre en pratique sa formation, reçue à l’École de la Maison des missions – aujourd’hui, siège du Défap – et enseigner dans un lycée de jeunes filles, à Douala. Par rapport à l’ampleur des besoins auxquels elle se trouve confrontée, ce qu’elle apporte lui semble dérisoire : « la mission est d’abord l’école de l’humilité », écrit-elle au pasteur Daniel Couve, directeur de la Société des missions évangéliques de Paris (SMEP), l’ancêtre du Défap, avec lequel elle entretiendra une correspondance suivi tout le temps de son séjour.

 

Elle rentre en France en 1933 mais, très attachée – un mot qu’elle emploie souvent dans ses lettres – au pays, elle y repart une seconde fois, entre 1934 et 1936, comme institutrice dans l’arrière-pays, dans la région de Ndiki-Somo.

 

Lorsqu’elle rentre à nouveau à Paris, et bien qu’étant toujours profondément chrétienne, elle ne renouvelle pas son contrat avec la SMEP. En revanche, sa vie va prendre un nouvel essor : elle va devenir l’une des premières femmes ethnologue spécialiste du Cameroun, s’intéressant surtout aux langues et aux migrations des peuples. Vive et curieuse, elle n’hésite pas à remettre en cause les idées reçues et, surtout, le regard occidental de l’époque sur les « païens » et les « indigènes ».

 

Fils de pasteur lui aussi médecin, Daniel Broussous part exercer en 1945 dans l’ouest du Cameroun, en pays Bangwa, dans un hôpital de brousse. Amateur d’images, il réalise de nombreux petits films et des photographies des chefferies bangwa et du royaume Bamoun, dont l’essentiel est conservé dans les archives du Défap. Son regard est celui d’un homme qui s’intéresse aux peuples qui l’entourent, à leurs rites et traditions. Dans ses clichés, il cherche à capter l’émotion, la grandeur ou la convivialité qui sont le propre des communautés qu’il approche.

 

La mission, une question personnelle ?

 

Florence Taubmann, la responsable du pôle France, avait choisi de placer cette rencontre de janvier des ERM sous le signe de ce « retour vers le passé », car il est en lien avec le Forum de la fin de l’année à Sète : « Ce sont des histoires personnelles, explique-t-elle, des profils particuliers qui évoluent au fil de leur mission et se posent – et nous posent – des questions existentielles, si nous transposons leur expérience dans la période que nous vivons aujourd’hui. »

Partant, les ERM ont ensuite planché sur deux thèmes principaux : « la conscience missionnaire » et « la mission s’écrit au pluriel » (diversité des actions, des talents, des idées etc.). Aujourd’hui, la mission a changé : les envoyés sont au service d’institutions locales indépendantes, qui travaillent en toute autonomie. Ils ne font qu’apporter leurs compétences. En revanche, l’esprit d’ouverture et les questions liés au sens de leur engagement les habitent toujours.


Des questions plus que des réponses…

 

« Comment transformer la parole en action ? » « Comment la mission citoyenne peut-elle être liée à l’entraide ? » De toute évidence, il existe une dimension de la mission qui nous échappe… mais il faut savoir la faire évoluer, comme a pu le faire Idelette Allier : l’adapter à ce que nous sommes, à l’époque que nous vivons et au terrain où nous sommes envoyés. Pourquoi ? Parce que l’échange missionnaire, de nos jours, se fait sous le signe de la réciprocité : on reçoit autant que l’on donne.

 

Réunion des ERM, DR

Réunion des ERM, DR

 

D’autres questions ont alors surgi : d’où nous vient cet appel à croire ? Comment transmettre ce que l’on a reçu ? Quelle est la part d’héritage personnel qui pousse à la vocation ? Loin d’être une « simple adhésion à un projet, la conscience missionnaire est une rencontre, une ouverture vers autrui », analyse Florence Taubmann. D’où l’importance fondamentale de l’accueil mutuel.

« La mission est aussi liée aux personnes qui s’y engagent. Lorsque quelqu’un achève le temps qui lui est imparti, le projet peut s’arrêter. Mais il est aussi possible que d’autres personnes arrivent et viennent le pérenniser. C’est ça, la vie d’une mission. Elle est nécessairement vivante et liée à une, ou des vocations. Chacun est unique et différent de l’autre, mais l’Évangile nous unit tous. »

 




L’assassin n’est pas celui que l’on croit !

Actuellement responsable de l’équipe Mission de son Consistoire et membre de l’équipe Mission de l’inspection ecclésiastique de Colmar, Olivier Richard-Molard est pasteur. Il est spécialisé dans les questions interreligieuses, la laïcité et la citoyenneté. Il a notamment été professeur du « fait religieux » à l’IUFM d’Alsace-Strasbourg pendant dix ans. Il a également été membre du Cabinet du Président de la Région Alsace, Philippe Richert, comme chargé des cultes, et ce durant trois ans. Voici sa réaction face à la dernière Une de Charlie Hebdo.

Une de Charlie Hebdo, DR

Une du numéro spécial de Charlie Hebdo, DR (site du journal)

 

Charlie Hebdo démontre, par cette page de couverture de son dernier numéro, une parfaite connaissance de l’essence même d’une religion dans son aspect paradoxal.

 

Dans le Judaïsme, le Christianisme ou l’Islam, l’amour de Dieu et  du prochain en sont les pierres angulaires et Charlie le sait parfaitement alors qu’il semble faire provocation avec sa caricature de Dieu.

 

Oui, l’assassin court toujours…au nom de Dieu et toujours il courra. Ce fut le sinistre temps des Croisades où les chrétiens, au nom d’un tombeau à récupérer, celui du Christ,  ont tué, assassiné, décimé. Oui, aujourd’hui est le temps, tout aussi sinistre, de ces délinquants « djihadistes » d’un « Etat » criminel qui, eux aussi, se targuent d’agir au nom de Dieu. Mais, non, l’assassin n’est pas celui que l’on peut penser, imaginer. Ce Dieu de la couverture de Charlie nous ramène à ce dont nous sommes tous capables et l’histoire nous le rappelle. C’est la  face sombre et paradoxale de nos religions qui n’existent que par nous-mêmes, nous qui sommes capables du bon, du bien, du juste et du vrai comme du mal, du crime,  de la mort et du pire.

 

L’assassin c’est moi, c’est toi, c’est nous infidèles, pour beaucoup, à un Dieu d’amour que prônent pourtant  nos religions dans leurs fondements ou tout simplement infidèles à la vie  qui est  belle,  passionnante  si elle est partagée dans la joie, la justice, la fraternité, croyant ou non- croyant.

 

Charlie a raison, les assassins que nous pouvons être courent toujours, laissons Dieu à sa place. Notre pays, la France, a montré, après les atrocités des délinquants et fossoyeurs de l’Islam, que nous pouvons et devons espérer en une humanité meilleure, lutter pour cela. Ainsi continuons à courir dans ce sens et les assassins s’essouffleront.

 

Olivier Richard-Molard




Une ambiance familiale

Leslie Wanai a été stagiaire au Défap fin 2015. Jeune Calédonienne venue en France dans le cadre du programme ABS, elle a vécu un Noël loin des siens… enfin presque !

Elle a le regard vif et curieux de celle qui a tout à découvrir et n’est jamais au bout de ses surprises. Pourtant, c’est souvent elle qui crée l’étonnement quand elle évoque son histoire récente. Les cheveux sagement nattés, de grandes boucles d’oreilles qui accrochent la lumière, Leslie a le sourire communicatif et la gentillesse à fleur de peau. Elle est arrivée en 2013 pour faire un BTS « comptabilité / gestion des organisations » dans le cadre du programme Après-Bac-Service (ABS) géré par le Défap, lequel permet aux bacheliers calédoniens de venir faire leurs études en France (présentation du programme ABS).

 

Leslie Wanai, DR

Leslie Wanai, DR

 

Après une brève halte à Paris, elle a pris un train pour Aubenas, jolie commune de l’Ardèche qui allait l’accueillir et dont elle n’avait jamais soupçonné l’existence avant d’y être invitée. Arriver de Nouvelle-Calédonie en France, c’est débarquer de l’autre côté de la planète, dans un monde où tout est différent : le climat, l’environnement, le mode de vie, la culture… « J’étais surprise, mais j’ai aussi eu l’impression de surprendre, confie-t-elle dans un grand rire, on s’attendait à me voir arriver vêtue d’un pagne, avec un collier de fleurs autour du cou et j’étais en jean et en sweat-shirt. C’était un choc de part et d’autre ! »

 

Une stagiaire studieuse

 

Afin d’avoir une vue d’ensemble de l’organisation d’une institution comme le Défap, Leslie a travaillé pour différents services :

– Relations et solidarité internationale (RSI), pour apprendre le fonctionnement du programme ABS « de l’intérieur » et comment se passe la coordination avec les associations partenaires ;

– Le Pôle France, avec lequel elle a assisté au culte de l’Institut Protestant de Théologie et organisé le Noël du Défap ;

– Le service financier, où elle a pu voir comment on boucle un budget.

 

Trois expériences qui lui ont permis de toucher du doigt la différence entre une association et une entreprise commerciale.

Mais outre l’objet social, diamétralement opposé, c’est surtout la différence d’ambiance qui a touché Leslie : « Il y a une vraie joie de vivre et de travailler au Défap. On n’y est pas simplement salarié, on y est engagé. Tous y investissent leur compétence professionnelle et leur énergie, mais également leur art de vivre et leurs petits talents personnels. C’est un peu comme une famille, surtout au moment des fêtes de fin d’année. »

 

Noël ici et là-bas

 

« Dans ma tribu, raconte Leslie, Noël commence dès le 1er décembre et la fête dure un mois. Nous partageons tout : repas, veillées, cultes… Nous organisons des jeux, des activités sportives auxquelles participent jeunes et vieux, nous montons des saynètes pour raconter la naissance de Jésus, ou la fuite en Égypte. C’est l’été, il fait chaud et le soleil brille tous les jours ou presque ! Une atmosphère complètement différente de celle de la France, qui s’attend plutôt au froid et à la neige ! »

 

Du coup, le soir de la fête de Noël du Défap, lorsque le pasteur Florence Taubmann a décidé de mettre en scène ses collègues, secrétaire général compris, pour qu’ils jouent les différents personnages autour de la nativité, Leslie a été très émue. Ce n’est pas facile d’être loin des siens, de l’île qu’elle aime et de ses traditions à un moment aussi important. Elle a donc participé au spectacle en projetant des photos de ses noëls familiaux, en plein été calédonien… Tous les enfants présents la regardaient, fascinés par cette jeune fille venue de si loin, d’un pays où « le monde est à l’envers » !

 

Leslie n’en demeure pas moins étonnée de voir les temples si peu remplis, même pour le 25 décembre. « Chez nous, les parents préparent le repas et les enfants s’occupent du culte et de sa liturgie. L’église est à nous ! La cloche sonne vers 19 h : tous se rejoignent alors pour le spectacle et le culte, puis on va dîner », explique-t-elle. Et les cadeaux ? « Bien sûr, on se fait des cadeaux, mais il n’y a pas la même frénésie qu’ici… »

 

Des projets et encore des projets

 

Leslie achèvera son BTS en mai 2016. Elle souhaite ensuite s’inscrire en licence et, si tout va bien, continuer par un master puis un doctorat « audit comptable » le tout, assorti d’expériences professionnelles. Ensuite, elle rentrera « à la maison » et lancera sa propre entreprise. Pour l’instant, elle préfère rester à Aubenas, auprès de ceux qui l’ont accueillie. Ils ont appris à la connaître : « on s’aime comme si nous étions en famille », dit-elle avec chaleur. C’est mieux que de faire des allers-retours en Nouvelle Calédonie, où chaque départ est malgré tout un arrachement.

 




Tu me nommes et je trouve le courage

 

Le peuple était dans l’attente et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Messie.

Alors il leur dit : «Moi, je vous baptise d’eau; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de détacher la courroie de ses sandales. Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. Il a sa pelle à la main; il nettoiera son aire de battage et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint pas. » C’est ainsi, avec encore beaucoup d’autres encouragements, que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple.

Cependant, Hérode le tétrarque, à qui Jean faisait des reproches au sujet d’Hérodiade, la femme de son frère [Philippe], et de toutes les mauvaises actions qu’il avait commises, ajouta encore à toutes les autres celle d’enfermer Jean en prison.

Comme tout le peuple était baptisé, Jésus aussi fut baptisé. Pendant qu’il priait, le ciel s’ouvrit et le Saint-Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles: «Tu es mon Fils bien-aimé, tu fais ma joie. »

Luc 3,15-22

 

Illustration méditation du jeudi, Pixabay

Source : Pixabay

 

« Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté ! » chantait Guy Béart. Comment Jean le baptiseur, homme de vérité, aurait-il pu échapper à ce destin de prophète assassiné? Non seulement il prononça la vérité sur lui-même, annonça Celui qui allait venir, mais encore il s’attaqua aux puissants  du moment, révélant leurs turpitudes.

Le miracle est qu’à chaque génération, sous tous les cieux du monde, des femmes et des hommes reprennent le flambeau de la vérité, de l’amour et de la bonté au péril de leur vie. Ainsi ils témoignent des forces de l’Esprit et de la voix encourageante de leur Dieu.

Qu’est cet encouragement ?

Sans doute ont-ils entendu ce même appel, cette même confirmation intime que Jésus reçut après son baptême ! « Tu es mon enfant bien-aimé. Tu fais ma joie. » Conscience et courage peuvent grandir, dans l’écho de cette nomination ? Alors prier pour demeurer dans la confiance, cela revient à offrir sa propre voix, sa propre pensée, son propre souffle au silence parlant de Celui qui nous sourit, nous guide, nous protège et nous envoie.

Commençons cette année dans le compagnonnage des deux fils d’Israël : le dernier des prophètes et  le Fils premier-né : alors notre joie sera forte.

 

Bandeau méditation du jeudi

 

C’est avec les mots de Johnson Gnanabaranam, théologien luthérien indien, que nous portons dans la prière nos envoyés au Congo et tout le peuple congolais.

 

Mon Jésus, beaucoup de gens se sont réjouis parce qu’ils t’ont cherché et trouvé.

Moi je me réjouis, parce que tu m’as cherché et que tu m’as trouvé.

Les bergers de Bethléem, à qui les anges sont apparus, étaient dans la joie :

ils ont entendu le message et ils t’ont vu.

Moi je suis plus joyeux que les bergers, parce que j’ai entendu l’Evangile de ta propre bouche,

et non de celles des anges.

Tu as dit : Viens à moi, je vais alléger ton fardeau.  Voilà pourquoi je suis

plus joyeux que les bergers de Bethléem.

Les mages d’Orient, ils ont vu l’étoile ! Ils étaient heureux : ils t’ont cherché et t’ont apporté de riches

présents. Mais je suis plus heureux que les mages, car c’est toi qui m’as cherché.

Tu m’as apporté le plus riche présent du monde, ton salut.

Voilà pourquoi je suis plus heureux que les mages d’Orient.

Marie est bénie : enfant tu as habité pendant quarante semaines dans son sein. Mais je suis béni plus

que Marie, parce que, au long de ma vie, tu habites dans mon cœur, toi, le Christ ressuscité. Voilà

pourquoi je suis béni plus que Marie, ta mère.

Siméon le prophète s’est réjoui et il a chanté : Mes yeux ont vu le Sauveur ! Je ne t’ai pas vu, mais je

crois en toi.

Et comme tu déclares bienheureux ceux qui ont cru sans avoir vu, j’atteins les sommets de la

béatitude.

Johnson Gnanabaranam.

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Dieu au ciel et sur la terre

 

Au commencement était la Parole, la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu.

Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait, n’a été fait sans elle.

En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. Et la lumière a lui dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.

Il y eut un homme, appelé Jean, qui fut envoyé de Dieu. Il vint pour être témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n’était pas la lumière, mais il était envoyé pour rendre témoignage à la lumière.

La véritable lumière qui éclaire tout homme était venue dans le monde.  Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle; mais Lui le monde ne l’a pas connu.

Il est venu chez les siens; et les siens ne l’ont point reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être faits enfants de Dieu, savoir, à ceux qui croient en son nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu.

Et la Parole a été faite chair, et a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père.

Jean lui rendit témoignage, lorsqu’il s’écria en disant: C’est ici celui dont je disais: Celui qui vient après moi est au-dessus de moi, parce qu’il était avant moi. Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce sur grâce. Car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.

Personne n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître.

Jean 1,1-18

 

Illustration de la méditation du jeudi

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Le grand théologien protestant Karl Barth nous a offert cette prière :


Seigneur notre Dieu tu n’as pas voulu habiter au ciel seulement, mais aussi avec nous sur la terre. Tu ne t’es pas contenté d’être le Très-Haut, mais tu t’es abaissé et tu as voulu être petit comme nous. Tu n’as pas voulu régner seulement mais nous servir. Tu n’as pas voulu seulement être Dieu  dans ton éternité mais pour nous tu as voulu naître, vivre et mourir comme un homme.

Non seulement Dieu est au milieu de nous, mais par Jésus-Christ il est en nous, en chacun d’entre nous, du plus petit au plus grand. Cela signifie que nous devons prendre soin de lui en nous, comme entre nous ;  nous avons la responsabilité de le faire vivre et agir en ce monde. Mais cette mission, nous ne pouvons la remplir si nous ne prenons pas d’abord le temps d’écouter sa respiration d’amour, sa Parole qui était et qui est au commencement de toute chose. 

Mais si nous écoutons Dieu en nous, nous le verrons à l’œuvre près de nous, autour de nous, et nous apprendrons qu’en tout lieu, sur toute la terre, y compris dans les lieux les plus douloureux, son amour veut vivre, et sa joie résister aux forces les plus sombres.  

 

 

bandeau méditation du jeudi

 

 

Réjouissons-nous en ce temps de Noël avec ce poème de Charles Péguy

 

Sous le regard de l’âne et le regard du boeuf
Cet enfant reposait dans la pure lumière.
Et dans le jour doré de la vielle chaumière
S’éclairait son regard incroyablement neuf.

 

Le soleil qui passait par les énormes brèches
Eclairait un enfant gardé par du bétail.
Le soleil qui passait par un pauvre portail
Eclairait une crèche entre les autres crèches.

 

Mais le vent qui soufflait par les énormes brèches
Eût glacé cet enfant qui s’était découvert.
Et le vent qui soufflait par le portail ouvert
Eût glacé dans sa crèche entre les autres crèches

 

Cet enfant qui dormait en fermant les deux poings
Si ces deux chambellans et ces museaux velus
Et ces gardes du corps et ces deux gros témoins
Pour le garder du froid n’eussent soufflé dessus.

 

Sous le regard du bœuf et le regard de l’âne
Cet enfant respirait dans son premier sommeil.
Les bêtes calculant dedans leur double crâne
Attendaient le signal de son premier réveil.

 

Et ces deux gros barbus et ces deux gros bisons
Regardaient s’éclairer la lèvre humide et ronde.
Et ces deux gros poilus et ces deux gros barbons
Regardaient sommeiller le premier roi du monde.

 

Charles Péguy né en 1873 et tué durant la guerre le 5-09-1914

 

Illustration de la méditation du jeudi

Source : Pixabay

 




L’attente qui est en nous

Bougie de l'Avent Bougie de l'Avent Bougie de l'Avent Bougie de l'Avent

 

A la même époque, Marie s’empressa de se rendre dans une ville de la région montagneuse de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth. Dès qu’Elisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant remua brusquement en elle et elle fut remplie du Saint-Esprit.

Elle s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie parmi les femmes et l’enfant que tu portes est béni. Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne vers moi? En effet, dès que j’ai entendu ta salutation, l’enfant a tressailli de joie en moi.

Heureuse celle qui a cru, parce que ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira. »  

 

Luc 1,39-45

 

Illustration méditation du jeudi

Source : WikiCommons

C’est certainement pour marquer le caractère unique de la visite de Marie à Elisabeth qu’on l’appelle Visitation. Car derrière la joie des deux femmes à se retrouver, à s’étreindre, à se confier l’une à l’autre leurs joies et leurs soucis, derrière les agréables rites de l’hospitalité se joue une autre rencontre, voilée : celle de l’éternité de Dieu et du temps des hommes, avec ces deux naissances annoncées qui vont changer le destin du monde. Et déjà le futur petit Jean s’esbaudit dans le ventre maternel, impatient peut-être de l’œuvre à accomplir et du rôle qu’y tiendra le futur petit Jésus qui, pour être de quelques mois son puîné n’en sera pas moins « plus grand » que lui.

 

Mais n’anticipons pas ! Arrêtons-nous à ce temps de la visitation, et qu’elle nous inspire de nous visiter les uns les autres, de nous offrir mutuellement l’épiphanie de la présence de Dieu. Dans l’être ensemble de ce temps de l’Avent, nous pouvons goûter la joie mystérieuse des accomplissements à venir. La prière et le chant y ont leur part, le silence aussi, et toutes les agapes qui peuvent réunir des êtres humains autour des fruits de la terre, en attendant la venue du Prince de la paix.

 

 

Bandeau de la méditation du jeudi

 

En ce temps d’Avent nous prions pour nos envoyés aux Antilles, et pour ceux qui se préparent à la joie de Noël.

 

Dieu tu as choisi de te faire attendre tout le temps d’un Avent.

Moi je n’aime pas attendre dans les files d’attente.

Je n’aime pas attendre mon tour.

Je n’aime pas attendre le train.

Je n’aime pas attendre pour juger.

Je n’aime pas attendre le moment.

Je n’aime pas attendre un autre jour.

Je n’aime pas attendre parce que je n’ai pas le temps et que je ne vis que dans l’instant.

Tu le sais bien d’ailleurs, tout est fait pour m’éviter l’attente :

les cartes bleues et les libre services,

les ventes à crédit et les distributeurs automatiques,

les coups de téléphone et les photos à développement instantané,

les télex et les terminaux d’ordinateur, la télévision et les flashes à la radio…

Je n’ai pas besoin d’attendre les nouvelles : elles me précèdent.

Mais Toi Dieu tu as choisi de te faire attendre le temps de tout un Avent.

Parce que tu as fait de l’attente l’espace de la conversion,

le face à face avec ce qui est caché, l’usure qui ne s’use pas.

L’attente, seulement l’attente, l’attente de l’attente, l’intimité avec l’attente qui est en nous

parce que seule l’attente réveille l’attention et que seule l’attention est capable d’aimer.

Tout est déjà donné dans l’attente, et pour Toi, Dieu, attendre se conjugue Prier.

Auteur : Jean Debruynne

Illustration méditation du jeudi

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D’eau et de feu

Méditation du jeudi 10 décembre 2015 – En ce temps de l’Avent nous prions pour nos envoyés de Tunisie

illustration méditation du jeudi

La foule interrogeait Jean, disant : Que devons-nous donc faire?

Il leur répondit : Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a point, et que celui qui a de quoi manger agisse de même.

Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent : Maître, que devons-nous faire?

Il leur répondit : N’exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné.

Des soldats aussi lui demandèrent : Et nous, que devons-nous faire?
Il leur répondit : Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde.

Comme le peuple était dans l’attente, et que tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ, il leur dit à tous: Moi, je vous baptise d’eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. Il a son van à la main; il nettoiera son aire, et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point.

C’est ainsi que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple, en lui adressant encore beaucoup d’autres exhortations.

Luc 3,10-18

 

illlustration de la méditation du jeudi

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Que devons-nous faire ?

La voix de celui qui crie dans le désert a été entendue.

Et des voix inquiètes, sincères, lui répondent, le sollicitent : Si nous avons mal agi, si nous n’avons pas fait ce qu’il fallait, ou si nous avons fait ce qu’il ne fallait pas faire, si nous nous sommes comportés injustement…

Comment pouvons-nous réparer ? Que devons-nous faire ?

Alors Jean répond très simplement, par la loi et la sagesse de Dieu : Accomplissez les commandements qui vous ont été donnés, soyez généreux, justes, honnêtes.

Mais si cela ne vous suffit pas, si vous imaginez un Messie-champion  à votre convenance, si vous attendez qu’il vienne vous protéger des dangers de la vie, si vous espérez de lui une bonne petite religion à bon marché, des passe-droits et des privilèges, alors sachez que c’est par un baptême de feu qu’il vous fera naître à la vie nouvelle, et par ses exigences qu’il fera de vous ses disciples et ses amis, car il n’est pas venu abolir la loi de Dieu mais l’accomplir, ce Dieu qui veut le droit, la justice, et la bonté sur cette terre, ce Dieu qu’avec lui vous nommerez Père.

 

bandeau méditation du jeudi

 

Nous prions pour nos envoyés en Tunisie, pour les chrétiens et tout le peuple tunisien.

 

Ô notre Dieu, ce monde est le tien, aide-nous à le faire tien.

Cette Création vit de ton amour, aide-nous à la faire vivre de ton amour
Ce monde marche vers l’avenir que tu lui donnes, aide-nous à le faire marcher
Vers l’avenir que tu lui donnes.

Tu fais de nous tous tes enfants, aide-nous à vivre comme tes enfants
Tu prépares de bonnes œuvres pour chacun de nous
Aide-nous à accomplir ces bonnes œuvres.

Ô notre Dieu, si nous ne croyons pas, si nous n’agissons pas,
Les ténèbres nous envahiront
Et tout ce que nous aurons espéré,
Tout ce que tu auras voulu perdra toute existence.

Mais si nous croyons, si nous agissons,
Les ténèbres nous envahiront sans doute
Mais la lumière y brillera
Nous verrons ton nouveau ciel, ta nouvelle terre
Et tu feras par la puissance qui agit en nous
Infiniment au-delà
De ce que nous demandons ou pensons par Jésus-Christ.

Evan Lewis, Dunedin, Nouvelle Zélande,trad.Gilles Castelnau.

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L’urgence de Dieu : la bonté de l’homme et la beauté de la création

La quinzième année du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, son frère Philippe tétrarque du territoire de l’Iturée et de la Trachonite, Lysanias tétrarque de l’Abilène, et Anne et Caïphe étaient grands-prêtres.

C’est alors que la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert, et Jean parcourut toute la région du Jourdain ; il prêchait le baptême de repentance pour le pardon des péchés, conformément à ce qui est écrit dans le livre des paroles du prophète Esaïe :
C’est la voix de celui qui crie dans le désert:                      

« Préparez le chemin du Seigneur, rendez ses sentiers droits.   

Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées;                   

ce qui est tortueux sera redressé et les chemins rocailleux seront aplanis.          

Et tout homme verra le salut de Dieu. »

Luc 3,1-6

 

illustration méditation du jeudi

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Y a-t- il un sens à l’histoire des hommes et du monde ? Une direction ? Un destin déjà scellé ou un horizon encore indéchiffrable ?
Le prophète n’est ni un savant ni un astrologue qui essaierait de répondre à ces questions à partir de calculs ou d’observation.                                        

Le prophète est un être entièrement requis par sa sensibilité à Dieu. Sensibilité au besoin de Dieu : besoin que Dieu a de l’humain, que l’humain a de Dieu, et que la création tout entière a de Dieu.
Et il prête son corps, son cœur, son esprit, sa gorge, sa bouche, sa vie à l’expression de ce besoin. De tout son être il dit une Parole de Dieu, il annonce un événement de l’âme du monde.                  
Et sa voix porte, même dans le désert, car elle doit pouvoir réveiller, chez ses contemporains,  ce même besoin de l’homme, de Dieu, et de la création. 

 

Le prophète veut éveiller en chacun cette nécessité vitale du Dieu de justice et de bonté, enfouie sous l’oubli, les petites affaires et les grands désespoirs de l’existence, l’horloge du temps qui tourne en rond.

C’est cette possibilité d’éveil qu’exprime Jean le baptiste, à l’instar de tous ceux qui l’ont précédé, quand il propose haut et fort le baptême de repentance pour le pardon des péchés. Depuis les rives du Jourdain il fait entrevoir l’aube nouvelle, la pleine réconciliation offerte, entre Dieu, l’humanité, et toute la création.

 

Bandeau méditation du jeudi

En ce temps d’Avent, nous prions pour nos envoyés et les chrétiens du Bénin. A l’occasion de la COP21, c’est le Cantique des créatures, attribué à François d’Assise, qui nous inspirera dans notre prière :

 

Très haut, tout puissant et bon Seigneur à toi louange, gloire, honneur
et toute bénédiction !
A toi seul ils conviennent, ô Très Haut,
et nul homme n’est digne de te nommer.

Loué sois tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures,
spécialement messire frère Soleil, par qui tu donnes le jour, la lumière;
il est beau, rayonnant d’une grande splendeur
et de toi, le Très Haut, il nous offre le symbole.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les étoiles ;
dans le ciel tu les as formées, claires, précieuses et belles.

 

Loué sois tu mon Seigneur, pour frère Vent, et pour l’air et pour les nuages, pour l’azur calme et tous les temps :
grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures.

Loué sois tu mon Seigneur pour sœur Eau, qui est très utile et très humble,
précieuse et chaste.

Loué sois-tu mon Seigneur, pour frère Feu, par qui tu éclaires la nuit :
il est beau et joyeux, indomptable et fort.

Loué sois tu mon Seigneur, pour notre sœur la Terre,
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits,
avec les herbes diaprées et les herbes.

Loué sois tu mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi,
qui supportent épreuves et maladies :
heureux s’ils conservent la paix, car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés.

Loué sois tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle,
à qui nul vivant ne peut échapper.

Malheur à ceux qui meurent en péché mortel;
heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta volonté,
car la seconde mort ne pourra leur nuire.

Louez et bénissez mon Seigneur, rendez lui grâce et servez-le en toute humilité !

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