Adresse du protestantisme : Exil et accueil des réfugiés

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Henry Masson, président de La Cimade propose d’arrêter d’investir dans la protection de nos frontières et d’utiliser plutôt cet argent pour pouvoir accueillir dignement les étrangers sur notre territoire.

 




Liberté et missions protestantes : rendez-vous les 17 et 18 mars

Ces deux journées d’étude, qui se dérouleront à la fois au 102 boulevard Arago et Place Aurélie Nemours, sont organisées dans le cadre des travaux du GRER (Groupe de recherche sur l’Eugénisme et le Racisme) de l’Université de Paris, site Diderot. Elles visent à croiser les regards des missions protestantes francophones et anglophones sur les notions de liberté aux XIXe et XXe siècles en Afrique et en Océanie.

Détail de l’affiche du colloque

« Rendre la liberté » aux autochtones de la mission était l’essence même de l’institution missionnaire. Certains ont pu penser que la « civilisation chrétienne » avait pour mission de libérer les peuples de l’obscurantisme (fin de la magie noire, du cannibalisme, des crimes rituels, etc.), comme l’illustrent les activités de la missionnaire écossaise Mary Slessor au Calabar. Mais si la conversion au christianisme était, aux yeux des missionnaires, libératrice et libératoire pour les indigènes, que penser de la destruction et de la privation de leur culture au nom de la foi et du progrès ?

Qu’elles soient francophones ou anglophones, les missions, aux XIXe et XXe siècles, s’accordent, en grande majorité, sur le fait que, in fine, l’évangélisation des autochtones incombe aux autochtones eux-mêmes. Cependant, de la liberté d’accepter l’évangélisation à la liberté ecclésiale, voire politique, il n’y a qu’un pas. Or les missionnaires et leurs ouailles œuvrent dans le champ colonial français et britannique, ce qui interroge l’approche géopolitique de la liberté au sein du projet missionnaire dans un contexte colonial et post-colonial. Certaines Églises protestantes ont soutenu le régime colonial, y compris quand il débouchait sur des situations liberticides comme l’apartheid en Afrique du Sud, alors que d’autres s’y sont opposées. Quelles furent les limites à leur liberté auxquelles ces Églises furent confrontées ? Quelles formes de liberté ont-elles prônées ?

Priver de liberté cet Autre, qu’il soit un missionnaire indigène d’Afrique ou d’Océanie ou un missionnaire de souche européenne, ou au contraire lui accorder la liberté d’expression et d’ »être », relève du champ des altérités et des identités culturelles. La conception de la liberté est le fruit de cultures que missionnaires et autochtones véhiculent et confrontent au sein de la mission. C’est précisément au cœur de la mission que se font et se défont les libertés et les identités. Creuset des contradictions, la mission abrite et protège autant qu’elle déconstruit et détruit.

Détail de l’affiche du colloque

C’est cette question passionnante de la liberté et des missions protestantes que se propose d’explorer le colloque qui se tient les jeudi 17 et vendredi 18 mars, selon les modalités et le programme suivants :

Jeudi 17 mars 2022 : rendez-vous au Défap (102 Boulevard Arago, Paris 14e)

  • 14h00 : Ouverture du colloque : Basile Zouma secrétaire général du Défap. Claire Kaczmarek, Gilles Teulié.
  • 14h15 : Conférence inaugurale
    Gilles Vidal, Institut Protestant de Théologie, Faculté de Montpellier
      La théologie de la libération dans un contexte océanien (1990-2000). Approche comparative de deux théologiens kanak et ma’ohi contemporains.
  • 15h15 : Pause
  • 15h30-17h00. Atelier I : Défendre l’opprimé : la mission comme espace de l’humanisme ?
    Marie-Claude Mosimann-Barbier, Ecole Normale Supérieure de Paris-Saclay
      Le combat de John Philip contre l’esclavage en Afrique du Sud.
    Maud Michaud, Université du Mans
      La mission au service de l’humain : Alice Seeley Harris (1870-1970) et les campagnes humanitaires contre les atrocités du Congo de Léopold II.
    Marc Tabani, Aix-Marseille Université
      La « Loi de Tanna » : Histoire d’une théocratie presbytérienne aux Nouvelles-Hébrides (Vanuatu).
  • 17h00. Pause
  • 17h15. Visite des archives du Défap avec Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque du Défap.
  • 18h00. Apéritif dînatoire au Défap

Vendredi 18 mars 2022 : rendez-vous au GRER (Université de Paris-site Diderot, Place Aurélie Nemours, Paris 13e Bâtiment Sophie Germain, Amphi Turing)

  • 9h00 : Accueil
  • 9h30-10h30. Atelier II : Affirmer son identité : la mission comme fabrique de l’émancipation ?
    Vahi Tuheiava-Richaud, Université de Polynésie Française
      L’EPM, une église de traditions fortes à la recherche d’un nouvel équilibre : entre mutation ou rupture ?
    Chloé Pastourel, Université Clermont-Auvergne
      Entre influence et rejet des missions philanthropiques protestantes anglo-saxonnes dans la diffusion du panafricanisme durant la Conférence de l’enfance africaine en 1931.
  • 10h30-11h00. Pause
  • Clélia Lacam, Univ. Paris I Panthéon-Sorbonne / Institut des Mondes Africains
      La mission protestante en terre gabonaise : un espace de liberté féminine ? (1892-1914).
    Jean Paul Mountapmbeme, Université de Yaoundé I
      Identité africaine et Missions Protestantes : problématique de l’altérité à travers l’itinéraire d’Adolf Lotin a Same de la Native Baptist Church au Cameroun.
  • 12h00 Déjeuner
  • 14h00. ATELIER III : Composer avec l’administration coloniale : la mission comme vitrine de l’ambiguïté ?
    Dominique Ranaivoson, Université de Lorraine
      Les missionnaires protestants français dans l’insurrection de 1947 : « sur la crête du toit » entre liberté et répression.
    Francis Romuald Mvo’o, Université de Yaoundé I
      Missions protestantes au Cameroun sous la tutelle française de l’évangélisation aux activités politiques : de la subdivision du Nyong et Sanaga 1950-1960.
  • 15h00-15h30. Pause
  • Marie Julien Danga, Université de Yaoundé I
    Protestantisme et guérilla nationaliste au Cameroun sous tutelle française : cas de la subdivision Mbouda (1955-1971).
    Claire Kaczmarek, Université d’Artois
      Samuel Macfarlane (1837-1911), liberté religieuse et identités nationales dans l’Empire informel de l’espace insulaire de Lifou, Nouvelle-Calédonie.
  • 16h30. Conclusions




Méditation du jeudi : Une histoire de paille et de poutre

Méditation du jeudi 10 mars 2022. Nous avons tous une fâcheuse tendance à nous croire le centre du monde. Pourtant Dieu, l’Évangile, le Christ et même l’Esprit peuvent être compris différemment ailleurs, et la foi s’incarner autrement.

La parabole de la paille et de la poutre par Domenico Fetti (Metropolitan Museum of Art) – Wikimedia Commons

Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil à toi ? Comment peux-tu dire à ton frère : « Mon frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ! Alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère.
(Luc 6,41-42)

Dieu est-il le même partout, pour tout le monde, de tout temps ? Spontanément on penserait que oui. Or les textes bibliques nous montrent un Dieu qui discute et même se dispute avec les humains, qui évolue et qui change, qui passe contrat et qui ouvre des perspectives : ce n’est pas un Dieu immuable et statique ! L’idée de qui est Dieu pour nous, les textes en témoignent, est en perpétuelle évolution.

Il semble pourtant qu’une réalité humaine incontournable soit notre tendance à nous imaginer les autres – et Dieu – comme d’autres nous-mêmes, par défaut d’imagination mais surtout par centrement sur nous-mêmes. En d’autres termes, nous avons une fâcheuse tendance à nous croire le centre du monde. Ça va si loin que dans notre imaginaire, nous traitons Dieu, l’Autre par excellence, comme nous traiterions un double de nous-même… L’altérité, c’est ça le problème.

Il y a cependant des situations limites où on rencontre l’autre, vraiment. Mais ça relève de conditions qui échappent largement à notre contrôle : il faut que quelque chose surgisse et s’impose. On peut appeler ça l’Esprit, cette part de Dieu qui souffle où il veut, qui vient bousculer et ouvrir des possibles là où nous les voyions pas.

C’est ainsi que le concept d’Église universelle vient nous bouleverser dans nos représentations : nous réalisons que Dieu, l’Évangile, le Christ et même l’Esprit sont compris différemment ailleurs que chez nous et que la foi s’incarne autrement. C’est le même Dieu, le même Évangile… mais ils s’inscrivent dans des imaginaires différents et prennent de nouveaux visages. Le choc de la rencontre est une épreuve, mais il est salutaire pour pouvoir faire des rencontres fraternelles en vérité, à la dimension de l’Église dont Dieu seul connaît les contours et du Royaume qui nous appelle à une imagination sans cesse renouvelée, pour sortir de nos imaginaires. Sans tenter de s’ôter mutuellement des yeux des pailles ou des poutres !

Tu regardes l’autre à la mesure du regard que tu imagines porté sur toi.
Ton Dieu est bienveillant ? Alors ton regard est bienveillant.
Ton Dieu est un juge impitoyable ? Alors tu juges l’autre et tu te mesures à lui.
Ton Dieu est humble et faible ? Alors tu regardes l’autre avec humilité et impuissance.
Tu te sens ignoré et perdu dans le vaste monde ? Alors tu ignores l’autre dans son propre monde et tu n’essaies pas d’y accéder.




Samedi 12 mars, marchons pour le climat !

La Fédération protestante de France invite à participer aux « cortèges des convictions » dans les marches climat qui se tiendront le samedi 12 mars 2022 partout en France.

La carte des cortèges prévus le samedi 12 mars dans toute la France

La Commission écologie et justice climatique de la FPF veut ainsi, ensemble avec d’autres, interpeller les candidat·es afin qu’ils et elles donnent au défi de la justice climatique la place essentielle qu’il mérite et qu’ils et elles proposent des programmes alignés avec la science et socialement justes.

Pour la première fois, une véritable coordination interreligieuse et interconvictionnelle s’est mise en place au niveau national. La liste des acteurs est disponible sur l’événement Facebook commun (dont la page est publique et accessible même si vous n’avez pas de compte sur ce réseau social). Déjà six cortèges des convictions sont prévus, ajoutons-en de nombreux autres !

Pour rejoindre un cortège déjà en cours d’organisation dans votre ville écrivez à benedicte.charrier@coexister.fr ou laissez un commentaire sur Facebook, pour être mis en relation avec la référente ou le référent local.

Pour ajouter un nouveau cortège des convictions dans une marche pour le climat écrivez à martinkopp.perso@gmail.com afin d’ajouter une ville et les informations de rencontre.

 

Deux visioconférences nationales de la FPF: après un temps spirituel, la commission Écologie et Justice climatique présentera l’adresse de la FPF aux candidat·es, l’initiative des cortèges des convictions, deux témoignages de mobilisations locales et des conseils et outils pour mobiliser chez vous ! Inscriptions ici en ligne.

Une conférence publique la veille de la marche, le vendredi 11 mars à 20h, sur le rapport du GIEC et l’action pour le climat des acteurs religieux

Cette initiative est portée ensemble par l’AEPP (Association des étudiants protestants de Paris), le CCFD-Terre solidaire, le Ceras, Chrétiens dans le monde rural, Chrétiens Unis pour la Terre, le Christianisme social, Coexister France, les Éclaireuses et éclaireurs unionistes de France, Église verte, Faith for Future France, la Fédération protestante de France, GreenFaith, le Laudato Si’ Movement France, la Mission populaire évangélique, le Secours catholique – Caritas France.

L’Association des étudiants Protestants de Paris propose par ailleurs aux participants qui voudraient se joindre à elle dans cette manifestation, trois temps de préparation en commun :

  • 1 – jeudi 10 à partir de 18h : Atelier banderoles et pancartes (entrée libre, l’atelier est ouvert à tous ceux qui participeront au cortège des convictions). L’AEPP fournit le matériel de base (manches, cartons, pinceaux, peinture). Et invite à Penser à des slogans, et à apporter un morceau de carton ou de contreplaqué pour celles et ceux qui voudraient faire une oeuvre plus personnelle. Seront également offerts des tot bag de couleur à décorer.
  • 2- vendredi 11 à 20h précises : Présentation du second rapport du GIEC par un des auteurs du rapport : Laurent BOPP (Directeur de recherche au CNRS et directeur du département de géo-science de Normale Sup).
  • 3- Samedi à 10h : fin de l’atelier pancarte (pour ceux qui veulent) et, à 12h pique-nique avant manif à l’AEPP. Le rendez-vous de départ du cortège est à côté, au Canon de la Bastille rue Saint Antoine, à 13h45.

 




Adresse du protestantisme : Egalité femmes-hommes

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Valérie Duval-Poujol, vice-présidente de la Fédération protestante de France, présidente d’Une Place pour elles, membre du Groupe Orsay, interroge les candidats sur les mesures qu’ils souhaitent mettre en œuvre pour renforcer l’égalité femmes-hommes dans la société ?
 




Adresse du protestantisme : Ecologie et justice climatique

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Martin Kopp, président de la commission Ecologie et justice climatique de la FPF demande aux candidats s’ils font tout pour que leurs enfants et petits-enfants n’habitent pas sur une planète hostile.




Méditation du jeudi : L’incomparable force de Dieu

Méditation du jeudi 24 février. À quoi ressemble ce Dieu auquel nous croyons ? La pente naturelle de toutes les religions, c’est de nous le présenter régnant par la force. Mais la croix proclame sur Dieu tout le contraire de ce que les hommes conçoivent de Dieu.

L’adoration des bergers, Simon Vouet (1590-1649), dans l’église Saint-Pierre et Saint-Paul d’Évry-Courcouronnes, œuvre récemment classée au titre des monuments historiques après sa restauration – détail © Jacques Longuet, ancien adjoint à la Culture et au Patrimoine de la ville d’Evry

« Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu : il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort ; ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est, afin qu’aucune créature ne puisse s’enorgueillir devant Dieu. C’est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance afin, comme dit l’Écriture, que celui qui s’enorgueillit, s’enorgueillisse dans le Seigneur. « 
(1 Co 1,26-31)

La plupart du temps, les êtres humains définissent Dieu comme tout ce qu’ils ne sont pas eux-mêmes : ils sont limités par leur humanité ; ils l’imaginent infiniment grand et infiniment puissant. Ils se sentent faibles et dérisoires à la surface de la terre ; ils le définissent comme le tout-puissant, une présence qui sature tout et déborde tout ce qui existe. Ils ont peur de la mort, alors ils le disent immortel et hors du temps. Ils ont l’impression de se traîner à ras de terre, et disent de lui qu’il est tout seul dans les cieux. Ils se sentent soumis à un destin, et disent que c’est lui qui en tire les ficelles et décide du sort du monde.

Au fond, tout ça nous parle de ce que les humains voudraient être, mais est-ce que ça nous parle vraiment de Dieu ? Oui, ça nous parle d’un Dieu qui serait tout l’inverse des humains. Et ça trahit surtout une véritable haine, une jalousie immense envers Dieu, qui nous travaille en sourdine.

❝ Se croire détenteur d’une vérité sur Dieu, c’est toujours se fourvoyer

Croire à ce Dieu-là nous condamne à un effroyable esclavage. Pour se sentir digne de lui, il faut se rendre inhumain, renoncer à son humanité, au doute, au chemin forcément sinueux. Il faut défendre bec et ongles cette image d’un Dieu terrible, qui contrôle tout, prévoit tout, exige tout. Et de préférence, il faut convaincre le reste de l’humanité qu’on est du bon côté de ce Dieu-là, qu’on est dans ses petits papiers et qu’il nous donne ainsi un peu de sa puissance, un peu de son pouvoir de tout contrôler. Il faut bien dire que c’est là la pente naturelle de toutes les religions.

Paul ne dit pas autre chose aux Corinthiens. Face à la remuante communauté de Corinthe, où s’esquissent des batailles terribles entre des courants différents, qui tous prétendent se réclamer du véritable Dieu, Paul choisit un autre langage. Il rappelle que se croire sage, se croire détenteur d’une vérité sur Dieu, c’est toujours se fourvoyer, et tenter d’écraser les autres pour se sentir un peu plus justifiés. Il quitte tout débat partisan, il renonce à dire qui a raison et qui a tort, pour questionner jusqu’au bout la question et redemander : mais au fond, de quel Dieu parlez-vous ? Il convoque alors une autre parole, dans une formule étrange : la parole de la croix. La folie de la croix. La croix proclame sur Dieu tout le contraire de ce que les hommes conçoivent de Dieu… Tout ce qu’ils croient comprendre sur Dieu, tout ce qu’ils croient savoir sur Dieu, tout cela est balayé.

La sagesse des hommes faisait de Dieu la figure des aspirations humaines. La folie de Dieu, c’est de renoncer à rentrer dans ce combat. C’est de mettre l’homme face à ses prétentions. C’est de lui révéler qu’en s’appuyant sur sa propre sagesse, l’homme passe à côté de Dieu. Entend-on vraiment l’incroyable nouvelle de la croix ?

❝ L’annonce d’un salut qui passe par la plus profonde injustice

Le tableau qui illustre cet article a été redécouvert par hasard dans une église de la région parisienne. C’est « L’adoration des bergers » de Simon Vouet : on note d’abord qu’il ne s’agit pas dans cette nativité de représenter des rois mages (qui ne sont de toute façon pas dans les textes bibliques) mais des bergers, dans le texte de l’évangile selon Luc. Et regardez le geste de Marie : elle tend la main comme en supplication, non seulement pour présenter cet enfant aux bergers, mais au monde tout entier, parce qu’il est le salut du monde entier. Un détail attire le regard au premier plan : l’agneau tenu par un des bergers. Le raccourci est saisissant : cet enfant au creux de la paille, faible livré aux aléas d’un monde violent, est aussi l’agneau qui sera sacrifié par pure malice, dans un déchaînement de violence que rien ne justifiait. Ce n’est pas une jolie histoire que raconte ce tableau : c’est l’annonce d’un salut qui passe par la plus profonde injustice, incompréhensible pour qui croit encore que Dieu vient régner par la force sur des humains qui n’attendent que ça.

Nous avons à prêcher cela – ce n’est pas vendeur. Ça complique beaucoup la mission de l’annonce de l’Évangile, un message aussi peu vendeur. Et pourtant, voyez par quelle beauté le peintre a représenté la scène : la beauté est là, oui. Encore faut-il avoir les yeux pour la voir, et le talent pour la représenter, malgré tout.

La beauté tient à une vérité qui s’impose, malgré nous : non, la force brute ne vainc pas vraiment dans ce monde, la victoire est ailleurs, tout simplement parce qu’aucun humain ne peut véritablement mettre sa confiance dans la force brute et le non-droit, on ne peut que s’y soumettre. Pourtant, c’est la confiance qui sauve le monde et nous donne de croire à ce salut. Ça n’a l’air de rien… mais ça change tout.




Adresse du protestantisme : Europe et justice sociale

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, le pasteur Christian Krieger, président la Conférence des Églises européennes (KEK), président de l’Église réformée d’Alsace-Lorraine et président de la Fédération protestante de France (à compter du 1er juillet 2022), interroge les candidats sur le développement de la justice sociale dans les pays membres de l’Union Européenne.




Adresse du protestantisme : Pauvreté

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Isabelle Richard et Jean Fontanieu, la présidente et le secrétaire général de la Fédération de l’Entraide protestante (FEP) rappellent aux candidats que la fraternité est une promesse de la devise nationale à laquelle ils devront s’atteler.
 
 




Organiser l’héritage thérapeutique du Réveil dans l’Église Évangélique du Congo

Au Congo-Brazzaville, la question des guérisons occupe une place importante au sein de l’Église évangélique du Congo : elle remonte au réveil de 1947, caractérisé par une forte expansion de cette Église. Figure éminente de ce mouvement, le pasteur Daniel Ndoundou en a longtemps assuré la cohérence ; mais depuis sa disparition, le besoin de règles instituées au sein de l’Église se fait de plus en plus sentir. C’est le thème sur lequel travaille actuellement le pasteur Arsène Nkounkou, enseignant de théologie pratique à l’université protestante de Brazzaville, et titulaire d’une bourse du Défap.


Arsène Nkounkou photographié dans le jardin du Défap © Défap

Dans l’histoire de l’Église évangélique du Congo (EEC), Daniel Ndoundou occupe une place éminente. Figure principale du « Réveil de 1947 » (ou « Nsikumusu »), qui avait débuté parmi les élèves pasteurs et instituteurs de la station missionnaire de Ngouedi au sud du Congo-Brazzaville, il a dirigé durant 38 ans un mouvement qui a non seulement profondément influencé l’histoire et les pratiques de l’Église, mais a aussi eu un impact encore visible aujourd’hui dans la société. Au moment de la naissance de ce mouvement, nettement influencé par le précédent du Réveil de 1921 au Congo belge, avec pour conducteur Simon Kimbangu, l’Église protestante du Congo connaissait une période de net refroidissement spirituel et de conflits sociaux, qui se traduisait par une désaffection des fidèles. Après le Réveil au contraire, les missionnaires suédois à l’origine de l’Église évangélique du Congo constatèrent qu’en quelques mois à peine, le nouveau mouvement, porté par des équipes enthousiastes de « Réveillés » qui allaient de village en village rassembler les populations et prêcher la bonne parole, réussit à gagner toutes les régions sud du pays et atteignit Brazzaville en 1948. C’est ainsi qu’au lieu d’aboutir à une scission d’avec l’Église « des blancs » et une répression des autorités coloniales comme ce fut le cas avec les ngunzistes du Congo Belge, le mouvement fut protégé par les missionnaires qui tentèrent de l’intégrer dans l’Église existante. D’où l’apparition, au côté des institutions de l’EEC inspirées par les missionnaires suédois, d’un pôle prophétique, fortement ancré dans la culture traditionnelle Kongo.

Au sein de ce mouvement de Réveil, les pratiques prophétiques et les guérisons occupèrent très tôt une place très importante. Tout au début du mouvement et jusqu’à la fin des années 1960, ces guérisons s’opéraient par la prière avec ou sans l’imposition des mains. Au début des années 1970, le pasteur Ndoundou décida de compléter ses prières d’intercession en ordonnant l’utilisation des plantes médicinales dans la guérison des malades. Cette méthode thérapeutique prit le nom de « médecine révélée » car les plantes utilisées pour les soins étaient, selon ses promoteurs, révélées par Dieu à travers les songes ou les rêves. À la mort du prophète, le mouvement se perpétua par l’activité de figures prophétiques locales. Leur activité thérapeutique et visionnaire continua à s’exercer au sein de « groupes spécialisés » abrités dans les paroisses, sous le contrôle des pasteurs, mais également dans des centres thérapeutiques privés, appelés bizinga, en dehors du contrôle de l’Église. D’où d’inévitables difficultés et tensions entre les autorités de l’Église et des pratiques inspirées de la culture traditionnelle, réintégrées dans la pratique religieuse à l’occasion du Réveil, mais qui tendent parfois de nouveau à reprendre leur autonomie.

Une absence de régulation


Le pasteur Daniel Ndoundou – archives © DR

C’est précisément à cette tension que s’intéresse Arsène Nkounkou dans son travail de thèse. Pasteur de l’Église évangélique du Congo, enseignant la théologie pratique à l’université protestante de Brazzaville, il travaille spécifiquement sur la médecine par les plantes dites « révélées » ; une pratique pour laquelle il espère pouvoir faire des propositions de régulation au sein de l’Église. Un travail de longue haleine, qu’il a commencé dès 2018, à ses propres frais, avec la nécessité d’interruptions régulières du fait de sa vie professionnelle. Il dispose pour cette année 2022 d’une bourse de trois mois du Défap, qui lui permet d’étudier à Montpellier et d’enrichir sa documentation à Paris.

« Aujourd’hui, souligne Arsène Nkounkou, la « médecine révélée » et son usage des plantes sont officiellement acceptées par l’Église évangélique du Congo : la question a été examiné au niveau synodal et la pratique a été reconnue comme venant de Dieu. L’Église a même fixé la tarification des tisanes. Mais le problème, c’est l’absence de régulation. Avant sa disparition en 1986, c’est le pasteur Daniel Ndoundou lui-même qui s’en chargeait : c’est à lui que revenait le soin de discerner les dons spirituels en matière de guérison et d’autoriser tout chrétien désireux de les utiliser au sein de l’Église à le faire. Mais après sa mort s’est posé un problème de succession. L’Église, pour éviter les tensions, a donné la responsabilité à chaque pasteur de discerner les charismes dans sa paroisse. Le problème étant que tous n’avaient peut-être pas les mêmes dispositions pour le faire que Daniel Ndoundou lui-même… D’où un temps de désordre, et beaucoup de centres thérapeutiques qui ont commencé à exercer en-dehors de l’Église. »

Problèmes de théologie et problèmes d’hygiène

Tout ceci posant des problèmes à la fois de relations avec l’EEC… et de pratiques, dont certaines vont ouvertement à l’encontre de la théologie de l’Église. « Il existe, reconnaît Arsène Nkounkou, des conflits entre certains centres et certains pasteurs de paroisse. Par ailleurs, lors de mon travail de Master, déjà consacré à ce thème, l’enquête de terrain que j’ai menée m’a permis de constater des décalages entre la position officielle de l’Église et les usages de certains centres thérapeutiques : le fait d’exorciser ou de chasser des démons avec des plantes, par exemple, alors même que l’Église n’autorise pas l’usage des plantes dites médico-religieuses ou médico magiques. » Autre problème : celui de l’hygiène, et notamment de la conservation des tisanes…

Ce qu’espère aujourd’hui Arsène Nkounkou, c’est poursuivre à travers sa thèse le travail entamé lors de son Master ; et après avoir observé les tensions et les dérapages, proposer des solutions pour mieux encadrer les pratiques existantes. « Aujourd’hui, insiste-t-il, alors même que la pratique est reconnue par l’Église, il n’y a ni cadre, ni documentation pour préciser comment faire : chaque paroisse, chaque centre agit à son gré. Il n’y a pas de pratique uniformisée, et il n’existe aucun document au niveau synodal pour réglementer ce qui existe. » Signe supplémentaire de cette difficulté de l’Église à édicter des règles : « au départ, la question était rattachée à l’Évangélisation ; après la mort de Daniel Ndoundou, elle s’est retrouvée rattachée au département de la Santé ; ensuite, elle a été confiée à un aumônier, avec comme effet direct de voir la « médecine révélée » rattachée à l’Aumônerie générale. Puis la question est revenue au département de la Santé. » En travaillant sur trois axes : observations, analyse des résultats et proposition d’un nouvel Agir, Arsène Nkounkou espère aider son Église à formaliser un enseignement et des lignes théologiques claires pour réguler les pratiques de la « médecine révélée ».




Adresse du protestantisme : Autonomie et handicap

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, les pasteurs Guillaume de Clermont et Christian Galtier, responsables de la direction générale de la Fondation John Bost, interpellent les candidats sur la question de l’attractivité des métiers des secteurs sanitaire et médicosocial.
 
 




Adresse du protestantisme : Laïcité et place des religions

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Jean-Daniel Roque, Président de la commission Droit et liberté religieuse de la FPF et le pasteur François Clavairoly, Président de la FPF et président de la CRCF (de 2015 à 2022) présentent leurs questions à propos de la laïcité et de la place des religions en France.

Retrouvez ci-dessous l’Adresse du protestantisme concernant la Laïcité et la place des religions ainsi que l’Adresse du protestantisme complète.