Passage de relais à la tête de la Cevaa

Après une année de « tuilage », le mandat du pasteur Célestin Kiki comme Secrétaire général de la Cevaa a officiellement pris fin le 31 août. La traditionnelle passation de pouvoir avec la pasteure Claudia Schulz a eu lieu le lundi 12 septembre.

Les membres du Secrétariat de la Cevaa ; à gauche de la photo, la nouvelle Secrétaire Générale, la pasteure Claudia Schulz (UEPAL) © Cevaa

Elle avait été officiellement choisie lors de l’Assemblée générale de la Cevaa d’octobre 2021 – une Assemblée encore marquée par les restrictions de circulation dues à la situation sanitaire, puisqu’elle s’était tenue en distanciel ; mais c’est seulement depuis ce mois de septembre 2022 que la pasteure Claudia Schulz, de l’UEPAL, est seule à la tête du Secrétariat de la Communauté d’Églises en mission. Entre octobre 2021 et septembre 2022, son prédécesseur, le pasteur Célestin Kiki (de l’EPMB) l’aura accompagnée au cours de pratiquement une année de « tuilage ». Son mandat ayant officiellement pris fin le 31 août, la traditionnelle passation de pouvoir avec la pasteure Claudia Schulz a eu lieu le lundi 12 septembre, dans une atmosphère décrite comme « sereine et amicale ».

La Cevaa, c’est un peu, par certains côtés, l’institution jumelle du Défap, puisque ces deux organisations issues de la Société des Missions Évangéliques de Paris (SMEP) sont nées en même temps, en 1971. Avec des objectifs similaires : entretenir des relations de partenariat entre Églises du Nord et du Sud, afin qu’elles puissent se soutenir les unes les autres dans leurs activités missionnaires. Mais la Cevaa est aussi beaucoup plus que cela : si le Défap est le service missionnaire de trois unions d’Églises protestantes françaises (l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref), la Cevaa est une Communauté rassemblant 35 Églises dans le monde. Principalement en Afrique et en Europe, mais aussi dans l’Océan Indien, dans le Pacifique et en Amérique latine. Et c’est au sein de la Cevaa que se développent la plus grande partie des relations établies par le Défap.

Une même passion pour la rencontre entre cultures

Issus de deux Églises très différentes de la Cevaa, l’une située en Alsace, l’autre au Bénin, la nouvelle Secrétaire générale et son prédécesseur partagent tous deux une passion de longue date pour la rencontre et les échanges entre cultures. La pasteure Claudia Schulz, désormais officiellement en fonction à la tête du Secrétariat de la Cevaa, à l’issue d’une année au cours de laquelle elle a eu l’occasion de se familiariser avec tous les enjeux de la Communauté, connaît bien les défis et les richesses des relations multiculturelles. Elle était précédemment en poste à la paroisse de Hautepierre, référente Mosaïc dans l’Eurométropole de Strasbourg. Elle est aussi en lien avec le Défap et a pu notamment participer, suite à des échanges avec Pierre Adama Faye, alors vice-président de l’ELS (Église luthérienne du Sénégal), à la mise en place d’un projet d’accompagnement d’activités génératrices de revenus pour les pasteurs dans ce pays.

Vous pouvez retrouver ci-dessous une interview de la pasteure Claudia Schulz dans l’émission « Les clochers du Rhin », au cours de laquelle elle évoque son parcours et les enjeux de la paroisse dont elle était pasteure avant de diriger le Secrétariat de la Cevaa : la paroisse Martin Bucer, dans le centre de Hautepierre, un quartier de Strasbourg difficile mais riche de sa diversité culturelle.
 

Elle est désormais le vis-à-vis du Conseil Exécutif auquel elle rendra compte de la bonne marche du Secrétariat. Également chargée des relations institutionnelles, de la communication interne et externe, ainsi que des questions de justice et des droits de l’homme, elle a pour responsabilité de développer et d’entretenir des réseaux de vigilance pour le respect des droits humains, contre toute forme d’oppression et de discrimination, et pour la sauvegarde de la création.

Quant à son prédécesseur, le pasteur Célestin Kiki, il quitte la Cevaa à l’issue de 13 années de service au cours desquelles les défis n’auront pas manqué. Défi financier, les ressources étant tendanciellement en baisse, et tentatives de rééquilibrage entre les participations des Églises du Nord et du Sud ; défis ecclésiaux, avec diverses crises au sein d’Églises membres, voire de scissions, qui ont vu la Cevaa intervenir pour maintenir le dialogue entre les diverses parties, et plusieurs fois réussir à pousser à des réunifications ; défi sanitaire enfin, puisque la pandémie de Covid-19 a sérieusement freiné les activités de cette Communauté au sein de laquelle les déplacements entre pays sont nécessaires, et même contraint à reporter d’un an l’Assemblée générale de 2020.

Vous pouvez retrouver ci-dessous une interview du pasteur Célestin Kiki réalisée à l’occasion de l’édition 2017 de Protestants en fête, au cours de laquelle il a eu notamment l’occasion d’évoquer le rôle et les fondements de la Cevaa, ainsi que les enjeux de l’interculturalité en compagnie de Philippe Kabongo M’Baya, pasteur retraité de l’EPUdF et Président du Christianisme Social.
 




Les nouveaux visages de la FPF

Le 1er juillet 2022 ont débuté les mandats des pasteurs Christian Krieger, à la présidence et Jean-Raymond Stauffacher, au secrétariat général de la Fédération protestante de France, dont le Défap est membre et avec laquelle il collabore étroitement. Dans deux vidéos mises en ligne juste avant la rentrée par la FPF, ils confient leurs parcours, leurs engagements et leurs visions pour la Fédération.

À gauche, Christian Krieger ; à droite, Jean-Raymond Stauffacher © FPF

Depuis 1905, la Fédération protestante de France assure le rôle d’instance représentative du protestantisme auprès des pouvoirs publics. Elle rassemble la plupart des Églises et des associations protestantes de France. La FPF, c’est une trentaine d’union d’Églises issues de toutes les sensibilités du protestantisme (réformée, luthérienne, évangélique, pentecôtiste, adventiste) ; c’est aussi plus de 80 associations, regroupant 500 Institutions, Œuvres et Mouvements. Le Défap en est membre, et il entretient aussi avec elle des relations régulières de partenariat : il a ainsi assuré pendant des années le rôle de « service des relations internationales » de la FPF, et à l’heure actuelle, il gère encore pour la Fédération diverses plateformes regroupant des acteurs protestants engagés dans les mêmes pays. C’est le cas, par exemple, de la Plateforme Haïti, ou de la Plateforme Congo.

Le 1er juillet dernier, la FPF a connu un important renouvellement de ses instances : nouveau président, Christian Krieger succédant à François Clavairoly ; Georges Michel a pour sa part cédé la place de secrétaire général à Jean-Raymond Stauffacher ; Thierry André, en charge du lien fédératif avec les pôles régionaux de la FPF, a également quitté ses fonctions, de même que Patrick Lagarde, qui occupait le rôle de trésorier.

Dans deux vidéos diffusées le 31 août, la Fédération a présenté son nouveau président et son nouveau secrétaire général. Tous deux sont revenus sur leurs parcours, leurs engagements et leurs visions pour la Fédération. Christian Krieger est issu de l’UEPAL (Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine), l’une des trois unions d’Églises qui constituent le Défap. Vice-président de l’UEPAL, il était également président de l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine (EPRAL, l’une des deux Églises associées au sein de l’UEPAL) depuis 2012, fonction qu’il conserve jusqu’au prochain Synode électif de l’EPRAL qui aura lieu le samedi 24 septembre à Strasbourg. Jean-Raymond Stauffacher est pour sa part issu de l’Unepref (l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France), autre union d’Églises membre du Défap, dont il assurait la présidence depuis une dizaine d’années avant d’être appelé au secrétariat général de la FPF.

Le président de la FPF : le pasteur Christian Krieger

 

Le secrétaire général de la FPF : le pasteur Jean-Raymond Stauffacher

 




Assemblée du Désert : commémorer la Saint-Barthélemy ?

Des milliers de protestants sont attendus au Musée du Désert à Mialet, le dimanche 4 septembre, pour la 80ème Assemblée du Désert. Avec cette année un thème difficile : faut-il commémorer la Saint-Barthélemy ?

Détail de l’affiche de l’Assemblée du Désert 2022 © DR

Le massacre de la Saint-Barthélemy fait partie de la mémoire collective des Français, consensuellement réprobatrice. Symbole d’un sommet de violences sanglantes contre des civils, au temps des guerres de religion entre catholiques et protestants, la Saint-Barthélemy désigne un événement qui bouleversa la minorité protestante, le 24 août 1572 : après Gaspard de Coligny, amiral de France, le premier visé, au moins 3000 protestants furent assassinés à Paris, en pleine paix, et à la suite, des milliers d’autres à Troyes, Orléans, Lyon, Rouen, Toulouse, Bordeaux … Ces tueries allaient relancer la révolte des huguenots. La paix provisoirement revenue, en 1573, défense fut faite à tous, au nom du roi, d’en rappeler la mémoire. Peine perdue.

Faut-il pour autant commémorer la Saint-Barthélemy après quatre-cent-cinquante ans ?

Commémorer n’est pas célébrer, s’auto-célébrer, mais travailler la mémoire et l’histoire. Cette histoire – avec sa charge passionnelle – intéresse toujours les historiens, même ceux du temps présent. Le massacre de la Saint-Barthélemy résonne encore.

Pour les protestants français, l’empathie avec les victimes du massacre s’en mêle et tant mieux si elle redouble l’intérêt pour cette histoire. C’est à l’histoire, à ses résonances aujourd’hui, voire à des leçons pour aujourd’hui, que s’attachera l’assemblée du Désert 2022.

Le culte à 10h30 sera présidé par le pasteur Christian Baccuet, de l’Église protestante unie (Paris, Pentemont-Luxembourg). L’après-midi, on entendra les allocutions historiques des professeurs Olivier Millet (Sorbonne Université), et de Olivier Abel (Faculté de théologie de Montpellier). Le message final sera donné par Ingrid Prat, pasteure de l’Église protestante unie (Gardon et Vidourle).

Renseignements Pratiques

  • Date : Dimanche 4 Septembre 2022
  • Lieu : Musée du Désert. Le Mas Soubeyran, 30140 MIALET
  • Un programme précisant le déroulement de la journée, l’ordre du culte, les cantiques, les intervenants, etc. , est disponible sur place le jour de l’Assemblée.
  • Culte à 10 h 30. Il est conseillé d’arriver avant 10 h.
  • Fête commémorative à 14 h 30. Dispersion vers 16 h 30.
  • Animation pour les enfants (matin et après-midi) organisée par la Ligue pour la Lecture de la Bible.
  • Les enregistrements du culte et des allocutions de l’après-midi sont réalisés par Radio-Evangile. Vous pouvez commander les CD (audio et MP3) au stand situé sous la chaire ou par correspondance (BP1 26100 Romans Cedex – contact@tresorsmedia.com – 04 75 02 10 10).
  • Les textes de la prédication et des allocutions sont disponibles au Musée une dizaine de jours après l’Assemblée. On peut aussi les consulter dans la rubrique Assemblée de ce site web.



Méditation : la rencontre au défi des préjugés

Cette prédication a été prononcée le dimanche 28 août à la paroisse de l’Église Protestante Unie d’Ermont-Taverny par le pasteur Freeman Lawson, de l’EEPT (Église Évangélique Presbytérienne du Togo), membre de la Cevaa. Il accompagnait un groupe de jeunes Togolais dans le cadre d’un échange avec la paroisse d’Enghien. Une prédication dont la thématique rejoint largement celle du Grand Kiff « La terre en partage » !

Rencontre entre le groupe des jeunes Togolais et leur pasteur avec l’équipe du Défap – DR

Texte : Jn 1, 43-51 ; Mc 7, 24 – 30

Bien aimés frères et sœurs dans la foi en Christ,

Grande est la joie qui nous anime de partager ce pain de vie de ce dernier dimanche du mois d’août avec vous dans cette paroisse d’Ermont qui nous accueille par le biais travers de notre programme d’échange jeunesse qui a commencé depuis bien des années.

Nous sommes très reconnaissants au Seigneur pour tout ce qu’il fait. Les différents moments de rencontres qu’il nous accordent sont souvent des moments de « DEFI ». Oui la rencontre est un défi ? la rencontre interpelle et bouscule. La rencontre fait naître de l’anxiété et nous pousse vers d’autres horizons. De cette rencontre voulue par Jésus vont naître des interprétations, des préjugés, des clichés.

« De Nazareth, lui dit Nathanaël, peut–il sortir quelque chose de bon ? » (Jn 1, 46a). Cette question posée par Nathanaël à Philippe au sujet des origines de Jésus, et qui insinue que Nazareth ne peut offrir rien de bon, nous introduit dans le problème de l’ethnocentrisme sous lequel le monde gît depuis les temps immémoriaux.

Et comme nous le savons, l’ethnocentrisme est cette « tendance à privilégier le groupe social auquel on appartient et en faire le seul modèle de référence ».

❝ Jésus dans sa mission prône un nouveau départ

Bien aimés,

Cette tendance ne va pas sans engendrer des conflits dans les relations humaines. Elle fut également d’actualité au temps de Jésus.
L’évangile de Marc (Mc 7, 24 – 30) par exemple, nous présente une scène où deux représentants de deux ethnies s’affrontent : Jésus et une Syro-phénicienne. Le premier est juif et la seconde non-juive. Lorsque celle-ci demanda à Jésus de chasser un démon hors de sa fille, Jésus lui répondit : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car ce n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour jeter aux petits chiens. » Quel est le sens de cette réponse donnée par Jésus à la syro-phénicienne ? La réponse de Jésus cacherait-elle un mépris pour les origines de la femme, jusqu’à ce que celle-ci et le groupe ethnique auquel elle appartient soit qualifiés de « petits chiens » ? Quelle était en fait la réponse de Jésus face à de nombreux cas de stigmatisation en son temps ? L’Évangile que l’Église est appelée à prêcher n’est-il pas celui de l’Unité ? La bonne nouvelle de Jésus-Christ tiendrait-elle compte des appartenances ethniques ? Jésus avait-il pour mission de prôner l’exclusion ethnique ? Sa réponse à la Syro-phénicienne doit-elle être interprétée comme une exclusion dans le plan de salut du monde ?

Non, voilà pourquoi, nous tenons à dire merci aux différents partenaires qui croient encore que nous avons la terre en partage et que nous devons tous y travailler. Cette terre que nous avons en partage nous amène à ces échanges interculturels.

Jetons un regard sur les différents personnages différents du point de vue ethnique et du cadre. Nathanaël, un nom hébreu. Selon la tradition élohiste il signifie : Nathan (don) et El (Dieu) “don de Dieu“ ; et selon la tradition Jehoviste, il correspond au “don de l’Éternel“ qui serait aussi Matthias. Originaire de Cana (selon Jean 21, 2), Nathanaël tient en piètre estime la bourgade voisine de Nazareth. Il méprisa le « galil » (territoire des païens) auquel pourtant le prophète promet la gloire. Persuadé, comme ses contemporains que « le Christ ne peut venir de Galilée », il n’en attend « rien de bon ».

Philippe par contre est un nom grec qui signifie (amateur de chevaux). Ce nom était très répandu dans toute l’antiquité. Philippe témoigne sur Jésus avec un exposé documenté très pesant et dont les mots portent. Et la réponse « étourdie » de Nathanaël provoque la réplique calme et positive d’un esprit qui s’attache aux faits : « Viens et vois ».

Nazareth, étymologiquement veut dire “nécer“ : bourgeon (parce qu’un bourgeon sommeille pendant l’hiver et s’éveille de bonne heure au printemps).

L’étude comparative des textes de Marc et de Jean nous montre que Jésus dans sa mission prône un nouveau départ. Ce sont surtout pour les laissés pour compte de la société juive que Jésus va s’adresser en particulier, non seulement il se tourne vers les mal-portants, mais aussi vers les défavorisés, les reprouvés bref tous ceux qui n’ont pas véritablement de place dans le système social et religieux érigé en bonne et due forme par la société juive. Jésus aurait même partagé son pain avec toutes sortes de reprouvés et pourtant, un bon Juif ne devait pas se promener avec des gentils, des incirconcis ou encore des prostituées. Mais Jésus bien qu’étant Juif l’a fait. Il va vers les marginaux, des gens de moindre importance. Jésus a fait tomber les barrières qui les séparaient. Il a brisé tous ces obstacles.

❝ Développer une théologie de la libération contre toutes les formes de discrimination et de frustration

Bien aimés dans le Seigneur, la division, la haine et les conflits d’origine ou de provenance ne doivent plus avoir place dans le témoignage de l’Église aujourd’hui. Face à ce défi, que l’Église ne se laisse pas distraire ; qu’elle ne fléchisse pas. De façon concrète, l’Église doit développer une théologie de la libération contre toutes les formes de discrimination et de frustration. Les membres de l’Église, de la tête à la base doivent avoir un même langage avec Saint Thomas D’Aquin en ces termes : « autrui, loin de me léser, m’enrichit ». Ce n’est que dans cette vision que l’Église peut prétendre poser des actes prophétiques lui permettant de pointer du doigt la réalité du problème de l’ethnocentrisme en son sein et de s’auto examiner. Dans cette optique, nous sommes quotidiennement interpellés afin d’orienter nos actions pour une réelle redynamisation qui nous promeut davantage à une meilleure qualité de vie. Détruisons les murs inutiles de séparations pour l’annonce d’un Évangile inclusif à la lumière de Jésus-Christ. Allons à la rencontre de tous sans distinction et peu importe la distance qui nous sépare. Peu importe le vocable sous lequel on nomme le Très haut : El (Hébreux), Theos (Grecs), God (Anglais), Allah (Arabes), Gott (Allemand), Deus (Latin), Odumunga (Akan), Yendu (Mossi), Esso(Kabyè), Odayè (Ifê), Sangbadi (Nawda), Olorun (Gun), Orokwe (Akébou), Naboda (Anyanga), Oklouno (Fon), Owulowu( Akposso), Mawu (Eve), ou Atakokorabi (Guin-Mina), nous sommes tous des enfants d’un même et unique Dieu, Père de l’humanité de toute cette terre, nous l’avons en partage. Laissons alors les différents clichés et allons avec foi à la rencontre de l’autre qui n’a pas choisi d’être né là où il est.

Que Dieu nous vienne en aide !

Soli deo Gloria !!!

Amen !!!!




« Écoutez la voix de la création » : les chrétiens unis pour notre maison commune

Du 1er septembre au 4 octobre a lieu l’édition 2022 du « Temps pour la Création » : une manifestation internationale regroupant de nombreux chrétiens militant en faveur de la sauvegarde de la planète. Elle sera introduite le 1er septembre par une journée internationale de prière pour la sauvegarde de la Création. Cette célébration annuelle permet d’écouter et de répondre ensemble au cri de la Création : la famille œcuménique du monde entier s’unit pour prier et protéger notre maison commune, l’Oikos de Dieu.

Bannière de l’édition 2022 du «Temps pour la Création»

Canicules à répétition, incendies partout en France, et jusqu’en Bretagne : l’été a été torride dans l’Hexagone. Météo-France a annoncé que le mois de juillet 2022 était le deuxième mois le plus sec enregistré depuis le début des mesures, en 1958-1959 : au cours de ce mois, seulement 9,7 millimètres de précipitations cumulés ont été comptés dans le pays. Et si rien n’est fait pour inverser la tendance, c’est bien ce à quoi nos futurs étés devraient de plus en plus ressembler… Ce dont témoignent les projections climatiques à l’horizon 2100 établies par Météo-France :
 

La France n’est certes pas une exception ; et au niveau international, d’autres organismes pointent déjà l’accélération du réchauffement global des températures. C’est le cas de la Nasa, qui a établi cette animation compilant les données disponibles depuis l’ère pré-industrielle jusqu’à l’année 2021 :
 

Aujourd’hui, l’impact de l’humanité sur l’ensemble des écosystèmes de notre planète, et sur le climat lui-même, pousse de nombreux chrétiens à s’interroger : cette création n’est-elle pas désormais menacée ? L’être humain, chargé par Dieu dans le chapitre 2 de la Genèse de «garder» le Jardin d’Éden, n’a-t-il pas failli à sa mission ? Précisément, la fin des congés d’été annonce l’entrée dans une période de l’année qui marque, depuis 15 ans, une manifestation chrétienne internationale en faveur du climat : le «Temps pour la Création». Elle est traditionnellement organisée entre début septembre et début octobre – plus précisément entre le 1er septembre (début de l’année liturgique orthodoxe) et le 4 octobre (Saint François d’Assise, le saint patron des animaux et de l’environnement dans la tradition catholique), en passant par la fête des récoltes (parfois célébrée en milieu protestant)… Ce rendez-vous a été initié en Europe en 2007 ; en 2019, il a reçu un nouveau nom, celui de «Saison de la Création». Une appellation choisie de manière œcuménique au niveau international parmi l’ensemble des institutions chrétiennes. En France, de nombreux partenaires chrétiens, dont en particulier le Conseil d’Églises chrétiennes en France (CECEF) et la Commission Écologie – Justice climatique de la Fédération Protestante de France, ont choisi de se joindre à cette dynamique mondiale.

« Écoutez la voix de la création »

Cette année, l’édition 2022 du « Temps pour la Création » est organisée sous le thème : « Écoutez la voix de la création ». « Au cours de la pandémie de COVID-19« , soulignent les organisateurs, « beaucoup se sont familiarisés avec le concept de sourdine dans les conversations. De nombreuses voix sont muettes dans le discours public sur le changement climatique et l’éthique du maintien de la Terre. Il s’agit des voix de ceux qui souffrent des impacts du changement climatique. Ce sont les voix des personnes qui détiennent une sagesse générationnelle sur la façon de vivre avec gratitude dans les limites de la terre. Ce sont les voix d’une diversité décroissante d’espèces plus qu’humaines. C’est la voix de la Terre. Le thème du Temps pour la Création 2022 sensibilise à notre besoin d’écouter la voix de la création (…) Pendant le Temps pour la Création, notre prière et notre action communes peuvent nous aider à écouter les voix de ceux qui sont réduits au silence. Dans la prière, nous nous lamentons sur les individus, les communautés, les espèces et les écosystèmes qui ont disparu, et sur ceux dont les moyens de subsistance sont menacés par la perte d’habitat et le changement climatique. Dans la prière, nous mettons au centre le cri de la Terre et le cri des pauvres.

Écouter la voix de la création offre aux membres de la famille chrétienne un riche point d’entrée pour le dialogue et la pratique interconfessionnels et interdisciplinaires. En écoutant la voix de toute la création, les humains de toutes les cultures et de tous les secteurs de la vie peuvent se joindre à notre vocation de prendre soin de notre maison commune (oikos). Que ce Temps pour la Création 2022 renouvelle notre unité œcuménique ! Et que ce temps de prière et d’action soit l’occasion d’écouter la voix de la création, afin que nos vies, en paroles et en actes, proclament la bonne nouvelle pour toute la Terre ! »
 

Pendant cette période, les individus et les communautés sont invités à participer par la prière, des projets durables et du plaidoyer :

  • Prière : organisez un moment de prière œcuménique, qui unit les chrétiens pour prendre soin de notre maison commune, voyagez ensemble dans la Création ou dans des lieux touchés par le changement climatique et la perte de biodiversité, prévoyez des moments liturgiques pour écouter le Livre du Seigneur et le Livre de la Création.
  • Durabilité : organisez un événement de sensibilisation du public, pour informer un plus grand nombre de personnes de la bonne nouvelle que chacun d’entre nous peut apporter sa contribution.
  • Plaidoyer : faites entendre votre voix pour la justice climatique en participant ou en rejoignant une campagne en cours, comme le mouvement de désinvestissement des combustibles fossiles.

L’engagement chrétien en faveur de la sauvegarde de la Création regroupe aujourd’hui des initiatives de plus en plus nombreuses. Au Défap aussi, la préoccupation de la sauvegarde de l’environnement fait partie intégrante de son programme de travail, et se retrouve à travers un certain nombre de projets : c’est le cas du soutien apporté à l’association Abel Granier, qui intervient en Tunisie sur les problématiques de désertification. C’est le cas du partenariat établi avec l’ALCESDAM, Association pour la Lutte Contre l’Érosion, la Sécheresse et la Désertification au Maroc, qui depuis trente ans intervient dans les zones de palmeraies de la province de Tata. Le Défap a aussi régulièrement des envoyés au sein du projet Beer Shéba à Fatick, au Sénégal, centré sur l’agro-foresterie durable ; il est l’un des membres fondateurs du Secaar… Cette préoccupation globale trouve par ailleurs des traductions locales dans les rencontres régionales sur la mission.




Entretenir le lien par-delà les frontières

La session de formation 2022 des envoyés du Défap a débuté ce lundi 4 juillet. À cette occasion, nous faisons le point sur un aspect crucial : les nouvelles et les relations entretenues tout au long de leur mission. Ce qui permet à la fois d’assurer leur suivi par le Défap, et d’inscrire leur engagement individuel dans une histoire collective.
Vue de la session 2022 de la formation des envoyés du Défap © Défap

Ils sont onze, cette année, à participer à la session 2022 de formation des envoyés. C’est pour eux l’aboutissement d’un parcours déjà long, depuis les premiers entretiens. Dans quelques semaines, quelques mois, ils seront à pied d’oeuvre sur le lieu de leur mission. Tout commencera alors véritablement pour eux. Depuis la France, ils seront accompagnés par le Défap, qui pourra les aider notamment sur le plan administratif. Il y aura des visites des permanents du Défap chargés des envoyés, mais elles seront ponctuelles ; il est donc crucial pour eux de donner de leurs nouvelles.

Ouverture de la session 2021 de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Pourquoi communiquer ?

  • Assurer le suivi

Donner des nouvelles, c’est important pour les envoyés, et c’est important pour le Défap. Cela fait pleinement partie de leur mission, ce n’est nullement accessoire. Partir comme envoyé, même pour quelques mois, cela suppose plein d’impondérables, des choses que l’on ne peut pas toujours anticiper ; ou alors, des choses que les permanents du Défap peuvent prévoir, parce qu’ils en ont l’expérience, mais qui peuvent sur le moment surprendre les envoyés arrivant sur le lieu de leur mission ou les déstabiliser. Ils auront besoin de pouvoir échanger régulièrement avec les permanents du Défap sur leur mission, leur pays d’accueil, leur adaptation personnelle ; et il faudra pouvoir parler des problèmes qui se poseront au bon moment, avant qu’ils ne grossissent ou ne débouchent sur d’autres problèmes.

  • Communiquer en interne

Les nouvelles fournies par les envoyés servent aussi, à titre interne, pour donner des informations aux instances du Défap. Ce qui ne leur est pas directement utile et ne concerne pas directement le suivi de leur mission, mais pourra faire évoluer les pratiques ou les choix du Défap pour les années suivantes, en fonction du contexte que les envoyés décriront, des relations qu’ils noueront sur place… Il est important de penser à ceux qui viendront après eux, et qui prendront peut-être directement le relais de leur mission.

  • Communiquer en externe

Au-delà, ces nouvelles aident le Défap à construire sa communication externe. Il s’agit bien de « construire », car c’est un travail qui se fait en commun, entre les personnes chargées de leur suivi et celles chargées spécifiquement de la communication. Cet aspect de communication externe n’est pas quelque chose qui est propre au Défap : beaucoup des organismes qui proposent des missions de volontariat utilisent des témoignages pour leur communication. Parce que ça donne de la vie, des visages aux missions ; parce que c’est une communication plus naturelle et plus efficace que la communication strictement institutionnelle.


Envoyés du Défap partis en 2015

Vers qui communiquer ?

Dans le cadre d’une communication classique d’ONG ou d’organisme gouvernemental, la cible est large : il s’agit du grand public, dans la tranche d’âge concernée par le volontariat. Il s’agit de motiver l’engagement des potentiels volontaires. La caractéristique du Défap, c’est qu’il s’agit d’un service d’Églises. Les envois de volontaires et les missions s’effectuent donc dans un cadre légal laïc, mais dans un milieu d’Églises. Il s’agira de missions liées à l’enseignement, à la santé ou au développement, qui s’exercent au sein de projets mis en place par des Églises ; sachant que dans nombre de pays au sein desquels les envoyés seront amenés à travailler, les Églises ont un rôle social incontournable.

  • Un cadre légal laïc, un milieu d’Églises

La communication est donc destinée prioritairement à ce milieu d’Églises ; et en premier lieu les Églises de France dont le Défap est le service missionnaire, pour lesquelles les envois de volontaires sont une des formes privilégiées, parmi les plus visibles, des relations avec les Églises d’autres pays. Il peut y avoir une forme d’allers-retours, et les articles du site du Défap peuvent être utilisés, une fois publiés, par les Églises qui les accueillent pour assurer leur propre communication.

Dans ce cadre, celui d’échanges entre Églises, il est important de garder à l’esprit que l’envoi lui-même est déjà une forme de communication. Pour l’Église qui les accueillera, ils porteront un peu de l’image du Défap ; et c’est parce que des relations entre des communautés humaines différentes, qui sont des Églises situées dans différents pays, ont été nouées et entretenues au fil des années, que les envoyés peuvent être accueillis et bénéficier du soutien de l’Église d’accueil. La communication autour des envoyés a notamment pour but de donner des nouvelles de ces relations entre communautés par-delà les frontières : elle les inscrit dans une histoire, dont ils sont bénéficiaires.

Cette partie communication a toujours représenté un aspect important de la mission (ce terme que l’on retrouve aujourd’hui encore dans le nom du Service protestant de mission). L’ancêtre du Défap, la SMEP, avait d’ailleurs une importante activité éditoriale et publiait notamment un « Journal des Missions ».

  • Valoriser l’expérience du volontariat

Enfin, ces témoignages peuvent aussi servir pour la suite de la vie des envoyés. La plupart d’entre eux n’envisagent probablement pas de faire toute leur vie et leur carrière à l’étranger ; au moment où ils rentreront en France, se posera la question de valoriser leur expérience de volontaire. Pour cela, les témoignages diffusés par le Défap peuvent aider un futur employeur à mieux comprendre ce qu’ils auront fait dans le cadre de leur mission, les compétences dont ils auront fait preuve ou qu’ils auront su développer ; et de tels témoignages peuvent surtout illustrer leur capacité d’adaptation, leur capacité à évoluer dans des contextes différents.




Partir avec le Défap : une aventure mesurée

À l’occasion du lancement de la session 2022 de formation des envoyés du Défap, retour sur le contexte dans lequel se placent leurs missions à travers cet article de Laura Casorio, responsable du service Relations et solidarités internationales, publié ce mois-ci dans la Presse Régionale Protestante.

L’un des lieux d’intervention du Service Fraternel d’Entraide © SFE

Partir en mission avec le Défap-Service protestant de mission est une aventure qui prend des configurations diverses au fur et à mesure que la mission prend forme. Par définition, l’aventure est un aller vers quelque chose (ou quelqu’un) que l’on ne maîtrise pas, et c’est exactement pour cette raison qu’il faut se préparer pour pouvoir mesurer les risques, mais aussi pour profiter au maximum des rencontres et des lieux. Partir avec le Défap, c’est s’inscrire dans un cadre posé, évalué régulièrement, sans pour autant en avoir la responsabilité de la maîtrise générale.

Mission personnelle…

Pendant les entretiens de recrutement ainsi que pendant les temps de formation au départ, les mots « aventure, découverte, rencontre, se découvrir, se mettre à l’épreuve… » reviennent assez souvent. C’est à partir de ça que la mission prend forme. Partir avec le Défap implique de partir pour une mission donnée, répondre aux attentes des structures qui accueillent et encadrent la mission, s’engager à la première personne au service d’un projet collectif, se préparer à reconnaître les enjeux du pays, les fonctionnements comme les dysfonctionnements…

… et projet collectif

L’histoire du Défap est faite d’hommes et de femmes qui sont partis pour des missions auprès d’autres, qui ont appris à se connaître, à dépasser les étonnements, les chocs, à bouger les limites, pour que la rencontre et la mission se passent au mieux, et pour que quelqu’un puisse prendre le relais ensuite. La mission terminée, le projet se poursuit avec d’autres, dans un temps long : relations entre Églises, riches des relations tissées par celles et ceux qui franchissent les différentes étapes du chemin et qui modifient d’autant le parcours de chacun.

Laura Casorio
Responsable du service Relations et solidarités internationales au Défap




Méditation du jeudi : La loi, toute la loi

Méditation du jeudi 30 juin 2022. L’important dans la loi, dans toute loi, ce n’est pas à quoi elle nous oblige : c’est à qui elle renvoie. Celui sur qui se fonde toute confiance, celui à qui nous sommes liés par une relation de confiance. C’est cela qui nous permet d’aller chercher, dans des mots de papier, dans une loi devenue morte, le souffle d’une parole vivante.

Artiste Clet Abraham – photo PRG

Nous avons été libérés pour vivre la liberté. Alors il ne faut pas flancher, il ne faut pas se remettre sous le joug de l’esclavage. Moi, Paul, voilà ce que je vous dis : si vous vous soumettez à la loi qui vous dit de vous faire circoncire, alors le Christ ne vous sert plus à rien. Et je dirais même plus : si vous décidez de suivre la loi et de vous faire circoncire, alors il faut suivre TOUTE la loi, dans ses moindres détails. Si vous cherchez votre sécurité dans la loi, alors vous n’avez déjà plus rien à voir avec le Christ. Vous êtes séparés de la grâce, cette sécurité qui vient de Dieu.

Mais nous – nous, nous attendons notre justice et notre sécurité directement de Dieu, dans le lien de foi qui nous unit à lui et qu’on appelle aussi l’Esprit. Voyez-vous, Dieu nous a fait un cadeau, il nous a donné Jésus-Christ, et ce cadeau crée entre Dieu et nous un lien de confiance, un lien d’amour. Ce n’est pas d’être circoncis ou pas qui crée ce lien d’amour. C’est le Christ.

Vous étiez en pleine course, tout allait bien, et voilà que quelqu’un vous a arrêtés et maintenant vous voilà incapables de reconnaître la vérité et de lui obéir ! Mais celui qui vous a arrêtés, ce n’est pas Dieu, ce n’est pas comme ça que Dieu vous appelle. Comme on dit, « un peu de levain fait lever toute la pâte ». Moi, j’ai confiance en vous, et dans le lien de confiance qui vous relie au Seigneur : je suis sûr que rien ne pourra vous détourner de lui. Mais celui qui s’amuse à mettre la zizanie, celui-là ne l’emportera pas au paradis.

Moi, frères, si on me persécute, c’est pour autre chose que parce que je prêche la circoncision : ça, ça ne choquerait personne. Non, ce que je prêche est vraiment scandaleux : la croix, c’est vraiment choquant. Ceux qui parlent de la circoncision ne prennent pas grand risque, mais s’ils sont sérieux, alors qu’ils aillent jusqu’au bout : qu’ils ne se contentent pas de couper un petit bout, qu’ils aillent jusqu’à s’émasculer complètement !

Mes frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais si vous utilisez le prétexte de la liberté pour faire ce qui vous chante, vous n’avez rien compris. Ce dont il s’agit, c’est d’être libres de choisir l’amour ; et si vous vous aimez les uns les autres, alors vous vous ferez dépendants les uns des autres, volontairement.

Toute la loi est contenue dans cette simple parole : Tu aimeras ton prochain, comme tu t’aimes toi-même. Par contre, si entre vous, vous vous donnez des coups de dents, si vous vous entredévorez, alors vous risquez fort de vous détruire les uns et les autres, et qu’il ne reste plus rien.
(Ga 5,1-15, trad. PRG)

Un jour, dans un rassemblement œcuménique, une jeune femme est venue me voir. Elle m’a tendu sa bible sans dire un mot et m’a désigné un passage. Première épître aux Corinthiens, chapitre 14 (v. 33b-35) : « Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Comme dans toutes les Églises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler ; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison ; car il est malséant à une femme de parler dans l’Église. » Et la jeune femme m’a dit : « Alors, comment vous pouvez oser dire que vous êtes pasteure ? »

Pour nous femmes pasteures, il n’est pas rare d’entendre cela ; mais même sans être une femme pasteure, on s’entend souvent dire : « Tu vois bien, c’est dans la Bible ». Oui, je vois… et en même temps, je ne vois rien du tout. Je crois bien que Paul était un peu dans cette situation face aux Galates qui lui disaient : « Tu vois bien, c’est dans la loi, cette histoire de circoncision, il faut bien s’y plier vu que c’est dans les textes ! ». Quelqu’un était arrivé chez les Galates et avait commencé à leur dire : oui, Jésus-Christ, c’est bien joli, le lien avec Dieu, c’est bien joli, l’Esprit, la grâce, tout ça, c’est bien joli, mais quand même, et la loi dans tout ça ? Et Paul, ça le rend dingue… il n’arrête pas de parler de grâce, d’amour, d’Esprit, d’être sauvé par Dieu par pur cadeau, et il y a toujours quelqu’un pour lui dire : oui, oui, c’est bien mignon tout ça, mais quand même… la loi ! Et il a l’impression qu’on a oublié l’essentiel pour se concentrer sur un détail. C’est ce qu’il dit aux Galates : la circoncision, c’est un détail. N’oubliez pas l’essentiel.

Alors aujourd’hui, je vous voudrais à mon tour vous raconter une histoire. Après tout, Jésus et Paul, eux aussi, aimaient bien raconter des histoires.

Donc, c’est l’histoire d’un jeune homme qui voulait passer son permis. Tous les soirs, après le lycée, il allait à l’auto-école, pour apprendre le code de la route. Il trouvait ça difficile, mais il continuait, parce qu’avoir une voiture était son plus grand rêve. Il se disait qu’avec une voiture, il pourrait tout faire, tout devenir, tout être… et qu’il aurait enfin la liberté dont il avait toujours rêvé. La voiture, c’était la liberté. Sauf qu’il avait le plus grand mal à apprendre le code de la route. Un soir plus difficile que les autres, il est allé trouver son grand-père.

– (Le grand-père) Prends le code, et ouvre-le n’importe où. Maintenant, dis-moi quel panneau tu vois.
– (Le jeune homme) Un stop.
– Alors, qu’est-ce que ça veut dire ?
– Qu’il faut s’arrêter.
– Et ça veut dire quoi, qu’il faut s’arrêter ?
– Et bien, qu’il faut ralentir, rétrograder, freiner, et s’arrêter.
– Sinon, il se passe quoi ?
– Sinon, on risque d’avoir un accident, ou de se faire arrêter.
– Donc si tu ne respectes pas ce que dit le panneau, tu risques gros ?
– Pas forcément, si ça se trouve il n’y a personne au carrefour, alors ça ne gênera personne si on ne respecte pas le stop.
– Alors pourquoi tu le respectes ?
– Parce que ça dit qu’il faut le faire. Au cas où il y ait quelqu’un.
– Alors s’il y a un stop, c’est parce qu’il y a d’autres gens que toi sur la route ?
– Oui.
– Bon. Maintenant, ferme le livre, et ouvre-le à nouveau. Qu’est-ce que tu vois ?
– Un panneau « 50 ».
– Ça veut dire quoi ?
– Qu’on n’a pas le droit d’aller plus vite que 50 km à l’heure.
– Pourquoi ?
– Je ne sais pas. C’est le panneau qui le dit.
– Ça veut dire que tu ne vas pas vérifier si le panneau a raison ou non, tu vas juste faire ce qu’il dit ?
– Oui… enfin si c’est le milieu de la nuit, que je vois très loin et qu’il n’y a personne, je peux peut-être aller un peu plus vite… ceci dit, il risque d’y avoir un radar…
– Alors tu fais confiance au panneau de toute façon, que tu saches ou non s’il a raison ?
– Oui, parce qu’il me dit que quelqu’un pourrait être en danger si je ne le respecte pas.
– Donc tu vas le respecter ?
– Probablement.
– Bon, maintenant ferme le livre, et dis-moi ce que tu dois faire.
– Comment ça ?
– Et bien, quel panneau tu dois respecter ?
– Comment ça, quel panneau ? Il n’y a plus de panneau si je ferme le livre.
– Mais tu as bien vu qu’il y en avait au moins deux. Un stop, et une limitation de vitesse à 50. Alors, lequel tu choisis de respecter ?
– C’est idiot, ta question, grand-père…
– Peut-être, mais réponds quand même.
– OK. Alors si je veux respecter les deux, du coup je ne vais pas prendre de risque, et je vais m’arrêter. Comme ça je respecte forcément aussi le 50.
– Donc, tu t’arrêtes.
– Oui.
– Tu coupes le moteur et tu restes là ?
– Oui.
– Alors, à quoi ça sert de passer ton permis ?

Et le jeune homme en est resté comme deux ronds de flan. Comme vous, j’espère. Comme nous tous. Quand on referme la Bible, on respecte quelle loi ? Si on ne veut pas prendre de risque, on s’arrête et on coupe le moteur. On s’arrête de vivre. On devient mort. C’est ça que veut dire Paul, quand il dit « Vous étiez en pleine course, et vous vous êtes arrêtés ». Ailleurs, dans l’épître aux Romains, il le dit un peu autrement : il dit « Le péché a capturé la loi ». C’est que le péché nous a fait fermer le livre qui contient la loi de Dieu, avec pour seule consigne : maintenant, on fait le mort.

Est-ce que c’est cela que Dieu a voulu en nous donnant sa loi ? Non.

Est-ce que c’est cela qu’ont prévu les législateurs en mettant en place toute une série de panneaux indicateurs ? Non.

Ce qu’ils avaient prévu, c’est que ces lois nous aident à circuler, à aller voir ailleurs, à visiter, à rencontrer, à découvrir, sans être des dangers publics et sans que les autres soient des dangers publics pour nous. De même, ce que Dieu avait prévu, c’est que sa loi aide les humains à vivre, en se respectant soi et en respectant les autres, sans se mettre en danger et sans mettre en danger les autres.

Sauf que nous, on s’amuse à fermer le livre et à se poser des questions sur quelle loi il faut suivre, pour finir par n’en suivre aucune en pensant les respecter toutes, pour ne pas prendre de risque.

Si vous vous décidez à lire tout ce que contient la Bible puis à fermer le livre et à décider de suivre toutes les lois à la fois, vous passez à côté de ce que la Bible est réellement : un don de Dieu pour la vie. Vous en ferez, à la place, un don de mort. Par contre, vous pouvez la lire comme un code destiné à ouvrir de nouvelles routes, de nouveaux espaces, des paysages insoupçonnés. Et là, vous vivrez. Parce que vous entendrez qu’il ne s’agit pas de lire des lois mortes, mais d’entendre une voix vivante. Alors, vous accueillerez la vie que Dieu vous donne.

Je reviens à ce passage de l’épître aux Corinthiens, que me montrait cette jeune femme. Si vous lisez le texte attentivement, vous vous rendrez compte que Paul ne donne pas un ordre bête et méchant, qui consiste à éteindre le moteur et à s’arrêter de vivre. Dans un monde où les femmes n’avaient pas leur place à la synagogue, il dit que les femmes sont au milieu de l’assemblée. Dans un monde où les femmes n’étaient pas censées avoir de l’intelligence, parce qu’elles n’étaient que la possession de leur père puis de leur mari, Paul dit que les femmes réfléchissent, et qu’elles veulent comprendre et poser des questions.

Il est malséant à une femme de parler dans l’église… C’est vrai, c’est dans la Bible. Inutile de faire semblant de ne pas le voir. Mais une fois refermé le livre, réfléchissons.

Dans tout ce chapitre, Paul donne des instructions à l’Église de Corinthe, une Église particulièrement agitée et infiniment fière des dons de prophétie qu’elle manifeste. C’est à des gens imbus d’eux-mêmes qu’il s’adresse, en leur disant : ce qui compte, ce n’est pas la prouesse spirituelle, ce n’est pas de parler en langues, ce n’est pas d’avoir le don d’une louange extraordinaire. Ce qui compte, c’est que tous, vous puissiez comprendre le sens que ça a. Et il faut à tout prix protéger le sens. Quitte à brider les manifestations glorieuses dont vous êtes si fiers. L’important, c’est que quand quelqu’un prophétise, tous se taisent pour comprendre le sens de la prophétie. C’est que chacun puisse se retirer ensuite, en gardant comme un trésor le sens profond de ce qui s’est passé. Ou pour le dire autrement : qu’une fois le livre refermé, ce que vous avez entendu vous fasse vivre. Vivez du sens offert ! Tout le reste est secondaire. Voilà ce qu’il faut lire, si on ne veut pas trahir la pensée de Paul. Ce qui fait vivre doit être protégé à tout prix, tout le reste est secondaire.

Alors, on ne sait jamais, si vous croyez que le fait d’entendre l’Évangile de la part d’une femme vous empêche de comprendre cet Évangile, soyez gentils, poussez-nous dehors gentiment. De même, si vous croyez que d’entendre l’Évangile aux côtés de quelqu’un de mauvaise vie vous empêche de vivre de cet Évangile, alors poussez-les dehors. Et puis, si vous êtes persuadés que l’Église serait plus pure et plus fidèle si elle exigeait de chacun de ses membres une moralité impeccable, alors… alors je crains fort que vous ne soyez, cette fois, contraints à partir, parce qu’il ne resterait plus personne.

Refermons le livre. Et réfléchissons. Qu’est-ce qui est important ? À quoi sert la Bible ? À être une collection de lois impossibles à comprendre, qui nous obligeraient, pour les respecter, pour ne pas prendre de risque, à nous arrêter de vivre ? Ou à nous donner la trace, infime et pourtant profondément vivante, de la voix de Dieu, comme en écho dans des mots bien humains ? Une voix qui nous appelle à vivre, parce que rien n’importe plus à Dieu que de nous voir vivants…

Je vous invite aussi à repenser à cet épisode de l’évangile selon Luc, où Jésus, avec une infinie douceur, fait comprendre à Marthe, toute accaparée par ses devoirs de femme de maison, que ce qui importe surtout, c’est d’entendre ses paroles. Ce qui importe n’est pas d’être assis quelque part plutôt qu’autre part, ce qui importe est de se mettre à l’écoute. Et au fond, Paul ne dit pas autre chose. Chacun, chacune, se met à l’écoute comme il peut, comme elle peut. En se pliant aux conventions peut-être, mais surtout, en ne perdant jamais de vue que ce qui importe plus que tout, c’est d’avoir accès au sens profond de ce qui est dit, au sens qui fait vivre, au sens qui met en route et bouscule nos idées toutes faites. Je ne défendrai pas Paul en disant qu’il était un grand révolutionnaire qui avait compris bien des siècles avant nous l’idéal de l’égalité entre hommes et femmes, ce ne serait évidemment pas vrai.

Et oui, il est important de se battre pour que personne, dans notre société, ne soit cantonné à un rôle subalterne, pour que personne ne soit traité comme un parasite sous prétexte qu’il ou elle n’atteint pas l’idéal de l’efficacité maximum en permanence. C’est un geste politique fort, c’est une posture citoyenne nécessaire et utile.

Mais la lutte pour l’égalité effective des droits n’est que la partie visible de l’iceberg. Quand quelqu’un est écarté de l’idéal d’égalité entre citoyens, c’est ce qui se voit. La partie immergée, invisible, c’est d’être mis à l’écart du sens véritable des choses. L’essentiel, la véritable revendication pour notre temps, c’est que le sens des choses, que la vérité, soit accessible à tous. Hommes, femmes, enfants, ceux d’ici et ceux d’ailleurs, ceux du dedans et ceux du dehors : il importe que chacun ait accès au sens, à la vérité.

Pour nous chrétiens, le sens, la vérité, ce n’est pas une chose. C’est quelqu’un.

L’important dans la loi, dans toute loi, ce n’est pas à quoi elle nous oblige : c’est à qui elle renvoie. Celui sur qui se fonde toute confiance, celui à qui nous sommes liés par une relation de confiance. C’est cela qui nous permet d’aller chercher, dans des mots de papier, dans une loi devenue morte, le souffle d’une parole vivante. Une mission qui l’aurait oublié serait une mission morte et mortifère.

L’Évangile vient nous rejoindre, précisément, à la pliure des choses : là où le sens nous convoque, qui que nous soyons, pour nous rejoindre malgré tout. Que vous soyez homme ou femme, une fois le livre refermé, qu’il vous soit donné de ne pas chercher à obéir aveuglément, mais de vous mettre simplement à l’écoute du sens profond que Dieu souffle vers nous, pour que nous vivions.

Prière

Seigneur, tu nous as donné un code de la route et nous en avons fait un catalogue de bonne moralité. Pardonne-nous, et éveille en nous la joie du souffle qui fait vivre.
Tu nous as dit « Tu aimeras ton prochain, comme tu t’aimes toi-même » et nous avons tergiversé pour savoir qui, au juste, était notre prochain. Pardonne-nous, et éveille en nous la joie de la fraternité.
Tu nous as donné le salut et nous avons réfléchi à qui y avait droit. Pardonne-nous, et éveille en nous la paix de nous savoir sauvés.
Tu nous as donné le goût de ton Royaume et nous avons essayé d’en faire une identité. Pardonne-nous et ouvre nos yeux aux visages multiples de ton Église.
Tu nous donnes ta Parole. Qu’elle soit pour nous l’élan vital de chaque jour et qu’elle ne cesse jamais d’éveiller notre confiance en toi.
Nous te prions pour tous tes enfants, pour les responsables de nos Églises, pour ceux qui n’en ont pas encore franchi le seuil, pour les envoyés du Défap, pour ceux qui, ici et ailleurs, les accueillent et œuvrent avec eux. Que ta paix soit leur quotidien, pour cheminer à l’ombre de ta main.
Amen




La FEP célèbre les «couloirs humanitaires»

Voilà cinq ans qu’ont été lancés les « couloirs humanitaires » en France. Un anniversaire qu’a voulu célébrer la Fédération de l’Entraide Protestante (FEP) en organisant un événement réunissant les divers acteurs impliqués : Fraternité sur Seine. Ce projet qui permet de faire venir en France des réfugiés particulièrement vulnérables depuis le Liban, par des voies légales et en évitant les « routes de la mort » comme celles qui passent par la Méditerranée, nécessite un travail en commun de nombreuses institutions protestantes : la Fédération protestante de France, la FEP, des Églises et paroisses qui accueillent et hébergent… Le Défap, pour sa part, est impliqué à travers deux envoyées, chargées du montage des dossiers au Liban.

Cela fait maintenant cinq ans que la Fédération de l’Entraide Protestante (FEP) et la Fédération protestante de France (FPF) ont lancé le protocole d’accord international appelé « couloirs humanitaires », qui vise à faciliter l’accueil sur le sol français de réfugiés d’Irak et de Syrie en provenance du Liban. À l’occasion de cet anniversaire, la FEP a souhaité remercier et mettre à l’honneur tous les acteurs de cette chaîne en les rassemblant à Paris le 25 juin pour un événement : Fraternité sur Seine. Seront ainsi réunis salariés de l’Entraide, bénévoles, hébergeurs et bénéficiaires de cet accueil pour une célébration à bord d’une péniche sur la Seine. C’est l’occasion de rappeler qu’en l’espace de ces cinq années, c’est plus de 500 personnes en situation de très haute vulnérabilité selon les critères de l’ONU qui ont été accompagnées physiquement et administrativement jusqu’en France.

Mais pourquoi parler de cet anniversaire des « couloirs humanitaires » sur une semaine consacrée aux envoyés du Défap ? Tout simplement parce que ce projet a lui aussi besoin, pour fonctionner, d’envoyés du Défap. C’est ainsi que Soledad André, chargée de mission de la FEP qui accompagne à Beyrouth les réfugiés dans le cadre de ce programme, qui aide à monter leurs dossiers et qui les accompagne dans l’avion jusqu’à leur arrivée à Roissy, est une envoyée du Défap depuis 2018, avec le statut de VSI (Volontaire de Solidarité Internationale). Elle a été rejointe l’an dernier par une autre envoyée du Défap, pour tenir compte à la fois de l’augmentation du nombre des personnes à accompagner, et des difficultés de la FCEI (la Fédération des Églises évangéliques italiennes, partenaire et porteuse du projet des « couloirs humanitaires » au Liban) à continuer le financement du projet et donc la continuité de la permanence de l’équipe à Beyrouth.

Une mobilisation exemplaire

Groupe de réfugiés au départ de Beyrouth le 15 mars 2020. Au premier plan, prenant la photo : Soledad André, envoyée du Défap pour la FEP © Soledad André pour Défap

 

Car, c’est là un point crucial, le projet ne bénéficie d’aucun financement public : il est porté essentiellement, tant sur le plan des fonds que sur le plan de l’organisation, par les Églises et les bénévoles qui y participent. À l’origine de cette initiative, il y a eu tout d’abord un constat : nombre de familles fuyant des pays en guerre comme l’Irak ou la Syrie se retrouvaient soit bloquées dans des camps au Liban… soit tentaient de traverser la Méditerranée, devenant ainsi la proie des réseaux de passeurs et de trafiquants d’êtres humains, risquant leur vie dans le naufrage d’embarcations surchargées. Le programme ayant servi de modèle à cette convention est ainsi né en Italie en 2016, à la suite de plusieurs drames particulièrement meurtriers qui avaient servi d’électrochocs au sein des opinions publiques européennes : il s’agissait d’une initiative de la Communauté catholique de Sant’Egidio, dont les juristes spécialistes du droit des étrangers avaient su utiliser les textes européens pour imaginer ces « couloirs humanitaires », destinés prioritairement aux réfugiés les plus vulnérables : enfants et familles monoparentales, patients en attente de soins urgents, personnes en butte à des persécutions. Ce dispositif avait été mis en place en association avec la FCEI et avec l’Église vaudoise, membre de la Cevaa. Une opération rendue possible non seulement par l’engagement des Églises qui avaient décidé de le prendre en charge, mais aussi grâce à l’appui de bénévoles et d’associations se chargeant d’accueillir les réfugiés et de les aider à s’intégrer au sein de la société italienne.

Devant le succès de cette initiative, le modèle a été repris dès l’année suivante en France, par le biais d’un protocole d’entente signé à l’Élysée et associant les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères à cinq partenaires issus du milieu des Églises. Les réfugiés arrivant en France via ce dispositif se sont retrouvés ainsi accueillis légalement dans le réseau de la FEP et de ses partenaires locaux ; des collectifs et des hébergements pour lesquels se sont mobilisés nombre de bénévoles issus de l’Église protestante unie de France (EPUdF) ou de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), deux des unions d’Églises constitutives du Défap.
 




Formation au départ : le CLONG publie un guide des bonnes pratiques

Le CLONG-Volontariat est un collectif qui rassemble une douzaine d’associations (dont le Défap) concernées par l’envoi de volontaires hors Union européenne. Tous ses membres sont directement confrontés aux questions de préparation au départ. D’où la rédaction de ce guide de bonnes pratiques, fruit de réflexions communes. Son objectif : promouvoir une préparation au départ de qualité pour les VSI, afin de renforcer la place du volontariat de compétence dans la solidarité internationale.

Page de garde du livret publié par le CLONG © CLONG

La présentation du guide a eu lieu le 2 juin dernier au Défap. L’événement a vu la participation du ministère des Affaires étrangères, du Fonjep (le Fonds de coopération de la jeunesse et de l’éducation populaire), de l’AFD (l’Agence française de développement), et de diverses associations impliquées dans des activités de solidarité internationale : en tout, une trentaine de représentants qui avaient répondu à l’invitation du CLONG-Volontariat, le Comité de Liaison des ONG de Volontariat. Il a aussi donné l’occasion à deux anciennes VSI (Volontaires de solidarité internationale) de témoigner de leur expérience, de ce qu’elle leur avait apporté et de la manière dont leur vision du monde en avait été impactée. L’une d’elles était Éline O., ancienne envoyée en Égypte du Défap et de l’Action Chrétienne en Orient.

Cette question de la formation au départ est essentielle, non seulement parce qu’elle répond à des obligations légales, mais aussi et surtout parce qu’elle est le garant de la bonne adaptation des volontaires à leur futur lieu de mission : une fois sur place, il s’agira pour eux de s’adapter aux enjeux d’un autre pays, d’une autre société, d’autres manières de vivre où le confort peut être des plus rudimentaires – une expérience qui les obligera à sortir de tous leurs cadres. Au Défap, cette étape cruciale se présente sous la forme d’une dizaine de jours au cours desquels les candidats au départ assistent tous ensemble à une série de sessions denses organisées autour des questions pratiques, techniques, administratives de leur mission ; ils sont sensibilisés aux questions de sécurité, mais participent également à des modules centrés sur les questions liées à la rencontre de l’autre : interculturalité, interreligieux, gestion des conflits… Pour d’autres organismes, cette formation pourra prendre des formes différentes. Mais avec des objectifs similaires : « s’assurer que les volontaires sont prêts à partir, qu’ils ont saisi les attentes de la structure partenaire et disposent des clés de compréhension de leur nouvel environnement ».

Pour une solidarité internationale à visage humain

Plus qu’un mode d’emploi détaillant une marche à suivre, ce guide donne donc des principes, des grandes lignes qu’il revient à chaque organisme d’adapter en fonction de ses besoins. Il est structuré pour répondre aux grandes questions qui se posent lorsqu’il s’agit de préparer des volontaires au départ. Combien de temps doit durer une telle préparation ? Quels formats privilégier ? Quel rythme ? Comment construire une équipe d’intervenants ? Comment construire un module de préparation au départ ? C’est le résultat d’un travail collectif de partage et de relecture des expériences et des pratiques des membres du CLONG. Avec un objectif, clairement affiché : favoriser « la promotion d’une préparation au départ de qualité pour les Volontaires de Solidarité Internationale, contribuant ainsi à renforcer la place du volontariat de compétence dans la solidarité internationale ».

Le CLONG existe depuis 1979. Le Défap en est membre aux côtés d’autres associations concernées par le volontariat de solidarité internationale comme ATD Quart Monde, la DCC (la Délégation catholique pour la coopération), la Fidesco (organisation catholique de solidarité internationale, dont le nom vient de FIDES – CO : foi et coopération), le Gref (Groupement des éducateurs sans frontières), la Fédération Handicap International… Le CLONG est un collectif qui vise à la fois à promouvoir et valoriser l’engagement volontaire, parvenir à des avancées juridiques et statutaires pour le Volontariat de Solidarité Internationale, et permettre les échanges et les réflexions pour l’amélioration des pratiques de volontariat. Il plaide pour une solidarité internationale à visage humain, portée par l’engagement désintéressé et l’ouverture au monde, au sein de laquelle les volontaires internationaux ont une place cruciale. Pour celles et ceux qui la vivent, souligne ainsi le texte introductif de ce guide, l’expérience du volontariat « permet de transformer des valeurs et principes en actions concrètes, afin de répondre aux défis mondiaux et contribuer ainsi à l’atteinte des Objectifs de développement durable – ODD, adoptés par l’Assemblée générale des Nations unies le 25 septembre 2015 ».

Dans sa volonté d’encourager et de permettre la structuration des bonnes pratiques, le CLONG a déjà publié divers guides couvrant de nombreux sujets qui intéressent directement les organismes de solidarité internationale : la gestion administrative des volontaires, la question du retour, celle des retraites, les métiers de la solidarité internationale, les autres formes de volontariat, ou encore la question du tourisme solidaire… Ce tout nouveau « Guide des bonnes pratiques » sur la préparation au départ sera bientôt disponible au téléchargement sur le site du CLONG.

Comité de liaison des ONG de Volontariat
Créé en 1979, le CLONG-Volontariat est une association de loi 1901. Le collectif est indépendant et rassemble 12 associations concernées par l’envoi de volontaires en mission de coopération au développement ou d’urgence humanitaire dans les pays en développement hors Union européenne. Il s’agit des acteurs suivants :




Élie, trois ans après : la mission et ce qu’elle change

Élie Olivier était parti avec le Défap en tant que service civique en 2019, pour une mission d’animateur linguistique – échanges interculturels à Antsirabe (Madagascar). La pandémie de Covid-19 et les restrictions sanitaires l’avaient contraint à écourter sa mission. Mais cette période n’en a pas moins représenté un moment charnière dans sa vie. De retour au Défap trois ans après, il témoigne.

Élie Olivier de retour au 102 boulevard Arago, dans le jardin du Défap © Défap

Que dirais-tu aujourd’hui de ta mission, entre ce que tu as découvert sur place et les conditions dans lesquelles tu es rentré en France ?

Élie Olivier : Je travaillais au centre Akanysoa, à Antsirabé, une ville qui se situe dans le centre de Madagascar : c’est à la fois un orphelinat et une école primaire. Du coup, mon activité aussi était double : à l’école, pendant les journées de la semaine, j’étais assistant de français ; les soirs et les week-ends, je faisais de l’animation pour les enfants de l’orphelinat. Avec des activités qui pouvaient aller de l’atelier de jeu d’échecs au football, en passant par la musique, le solfège… Je m’étais aussi procuré du matériel scolaire pour le centre. Mais en pleine mission, tout a été interrompu par la crise sanitaire. J’ai dû rentrer en France au bout de six mois, alors que la mission aurait dû en durer dix. J’en ai gardé un certain goût d’inachevé. Et néanmoins, cette mission m’a, sinon transformé, du moins aiguillé dans mes choix de vie et professionnels. Je ne suis pas le seul à avoir fait ce genre d’expérience : je crois vraiment que lorsqu’on va dans la Grande Île, on en tombe facilement amoureux. Amoureux à la fois du pays lui-même, de la culture, et des gens. Je reviendrai un jour à Madagascar, c’est une certitude ; et j’irai probablement vivre sur le continent africain d’ici quelques années. Cette mission, bien qu’écourtée, m’a confirmé que c’est là que je veux vivre. Il y a tellement de choses à y faire, à construire ; par opposition à ce que l’on vit dans nos pays où l’on a plutôt tendance à déconstruire… Je pense que notre société a énormément à apprendre et que les relations avec des pays comme Madagascar, avec des continents comme l’Afrique, sont nécessaires. Nous avons beaucoup à nous inspirer de la résilience de ces sociétés ; les coopérations Nord-Sud peuvent être très fructueuses. Et il est essentiel de toujours garder en tête les aspects humain, spirituel… Pour cela, des organismes comme le Défap ont un rôle fondamental.

Le retour a-t-il été difficile, en pleine pandémie de Covid-19 ?

Paradoxalement, non. On nous avait beaucoup parlé du choc du retour lors de la formation au Défap ; de la difficulté qu’il peut y avoir à reprendre pied dans une société qui a continué à avancer sans vous, alors même que vous avez pu vivre des choses en cours de mission qui ont provoqué chez vous des prises de conscience, des manières différentes de percevoir le monde et votre propre vie… Mais en fait, j’ai retrouvé une société française aux prises avec une crise tellement inédite que toutes les habitudes y étaient bouleversées : finalement, c’est le pays que j’ai retrouvé à mon retour de mission qui était en train de vivre un choc ! Et curieusement, j’ai l’impression que cette période a aussi entraîné des prises de conscience au sein de la société, qui n’ont fait que me conforter.

Quelle orientation a pris ta vie après ce retour ?

Je faisais auparavant des études très théoriques, dans le domaine de l’astrophysique. J’ai éprouvé le besoin de me réorienter vers un cursus beaucoup plus concret. C’était quelque chose qui se dessinait déjà en amont de ma mission, mais disons que mon passage à Madagascar a été la confirmation que j’avais besoin de quelque chose de moins éloigné des enjeux humains. J’ai donc préparé, en alternance, le MBA du Collège des Ingénieurs, dont la formation couvre les domaines suivants : finance, production et organisation, ressources humaines et communication, stratégie et marketing, et leadership. Et dès l’an prochain, je serai en poste en tant que « business developer » (ou « responsable du développement ») au sein du groupe Total Eren (anciennement Eren Renewable Energy), spécialisé dans le développement de projets tournant autour des énergies renouvelables. Au sein d’une telle entreprise, on peut intervenir sur tout le cycle de vie d’un projet, depuis sa conception jusqu’à sa mise en place. Je travaillerai à promouvoir des projets liés au solaire ou à l’éolien sur le continent africain – et plus particulièrement en Afrique australe, comme en Zambie. Et je serai plutôt en amont : il s’agira pour moi de sélectionner les projets, de trouver des partenaires, des financements (banques, Agence Française de Développement…), de les promouvoir auprès des décideurs politiques…

Et ta mission a vraiment influé sur ce changement de cap ?

Oui : je me suis rendu compte que j’ai besoin d’une activité qui me permet d’agir pour les autres de manière concrète. Voir l’impact de mes actions, c’est ce qui me donne de la motivation. J’ai besoin de sens pour être épanoui et heureux dans mon travail. Et je peux ainsi m’inscrire également dans quelque chose qui a du sens au niveau global. Par exemple, sur le plan professionnel, j’avais une autre proposition : travailler au développement de l’éolien en Europe du Nord. Mais ce poste de « business developer » pour l’Afrique est plus satisfaisant : il me permettra de participer au développement des énergies renouvelables sur le sol africain. Et je pourrai me dire que chacun des projets que je porterai aura un véritable impact économique, social et environnemental dans les pays concernés. À terme, j’aimerais que ça participe au développement de l’économie de ces pays, qui ont bien souvent d’importantes ressources minérales, mais dont l’exploitation se fait ailleurs.




Dix jours pour se former à la rencontre

La session de formation 2022 des envoyés du Défap se tiendra du 4 au 13 juillet. Y prendront part en tout onze candidats au départ, aux profils très divers ; ainsi qu’une grande partie de l’équipe du Défap mobilisée pour ce rendez-vous.
Ouverture de la session 2021 de la formation des envoyés du Défap © Défap

« Je repartirai, c’est sûr. Et j’espère que vous partirez tous. Parce que ça change tout… » Ces quelques mots d’Aurélie, ancienne envoyée du Défap au Cameroun, et qui y est retournée depuis lors en mission courte, donnent une idée de l’impact que peut avoir l’expérience de l’engagement à l’étranger dans une vie. Vous pourrez lire son témoignage sur le site du Défap au cours des prochains jours ; ainsi que celui d’Élie, parti, lui, à Madagascar. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de parcours de vie qui ont bifurqué, pris d’autres voies : on ne revient jamais d’une mission dans la même disposition d’esprit que lorsqu’on est parti. Il y a des rencontres et des expériences qui vous font voir le monde sous un autre jour et reconsidérer vos priorités de vie : « les échanges, ça vous change ».

Ouverture de la session 2018 de la formation des envoyés du Défap © Défap

 
Mais si les échanges peuvent avoir de telles répercussions, encore faut-il y être bien préparé. C’est d’ailleurs une obligation légale, notamment au vu des enjeux de sécurité, et les associations concernées par l’envoi de volontaires réfléchissent régulièrement ensemble aux bonnes pratiques en la matière (un point sur lequel a particulièrement travaillé le CLONG-Volontariat, collectif dont fait partie le Défap : vous pourrez avoir un aperçu de son travail au cours des prochains jours sur le site du Défap). Voilà pourquoi, au Défap, cette étape de la formation des futurs envoyés est cruciale. Elle se déroule traditionnellement sur les deux premières semaines de juillet, et mobilise l’ensemble de l’équipe du Défap, appuyée par divers intervenants extérieurs, pour donner aux candidats au départ tous les outils nécessaires. Et pour les sensibiliser aux difficultés qu’ils ne manqueront pas de rencontrer. Il y a, bien sûr, l’aspect administratif et la course d’obstacles des documents à obtenir ; les problématiques de sécurité ; tout ce que l’on peut découvrir sur place, sur le plan social ou économique, et qui peut vous bousculer ; les relations qui peuvent être difficiles, par-delà les barrières de la langue et de la culture… Sans oublier le choc du retour, lorsqu’il faut reprendre contact avec un environnement qui a continué à évoluer selon ses propres règles, et qui n’est pas forcément prêt à recevoir, et encore moins à comprendre, le témoignage d’un volontaire ayant vécu une expérience qui a changé sa vie…

« Il y a ceux qui partent, et ceux qui restent »

En cette année 2022, la formation des envoyés du Défap se tient du 4 au 13 juillet. Une dizaine de jours de sessions intensives que tous les candidats au départ vont passer au 102 boulevard Arago, en alternant entre des journées de formation et des moments d’échange : ainsi, trois soirées au cours de cette dizaine de jours leur permettront de rencontrer toute l’équipe du Défap. Ils sont onze en tout, avec des expériences très différentes de l’engagement à l’étranger et des profils très divers. Les âges vont de 21 à 58 ans ; certains partent avec le statut de service civique, d’autres en tant que VSI (Volontaires de Solidarité Internationale) ; leurs missions vont les emmener en Afrique du Sud, en Côte d’Ivoire, en Égypte, au Liban, à Madagascar, en Tunisie…


Envoyés du Défap partis en 2015

Cette étape de la formation marque, pour eux, l’aboutissement d’une procédure de trois à six mois au cours de laquelle ils ont rencontré les membres de la CEP (Commission Échange de Personnes) pour faire le point sur leur projet, évaluer leurs compétences professionnelles, leurs aptitudes personnelles. Et pour les membres de l’équipe du Défap aussi, c’est un moment clé de l’année. Une période au cours de laquelle les candidats au départ auront l’occasion de se découvrir les uns les autres, avant d’être dispersés dans divers pays au gré de leur mission. Une période, aussi, au cours de laquelle ils pourront apprendre à connaître mieux l’équipe du Défap, mettre des noms et des visages sur des fonctions. Cette dizaine de jours est enfin l’ultime période de maturation des motivations des uns et des autres. Ce n’est pas un hasard si les derniers entretiens ont lieu au cours de ces quelques jours. Et cette période passée ensemble sera aussi un sas avant de partir pour une expérience destinée à changer radicalement leur perception du monde, et à influer durablement sur leur vie.

« Vous avez décidé de partir, soulignait il y a quelques années une membre de l’équipe du Défap intervenant au cours d’une de ces sessions de formation ; ce n’est pas le choix de tout le monde. Certains en rêvent et ne le font pas, d’autres ne l’envisagent même pas… Il y a ceux qui partent, et ceux qui restent : comme s’il y avait en nous un appel, que certains entendent et d’autres pas. » Un appel qui, outre son aspect individuel, s’inscrit nécessairement dans une histoire collective, qui lui donne son sens…

Et comme chaque année, cette session de formation des envoyés 2022 se clôturera par un culte d’envoi, célébré dans la chapelle du Défap, et ouvert à tous.