« Les jeudis du Défap » en 2025 : les réflexions missiologiques et interculturelles reprennent

Les « Jeudis du Défap », ensemble de visio-conférences interactives lancées en 2024, reprennent de plus belle cette année avec 8 conférences qui mobiliseront des intervenants sur la scène internationale. Les dates sont désormais connues, les thématiques et les intervenants également.

Les "Jeudis du Défap" en 2025 : les dates

Vous avez aimé le concept l’année dernière ? Bonne nouvelle, cinq rendez-vous de plus vous sont proposés en 2025 pour vous exercer davantage à la réflexion missiologique et interculturelle. Les huit intervenants proviennent de divers pays (France, Cameroun, Togo, RDC, Congo), ce qui aura le mérite d’enrichir les points de vue et le partage d’expériences pendant ces moments à la fois chaleureux et instructifs.

Découvrez les dates, les sujets et les intervenants :

  • 13 février : Formation théologique et promotion / leadership des femmes dans l’église en Afrique, avec Gertrude KAMGUE TOKAM
  • 20 mars : Identité – hostilité – hospitalité, avec Olivier ABEL
  • 24 avril : Afropéanité et transformation du christianisme en Europe, avec Jeanine MOUKAMINEGA
  • 22 mai : Imaginaire et théologie de la reconstruction, avec Elom Komivi ALAGBO
  • 11 septembre : L’Afrique dans la bible, avec Lévi NGANGURA
  • 9 octobre : La femme dans l’Eglise en RDC ? Regard rétrospectif sur le rôle de la femme dans la société et dans l’église à l’époque coloniale. Le cas de la RDC, avec Robert BAHIZIRE
  • 6 novembre : La pratique du ministère de délivrance dans les Eglises d’Afrique…réalités, dangers et perspectives, avec Parfait-Benedict MADOUMBA
  • 11 décembre : Ethique protestante et proposition sociétale, avec Richard LENGO

Vous avez la possibilité de vous inscrire afin de recevoir les détails de chaque rencontre et choisir ou pas d’y participer.

 

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Pour rappel, chaque conférence est structurée de la manière suivante :

  • Un temps de conférence
  • Un temps de débat et de questions/réponses permettant à l’audience qui est connectée d’intervenir

Les replay sont disponibles quelques jours plus tard sur la page YouTube du Défap et sur notre site internet, ainsi qu’une retranscription.

Un lien d’accès vous sera communiqué si vous signifiez votre intérêt pour une conférence en vous y inscrivant.

 

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Vous avez assisté à une ou plusieurs conférences des « Jeudis du Défap » en 2024 ? Vos avis nous sont précieux ! Partagez-nous ce que vous avez pensé, dites nous si vous avez des thématiques que vous aimeriez voir abordées pendant ces moments.




Nick Sandjali : «Trois mois mémorables»

Pasteur de l’Église presbytérienne camerounaise et enseignant d’Ancien Testament à l’Institut Supérieur de Théologie Dager de Bibia, Nick Sandjali travaille à une thèse de doctorat à la Faculté de théologie évangélique de Bangui (FATEB), Extension-Yaoundé, sur la séparation du sacré et du profane en vue d’une lecture contextuelle dans son Église. Des travaux pour lesquels il est venu poursuivre des recherches en France, avec le soutien du Défap, et en lien avec l’Institut protestant de théologie (IPT). Ce qui lui a permis d’accéder à des ressources documentaires actualisées qui lui manquaient au Cameroun… mais aussi de découvrir le travail avec les enseignants de l’IPT, et des aspects parfois déroutants de la vie en France.

Nick Sandjali : « Trois mois mémorables »


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Timothée Louhemba et la responsabilité du personnel soignant

Pasteur et enseignant d’éthique à la faculté de théologie protestante de Brazzaville, Timothée Louhemba travaille à une thèse sur « L’Agir du personnel soignant chez Hans Jonas et l’éthique de la responsabilité ». À l’hôpital, estime-t-il, l’aspect technique de l’acte médical prend trop souvent le pas sur la relation patient-médecin, négligeant la dignité inhérente à tout être humain. D’où sa référence à Hans Jonas, philosophe allemand qui a beaucoup réfléchi aux questions de responsabilité dans une société technicisée. À ce problème s’ajoute, en République du Congo, la crainte des patients d’être mal pris en charge et de ne pas rentrer vivants de l’hôpital. Selon Timothée Louhemba, il y a là « une grande mission » à assumer pour l’Église.

Timothée Louhemba et la responsabilité du personnel soignant


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Richard Lengo et les mutations de l’Église Évangélique du Congo

À travers les travaux de recherche universitaire qu’il soutient, le Défap est en lien avec diverses facultés de théologie, dans et hors de France. Mais aussi avec des organismes comme le GSRL (Groupe Sociétés, Religions, Laïcités), un laboratoire de recherche du CNRS et de l’École pratique des hautes études (EPHE-PSL). Rencontre avec l’un des chercheurs qui font ce lien entre organismes de recherche, Richard Macaire Lengo : il témoigne dans « Courrier de mission », l’émission du Défap diffusée sur Radio FM+ et Fréquence protestante, au micro de Guylène Dubois.
Richard Macaire Lengo, photographié dans la bibliothèque du Défap © Défap

Les travaux de Richard Macaire Lengo le conduisent régulièrement à tisser des liens et à explorer les frontières communes entre des domaines en apparence très différents. Entre la sociologie et la théologie, entre la recherche et la formation pratique, entre les habitudes du monde et celles des Églises, entre organismes de recherche de pays différents… Il s’est spécialisé sur l’Église évangélique du Congo (EEC), dont il est également membre, mais qu’il scrute à la fois du dedans et du dehors, en aidant à former ses pasteurs mais aussi en s’intéressant à la position qu’elle occupe au sein de la société congolaise.

Richard Macaire Lengo est sociologue, dans une université constituée essentiellement de théologiens, l’UPB (l’Université protestante de Brazzaville). Un choix assumé par le recteur, le pasteur Laurent Gaston Loubassou, qui souhaitait avoir un « sociologue-maison » pour compléter la formation des étudiants. Cette université appartient à l’EEC, et elle forme les futurs pasteurs de l’Église. Mais au-delà de cette formation pratique destinée au corps pastoral de l’EEC, Richard Lengo est aussi enseignant-chercheur à l’Université Marien-Ngouabi (Brazzaville). Et il scrute depuis des années les évolutions des pratiques et des valeurs qui les sous-tendent au sein de son Église, en les replaçant dans le contexte plus global de la société congolaise – des travaux qui l’ont amené à rédiger une thèse pour laquelle il a dû venir faire des recherches en France, avec le soutien du Défap. Un premier séjour a eu lieu entre septembre 2019 et février 2020. Après avoir présenté sa thèse sur « L’Église Évangélique du Congo : l’ethos protestant à l’épreuve des pratiques du «monde» et des mutations sociales », il est revenu en France pour un nouveau séjour de trois mois, avec cette fois pour but de transformer ses travaux en publications. C’est à cette occasion qu’il a été, de septembre à novembre 2023, chercheur invité du Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (le GSRL), un laboratoire de recherche du CNRS et de l’École pratique des hautes études (EPHE-PSL).

Richard Lengo et les mutations de l’Église Évangélique du Congo

Courrier de Mission
Émission du 21 janvier 2024 sur Fréquence Protestante

 

Le soutien du Défap, « un véritable déclic »

« Le fait pour le Défap de m’accorder une bourse pour un séjour de recherche de trois mois, ça a constitué un véritable déclic », reconnaît-il aujourd’hui au micro de Guylène Dubois, à l’occasion d’une interview pour « Courrier de mission », l’émission du Défap diffusée sur Radio FM+ et Fréquence protestante. C’est en particulier son second séjour en France qui lui a permis d’être intégré à deux programmes de recherche du GSRL : « Religion et violence » et « Religion et francophonie ».

Pour lui, les changements qui ont si profondément impacté à la fois les habitudes des fidèles de l’EEC, et l’image de cette Église au sein de la société congolaise, ont commencé à se manifester « au tournant des années 90 ». Auparavant, l’EEC et ses membres bénéficiaient d’une image de probité exemplaire, voire de rigorisme. Par la suite, cette perception s’est peu à peu dégradée. Paradoxalement, cette évolution a eu lieu parallèlement aux progrès des libertés au sein de la société congolaise. Mais aussi parallèlement à la dégradation de la situation économique. Or les membres de l’Église sont aussi membres de la société congolaise. Et les aléas de cette société influent nécessairement sur leurs manières d’agir. Voilà comment les effets de la crise économique se sont peu à peu infiltrés dans l’Église, y ont modifié les comportements, les attitudes, voire même la perception du pastorat. « Dans un contexte social où le chômage est devenu endémique », note ainsi Richard Macaire Lengo, « certains jeunes développent des stratégies de survie et d’insertion professionnelle ». Et la carrière pastorale finit par leur apparaître comme « un emploi par défaut ». Richard Lengo évoque ainsi au sein de l’EEC « la conversion d’un ethos de vocation en un ethos de professionalisation ».

Mais ce diagnostic que Richard Macaire Lengo dresse à propos de l’EEC l’aide aussi à mieux former les futurs pasteurs pour y faire face. D’où l’intérêt des concepts de sociologie des organisations qu’il dispense à ses étudiants de l’Université protestante de Brazzaville. Il ne s’agit pas de nier les effets de la société sur l’Église, et d’imaginer une Église idéale, dénuée d’enjeux de pouvoir ou libre de toute préoccupation économique. Mais il ne s’agit pas non plus de rester désarmé face aux problèmes. Richard Macaire Lengo juge ainsi « très important de donner aux pasteurs en formation des outils », de façon à ce qu’ils puissent « comprendre un certain nombre de logiques d’acteurs, qui leur seront utiles une fois qu’ils seront en paroisse ». Car « les paroisses qu’ils auront à gérer sont des structures complexes », et au moment où on les forme, « si on restreint la vision à la théologie, ils risquent de partir sur le terrain avec un grand handicap ».




«Le Défap est un appui important dans ma carrière d’enseignant-chercheur»

Richard Macaire Lengo vient de la République du Congo. Il est sociologue et enseignant-chercheur à l’Université Marien-Ngouabi (Brazzaville), ainsi qu’à l’Université protestante de Brazzaville (UPB) qui appartient à l’Église évangélique du Congo (EEC), dont il est membre. Il témoigne de l’importance du soutien du Défap dans son parcours de recherche. Vous pourrez également écouter son témoignage le dimanche 21 janvier sur Fréquence protestante, lors de l’émission du Défap, « Courrier de mission ».

Richard Macaire Lengo photographié dans la bibliothèque du Défap © Défap

Dans le souci de promouvoir l’interdisciplinarité à l’UPB, constituée essentiellement de théologiens, le pasteur Laurent Gaston Loubassou, son Recteur, avait souhaité avoir un « sociologue-maison ».

Ainsi, j’ai bénéficié d’un premier séjour de recherche de trois mois, début 2020, afin de finaliser ma thèse, devenant ainsi le premier laïc de l’EEC à bénéficier d’un séjour de recherche financé par le Défap. Cet appui s’est avéré déterminant pour mes travaux de recherche et ma thèse. Depuis lors, j’enseigne la sociologie aux étudiants pasteurs, en les dotant d’outils leur permettant de comprendre la réalité des organisations.

Une publication, et des travaux de recherche au sein du GSRL

De septembre à novembre 2023, j’ai bénéficié d’un second séjour de recherche post-doctoral de trois mois, avec comme objectif la publication d’un ouvrage, extrait de ma thèse.

Ce second séjour m’a connecté au Groupe société religion laïcité (GSRL), unité mixte de recherche affiliée au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et à l’École pratique des hautes études (EPHE-PSL). En tant que chercheur invité, j’ai été intégré à deux programmes de recherche : « Religion et violence » et « Religion et francophonie ».

J’ai eu l’honneur de présenter mes travaux de recherche le 22 novembre 2023.

L’appui du Défap a été, et continue d’être déterminant pour ma carrière en tant qu’enseignant chercheur. Je manifeste toute ma gratitude à son endroit, car il constitue un acteur important dans la promotion de la recherche scientifique dans le paysage social français, particulièrement pour les chercheurs venant d’Afrique.

Richard Macaire LENGO




Églises et médecines traditionnelles au Congo-Brazzaville

En République du Congo, l’arrivée des missionnaires n’a pas fait disparaître le recours aux médecines traditionnelles, héritières des croyances ancestrales. Pour quelles raisons ? C’est ce qu’étudie Jean-Michel Moungounga, chercheur qui a rédigé une thèse portant spécifiquement sur le cas de l’ethnie Bembe. Il constate à la fois un besoin au sein de la population, notamment du fait de la difficulté de l’accès aux soins, et un déni au sein de l’Église évangélique du Congo, qui tend à se détourner de l’héritage thérapeutique du Réveil de 1947, époque à laquelle les guérisons prenaient pourtant une grande place. Il préconise un meilleur encadrement théologique de ces pratiques médicales traditionnelles.

Églises et médecines traditionnelles au Congo-Brazzaville


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Richard Lengo, chercheur : «La vérité est plus cachée qu’une pierre précieuse»

Sociologue venu de Brazzaville, Richard Macaire Lengo a fait une thèse sur « L’Église Évangélique du Congo : l’ethos protestant à l’épreuve des pratiques du «monde» et des mutations sociales ». Pour cela, il a effectué un séjour de trois mois en France, avec le soutien du Défap. Aujourd’hui de retour pour publier divers ouvrages à partir de ses travaux, il évoque sa découverte du contexte français et parisien… en pleine crise de la réforme des retraites ; mais aussi le milieu stimulant des chercheurs rencontrés en France, notamment ceux du Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (le GSRL), un laboratoire de recherche du CNRS et de l’École pratique des hautes études (EPHE-PSL).

Richard Lengo, chercheur : « La vérité est plus cachée qu’une pierre précieuse »


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Le Défap à la rencontre de ses partenaires

Les mois de mars à août sont bien remplis dans l’agenda de l’équipe du Défap pour cette année 2023, avec des déplacements en République centrafricaine, au Maroc, au Congo-Brazzaville, à Madagascar… Il s’agit de rencontrer les Églises partenaires, visiter les envoyés, et faire le point sur les missions et les possibilités d’accueil et d’envoi de volontaires.

Centrafrique : un culte de l’Église luthérienne – photographie prise lors de la mission de Laure Daudruy © Défap

Laure Daudry (Défap) et Annelise Deiss se sont rendues dix jours en mars en République centrafricaine à la rencontre des Églises partenaires et notamment à Bouar, au siège de l’Église luthérienne. Elles ont représenté le Défap au colloque « Les voies de la paix » qui s’est tenu les 17 et 18 mars à Bangui ; colloque co-financé par le Défap et l’UEPAL.

Basile Zouma, secrétaire général du Défap, était au Maroc du 13 au 20 mars, pour fêter les 10 ans de l’Institut Al Mowafaqa. Il était accompagné de la secrétaire générale de la Cevaa, la pasteure Claudia Schulz. Ils ont rencontré l’Église évangélique au Maroc et Basile Zouma a participé à l’évaluation du partenariat Défap-Al Mowafaqa.

Maroc : une conférence à l’institut Al Mowafaqa © Al Mowafaqa

 
En avril, Basile Zouma et Anne-Sophie Macor, en charge des Relations internationales au Défap, seront au Congo-Brazzaville. L’objet de cette mission est de rencontrer l’Église évangélique du Congo, l’Université protestante de Brazzaville, les étudiants boursiers du Défap, et de faire le point avec les lieux d’accueil potentiels de volontaires. Une rencontre avec le représentant national de France-Volontaires (plateforme opérationnelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères pour le volontariat international) est également au programme.

Un voyage à Madagascar est en préparation, probablement pour août. Anne-Sophie Macor accompagnera Pascal Hickel pour rencontrer les deux Églises partenaires (FLM et FJKM) et visiter les envoyés. Ce sera l’opportunité de faire le point sur les missions et les possibilités d’accueil et d’envoi de volontaires.
 

Madagascar : Pierre, envoyé du Défap, dans le labo de langues de la SFM, l’école de formation des maîtres de l’Église luthérienne malgache © SFM

 

Les Églises partenaires par pays

  • République centrafricaine : l’EEL-RCA (Église évangélique luthérienne de République centrafricaine), qui regroupe 120 000 membres à travers 544 « congrégations » (paroisses)
  • Maroc : l’EEAM (Église évangélique au Maroc), qui est, avec l’Église anglicane, l’un des deux seuls mouvements protestants officiellement reconnus par le roi.
  • au Congo-Brazzaville: l’EEC (Église évangélique du Congo) qui revendique aujourd’hui 225 000 membres
  • à Madagascar : la FJKM et la FLM. La FJKM (Fiangonan’i Jesoa Kristy eto Madagasikara, en français Église de Jésus-Christ à Madagascar) est la plus grande Église protestante du pays. Elle revendique 3 500 000 membres, répartis dans 5 800 paroisses desservies par plus de 1 200 pasteurs. Quant à l’Église luthérienne malgache (en malgache : Fiangonana Loterana Malgache, FLM), elle revendique 3 millions de membres répartis dans 5000 paroisses, desservies par 1200 pasteurs.

 




AG du Défap : Flore Badila Loupe et l’engagement politique de l’EEC

Au-delà des débats sur la vie et sur les activités du Défap, l’Assemblée Générale est aussi un temps propice pour entendre des témoins. L’AG 2023 a ainsi permis de mettre en avant le travail de formation auprès des enseignants et directeurs d’écoles du réseau des Églises protestantes à Madagascar, dans lequel s’implique Jean-Claude Boudeaux, envoyé régulièrement pour des missions courtes dans ce pays par le Défap. Les participants ont également pu entendre la présentation par Flore Badila Loupe, actuellement en congé-recherche en France en bénéficiant d’une bourse du Défap, de ses travaux au sujet de l’engagement politique de son Église : l’EEC (Église évangélique du Congo).

Flore Badila présentant ses travaux lors de l’AG 2023 du Défap © Défap

Pasteure de l’Église évangélique du Congo (EEC), Flore Badila Loupe est aussi docteure en théologie, après avoir soutenu une thèse à l’UPAC (Université protestante d’Afrique centrale) sur l’engagement politique de l’EEC. Elle est également vice-doyenne de la faculté de théologie protestante de Brazzaville, et vice-présidente de la conférence des ecclésiastiques de l’EEC. Elle avait déjà bénéficié d’une bourse du Défap pour un congé-recherche en 2014-2015. Elle avait alors effectué ses travaux à l’IPT-Montpellier. Elle est aujourd’hui en congé-recherche en France pour adapter sa thèse en vue de sa publication, sur le thème : Le rôle de l’Église dans la politique : quel prisme pour le devenir de la cité ?. Elle présente ici les grands axes de ses travaux sur l’engagement politique de l’EEC, dont les statuts incitent les membres de l’Église à avoir un rôle actif en faveur de la justice dans la société, tout en interdisant tout engagement politique au corps pastoral.

L’Église Évangélique du Congo, dans ses Textes fondamentaux, dispose de trois articles qui montrent son engagement dans la politique.

  • L’article 64 stipule que tout chrétien est libre de ses opinions politiques.
  • L’article 65 vient comme pour renchérir cette position de l’Église Évangélique du Congo qui pense que ses fidèles sont tenus de combattre les injustices sociales et doivent s’engager dans la politique massivement.
  • L’article 66 en revanche, prohibe aux ecclésiastiques tout engagement politique. « Cette prise de position, souligne Flore Badila Loupe, paraît paradoxale ou énigmatique du fait que les ecclésiastiques sont aussi des citoyens qui vivent dans une cité et qui ont des capacités potentiellement utiles en milieu politique ».

Église et politique, des relations difficiles

Dans sa présentation devant l’AG du Défap, Flore Badila Loupe souligne que « des temps immémoriaux jusqu’à la postmodernité, le rôle de l’Église dans la politique s’est avéré prépondérant. Les deux entités qui ont été instituées par le « Tout-Autre » pour emprunter l’expression de Karl Barth, ont pour mission de réguler la vie des êtres humains dans le déjà et le pas encore : l’Église et la gouvernance des hommes et des biens ». Des relations qui ont toutefois longtemps été difficiles : Flore Badila revient sur le cas français, avec la loi de la séparation du 9 décembre 1905 ayant mis fin au Concordat de 1801 ; Concordat qui associait, en France, l’Église catholique à l’État. Cette séparation ne sera officiellement acceptée par le Saint-Siège qu’en 1921. Cette séparation n’est pas autre chose que la laïcité appliquée intégralement à l’État tout entier : il n’appartient ni à l’Église de faire de la politique ni à l’État de faire de la théologie.

Mais Flore Badila Loupe souligne la difficulté de vouloir enlever toute signification politique aux actions de l’Église. Elle se réfère aux activités politiques de Jésus mentionnées par le théologien André Trocmé qui affirme qu’enlever toute prétention politique en la personne de Jésus, c’est réécrire les quatre Évangiles. Elle fait également mention d’autres théologiens à l’instar de Karl Barth s’insurgeant contre le nazisme allemand qui prône un « Führer ». Selon lui, il n’y a qu’un seul Seigneur et un seul chef, c’est Jésus-Christ. Par ailleurs, il sous-tend la position de l’Église confessante ou l’Église militante tel que mentionnée dans la Déclaration de Barmen, celle qui sort de sa torpeur, de sa neutralité, de son engrenage nouménal, de ses ornières afin de proclamer l’Évangile à toute l’humanité.

« On ne peut pas dissocier l’annonce de l’Évangile et la vie dans la société »

Selon Flore Badila Loupe, évoquer l’engagement politique de l’Église implique de reconnaître « la coopération ou la complémentarité qui est censée exister entre l’Église et la politique (…) Cette question porte sur l’enseignement de l’Église et sa pertinence ». Elle distingue deux registres du discours de l’Église sur le politique :

  • Un discours sur le politique comme tel : sa légitimité, sa nécessité, sa valeur, les conditions et exigences de l’engagement politique. Ce discours, qui s’adresse essentiellement aux fidèles s’inscrit dans l’enseignement social de l’Église.
  • Des prises de position sur divers problèmes ou sujets qui concernent la vie en société et la poursuite du bien commun : défense de la dignité et de la vie humaine, protection de l’étranger, souci des plus pauvres, solidarité, justice, paix. Bien que fondées d’abord sur des exigences éthiques, ces prises de position ont un retentissement sur un terrain politique.

Comme le souligne Flore Badila Loupe, « on ne peut pas dissocier l’annonce de l’Évangile et la vie dans la société. Le message est prêché dans la cité pour la transformation de l’individu du fait que l’Église visible se trouve dans la société ». En outre, dans le cas spécifique de la République du Congo, « il apparaît clairement que la gestion de la chose publique faite par des hommes de Dieu serait la bienvenue dans une société corrompue par des hommes politiques qui ne connaissent pas Dieu. » Flore Badila Loupe met ainsi en avant le rôle symbolique du pasteur, qui pour beaucoup de Congolais est « un repère, un indicateur de sens », en dépit de sa perte de prestige au sein de la société. Ce qui l’amène à proposer une nouvelle rédaction pour l’Article 66 des Textes fondamentaux de l’EEC, qui stipulerait : « Les ecclésiastiques en vertu de leur ministère ecclésial, doivent s’impliquer dans la gestion de la cité sans être mis en disponibilité par l’Église. Ils doivent participer à la bonne gouvernance des humains, des biens ; enseigner, pratiquer l’éthique chrétienne dans le milieu politique et assurer l’accompagnement pastoral à l’homme politique ».




Le Défap, «cadeau des Églises à la société»

Le pasteur Basile Zouma, Secrétaire général du Défap, a été invité à faire une présentation des activités du Service protestant de mission lors d’un « culte mission » à l’Espace Protestant Théodore-Monod, à Lyon. L’occasion de revenir sur l’engagement protestant du Défap, et sur ce qu’il apporte aux relations entre Églises de France et d’ailleurs.

L’affiche du « culte mission » du 5 mars 2023 à Lyon © Espace Protestant Théodore-Monod

Si le Défap est le service missionnaire commun de trois Églises ou unions d’Églises de France, il met en réalité en relation, par ses activités, ce que vivent de nombreuses Églises dans de nombreux lieux, et dans des contextes très variés. C’est ce qu’a rappelé Basile Zouma, Secrétaire général du Défap, en introduction de sa présentation faite à l’Espace Protestant Théodore-Monod de Lyon : au-delà de l’Église protestante unie de France, au-delà de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, au-delà de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France, ce que représente le Défap, ce sont « des liens et des ramifications avec des Églises partout dans le monde, que ce soit à Madagascar, au Congo, au Cameroun, au Maroc, un peu partout ». Des Églises qui « ensemble ont su tendre la main (…) pour se dire : Je suis disponible pour toi ».

Retrouvez ci-dessous l’enregistrement de la prédication du pasteur Basile Zouma, et de sa présentation du Défap lors de ce « culte mission » à l’Espace Protestant Théodore-Monod de Lyon, le 5 mars 2023.

 

 




10 ans d’Al Mowafaqa : revivez l’intégralité du colloque

À l’occasion de ses dix ans, l’institut œcuménique de Théologie Al Mowafaqa s’est penché sur les minorités religieuses en Afrique méditerranéenne et subsaharienne lors d’un colloque de deux jours. Avec la participation de membres fondateurs d’Al Mowafaqa, d’universitaires, de partenaires publics et académiques… Retrouvez l’ensemble des interventions ici en vidéo.

Colloque des dix ans d’Al Mowafaqa : de gauche à droite : Sophie Bava (IRD, Marseille), Seydi Diamil Niane (IFAN, Dakar) et Karima Dirèche (IREMAM, MMSH, Aix-en-Provence) © Al Mowafaqa

 

Les interventions du jeudi matin :

OUVERTURE OFFICIELLE
OUVERTURE DE LA PARTIE ACADÉMIQUE ET PRÉSENTATION DES TROIS PANELS
CONFÉRENCE D’OUVERTURE : FADI DAOU (FONDATION ADYAN, GLOBETHICS)

Le concept de minorités dans les discours religieux et géopolitiques contemporains : vers un changement paradigmatique risqué et prometteur.
 

 

Les interventions du jeudi après-midi :

PANEL 1 : SOURCES, GENÈSES, TEXTES DE RÉFÉRENCE OU FONDATEURS, COMMENT SE CONSTRUISENT LES MINORITÉS RELIGIEUSES ? Modération : Brigitte Cholvy (ICP, Paris) et Abderrahmane Gharioua (EDHH, Rabat)
  • Jean Koulagna (Al Mowafaqa, Rabat)
  • Fouad Ben Ahmed (EDHH, Rabat)
  • Oissila Saaidia (Lyon 2, Lumière)
  • Témoin : Jessica Abeni Komba (Al Mowafaqa)
PRÉSENTATION DU LIVRE « DIEU VA OUVRIR LA MER, CHRISTIANISMES AFRICAINS AU MAROC » de SOPHIE BAVA, BERNARD COYAULT, MALIK NEJMI

Publié aux éditions Kulte, avec Sophie Bava et Jean Landu Massembila
 

 

Les interventions du vendredi matin :

PANEL 2 : LES PERCEPTIONS : QUELS REGARDS PORTÉS SUR CE QUI SE PASSE ET SE VIT ?

Le rôle et la place des diasporas et des communautés migrantes dans les dynamiques perceptibles au Maroc, en quoi conduisent-elles à des reconfigurations ?
Les groupes minoritaires au sein des différentes traditions monothéistes, au nord de l’Afrique (Maghreb et Afrique sub-saharienne), comment définir leurs situations ? Quels défis pour les uns et les autres ? Quelle place et rôle pour les minorités de type spirituel ou mystique dans les différentes traditions ? Modération : Sara Mejdoubi (Université Internationale de Rabat) et Pierre Adimi (Université de Tanger).

  • Seydi Diamil Niane (IFAN, Dakar)
  • Karima Dirèche (IREMAM, MMSH, Aix-en-Provence)
  • Sophie Bava (IRD, Marseille)
  • Témoin : Michelle Lakpa (Al Mowafaqa)

 

 

Les interventions du vendredi après-midi :

PANEL 3 : QUELS SENS DONNER À L’EXPÉRIENCE D’ÊTRE MINORITAIRES ?

Comment une situation minoritaire peut être vécue comme une grâce donnée par Dieu, d’un point de vue de théologies chrétiennes, musulmanes ?
Modération : Rachid Saadi (Al Mowafaqa) Anouk Cohen (Centre Jacques Berque).

  • Xavier Gué (ISTR, Paris)
  • Farid El Asri (UIR, Rabat)
  • Frédéric Rognon (Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg)
  • Témoin : Christian Ntap (Al Mowafaqa)

QUESTIONS-DÉBAT

CONCLUSIONS À DEUX VOIX : PASTEUR KAREN SMITH ET CARDINAL CRISTOBAL LOPEZ ROMERO, CO-PRÉSIDENTS D’AL MOWAFAQA

 

 




Princia Stevene Nzinounou : étudier Jacques Poujol au Congo

Que peut apporter la pensée de Jacques Poujol dans le contexte du Congo-Brazzaville ? Pour Princia Stevene Nzinounou, qui fait partie de l’EEC (Église évangélique du Congo), les écrits de ce pasteur, psychothérapeute et formateur en relation d’aide pourraient bénéficier au suivi des couples au sein de son Église. Actuellement étudiante à l’UPAC (Université protestante d’Afrique centrale), elle est venue en congé-recherche en France en bénéficiant d’une bourse du Défap, pour poursuivre ses travaux sur ce thème.

Princia Stevene Nzinounou dans le jardin du Défap © Défap

Jacques Poujol est à la fois pasteur et thérapeute. Avec son épouse Claire, il exerce un ministère de relation d’aide et d’accompagnement psychologique. Formé en analyse transactionnelle, à l’aide aux victimes d’abus, mais aussi conseiller conjugal et familial, il s’emploie depuis plusieurs années à former à la relation d’aide. Il enseigne auprès de plusieurs instituts bibliques et facultés de théologie, en France et en Suisse. Par ailleurs, il anime de nombreux séminaires de développement personnel. Et il a rédigé de nombreux ouvrages sur ces diverses thématiques. Une voie mêlant foi et psychothérapie dans laquelle il s’est orienté après avoir fait le constat des souffrances dans lesquelles se débattaient de nombreux membres d’Églises, même après avoir vécu une démarche de conversion censée être libératrice…

Ces questions liées à l’accompagnement psychologique et spirituel ne sont guère abordées au sein de l’Église évangélique du Congo (EEC), où tout ce qui relève de la psychothérapie est plutôt vu avec méfiance. Or Princia Stevene Nzinounou estime que l’Église aurait beaucoup à y gagner. Originaire de République du Congo (ou Congo-Brazzaville), membre de l’EEC et étudiante à l’UPAC (Université protestante d’Afrique centrale), elle travaille actuellement à une thèse à ce sujet : « L’accompagnement psychologique et spirituel chez Jacques Poujol, un outil d’analyse dans le suivi des couples dans l’Église évangélique du Congo ».

Elle a bénéficié pour ses travaux d’une bourse du Défap, grâce à laquelle elle peut effectuer des recherches en France. Elle travaille en lien avec deux enseignants en théologie pratique de l’Institut Protestant de Théologie (IPT) : Élian Cuvillier et Nicolas Cochand. Rencontre.