Lettre de Nouvelles : Et ce n’est que le début de l’aventure

Bonjour, en bon arabe, on dit bien « Salam » !

Voilà déjà quatre semaines que je suis arrivé au Maroc dans le cadre de ma mission avec le Comité d’Entraide Internationale. Quand mon départ pour le Maroc est devenu concret, je n’arrivais pas à réaliser, jusqu’à la veille du voyage, que c’était une vraie grande décision : quitter mes amis, mes frères et sœurs en Christ, ma famille, bref, tout mon petit monde. Mais j’ai compris qu’au-delà d’une simple mission humanitaire, il y avait aussi en moi ce désir profond de découvrir comment l’Évangile se propage dans un pays où il reste encore assez limité, comme ici, au Maroc.

Le départ n’a pas été simple : un petit pincement au cœur en décollant de l’aéroport de Lyon…puis la joie en atterrissant à Mohamed V, à Casablanca. Mais cette joie n’a pas duré très longtemps : une de mes valises manquait à l’appel. Peut-être partie faire un détour par les États-Unis, ou retournée tranquillement à Lyon, qui sait ? Ce n’était pas la valise la plus importante, mais avouons-le, perdre ses affaires à l’aéroport, ce n’est jamais agréable.

J’espérais la retrouver dans les 24 ou 48 heures. Les jours ont passé : un jour, deux jours, cinq jours… toujours rien. Puis, le onzième jour, alors que je n’y croyais plus du tout, j’ai reçu un coup de fil de la compagnie : “Monsieur, nous avons retrouvé votre valise.”Quelle joie ! J’ai presque eu l’impression de revivre la parabole du fils prodigue : “Elle était perdue, et la voilà retrouvée.”

Et alors, mon intégration au Maroc ?

J’étais vraiment heureux de découvrir ce pays à la culture si riche, complètement différente de celles que je connais (la Guinée et la France). J’ai trouvé ici un peuple très actif, accueillant, mais aussi parfois méfiant envers les étrangers, surtout ceux qui ne sont pas musulmans. J’ai quand même eu l’occasion de découvrir la Médina, un véritable marché cosmopolite, avec une ambiance un peu plus africaine. On y trouve de tout : des produits purement marocains, d’autres venus d’Afrique subsaharienne, et même quelques touches occidentales.

Et dans tout ça, qu’est-ce que j’apprécie le plus ? Eh bien… la cuisine marocaine (vous vous en doutiez sûrement!) .S’il y a bien une chose qui m’aide à ne pas trop ressentir la nostalgie ni de la Guinée, ni de la France, c’est grâce à la gastronomie marocaine. Je parle surtout des plats traditionnels : les tajines, les brochettes, le Rfissa et bien sûr, le plus célèbre de tous, le couscous marocain.

Ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est que les plats marocains sont toujours très bien épicés, et ça, j’adore. Attention, je ne parle pas ici de piment, mais bien d’assaisonnement : ce subtil mélange d’épices qui donne à chaque plat sa saveur unique.

Ma mission et mon intégration au sein de l’équipe du CEI

Pour rappel, le Comité d’Entraide Internationale (CEI) est un organisme rattaché à l’Église Évangélique au Maroc, qui œuvre depuis plus de vingt ans pour l’amélioration des conditions de vie des migrants au Maroc. Le CEI intervient dans plusieurs domaines : la santé, l’éducation, la formation, L’autonomisation des femmes, distribution des kits alimentaires, et bien d’autres encore.

Et moi dans tout ça ?

En tant que Responsable national des projets, ma mission consiste à accompagner les équipes locales dans la mise en œuvre des, à établir de nouveaux partenariats, à rechercher des financements pour les projets existants comme pour les nouveaux et à rédiger les différents rapports destinés aux bailleurs de fonds…

Ce premier mois a été une véritable immersion dans l’univers du CEI : entre la découverte du bureau national, la prise en main des projets, et les visites auprès de certaines équipes locales.

J’ai déjà eu la chance de rencontrer virtuellement l’ensemble des responsables de nos équipes, et de visiter 3 équipes sur 11 sur le terrain. Vous pouvez facilement imaginer ce que cela représente en termes de déplacements ! En quatre semaines, j’ai déjà traversé le Nord, le Centre et le Sud du pays… et ce n’est que le début de l’aventure.

Ces quatre semaines m’ont aussi permis de mesurer, encore plus concrètement, à quel point le besoin d’agir pour améliorer les conditions de vie des migrants est urgent et réel. Entre les violences physiques et sexuelles subies par les femmes, la propagation des maladies sexuellement transmissibles, l’augmentation des naissances non planifiées qui mènent parfois à des abandons de nouveau-nés… la situation est bouleversante. Je pense notamment à une femme rencontrée récemment à Marrakech, qui m’a raconté avoir adopté deux enfants abandonnés par leur mère. Ce genre de témoignage ne laisse pas indifférent.

Au-delà des nombreuses conséquences de la migration clandestine, il faut aussi mentionner les refoulements de plus en plus fréquents dans plusieurs villes du pays à cause de la Coupe d’Afrique des Nations qui commence en décembre au Maroc. Tout cela accroît considérablement les besoins sur le terrain, qui deviennent chaque jour plus grands et plus pressants.

L’Église au Maroc

Tout d’abord, j’ai été agréablement surpris de découvrir de grands temples au Maroc, malgré tout ce qu’on peut imaginer de la situation de l’Église ici. Pour précision, l’Église Évangélique au Maroc est la plus grande dénomination protestante du pays. Elle existe depuis plus de 100 ans et est aujourd’hui présente dans 13 villes marocaines, ce qui, franchement, est déjà une très belle chose. En plus de l’Église Évangélique, il y a d’autres dénominations protestantes, fréquentées en grande majorité par des chrétiens subsahariens, comme c’est le cas pour la plupart des Églises au Maroc. Il y a aussi des Églises catholiques que j’aimerais bien visiter un de ces jours.

Côté surprises, je dois dire que ma première visite à l’Église Évangélique de Casablanca m’a marqué : il y avait des policiers à l’entrée ! Curieux, j’ai demandé pourquoi leur présence, et on m’a expliqué qu’ils étaient là pour protéger les fidèles et prévenir d’éventuelles intrusions de Marocains musulmans qui pourraient perturber les cultes.

Mais au-delà de ce rôle de « protecteurs », leur présence a aussi une autre fonction : empêcher tout Marocain d’entrer dans l’église, même s’il est chrétien. En effet, la loi marocaine interdit formellement à un citoyen marocain de devenir disciple de Jésus. Cette réalité pousse donc les Églises à faire très attention à toute activité pouvant être interprétée comme de l’évangélisation, sous peine d’être fermées par les autorités. Malgré ces restrictions, il existe bel et bien des chrétiens marocains.Seulement, ils vivent leur foi dans la discrétion la plus totale, souvent au péril de leur sécurité. Certains missionnaires marocains œuvrent auprès des nouveaux convertis pour les accompagner et les encourager dans leur marche avec le Seigneur. Vous pouvez donc imaginer ce que cela représente : être chrétien au Maroc, c’est déjà un défi… mais être chrétien marocain au Maroc, c’en est un encore plus grand.

Sujets de prière :

  • Prions pour l’épanouissement de l’Évangile au Maroc, afin que la lumière du Christ continue de briller malgré les défis.
  • Prions aussi pour les migrants, que Dieu suscite encore plus d’initiatives concrètes pour améliorer leurs conditions de vie.
  • Prions pour que ma mission soit une source de bénédiction, aussi bien pour les migrants que pour l’Église Évangélique au Maroc.
  • Prions afin que cette expérience m’aide à grandir spirituellement, mais aussi professionnellement.
  • Et enfin, prions pour mes nombreux déplacements, pour mes collaborateurs et pour la protection de Dieu sur ma vie ici au Maroc.

…Voilà un peu quelques nouvelles de ma part.Merci d’avoir pris le temps de me lire jusqu’au bout, et à très bientôt — Inshalah !

Fraternellement,

Daniel Bétho

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Lettre de Nouvelles : Le sumud

Créé en 2002 par le Conseil œcuménique des Églises, le programme EAPPI (Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël) mobilise des volontaires internationaux pour soutenir les Palestiniens vivant sous occupation. À Jérusalem-Est, Monique agit en tant qu’accompagnatrice œcuménique, engagée sur le terrain pour la défense des droits humains.

Ce qui caractérise les Palestiniens c’est leur volonté farouche de rester enraciné à leur terre, de rebâtir sans cesse, de continuer à produire, à améliorer la vie de leur famille et de leur communauté. Dans tous les villages menacés par les colons, frappés par les ordres de démolitions, nous rencontrons des leaders des communautés, des chefs de village, des élus des Conseils municipaux, des paysans qui chacun de leur côté font en sorte d’aider leurs concitoyens, de les défendre contre le harcèlement. Si nombre d’entre eux voient l’horizon bouché à court terme, ils puisent dans la culture millénaire de cette terre soumise à la violence de l’occupation depuis si longtemps, la force de la patience.

Beaucoup nous disent qu’en 2030, Israël sera tellement isolé qu’il devra se retirer de laCisjordanie… Pour d’autres ce serait en 2033… Peu importe, ils sont certains d’être chez eux : ils ne partiront pas, même si pour l’instant, la division politique des Palestiniens affaiblit la possibilité de perspectives claires. Cela n’empêche pas la grande angoisse qu’ils subissent de ne pas savoir ce qu’Israël prépare. Tous redoutent le pire pour la Cisjordanie.

Mohamad Ayyash

Mohamad Ayyash est un agronome qui fait partie du Conseil d’Administration de Al-Nahda Rural Society. Le village de Biddu se trouve dans une enclave de 8 villages totalement encerclés par les colonies, coupés de la Cisjordanie parce que se trouvant de l’autre côté du mur et de Jérusalem par les checks-points. Pour y accéder, il faut prendre des tunnels et des routes clôturées. Une réalité kafkaïenne! 16 villages se trouvent dans cette zone qui sont divisés en deux enclaves : celle de Biddu (8 villages) et celle de Bir Nabala ( 6 villages) Plus le village de Beit-Iksa et celui de Nabi Samuel., totalement isolés Plus de 60 000 personnes se retrouvent, depuis la construction du mur de l’apartheid, séparées de ce qui était leur centre de vie : Jérusalem.

La route qui y menait en quelques minutes est fermée par le check-point de Al-Jeeb qui n’est emprunté que par les habitants de Nabi Samuel pour se rendre à Ramallah et par des diplomates. Des portes de différentes couleurs ont été installées à l’entrée de chaque village qui peuvent être fermées à tout moment. Le mur et les colonies séparent les fermiers de leurs champs, qui se trouvent en zone C, auxquels ils n’ont accès que deux ou trois fois par an. Des drones israéliens survolent les terres et prennent des photos ; si elles semblent non cultivées, elles tombent sous le couperet de la loi des absents et au bout de 3 ans deviennent terres de l’Etat d’Israël selon une vieille loi ottomane. Heureusement, la majorité d’entre-elles sont couvertes d’oliviers qui ne meurent jamais et résistent malgré l’absence d’entretien régulier. Ce n’est pas pour rien que l’olivier est le symbole de la Palestine !

Aider les fermiers à rester sur leurs terres en leur permettant d’améliorer leur revenu et leur production c’est le but de Al Nahda qui veut dire « renaissance » et qui intervient dans tout le nord-ouest de Jérusalem. Elle aide à replanter des oliviers, à fournir des plants pour le maraichage, à produire du compost organique. 20 000 oliviers ont ainsi pu être replantés. 50 à 60 fermiers reçoivent de l’aide dans chaque village. Les femmes sont incitées à s’organiser pour produire des conserves de tomates, des confitures, du zaatar et fabriquer des savons. Al Nahda les aide à les vendre leur procurant ainsi un revenu. Malgré les violences de l’armée et des colons, les destructions de maisons, l’absence de travail, ces paysans cultivent ainsi l’espoir.

BEIT IJZA

BEIT IJZA fait partie de cette enclave : Sadaat habite avec ses parents, sa femme et ses quatre enfants, dans sa maison cernée par les colonies à deux mètres de chez lui. Enfermé entre des barbelés, des grilles, le mur qui passe sous sa propriété, il vit en permanence sous l’oeil des caméras. Les colons lui ont pris 4 ha de ses terres sur les 10 qu’il possédait. Il ne peut aller travailler ses oliviers que l’on voit pourtant de l’autre côté des grilles, qu’en empruntant une longue route jalonnée de check-points et de tunnels ; et encore, il n’a l’autorisation de s’y rendre que deux ou trois fois par an!

Après le 7 octobre, la grille qui transforme sa maison en prison était fermée en permanence et il devait demander l’autorisation des forces de sécurité israélienne pour pouvoir sortir. Il devait attendre parfois 2 ou 3 heures avant qu’ils ouvrent. En février dernier, sa mère était malade et devait se rendre en urgence à l’hôpital. Ils ont refusé d’ouvrir. Sadaat a alors détruit la grille pour sortir. Depuis, il peut l’ouvrir mais doit toujours la refermer. Cet homme à qui on retire la liberté de circuler, dont les enfants sont harcelés par les colons, cet homme affiche une telle sérénité souriante que je lui demande où il puise sa force. Sa réponse est aussi simple : « On est là ! Ce sont eux qui partiront, pas nous ! » Et malgré toutes les pressions, les offres d’argent et d’un passeport pour se rendre dans un autre pays, il restera.

HIZMA

Nous y rencontrons Faysal, un combattant de la paix et du dialogue avec les Israéliens. Il a fait 11 années de prison au moment de la 1ère Intifada. « J’y ai vu des choses terribles ». Il raconte comment les soldats viennent dans le village la nuit. Ils défoncent les portes, entrent dans les maisons, pénètrent dans les chambres avant que les femmes aient eu le temps de s’habiller, ils volent l’argent et les bijoux (corroboré par plusieurs témoignages fiables et dans plusieurs endroits différents). La journée, ils ferment parfois les portes (barrières) et personne ne peut sortir. Le pire ce sont les colons qui mettent le feu aux bâtiments agricoles, et qui ont tué trois personnes il y a deux mois « C’est contre le droit international. Nous voulons seulement être comme tout le monde. Pouvoir circuler librement, pouvoir travailler…Quand vous n’avez pas de quoi nourrir vos enfants, qu’est-ce qu’on peut faire ? La violence est la réponse de l’impuissance ! Avant je croyais en deux Etats avec des frontières ouvertes, sans murs, sans check-points. Je voudrais un seul État laïc et égalitaire, ne pas y mêler la religion. Un État normal où on puisse vivre normalement! »

KHAN AL AHMAR

Khan Al Ahmar est un village bédouin sous le couperet d’un ordre de démolition dans le cadre du plan E1 (cf. Lettre n°1). Rencontre avec Iman, une jeune fille de 20 ans. Elle se sent menacée par les colons dont L’avant poste surplombe la communauté. Ils viennent encore de placer trois caravanes supplémentaires. « Avant je pouvais aller à l ’école à Jéricho seule avec le bus. Mais il n’y a plus d’arrêt de bus. Il faut attendre des heures et la route est très dangereuse. Les colons font des rondes, écrivent dans le village des slogans sur les voitures : « Mort aux Arabes ! » Elle a dû arrêter ses études. Elle aurait voulu être puéricultrice. « C’est comme un verrou. Quelques filles de la communauté sont diplômées pour enseigner mais elles ne trouvent pas de travail. « Nous n’avons rien à faire de nos journées. C’est comme une prison. Je ne peux faire aucun projet de vie. »

FARKHA

Farkha se situe dans le Nord de Ramallah, c’est le premier village écologique de Palestine. Un village solidaire qui accueille trois familles de Gaza qui ne peuvent pas rentrer chez elles. Dans ce village pilote, de 1800 habitants, depuis 2019, les colons veulent confisquer 100 ha en zone C, en application d’un décret de confiscation des terres datant de 2002. Un fermier du village qui voulait réhabiliter sa terre a été agressé par les colons et ses arbres arrachés. Plusieurs familles ont été battues et harcelées et 5 familles de Bédouins qui vivaient ici depuis 25 ans ont été chassées.

Depuis longtemps le village organise l’été, un Festival International où des volontaires de tous les pays viennent travailler à réhabiliter les terrains. Les colons sont venus détruire les terrasses qu’ils avaient construites. Ils ont volé pour 20 000 shekels de matériel. Le lendemain, les jeunes sont revenus réaménager les terrasses. Les soldats leur ont signifié qu’il était interdit de travailler la terre et ils les ont frappés. Depuis le 7 octobre, la répression s’est encore aggravée. Un bulldozer est venu creuser une route qui va de la colonie à la source du village qui se trouve pourtant en zone B et qui alimente 40% de l’eau utilisée par le village..Ils ont installé des tuyaux pour capter l’eau de la source dans une citerne. Ils ont interdit à l’employé de la mairie de mettre en route la pompe et d’utiliser les panneaux solaires. Ils ont détruit le toit de la source pour pouvoir se baigner dans le bassin. Ils ont installé une vingtaine de bungalows en zone C et installé l’eau et l’électricité pour créer un avant-poste. Ils ont installé des bergers, armés, avec des brebis pour les faire pâturer y compris en zone A. Se rendant compte qu’isolés, les fermiers ne pouvaient pas se défendre, avec le soutien de la municipalité, ils ont décidé de s’organiser pour intervenir collectivement pour défendre leurs terres. Ainsi les colons n’osent pas intervenir. Ils ont mis en place un système d’entraide pour clôturer les champs, les entretenir et restaurer les terrasses. Ils se sont réapproprié la source. 200 volontaires ont bétonné le toit et protégé l’espace… Pendant la cueillette des olives, ils ont organisé la présence par roulement d’internationaux, d’Israéliens dont les rabbins pour la défense des droits humains, du PC israélien et d’autres mouvements anti-coloniaux.

Depuis 2015, sous l’impulsion de Baker, ancien maire du village, ils ont développé avec l’aide d’une ONG suisse, du Luxembourg, de collectivités françaises, et des Agronomes Arabes un projet pilote de ferme pédagogique. L’idée étant de démontrer et d’enseigner à des étudiants, qu’avec peu de terre, on pouvait produire ce qu’il fallait de manière biologique. Ils ont réhabilité deux citernes très anciennes, planté du zaatar, de la sauge, des oliviers, des vignes, des amandiers, des piments, des haricots, des légumes, des pommes de terre, et même du blé. Tout cela sur 125m2. Le travail repose sur le bénévolat, les bénéfices sont réinvestis dans la ferme et permettent de dégager un salaire. La coopérative des femmes produit des conserves. Les trois familles réfugiées de Gaza ont le droit de travailler dix jours par mois sur la ferme et peuvent ainsi se procurer un petit revenu. Par un échange de savoir-faire, ils sont en train de concevoir un écosystème novateur pour l’agriculture palestinienne, menacée par la colonisation et la domination des produits israéliens.

AL WALAJA

Maison d’Omar… Les cerisiers qui avaient été plantés, grâce à la solidarité de l‘Association France Palestine Solidarité et au travail volontaire, pour permettre à Omar de rester sur sa terre complètement bouclée par le mur, sont mystérieusement atteints d’une sorte de cancer qu’aucun agronome ne connait… Omar suspecte une action des Israéliens pour tuer les plantations de l’espoir. « Comment parler de non violence face à de telles violences ? » nous demande t’il, avec ce calme sidérant qui caractérise les Palestiniens.. Aujourd’hui, les gens n’osent plus se rendre sur leurs terres, les jeunes ne veulent plus aller à l’affrontement, ils ont peur de la prison ou de témoigner par crainte des représailles des colons et des soldats qui les protègent. « Ce matin, encore, ils ont arraché 20 arbres. Et pourtant, la non-violence est la solution pour notre lutte, ajoute Munther. Il faut rester sur notre terre, sinon ils la prennent ! Le sumud c’est contribuer à créer de l’espoir. » C’est ce que fait Munther au Centre de Jeunes du Camp d’Aïda à Bethléem. « En leur donnant une formation en informatique ou par la musique, ou par le foot on propose un espace de sécurité, on crée de la vie et des possibles pour leur avenir. »

Par ces quelques témoignages, je voudrais vous montrer à la fois la violence destructrice de la colonisation mais aussi, la résilience des Palestiniens, leur capacité à construire des chemins de vie et d’espoir. La société palestinienne est vivante. C’est leur force et leur avenir.

Monique

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Lettre de Nouvelles : Un jour nous serons ce que nous voulons

Lancé en 2002 par le Conseil œcuménique des Églises, le programme EAPPI envoie des volontaires auprès des Palestiniens confrontés à l’occupation. Sur le terrain, Monique est accompagnatrice œcuménique à Jérusalem Est. Depuis plus de 50 ans, Monique milite pour les droits des Palestiniens, notamment au sein de l’AFPS. Elle a réalisé plus de 20 missions depuis la première Intifada, témoignant de la violence de l’occupation et de l’expansion des colonies. En devenant accompagnatrice œcuménique, elle veut protéger les populations sur place et sensibiliser, en France, pour une paix juste et durable

Cela fait trois semaines que je suis en Palestine. Pour cette mission EAPPI-100, nous sommes 16 EAs(accompagnateurs œcuméniques) venant d’Europe : Norvège, Danemark, Royaume-Uni, Irlande, Allemagne, Suisse, France. Nous sommes deux français: Cyrille et moi-même. La grande majorité très jeune (25-35 ans). Je suis la plus vieille et je peux vous dire que je sens le poids de l’âge et constate que je n’ai plus la belle énergie de cette jeunesse. J’ai donc un double handicap, puisque s’ajoutent mes grandes difficultés avec l’anglais. Ceci est important dans la vie quotidienne et les échanges avec l’équipe dont je fais partie. Heureusement je comprends les Palestiniens, mais j’ai du mal avec les accents suisse, britannique et norvégien. Et je ne vous parle pas de l’accent irlandais…Après une semaine de formation pour tout le groupe réuni, les 16 EAs ont été répartis en quatre placements: Jerusalem, Bethléem, Jericho et le sud d’Hebron (Masafer-Yatta). J’ai été placée à Jerusalem-Est. Nous sommes donc une équipe de quatre personnes : un Suisse, un Britannique, une Allemande et moi. Nous habitons un appartement situé sur le Mont des Oliviers d’où nous avons une vue panoramique sur l’Esplanade des Mosquées, le Dôme du Rocher et le Mont Scorpus. La planification du travail est très complexe : notre tâche prioritaire est de veiller à l’accompagnement des élèves qui vont en classes, de visiter régulièrement les différentes communautés bédouines et villageoises menacées par les colons ou qui ont reçu des ordres d’expulsion. Elle est également d’être réactifs aux ordres de démolition afin de documenter les faits très précisément sur le hub de EAPPI qui seront transmis à Genève et aux instances internationales. Nous devons être observateurs tous les vendredis aux checks-points qui contrôlent l’entrée des croyants qui vont prier à la Mosquée Al Aqsa et documenter de manière très précise les violations des droits commis par les forces armées israéliennes. Une large part du travail consiste à contacter différentes institutions, églises, ONG, afin d’approfondir notre connaissance de la situation subie à Jérusalem, de signaler notre présence et de marquer notre solidarité.

La colonisation de Jérusalem Est : le plan E1

Quand je parle de Jérusalem, il s’agit du grand Jérusalem tel qu’il a été défini par la puissance occupante qui s’étend sur 71 km2 et qui englobe les 16 colonies illégales construites depuis 1967 sur le territoire palestinien.

Le sujet central qui mobilise les Palestiniens et les communautés aujourd’hui, c’est le projet E1, qui coupera définitivement la Cisjordanie en deux parties Nord-sud. Approuvé par Israël le 20 août, il s’agit d’un important projet de colonisation dans une zone de la Cisjordanie occupée qui menace la viabilité d’un futur État palestinien.

Israël nourrissait depuis longtemps l’ambition de construire sur cette parcelle d’environ 12 kilomètres carrés, connue sous le nom de E1, à l’est de Jérusalem, mais le projet était bloqué depuis des années en raison de l’opposition internationale. Aujourd’hui, rien n’arrête Netanyahu et son gouvernement d’ultras qui prévoit la construction de quelques 3400 logements afin d’achever la jonction entre les colonies de Pisgat-Ze’ev au Nord-Est de Jérusalem et la colonie de Ma’ale-Adumim à l’est ; une route réservée aux colons rejoindra la vallée du Jourdain. Elle sera interdite aux Palestiniens qui devront prendre une nouvelle route avec des tunnels qui passeront sous les colonies et de nouveaux checks-points. 22 communautés bédouines devront être expulsées (environ 3000 personnes dont 500 enfants).

E1 acte la division de la Cisjordanie occupée en zones isolées et en cantons déconnectés les uns des autres, les transformant en véritables prisons, où les déplacements ne seront possibles qu’en passant par les check-points israéliens, entièrement électroniques et sous la terreur des milices armées des colons. Ces jours-ci, l’armée est en train de placer des portes à toutes les entrées des villes et des village: plus de 1370 en trois mois. Il suffira de fermer ces barrières pour emprisonner toute la population. De nouvelles cartes d’identité magnétisées, avec tous les renseignements sur la personne, vont être remises aux Palestiniens de ces zones ce qui assurera un fichage parfait. Ce projet qui se rajoute à tous les plans d’annexion (Israël possède plus de 87% de la superficie de Jérusalem) et de fragmentation du territoire palestinien, dessine une réalité kafkaïenne pour les Palestiniens dont le quotidien est profondément insécurisé et sous contrôle. Partout les avant-postes de colons, constitués de mobilhomes se démultiplient de jour en jour.

Des villes entières sont encerclées par les colonies, les routes, le mur, les check-points, les portes qui leur rendent le quotidien impossible. 15 000 personnes se retrouvent quasi sans identité, car elles se trouvent en dehors de Jérusalem mais également de la Cisjordanie, côté israélien du mur. Des quartiers comme Kufr-Aqab eux, font partie de Jérusalem alors qu’ils se trouvent côté palestinien du mur.

Après le 7 octobre, 623 structures ont été détruites, 274 buildings, 129 auto-démolitions par les Palestiniens qui doivent détruire eux-mêmes leurs maisons pour ne pas avoir à payer le bulldozer et les déplacements de l’armée israélienne. La puissance occupante s’appuie sur la loi pour justifier ces destructions : comme Israël n’accorde pas de permis de construire, à Jérusalem-Est comme en zone C, les Palestiniens pour continuer à se loger quand la famille s’élargit, construisent malgré tout.

Tragédie et résilience des communautés bédouines.

C’est d’ailleurs une pratique courante d’Israël que d’instrumentaliser les lois. Depuis les années 1970, quand le régime israélien a doublé la superficie de Jérusalem, il a aussitôt étatisé les terres et par un tour de passe-passe dont il a le secret, les Bédouins qui vivaient là depuis 1948, après qu’ils furent expulsés du Neguev-Naqab, sont devenus, selon la loi israélienne, des « colons » vivant illégalement sur leurs terres qui appartiennent désormais à l’Etat d’Israël ; ils sont donc possiblement expulsables. Tout cela en violation du droit international qui considère Jérusalem-Est comme faisant partie des territoires occupés illégalement par Israël. Leur inquiétude est palpable notamment concernant ces nouvelles routes qui devraient les enfermer encore un peu plus.

Nous avons visité régulièrement les villages menacés de Khan El Amar, de Nabi Samuel et de Jamal el Baba. Il est prévu de visiter d’autres villages. Tous subissent l’effrayante pression des colons et de l’armée qui les protège systématiquement, avec l’angoisse, l’insécurité, les menaces physiques et psychologiques, le vol des troupeaux, la destruction de leur habitat et des biens publics : écoles, jardin d’enfants, mosquées, citernes d’eau…

À ce triste tableau, il faut ajouter leur économie détruite. Comme les colons les empêchent de faire transhumer leurs troupeaux, ils sont obligés d’acheter très cher la nourriture pour leurs bétail. Pour trouver des subsides, ils vendent des bêtes et perdent du capital. Les femmes qui auparavant allaient vendre le lait et les fromages sur les marchés de Jérusalem ont désormais interdiction de faire rentrer dans la ville des produits alimentaires. Pour elles, double peine : perte de revenu et perte du petit peu d’autonomie qu’elles gagnaient par le produit de leur vente. Dans les villages, c’est le chômage de masse qui frappe les habitants depuis le 7 octobre puisqu’ils ne peuvent plus aller travailler en Israël. Et ils sont interdits d’aller travailler sans permis leurs champs qui sont de l’autre côté du mur ou en zone C.

« Un jour nous serons ce que nous voulons » (M.Darwich)

Dans ces communautés, nous y rencontrons des leaders impressionnants de résilience et de combattivité digne et non violente. Quel contraste entre la persécution subie, cette volonté absolue de les harceler, de les étouffer pour les forcer à quitter leur terre et cette ténacité dont ils font preuve pour s’accrocher à leur terre, quoiqu’il en coûte : le sumud comme ils l’appellent !

Dans cette situation particulièrement difficile, en l’absence de perspectives immédiates, les leaders des communautés ou de la résistance populaire veillent à créer des espaces de sécurité, à aider les jeunes à se procurer des revenus, à offrir des cartables pour que les enfants aillent à l’école, à créer de la vie par l’art ou la musique…En résumé, créer de l’espoir. C’est aussi notre rôle d’EA de les accompagner.

Demain, nous allons commencer à rencontrer les femmes des villages mentionnés. Leur vie, dans ce contexte de violence exacerbée, est encore plus difficile. Arena, au sourire rayonnant, qui vit sur des terres menacées par la colonie d’Efrat dans la région de Bethléem, raconte ses peurs permanentes pour ses enfants. Elle se dit dans « la mâchoire du monstre ». La nuit des drones prennent des photos. Un jour qu’elle travaillait dans ses vignes, elle a été suivie par un drone muni d’une arme. Jusque dans les toilettes, ils peuvent filmer. « Nous sommes en permanence sous leur regard. Moi je veux bien vivre avec eux mais pas comme ça. Vivre en paix, avec les mêmes droits! ». Je termine par ces paroles très fortes de Attalah, un responsable du village de Jamal Al Baba: « Je n’ai rien contre les juifs. Je lutte contre l’occupation. Nous bédouins, voulons seulement vivre en paix sur notre terre. » Et de conclure, qu’il nous faut faire pression sur nos gouvernements pour qu’ils appliquent des sanctions contre Israël. « Il faut stopper les plans de transfert ».

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Lettre de Nouvelles : Mon aventure se poursuit en 2025

Cela fait déjà un an que Believe est Volontaire de Solidarité Internationale de réciprocité à Marseilles. Auprès de l’association diaconale protestante Marhaban, elle a pour objectif de soutenir l’éducation à la citoyenneté responsable et à la solidarité en quartier prioritaire. Dans cette lettre de nouvelles, elle revient sur les activités effectuées dans ce cadre pendant l’été dernier.

Les activités ont repris avec entrain en ce début d’année 2025. Quelle joie de retrouver l’équipe et les familles après les congés de Noël ! Même si affronter le froid hivernal pour aller travailler n’était pas facile, je me suis rappelée les raisons de ma présence ici. Cela m’a motivée à sortir du lit chaque matin, malgré l’envie de rester bien au chaud.

L’hiver a filé rapidement, marqué par des moments précieux. J’ai eu l’honneur d’accueillir chez moi une autre volontaire de la Délégation Catholique pour la Coopération, rencontrée lors de notre formation de départ au Togo, avant notre arrivée en France pour nos missions respectives. Avec un autre ami, nous avons exploré la Côte d’Azur et bien sûr Marseille. Ce trimestre s’est merveilleusement terminé par la célébration de mon anniversaire, entourée de celles et ceux qui sont devenus ma famille ici : à l’association, à l’église ou encore dans un club de jeunes.

Au début du mois d’avril, une activité hors du commun a particulièrement retenu mon attention : un atelier sur les huiles, organisé avec une association partenaire. Lors d’une dégustation à l’aveugle, les participantes devaient deviner les types d’huiles proposées. Un exercice inédit pour moi ! Ce moment a donné lieu à de nombreux échanges autour des bienfaits, des inconvénients et des conseils d’utilisation de ces produits.

Peu après, j’ai eu l’immense joie d’assister à la remise de diplôme de ma sœur. Bien que ma famille n’ait pas pu faire le déplacement, j’étais fière de la représenter. Quelques jours de congés m’ont ensuite permis de visiter d’autres proches et de retrouver Audrey, une volontaire du Defap, à Strasbourg. Ces retrouvailles m’ont fait découvrir Soulz-la-Forêt, une ville magnifique, et renouer avec certaines habitudes de chez nous.

De retour à Marseille, les ateliers de confiture ont débuté grâce à des dons de fruits. Ces moments conviviaux nous ont permis de générer un peu de revenus pour soutenir les projets de l’association, tout en renforçant les liens entre les participantes dans une ambiance chaleureuse.

Dire au revoir à une collègue a été un moment difficile, mais nous avons célébré son départ avec reconnaissance pour le temps partagé. Un autre projet enthousiasmant a vu le jour : cultiver nos propres produits dans un champ à Aubagne, non loin de Marseille. C’est gratifiant de savoir d’où provient une partie de ce que nous consommons !

L’été est arrivé à grands pas, avec son lot d’activités et de sorties très appréciées par les familles. Malgré la fatigue due à la canicule, la saison s’est bien terminée. J’ai eu le plaisir de recevoir la visite d’Audrey, puis de Tabitha – une autre volontaire du Defap – avec qui nous avons partagé de beaux moments de retrouvailles culturelles et d’échanges enrichissants.

La rentrée s’annonce intense, avec de nombreux projets à mener à bien. Je suis impatiente de découvrir ce que les fêtes de fin d’année me réservent pour cette deuxième année en France.

Enfin, je tiens à exprimer toute ma gratitude : à ma mère pour son soutien indéfectible à distance, à mon équipe, aux paroissiens de mon église, à mes amis, et à toutes celles et ceux qui contribuent, de près ou de loin, à la réussite de cette belle mission.

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Accompagner et témoigner : la mission des volontaires français avec EAPPI

Depuis plus de cinquante ans, l’occupation israélienne transforme la vie quotidienne des Palestiniens. En Cisjordanie, plus de 60 % du territoire leur est interdit, et près de 600 points de contrôle restreignent leurs déplacements. Parallèlement, environ 630 000 colons israéliens se sont installés dans des implantations, occupant terres et ressources, souvent au prix de tensions et de violences. Dans ce contexte d’injustice et de vulnérabilité, des femmes et des hommes venus du monde entier s’engagent à leurs côtés, à travers le Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et Israël (EAPPI). Leur mission : offrir une présence protectrice et témoigner de la réalité vécue par les Palestiniens.*

Un programme œcuménique au service de la paix

Le Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et Israël (EAPPI) a été lancé en 2002 par le Conseil œcuménique des Églises, en réponse à l’appel des Églises de Jérusalem. Sa vocation : envoyer des volontaires internationaux aux côtés des populations palestiniennes confrontées aux conséquences de l’occupation.

Depuis sa création, plus de 2 000 volontaires issus de 21 pays ont participé au programme. La France y contribue activement : 26 accompagnateurs œcuméniques français ont déjà vécu cette expérience et partagé, à leur retour, un témoignage précieux auprès du public et des décideurs.

Pendant trois mois, les accompagnateurs œcuméniques (Ecumenical Accompaniers, EAs) vivent au rythme des communautés locales. Ils participent à des missions très concrètes : accompagner les enfants vers l’école, se tenir aux check-points pour observer les conditions de passage, soutenir les paysans et bergers menacés lors de leurs activités, ou encore être présents lors de démolitions de maisons et de risques d’expulsion. Leur présence non-violente permet de dissuader les abus, de soutenir moralement les familles et de témoigner à l’international de la réalité du terrain.

Mais leur rôle ne s’arrête pas là. De retour dans leur pays, les accompagnateurs deviennent des témoins privilégiés. Ils partagent leur expérience à travers des conférences, des articles, des débats publics et des interventions auprès d’Églises, d’associations ou d’établissements scolaires. Ils participent également à des actions de plaidoyer auprès des institutions et des élus, afin de sensibiliser à la situation en Palestine et d’encourager des politiques respectueuses du droit international. Leur engagement se prolonge donc bien au-delà de la mission, en contribuant à faire entendre la voix des Palestiniens et à mobiliser la société civile pour une paix juste et durable.

Le Défap : soutien et suivi des volontaires depuis la France

Depuis 2012, à la demande de la Fédération protestante de France (FPF), le Défap assure la gestion des envois d’accompagnateurs français dans le cadre du programme EAPPI. Il prend en charge le suivi administratif des candidats, leur sélection et préparation avant le départ, en s’appuyant sur le programme de formation international d’EAPPI, commun à tous les participants venus de différents pays. Le Défap coordonne également le soutien logistique et financier : chaque mission coûte environ 10 000 €, dont la moitié est prise en charge par le Défap et ses partenaires, et l’autre par le volontaire via la mobilisation de son réseau. Enfin, le Défap veille à ce que l’expérience ne s’arrête pas au retour : il encourage les anciens accompagnateurs à devenir des témoins actifs, en partageant leur vécu, en animant des conférences et en contribuant au plaidoyer pour une paix juste et durable.

En 2023, Marylin, membre d’une équipe d’accompagnateurs œcuméniques témoignait, « Ils [les palestiniens] nous disaient : « Vous êtes nos yeux, notre bouche, vous pouvez témoigner ; quand vous rentrerez dans vos pays, parlez de ce que nous vivons. » Ils savaient que nous ne pouvions pas changer leur situation sur le moment même – même si parfois, notre seule présence pouvait contribuer à améliorer un peu leur sécurité. Mais l’essentiel, pour eux, c’était qu’il y ait des témoins de ce qu’ils vivent ».

En raison de l’aggravation du conflit en 2023, le programme a dû être suspendu, et aucun volontaire français n’a pu être envoyé cette année-là. Aujourd’hui, deux nouveaux accompagnateurs français s’apprêtent à partir en mission, marquant ainsi la reprise de la présence française sur le terrain.

En accompagnant les communautés palestiniennes, les volontaires du programme EAPPI portent leur vécu au-delà des frontières. Durant les trois prochains mois, les deux nouveaux volontaires français contribueront à rappeler à la communauté internationale l’urgence d’un avenir fondé sur le droit et la dignité.

*Nations Unies, Faits et chiffres sur la question de Palestine, disponible sur : https://www.un.org/unispal/fr/faits-et-chiffres/En France, le Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël (EAPPI) est coordonné par la Fédération protestante de France en partenariat avec le Défap et l’Action chrétienne en Orient. Il bénéficie également du soutien financier des Amis de Sabeel France, du CCFD-Terre Solidaire, de la Cimade, de Pax Christi et du Secours Catholique. »




Lettre de Nouvelles : À mi-chemin entre cuisine et rencontres

Audrey vient du Togo et réalise un service civique en réciprocité à Bischwiller, en Alsace. Depuis plusieurs mois, elle s’investit avec énergie et créativité dans un foyer pour adultes en situation de handicap mental. À mi-parcours de sa mission, elle partage avec nous cette aventure humaine riche en découvertes et en défis relevés. Entre ateliers culinaires inspirés de sa culture et rencontres marquantes, Audrey nous raconte comment cette expérience la transforme, jour après jour.

Le soleil est de retour, et avec lui, ma bonne humeur ! Mon énergie déborde et la vie reprend des couleurs !

 Me voilà déjà à mi-parcours de mon service civique, et j’ai l’impression que le temps a filé entre rencontres, découvertes et défis relevés.

Ces derniers mois ont été particulièrement enrichissants. En plus de mes missions quotidiennes auprès des résidents du foyer, j’ai eu la chance de développer deux projets qui me tiennent à cœur. D’abord, le bar exotique, une fois par mois, qui invite à la découverte gustative à travers des sirops maison inspiré des saveurs d’Afrique. Ensuite, l’atelier “Voyage culinaire”, où je propose des plats africains aux résidents, leur offrant une fenêtre sur ma culture à travers des recettes chaleureuses et pleines de saveurs. Ces instants de partage autour de la cuisine sont devenus de véritables rendez-vous de découverte.

Dans cette aventure, je ne suis pas seule. J’ai eu la chance d’être accompagnée par Gaëlle, une collègue bienveillante, attentive et pleine d’énergie, qui m’a énormément aidée à m’intégrer, à croire en mes idées et à les concrétiser. Travailler à ses côtés, c’est se sentir soutenue, écoutée et encouragée au quotidien. Sa présence a joué un rôle essentiel dans mon épanouissement ici.

Un moment particulièrement agréable a été la visite de Believe,  que j’ai eu le plaisir d’accueillir. Pouvoir lui partager un peu de mon quotidien, lui faire découvrir mes activités, et simplement échanger entre volontaires, m’a fait beaucoup de bien. Ça m’a rappelé que, même loin de chez soi, on forme une grande famille solidaire.

Aujourd’hui, je me sens plus confiante, plus ancrée dans ma mission. Ce parcours m’apprend l’humilité, la patience, mais aussi la richesse des liens humains. À tous ceux qui hésitent à se lancer dans un service civique : foncez. Vous reviendrez changés, grandis, et le cœur plus ouvert que jamais.

Votre dévouée,

AudreyTélécharger la lettre




Lettre de Nouvelles – Un chemin d’engagement

Après avoir terminé ses études de droit, Lucie, 24 ans, s’apprête à vivre dix mois de volontariat au Caire dans le cadre d’un service civique international. Entre cours de français dans une école bilingue et soutien scolaire auprès de jeunes filles, elle partage dans cette première lettre les motivations qui l’ont poussée à s’engager, ses attentes… et ses quelques appréhensions avant le grand départ.

Salut ! Je m’appelle Lucie, j’ai depuis peu 24 ans. Je viens de terminer mes études de droit, et je m’engage dans un volontariat service civique international au Caire pour une durée de dix mois.

Ma mission sur place se déclinera sur deux volets, tous deux à visée éducative : l’enseignement du français à des élèves d’une école bilingue d’une part, et du soutien scolaire prodigué à des jeunes filles dans un foyer d’autre part. Ma candidature a été motivée par plusieurs facteurs. Le premier, c’était la volonté d’aider une cause m’étant chère, à savoir la participation, à mon humble échelle, à la lutte contre l’inégalité d’accès à l’éducation, liée aux fortes disparités socio-économiques entre enfants en Egypte. Cet aspect se retrouve surtout dans la mission de soutien scolaire aux jeunes filles de Fawler. Le second facteur fut mon attrait pour le voyage, la découverte d’une culture dont je ne connais rien, si ce n’est l’idée que je me fais d’un pays aux couleurs chaudes et aux mille histoires.

J’attends de cette expérience tout ce qu’une expérience de bénévolat peut apporter, à savoir une ouverture sur l’autre, guidée par le don de soi, et, plus globalement, un enrichissement personnel, une prise de maturité nourrie par la réciprocité entre ce que je vais donner et ce que je vais recevoir. Mais j’attends aussi, assez paradoxalement, une multitude de choses que je ne peux prévoir, découlant peut-être d’une rencontre, d’un moment partagé, d’une leçon… Une expatriation ne se fait pas sans quelques craintes… Les miennes consistent principalement à questionner ma compétence à enseigner, et ainsi à transmettre aux élèves ma langue d’une manière pédagogique. Mais j’ai aussi la peur de la solitude sur place, loin de mes proches, plongée dans une culture qui n’a rien à voir avec la mienne. Malgré cela, j’ai plus que hâte de vivre cette aventure qui sera, en tout cas, très enrichissante sur le plan humain, professionnel et personnel.

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Lettre de Nouvelles – Mission pas si impossible

À la suite de la formation des volontaires organisée début juillet, Mamadou, 26 ans et originaire de Guinée, s’apprête à rejoindre le Bénin pour une mission de Volontariat de Solidarité Internationale. En tant que chargé de communication et du développement des ressources au CIPCRE, il mettra ses compétences au service d’une ONG engagée auprès des communautés locales. Dans cette première lettre de nouvelles, il revient avec humour et sincérité sur son parcours, ses engagements, ses motivations… et sur le chemin (parfois inattendu) qui l’a conduit jusqu’ici.

Je m’appelle Mamadou Lamarana SOW, mais tout le monde ici m’appelle Mamadou. J’ai 26 ans et je suis originaire de la Guinée dont la capitale est Conakry et non de la Guinée-Conakry comme disent certains :). Je pars pour le Bénin en tant que VSI au poste de Chargé de communication et du développement des ressources au CIPCRE : Cercle International pour la Promotion de la CRÉation. C’est une ONG internationale de droit camerounais et d’obédience protestante qui aide les populations locales, notamment les agriculteurs et artisans à s’autonomiser en leur donnant les compétences et outils nécessaires à l’amélioration de leur activité et de leurs conditions de vie.

J’ai une Licence et un Master en Communication avec une spécialisation dans le web marketing. Actuellement, je travaille à mon compte en tant que Traffic Manager et je donne des cours de français et de maths à domicile au niveau primaire et collège. Si c’est la première fois que vous entendez le mot Traffic Manager, pas de panique ! Moi-même, je ne le connaissais pas avant de commencer mon Master, c’est-à-dire il y a à peine trois ans. Pour le définir simplement, il s’agit de la publicité en ligne et de la création de contenu pour les réseaux sociaux ou sites web d’une organisation.

Par ailleurs, j’ai toujours été engagé pour des causes sociales et sans que je ne sache vraiment pourquoi, on m’a toujours nommé à des postes qui s’apparentent de près ou de loin à la communication. À 17 ans, en classe de seconde, j’ai adhéré à une association de jeunes de mon village pour la première fois. Et déjà à l’époque, j’occupais le poste de chargé à l’information parce que les gens trouvaient que je “parlais bien français”. Une nomination qui s’est révélée prémonitoire pour la suite de ma carrière. Entre septembre 2022 et aujourd’hui, j’ai successivement occupé, à titre bénévole, les postes de Secrétaire général et de chargé de communication pour l’Association des Jeunes et Étudiants Guinéens du Rhône (AJEGUIR), et de chargé de communication pour l’Association des Jeunes Guinéens de France (AJGF). Ces expériences enrichissantes ont été un tremplin pour moi afin de mettre en pratique mes compétences apprises à l’école, et surtout, de me faire un réseau d’amis personnels et professionnels.

En termes de personnalité, je me définirais comme étant quelqu’un de jovial, loyal en amitié et passionné dans ce que je fais. J’essaye toujours de mêler l’utile à l’agréable. Quand quelque chose est utile, j’essaye de le rendre agréable avec une dose d’humour comme le ton de cette lettre, et quand quelque chose est agréable, j’essaye de le rendre utile. Je suis comme ça et je ne peux m’en empêcher 🙂 Par exemple, je suis passionné par l’IA et la communication. Pour rendre cela utile, j’ai créé un pont entre ces deux passions en lançant un blog pour apprendre aux gens à utiliser l’IA pour mieux communiquer. Ça s’appelle commarketingai.com. J’espère que l’équipe Communication du Défap ne me sanctionnera pas pour cet instant commercial en refusant de publier ma lettre sur leur site web :).

Plus sérieusement, les raisons de mon engagement en tant que VSI et en particulier en Afrique, sont multiples. D’abord, je parlerai de signe divin et vous allez comprendre pourquoi. Il y a à peine trois mois, je terminais la lecture du classique de sociologie “L’Éthique protestante et l’Esprit du capitalisme » de Max Weber. Une œuvre qui m’a permis de comprendre des valeurs protestantes comme la dévotion et l’honnêteté dans le travail comme forme d’adoration de Dieu, la quête individuelle de la Grâce divine, qui peut se manifester par l’enrichissement économique comme preuve de cette grâce, la solidarité intracommunautaire qui incite à parfaire sa conduite pour préserver sa réputation, et la frugalité dans la gestion des dépenses. Des valeurs qui ont certes favorisé l’émergence du capitalisme de l’avis de ce bon vieux Max, mais surtout, des valeurs dans lesquelles je me suis reconnu, même en tant que musulman.

Quelques jours seulement après avoir fini la lecture de ce livre, je suis tombé sur une offre du Défap en tant qu’Assistant communication pour l’un de ces partenaires au Togo qui est une association d’obédience évangélique. En ce temps, je priais beaucoup Dieu pour qu’il m’aide à trouver un emploi dans mon domaine. Donc quand j’ai vu cela, j’ai directement fait le lien avec le livre que je venais de terminer. Je n’ai pas été retenu pour cette dernière, mais le Défap m’a fait une contre-proposition : une offre au Bénin à laquelle je me suis engagé.

Une autre raison qui me pousse à partir est le fait que ce soit en Afrique. En effet, depuis mon arrivée en France en 2018, je me suis juré que si j’avais l’opportunité de retourner travailler en Afrique à la fin de mes études, je le ferais sans hésiter. Je pense qu’il y a beaucoup plus de choses à faire là-bas, chez moi, qu’ici en France. En tout cas, c’est l’impression que j’ai — et tant mieux, si c’est davantage guidé par le cœur que par la raison. Car comme dirait Pascal, le cœur a ses raisons que la raison ignore. Puis, le fait que ce soit au Bénin, un pays en pleine croissance économique avec une grande richesse culturelle et un énorme potentiel touristique, est une motivation supplémentaire qui rend cette aventure encore plus intéressante. J’ai déjà hâte d’y être !

Pour clore ce chapitre sur les raisons de mon départ, je dirais que ce n’est pas moi qui ai choisi le secteur associatif, mais que c’est plutôt lui qui m’a choisi. J’ai volontairement ignoré le Master Communication Humanitaire et Solidaire à l’Université Lumière Lyon 2 après ma Licence afin de suivre un autre chemin que deux de mes trois grand-frères qui eux, travaillent dans ce secteur avec des ONG internationales. Malgré cela, quand j’ai essayé de trouver une alternance en 2ème année de Master avec l’ISCOM Lyon, la seule organisation qui a accepté de me recruter était un collectif d’ONG internationales de développement dans lequel j’ai occupé le poste de chargé de communication et plaidoyer. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir postulé à des dizaines d’offres et passé quelques entretiens. Finalement, c’était un mal pour un bien car j’ai été vraiment épanoui au sein du Groupe initiatives, c’est le nom du collectif.

Pour ce qui est de mes attentes sur le plan professionnel, je dirais que c’est de bien m’entendre avec mes futurs collègues, avoir les ressources matérielles indispensables à l’exercice de ma fonction et atteindre les objectifs pour lesquels on m’a engagé : accroître la notoriété des actions du CIPCRE, faire comprendre sa mission à la population locale et attirer de nouveaux partenaires techniques et financiers. J’espère à la fin, que cette mission m’ouvrira grandement les portes du secteur de la solidarité internationale afin d’y apporter ma modeste contribution pour rendre le monde un peu plus habitable chaque jour.

Sur le plan personnel, je dirais que c’est de voyager à travers le pays pour apprendre la culture locale. Je compte notamment visiter les Palais Royaux d’Abomey, résidence des anciens rois du Dahomey, classée patrimoine mondial de l’UNESCO. Et en tant que fils de tailleur, je souhaiterais explorer les motifs des tissus locaux pour en comprendre les significations.

S’agissant de mes craintes, je dirais qu’elles sont essentiellement liées au risque d’incompréhension sur les façons de travailler en raison de la différence culturelle, au potentiel manque de moyens matériels car je sais d’expérience que les associations n’ont pas toujours les moyens de leurs ambitions quel que soit le pays ou le continent, et la méconnaissance du pays et de la structure d’accueil.

Cependant, je reste optimiste car quand je regarde le chemin parcouru pour en être là aujourd’hui, je me dis que ça va bien se passer, que c’est le plan de Dieu et qu’il ne peut en être autrement. Comme dit le Saint Coran (3/54), “Allah est Le Meilleur des planificateurs”.

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Lettre de Nouvelles – J’avance avec le Seigneur, non par obéissance mais en reconnaissance

À 62 ans, après une carrière riche au sein de l’Éducation Nationale et de l’AEFE, Pierre Llorca s’engage comme Volontaire de Solidarité Internationale à Casablanca, au Maroc. À la suite de la session de formation des volontaires organisée début juillet, il revient sur son parcours, ses rencontres marquantes, et sa motivation profonde : mettre son expérience et son écoute au service des plus vulnérables.

Je m’appelle Pierre LLORCA, 62 ans, originaire de Bordeaux, retraité de l’Éducation Nationale, ancien de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE, Ministère des Affaires Étrangères).

Après une abondante carrière professionnelle en France et à l’étranger, je souhaite aujourd’hui orienter mes engagements vers des missions humanitaires, au service de valeurs chrétiennes.Au-delà des frontières, les liens à tisser et les relations fraternelles à édifier demeurent des motivations essentielles.

Au long de mes affectations et voyages personnels à l’étranger, j’ai souvent été touché par la vie d’hommes, de femmes et d’enfants survivant dans la précarité, soit oubliés des systèmes économiques et sociaux, soit en situation de migration illégale.De ces rencontres parfois improbables, toujours émouvantes, riches d’enseignements, je garde le sens de l’écoute, la volonté de comprendre, le besoin d’aider sans ingérence, tous ces leviers moteurs de compassion et d’empathie.De tous ces mots échangés, ces regards croisés, ces cœurs ouverts et ces bras serrés, rien n’a jamais été oublié…En Colombie, mes petits frères et sœurs, enfants et adolescents des rues oubliés de tous, marqués par la faim, la drogue et la prostitution…Dans les bidonvilles de Mexico, la beauté d’hommes et de femmes qui ne demandent rien mais vous offrent tant…En République Dominicaine, mes amis haïtiens pour la vie, immigrés illégalement dans un pays totalement hostile…Très récemment en Tunisie, à travers l’Église Réformée de Tunis (ERT), mes frères et fils de cœur subsahariens qui m’ont changé pour toujours…

Aujourd’hui, au moment où j’écris ces quelques lignes dans les somptueux locaux du Défap – Paris,je participe à une session de préparation au départ dans le cadre d’un VSI à Casablanca – Maroc.Le Défap et le CEI-EEAM (Comité d’Entraide Internationale – Église Évangélique Au Maroc) m’ont offert la mission de Responsable national du projet « Bourses » afin d’assister l’équipe locale intervenant auprès des migrants, particulièrement des étudiants subsahariens et haïtiens.

Je profite donc de cette page pour adresser ma reconnaissance et dire ma fierté à tous ceux, d’ici et d’ailleurs, qui ont placé leur confiance et bienveillance en moi pour cette mission.Comment ne pas se sentir privilégié de voir s’exaucer les vœux sincères d’avancer et œuvrer au service de notre Seigneur qui ouvre les voies…?

Cette année, notre promotion a pris le nom de « Les Défapés 2025 », sûrement parce qu’il rime avec « engagé », « missionné », « amitié », « solidarité », « fraternité », « complicité », « attentionné »…

Me sentant le « grand frère » de notre promo, je veux dire à mes 11 frères et sœurs Défapés, à ma si jolie famille de cœur, combien je vous admire tous, combien vous êtes chacun dans vos différences une source d’inspiration, combien je vous apprécie de n’être personne d’autre que vous-même, combien j’aime tout ce que je ressens en partage…Une seule promesse des « Défapés 2025 » : « Ne jamais oublier… » !

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Lettre de Nouvelles – Le carnet d’un départ

À la suite de la formation des volontaires organisée début juillet, Noémie, prendra bientôt son envol pour Madagascar dans le cadre d’une mission de solidarité internationale. Avant même son départ, elle partage sa première lettre de nouvelles, dans laquelle elle évoque ses attentes, ses motivations et ses projets personnels.

Je m’appelle Noémie Canon, j’ai 22 ans et je suis originaire de l’île d’Oléron. Après avoir grandi au bord de l’Atlantique, il est temps pour moi de quitter l’île de mon enfance pour en découvrir une autre, bien plus lointaine : Madagascar.

Ce départ est l’occasion pour moi de répondre à un besoin intérieur : celui de me sentir utile, d’apprendre, de me confronter à d’autres réalités, de sortir de ma zone de confort.

Ce que je recherche avant tout, ce sont les liens. J’aime profondément partager, écouter, échanger. Je crois qu’il existe une vraie sincérité, une forme de spontanéité dans les relations avec les enfants. C’est pour cela que j’ai souhaité m’impliquer dans une mission éducative et humaine, dans laquelle je pourrai apporter un soutien affectif, mais aussi recevoir en retour une richesse de vie inestimable.

Mes attentes sont simples, mais elles comptent beaucoup pour moi : Grandir dans un environnement inconnu, apporter un soutien affectif et éducatif aux enfants, vivre des moments de convivialité, découvrir la culture culinaire malgache (et bien manger, on ne va pas se mentir !), être en cohésion avec mon binôme, voyager et m’ouvrir au monde.

Pendant ma mission, j’aimerais aussi partir à la rencontre de la philosophie du mora mora, non pas seulement en parlant, mais en la vivant pleinement, et en la documentant à travers deux petits projets personnels :

  • Série photo : Chaque semaine, je capturerai un moment de lenteur ou de douceur à travers une photo. Ces clichés seront accompagnés de quelques mots, d’un ressenti ou d’un petit titre symbolique. Je compilerai cette série dans un carnet, un blog ou une vidéo de fin de mission.
  • Carnet intérieur : mon rapport au temps. En parallèle, j’écrirai régulièrement sur mon propre rapport au rythme malgache :
    • Est-ce que le “mora mora” me déstabilise ? Est-ce que je m’y habitue ?
    • Comment ça impacte ma vision du travail, des priorités, des relations humaines ?
    • Est-ce que j’arrive à lâcher prise, ou est-ce que je lutte contre le ralentissement ? Ce journal me permettra de mettre des mots sur ce que je traverse, et peut-être, de mieux comprendre ce que cette expérience m’apporte.

Bien sûr, j’ai aussi quelques craintes. Le rapport aux maladies, la peur du paludisme, qui est quand même bien présent à Madagascar…

La peur de me sentir inutile dans ma mission. Et celle de manquer des événements importants avec ma famille, d’être loin quand il se passe quelque chose. Mais malgré tout ça, je pars le cœur ouvert. Avec l’envie de donner, de recevoir, de grandir. Avec curiosité, bienveillance et un brin de trac, ce bon trac qui précède les aventures qui comptent.

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Lettre de Nouvelles – Semer la solidarité sur les terres arides

À la suite de la formation des volontaires du Défap qui s’est tenue début juillet, Bernard, prochainement Volontaire de Solidarité Internationale (VSI) à Djibouti, nous adresse cette première lettre. À travers ces quelques lignes, il partage ses impressions à l’aube de son départ en mission et nous fait part de ses attentes, de ses motivations et de l’engagement qui l’anime avant de rejoindre le terrain.

Au creux de ma foi, telle une flamme vive dans la nuit du monde, brûle un appel : celui d’un désert vibrant de lumière et de silence, où l’espérance se lève avec le soleil. C’est à Djibouti, terre de contrastes et de promesses, que je m’apprête à répondre à cet appel, porté par le Défap.

Ma mission consistera à diriger le centre de formation de l’EPED, dont l’action s’adresse principalement aux personnes en situation de handicap. Il s’agira d’un poste de responsabilité, en lien étroit avec les partenaires internationaux, les institutions locales et la mission protestante. Par cette présence et nos projets, nous chercherons à rendre visible la compassion de l’Église, non pas en paroles, mais en actes, aux côtés des plus vulnérables.

Mes convictions sont les voiles tendues au vent de cette traversée. Ma famille est l’ancre solide, dont le soutien silencieux me rappelle que servir les plus fragiles est un acte de foi. Le Défap et la structure d’accueil seront mes repères, mes étoiles dans la nuit des incertitudes, m’aidant à franchir les seuils de l’inconnu avec confiance.

Oui, des craintes subsistent : l’intégration dans un nouvel environnement, l’adaptation de mes proches, les défis quotidiens. Mais ces appréhensions sont aussi le terreau d’une vigilance aimante, d’une préparation habitée. Elles nourrissent en moi une soif de rencontre, de dialogue, d’échange sincère.

J’imagine déjà ces lieux de formation : un formateur courbé sur son ouvrage, un jeune en situation de handicap découvrant sa propre force, un artisan réconciliant la technique et la beauté. Sous l’ombre mouvante d’un acacia, des liens se tissent, des savoirs se partagent, des visages s’éclairent.

J’espère apprendre autant que je transmettrai. Je désire aussi approfondir ma compréhension des enjeux sociaux et environnementaux : les conflits liés à la gestion de l’eau – cette ressource rare et précieuse – les pratiques agricoles résilientes forgées par l’expérience des communautés locales. Car chaque graine de solidarité, semée avec respect, peut irriguer les terres les plus arides de fraternité.

Cette mission est pour moi un chemin de foi et d’engagement, une marche humble vers l’autre, dans l’esprit d’une justice partagée et d’une humanité réconciliée.

Je vous remercie de la confiance que vous m’accordez. C’est avec détermination, espérance et gratitude que je m’apprête à prendre part à cette aventure.

Avec mes salutations respectueuses et fraternelles,

Bernard Kangni FOLLY

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Voyage intérieur : Poème

Volontaire en réciprocité au centre Théodore Monod, Tabitha nous partage un poème dans sa lettre de nouvelles de juin. Découvrez-le dans ces lignes !

 

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Dans un jardin d’âges différents, un voyageur égaré,
Parmi les arbres robustes et les fleurs, un cœur serré.
Un sentiment étrange, une note qui détonne,
Dans une mélodie où les sourires brillent, mais résonnent faux.

Les conversations tissent des liens, invisibles et forts,
Mais à l’écart, cherchant un chemin, brisant les remparts.
La confiance s’effrite, chaque visage, un mystère dévoilé,
Dans ce labyrinthe d’adultes, je suis un voyageur perdu.

Mais une lumière brille, un havre d’innocence trouvée,
Les enfants, compagnons sincères, aux yeux purs et révélés.
Sous leur regard, un sens retrouvé, une vérité jaillit,
Dans ce monde parfois dur, leur innocence, mon seul appui.
L’écho d’un pays lointain, dans le cœur, une douce complainte,
La nostalgie, un voile incertain, que les rires d’enfants éteignent.
BAFA, un chemin d’effroi, mais aussi de découvertes sans fin,
Où l’accent sème le doute, mais l’amitié prend son chemin.

Des week-ends à la montagne, des musées visités avec passion,
Des expériences extraordinaires, malgré toute hésitation.
Dans les yeux, chercher la lumière, des âmes qui comprennent,
Alors, s’éloigne la chimère, et le cœur, enfin, se détend et s’étreint

Tabitha

 

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