Enquête sur la mort d’Éric de Putter : le point au 30 octobre

Éric de Putter © Défap

Plus de deux ans après l’assassinat d’Éric de Putter, la coopération judiciaire entre la France et le Cameroun semble toujours aussi difficile. A la douleur de ses proches et de tous ceux qui l’ont connu et apprécié, à l’émotion de l’ensemble de la communauté protestante française frappée par les circonstances de sa disparition, s’ajoute l’incompréhension devant les lenteurs de la justice. Une double procédure judiciaire a été lancée, à la fois à Yaoundé et à Paris ; aussi le Défap poursuit-il ses efforts auprès des autorités tant françaises que camerounaises pour que l’enquête progresse. Tout en s’assurant que les dysfonctionnements qu’Éric de Putter avait dénoncés au sein de l’Université protestante d’Afrique centrale (UPAC), où il enseignait, ne sont pas oubliés et que des réformes profondes sont entreprises.

Éric de Putter avait 31 ans lorsque, le 8 juillet 2012, il a été poignardé à son domicile à Yaoundé. Ce jeune théologien, envoyé par le Défap en tant que Volontaire de Solidarité Internationale, enseignait alors depuis deux ans l’hébreu, l’Ancien testament et les religions comparées à l’UPAC, au sein de la Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses. Nul n’a vu son assassin. Dans les mois précédant sa mort, il avait dénoncé des comportements inacceptables au sein de la Faculté de Théologie de l’UPAC ; c’est dans ce sens que s’est orientée l’enquête au Cameroun dès les premières semaines, aboutissant à deux arrestations. Mais au bout d’un an, ces deux personnes ont été relâchées, faute de preuve. En l’état actuel de l’enquête, rien ne permet d’établir un lien formel entre les faits que dénonçait Éric de Putter, et sa mort. Face à une procédure qui ne progresse plus, le Défap attend des autorités de la République qu’elles fassent tout pour que lumière soit faite, et multiplie les rendez-vous.

  • Le président et le secrétaire général du Défap se rendront le 5 novembre au ministère de la Justice pour faire le point sur l’enquête, et savoir quelles sont les dernières informations obtenues par la justice française. Ce rendez-vous fait suite à une rencontre qui avait eu lieu le 23 juillet dernier. Les représentants du Défap avaient alors transmis aux services de la garde des Sceaux un dossier complet rappelant les conditions de la mort d’Éric de Putter, ainsi que les démarches entreprises. Les représentants de la ministre avaient fait savoir de leur côté que la justice française s’emploie à obtenir l’exécution de la commission rogatoire internationale adressée à la justice camerounaise. Tout en assurant qu’à ce jour, aucune commission rogatoire internationale n’avait été adressée par la justice camerounaise à la justice française.
  • Des représentants de l’UPAC sont attendus début novembre à Paris, au 102 boulevard Arago, lors d’une réunion placée sous l’égide de la Cevaa, pour faire le point avec les partenaires sur les réformes entreprises au sein de la Faculté de Théologie. Pour la mémoire d’Éric de Putter, il est nécessaire que les dysfonctionnements qu’il avait dénoncés avant sa mort soient résolus.
  • L’association « Semeurs de Liberté » a, parallèlement, lancé une pétition adressée à la ministre de la Justice publiée sur la plateforme « change.org » et réclamant « Justice pour Éric de Putter ». Constituée autour des proches du jeune théologien, cette association s’efforce aussi de faire avancer les enquêtes en France et au Cameroun, et d’obtenir des réponses. Dans sa pétition, elle souligne : « Conformément à l’accord de coopération en matière de Justice liant le Cameroun et la France, nous demandons aux autorités compétentes de garantir l’application de l’entraide judicaire et de s’assurer que les procédures soient faites dans la plus grande transparence. »



Un culte à la mémoire d’Éric de Putter à Yaoundé

Éric de Putter © Défap

Le 8 juillet 2012, Éric de Putter, envoyé par le Défap au Cameroun, était assassiné. Le 13 juillet 2014, un culte en sa mémoire a été célébré à Yaoundé, alors que les questions soulevées par cette mort restent, au bout de deux ans, sans réponse satisfaisante. Les procédures judiciaires lancées tant en France qu’au Cameroun semblent bloquées. La douleur et l’incompréhension n’en sont que plus vives, que ce soit au sein de sa famille, au sein du Défap qui poursuit ses efforts pour faire avancer l’enquête, ou au sein de l’Université protestante d’Afrique centrale (UPAC). A Yaoundé, la mort d’Éric de Putter a encore des conséquences aujourd’hui.

Ces conséquences ont été largement évoquées lors du culte du 13 juillet, qui a eu lieu dans la paroisse d’Essos sous la présidence conjointe des pasteurs Isaac Batome Henga et Richard Priso Moungole, respectivement Président Général et Vice-président de l’Église Évangélique du Cameroun (EEC). « Nous ne pouvons oublier le professeur Éric de Putter », a assuré le président de l’EEC dans son message adressé notamment aux autorités camerounaises, à l’Ambassadrice de France, et aux membres du Bureau National de l’Église Évangélique du Cameroun. « L’appel lancé par lui ne doit pas rester vain. »

Des réformes promises, qui restent à évaluer

Avant sa mort, l’envoyé du Défap avait dénoncé des dysfonctionnements graves au sein de la faculté de théologie, où il enseignait. Les faits qu’avait mis au jour le jeune enseignant de théologie n’ont pas été oubliés après sa disparition. Son refus des compromis n’est pas resté sans effet. Et au-delà de la faculté de théologie, c’est l’ensemble de l’UPAC qui a été mise en demeure par ses partenaires internationaux, dont le Défap et la Cevaa, de procéder à des réformes.

Précisément, dans son message, le révérend Isaac Batome Henga a évoqué, sans les détailler, les « réformes engagées par le Conseil d’administration de l’UPAC ». L’université s’est en effet engagée dans d’importants changements, dont ses partenaires viennent tout juste d’être informés. La portée réelle de ces réformes sera examinée dans les prochaines semaines, et du résultat de cet examen dépendra la suite des relations entre l’UPAC, la Cevaa et le Défap.

Le président de l’EEC a souligné qu’Éric de Putter est devenu « aujourd’hui pour nous, tout un symbole : le symbole d’un renouveau éthique et déontologique dans le système de gestion de nos institutions. » Il a tenu par ailleurs à « remercier l’Église Protestante Unie de France pour les maintes tentatives menées en faveur de l’établissement de la vérité au sujet du meurtre du professeur Éric de Putter », ainsi que le Défap pour ses « interpellations » sur le « suivi judiciaire, la réforme académique de l’UPAC (…) toutes choses qui permettent de maintenir l’idéal qu’a défendu Éric. »




Mort d’Éric de Putter : le drame vécu au sein du Défap

Éric de Putter © Défap

« Ça fait deux ans qu’il est mort, deux ans qu’on cherche la vérité. » Ce cri des proches d’Éric de Putter, publié le 3 juillet 2014 dans Réforme, pourrait être aussi celui du Défap. J’en suis Secrétaire général depuis quelques semaines ; c’est de l’intérieur que je découvre les tenants et aboutissants de cette tragédie. Je porte la douleur de cette mort avec l’équipe du Défap, la famille et tous ceux qui en sont meurtris.

Depuis l’assassinat d’Éric de Putter le 8 juillet 2012, qu’a donné l’enquête ?

Deux personnes arrêtées dès juillet 2012,  puis relâchées au bout d’un an, faute de preuves. Rien n’autorise, en l’état actuel de l’enquête, à faire un lien formel entre les faits qu’Éric de Putter dénonçait au sein de la faculté, et sa mort. Nul ne peut se substituer à la justice. Personne, si douloureuse que soit l’absence d’Éric de Putter, ne doit se permettre de porter des accusations non fondées sur le plan judiciaire.

La sécurité de nos envoyés est notre préoccupation constante

La procédure menace de s’enliser.

Le Défap multiplie les pressions sur les autorités : ambassadeur de France au Cameroun, Quai d’Orsay, ministères camerounais et français de la Justice. Ces derniers jours encore nous nous battions pour obtenir une audience auprès de la Garde des Sceaux. Rendez-vous est pris pour fin juillet.

La sécurité de nos envoyés est notre préoccupation constante.
Ils bénéficient d’une formation poussée avant leur départ, ils savent qui joindre en cas d’urgence. Une veille sécuritaire est assurée. Chacun s’engage, par contrat, à se soumettre aux impératifs de sécurité adressés par le Défap, qui suit strictement les consignes du ministère des Affaires étrangères.

« Le Défap s’est clairement engagé afin que lumière soit faite et qu’un tel drame ne puisse se reproduire », indique un communiqué du Conseil du Défap de juin 2014. Le dossier mis en ligne sur notre site internet permet à tous de constater jour après jour ce qu’a fait et continue à faire le Défap. Il reprend aussi les articles de Réforme, qui a régulièrement souligné nos efforts répétés pour faire avancer l’enquête et notre volonté d’informer.

J’ai lu les rapports d’Éric de Putter, j’ai rencontré ceux qui lui ont rendu visite à Yaoundé quelques semaines avant sa mort. J’ai lu ses échanges de mails avec le Défap. Ils témoignent de ce qu’il a vu et vécu, de ses doutes ; des tensions avec les responsables de la faculté de théologie, puis des moments d’apaisement. Et aussi des « belles choses » qu’il vivait en tant qu’envoyé. J’ai longuement parlé avec ceux qui ont accompagné la famille d’Éric depuis deux ans.

Je peux affirmer ici qu’Éric a été particulièrement suivi et soutenu par le Défap, et plus largement par les Églises qui l’ont envoyé. Ce soutien s’est aussi manifesté sur le plan institutionnel en juin 2012, par l’envoi d’une lettre aux autorités de l’Université protestante d’Afrique centrale (UPAC), appuyant ses demandes de réformes. Lettre approuvée et signée par plusieurs partenaires du Défap : la Cevaa, VEM (Vereinte Evangelische Mission), DM-échange et mission, Kerk in Actie. C’était là un message fort émanant de cinq institutions et une démarche qu’il appelait de ses vœux.

Mais rien n’apaisera la souffrance des proches, rien ne fera taire les questions de la petite fille née après la mort de son père. Chacun partage cette douleur.

Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap




Que savons-nous de l’assassinat d’Éric de Putter ?

Éric de Putter © Défap

Les proches d’Éric, son épouse, ses frères, ses parents continuent à porter la blessure à vif d’un arrachement prématuré. Sa jeune épouse, Marie-Alix, a été épargnée. Depuis, elle a mis au monde une petite fille, Rachel, qui ne connaîtra jamais son père. Tous ceux qui ont côtoyé et apprécié Éric, dans son parcours universitaire, son engagement associatif ou son envoi en mission au Cameroun dans le cadre du Défap, pleurent son absence avec un sentiment de profonde injustice et même de révolte pour certains. [Deux ans]* après, où en sommes-nous ?

L’enquête judiciaire en cours semble piétiner. Le Défap, à travers son président, multiplie les contacts avec l’ambassade de France au Cameroun, le Ministère camerounais de la Justice, le Ministère français des Affaires étrangères, la sénatrice des Français à l’étranger, le responsable du groupe parlementaire France-Cameroun. Pour l’instant ces démarches n’ont pas permis de faire aboutir l’enquête et de remonter jusqu’au coupable ou au commanditaire de ce meurtre, ce qui rend l’absence d’Éric encore plus douloureuse. Comment faire le deuil quand il n’y a personne à accuser, personne à pardonner ? La blessure reste ouverte.

Tout mettre en œuvre pour la justice

Nous n’avons, comme seule explication de ce geste meurtrier, que les positions courageuses prises par Éric pour dénoncer un certain nombre de dysfonctionnements qui aboutissaient, dans l’Université protestante d’Afrique Centrale (UPAC) où il enseignait, à une baisse du niveau académique, préjudiciable aux étudiants. Le Défap, avec les autres partenaires européens de I’UPAC, a maintenu sa pression sur le Conseil d’administration de I’UPAC, pour exiger une réforme en profondeur de la Faculté de théologie. Un nouveau président du Conseil de I’UPAC a été mis en place au cours de l’été 2013. Il semble mieux disposé à mettre en place ces réformes nécessaires sur le plan académique, déontologique et financier pour permettre à cette institution de redevenir un pôle théologique majeur dans le protestantisme francophone africain. Un groupe d’experts [travaille sur un plan de réformes concrètes qui devrait aboutir sous peu]*.

Nous sommes, aujourd’hui encore, nourris par l’idéal qui a porté Éric, par son exigence de vérité, de justice, de loyauté. À cause d’Éric, nous pouvons moins que jamais accepter la corruption, la dissimulation, les petits arrangements entre amis… Les Églises françaises membres du Défap sont fermement déterminées à réexaminer leur partenariat avec les Églises membres de la Communauté Cevaa (Communauté d’Églises en Mission) et à retravailler courageusement les questions de déontologie.

Christian Bonnet,
Secrétaire Général du Défap,
Février 2014

* Le texte initial a été amendé pour tenir compte du temps écoulé et des évolutions survenues depuis sa rédaction.



Enquête sur la mort d’Éric de Putter : le point sur les actions du Défap

Éric de Putter © Défap

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Juillet 2014

 

 

Action entreprise
en France

Rendez-vous pris au ministère de la Justice pour le 23 juillet.

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Juin 2014

 

 

Action entreprise
en France

Nouveau contact avec le ministère des Affaires étrangères et européennes et relance du député André Schneider.

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Janvier 2014

 

 

Action entreprise
en France

Contact avec André Schneider, président du groupe parlementaire France-Cameroun qui prévoit un voyage en mai et assure alors qu’il ‘en parlera’ avec ses homologues.

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Octobre 2013

 

 

Action entreprise
en France

Contact avec le ministère des Affaires étrangères et européennes pour obtenir des éclaircissements sur l’affaire.

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Octobre 2013

 

 

Action entreprise
en France

Contact avec Madame Kalliopi Ango Ela, sénatrice des Français établis hors de France.
Celle-ci interroge le ministère des Affaires étrangères, qui confirme la commission rogatoire internationale du 12 octobre 2012, les relances auprès du Cameroun, et une demande d’audience au Président Bya…

 

   

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Octobre 2013

 

 

Action entreprise
en France

Contact avec Madame Christine Robichon, nouvel Ambassadeur de France au Cameroun.

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Mai 2013

 

 

Action entreprise
au Cameroun

Tentative de rencontre avec le Président de l’Église évangélique du Cameroun pour lui demander son appui. En son absence, rencontre avec le vice-président, le pasteur Priso.

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Mai 2013

 

 

Action entreprise
au Cameroun

Nouvelle visite au ministre de la Justice camerounais pour lui dire que l’enquête n’avance pas et que ni l’épouse d’Éric de Putter en France, ni ses collègues à l’Université n’ont été entendus depuis qu’en août 2012 le recteur et la secrétaire académique l’avaient été, avant même que le doyen soit arrêté sans interrogatoire. Le ministre nous informe alors qu’une commission rogatoire internationale a été lancée par le Cameroun pour que l’épouse d’Éric de Putter soit entendue par la justice française.

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Mai 2013

 

 

Action entreprise
au Cameroun

Rencontre avec Bruno Gain, ambassadeur de France qui nous informe que la justice française a lancé une commission rogatoire internationale auprès de la justice camerounaise pour avoir communication du dossier. Il nous indique par ailleurs que le ministre de la Justice camerounais lui a demandé d’en faire préciser les termes.

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Août 2012

 

 

Action entreprise
au Cameroun

Visite à Yaoundé, au ministre de la Justice, pour lui faire part de l’attention du protestantisme français quant à l’avancement de l’enquête.
 

 




Éric de Putter assassiné pour avoir dénoncé la corruption ?

Cet article a été publiée dans l’hebdomadaire Réforme le 13 septembre 2012.

Éric de Putter © Défap

Le Défap-service protestant de mission organise une cérémonie le 15 septembre à 15 h, en hommage à Éric de Putter, assassiné le 8 juillet à Yaoundé, au Cameroun.

Éric de Putter, trente et un ans, était envoyé par le Défap depuis deux ans, il enseignait l’hébreu comme professeur de théologie et de sciences religieuses auprès de l’Université protestante d’Afrique centrale (UPAC). Il a été poignardé, sans motif apparent, à son domicile. Cet événement tragique est survenu quelques jours avant son départ définitif du pays.

Le Défap-service protestant de mission organise une cérémonie le 15 septembre à 15 h, en hommage à Éric de Putter, assassiné le 8 juillet à Yaoundé, au Cameroun.

Éric de Putter, trente et un ans, était envoyé par le Défap depuis deux ans, il enseignait l’hébreu comme professeur de théologie et de sciences religieuses auprès de l’Université protestante d’Afrique centrale (UPAC). Il a été poignardé, sans motif apparent, à son domicile. Cet événement tragique est survenu quelques jours avant son départ définitif du pays.

Deux personnes ont été arrêtées depuis, même si, pour l’instant, les faits qui justifient leur arrestation ne sont pas connus. Début août, le pasteur centrafricain Barko Nardo, qui avait suivi les cours d’Éric de Putter, a été arrêté. Il est soupçonné de complicité dans l’assassinat. Le 23 août, un second pasteur a été placé en détention provisoire. Jean Bosco Nguen n’est pas n’importe quel pasteur, c’est le doyen de l’Université protestante d’Afrique centrale où travaillait l’enseignant.

Selon Radio France Internationale, différents témoignages ont fait état de relations tendues entre Éric de Putter et les responsables de l’université. Il dénonçait notamment la gestion de celle-ci, ainsi que la corruption et le plagiat qu’il avait pu constater.

Selon d’autres sources citées par le site Internet Afrik.com, l’enseignant avait invalidé la thèse du pasteur centrafricain, ce que l’intéressé a confirmé tout en niant son implication dans le meurtre.

Au vu des mauvaises relations avec les responsables de l’université, l’enseignant avait prévu d’avancer son départ pour la France.

Selon Marc Pernot, pasteur de l’Oratoire, paroisse parisienne qui devait accueillir le couple à son retour, le théologien avait dénoncé sur son blog la situation dans le pays, quelques mois auparavant. « Nous pensions venir partager un projet ecclésial et communautaire. C’est bien plutôt la lutte individuelle, la querelle des clochers, la compétition entre les Églises, et sans rire, cela se traduit dans le vocabulaire académique enseigné aux futurs pasteurs : compétitivité, croissance, rendement… »

Il parlait également d’omerta : « “La bouche qui mange ne parle pas”. La corruption a cet effet pervers de favoriser l’omerta. La majorité a quelque chose à se reprocher, donc personne ne parle, de peur de voir ses propres méfaits dévoilés et la honte s’abattre. Mais la justice ne peut se fonder que sur la vérité. Et la société ne peut avancer que sur la justice. »

Réaction de l’Ambassadeur

« L’ambassade exprime toutes ses condoléances et sa compassion à la famille du théologien qui a été assassiné au Cameroun », a rappelé monsieur Mbella Mbella, Ambassadeur de la république du Cameroun en France. Il a ajouté qu’il « partage la peine et la douleur de la communauté protestante ». Il est convaincu que ce triste événement ne remettra pas en cause les relations entre les Églises de France et celles du Cameroun, quelle que soit l’issue de cette triste affaire. « Ces relations sont séculaires et remontent aux années 1800. Au XIXe siècle, des missionnaires ont bravé tous les périls pour asseoir la foi chrétienne. » L’Ambassadeur ne veut pas croire que ces relations séculaires seront remises en question.

« L’affaire est entre les mains de la justice camerounaise et il faut laisser l’instruction judiciaire suivre son cours. Le Cameroun vit en paix », a-t-il précisé. Il ne souhaite pas que cette affaire crée une psychose. C’est la première fois, à sa connaissance, qu’un tel drame se produit.

À propos des rumeurs de plagiat, concernant la thèse que Éric de Putter a refusée de valider, l’Ambassadeur Mbella Mbella soutient que le pays possède un arsenal juridique pour réprimer ce type de dérives. Interrogé sur les arrestations des deux pasteurs, il explique que le doyen arrêté a été mis à la disposition de la justice. Il est présumé innocent. L’Ambassadeur a toute confiance en la justice de son pays. L’entourage d’Éric de Putter voudrait le croire…

Par Antoine Nouis