Aider à accueillir les pasteurs venus d’ailleurs

Les pasteurs venus d’autres Églises, d’autres pays, et donc d’autres contextes culturels, sont de plus en plus nombreux au sein des Églises européennes. Comment aider les nouveaux arrivants à « prendre leurs marques » ? Comment éviter malentendus, incompréhensions, voire tensions ? C’est tout l’enjeu des sessions organisées au Défap à la demande de trois Églises – l’EPUdF, l’UEPAL et l’EPUB – pour accueillir les ministres ou suffragants venant de l’étranger. La première s’est tenue du 10 au 12 octobre et réunissait une quinzaine de participants.

Le secrétaire général du Défap, Basile Zouma, s’exprimant devant les participants de cette session de formation le 10 octobre 2012 © Défap

Longtemps considérée avec méfiance en France, patrie de l’universalisme, l’importance de la dimension interculturelle est de plus en plus reconnue. En témoigne l’émergence de formations professionnelles consacrées à la sensibilisation à la communication interculturelle, au management interculturel, à l’acclimatation au contexte culturel étranger… Les Églises n’y échappent pas. Comme le soulignait fin 2018 Marc-Frédéric Muller, directeur de la revue Perspectives missionnaires, lors d’un forum organisé en partenariat avec le Défap et la Fédération Protestante de France : « Nous vivons dans un monde pluriculturel, et les Églises en sont parties prenantes. C’est une réalité qui a toujours été là, mais elle a pris dernièrement plus d’ampleur. Comment fait-on société dans un monde de plus en plus pluriculturel ? Comment fait-on société à l’époque d’un individualisme croissant ? (…) La mondialisation a bien changé le visage de pays comme la France, la Suisse… Mais ce n’est ni un drame, ni un échec. Est-ce la vocation des Églises de montrer les opportunités, les promesses de ces changements ? Ont-elles une expertise, un savoir-être ? »

Qu’elles aient ou non une telle expertise, les Églises vivent déjà au quotidien cette dimension interculturelle. C’est le cas à travers leurs paroissiens, d’origines de plus en plus diverses, à l’image de l’ensemble de la société ; et à travers leurs pasteurs. Prenons l’exemple de l’Église Protestante Unie de France (EPUdF), l’une des trois Églises fondatrices du Défap : les pasteurs d’origine étrangère y représentent une proportion croissante : ils étaient ainsi 22,6% selon les chiffres de 2015, les pasteurs originaires d’Afrique étant le deuxième contingent le plus important. Et parmi ces pasteurs venus d’Afrique, bon nombre étaient passés par le Défap. Ce qu’illustrent des parcours comme ceux de Jean-Serge Kinouani, Aymar Nkangou, Patrice Fondja et bien d’autres… Quand on fait le bilan de ce que le Défap apporte à ses Églises membres, une bonne partie de ses activités peuvent rester mal connues, car elles se développent à travers de multiples réseaux et partenariats. Et voici précisément l’un de ces apports qui restent parmi les moins visibles : à travers le Défap, les Églises de France trouvent aussi de nouveaux pasteurs. Avec une vision différente de la vie d’Église, susceptible d’aider aux nécessaires adaptations face aux changements de notre société, ou de revivifier certaines paroisses.

Une co-constructions entre les Églises et le Défap

Méditation à l’ouverture de la deuxième journée de formation, le 11 octobre 2012 © Défap

Ces évolutions que connaît l’EPUdF concernent les autres Églises membres du Défap ; et au-delà de la France, des pays voisins francophones comme la Suisse ou la Belgique y sont aussi directement confrontés. Au sein de l’EPUdF, la Commission des ministères, « commission d’embauche » des futurs ministres de l’Église, a pris depuis plusieurs années toute la mesure des changements induits par les évolutions de la société sur le profil des pasteurs. Cas similaires au sein de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), autre Église membre du Défap ; et également, plus au nord, au sein de l’Église protestante unie de Belgique (EPUB). C’est de cette préoccupation commune qu’est née la demande, exprimée au Défap par ces trois Églises, d’une série de sessions permettant d’accueillir des ministres ou suffragants venant de l’étranger. Avec l’idée d’en faire des temps d’échange et de rencontre, mais aussi de donner à ces futurs pasteurs des clés de lecture, des repères et des ressources. Il s’agit donc là, pour le Défap, d’un nouveau mandat ; et ces sessions sont le fruit d’une co-constructions entre les Églises et le Défap.

La première de ces sessions s’est tenue au Défap du 10 au 12 octobre 2022. Elle a réuni une quinzaine de participants. Elle combinait des modules généraux présentant les diverses Églises dans lesquelles les nouveaux arrivants seront amenés à devenir pasteurs, ou destinés à leur donner des repères sociétaux, culturels et sur les styles de vie ou sur des questions clés comme celle de la laïcité, avec des témoignages de pasteurs étrangers déjà présents depuis plusieurs années en France. Un autre module s’attachait à questionner les stéréotypes sur les pays d’origine ou d’accueil des nouveaux arrivants. Avec, pour cette session, quatre objectifs affichés : donner des repères légaux et sociétaux ; améliorer la connaissance des Églises ; donner des informations déontologiques et financières ; mais aussi mettre en réseau les ministres nouvellement arrivés, leur proposer des personnes ressources.

Une deuxième rencontre du 23 au 25 janvier réunira les 15 participants de cette première session, toujours au Défap, autour des questions interculturelles : il s’agira alors de favoriser la prise de recul par le partage, de donner des éléments d’interculturalité, et de renforcer les acquis de la première session.




Passage de relais à la tête de la Cevaa

Après une année de « tuilage », le mandat du pasteur Célestin Kiki comme Secrétaire général de la Cevaa a officiellement pris fin le 31 août. La traditionnelle passation de pouvoir avec la pasteure Claudia Schulz a eu lieu le lundi 12 septembre.

Les membres du Secrétariat de la Cevaa ; à gauche de la photo, la nouvelle Secrétaire Générale, la pasteure Claudia Schulz (UEPAL) © Cevaa

Elle avait été officiellement choisie lors de l’Assemblée générale de la Cevaa d’octobre 2021 – une Assemblée encore marquée par les restrictions de circulation dues à la situation sanitaire, puisqu’elle s’était tenue en distanciel ; mais c’est seulement depuis ce mois de septembre 2022 que la pasteure Claudia Schulz, de l’UEPAL, est seule à la tête du Secrétariat de la Communauté d’Églises en mission. Entre octobre 2021 et septembre 2022, son prédécesseur, le pasteur Célestin Kiki (de l’EPMB) l’aura accompagnée au cours de pratiquement une année de « tuilage ». Son mandat ayant officiellement pris fin le 31 août, la traditionnelle passation de pouvoir avec la pasteure Claudia Schulz a eu lieu le lundi 12 septembre, dans une atmosphère décrite comme « sereine et amicale ».

La Cevaa, c’est un peu, par certains côtés, l’institution jumelle du Défap, puisque ces deux organisations issues de la Société des Missions Évangéliques de Paris (SMEP) sont nées en même temps, en 1971. Avec des objectifs similaires : entretenir des relations de partenariat entre Églises du Nord et du Sud, afin qu’elles puissent se soutenir les unes les autres dans leurs activités missionnaires. Mais la Cevaa est aussi beaucoup plus que cela : si le Défap est le service missionnaire de trois unions d’Églises protestantes françaises (l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref), la Cevaa est une Communauté rassemblant 35 Églises dans le monde. Principalement en Afrique et en Europe, mais aussi dans l’Océan Indien, dans le Pacifique et en Amérique latine. Et c’est au sein de la Cevaa que se développent la plus grande partie des relations établies par le Défap.

Une même passion pour la rencontre entre cultures

Issus de deux Églises très différentes de la Cevaa, l’une située en Alsace, l’autre au Bénin, la nouvelle Secrétaire générale et son prédécesseur partagent tous deux une passion de longue date pour la rencontre et les échanges entre cultures. La pasteure Claudia Schulz, désormais officiellement en fonction à la tête du Secrétariat de la Cevaa, à l’issue d’une année au cours de laquelle elle a eu l’occasion de se familiariser avec tous les enjeux de la Communauté, connaît bien les défis et les richesses des relations multiculturelles. Elle était précédemment en poste à la paroisse de Hautepierre, référente Mosaïc dans l’Eurométropole de Strasbourg. Elle est aussi en lien avec le Défap et a pu notamment participer, suite à des échanges avec Pierre Adama Faye, alors vice-président de l’ELS (Église luthérienne du Sénégal), à la mise en place d’un projet d’accompagnement d’activités génératrices de revenus pour les pasteurs dans ce pays.

Vous pouvez retrouver ci-dessous une interview de la pasteure Claudia Schulz dans l’émission « Les clochers du Rhin », au cours de laquelle elle évoque son parcours et les enjeux de la paroisse dont elle était pasteure avant de diriger le Secrétariat de la Cevaa : la paroisse Martin Bucer, dans le centre de Hautepierre, un quartier de Strasbourg difficile mais riche de sa diversité culturelle.
 

Elle est désormais le vis-à-vis du Conseil Exécutif auquel elle rendra compte de la bonne marche du Secrétariat. Également chargée des relations institutionnelles, de la communication interne et externe, ainsi que des questions de justice et des droits de l’homme, elle a pour responsabilité de développer et d’entretenir des réseaux de vigilance pour le respect des droits humains, contre toute forme d’oppression et de discrimination, et pour la sauvegarde de la création.

Quant à son prédécesseur, le pasteur Célestin Kiki, il quitte la Cevaa à l’issue de 13 années de service au cours desquelles les défis n’auront pas manqué. Défi financier, les ressources étant tendanciellement en baisse, et tentatives de rééquilibrage entre les participations des Églises du Nord et du Sud ; défis ecclésiaux, avec diverses crises au sein d’Églises membres, voire de scissions, qui ont vu la Cevaa intervenir pour maintenir le dialogue entre les diverses parties, et plusieurs fois réussir à pousser à des réunifications ; défi sanitaire enfin, puisque la pandémie de Covid-19 a sérieusement freiné les activités de cette Communauté au sein de laquelle les déplacements entre pays sont nécessaires, et même contraint à reporter d’un an l’Assemblée générale de 2020.

Vous pouvez retrouver ci-dessous une interview du pasteur Célestin Kiki réalisée à l’occasion de l’édition 2017 de Protestants en fête, au cours de laquelle il a eu notamment l’occasion d’évoquer le rôle et les fondements de la Cevaa, ainsi que les enjeux de l’interculturalité en compagnie de Philippe Kabongo M’Baya, pasteur retraité de l’EPUdF et Président du Christianisme Social.
 




Cameroun : décès de l’ancien Président de l’EEC, Jean Samuel Hendje Toya

Le révérend pasteur Jean Samuel Hendje Toya a succombé à un malaise cardiaque le matin du 15 juin. Il avait été élu Président de l’Église évangélique du Cameroun en 2017 lors du synode de Ngaoundéré. Le 15 décembre 2021, il avait annoncé sa démission et un comité provisoire pour gérer les affaires courantes de l’Église avait été mis en place.

Le révérend pasteur Jean Samuel Hendje Toya © DR

Le Défap a appris avec tristesse le décès de l’ancien Président de l’Église évangélique du Cameroun, Jean Samuel Hendje Toya, tôt le matin du mercredi 15 juin, des suites d’un malaise cardiaque. Son corps a été acheminé au funérarium de l’hôpital régional de Nkongsamba, département du Moungo, dans le Littoral camerounais.

Le pasteur Jean Samuel Hendje Toya avait été élu en 2017 lors du synode de Ngaoundéré. Son élection avait par la suite donné lieu à des contestations en justice. Le 15 décembre 2021, il avait annoncé sa démission et un comité provisoire pour gérer les affaires courantes de l’Église avait été mis en place. Ce comité était piloté par le Rv. Charles Emmanuel Djike, lui-même décédé depuis quelques semaines.

Le Défap et l’EEC : des liens de longue date

L’Église évangélique du Cameroun est un partenaire de longue date du Défap. L’EEC est issue des actions missionnaires entreprises par des protestants afro-jamaïcains, suivies par plusieurs sociétés de mission : la Baptist Missionary Society, la Mission de Bâle, et la Société des missions évangéliques de Paris – la SMEP, ancêtre du Défap. Le Cameroun faisait ainsi partie des « champs de mission » hérités par la SMEP à l’occasion de l’ébranlement colonial du début du XXème siècle : suite à la défaite allemande de 1918, la SMEP avait été appelée à prendre la relève de la Mission de Bâle et de la Mission baptiste de Berlin. Ne pouvant remplacer les cent douze missionnaires allemands expulsés qui étaient déjà associés à des pasteurs camerounais, la Société des missions évangéliques de Paris avait envoyé sur place quatre missionnaires français. Deux d’entre eux, Franck Christol et Élie Allégret, devaient fournir par la suite les premiers ouvrages d’information et d’histoire sur la mission du Cameroun.

L’histoire de l’EEC est ainsi intimement liée à celle de la SMEP, et même à la naissance du Défap : le pasteur qui, au cours de l’assemblée générale de 1964, avait interpellé le président de la Mission de Paris, le vénérable pasteur Marc Bœgner, alors âgé de 83 ans, en lui lançant cette citation du prophète Ésaïe : « Monsieur le Président, élargis l’espace de ta tente »… n’était autre que Jean Kotto, alors secrétaire général de l’Église évangélique du Cameroun. Devenue autonome de la Mission de Paris en 1957, l’EEC a été reconnue par l’État camerounais le 14 octobre 1974.

Aujourd’hui, les relations entre l’EEC et le Défap se poursuivent notamment à travers la faculté de théologie de Ndoungé (où Jean Samuel Hendje Toya avait enseigné), qui est l’institut de formation des pasteurs de l’EEC. Cette faculté accueille par ailleurs des étudiants venant d’autres Églises partenaires. Le Défap a également apporté son soutien au projet de l’Association « Espérance Nord Sud » qui a organisé des voyages d’échange. Et il accueille des boursiers de l’EEC (comme, récemment, Hyppolite Tayo Tayendji).




Naissance d’un nouvel Institut d’Histoire des Missions

Rattaché à l’unité de recherche religion, culture et société de l’Institut Catholique de Paris, ce nouvel organisme, dont le Défap est l’un des partenaires, a vu officiellement le jour le 30 mai.

Le père Jean Hirigoyen au Vietnam © IRFA

La photographie illustrant le lancement de l’IHM est des plus typiques : un cliché en noir et blanc pris dans les années 60, et qui montre un missionnaire habillé de blanc dans une salle de classe. Nous sommes bien dans l’histoire : ce missionnaire, c’était le père Jean Dominique Hirigoyen, né en 1933 à Hasparren, dans les Pyrénées-Atlantiques, et parti en mission pendant une dizaine d’années, à partir de 1959, au Sud-Vietnam. On pourrait trouver des photographies très similaires dans les archives du Défap. Mais si le Défap, à travers les archives de la SMEP que recèle sa bibliothèque, est un lieu de référence pour l’histoire des missions protestantes francophones, il faut bien reconnaître que les missions catholiques ont une dimension historique incomparable : quand l’histoire de la Société des Missions Évangéliques de Paris remonte à 1822, du côté catholique les Missions Étrangères de Paris peuvent revendiquer 360 ans d’histoire. Et elles sont allées dans des pays plus nombreux et plus lointains, notamment en Asie avec des pays comme la Thaïlande, le Vietnam, la Chine, le Cambodge…

Pourtant, jusqu’à présent, l’histoire missionnaire est souvent demeurée morcelée, étudiée soit dans le contexte catholique, soit dans le contexte protestant. L’Institut d’Histoire des Missions qui vient de voir le jour, rattaché à l’unité de recherche religion, culture et société de l’Institut Catholique de Paris, devrait précisément permettre d’avoir une vision plus globale de l’histoire missionnaire.

Le projet se veut résolument œcuménique : il associe une bonne vingtaine de partenaires qui vont très au-delà du monde catholique, et dont le Défap fait partie aux côtés de l’Institut Protestant de Théologie, de l’AFOM, de l’Institut pour l’étude des religions et le dialogue interreligieux… Il se veut aussi centré sur les travaux de recherche, avec divers projets annoncés comme un séminaire permanent de recherche ouvert aux étudiants, doctorants et universitaires spécialistes de l’histoire des missions, des journées d’étude, colloques et projets éditoriaux, des bourses de recherche… Reste que le lancement de ce tout nouvel Institut d’Histoire des Missions s’inscrit aussi dans un contexte qui met clairement en avant l’élan missionnaire chez les catholiques, avec un mois de mai marqué par la canonisation de Charles de Foucauld et la béatification de Pauline Jaricot.

« Questionner ce qu’est la mission »

Ce sont ces deux versants assez différents qui sont ressortis le 30 mai, lors de la soirée marquant l’acte de naissance officiel de ce nouvel organisme, qui a eu lieu à l’Institut Catholique de Paris. Avec un programme associant Monseigneur Emmanuel Petit, Recteur de l’ICP, des messages du cardinal Tagle, Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples, et du Père Ioan Sauca, Secrétaire général du Conseil Œcuménique des Églises ; une intervention du Père Vincent Holzer, Vice-Recteur à la Recherche ; une présentation de cet Institut d’Histoire des Missions par Catherine Marin, Déléguée Scientifique, et du programme d’activité de ce nouvel organisme par son Directeur, le dominicain Gilles Berceville… Les partenaires scientifiques du projet étaient représentés par Gilles Vidal pour l’AFOM (Association francophone œcuménique de missiologie), Marie-Alpais Dumoulin pour l’IRFA (Institut de recherche France-Asie), Philippe Roy-Lysencourt pour le CEMI (Centre d’Études Marie-de-l’Incarnation) ou encore Bernadette Truchet pour le CREDIC (Centre de recherches et d’échanges sur la diffusion et l’inculturation du christianisme).

Ce nouvel Institut d’Histoire des Missions se veut avant tout un outil pour « développer un réseau de recherche académique, internationale, interdisciplinaire et œcuménique autour de l’acte missionnaire chrétien ». Il vise également à faciliter, soutenir et favoriser les échanges entre chercheurs dans ce domaine. Comme le souligne le Père Vincent Holzer dans sa présentation, « ayant profondément façonné les sociétés et les cultures dans lesquelles il s’est inscrit, l’élan missionnaire est en soi un objet des plus complexes. Il appelle impérieusement le concours de disciplines diverses », qui « peuvent concourir à une compréhension ajustée de l’acte missionnaire, de ses élans initiaux, de ses formes de réalisation, des résistances qu’il suscita, des douleurs qu’il engendra et des promesses qu’il contient ». Pour autant, à cet objectif affiché d’envisager la mission et son histoire comme objet d’étude se mêlent aussi des préoccupations très actuelle qui concernent toutes les Églises – y compris l’Église catholique – à savoir : comment renouveler le témoignage chrétien dans une société de plus en plus sécularisée ?

Pour le Père Berceville, la réflexion sur le passé est ainsi une condition nécessaire pour « imaginer la mission d’aujourd’hui et de demain ». Et les travaux de recherche du nouvel institut doivent aussi permettre de « questionner ce qu’est la mission, grâce à l’étude critique de l’histoire des missions, qui n’est ni une justification ni une épopée ». Pas question donc d’en occulter les versants les plus polémiques, comme le lien entre la diffusion de l’Évangile et la violence, en Amérique latine par exemple. Mais il s’agira aussi de sortir des clichés sur les missionnaires blancs envoyés au bout du monde, en montrant toute la diversité qu’a pu prendre et que prend encore la mission. Par exemple lorsque la France devient nouvelle terre de mission pour des Églises héritières de ces travaux missionnaires…




« La mission de l’Église est de monter franchement dans la barque »

Dans son message d’ouverture du dixième Synode national de l’Église protestante unie de France, la pasteure Emmanuelle Seyboldt, revenant sur les défis auxquels les Églises et la société dans son ensemble sont confrontés – sécularisation, perte de crédibilité des institutions, érosion des structures sociales par la mondialisation – a voulu transmettre un message d’espérance. Une perspective qui devrait se retrouver dans les deux documents qui seront proposés au débat, puis au vote : la Charte pour une Église de témoins, et les objectifs stratégiques.

Emmanuelle Seyboldt au synode national de l’EPUdF à Mazamet © EPUdF

Les protestants en France, entend-on parfois du côté des sociologues, c’est, en gros, 3% de la population ; soit environ 2 millions de personnes. Une minorité, donc. Qui plus est, traversée de nombreuses lignes de failles, qu’elles soient sociologiques ou théologiques ; avec des préoccupations très diverses, des manières de prier, d’exprimer leur foi, de concevoir leur rapport à la société, qui diffèrent beaucoup d’une Église à une autre. Certaines sont de très petites communautés ; d’autres comptent des centaines de milliers de fidèles. À ce titre, l’Église protestante unie de France, née en 2012 de l’union de l’Église réformée de France et de l’Église évangélique luthérienne de France, est numériquement la plus importante, avec environ un millier d’Églises locales et 250.000 membres. Son synode national, qui se tient à Mazamet jusqu’au dimanche 29 mai, suscite l’intérêt au-delà du milieu de protestantisme ; La Croix lui a consacré un article et la radio RCF une émission spéciale – et elle couvre l’événement en direct. Il faut dire que les enjeux des débats sont cruciaux : « Mission de l’Église et ministères ». Un titre qui entre en forte résonance avec les préoccupations du Défap ; d’autant que le thème de la mission est aussi présent, au même moment, bien que de manière peut-être moins appuyée, au synode d’une autre Église membre du Service protestant de mission : l’Unepref.

Si le thème est aussi fondamental, c’est parce que la société évolue à marche forcée, poussant dans leurs retranchements des protestants luthéro-réformés traditionnellement discrets dans leur manière de témoigner de leur foi. Et qui peuvent se sentir bousculés par la croissance d’Églises évangéliques plus confessantes. Dans une société française fortement sécularisée, où les Églises sont globalement en perte d’influence, les sociologues notent une érosion du nombre de ceux qui se revendiquent d’une appartenance ecclésiale, avec l’apparition de phénomènes opposés. Il y a d’un côté ceux que ces mêmes sociologues baptisent les « non-vertis » : des personnes qui ont été socialisées dans une religion, et qui la quittent (par opposition au terme de convertis). Ainsi en France, seuls 26% des jeunes adultes se déclarent chrétiens. Mais parallèlement à cet affaiblissement de l’appartenance institutionnelle, à cette baisse d’influence de la régulation institutionnelle, sociale par la religion, on note une explosion de la religiosité. Conséquence paradoxale : se dire chrétien aujourd’hui, en Europe et en France, c’est une posture qui se fait plus rare… mais qui est plus assumée. Une tendance que le sociologue Jean-Paul Willaime décrit comme une forme « d’évangélicalisation sociologique du christianisme »… et partiellement détachée des institutions, puisqu’il note parallèlement « une certaine transconfessionnalisation du christianisme : des hybridations réciproques, l’émergence d’un christianisme transconfessionnel, qui cherche à dépasser le christianisme institutionnel à travers un christianisme plus personnel ».

« En tous temps et en tous lieux, les chrétiens se demandent comment vivre et témoigner de Jésus-Christ »

Le synode national de l’EPUdF à Mazamet © EPUdF

Comment peut se positionner une Église comme l’EPUdF ? Comme n’a pas manqué de souligner la présidente du Conseil national de l’EPUdF, Emmanuelle Seyboldt, dans son message d’ouverture à Mazamet, les défis ne sont pas forcément aussi nouveaux qu’ils le paraissent. Revenant sur un autre synode national qui s’était tenu également à Mazamet, celui de l’Église réformée de France, en 1947, elle a cité Marc Boegner qui évoquait alors le manque de pasteurs, l’inégalité de répartition des paroisses vacantes « au risque d’une rupture de solidarité entre les régions », la « désertion du culte, en particulier dans de nombreuses paroisses de campagne ». Et le même Marc Boegner soulignait :  » Notre Église souffre d’une hémorragie à quoi nous n’avons pas encore trouvé le remède. Cependant, Messieurs, d’autres signes, non moins visibles, parlent d’une vie qui résiste à l’assaut des forces de mort, d’une Église qui reprend peu à peu conscience de sa vraie vocation et de la seule force qui peut l’aider à y être fidèle ».

Un peu plus loin dans son message d’ouverture, Emmanuelle Seyboldt poursuit : « En tous temps et en tous lieux, les chrétiens se demandent comment vivre et témoigner de Jésus-Christ. Chaque époque présente des défis particuliers, des dangers, des risques, des tentations aussi (…) Aujourd’hui, nous pouvons ajouter aussi quelques défis auxquels les Églises et finalement tous nos contemporains sont confrontés : la sécularisation, la perte de crédibilité des institutions et de la parole d’une manière générale, la fin de la transmission familiale, l’éclatement de la société en microbulles sous la pression de la mondialisation, la méfiance généralisée et bien sûr le défi écologique et les conversions qu’il suppose dans notre manière de vivre, et ses conséquences, notamment les déplacements de population à venir. Alors, quelle est la mission de l’Église aujourd’hui ? » Et citant la traversée du lac de Tibériade par Jésus et ses disciples relatée au chapitre 4 de l’Évangile de Marc, Emmanuelle Seyboldt conclut : « Peut-être qu’aujourd’hui la mission de l’Église est de monter franchement dans la barque et de passer sur l’autre rive, dans le chaos du monde. Et comme ministres, on chercherait des hommes et des femmes de toutes sortes, venus de partout, qui n’ont pas le mal de mer et ne craignent pas la compagnie des vociférants. Je ne sais pas comment on pourrait appeler ces nouvelles formes de ministères, des colporteurs ou des témoins ? Pourtant je sais que c’est là que le Seigneur nous attend. »

Une perspective qui devrait se retrouver dans les deux documents qui seront proposés au débat, puis au vote : la Charte pour une Église de témoins, texte d’encouragement et de partage de convictions sur la mission de l’Église et les ministères ; et les objectifs stratégiques, définissant de grands domaines de travail et d’orientations, à partir desquels des propositions concrètes feront l’objet de la suite de la consultation synodale (en 2023-2024). La Charte devrait s’organiser autour de quatre points : affirmer la vocation de témoins de celles et ceux qui vivent l’Église, dans la lignée de « l’Église de témoins » qu’appelait de ses voeux Laurent Schlumberger ; réaffirmer le besoin de la rencontre et du partage face aux risques de repli ; insister sur la joie de la vie en Christ ; rappeler que la mission est d’abord un projet de Dieu, dans lequel viennent s’inscrire les chrétiens. Quant aux objectifs stratégiques, ils devraient tourner également autour de quatre axes : l’approfondissement de la foi, la connaissance des besoins dans notre société, des projets de vie des paroisses plus centrés sur la mission, et une réflexion sur les ministères utiles pour atteindre de tels objectifs.

 
La mission en débat à l’EPUdF : le dossier
 – le PDF «Mission de l’Église et Ministères»
la lettre d’accompagnement d’Emmanuelle Seyboldt
 
L’avancée des réflexions au Défap
 – Le Défap et les «jeudis de la mission»
Colloque du Défap : un moment charnière sur le chemin de la refondation
Refonder la mission
Vivre et Partager l’Évangile
«La mission de partout vers partout : les temps sont-ils mûrs ?»
Un défi à relever…
«L’interculturalité est un voyage, et souvent, on ne voit pas le chemin»
Une réflexion sur «les fruits du Défap»
Les fruits de la mission
«Être en mission est une grâce»
«Une réflexion refondatrice» pour «une vision et une action renouvelées»



Une nouvelle saison pour l’Unepref

Le synode national de l’Union des Églises protestantes réformées évangéliques de France (Unepref), l’une des trois Églises constitutives du Défap, se tient les 26 et 27 mai à Alès, dans le Gard ; il verra la fin de la présidence assurée depuis 10 ans par le pasteur Jean-Raymond Stauffacher, futur Secrétaire général de la Fédération Protestante de France, ainsi que le renouvellement de l’administrateur, Gérard Kurz. Le vote de renouvellement des équipes des commissions et coordinations occupera une place importante dans ce synode dit à « élections ».

Le temple d’Alès, où se tiendra le synode national de l’Unepref © Unepref

Le synode national de l’Unepref, qui se tient en cette année 2022 au temple d’Alès, les 26 et 27 mai, est placé sous le thème : « Nous avons vu les œuvres de Dieu » (Éphésiens 2:10). Il s’agira de retracer et de mettre en récit le chemin parcouru durant ces dix dernières années qui correspondent à une saison de réforme du fonctionnement de l’Union d’Églises. La journée du 26 mai tournera ainsi largement autour du rapport de synthèse sur ces dix ans donné par le pasteur Jean-Raymond Stauffacher, actuel président de l’Unepref. En effet, l’Union des Églises protestantes réformées évangéliques a considérablement fait évoluer sa structure en abandonnant une structuration en région pour une structuration nationale. L’objectif étant de favoriser le développement d’une dynamique allant du bas vers le haut plutôt que l’inverse. L’Union d’Églises est actuellement administrée par trois Commissions : Commission Permanente (exécutif de l’Union), Commission des Finances (gestion des charges communes et salaires) et Commission des Ministères (recrutement et accompagnement des pasteurs et diacres nationaux). Le synode se réunit désormais une fois par an et chaque Église y est représentée, ce qui favorise un processus décisionnel plus direct.

Ont également été mis en place trois coordinations qui ont pour but d’animer les Églises autour de trois dynamiques perçues comme essentielles : le soutien de la vie des Églises locales, la formation et l’engagement missionnel. Ainsi, la Coordination Vocation aide les Églises à discerner, formuler et vivre leurs engagements dans la société, la Coordination Édification les assiste dans l’enseignement biblique et la formation de disciple et la Coordination Mission soutient les actions de témoignage. Les Coordinations ont pour but de mettre en place un accompagnement responsabilisant les Églises et encourageant les initiatives locales, avec le soutien des visiteurs fraternels et de groupes de travails. Ce « pas en avant » a permis des avancées mais a aussi ouvert à certains effets qu’il convient d’évaluer et d’analyser.

L’organisation de l’Unepref © Unepref

Changement de cycle

Enfin, ce synode équivaut à la fin d’un cycle avec la fin de la présidence assumée depuis 2012 par le pasteur Jean-Raymond Stauffacher, qui prendra ses fonctions de nouveau secrétaire général de la Fédération protestante de France le 1er juillet, succédant à à Georges Michel, et le renouvellement de l’administrateur, Gérard Kurz. Le vote de renouvellement des équipes des commissions et coordinations occupera une place importante dans ce synode dit à « élections ». Ces deux jours seront aussi marqués par la reconnaissance de ministère de deux pasteurs et par les prises de parole d’invités internationaux.

Ce synode se tiendra juste avant la 4ème convention nationale de l’Unepref : un événement qui aura lieu les 28 et 29 mai au centre chrétien de Gagnières, avec l’installation d’un « village missionnaire » avec de nombreuses animations et des invités comme le Suisse Alain Auderset, artiste chrétien engagé dans ses albums de BD comme sur la scène, ou le collectif de louange Tehillah :
 




Mission de l’Église et ministères au menu du synode national de l’EPUdF

Le dixième Synode national de l’Église protestante unie de France se tiendra du Jeudi 26 mai au dimanche 29 mai 2022 à Mazamet. Il verra la poursuite des réflexions engagées sur le thème « Mission de l’Église et ministères ». Avec des enjeux cruciaux : quelle mission pour l’Église de demain ? Sous quelle forme ? Quelles relations entre mission au près et au loin ?

Le synode national de l’EPUdF à Sète en 2021 © Défap

Neuf ans après la création de l’Église protestante unie de France, la paroisse protestante de Mazamet, dans le Tarn, reçoit du 26 au 29 mai le Synode national. Sylvie Franchet d’Espérey, modératrice de cette session synodale 2022, accueillera les 200 délégués des neuf régions de l’EPUdF et des invités de France et d’Europe. Elle conduira leurs travaux, nourris par les divers rapports sur la vie matérielle et spirituelle de l’Église protestante unie de France. La présidente du Conseil national, la pasteure Emmanuelle Seyboldt, donnera son message au Synode le jeudi 26 mai à 18h45. Le culte final le dimanche 29 mai à 11 heures accueillera les nouveaux pasteurs reconnus dans leur ministère durant l’année.

Le Conseil national de l’Église a initié un processus synodal sur plusieurs années (2021-2024) intitulé « Mission de l’Église et ministères ». Pour cette session 2022, le Synode national devra discerner une vision globale et de grandes orientations à partir des contributions des synodes régionaux et des travaux des Églises locales en 2021. Pour cela, deux documents sont proposés au débat, puis au vote : la Charte pour une Église de témoins, texte d’encouragement et de partage de convictions sur la mission de l’Église et les ministères ; et les objectifs stratégiques, définissant de grands domaines de travail et d’orientations, à partir desquels des propositions concrètes feront l’objet de la suite de la consultation synodale (en 2023-2024).

Au Défap, une réflexion engagée depuis mars 2018

Les questions sur la mission, tous les organismes missionnaires y sont aujourd’hui confrontés, dans un temps qui connaît des évolutions de plus en plus rapides et de grande ampleur. Et ce qui est vrai des organismes missionnaires l’est tout autant des Églises elles-mêmes – et au sein du monde protestant, c’est tout particulièrement vrai des Églises dites «historiques». En témoignait l’an dernier le numéro 80 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, qui s’est associée depuis à la revue Foi & Vie : ce numéro de PM s’attachait précisément aux questionnements auxquelles la mission fait face dans le contexte européen.

Au Défap, la réflexion est engagée depuis mars 2018, lorsque son président, Joël Dautheville, avait lancé un appel en faveur d’une dynamique refondatrice dans son message à l’ouverture de l’Assemblée générale. Une réflexion qui ne peut bien sûr être indépendante de celle des Églises constituant le Service Protestant de Mission. Mais en la matière, chacune avance en fonction de son propre contexte, de sa propre histoire et au rythme de ses propres instances. En octobre 2019, le colloque organisé au 102 boulevard Arago «Vers une nouvelle économie de la mission : parole aux Églises» avait permis de réunir les présidents des trois Églises constitutives du Défap : l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref. Il s’était traduit par des échanges très riches au cours desquels s’étaient exprimées les diverses conceptions de la mission, et les diverses attentes vis-à-vis du Défap.

La mission en débat à l’EPUdF : le dossier
 – le PDF «Mission de l’Église et Ministères»
 – la lettre d’accompagnement d’Emmanuelle Seyboldt
L’avancée des réflexions au Défap
 – Le Défap et les «jeudis de la mission»
 – Colloque du Défap : un moment charnière sur le chemin de la refondation
 – Refonder la mission
 – Vivre et Partager l’Évangile
 – «La mission de partout vers partout : les temps sont-ils mûrs ?»
 – Un défi à relever…
 – «L’interculturalité est un voyage, et souvent, on ne voit pas le chemin»
 – Une réflexion sur «les fruits du Défap»
 – Les fruits de la mission
 – «Être en mission est une grâce»
 – «Une réflexion refondatrice» pour «une vision et une action renouvelées»



Prière œcuménique de l’Avent

Ensemble avec les Églises chrétiennes du Bade-Wurtemberg et de Rhénanie-Palatinat, les Églises catholiques et protestantes d’Alsace et de Lorraine invitent à une prière œcuménique de l’Avent.

© Torsten Mühlbacher pour les Églises chrétiennes du Bade-Wurtemberg

Pour beaucoup de personnes, la prière à la maison est devenue une belle habitude qui accompagne la période précédant Noël.

Cette prière est une occasion d’inviter quelques personnes, vos amis, voisins et connaissances – et aussi des personnes que vous connaissez moins, voire pas du tout – à venir partager un moment de célébration ! Une pièce décorée pour l’Avent et la disponibilité d’une personne pour diriger cette prière de maison sont de bonnes conditions pour réussir ce moment passé ensemble.

Les membres du groupe œcuménique transfrontalier de l’ACK (Arbeitsgemeinschaft Christlicher Kirchen in Baden Württemberg) vous souhaitent un temps de l’Avent béni et lumineux.




Le Défap et Djibouti : un documentaire à voir sur France 2 le 12 décembre à 10h

Dimanche 12 décembre, retrouvez sur France 2 le documentaire de Présence protestante «Le Défap, 50 ans au service des Églises en mission – L’Église protestante évangélique de Djibouti». Un thème qui sera aussi au centre de la prochaine émission « Courrier de mission – le Défap », présentée par Marion Rouillard sur la radio Fréquence Protestante.

Une cérémonie de remise de diplômes se prépare dans le temple de l’Eped © Défap, mars 2019

Depuis sa création en 1971, le Défap s’inscrit dans un réseau d’Églises, au sein desquelles il joue le rôle de facilitateur pour permettre de réaliser des projets, des échanges de personnes… autant d’actions qui ont avant tout pour but d’entretenir des relations entre Églises par-delà les distances géographiques et culturelles. Cet aspect de relations entretenues au sein d’une communauté, qui se comprend avant tout au sein du réseau de la Cevaa – Communauté d’Églises en mission, mais sans s’y limiter strictement, est tout particulièrement important pour des Églises qui sont minoritaires dans leur pays. La petite Église de Djibouti, officiellement désignée sous le titre d’Eped (Église protestante évangélique de Djibouti) fait partie de ces communautés pour lesquelles les relations avec le Défap sont cruciales, car elles représentent l’inscription au sein d’une communauté plus large. Pour l’Eped, la relation avec les Églises d’Europe passe ainsi à la fois par son appartenance à la Ceeefe (la Communauté des Églises francophones) et par le Défap.

L’histoire du Défap, de sa création aux célébrations de son cinquantenaire en 2021, et ses actions concrètes, à travers l’exemple des relations avec l’Église Protestante Évangélique de Djibouti, sont à la base du documentaire qui sera diffusé dimanche 12 décembre sur France 2, dans le cadre de l’émission Présence protestante : «Le Défap, 50 ans au service des Églises en mission – L’Église protestante évangélique de Djibouti». Un film réalisé par Pierre Vella, que vous pourrez retrouver par la suite en replay sur le site de France 2 et sur celui du Défap ; et ces relations seront aussi au centre de la prochaine émission « Courrier de mission – le Défap », présentée par Marion Rouillard sur la radio Fréquence Protestante.

L’Eped, une Église qui croît

À Djibouti, l’islam est religion d’État depuis 1992. La liberté religieuse est garantie par la constitution, mais le prosélytisme est découragé par les autorités. La plupart des chrétiens présents dans ce petit pays d’un peu plus de 23.000 km2, frontalier de l’Érythrée, de l’Éthiopie, et de la Somalie, appartiennent en majorité soit à l’Église catholique romaine, soit à l’Église éthiopienne orthodoxe. Officiellement, le protestantisme est exclusivement représenté par l’Eped (Église protestante de Djibouti). Seule Église protestante officiellement reconnue par le gouvernement de ce pays musulman, l’Eped est héritière d’une situation historique unique, qui l’amène à accueillir une très grande diversité confessionnelle. À l’origine, elle avait été créée par l’aumônier des troupes françaises stationnées à Djibouti. La construction du temple proprement dit avait eu lieu en 1962. Le chantier avait été rendu possible grâce à la bienveillance du gouverneur de l’époque, et grâce au soutien de l’Assemblée Territoriale, à majorité musulmane, qui avait apporté le terrain. Le chantier avait aussi bénéficié de l’aide financière du FIDES (Fonds d’Investissement et de Développement Économique et Social – des fonds publics donc) et des Églises Réformées de France. Après le référendum d’autodétermination de 1977 et la naissance de la République de Djibouti, les bâtiments devaient devenir officiellement propriété de la Ceeefe, mise en place par la Fédération Protestante de France précisément pour s’occuper des Églises créées par des Français à l’étranger, pendant que le Défap assumait la responsabilité de cette paroisse unique.

Le Centre de l’Eped a développé une formation pour la maintenance des panneaux solaires © Eped

Aujourd’hui, l’Eped est une Église qui croît. Elle accueille des chrétiens de différents pays (Éthiopie, France, Burundi, États-Unis, etc.) et de différentes branches du protestantisme. Elle bénéficie tout à la fois de la forte croissance économique de Djibouti et de sa situation stratégique à la Corne de l’Afrique, qui en fait un lieu de passage et un enjeu incontournable : fait révélateur, l’activité portuaire est le premier secteur économique du pays. Mais l’Église se situe dans un contexte fortement instable. Instabilité de la politique intérieure de Djibouti, qui sur le plan extérieur entretient des relations complexes à la fois avec la France et les États-Unis ; inégalités sociales criantes, dénoncées à la fois par l’Église et les ONG, et aggravées par une forte immigration du fait des conflits au Yémen et en Érythrée ; et forte mobilité des membres mêmes de l’Église, dont peu restent à Djibouti plus de trois ans.

Pour cette Église à la communauté aussi diverse que fluctuante, les bâtiments jouent un rôle fondamental : lieu d’accueil, lieu où se rassemble la communauté, mais aussi lieu de témoignage. Le chantier de rénovation du temple, mené à bien avec le soutien du Défap, qui s’est étalé sur près d’une dizaine d’années, a ainsi donné une visibilité et une crédibilité à cette communauté protestante de Djibouti ; un effet qui s’est trouvé renforcé avec la réhabilitation du centre de formation, dans lequel ont été déjà formés nombre de jeunes Djiboutiens aux métiers de la maçonnerie, de l’électricité, de la plomberie, de la soudure ou des panneaux solaires. Aujourd’hui, ce centre est reconnu par les autorités djiboutiennes pour son expérience dans la formation des jeunes en général, et des jeunes en situation de handicap en particulier. Derrière les bâtiments, il y a donc toute une communauté qui vit. Une communauté avec un pasteur, Pierre Thiam, venu du Sénégal, qui a su trouver un équilibre liturgique tenant compte de la grande diversité des origines des paroissiens ; une communauté qui se projette dans l’avenir et s’attache à programmer de nouvelles formations de façon à pérenniser le fonctionnement du Centre et de son personnel.

Retrouvez ci-dessous la présentation de l’émission Présence Protestante sur France 2 :

 




Tour des Synodes régionaux de l’EPUdF

À l’automne, chaque région de l’Église Protestante Unie de France, l’une des trois unions d’Églises constitutives du Défap, organise son synode, avec pour question principale : « La mission de l’Église et les ministères ». Un thème qui est au cœur même des activités du Défap, dont les représentants sont, comme chaque année, présents pour participer à chacun de ces synodes.

© EPUdF

Le thème abordé en cette année 2021 lors des synodes régionaux de l’EPUdF, « La mission de l’Église et les ministères », va se déployer sur 3 ans :

  • 2022 : discerner une vision globale et ses grandes orientations
  • 2023 : réformer l’Église en vue de sa mission (par exemple élaboration d’outils missionnaires, création de ministères et de formations adaptées)
  • 2024 : mettre en application nos décisions

Les questions sur la mission, tous les organismes missionnaires y sont aujourd’hui confrontés, dans un temps qui connaît des évolutions de plus en plus rapides et de grande ampleur. Et ce qui est vrai des organismes missionnaires l’est tout autant des Églises elles-mêmes – et au sein du monde protestant, c’est tout particulièrement vrai des Églises dites « historiques ». En témoigne le dernier numéro de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, qui s’attache précisément aux questionnements auxquelles la mission fait face dans le contexte européen.

Comme chaque année, le Défap est présent à ces divers synodes régionaux, dont voici le calendrier :

 

Région Date et lieu du synode Suivre ce Synode
Centre-Alpes-Rhône 12-14 novembre à Annecy
Cévennes-Languedoc-Roussillon 29-31 octobre au centre du Lazaret à Sète
Est-Montbéliard 19-21 novembre à Besançon
Inspection luthérienne de Paris 19-21 novembre à Noisy-le-Grand
Nord-Normandie 12-14 novembre à Merville – Franceville 
Ouest 19-21 novembre à Nantes
Provence-Alpes-Corse- Côte d’Azur 19-21 novembre à Saint-Raphaël
Région parisienne 19-21 novembre à Dourdan
Sud-Ouest 19-21 novembre à Libourne

Une réflexion au long cours

Au Défap, la réflexion est engagée depuis mars 2018, lorsque son président, Joël Dautheville, avait lancé un appel en faveur d’une dynamique refondatrice dans son message à l’ouverture de l’Assemblée générale. Une réflexion qui ne peut bien sûr être indépendante de celle des Églises constituant le Service Protestant de Mission. Mais en la matière, chacune avance en fonction de son propre contexte, de sa propre histoire et au rythme de ses propres instances. En octobre 2019, le colloque organisé au 102 boulevard Arago «Vers une nouvelle économie de la mission : parole aux Églises» avait permis de réunir les présidents des trois Églises constitutives du Défap : l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref. Il s’était traduit par des échanges très riches au cours desquels s’étaient exprimées les diverses conceptions de la mission, et les diverses attentes vis-à-vis du Défap.

Cette réflexion sur la mission, l’EPUdF a désormais décidé d’en faire un des thèmes centraux de ses synodes régionaux et nationaux. Un dossier destiné aux Églises locales est disponible pour la préparation des synodes régionaux 2021 et du synode national 2022.

La mission en débat à l’EPUdF : le dossier
 
L’avancée des réflexions au Défap



Retour sur le synode national de l’EPUdF

Une décision marquante sur l’écologie, la réélection de la pasteure Emmanuelle Seyboldt à la présidence du Conseil national, quatre vœux, des témoignages : ce Synode national a été un moment intense de débats et d’orientations pour l’Église protestante unie de France.

Le synode national de l’EPUdF à Sète © Défap

Huit ans après la création de l’Église protestante unie de France, le Synode national 2021 s’est tenu en deux temps : une première étape en distanciel, et une deuxième en présentiel du 22 au 24 octobre, avec la participation de 230 délégués à Sète, au centre du Lazaret. Le thème principal en était : « Écologie : quelle(s) conversions » . Ce synode a vu l’élection, pour un mandat de quatre ans, du Conseil national. Composé de vingt membres, il veille sur la vie de l’Église, la représente, en assure la gestion, nomme un certain nombre d’instances. La pasteure Emmanuelle Seyboldt, première femme élue à la tête de cette instance en 2017, a été reconduite à la présidence du Conseil national.

À l’issue de ses travaux sur l’écologie, le Synode a diffusé un texte constituant une prise de position publique à l’adresse non seulement de ses membres et des paroisses, mais aussi de la société dans son ensemble et des décideurs, appelant à des actions urgentes en faveur de la sauvegarde de la création. Ainsi, se référant « aux réflexions menées depuis des années par le Conseil œcuménique des Églises » et se disant « profondément bouleversée par la crise écologique et sanitaire que subissent tous les êtres vivants de cette terre » , l’Église protestante unie de France « interpelle les femmes et les hommes en responsabilité politique, intellectuelle et religieuse sur la lenteur, l’insuffisance voire les contradictions délibérées des discours et des actions mises en oeuvre face à l’urgence du dérèglement climatique et du recul grandissant de la biodiversité de la planète. Elle s’indigne des dérives économiques et des choix égoïstes des pays riches qui ont conduit à une situation écologique alarmante et des situations de misères insupportables. En interpellant solennellement avec d’autres les autorités publiques, les acteurs économiques, mais aussi l’ensemble des membres de l’Église, l’Église protestante unie de France veut prendre sa part de responsabilité, car elle se bat avec l’espérance en la capacité humaine à construire un avenir plus résilient en ce monde, pour tous les humains et la création. »

La table ronde du synode national sur le thème de l’écologie a été diffusée en direct ; vous pouvez encore retrouver l’enregistrement de l’échange auquel elle a donné lieu entre quatre témoins du protestantisme :
• Rachel Calvert (administratrice d’A Rocha, association protestante de conservations de la nature)
• Suzanne Chevrel (présidente des Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de de France)
• Martin Kopp (théologien, président de la commission écologie et justice climatique de la Fédération protestante de France)
• Gilles Zuberbuhler (dirigeant de Weylchem Lamotte – industrie chimique)
 

 
Synode National à Sète : Quelques questions au pasteur Robin Sautter, rapporteur : l’importance des préoccupations écologiques pour les Églises :
 




EPUdF : un synode national à Sète sur le thème de l’écologie

Cette deuxième session 2021, après une première session qui s’était tenue le 13 mai en multiplex, aura lieu du 22 au 24 octobre au Centre du Lazaret à Sète. Le thème « Écologie : quelle(s) conversion(s) ? », sujet du synode national, avait été choisi par le Conseil national pour répondre à une demande exprimée à plusieurs reprises lors des synodes nationaux et régionaux.

© EPUdF

Huit ans après la création de l’Église protestante unie de France, le pasteur Denis Petit, modérateur de cette session synodale, accueillera les 230 délégués venant des neuf régions ainsi que des invités de France et d’Europe. Il conduira leurs travaux, nourris par divers rapports sur la vie de l’Église et le renouvellement du Conseil national et des commissions synodales. Le thème principal du synode est : « Écologie : quelle(s) conversions« . À l’issue de ses travaux, le synode adressera un message aux paroisses et des recommandations à l’intention des responsables politiques et religieux en France. Le vendredi 22 octobre à 20h30, le pasteur Robin Sautter et Antoine Rolland, rapporteurs du thème synodal animeront une table ronde publique, relayée en direct sur les réseaux sociaux, qui donnera la parole à quatre témoins du protestantisme :

  • Rachel Calvert (administratrice d’A Rocha, association protestante de conservations de la nature)
  • Suzanne Chevrel (présidente des Eclaireuses et Eclaireurs Unionistes de de France)
  • Martin Kopp (théologien, président de la commission écologie et justice climatique de la de la Fédération protestante de France)
  • Gilles Zuberbuhler (dirigeant de Weylchem Lamotte – industrie chimique)

Le pasteur Arnaud Van Den Wiele assurera l’aumônerie du Synode. Le culte de clôture dimanche à 11h accueillera 23 nouveaux pasteurs (10 hommes et 13 femmes), récemment ordonnés dans leur ministère et la reconnaissance de ministère du nouveau Conseil national et de la Commission des ministères.

La sauvegarde de la création au cœur des réflexions des Églises

Si au niveau international, les initiatives chrétiennes en faveur de la sauvegarde de la création sont déjà nombreuses, au niveau français aussi, les Églises s’engagent. Depuis 2015, la Fédération Protestante de France a mis en place une démarche de plaidoyer et a créé une commission Écologie et Justice climatique. Elle est aujourd’hui présidée par Martin Kopp. Le Défi Michée porte quant à lui des appels très concrets liant écologie et justice sociale. On peut citer encore le mouvement Chrétiens unis pour la terre, qui a co-organisé les Assises chrétiennes de l’écologie à Saint-Étienne, ou la démarche initiée par le label «Église verte». Avant ce Synode national de l’EPUdF, le thème de l’écologie avait été débattu lors des Synodes régionaux – des réunions auxquelles le Défap avait participé, comme il le fait chaque année.

Ce qui pose la question : et la mission dans tout ça ? On ne peut tout simplement pas imaginer l’annonce de l’Évangile déconnectée des motifs d’inquiétude et de souffrance de l’humanité. Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie dans l’espace protestant francophone, avait d’ailleurs consacré fin 2014 un numéro entier aux défis de l’écologie (PM n°69 : «Héritiers et témoins d’une terre promise»). Au Défap aussi, la préoccupation de la sauvegarde de l’environnement est donc bien présente. Elle fait partie intégrante du programme de travail établi depuis 2015, et se retrouve à travers un certain nombre de projets : c’est le cas du soutien apporté à l’association Abel Granier, qui intervient en Tunisie sur les problématiques de désertification. C’est le cas du partenariat établi avec l’ALCESDAM, Association pour la Lutte Contre l’Érosion, la Sécheresse et la Désertification au Maroc, qui depuis trente ans intervient dans les zones de palmeraies de la province de Tata. Le Défap a aussi régulièrement des envoyés au sein du projet Beer Shéba à Fatick, au Sénégal, centré sur l’agro-foresterie durable. Il est l’un des membres fondateurs du Secaar (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), un réseau de dix-neuf Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, présent dans une douzaine de pays, qui met en avant parmi ses principaux axes de travail l’agroécologie et le respect de l’environnement, en lien avec les droits humains.