Beyrouth : «Une Église SDF qui survit grâce à l’hospitalité de ceux qui l’accueillent»

De retour du Liban, après plusieurs séjours au sein de la communauté protestante francophone de Beyrouth et 12 mois de présence dans le pays du Cèdre, le pasteur Gérard Riess témoigne de la vitalité d’une communauté qui vit et s’engage, malgré les difficultés et l’absence de lieu de culte.

Vue d’un culte de l’EPFB © Gérard Riess

 

Une crise interminable. Au Liban, les trois chocs successifs qui ont été constitués par la crise du secteur bancaire, la crise sanitaire liées au Covid-19, et enfin l’explosion survenue dans le port de Beyrouth, ont plongé l’activité du pays dans une quasi-paralysie durable, et la population dans une pauvreté et une détresse grandissantes. Une situation insupportable pour tous, et qui frappe en particulier les plus fragiles, que la Banque mondiale a récemment détaillée en chiffres : plus de 75% de la population vit aujourd’hui en-dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins de 6 dollars par jour. Le taux d’inflation aurait même atteint 155% au cours de l’année 2020, les prix de certains produits essentiels mais non subventionnés ayant même atteint une hausse de 400%, alors que la livre libanaise a perdu plus de 90% de sa valeur depuis octobre 2019.

Parallèlement, des milliers de travailleurs immigrés, frappés de plein fouet par la profonde crise économique, se retrouvent au chômage et incapables de subvenir à leurs besoins, s’est alarmée pour sa part l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Il s’agit principalement de travailleurs étrangers en provenance des Philippines, de l’Éthiopie, du Bangladesh ou encore de certains pays africains ; parmi ces «invisibles» de la société libanaise figurent par exemple de nombreuses femmes de ménage. Une fragilité accrue, dans un contexte de crise généralisée, qui les expose à tous les abus, ainsi que, parfois, au refus pur et simple de leurs employeurs lorsqu’il s’agit de les payer. Près de la moitié souhaiteraient retourner dans leur pays mais ne pourraient payer le prix d’un billet retour. D’autres aussi ne pourraient pas repartir du Liban en raison du système de la «Kafala» qui les prive de leur passeport au profit de leurs employeurs ou des agences d’intérim qui les emploient.

Le Liban, «un bel oiseau à qui on a coupé les ailes»

Le Liban reste un pays meurtri, à l’image de sa capitale, Beyrouth, où les ruines des explosions du 4 août sont encore partout présentes. La silhouette éventrée du silo à grains du port, émergeant de ce qui ressemble à un champ de bataille, en reste le symbole repris par des photos publiées dans toute la presse internationale. «Le Liban est réellement un pays cassé», témoigne ainsi le pasteur Gérard Riess dans une de ses dernières lettres. «Il ressemble à un bel oiseau à qui non seulement on a coupé les ailes l’empêchant de voler, mais jour après jour on lui enlève les plumes qui restent, au point d’en faire un mort-vivant. Les Libanais sont tous résignés et à bout de nerf face à une situation socio-économique chaotique et désespérante. Paradoxalement chaque fois que la communauté se rassemble, un souffle frais d’amitié, de joie, de prière, de chants, de danses vient mobiliser des énergies insoupçonnées, qui font des merveilles.»

Vue d’un culte de l’EPFB © Gérard Riess

Le pasteur Gérard Riess vient d’effectuer, avec son épouse Barbara, plusieurs séjours au sein de l’EPFB, l’Église protestante française de Beyrouth, où il a assuré le rôle de pasteur intérimaire bénévole. Il y avait pris la suite du pasteur Pierre Lacoste, envoyé par le Défap en vertu d’un accord entre cinq partenaires unis pour encourager et soutenir le témoignage protestant français au Levant : la Ceefe (Commission des Églises protestantes d’expression française à l’extérieur), la FPF, l’ACO (Action chrétienne en Orient), le Défap, en lien avec l’APFB (Association Protestante Française de Beyrouth). Ce qu’il a vécu au sein de cette Église apparaît d’autant plus remarquable que la petite communauté francophone de l’EPFB compte beaucoup de ces «pauvres parmi les pauvres» que sont ces employées de maison venues travailler au Liban dans l’espoir d’une vie meilleure, et qui se retrouvent soumises à un quasi-esclavage. Si la plupart d’entre elles viennent d’Éthiopie, des Philippines ou du Bangladesh, certaines de ces jeunes femmes, venues notamment de Madagascar, sont francophones et protestantes : elles sont 5000 environ parmi les 250.000 travailleuses domestiques présentes au Liban. Ce sont certaines de ces jeunes femmes que l’on retrouve désormais aux cultes de l’EPFB, aux côtés de la communauté francophone protestante de Beyrouth ou de paroissiens d’autres origines – et l’Église se mobilise régulièrement pour elles. Avec des moyens des plus limités : car aujourd’hui encore, l’EPFB reste privée de temple. Un projet immobilier qui aurait dû voir le jour il y a déjà plusieurs années, et bloqué par d’interminables démarches administratives, a contraint l’Église de Beyrouth à chercher refuge au sein des murs du Collège Protestant. Elle s’est même retrouvée privée de lieu de réunion régulier, pour cause de durcissement des mesures sanitaires dues au Covid-19, allant jusqu’à devoir se réunir dans l’enceinte d’un cimetière. Mais elle poursuit ses activités et son témoignage.

«Des sans-droits qui retrouvent leur dignité humaine en Dieu»

De retour en France en ce mois de mai, le pasteur Riess témoigne, avec son épouse Barbara, de ce qu’il a vu et vécu au sein de l’Église protestante française de Beyrouth : «C’est avec beaucoup de reconnaissance que nous relisons un parcours, marqué par de multiples rencontres, découvertes, faites de contrastes et paradoxes s’inscrivant dans le paysage singulier du Proche Orient si surprenant, si insaisissable… Pour n’en citer que quelques-uns, voici ce qui nous revient en mémoire : immersion dans une région dangereuse, offerte comme une chance pour une expérience humaine et spirituelle d’une densité exceptionnelle… Découverte d’un pays qui vit actuellement une descente aux enfers mais où résonne la louange à Dieu… Accompagnement d’une Église SDF qui survit grâce à l’hospitalité de ceux qui l’accueillent avec bienveillance… Proximité avec des sans-droits qui retrouvent leur dignité humaine en Dieu… Vécu communautaire avec des personnes de nationalités et de langues différentes rassemblées dans un élan de foi vivifiant (12 pays différents représentés lors d’une journée de rencontre). Ou encore : lorsque des personnes démunies, vivant au jour le jour, aident les défavorisés à rester debout ; lorsqu’une communauté de foi s’installe dans un cimetière pour renaître à l’espérance ; lorsque la prière à Jésus se mélange à la psalmodie musulmane ; lorsqu’un temps de confinement ouvre à la possibilité d’être accueilli à «la table de Jésus» ; lorsqu’une expérience de foi sur une «Terre du Christ» est synonyme d’immersion parmi les chrétiens d’Orient…»

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Comment aider Haïti ?

Alors que le président Jovenel Moïse devait rendre le pouvoir le 7 février, selon le conseil supérieur du pouvoir judiciaire haïtien, il est toujours en place et gouverne par décrets. La violence grandit dans le pays et les rapts organisés par des gangs sont de plus en plus nombreux : en témoigne l’enlèvement récent de dix personnes, dont sept religieux. Dans un contexte de pauvreté et de pénuries croissantes, manifestations et grèves appellent à la fois à la libération des otages et au départ du président. Le Défap, en lien avec ses partenaires de la Plateforme Haïti, suit de près l’évolution de la situation.

S’il est une activité qui prospère en ce moment en Haïti, c’est celle du kidnapping. Activité fort lucrative, aux mains d’une centaine de gangs régnant chacun en maîtres sur leur territoire, qu’ils défendent en se livrant à de véritables batailles rangées. Jusque dans la capitale, Port-au-Prince, ils contrôlent des quartiers entiers. Voilà des mois que le nombre de ces enlèvements crapuleux va croissant. Si des échos en sont parvenus dernièrement jusqu’en France, où les autorités se sont mobilisées, c’est parce que parmi leurs victimes les plus récentes figurent des ressortissants français ; l’enlèvement, à peu près deux semaines plus tôt, de trois membres de l’Église pentecôtiste dont un pasteur, n’avait pas eu un tel retentissement. Reste qu’en Haïti même, ce dernier rapt de dix personnes, parmi lesquelles sept religieux catholiques (cinq Haïtiens ainsi qu’une nonne de la Mayenne et un prêtre de l’Ille-et-Vilaine qui vit en Haïti depuis plus de trente ans) a représenté une telle onde de choc qu’elle a entraîné un remaniement gouvernemental. Les représentants des Églises eux-mêmes ne se sentent plus à l’abri de ces rapts. Mgr Max Leroy Mésidor, archevêque de Port-au-Prince, constatant que «la violence des bandes armées prend une proportion sans précédent», a fustigé : «Les autorités publiques qui ne font rien pour résoudre cette crise ne sont pas à l’abri de tout soupçon. Nous dénonçons les complaisances et les complicités d’où qu’elles viennent». La Conférence haïtienne des religieux a exprimé son «profond chagrin, mais aussi sa colère».

L’enlèvement a eu lieu le dimanche 11 avril. Les dix personnes se rendaient alors à la cérémonie d’installation d’un jeune curé dans sa nouvelle paroisse, à Galette-Chambon. L’attaque a eu lieu à la Croix-des-Bouquets, un secteur contrôlé par un gang connu sous le nom de la «400 Mawazo». Le soir-même, Loudger Mazile, porte-parole de la conférence épiscopale d’Haïti, annonçait que les ravisseurs réclamaient 1 million de dollars de rançon. Depuis, la famille d’une des otages, une septuagénaire haïtienne, a réussi à réunir 50.000 dollars pour obtenir sa liberté ; mais les autres restent captifs. Quatre des ecclésiastiques sont membres de la société des prêtres de Saint-Jacques, en mission en Haïti. Parmi les sept religieux toujours séquestrés, deux prêtres sont de santé fragile : l’un a besoin de soins après une blessure par balle à l’abdomen, l’autre, diabétique, est sous insuline.

Des Églises mobilisées contre les dérives dictatoriales

Face au choc suscité par ce dernier enlèvement, le président Jovenel Moïse s’est dit «conscient que l’État doit faire plus d’efforts». Le mercredi 14 avril, le premier ministre, Joseph Jouthe, a remis sa démission, aussitôt remplacé par Claude Joseph, l’ancien ministre des affaires étrangères. L’Église catholique, pourtant d’ordinaire très réservée, a lancé un appel à la grève générale pour réclamer la libération des otages ; un appel qui a été très suivi à travers le pays, pendant que les messes prenaient des allures de meetings politiques réclamant le respect de la Constitution – en clair : le départ du président.

L’événement en dit long sur la contestation visant le chef de l’État, accusé de dérives dictatoriales et d’encourager le chaos : impossibilité de tout dialogue entre Jovenel Moïse et l’opposition politique, paralysie d’institutions comme le Parlement et le Sénat qui ont été réduites au silence, pendant que le président, dont le mandat aurait dû s’achever le 7 février, continue à gouverner par décrets… Côté protestant, une Commission protestante contre la dictature en Haïti (CPCDH) réunit depuis la mi-février la Conférence et la Fédération des pasteurs haïtiens ainsi que le Conseil national spirituel des Églises d’Haïti. La dernière tentative en date de susciter un dialogue réunissant les partis politiques de l’opposition, la société civile, le pouvoir et les partis politiques proches du pouvoir, lancée par la plateforme interreligieuse Religions pour la paix, s’est soldée par un échec.

Au quotidien, la population haïtienne doit endurer cette insécurité endémique, les multiples pénuries aggravées encore par les effets de la pandémie de Covid-19, les coupures d’eau ou d’électricité, le mauvais état des infrastructures, la mauvaise qualité des services publics et la corruption, une pauvreté grandissante, une inflation galopante… Un symbole parmi d’autres : le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti a annoncé la mise en circulation prochaine de nouveaux billets de 2500 et 5000 gourdes, la monnaie haïtienne. Mais au taux de change actuel, le billet de 2500 gourdes ne vaudrait guère plus en dollars que ce que valaient les billets de 1000 gourdes imprimés en 2005 ; et guère plus que les billets de 100 gourdes en 1991… Près de deux tiers des 11 millions d’habitants du pays vivent avec moins de 2,41 dollars par jour. Mais bien qu’épuisés, les Haïtiens trouvent encore la force de manifester.

Comment aider ?

Depuis longtemps, ce sont les Églises qui tentent de pallier les carences de l’État en matière d’action sociale, d’éducation, de protection de l’environnement : autant d’actions cruciales pour Haïti où la profonde crise que traverse le pays frappe d’autant plus durement les plus fragiles. Et si Haïti est considérée comme «zone rouge» par le ministère français des Affaires étrangères, ce qui y limite les voyages aux seuls cas de nécessité absolue, c’est en soutenant ces institutions liées aux Églises qu’il est possible d’aider malgré tout. Elles-mêmes ne sont pas à l’abri des pénuries et de la violence, mais elles se consacrent avec dévouement à semer des graines d’espérance. Le soutien de partenaires étrangers est pour elles nécessaire. Ainsi, la Mission Biblique développe sur place des projets sociaux, d’enseignement et de santé en partenariat avec l’UEBH (l’Union Évangélique Baptiste d’Haïti). Avec le soutien du Défap, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (la FEPH), à travers son réseau de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation de 300.000 enfants – un enjeu majeur pour la formation des futurs citoyens, alors que du fait de la mauvaise qualité de l’enseignement public, l’analphabétisme concerne près de 4 Haïtiens sur 10. ADRA a développé un programme efficace de reboisement, dans un pays où la couverture végétale n’excède pas 2% du territoire – une déforestation qui aggrave encore les effets des fréquents cyclones…

Ce qui relie ces différents acteurs, c’est la Plateforme Haïti, mise en place par la Fédération protestante de France en lien avec celle d’Haïti, et coordonnée par le Défap. Elle permet un partage d’informations, des actions en commun, des récoltes de fonds pour les projets en cours sur place… La Mission biblique en est membre, ainsi qu’ADRA-France, mais aussi la Fondation La Cause pour les orphelinats, le SEL… Au vu de la situation d’urgence que connaît le pays, plusieurs acteurs de cette Plateforme ont déjà eu l’occasion d’échanger en comité réduit, et préparent une réunion plus large au cours des prochains jours.

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Centenaire de l’ACO : un cycle de conférences à Beyrouth

1922-2022 : depuis un siècle, l’Action Chrétienne en Orient, œuvre missionnaire créée par un pasteur alsacien témoin du génocide arménien, construit des ponts entre les Églises protestantes de France et du Proche-Orient. Les célébrations de ce centenaire vont s’étaler tout au long des années 2021-2022, et commencent dès ce mois de janvier avec un cycle de rencontres à Beyrouth. Organisées sous forme de visioconférences, elles seront accessibles à toute personne intéressée : pour s’inscrire, c’est ici…

C’est à travers une série d’événements, ponctuant les années 2021 et 2022, que l’ACO – Action chrétienne en Orient – prépare les célébrations de son centenaire. Des événements qui prendront place aussi bien en Europe qu’au Moyen-Orient. Le premier s’annonce dès ce mois de janvier 2021, avec une série de conférences organisées par l’Université Haigazian de Beyrouth. Ces rencontres, qui auront lieu sous forme de visioconférences (situation sanitaire oblige) auront lieu les 28 et 29 janvier, à chaque fois de 16h à 18h30. Les conférences porteront sur les missions européennes et les Églises protestantes au Moyen-Orient au XXème siècle, et seront animées à la fois par des historiens et des acteurs engagés de l’ACO. La langue des intervenants sera l’anglais, et pour s’inscrire, il suffit d’envoyer un message à l’adresse suivante : wilbert.vansaane@haigazian.edu.lb .

Les chrétiens d’Orient ont été souvent victimes de discriminations et de violences, mais ils représentent encore aujourd’hui des communautés vivantes et dont la présence aide au vivre ensemble. Or au début du XXème siècle, au Moyen-Orient, un habitant sur quatre était chrétien ; ils ne sont plus désormais que 11 millions parmi 320 millions de musulmans (soit un sur 30), partout minoritaires et contraints de chercher la protection des pouvoirs en place pour continuer à exister. Et au sein de cette minorité, les Églises protestantes, avec lesquelles l’ACO est en lien, représentent elles-mêmes un tout petit nombre. «Minoritaires au sein de la minorité chrétienne composée d’Églises traditionnelles orientales, orthodoxes et catholiques», souligne l’ACO, «leur environnement est marqué par l’Islam avec ses différents courants théologiques et ses résonances sociales et politiques. Leur contexte est celui d’une région du monde secouée par des crises géopolitiques aux enjeux divers et complexes, où les puissances régionales et occidentales confrontent leurs intérêts. Pour autant les Églises protestantes que nous soutenons au Moyen-Orient rayonnent par leur témoignage vécu au nom de l’Evangile, par leurs œuvres éducatives et sociales, par leurs convictions pacifiques et critiques, par leur souci des relations œcuméniques entre Églises, par leur dialogue avec l’Islam et les minorités religieuses de la région.»

De la Syrie au Liban, puis à l’Iran

Syrie : la renaissance de la paroisse de Kharaba © ACO

À sa création en 1922, l’ACO avait pour but de secourir les populations arméniennes victimes des exactions turques. Son fondateur, le pasteur Paul Berron, décrit dans « Souvenirs des jours sombres » (L’Harmattan) ce qu’il a vu et vécu à partir de 1916 au contact de ces réfugiés, tout en dénonçant la « politique d’extermination » alors mise en œuvre par les autorités turques. Alsacien, donc citoyen allemand avant la Première Guerre mondiale, il avait été envoyé comme aumônier en Syrie et dans la région pour établir et superviser des foyers du soldat. La guerre finie et l’Alsace réintégrée à la France, ce même pasteur Berron, devenu de fait citoyen français, put ainsi passer outre l’interdiction qui frappait les œuvres missionnaires allemandes et créa l’Action Chrétienne en Orient.

Grâce aux paroisses protestantes alsaciennes, mais aussi grâce à des comités néerlandais et suisses, l’ACO a rapidement étendu son œuvre et touché aussi bien les personnes de culture arménienne que de langue arabe et assyrienne, en Syrie mais également au Liban puis plus tard en Iran. Aujourd’hui, grâce à de nombreux partenariats, l’ACO soutient des projets très variés dans les domaines de l’éducation, du social, de la santé, de la solidarité en contexte de crise, de la résolution des conflits, de la formation théologique, de la vie d’Église au sein de communautés locales.

«C’est toute l’humanité qui se joue là»

Parmi ces partenariats, il y a le Défap. Au cours des dernières années, l’ACO a eu l’occasion de collaborer de manière quasi quotidienne avec le Service Protestant de Mission, notamment pour l’envoi de volontaires, au Liban, en Égypte… Dans ce pays par exemple, le Défap a assuré le suivi des envoyés de l’ACO en lien avec les Églises protestantes locales, dans le cadre de la plate-forme Moyen-Orient. Il s’agissait de missions d’enseignement (soutien scolaire, apprentissage de l’expression française), mais au-delà, d’une expérimentation quotidienne du « vivre ensemble » propre à faire mentir ceux qui prêchent la violence entre les communautés. Comme le racontait une ancienne envoyée, décrivant l’école où elle travaillait : «Chrétiens et musulmans se côtoient dans le corps enseignants et chez les élèves (…) Dans cette société égyptienne fragmentée c’est, d’après moi, une bénédiction !»

Comme le soulignait il y a quelques années le pasteur Thomas Wilde, alors directeur de l’Action chrétienne en Orient : «L’ACO travaille pour qu’on se souvienne. Elle a le souci des minorités opprimées : c’est toute l’humanité qui se joue là. L’humanité de l’homme est perdue si on laisse l’oubli s’installer. C’est le devoir des chrétiens et des citoyens du monde de ne pas se résigner.»




Journée de la Règle d’Or : un temps pour mieux connaître l’ACO

En 2022, l’Action Chrétienne en Orient fêtera ses cent ans. En attendant ces célébrations – qui commenceront, dès ce mois de janvier 2021, par une série de conférences organisées par l’Université Haigazian de Beyrouth – ce deuxième dimanche de l’Avent offre une occasion d’être en communion avec les chrétiens d’Orient, à travers la Journée de la Règle d’Or.

Photo d’ouverture : cette fillette fait partie d’une famille chrétienne qui a dû fuir la Syrie vers le Liban – octobre 2015 © Albert Huber, ancien président d’ACO

Longtemps, ils ont fait figure d’oubliés du monde chrétien – alors même que leur histoire remonte aux origines mêmes du christianisme. C’est le conflit syrien et, plus encore, l’apparition de Daech qui ont poussé beaucoup de Français, chrétiens ou non, à une prise de conscience à partir de l’année 2014 du sort des chrétiens d’Orient. En témoigne le succès qu’a connu, en 2017-2018, l’exposition Chrétiens d’Orient : deux mille ans d’histoire organisée à Paris par l’Institut du monde arabe, avec près de deux cent mille visiteurs. Mais bien avant, il existait déjà des liens entre communautés chrétiennes entre l’Europe et le Moyen-Orient : la plus importante étant, côté catholique, l’Œuvre d’Orient, qui était d’ailleurs partenaire de l’exposition à l’Institut du monde arabe. Il existe aussi des relations côté protestant : l’ACO (Action Chrétienne en Orient), partenaire direct du Défap, en est le meilleur exemple.

En 2022, l’ACO fêtera son centenaire. Elle a en effet été créée en 1922 par le pasteur Paul Berron. Témoin direct du génocide arménien au XXème siècle et du calvaire des survivants, il a vécu au Moyen-Orient entre 1915 et 1918. Aujourd’hui, en Égypte, en Syrie, au Liban mais aussi en Europe, l’ACO travaille au développement et au renforcement des communautés chrétiennes, ainsi qu’au défi que représente la cohabitation entre chrétiens et musulmans. L’ACO apporte un soutien financier, parfois en envoyant des personnes, organise des rencontres, fait un travail d’information. Depuis l’origine, l’Action Chrétienne en Orient a pour directeurs des pasteurs de l’UEPAL, Église membre du Défap qui lui apporte un soutien déterminant. L’EPUdF reconnaît aussi l’action de l’ACO, et la Fédération Protestante la considère comme son «expert» pour le Moyen Orient. L’ACO collabore de manière quasi quotidienne avec le Défap, notamment pour l’envoi des volontaires en Égypte, au Liban…

Enseignantes égyptiennes en visite à Paris, dans les locaux du Défap, dans le cadre d’un projet monté conjointement avec l’ACO © Défap

Au cours des mois à venir, le Défap aura l’occasion de vous donner de plus amples nouvelles du centenaire de l’ACO. D’ici là, le dimanche qui vient va fournir une occasion privilégiée pour faire connaître l’ACO et pour être en communion avec les chrétiens d’Orient. Chaque année, lors du deuxième dimanche de l’Avent, chaque paroisse qui le souhaite est invitée à vivre un temps de culte, une prière, un partage d’information ou une action de soutien dédiée aux chrétiens d’Orient ; cette Journée de la Règle d’Or s’appuie sur cette parole du Christ dans l’Évangile de Matthieu, verset qui nourrit l’engagement de l’ACO :

« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, vous aussi, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes. »
Évangile de Matthieu, chapitre 7, verset 12

Le pasteur Paul Berron s’était précisément appuyé sur cette parole du Christ pour développer son œuvre. Voici plusieurs documents préparés par l’ACO pour cette journée :

* Un texte explicatif sur la Règle d’Or et sur les possibilités d’animation et de soutien.

* une présentation générale de l’ACO qui peut être lue en un peu plus de deux minutes lors d’un culte ou d’une animation missionnaire.

* une prière d’intercession qui s’appuie le verset du jour « Redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance approche. » (Luc 21, 28)

* une prière pour des personnes et des institutions au Liban

* une vidéo Journée de la Règle d’Or à partager avec un temps de méditation sur le verset de la Règle d’Or :

* le temps de partage et de prière en vidéo, vécu avec la paroisse de Gunsbach sur le Liban, peut vous inspirer :

* vous trouvez sur le site de l’ACO les différents appels relatifs à l’aide aux réfugiés du Haut-Karabagh en Arménie suite au conflit. Ces appels peuvent être relayés lors du culte du 6 décembre ainsi que dans les publications des paroisses :

  a) L’appel d’Espoir pour l’Arménie lié aux Eglises Evangéliques Arméniennes de France, appel soutenu notamment par le Conseil d’Eglises Chrétiennes en France : ici.
   b) L’appel de Solidarité Protestante France Arménie pour Noël : ici. 



L’éducation face aux crise haïtiennes

Il n’y a pas une, mais des crises haïtiennes : crise humanitaire, crise économique, crise politique, crise des institutions… Il y a trois ans, le pays était à la 163ème place au niveau mondial en termes de développement humain : il est désormais 169ème. Face à cette urgence multiforme, l’éducation pourrait être reléguée au second plan. C’est pourtant bien l’éducation qui permettra, à terme, aux Haïtiens de prendre leur destin en main.

Une rue de Port-au-Prince, septembre 2015 © Défap

Préparer l’avenir, en dépit des duretés du quotidien : c’est la difficile tâche des établissements membres de la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, l’un des partenaires clés de la Plateforme Haïti, dont fait partie le Défap. Quels que soient les projets mis en place pour permettre une amélioration de la vie des Haïtiens, leur impact à long terme sera directement lié au niveau d’éducation de la population haïtienne. Un problème que décrit précisément Laënnec Hurbon, sociologue haïtien né à Jacmel, docteur en théologie (Institut catholique de Paris) et en sociologie (Sorbonne), qui est par ailleurs membre fondateur de l’Université Quisqueya à Port-au-Prince : «On pourrait fort bien me dire que mettre le paquet sur l’agriculture trop négligée dans le budget national, ou sur la création d’emplois industriels et la construction des infrastructures suffirait à attirer les investissements afin que le pays connaisse un décollage économique. Je répondrais : j’entends des projets de cette sorte depuis que le concept de développement a pignon sur rue depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. À la vérité, on est enclin à oublier que le développement dans les sociétés occidentales a partie liée avec le développement de l’éducation formelle qui met sur les rails d’une organisation rationnelle de tous les secteurs de la vie économique, culturelle et politique.»

Mais il est vrai que dans la liste des urgences auxquelles le pays est confronté, l’éducation peut facilement passer au second plan. Urgence alimentaire : il y a quelques mois, le Programme Alimentaire Mondial (dépendant de l’Onu) estimait qu’un Haïtien sur trois, soit près de 4 millions de personnes, avait besoin d’une aide pour se nourrir. Les zones les plus concernées par la crise étant le sud du département du Nord-Ouest et les quartiers de Cité Soleil à Port-au-Prince. Dans la seule capitale haïtienne, le PAM évaluait à 850.000 le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire. Urgence économique : selon les données de la Banque Mondiale, Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, avec un produit intérieur brut par habitant de 797 dollars et un indice de développement humain qui le plaçait en 2019 à la 169ème place sur 189. Urgence en termes de sécurité : la criminalité est partout présente, les enlèvements contre demande de rançon sont monnaie courante. Comme le souligne le politiste Frédéric Thomas, chargé d’études au Centre tricontinental /Cetri, «au cours de ces deux dernières années, au moins quatre massacres (le dernier, fin août-début septembre) ont eu lieu dans les quartiers populaires de la capitale, Port-au-Prince, dont le plus meurtrier demeure celui de La Saline, en novembre 2018, qui a fait 71 morts.» Urgence politique : «alors qu’il existe en Haïti un très large consensus contre le président actuel», rappelle ce même chercheur, le chef de l’État Jovenel Moïse, se maintient en renforçant toujours plus son pouvoir, «gouvernant depuis janvier par décrets, avec un pouvoir législatif en tout et pour tout réduit au tiers du Sénat, faute d’avoir organisé des élections parlementaires».

Scandale Petrocaribe : un mouvement de contestation qui dégénère

Ces diverses crises s’alimentent bien sûr les unes les autres. La crise politique actuelle autour du président Jovenel Moïse a ainsi débuté sur fond de pénuries de produits de première nécessité, notamment de carburant, et avec la révélation d’un scandale impliquant plusieurs gouvernements successifs. Il s’agissait de l’affaire Petrocaribe, du nom de l’alliance régionale mise en place entre le Venezuela, premier exportateur pétrolier de la région, et les pays des Caraïbes : un accord qui devait permettre aux 18 États signataires, dont Haïti, de bénéficier de livraisons de pétrole à des tarifs préférentiels et avec des facilités de paiement. Au cours des dix années durant lesquelles Haïti a bénéficié de cet accord avant la révélation du scandale, quelque 3,8 milliards de dollars, qui auraient dû servir à financer des projets locaux de développement, ont disparu. La révélation de cette affaire dans une période d’aggravation des pénuries a déclenché un mouvement social sans précédent, qui s’est traduit par des mois de manifestations et a pu aller jusqu’au blocage complet du pays (le «Pays Lock») pour obtenir le départ du président actuel. Or, celui-ci est toujours là… et le mouvement lancé contre lui a dégénéré, aggravant encore plus les problèmes du quotidien, la pauvreté, les pénuries, tout en devenant prétexte à violences et à pillages. Depuis, la crise du Covid-19 n’a fait que renforcer un peu plus les inégalités : si le pays n’est pas parmi les plus touchés de la région, ce sont les plus pauvres qui sont les plus menacés… La Banque Mondiale estime ainsi qu’au cours de l’année 2020, entre 88 et 115 millions d’Haïtiens auront basculé dans l’extrême précarité, annulant près de trois ans d’efforts en matière de réduction de la pauvreté. 

Mais l’aspect multiforme de cette crise met précisément l’accent sur le besoin pointé par Laënnec Hurbon d’une «organisation rationnelle de tous les secteurs de la vie économique, culturelle et politique». Une organisation qui ne pourra voir le jour sans une amélioration de l’éducation. Voilà à quoi travaille la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, à travers ses 3000 écoles. Voilà pourquoi le Collège évangélique Maranatha, membre de ce réseau et dépendant de l’Union évangélique baptiste d’Haïti, forcé par la violence des gangs de quitter ses locaux historiques du campus de Bolosse, va poursuivre l’accueil des élèves dans un autre quartier de Port-au-Prince. «Lekol pou yo tou» continue sa mission.

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Haïti : «Lekol pou yo tou» poursuit sa mission

Installé sur le campus de Bolosse, dans le Sud-Est de Port-au-Prince, depuis 1956, le Collège évangélique Maranatha a dû quitter ses locaux face à la violence des gangs. Il accueille désormais les élèves dans des bâtiments édifiés dans un autre quartier, sur des terrains achetés grâce à des dons. Le Collège Maranatha est membre de la FEPH, une fédération de 3000 écoles qui est partenaire de la Plateforme Haïti, dont fait partie le Défap.

Le collège évangélique Maranatha © Mission Biblique

Le déménagement avait été préparé, des terrains acquis dans un autre quartier de Port-au-Prince pour y construire des bâtiments provisoires afin d’accueillir la section secondaire de l’école à la rentrée scolaire 2020-2021, le 16 novembre ; mais le départ du Collège évangélique Maranatha, forcé de quitter le campus de Bolosse, n’en a pas moins été un symbole douloureusement ressenti. Cet établissement, membre de la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, partenaire de la Plateforme Haïti, dont fait partie le Défap, était présent dans cette partie de la capitale haïtienne depuis 1956 ; mais la situation y était devenue intenable.

«Nous sommes entourés de cinq gangs armés qui s’affrontent régulièrement, à savoir Fort-Mercredi, Grand-Ravine, Ti-Bois, Baz Pilate et le Bicentenaire. Nous sommes en difficulté depuis le mois de mars. Lorsque ces groupes armés lancent les hostilités, le collège n’est pas épargné par les projectiles», a expliqué Armand Louis, directeur du Collège évangélique Maranatha, dans les colonnes du Nouvelliste, quotidien haïtien de référence. Et de même que l’école, le STEP (Séminaire théologique de Port-au-Prince), dépendant comme elle de l’UEBH (l’Union évangélique baptiste d’Haïti) a dû plier bagage : le STEP était présent pour sa part depuis 1942. Lors d’une conférence de presse, le Dr Jacques Louis, président de l’UEBH, a expliqué avec amertume : «Face à l’évolution de la situation dans la zone surtout ces derniers jours, l’UEBH se trouve dans l’obligation de stopper toutes ses activités sur le campus de Bolosse (…) Nos actions sociales dans la zone comme la clinique mobile, l’alphabétisation, le crédit, la construction et la réparation de logements dans la communauté sont aussi à l’arrêt. La situation qui se développe ne favorise pas la transformation de la vie, mais elle détruit des vies». Auparavant, une école catholique avait elle aussi été contrainte d’abandonner le quartier, laissé aux mains des gangs, et dont les accès ont été coupés par des blocs de béton placés sur les principales routes.

Les visites de partenaires étrangers bloquées

Le directeur du collège Maranatha, Armand Louis © Mission Biblique

Le Collège Maranatha était jusqu’alors implanté au Sud-Est de Port-au-Prince, dans un secteur boisé surplombant le quartier de Grande-Ravine, lieu gangréné par des gangs rackettant impunément la population. L’école entretenait ainsi un témoignage essentiel dans une partie très défavorisée de Port-au-Prince, tout en étant elle-même relativement épargnée par les gangs. Mais il y a trois ans presque jour pour jour, c’est l’école elle-même qui s’est retrouvée directement frappée par la violence lorsqu’une opération antigang de la police s’est transformée en fusillade, se traduisant par plusieurs morts au sein de l’équipe éducative et des élèves du Collège Maranatha ; quant au directeur, Armand Louis, il avait été rendu responsable par la police de l’échec de l’opération, et incarcéré ; incarcération à laquelle avait rapidement mis fin une mobilisation d’une large partie du protestantisme haïtien, avec le soutien du ministère de l’Education. Mais à la suite de ces violences, le Collège Maranatha avait subi un pillage en règle. Et dès lors, la tension était restée permanente : une cérémonie de commémoration organisée un an plus tard, en présence d’élus et de représentants de partenaires étrangers, avait ainsi été interrompue par des actions de gangs visant le Collège Maranatha.

L’école pâtit en outre d’une dégradation de la situation sociale qui n’épargne aucun aspect de la vie quotidienne en Haïti ; car depuis le début des manifestations lancées pour réclamer le départ du président Jovenel Moïse suite au scandale Petrocaribe, le pays tout entier s’est enfoncé peu à peu dans une crise dont les opérations «Lockdown» (blocage de toutes les activités d’Haïti par des manifestants) n’étaient que la pointe émergée. Les pénuries se sont aggravées, touchant les biens les plus essentiels (nourriture, électricité, carburant), pendant qu’une inflation galopante faisait plonger une grande partie de la population dans la grande pauvreté, et que le niveau d’insécurité ne faisait que s’accroître. L’arrivée du Covid-19, même si le pays n’est pas parmi les plus touchés, n’a fait qu’accroître les difficultés et les inégalités. Une situation qui empêche, depuis de nombreux mois, les visites de partenaires étrangers : les missions prévues par le Défap dans ce pays sont ainsi suspendues.

Le Collège Maranatha reste un maillon essentiel

Une école d’Haïti après le passage de l’ouragan Matthew, dont la réhabilitation a été financée par le protestantisme français © Laura Casorio pour Défap

Et c’est justement dans un tel contexte que les écoles, comme le Collège Maranatha, ont un rôle crucial à jouer : car pour faire face aux multiples maux de la société haïtienne, qu’ils soient politiques, économiques, sociaux ou de santé, l’éducation est primordiale. Comme le souligne Laënnec Hurbon, docteur en sociologie à la Sorbonne, directeur de recherche honoraire au CNRS et membre fondateur de l’Université Quisqueya à Port-au-Prince, «avec un taux d’analphabétisme de 50% (…) le niveau de l’éducation formelle en Haïti est si bas qu’on peut difficilement parvenir à mettre le pays sur les rails du développement (…) Seules 10% des écoles sont publiques, triste record pour un État indépendant depuis plus de deux siècles. Dans le même temps, le secteur éducatif est gangrené par la corruption.» Selon les chiffres de la Banque Mondiale, plus de 200.000 enfants ne sont pas scolarisés ; non seulement les écoles publiques sont une petite minorité, mais en outre le niveau général est tellement faible que moins de 5% d’une classe d’âge obtient le bac.

L’éducation, en Haïti, fait donc elle aussi partie des secteurs sinistrés. Et pourtant, comme le souligne Laënnec Hurbon, «un chemin existe pour le développement d’Haïti : il passe par la mise en place d’une éducation formelle de base identique pour tous les Haïtiens.» Précisément, face à ces lacunes éducatives, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (dont fait partie le Collège évangélique Maranatha), revendique grâce à son réseau la scolarisation de 300.000 enfants, avec une qualité d’enseignement reconnue. Elle est soutenue directement par le Défap et fait aussi partie des partenaires privilégiés de la Plateforme Haïti, mise en place sous l’égide de la Fédération protestante de France et où le Défap se retrouve aux côtés de divers acteurs du protestantisme français impliqués dans ce pays, comme La Cause ou la Mission Biblique. Ainsi, après le passage destructeur de l’ouragan Matthew sur Haïti en 2016, trois écoles avaient été réhabilitées avec un financement direct de la fondation du protestantisme.

Au-delà du triste symbole que représente son déménagement forcé, le Collège évangélique Maranatha reste donc un maillon essentiel. Dans ses lettres de nouvelles, la Mission Biblique, membre de la Plateforme Haïti qui entretient les liens les plus réguliers avec l’école, se félicite ainsi des dons reçus qui ont permis d’acheter des terrains et de lancer les constructions nécessaires pour accueillir élèves et enseignants dans un autre lieu que le campus de Bolosse ; elle rappelle aussi qu’en dépit des difficultés, les objectifs de réussite de l’école ont été atteints à plus de 90% au cours de l’année scolaire 2019-2020.




Les protestants francophones libanais, minorité dans la minorité

Ils ne représentent qu’une fraction des 1% de protestants que compte la société libanaise ; leur histoire remonte pourtant à la moitié du XIXème siècle. Avec, très tôt, des liens forts avec les protestants de France. Retour sur l’histoire de l’Église protestante française de Beyrouth, seule église protestante d’expression francophone au Liban.

Membres de la paroisse protestante francophone de Beyrouth, en compagnie du pasteur Riess © Gérard Riess

 

Une communauté sans temple, mais bien vivante. C’est le paradoxe de l’EPFB, l’Église protestante française de Beyrouth, qui depuis plus de six ans, dépend pour ses réunions du Collège Protestant de la ville. Une «petite communauté mosaïque» comme la décrivait Christine Lacoste, l’épouse du pasteur Pierre Lacoste, envoyé du Défap auprès de cette Église jusqu’en 2019, et auquel a succédé le pasteur Gérard Riess comme pasteur intérimaire bénévole. Elle a connu ces dernières années une croissance permise par son témoignage auprès des employés de maison – souvent des jeunes femmes malgaches, venues en quête d’un moyen de subvenir aux besoins de leur famille restée au pays, et qui sont désormais nombreuses aux cultes de l’EPFB, aux côtés de la communauté francophone protestante de Beyrouth ou de paroissiens d’autres origines.

Au Liban où le protestantisme, surtout lié aux missions américaines, représente environ 1% de la population, le protestantisme français apparaît comme une minorité dans la minorité. Et pourtant, voilà plus d’un siècle et demi que le protestantisme francophone est installé au Liban. Plus précisément depuis le 23 novembre 1856, date du premier culte protestant de langue française jamais organisé au Moyen-Orient. L’histoire de la paroisse protestante de Beyrouth a retenu qu’il avait, grâce à une certaine concorde alors en vigueur en Europe, été présidé par un pasteur allemand parfaitement bilingue… Concorde que la Première Guerre mondiale avait fait voler en éclats. La guerre finie, en 1919, le Traité de Versailles, principalement dans son article 438, avait dès lors défini dans quelles conditions les biens appartenant à des missions religieuses chrétiennes allemandes devaient revenir à des missions religieuses des États alliés ayant les mêmes croyances.

Le tournant des années 2000

Le protestantisme en France, essentiellement tourné vers les terres d’Afrique, n’était pas particulièrement préparé à assumer cette nouvelle responsabilité. La Fédération protestante de France avait toutefois, après des hésitations, choisi d’assumer cette tâche sous l’impulsion d’hommes comme le pasteur Jean Bianquis et son fils Philippe, professeur à l’université américaine à Beyrouth. De cette période datent donc les liens privilégiés entre les protestants de France et la communauté protestante francophone de Beyrouth. Il faudra encore attendre le printemps 1926 pour qu’une mission conduite par le sénateur Eccard séjourne au Liban accompagné de Jean Bianquis (ancien directeur de la Société des missions évangéliques de Paris – désormais le Défap) et de Mlle Puech, infirmière, pour prendre en charge l’héritage de la mission allemande, composé essentiellement d’une église et d’un collège de jeunes filles. Cette école devait par la suite devenir le Collège Protestant.

Longtemps la communauté est restée principalement composée d’expatriés ou de résidents français. Mais les années 2000 ont marqué un tournant avec l’arrivée de domestiques malgaches, souvent protestantes et francophones, pratiquement sans droits et sans aucune visibilité au sein de la société libanaise, et qui ont trouvé au sein de l’EPFB un refuge et un lieu où exister et exprimer leur foi.

Un projet immobilier toujours bloqué

Culte en période de crise sanitaire à Beyrouth © Gérard Riess

Un nouvel élan a été pris en août 2013 : suite au départ du pasteur Robert Sarkissian, présent depuis 1970, la FPF a dépêché une mission, comme jadis elle l’avait fait avec la mission exploratoire «Eccard-Bianquis-Puech». C’est sous son égide que cinq partenaires se sont engagés à encourager et à soutenir le témoignage protestant français au Levant : la Ceefe (Commission des Églises protestantes d’expression française à l’extérieur), la FPF, le Défap, l’ACO (Action chrétienne en Orient), en lien avec l’APFB (Association Protestante Française de Beyrouth). Ce soutien s’est manifesté à travers l’envoi par le Défap du pasteur Pierre Lacoste, présent à Beyrouth de 2013 à 2019, et dont le pasteur Gérard Riess, en tant que pasteur intérimaire bénévole, a pris la suite de 2019 à 2020.

Mais la petite communauté de Beyrouth se trouve sans lieu de réunion depuis plus de six ans. Plus précisément depuis la démolition de son temple, qui aurait dû faire place à un bâtiment plus moderne et plus adapté. À l’origine, l’opération immobilière était destinée à assurer les frais de fonctionnement et l’avenir de l’Église protestante française de Beyrouth, à travers la vente d’une partie du terrain de 4600 m2 du temple historique de la paroisse pour mettre en œuvre un projet entièrement neuf, combinant centre cultuel et activités sociales et culturelles. Un organisme spécifique, la Fondation des Cèdres, a même été créé en décembre 2014 pour gérer le capital issu de cette opération immobilière et financer la construction du nouvel ensemble ; mais à ce jour, le projet reste bloqué.




Beyrouth : «On n’a pas de temple mais on est debout !»

Crise économique, financière, sanitaire : dans Beyrouth où l’on tarde à relever les ruines des explosions du 4 août, la petite communauté protestante francophone poursuit son témoignage et son action diaconale. Le pasteur Gérard Riess vient d’y passer plus d’un an. Il témoigne de «la force de l’accueil» de cette Église.

Le port de Beyrouth, détruit par l’explosion du 4 août 2020 © Gérard Riess

 

Deux réalités parallèles. D’un côté, celle des institutions : Saad Harari, de retour après avoir été chassé par la rue en octobre 2019, a promis pour sauver le Liban un gouvernement d’experts. Son crédit dans l’opinion publique reste très faible ; il y a un peu plus d’un an, des dizaines de milliers de manifestants, sunnites, chiites, chrétiens, druzes, s’étaient rassemblés dans tout le pays, de Tripoli à Saïda, d’Akkar jusqu’à Tyr, unis pour réclamer la chute du régime. Leur chant de ralliement, «Tous veut dire tous !», était une dénonciation d’un système politique confessionnel qui avait permis le blocage de la démocratie libanaise. Un fait sans précédent qui avait alors provoqué la démission de Saad Harari. Et le voilà de nouveau engagé dans des négociations pour former son quatrième gouvernement, profitant de ce même système confessionnel qui assure le poste de Premier ministre à un sunnite. L’économie est en plein naufrage, les caisses des banques sont vides, et l’un des principaux bras-de-fer qui agitent la classe politique, c’est l’audit de la banque centrale. Un audit jugé «indispensable» par Emmanuel Macron, un audit sans lequel les aides internationales resteront bloquées ; mais face à lui se dresse un mur : celui de la loi sur le secret bancaire de 1956, qui a permis de faire du Liban la «Suisse du Moyen-Orient». Le gouverneur de la banque centrale s’y accroche avec d’autant plus de vigueur que toute la corruption de la classe dirigeante libanaise, dont nul ne doute au Liban, risquerait d’éclater encore plus au grand jour.

Et il y a, de l’autre côté, la réalité du quotidien. Celle d’un pays meurtri, d’une capitale, Beyrouth, où les ruines des explosions du 4 août sont encore partout présentes. La silhouette éventrée du silo à grains du port, émergeant de ce qui ressemble à un champ de bataille, en reste le symbole repris par des photos publiées dans toute la presse internationale. «Les explosions dans le port de Beyrouth du 4 août, qui ont tué plus de 300 personnes, blessé 6500 autres, et généré 300 000 sans abris, ont dévasté des quartiers entiers de la ville et beaucoup de bâtiments se retrouvent, à l’arrivée de l’hiver, sans toit ni fenêtres tandis que d’autres sont menacés d’écroulement, témoigne le pasteur Gérard Riess. Les Libanais vivent actuellement en mode survie : fatigue, découragement, énorme colère, sentiment de désolation, situation traumatique qui est à son paroxysme. «C’est pire que les 15 ans de guerre», me dit-on quelquefois…». Car les maux s’accumulent : aujourd’hui, le peuple libanais, «sauf quelques privilégiés étouffe et est en danger de mort, souligne Gérard Riess. Il étouffe face à une situation économique désastreuse (400% d’inflation, parité de la livre libanaise avec le dollars multipliée par 6, petite épargne des gens inaccessible, rayons des magasins qui se vident…). Il étouffe face une pauvreté endémique qui se répand (55% de la population sous le seuil de pauvreté). Il étouffe face aux injustices criantes, du fait de la corruption, du clientélisme, d’une gestion désastreuse et criminelle des affaires publiques.»

«Notre aventure libanaise restera une expérience marquante»

Le pasteur Gérard Riess vient de passer, avec son épouse Barbara, plus d’un an auprès de l’EPFB, l’Église protestante française de Beyrouth, comme pasteur intérimaire bénévole. Il y avait pris la suite du pasteur Pierre Lacoste, envoyé par le Défap en vertu d’un accord entre cinq partenaires unis pour encourager et soutenir le témoignage protestant français au Levant : la Ceefe (Commission des Églises protestantes d’expression française à l’extérieur), la FPF, l’ACO (Action chrétienne en Orient), le Défap, en lien avec l’APFB (Association Protestante Française de Beyrouth). Alors que Gérard et Barbara Riess se préparent au retour, fin 2020, ils témoignent pourtant : «notre aventure libanaise (…) restera assurément pour nous une expérience marquante dans notre parcours de vie, de foi et d’engagement au service de la communauté chrétienne.»

Car la petite communauté protestante de Beyrouth est une communauté qui vit, engagée socialement, présente auprès de certains des plus fragiles de la société libanaise : les employées de maison. Une catégorie sociale particulièrement défavorisée dans le pays : il s’agit surtout de jeunes femmes, attirées au Liban du fait de sa relative accessibilité et de son mode de vie «occidentalisé» vanté par les agences de placement. Mais une fois sur place, elles sont soumises à un semi-esclavage, travaillant onze heures par jour, six jours voire sept par semaine, quasiment recluses chez leurs employeurs, le tout pour des salaires dérisoires… Beaucoup sont originaires d’Éthiopie, des Philippines ou du Bangladesh, mais il y a aussi des jeunes femmes francophones et protestantes venues principalement de Madagascar : elles sont 5000 environ parmi les 250.000 travailleuses domestiques présentes au Liban. Ce sont ces jeunes femmes que l’on retrouve désormais nombreuses aux cultes de l’EPFB, aux côtés de la communauté francophone protestante de Beyrouth ou de paroissiens d’autres origines – et l’Église se mobilise régulièrement pour elles.

La force inattendue d’une communauté sans cesse en train de renaître

Membres de la paroisse protestante francophone de Beyrouth © Gérard Riess

Dans un contexte de paupérisation galopante de la société libanaise, elles font vraiment partie des «pauvres parmi les pauvres», et la communauté protestante de Beyrouth est pour elles un lieu d’ancrage vital. «Malgré un protocole contraignant, nous faisons l’expérience de rencontres joyeuses, fraternelles, contagieuses de ferveur et de manifestations de reconnaissance, souligne le pasteur Riess. Plusieurs célébrations particulièrement belles nous restent en mémoire avec des démarches de foi touchantes (baptêmes, confirmations, Sainte Cène). «Elles ont soif d’être à table avec Jésus», me disait un membre du conseil en charge des candidates aux baptêmes et à la confirmation.» Parallèlement, «une action d’aide alimentaire initiée par la paroisse est en cours : 50 colis sont distribués chaque semaine à des familles sans ressources, proches de l’Église. Des aides ponctuelles pour des soins d’urgence, soutien à personnes vulnérables, aides au transport (taxi pour se rendre au culte) sont accordées régulièrement. Souvent une parole, prononcée par un membre du conseil paroissial, lors de notre entrée en fonction me revient en mémoire : «on n’a pas de temple mais on est debout !».

Car, oui, l’EPFB reste toujours privée de temple : un projet immobilier qui aurait dû voir le jour il y a déjà plusieurs années, et bloqué par d’interminables démarches administratives, a contraint l’Église de Beyrouth à chercher refuge au sein des murs du Collège Protestant. Elle s’est même retrouvée privée de lieu de réunion régulier, pour cause de durcissement des mesures sanitaires dues au Covid-19. Mais elle poursuit ses activités et son témoignage. Gérard Riess souligne «l’entraide et la fraternité entre confessions chrétiennes, qui nous ouvrent les portes en nous accueillant chaleureusement.»

«C’est une Église qui en fait n’a pas grand chose, résume le pasteur Riess, si ce n’est la force de l’accueil, le sourire de la fraternité, le souci de celles et ceux qui sont sans terre d’accueil (…) Paradoxalement c’est cette fragilité d’une situation précaire qui semble donner une force inattendue à cette communauté où l’on se dit quelquefois : «elle va disparaître» mais qui sans cesse est en train de renaître, grâce au courage d’être et au parti pris d’espérance de quelques-uns, que je qualifie volontiers d’«anawim» les pauvres de Dieu… ils n’ont rien, ils ne sont ni reconnus, ni pris en compte, rarement écoutés, mais ils jettent leur confiance en Dieu, le seul qui ne les abandonne pas, car il est Celui qui se penche en priorité vers les pauvres, les humbles, les délaissés.»

 

Gérard Riess, un an à l’EPFB

Originaire de la région de Strasbourg, Gérard Riess a été pasteur durant 35 ans dans l’UEPAL (Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine). Avec Barbara, son épouse, ils ont 3 enfants et 3 petits-enfants. Il bénéficie du statut de pasteur retraité bénévole de l’EPUdF (Église protestante unie de France) pour avoir assuré plusieurs intérims en Charente, Poitou, Bretagne… Sa motivation en venant avec son épouse comme pasteur intérimaire bénévole durant une année à Beyrouth : faire Église ensemble, en apprenant à se déplacer vers l’autre dans nos différences vers l’appel de Dieu… et ainsi découvrir les multiples facettes et couleurs qui font la richesse et la diversité du peuple de Dieu.




Un fonds de solidarité Covid-19

Si les milieux des Églises ont su trouver des moyens de s’adapter au contexte de la crise sanitaire, maintenir les relations par-delà les frontières reste un défi. L’imagination et les capacités d’adaptation ne suffisent pas toujours. Car pour maintenir les liens avec des partenaires hors de France, encore faut-il que ces partenaires eux-mêmes survivent à la crise. C’est précisément l’objet de ce fonds de solidarité dont s’est doté le Défap.

Un étudiant de l’UPRECO et sa famille. L’UPRECO, partenaire du Défap, est une Université protestante présente à Kananga (RDC) © Défap

 

Les commerces de proximité, les entreprises ne pouvant recourir au télétravail, les relations de voisinage, l’aide aux plus fragiles : la liste serait interminable de toutes les activités, de tous les secteurs frappés par la pandémie de Covid-19. Avec, en réponse à cette crise inédite, de nouvelles solidarités qui se mettent en place… Les Églises ne font pas exception. Les restrictions imposées par les mesures sanitaires ont empêché les réunions, stimulant les autres modes de mise en relation : pour ne citer qu’un exemple, certaines, déjà présentes sur internet avec des cultes en ligne, ont vu leur nombre de connexions décupler, atteignant ainsi des publics inédits… «Si la crise sanitaire a profondément déstabilisé les cultes et leurs fidèles, souligne ainsi un rapport sénatorial du 2 juillet 2020, elle a aussi révélé une grande capacité d’adaptation aux circonstances et d’imagination, afin de conserver le lien entre les membres de la communauté (…) Bien plus significative est la mobilisation des fidèles, communautés locales, associations caritatives ou établissements d’enseignement pour venir en aide aux personnes les plus fragiles tout au long du confinement.»

La crise a néanmoins accru les fragilités, en France comme ailleurs. De nombreux acteurs du monde associatif ont vu leurs projets stoppés… et leurs financements suspendus. Or, pour beaucoup d’associations, le soutien aux projets participe aussi aux frais de personnel : sans projet financé, celles et ceux qui sont censés les gérer risquent de ne plus être payés… Voilà pourquoi, dans notre pays, en plein confinement, le Premier ministre avait diffusé une circulaire rappelant le rôle de soutien aux associations des autorités publiques, et définissant des règles de bonnes pratiques de gestion des subventions. La plateforme d’ONG Coordination Sud, dont est membre le Défap, vient pour sa part de lancer une campagne pour interpeller les députés sur les besoins des associations.

La crise sanitaire et ses conséquences financières

 

Un autre partenaire du Défap : aperçu des bâtiments de la faculté de théologie de Kaélé (Cameroun) © Défap

Ce qui est vrai en France l’est d’autant plus au-delà de nos frontières. Et nombre de partenaires du Défap connaissent des situations au moins aussi dramatiques. Avec comme facteur aggravant, le plus souvent, l’absence de financements publics. La crise sanitaire a ainsi frappé bien plus brutalement certaines Églises du Sud. Pour une œuvre d’Église (dans le domaine de la santé, par exemple) dépendant de financements internationaux, l’arrêt de ces financements pour cause de projets suspendus a pu avoir des effets dramatiques. Même problème pour des centres de formation théologique dont le financement est assuré par les frais d’inscription des étudiants – étudiants qui n’ont pu être accueillis en cette période de crise… Voilà pourquoi le Défap s’est doté d’un «fonds d’urgence Covid-19». Le principe en a été approuvé lors du Conseil du 10 octobre 2020 ; il sera géré sous la responsabilité du Bureau et du Secrétaire général. Il a pour but de soutenir en priorité des partenaires dont le fonctionnement même pourrait être menacé par la crise sanitaire, puisqu’ils pourraient perdre une partie de leur personnel faute de pouvoir le rétribuer. Et ce fonds d’urgence est financé notamment par le report de financements destinés à des missions qui n’ont pu avoir lieu, pour cause de fermeture des frontières. Parmi les premiers bénéficiaires figurent une demi-douzaine d’institutions avec lesquelles le Défap est en lien, présentes notamment en Afrique centrale, mais aussi dans l’océan Indien.

Au-delà de ce fonds, qu’en est-il aujourd’hui des relations par-delà les frontières ? Et qu’en est-il d’un organisme comme le Défap, dont le cœur de mission (qu’on l’écrive avec « m » ou avec « M ») est justement, dans le monde protestant, d’entretenir les liens entre Églises d’ici et de là-bas, «du bout du banc au bout du monde» ? Face à des déplacements internationaux réduits au strict minimum, là encore, il a fallu s’adapter pour maintenir les relations. Que ce soit à travers les envoyés (en dépit des retours anticipés pour cause de crise sanitaire, le Défap a encore aujourd’hui une vingtaine d’envoyés en mission longue, VSI ou pasteurs, présents dans une douzaine de pays) ou par les contacts directs avec des partenaires institutionnels (Églises ou œuvres d’Église, centres de formation théologique…). Avec l’idée que ces relations représentent une richesse à préserver. Plus que jamais, en ces périodes de restriction des déplacements, entretenir les liens est nécessaire pour éviter la tentation du repli.




4 octobre : quel avenir pour la Nouvelle-Calédonie ?

Même si le scrutin paraît lointain vu de la métropole, le référendum d’autodétermination qui se tient ce week-end en Nouvelle-Calédonie cristallise une fois de plus les tensions.

Délégation de la Nouvelle-Calédonie Clôture du 4ème festival des arts mélanésiens, Mwâ kâ Nouméa, Nouvelle-Calédonie 2010 © Sekundo

Loin des informations quotidiennes sur la pandémie de Covid-19 et des aléas de la politique métropolitaine, c’est un peu du destin de la France qui va se jouer ce dimanche 4 octobre, à près de 18.000 km de distance, en plein Pacifique. Un an et onze mois après le référendum d’autodétermination du 4 novembre 2018, les Calédoniens sont de nouveau, ainsi que le prévoyait l’accord de Nouméa du 5 mai 1998, appelés à se prononcer sur l’avenir de leur terre.

Il s’agit du troisième référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie – et comme les précédents, il est organisé dans un climat de forte tension. Mais la situation a beaucoup changé depuis les années 80. Le premier référendum, celui de 1987, organisé dans le contexte du retour à la paix après la violence des «événements,» avait été boycotté par les indépendantistes. Sans surprise, 98,3% des suffrages exprimés s’étaient prononcés pour le maintien au sein de la République, mais avec une participation inférieure à 60%. Le scrutin de 2018, au contraire, avait vu une forte participation : plus de 81%. Et une nouvelle victoire du «non» à l’indépendance, mais bien moins large qu’annoncé : 56,67%. Entre ces deux référendums, la Nouvelle-Calédonie avait connu plus de trente ans de paix civile et des transformations profondes de sa vie politique et de sa société : une large autonomie, une population de plus en plus multiculturelle mêlant Kanaks, Européens, mais aussi Wallisiens, Vietnamiens, Chinois… Désormais, les enjeux d’un «oui» ou d’un «non» à l’indépendance ne sont plus les mêmes. Si elle reste prédominante, la traditionnelle opposition entre Kanaks et Caldoches, entre les premiers habitants de cette terre et les descendants de colons, n’est plus suffisante pour rendre compte de l’évolution d’un territoire qui a connu en trente ans une forte croissance propulsée par l’industrie du nickel, un fort développement urbain (Nouméa concentre à elle seule 100.000 habitants sur les 270.000 de l’archipel) et une évolution de ses institutions qui lui donne aujourd’hui un mode de gouvernance unique au monde. Car la rapidité même de ces évolutions s’est accompagnée de disparités importantes, non seulement territoriales, mais aussi sociales – avec notamment un fort chômage des jeunes, et tout particulièrement des jeunes Kanak.

Le score inattendu du «oui» en octobre 2018

Une large victoire du «non» en novembre 2018 aurait marqué la fin de cette série de référendums. Ce qu’espéraient les anti-indépendantistes, qui comptaient voir ainsi annulée la tenue des deuxième et troisième référendums prévus par l’accord de Nouméa. Mais le score inattendu du «oui» avait ouvert la possibilité d’organiser un nouveau scrutin dans les deux ans – puisqu’il suffisait pour cela d’une demande écrite adressée au haut-commissaire et signée par un tiers des membres du congrès.

Face à tous les risques de tensions avant et, surtout, après le référendum, les Églises ont une parole d’apaisement à apporter, dans ce territoire où la vie spirituelle s’exprime plus ouvertement qu’en métropole et où la laïcité à la française ne s’applique pas. Au sein du protestantisme calédonien, représentant aujourd’hui un tiers de la population, c’est le cas de l’Église Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC), qui entretient une longue histoire avec le protestantisme français. Constituée en grande majorité de Kanak, elle avait, dès les années 70, souligné les aspects néfastes de la colonisation. Devenue autonome dans les années 60 sous le nom de «Église Évangélique en Nouvelle-Calédonie et aux Iles Loyauté», elle a changé son nom en 2013, pour y intégrer l’appellation de Kanaky. Lors de la campagne du référendum de novembre 2018, elle a encouragé ses membres à une démarche d’accueil de l’autre dans sa diversité, en insistant sur l’aspect multiculturel que présente désormais la population néo-calédonienne. Ce qui se retrouvait dans son appel à une «Semaine de prière pour la paix dans le pays et pour toute l’année 2018», placé sous ce thème issu d’Éphésiens 2,19 : «Concitoyens d’un pays nouveau».

Défendre l’identité Kanak

C’est dans ce contexte que se place ce texte du pasteur Daniel Wea, de l’EPKNC. Un texte qui reste marqué par la volonté de défendre l’identité Kanak – un sujet tellement sensible qu’il a largement influé sur la composition du corps électoral pour ces référendums d’autodétermination. Un texte qui se veut aussi politiquement engagé, et qui va au-delà des positions affichées aujourd’hui par l’EPKNC. Il ne se prétend pas porteur d’un discours officiel de son Église ; mais il est révélateur des évolutions et des interrogations qui l’ont traversée et la travaillent encore aujourd’hui, face à une société certes multiculturelle, mais divisée et où les Kanaks cherchent encore leur place, et où le «destin commun» évoqué par le préambule de l’Accord de Nouméa reste encore à construire.

Et pour éclairer les enjeux du scrutin de ce dimanche 4 octobre, quelques éléments : un article de la1ere.fr, le Portail des Outre-mer, qui consacre aussi un dossier complet à ce référendum ; et un numéro de 2018 du Bulletin de l’Amicale des Pasteurs français à la retraite qui revient sur les liens entre les protestantismes de la métropole et de la Nouvelle-Calédonie.




Appel à la solidarité pour le Liban

Au nom de sa foi et fort des nombreux liens qui l’unissent aux partenaires libanais, le protestantisme français dans son ensemble veut se  mobiliser à la suite de l’explosion du 4 août qui a eu lieu Beyrouth.

Par ses membres et toutes ses Églises, par ses œuvres, ses associations et ses fondations, il lance aujourd’hui un appel à don.

Plus qu’une aide ponctuelle, cette solidarité s’inscrit dans une longue histoire et un avenir à construire. Elle veut signifier la poursuite d’un témoignage commun, celui d’un christianisme engagé dans la société en vue de la consolation, de la réparation, et de la reconstruction d’une vie solidaire, démocratique et signe d’une espérance imprenable malgré toutes les épreuves.

Donnez à Solidarité protestante

Pour faire un don par chèque, l’envoyer à :
Solidarité protestante
Fondation du protestantisme
47 rue de Clichy, 75009 Paris
En précisant au dos de celui-ci « LIBAN » pour que les fonds soient correctement affectés.

Vous pouvez aussi lire le témoignage de Soledad sur le fil d’actualité de la page Facebook du Défap. Rentrée en France le 6 août, elle était en mission au Liban comme VSI Défap, en collaboration avec la FEP (Fédération de l’entraide protestante) pour travailler au projet des couloirs humanitaires.




Solidarité protestante attend vos dons

François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, lance un appel au don pour soutenir les actions de solidarité des organisations protestantes face à la crise sanitaire du Covid-19. Pour participer, cliquer ici : don solidarité protestante

Chers amis,
Chers frères et sœurs,

La tragédie liée à la diffusion du virus Covid-19 qui frappe tous les pays du monde appelle une réponse solidaire et urgente de notre part. Il s’agit d’une pandémie face à laquelle nous ne pouvons pas rester inactifs et devant laquelle nous voulons manifester ensemble notre action et notre espérance.
Dans les paroisses, dans les associations, un élan de générosité s’est manifesté dès le premier jour, et a mis en lumière une fraternité concrète. Il importe de soutenir ces structures en s’engageant dans la prière, dans l’action bénévole ou encore dans le soutien financier.

Avec Solidarité Protestante, nous savons combien, les Églises, les Œuvres, les Fondations, les ONG et les associations font appel en ce moment-même à chacun de vous, dans cette situation exceptionnelle de crise et d’urgence. C’est pourquoi nous vous encourageons à tenir ferme vos engagements auprès de chacun d’eux, et nous vous exprimons notre reconnaissance à l’avance pour votre générosité qui pourrait s’exprimer également pour Solidarité Protestante.

Nos partenaires ont témoigné de situations dramatiques, des actions d’aide d’urgence sont en cours. « Solidarité Protestante » s’engage déjà et a besoin de vous pour continuer à agir.

  • le milieu hospitalier et médico-social, les acteurs de santé ont besoin des protections spécifiques pour accompagner au mieux les personnes accueillies.
  • Des associations d’entraide et de soutien aux plus vulnérables font face à des demandes exceptionnelles et doivent démultiplier leurs actions notamment d’assistance alimentaire et d’aide aux personnes âgées confinées, dans un souci de protection et d’accompagnement de leurs bénévoles.
  • Dans nos églises et nos familles, l’accompagnement dans le deuil est bouleversé et les services d’aumôneries doivent adapter leurs outils, notamment de télécommunication, pour répondre au mieux aux attentes de chacun.
  • A nos frontières, pour ceux touchés par l’exil, pour ceux qui ne disposent pas d’un accès au soin, des ONG s’engagent pour endiguer la propagation du virus.

Ces acteurs en premières lignes attendent notre soutien.

Ils ont reçu ce message du prophète par lequel l’Eternel rappelle son soutien, et ils l’ont entendu. Ils désirent vous le faire partager :
« Tu es précieux à mes yeux. N’aie pas peur car je suis avec toi » Es 43, 4-5.

Que ces mots de paix et d’encouragement qui rappellent que nous sommes accompagnés même dans les moments les plus difficiles, soient enracinés dans vos cœurs.

Recevez, chers amis, nos meilleurs messages,
Fraternellement en Christ,

François Clavairoly.
Président du comité des appels d’urgence de la Fondation du Protestantisme
Président de la Fédération protestante de France.

source : communiqué de la Fédération protestante de France