Centenaire de l’ACO : à la rencontre de deux grands témoins

À l’occasion des célébrations de son centenaire, l’ACO, organisme missionnaire proche du Défap, va faire venir entre fin septembre et début octobre, à Strasbourg d’abord, puis à Paris, des invités de divers pays représentatifs de la structure internationale qu’est aujourd’hui l’ACO-fellowship. Parmi eux, deux membres de l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes du Proche-Orient : Talin Mardirossian, libanaise, assistante sociale à Bourj Hammoud, près de Beyrouth, et Houri Moubahiajian, théologienne et catéchète en Syrie, épouse du pasteur Bchara Moussa Oghli de l’Église du Christ à Alep.

Aide scolaire au Centre d’Action Sociale de Bourj Hammoud © ACO

L’histoire de l’Action Chrétienne en Orient est faite de rencontres fortes, de relations d’amitié, de solidarité vécue dans les circonstances les plus difficiles. Elle trouve son origine dans l’action du pasteur alsacien Paul Berron, témoin direct des souffrances des Arméniens survivants du génocide turc. De là, des relations étroites nouées dès le début avec l’Église Évangélique Arménienne. Née au XIXe siècle à Constantinople au sein de l’Église Apostolique Arménienne, Église orthodoxe orientale autocéphale, elle se caractérisa dès l’origine par une volonté de retour au texte biblique, avec un accent particulier sur la doctrine du salut par la grâce en Jésus-Christ, et par des efforts de traduction de la Bible de l’arménien classique en langue moderne, afin de la rendre accessible au plus grand nombre. Un mouvement qui fut combattu par les autorités religieuses, au point qu’en 1846, tous les partisans de la réforme furent excommuniés par le Patriarche de Constantinople. À la veille du génocide de 1915, l’Église Évangélique Arménienne comptait plus de 51.000 membres, de nombreuses églises, des écoles et des instituts de théologie. Quelques années après, en 1920, il n’en restait plus que 14.000, survivants du génocide. Ces réfugiés et exilés reconstituèrent alors des Églises dans leur pays d’accueil : en Syrie, au Liban, aux États-Unis… En France, l’ACO noua des liens forts avec ces communautés arméniennes protestantes expatriées et contribua à la création de l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes de France. Et lorsque les missionnaires européens durent pour beaucoup quitter le Proche-Orient, c’est à l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes au Proche-Orient que l’ACO remit ses bâtiments d’Alep.

Ces relations que l’ACO s’emploie à entretenir seront prochainement incarnées par deux témoins. Il s’agit de deux femmes venues, l’une du Liban, l’autre de Syrie : Talin Mardirossian et Houri Moubahiajian.

Talin Mardirossian et le Centre d’Action Sociale de Bourj Hammoud

Au Centre d’Action Sociale de Bourj Hammoud © ACO

Des adolescentes studieusement penchées sur leur table de travail, entre cartables et trousses : l’image que vous pouvez voir en ouverture de cet article pourrait évoquer une salle d’étude dans un collège en France. À ceci près qu’elle a été prise à Bourj Hammoud, dans la banlieue de Beyrouth ; et cette scène de vie ordinaire est déjà une victoire de la vie et de la solidarité.

Bourj Hammoud, avec ses 150.000 habitants, est en quelque sorte le « quartier arménien » de Beyrouth. C’est une banlieue qui s’est développée avec l’arrivée des premiers Arméniens survivants du génocide de 1915 ; c’était auparavant une zone de marécages. Les rescapés du génocide qui n’avaient pas disparu lors de la marche de la mort dans Deir ez-Zor ont d’abord obtenu le droit d’y construire des cabanes. Puis les cabanes sont devenues des maisons. Aujourd’hui, comme toute la capitale libanaise et ses banlieue, c’est devenu une zone urbaine densément construite et densément peuplée.

C’est à Bourj Hammoud que l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes du Proche-Orient soutient un centre d’action sociale, le « SAC » (Social Action Committee). Son rôle est crucial dans un quartier qui reste largement défavorisé, avec de nombreux besoins sur les plans sociaux, éducatifs et sanitaires. Et qui a vécu depuis plus de dix ans les contrecoups successifs des crises que connaît la région : l’arrivée de réfugiés syriens en 2011 ; la crise économique qui a fait plonger une grande partie de la population libanaise sous le seuil de pauvreté à partir de 2019 ; les conséquences de la pandémie de Covid-19 ; l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020, qui a été comme le coup de grâce pour une société libanaise à bout de souffle… Aujourd’hui, les habitants de Bourj Hammoud, ce « quartier arménien » de Beyrouth, vivent pour beaucoup dans la plus grande précarité : personnes âgées sans retraite, familles sans ressources pour financer le quotidien et les soins de santé… Et le « SAC » apporte aide sociale, soutien financier pour les soins, aide au logement, aide éducative, accueil et soutien aux réfugiés syriens.
Le SAC est directement soutenu par l’ACO Fellowship pour ses actions de solidarité. Il fonctionne grâce à des bénévoles encadrés par deux assistantes sociales : Lena Danaoghlian, la directrice, et Talin Mardirossian.

C’est cette dernière qui pourra témoigner, à Strasbourg d’abord, puis à Paris, de ce qui se vit au quotidien au Centre d’Action Sociale de Bourj Hammoud. Le « SAC » a été un des bénéficiaires des collectes spéciales menées par l’ACO après l’explosion du port de Beyrouth. Son action est également reconnue par la Fondation du Protestantisme.

Houri Moubahiajian et l’Église du Christ à Alep

Un quartier détruit par la guerre à Alep © ACO

Houri Moubahiajian est syrienne, professeure de religion à Alep. Elle est l’épouse du pasteur Bchara Moussa Oghli de l’Église du Christ, paroisse protestante arménienne d’Alep, en Syrie. Il faut savoir que cette Église est en fait directement issue du centre missionnaire de l’Action Chrétienne en Orient, qui avait été créé pour apporter un soutien tout à la fois matériel et spirituel aux Arméniens rescapés du génocide de 1915 et qui venaient s’entasser par milliers dans des camps misérables aux portes d’Alep.

Malgré la guerre civile, le pasteur Bchara Moussa Oghli a poursuivi son ministère sur place. Et en pleine guerre, l’Église du Christ a choisi de continuer à assumer son rôle d’Église, en dépit des risques encourus par tous. Avec une volonté de confiance, un amour du prochain et une spontanéité qui s’opposaient aux mécaniques de la division et de la guerre qui étaient à l’œuvre à travers la Syrie. Comme l’écrivait en mai dernier le pasteur Bchara Moussa Oghli : « D’habitude, quand les choses se passent bien dans tel ou tel domaine et après qu’une analyse et une planification ont été faites en amont, le mérite en revient à ceux qui ont fait cette analyse et cette planification. C’est tout à fait vrai dans le cas du Génocide de 1915. Le Génocide a été catastrophiquement bien planifié, brutalement exécuté et douloureusement efficace.
Quant à une société missionnaire comme l’Action Chrétienne, venue en Orient pour aider les survivants de ce Génocide, qui pourrait revendiquer un quelconque crédit pour une planification préalable ? Ce n’était dans les rêves de personne de la mission, pas seulement dans ses premiers pas, mais aussi dans les étapes précédant la vie missionnaire. Au contraire, la plupart du temps, il s’agissait de réactions spontanées de personnes engagées qui, dans des circonstances exceptionnelles, avaient pour seul but de laisser : « … l’amour chrétien et la charité… intervenir pour soigner quelque peu les blessures. »
On pourrait en dire autant de l’agression de la Syrie à la mi-mars 2011, près d’un siècle après le Génocide. Car cette agression avait aussi été catastrophiquement bien planifiée, brutalement exécutée et douloureusement efficace. Quant à l’Église du Christ à Alep, elle a réagi de façon candide et a résisté au travers des gens qui la servaient lorsque cette agression écrasante s’est installée, ils ne comptaient que sur Dieu. Il était absolument vital que l’Église du Christ à Alep n’ait aucune stratégie ou programme à long terme et puisse s’engager pleinement dans ses ministères quotidiens habituels. »

Le programme des rencontres

Talin Mardirossian et Houri Moubahiajian seront reçues par l’ACO fin septembre à Strasbourg pour prendre part à diverses rencontres : participation à un culte mission à Schillersdorf (consistoire de Pfaffenhoffen), visite du service de l’enseignement religieux et de la catéchèse, découverte de la SEMIS, de la Médiathèque Protestante, visites à Strasbourg, Colmar et autres lieux… Cet échange est réalisé dans le cadre de l’ACO Fellowship, la structure internationale de l’Action Chrétienne en Orient, et fait suite à un premier voyage qui avait vu l’accueil de la pasteure Petra Magne de la Croix et de M. Éric Faure au Liban et en Syrie en 2019. Taline et Houri rejoindront ensuite les nombreux délégués qui viendront à Strasbourg, puis à Paris, pour les rencontres du Centenaire de l’ACO.




Cent ans d’espérance : de l’ACO à l’ACO-Fellowship

1922-2022 : voilà un siècle que l’Action Chrétienne en Orient construit des ponts entre les Églises protestantes de France et du Proche-Orient. À l’occasion des célébrations organisées en ce mois d’octobre à Strasbourg et Paris, petit retour sur l’histoire de cette œuvre missionnaire créée par un pasteur alsacien témoin du génocide arménien, Paul Berron.

Les guerres ne détruisent pas seulement les vies et les villes ; elles ravagent les mémoires. Elles effacent les patrimoines, les cultures. Elles redessinent les contours de l’histoire des peuples. Parler de Syrie aujourd’hui, c’est évoquer un pays exsangue où la guerre est tout sauf finie ; parler du Liban, c’est évoquer la chute vertigineuse de toute une société, emportée dans une crise sans fin… Dans tous ces pays, les chrétiens, minoritaires, sont parmi les communautés les plus fragiles, les plus exposées. Que l’on regarde à l’est de la Méditerranée et les chrétiens semblent être, soit oubliés, soit confinés au rôle de victimes. On finirait par oublier que c’est précisément là que le christianisme est né ; que quittant le berceau de Jérusalem, il a atteint aussitôt la Syrie. C’est sur la route de Damas que Paul fut aveuglé par la révélation de Christ… Le christianisme s’est ainsi diffusé dans tout le Proche-Orient : en Égypte, au Liban, en Jordanie, en Irak.

Et si les chrétiens d’Orient ont été souvent victimes de discriminations et de violences, ils représentent encore aujourd’hui des communautés vivantes et dont la présence aide au vivre ensemble. Or au début du XXème siècle, au Moyen-Orient, un habitant sur quatre était chrétien ; ils ne sont plus désormais que 11 millions parmi 320 millions de musulmans (soit un sur 30), partout contraints de chercher la protection des pouvoirs en place pour continuer à exister. Et au sein de cette minorité, les Églises protestantes, avec lesquelles l’Action Chrétienne en Orient (ACO) est en lien, représentent elles-mêmes un tout petit nombre. « Pour autant, souligne l’ACO, les Églises protestantes que nous soutenons au Moyen-Orient rayonnent par leur témoignage vécu au nom de l’Évangile, par leurs œuvres éducatives et sociales, par leurs convictions pacifiques et critiques, par leur souci des relations œcuméniques entre Églises, par leur dialogue avec l’Islam et les minorités religieuses de la région. »

1922 – 2022 : d’une ère de crises à l’autre

Étrangement, c’est donc dans un contexte bien proche de celui qui existait lors de sa création, en 1922, qu’est célébré en cette année 2022 le centième anniversaire de l’ACO. Comme en 1922, le Proche-Orient est en ébullition, victime de crises conjuguant guerres civiles, bouleversements politiques et pandémie de Covid-19. Les réfugiés de Syrie, déjà indésirables en Europe, sont de plus en plus mal accueillis au Liban, en Turquie et en Jordanie.

Syrie : la renaissance de la paroisse de Kharaba © ACO

Il est vrai que depuis son origine, l’Action Chrétienne en Orient est marquée par l’aide d’urgence. À sa création, elle avait pour but de secourir les populations arméniennes victimes des exactions turques. Son fondateur, le pasteur Paul Berron, décrit dans « Souvenirs des jours sombres » (L’Harmattan) ce qu’il a vu et vécu à partir de 1916 au contact de ces réfugiés, tout en dénonçant la « politique d’extermination » alors mise en œuvre par les autorités turques. Alsacien, donc citoyen allemand avant la Première Guerre mondiale, il avait été envoyé comme aumônier en Syrie et dans la région pour établir et superviser des foyers du soldat. La guerre finie et l’Alsace réintégrée à la France, ce même pasteur Berron, devenu de fait citoyen français, put ainsi passer outre l’interdiction qui frappait les œuvres missionnaires allemandes et créa l’Action Chrétienne en Orient.

Elle vit officiellement le jour le 6 décembre 1922, lors d’une Assemblée Générale fondatrice qui réunissait 23 membres des Églises protestantes d’Alsace. L’ACO à peine née envoya aussitôt ses premières missionnaires, Hedwige Büll et Alice Humber-Droz, à Alep pour apporter une aide humanitaire, mais aussi spirituelle aux Arméniens survivants du génocide et réfugiés dans de vastes camps aux portes de la ville, dans cette Syrie que la Société des Nations avait confiée à la France pour la mener à l’indépendance. L’appel à l’aide d’un évangéliste arménien relayé par le premier bulletin de l’ACO donne une idée de l’ampleur de la crise humanitaire dans ces camps : « 300 familles viennent d’arriver. Il ne leur reste presque plus rien après leur long voyage. Alep et la campagne syrienne voient le spectacle émouvant de ces pauvres gens qui affluent. Nous sommes submergés de travail. » Rapidement, d’autres missionnaires rejoignirent les deux envoyées de l’ACO, qui embaucha aussi des collaborateurs locaux. Et en France même, l’ACO fut bientôt sollicitée pour venir en aide aux Arméniens réfugiés, particulièrement nombreux à Marseille et regroupés aussi dans des camps. D’où des relations tissées avec les communautés évangéliques arméniennes, qui devaient durer des années.

Le choc de la Deuxième Guerre mondiale et de la décolonisation

En 1939, l’ACO gérait ainsi douze missionnaires au Proche-Orient et finançait onze postes en France. Grâce aux paroisses protestantes alsaciennes, mais aussi grâce à des comités néerlandais et suisses, l’ACO a rapidement étendu son œuvre et touché aussi bien les personnes de culture arménienne que de langue arabe et assyrienne, en Syrie mais également au Liban puis plus tard en Iran. En conjuguant toujours action humanitaire et témoignage de l’Évangile.

Méconnu, mais actif : le synode d’Iran regroupe les différentes communautés issues de la mission presbytérienne, avec plusieurs paroisses à Téhéran, ainsi que dans plusieurs villes du Nord-Ouest comme Ourmia © Albert Huber pour l’ACO

La Deuxième Guerre mondiale, puis la décolonisation devaient marquer un changement d’ère et forcer l’ACO à s’adapter. De nombreux missionnaires durent quitter la région. L’ACO poursuivit le financement de son centre à Alep et des paroisses en Mésopotamie. Les bâtiments d’Alep furent remis entre les mains de l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes au Proche-Orient. Les propriétés immobilières des Églises Assyriennes et Arabes en Mésopotamie furent inscrites au nom du Synode Arabe. Les missionnaires de l’ACO étaient désormais surtout présents au Liban.

Autant de changements qui annonçaient une mue plus profonde. Mais l’ACO y était préparée : à la différence de la plupart des organisations missionnaires de l’époque, l’ACO n’était pas une mission nationale, mais son organisation, ses fonds, ses partisans, les membres de son conseil d’administration et ses missionnaires provenaient de divers pays européens. Si elle était née en France, au sein des Églises protestantes alsaciennes, d’autres pays y étaient actifs comme la Suisse et les Pays-Bas ; et des soutiens et des missionnaires provenaient d’Estonie, d’Allemagne, du Royaume-Uni… Il fallut toutefois attendre 1995 pour que la mue se concrétise, et que l’ACO devienne une organisation internationale, s’inspirant en cela de l’exemple de la Cevaa (communauté d’Églises en mission, issue, comme le Défap, de la Société des Missions Évangéliques de Paris). L’ACO devint ainsi l’ACO-Fellowship, une Communion d’Églises et d’organismes missionnaires.

Aujourd’hui, grâce à de nombreux partenariats, l’ACO soutient des projets très variés dans les domaines de l’éducation, du social, de la santé, de la solidarité en contexte de crise, de la résolution des conflits, de la formation théologique, de la vie d’Église au sein de communautés locales. Et parmi ces partenariats, il y a le Défap. Au cours des dernières années, l’ACO a eu l’occasion de collaborer de manière quasi quotidienne avec le Service Protestant de Mission, notamment pour l’envoi de volontaires, au Liban, en Égypte…

Soutien à des migrants chrétiens aux Pays-Bas avec l’organisme GZB © ACO



Centenaire de l’ACO : le programme des célébrations

Rencontres à Strasbourg et Paris en présence d’invités de l’ACO-fellowship venus de différents pays, exposition itinérante et en ligne, publication d’un cycle de conférences : voici ce qu’a préparé pour célébrer son centenaire l’Action Chrétienne en Orient, l’un des proches partenaires du Défap spécialisé dans les relations avec les communautés chrétiennes de pays comme le Liban, l’Iran, l’Irak ou la Syrie. Ce mois d’octobre sera marqué par une série d’événements, en attendant un camp de jeunes international prévu pour l’été 2023, et une rencontre du Centenaire à Alep en octobre 2023.

Mathieu Busch, directeur de l’ACO, lors d’une animation missionnaire dans une paroisse de l’UEPAL © ACO

1) Octobre 2022 : les événements du Centenaire à Strasbourg et Paris

Des délégations des membres de l’ACO viendront de différents pays : Liban, Syrie, Iran, Égypte, Suisse, Pays-Bas, États-Unis.
Des Églises, institutions et organismes missionnaires protestants français seront représentés.
La rencontre est conçue comme un temps de partage avec le plus grand nombre (les interventions en anglais seront traduites).

    A) Programme à Strasbourg

Entrée libre à tous les événements.

Samedi 1er octobre en l’église du Temple Neuf (place du Temple Neuf, centre de Strasbourg) :

  • 14h-14h45 Ouverture officielle
  • 15-16h15 Choix entre deux tables rondes :
    « Espérer en temps de crise » avec Hadi Ghantous, pasteur au Liban et en Syrie
    « L’Eglise d’Iran en exil » avec Hendrik Shanazarian, pasteur exilé aux Etats-Unis
  • 16h30-17h45 Choix entre deux tables rondes :
    « Le travail humanitaire des Eglises du Proche-Orient » avec Wilbert van Saane, professeur de théologie à Beyrouth
    « L’impact des crises du Proche-Orient sur la situation des femmes » avec Mona Kiwan, médecin-épidémiologiste pour les Nations Unies
  • 20h30-21h30 Concert au Temple Neuf : « Entre Orient et Occident » (entrée libre, plateau à la sortie)

Dimanche 2 Octobre à 10h : Culte du Centenaire en l’église protestante St-Pierre-le-Jeune (place St-Pierre-le-Jeune, centre de Strasbourg)

    B) Programme à Paris

La délégation internationale rencontrera différents acteurs du protestantisme : Fédération Protestante de France, Défap, Institut Protestant de Théologie… L’ACO Fellowship tiendra également son assemblée générale. Deux moments sont proposés à tout public :

1) Une table-ronde le jeudi 6 octobre, à 19h30, à la paroisse de l’Oratoire du Louvre (EPUdF) :

Cette rencontre est organisée en collaboration avec le journal Réforme et a pour titre : « Rencontre avec deux pasteurs témoins des crises du Proche-Orient ». En présence de Salam Hanna, pasteur à Lattaquié en Syrie, et de Sebouh Terzian, directeur du CAHL (maison de retraite et de soins) à Bourj Hammoud, près de Beyrouth au Liban.

2) Dimanche 9 octobre, 11h, culte national de l’UEEAF (Union des Eglises Evangéliques Arméniennes de France) à Issy-les-Moulineaux

Culte en présence de la délégation de l’ACO, en l’église évangélique arménienne d’Issy-les-Moulineaux, 28 avenue Bourgain.

2) L’exposition du Centenaire « Mémoires d’Espérance »

L’exposition a pour objectif de faire découvrir l’histoire, l’originalité et l’actualité de l’Action Chrétienne en Orient. Elle existe sous plusieurs formats :

Un aperçu de la version en ligne de l’exposition © ACO

1) 12 panneaux « roll-up » (2 mètres de hauteur, 1 mètre de largeur). Elle est empruntable en paroisse ou dans des lieux d’Eglise et peut servir d’outil d’animation missionnaire.

L’exposition se trouve au siège de l’ACO à Strasbourg et ne peut être transportée qu’à l’aide d’un véhicule (pas d’envoi par la poste). Elle est généralement utilisée en Alsace et en Moselle. N’hésitez pas à contacter le secrétariat de l’ACO pour toute demande.

2) L’exposition est disponible également en ligne sur le site de l’ACO, en 11 chapitres : rendez-vous sur cette page. Elle existe aussi en anglais : ACO Centenary Exhibition in English here !

3) Les conférences organisées par l’Université Haigazian de Beyrouth, les 28 et 29 janvier 2021.

Un aperçu des enregistrements des conférences disponibles en ligne © ACO

Les conférences ont porté sur les missions européennes et les Eglises protestantes au Moyen-Orient au XXème siècle. Elles ont été délivrées en visioconférence et en anglais. Vous pouvez les revoir en allant sur la page suivante. La revue Transformation (Oxford Centre for Mission Studies) a publié ces contributions en 2022.

4) Un camp de jeunes international est prévu pour l’été 2023.

Ce camp pour jeunes adultes réunira des libanais, syriens, iraniens, suisses, néerlandais et français.

5) Une rencontre du Centenaire à Alep en octobre 2023 : en préparation !




Centenaire de l’ACO : «La mission de l’Église, c’est d’espérer au milieu des crises»

Jusqu’au début du mois d’octobre, qui marquera une série d’événements organisés dans le cadre du centenaire de l’Action Chrétienne en Orient, le site du Défap revient à travers une série d’articles sur l’odyssée à la fois humaine et spirituelle de cet organisme missionnaire qui fait le lien entre chrétiens d’Occident et chrétiens d’Orient. En dépit des crises, des guerres, des distances géographiques et culturelles, il y a toujours moyen de se comprendre et de poursuivre cette odyssée commune, inaugurée en 1922 par Paul Berron. Cette semaine, entretien avec Mathieu Busch, directeur de l’ACO depuis 2018 et secrétaire général de l’ACO Fellowship, la structure internationale de l’ACO qui réunit six partenaires européens et orientaux.

Mathieu Busch, directeur de l’ACO depuis 2018 et secrétaire général de l’ACO Fellowship © ACO

Guerres et déportations, éloignement géographique et culturel, tentatives d’instrumentalisation des minorités par diverses grandes puissances : les relations entre chrétiens européens et orientaux se heurtent depuis toujours à des obstacles puissants. C’était déjà le cas à la naissance de l’ACO, lorsque le pasteur Paul Berron a voulu agir face aux persécutions touchant les Arméniens de l’empire ottoman. Ça l’est encore aujourd’hui… Comment l’Action Chrétienne en Orient parvient-elle à éviter ces écueils ?

Mathieu Busch : Il est vrai que ce qui concerne les relations avec les chrétiens d’Orient s’inscrit toujours dans un contexte qui peut devenir facilement très politisé, et que ces relations courent fréquemment le risque d’être instrumentalisées. Il y a un véritable jeu politique autour du sort des chrétiens d’Orient, qui seront facilement présentés comme une minorité en butte aux persécutions. Et selon les pays, on sera tenté de choisir « ses » victimes à défendre : du côté français par exemple, il existe des liens très forts entre les missionnaires catholiques et certaines Églises orientales rattachées au catholicisme, comme les chaldéens. Ce qui explique que la France, fille aînée de l’Église (et en dépit de sa laïcité affirmée) ait toujours à cœur de défendre ces minorités. Côté russe en revanche, c’est plutôt le sort des Églises orthodoxes qui suscitera la mobilisation. Et au-delà de ces préférences culturelles en fonction des pays, il y a aussi des organismes missionnaires qui sont tentés de rester dans le discours de victimisation. Mais il faut bien être conscient que si l’on choisit d’assigner aux chrétiens d’Orient ce statut de victime, on les condamne à rester victimes : on ne pourra pas en sortir. Soyons conscients tout de même que dans les pays dont il est question – Liban, Syrie, Iran – c’est l’ensemble de la population qui subit régulièrement des catastrophes : ça ne concerne pas les seuls chrétiens. Et ce que subissent les chrétiens libanais ou syriens est plus souvent dû à leur nationalité qu’à leur religion.

L’avantage au sein de l’Action Chrétienne en Orient, c’est qu’il s’agit d’une petite organisation : nous avons la chance de nous connaître personnellement. Le fait que des protestants de France, minoritaires dans leur pays, entretiennent ainsi des relations avec des protestants d’Orient, eux-mêmes minoritaires parmi les chrétiens de Syrie ou du Liban, permet de s’affranchir quelque peu des tensions de ces jeux géopolitiques. On peut se permettre d’avoir des relations fraternelles, très proches. On connaît chaque délégué des différentes Églises du Proche-Orient. En outre, il existe une entité internationale autour de l’ACO – l’ACO-fellowship, qui regroupe une demi-douzaine de partenaires liés à l’Action Chrétienne en Orient, au sein de laquelle tous les organismes siègent sur un pied d’égalité. C’est un aspect important : ce terme de « fellowship » n’a pas été choisi au hasard, il renvoie aussi bien à la dimension communautaire qu’à la fraternité humaine (un « fellow », en anglais, c’est un ami, un compagnon).

Alors, bien sûr, on ne peut s’affranchir complètement de ce contexte politique chargé ; mais on peut facilement en faire abstraction pour mener des projets en commun. Même si l’on sait qu’un protestant français et un protestant syrien auront probablement des points de vue très différents sur la guerre en Syrie, il reste toujours possible d’en discuter, d’entendre le point de vue de l’autre et surtout, de rester unis dans une dimension communautaire, par des prières, des cultes, des projets de solidarité.

Justement, parlons de ces projets…

Ils sont très variés et touchent différents domaines : du social, du paroissial (il peut s’agir d’aider à construire des bâtiments paroissiaux, par exemple) ; de la formation (notamment théologique, mais pas seulement) ; de l’éducation, du sanitaire, de l’humanitaire… L’ACO permet aussi des échanges de groupes de jeunes ou d’adultes. À travers toute cette diversité, on peut voir que l’ACO s’implique à la fois dans des projets qui touchent directement à la vie des Églises, et à travers des projets destinés à aider des populations dans le besoin. Et ces deux aspects sont importants : il est bien sûr crucial de répondre aux besoins les plus criants dans des situations de conflit ou de crise humanitaire. Pour cela, l’ACO s’implique dans des projets d’aide d’urgence, ou bien dans des institutions sociales et éducatives où tout le monde sera accueilli sans distinction de religion. Mais l’Église ne doit pas se résoudre à être seulement une ONG, même si la diaconie est très importante. Il est important pour l’ACO d’aider ces Églises à survivre en tant que communautés, à rester dans l’espérance ; et il est important que la diaconie soit aussi une forme de témoignage, qui permette à l’Église de continuer à rayonner dans la société.

Ces divers projets que l’ACO accompagne viennent de nos partenaires. Ils sont nés des situations de crise que connaissent les divers pays avec lesquels nous sommes en lien, mais sont aussi le reflet de la manière d’être Église ensemble de nos divers partenaires, de leur théologie… Il y a donc des projets spécifiquement d’aide sociale ou humanitaire, mais aussi des sessions de formation théologique (portant sur des thèmes comme : comment être Église dans un contexte minoritaire, par exemple) ; des temps de retraite, des temps de formation – autant de choses qui sont aussi essentielles à la respiration et à la vie de l’Église.

A Mashta el-Helou en Syrie, en 2019 : les membres de l’ACO Fellowship visitent la diaspora protestante
syrienne évacuée dans la région pour se mettre à l’abri des zones en guerre. © ACO

Quel avenir envisager pour les chrétiens d’Orient, qui de crise en guerre, sont de moins en moins nombreux ?

C’est une question qui m’est posée très régulièrement. Aussi, plutôt que d’y répondre moi-même, je voudrais relayer ce que, eux, répondent : « si on ne se focalise que sur notre survie immédiate, et pas sur des actions porteuses d’espérance, on est déjà mort ». Dans les diverses crises qu’ils traversent, les partenaires de l’ACO ne voient pas de solution humaine. Il n’y a aucun horizon donné par les divers gouvernements, qui sont eux-mêmes soumis à la corruption, au clientélisme, voire même qui peuvent s’inscrire (c’est le cas en Iran) dans un système plus ou moins totalitaire où toutes les institutions normales se retrouvent doublées par des institutions occultes liées au régime en place. Mais quand on ne peut pas être, à vue humaine, acteur du changement global, cela n’empêche pas d’avoir des actions qui aient du sens et soient porteuses d’espérance. Leur vision, c’est de vivre leur vie d’Église, en s’appuyant sur leur espérance en Dieu, et en se disant que Dieu les appelle à agir dans les situations auxquelles ils sont confrontés. Dans cette perspective, beaucoup de grands récits bibliques sont très parlants pour eux : tous ces passages de la mort à la vie, du désespoir à l’espérance, leur parlent beaucoup. La Bible est aussi un livre qui a été écrit à travers des crises, et dont de nombreux passages répondent à des situations de crise.

La mission de l’Église, c’est d’espérer au milieu des crises ; et si nous ne voyons pas de solution qui se dessine à notre niveau, nous sommes néanmoins appelés à être dans l’action ; à « espérer contre toute espérance ». Et cette espérance, elle doit se vivre aussi dans les relations qu’on met en place, dans la vie communautaire, dans le partage de la parole.

Quel sens donner aux célébrations du centenaire de l’ACO dans ce contexte ?

C’est tout d’abord un temps de reconnaissance pour tout ce qui a été vécu et accompli pendant un siècle. C’était une demande forte exprimée par nos partenaires. On ne mesure pas toujours très bien en France l’impact qu’a eu l’action de l’ACO, par exemple, auprès de la communauté arménienne, et le souvenir chargé d’émotion qui en perdure encore aujourd’hui. Il y a une reconnaissance qui s’est transmise au fil des générations dans la communauté arménienne, et l’on peut encore aujourd’hui, à travers l’ACO, rencontrer des descendants d’Arméniens déportés qui nous tiennent des discours très touchants, en nous disant : « Nos grands-parents ont pu survivre grâce à l’ACO, vous avez contribué à ce que nous puissions reconstruire nos vie… » Aujourd’hui bien sûr, cette question de l’aide et de l’accueil des réfugiés est toujours bien présente au sein de l’ACO, mais elle a pris d’autres formes.

Ensuite, ce centenaire, c’est bien sûr une manière de faire davantage connaître l’ACO ; non seulement son histoire, mais aussi ses actions et ses projets. Les célébrations comportant ces deux volets, l’un rétrospectif (avec une série de conférences sur l’histoire de l’ACO, qui ont eu lieu début 2021 ; avec une exposition) et l’autre plus tourné vers le présent et l’avenir, avec une série de tables rondes, et un numéro de notre revue, Le Levant – Morgenland, consacré aux enjeux que connaît ou va connaître la région du Proche-Orient. Ce centenaire, c’est donc aussi l’occasion de dire ce qu’est l’ACO aujourd’hui, et ce que l’on peut espérer pour demain.

Finalement, le mot clé de ce centenaire, c’est l’espérance. C’est d’ailleurs ce qui a présidé au choix du titre de notre numéro du Levant : Un avenir d’espérance. L’espérance, c’est ce qui nous anime quand nous nous retrouvons entre chrétiens de différents pays au sein de l’ACO : les gens sont toujours heureux d’être ainsi ensemble, même s’ils viennent de régions du monde qui connaissent des situations terribles, parce qu’ils partagent des choses essentielles. Quand on ne fait que décrire les crises, on se retrouve plombé, incapable d’agir. L’espérance, c’est ce qui permet d’éviter le fatalisme.

Et quelles sont vos relations avec le Défap ?

Des relations d’une grande proximité. Une coopération transparente, fraternelle. Elle se focalise surtout sur les questions liées aux envois de personnes. D’ailleurs, je fais précisément partie de la CEP (la Commission échange de personnes) du Défap. Nous apprécions aussi beaucoup la formation au départ dispensée par le Défap, la manière dont est assuré le suivi des envoyés : le Défap est ainsi un vis-à-vis important de l’ACO pour l’envoi de personnes en Égypte. Nous travaillons aussi en ce moment à la possibilité d’accueillir en France un groupe d’Égyptiennes venues du Caire. Nous avons d’ailleurs aussi des relations très proches avec DM en Suisse, qui consacre sa campagne d’automne à l’ACO. Dans le monde missionnaire protestant francophone, nous avons tous besoin d’être dans la proximité et l’échange de bonnes pratiques.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




Centenaire de l’ACO : rendez-vous début octobre à Strasbourg et Paris

Rencontres et tables rondes, concert et cultes rythmeront début octobre les célébrations du centenaire de l’Action Chrétienne en Orient : tant à Strasbourg qu’à Paris, elles seront ouvertes à tous, afin de permettre au plus grand nombre de mieux connaître cette œuvre missionnaire qui, depuis 1922, construit des ponts entre les Églises protestantes de France et du Proche-Orient.

Image de l’exposition réalisée pour les 100 ans de l’Action Chrétienne en Orient © ACO

Garder le passé présent à l’esprit, tout en ayant les yeux tournés vers l’avenir : c’est le défi des célébrations du centenaire de l’ACO, l’Action Chrétienne en Orient, œuvre missionnaire née au sein des Églises protestantes de l’Est de la France et qui entretient, depuis 1922, des liens à la fois spirituels et de soutien matériel avec les chrétiens d’Orient. Cette volonté d’inscrire cet anniversaire dans le temps long est visible tout d’abord à travers sa publication annuelle, Le Levant – Morgenland, dont le numéro 110, titré Mémoires d’espérance, revenait sur l’odyssée de l’ACO depuis sa création, tandis que le numéro 111, titré Un avenir d’espérance, envisage les évolutions et les défis auxquels seront confrontés au cours des prochaines années ses partenaires orientaux. Autre particularité de cet anniversaire, il s’étale sur trois ans, avec des événements prenant place aussi bien en Europe qu’au Moyen-Orient.

Pour ce mois d’octobre 2022, les célébrations auront lieu successivement à Strasbourg et à Paris. Les 1er et 2 octobre, rendez-vous le samedi à l’église du Temple Neuf à Strasbourg, pour des tables rondes et un concert. Des délégations des membres de l’ACO de différents pays (Liban, Syrie, Iran, Égypte, Suisse, Pays-Bas, États-Unis) seront présentes pour ces rencontres ouvertes à tous. Le dimanche, rendez-vous à l’église protestante St-Pierre-le-Jeune pour participer au culte du Centenaire. Puis, à partir du 4 octobre, les célébrations se déplaceront à Paris : les invités de l’ACO seront tout d’abord reçus au Défap et y rencontreront toute l’équipe. Une table-ronde est ensuite programmée le jeudi 6 octobre, à 19h30, à la paroisse de l’Oratoire du Louvre ; et le dimanche 9 octobre, à 11h, la délégation de l’ACO assistera au culte national de l’UEEAF (Union des Églises Évangéliques Arméniennes de France) à l’église évangélique arménienne d’Issy-les-Moulineaux.

Avant cela, l’ACO avait déjà organisé, début 2021, une série de conférences à distance avec l’Université Haigazian de Beyrouth, portant sur les missions européennes et les Églises protestantes au Moyen-Orient au XXème siècle. Et pour l’année 2023 sont prévus un camp international de jeunes ainsi qu’une rencontre du Centenaire à Alep. Pour en savoir plus sur ce qui a été mis en place à l’occasion de cet anniversaire, vous pouvez vous référer à l’encadré en bas de cet article. Et au cours des prochaines semaines, le site du Défap aura l’occasion de vous en dire davantage, notamment en faisant le point sur le programme des célébrations et en donnant la parole à des membres de l’ACO.

Minoritaires au sein de la minorité chrétienne

Les membres du comité exécutif de l’ACO Fellowship (réseau international constitué autour de l’ACO) en 2011 au Liban. © ACO

Les chrétiens d’Orient ont été souvent victimes de discriminations et de violences, mais ils représentent encore aujourd’hui des communautés vivantes et dont la présence aide au vivre ensemble. Or au début du XXème siècle, au Moyen-Orient, un habitant sur quatre était chrétien ; ils ne sont plus désormais que 11 millions parmi 320 millions de musulmans (soit un sur 30), partout minoritaires et contraints de chercher la protection des pouvoirs en place pour continuer à exister. Et au sein de cette minorité, les Églises protestantes, avec lesquelles l’ACO est en lien, représentent elles-mêmes un tout petit nombre. « Minoritaires au sein de la minorité chrétienne composée d’Églises traditionnelles orientales, orthodoxes et catholiques », souligne l’ACO, « leur environnement est marqué par l’Islam avec ses différents courants théologiques et ses résonances sociales et politiques. Leur contexte est celui d’une région du monde secouée par des crises géopolitiques aux enjeux divers et complexes, où les puissances régionales et occidentales confrontent leurs intérêts. Pour autant les Églises protestantes que nous soutenons au Moyen-Orient rayonnent par leur témoignage vécu au nom de l’Évangile, par leurs œuvres éducatives et sociales, par leurs convictions pacifiques et critiques, par leur souci des relations œcuméniques entre Églises, par leur dialogue avec l’Islam et les minorités religieuses de la région ».

L’école protestante du Synode Arabe à Tripoli au nord du Liban © ACO

À sa création en 1922, l’ACO avait pour but de secourir les populations arméniennes victimes des exactions turques. Son fondateur, le pasteur Paul Berron, décrit dans Souvenirs des jours sombres (L’Harmattan) ce qu’il a vu et vécu à partir de 1916 au contact de ces réfugiés, tout en dénonçant la « politique d’extermination » alors mise en œuvre par les autorités turques. Alsacien, donc citoyen allemand avant la Première Guerre mondiale, il avait été envoyé comme aumônier en Syrie et dans la région pour établir et superviser des foyers du soldat. La guerre finie et l’Alsace réintégrée à la France, ce même pasteur Berron, devenu de fait citoyen français, put ainsi passer outre l’interdiction qui frappait les œuvres missionnaires allemandes et créa l’Action Chrétienne en Orient.

De la Syrie au Liban, puis à l’Iran

Grâce aux paroisses protestantes alsaciennes, mais aussi grâce à des comités néerlandais et suisses, l’ACO a rapidement étendu son œuvre et touché aussi bien les personnes de culture arménienne que de langue arabe et assyrienne, en Syrie mais également au Liban puis plus tard en Iran. Aujourd’hui, grâce à de nombreux partenariats, l’ACO soutient des projets très variés dans les domaines de l’éducation, du social, de la santé, de la solidarité en contexte de crise, de la résolution des conflits, de la formation théologique, de la vie d’Église au sein de communautés locales.

Parmi ces partenariats, il y a le Défap. Au cours des dernières années, l’ACO a eu l’occasion de collaborer de manière quasi quotidienne avec le Service Protestant de Mission, notamment pour l’envoi de volontaires, au Liban, en Égypte… Dans ce pays par exemple, le Défap a assuré le suivi des envoyés de l’ACO en lien avec les Églises protestantes locales, dans le cadre de la plate-forme Moyen-Orient. Il s’agissait de missions d’enseignement (soutien scolaire, apprentissage de l’expression française), mais au-delà, d’une expérimentation quotidienne du « vivre ensemble » propre à faire mentir ceux qui prêchent la violence entre les communautés. Comme le racontait une ancienne envoyée, décrivant l’école où elle travaillait : « Chrétiens et musulmans se côtoient dans le corps enseignants et chez les élèves (…) Dans cette société égyptienne fragmentée c’est, d’après moi, une bénédiction ! »




Courrier de mission : en communion de prière avec Haïti

À l’occasion de l’appel à la prière lancé pour le dimanche 19 juin par la Fédération protestante de France, Marion Rouillard revient, dans « Courrier de mission », sur la situation extrêmement précaire d’Haïti. Ses invités, Laura Casorio et Sylvain Cuzent, évoquent les conditions dans lesquelles s’est tenue la 37ème Assemblée générale de la Fédération protestante d’Haïti, au cours de laquelle a été diffusé un message de soutien de la Fédération protestante de France. Et ils évoquent le rôle des institutions protestantes haïtiennes dans un pays en proie à la violence.

Image diffusée par la FPH à l’issue de sa 37ème AG © DR

Le 16 juin dernier, la Fédération protestante de France appelait toutes les paroisses de ses Églises membres à consacrer un temps d’intercession et de prière pour Haïti lors du culte du dimanche 19 juin. Cet appel avait été lancé à l’occasion de la 37ème Assemblée générale de la Fédération protestante d’Haïti, qui venait de se tenir le mardi 14 juin, et à l’initiative de la Plateforme Haïti de la FPF, dont la gestion est assurée par le Défap. Une manière de continuer à porter Haïti dans les préoccupations du protestantisme français, alors que les actions concrètes sont rendues aujourd’hui très difficiles par le contexte de quasi-guerre civile dans lequel se trouve le pays. Surtout, cette demande de prière correspondait à une préoccupation exprimée par le protestantisme haïtien ; que l’on continue à parler d’Haïti, dont les besoins sont si pressants, même s’il est impossible pour l’heure de se rendre sur place. Dans l’émission « Courrier de mission – le Défap », Marion Rouillard revient sur la situation d’Haïti et sur le contexte de cet appel à la prière, en compagnie de ses invités : Laura Casorio, responsable du service Relations et solidarité internationales au Défap, et Sylvain Cuzent, qui a été envoyé du Défap en Haïti et fait partie des personnes ressources régulièrement consultées par la Plateforme Haïti. Tous deux ont pu participer en distanciel, ainsi que les membres de la Plateforme, et en dépit des difficultés techniques, à la réunion de la FPH du 14 juin ; une réunion dont la date avait été déplacée du fait des problèmes de sécurité que connaît Haïti, et qui s’est tenue dans des conditions difficiles. La Fédération protestante de France a manifesté son soutien via un message vidéo de son président, François Clavairoly, qui a été diffusé devant l’assemblée.

Le Premier ministre Ariel Henry s’exprimant lors de la 37ème AG de la FPH © DR

Présent sur place, le Premier ministre haïtien, Ariel Henry, s’est dit conscient de la gravité de la situation du pays. Sa présence, a-t-il souligné, témoignait de la reconnaissance de l’État envers le travail de la Fédération protestante d’Haïti. Ariel Henry a ainsi félicité la FPH pour son engagement et l’a encouragée à œuvrer au bien-être du pays : « Haïti est traversée par une sévère crise sociopolitique mais surtout une crise éthique et morale. La transformation du pays passe par l’engagement de la fédération. » Le président de la FPH, le pasteur Calixte Fleuridor, a profité de sa présence pour dénoncer : « Premier ministre, on en a assez de l’inflation, de l’insécurité, du kidnapping », soulignant l’absence du vice-président de la fédération à cause de l’enlèvement de son enfant il y a six jours.

1700 écoles fermées du fait des violences

L’appel à la prière d’intercession de la FPF, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 22 juin 2022 sur Fréquence Protestante

 

Cette impuissance du politique face à la violence, et ces liens entretenus malgré tout entre le protestantisme français et le protestantisme haïtien, Laura Casorio et Sylvain Cuzent ont eu l’occasion de les évoquer largement au micro de Marion Rouillard. Comme le souligne Laura Casorio, c’est en s’inspirant directement de la FPF que la Fédération protestante d’Haïti a pu se mettre en place : car s’il existe, de par le monde, beaucoup de conseils œcuméniques, les exemples de fédérations protestantes sont bien plus rares. D’où la médaille qui a été symboliquement décernée à François Clavairoly lors de cette AG, en reconnaissance des liens établis entre FPF et FPH. D’où, également, les échanges réguliers via la Plateforme Haïti. Et maintenir ces échanges est d’autant plus important, comme le souligne pour sa part Sylvain Cuzent, « qu’il est impossible aujourd’hui d’entrer en Haïti sans courir des risques considérables d’être enlevé, tué par les gangs qui se disputent le territoire. »

« Nos partenaires, témoigne Sylvain Cuzent, nous racontent cette situation de violence extrême : souvent, ils ne peuvent pas se déplacer pour travailler. » Christon St Fort, le président de la Fédération des écoles protestantes d’Haïti (FEPH), évoque ses collaborateurs qui ne peuvent plus aller dans les écoles pour des actions de formation. L’éducation est ainsi directement victime de la violence : environ 1700 écoles sont fermées, d’autres restent ouvertes mais sont rançonnées ; d’autres encore ont embauché des gardes armés ; des enfants ont été tués dans les enceintes des écoles… Quant à la FPH, elle est obligée de restreindre son action à certains lieux moins touchés que les grandes villes comme Port-au-Prince, Les Cayes, Jacmel, ou Cap-Haïtien : notamment les zones rurales.

« Ce que nous demandent nos partenaires, conclut Laura Casorio, c’est qu’Haïti ne soit pas oublié. » D’où l’importance de rester en communion, y compris par des appels à la prière. Sachant que la crise va durer : les principaux pays qui ont des liens historiques avec Haïti, au premier rang desquels on trouve les États-Unis et la France, ont d’autres priorités aujourd’hui.




Retour de mission en RDC

La pasteure Tünde Lamboley, chargée de la formation théologique au sein du Défap, a pu revenir au cours des dernières semaines en République Démocratique du Congo – sa première visite dans ce pays depuis la crise du Covid. L’occasion de renouer avec les partenaires du Défap et de vérifier l’avancée des projets sur place. Elle témoigne.

Vue d’une rue à Kinshasa © Tünde Lamboley pour Défap

Cette première visite après la crise du Covid a permis de rencontrer tous les partenaires du Défap en République démocratique du Congo (RDC). Le séjour de trois semaines a débuté dans la capitale, Kinshasa, par un séminaire de deux jours sur Paul Ricoeur organisé par Olivier Abel en collaboration avec l’ambassade de France, l’Institut français de Kinshasa et le Défap. Des universitaires de tout horizon ont pu ainsi partager leur réflexion autour de l’oeuvre de Paul Ricoeur.

Accompagnés par le président du Sud Kivu de l’ECC, Levi Ngangura, nous avons rencontré des enseignants de l’Université des Pays des Grands Lacs à Bukavu et à Goma ainsi que ceux de l’Université évangélique d’Afrique. Ces universités ont énormément souffert de la crise Covid et remercient chaleureusement les Églises de France pour leur solidarité via le Défap.

Les projets : santé communautaire et bourses en théologie pour des jeunes femmes

À Bukavu, le projet de santé communautaire autour des plantes médicinales connaît un fort développement grâce au travail des deux responsables directes du projet. Soixante-quinze femmes sont formées à la culture et à l’utilisation de diverses plantes médicinales oubliées – mais réhabilitées par ce projet-, donnant une formidable dimension sociale à cette formation.

Les bourses en théologie attribuées à 19 jeunes femmes leur ont permis de débuter une formation sur les deux sites de l’ULPGL de Bukavu et Goma. Ces universités souhaitent intensifier l’échange avec des facultés de théologie françaises en accueillant notamment des professeurs de théologie. Elles souhaitent aussi pouvoir bénéficier des « congés de recherche » au sein de nos facultés de théologie dans un souci de formation continue.

Tünde Lamboley

 

Le point en images sur l’un des projets soutenus par le Défap en RDC : des bourses pour permettre à des jeunes femmes de poursuivre des études supérieures en théologie à l’Université Libre du Pays des Grands Lacs de Bukavu, de manière à former de futures cadres de l’Église du Christ au Congo.




Courrier de mission : Kareen et le SFE

Kareen est une « envoyée portée » du Défap : issue de l’Église MLK de Créteil, elle a rejoint le SFE (le Service Fraternel d’Entraide) pour y travailler à la gestion de l’eau et de l’éducation en Asie du Sud-Est. Elle était invitée par Marion Rouillard lors de l’émission « Courrier de mission – le Défap » du 23 mars 2022.

L’un des lieux d’intervention du Service Fraternel d’Entraide © SFE

 
Les organismes opérant dans le domaine de la solidarité internationale et disposant d’un agrément pour l’envoi de VSI (Volontaires de Solidarité Internationale) sont peu nombreux, et les pouvoirs publics encouragent la pratique du « portage » – c’est-à-dire que d’autres organismes voulant bénéficier de ce statut auront tout intérêt à se rapprocher de ceux déjà agréés. C’est une garantie en ce qui concerne la formation et le suivi des volontaires. Dans le milieu protestant, le Défap, disposant de cet agrément, est ainsi en relation avec de nombreux autres organismes dont il forme et suit les envoyés au cours de leur mission. Ce qui permet d’entretenir un dialogue régulier et fécond avec des institutions très diverses.

Kareen fait partie de ces « envoyées portées ». Membre de l’Église Martin-Luther-King de Créteil, une mégachurch en constant développement, et qui, avec le soutien de la Fondation du Protestantisme, a pu concrétiser un projet audacieux de bâtiment accueillant à la fois des cultes et des manifestations laïques comme des congrès, elle évoque sans détour sa foi et la manière dont elle inspire ses décisions et son parcours de vie. Elle a auparavant suivi des études à l’Institut biblique de Genève. Elle est actuellement en mission en Asie du Sud-Est avec le SFE (le Service Fraternel d’Entraide), l’un des partenaires réguliers du Défap dans le cadre de ces relations de « portage ». Elle était l’invitée le 23 mars dernier de Marion Rouillard pour l’émission « Courrier de mission – le Défap » sur Fréquence Protestante.

Kareen et le SFE, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 23 mars 2022 sur Fréquence Protestante

 

Ayant fait des études en hydro-géologie, Kareen est arrivée sur son lieu de mission en novembre 2019. Elle a suivi le travail d’un logisticien du bureau local jusqu’en juin 2020. Suite à cela, elle poursuit son expérience en rejoignant un nouveau projet communautaire, pour apporter son appui dans les villages dans les domaines de l’eau-assainissement et de l’éducation. Les problèmes liés à l’eau supposent notamment de sensibiliser les populations des villages concernés au problème de la qualité de l’eau, de mettre en place des toilettes et des systèmes permettant de lier les ressources en eau souterraines, non polluées, aux maisons, pour que les villageois aient de l’eau propre pour leurs activités quotidiennes. Ensuite, pour obtenir de l’eau portable, il faut encore ajouter un filtre en céramique qui élimine la plus grande partie des impuretés résiduelles. L’important étant que ces projets soient véritablement portés par la population locale : le travail d’information préalable, et de sensibilisation aux enjeux de l’eau, est donc crucial, pour que les populations concernées en voient tout l’intérêt et participent à la mise en place des projets.

Le SFE a commencé en 2017 un projet d’éducation à la santé avec pour objectif de réduire la pauvreté. Une nouvelle phase du projet a démarré en 2021 dans 10 nouveaux villages pauvres, 5 centres de santé, un hôpital de district et l’hôpital provincial. Utilisant le personnel hospitalier précédemment formé comme formateurs, cette approche permet de renforcer les pratiques acquises et de développer un système de formation continue entre l’hôpital et les centres de santé. Ciblant plus particulièrement la santé mère-enfant et des adolescents, ce projet impacte plus largement tous les villageois en promouvant un développement proactif et durable et en abordant tous les problèmes de santé couramment rencontrés.




Éduquer à la paix et au développement durable au Burundi

Une paix récente et fragile, une pauvreté endémique avec une partie de la population toujours menacée par la faim : autant de facteurs qui entretiennent les risques de résurgences de violences au Burundi. Comment aider à sortir de ce cycle où le dénuement et les antagonismes s’alimentent mutuellement ? En prenant en compte à la fois les deux aspects : les besoins matériels et la sensibilisation à une culture du vivre-ensemble. Tels sont les fondements du projet soutenu par le MIR France (Mouvement International de la Réconciliation), avec l’aide du Défap, à travers la ferme-école de Bujumbara.


Dans les projets qu’il co-construit avec ses partenaires, dans les liens entre Églises qu’il entretient, le Défap veut travailler à un équilibre qui restaure les personnes, les relations et les sociétés. Cet objectif fait partie des grandes lignes détaillées dans sa « feuille de route » : « Convictions et actions – 2021-2025 ».

Au Burundi, les guerres successives depuis 1962, date de l’indépendance du pays, ont terriblement fragilisé la société. Non seulement par les centaines de milliers de morts qu’elles ont provoquées, mais aussi en faisant voler en éclats le vivre-ensemble, en multipliant le nombre de veuves, orphelins, enfants de la rue et ex-enfants soldats, et en empêchant tout décollage économique du pays. Comme dans le Rwanda voisin, ces conflits ont éclaté à l’occasion de tensions inter-ethniques, entre Hutus et Tutsis. Les massacres de 1972 avaient fait près de 100.000 morts, ceux de 1988 20.000 morts ; la guerre civile de 1993, déclenchée à la suite de l’assassinat par des militaires du président Melchior Ndadaye et de six de ses ministres, a fait un nombre de morts encore difficile à évaluer, les estimations basses tablant sur 50.000 quand d’autres vont jusqu’à 300.000. Si l’accord de paix d’Arusha, signé fin août 2000 sous l’égide de Nelson Mandela, a permis d’éviter de nouveaux bains de sang, la paix reste fragile, émaillée de tentatives de putsch et de violences.

Des maux multiples et enchevêtrés

Paysans au Burundi © Asimbahwe Gratien and CubeMEDIA CM – Wikimedia Commons

Dans une société encore très rurale et dans un pays que les comparaisons de PIB classent comme le plus pauvre du monde, dans un État qui redoute toujours les explosions de violence, les plus fragiles parmi les fragiles, ce sont les femmes et les enfants. Les maux sont multiples et enchevêtrés : précarité matérielle (88% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour) et faible autonomie, rôle peu reconnu des femmes, difficulté à régler les conflits autrement que par la violence… Ce sont à tous ces maux que le MIR (Mouvement International de la Réconciliation) entend s’attaquer, à travers un projet soutenu par le Défap. Il s’agit d’une ferme-école, dans la banlieue de Bujumbara, la capitale, située sur les rives du lac Tanganyika. Elle vise, dans un premier temps, à permettre à ses élèves de devenir matériellement autonomes, à la fois sur le plan des cultures et sur le plan de la commercialisation de leurs produits ; et dans un second temps, à renforcer les solidarités et le dialogue.

Sur le plan pratique, il s’agit d’enseigner tout ce qui concerne le maraîchage, le petit élevage, l’apiculture, l’horticulture, l’agroforesterie ; d’enseigner, aussi, des techniques de protection des sols contre l’érosion, à la fois dans un souci d’efficacité sur le plan agricole, et de protection de l’environnement et des ressources. Au-delà de ces enseignements, il s’agit ensuite d’organiser les jeunes élèves en groupements d’exploitants agricoles financièrement autonomes, et capables de conserver, transformer et commercialiser eux-mêmes leurs produits. Et enfin, à travers cette amélioration de leur quotidien et ces solidarités concrètes, diffuser une culture du respect de l’autre, de la paix et de la non-violence.

Installations agricoles en bordure de la forêt © Jostemirongibiri – Wikimedia Commons

Le MIR, à l’origine de ce projet, se définit comme un mouvement non-violent inspiré de l’Évangile. Il travaille à l’élaboration et à la diffusion d’une théologie de la non-violence et entend lutter contre la guerre sous toutes ses formes. Il est membre de la Fédération protestante de France et préside la Coordination pour l’éducation à la non-violence et à la paix. Ce projet de ferme-école, développé avec le Défap, est mené en partenariat avec l’Église baptiste de Bujumbara, et avec le soutien, en France, de la paroisse de Saint-Germain-en-Laye de l’Église Protestante Unie. Montant prévu du projet : 20.000 euros sur 3 ans. De quoi semer de belles graines d’unité.




Courrier de mission : les défis de l’éducation en Haïti

Christon St Fort, président de la FEPH (la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti) et Sylvain Cuzent, qui a été envoyé du Défap deux ans dans ce pays, étaient tous deux les invités de Marion Rouillard lors de l’émission du 26 janvier de « Courrier de mission – Le Défap », diffusée sur Fréquence Protestante.

Une classe en Haïti © Sophie Reille pour Défap

Haïti fait partie de ces pays dont on n’entend le plus souvent parler qu’à l’occasion de catastrophes. Les tremblements de terre y sont fréquents : le dernier en date s’est produit peu avant la mi-janvier. L’île se situe en effet à la jonction entre la plaque tectonique Caraïbe et la plaque nord-américaine, d’où des mouvements fréquents. Avant cela, un autre séisme s’était produit en août 2021. Le plus violent au cours de ces dernières années s’était produit en 2010 : il s’était traduit par la destruction d’une bonne partie de la capitale, Port-au-Prince, faisant 280.000 morts, 300.000 blessés et 1,3 million de sans-abris. Les cyclones y sont aussi fréquents et destructeurs. Et la société haïtienne elle-même est fortement instable : instabilité politique (illustrée par l’assassinat du président Jovenel Moïse), instabilité sociale alimentée par la pauvreté et les inégalités, emprise des gangs qui contrôlent certaines parties du territoire et sont capables de tenir tête à des forces de l’ordre moins bien armées…

L’éducation, prioritaire pour permettre aux Haïtiens de prendre leur destin en main

Mais une bonne partie des maux d’Haïti proviennent de la société haïtienne elle-même. Si les tremblements de terre y sont aussi meurtriers, c’est parce que les constructions y sont fragiles et inadaptées au risque sismique. Si les tempêtes font autant de dégâts, c’est parce que l’île a subi une déforestation galopante depuis deux siècles, au point que 95% de sa couverture végétale a disparu, accroissant les risques d’inondations et de glissements de terrain. Si la société y est aussi inégale, c’est en grande partie par défaut d’éducation, qui bride toute possibilité d’ascension sociale.

Au-delà des besoins d’intervention dans les situations d’urgence, l’éducation est donc un secteur prioritaire pour permettre aux Haïtiens de prendre leur destin en main. C’est précisément un secteur dans lequel le Défap est engagé, à travers son partenariat avec la FEPH, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti. Christon St Fort, son directeur, était précisément l’invité en janvier de Marion Rouillard dans l’émission « Courrier de mission – le Défap« , diffusée sur Fréquence Protestante le 4ème mercredi de chaque mois, de 13h15 à 13h45.

Haïti et la FEPH, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 26 janvier 2022 sur Fréquence Protestante

 

En Haïti, l’éducation est un secteur où les besoins sont criants : selon les chiffres de la Banque Mondiale, plus de 200.000 enfants ne sont pas scolarisés. Les écoles publiques sont une petite minorité (9 écoles sur 10 sont des établissements privés); et le niveau général est tellement faible que moins de 5% d’une classe d’âge obtient le bac. Dans ce contexte, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, grâce à son réseau de plus de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation de 300.000 enfants. Elle est soutenue directement par le Défap à travers des financements directs et à travers ses envoyés ; elle fait aussi partie des partenaires privilégiés de la Plateforme Haïti, mise en place sous l’égide de la Fédération protestante de France et où le Défap se retrouve aux côtés de divers acteurs du protestantisme français impliqués dans ce pays, comme La Cause ou la Mission Biblique.

« Aider les enfants à acquérir une culture de la prévention »

Christon St Fort © Défap

Au cours de cette émission, Christon St Fort a souligné les défis auxquels les écoles haïtiennes doivent s’adapter – comme celui de l’insécurité : « nous vivons une situation exceptionnelle avec la présence de « poches » qui sont contrôlées par des gangs », a-t-il rappelé, avant d’évoquer les mesures prises pour contourner ce problème : suivi à distance, changement des horaires de cours… Mais il a aussi souligné l’importance de la formation des élèves aux « gestes qui sauvent » dans le cadre de la gestion des risques de désastres. « Le séisme du 12 janvier 2010, rappelle-t-il, nous a amenés à comprendre combien il est important d’aider les enfants à acquérir une culture de la prévention ; par l’éducation, on peut ainsi aboutir à un changement des comportements. Dans ce travail, nous sommes accompagnés par des partenaires : l’un d’eux, présent depuis l’origine, c’est le Défap. Dès 2010 et jusqu’à aujourd’hui, il a accompagné la FEPH dans son programme de gestion des risques de désastres. Et grâce à ce programme, des milliers d’enfants connaissent aujourd’hui les gestes qui sauvent lors d’une catastrophe. »

Sylvain Cuzent, qui a été envoyé en Haïti pendant deux ans à partir de 2013, prenant la suite du pasteur Philippe Verseils, était également invité lors de cette émission pour rappeler le soutien du Défap depuis le séisme du 12 janvier 2010. Il a souligné notamment « l’importance de la relation fraternelle, de confiance » qui s’est établie avec la FEPH. Si le Défap « n’est pas le premier partenaire financier de la FEPH, c’est une organisation qui peut proposer des moyens très spécifiques, notamment grâce à ses envoyés : le Défap a ainsi pu apporter à la FEPH un appui technique dans le domaine de la gestion de projets, de la recherche de financements, en matière de pédagogie… »




RDC : renforcer la place de la femme dans les Églises

En République Démocratique du Congo, la place des femmes est fragile et peu reconnue : pénalisées par un faible accès à l’éducation, elles accèdent rarement à des emplois décents et encore plus difficilement à des postes politiques importants, sont les premières victimes de violences et de la pauvreté. Les Églises, de par leur poids dans la société, ont la capacité de faire évoluer les mentalités. Encore faut-il qu’elles accordent elles-mêmes plus de place aux femmes. C’est dans ce but que le Défap propose des bourses pour permettre à des jeunes femmes de poursuivre des études supérieures en théologie à l’Université Libre du Pays des Grands Lacs de Bukavu, de manière à former de futures cadres de l’Église du Christ au Congo (ECC), principale dénomination protestante en RDC.


Le Défap, dont les activités se déploient à travers des relations entre Églises de divers pays, entend travailler à une égale dignité des hommes et des femmes dans l’Église et dans la société. Un objectif qui figure parmi les priorités de ses actions, détaillées dans sa « feuille de route » : « Convictions et actions – 2021-2025 ». Pour cela, le Défap veut soutenir la formation théologique des femmes, encourager des projets d’éducation à l’égalité femme-homme dans l’Église, et travailler avec ses partenaires pour favoriser les candidatures féminines et encourager leur leadership dans l’Église.

Dans un pays comme la République Démocratique du Congo, les Églises sont des acteurs sociaux majeurs. Elles gèrent des écoles, des hôpitaux, ont une importante action sociale et pallient les défaillances de l’État dans de nombreux domaines. Selon le dernier rapport du cabinet d’étude « Target » sur les Églises en RDC, plus de 93% des Congolais se déclarent chrétiens, avec 42% de catholiques, 25% de protestants, 15% d’adeptes des Églises évangéliques dites de Réveil, 4% de pentecôtistes et 1% de kimbanguistes. Avec ses 1447 paroisses réparties en 47 diocèses disséminés à travers le pays, l’Église catholique joue par exemple un rôle de premier plan. Depuis la signature d’une convention en 2011, l’État lui a délégué, à travers son organisation Caritas, l’organisation de la paye des enseignants du primaire et du secondaire dans les zones rurales. Elle administre directement entre 40 et 60 % des écoles et des services de santé, privés comme publics.

Remise des diplômes en décembre 2021 aux participants à la formation continue sur « Église et leadership » à l’ULPGL © ULPGL

Les Églises protestantes gèrent également nombre d’activités cruciales pour la société congolaise – avec d’autant plus de visibilité que beaucoup d’entre elles sont regroupées au sein d’une même structure, cumulant les caractéristiques d’une Église et d’une fédération : l’ECC – l’Église du Christ au Congo. L’ECC rassemble 95 communautés ecclésiales différentes (on préférera parler de « communautés » plutôt que « d’Églises » au sein de l’ECC), dont 70 sont présentes dans la seule ville de Kinshasa. Un partenaire de taille… et surtout, une institution représentant un protestantisme moins divers qu’il n’y paraît : toutes les dénominations qui la composent se retrouvent lors d’un même synode. Et d’une communauté à l’autre, les théologies dialoguent, les liturgies se rapprochent. Les facultés de théologie jouent pour cela un grand rôle : entre les communautés baptiste, anglicane ou mennonite, on retrouvera des pasteurs qui ont fréquenté les mêmes universités et suivi les mêmes cours.

Les Églises ont la capacité de faire évoluer les mentalités

Mais dans les Églises comme dans le reste de la société congolaise, les femmes restent bien souvent cantonnées à des places subalternes. Du fait de leur poids au sein de la société, les Églises ont la capacité de faire évoluer les mentalités ; encore faut-il d’abord qu’elles évoluent elles-mêmes. L’un des principaux frein au renforcement du rôle des femmes, et à leur accession à des postes d’encadrement au sein de l’ECC, est bien souvent leur manque de formation en théologie. Ce qui est un reflet de la situation de l’ensemble du pays, où les femmes ont un accès plus difficile à l’éducation.

Un groupe de femmes congolaises dans la province du Kasaï © Myriam Samani – MONUSCO – Flickr creative commons

Le Défap propose donc des bourses pour permettre à des jeunes femmes de poursuivre des études supérieures en théologie à l’Université Libre du Pays des Grands Lacs de Bukavu, de manière à former de futures cadres de l’Église du Christ au Congo. Il s’agit d’un pôle universitaire accueillant chaque année près de 800 étudiants au sein de sept facultés : théologie, droit, sciences économiques et gestion, santé et développement communautaires, psychologie et sciences de l’éducation, sciences et technologies appliquées. Au sein de la faculté de théologie, seules une quinzaine d’étudiants sont des étudiantes. Le Défap envisage de quasiment doubler ce nombre en proposant une douzaine de bourses, permettant de payer les frais liés aux études d’une douzaine de jeunes femmes.




Haïti : quand la terre tremble

La secousse d’une magnitude comprise entre 5,2 et 5,4 qui a frappé Haïti le 24 janvier, à 8h16 heure locale, vient rappeler que le pays est soumis à un risque sismique permanent. Une menace qui vient s’ajouter à la série de crises que connaît Haïti.

Christon St Fort © FEPH

Christon St Fort est le directeur de la Fédération des écoles protestantes d’Haïti (FEPH), partenaire privilégié du Défap dans ce pays. Il est ce mois-ci l’invité de Marion Rouillard dans l’émission « Courrier de mission – le Défap« , diffusée sur Fréquence Protestante le 4ème mercredi de chaque mois, de 13h15 à 13h45. Il y évoquera la situation délétère de son pays et l’importance du soutien du Service protestant de mission, partenaire modeste mais solidaire des Haïtiens. Sylvain Cuzent, qui a été envoyé dans ce pays pendant deux ans à partir de 2013, prenant la suite du pasteur Philippe Verseils, rappellera pour sa part le soutien du Défap depuis le séisme du 12 janvier 2010.

Cette émission du 26 janvier (que vous pourrez écouter en direct, mais aussi retrouver en replay sur Fréquence Protestante) va être diffusée alors que le pays vient tout juste de connaître un nouveau séisme. La secousse, d’une magnitude comprise entre 5,2 et 5,4 selon les premières données, s’est produite ce lundi 24 janvier, à 8h16 heure locale, dans le département de l’Ouest, non loin de Port-au-Prince. Christon St Fort devait précisément se rendre sur place pour évaluer les dégâts. La FEPH dispose en effet de l’autorisation de la direction de la Protection civile pour intervenir directement dans les zones sinistrées. Ce nouveau séisme vient raviver les traumatismes des précédents tremblements de terre, et notamment celui de 2010, qui avait fait plus de 280.000 morts et provoqué des destructions immenses ; et il souligne l’importance du risque sismique dans ce pays qui se situe au bord de la plaque caraïbe. S’ils ne sont pas les plus puissants du monde, les tremblements de terre en Haïti font souvent beaucoup de victimes. En cause : les bâtiments qui, pour la plupart, ne sont pas conçus pour résister aux secousses.

Un pays aux multiples crises

Haïti reste à l’heure actuelle très vulnérable aux risques naturels : non seulement les séismes, mais aussi les ouragans et les inondations. Plus de 96% de la population est exposée à des catastrophes de ce type. Et à ce risque permanent viennent s’ajouter les multiples crises que connaît le pays depuis des années. Selon les chiffres de la Banque mondiale, Haïti reste à l’heure actuelle le pays le plus pauvre de la région Amérique latine et Caraïbes et parmi les pays les plus pauvres du monde. En 2020, Haïti avait un PIB par habitant équivalent à 2925 dollars, le plus bas de la région Amérique Latine et Caraïbes et moins d’un cinquième de la moyenne des pays de la région. Selon l’indice de développement humain de l’ONU, Haïti était classé à la 170ème place sur 189 pays en 2020. Les modestes progrès enregistrés en matière de réduction de la pauvreté ont été atténués par une succession de crises, la pandémie de Covid-19, l’assassinat du président Jovenel Moïse et le tremblement de terre d’août 2021 étant les plus récents.

Mais le pire problème auquel Haïti est confronté aujourd’hui reste l’insécurité. Les gangs qui contrôlent des quartiers entiers de Port-au-Prince bloquent l’aide internationale, rançonnent la population en multipliant les rapts et menacent même l’approvisionnement en pétrole du pays.

Dans ces conditions, l’éducation est trop souvent sacrifiée. Or, il est nécessaire pour construire l’avenir d’Haïti que des progrès significatifs soient faits en ce domaine. Dans le pays, plus de 200.000 enfants ne sont pas scolarisés – une situation qui a encore empiré avec la pandémie de Covid-19 et, surtout, avec le niveau de violence entretenu par les gangs. Les écoles publiques sont une petite minorité (9 écoles sur 10 sont des établissements privés); et le niveau général est tellement faible que moins de 5% d’une classe d’âge obtient le bac. Dans ce contexte, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, grâce à son réseau de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation de 300.000 enfants. Elle est soutenue directement par le Défap à travers des financements directs et à travers ses envoyés ; elle fait aussi partie des partenaires privilégiés de la Plateforme Haïti, mise en place sous l’égide de la Fédération protestante de France et où le Défap se retrouve aux côtés de divers acteurs du protestantisme français impliqués dans ce pays, comme La Cause ou la Mission Biblique.

« Courrier de mission – le Défap » sur Fréquence Protestante
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Retrouvez le Défap sur Fréquence Protestante dans Courrier de mission – le Défap, émission présentée par Marion Rouillard, le 4ème mercredi de chaque mois, de 13h15 à 13h45 (et en replay quelques jours après).

Prochain rendez-vous : le mercredi 26 janvier pour une émission consacrée à Haïti et à notre partenaire : la Fédération des écoles protestantes de Haïti. Son directeur Christon St Fort raconte la situation délétère de son pays et l’importance du soutien du Défap, partenaire modeste mais solidaire des Haïtiens. Sylvain Cuzent rappelle le soutien du Défap depuis le séisme du 12 janvier 2010.