Courrier de mission : Kareen et le SFE

Kareen est une « envoyée portée » du Défap : issue de l’Église MLK de Créteil, elle a rejoint le SFE (le Service Fraternel d’Entraide) pour y travailler à la gestion de l’eau et de l’éducation en Asie du Sud-Est. Elle était invitée par Marion Rouillard lors de l’émission « Courrier de mission – le Défap » du 23 mars 2022.

L’un des lieux d’intervention du Service Fraternel d’Entraide © SFE

 
Les organismes opérant dans le domaine de la solidarité internationale et disposant d’un agrément pour l’envoi de VSI (Volontaires de Solidarité Internationale) sont peu nombreux, et les pouvoirs publics encouragent la pratique du « portage » – c’est-à-dire que d’autres organismes voulant bénéficier de ce statut auront tout intérêt à se rapprocher de ceux déjà agréés. C’est une garantie en ce qui concerne la formation et le suivi des volontaires. Dans le milieu protestant, le Défap, disposant de cet agrément, est ainsi en relation avec de nombreux autres organismes dont il forme et suit les envoyés au cours de leur mission. Ce qui permet d’entretenir un dialogue régulier et fécond avec des institutions très diverses.

Kareen fait partie de ces « envoyées portées ». Membre de l’Église Martin-Luther-King de Créteil, une mégachurch en constant développement, et qui, avec le soutien de la Fondation du Protestantisme, a pu concrétiser un projet audacieux de bâtiment accueillant à la fois des cultes et des manifestations laïques comme des congrès, elle évoque sans détour sa foi et la manière dont elle inspire ses décisions et son parcours de vie. Elle a auparavant suivi des études à l’Institut biblique de Genève. Elle est actuellement en mission en Asie du Sud-Est avec le SFE (le Service Fraternel d’Entraide), l’un des partenaires réguliers du Défap dans le cadre de ces relations de « portage ». Elle était l’invitée le 23 mars dernier de Marion Rouillard pour l’émission « Courrier de mission – le Défap » sur Fréquence Protestante.

Kareen et le SFE, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 23 mars 2022 sur Fréquence Protestante

 

Ayant fait des études en hydro-géologie, Kareen est arrivée sur son lieu de mission en novembre 2019. Elle a suivi le travail d’un logisticien du bureau local jusqu’en juin 2020. Suite à cela, elle poursuit son expérience en rejoignant un nouveau projet communautaire, pour apporter son appui dans les villages dans les domaines de l’eau-assainissement et de l’éducation. Les problèmes liés à l’eau supposent notamment de sensibiliser les populations des villages concernés au problème de la qualité de l’eau, de mettre en place des toilettes et des systèmes permettant de lier les ressources en eau souterraines, non polluées, aux maisons, pour que les villageois aient de l’eau propre pour leurs activités quotidiennes. Ensuite, pour obtenir de l’eau portable, il faut encore ajouter un filtre en céramique qui élimine la plus grande partie des impuretés résiduelles. L’important étant que ces projets soient véritablement portés par la population locale : le travail d’information préalable, et de sensibilisation aux enjeux de l’eau, est donc crucial, pour que les populations concernées en voient tout l’intérêt et participent à la mise en place des projets.

Le SFE a commencé en 2017 un projet d’éducation à la santé avec pour objectif de réduire la pauvreté. Une nouvelle phase du projet a démarré en 2021 dans 10 nouveaux villages pauvres, 5 centres de santé, un hôpital de district et l’hôpital provincial. Utilisant le personnel hospitalier précédemment formé comme formateurs, cette approche permet de renforcer les pratiques acquises et de développer un système de formation continue entre l’hôpital et les centres de santé. Ciblant plus particulièrement la santé mère-enfant et des adolescents, ce projet impacte plus largement tous les villageois en promouvant un développement proactif et durable et en abordant tous les problèmes de santé couramment rencontrés.




Courrier de mission : les défis de l’éducation en Haïti

Christon St Fort, président de la FEPH (la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti) et Sylvain Cuzent, qui a été envoyé du Défap deux ans dans ce pays, étaient tous deux les invités de Marion Rouillard lors de l’émission du 26 janvier de « Courrier de mission – Le Défap », diffusée sur Fréquence Protestante.

Une classe en Haïti © Sophie Reille pour Défap

Haïti fait partie de ces pays dont on n’entend le plus souvent parler qu’à l’occasion de catastrophes. Les tremblements de terre y sont fréquents : le dernier en date s’est produit peu avant la mi-janvier. L’île se situe en effet à la jonction entre la plaque tectonique Caraïbe et la plaque nord-américaine, d’où des mouvements fréquents. Avant cela, un autre séisme s’était produit en août 2021. Le plus violent au cours de ces dernières années s’était produit en 2010 : il s’était traduit par la destruction d’une bonne partie de la capitale, Port-au-Prince, faisant 280.000 morts, 300.000 blessés et 1,3 million de sans-abris. Les cyclones y sont aussi fréquents et destructeurs. Et la société haïtienne elle-même est fortement instable : instabilité politique (illustrée par l’assassinat du président Jovenel Moïse), instabilité sociale alimentée par la pauvreté et les inégalités, emprise des gangs qui contrôlent certaines parties du territoire et sont capables de tenir tête à des forces de l’ordre moins bien armées…

L’éducation, prioritaire pour permettre aux Haïtiens de prendre leur destin en main

Mais une bonne partie des maux d’Haïti proviennent de la société haïtienne elle-même. Si les tremblements de terre y sont aussi meurtriers, c’est parce que les constructions y sont fragiles et inadaptées au risque sismique. Si les tempêtes font autant de dégâts, c’est parce que l’île a subi une déforestation galopante depuis deux siècles, au point que 95% de sa couverture végétale a disparu, accroissant les risques d’inondations et de glissements de terrain. Si la société y est aussi inégale, c’est en grande partie par défaut d’éducation, qui bride toute possibilité d’ascension sociale.

Au-delà des besoins d’intervention dans les situations d’urgence, l’éducation est donc un secteur prioritaire pour permettre aux Haïtiens de prendre leur destin en main. C’est précisément un secteur dans lequel le Défap est engagé, à travers son partenariat avec la FEPH, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti. Christon St Fort, son directeur, était précisément l’invité en janvier de Marion Rouillard dans l’émission « Courrier de mission – le Défap« , diffusée sur Fréquence Protestante le 4ème mercredi de chaque mois, de 13h15 à 13h45.

Haïti et la FEPH, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 26 janvier 2022 sur Fréquence Protestante

 

En Haïti, l’éducation est un secteur où les besoins sont criants : selon les chiffres de la Banque Mondiale, plus de 200.000 enfants ne sont pas scolarisés. Les écoles publiques sont une petite minorité (9 écoles sur 10 sont des établissements privés); et le niveau général est tellement faible que moins de 5% d’une classe d’âge obtient le bac. Dans ce contexte, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, grâce à son réseau de plus de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation de 300.000 enfants. Elle est soutenue directement par le Défap à travers des financements directs et à travers ses envoyés ; elle fait aussi partie des partenaires privilégiés de la Plateforme Haïti, mise en place sous l’égide de la Fédération protestante de France et où le Défap se retrouve aux côtés de divers acteurs du protestantisme français impliqués dans ce pays, comme La Cause ou la Mission Biblique.

« Aider les enfants à acquérir une culture de la prévention »

Christon St Fort © Défap

Au cours de cette émission, Christon St Fort a souligné les défis auxquels les écoles haïtiennes doivent s’adapter – comme celui de l’insécurité : « nous vivons une situation exceptionnelle avec la présence de « poches » qui sont contrôlées par des gangs », a-t-il rappelé, avant d’évoquer les mesures prises pour contourner ce problème : suivi à distance, changement des horaires de cours… Mais il a aussi souligné l’importance de la formation des élèves aux « gestes qui sauvent » dans le cadre de la gestion des risques de désastres. « Le séisme du 12 janvier 2010, rappelle-t-il, nous a amenés à comprendre combien il est important d’aider les enfants à acquérir une culture de la prévention ; par l’éducation, on peut ainsi aboutir à un changement des comportements. Dans ce travail, nous sommes accompagnés par des partenaires : l’un d’eux, présent depuis l’origine, c’est le Défap. Dès 2010 et jusqu’à aujourd’hui, il a accompagné la FEPH dans son programme de gestion des risques de désastres. Et grâce à ce programme, des milliers d’enfants connaissent aujourd’hui les gestes qui sauvent lors d’une catastrophe. »

Sylvain Cuzent, qui a été envoyé en Haïti pendant deux ans à partir de 2013, prenant la suite du pasteur Philippe Verseils, était également invité lors de cette émission pour rappeler le soutien du Défap depuis le séisme du 12 janvier 2010. Il a souligné notamment « l’importance de la relation fraternelle, de confiance » qui s’est établie avec la FEPH. Si le Défap « n’est pas le premier partenaire financier de la FEPH, c’est une organisation qui peut proposer des moyens très spécifiques, notamment grâce à ses envoyés : le Défap a ainsi pu apporter à la FEPH un appui technique dans le domaine de la gestion de projets, de la recherche de financements, en matière de pédagogie… »




Haïti : quand la terre tremble

La secousse d’une magnitude comprise entre 5,2 et 5,4 qui a frappé Haïti le 24 janvier, à 8h16 heure locale, vient rappeler que le pays est soumis à un risque sismique permanent. Une menace qui vient s’ajouter à la série de crises que connaît Haïti.

Christon St Fort © FEPH

Christon St Fort est le directeur de la Fédération des écoles protestantes d’Haïti (FEPH), partenaire privilégié du Défap dans ce pays. Il est ce mois-ci l’invité de Marion Rouillard dans l’émission « Courrier de mission – le Défap« , diffusée sur Fréquence Protestante le 4ème mercredi de chaque mois, de 13h15 à 13h45. Il y évoquera la situation délétère de son pays et l’importance du soutien du Service protestant de mission, partenaire modeste mais solidaire des Haïtiens. Sylvain Cuzent, qui a été envoyé dans ce pays pendant deux ans à partir de 2013, prenant la suite du pasteur Philippe Verseils, rappellera pour sa part le soutien du Défap depuis le séisme du 12 janvier 2010.

Cette émission du 26 janvier (que vous pourrez écouter en direct, mais aussi retrouver en replay sur Fréquence Protestante) va être diffusée alors que le pays vient tout juste de connaître un nouveau séisme. La secousse, d’une magnitude comprise entre 5,2 et 5,4 selon les premières données, s’est produite ce lundi 24 janvier, à 8h16 heure locale, dans le département de l’Ouest, non loin de Port-au-Prince. Christon St Fort devait précisément se rendre sur place pour évaluer les dégâts. La FEPH dispose en effet de l’autorisation de la direction de la Protection civile pour intervenir directement dans les zones sinistrées. Ce nouveau séisme vient raviver les traumatismes des précédents tremblements de terre, et notamment celui de 2010, qui avait fait plus de 280.000 morts et provoqué des destructions immenses ; et il souligne l’importance du risque sismique dans ce pays qui se situe au bord de la plaque caraïbe. S’ils ne sont pas les plus puissants du monde, les tremblements de terre en Haïti font souvent beaucoup de victimes. En cause : les bâtiments qui, pour la plupart, ne sont pas conçus pour résister aux secousses.

Un pays aux multiples crises

Haïti reste à l’heure actuelle très vulnérable aux risques naturels : non seulement les séismes, mais aussi les ouragans et les inondations. Plus de 96% de la population est exposée à des catastrophes de ce type. Et à ce risque permanent viennent s’ajouter les multiples crises que connaît le pays depuis des années. Selon les chiffres de la Banque mondiale, Haïti reste à l’heure actuelle le pays le plus pauvre de la région Amérique latine et Caraïbes et parmi les pays les plus pauvres du monde. En 2020, Haïti avait un PIB par habitant équivalent à 2925 dollars, le plus bas de la région Amérique Latine et Caraïbes et moins d’un cinquième de la moyenne des pays de la région. Selon l’indice de développement humain de l’ONU, Haïti était classé à la 170ème place sur 189 pays en 2020. Les modestes progrès enregistrés en matière de réduction de la pauvreté ont été atténués par une succession de crises, la pandémie de Covid-19, l’assassinat du président Jovenel Moïse et le tremblement de terre d’août 2021 étant les plus récents.

Mais le pire problème auquel Haïti est confronté aujourd’hui reste l’insécurité. Les gangs qui contrôlent des quartiers entiers de Port-au-Prince bloquent l’aide internationale, rançonnent la population en multipliant les rapts et menacent même l’approvisionnement en pétrole du pays.

Dans ces conditions, l’éducation est trop souvent sacrifiée. Or, il est nécessaire pour construire l’avenir d’Haïti que des progrès significatifs soient faits en ce domaine. Dans le pays, plus de 200.000 enfants ne sont pas scolarisés – une situation qui a encore empiré avec la pandémie de Covid-19 et, surtout, avec le niveau de violence entretenu par les gangs. Les écoles publiques sont une petite minorité (9 écoles sur 10 sont des établissements privés); et le niveau général est tellement faible que moins de 5% d’une classe d’âge obtient le bac. Dans ce contexte, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, grâce à son réseau de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation de 300.000 enfants. Elle est soutenue directement par le Défap à travers des financements directs et à travers ses envoyés ; elle fait aussi partie des partenaires privilégiés de la Plateforme Haïti, mise en place sous l’égide de la Fédération protestante de France et où le Défap se retrouve aux côtés de divers acteurs du protestantisme français impliqués dans ce pays, comme La Cause ou la Mission Biblique.

« Courrier de mission – le Défap » sur Fréquence Protestante
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Retrouvez le Défap sur Fréquence Protestante dans Courrier de mission – le Défap, émission présentée par Marion Rouillard, le 4ème mercredi de chaque mois, de 13h15 à 13h45 (et en replay quelques jours après).

Prochain rendez-vous : le mercredi 26 janvier pour une émission consacrée à Haïti et à notre partenaire : la Fédération des écoles protestantes de Haïti. Son directeur Christon St Fort raconte la situation délétère de son pays et l’importance du soutien du Défap, partenaire modeste mais solidaire des Haïtiens. Sylvain Cuzent rappelle le soutien du Défap depuis le séisme du 12 janvier 2010.

 




Haïti : « Je me souviens »

Un nouveau séisme a frappé Haïti le 24 janvier, à 8h16 heure locale, dans le département de l’Ouest, non loin de Port-au-Prince. Si la secousse, d’une magnitude comprise entre 5,2 et 5,4 selon les premières données, laisse espérer que les dégâts restent limités, ce tremblement de terre n’en ravive pas moins le souvenir de celui, destructeur, de l’été dernier… et surtout celui du 12 janvier 2010, qui avait fait plus de 280.000 morts il y a tout juste 12 ans. À l’occasion de ce terrible anniversaire, retrouvez ce témoignage de Kettia Jérôme : lors de la catastrophe, elle était dans un orphelinat. « Il n’y avait plus d’espoir », raconte-t-elle. Cet espoir, si elle l’a retrouvé, c’est grâce à l’aide venue de France via La Cause et le Défap, qui lui ont permis de poursuivre et de mener à bien des études de médecine.

Suite au séisme de 2010, grâce au soutien du protestantisme français, des écoliers défavorisés ont pu bénéficier d’aides et poursuivre des études. Ici, Kettia Jérôme, photographiée en 2011 © Sophie Reille pour Défap

« Je me souviens. J’étais à l’église, en train de suivre une étude biblique, quand j’ai commencé à sentir la terre en train de se mouvoir. Au commencement, je pensais que c’étaient des bulldozers, des chars de guerre qui passaient sur la route devant l’orphelinat où je vivais, parce qu’on sentait trembler la terre à chacun de leurs passages. Des gens commençaient à courir, à sortir de l’église. Moi je suis restée assise parce que je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait. Quelques instant après, je n’ai plus rien ressenti. Tout le monde avait été jeté par terre. Alors j’ai voulu me relever… Hélas ! J’étais coincée sous le béton. Plus personne ne pouvait sortir.

Après quelques minutes, puisque tout semblait s’être calmé, des gens sont venus nous retirer de sous les décombres. C’est alors que j’ai entendu dire qu’il y avait eu un tremblement de terre. La plupart d’entre nous n’avions que des écorchures sur tout le corps. Mais un petit garçon de quatre ans a été retrouvé mort sous les ruines. Sa mère l’avait emmené à l’orphelinat un mois après sa naissance. Je m’attendais à entendre des cris, mais il y n’y a eu qu’un silence assourdissant.

Le pasteur Luc Tondreau et sa femme, fondateurs de l’orphelinat, nous ont dit que ce n’était pas prudent de rester debout. Alors nous nous sommes tous réfugiés dans la cour de l’orphelinat.

À chaque secousse tout le monde criait : « Jésus, Jésus… »

Kettia Jérôme, photographiée en 2013 © Sylvain Cuzent pour Défap

La plupart des gens du quartier sont venus nous rejoindre. C’est là que nous avons dormi cette nuit-là. Par la suite, nous avons passé des jours et des nuits à la belle étoile… Je crois que ça n’était jamais arrivé auparavant. On était couché par terre et lors des répliques, on pouvait sentir les secousses au plus profond de soi. La nuit était froide, on avait l’impression qu’il allait pleuvoir. Cette première nuit a été la plus longue que j’aie jamais connue. Tout le monde chantait, priait Dieu pour lui demander pardon parce qu’on pensait que le séisme était la conséquence de notre mauvaise conduite et à chaque secousse tout le monde criait : « Jésus, Jésus, Jésus… ».

Ce qui m’a le plus marquée pendant cette période, ce sont ces camions que je voyais passer tous les jours, remplis de cadavres que l’on allait les jeter dans une fosse commune à Titanyen [localité située au nord de Port-au-Prince, NDLR]. La ville était détruite, couverte de débris et de morts. Il me semblait qu’il y avait plus de morts que de survivants, toutes les activités à Port-au-Prince étaient interrompues.

A l’orphelinat, il n’y avait plus d’espoir, nous vivions dans une misère totale. Mais après quelque temps, nous avons eu la chance de rencontrer des étrangers français, envoyés du Défap et de La Cause en Haïti : parmi eux, le pasteur Philippe Verseils, le Dr Jean Déaux (Mon Parrain) et Madame Fabienne Mühlemann qui de leur côté ont fait le suivi de notre cas. Le Défap et La Cause ont envoyé des aides d’urgence telles que : nourriture, eau potable, soutien aux écoliers, aux orphelinats, aux étudiants… Beaucoup de gens, dont je fais partie, ont bénéficié de leur aide dans le pays. Grâce à ce soutien, j’ai eu la chance de rentrer à l’université : lorsque j’ai terminé mes études classiques en 2009, l’orphelinat n’avait pas de moyens financiers suffisants pour me permettre de poursuivre mon cursus. Mais avec l’aide que j’ai reçue, j’ai pu entrer en faculté de médecine. »

Kettia Jérôme

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 280.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




En communion avec Haïti

Enlèvements de pasteurs ou de missionnaires, emprise croissante des gangs qui bloquent le pays, ses commerces et ses hôpitaux en empêchant l’accès aux terminaux pétroliers : les nouvelles venues d’Haïti peuvent paraître désespérantes. Mais si la crise haïtienne est multiforme, les Haïtiens ont avant tout besoin qu’on ne les oublie pas.

Des enfants dans un camp pour personnes déplacées à Port-au-Prince, Haïti © ONU/Sophia Paris

« Haïti est un pays assiégé ». L’homme qui s’exprime en ces termes a pour nom Jerry Tardieu ; c’est un ancien élu de l’Assemblée nationale d’Haïti, devenu depuis lors le coordinateur national du mouvement « En Avant » – une formation qui réclame un sursaut national pour sauver le pays face à la déliquescence politique et à l’emprise toujours plus grande des groupes armés. Ce même Jerry Tardieu n’hésite pas à dénoncer « une collusion au plus haut niveau de l’État, avec des hommes politiques qui veulent que ces gangs puissent servir leur désir de voler les élections ». Un autre bon connaisseur de la politique haïtienne, Daniel Dorsainvil, ancien ministre de l’Économie et des Finances de 2006 à 2009, signe pour sa part une tribune dans Le Nouvelliste, l’un des plus respectés des journaux haïtiens, dans laquelle il appelle à des réformes urgentes en soulignant : « Le quotidien des Haïtiennes et des Haïtiens est fait de frayeur, d’anxiété, d’incertitude, et de mal-vivre. Cette situation ne cesse d’empirer, à un point tel qu’il n’est plus question de s’inquiéter qu’Haïti s’enfonce. Il sied plutôt de constater : Haïti s’est enfoncée. »

À Port-au-Prince, ce sont désormais les gangs qui font la loi, bloquant les terminaux pétroliers et plongeant le pays dans le noir, multipliant les enlèvements, érigeant des barrages sur les routes ; les pays voisins, pour leur part, de la République dominicaine jusqu’aux États-Unis, s’efforcent de se tenir à l’écart du brûlant creuset haïtien. Ceux qui fuient la violence sont refoulés. Les présidents du Panama, du Costa Rica et de la République dominicaine ont appelé les États-Unis à prendre des « mesures concrètes » pour freiner la migration des Haïtiens à travers l’Amérique latine en direction de la frontière américaine. Aux États-Unis même, la volonté de tenir la crise haïtienne à distance est patente, que ce soit à travers les images de migrants repoussés par des gardes à cheval ou à travers les citations d’officiels selon lesquelles les problèmes d’Haïti doivent trouver une solution en Haïti – allusion transparente à l’organisation d’élections dont nul ne pense, en Haïti même, qu’elles pourraient changer quoi que ce soit.

Il est pourtant possible d’agir

Les soubresauts du quotidien haïtien trouvent parfois des échos lorsque des étrangers en sont directement victimes : les autorités américaines ont ainsi dépêché une équipe du FBI pour aider à la libération d’un groupe de missionnaires de l’organisation « Christian Aid ministries » enlevés le 16 octobre. Ces 17 ressortissants étrangers, 16 Américains et un Canadien, sont toujours séquestrés après l’attaque de leur convoi à Croix-des-Bouquets par le gang des « 400 Mawozo ». Mais les attaques de lieux de culte et les enlèvements de pasteurs, les balles perdues blessant des élèves en plein cours dans leur salle de classe, les barrages et les scènes de guerre civile entre gangs rivaux, font en réalité partie du quotidien. Plus de 100 femmes et enfants ont été enlevés de janvier à août 2021, selon l’UNICEF. Bruno Lemarquis, Représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations unies et Coordinateur résident et humanitaire en Haïti, souligne pour sa part que « depuis juin, la violence des gangs dans la région de Port-au-Prince a déplacé au moins 19.000 personnes et a affecté 1,5 million de personnes. » Les équipes de l’ONU ont reçu pour consigne de limiter autant que possible leurs déplacements. La liste des lieux à éviter pour ne pas tomber aux mains d’un groupe armé s’allonge quotidiennement. Le Premier ministre Ariel Henry lui-même, tentant de commémorer le 17 octobre dernier la mort d’un des pères de la nation haïtienne, Jean-Jacques Dessalines, assassiné le 17 octobre 1806 à Pont-Rouge, en a été empêché par un gang armé qui a contraint le convoi présidentiel à quitter les lieux.

Si la crise haïtienne est multiforme, les Haïtiens ont avant tout besoin qu’on ne les oublie pas. Les regards des nations voisines qui se détournent, les réfugiés refoulés aux frontières, sont un blanc-seing donné aux gangs. Dans ces conditions plus que difficiles, il est pourtant possible d’agir. Les partenaires de la Plateforme Haïti, créée sous l’égide de la Fédération protestante de France et dont la coordination administrative est assurée par le Défap, s’y emploient. L’UEBH (Union Évangélique Baptiste d’Haïti), partenaire haïtien de la Mission Biblique, a pu fournir une aide financière d’urgence aux familles les plus touchées par le tremblement de terre du 14 août dernier ; elle a aussi appelé, du 30 octobre au 2 novembre, à trois journées de jeûne et de prière à travers l’ensemble de ses Églises pour la situation générale du pays. Présente sur place, ADRA-Haïti a été parmi les premières ONG à intervenir dans les zones touchées par le séisme, distribuant de l’aide en évitant les axes de circulation contrôlés par les gangs. La Fondation La Cause, qui travaille depuis une dizaine d’années avec 8 orphelinats haïtiens, a noué un partenariat avec ADRA-France pour envoyer une aide financière, de façon à permettre la distribution de produits de première nécessité (eau potable, kits alimentaires, kits d’hygiène et tentes) ainsi que le déploiement d’infirmières bénévoles et d’agents de santé communautaire, et la mise en place d’une clinique mobile. Et les divers membres de la Plateforme Haïti restent mobilisés.

N’oublions pas Haïti !

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Hope 360 : tous en piste pour Valence !

Le grand rendez-vous de Hope 360, la course solidaire créée par Asah, c’est ce week-end ! Au Défap comme parmi la quinzaine d’associations qui font partie de l’aventure, on s’active pour les derniers préparatifs – pendant qu’à Valence, tout se met en place pour accueillir exposants et coureurs… Au programme : cinq courses différentes (à pied, en vélo, en caisse à savon…) mais aussi un concert, des rencontres… Il est encore temps de vous inscrire ! Et sur place, l’équipe de Hope 360 a aussi besoin de bénévoles.

À Valence, tout se prépare ! © Hope 360

Hope 360 entre dans sa phase décisive. Le samedi 9 octobre 2021, à Valence, il vous sera enfin possible de rencontrer celles et ceux qui font vivre le projet depuis de longs mois, à travers une multitude d’initiatives : course connectée, concours photo… qui ont déjà permis à des participants un peu partout en France, mais aussi en Allemagne, en Suède et en Italie de se joindre à l’aventure à distance.

Hope 360 est un concept imaginé par Asah (Association au Service de l’Action Humanitaire), le collectif des acteurs chrétiens de la solidarité internationale – un réseau agissant dans l’urgence, le développement, le plaidoyer, l’environnement ou la solidarité au Nord et au Sud, dont fait partie le Défap. L’objet d’Asah est de favoriser l’échange, la réflexion et la collaboration entre les associations humanitaires et autres organismes, de mutualiser et renforcer l’efficacité et la qualité des actions de ses membres, et plus largement des acteurs de solidarité, afin de répondre aux besoins réels des populations les plus démunies. Pour la série de courses et de rencontres programmées le 9 octobre dans le cadre de cette deuxième édition de Hope 360, tout aura lieu en plein air au parc de l’Épervière, et le pass sanitaire ne sera pas exigé – mais les gestes barrières devront être strictement respectés. Petit aperçu du programme :

 

On recherche des bénévoles

Entretemps, la course connectée continue, avec toujours l’objectif d’engranger des kilomètres : collectivement, pour tenter de s’approcher le plus possible du chiffre symbolique des 40.000 (soit le tour de la Terre) ; et par projet, pour défendre au mieux celui qui vous tient le plus à cœur ! Celui du Défap – des microcrédits pour aider des familles de Bukavu à sortir de la précarité – cumule actuellement un peu plus d’un millier de kilomètres parcourus par les 32 coureurs engagés. Ce qui est une honorable moyenne parmi les divers projets présentés… Mais le soutien financier manque un peu. Car c’est bien le but de cette course solidaire organisée par Asah : récolter des fonds au profit des diverses associations impliquées. N’hésitez pas à parler du projet du Défap autour de vous, et donnez pour Bukavu !
 

Alors, inscrivez-vous, et joignez-vous à la course le 9 octobre ! Et si vous êtes aussi disponible pour participer à cette journée en tant que bénévole, voici les domaines dans lesquels l’équipe d’organisation a besoin d’aide :

  • L’accueil des coureurs et la gestion des inscriptions
  • L’aide à l’installation et à la désinstallation
  • La sécurité du site
  • La sécurité de la course
  • La buvette
  • Les animations

Un domaine vous parle et vous êtes disponible sur 3h, 6h ou plus ? Vous êtes les bienvenus ! La première édition en 2019 avait réuni 1600 personnes dans le Parc de l’Épervière. Pour cette édition, les organisateurs espèrent atteindre les 2000 participants, à la fois sur les quatre mois de course connectée et lors de l’événement de Valence. Pour s’inscrire, c’est ici :

Inscrivez-vous comme coureur
Inscrivez-vous comme bénévole




Le protestantisme haïtien en grève contre la violence

En dépit des dégâts liés au dernier séisme, et aggravés par la saison des cyclones, le pire problème auquel Haïti est confronté aujourd’hui reste l’insécurité. Les gangs qui contrôlent des quartiers entiers de Port-au-Prince bloquent l’aide internationale, rançonnent la population en multipliant les rapts et menacent même l’approvisionnement en pétrole du pays. Suite à la mort d’un diacre, abattu en plein culte dans le quartier du Palais National, censé être le plus protégé du pays, la Fédération protestante d’Haïti organise une journée de grève le vendredi 1er octobre. Le dimanche 3 octobre, les protestants haïtiens sont invités à s’habiller en noir et blanc en signe de deuil.

Culte à la Première Église Baptiste de Port-au-Prince © DR

Il s’appelait Sylner Lafaille ; il avait 60 ans, il était diacre ; il est mort le dimanche 26 septembre 2021, vers les sept heures du matin, sur le seuil de la Première Église Baptiste de Port-au-Prince où devait commencer la célébration du premier office. Sa femme et lui venaient d’être assaillis par un groupe lourdement armé. L’objectif des agresseurs : enlever Marie Marthe Laurent Lafaille, 59 ans, l’épouse du diacre, pour réclamer une rançon. C’est parce qu’il tentait de les empêcher d’entraîner sa femme que Sylner Lafaille a été abattu. Les coups de feu ont provoqué une panique chez les fidèles présents, dont plusieurs ont été blessés dans le mouvement de foule qui a suivi.

Cette nouvelle attaque en plein lieu de culte a suscité une émotion profonde au sein du protestantisme haïtien, et plus largement au sein de toute la population. Non que les rapts contre rançon soient rares : ils sont au contraire devenus une vraie source de financement pour les gangs armés qui contrôlent des quartiers entiers de la capitale. Ainsi, au cours du seul week-end où est mort le diacre Sylner Lafaille, plus d’une douzaine de personnes ont été enlevées dans Port-au-Prince et sa banlieue. Trois jours plus tôt, c’est une journaliste de la Télévision Nationale d’Haïti qui avait disparu dans des circonstances similaires. Mais la mort de Sylner Lafaille à la porte de la Première Église Baptiste de Port-au-Prince (un patrimoine national), située à la rue de la Réunion (c’est-à-dire tout près du Palais National, censé être le lieu le plus protégé du pays), montre aux yeux de beaucoup d’Haïtiens que la sécurité n’est plus garantie où que ce soit, ni pour qui que ce soit. Ce qu’a souligné dans un communiqué l’Office de la Protection du Citoyen (OPC), une institution indépendante chargée de veiller au respect des Droits Humains : « Après le drame survenu à l’église Baptiste de la Réunion, considéré comme lieu saint et espace inviolable, aucun endroit n’est protégé. Les églises, les écoles, les universités, les stations de radio et de télé, les bureaux publics et privés, les magasins sont exposés à la furie des bandits armés opérant en toute impunité ». Il s’agissait en outre de la seconde attaque d’un lieu de culte, après l’enlèvement, filmé en direct, le 1er avril dernier, de six personnes à l’Église Adventiste Galaad de Diquini, dans la commune de Carrefour.

Les protestants haïtiens invités à s’habiller en noir et blanc en signe de deuil

La Première Église Baptiste de Port-au-Prince © DR

Pour dénoncer le meurtre du diacre Lafaille et cette insécurité que rien ne semble devoir diminuer, et qui n’a en rien décru depuis la mort du président Jovenel Moïse, la Fédération protestante d’Haïti a annoncé l’organisation d’une journée de grève ce vendredi 1er octobre. Lors de ce mouvement prévu dans les 10 départements du pays, les activités seront paralysées dans toutes les institutions protestantes, notamment les écoles et universités – seuls les hôpitaux et centres de santé poursuivant leurs activités, a indiqué le pasteur Calixte Fleuridor, président de la fédération. Ce dernier en a profité pour demander aux ravisseurs de libérer l’épouse du défunt afin qu’elle puisse préparer les funérailles de son mari : ce sont des gens humbles qui n’ont pas les moyens de payer la rançon exigée par les ravisseurs, a-t-il fait savoir. Et le dimanche 3 octobre, les protestants haïtiens sont appelés à s’habiller en noir et blanc en signe de deuil, les autres confessions religieuses et tous les secteurs de la vie économique et sociale étant invités à se joindre au mouvement.

Avant cet appel à la grève, la Conférence des pasteurs haïtiens avait déjà demandé au gouvernement et aux autorités de mettre fin à ces actes qui sèment la terreur au sein de la population haïtienne. Et au-delà du milieu des Églises, plusieurs syndicats des transports et de la sous-traitance ont également appelé à la grève générale le lundi 4 octobre pour dénoncer les kidnappings et la violence des groupes armés. Les gangs qui gangrènent la capitale font en effet peser une menace sur les terminaux pétroliers, dont celui de Varreux, qui représente à lui seul 70% des capacités de stockage du pays. Une situation qui provoque une pénurie à Port-au-Prince, avec comme conséquence une flambée des prix du carburant (dont le prix réel a presque quadruplé dans certaines stations-services, en dépit des tarifs officiellement affichés), et qui a poussé il y a quelques semaines l’Association des professionnels du pétrole à lancer un véritable SOS aux autorités. Ces mêmes gangs continuent par ailleurs à gêner considérablement l’arrivée de l’aide dans les secteurs sinistrés suite au tremblement de terre du 14 août.

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Haïti : appel à la solidarité protestante

Le Sud d’Haïti s’installe dans la crise post-séisme : de nombreuses familles sinistrées restent divisées entre des camps de fortune, privées d’un hébergement stable en pleine saison cyclonique, et l’acheminement de l’aide reste difficile. Les partenaires présents sur place de la Plateforme Haïti nous donnent des nouvelles. La plateforme Solidarité Protestante, qui a déjà fourni une aide exceptionnelle, lance un nouvel appel à la solidarité.

Distribution d’aide par ADRA Haïti dans la zone frappée par le séisme © ADRA Haïti

Plus d’un mois après le tremblement de terre de magnitude 7,2 qui a ravagé le sud d’Haïti, des sinistrés encore privés de toit réclament de l’aide des autorités pour rebâtir leurs maisons. Alors que la phase de reconstruction doit s’amorcer, le manque d’eau et de nourriture place toujours le pays dans une situation d’urgence. La direction générale de la Protection civile en appelle aux membres du Système national de gestion des risques de désastre et aux partenaires nationaux et internationaux, en évoquant « les besoins vitaux et urgents » qui restent non pourvus. Et elle souligne : « Il devient de plus en plus prioritaire, surtout dans le contexte de la saison cyclonique, de distribuer des produits non alimentaires susceptibles de permettre aux familles sans-abris de s’installer, même temporairement, dans des conditions d’hygiène respectables et à l’abri des intempéries. » Comme le souligne son directeur général, le Dr Jerry Chandler, « notre pays est train de gérer bien plus qu’un tremblement de terre. Il est en même temps confronté à une crise politique aiguë, une précarité sociale persistante, une situation d’insécurité complexe, une pandémie sournoise et une saison cyclonique au-dessus de la moyenne. Nous sommes donc tenus d’utiliser aux mieux les ressources dont nous disposons pour répondre aux vrais besoins prioritaires de la population, éviter les duplications, le gaspillage et les abus, et veiller à ce que les plus nécessiteux ne sombrent dans une détresse extrême ».

Voir en plein écran

Le tremblement de terre du 14 août a causé la mort de plus de 2200 personne dans le Sud-Ouest du pays et fait plus de 12.000 blessés. Mais il a fait aussi des dégâts matériels immenses qui désorganisent l’aide aux victimes. Selon les chiffres de la Mission Biblique, partenaire du Défap dans le cadre de la Plateforme Haïti, 350 églises et 200 écoles ont été détruites. Outre les milliers de maisons détruites ou endommagées et rendues dangereuses… Dans les zones les plus touchées, les sinistrés restent hébergés de manière précaire dans des camps de fortune, et des familles restent encore divisées, leurs divers membres cherchant des nouvelles les uns des autres.

« La situation est alarmante »

Les partenaires sur place en lien avec les membres de la Plateforme Haïti s’efforcent d’apporter leur aide, en dépit de la désorganisation et des risques causés par une criminalité toujours omniprésente. ADRA-Haïti annonce ainsi que 300 familles réparties entre trois camps situées sur la commune de La Sucrière Henry de St-Louis du Sud, ont commencé à recevoir des tentes, eau, kits hygiéniques et alimentaires. La Mission Biblique, en lien avec l’UEBH (Union Évangélique Baptiste d’Haïti), a fait savoir que pour contourner les difficultés d’acheminement de l’aide, des fonds avaient pu être avancés directement à des familles de sinistrés via la Mission Évangélique Baptiste du Sud d’Haïti.

Distribution de fonds aux victimes à l’Église MEBSH à Maniche © Mission Biblique

Cette aide sur place est rendue possible par les fonds qui ont d’ores et déjà été débloqués dans l’urgence, ainsi que par les dons qui continuent à arriver : ainsi, la Fondation du Protestantisme a apporté un soutien exceptionnel. Solidarité Protestante continue à faire appel à la générosité du protestantisme français et a diffusé récemment un nouveau communiqué :

« Le nom même d’Haïti résonne à nos oreilles comme le nom d’un malheur. Et pire que cela, un malheur déjà oublié, une cause oubliée. Le protestantisme français n’oublie pas, malgré le temps qui passe et les drames qui se succèdent, nous voulons demeurer solidaires de nos frères et sœurs haïtiens.

La situation est alarmante, il s’agit d’un état d’urgence.

Nos partenaires, nous font part de leurs attentes et de leurs besoins notamment de deux ordres :

Acheminement et distribution des produits de première nécessité : eau, assainissement, nourriture, kits sanitaire, bâches, couvertures.
Mise à l’abri des plus vulnérables : sécurisation des lieux d’habitation, de scolarisation.
Les dons collectés par la Fondation du protestantisme seront confiés à nos partenaires déjà à l’œuvre sur place, tels que le DEFAP service protestant de mission, la Fédération protestante d’Haïti, ADRA Haïti, l’Union évangélique baptiste d’Haïti.

Cette aide peut prendre des formes multiples : recherche de logement, fourniture de couvertures et de combustibles, d’aliments, de produits d’hygiène, de soins et de médicaments, sécurisation des lieux et mise à l’abri des personnes.

La Fédération protestante de France appelle de son côté à soutenir également les Haïtiens et les acteurs de la solidarité dans la prière et dans l’intercession tant personnelles qu’ecclésiales ou communautaires. »

Pour donner, plusieurs solutions :

Envoyer un chèque libellé « séisme Haïti 2021 » à l’ordre du Défap : Service protestant de Mission – Défap 102 Bd Arago – 75014 Paris
Par virement au Défap : DEFAP – Mission protestante – « séisme Haïti 2021 » – FR56 2004 1000 0100 0528 9E02 025 – PSSTFRPPPAR – Banque Postale
Donner en ligne à Solidarité Protestante

© ADRA Haïti

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Journées portes ouvertes : se former à l’interculturel, mais pourquoi ?

À l’occasion de ses journées Portes Ouvertes, du 10 au 19 septembre, le Défap vous invite à assister à deux conférences. Après la conférence théologique du 13 septembre, la deuxième a lieu ce 15 septembre, à 18h30 ; elle sera consacrée à des thématiques sociologiques, et réunira les deux sociologues Evelyne Engel et Pamela Millet. Elles nous amèneront à réfléchir à la question suivante : Se former à l’interculturel, un enjeu pour notre société et nos Églises ? Une conférence à laquelle vous pourrez aussi assister en direct sur Zoom (lien ci-dessous).

Pamela Laureine Millet Mouity (à gauche) ; Evelyne Engel (à droite) – Montage

Evelyne Engel et Pamela Millet apporteront leurs regards complémentaires sur la question du défi de l’interculturalité de nos jours. Elles présenteront leurs sujets de recherche en lien avec cette question, et nous aideront à réfléchir autour des besoins et des enjeux de la formation à l’interculturalité pour notre société française et pour nos Églises.

Où et quand ?

Le 15 septembre 2021 à 18h30, au 102 boulevard Arago, 75014 Paris.
Si vous n’avez pas pu vous inscrire, cliquez ici pour assister en direct à la conférence sur Zoom

Les intervenants

Evelyne Engel :
Evelyne Engel est une sociologue qui s’intéresse depuis toujours à la question de l’interculturalité. Ancienne responsable d’un centre d’hébergement pour réfugiés politiques, elle est aujourd’hui consultante sur les questions d’aménagement et d’interculturalité. Depuis 2014, elle forme les envoyés du Défap avant leur départ en mission.
Pamela Millet :
Pamela Millet est une socio-anthropologue qui travaille sur l’immigration subsaharienne, haïtienne, antillaise, afro-brésilienne et afro-colombienne à travers différents objets et angles analytiques. Elle a particulièrement travaillé sur le lien entre fait religieux et interculturalité. Elle est chargée d’enseignement à l’Université d’Evry Val-d’Essonne et à l’Institut Protestant de Théologie de Paris.




Journées portes ouvertes : 11 bonnes raisons de venir

Du 10 au 19 septembre, le Défap organise ses Journées portes ouvertes dans le cadre des célébrations de son Cinquantenaire. Journée de rencontres et de retrouvailles, conférences, témoignages à découvrir ou redécouvrir, expo et animations pour les jeunes et les moins jeunes : retrouvez ici toutes les bonnes raisons de venir nous rendre visite au 102 boulevard Arago, à Paris. On vous attend !

Venez faire la fête avec nous !
 

✅Raison 1/11 : Jouer à notre jeu de société escape game

Ce jeu a été spécialement créé pour l’occasion par une équipe de 5 anciens envoyés du Défap ! Grâce à lui vous pourrez explorer le Défap en vous amusant.

Vous incarnez un envoyé qui vient de finir sa formation au Défap. Cet envoyé est un peu tête en l’air puisqu’il se rend compte, peu de temps avant de prendre son avion, qu’il a échangé son passeport avec celui de Finiavana, une envoyée malgache accueillie en France. Il doit donc retourner au Défap, rendre le passeport, récupérer le sien et tout ça en un temps record pour attraper son avion !

Bref rendez-vous tous les jours du 11 au 18 septembre, de 10h à 17h au 102 boulevard Arago pour le tester.

✅ Raison 2/11 : Jouer dans la mini-maison du Défap

Cette petite cabane pour les enfants leur permettra de découvrir le Défap tout en s’amusant. Au programme dans la cabane : mémory, dessin, lecture et autres réjouissances.

Rendez-vous tous les jours du 11 au 18 septembre, de 10h à 17h au 102 boulevard Arago pour la découvrir.

✅ Raison 3/11 : Découvrir l’exposition sur l’histoire du Défap

L’équipe de la bibliothèque a créé cette exposition pour retracer ces cinquante ans de Défap. Chaque panneau explore une décennie.

Rendez-vous tous les jours du 11 au 18 septembre, de 10h à 17h au 102 boulevard Arago pour l’explorer.

✅ Raison 4/11 : Vous mettre à l’écoute de témoignages

Nous avons récolté 50 témoignages pour ces cinquante ans. Venez prendre le temps de les écouter ou de les lire tranquillement. Ce sera aussi l’occasion de nous partager votre expérience, à vous, avec le Défap.

Rendez-vous tous les jours du 11 au 18 septembre, de 10h à 17h au 102 boulevard Arago pour les découvrir.

✅ Raison 5/11 : Découvrir le stand de la philatélie

Notre équipe bénévole de la philatélie, depuis des années, collecte et vend des timbres pour financer les bourses d’étude de jeunes filles en République Démocratique du Congo.
Un stand sera présent toute la semaine pour acheter des timbres ou simplement regarder.

Rendez-vous tous les jours du 11 au 18 septembre, de 10h à 17h au 102 boulevard Arago pour le tester.

✅ Raison 6/11 : L’inauguration de la semaine et de l’exposition

Nous aurons l’honneur d’accueillir et de donner la parole à Emmanuel Kasarhérou, président du Quai Branly, ainsi qu’à des partenaires historiques et Églises membres du Défap.
L’équipe qui a conçu l’exposition présentera cette dernière, puis nous partagerons un cocktail pour fêter cet anniversaire.

Rendez-vous vendredi 10 septembre à 17h au 102 boulevard Arago.

✅ Raison 7/11 : Conférence théologique

Gilles Vidal et Pierre Diarra vous attendent le 13 septembre prochain pour la première des deux conférences proposées par le Défap à l’occasion de ses journées Portes Ouvertes, sur le thème : «Regards croisés sur l’Afrique et le Pacifique. Une théologie qui se vit et une théologie qui se pense (contextualisation et inculturation)».

Rendez-vous vendredi 13 septembre à 18h30 au 102 boulevard Arago.

✅ Raison 8/11 :Journée KT

Bienvenue aux jeunes accompagnés, seuls ou en groupe !

Les enfants pourrons écouter une histoire biblique par kamishibaï à partir de laquelle nous discuterons puis ils pourront vivre différentes activités : mini-maison, tissage végétal, écoute d’histoire en lien avec les rencontres interculturelles.

Les adolescents, quant à eux, pourront jouer au jeu de société escape game, écouter des témoignages, découvrir l’exposition, faire le tissage végétal, discuter avec nous.

Nous proposons deux créneaux dans la journée pour les enfants et adolescents : l’un de 10 à 12h et l’autre de 14h à 16h.

Si vous souhaitez venir en groupe, merci de vous inscrire sur notre site internet : https://www.defap.fr/journees-portes-ouvertes/

Rendez-vous mercredi 15 septembre au 102 boulevard Arago.

✅ Raison 9/11 : Conférence sociologique

Se former à l’interculturel, un enjeu pour notre société et nos Églises ?

Evelyne Engel et Pamela Millet nous aideront à réfléchir autour des besoins et les enjeux de formation à l’interculturalité pour notre société française et pour nos Églises.

Inscription conseillée : https://www.defap.fr/…/journees-portes-ouvertes…/

Rendez-vous mercredi 15 septembre à 18h30 au 102 boulevard Arago.

✅ Raison 10/11 : Journée festive !

Bienvenue à toutes et tous, proches du Défap ou non, pour cette journée festive !

Au programme :
– Retrouvailles et rencontres
– Repas de midi
– Présentation des publications d’anciens envoyés : Manior pour sa BD « Les deux pieds en Afrique » (vente en avant-première et dédicace de la BD sur place) et Cécile Millot pour son projet de roman / récit de voyage.
– Chorales
– Jam session, si vous avez des instruments n’hésitez pas à les apporter
– Banquet du monde le soir, découvrez des plats de différents pays
– Les animations en continu : exposition, escape game, coin témoignages, mini-maison, stand philatélie

Pensez à vous inscrire, notamment pour les repas, les places sont limitées : https://www.defap.fr/…/journees-portes-ouvertes-11-18…/

Rendez-vous samedi 18 septembre au 102 boulevard Arago.

✅ Raison 11/11 : Culte

Soyez toutes et tous les bienvenus au Temple de l’Étoile pour célébrer ensemble un culte. C’est dans ce Temple qu’a eu lieu, il y a 50 ans, le culte d’inauguration du Défap ! Pour celles et ceux qui ne pourraient se déplacer, vous pourrez y assister sur youtube. Nous mettrons le lien ici et sur notre site internet.

Rendez-vous dimanche 19 septembre à 10h30 au Temple de l’Étoile.




Journées portes ouvertes : une rencontre exceptionnelle ce soir au Défap

À l’occasion de ses journées Portes Ouvertes, du 10 au 19 septembre, le Défap vous invite à assister à deux conférences. La première a lieu ce lundi 13 septembre, à 18h30 ; elle sera consacrée à des thématiques théologiques, et réunira Gilles Vidal, doyen de l’IPT-Montpellier (Institut protestant de théologie, faculté de Montpellier) et Pierre Diarra, anthropologue des religions africaines et théologien, responsable en France de l’Union pontificale missionnaire et enseignant à l’Institut Catholique de Paris. Le thème de cette conférence : Regards croisés sur l’Afrique et le Pacifique. Pour celles et ceux qui ne pourraient venir, retrouvez ici le lien pour y assister à distance en direct.

Gilles Vidal (droite) et Pierre Diarra (gauche) – Montage photo

Gilles Vidal et Pierre Diarra sont tous deux à la croisée des mondes ; des passeurs de frontières, qu’elles soient géographiques, culturelles ou théologiques. L’un, né à Strasbourg, est parti à la découverte du Pacifique, où il a été envoyé du Défap et a notamment enseigné au Centre de Formation Pastorale et Théologique de Béthanie, à Lifou, en Nouvelle-Calédonie. L’autre, né chez les Bwa du Mali, a fait une grande partie de ses études à Paris, dont un doctorat à la Sorbonne. Tous deux théologiens, tous deux faisant dialoguer foi et culture, Gilles Vidal le protestant et Pierre Diarra le catholique vous attendent le 13 septembre prochain pour la première des deux conférences proposées par le Défap à l’occasion de ses journées Portes Ouvertes, sur le thème : «Regards croisés sur l’Afrique et le Pacifique. Une théologie qui se vit et une théologie qui se pense (contextualisation et inculturation)».

Où et quand ?

Le 13 septembre 2021 à 18h30, au 102 boulevard Arago, 75014 Paris.
N’oubliez pas de vous inscrire pour assister à cette rencontre !
Si vous ne pouvez vous déplacer jusqu’au 102 boulevard Arago, vous pouvez aussi assister à la rencontre à distance, en direct, en vous connectant via Zoom.

Le programme

Cette conférence sera articulée comme suit :

  • contextualisation/inculturation : définition de ces notions et éventuelles différences entre une compréhension catholique et une compréhension protestante
  • émancipation/influence : historiquement le phénomène missionnaire porté par le monde occidental a formaté la foi chrétienne outre-mer, qu’en est-il aujourd’hui ?
  • préoccupations en matière de salut/ préoccupations «spéculatives» ou méthodologiques : le caractère existentiel ou non de la théologie
  • avènement du Règne/Royaume et questions d’engagement socioculturel et politique

Les intervenants

Gilles Vidal :

  • Doyen de l’IPT-Montpellier (Institut protestant de théologie, faculté de Montpellier), il y est également maître de conférence en histoire du christianisme à l’époque contemporaine.
  • Co-directeur du Centre Maurice-Lenhardt (IPT).

Pierre Diarra :

  • Docteur en théologie (Institut Catholique de Paris) et en histoire des religions et anthropologie religieuse (Sorbonne), Pierre Diarra enseigne à l’ICP.
  • Responsable en France de l’Union pontificale missionnaire, l’une des quatre Œuvres pontificales missionnaires (OPM) chargée de la formation missionnaire.
  • Consulteur du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux (Rome), membre de l’Association des théologiens africains (ATA), de l’AFOM (Association francophone œcuménique de missiologie) et d’APPLA&Co (Centre de recherche Approches pragmatiques en philosophie du langage et de la communication, à la Sorbonne Nouvelle).



Richard Macaire Lengo, un boursier du Défap distingué à Brazzaville

Venu en France avec le soutien du Défap pour un séjour de recherche durant l’année universitaire 2019-2020, Richard Macaire Lengo a soutenu sa thèse de doctorat de sociologie, consacrée aux mutations de l’Église Évangélique du Congo, le mercredi 11 août 2021, à l’auditorium de la Grande Bibliothèque universitaire de Brazzaville. Un travail qui lui a valu la mention «Très honorable», décernée par le jury présidé par le Professeur Joseph Tonda de l’Université Omar Bongo de Libreville (Gabon).

Richard Macaire Lengo lors de sa soutenance de thèse © DR

Être «dans le monde» sans être «du monde» : c’est le défi qui se pose à tout chrétien et, au-delà, à toute Église. C’est cette parole de Jésus que l’on trouve dans sa prière sacerdotale : «Je ne prie pas de les ôter du monde mais de les préserver du mal». Or en tant qu’institution humaine, aucune Église ne peut prétendre rester à l’écart des maux et des comportements du monde.

Cette incidence des soubresauts du monde sur la vie de l’Église, Richard Macaire Lengo l’étudie depuis des années. Titulaire depuis 2014 d’un DEA de sociologie, il s’était déjà distingué au cours de l’année 2013 en co-rédigeant un article publié dans la Revue congolaise de gestion et portant sur : «La motivation des jeunes pour la formation théologique : cas des étudiants externes de la faculté de théologie protestante de Brazzaville». Pour son travail de thèse, il a voulu approfondir ses recherches sur l’Église Évangélique du Congo ; non seulement en étudiant ce qu’elle est aujourd’hui, mais en observant ses évolutions dans le temps, depuis ses origines en 1961 à la suite des missions scandinaves – et même en remontant au-delà, jusqu’au réveil spirituel de 1947 qui avait pris naissance à Ngouedi. C’est dans ce cadre que le Défap lui a permis de faire un séjour de trois mois en France, de décembre 2019 à février 2020, afin de compléter sa documentation et sa bibliographie. Le résultat – une thèse de 438 pages intitulé «L’Église Évangélique du Congo : l’ethos protestant à l’épreuve des pratiques du «monde» et des mutations sociales» – lui a valu d’obtenir le titre de Docteur de l’Université Marien Ngouabi avec la mention «Très Honorable avec les félicitations du Jury», lors de sa soutenance le mercredi 11 août 2021.

«Les chrétiens vivent les mêmes réalités que les autres acteurs sociaux»

Se référant notamment aux travaux de Georges Balandier, Richard Macaire Lengo analyse dans sa thèse les forces tant externes qu’internes qui ont contribué à la mutation des conceptions et des comportements au sein de l’Église Évangélique du Congo. Une démarche qu’il a décrite au moment de sa soutenance : «Nous sommes partis du constat sur la prolifération des comportements déviants et des pratiques dites du « monde » au sein de cette organisation ecclésiale, avec comme corollaire la mutation de l’ethos protestant [un terme à ne pas rapprocher abusivement de «l’éthique», «l’ethos» recouvrant plus largement la manière d’être et l’ensemble des habitudes d’un individu au sein d’un groupe (du grec ancien signifiant «coutume»)]. Cette situation tranche avec l’ère du « kedika » aussi appelée l’époque des « Ba tata » où il y avait manifestement la matérialisation de l’ethos protestant, la mise en avant du rigorisme protestant. Eu égard à ces considérations et pour mener à bien notre recherche, nous nous sommes posé la question de savoir pourquoi l’ethos protestant, caractéristique intrinsèque des chrétiens de l’Église Évangélique du Congo, s’est-elle aujourd’hui délitée ?»

De ce questionnement, l’hypothèse de cette réflexion est formulée ainsi qu’il suit : la mutation de l’ethos protestant est imputable aussi bien aux mutations sociales affectant l’ensemble de la société congolaise, qu’aux pesanteurs économiques conduisant à la conversion de l’ethos de vocation en un éthos de professionnalisation ou de fonctionnariat au sein de l’Église Évangélique du Congo. Une hypothèse que Richard Macaire Lengo s’est efforcé de vérifier notamment à travers une enquête portant sur un échantillon de 261 personnes.

Richard Macaire Lengo lors de sa soutenance de thèse © DR

Au bout du compte, entre le rigorisme des origines et les comportements actuels observables au sein de l’EEC, les origines de la mutation sont multiples : «les chrétiens, souligne ainsi Richard Macaire Lengo, vivent les mêmes réalités que les autres acteurs sociaux et subissent les effets pervers des mutations sociales contemporaines par le jeu des interactions qu’ils entretiennent, aussi bien avec l’environnement social qu’avec les autres individus en proie parfois à des logiques contraires aux principes religieux.» Vivant, par force, les mêmes réalités que leurs voisins d’autres Églises ou d’autres religions, les membres de l’EEC sont aussi témoins des profondes transformations de la vie sociale et de ses normes : «La multiplicité des instances de socialisation et le polycentrisme culturel qui caractérisent l’environnement social actuel, mettent à rude épreuve les instances classiques qui, jadis, avaient le monopole de la socialisation et qui étaient essentiellement fondées sur des principes traditionnels promouvant les valeurs morales et éthiques.»

Des mutations qui pourraient provoquer un éloignement de l’Église… à ceci près que «le chômage qui perdure depuis des décennies au Congo, a progressivement fini par faire du ministère pastoral un «emploi par défaut» dans l’imaginaire collectif des chrétiens, particulièrement chez certains jeunes désireux de s’insérer socio-professionnellement et d’avoir une certaine ascension sociale. Cette situation a du reste été amplifiée par l’encastrement, avec notamment l’influence des liens sociaux dans le choix des futurs « hommes de Dieu ».»

Crise économique, politique, délitement des instances de socialisation et de régulation : ces maux touchant le pays depuis son indépendance ont nécessairement eu un impact sur l’Église. «Ces différentes logiques du monde profane, a souligné Richard Macaire Lengo, ont donc graduellement pris place dans le milieu religieux au détriment de ses principes.»

Retrouvez ci-dessous en vidéo un extrait de la soutenance la thèse de Richard Macaire Lengo :