Soutenir un projet de protection de l’environnement au Bénin : l’appel du Président du Défap

La collecte de fonds pour l’installation d’un biodigesteur dans le village d’Agbonan au Bénin se poursuit. Ce projet entre dans la démarche du Défap en vue de la réduction de son empreinte carbone, ce qui passe entre autres par le soutien à des projets environnementaux. Aujourd’hui, le président du Défap, Joël Dautheville, appelle les Églises locales, les particuliers, les paroisses, etc ; à soutenir ce projet qui permettra aux ménages et aux établissements scolaires de bénéficier d’une énergie durable pour la cuisson et l’éclairage, d’un compost naturel pour un meilleur rendement agricole. En faisant un don, vous vous associez aux projets portés par le Défap et vous contribuez à réduire votre propre empreinte carbone.

 

L’appel du Président du Défap au soutien du projet d’Agbonan

Donnez pour ce projet !

« La crise climatique a des conséquences dramatiques sur toute la planète. Les pays de l’hémisphère Sud, notamment d’Afrique, vont être les plus touchés alors que leur contribution à la pollution est faible contrairement aux pays de l’hémisphère Nord qui sont responsables de 92 % des émissions excessives de carbone dans le monde.

Tout comme ses partenaires, les associations et Églises du Sud, le Défap est conscient de sa responsabilité écologique. Il s’est engagé à réduire son empreinte carbone en diminuant sa production de gaz à effet de serre et en compensant ce qu’il ne peut réduire par le soutien à des projets environnementaux issus des partenaires.

Les Églises du Sud et du Nord s’encouragent mutuellement à lutter pour que la terre continue d’être habitable pour tous.

Le Défap a lancé un appel à dons et vous invite à soutenir le projet d’installation d’un biodigesteur à Agbonan au Bénin pour valoriser les déchets agricoles et ménagers, en produisant du biogaz pour la cuisson et l’éclairage et des fertilisants pour l’agriculture.

D’avance merci pour votre contribution.

Je m’adresse à vous, particuliers, paroisses et Églises locales, associations, etc :

  • en donnant 50 € : vous participez à la sensibilisation de 4 ménages à la gestion et au tri des déchets.
  • en donnant 100 € : vous participez à la formation de 10 personnes à l’utilisation d’un biodigesteur.
  • en donnant 150 € : vous participez à l’achat de 5 brouettes pour le transport des déchets.
  • si vous donnez 800 € : vous participez à l’équipement de 75 ménages pour le tri des déchets.
  • Enfin, si vous donnez 1200 € : vous participez à l’achat et la construction d’un biodigesteur.« 

Joël Dautheville, Président du Défap

Je donne pour ce projet !




Centrafrique : un colloque à Bangui pour construire la paix

Après un premier rendez-vous en 2023 sur le thème des « voies de la paix face à la difficile construction de la cohésion sociale en Centrafrique », l’association A9, créée à Bangui par un ancien boursier du Défap, Rodolphe Gozegba, a organisé au printemps un deuxième colloque avec le soutien du Défap. Le thème en était « Humiliation et réconciliation : quel avenir pour les sociétés post-conflit ? ». La présidence était assurée par Jean-Arnold de Clermont, ancien président du Défap. Retour sur ces deux jours de colloque, par Rodolphe Gozegba.

Rodolphe Gozegba lors du 2ème colloque de l’association A9 à Bangui © DR

L’an dernier, déjà, l’association créée par Rodolphe Gozegba, docteur en théologie de l’Institut protestant de théologie de Paris, organisait avec la participation du Défap un colloque sur la paix. Anne-Lise Deiss et Laure Daudruy y participaient. Cette année, les 29 et 30 mai, ce sont Philippe Kabongo-Mbaya et Jean-Arnold de Clermont qui l’ont représenté. Le thème était « Humiliation et réconciliation : quel avenir pour les sociétés post-conflit ? ». Plus de 250 personnes remplissaient pendant ces deux jours la très belle salle de la Sécurité Sociale et y apportaient une assiduité remarquable et une active participation aux débats. À peine terminée une contribution, les mains se levaient de toute part, et la présidence assurée par Jean-Arnold de Clermont, avec calme et humour, devait tenter de donner la parole au plus grand nombre.

Pourquoi un tel intérêt ?

Le thème, tout d’abord. Parler de paix, et bien sûr particulièrement dans le contexte centrafricain, c’est évoquer celles et ceux qui ont souffert profondément des crises passées. J’avais proposé une contribution intitulée « Différents aspects de l’humiliation recueillis dans la parole des Centrafricains par l’Observatoire Pharos dans les années 2013-2015 ». Trois images pour dire cette humiliation : Les enseignants de l’Université de Bangui nous disant être « bâillonnés » par les responsables politiques, alors qu’ils étaient les seuls à avoir depuis des années constitué un groupe de travail sur les origines de la crise centrafricaine ; cette mère et sa fille, violées par des habitants de leur quartier pendant les troubles de 2013 et voyant tous les jours leurs violeurs les menaçant de les tuer si elles parlaient et la justice incapable de se saisir de leur drame ; les intellectuels disant leur humiliation d’entendre l’Ambassadeur de France dire quel était le « bon » premier ministre pur la RCA… Le colloque devait prendre le temps d’entendre les humiliations vécues par la population, humiliations par rabaissement, par déni d’égalité, par relégation ou par stigmatisation (pour reprendre les catégories de Bertrand Badie, dont nous avions espéré qu’il pourrait se libérer afin d’apporter les conclusions du colloque).

Bien d’autres contributeurs ont participé à cette première partie : Professeurs d’Université en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, Psychologue clinicienne en RCA, ou encore Ingénieure en informatique passionnée de théologie rendant compte de l’ouvrage d’Olivier Abel.

Entendre l’humiliation avant d’envisager de la réparer ou de la déconstruire

 

Présentation en images du colloque de l’association A9

C’est Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’IFRI qui ouvrait cette seconde partie avec un exposé sur la : « Justice transitionnelle : un concept en errance ». Il était suivi par un avocat centrafricain, conseil de la Cour Pénale Internationale et de la Cour pénale spéciale à Bangui ; puis des universitaires de Bangui, de Dshang ou de Maroua au Cameroun. D’autres aspects plus spécifiques étaient abordés ; la question de la vérité (Franck Levasseur), ou le thème biblique de la réconciliation (Philippe Kabongo Mbaya).

Chaque contribution appelait de longs débats ; mais la dernière, par le Professeur Abdon Nadin Liango, président du comité scientifique, sous le titre « Dignité humaine en péril » retraçant les crises subies par la RCA devait susciter un moment extrêmement fort : trente ou quarante mains se sont levées pour apporter précisions, corrections, commentaires… Le colloque se terminait par la confirmation d’un immense besoin de partage auquel répond l’Association A9.

Car la RCA aujourd’hui n’offre pas beaucoup d’autres possibilités. Les oppositions politiques au régime en place ne sont guère actives, ou sont ailleurs. Les problématiques du moment touchent plus aux questions de survie alors que 80% de la population n’a qu’un repas par jour, me dit-on. Les ressources naturelles du pays sont détournées, les routes difficilement praticables, le fonctionnement économique réduit, sauf pour l’immobilier des riches : Bangui voit fleurir les bâtiments à étages, les hôtels climatisés. Et fort peu en profitent. Heureusement il y a 3000 agents des différentes institutions des Nations Unies.

A9 s’est singularisée en proposant en 2021 de nourrir Bangui en 90 jours, opération qui a donné naissance à 1400 jardins potagers privés devant les cases de volontaires et l’opération devrait bientôt doubler.

Mais A9 a aussi lancé avec l’Université (le Recteur ouvrait le colloque) un master en pluralisme religieux et médiation. Quelques jours après le colloque, ce sont 60 nouveaux titulaires qui étaient reçus (50 l’an dernier).

C’est l’honneur du CCFD-Terre solidaire, de la Friedrich Schiller Universitat d’Iena, et modestement du Défap de soutenir de telles initiatives porteuses d’espérance.

Rodolphe Gozegba




Haïti : l’espérance face au chaos

Après des semaines marquées par une violence croissante de la part des gangs, un conseil présidentiel de transition espère rétablir le calme en Haïti. Il doit nommer un nouveau Premier ministre par intérim et ouvrir la voie à des élections, ce qui serait une première depuis 2016. La crise humanitaire a explosé, avec plus de 15 000 personnes contraintes de quitter leur domicile à Port-au-Prince depuis fin février, rejoignant les plus de 300 000 personnes déplacées dans tout le pays ces dernières années.
Dans une rue de Port-au-Prince © Philippe Verseils pour Défap

C’est une scène devenue courante dans les rues de Port-au-Prince. Une scène de guerre : des centaines d’habitants en train de courir pour échapper aux combats. Ce lundi 18 mars, plus d’une quinzaine de personnes ont été abattues et Le Nouvelliste, quotidien haïtien référence, évoquait des attaques de gangs contre les quartiers de Laboule et Thomassin. Mardi, ce sont ceux de Diègue, Doco, Métivier, Pégu-Ville, qui ont été attaqués à leur tour. Beaucoup d’habitants se sont retrouvés assiégés chez eux, piégés par les échanges de tirs ; d’autres ont pu prendre la fuite et se réfugier sur des places publiques à Pétion-Ville.
 

Fuite devant les combats – Port-au-Prince, quartier de Carrefour-Feuilles, août 2023 © FEPH pour Défap

Les gangs contrôlent désormais la quasi-totalité du territoire de la capitale haïtienne. Ils n’hésitent pas à s’en prendre à des institutions, des hôpitaux, des commissariats où les policiers restent terrés devant des forces supérieures en nombre et mieux armées. La crise humanitaire a explosé, avec plus de 15 000 personnes contraintes de quitter leur domicile à Port-au-Prince depuis fin février, rejoignant les plus de 300 000 personnes déplacées dans tout le pays ces dernières années. Les difficultés pour accéder aux biens de première nécessité, et notamment pour se nourrir, atteignent des niveaux critiques, et elles pourraient s’aggraver, selon le Programme alimentaire mondial (PAM), qui estime que plus d’un million de personnes sont menacées par la famine. Dans les régions les plus pauvres, la nourriture et l’eau sont rares depuis des jours, tandis que les hôpitaux et les cliniques ont été contraints de fermer, alors même que le nombre de cas nécessitant des soins médicaux urgents augmente.

Vue d’un camp de déplacés à la frontière dominicaine © Philippe Verseils pour Défap

Il s’agit de la pire situation d’urgence humanitaire qu’ait connue Haïti depuis de nombreuses années. Pourtant, l’aide n’arrive qu’au compte-goutte. Entrer dans un pays en pleine guerre civile, dont le principal aéroport international et les points de passage terrestres restent fermés, présente d’énormes défis. À la frontière avec la République dominicaine se pressent d’énormes files de commerçants qui peuvent passer la journée dans le pays voisin pour acheter des produits de première nécessité. De nombreux déplacés s’y sont aussi regroupés dans des camps de fortune, sans pouvoir passer la frontière.

Vue d’un camp de déplacés à la frontière dominicaine © Philippe Verseils pour Défap

La violence des groupes armés, qui gangrène Haïti depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, a atteint un niveau inédit le 29 février, lorsque le chef de gang Jimmy Chérizier a appelé d’autres gangs à unir leurs forces dans une coalition Viv Ansanm (Vivre ensemble) pour renverser le Premier ministre par intérim Ariel Henry. Alors que ce dernier était à l’étranger pour tenter de renforcer le leadership du Kenya dans la mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) autorisée par l’ONU, les gangs ont lancé des attaques coordonnées contre des bâtiments gouvernementaux et des infrastructures clés, attaquant l’aéroport et prenant le contrôle du port. Ils ont également libéré environ 4 000 détenus de deux prisons. Ariel Henry, qui reste bloqué à Porto Rico et ne peut pas rentrer en raison de la situation sécuritaire, s’est engagé à démissionner dès qu’un conseil présidentiel serait formé.

Vue de Port-au-Prince © Philippe Verseils pour Défap

Ce conseil présidentiel de transition espère désormais rétablir le calme. Il est censé nommer un nouveau Premier ministre par intérim et ouvrir la voie à des élections, qui n’ont pas eu lieu depuis 2016. Face à l’opposition de la justice kenyane et de certains Haïtiens, le déploiement de la mission d’assistance à la sécurité autorisée par l’ONU reste incertain. Mais alors que les gangs menacent de s’emparer de la présidence, nombreux sont ceux qui estiment qu’il n’y a pas d’alternative.

Comment aider ?

Depuis longtemps, ce sont les Églises qui tentent de pallier les carences de l’État en matière d’action sociale, d’éducation, de protection de l’environnement : autant d’actions cruciales pour Haïti où la profonde crise que traverse le pays frappe d’autant plus durement les plus fragiles. Et c’est en soutenant les institutions liées à ces Églises qu’il est possible d’aider malgré tout. Elles-mêmes ne sont pas à l’abri des pénuries et de la violence, mais elles se consacrent avec dévouement à semer des graines d’espérance. Le soutien de partenaires étrangers est pour elles nécessaire. Ainsi, la Mission Biblique développe sur place des projets sociaux, d’enseignement et de santé en partenariat avec l’UEBH (l’Union Évangélique Baptiste d’Haïti). Avec le soutien du Défap, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (la FEPH), à travers son réseau de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation de 300.000 enfants – un enjeu majeur pour la formation des futurs citoyens, alors que du fait de la mauvaise qualité de l’enseignement public, l’analphabétisme concerne près de 4 Haïtiens sur 10.

La scolarisation des enfants se poursuit, dans des conditions précaires © FEPH pour Défap

Ce qui relie ces acteurs, c’est la Plateforme Haïti, mise en place par la Fédération protestante de France en lien avec celle d’Haïti, et coordonnée par le Défap. Elle permet un partage d’informations, des actions en commun, des récoltes de fonds pour les projets en cours sur place… La Mission biblique en est membre, mais aussi la Fondation La Cause pour les orphelinats, ou encore le SEL.

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




RDC : assister les victimes des guerres

Si les projets du Défap se déploient avant tout sur un temps long, des situations d’urgence peuvent nécessiter une manifestation de solidarité immédiate. C’est pour de tels cas qu’existe Solidarité protestante, une plateforme regroupant des acteurs chrétiens de l’humanitaire, dont le Défap est membre et qu’il a contribué à mettre en place. En République Démocratique du Congo, géant du christianisme francophone, le Défap entretient ainsi avec l’Église du Christ au Congo des relations tournant essentiellement autour de l’échange théologique. Mais lorsque la branche locale de l’ECC Nord-Kivu a dû venir en aide aux déplacés fuyant les violences de mouvements rebelles comme le M23, le Défap a pu apporter son soutien, avec Solidarité protestante, pour des distributions de vivres.

 
S’il est une chose à toujours garder en tête lorsqu’on évoque la République Démocratique du Congo, c’est d’abord sa taille : la RDC est un géant. Avec 2,3 millions de kilomètres carrés, une superficie équivalente à celle de l’Europe occidentale, c’est le plus vaste pays d’Afrique subsaharienne. Une population qui croît à grande allure : 71 millions d’habitants en 2012, plus de 81 millions en 2016, quasiment 93 millions en 2020, probablement plus de 105 millions en 2023… Le taux de croissance démographique, évalué à 3,3% au cours de l’année 2023, est supérieur à la moyenne du continent (+2,5% sur un an). On estime que d’ici 2050, la RDC comptera 215 millions d’habitants et rejoindra les 10 pays les plus peuplés du monde.

Ce pays immense est très majoritairement chrétien. Les chiffres varient selon les sources, en raison notamment de la difficulté à évaluer le nombre de fidèles qui se rattachent à l’une des très nombreuses Églises pentecôtistes et de Réveil : entre 80% et 93%. Le dernier rapport du cabinet d’étude « Target » sur l’appartenance religieuse des Congolais, datant de 2022, soulignait ainsi la place toujours essentielle de l’Église catholique, regroupant 39% des fidèles. Venaient ensuite les mouvements religieux suivants, classés indépendamment de la confession : les protestants (23%), les adeptes des Églises évangéliques dites de Réveil (15%), les pentecôtistes (7%), les brahmanistes (5%), les témoins de Jéhovah (3%), les musulmans (2%), les kimbanguistes (2%)… Outre leur poids au sein de la société, qui a pu les amener à jouer un rôle politique de premier plan (l’Église catholique a beaucoup pesé en faveur de l’émergence de la démocratie), les Églises sont des acteurs sociaux majeurs. Elles gèrent des écoles, des hôpitaux, ont une importante action sociale et pallient les défaillances de l’État dans de nombreux domaines.

La RDC, un géant du christianisme francophone : vue d’un culte dans une Église de l’ECC © ECC

Un rôle social majeur pour les Églises

Tout comme l’Église catholique, les Églises protestantes assument ainsi nombre d’activités cruciales pour la société congolaise – avec d’autant plus de visibilité que beaucoup d’entre elles sont regroupées au sein d’une même structure, cumulant les caractéristiques d’une Église et d’une fédération : l’ECC – l’Église du Christ au Congo. L’ECC rassemble 95 communautés ecclésiales différentes (on préférera parler de « communautés » plutôt que « d’Églises » au sein de l’ECC), dont 70 sont présentes dans la seule ville de Kinshasa. Et d’une communauté à l’autre, les théologies dialoguent, les liturgies se rapprochent. Les facultés de théologie jouent pour cela un grand rôle : entre les communautés baptiste, anglicane ou mennonite, on retrouvera des pasteurs qui ont fréquenté les mêmes universités et suivi les mêmes cours.

Le Défap travaille justement avec cinq universités protestantes en RDC, qui disposent chacune d’une faculté de théologie : L’Université Protestante au Congo – UPC (à Kinshasa); l’Université Libre des Pays des Grands Lacs – ULPGL (à Goma et à Bukavu) ; l’Université Évangélique en Afrique – UEA (à Bukavu); l’Université Presbytérienne du Congo – UPRECO (à Kananga). Au sein de ces facultés se rencontrent des élèves issus de communautés ecclésiales différentes, entretenant ainsi le dialogue œcuménique. Parmi leurs responsables figurent souvent des théologiens dont les travaux de recherche ont été soutenus par le Défap. Les relations avec le protestantisme français se concrétisent aussi à travers des échanges de professeurs.

Organisation d’une distribution de produits alimentaires et d’hygiène en faveur de déplacés par l’ECC Nord-Kivu © ECC

Des crises récurrentes, et de gros besoins humanitaires

Mais ce géant qu’est la RDC affronte aussi depuis longtemps de multiples crises. Une longue succession de conflits, d’instabilité, de troubles politiques et de régimes autoritaires a conduit à une crise humanitaire aussi sévère que persistante, à laquelle s’ajoutent des déplacements forcés de populations. Des poches d’insécurité persistent dans le pays, particulièrement dans sa région orientale. Ces derniers mois, la situation sécuritaire s’est même gravement détériorée dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, où des milliers de personnes ont dû fuir les affrontements entre l’armée congolaise et des groupes armés.

Les Églises ont un rôle important pour apporter un soutien aux victimes. L’ECC, très structurée au niveau national, a ainsi les moyens humains d’agir. Mais au vu de l’ampleur des mouvements de population, les Églises ont besoin d’aide. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 6,9 millions de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du pays du fait des violences. Si les actions du Défap se placent surtout dans le champ de l’échange théologique, il n’est pas possible d’ignorer de tels besoins. Si les projets portés par le Défap se déploient avant tout sur un temps long, l’urgence de certaines situations appelle aussi à une manifestation de solidarité immédiate. C’est précisément pour y faire face qu’a été créée la plateforme Solidarité protestante, que le Défap a contribué à mettre en place et dont il fait partie. Le comité de cette plateforme est piloté par la Fondation du Protestantisme et la Fédération protestante de France qui s’entourent d’ONG et d’institutions chrétiennes expertes dans l’aide humanitaire d’urgence et de crise.

Organisation d’une distribution de produits alimentaires et d’hygiène en faveur de déplacés par l’ECC Nord-Kivu © ECC

Un soutien conjoint du Défap et de Solidarité protestante

Solidarité protestante et le Défap ont ainsi été amenés à intervenir à la suite d’un important déplacement de population dû à des violences provoquées par le M23. À la fin de 2021, la résurgence de ce mouvement rebelle a provoqué dans le Nord-Kivu le déplacement de centaines de milliers de personnes et aggravé une crise humanitaire quasi permanente dans l’Est de la RDC depuis près de trente ans. L’ECC s’est notamment mobilisée à l’occasion d’une opération organisée dans le territoire de Nyiragongo au cours de l’été 2023, pour venir en aide à des pasteurs et à leurs proches rassemblés dans le camp des déplacés de Kanyaruchinya. Le Défap et Solidarité protestante ont pu tous deux apporter un soutien financier pour la distribution de colis alimentaires et de produits d’hygiène.

La situation sur place est cependant loin de s’être apaisée. Après une accalmie, les combats se sont de nouveau intensifiés depuis début octobre entre les rebelles du M23 et des groupes armés pro-gouvernementaux. Ils se sont même rapprochés à une vingtaine de kilomètres au nord de Goma, ville de plus d’un million d’habitants tout près de la frontière rwandaise. À la fin d’octobre, environ 5,6 millions des déplacés de RDC se trouvaient dans les provinces orientales du Nord-Kivu, Sud-Kivu, d’Ituri et du Tanganyika, selon l’OIM. Le seul Nord-Kivu comptait à lui seul près de 1 million de déplacés. Actuellement, selon l’Organisation internationale pour les migrations, « avec le conflit en cours et l’escalade de la violence, la RDC est confrontée à l’une des plus grandes crises de déplacement interne et humanitaire du monde ».

Organisation d’une distribution de produits alimentaires et d’hygiène en faveur de déplacés par l’ECC Nord-Kivu © ECC




Haïti : un anniversaire dans la douleur pour la FEPH

Dans un pays sinistré et où les gangs entretiennent un niveau de violences comparable à celui d’un pays en guerre, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti s’efforce de préserver, par l’éducation, la possibilité de construire un autre avenir. Grâce à son réseau de plus de 3000 écoles protestantes, elle revendique la scolarisation de 300.000 enfants. La FEPH fête en ce mois de mai ses 37 ans, dans un contexte douloureux : son directeur exécutif, Christon St Fort, a demandé des prières d’intercession aux organisations chrétiennes qui soutiennent les écoles haïtiennes.

Affiche des 37 ans de la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti © FEPH

En Haïti, le quotidien a tous les aspects d’une guerre civile. Les pénuries sont permanentes, les services de l’État défaillants, tout est difficile et dangereux : se déplacer, se fournir en denrées de base, poursuivre une activité professionnelle, s’occuper de ses enfants et de ses proches… Surtout, la violence est omniprésente. C’est particulièrement le cas de la capitale, Port-au-Prince, mais cette situation d’insécurité extrême a tendance à s’étendre, y compris dans des zones jusqu’alors plus épargnées comme le département de l’Artibonite. À Port-au-Prince même, plus aucun quartier n’est sûr, pas même les arrondissements de Kenscoff ou Pétion-Ville, longtemps considérés comme moins touchés. Les gangs qui tiennent les rues et se livrent à une véritable guérilla pour le contrôle de tel quartier ou de tel grand axe rançonnent, pillent, violent, massacrent, brûlent : pour le seul mois d’avril, et pour la seule capitale, plus de 600 personnes ont été tuées, selon les chiffres de l’Onu qui évoque des niveaux de violence « comparables à ceux des pays en situation de guerre ». Face à l’impuissance de la police, des habitants s’organisent en milices, massacrant sans autre forme de procès les membres de gangs qui peuvent tomber entre leurs mains. Ces « brigades de vigilance » sont, selon le dernier rapport de l’Onu, responsables du lynchage d’au moins 75 personnes, dont 66 membres de gangs, au cours du premier trimestre 2023. Devant une situation aussi ingérable, le haut-commissaire de l’Onu aux droits de l’homme, Volker Türk, a lancé un nouvel « appel à la communauté internationale pour qu’elle déploie une force de soutien spécialisée (…) avec un plan d’action complet pour aider les institutions haïtiennes ».

Mais ce soutien international se fait attendre et nombre d’Haïtiens eux-mêmes redoutent les effets à moyen terme d’une telle ingérence étrangère, qui pourrait aggraver la dépendance du pays sans régler pour autant les problèmes politiques, la corruption, la dégradation des services de l’État, sans compter tout ce qui doit être reconstruit dans tous les domaines les plus nécessaires à la vie d’un pays, depuis le secteur agricole jusqu’aux infrastructures de transport ou aux écoles…

Plaidoyer pour le droit à une éducation de qualité

Les écoles : voilà précisément l’un des lieux où peut se préparer un autre avenir pour Haïti. Sans éducation, pas de sortie possible de la pauvreté, pas de moyen de former une génération de citoyens qui seront outillés pour lutter contre la corruption et pour aider à construire une société moins violente et plus juste. Préparer l’avenir, en dépit des duretés du quotidien : c’est la difficile tâche des établissements membres de la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (FEPH). À travers tout le pays, selon les chiffres de la Banque Mondiale, plus de 200.000 enfants ne sont pas scolarisés. Les écoles publiques sont une petite minorité (9 écoles sur 10 sont des établissements privés); et le niveau général est tellement faible que moins de 5% d’une classe d’âge obtient le bac. Dans ce contexte, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, grâce à son réseau de plus de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation de 300.000 enfants. Elle est soutenue directement par le Défap et fait aussi partie des partenaires privilégiés de la Plateforme Haïti, mise en place sous l’égide de la Fédération protestante de France et où le Défap se retrouve aux côtés de divers acteurs du protestantisme français impliqués dans ce pays, comme La Cause ou la Mission Biblique.

La FEPH fête en ce mois de mai ses 37 ans, dans ce contexte douloureux marqué par les violences : son directeur exécutif, Christon St Fort, a demandé des prières d’intercession aux organisations chrétiennes qui soutiennent les écoles haïtiennes. « Cette violence est traduite par des viols, des vols, des affrontements entre gangs rivaux, des enlèvements contre rançon, empêchant les enfants d’aller correctement à l’école. Aujourd’hui, nous sommes inquiets de cette situation où les enfants ne peuvent pas jouir convenablement de leur droit à une éducation de qualité (…) Nous voudrions vous demander de prier pour l’arrêt des violences en Haïti, de manière à ce que les enfants puissent aller à l’école. »
 

 

La FEPH fait partie des acteurs de l’enseignement mobilisés autour du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) pour tenter de préserver des conditions décentes permettant les apprentissages des élèves. Plusieurs réunions ont déjà eu lieu en présence du ministre, le professeur Nesmy Manigat. « Au cours des discussions sur la situation sécuritaire dans les écoles, les responsables d’organisations socio-professionnelles comme le Consortium du secteur privé de l’éducation (COSPE), la Commission épiscopale pour l’éducation catholique (CEEC), la Fédération des écoles protestantes d’Haïti (FEFH), l’Association professionnelle des directeurs d’écoles privées, des directeurs d’écoles privées et publiques fortement affectées par les derniers événements, des inspecteurs et des représentants d’une association de psychologues ont tour à tour fait le point sur l’état délétère et très grave du contexte actuel », a indiqué le ministère. « Ces responsables ont alerté sur la gravité de la situation sécuritaire avec les cas de kidnapping de parents et d’enfants devant les écoles, les tirs incessants, les balles perdues sur les écoles, les élèves, enseignants ou d’autres membres du personnel blessés. Les directeurs d’écoles ont noté particulièrement la difficulté pour l’exercice des apprentissages dans les écoles dans ce contexte de violence aggravée. Mais plus encore, les ressources humaines, surtout les enseignants travaillant dans les écoles qui ne sont plus disponibles car, fuyant leurs zones vers d’autres régions plus clémentes, quand ce n’est pas le pays tout court (…) Les acteurs demandent au Gouvernement de tout faire pour garantir le droit à la vie et le droit à l’éducation tout en souhaitant une réunion élargie avec certains responsables de haut niveau de l’État. »

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




«Les voies de la paix» : un colloque à Bangui avec le soutien du Défap

L’association A9, créée à Bangui par un ancien boursier du Défap, Rodolphe Gozegba, et qui s’est fait connaître notamment à travers un programme d’agriculture urbaine destinée à améliorer l’autonomie alimentaire de la capitale centrafricaine, prépare un colloque sur « Les voies de la paix face à la difficile construction de la cohésion sociale en Centrafrique ». Cette rencontre, organisée en partenariat avec l’Université de Bangui et avec le soutien du Défap, réunira des personnalités comme le chef de l’État Faustin-Archange Touadéra, deux des trois « saints de Bangui » – le cardinal Dieudonné Nzapalaïnga et le pasteur Nicolas Guerekoyame Gbangou – ainsi que Jean-Arnold de Clermont, ancien président du Défap.

Rodolphe Gozegba détaillant les projets de l’association A9 lors d’une visite en France © DR

Tout au long de ses études de théologie, depuis la Fateb (Faculté de théologie évangélique de Bangui) jusqu’à l’IPT-Paris (Institut protestant de théologie), Rodolphe Gozegba De Bombémbé a gardé en arrière-plan de ses travaux et de ses réflexions le drame que vivait son pays, la République centrafricaine. Les maux y sont multiples et s’enchevêtrent. Le pays voit se succéder les épisodes de guerre plus ou moins ouverte depuis son indépendance ; le dernier conflit en date, la troisième guerre civile centrafricaine, s’est développé au cours de l’année 2013. Il a vu s’opposer les milices de la Seleka, à majorité musulmanes et fidèles au président Djotodia, à des groupes d’auto-défense chrétiens et animistes, les anti-balaka, fidèles à l’ancien président François Bozizé. Une guerre qui s’est traduite par des exactions sans nombre contre les civils et qui a laissé le pays déchiré et détruit. Depuis lors, la situation politique est d’une extrême instabilité, entre un gouvernement qui peine à faire reconnaître son autorité hors des limites de la capitale et des groupes armés qui revendiquent une légitimité politique. L’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation (APPR-RCA), signé en février 2019 avec 14 groupes armés, continue de servir de feuille de route pour la recherche de la paix et de la stabilité à long terme, même après le retrait des groupes armés liés à la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) en décembre 2020. La MINUSCA, force de maintien de la paix de l’ONU composée de plus de 15 000 hommes, reste présente dans le pays depuis 2014. Conséquence de cette instabilité récurrente, la RCA se classe au bas des indices du capital humain et du développement humain, à la 188ème place sur 189.

Le drame de la Centrafrique avait déjà influé sur le choix du sujet d’étude de Rodolphe Gozegba lorsqu’il était en France : la théologie de Jürgen Moltmann, une théologie de l’espérance et des recommencements. « Moltmann, à travers tout ce qu’il a vécu, soulignait-il, réussit à nous parler d’un Dieu non pas lointain, mais bien présent ; un Dieu qui compatit à la douleur et qui intervient, qui agit. » Après sa thèse de doctorat soutenue en décembre 2020, Rodolphe Gozegba est revenu à Bangui pour aider. Avec quelques amis, il a fondé l’association A9.

« Les tensions ont cassé toute cohésion sociale »

L’une des premières actions de l’association A9 à Bangui : participants du projet « Nourris ta ville en 90 jours » réunis lors d’une distribution de matériel © A9

A9 : une association qui s’est fixé comme but d’intervenir, non pas dans un seul domaine, mais de manière globale, face à tous les maux de la société centrafricaine. Et avec, dès l’origine, une sensibilité particulière à l’environnement, un aspect le plus souvent négligé dans un pays où la paix reste encore à construire. Parmi les facteurs qui ont le plus contribué à le pousser à créer cette structure, Rodolphe Gozegba cite « l’insécurité alimentaire, les effets du réchauffement climatique, les conséquences de la crise inter-communautaire de 2013 ». Sa toute première action aurait dû être la lutte contre les déchets plastiques, qui, explique Rodolphe Gozegba, « constituent une véritable menace pour la nature et pour la santé publique ». Mais au moment de lancer le projet, « il y a eu une attaque de la capitale par les rebelles, qui ont coupé les routes d’approvisionnement ; Bangui s’est retrouvée asphyxiée ; il fallait alors un plan d’urgence alimentaire. C’est ainsi que nous avons proposé le projet : Nourris ta ville en 90 jours ». Il s’agissait d’aider les habitants de la capitale à améliorer leur autonomie alimentaire, en cultivant de nombreuses parcelles inexploitées à Bangui. Un projet qui a reçu le soutien du Défap et de l’UEPAL, et qui a déjà donné sur place des résultats très encourageants.

C’est dans cette optique de recherche de solutions globales face aux divers maux de la société centrafricaine qu’A9 organise aujourd’hui son premier colloque, avec le soutien du Défap et en partenariat avec l’Université de Bangui. Il portera sur « Les voies de la paix face à la difficile construction de la cohésion sociale en Centrafrique dans un contexte de tensions internationales« , et se tiendra les 17 et 18 mars 2023 au siège de la CEMAC (la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale).

 

Entretien avec Rodolphe Gozegba sur l’association A9, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 23 novembre 2022 sur Fréquence Protestante

 

« Ce colloque, indique A9 dans la présentation du programme, s’inscrit dans un double contexte : d’une part, celui de la guerre russo-ukrainienne et ses incidences socio-politiques et économiques sur les pays en voie du développement ; et d’autre part, celui des tensions socio-politiques palpables en République centrafricaine. Les conséquences touchent surtout les populations civiles. La communauté internationale semble bien souvent impuissante. Construire la paix et la cohésion sociale est devenu difficile, cela demande beaucoup de bonne volonté et d’efforts de part et d’autre. Dans le contexte de la RCA, les tensions ont cassé toute cohésion sociale. La méfiance s’est installée au sein de la population alors que le peuple doit construire son avenir dans la paix et dans la cohésion sociale. »

Ce colloque, poursuit A9, « permettra de partager des expériences, de soulever des questions capitales relatives à la résolution des conflits dans un monde en transformation rapide. Ainsi, la consolidation de la paix et de la cohésion sociale devient impérative pour garantir un État de droit, les droits humains fondamentaux, les droits internationaux, etc. » Parmi les intervenants, notons la présence :

  • de Faustin-Archange Touadéra, président de la République centrafricaine ;
  • de Jean-Arnold de Clermont, ancien président du Défap, actuel président d’honneur de l’Observatoire Pharos ;
  • du cardinal Dieudonné Nzapalaïnga et du pasteur Nicolas Guerekoyame Gbangou (deux des trois « saints de Bangui », trois dignitaires religieux – un imam, un pasteur, et un archevêque – qui avaient choisi de prêcher ensemble la paix et la réconciliation au plus fort des affrontements qui, en 2013, laissaient craindre que la guerre civile ne dégénère en conflit religieux) ;
  • d’Abdoulaye Ouasselegue, président de la Communauté islamique centrafricaine ;
  • de Nupanga Weanzana, doyen de la Fateb.

Vous pouvez retrouver ci-dessous le programme complet de ce colloque :




Hope 360 : aidez-nous à décrocher la Lune !

L’équipe du Défap s’est mise en route, le 27 février, pour une randonnée en groupe à travers Paris destinée à engranger des kilomètres en faveur du projet présenté lors de l’édition 2023 de Hope 360. Destination : l’ambassade de Djibouti, lieu symbolique puisque c’est précisément à Djibouti que se situe le projet de formation à l’énergie solaire soutenu par le Défap. Venez nous rejoindre : où que vous soyez, vous pouvez, vous aussi, apporter votre soutien à ce projet… et aider, collectivement, tous les « hopeurs » à totaliser la distance Terre-Lune !

L’équipe du Défap au départ du 102 boulevard Arago, à Paris

27 février : toute l’équipe du Défap prend la pose avant de se lancer dans une randonnée dans Paris pour engranger des kilomètres en faveur de la formation de techniciens spécialisés dans l’énergie solaire à Djibouti – le projet présenté cette année lors de Hope 360. Voici donc Nicolas, Princia, Maëlle, Laure, Christiane, Véronique, Basile, Éline… Des permanents et salariés, une ancienne membre du Défap, une boursière, le secrétaire général et un membre du Conseil : un groupe éclectique mais motivé, bientôt rejoint par des étudiants de l’Institut Protestant de Théologie. Vous aussi, vous pouvez nous rejoindre pour porter ce projet : Hope 360 vous donne l’occasion de vous engager de diverses manières, en courant ou en marchant depuis chez vous, en participant à la course organisée le 15 avril en région parisienne… mais aussi en soutenant financièrement un coureur, ou directement le projet lui-même.

Du courant en courant : le projet du Défap

 

Hope 360 en est à sa troisième édition : ce rendez-vous sportif et ludique est organisé par Asah (Association au Service de l’Action Humanitaire), le collectif des acteurs chrétiens de la solidarité internationale dont fait partie le Défap. Le principe de ces rendez-vous est simple : il s’agit d’aider à promouvoir des projets de solidarité internationale présentés par les participants. Cette année, ce sont plus d’une trentaine de projets qui sont présentés par divers organismes, parmi lesquels figurent le SEL, A Rocha, Portes Ouvertes, Medair, Fidesco, La Cause, ADRA… et bien sûr le Défap. Avec plusieurs rendez-vous et plusieurs objectifs :

1) La course connectée :

Elle a commencé depuis janvier. Toute personne peut y prendre part, quel que soit le lieu, en s’inscrivant sur le site de Hope 360 et en choisissant un projet à soutenir. Il suffit d’enregistrer en ligne le nombre de kilomètres parcourus. Deux objectifs à cette course :

  • un objectif collectif : atteindre, ensemble, un nombre de kilomètres cumulés de 384.000 – soit la distance Terre-Lune.
  • un objectif par projet : permettre au projet que vous soutenez d’avoir le plus de kilomètres, et donc le plus de visibilité d’ici le 15 avril !

2) La course en présentiel le 15 avril :

Elle aura lieu en région parisienne, à la base de loisirs du Val-de-Seine (dans les Yvelines). Rendez-vous de 9 à 18 heures afin d’y découvrir de multiples parcours sportifs pour petits et grands, des animations qui décoiffent, un village rassemblant les associations et ONG, de quoi grignoter, tout ce qu’il faut pour passer une journée ensemble en faveur de la solidarité internationale !

Objectif : porter le projet que vous aurez choisi lors des courses ! À pied, en vélo ou en caisse à savon, pas besoin d’être un grand sportif pour vous engager !

Et vous, comment soutiendrez-vous le projet du Défap ?

Les inscriptions se font sur le site de Hope 360. Une fois inscrit, chaque coureur choisit le projet qu’il veut soutenir et, pour participer à la course connectée, se fixe un objectif à atteindre en nombre de kilomètres. Le projet qu’il veut promouvoir et les kilomètres parcourus apparaissent dans son espace personnel.

Votre soutien au projet du Défap, « Du courant en courant pour Djibouti » sera triplement utile. Il permettra :

  • à de nombreux foyers en difficulté d’être autonomes en énergie en ayant des panneaux solaires durables dans le temps puisqu’ils pourront être entretenus et réparés ;
  • de réduire la pollution liée aux énergies fossiles ;
  • de former des jeunes sans emploi et ainsi de leur promettre un avenir meilleur.




Venez décrocher la Lune avec le Défap et Hope 360

La troisième édition de Hope 360 se prépare ! Cette course solidaire et connectée organisée par Asah, le collectif des acteurs chrétiens de la solidarité internationale, se tiendra en deux temps : à partir du 1er janvier débutera la « course connectée ». Puis, le 15 avril, se déroulera la course en présentiel à l’île de loisirs du Val-de-Seine, dans les Yvelines. Le Défap participe à cette édition 2023 avec un projet de formation à l’énergie solaire à Djibouti.

En route pour la troisième édition de Hope 360 !

Les deux premières éditions, en 2019 et 2021, avaient eu lieu à Valence. Pour sa troisième édition, Hope 360 se déplace en région parisienne – plus précisément dans les Yvelines, du côté des Mureaux, à l’île de loisirs du Val-de-Seine. Un cadre vaste et verdoyant, idéal pour organiser les courses et les rencontres entre les « hopeurs » et les organismes dont ils soutiendront les projets. Objectif : participer à une journée ludique tout en donnant de son temps et en recueillant des fonds au profit de projets solidaires.

Le principe est simple : les « hopeurs » choisissent de soutenir l’un des projets présentés à l’occasion de Hope 360, et courent pour en assurer la promotion et recueillir des fonds. Pas besoin d’être un athlète ou un habitué des défis sportifs, l’important, c’est le fun… et l’engagement à soutenir un projet. Cet événement solidaire se décompose en deux temps :

  • une « course connectée » à partir du 1er janvier 2023 : tous les participants de Hope 360 sont invités à engranger collectivement le plus possible de kilomètres pour essayer de battre un record. Les distances parcourues par les uns et les autres seront comptabilisées sur une appli sportive. Dès lors, pas besoin d’être en un lieu précis pour participer : il est possible d’accumuler des kilomètres en courant n’importe où dans le monde. Cette année, il s’agit… d’atteindre la distance Terre-Lune, soit 384.000 km !
  • une « course en présentiel » qui aura lieu le 15 avril en région parisienne, plus précisément à l’île de loisirs du Val-de-Seine, dans les Yvelines.

Une vingtaine d’associations et de projets sont attendus ; le Défap y participe cette année avec un projet centré sur la formation à l’énergie solaire à Djibouti. Un projet qui mêle l’aspect social (il s’agit d’aider des jeunes à s’insérer dans le marché du travail grâce à une formation reconnue) et l’aspect de développement durable : Djibouti est en quête de nouvelles sources d’énergie pour aider à son développement économique tout en cessant de dépendre des énergies fossiles… mais la filière solaire manque encore cruellement de techniciens formés. Le partenaire du Défap sur place est l’Eped, l’Église protestante évangélique de Djibouti, qui a acquis des compétences d’encadrement et de formation de jeunes à l’occasion de la rénovation de son temple, un projet porté pendant de nombreuses années par le Défap. Pour en savoir plus, vous en trouverez une présentation complète ici.

900 € = un élève formé

Votre participation sera triplement utile. Elle permettra :

  • à de nombreux foyers en difficulté d’être autonomes en énergie en ayant des panneaux solaires durables dans le temps puisqu’ils pourront être entretenus et réparés ;
  • de réduire la pollution liée aux énergies fossiles ;
  • de former des jeunes sans emploi et ainsi de leur promettre un avenir meilleur.

Hope 360 est un concept imaginé par Asah (Association au Service de l’Action Humanitaire), le collectif des acteurs chrétiens de la solidarité internationale – un réseau agissant dans l’urgence, le développement, le plaidoyer, l’environnement ou la solidarité au Nord et au Sud, dont fait partie le Défap. L’objet d’Asah est de favoriser l’échange, la réflexion et la collaboration entre les associations humanitaires et autres organismes, de mutualiser et renforcer l’efficacité et la qualité des actions de ses membres, et plus largement des acteurs de solidarité, afin de répondre aux besoins réels des populations les plus démunies.

Inscriptions et tarifs

Les inscriptions se font sur le site de Hope 360. Une fois inscrit, chaque coureur choisit le projet qu’il veut soutenir et, pour participer à la course connectée, se fixe un objectif à atteindre en nombre de kilomètres. Le projet qu’il veut promouvoir et les kilomètres parcourus apparaissent dans son espace personnel. Pour comptabiliser la distance parcourue, il suffit d’une appli de sport ; il est possible d’en télécharger une ici :

Les tarifs d’inscription ont été pensés afin que Hope 360 soit un événement abordable pour le plus grand nombre. L’inscription donne accès à la version connectée et à la journée en présentiel. À vous de participer de la façon dont vous le souhaitez !

  • Tarif Hopeur solo : 9 €
  • Tarif « C’est une affaire de famille » :
    • De 2 à 5 personnes : 6€ / personne
    • De 6 à 10 personnes : 30€
  • Tarif « On se lance un challenge en équipe » :
    • Moins de 10 personnes : 9€ / personne
    • À partir de 10 personnes : 6€ / personne au lieu 9€

En présentiel, l’accès au site, la visite du village, le concert et les animations seront GRATUITS.

Et si vous voulez en savoir plus sur Asah, le collectif à l’origine de cet événement solidaire, cette vidéo est pour vous :




Accompagner les migrants subsahariens au Maroc

Pour de nombreux migrants subsahariens cherchant à gagner l’Europe, le Maroc est une étape qui, bien souvent, s’éternise, du fait du durcissement des politiques d’accueil européennes. Depuis des années, l’Église évangélique au Maroc les accompagne, à travers notamment l’action du Comité d’Entraide Internationale. L’aide financière de divers partenaires internationaux, dont le Défap, a permis de distribuer à ces migrants une aide multiforme au cours des dernières années. Le but étant désormais d’étendre ce soutien à la Tunisie, qui connaît des problématiques similaires.

Un exemple de la précarité des migrants : à la mi-décembre 2018, un camp prend feu près de la gare routière de Casablanca-Ouled Ziane © CEI

L’Église évangélique au Maroc accueille des migrants originaires pour la plupart d’Afrique subsaharienne. Qu’ils soient étudiants ou en transit au Maroc dans l’espoir de gagner l’Europe, ils ont un point commun : leur précarité, qui s’est accentuée avec la pandémie de Covid-19.

Si l’on regarde du côté des migrants, l’histoire de ces hommes, femmes et enfants qui peuplent les villages précaires et les camps comme celui de Fès, où travaille notamment le Comité d’Entraide Internationale (CEI), bras diaconal de l’Église évangélique au Maroc (EEAM), est à chaque fois unique, mais toujours mouvementée. Répartis en quartiers selon les pays d’origine, c’est une petite Afrique qui s’y est reconstituée, faisant cohabiter les nationalités : Nigériens, Ivoiriens, Camerounais, Gambiens, Érythréens… Si l’on regarde du côté des étudiants, ils seraient aujourd’hui près de 8000 jeunes Subsahariens à poursuivre des études au Maroc. Une partie sont soutenus par l’Agence Marocaine de Coopération Internationale (AMCI). Mais le reste dépend essentiellement de l’aide des tuteurs et/ou de la famille, condamnant souvent ces étudiants à la plus grande précarité.

Le Maroc, de pays de transit à pays d’accueil

Traditionnellement pays de transit pour les migrants subsahariens qui désirent se rendre en Europe, le Maroc s’est mué depuis quelques années en pays d’accueil. En cause, notamment : le durcissement des politiques européennes. Nombre d’entre eux se retrouvent donc à rester plus longtemps que prévu au Maroc. Quitte à s’y installer définitivement. Selon une enquête réalisée par une instance marocaine, le Haut-Commissariat au Plan (HCP), au cours du premier trimestre 2021, 53,7% des migrants déclarent vouloir finalement rester dans le royaume.

Le Maroc a ainsi lancé de vastes campagnes de régularisation des sans-papiers, décidées dans le cadre de la Stratégie nationale d’immigration et d’asile adoptée en 2013. La dernière de ces campagnes en date remonte à fin 2021. Mais franchir l’étape de la régularisation ne marque pas pour autant la fin des tracas administratifs. Et pour les migrants, accéder à l’emploi reste un horizon souvent inaccessible. D’après l’enquête du Haut-Commissariat au Plan, 48% seulement exerçaient une activité professionnelle en 2021, plus de 27% étant au chômage. Mais entretemps est venu le Covid-19, et neuf migrants sur dix qui avaient un emploi avant la pandémie l’ont perdu.

Pour leur venir en aide, le CEI et l’EEAM ont le soutien de nombreux partenaires internationaux : le Défap, mais aussi des communautés baptistes américaines, l’Église évangélique en Rhénanie (EKiR) ou encore l’Église vaudoise d’Italie à travers le « Huit-pour-mille » (« Otto-permille »)- un dispositif fiscal typiquement italien qui permet aux contribuables de financer directement les Églises notamment en vue d’actions de solidarité. Grâce à cette mobilisation, les migrants ont pu bénéficier d’une aide multiforme, entre mai 2019 et décembre 2021 : aide d’urgence (alimentaire, médicale, vestimentaire, au logement), accompagnement des femmes et enfants, régularisation, bourses d’études. L’objectif aujourd’hui est de poursuivre cette action au Maroc et de capitaliser ce qui a été fait pour l’appliquer en Tunisie. En effet, l’Église réformée de Tunis est peu outillée pour répondre aux problématiques migratoires auxquelles elle est confrontée.




Kananga : soutenir une université pour changer la société

Dans cette ville éloignée du pouvoir central, au cœur d’une province volontairement négligée par les autorités de République Démocratique du Congo, le Défap s’efforce d’améliorer les conditions de travail des étudiants de l’UPRECO. Une université dont la qualité des enseignements est largement reconnue, et qui ambitionne de former des cadres mieux à même de lutter contre les maux de la société congolaise. Le Défap soutient l’UPRECO à travers l’électrification de bâtiments universitaires, notamment d’un amphithéâtre, mais aussi par des bourses ; et sa bibliothèque a reçu un soutien via la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone.

Un des bâtiments de l’UPRECO équipé de panneaux photovoltaïque – projet soutenu par le Défap © Défap

Kananga, l’ancienne Luluabourg fondée en 1884 sur la rive de la rivière Lulua, est la capitale du Kasaï-Occidental – une province enclavée, loin de la capitale Kinshasa, isolée des centres de décision par des centaines de kilomètres de routes impraticables. On n’y accède que par avion. C’est là que se trouve l’UPRECO (Université Presbytérienne du Congo), l’une des trois universités protestantes avec lesquelles les Églises de France sont en lien dans ce pays à travers le Défap. Aussi délaissée par les autorités et privée de moyens que l’est la ville de Kananga elle-même, l’UPRECO a pourtant un rôle essentiel à jouer dans cette région extrêmement pauvre où les jeunes n’ont pas les moyens d’aller étudier dans les grandes villes plus développées.

Outre ce rôle-clé dans une région où les établissements d’enseignement supérieur manquent, l’UPRECO n’est pas une université comme une autre. Y étudier, y travailler, est déjà une forme de militantisme, un refus de la fatalité de la misère et de la mauvaise gouvernance. Après s’être construite autour de la faculté de théologie, l’UPRECO compte aujourd’hui cinq filières : théologie, droit, économie, agronomie et informatique. Avec peu de moyens matériels (tout manque, à commencer par l’électricité pour une partie des bâtiments, ou la connexion internet pour la filière informatique), mais avec aussi beaucoup d’engagement, l’UPRECO s’efforce de concilier valeurs chrétiennes et enseignement supérieur, pour former des cadres capables de changer le pays, avec « la Bible dans notre main droite, et la science dans notre main gauche », comme le revendique son recteur Simon Kabué. Par exemple, la faculté de droit a été créée avec l’idée de former des juristes capables de s’opposer à la corruption ; celles d’économie et d’agronomie, pour lutter contre la pauvreté… Et ça marche : la qualité d’enseignement de l’UPRECO est largement reconnue, et nombre de ses anciens étudiants se retrouvent aujourd’hui dans des postes de responsabilité dans leur pays.

Le recteur Simon Kabué lors d’une visite au Défap © Défap

Simon Kabué est un ancien boursier du Défap, ce qui a facilité depuis longtemps les relations entre le Service protestant de Mission et l’UPRECO. Par ailleurs, les relations entre les protestants de France et cette université se sont développées suite à un séjour de professeurs français à l’UPRECO, qui sont revenus particulièrement touchés par la situation des étudiants de Kananga. Ces liens prennent aujourd’hui la forme d’un soutien direct à la faculté de théologie, d’envois d’enseignants… La bibliothèque a aussi reçu un soutien à travers la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone, organisme très lié au Défap.

Avec un peu d’électricité, on peut changer beaucoup de choses

Malgré ces aides, les étudiants manquent des moyens les plus élémentaires pour travailler (bibliothèque non approvisionnée depuis longtemps, sauf en théologie grâce à la CLCF, manque d’ordinateurs, pas d’électricité…). Actuellement, il n’y a plus de bâtiment capable d’accueillir tous les étudiants pour des cours à tronc commun, conférences, ou autres rassemblements. L’UPRECO a obtenu en février 2021 un soutien financier pour la construction d’un amphithéâtre. L’université souhaite l’équiper par le même équipement solaire que le bâtiment de la bibliothèque et le bâtiment administratif. Cet amphithéâtre ainsi équipé permettra à tous les étudiants de pouvoir se réunir dans un lieu adapté pour des cours, conférences, mais aussi pour des manifestations communautaires de l’Église (ateliers des femmes, renforcement des capacités des pasteurs, etc.)

C’est donc un soutien matériel à plusieurs niveaux que le Défap apporte à l’UPRECO ; l’ajout d’un amphithéâtre pourvu d’électricité améliorera beaucoup les conditions de travail des étudiants, qui pallient souvent par leur engagement le manque de moyens pour poursuivre leurs études, et même simplement pour vivre tout au long de leur cursus. Et parallèlement à ce soutien, le Défap est engagé de longue date dans un programme de bourses pour des étudiantes. Un engagement qui se place dans la lignée de son soutien à la promotion du rôle des femmes : car dans cette province défavorisée du Kasaï-Occidental, lorsque les ressources manquent dans une famille pour permettre aux enfants de poursuivre des études, ce sont le plus souvent les garçons qui sont choisis, au détriment des filles. Au cours des dernières années, le Défap a régulièrement financé plus d’une dizaine de bourses par an, essentiellement grâce aux revenus de son service Philatélie.

Étudiantes de l’UPRECO © Défap

 




Des jardins pour nourrir Bangui

Dans un des pays les plus pauvres d’Afrique et toujours menacé par la violence, la République centrafricaine, Rodolphe Gozegba, ancien boursier du Défap, a lancé un projet pour promouvoir l’autonomie alimentaire. Dans un arrondissement de Bangui, la capitale, l’association A9 qu’il a créée forme les habitants, les équipe et les accompagne pour cultiver leur propre jardin potager. Avec des premiers résultats visibles et encourageants. Un projet soutenu par le Défap et qui figure dans le carnet de solidarité 2023 de l’UEPAL.


Les activités du Défap s’inscrivent dans un réseau de relations entre Églises. Des relations qui permettent à toutes les Églises qui y prennent part, au nord comme au sud, de mieux appréhender les défis communs auxquelles toutes sont confrontées, dans un monde marqué par l’accélération des échanges, les défis de l’interculturalité et les replis communautaires. Il s’agit de plaider et d’agir pour une Église qui reste accueillante et se montre responsable face aux enjeux du monde contemporain. Ce que le Défap a formalisé dans un document, « Convictions et actions 2021-2025 », et qu’il met en œuvre à travers les projets qu’il soutient.

Parmi ses diverses actions, le Défap veut œuvrer à un équilibre écologique et économique qui restaure les personnes, les relations et les sociétés. C’est le cas en République centrafricaine, où la guerre et les défaillances de l’État entretiennent pauvreté et famine. Depuis une quarantaine d’années, la RCA subit ainsi un cycle récurrent de violences. Une violence qui alimente la déliquescence des infrastructures : le pays, souligne la Banque mondiale, figure parmi les plus pauvres et les plus fragiles du monde malgré sa richesse en ressources naturelles. Bien que doté d’un potentiel agricole impressionnant, d’énormes ressources minières et de vastes forêts, les populations ne bénéficient pas de ces possibilités et la RCA se classe dans le bas du tableau des Indices de capital humain et de développement humain. On estime qu’environ 71% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté international (soit l’équivalent de 1,90 dollar par jour). Près de 630.834 personnes sont encore déplacées à l’intérieur du pays tandis que 632.000 réfugiés centrafricains demeurent dans les pays voisins, selon le Haut Commissariat au Réfugiés. La capitale elle-même est dans une situation de grande fragilité : elle est très dépendante de deux grandes routes pour son approvisionnement, dont l’une, menant vers le Tchad et le Cameroun, a été bloquée plusieurs semaines début 2021 par des groupes armés. Bangui a frôlé la famine.

Le rôle crucial des Églises dans un pays déliquescent

Pour maintenir le lien dans le pays, les Églises font partie des rares institutions à rester debout. C’est dans les églises que beaucoup de familles fuyant les violences vont souvent chercher refuge. Au-delà du milieu chrétien, les diverses religions présentes dans le pays ont tenté de jouer ces dernières années un rôle d’apaisement, notamment à travers la plateforme interreligieuse pour la paix (Interfaith Peace Platform), créée par l’archevêque de Bangui Dieudonné Nzapalainga, le pasteur et président de l’Alliance évangélique Nicolas Guérékoyamé-Gbangou (qui avait été reçu au Défap), ainsi que l’imam et ancien président du Conseil islamique Oumar Kobine Layama. Les Églises jouent aussi un rôle irremplaçable de soutien auprès des populations dans ce pays très majoritairement chrétien. Depuis des années, le Défap accompagne notamment l’Église protestante Christ-Roi de Centrafrique (EPCRC), membre de la Cevaa et présente dans la capitale. Mais il est aussi en lien avec d’autres Églises présentes ailleurs sur le territoire centrafricain, comme l’Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine (EELRCA) ; des relations ponctuelles ont pu aussi s’établir avec d’autres partenaires, également engagés dans les efforts de paix et de reconstruction. C’est le cas par exemple des communautés baptistes, et notamment de l’UFEB (Union Fraternelle des Églises baptistes). C’est aussi le cas, plus récemment, d’un projet né à la jonction entre le milieu des Églises et la société civile : celui de Rodolphe Gozegba et de son association A9.

Rodolphe Gozegba et des membres de l’association A9 cultivant un lopin de terre à Bangui © A9

Les projets naissent souvent de rencontres. Dans le cas de Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé, ce fut celle de Jürgen Moltmann, et du Défap. Né en 1984 en République centrafricaine, il a étudié à la FATEB (la Faculté de Théologie Évangélique de Bangui), et a été pasteur de l’Église évangélique Béthanie, dans la capitale, de 2006 à 2013. Il a bénéficié d’une bourse du Défap pour étudier le dialogue des cultures et des religions à l’institut Al Mowafaqa, au Maroc. À partir de 2015, toujours avec l’aide du Défap, il a entamé des études à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris) pour y préparer un doctorat, décroché avec les félicitations du jury fin 2020. Son sujet d’étude : la théologie de Moltmann, et plus précisément la façon dont elle a été reçue par les protestants francophones. Pourquoi cet intérêt pour un théologien allemand, né dans un pays et dans un contexte historique aussi différents du sien ? Pour sa résilience. « Toute fin, écrivait Moltmann, est le début d’un recommencement ». Un thème qui avait profondément marqué Rodolphe Gozegba : l’étudiant n’avait pas tardé à faire le parallèle entre l’Allemagne détruite par la Deuxième Guerre mondiale et son propre pays ravagé par des décennies de guerre civile. Et c’est la redécouverte du message biblique par Moltmann au plus profond du désespoir qui avait poussé Rodolphe Gozegba à se plonger dans ses écrits. Il se trouve par ailleurs que Jürgen Moltmann est aussi un pionnier de la théologie écologique – un aspect mis en évidence en France à travers un recueil réalisé par Jean Bastaire et publié en 2004 : « Le rire de l’univers. Traité de christianisme écologique ».

Distribution de bêches et d’arrosoirs par l’association A9 © A9

Ces deux aspects, résilience et rapport à l’environnement, sont à la base du projet de l’association A9. Rentré à Bangui fin 2020, et après avoir obtenu son doctorat, Rodolphe Gozegba a créé cette structure avec une idée simple : rendre fertiles les nombreux lopins de terre inutilisés dans la capitale pour y créer des jardins potagers ; aider les familles à les cultiver en leur fournissant formation, soutien, suivi et matériel (ce qui va des graines aux bêches en passant par les arrosoirs), de façon à pouvoir se nourrir même en cas de nouveau blocus par des groupes rebelles, et à pouvoir obtenir de petits revenus en revendant une partie de leur production sur les marchés. Une manière très concrète de limiter la dépendance alimentaire de Bangui, d’améliorer la gestion de l’environnement et le quotidien des habitants participant au projet. Pour l’heure, l’association A9 travaille dans un des neuf arrondissements de Bangui, avec l’objectif d’apporter son soutien à 400 familles. Avec 8 euros, il est possible d’équiper l’une d’elles de manière à lui permettre de commencer à cultiver ses légumes. Le projet est soutenu par le Défap, avec l’aide de l’UEPAL qui l’a inscrit dans son carnet de solidarité 2023, à hauteur de 3200 euros.

 

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Bangui : l’insécurité alimentaire, un problème multiforme

À l’occasion de la COP 27, zoom sur un des projets soutenus par le Défap : « Nourris ta ville en 90 jours », porté par Rodolphe Gozegba à Bangui. Cet ancien boursier du Défap a créé une association, A9, qui travaille à améliorer l’autonomie alimentaire de la capitale centrafricaine. Une autonomie d’abord menacée par l’insécurité persistante dans laquelle se trouve le pays depuis la guerre civile ; mais les solutions mises en œuvre par Rodolphe Gozegba et l’association A9 rejoignent les réflexions de nombreux urbanistes qui, face aux défis des changements climatiques en cours, s’interrogent sur les moyens de rendre les villes moins dépendantes des campagnes sur le plan alimentaire, en développant une véritable agriculture urbaine. Récemment, Rodolphe Gozegba a été invité par l’UEPAL pour présenter les premiers résultats obtenus par son association à Bangui.

Participants du projet « Nourris ta ville en 90 jours » réunis lors d’une distribution de matériel © A9

Comment est né le projet « Nourris ta ville en 90 jours » ?

Rodolphe Gozegba De Bombémbé : L’Association A9 est née du constat de différents problèmes qui gangrènent la vie sociale de la population centrafricaine. Je peux mentionner l’insécurité alimentaire, les effets du réchauffement climatique avec ses répercussions sur la santé, les conséquences de la crise intercommunautaire de 2013 qui perdure, la non prise de conscience des problématiques écologiques, et j’en passe. Face à cette situation, il fallait agir urgemment. En tant que théologien ayant travaillé sur la théologie de Jürgen Moltmann qui place l’humain au centre de toute préoccupation, j’ai approché certains amis et nous avons créé A9. A9 pour les 9 Actions que nous allons entreprendre en Centrafrique.

L’action qui nous a semblé urgente était la promotion de l’agriculture urbaine et péri-urbaine autour du concept « nourris ta ville en 90 jours », car en janvier 2021, Bangui la capitale a été attaqué par des rebelles, les routes d’approvisionnement (Bangui Cameroun et Tchad) étaient coupées, à l’intérieur du pays, notamment dans le nord-est et ouest, les femmes et les hommes étaient empêchés d’aller aux champs. La situation sociale était devenue plus compliquée qu’avant, de nombreuses personnes n’arrivent même pas à prendre un repas correct par jour ; les enfants sont souvent malades car mal nourris, les familles peinent à subvenir à leurs besoins de première nécessité. Le pays a frôlé la famine. Les pauvres étaient encore plus pauvres ! Selon les données du HCR du 3 janvier 2021, 2,8 millions de Centrafricains, soit plus de la moitié de la population du pays (5 millions d’habitants), auraient besoin d’une aide humanitaire d’urgence.

Et comme A9 a remarqué que la plupart des habitants avaient à leur disposition, à côté de leur habitat, un lopin de terre inexploité, leur a proposé de le mettre en culture. La population a bien accueilli le projet et a de suite manifesté sa volonté d’y adhérer. C’est ainsi que grâce aux dons des personnes de bonne foi nous avons pu donner à plus de 700 familles des kits comprenant une bêche, une houe, un arrosoir et des semences d’une valeur de 30,00 euros. Elles sont suivies et conseillées par l’équipe de A9. Dans cette dynamique, A9 prévoit de leur proposer divers évènements tels des concours, des marchés organisés spécialement pour la vente des récoltes en surplus, ceci pour dynamiser la motivation des adhérents.

Distribution de matériel de jardinage par l’association A9 © A9

Quels sont les premiers résultats ?

Rodolphe Gozegba De Bombémbé : Les familles bénéficiaires de nos kits ne cachent pas leur satisfaction, sont fières de nous montrer leurs récoltes. Certaines d’entre elles arrivent même à vendre leur surplus, se créant ainsi un revenu complémentaire. A9 est contente de voir que tous ses bénéficiaires apprécient de pouvoir cultiver leur propre jardin, mais sont aussi séduits par l’originalité de l’action de A9.

A9 ne propose pas de l’assistanat, mais une prise de conscience et une responsabilisation des bénéficiaires. A9 donne des outils, à eux de travailler, à eux de faire fructifier. A9 donne la possibilité de retrouver sa dignité dans le travail. La RCA offre très très peu d’opportunités d’emploi, mais en cultivant leur lopin de terre, les familles peuvent vendre leur surplus et se créer une source de revenus.

Rodolphe Gozegba (à gauche sur la photo) au travail avec des membres de l’association A9 © A9

Quelles sont les suites envisagées ?

Rodolphe Gozegba De Bombémbé : Notons que le chemin est encore long et les défis sont nombreux. Au niveau national, il y a encore une longue liste d’attente de personnes prêtes à s’engager dans le jardin potager. Leur réel engagement nous poussent à continuer à nous battre pour eux. Nous avançons avec eux selon les fonds dont nous disposons. Au plan international, nous sommes sollicités par des personnes au Congo, au Burkina Faso, au Cameroun, au Tchad, au Cap-Vert pour venir implanter le projet de A9. En fait, ces personnes pensent que A9 est une grosse machine, mais malheureusement nous n’avons pas les moyens déjà pour la Centrafrique. Mais, nous sommes quand même encouragés de voir que nos actions sont appréciées dans la sous-région (pays d’Afrique centrale) et même dans certains pays d’Afrique de l’Ouest. Cela nous laisse à croire que les actions de A9 sont une des solutions aux problèmes de l’insécurité alimentaire sur le continent africain.