Comment l’Église joue-t-elle un rôle essentiel dans la solidarité ?

L’Église ne se limite pas à un espace spirituel. Elle agit au cœur des réalités humaines, sociales et politiques. Dans de nombreux contextes, notamment en Afrique, elle représente un acteur de proximité capable de mobiliser les communautés, défendre la dignité humaine et porter des initiatives concrètes de solidarité. À travers son engagement pour la justice sociale, l’écologie, l’égalité et le développement, l’Église devient un véritable pont entre les besoins locaux et les enjeux mondiaux.

La place de l’Église dans la société

Le rôle de l’Église auprès des communauté locales

L’Église occupe une place centrale dans la vie quotidienne de nombreuses populations. Elle accompagne les personnes dans les moments essentiels de l’existence : naissance, éducation, maladie, deuil ou crise sociale. Cette présence de proximité lui confère une autorité morale et une capacité d’action uniques.

Dans la conférence des Jeudis du Défap de Flore Badila Loupe, pasteure et docteure en théologie, sur le rôle de l’Église dans la société, il est rappelé que la mission prophétique de l’Église consiste à « dénoncer les injustices sociales, défendre le respect du droit humain, affirmer la dignité de la personne humaine, œuvrer pour la justice sociale et la sauvegarde de la création ». Cette mission dépasse largement le cadre religieux : elle engage l’Église dans la transformation de la société.

En Afrique notamment, l’Église est souvent présente là où les institutions publiques sont fragiles ou absentes. Elle soutient les populations vulnérables, favorise l’entraide et participe à la cohésion sociale. Son ancrage communautaire lui permet d’agir durablement et de construire des dynamiques collectives fondées sur la solidarité.

Un puissant levier de sensibilisation

Grâce à son implantation locale, l’Église possède également une forte capacité de sensibilisation. Elle ne transmet pas seulement des discours : elle forme des consciences, influence les comportements et encourage des pratiques solidaires.

Dans la conférence des Jeudis du Défap sur « l’Église et écologie en contexte africain », Marcel Ngirinshuti, vice Doyen à la Faculté des Technologies de l’Information et de la Communication, souligne que les Églises africaines peuvent faire de l’écologie « une pratique communautaire, intégrée à la vie quotidienne et à la spiritualité ». Par leurs écoles, leurs cultes, leurs groupes de jeunes ou leurs réseaux communautaires, elles sensibilisent à des enjeux essentiels comme la protection de l’environnement, la justice sociale ou le vivre-ensemble.

Cette capacité de mobilisation permet aussi de relier les réalités locales aux grands défis contemporains : changement climatique, pauvreté, violences sociales ou discriminations. L’Église devient alors un espace d’éducation citoyenne et de transformation sociale.

Une vision fondée sur la dignité humaine, la justice sociale et la sauvegarde de la création

Une solidarité enracinée dans la dignité humaine

L’engagement de l’Église repose sur une conviction fondamentale : chaque être humain possède une dignité inaliénable. Cette vision pousse les communautés chrétiennes à défendre les plus vulnérables et à lutter contre toutes les formes d’exclusion.

Dans la conférence des Jeudis du Défap avec Fifamé Fidèle Houssou Gandonou sur la réflexion sur les fondements éthiques du féminisme, il est affirmé que « le féminisme, bien compris, est une branche de l’éthique qui vise l’excellence humaine ». L’objectif n’est pas d’opposer les personnes entre elles, mais de restaurer une humanité réconciliée, fondée sur la réciprocité et le respect mutuel. Cette approche rejoint la mission sociale de l’Église : défendre les droits des femmes, lutter contre les violences et promouvoir une société plus juste. L’Église est ainsi appelée à questionner certaines pratiques culturelles ou interprétations religieuses qui entretiennent les inégalités.

L’écologie comme engagement spirituel et social

La solidarité portée par l’Église s’exprime également dans son engagement écologique. Face à la dégradation de l’environnement et à ses conséquences sur les populations pauvres, de nombreuses communautés chrétiennes développent des initiatives concrètes.

Marcel Ngirinshuti rappelle que « protéger l’environnement n’est pas seulement un enjeu écologique, c’est un acte de solidarité avec les plus vulnérables ». L’écologie devient alors une question de justice sociale et de foi. Des Églises participent aujourd’hui à des projets de reforestation, de gestion durable de l’eau, d’agriculture communautaire ou de sensibilisation environnementale. Elles montrent qu’il est possible de concilier protection de la création et lutte contre la pauvreté.

Cette vision s’appuie sur une compréhension biblique de la création comme un don confié à l’humanité. L’être humain n’est pas propriétaire absolu de la terre : il en est le gardien.

Une solidarité qui relie les peuples

L’Église joue aussi un rôle essentiel dans la solidarité internationale. Grâce à ses réseaux, elle relie des communautés de différents pays autour de projets communs et d’un engagement partagé pour la justice et la paix. Les Églises deviennent ainsi des espaces de dialogue interculturel, de coopération et de soutien mutuel. Elles permettent de faire entendre les réalités vécues localement dans les débats mondiaux sur le développement, les droits humains ou la justice climatique.

Le Défap, un pont entre les réalités locales et les enjeux mondiaux

Un acteur historique de la solidarité internationale

Défap joue un rôle majeur dans cette dynamique de solidarité. Service protestant de mission, il accompagne depuis de nombreuses années des Églises et des partenaires dans différents pays, notamment en Afrique.

Le Défap agit comme un pont entre les réalités locales et les enjeux internationaux. Son action repose sur l’échange, la coopération et la réciprocité entre les Églises partenaires. Il soutient des projets répondant à des besoins de communautés liés à l’éducation, à la formation théologique, à l’écologie, aux droits humains ou encore à l’autonomisation des femmes.

Par exemple, le CIPCRE porte un projet visant à améliorer l’assainissement et la protection de l’environnement dans les villages d’Agbonan et de Kpanoukpadé, au Bénin, grâce à la valorisation des déchets agricoles et ménagers. Par la production de biogaz, de compost et l’installation d’un système solaire de pompage d’eau, il encourage une gestion écologique des ressources et des pratiques énergétiques durables.

L’envoi et l’accueil de volontaires

Le Défap favorise également les échanges humains grâce à l’envoi et à l’accueil de volontaires. Ces expériences permettent la rencontre entre cultures, le partage de compétences et la construction de relations durables entre communautés de différents pays. Les volontaires participent à des projets éducatifs, sociaux ou environnementaux et découvrent d’autres réalités humaines. Cette mobilité contribue à faire vivre une solidarité concrète, fondée sur la rencontre et l’engagement réciproque.

Conclusion

L’Église joue un rôle essentiel dans la solidarité parce qu’elle agit au plus près des réalités humaines. Par son ancrage local, sa capacité de sensibilisation et son engagement pour la dignité humaine, elle contribue à construire des sociétés plus justes et plus fraternelles.

Qu’il s’agisse de justice sociale, d’écologie, d’égalité femmes-hommes ou de solidarité internationale, l’Église peut devenir un véritable acteur de transformation. À travers des organisations comme Défap, cette solidarité prend une dimension mondiale, reliant les communautés locales aux grands défis contemporains et rappelant qu’aucune société ne peut avancer durablement sans justice, sans dignité et sans fraternité.




Cinq projets solidaires à soutenir en 2026

Chaque année, le Défap soutient des projets divers à l’international, permettant de répondre aux besoins locaux des communautés des Églises sœurs. Cinq projets s’inscrivent dans le cadre des engagements du Défap : renforcer les liens avec les partenaires et lutter pour la justice climatique et le respect de la dignité humaine. Les dons financent des actions de terrain portées par des acteurs locaux fiables. 

Burkina Faso – Gestion durable des sols

Au Burkina Faso, le secteur agricole demeure la principale activité de la majorité de la population. Toutefois, l’agriculture fait face à de nombreuses difficultés.

On observe d’abord des problèmes environnementaux, notamment la dégradation progressive des terres agricoles, qui deviennent de moins en moins fertiles. À cela s’ajoutent des problèmes sociaux, en particulier pour les femmes, qui sont fortement désavantagées : elles ont un accès limité au crédit, à la formation et à l’information, et disposent rarement des moyens de production nécessaires.

Par ailleurs, l’accaparement des terres par de grandes entreprises ainsi que le manque d’intrants agricoles compliquent davantage la situation des exploitants.

L’objectif du projet est donc d’équiper des coopératives en matériel adapté afin de réaliser des cordons pierreux, une technique de protection des sols qui permet de conserver l’eau et la matière organique, tout en améliorant la fertilité des terres.

SOUTENIR LE PROJET

République Démocratique du Congo – Soutien aux étudiantes de l’UPRECO

En République Démocratique du Congo, les traditions et la pauvreté empêchent souvent les jeunes filles d’accéder à l’éducation. Beaucoup sont victimes d’analphabétisme, de mariages précoces ou de prostitution, ce qui compromet leur avenir et leur dignité.

Face à cette situation, l’UPRECO (Université Presbytérienne Sheppard et Lapsley du Congo) met en place un projet visant à accorder des bourses d’études à 10 jeunes filles vulnérables issues de familles pauvres, afin de leur permettre de suivre une formation en Théologie.

Les bénéficiaires sont sélectionnées selon des critères précis (diplôme d’État, vulnérabilité économique, bon témoignage chrétien). La formation dure trois ans et mène à l’obtention d’une licence. Chaque étudiante reçoit une bourse annuelle de 400 €, couvrant les frais académiques et certains besoins essentiels.

L’objectif est de permettre à ces jeunes filles d’acquérir une formation de qualité et de devenir autonomes. Il s’agit d’un renouvellement du projet pour une durée de trois ans, les résultats obtenus jusqu’à présent étant très positifs et encourageant la poursuite de notre engagement

SOUTENIR LE PROJET

République Démocratique du Congo – Soutien aux étudiantes de ULPGL Bukavu

À Bukavu, la crise économique provoquée par la COVID-19, aggravée par le conflit armé dans l’Est de la RDC, a fortement fragilisé les ménages. La baisse des revenus, les déplacements de populations et l’instabilité ont conduit de nombreuses familles à sacrifier l’éducation, en particulier celle des femmes.

Pour répondre à cette urgence, l’Université Libre des Pays des Grands Lacs (ULPGL-Bukavu) met en place un projet de soutien aux étudiantes en Théologie. D’une durée de trois ans (2025–2028), il prévoit le financement complet des frais académiques de 12 étudiantes par an, soit 36 bénéficiaires au total. Le projet inclut également des actions de sensibilisation auprès des églises et des communautés afin de promouvoir la poursuite des études et l’égalité des chances.

L’objectif est de réduire le taux d’abandon scolaire des femmes, de préserver leur droit à l’éducation et de leur offrir de meilleures perspectives d’avenir malgré le contexte de crise.SOUTENIR LE PROJET

République Démocratique du Congo – Restauration et protection du corridor de Songolo

Le développement rapide des petites et moyennes entreprises agricoles et agroalimentaires le long du corridor Boma–Kinshasa (Kongo Central) stimule l’économie locale, mais accentue également la pression environnementale. La déforestation, l’érosion des sols, le ruissellement et la pollution menacent durablement cet espace stratégique.

Face à ces risques, le CRAFOD, à travers son Centre d’Apprentissage de Proximité (CAP) de Songololo, met en œuvre un projet visant à protéger le corridor et promouvoir des pratiques agricoles durables, notamment la permaculture et l’agriculture biologique.

Le projet prévoit :

  • la sensibilisation des communautés locales à la protection de l’environnement ;
  • le reboisement du site avec des espèces adaptées et l’installation de dispositifs anti-érosifs ;
  • la formation des populations à la maîtrise des feux de brousse ;
  • la construction d’une latrine éco-santé permettant de transformer les déchets humains en engrais organique.

L’objectif général est de créer une dynamique de plantation agroforestière communautaire, d’améliorer la gestion durable des terres et de renforcer les capacités des ménages agricoles environnants.SOUTENIR LE PROJET

Tunisie – Réhabilitation des sols et autonomie fourragère

En Tunisie, 80 % des terres agricoles sont touchées par la dégradation des sols, en raison de pratiques agricoles non durables et de sécheresses répétées. Cette situation fragilise la sécurité alimentaire, réduit la productivité des exploitations et accroît la dépendance des éleveurs à l’achat de fourrage, dont les prix sont instables. La production fourragère locale, peu diversifiée et techniquement limitée, ne couvre qu’une faible part des besoins du bétail.

Dans ce contexte, l’ATAE accompagne les petits et moyens producteurs ruraux vers des pratiques agroécologiques, notamment la mise en place de banques vertes : des parcelles d’arbres et d’arbustes fourragers permettant de restaurer les sols, stocker du carbone et fournir une alimentation résistante à la sécheresse. Le projet vise à installer 20 banques vertes dans les régions de Jendouba, Kairouan et Mahdia, bénéficiant à 20 agriculteurs (5 à 7 par région).

L’objectif général est de renforcer l’autonomie des agro-éleveurs, de réduire la dégradation des sols et de favoriser la séquestration du carbone, tout en introduisant des pratiques agroécologiques durables et adaptées aux besoins des producteurs.SOUTENIR LE PROJET




Le Défap au Cameroun : renforcer, structurer et projeter l’avenir

Du 17 au 26 novembre 2025, Jean-Pierre Anzala, responsable de l’échange théologique, a conduit une mission au Cameroun pour le Défap, dans le cadre des partenariats de longue date entretenus avec des institutions ecclésiales et académiques d’Afrique centrale. Cette mission avait pour objectifs de consolider les cadres de coopération existants, d’établir un bilan des actions menées conjointement ces dernières années et d’ouvrir des perspectives nouvelles au service de la formation théologique et du développement.

Consolider le partenariat académique avec l’UPAC

Une étape majeure de la mission a été la rencontre avec les autorités de l’Université Protestante d’Afrique Centrale (UPAC) à Yaoundé. Fondée par douze Églises, l’UPAC poursuit une vocation affirmée de service à l’humanité à travers ses facultés, tout en cherchant à renforcer son autonomie institutionnelle et la reconnaissance officielle de ses formations.

Les échanges ont permis de dresser un bilan lucide du partenariat avec le Défap : un soutien apprécié à la recherche par l’attribution de bourses doctorales et postdoctorales, une collaboration bibliothécaire active avec la CLCF, mais aussi la volonté de renforcer les échanges académiques.

Dialoguer avec les Églises et leurs instances représentatives

La mission a également été l’occasion de rencontres importantes avec plusieurs Églises et instances protestantes du Cameroun et de la région.

Au Conseil des Églises Protestantes du Cameroun (CEPCA), qui rassemble plus de douze millions de fidèles, les échanges ont souligné l’importance du dialogue entre Églises et partenaires internationaux. Ensemble, les participants ont évoqué des pistes pour renforcer la formation théologique, encourager les échanges avec d’autres Églises, notamment en France, et soutenir des actions concrètes dans le domaine de la santé.

Les rencontres avec l’Église Évangélique Luthérienne du Cameroun (EELC) ont permis de raviver des liens anciens et de réfléchir à de nouvelles formes de coopération. Les discussions ont porté sur la formation des pasteurs et des responsables de jeunesse, l’accès à des ressources théologiques adaptées, ainsi que sur les défis du vivre-ensemble dans un contexte religieux parfois tendu.

Enfin, les échanges avec l’Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine (EELRCA) ont mis en lumière les besoins et les espérances d’une Église engagée sur le terrain, notamment dans la formation, l’annonce de l’Évangile et les actions de développement et de solidarité. Le souhait de renforcer les liens et les échanges réguliers avec le Défap y a été fortement exprimé.

Le volontariat international : un engagement humain et structurant

La mission au Cameroun a accordé une attention particulière au suivi des Volontaires de Solidarité Internationale (VSI), dimension essentielle de l’action du Défap. En tant que responsable pays, il a conduit des entretiens approfondis avec les deux volontaires actuellement en poste, afin d’évaluer leurs conditions de mission.

À Bafoussam, Malicka Sanon, VSI auprès du CIPCRE-Cameroun, a partagé une expérience marquée par la richesse du relationnel, un fort engagement spirituel et une implication collective remarquable de l’équipe locale. Cette expérience, vécue comme profondément transformatrice, invite par ailleurs à améliorer les outils de transmission entre volontaires, afin de sécuriser la continuité des missions.

À l’UPAC, le suivi du Docteur Célin Nzambé, VSI en charge de la gestion administrative des enseignements, a confirmé la pertinence de son positionnement au cœur d’un projet académique structurant. Sa mission contribue directement au renforcement institutionnel de l’établissement.

Au terme de cette mission, un constat s’impose : les partenaires camerounais et régionaux manifestent une volonté forte de renouveler, formaliser et approfondir leurs relations avec le Défap. La mission a permis de poser les bases d’un travail structurant autour de nouveaux protocoles d’accord, de projets concrets et de réflexions théologiques partagées.




Le Défap au Congo-Brazzaville et en RDC : Renforcer les partenariats théologiques

Du 20 au 31 octobre 2025, Jean-Pierre Anzala, responsable de l’échange théologique au Défap, a mené une mission stratégique au Congo-Brazzaville et en République démocratique du Congo. Cette mission s’inscrit dans l’engagement de longue date du Défap en faveur de la formation théologique universitaire, du renforcement des institutions partenaires et du développement de relations fondées sur un partenariat durable. Elle avait pour objectifs principaux d’assurer le suivi des coopérations existantes, d’évaluer les besoins exprimés par les partenaires et d’identifier de nouvelles perspectives de collaboration à moyen et long terme.

Au cœur de cette mission : la rencontre avec plusieurs universités protestantes et acteurs institutionnels majeurs, à Brazzaville, Kinshasa, Goma, Bukavu, Kananga et Boma, afin d’évaluer les coopérations existantes, d’identifier de nouveaux besoins et d’ouvrir des perspectives concrètes pour l’avenir, dans des contextes marqués par de fortes contraintes économiques et structurelles.

Consolider les universités partenaires et encourager leur autonomie

La visite de l’Université Protestante au Congo (UPC) et des universités partenaires en RDC (UPRECO, ULPGL Goma et Bukavu, UEA, UAC de Boma) a permis de mesurer le dynamisme du réseau universitaire protestant, tout en mettant en lumière les défis structurels auxquels ces établissements sont confrontés : infrastructures vieillissantes, besoin de mobilité des enseignants, digitalisation des enseignements, financement de la recherche et soutien aux étudiants.

Dans chaque rencontre, le Défap a été reconnu comme un partenaire de confiance, engagé non seulement dans l’octroi de bourses, mais aussi dans une réflexion plus large sur l’autonomie financière des universités, le développement de projets générateurs de revenus, la valorisation de leurs ressources propres et la préservation de leur patrimoine. Cette approche marque un changement de paradigme partagé : passer d’une logique de dépendance à une véritable interdépendance, fondée sur la coresponsabilité et la durabilité des institutions.

Soutenir la formation théologique, en particulier celle des femmes

Un axe fort de la mission a porté sur la formation théologique des femmes, soutenue de manière constante par le Défap. À Goma et Bukavu notamment, les responsables universitaires ont exprimé leur reconnaissance pour les bourses accordées, qui ouvrent des perspectives nouvelles aux étudiantes et renforcent leur place dans la vie académique et ecclésiale.

Ce soutien appelle aujourd’hui un plaidoyer plus large, afin que les Églises locales reconnaissent pleinement l’importance de la formation théologique des femmes, y compris pour l’accès au ministère pastoral. Le Défap est ainsi encouragé à poursuivre et à amplifier son action dans ce domaine, en dialogue étroit avec les responsables ecclésiaux et académiques africains.

Développer la recherche, la mobilité et les coopérations internationales

La mission a également permis d’identifier des pistes concrètes de développement académique : programmes d’échanges de professeurs, congés de recherche pour doctorants et enseignants, mutualisation des cours entre universités, création de centres spécialisés – notamment pour la traduction de la Bible en langues locales – et accompagnement de la formation continue des pasteurs.

Le Défap est sollicité comme facilitateur de partenariats interuniversitaires Nord-Sud, Sud-Nord et Sud-Sud, notamment avec des institutions françaises comme l’Institut protestant de théologie, ainsi qu’avec les acteurs de la diplomatie universitaire et culturelle française présents dans la région. Ces coopérations visent à renforcer la qualité de l’enseignement, à soutenir la recherche et à favoriser la circulation des savoirs.

Au terme de cette mission dense et riche en rencontres, un constat s’impose : le Défap joue un rôle clé dans le paysage de la formation théologique francophone en Afrique centrale. En accompagnant ses partenaires dans leurs transformations, en soutenant la recherche, la mobilité et la formation des femmes, et en favorisant des partenariats structurants, le Défap contribue à bâtir des institutions théologiques solides, ouvertes sur le monde et ancrées dans leurs réalités locales.

Cette mission au Congo-Brazzaville et en RDC marque ainsi une étape importante dans le renforcement de partenariats appelés à se consolider dès les prochaines années, au service des Églises, de la formation universitaire et des sociétés africaines.




Le Défap au Sénégal : un projet au cœur des enjeux de développement rural

Le 1er novembre 2025, dans le cadre de sa mission au Sénégal, Maëlle Nkot, responsable des projets et des partenariats au Défap, a visité la paroisse de Mbetite, relevant de l’Église Luthérienne du Sénégal (ELS). Cette visite avait pour objectif de faire un point d’étape sur un projet de mini-forage soutenu par le Défap, destiné à améliorer l’accès à l’eau et à soutenir des activités agro-pastorales génératrices de revenus.

Un village confronté à la rareté de l’eau douce

Situé dans la région de Fatick, à environ 250 kilomètres de Dakar, Mbetite est un village rural regroupant une paroisse composée de huit congrégations issues des villages environnants. L’accès à l’eau douce y constitue un enjeu majeur. L’eau du réseau public est salée, obligeant les habitants — y compris ceux raccordés — à s’approvisionner dans des puits situés dans les bas-fonds.C’est dans ce contexte qu’un projet de mini-forage a été lancé, avec une ambition double : répondre à un besoin vital et permettre le développement d’activités agro-pastorales susceptibles de générer des revenus pour la paroisse, notamment dans un contexte ecclésial fragilisé par le retrait de la mission finlandaise et la prise en charge locale des salaires pastoraux.

Les réalisations du projet de Mbetite

Le constat dressé lors de la visite est contrasté. Les infrastructures prévues ont bien été réalisées : forage, réservoir, portail, grillages de sécurisation des parcelles. Toutefois, le forage, d’une profondeur de 24 mètres, capte une eau salée, le rendant impropre à l’usage prévu. Cet imprévu limite fortement l’impact immédiat du projet, mais n’annule pas les réalisations déjà engagées ni la dynamique communautaire enclenchée.

Malgré l’absence d’eau douce exploitable, les fonds mobilisés ont permis plusieurs avancées significatives. Des arbres fruitiers — manguiers et citronniers — ont été plantés après l’abattage d’arbres sauvages, marquant une volonté d’inscrire le projet dans une perspective de long terme. Une personne sera chargée de l’arrosage de ces arbres avec de l’eau douce livrée par citerne, même si cette solution ne peut s’appliquer au maraîchage. La communauté prévoit également la construction d’un poulailler. Celle-ci est volontairement différée à la saison des pluies afin d’éviter les pertes liées aux fortes chaleurs. La paroisse a par ailleurs profité de cette dynamique pour engager des réfections utiles à la vie communautaire, notamment la construction de toilettes accessibles au public et l’aménagement de salles destinées au futur poulailler.

Des pistes pour l’avenir du projet

Plusieurs options techniques ont été évoquées. L’hypothèse d’un forage plus profond (jusqu’à 80 mètres) a été suggérée, mais nécessite impérativement l’avis d’un géologue ou hydrologue afin d’en évaluer la faisabilité. L’option d’un système de filtration a été écartée, jugée trop coûteuse, énergivore et inadaptée à un usage agricole. Le renforcement des grillages est également envisagé pour protéger les parcelles des animaux en période de sécheresse. Au-delà des difficultés, la visite a été marquée par la détermination et l’optimisme de la communauté. Ngor Sene, président de la paroisse, a souligné que le projet bénéficie à l’ensemble du village. La plantation des arbres symbolise cet état d’esprit : ne pas se laisser paralyser par l’absence d’eau, mais continuer à agir. L’accueil réservé à la délégation du Défap a été particulièrement chaleureux, témoignant d’une profonde reconnaissance pour ce soutien.




La philatélie au Défap : un service discret, une solidarité bien réelle

Au sein des locaux du Défap, un service aussi discret qu’essentiel poursuit sa mission de solidarité internationale : la philatélie. Bien plus qu’un art du collectionneur, elle devient ici un levier concret de financement au service de l’éducation et de l’égalité des chances. Six bénévoles retraités œuvrent avec patience et précision pour donner une seconde vie aux timbres reçus. Yves, passionné depuis l’enfance, trie et classe minutieusement les pièces qui arrivent chaque semaine tandis que Roger, cartophile, s’attache quant à lui aux cartes postales. Ensemble, ils accomplissent un travail de fourmi dont les bénéfices alimentent un projet crucial : l’accès à l’enseignement supérieur pour des jeunes filles en République Démocratique du Congo.

Des bourses d’études pour les jeunes filles de l’UPRECO

Depuis 2018, le Défap soutient l’UPRECO (Université Presbytérienne du Congo), l’une des institutions de notre réseau les plus fragilisées. Implantée dans le Kasaï, région éloignée des centres décisionnels et marquée par l’instabilité, l’université subit une précarité chronique : bâtiments en dégradation, professeurs impayés, infrastructures limitées. Dans ce contexte difficile, les jeunes filles sont les premières victimes. Coutumes, pauvreté, mariages précoces ou précarité les éloignent trop souvent des études.Pour répondre à cet enjeu, l’UPRECO a mis en place, avec l’appui du Défap, un programme de bourses destiné aux étudiantes issues de familles très pauvres. Ces bourses financent les frais académiques, la documentation et une partie des soins médicaux. Les candidates sont sélectionnées par une commission spécifique, sur la base de critères exigeants : obtention du diplôme d’État, engagement chrétien, réputation dans la communauté et situation de grande vulnérabilité. Dix jeunes filles bénéficient ainsi chaque année de ce soutien, qui ouvre la voie à une licence en trois ans.Ce programme trouve ses origines dans un engagement porté autrefois par la Fédération des Femmes Protestantes Suisses, repris depuis par le Défap lorsque ce financement s’est arrêté. Aujourd’hui, la quasi-totalité des ressources permettant de poursuivre cette action provient… du service Philatélie. Or les revenus tirés des ventes de timbres diminuent, alors même que les besoins dans la région s’intensifient.

Comment contribuer ?

Le service Philatélie du Défap collecte, trie et vend les timbres reçus, aussi bien à des particuliers qu’à des grossistes. Chacun peut contribuer à ce travail de solidarité :

  • en donnant de vieilles collections ou des timbres récents,
  • en achetant les lots préparés par les bénévoles (pochettes de 100 timbres identiques, timbres de valeur, cartes triées par thèmes ou pays).

Les visiteurs peuvent prendre rendez-vous pour découvrir les collections sur place et échanger avec les bénévoles. Chaque timbre confié ou acheté participe directement à ouvrir l’avenir d’une étudiante du Kasaï. Derrière ces petits morceaux de papier se joue une grande cause : permettre à des jeunes filles de poursuivre leurs études, de gagner en autonomie et de devenir, demain, des actrices du développement de leur communauté.

Contactez-nous




Le Défap à Djibouti : au plus près des acteurs et des projets de l’EPED

Du 16 au 23 octobre 2025, Vincent Nême-Peyron, secrétaire général du Défap et Jean-Luc Blanc, président de la Communauté des Églises Protestantes Francophones (CEPF) se sont rendus à Djibouti pour assurer le suivi du partenariat avec l’Église Protestante Évangélique de Djibouti (EPED), rencontrer les acteurs engagés sur le terrain et faire le point sur les projets en cours. La mission visait également à rencontrer le pasteur Bernard Folly, nouvel envoyé en VSI, et à échanger avec les deux autres volontaires portés par le Défap.

À Djibouti, le Défap renforce son partenariat avec l’EPED

Pour le Secrétaire général du Défap, cette mission constituait une première découverte du pays, de l’EPED, un espace mixte, cultuel et social, et des femmes et des hommes qui le portent. L’objectif était d’exprimer la gratitude du Défap aux autorités djiboutiennes, tout en réaffirmant que l’EPED s’inscrit dans un réseau solide, étroitement relié au protestantisme français. Les échanges avec les agences d’État et les organisations internationales ont permis de revenir sur les projets déjà menés et d’esquisser les prochaines étapes. Parmi les actions évoquées figurent la formation en infographie destinée aux personnes porteuses de handicap en partenariat avec l’ANPH, le soutien à l’enseignement du français assuré par l’Ambassade de France, ainsi que la mise en place de sessions de coupe et couture pour de jeunes filles, qui repartiront avec leur machine à coudre. Le dialogue a également porté sur le développement d’une filière de formation en énergie solaire menée avec le Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle, lequel mobilise des enseignants du secteur public, ainsi que sur la formation des enseignants à la prise en charge des enfants à besoins spécifiques, dans une perspective d’inclusion renforcée.

Cette mission a permis de rencontrer le pasteur Bernard Folly, nouveau directeur du centre de formation en Volontariat de Solidarité Internationale. Après une période initiale d’installation, il est soucieux de s’intégrer pleinement, en travaillant d’une part en lien avec Pierre Tshimanga, administrateur de l’EPED mais aussi en apprenant l’anglais. Formé en éco-agriculture, il nourrit l’ambition de mettre ses compétences au service de nouveaux projets dans ce domaine, malgré un climat local peu propice qui rend ce défi particulièrement exigeant.

Un temps a été consacré à la rencontre des nombreux partenaires de l’EPED notamment l’aumônerie protestante aux armées présent au culte francophone, l’Agence nationale des personnes handicapées (ANPH) qui accompagne l’organisation dans ses projets de formation et enfin l’ambassade de France à Djibouti.

Des temps forts au cœur de la mission

Parmi les temps forts de la mission, deux célébrations cultuelles ont eu lieu : un culte anglophone le vendredi matin, puis un culte francophone le dimanche soir. La communauté, véritable mosaïque multiculturelle réunissant des fidèles malgaches, congolais, camerounais, sénégalais, angolais, français, américains, coréens, japonais ou encore kenyans, témoigne d’une diversité théologique assumée. La prédication dominicale était assurée par le pasteur Vincent Nême-Peyron, devant une assemblée de 50 à 60 personnes, un niveau de participation similaire pour chacune des célébrations.

Le séjour a également été marqué par un temps de dialogue interreligieux organisé à l’occasion de la Journée internationale de la paix. Dans les salons d’un grand hôtel de la capitale, représentants chrétiens et musulmans ont échangé autour des enjeux de coexistence et de collaboration sociale. Si certains responsables musulmans étaient présents, les imams invités avaient décliné la participation. La table-ronde, présidée par Jean-Luc Blanc, a permis d’aborder sans détour des sujets sensibles, notamment la question de la dhimmitude. Tous les participants ont toutefois souligné la qualité des relations intercommunautaires à Djibouti et exprimé leur souhait de renforcer les initiatives communes au service de la société.

Cette mission confirme la solidité et la pertinence du partenariat engagé avec l’EPED. Elle a offert un aperçu concret du travail d’une Église solidement enracinée dans la société djiboutienne et engagée au cœur d’enjeux humains et sociaux. La diversité des collaborations menées avec les institutions nationales et les organisations internationales présentes sur place témoigne de la rigueur, de la prudence et de l’efficacité de son action.




Haïti, le prix de l’indépendance : Retour sur le colloque de la Plateforme Haïti

La Plateforme Haïti : un réseau de solidarité entre protestantismes français et haïtien

La Plateforme Haïti regroupe depuis 2008 plusieurs organisations protestantes françaises engagées aux côtés de la Fédération Protestante d’Haïti (FPH). Née après le cyclone qui a ravagé l’Artibonite, elle répond à un constat simple : Haïti traverse des crises profondes qui exigent une coopération structurelle, pas seulement de l’urgence.

Ses missions :

  • coordonner les actions humanitaires et sociales ;
  • partager l’information entre acteurs français et haïtiens ;
  • évaluer les projets portés par les partenaires haïtiens ;
  • informer le public français sur l’actualité d’Haïti ;
  • valoriser les initiatives menées sur le terrain.

Elle réunit notamment le SEL, ADRA France, le Défap, La Cause, la Mission Biblique et des représentants des Églises haïtiennes en France. En 2025, face à une situation nationale dramatique, la Plateforme intensifie son rôle d’alerte et de réflexion, notamment autour de la question de la dette d’indépendance qui marque encore le pays.

Pourquoi un colloque sur “Haïti, le prix de l’indépendance” ?

Le colloque s’inscrit dans le bicentenaire de 1825, année où la France a imposé à Haïti une indemnité de 150 millions de francs-or pour reconnaître son indépendance. Cette dette — financée par des emprunts coûteux — a absorbé pendant un siècle une grande partie des recettes du pays, freinant son développement et laissant des traces durables : infrastructures sous-financées, État affaibli, inégalités croissantes et dépendance extérieure.

Aujourd’hui, Haïti traverse une crise sans précédent : effondrement des institutions, violences des gangs, crise alimentaire, déplacements massifs. La question de la justice historique redevient centrale.

En avril 2025, Emmanuel Macron reconnaît une « faute morale » mais n’annonce aucune réparation. Une commission franco-haïtienne est créée, mais sans engagements financiers. Dans ce contexte, la Plateforme Haïti souhaite relancer le débat et offrir un espace de réflexion en rassemblant historiens, économistes, théologiens, sociologues et acteurs de terrain.

Trois jours pour comprendre l’histoire, les blessures et les chemins possibles

Ouverture avec la projection du documentaire “Haïti, la rançon de l’indépendance”

L’événement s’est ouvert par la projection du film de Wandrille Lanos, enquête rigoureuse menée entre Paris et Port-au-Prince, explorant les archives diplomatiques françaises et celles de la Caisse des Dépôts. Le documentaire revient sur l’histoire de l’indépendance de 1804 et sur la mécanique financière qui a piégé Haïti dans un siècle de remboursement. Cette soirée introductive a permis d’entrer dans la complexité historique qui allait structurer les débats du lendemain.

Un colloque d’experts à la Fédération Protestante de France

La journée s’est ouverte par un discours de Christian Krieger, président de la Fédération protestante de France, suivi par Jean-Marc Ayrault, président de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, soulignant l’enjeu mémoriel, politique et moral de cette histoire partagée.

Retour historique et crise actuelle

Le politologue Jacques Nési a retracé deux siècles de vie politique haïtienne, montrant comment la dette a contribué à fragiliser l’État et à alimenter instabilité, corruption, conflits internes et dépendances étrangères. Son analyse du prix politique de la dette a trouvé un écho direct dans l’exposé de Michel Forst, rapporteur spécial de l’ONU, qui a décrit sans détour la réalité actuelle du pays : des gangs surarmés contrôlant des pans entiers du territoire, un État paralysé, une mission internationale en difficulté, une insécurité alimentaire critique et un effondrement économique généralisé.

Les conséquences multiformes de la dette : économie, sociologie, théologie

Trois experts — Denis Cogneau, Henri Claude Telusma, Corinne Lenoir — ont proposé une analyse croisée exceptionnelle :

Économiquement, la dette haïtienne de 1825 équivalait à 240 % du revenu annuel national, un record mondial. À titre de comparaison, l’indemnité imposée au Maroc par l’Espagne en 1860 représentait 2 % de son revenu annuel. Aucun autre pays n’a subi une charge aussi lourde à la naissance de son indépendance.

Sociologiquement et philosophiquement, la dette a engendré :

  • une peur symbolique de la liberté, intériorisée comme un risque ;
  • une survalorisation du blanc, perçu comme détenteur du pouvoir légitime ;
  • une psychologie collective de la punition : la réussite comme menace ;
  • un impact spirituel profond : fragilisation de la foi chrétienne, lourde d’ambivalences liées au passé colonial.

Religieusement, le christianisme coexiste avec le vaudou, perçu comme une résistance culturelle et un ancrage identitaire autonome. La dette a façonné ces dynamiques spirituelles.

Restitution, réparations, coopération : quelles voies possibles ?

Dans une intervention très attendue, le géographe Jean-Marie Théodat a interrogé les enjeux concrets d’une restitution : Qui devrait payer ? À qui ? Sous quelle forme ? Pour quels objectifs collectifs ? Il a plaidé pour une coopération caribéenne renouvelée, structurée et non uniquement symbolique.

Un temps spirituel et communautaire

Le colloque s’est conclu par un culte animé par la communauté haïtienne du temple de l’Étoile. Un moment de prière, de mémoire et de solidarité, accompagné d’une invitation adressée à toutes les paroisses : consacrer un temps d’information, de recueillement et de soutien à Haïti.

Conclusion

Le colloque « Haïti, le prix de l’indépendance » a su mettre en lumière une réalité essentielle : la situation actuelle d’Haïti n’est pas le produit du seul présent, mais celui de siècles de domination, d’indemnités illégitimes, de catastrophes naturelles, d’ingérences et de dysfonctionnements internes.

En rassemblant experts, acteurs humanitaires, théologiens, politiques et communautés protestantes, la Plateforme Haïti a offert un espace rare : un lieu pour comprendre, nommer les injustices et ouvrir des pistes d’avenir.




Événement – Haïti, le prix de l’indépendance

En 1825, la France reconnaissait officiellement l’indépendance d’Haïti, premier État noir libre né d’une révolution d’esclaves. Mais cette reconnaissance s’est accompagnée d’une indemnité colossale imposée au jeune pays, marquant durablement son développement économique et social. Deux siècles plus tard, les répercussions de cette « dette de l’indépendance » restent au cœur des débats.C’est dans ce contexte de mémoire et d’actualité que la Plateforme Haïti, sous l’égide de la Fédération protestante de France, organise un événement d’envergure à Paris du 28 au 30 novembre 2025 : « Haïti : le prix de l’indépendance ». Cette initiative a pour ambition de fédérer autour d’Haïti un engagement à la fois solidaire, réflexif et spirituel

Trois jours pour réfléchir ensemble

Jour 1 — Vendredi 28 novembre (20h30)Soirée d’ouverture avec la projection du film « Haïti, la rançon de l’indépendance » de Wandrille LANOS. Un moment fort pour revisiter la mémoire du combat pour l’indépendance haïtienne. Suivi d’un débat avec Jean-Marie Theodat et Henry-Claude Telusma

Jour 2 — Samedi 29 novembre (9h30-17h00)Le colloque s’ouvrira avec une allocution de Jean-Marc Ayrault et réunira des intervenants de renom, dont Jacques Nesi, Michel Forst, Jean-Claude Girondin, Jean Marie Théodat et Corinne Lanoir. Les échanges dépasseront le cadre historique pour questionner la réalité contemporaine : dette mémorielle, crises politiques, reconstruction et perspectives d’avenir.

Jour 3 — Dimanche 30 novembre (après-midi)Un culte animé par la communauté haïtienne aura lieu au Temple de l’Étoile à Paris, ouvert à toutes les paroisses désireuses de manifester leur soutien. Ce moment mêlera information, prière et solidarité. Le culte pourra être suivi en direct sur YouTube.

Informations pratiques

Lieux:

  • Fédération protestante de France: 47 rue de Clichy, 75009 Paris
  • Temple de l’étoile: 54-56 Av. de la Grande Armée, 75017 Paris

Partenaires de Plateforme Haïti:

Mission Biblique | La Cause | SEL | Fédération Protestante de France | ADRA | Église du Nazaréen | DéfapContacts et inscriptions

  • Sylvain Cuzent : cuzent.sylvain@gmail.com
  • Philippe Verseils : philippe.verseils@wanadoo.fr

Télécharger le programme




Courrier de mission : Haïti, le prix de l’indépendance

Sous l’égide de la Fédération protestante de France, la Plateforme Haïti organise à Paris, du 28 au 30 novembre 2025, l’événement « Haïti : le prix de l’indépendance ». Ce colloque a pour ambition de rassembler autour d’Haïti des le public et les communautés engagés dans une démarche à la fois solidaire, réflexive et spirituelle.

À cette occasion, Le Courrier de mission a rencontré Philippe Verseils, représentant de la Plateforme Haïti. Dans cet entretien, il partage son parcours d’envoyé en Haïti, son engagement auprès de ce pays et son regard sur la situation politique et économique actuelle.

ÉCOUTER L’ÉPISODE




Ensemble pour une agriculture plus durable au Togo

Encourager des pratiques agroécologiques

Le Secaar (Service Chrétien d’Appui à l’Animation Rurale), acteur majeur du développement rural en Afrique, s’engage à trouver des solutions concrètes face aux défis liés à l’usage intensif d’engrais chimiques et de pesticides. Pour accompagner les agriculteurs et agricultrices dans cette transition, le Secaar met en place un projet innovant qui vise à :

  • Remplacer les produits chimiques de synthèse par des alternatives naturelles (biopesticides et compost) ;
  • Former les agriculteurs aux pratiques agroécologiques et au séchage solaire de légumes produits localement ;
  • Réduire l’empreinte écologique des exploitations agricoles en limitant leurs émissions de gaz à effet de serre.

À travers ce projet, le Secaar ne se limite pas à la sensibilisation : il fournit aux producteurs des outils et un savoir-faire pour une agriculture plus responsable, durable et respectueuse de l’environnement.

Une initiative rendu possible grâce à votre soutien

En début d’année 2025, le Défap a lancé une campagne d’appel aux dons afin de soutenir ce projet. Résultat : 6 300 € ont pu être réunis, garantissant sa mise en œuvre.Ce financement provient :

  • à 58,3 % du Défap, dans le cadre de son programme de compensation carbone ;
  • à 41,7 % des contributions généreuses des donateurs et donatrices.

Un bel exemple de coopération et de solidarité pour rendre possible une initiative porteuse d’avenir.

Le projet entre en action

Grâce à ces financements, le Secaar a déjà pu franchir une étape décisive. Deux machines essentielles ont été achetées et réceptionnées : une machine de fabrication de bioprotecteurs et un séchoir solaire. Le 19 septembre, des membres de l’équipe du Secaar ont suivi une formation pour apprendre à utiliser ces équipements. Ces outils permettront non seulement de réduire l’usage des intrants chimiques, mais aussi d’ouvrir de nouvelles perspectives de valorisation des produits agricoles locaux.




Le Défap au Bénin: le CIPCRE pour le développement holistique et l’accueil des envoyés

Du 29 mai au 3 juin 2025 Maëlle Nkot, Responsable projets et partenariats au Défap, s’est rendue au Bénin afin de découvrir les activités du Cercle International pour la Promotion de la Création au Bénin (CIPCRE-Bénin), nouveau partenaire du Défap via le réseau Secaar, et d’explorer des pistes de collaboration concrète autour de projets environnementaux et de l’accueil de volontaires.

La rencontre d’un partenaire engagé : le CIPCRE-Bénin

Créée en 1990 au Cameroun et implantée depuis 1995 au Bénin,le Cercle International pour la Promotion de la Création (CIPCRE) est une organisation non gouvernementale d’écologie et de développement holistique. Elle se veut à la fois un espace de promotion du dialogue social, et un acteur de défense des droits humains et de la démocratie. Son ancrage institutionnel, ses partenariats internationaux (Pain pour le Monde, DM, Plan International France, Eriks Development Partner, etc.) et sa proximité avec les autorités locales en font un acteur clé au service du bien commun.

Sa mission est de favoriser la transformation des structures sociales et de renforcer les capacités des populations les plus vulnérables, afin qu’elles puissent mieux prendre en main leur propre développement.Dans ses zones d’intervention, le CIPCRE s’attache à contribuer à l’éradication de la pauvreté et de la faim, à promouvoir les droits des femmes et des enfants, et à encourager l’émergence d’une société pacifique, capable de réduire sa vulnérabilité face aux changements climatiques.

Les biodigesteurs : une innovation au service des communautés

La mission a permis de visiter deux projets de biodigesteurs, un dispositif qui permet de transformer les déchets agricoles ou ménagers, tels que les restes alimentaires ou les résidus agricoles, en ressources utiles. Grâce à un processus naturel de décomposition contrôlée, le biodigesteur produit d’une part un digestat riche en nutriments, utilisable comme fertilisant naturel pour enrichir les sols, et d’autre part du biogaz, une énergie renouvelable pouvant servir à la cuisson ou à l’éclairage. Cette technologie présente de nombreux avantages : elle réduit considérablement la quantité de déchets à gérer, limite les nuisances (odeurs, nuisibles), diminue la dépendance au bois de chauffe et aux énergies fossiles, et génère des économies en matière de gestion des déchets et d’achat d’engrais ou de combustible. En favorisant la valorisation locale des déchets, le biodigesteur contribue ainsi à un modèle de développement plus durable, à la fois écologique et économique.À Kpanoukpadé, le projet, financé par l’Entraide Luthérienne de Paris, a été reçu avec enthousiasme par la population locale qui s’est montrée très intéressée, disposée à participer à la mise en œuvre et déjà demandeuse d’un deuxième biodigesteur. À Agbonan, le projet de biodigesteur financé par le Défap (dans le cadre de sa démarche de compensation carbone) servira à alimenter la cantine scolaire de l’école primaire publique et les fertilisants seront distribués aux paysans du village.

Ces projets de biodigesteurs pourront potentiellement être dupliqués dans d’autres villages ou communes, en fonction des besoins et des possibilités de financements. La commune de Bonou, dont dépend le village d’Agbonan a même déjà manifesté son intérêt pour ce projet.

Ces projets montrent comment l’innovation écologique peut répondre à des enjeux multiples : accès à l’énergie, lutte contre la déforestation, amélioration de la sécurité alimentaire et développement communautaire.

La Quinzaine Environnementale : un temps fort de mobilisation

La mission a également coïncidé avec le lancement de la 3ᵉ édition de la Quinzaine Environnementale, organisée par le CIPCRE-Bénin. Placée en 2025 sous le thème « Mettre fin à la pollution plastique », cette initiative touche 17 villages dans 11 communes et propose reboisement, assainissement, actions de sensibilisation et alternatives concrètes aux plastiques. À Agbonan, le lancement a réuni autorités locales et départementale, enseignants, élèves et responsables du CIPCRE autour d’actions symboliques et éducatives : sensibilisation sur la pollution plastique, dons de poubelles, tri des déchets, plantation d’arbres.

L’accueil des futurs envoyés du Défap

Cette mission a également permis d’aborder la question de l’accueil des volontaires envoyés par le Défap. Le CIPCRE-Bénin s’est montré pleinement ouvert à accueillir des envoyés, quelle que soit leur confession.L’accueil se fait prioritairement en famille, dans un esprit d’hospitalité et de proximité, avec une attention portée aux conditions de logement. Cette expérience a déjà été menée avec succès pour d’autres volontaires internationaux, notamment ceux envoyés par DM, et le Défap pourra s’appuyer sur ce savoir-faire pour déployer de futures missions.

Cette mission confirme la pertinence du partenariat entre le Défap et le CIPCRE-Bénin. À travers les projets de biodigesteurs, la mobilisation communautaire et l’accueil de volontaires, une dynamique s’installe, à la croisée des enjeux écologiques, sociaux et partenariaux. Le Défap entend poursuivre cette collaboration, afin de soutenir des initiatives locales porteuses d’impact durable pour les communautés béninoises.