Tu ne commettras pas de meurtre : ni par les armes ni par les mots, ni par les yeux !

Méditation du jeudi 13 février 2020. Cette semaine nous prions pour nos envoyés au Cameroun.

« Ne pensez pas que je sois venu supprimer la loi de Moïse et l’enseignement des prophètes. Je ne suis pas venu pour les supprimer mais pour leur donner tout leur sens. Je vous le déclare, c’est la vérité : aussi longtemps que le ciel et la terre dureront, ni la plus petite lettre ni le plus petit détail ne seront supprimés de la loi, et cela jusqu’à la fin de toutes choses. C’est pourquoi, celui qui écarte même le plus petit des commandements et enseigne aux autres à faire de même, sera le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui l’applique et enseigne aux autres à faire de même, sera grand dans le Royaume des cieux. Je vous l’affirme : si vous n’êtes pas plus fidèles à la volonté de Dieu que les maîtres de la loi et les Pharisiens, vous ne pourrez pas entrer dans le Royaume des cieux. 

Vous avez entendu qu’il a été dit à nos ancêtres : « Tu ne commettras pas de meurtre ; tout homme qui en tue un autre mérite de comparaître devant le juge. » Eh bien, moi je vous déclare : tout homme qui se met en colère contre son frère mérite de comparaître devant le juge ; celui qui dit à son frère : « Imbécile ! » mérite d’être jugé par le Conseil supérieur ; celui qui lui dit : « Idiot !» mérite d’être jeté dans le feu de l’enfer. Si donc tu viens à l’autel présenter ton offrande à Dieu et que là tu te souviennes que ton frère a une raison de t’en vouloir, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord faire la paix avec ton frère ; puis reviens et présente ton offrande à Dieu.

Si tu es en procès avec quelqu’un, dépêche-toi de te mettre d’accord avec lui pendant que vous êtes encore en chemin. Tu éviteras ainsi que ton adversaire ne te livre au juge, que le juge ne te remette à la police et qu’on ne te jette en prison. Je te le déclare, c’est la vérité : tu ne sortiras pas de là tant que tu n’auras pas payé ta dette jusqu’au dernier centime.  »
Matthieu 5, 21-26

Se serrer la main © Pixabay

Jésus le dit de manière radicale : il est venu non pour abolir, mais pour accomplir, toute la loi. Et il ne s’agit pas d’une métaphore ; il souligne bien qu’il parle de la loi dans son ensemble et sa totalité. Car en bon juif il considère que la loi, la halakha, est un chemin de vie et non un code écrit amendable et périssable.

Cependant la loi serait lettre morte si elle n’était sans cesse éclairée par l’esprit et mise en contexte. Alors Jésus développe, à partir d’exemples précis, l’esprit moral et spirituel de la loi. Ainsi l’interdit du meurtre que l’on trouve dans le Décalogue est essentiel et on le trouve au fondement de la plupart des sociétés humaines. Mais Jésus nous demande d’être vigilant dans notre attitude vis-à-vis du prochain. Car la colère, l’insulte, la calomnie sont potentiellement meurtrières, au propre comme au figuré. Dans le judaïsme, l’humiliation, le faux-témoignage, et tout ce qui relève de la « mauvaise langue » est considéré comme une faute presqu’aussi grave que le meurtre et l’idolâtrie. Par opposition, Jésus invite à l’attitude positive, qui seule peut déminer la tentation de la colère et du meurtre : la pratique du pardon pour les offenses que nous nous infligeons mutuellement, et l’esprit de réconciliation. C’est quand nous vivons cela que se révèle l’amour agissant de Dieu dans notre vie. Mais, nous dit Jésus pour nous aider à orienter ainsi notre cœur, écoutons déjà la voix de la sagesse :  à nous complaire dans les chicaneries, les rancœurs, les procès, nous perdrons très sûrement et rapidement, et notre argent, et notre vie !

Je crois au Dieu

Je crois au Dieu qui a posé comme première question à l’humain : où es-tu ?
Je crois au Dieu qui a posé comme deuxième question à l’humain : pourquoi as-tu fait cela ?
Je crois au Dieu qui a posé comme troisième question à l’humain : qu’as-tu fait de ton frère ?
Je crois au Dieu qui a appelé Abraham à le retrouver dans le tête à tête d’une marche dans le désert
Je crois au Dieu qui a appelé Moïse à devenir le libérateur d’un peuple soumis à une dure servitude
Je crois au Dieu qui a appelé David à le chanter dans les sommets et dans les creux de son histoire
Je crois au Dieu qui a parlé en Jésus-Christ : il a appelé, il a enseigné, il a guéri, il a manifesté le règne de Dieu
Je crois au Dieu qui s’est fait serviteur en Jésus-Christ : il s’est agenouillé, il a lavé les pieds de ses disciples, il a donné sa vie
Je crois au Dieu qui s’est fait sauveur en Jésus-Christ : il a souffert sous Ponce Pilate, il a été crucifié, il est mort, il est ressuscité des morts
Je crois au Dieu qui est présent par son esprit : auprès des hommes et des femmes de toutes les langues, de toutes les nations
Je crois au Dieu qui est à la tête d’une église invisible, pécheresse et pardonnée, locale et universelle, diaconale et missionnaire
Je crois au Dieu qui vient au-devant de nous et qui nous attend dans le secret de notre histoire

Antoine Nouis




L’Évangile nous brûle la langue afin que nous le chantions !

Méditation du jeudi 6 février 2020. Cette semaine nous prions pour nos envoyés au Sénégal.

« C’est vous qui êtes le sel du monde. Mais si le sel perd son goût, comment pourrait-on le rendre de nouveau salé ? Il n’est plus bon à rien ; on le jette dehors, et les gens marchent dessus.
« C’est vous qui êtes la lumière du monde. Une ville construite sur une montagne ne peut pas être cachée. On n’allume pas une lampe pour la mettre sous un seau. Au contraire, on la place sur son support, d’où elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. C’est ainsi que votre lumière doit briller devant les hommes, afin qu’ils voient le bien que vous faites et qu’ils louent votre Père qui est dans les cieux. »

Matthieu 5,13-16

Main contenant du sel © Pixabay

Si le sel est vraiment du sel, il ne peut perdre son goût ; il est impérissable. Bien sûr il peut se diluer dans du liquide ou du solide, mais n’est-ce pas justement sa mission : donner du goût aux autres aliments ou les conserver ?

Si la lumière est lumière elle ne peut qu’éclairer, rayonner. Évidemment en cas de couvre-feu, ou en temps de persécution on la protège pour qu’elle ne puisse filtrer jusqu’aux yeux malveillants. Mais si on pose la bougie sous un seau la flamme s’éteindra faute d’oxygène.

Le sel qui n’est plus bon ne l’a sans doute jamais été. Et la lumière, création du premier jour, fut dite bonne aux yeux de Dieu, comme elle doit l’être pour nous, et pour tous. A moins que nous ne préférions les ténèbres ou les clairs-obscurs.

Jésus, le Christ vivant, est le sel de notre vie. Il l’épice et la pimente même. Préférons-nous un régime sans sel et sans saveur ? Mais alors il ne s’agit plus de l’Évangile qui, comme bonne nouvelle, est un éclat de joie, un souffle de bonheur.

Il n’y a rien à cacher de notre amour, et ce ne saurait être de l’impudeur ou un délit à la laïcité que de montrer autour de nous, par notre témoignage en paroles et en actes, que nous ne vivons que d’être aimés, portés, encouragés par le Verbe de Dieu. Afin d’inviter autrui à partager la même liberté, le même sel de vie, la même lumière du monde !

 

Seigneur notre Dieu et notre Père

Nous nous confions à toi, afin que tu transformes nos cœurs et que tu travailles nos vies comme le boulanger pétrit la pâte de son pain.

Que nos prières et nos paroles de louange, qui viennent de toi, soient vraies pour nous.

Qu’elles coulent dans nos jours comme l’eau de la source, purifiant et désaltérant le terreau de nos âmes, afin que puissent germer les fruits de ton amour et de ta volonté.

Que par la force de ton inspiration nous puissions éviter de faire le mal que nous ne voulons pas faire et faire le bien que nous désirons faire.

Et pour les échecs de notre mauvaise volonté, pour les souffrances que nous infligeons à notre prochain, pour les signes manifestes de notre indifférence, pour notre immobilisme, nous te demandons pardon, humblement et filialement !

Donne-nous, Seigneur, le véritable repentir ! Amen




Gestes et paroles autour de Jésus bébé

Méditation du jeudi 30 janvier 2020. Cette semaine nous prions pour notre envoyé au Brésil et sa famille.

Puis le moment vint pour Joseph et Marie d’accomplir la cérémonie de purification qu’ordonne la loi de Moïse. Ils amenèrent alors l’enfant au temple de Jérusalem pour le présenter au Seigneur, car il est écrit dans la loi du Seigneur : « Tout garçon premier-né sera circoncis pour le Seigneur. » Ils devaient offrir aussi le sacrifice que demande la même loi, « une paire de tourterelles ou deux jeunes pigeons. »

Il y avait alors à Jérusalem un certain Siméon. Cet homme était droit ; il respectait Dieu et attendait celui qui devait sauver Israël. Le Saint-Esprit était avec lui et lui avait appris qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Messie envoyé par le Seigneur. Guidé par l’Esprit, Siméon alla dans le temple. Quand les parents de Jésus amenèrent leur petit enfant afin d’accomplir pour lui ce que demandait la loi, Siméon le prit dans ses bras et remercia Dieu en disant : « Maintenant, Seigneur, tu as réalisé ta promesse : tu peux laisser ton serviteur mourir en paix. Car j’ai vu de mes propres yeux ton salut, ce salut que tu as préparé devant tous les peuples : c’est la lumière qui te fera connaître aux nations du monde
et qui sera la gloire d’Israël, ton peuple. »

Le père et la mère de Jésus étaient tout étonnés de ce que Siméon disait de lui. Siméon les bénit et dit à Marie, la mère de Jésus : « Dieu a destiné cet enfant à causer la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de Dieu auquel les gens s’opposeront, et il mettra ainsi en pleine lumière les pensées cachées dans le coeur de beaucoup. Quant à toi, Marie, la douleur te transpercera l’âme comme une épée. »

Il y avait aussi une prophétesse, appelée Anne, qui était la fille de Penouel, de la tribu d’Asser. Elle était très âgée. Elle avait vécu sept ans avec le mari qu’elle avait épousé dans sa jeunesse, puis, demeurée veuve, elle était parvenue à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne quittait pas le temple, mais elle servait Dieu jour et nuit : elle jeûnait et elle priait. Elle arriva à ce même moment et se mit à remercier Dieu. Et elle parla de l’enfant à tous ceux qui attendaient que Dieu délivre Jérusalem. Quand les parents de Jésus eurent achevé de faire tout ce que demandait la loi du Seigneur, ils retournèrent avec lui en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant grandissait et se fortifiait. Il était rempli de sagesse et la faveur de Dieu reposait sur lui.
Luc 2,22-40
 

Grand-mère avec bébé © Pixabay

 
Générations ancienne et nouvelle, rite traditionnel et annonce inédite, évènement joyeux et perspective tragique vont se rencontrer dans ce moment de la berit mila de Jésus à Jérusalem. Il a 8 jours, il est circoncis selon la loi de Moïse, des sacrifices sont offerts au temple. Les jeunes parents se réjouissent.

Mais deux ombres tutélaires se manifestent : un vieux sage, une ancienne prophétesse. Tous deux sont conscients de l’inouï qui surgit dans leur vie et dans l’histoire. Anne se concentre sur l’expression de la louange et de la joie. Siméon, pour sa part, a d’un côté cette magnifique parole d’abandon devant sa consolation : « Seigneur tu peux laisser mourir ton serviteur ! », et de l’autre cette douloureuse lucidité qui lui permet d’annoncer en même temps, et la joie extrême, et l’extrême douleur.

L’évangile est traversé de ce paradoxe insoluble. La vérité illumine et donne vie, en même temps qu’elle blesse et détruit ceux qui ne peuvent la supporter. Alors les âmes pures souffrent et souffriront, tout en sentant battre au plus profond d’elles la joie imprenable de Dieu. C’est sans doute incompréhensible pour qui ne l’a jamais vécu. Mais pour les êtres qui ont fait l’expérience de l’épreuve et de la souffrance, c’est l’ultime et secrète évidence de l’intimité avec Dieu : ce tu à toi de la confidence, de l’écoute, du murmure et de la caresse, comme la mère berçant l’enfant, comme l’ami parlant au creux de l’oreille à son ami. C’est sans doute cela qu’a ultimement vécu la mater dolorosa au pied de la croix, quand Jésus la confia à la tendresse infinie de l’apôtre Jean.

 

J’ai tout remis entre tes mains :
Ce qui m’accable et ce qui me peine,
Ce qui m’angoisse et ce qui me gêne,
Et le souci du lendemain.
J’ai tout remis entre tes mains.
J’ai tout remis entre tes mains :
Le lourd fardeau traîné naguère,
Ce que je pleure, ce que j’espère,
Et le pourquoi de mon destin.
J’ai tout remis entre tes mains.
J’ai tout remis entre tes mains :
Que ce soit la joie, la tristesse,
La pauvreté ou la richesse,
Et tout ce que jusqu’ici j’ai craint.
J’ai tout remis entre tes mains.
J’ai tout remis entre tes mains :
Que ce soit la mort ou la vie,
La santé, la maladie,
Le commencement ou la fin.
Car tout est bien entre tes mains.
Bien que dans l’épreuve, aujourd’hui, je crois.

prière de Patrick Richard




Qu’est-ce que le Royaume des cieux ?

Méditation du jeudi 24 janvier 2020. En cette semaine pour l’unité des chrétiens nous prions pour nos envoyés à La Réunion.

Quand Jésus apprit que Jean avait été mis en prison, il s’en alla en Galilée. Il ne resta pas à Nazareth, mais alla demeurer à Capernaüm, ville située au bord du lac de Galilée, dans la région de Zabulon et de Neftali.

Il en fut ainsi afin que se réalisent ces paroles du prophète Ésaïe : « Région de Zabulon, région de Neftali, en direction de la mer, de l’autre côté du Jourdain, Galilée qu’habitent des non-Juifs ! Le peuple qui vit dans la nuit verra une grande lumière ! Pour ceux qui vivent dans le sombre pays de la mort, la lumière apparaîtra! »

Dès ce moment, Jésus se mit à prêcher : « Changez de comportement, disait-il, car le Royaume des cieux s’est approché ! »

Jésus marchait le long du lac de Galilée, lorsqu’il vit deux frères qui étaient pêcheurs, Simon, surnommé Pierre, et son frère André ; ils pêchaient en jetant un filet dans le lac. Jésus leur dit : « Venez avec moi et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, ils laissèrent leurs filets et le suivirent. Il alla plus loin et vit deux autres frères, Jacques et Jean, les fils de Zébédée. Ils étaient dans leur barque avec Zébédée, leur père, et réparaient leurs filets. Jésus les appela ; aussitôt, ils laissèrent la barque et leur père et ils le suivirent.
Matthieu 4,12-23
 

 
Jésus commence son ministère au moment où Jean est empêché de poursuivre le sien. Ils prononcent les mêmes paroles inaugurales : un appel à la conversion, l’annonce du Royaume qui vient.

Si Jean le baptiste mettait l’accent sur la confession des péchés et le baptême de repentance, la venue de Jésus, interprétée d’après les paroles d’Esaïe, est signe de lumière. Une lumière telle qu’elle devrait aimanter les yeux et les cœurs de tous les humains vers Dieu, de manière presqu’irrésistible. Comme semble irrésistible l’appel très concret que Jésus adresse aux 4 pêcheurs qui vont devenir ses disciples.

Mais comment comprendre et exprimer dans l’histoire humaine l’approche du Royaume des cieux ? Y a-t-il des époques, des temps, où s’opérerait comme une intensification des signes de Dieu ? Y a-t-il des événements qui, plus que d’autres, ont une portée prophétique, ou même eschatologique ? C’est souvent après coup qu’on peut les interpréter comme tels, et mieux vaut se méfier de ceux qui prétendraient connaître les secrets du temps. En revanche, quand de nombreux cœurs se retournent vers Dieu, quand justice, bonté, confiance, miséricorde s’incarnent dans les visages, les paroles et les gestes de femmes et d’hommes, on peut imaginer la joie de Dieu, on peut ressentir l’amour du Christ, et percevoir le souffle du Royaume qui vient.

Enfants jouant avec des ballons © Pixabay

 

Sans ce récit de créatures déchues, Seigneur,
J’aurais cru que Tu avais créé un monde de souffrances,
D’amertume et de fatalité déplorable.
Mais ô merveille,
Tu es en train de bâtir une Terre Nouvelle.
Sans l’unité de tous les chrétiens par la foi commune en Christ
J’aurais cru que Tu avais créé des peuples de différentes races, couleurs, langues et cultures
Destinées à se haïr, se mépriser er se battre.
Mais, ô merveille,
Tu nous rassembles en frères et sœurs dans la vie éternelle.
Sans la joie et la volonté de donner, de partager, d’échanger,
Et de s’enrichir mutuellement, Seigneur,
J’aurais cru que Tu avais créé des êtres égoïstes
Conditionnés à s’exploiter.
Mais ô merveille, malgré la différence de ressources
Nous sommes prêts à nous aimer et à nous aider.
Sans la lumière de Ta Parole de vérité, Seigneur,
Je serais resté dans les ténèbres de mon ignorance
Mon scepticisme, mes préjugés et mon arrogance.
Mais aujourd’hui je sais une chose :
« J’étais aveugle et maintenant je vois. »

Jean de Dieu Rajaonarivony de Madagascar
Paroles lointaines, paroles si proches




Libres de dire oui, ou non !

Méditation du jeudi 16 janvier 2020. Nous prions pour nos envoyés au Burkina Faso.

A l’occasion de notre Conseil du Défap des 10-11 janvier, le Pasteur Mathieu Bush, Directeur de l’Action Chrétienne en Orient, nous a conduits dans une méditation sur les vœux :

Tous mes vœux pour la nouvelle année !
Bonne année à tous !
Bonne année aux américains et aux iraniens, et surtout aux irakiens : que pour eux l’année 2020 soit meilleure que les 40 dernières.
Bonne année, bonne santé aux australiens,
Bonne année à Carlos Ghosn,
Bonne année aux usagers des transports et aux futurs retraités,
Bonne année à metoo, à l’égalité des droits…
Bonne année aux migrants…
Bonne année aux résidents de la terre sainte…
Bonne année, bonne année, ma liste un peu piquante pourrait continuer mais elle est déjà périmée quelques jours après ce début d’année où l’actualité est brûlante.

D’ailleurs, dans notre monde sécularisé, en France, les vœux pour la nouvelle année n’engagent pas à grand-chose : simple intention sympathique, formule de politesse souvent amicale, occasion de se rassembler pour nommer les défis à venir, c’est déjà ça… Mais les vœux ne prennent pas pour autant le ciel à témoin, ils s’appuient sur peu de choses, ils ne sont que l’ombre d’un destin, une sorte de bénédiction tronquée. Les politiques s’appliquent particulièrement dans leurs vœux avec toujours l’espoir de convaincre et d’obtenir en retour le vœu du peuple, c’est-à-dire son vote. J’ai découvert que vœu et vote ont la même étymologie latine : votum. Et nous sommes dans une année électorale, en France, mais aussi aux USA…

Par contre, dans les sociétés religieuses les vœux sont tout autre chose : ce sont des serments, ils vous lient de manière redoutable, car ils impliquent le divin et sa puissance dont l’atmosphère imprègne le visible et l’invisible. Dans ce contexte là il est fortement conseillé d’accomplir les vœux prononcés car vous engagez votre honneur, votre crédibilité, votre statut, voire même votre vie. Les vœux religieux sont promesses et consécration. Vous jurez de les accomplir en invoquant ce qui est plus grand que soi afin de vous assurer de l’efficacité de votre parole et de votre engagement.

Peut-être vous souvenez-vous d’une histoire du livre de Samuel (1 Samuel 14) qui relate une bataille contre les philistins. L’affrontement tourne à l’avantage d’Israël et le roi Saül, souhaitant poursuivre l’ennemi jusqu’au bout, fait le serment de vouer à la mort celui qui oserait s’arrêter pour reprendre des forces.

La bataille se conclut et dans la suite du récit Saül interroge Dieu, en présence d’un prêtre, pour savoir s’il peut à nouveau s’engager dans une nouvelle bataille. Mais Dieu reste silencieux et Saül comprend alors qu’il y a eu péché, son vœu n’a pas été respecté. « Par la vie du Seigneur, le Sauveur d’Israël, affirme Saül, même si c’est Jonathan mon fils qui l’auteur du péché, il sera mis à mort ». On cherche le coupable et le sort, dramatique, désigne Jonathan, le fils du roi qui avait mené le peuple à la victoire dans cette bataille. Effectivement il n’avait pas entendu le serment et s’était logiquement arrêté pour reprendre de l’énergie en mangeant du miel trouvé en forêt.

Saül se retrouve donc contraint et se dit prêt à accomplir son vœu, à exécuter son fils pour tenir sa propre parole. Mais fait intéressant, le peuple, qui est ici plus noble que son roi, jure que « Par la vie du Seigneur, il ne tombera pas à terre un seul cheveu de la tête de Jonathan, car c’est avec Dieu qu’il a agi en ce jour ». « Ainsi le peuple dégagea Jonathan ; il ne mourut pas. »

Vous avez remarqué, le peuple a réalisé un contre-vœu avec la même formule que Saül « Par la vie du Seigneur ! ». Dieu se trouve donc invoqué, engagé des deux côtés sans que d’ailleurs il ne s’exprime dans ce récit, si ce n’est par son silence. Peut-être que le véritable péché était du côté de Saül et de son vœu mortel, une forme d’abus de pouvoir. En tous les cas, vox populi vox dei, le peuple unanime impose sa théologie en émettant un vœu qui résiste au roi, une parole de bon sens qui préserve la vie. Ils ont voté pour Jonathan en quelque sorte.

Dans le sermon sur la Montagne, Jésus, lui, ira plus loin et va désacraliser les paroles qui enfermeraient Dieu dans des serments prononcés par des hommes. Pour autant il ne va pas nous demander de prononcer des paroles molles ou des vœux inconsistants. Je vous propose de relire ses paroles, en Matthieu 5,33-37 :
« Vous avez aussi entendu qu’il a été dit à nos ancêtres : « Ne romps pas ton serment, mais accomplis ce que tu as promis avec serment devant le Seigneur. » Eh bien, moi je vous dis de ne faire aucun serment : n’en faites ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu ; ni par la terre, car elle est un escabeau sous ses pieds ; ni par Jérusalem, car elle est la ville du grand Roi. N’en fais pas non plus par ta tête, car tu ne peux pas rendre blanc ou noir un seul de tes cheveux. Si c’est oui, dites « oui », si c’est non, dites « non », tout simplement ; ce que l’on dit en plus vient du Mauvais. »

« Que votre oui soit oui, que votre non soit non »
« Que votre parole soit libre, honnête, affirmée et responsable » en quelque sorte.

Je vous propose de finir par un texte d’Alain Arnoux que j’aime particulièrement et qui peut nous toucher en ce début d’année, pour nous-mêmes, nos projets, et aussi pour tout ce processus de refondation du Défap où il va sans doute falloir prononcer des OUI et des NON.

Bonne année à tous, bonne année au Défap.
Tous mes vœux ! Mais surtout que Dieu nous bénisse par son grand OUI !

Envol d’une colombe © Pixabay

Oui et non sont les deux mots de la liberté
Savoir dire oui joyeusement, paisiblement
Savoir dire non sans hargne et sans crainte
Savoir s’engager et se protéger
Dire oui ou non sans regret
Dire oui ou non sans restriction
Oui et non sont deux mots pour s’affirmer
Mais que de oui prononcés à contre-coeur
Parce qu’on n’osait pas dire non
Parce qu’on ne voulait pas faire de peine
Parce qu’on avait peur d’être jugé
Parce qu’on n’osait pas contrarier.
Que de oui qui rendent malheureux
Celles et ceux qui les ont dits
Que de oui dits à d’autres qui sont des non dits à soi !
Et que de non prononcés à contre-cœur
Parce qu’on n’osait pas dire oui
Même si on en avait envie
Parce qu’on n’avait pas confiance en soi
Parce qu’on n’avait pas confiance
Dans l’amitié et la confiance de l’autre.
Que de non qui rendent malheureux
Celles et ceux qui les ont dits
Que de non dits à d’autres
Qui sont des non dits à soi.
Il y a le oui de Dieu à la vie
Et le non de Dieu à ce qui détruit.
Il y a le oui de Dieu à ce que tu es
Et le non de Dieu à ce qui te nie.
Il y a le grand oui de la crèche
Et le grand non de la croix.
Il y a le grand oui sans restriction
Que Dieu prononce sur toi
Et qui te permet de dire oui à la vie
De dire oui à toi-même
De dire oui à ton droit de dire
Oui ou non
De dire ces oui ou ces non
Qui sont un « Je suis, je crois et je vis ».

Alain Arnoux, pasteur de l’EPUdF




« Mon fils bien-aimé… »

Méditation du jeudi 9 janvier 2020. Nous prions pour nos envoyés en Tunisie.

Jean-Baptiste baptisant Jésus © Pixabay

Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain ; il arriva auprès de Jean pour être baptisé par lui. Jean s’y opposait et lui disait : « C’est moi qui devrais être baptisé par toi et c’est toi qui viens à moi ! »

Mais Jésus lui répondit : « Accepte qu’il en soit ainsi pour le moment. Car voilà comment nous devons accomplir tout ce que Dieu demande. » Alors Jean accepta

Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau. Au même moment le ciel s’ouvrit pour lui : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et une voix venant du ciel déclara : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; je mets en lui toute ma joie. »

Mathieu 3,13-17

 

 

Les discours des anciens prophètes nous ont habitués à une alternance entre déplorations, accusations, malédictions, et espérance, grâce, bénédiction, le tout fondé sur la fidélité indéfectible de Dieu envers son peuple, qu’il appelle à revenir vers lui.

Au désert, Jean le baptiste inaugure son ministère prophétique par des propos lucides et accusateurs sur les maux de son temps, avec une sévérité particulière envers les religieux, sur lesquels il se déchaîne en leur annonçant la venue d’un juge peu enclin à la mansuétude.

Alors survient Jésus, non comme justicier, mais comme figure d’espérance, de grâce et de bénédiction. Et son premier geste est de demander, comme tout le monde, le baptême des mains de Jean. On comprend la stupeur de celui-ci. En voulant être baptisé, Jésus s’inscrit, non en surplomb pour condamner les pécheurs, mais à leur côté, assumant toutes les ambiguïtés, les faiblesses de la condition humaine. C’est ainsi qu’il inaugure son ministère d’amour, consacré par la voix descendant du ciel pour le nommer Fils bien-aimé.

 

Nous prions pour nos envoyés en Tunisie, et en souhaitant une heureuse année à tous les enfants du monde nous méditons ces mots de Khalil Gibran, poète libanais (1883-1931)

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit : Parlez-nous des enfants.
Et il dit :
Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la vie à elle-même.
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour,
Mais non point vos pensées, car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps, mais non pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain,
Que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.
Vous pouvez être les arcs par qui vos enfants,
Comme des flèches vivantes sont projetés.
L’archer voit le but sur le chemin de l’infini,
Et il vous tend Sa puissance pour que ses flèches
Puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’archer soit pour la joie :
Car de même qu’il aime la flèche qui vole,
Il aime l’arc qui est stable.

Groupe d’enfants © Pixabay




Une histoire d’enfant à naître…

Méditation du jeudi 18 décembre 2019. Évangile du 4ème dimanche de l’Avent. Nous prions pour nos envoyés et toutes les Églises avec lesquelles nous sommes en relation.

Bougies de l’avent © Maxpixel

Voici dans quelles circonstances Jésus-Christ est né. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph ; mais avant qu’ils aient vécu ensemble, elle se trouva enceinte par l’action du Saint-Esprit. Joseph, son fiancé, était un homme droit et ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de rompre secrètement ses fiançailles. Comme il y pensait, un ange du Seigneur lui apparut dans un rêve et lui dit : « Joseph, descendant de David, ne crains pas d’épouser Marie, car c’est par l’action du Saint-Esprit qu’elle attend un enfant. Elle mettra au monde un fils, que tu appelleras Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés. »

Tout cela arriva afin que se réalise ce que le Seigneur avait dit par le prophète : « La vierge sera enceinte et mettra au monde un fils, qu’on appellera Emmanuel. » — Ce nom signifie « Dieu est avec nous ». —

Quand Joseph se réveilla, il agit comme l’ange du Seigneur le lui avait ordonné et prit Marie comme épouse. Mais il n’eut pas de relations avec elle jusqu’à ce qu’elle ait mis au monde son fils, que Joseph appela Jésus.

Matthieu 1,18-25

Joseph F. Brickey : Journey to Bethlehem © Joseph F. Brickey

Que nous raconte ce récit de Noël tant de fois lu, entendu, interprété ?

Une histoire de couple ! Une jeune femme, mystérieusement, se retrouve enceinte dans des circonstances délicates. Sous les mots, on peut évoquer le destin de beaucoup de jeunes femmes ayant vécu une grossesse hors du cadre bien établi du mariage. Par respect abstenons-nous d’entrer dans l’intimité de l’événement. Et rejoignons le fiancé, placé devant un cas de conscience. Faire droit à sa douleur et sa colère en provoquant un scandale ? Ou passer outre ?  Au nom de la justice et de la miséricorde, Joseph choisit la voie moyenne, préservant son honneur mais également la vie et l’enfant de la jeune femme, en s’abstenant d’une accusation publique. Mais au-delà de la miséricorde, Dieu lui demande plus. Il lui demande l’amour et la confiance.

Une histoire d’ange ! C’est lui, l’intercesseur, le messager, le conseiller, qui porte la demande d’amour. C’est la voix qui chuchote à l’oreille du cœur que derrière les faits et les apparences se tisse le fil ténu de la volonté de Dieu dans l’histoire du monde. Toute naissance est marquée du sceau de l’Esprit qui fait vivre. Et celle-ci plus que toute autre !

Une histoire d’enfant à naître ! Fut- il vraiment annoncé ? Attendu ? Espéré ? Le petit messie qui, disait le prophète Ésaïe, mangerait de la crème et du miel jusqu’à ce qu’il reconnaisse le bien du mal ! Le petit messie qui fut un vrai bébé, piaillant, tétant le sein, faisant ses besoins, et portant en même temps dans ses grands yeux toute la lumière du monde et toute la vérité de Dieu ! L’Emmanuel ! Décidément le Créateur aime la vie à en mourir, si fragile dans sa force et si assurée dans son merveilleux frémissement.

 

À travers deux poèmes nous prions pour nos envoyés et toutes les Églises avec lesquelles nous sommes en relation. Que tous soient dans la joie de Noël !

Salut, petit Jésus !

Salut, petit Jésus, endormi dans la crèche,
Né pour souffrir,
Qui n’avez dans l’hiver qu’un peu de paille sèche
Pour vous couvrir.

Salut, petit Jésus, tout petit, tout aimable,
Aux yeux si doux,
Souriant aux bergers, à genoux dans l’étable
Autour de vous.

Salut, petit Jésus, enveloppé de langes,
Enfant si beau,
Adoré par les rois et servi par les anges
Dans le berceau.

Salut, petit Jésus, dans les bras d’une Mère
Silencieux.
Enfant dominateur qui lancez le tonnerre
Du haut des cieux.

Salut, petit Jésus, mon âme vous adore
Roi triomphant !
Mais vous me paraissez bien plus aimable encore
Petit enfant.

François Coppée (1842-1908)

Nous, les artisans de paix

Consacrons notre temps à la vie qui progresse.
Le passé, oublié, en nos âmes se tait,
Quand le vivant présent vient prendre le relais.
Nous avons des moyens de chasser la tristesse,
Sculptons dans tous les coeurs des chemins d’allégresse
Et tissons sur la toile un réseau de tendresse.

Dieu, notre Dieu, penche-toi, s’il Te plaît,
Prends en douceur tous nos coeurs imparfaits.
Aide-nous à puiser en Toi les grands mystères,
Permets-nous d’accomplir Ton oeuvre sur la terre,
Oeuvre d’amour, de bonté, de respect.

Oui, semons le bonheur dans ce vaste univers,
Nous, toutes et tous, les artisans de paix.

Michelle
5 septembre 2004




«Les aveugles voient, les boiteux marchent»

Méditation du jeudi 11 décembre 2019. Évangile du 3ème dimanche de l’Avent. Nous prions pour notre envoyée en Inde.

Bougies de l’avent © Maxpixel

Jean-Baptiste, dans sa prison, entendit parler des œuvres du Christ. Alors il envoya quelques-uns de ses disciples demander à Jésus : « Es-tu le Messie qui doit venir ou devons-nous attendre quelqu’un d’autre ? » Jésus leur répondit : « Allez raconter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts reviennent à la vie et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui qui n’abandonnera pas la foi en moi ! »

Quand les disciples de Jean partirent, Jésus se mit à parler de Jean à la foule en disant : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ? Non ? Alors qu’êtes-vous allés voir ? un homme vêtu d’habits magnifiques ? Mais ceux qui portent des habits magnifiques se trouvent dans les palais des rois. Qu’êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, vous dis-je, et même bien plus qu’un prophète. Car Jean est celui dont l’Écriture déclare : « Je vais envoyer mon messager devant toi, dit Dieu, pour t’ouvrir le chemin. » Je vous le déclare, c’est la vérité : parmi les humains, il n’a jamais existé personne de plus grand que Jean-Baptiste ; pourtant, celui qui est le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui.

Matthieu 11,2-11

Nicolas Poussin (1594–1665) : Saint Jean baptisant le peuple (musée du Louvre) © Wikimedia Commons

On peut s’étonner du questionnement de Jean le baptiste sur l’identité messianique de Jésus. Ne l’a-t-il pas baptisé, n’a-t-il pas entendu la voix de Dieu le nommer « son fils bien-aimé » ? Ne s’est-il pas incliné devant lui ? Cherche-t-il simplement une confirmation de ce qu’il sait et croit, ou serait-il traversé par le doute, à cause de ses propres épreuves ou pour d’autres raisons ?

En tout cas, Jésus ne délégitime ni la question de Jean, à laquelle il répond, ni sa personne, dont il chante les louanges. À quoi se reconnaît le Messie ? Pas aux auréoles qui entourent sa tête mais à l’action bienfaisante de sa présence. Il guérit la Vie, il donne la Vie, il est la Vie. Certes Jean ne s’est pas trompé dans son annonce, dans sa salutation, dans la confiance qu’il a placée en Celui qui est venu !

C’est en cela qu’il est prophète, non selon toutes les images que l’on peut se faire de la prophétie, entre l’ascétisme et l’abondance, mais parce qu’il a incarné, porté, prononcé la Parole de Vie qui vient de Dieu, la Parole qui a ouvert le chemin du Christ. Et puisqu’il est dit être le plus grand de tous, il est en même temps le plus petit, celui qui est cher entre tous au cœur de Dieu. Puisque tout dernier est appelé à devenir premier et tout premier dernier, le plus grand étant toujours le Serviteur de tous !

 

Nous prions pour notre envoyée en Inde.

Donne‑moi, Seigneur Dieu,
le vrai sens des mots,
la lumière de l’intelligence
et la foi en la vérité,
afin que ce que je crois
je sache le dire aux hommes.

Ô Seigneur,
c’est par la beauté
que tu révèles ta grandeur.

Comme il est beau ton ciel
tout clairsemé d’étoiles,
et splendides ces astres
dont l’éternelle mouvance
figure ton éternité !
Quelle est belle ta terre
aux changeantes parures !

Ô Seigneur,
c’est à travers l’homme
que tu révèles ton amour.

Seigneur, gonfle les voiles de ma foi
pour que je puisse prêcher partout le nom de Dieu.

Seigneur, délie ma langue
pour que je fasse honneur à ton saint nom.

Seigneur, éclaire mon esprit
pour que je révèle à tous ceux qui l’ignorent
ce que tu es, toi le Père du Fils unique de Dieu…

Saint Hilaire de Poitiers (Père de l’Église du IVème siècle)




«Un homme crie dans le désert»

Méditation du jeudi 5 décembre 2019. Nous prions pour nos envoyés au Laos. Évangile du deuxième dimanche de l’Avent.

Bougies de l’avent © Maxpixel

En ce temps-là, Jean-Baptiste parut dans le désert de Judée et se mit à prêcher : « Changez de comportement, disait-il, car le Royaume des cieux s’est approché ! » Jean est celui dont le prophète Ésaïe a parlé lorsqu’il a dit :

« Un homme crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
faites-lui des sentiers bien droits ! »

Le vêtement de Jean était fait de poils de chameau et il portait une ceinture de cuir autour de la taille ; il mangeait des sauterelles et du miel sauvage. Les habitants de Jérusalem, de toute la Judée et de toute la région voisine de la rivière, le Jourdain, allaient à lui. Ils confessaient publiquement leurs péchés et Jean les baptisait dans le Jourdain.

Jean vit que beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens venaient à lui pour être baptisés ; il leur dit alors : « Bande de serpents ! Qui vous a enseigné à vouloir échapper au jugement de Dieu, qui est proche ?  Montrez par des actes que vous avez changé de mentalité et ne pensez pas qu’il suffit de dire en vous-mêmes : « Abraham est notre ancêtre. » Car je vous déclare que Dieu peut utiliser les pierres que voici pour en faire des descendants d’Abraham ! La hache est déjà prête à couper les arbres à la racine : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise avec de l’eau pour montrer que vous changez de comportement ; mais celui qui vient après moi vous baptisera avec le Saint-Esprit et avec du feu. Il est plus puissant que moi : je ne suis pas même digne d’enlever ses chaussures. Il tient en sa main la pelle à vanner et séparera le grain de la paille. Il amassera son grain dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint jamais. »

Matthieu 3, 1-12

Pieter Brueghel : Le Sermont de Saint-Jean Baptiste (Szépmüvészti Museum – Budapest 1566) © Wikimedia Commons

Il y a l’éthique du quotidien, faite de règles, d’attentions, d’efforts, d’examens de conscience, de réparations. Et il y a l’exigence radicale dictée par la perspective de la révélation, celle que porte Jean le Baptiste et que nous sommes invités à revivre au temps de l’Avent. Les deux sont nécessaires ; elles se complètent, s’enrichissent, et se tempèrent.

L’homme du désert n’est pas un bâtisseur de communauté ou un Sage de la loi, mais un prophète. Il ne nous dit pas comment vivre, mais plutôt comment ne pas mourir. La repentance qu’il prêche n’a pas de visée pédagogique dans la durée, mais elle signifie un bouleversement total et profond de tout ce qui est connu et convenu.

Par son genre de vie ascétique Jean le Baptiste incarne cette liberté de pouvoir tout remettre en question, tout déconstruire, afin de reprendre pied dans l’essentiel, qui est l’amour créateur de Dieu. Alors il nous offre le baptême d’eau comme une merveilleuse chance de purification et de ressourcement.

Mais comment comprendre le baptême de feu et d’Esprit qu’il annonce pour l’avenir ? N’est-il pas difficile de reconnaître dans les paroles de condamnation de Jean l’amour pardonnant et rédempteur du Christ Jésus ?

 

Nous prions pour nos envoyés au Laos.

Seigneur,
Dans le silence de ce jour naissant,
je viens te demander la paix, la sagesse et la force.
Je veux regarder aujourd’hui le monde
avec des yeux tout remplis d’amour,
être patient compréhensif et doux.
Voir au-delà des apparences tes enfants
comme tu les vois toi-même,
et ainsi ne voir que le bien en chacun.
Ferme mes oreilles à toute calomnie,
garde ma langue de toute malveillance,
que seules les pensées qui bénissent
demeurent dans mon esprit,
Que je sois si bienveillant et si joyeux
que tous ceux qui m’approchent sentent ta présence.
Revêts-moi de ta bonté, Seigneur,
et qu’au long de ce jour, je te révèle.
Amen.




Toujours prêt !

Dimanche, nous entrons dans le temps de l’Avent, de l’attente. Les textes prévus pour dimanche prochain nourrissent cette méditation.

© Maxpixel

Ce qui arriva du temps de Noé arrivera de même à l’avènement du Fils de l’homme.

Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche;

et ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que le déluge vînt et les emportât tous: il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme.

Alors, de deux hommes qui seront dans un champ, l’un sera pris et l’autre laissé;

de deux femmes qui moudront à la meule, l’une sera prise et l’autre laissée.

Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra.

Sachez-le bien, si le maître de la maison savait à quelle veille de la nuit le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison.

C’est pourquoi, vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure où vous n’y penserez pas. 

Matthieu 24, 37-44

Noah’s Ark (L’Arche de Noé), Edward Hicks, 1846 – Philadelphia Museum of Art © Wikimedia Commons

Attendre, est une attitude difficile à vivre dans un monde de consommation construit sur «tout, tout de suite». En même temps elle est une attitude riche de promesses. Esaïe (2, 1-5) voit tous les peuples monter sur la montagne du Seigneur et transformer leurs épées en socs de charrue. Il transmet une vision forte : les peuples ont vocation à vivre en paix.

Mais aujourd’hui, comment attendre ce jour ? Dans la résignation ? Dans l’angoisse ?

Paul (Romains 13, 11-14) estime que le temps d’attente est très court. Il invite à se réveiller et dès à présent à se revêtir du Christ comme si le jour remplaçait déjà la nuit. L’attente est en train de s’accomplir.

Pourtant le temps de l’attente s’éternise ! À quand la fin des malheurs et des violences ? Peut-on prévoir ce grand moment où tout s’accomplit comme le prévisionniste prévoit la météo des jours prochains ? Peut-on prévoir l’inattendu ? C’est non, pour Jésus. Le Fils de l’Homme viendra, comme le voleur, au moment où on ne l’attend pas ! Jésus nous demande à être prêt pour ce moment imprévisible ! Impossible à vivre !

Peut-être cette impossibilité invite à nous défaire sans cesse des illusions et fausses sécurités que nous avons sur nous-mêmes et sur le monde ?

Mais dès aujourd’hui nous expérimentons la joie qu’il y a à vivre de la grâce de Dieu jour après jour et de ses promesses. Alors, comme les scouts, soyons toujours prêts !

 

Prière :

Dieu bon, ne laisse pas s’éteindre la voie de l’espérance dans le cœur des torturés et de leurs familles.
Dieu bon, ne laisse pas s’évanouir la voie de l’espérance dans le cœur des exclus, des malades, des migrants et de leurs familles.
Dieu bon, je t’en prie, ne laisse pas s’éteindre la lumière de la foi et de l’espérance dans nos cœurs à tous. Que l’attente de l’accomplissement des promesses vues par les patriarches, les prophètes, et déjà accomplies et en vue de leur accomplissement par Jésus, le Christ, nous rende présent au monde.
Dieu bon, fortifie notre foi pour que nous puissions croire que des portes peuvent s’ouvrir et que des prisonniers peuvent être libérés.
Dieu bon, dans les moments de désespoir, de fatigue et d’angoisses sur l’avenir de l’humanité et de ce monde, remplis nos cœurs de ton espérance pour tous, en Jésus le Christ, notre seul libérateur.
Amen !

D’après Sinfonia œcumenica




La bonté de Dieu ne dédaigne personne

Méditation du jeudi 21 novembre 2019. Nous prions pour nos envoyés au Burkina Faso.

© Maxpixel

Le peuple se tenait là et regardait. Les chefs juifs se moquaient de lui en disant : « Il a sauvé d’autres gens ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie, celui que Dieu a choisi ! » Les soldats aussi se moquèrent de lui ; ils s’approchèrent, lui présentèrent du vinaigre et dirent : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Au-dessus de lui, il y avait cette inscription : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’insultait en disant : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et nous avec toi ! » Mais l’autre lui fit des reproches et lui dit : « Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même punition ? Pour nous, cette punition est juste, car nous recevons ce que nous avons mérité par nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal. » Puis il ajouta : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras pour être roi. » Jésus lui répondit : « Je te le déclare, c’est la vérité : aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » 

Luc 23,35-43

Titien : le Christ et le bon larron (peint aux alentours de 1566) © Wikimedia Commons

Ne sommes-nous pas bouleversés par cet ultime moment de l’évangile écrit par Luc ? Ne ressentons-nous pas une émotion proche de celle que nous fait vivre la parabole du fils prodigue quand celui-ci, désespérant d’être encore considéré comme fils par son père, se voit relevé, embrassé, fêté par lui ?

En présence de Jésus-Christ l’inespéré surgit avec la force d’une source venue des profondeurs de la rédemption. À l’instant sombre et tragique de la passion, où les âmes sont déchirées comme les corps en croix, l’humain résiste en ce délinquant resté juste au-delà de ses méfaits. À l’opposé de son autre compagnon de malheur, des magistrats et des soldats sarcastiques, il plaint Jésus, l’innocente, lui parle, et place en lui son espérance, aussitôt exaucée qu’énoncée : « Dès aujourd’hui tu seras avec moi dans la vie ! »

Si nous avons un trésor à transmettre, une plaidoirie à prononcer, un appel à lancer, une consolation à offrir, à nos contemporains comme aux humains de toutes générations, il s’agit bien de cette merveilleuse bonté de Dieu qui ne dédaigne aucun être en ce monde.

Ô merci Jésus, Messie pour toute la terre habitée, d’avoir avoir accepté d’incarner cette divine vérité, jusqu’à en mourir !

 

Nous prions pour nos envoyés au Burkina Faso.

Seigneur,
Dans un monde sans foi ni espérance,
Même si on me traite de fou je prierai.
Même si on se ligue contre moi, je prierai encore plus fort.
Même si on m’emprisonne, je conduirai vers toi prisonniers, geôliers et juges.

Aide- moi à susciter l’espérance parmi les désespérés, les étrangers, les réfugiés, les exclus.
Seigneur, à cause de toi, je crois que rien n’est perdu :
Que ton amour envers les hommes demeure le même.

Je te prie pour les semeurs de tristesse et de mort,
Pour les responsables irresponsables de ce temps,
Pour ton Église émiettée sur la terre,
Pour l’avènement du temps promis
Où le partage équitable se fera entre les nantis et les démunis,
Entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest.

Seigneur apprends-moi à prier,
À compter sur toi,
À œuvrer avec toi,
À prier encore et encore avec foi et persévérance.

Samuel Noutanewo




Même au cœur des désastres, Dieu est présent

Méditation du jeudi 14 novembre 2019. Nous prions pour nos envoyés à La Réunion et toute l’Église.

Ruines de la citadelle d’Amman (jabal al-Qal’a), Jordanie © Maxpixel


Quelques personnes parlaient du temple et disaient qu’il était magnifique avec ses belles pierres et les objets offerts à Dieu. Mais Jésus déclara : «Les jours viendront où il ne restera pas une seule pierre posée sur une autre de ce que vous voyez là ; tout sera renversé.»

Ils lui demandèrent alors : «Maître, quand cela se passera-t-il ? Quel sera le signe qui indiquera le moment où ces choses doivent arriver ?» Jésus répondit : «Faites attention, ne vous laissez pas tromper. Car beaucoup d’hommes viendront en usant de mon nom et diront : «Je suis le Messie !» et : «Le temps est arrivé !» Mais ne les suivez pas. Quand vous entendrez parler de guerres et de révolutions, ne vous effrayez pas ; il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin de ce monde.» Puis il ajouta : «Un peuple combattra contre un autre peuple, et un royaume attaquera un autre royaume ; il y aura de terribles tremblements de terre et, dans différentes régions, des famines et des épidémies ; il y aura aussi des phénomènes effrayants et des signes impressionnants venant du ciel. Mais avant tout cela, on vous arrêtera, on vous persécutera, on vous livrera pour être jugés dans les synagogues et l’on vous mettra en prison ; on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs à cause de moi. Ce sera pour vous l’occasion d’apporter votre témoignage à mon sujet. Soyez donc bien décidés à ne pas vous inquiéter par avance de la manière dont vous vous défendrez. Je vous donnerai moi-même des paroles et une sagesse telles qu’aucun de vos adversaires ne pourra leur résister ou les contredire. Vous serez livrés même par vos père et mère, vos frères, vos parents et vos amis ; on fera condamner à mort plusieurs d’entre vous. Tout le monde vous haïra à cause de moi. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Tenez bon : c’est ainsi que vous sauverez vos vies.»

Luc 21,5-19

James Tissot (Jacques-Joseph Tissot, 1836-1902). La prédication de la ruine du Temple, 1886-1894. © Brooklyn Museum

La tension monte entre Jésus et ses adversaires. Il dénonce l’hypocrisie religieuse, s’indigne, se place du côté des petits. Et surtout il tente d’ouvrir les yeux de ses disciples, et les nôtres. Que dit-il ? La puissance, à son apogée, est un colosse aux pieds d’argile. Religion, économie, civilisation, tout peut s’écrouler comme s’écroula le temple de Jérusalem.

Mais que dit encore Jésus ? Les temps d’angoisse et de crise, où s’exacerbent les passions, les conflits, les haines, les persécutions, où même le cosmos se met au diapason à travers des cataclysmes, sont propices aux faux prophètes et aux messianismes trompeurs. Car le désir de réponses claires et faciles pousse les humains à se fier aux beaux parleurs et à leurs idéologies miroitantes.

Alors Jésus nous met en garde, ainsi que ses disciples : ne cherchez pas à résister dans la tempête, acceptez de ne pas comprendre, de ne pas vous défendre vous-mêmes. Et accrochez-vous à moi de toutes vos forces. C’est moi qui résisterai pour vous et mettrai en vous des paroles de vie et de sagesse. Plus que jamais cet ordre de Jésus est important. Il nous invite à troquer nos regards critiques et nos réflexes de défense contre une intelligence plus vaste et plus profonde, lucide et pleine d’espérance. Même au cœur des désastres, Dieu est présent avec nous, il nous ranime de son souffle.

 

Nous prions pour nos envoyés à La Réunion et toute l’Église

La fraternité, Seigneur,
C’est comme un bouquet offert au moment où l’on en a besoin.
C’est comme l’eau claire qui vous désaltère
C’est comme une chaleur qui vous va droit au cœur.

La fraternité, Seigneur
C’est comme une chaîne qui se met en route, maillon de prière
C’est un petit signe, l’envoi d’une carte
C’est une visite faite à l’hôpital.

La fraternité, Seigneur,
C’est comme une famille qui vous tend la main avec trois fois rien
Un feu allumé, le son d’une voix
Une façon d’aider, de dire : On est là !

La fraternité, Seigneur,
C’est comme un bouquet
Les fleurs sont des liens dont on a besoin dans le quotidien
C’est comme le Pain !
Aide-nous, Seigneur, à vivre tout cela…

Sœur Myriam