En butte à l’injustice

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 11 mars 2021. Cette semaine, nous prions avec nos envoyés au Sénégal.

Le prêche de Saint Paul – Joseph-Benoît Suvée, Los Angeles County Museum of Art © Wikimedia Commons

Le chapitre 21 du livre des Actes nous rapporte d’abord la montée vers Jérusalem de Paul et de ses compagnons et tout au long du chemin, l’Esprit leur fait savoir par la bouche des chrétiens rencontrés que l’arrivée à Jérusalem sera tragique pour l’apôtre car «il sera livré» aux païens. On pense bien sûr aux annonces de la Passion dans l’évangile selon Luc ; Paul, comme celui qu’il reconnaît comme son Seigneur, est prêt à mourir et ne se laisse pas dissuader de continuer sa route. Ses compagnons ne peuvent que conclure : «Que la volonté du Seigneur soit faite !»

L’accueil à Jérusalem est pourtant joyeux. Il ne reste aucune amertume de la séparation entre Paul et les autres apôtres (au chapitre 15). Pierre n’est plus là et c’est Jacques, un frère de Jésus, qui dirige la communauté. Devant toute l’assemblée des Anciens, avec solennité, Paul évoque son ministère parmi les païens et ses auditeurs rendent gloire à Dieu pour cette mission qui a porté des fruits. Cependant, cette réussite donne lieu au soupçon : il est accusé par des chrétiens d’origine juive de conduire les Juifs à l’apostasie, c’est-à-dire à l’abandon des prescriptions de Moïse, dont fait partie la circoncision. Cette accusation est injuste et fausse, puisqu’il avait été décidé que la position libérale prise par l’Église par rapport à la circoncision, qui renonçait à demander aux païens de se faire circoncire en devenant chrétiens, ne s’appliquerait justement qu’aux païens. Paul a lui-même circoncis Timothée (Ac 16,3). De plus, il pratique sa foi selon les usages religieux en participant aux temps liturgiques et aux pratiques de la synagogue. Alors, pour montrer qu’il se soumet toujours aux rites de la religion juive, il accomplit un rite de purification de sept jours au Temple.

«Les sept jours allaient s’achever quand les Juifs d’Asie, qui l’avaient remarqué dans le temple, soulevèrent toute la foule et mirent la main sur lui. Ils criaient : «Israélites, au secours ! Le voilà, l’homme qui combat notre peuple et la Loi et ce Lieu, dans l’enseignement qu’il porte partout et à tous ! Il a même amené des Grecs dans le temple et il profane ainsi ce saint Lieu.» Ils avaient déjà vu en effet Trophime d’Éphèse avec lui dans la ville et ils pensaient que Paul l’avait introduit dans le temple. La ville entière s’ameuta, et le peuple arriva en masse. On se saisit de Paul et on le traîna hors du temple, dont les portes furent aussitôt fermées. On cherchait à le tuer quand cette nouvelle parvint au tribun de la cohorte : « Tout Jérusalem est sens dessus dessous ! » Il rassembla immédiatement soldats et centurions, et fit charger la foule : à la vue du tribun et des soldats, on cessa de frapper Paul. S’approchant, le tribun se saisit alors de lui et donna l’ordre de le lier avec deux chaînes ; puis il voulut savoir qui il était et ce qu’il avait fait. Mais, dans la foule, chacun criait autre chose que son voisin et, comme le tribun, à cause de ce tumulte, ne pouvait obtenir aucun renseignement certain, il donna l’ordre d’emmener Paul dans la forteresse. Quand ce dernier fut sur les marches de l’escalier, les soldats durent le porter à cause de la violence de la foule, car le peuple tout entier le suivait en criant : «À mort !» Actes 21,27-36

 

 

Nous avons oublié, dans notre civilisation occidentale habituée à la tolérance religieuse, à quel point la foi peut être dangereuse pour ceux qui osent la dire en public. Lors d’une rencontre internationale de jeunes théologiens il y a des années, j’avais été frappée du parcours de certains de mes jeunes collègues : ils avaient assisté et parfois échappé de peu à des émeutes dirigées contre leurs communautés et accompagné pastoralement ceux qui avaient survécu. Pouvons-nous imaginer ce qui peut soutenir une telle foi ? Qu’est-ce qui permet à ceux qui ont mis leur confiance dans le Christ de résister à de tels tourments sociaux et personnels ? Le livre des Actes ne passe pas sous silence l’incroyable violence à laquelle sont soumis les chrétiens qui vont jusqu’au bout du chemin – le chemin vers la mort, celui qu’a suivi Jésus. Il ne passe pas non plus sous silence que la violence peut surgir de la religion elle-même.

Paul a choisi d’amadouer les plus rigoristes des convertis d’origine juive en se livrant à un rite au Temple, mais c’est précisément ce qui va le mettre en danger. Il a été vu en compagnie d’un Grec, Trophime, et les « Juifs d’Asie » (sans doute Éphèse) le soupçonnent d’avoir fait entrer cet homme non-juif dans le Temple, ce qui est un sacrilège puni de mort (voir Ez 44,6-9). C’est faux, mais cela suffit à accuser Paul d’attenter à la Loi et au Temple. Il est mis à la porte du Temple qui est refermé symboliquement derrière lui : il n’y a littéralement plus de retour possible. Lui qui avait souhaité montrer publiquement son respect des pratiques religieuses en se rendant au Temple en est exclu, injustement. On trouve ici un nouvel écho du destin de Jésus qui, pour témoigner de l’intervention de Dieu dans le monde, se voit écarter injustement jusqu’à être mis à mort, aux mains des Romains.

Paul est en grave danger. Les Romains viennent à la rescousse pour empêcher la foule de le mettre à mort – et ils l’emprisonnent pour le mettre à l’abri. Ce qui avait été annoncé est accompli : il a été livré aux mains des païens.

Que reste-t-il ? La parole. C’est en prenant la parole pour dire qui il est, d’où il vient et ce qu’il a vécu que Paul va réagir. Il va exposer la vérité de sa vie et de sa vocation, dans toutes ses péripéties. Il va prendre le risque de témoigner de sa foi à ceux même qui souhaitent le mettre à mort. Sa prédication est accusée de mettre en danger les institutions religieuses, et pourtant c’est l’œuvre de Dieu dans et pour le monde que Paul annonce en suivant les traces du Christ.

Paul est désormais prisonnier et il n’a plus que la parole ; il sait que cela ne lui sauvera pas la vie, mais il ne s’agit plus de cela. Il s’agit désormais de témoigner jusqu’au bout en tenant ferme à cette parole solide qui l’anime d’une foi inébranlable – inébranlable non parce qu’il est doté de qualités surhumaines, mais parce qu’il a mis sa confiance dans un Autre que lui-même. Ce lien-là, cette foi-là, ne peuvent être détruits, jusque par-delà les tribulations et la mort.

 

 

Questions pour nous :

  • Faisons-nous assez l’effort de comprendre les tribulations de nos frères et sœurs qui vivent leur foi chrétienne au péril de leur vie ? Comprenons-nous à quoi ils sont en butte ?
  • Nous posons-nous parfois la question de savoir ce que signifie suivre dans les pas du Christ, même lorsque cela peut représenter un danger très réel ? Où puiser notre force ?
  • Luc, l’auteur du livre des Actes, souligne que les accusations portées contre Paul sont injustes. La bonne foi n’est-elle donc pas suffisante ?
  • En butte à l’injustice, à quoi avons-nous recours ? Comment résister ?

 

 

Prions :

Dieu, nous ne savons guère
te tenir compagnie en ta Passion.
Mais toi, tu sais rester avec nous en nos malheurs.

Apprends-nous donc à combattre le dérisoire et l’opaque de la souffrance
Par la liberté, la force et la persévérance de l’amour.
Délivre-nous de nos envies de contourner les obstacles
Comme de nos complaisances à y sombrer.
Donne-nous l’impatience de ceux qui aiment
Et la patience de ceux qui comprennent
Afin que nous devenions aptes à écouter,
Désireux de guérir et actifs pour lutter

Amen

Prière du pasteur André Dumas




Dormir au culte est dangereux !

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 4 mars 2021. Cette semaine, nous prions avec nos envoyés au Laos.

Jacques François Courtin, Saint Paul ressuscitant Eutyque, cathédrale Saint-Étienne de Toulouse © Wikimedia Commons

Le chapitre 20 nous présente pour la première fois une liste des noms de ceux qui accompagnent Paul et qui viennent de toutes les régions où l’apôtre a fondé des Églises. Le petit groupe se retrouve à Troas (l’ancienne ville de Troie) et se rassemble pour célébrer une « veillée eucharistique », un type de rassemblement fréquent chez les premiers chrétiens qui, selon Pline le Jeune, se réunissaient «avant l’aube» pour chanter des hymnes au Christ. Ce temps cultuel va être plein de péripéties…

« Le premier jour de la semaine, alors que nous étions réunis pour rompre le pain, Paul, qui devait partir le lendemain, adressait la parole aux frères et il avait prolongé l’entretien jusque vers minuit. Les lampes ne manquaient pas dans la chambre haute où nous étions réunis. Un jeune homme, nommé Eutyque, qui s’était assis sur le rebord de la fenêtre, a été pris d’un sommeil profond, tandis que Paul n’en finissait pas de parler. Sous l’emprise du sommeil, il est tombé du troisième étage et, quand on a voulu le relever, il était mort. Paul est alors descendu, s’est précipité vers lui et l’a pris dans ses bras : « Ne vous agitez pas ! Il est vivant ! » Une fois remonté, Paul a rompu le pain et mangé ; puis il a prolongé l’entretien jusqu’à l’aube et alors il s’en est allé. Quant au garçon, on l’a emmené vivant et ç’a été un immense réconfort. » Actes 20,7-12

 

 

Pauvre Eutyque, passé de la mort à la vie ! En fait, c’est très précisément ce que l’auteur du texte entend souligner : c’est bien de passer de la mort à la vie qu’il s’agit.

Cette histoire de résurrection, pour les premiers lecteurs des Actes, rappelle le geste du prophète Élie qui prend dans ses bras un jeune garçon pour le ramener à sa mère en descendant d’une chambre haute où il l’a ramené à la vie (1 R 17) : cet écho met Paul dans les pas des plus grands prophètes et surtout d’Élie, l’homme de Dieu. Mais il y a plus que cet écho, bien sûr.

Les disciples se trouvent dans une chambre haute, enfumée par des lampes à huile, pour rompre le pain ensemble et Paul n’en finit plus de parler, pressé qu’il est de dire tout ce qu’il a à dire avant de repartir en direction de Jérusalem. Le drame qui se noue ce soir-là est l’écho d’un autre drame, qui a eu lieu justement à Jérusalem : d’autres disciples, réunis autour de Jésus, apprenaient à faire face à sa mort prochaine dans le partage d’un repas et de la parole. Jésus annonçait qu’il allait être englouti dans le sommeil de la mort, moment de bascule pour ses disciples, moment où tout semble fini, irrémédiable, parce que la résurrection n’était encore que des mots, qu’une promesse. Il y a bien eu un moment terrible où Jésus est mort.

Que célèbrent donc les compagnons de Paul, sinon la commémoration de cette fameuse nuit ? Réunis le premier jour de la semaine dans la chambre haute pour écouter la prédication de Paul, leur culte est proche du nôtre : nous, comme eux, nous réunissons pour partager le pain, pour écouter la prédication, pour faire mémoire d’une mort annoncée. Oui, on peut s’endormir au culte… et de façon figurée, c’est aussi vivre ce que nous prêchons : les chrétiens sont passés par la mort, tombés dans le sommeil de la mort, et en ont été relevés, comme le Christ. Paul le dit ailleurs avec ces mots : « C’est avec le Christ que vous avez été réveillés de la mort » (Col 3,1). Et ici, « Ne vous agitez pas ! Il est vivant ! » (en grec, littéralement, « son esprit est en lui ») : nous aussi, nous sommes vivants, chaque culte nous le rappelle, ce qui reste pour nous tous « un immense réconfort ».

Il ne faut pas passer sous silence pour autant l’aspect un peu outré de cet épisode qui enchaîne des images très évocatrices et pleines d’émotion. On pourrait l’imaginer dans un vieux film en noir et blanc avec des intertitres : la chambre haute pleine de fumée et de gens qui écoutent Paul, intensément d’abord avant de se mettre à bailler tant il est long ; le jeune homme sur le bord de la fenêtre qui essaie de garder les yeux ouverts puis qui dodeline de la tête et s’endort ; la chute du troisième étage, vue du dehors ; l’attroupement devant la maison et la tentative maladroite pour le relever ; Paul qui dévale les trois étages et surgit pour le prendre dans ses bras. Sur le concret physique de la mort du jeune homme, rien ; sur le mystère de ce qui se passe pour le faire passer de la mort à la vie, rien : le mystère de la mort n’est pas percé ici, nous ne sommes que spectateurs d’une scène très symbolique qui convoque nos émotions, y compris l’amusement – quel prédicateur n’a pas vu, en cauchemar, son audience s’endormir ?

Ce qui importe à la fin de cette scène, c’est qu’une parole vienne trancher pour dire que cet enchaînement d’événements présentés de façon un peu mécanique vient révéler ce qui se jouait dans le culte célébré par les disciples, le sens profond qui s’y déploie. Dans le partage du pain, dans l’écoute de la parole, dans la communauté rassemblée, une seule chose, finalement, importe vraiment. « Il est vivant », c’est le cri que nous poussons à Pâques et c’est le cœur de notre vie d’Église, le cœur de l’Évangile, le cœur de notre foi. Ce cri désigne à la fois le Christ, Eutyque, et chacun de nous. Même lassés par des paroles connues, même entraînés dans un rite peut-être trop familier, même poussés au sommeil quand nous n’avons plus la force de rester attentifs, c’est déjà joué pour nous : nous sommes passés de la mort à la vie. À la suite du Christ, nous sommes tombés, et relevés, et les mots pour le dire sont toujours là. Ce sont des mots de toujours, des mots transmis, des mots qui nous sont offerts à nous aussi.

Le plus beau dans ce passage est sans doute le nom attribué à ce jeune homme : Eutyque c’est en grec « le chanceux »… N’oublions pas cette chance : le passage de la mort à la vie, c’est notre chance aussi.

Les versets suivants s’appuient sur cette chance et sur cette certitude pour évoquer une réalité très sombre car il s’agit du discours d’adieu de Paul aux chrétiens. Il y fait le bilan de sa vie au service de l’annonce de l’Évangile de grâce dans l’humilité et la persécution et il annonce que son avenir est tragique. Son exhortation finale s’adresse aux anciens, c’est-à-dire aux responsables d’Églises qui auront à la défendre et que Paul confie « à Dieu et à sa parole de grâce, qui a la puissance de bâtir l’édifice et d’assurer l’héritage à tous les sanctifiés ».

Simple parole… qui n’est pas la nôtre, mais qui passe par nous.

 

 

Questions pour nous :

  • Pouvons-nous repérer dans nos parcours, individuels et collectifs, des moments où le sens de ce que nous prêchons s’affiche brutalement et comme malgré nous ?
  • Si nous n’avions que ces simples mots, « Il est vivant », pour dire l’évangile, serait-ce suffisant ?
  • Comment nous mettre au service de la parole de grâce qui construit ?

 

 

Prions :

Nous t’adorons, Jésus notre Sauveur, toi qui as vaincu la mort par ta croix :
– Fils du Dieu vivant, béni sois-tu !

Tu es la pierre qu’avaient rejetée les bâtisseurs, tu es devenu la pierre d’angle : fais de nous tous, les pierres vivantes de ton Église.
– Fils du Dieu vivant, béni sois-tu !

Nous te prions pour les chrétiens, afin qu’ils vivent dans la joie de ta résurrection, et que par leur amour fraternel ils soient le signe visible de ta présence.
– Fils du Dieu vivant, béni sois-tu !

Nous te prions pour les responsables de ton Église, afin qu’en célébrant ta résurrection avec tous les croyants, ils soient fortifiés pour ton service.
– Fils du Dieu vivant, béni sois-tu !

Nous te prions pour les responsables des peuples, afin qu’ils exercent leur charge comme serviteurs de la justice et de la paix.
– Fils du Dieu vivant, béni sois-tu !

Nous te prions pour ceux qui souffrent dans la maladie, le deuil, la vieillesse, l’exil, afin que ta résurrection soit pour eux le réconfort et le secours.
– Fils du Dieu vivant, béni sois-tu !

(Prière de Taizé pour Pâques)




La mission, ce n’est pas si simple !

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 25 février 2021. Nous prions pour notre envoyée au Burundi.

© Pixabay.com

Paul arrive en 53 à Éphèse, après une tournée missionnaire en Asie. Il va rester trois ans dans cette capitale régionale de l’Empire, surnommée « la banque d’Asie ». Dans ce long chapitre 19, plusieurs problématiques sont développées, qui, aujourd’hui encore, sont au cœur de notre vie chrétienne.

Ayant rencontré quelques disciples, Paul leur dit : « Avez-vous reçu le Saint-Esprit quand vous avez cru ? Ils lui répondirent : « Nous n’avons même pas entendu dire qu’il y ait un Saint-Esprit. Actes 19,1-2

La question de l’Esprit-Saint est centrale mais périlleuse, car si elle touche à l’authenticité et à la compréhension en profondeur de la foi en Dieu et en Jésus-Christ, son contrôle par les autorités religieuses peut conduire à des abus de pouvoir et à la stérilisation de la vie spirituelle. Seul Dieu sait où et quand il fait souffler son Esprit, même si notre humanité a besoin des « signes visibles de la grâce invisible » qui s’expriment par des gestes, des sacrements, des rites. Quant à la mission, ne nécessite-t-elle pas une solide organisation des énergies ?

Ensuite Paul entra dans la synagogue où il parla librement. Pendant trois mois il discourut sur les choses qui concernent le royaume de Dieu, s’efforçant de persuader ceux qui l’écoutaient. Mais, comme quelques-uns restaient incrédules, critiquant devant la multitude la voie du Seigneur, il se retira d’eux, sépara les disciples et enseigna chaque jour dans l’école d’un dénommé Tyrannus . Cela dura deux ans, de sorte que tous ceux qui habitaient l’Asie, Juifs et Grecs, entendirent la Parole du Seigneur. Actes 19,8-11

D’abord bien reçu dans la synagogue, Paul y rencontre finalement de l’opposition. Alors il va annoncer l’Évangile dans l’espace public. Il passe alors d’une assemblée ciblée à la multitude. Se dépensant sans compter, il trouve néanmoins l’énergie de garder le lien avec les communautés des autres villes. Sa vie, son engagement, les nombreuses guérisons qu’il accomplit, tout cela vaut à l’Évangile de gagner les cœurs, mais à Paul de devoir clarifier le fondement et le sens des miracles au nom de Jésus-Christ, car l’attrait de la magie reste puissant.

Il survint à cette époque un grand trouble au sujet de la voie du Seigneur. Un certain Demetrius, orfèvre, fabriquait des temples d’Artémis en argent, et procurait à ses ouvriers un gain considérable. Il les rassembla, avec ceux du même métier, et dit : « Ô hommes, vous savez que notre bien-être dépend de cette industrie, et vous voyez et entendez que, non seulement à Éphèse, mais dans presque toute l’Asie, ce Paul a persuadé et détourné une foule de gens, en disant que les dieux fait de mains d’homme ne sont pas des dieux. Le danger qui en résulte, ce n’est pas seulement que notre industrie tombe en discrédit ; c’est encre que le temps de la grande Artémis ne soit tenu pour rien, et même que la majesté de celle qui est révérée dans toute l’Asie et dans le monde entier ne soit réduite à néant. Actes 19,23-27

Le discours de Demetrius va déclencher une émeute dans la ville. La foule veut juger Paul, l’atmosphère est explosive, un certain Alexandre tente de calmer les esprits et y parvient au bout de deux heures, en appelant à régler le litige devant les autorités compétentes. Mais plus que d’un litige il s’agit d’une crise profonde, qui touche non seulement à l’économie mais aussi à la religion et à la théologie. Quand dans l’Évangile Jésus chassait les marchands du temple, il ne remettait pas en cause le Dieu et la foi d’Israël, mais leur perversion par le commerce. Quand Paul prêche l’Évangile, il menace l’équilibre économique d’Éphèse parce que son enseignement relativise, et finalement délégitime le culte d’Artémis. Demetrius voit loin en anticipant les conséquences sociales, culturelles, familiales de cette transformation des esprits. Dans le cadre des missions chrétiennes, il a longtemps semblé évident que tout ce qui résultait de l’évangélisation des peuples ne pouvait être qu’un progrès. Mais posons-nous la question : sortir du paganisme suffit-il pour sortir de l’idolâtrie ? Et vouloir purifier les cultes de toute compromission avec les images, les objets, les rites, ne revient-il pas à tuer les cultures, et parfois mettre en péril l’économie locale ? Aujourd’hui dans certains pays les religions traditionnelles reviennent en force, soit en rejetant le christianisme, soit en opérant une sorte de syncrétisme. Qu’en dirait Paul ?

 

Questions pour nous :

  • Comment vivons-nous et exprimons-nous l’expérience et l’action de l’Esprit-Saint dans notre témoignage personnel et communautaire, à l’intérieur de l’Église comme à l’extérieur ?
  • Pouvons-nous nous inspirer de Paul pour annoncer l’Évangile dans des lieux publics ? De quelle manière ? Sous quelle forme ?
  • Dans un contexte multiculturel et de pluralisme religieux, comment partager l’Évangile avec les autres, en respectant sincèrement les valeurs et convictions profondes qui les animent ?

 

 

Unissons-nous à cette prière pour la mission :

Notre Père,

Ton Fils Unique Jésus-Christ ressuscité d’entre les morts a confié à Ses disciples le mandat d’aller et de faire des disciples de tous les peuples.
Tu nous rappelles que par le baptême nous participons tous à la mission de l’Église.
Par les dons de Ton Saint-Esprit,
Accorde-nous la grâce d’être des témoins de l’Évangile, courageux et ardents,
Pour que la mission confiée à l’Église, encore bien loin d’être réalisée,
Puisse trouver des expressions nouvelles et efficaces
Qui apportent au monde la vie et la lumière.
Aide-nous à faire en sorte que tous les peuples
Puissent rencontrer l’amour salvifique et la miséricorde de Jésus-Christ,
Notre Seigneur et notre Dieu,
Qui vit et règne avec Toi,
Dans l’unité du Saint-Esprit, aujourd’hui et pour les siècles des siècles. Amen

Pape François




Annoncer sans imposer

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 18 février 2021. Nous prions pour nos envoyés au Sénégal.

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Dans ce chapitre 18, nous sommes entraînés, à la suite de l’infatigable Paul, dans un voyage d’Athènes à Jérusalem, en passant par Corinthe où il demeure dix-huit mois avant de repartir pour Éphèse et de regagner Jérusalem afin d’y vivre une des fêtes annuelles avec l’Église de la ville. Puis il se lancera dans un nouveau voyage missionnaire à partir d’Antioche, tandis que se forme à Éphèse une nouvelle équipe avec Aquila, Priscille, et Apollos, juif érudit d’Alexandrie qui met ses talents au service de la prédication de l’Évangile. Mais revenons à Corinthe :

Après cela, Paul partit d’Athènes et se rendit à Corinthe. Il y rencontra un Juif appelé Aquilas, né dans la province du Pont : il venait d’arriver d’Italie avec sa femme, Priscille, parce que l’empereur Claude avait ordonné à tous les Juifs de quitter Rome. Paul alla les trouver et, comme il avait le même métier qu’eux – ils fabriquaient des tentes –, il demeura chez eux pour y travailler. A chaque shabbat, Paul prenait la parole dans la synagogue et cherchait à convaincre aussi bien les Juifs que les Grecs. Quand Silas et Timothée furent arrivés de Macédoine, Paul put consacrer tout son temps à prêcher ; il attestait devant les Juifs que Jésus est le Messie. Mais les Juifs s’opposaient à lui et l’insultaient ; alors il secoua contre eux la poussière de ses vêtements et leur dit : « Si vous êtes perdus, ce sera par votre propre faute. Je n’en suis pas responsable. Dès maintenant, j’irai vers ceux qui ne sont pas juifs. » Il partit alors de là et se rendit chez un certain Titius Justus qui adorait Dieu et dont la maison était à côté de la synagogue. Crispus, le chef de la synagogue, crut au Seigneur, ainsi que toute sa famille. Beaucoup de Corinthiens, qui entendaient Paul, crurent aussi et furent baptisés. Une nuit, Paul eut une vision dans laquelle le Seigneur lui dit : « N’aie pas peur, mais continue à parler, ne te tais pas, car je suis avec toi. Personne ne pourra te maltraiter, parce que nombreux sont ceux qui m’appartiennent dans cette ville. » Paul demeura un an et demi à Corinthe ; il y enseignait à tous la parole de Dieu. Actes 18,1-11

 

Le contexte est toujours essentiel pour comprendre le pourquoi et le comment de la mission d’évangélisation. Nous l’avons vu au chapitre précédent à Athènes, ville des philosophes, où Paul a utilisé un langage de raison pour tenter d’amener ses interlocuteurs à recevoir l’évangile. À Corinthe, Paul rencontre une communauté juive importante, enrichie des nombreux juifs de Rome chassés par l’Empereur Claude. Il y gagne l’amitié et la collaboration d’un couple, Priscille et Aquilas, et la présence d’un auditoire large et cosmopolite chaque shabbat à la synagogue. C’est sur une thématique biblique, et non plus philosophique, qu’il s’adresse à ses coreligionnaires. Il s’agit de les persuader que Jésus est le Messie. Certains adhèrent, d’autres non. Avec ces derniers s’ensuit une terrible polémique : injures d’un côté, malédictions de l’autre. Il y aura par la suite des plaintes contre Paul auprès du tribunal pour cause d’hérésie, puis des violences contre le chef de la synagogue, pour cause de conversion.

Rien n’excuse la violence religieuse qui, de manière récurrente dans l’histoire humaine, sert d’exutoire à l’intolérance et à la haine. On a d’ailleurs rencontré cette violence chez Paul-Saul de Tarse lorsqu’il persécutait les chrétiens. En est-il devenu indemne en devenant prédicateur de l’Évangile ? Son impatience à convaincre et partager sa foi personnelle ne le conduit-elle pas à certaines outrances peu évangéliques ? Nous devons nous poser ces questions, car si le mot mission suscite bien des réserves, voire du rejet, c’est bien parce qu’il est souvent associé au souvenir de conversions forcées et de condamnations sans appel pour hérésie ou impiété.

Il est crucial de rappeler que si notre mission est de faire connaître la Parole de Dieu, elle n’est jamais d’imposer des dogmes et des croyances. Quant à convertir les cœurs et les vies, cette mission-là revient à Dieu, et à Dieu seul, dont nous sommes les simples serviteurs.

Questions pour nous :

  • Dans la société française, nous justifions souvent par le contexte laïque notre timidité à annoncer l’Évangile dans l’espace public.
  • Quel regard portons-nous sur les chrétiens d’autres Églises ou d’autres cultures qui vivent comme une mission de témoigner explicitement de leur foi dans la société et de faire du « prosélytisme » ?
  • Serions-nous prêts à travailler avec eux pour nous encourager mutuellement au témoignage et à la transmission ?

 

 

Prions :

Seigneur crucifié et ressuscité,
Apprends-nous à affronter
Les luttes de la vie quotidienne,
Afin que nous vivions
Dans une grande plénitude.
Tu as humblement et patiemment accueilli,
Les échecs de la vie humaine
Comme les souffrances de la crucifixion.
Alors les peines et les luttes
Que nous apporte chaque journée,
Aides-nous à les vivre
Comme des occasions de grandir
Et de mieux te ressembler.
Rends-nous capable de les affronter,
Plein de confiance en ton soutien.
Fais nous comprendre
Que nous n’arrivons à la plénitude de la vie
Qu’en mourant sans cesse à nous mêmes
Et en nos désirs égoïstes.
Car c’est seulement en mourant avec Toi
Que nous pouvons ressusciter avec Toi.
Que rien désormais
Ne nous fasse souffrir ou pleurer
Au point d’en oublier la joie de ta résurrection.
Tu es le soleil éclaté de l’amour du père,
Tu es l’espérance du bonheur éternisé
Tu es le feu de l’amour embrasé.
Que la joie de Jésus soit force en nous
Et qu’elle soit, entre nous, lien de paix
D’unité et d’amour.

Mère Teresa




Déchaîner les foules

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 11 février 2021. Cette semaine, nous prions pour nos envoyés à Madagascar.

Raphaël : Saint-Paul prêchant à Athènes, Victoria and Albert Museum © Wikimedia Commons

Déchaîner les foules, c’est bien… les déchaîner contre soi, c’est plus problématique.

Les voyages de Paul ne sont pas de tout repos. Le début du chapitre 17 du livre des Actes nous le montre confronté, ainsi que ses compagnons de voyage, à un accueil pour le moins mitigé. Certains dans les synagogues, en effet, écoutent sa prédication et y découvrent un appel à la conversion, mais d’autres fomentent des troubles en choisissant de retenir seulement cette bribe de l’annonce de l’Évangile : Jésus est Seigneur. Ils accusent Paul de vouloir, en disant cela, attenter à l’autorité absolue de César en annonçant un autre roi (une accusation qui fait écho à celle du sanhédrin lorsque Jésus fut livré à Pilate en Lc 23,2), et armés de ce prétexte ils agitent la foule et les dirigeants locaux. Paul est contraint, par deux fois, de quitter discrètement les lieux. La puissance de la prédication de l’Évangile peut, en effet, déchaîner les foules… mais rien, apparemment, ne permet de prévoir dans quel sens.

C’est après ces mésaventures que Paul arrive à Athènes, séparé de ses compagnons. Athènes, c’est le cœur de la vie intellectuelle du monde grec, le carrefour des idées les plus progressistes, des influences littéraires les plus avant-gardistes et, sous le regard horrifié de Paul, des idoles les plus variées dont les autels ornent tous les recoins de la ville.

« Pendant que Paul attendait Sylvain et Timothée à Athènes, il était profondément indigné de voir à quel point cette ville était pleine d’idoles. Il discutait dans la synagogue avec les Juifs et avec ceux qui reconnaissaient l’autorité de Dieu, et aussi sur la place publique, chaque jour, avec les passants. Quelques philosophes épicuriens et stoïciens vinrent aussi parler avec lui. Les uns demandaient : « Que veut dire ce bavard ? » « Il semble annoncer des dieux étrangers », déclaraient d’autres, en entendant Paul annoncer Jésus et la résurrection.

Ils le prirent avec eux, le menèrent devant le conseil de l’Aréopage et lui demandèrent : « Pourrions-nous savoir quel est ce nouvel enseignement dont tu parles ? Tu nous fais entendre des choses étranges et nous aimerions bien savoir ce qu’elles signifient. » Tous les Athéniens, en effet, et les étrangers qui vivaient parmi eux passaient leur temps uniquement à partager ou à écouter les dernières nouveautés.

Paul, debout au milieu de l’Aréopage, prit la parole : « Athéniens, je constate que vous êtes des gens extrêmement religieux. En effet, tandis que je parcourais votre ville et que je regardais vos monuments sacrés, j’ai même trouvé un autel portant cette inscription : “Au dieu inconnu.” Eh bien, ce que vous adorez sans le connaître, je viens vous l’annoncer. Dieu, qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, est le Seigneur du ciel et de la terre, et il n’habite pas dans des temples construits par des mains humaines. Il n’a pas besoin non plus que les humains s’occupent de lui fournir quoi que ce soit, car c’est lui qui donne à tous la vie, le souffle et tout le reste. À partir d’un seul être humain, il a créé tous les peuples et les a établis sur la terre entière. Il a fixé pour eux le moment des saisons et les limites des régions qu’ils devaient habiter. Il a fait cela pour qu’ils cherchent Dieu et qu’en essayant tant bien que mal, ils parviennent peut-être à le trouver. En réalité, Dieu n’est pas loin de chacun de nous, car : “C’est en lui que nous vivons, que nous bougeons et que nous existons.” C’est bien ce que certains de vos poètes ont également affirmé : “Nous sommes aussi la descendance de Dieu.” Puisque nous sommes sa descendance, nous ne devons pas penser que Dieu soit semblable à une idole d’or, d’argent ou de pierre, produite par l’art et l’imagination humaine.

Or Dieu ne tient plus compte des temps où les humains étaient ignorants, mais il les appelle maintenant tous, en tous lieux, à changer de vie. Il a en effet fixé un jour où il jugera le monde entier avec justice, par un homme qu’il a désigné. Il en a donné la preuve à tous en ressuscitant cet homme d’entre les morts ! » Lorsqu’ils entendirent Paul parler d’une résurrection des morts, les uns se moquèrent de lui et les autres dirent : « Nous t’écouterons parler de ce sujet une autre fois. »

C’est ainsi que Paul les quitta. Quelques personnes, pourtant, se joignirent à lui et crurent : parmi elles, il y avait Denys, membre du conseil de l’Aréopage, une femme nommée Damaris, et d’autres encore. » Actes 17,16-34

 

Le texte nous montre un Paul incompris par ceux qui l’écoutent : d’abord, qui sont ces deux nouveaux dieux, Jésus et la Résurrection ? Les stoïciens et les épicuriens, représentants de deux écoles philosophiques prestigieuses mais concurrentes, pourtant friands de nouveautés, ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de cette nouvelle doctrine qu’ils traitent de « jacasseries ». Le souvenir de Socrate, condamné pour avoir importé des divinités étrangères pour corrompre la jeunesse, n’est pas loin non plus.

Le discours de Paul devant ces intellectuels raffinés est un coup de maître. Il emprunte à leur culture des arguments philosophiques : parlant à des philosophes, il cite des philosophes. En d’autres termes, il accomplit de main de maître l’inculturation de l’Évangile, c’est-à-dire qu’il explique la bonne nouvelle en ayant recours aux catégories de pensée et à l’imaginaire de ses interlocuteurs, pour montrer comment leur culture est d’ores et déjà bouleversée par l’irruption de Dieu parmi les humains. Il trace un arc très long depuis le Dieu créateur et source de vie et le Dieu discrètement présent auprès des humains jusqu’à celui qui vient établir toute justice.

On a l’impression que toute l’inspiration de Paul a surgi de cette image qui est restée imprimée à son imagination : l’autel dédié « au dieu inconnu », celui érigé pour le comble de la superstition puisqu’il tente ainsi d’amadouer celui des dieux qu’on aurait oublié par ailleurs. Cet autel est la trace des tentatives humaines pour s’assurer que Dieu est bien rangé dans sa boîte, suffisamment satisfait pour laisser les humains tranquilles de vaquer à leurs propres occupations – c’est une tentation de toujours. C’est comme si Paul disait : « Vous croyiez satisfaire ainsi tous les dieux possibles pour pouvoir les ignorer, mais ce que vous montrez, c’est simplement que vous ignorez qui est Dieu ».

Tout au long de son discours, tout le monde semble l’écouter, comme si son auditoire s’y retrouvait avec des repères culturels familiers. Le dernier point soulevé, toutefois, pose problème : en effet, Dieu vient établir toute justice… mais pas n’importe comment. Il établit la justice non pas de façon abstraite, dans le ciel des idées, mais de façon très incarnée, dans la personne d’un homme qu’il a choisi et qu’il a ressuscité. C’est dans la chair que ça se passe, pas dans un ciel désincarné.

Voilà qui échappe finalement aux repères de l’auditoire. C’est le point de bascule qui fait sortir l’Évangile du déjà-connu, de ce qui peut se penser dans les catégories habituelles. Dieu devenu homme, un homme passé par la mort et la résurrection qui vient accomplir la justice de Dieu : cela relève non pas d’un savoir propre à une culture, mais de la foi, c’est-à-dire de ce que Dieu vient lui-même accomplir en nous. Au fond, il y a toujours un point de bascule qui nous appelle à sortir de nos catégories habituelles pour entrer dans le risque de la nouveauté qu’est la foi.

Le chapitre 17 du livre des Actes s’achève sur ces quelques mots : quelques-uns, pourtant, sont devenus croyants et ces gens ont un nom, une épaisseur humaine. L’Évangile ne reste pas dans le ciel des idées : il s’inscrit dans la chair des croyants. C’est par leurs paroles, transmises et incarnées, que l’Évangile se présente aux cultures.

Questions pour nous tous :

  • Nous trouvons-nous parfois confrontés à une situation où nous sommes soupçonnés d’annoncer « un nouveau roi » ? cela pose-t-il problème ?
  • Quelles images s’imposent-elles à nous pour nous inspirer la joyeuse transmission de l’Évangile ?
  • Que serait, dans notre culture, cet « autel au dieu inconnu » ?
  • Comment penser aujourd’hui ce moment de bascule entre nos repères habituels et l’appel à la foi ?

 

 

Prions :

Notre Père,
Tu nous as donné des frères et des sœurs d’adoption, des vrais gens, pas des images immobiles. Tu nous appelles à vivre en humain parmi des humains. Tu sais comme c’est parfois difficile.
Tu nous as donné la parole pour annoncer quelque chose, quelque chose de radicalement nouveau, où les mots sont bien pauvres. Tu sais comme notre parole, parfois, s’épuise.
Tu nous as donné une espérance et une force que nous n’avions pas. Tu sais que pourtant, nous avons toujours peur d’hésiter et d’être faibles.
Tu nous as donné des histoires que nos histoires prolongent. Pourtant, parfois, nous avons peur que notre histoire s’interrompe sans connaître la fin.
Notre Père, renouvelle en nous la fraternité, la parole simple, l’espérance et la force et surtout, aide-nous à mettre notre confiance en toi, source et fin de nos histoires.
Amen




La libération de la parole

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 4 février 2021. Nous prions pour notre envoyée en Tunisie.

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Le chapitre 16 du livre des Actes s’ouvre sur un conflit : Barnabas et Paul se sont violemment affrontés sur une question théologique (voir Ga 2,11-14) à propos d’une décision à prendre sur les relations entre croyants convertis du judaïsmes et croyants venus du paganisme, et les deux hommes sont partis chacun de leur côté. Arrivé à Lystre en compagnie de Silas, Paul recrute Timothée et le petit groupe entreprend de continuer son voyage.

« L’Esprit saint les empêcha d’annoncer la parole de Dieu dans la province d’Asie, de sorte qu’ils traversèrent la Phrygie et la Galatie. Quand ils arrivèrent près de la Mysie, ils eurent l’intention d’aller en Bithynie, mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit pas. Ils traversèrent alors la Mysie et se rendirent au port de Troas. Pendant la nuit, Paul eut une vision : il vit un Macédonien, debout, qui lui adressait cette prière : « Passe en Macédoine et viens à notre secours ! » Aussitôt après cette vision, nous avons cherché à partir pour la Macédoine, car nous étions convaincus que Dieu nous avait appelés à porter la bonne nouvelle aux habitants de cette contrée. » Actes 16,6-10

 

Voilà un voyage missionnaire qui ne se passe pas sans encombre ! À Paul et ses compagnons, il est interdit de parler. Leurs projets de voyage mis en déroute l’un après l’autre, on imagine sans peine la frustration de ces porte-parole… à qui il est interdit de prendre la parole. Le petit groupe fait l’expérience de la frustration. Il est étrange de lire que c’est l’Esprit saint qui les empêche ainsi d’aller où bon leur semble pour annoncer l’Évangile et pourtant, c’est un rappel : ce n’est pas nous qui maîtrisons les conditions de réception de la parole, c’est l’Esprit. C’est Dieu qui est à la manœuvre et c’est lui qui dirige la mission, qui décide quand il y a lieu de libérer la parole qui annonce l’Évangile.

C’est donc ailleurs que la libération de la parole aura lieu. Le petit groupe continue son chemin là où il se sent appelé et arrive en Macédoine, dans la ville de Philippes, où les choses se passent beaucoup mieux : une femme, Lydie, est convertie parce que « le Seigneur avait ouvert son cœur pour la rendre attentive aux paroles de Paul » (v. 14) et elle reçoit le baptême. Un peu plus tard, rassurés peut-être de ce que leur parole, ici, peut enfin être entendue, le groupe se trouve confronté à une autre femme, une jeune servante « qui avait un esprit de divination » (v. 16) et qui les suit partout en criant : « Ces hommes sont les serviteurs du Dieu Très-Haut : ils vous annoncent une voie de salut » (v. 17). Ce qu’elle dit est exact : ils sont bien les serviteurs de Dieu, et ils annoncent effectivement une voie de salut : le Christ. Elle se trouve donc être, bien malgré elle sans doute car ce n’est pas elle qui parle mais l’esprit qui l’habite, une voix au service de la mission. Pendant plusieurs jours, elle suit Paul et ses compagnons partout et les précède de ce message répété : ils sont les serviteurs de Dieu et annoncent un chemin vers le salut. Nous ne savons pas quel effet ces paroles ont pu avoir sur les spectateurs, par contre nous apprenons l’agacement de Paul :

« Un jour que nous nous rendions au lieu de prière, une servante vint à notre rencontre : il y avait en elle un esprit qui lui faisait prédire l’avenir, et elle rapportait beaucoup d’argent à ses maîtres par ses prédictions. Elle se mit à nous suivre, Paul et nous, en criant : « Ces hommes sont les serviteurs du Dieu très-haut ! Ils vous annoncent un chemin qui conduit au salut ! » Elle fit cela pendant bien des jours. À la fin, Paul en fut si irrité qu’il se retourna et dit à l’esprit : « Au nom de Jésus Christ, je t’ordonne de sortir d’elle ! » Et l’esprit sortit d’elle à l’instant même. Quand ses maîtres virent s’envoler tout espoir de gagner de l’argent grâce à elle, ils saisirent Paul et Sylvain et les traînèrent sur la place publique devant les autorités. Ils les amenèrent aux magistrats romains et dirent : « Ces individus créent du désordre dans notre ville. Ils sont Juifs et enseignent des coutumes qu’il ne nous est pas permis, à nous qui sommes Romains, d’accepter ou de pratiquer. » La foule se souleva aussi contre eux. Les magistrats firent arracher les manteaux de Paul et de Sylvain et ordonnèrent de les battre à coups de fouet. Après les avoir frappés de nombreux coups, on les jeta en prison et l’on recommanda au gardien de bien les surveiller. Dès qu’il eut reçu cet ordre, le gardien les mit dans une cellule tout au fond de la prison et il leur fixa les pieds dans des blocs de bois. » Actes 16,16-24

 

Quelle mouche a donc piqué Paul ? Était-il seulement agacé que cette femme les suive partout, prenant la parole à leur place ? A-t-il vu un danger à la laisser formuler ainsi l’annonce de l’Évangile ? Il est vrai que l’expression « Dieu Très-Haut » prête à confusion puisqu’il s’agit ici du titre attribué à n’importe quel dieu, que ce soit Zeus, le Dieu d’Israël ou n’importe quelle divinité locale. Il s’agit de ne pas se tromper de Dieu, et les paroles de Paul soulignent que sa prédication est au service du Seigneur Jésus-Christ, celui qui libère, celui qui n’est pas un Dieu ordinaire, mais un Dieu passé par l’humanité, par la frustration, par la souffrance et par la mort, rejoignant ainsi les humains pour leur offrir un salut et une libération.

Pour avoir libéré cette femme, pour avoir annoncé ce Dieu-là, celui qui libère, Paul et ses compagnons… sont jetés en prison. C’est que les maîtres de cette femme profitaient de la situation et avaient tout à gagner à ce qu’elle continue à donner libre court à la parole de l’esprit qui l’habitait et à rester aliénée à cet esprit. Cette femme est rendue libre de parler en son nom propre et non plus au nom de ce qui l’accable – mais cela bouleverse le statu quo dont profitaient ses maîtres. Bien que la prédication de Paul n’ait représenté aucun danger pour l’ordre public, sa parole a eu un effet inattendu et la violence humaine se libère, la xénophobie aussi, les liens d’humanité sont brisés, la sanction tyrannique s’abat.

Annoncer le Dieu de la libération ne va pas sans risque, et pourtant cette démarche va permettre à Dieu de montrer sa puissance de libération : le récit qui suit immédiatement, avec la sortie miraculeuse de la prison, nous rappelle que Dieu vient à bout de la méchanceté humaine en nous libérant de nos prisons, quelles qu’elles soient.
Nous avons à annoncer un Dieu qui nous envoie là où nous n’avions pas forcément prévu d’aller, porteurs d’un message de libération au nom du Christ, celui qui a été libéré de la mort et qui nous précède sur nos chemins humains.

Questions pour nous tous :

  • Quels sont les chemins barrés, ceux où nous tentons d’aller alors que Dieu nous envoie ailleurs ?
  • Quel est ce Dieu qui nous libère et nous appelle à annoncer sa puissance de libération de toutes nos prisons ? Comment parler de lui aujourd’hui ?
  • Quelles situations d’exploitation de nos contemporains sont-elles source d’une colère légitime, qui nous poussera à agir ?
  • La libération de la parole des un.e.s menace le statu quo des autres. Quelle réflexion éthique faudrait-il avoir à ce sujet ?

 

 

Prions :

Seigneur,
Tu nous appelles sur des chemins inconnus. Aujourd’hui comme hier, demain comme aujourd’hui, nos pas nous mènent là où tu nous appelles.
Tu nous libères de nos prisons. Aujourd’hui comme hier, demain comme aujourd’hui, tu te dresses comme celui qui refuse de nous laisser à nos enfermements, celui qui vient bousculer nos prisons.
Tu nous appelles à dire qui tu es. Aujourd’hui comme hier, demain comme aujourd’hui, tu te fais proche de nous, tu nous appelles à la confiance envers toi, pour dire qui tu es dans nos vies et dans le monde.
Seigneur, aujourd’hui comme hier, demain comme aujourd’hui, donne-nous la force de continuer à marcher avec toi, confiants et fortifiés, pour aller auprès de nos frères et de nos sœurs, les humains.
Amen




L’Église première : une Église disruptive ?

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 28 janvier 2021. Nous prions pour nos envoyés en Guadeloupe.

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Désaccord à propos de la circoncision

Quelques hommes, qui étaient descendus de Judée, enseignaient aux frères : Si vous ne vous faites pas circoncire selon la coutume de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. Paul et Barnabé ayant eu avec eux une violente dispute au cours du débat qui s’ensuivit, on décida que Paul, Barnabé et quelques autres des leurs monteraient à Jérusalem, devant les apôtres et les anciens, pour parler de cette question. L’Église leur fournit ce dont ils avaient besoin pour le voyage. Comme ils passaient par la Phénicie et la Samarie, ils racontaient en détail la conversion des non-Juifs et causaient une grande joie à tous les frères. Arrivés à Jérusalem, ils furent accueillis par l’Église, les apôtres et les anciens, et ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux. Alors quelques membres du parti des pharisiens qui étaient devenus croyants se levèrent pour dire qu’il fallait circoncire les non-Juifs et leur enjoindre d’observer la loi de Moïse.

Le débat à Jérusalem

Les apôtres et les anciens se rassemblèrent pour examiner cette affaire. Après un vif débat, Pierre se leva et leur dit : Mes frères, vous le savez : dès les tout premiers jours, Dieu a fait un choix parmi vous pour que, par ma bouche, les non-Juifs entendent la parole de la bonne nouvelle et deviennent croyants. Et Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage en leur donnant l’Esprit saint tout comme à nous ; il n’a fait aucune différence entre nous et eux, puisqu’il a purifié leur cœur par la foi. Maintenant donc, pourquoi provoquez-vous Dieu en imposant aux disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n’avons été capables de porter ? En fait, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, de la même manière qu’eux.

Toute la multitude fit silence, et l’on écouta Barnabé et Paul raconter tous les signes et les prodiges que Dieu avait produits, par leur entremise, parmi les non-Juifs. Lorsqu’ils se turent, Jacques dit : Mes frères, écoutez-moi ! Syméon a raconté comment, pour la première fois, Dieu est intervenu pour prendre parmi les nations un peuple à son nom. Les paroles des prophètes s’accordent avec cela, comme il est écrit :

Après cela, je reviendrai
et je relèverai la tente de David qui était tombée,
j’en relèverai les ruines
et je la redresserai,
afin que le reste des humains recherchent le Seigneur,
oui, toutes les nations sur lesquelles mon nom a été invoqué,
dit le Seigneur, qui fait ces choses connues depuis toujours.

C’est pourquoi, moi, je suis d’avis de ne pas créer de difficultés aux non-Juifs qui se tournent vers Dieu, mais de leur écrire qu’ils s’abstiennent des souillures des idoles, de l’inconduite sexuelle, des animaux étouffés et du sang. Depuis les générations anciennes, en effet, Moïse a dans chaque ville des gens qui le proclament, puisqu’on le lit chaque sabbat dans les synagogues.

Une décision et une lettre communes

Alors il parut bon aux apôtres et aux anciens, ainsi qu’à toute l’Église, de choisir parmi eux des hommes et de les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabé : Judas, appelé Barsabbas, et Silas, des dirigeants parmi les frères. Ils les chargèrent de cette lettre :

Vos frères, les apôtres et les anciens, aux frères non juifs qui sont à Antioche, en Syrie et en Cilicie, bonjour ! Nous avons appris que quelques individus sortis de chez nous, auxquels nous n’avions donné aucun ordre, vous ont troublés et inquiétés par leurs discours. Après nous être mis d’accord, il nous a paru bon de choisir des hommes et de vous les envoyer avec nos bien-aimés Barnabé et Paul, eux qui ont livré leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous avons donc envoyé Judas et Silas, qui vous apporteront de vive voix le même message. En effet, il a paru bon à l’Esprit saint et à nous-mêmes de ne pas vous imposer d’autre fardeau que ce qui est indispensable : que vous vous absteniez des viandes sacrifiées aux idoles, du sang, des animaux étouffés et de l’inconduite sexuelle ; vous ferez bien de vous garder de tout cela. Adieu. Actes 15,1-29

 

 

L’Église première : une Église disruptive ?

Quel extraordinaire dynamisme missionnaire chez ces premiers croyants habités par le souffle de l’Esprit ! Leur motivation première ? Non pas la recherche d’une puissance financière ou d’une forte notoriété. Mais le souci irrépressible d’aller à la rencontre de tous, ici et là-bas, pour annoncer en paroles et en actes la bonne nouvelle du salut en Jésus, le Christ. Ces envoyés ont beaucoup de joie à prêcher. Cependant les difficultés ne leur ont pas été épargnées : persécutions diverses, emprisonnements de Pierre, de Paul, exécution de Jacques frère de Jean, etc. Les premières communautés ont été également traversées par des conflits théologiques comme celui que rapporte ce chapitre 15 des Actes né de la rencontre entre des croyants juifs et non-juifs. Pour résumer : un non-juif, devenu disciple de Jésus, doit-il devenir juif et être circoncis pour être sauvé par Jésus ? Question importante car elle met en jeu la place de la loi de Moïse dans cette communauté chrétienne naissante diversifiée. La communauté décide de se rassembler pour parler de cette question. Pierre prend la parole et constate que les non-juifs reçoivent l’Esprit-Saint comme les juifs. Il formule un élément de réponse théologique en forme de question : «Pourquoi provoquez-vous Dieu en imposant aux disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n’avons été capables de porter ? En fait, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés, de la même manière qu’eux.» Et Jacques de conclure en invitant les non-juifs chrétiens à ne pas commettre d’actions particulièrement scandaleuses pour les juifs. Ce conflit est réglé.

Cette dynamique missionnaire a-t-elle contraint les apôtres à être disruptifs par rapport à la loi de Moïse en les coupant de leur tradition juive ? À leurs yeux, certainement pas à lire leurs prédications ! Ils ont réinterprété la Bible à la lumière du salut offert par le Christ. Leur foi en Christ est une manière nouvelle de vivre le judaïsme.

Des tensions surviennent néanmoins relativement tôt dans l’histoire entre le judaïsme rabbinique et le judaïsme chrétien. Après la chute du Temple en 70 de notre ère, s’est constituée peu à peu une orthodoxie juive rabbinique qui a éloigné des juifs considérés alors comme membres de différentes sectes, dont les juifs chrétiens.

Puis de façon récurrente, les juifs ont été l’objet d’un antijudaïsme chrétien avec des persécutions. Par la suite, l’antijudaïsme s’est transformé en antisémitisme : pogroms, shoah. L’AG de la Communion des Églises protestantes d’Europe (CEPE) a adopté en 2001 le texte Église et Israël. L’un des points importants parmi d’autres de ce texte évoque le titre de «Peuple de Dieu». Comme l’écrit à ce sujet la professeure Élisabeth Parmentier, présidente de la CEPE à cette époque, «le document tente à la fois de reconnaître pleinement ce titre aux juifs tout en montrant que les chrétiens le comprennent dans un autre sens, qui n’enlève rien à la primauté des juifs dans l’œuvre du salut». Un peu plus loin elle évoque un autre point important de ce texte : «Ce document reconnaît le judaïsme comme une voie de salut et remet en cause l’affirmation classique de la théologie réformatrice que le christianisme aurait relayé le judaïsme.»

Questions pour nous tous :

  • Notre Église ressent-elle ce besoin irrépressible d’annoncer la bonne nouvelle ici et là-bas sans craindre d’aller hors de ses murs ?
  • En quoi la mission de l’Église a-t-elle renouvelé notre compréhension des Écritures, revitalisé notre vie ecclésiale, permis d’accueillir celles et ceux qui ne sont pas du sérail ?
  • Quel est aujourd’hui le type de relations que nous entretenons avec le judaïsme ?

 

 

Prions avec le patriarche Athenagoras :

Sans l’Esprit Saint Dieu est lointain, Jésus est dans le passé et l’Évangile reste lettre morte.
Sans l’Esprit Saint l’Église n’est plus qu’une simple association,
l’autorité, une forme de domination,
la mission, une vulgaire propagande,
la liturgie, une conjuration des esprits et la vie chrétienne, une morale esclavagiste.
Viens Seigneur au milieu de nous.

Athenagoras
Texte du Défap 1997




La mission encore et toujours…

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 21 janvier 2021. Nous prions pour nos envoyés à Madagascar.

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À Iconium, la même chose se produisit : Paul et Barnabé entrèrent dans la synagogue des Juifs, et parlèrent de telle façon qu’un grand nombre de Juifs et de Grecs devinrent croyants.

Mais ceux des Juifs qui avaient refusé de croire se mirent à exciter les païens et à les monter contre les frères. Paul et Barnabé séjournèrent là un certain temps. Ils mettaient leur assurance dans le Seigneur : celui-ci rendait témoignage à l’annonce de la parole de sa grâce, et il leur donnait d’accomplir par leurs mains des signes et des prodiges.

La population de la ville se trouva divisée : les uns étaient pour les Juifs, les autres pour les Apôtres. Il y eut un mouvement chez les non-Juifs et chez les Juifs, avec leurs chefs, pour recourir à la violence et lapider Paul et Barnabé. Lorsque ceux-ci s’en aperçurent, ils se réfugièrent en Lycaonie dans les cités de Lystres et de Derbé et dans leurs territoires environnants. Là encore, ils annonçaient la Bonne Nouvelle.

Or, à Lystres, il y avait un homme qui était assis, incapable de se tenir sur ses pieds. Infirme de naissance, il n’avait jamais pu marcher. Cet homme écoutait les paroles de Paul. Celui-ci le fixa du regard et vit qu’il avait la foi pour être sauvé. Alors il lui dit d’une voix forte : « Lève-toi, tiens-toi droit sur tes pieds. » L’homme se dressa d’un bond : il marchait. En voyant ce que Paul venait de faire, les foules s’écrièrent en lycaonien : « Les dieux se sont faits pareils aux hommes, et ils sont descendus chez nous ! » Ils donnaient à Barnabé le nom de Zeus, et à Paul celui d’Hermès, puisque c’était lui le porte-parole.

Le prêtre du temple de Zeus, situé hors de la ville, fit amener aux portes de celle-ci des taureaux et des guirlandes. Il voulait offrir un sacrifice avec les foules. Informés de cela, les Apôtres Barnabé et Paul déchirèrent leurs vêtements et se précipitèrent dans la foule en criant : « Pourquoi faites-vous cela ? Nous aussi, nous sommes des hommes pareils à vous, et nous annonçons la Bonne Nouvelle : détournez-vous de ces vaines pratiques, et tournez-vous vers le Dieu vivant, lui qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qu’ils contiennent.

Dans les générations passées, il a laissé toutes les nations suivre leurs chemins.

Pourtant, il n’a pas manqué de donner le témoignage de ses bienfaits, puisqu’il vous a envoyé du ciel la pluie et des saisons fertiles pour vous combler de nourriture et de bien-être. »

En parlant ainsi, ils empêchèrent, mais non sans peine, la foule de leur offrir un sacrifice.

Alors des Juifs arrivèrent d’Antioche de Pisidie et d’Iconium ; ils se rallièrent les foules, ils lapidèrent Paul et le traînèrent hors de la ville, pensant qu’il était mort. Mais, quand les disciples firent cercle autour de lui, il se releva et rentra dans la ville. Le lendemain, avec Barnabé, il partit pour Derbé. Ils annoncèrent la Bonne Nouvelle à cette cité et firent bon nombre de disciples. Puis ils retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche de Pisidie . Actes 14,1-2

 

 

Comment est-il possible qu’une parole de grâce, d’espérance et de vie puisse faire naitre chez les uns la joie et la liberté, et provoquer chez d’autres un effondrement existentiel, suscitant des réactions violentes ? A Iconium, Paul et Barnabé sont confrontés à ces positions extrêmes.

Sommes-nous en mesure de comprendre aujourd’hui à quel point la bonne nouvelle de l’évangile, délivrée par Paul et Barnabé, a été un message révolutionnaire, bousculant les repères, chamboulant les certitudes, établissant un système de valeurs totalement étranger au monde ambiant ? Deux mille ans de christianisme nous ont donné le temps d’apprivoiser la religion chrétienne, au point de considérer parfois le message de l’évangile comme désuet, dépassé, et de réduire le scandale de la croix à l’état de bijou qui se porte autour du cou.

Mais retournons à Iconium, où la belle dynamique de la mission se poursuit, portée à bout de bras par deux hommes audacieux, Paul et Barnabé, dans un esprit de compagnonnage et de complémentarité. Même quand leur fidélité à Jésus le Christ les met en danger de mort ! Miracle (un homme qui guérit), malentendu (sont-ils des dieux incarnés ?), mise à mort (lapidation de Paul) jalonnent leur passage…L’évangile est-il à ce prix ?

Seul celui qui a été relevé et rendu à la vie peut à son tour témoigner, avec une confiance inébranlable, de Celui qui désormais donne sens à toute son existence. Seul celui ou celle qui désire ardemment partager ce qu’il a reçu de plus précieux peut donner sans compter.

L’évangile est-il encore cette bonne nouvelle qu’il est impossible de garder pour soi, tant elle brûle en notre cœur et nous lance vers les autres ?

 

 

Prions :

Merci pour Jésus, le Christ.
Par son passage à travers la mort,
Il a orienté le voyage des hommes définitivement vers la vie.
Nous t’en prions,
Père de Jésus, et notre Père :
Que la joyeuse nouvelle de la résurrection demeure brûlante en nous.
Quelle nous accompagne comme une parole et une musique obstinée,
Afin qu’en transfigurant notre vie, elle parvienne à tous nos frères
Et les réjouisse dans leur patient pèlerinage de chaque jour.
Amen.




Et la mission commence !

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 14 janvier 2021. Nous prions pour nos envoyés au Sénégal.

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« Il y avait dans l’Église d’Antioche des prophètes et des docteurs : Barnabas, Siméon appelé Niger, Lucius de Cyrène, Manahen, qui avait été élevé avec Hérode le tétrarque, et Saul. 2Pendant qu’ils servaient le Seigneur dans leur ministère et qu’ils jeûnaient, le Saint-Esprit dit : Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l’oeuvre à laquelle je les ai appelés. 3Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent partir. » Actes 13, 1-3

 

 

Barnabas, homme bienveillant, accorde sans hésiter sa confiance à Saul le converti. Malgré son passé et sa réputation de persécuteur des chrétiens, il l’accompagne et l’introduit auprès les apôtres. Pour l’église naissante, c’est le tandem idéal pour que la mission commence.

Barnabas a certainement un rôle éminent dans la maturation de celui qui deviendra Paul. Il est de ceux qui, par leur personnalité et leurs qualités humaines, offrent une présence positive et féconde.

C’est à ses côtés et certainement grâce à lui que la pensée de Saul s’est structurée, lui permettant d’exprimer à Antioche le contenu de sa mission avec autant d’assurance et de justesse. C’est ici que Saul, le leader, se révèle pleinement en prenant la parole à l’invitation des chefs de la synagogue pour délivrer un témoignage puissant du Christ ressuscité.

Si nous savons identifier avec certitude les personnes qui nous ont blessés, et parfois même ceux qui nous sont toxiques, savons-nous reconnaitre les personnes qui nous accompagnent, qui cheminent à nos côtés, dont les paroles et la présence bienveillante sont formatrices pour nous et nous rendent meilleurs ?

Dieu n’attend pas de nous que nous soyons des super héros de la foi, ni que nous devenions instantanément des parfaits chrétiens (existent-t-ils d’ailleurs ?), mais que nous empruntions avec confiance le chemin qu’il ouvre devant nous, que nous apprécions les compagnons de route qu’il nous offre, et le temps d’apprentissage qu’il nous accorde pour devenir ce que nous devrions être : des témoins joyeux du Dieu vivant !

 

 

Prions :

Ô Dieu, en Jésus-Christ,
Sois à notre côté sur les chemins de la foi.
Suscite en nous à chaque rencontre le désir d’accueillir l’autre et d’être à l’écoute de son histoire.
Donne-nous des cœurs reconnaissants pour les compagnons de route que tu nous donnes.
Ravive notre volonté d’écouter ta Parole.
Qu’elle nous éclaire dans nos décisions, qu’elle illumine notre route, et nourrisse nos amitiés.
Que ton Esprit nous encourage et nous accompagne pour témoigner joyeusement de la vie que tu offres en abondance.
Amen.




L’Évangile contre toute tyrannie

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 7 janvier 2021. En ce début d’année, nous prions pour toutes les Églises, écoles et institutions avec lesquelles nous sommes en partenariat autour du monde.

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Au chapitre 11 le nom de chrétiens a été donné pour la première fois aux disciples du Christ, dans la ville d’Antioche de Syrie, où pendant une année, Barnabas et Paul vont animer la nouvelle église et enseigner les croyants, puis se charger de porter leurs dons aux chrétiens de Jérusalem, menacés par la misère.

À cette époque, le roi Hérode se mit à maltraiter quelques-uns des membres de l’Église. Il fit mourir par l’épée Jacques, le frère de Jean. Quand il vit que cela plaisait aux Juifs, il fit encore arrêter Pierre durant la fête des Pains sans levain.  Hérode le fit saisir et jeter en prison, et il chargea quatre groupes de quatre soldats de le garder. Il pensait le faire juger en public après la Pâque.

Pierre était donc gardé dans la prison, mais les membres de l’Église priaient Dieu pour lui avec ardeur. Durant la nuit, alors que Hérode était sur le point de le faire juger en public, Pierre dormait entre deux soldats. Il était attaché avec deux chaînes et des gardiens étaient à leur poste devant la porte de la prison. Soudain, un ange du Seigneur apparut et la cellule resplendit de lumière. L’ange toucha Pierre au côté, le réveilla et lui dit : « Lève-toi vite ! » Les chaînes tombèrent de ses mains. L’ange lui dit : « Mets ta ceinture et attache tes sandales! » Pierre lui obéit et l’ange ajouta : « Mets ton manteau et suis-moi. » Pierre sortit de la prison en suivant l’ange. Il ne savait pas si ce qui arrivait avec l’ange était réel : il pensait avoir une vision. (…) Actes 12,1-9

Prenant conscience que Dieu l’a vraiment libéré, Pierre se rend chez Marie, la mère de Jean-Marc, où il témoigne de ce qui lui est arrivé.

Hérode, s’étant mis à sa recherche et ne l’ayant pas trouvé, interrogea les gardes, et donna l’ordre de les exécuter. Ensuite, il se rendit de la Judée à Césarée où il resta un certain temps. Hérode était très irrité contre les habitants de Tyr et de Sidon. Ceux-ci se mirent d’accord pour se présenter devant lui. Ils gagnèrent à leur cause Blastus, l’officier de la chambre du roi ; ils demandèrent à Hérode de faire la paix, car leur pays s’approvisionnait dans celui du roi. Au jour fixé, Hérode mit son habit royal, s’assit sur son trône et leur adressa publiquement un discours. Le peuple s’écria : « C’est un dieu qui parle et non pas un être humain ! » Mais, au même moment, un ange du Seigneur frappa Hérode, parce qu’il s’était réservé l’honneur qui est dû à Dieu : il fut rongé par les vers et mourut. La parole de Dieu se répandait de plus en plus. Barnabas et Saul, après avoir achevé leur mission à Jérusalem, s’en retournèrent et emmenèrent avec eux Jean surnommé Marc. Actes 12, 19-25

 

L’Hérode qui apparaît dans notre récit est le petit-fils du roi Hérode le Grand, qui ordonna le massacre des enfants au temps de la naissance de Jésus et le neveu d’Hérode Antipas, qui fit exécuter Jean le baptiste. Déterminisme familial ou tempérament personnel, Hérode Agrippa fait preuve de cette violence propre à tous les tyrans, qu’ils exercent un petit ou un grand pouvoir. Persécutions des dissidents et des esprits exerçant leur liberté spirituelle, autoritarisme féroce envers ses propres forces de l’ordre, avec peine de mort en cas d’échec, paranoïa vis-à-vis des voisins sauf à les dominer en leur imposant une obéissance totale doublée d’idolâtrie. C’est pourtant là que son pouvoir va se fracasser contre la puissance du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Dans la foi biblique, l’idolâtrie est considérée comme une faute aussi grave que le meurtre, et passible de mort. Car tout en niant la souveraineté de Dieu, elle paralyse et asservit l’esprit et la vie des êtres qui la pratiquent.

Or c’est la liberté que Dieu veut offrir à toutes ses créatures, afin qu’elles puissent vivre de sa Parole d’amour et la transmettre de génération en génération. C’est ce que nous montre une fois de plus ce récit merveilleux des Actes où l’ange du Seigneur vient libérer l’apôtre Pierre de ses chaînes, et le fait sortir de prison, afin que l’œuvre d’enseignement et de témoignage se poursuive à travers le monde.

Questions pour nous :

  • Entre vénération et critique systématique du pouvoir, comment adopter une attitude constructive ?
  • Comment comprenons-nous le péché d’idolâtrie dans ses versions actuelles ?
  • Entre lecture littérale et rejet rationaliste, comment interprétons-nous les interventions merveilleuses des anges dans les récits bibliques ?

 

 

Prions :

Seigneur tu es la vérité.
Ce matin je pense à tous les persécutés de la terre
À ceux qui défendent la vérité
Et qui se retrouvent devant le Pilate ou l’Hérode du moment.
Je te prie aussi pour eux, assis, drapés de pouvoir et de dignité,
Cherchant peut-être la vérité
Au milieu de tant d’opinions et de paroles.

Merci Seigneur car tu nous as envoyé la vérité.
Elle a pris forme humaine.
Devant Pilate, elle s’est tue.
La vérité n’a pas besoin de se défendre.
Elle ne dit rien car elle est.
On a beau l’insulter, l’attacher,
Cracher sur elle, la rouer de coups,
Elle se dresse toujours,
Elle s’offre toujours à celui qui cherche.

Seigneur merci car tu t’offres à nous,
Tout au long de ce jour,
Apprends-nous à ne pas nous laver les mains,
Mais à voir les humains écrasés.
Que ta vérité habite en nous pour l’éternité.

D’après : Livre de Prières, Société Luthérienne, Éditions Olivétan, 2012




Noël, signe d’une autre vie possible

Méditation du jeudi 24 décembre 2020 : Noël, une brèche lumineuse dans les ténèbres de nos soucis du quotidien…

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Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement tourné vers Dieu. Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes, et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. Il y eut un homme, envoyé de Dieu : son nom était Jean. Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. Il n’était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière. Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu dans son propre bien, et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.  Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père. Jean lui rend témoignage et proclame : «Voici celui dont j’ai dit : après moi vient un homme qui m’a devancé, parce que, avant moi, il était.» De sa plénitude en effet, tous, nous avons reçu, et grâce sur grâce. Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé.  Jean 1, 1-18

 

 

Noël au cœur de l’agitation du moment est à recevoir et à vivre comme une lumière au cœur des ténèbres, «la trêve des confiseurs» dans la guerre que le président Macron annonçait pour signifier la crise sanitaire.

Cette trêve est en quelque sorte, la «petite fille espérance» de Charles Péguy. «…Une espérance qui ne va pas de soi, une espérance qui ne va pas toute seule…». Une grâce qui donne à notre foi de voir ce qui est, à notre charité d’aimer ce qui est, pour nous ouvrir à ce qui sera.

Noël, c’est la paix que Dieu offre aux humains dans la venue de l’enfant dont les petits pas disent cette espérance. C’est le signe d’une autre vie possible, basée sur la paix de Dieu nous réconciliant avec lui, les autres et nous-même.

Noël, c’est non seulement le symbole de la paix mais aussi celui de la lumière du jour qui vient éclairer les ténèbres de nos jours (Jean 1, 5).

Avec le petit enfant de Noël, Dieu fait naître une lumière qui nous invite à être attentifs à la faiblesse de sa lueur. Elle n’éblouit pas, elle éclaire. Elle n’a rien à voir avec les idéologies et les systèmes des puissants qui éblouissent l’humanité pour mieux les aveugler. Dieu se révélant dans l’enfant, donne une lumière dont la lueur est juste assez pour éclairer le chemin de celui qui veut marcher dans et vers la vie. Fêter Noël, c’est redécouvrir par cette lumière les couleurs de la vie sans cesse à regarder, aimer et partager.

Noël, une brèche lumineuse dans les ténèbres de nos soucis du quotidien, de nos préoccupations, qu’il nous faut garder allumé au-delà de la fête.

 

 

Nous prions avec ce texte de Saint-Exupéry :

«Seigneur, apprends-moi l’art des petits pas.
Je ne demande pas de miracles ni de visions, mais je demande la force pour le quotidien !
Rends-moi attentif et inventif pour saisir au bon moment les connaissances et expériences qui me touchent particulièrement. Affermis mes choix dans la répartition de mon temps. Donne-moi de sentir ce qui est essentiel et ce qui est secondaire.
Je demande la force, la maîtrise de soi et la mesure, que je ne me laisse pas emporter par la vie, mais que j’organise avec sagesse le déroulement de la journée.
Aide-moi à faire face aussi bien que possible à l’immédiat et à reconnaître l’heure présente comme la plus importante.
Donne-moi de reconnaître avec lucidité que la vie s’accompagne de difficultés, d’échecs, qui sont occasions de croître et de mûrir.
Fais de moi un homme capable de rejoindre ceux qui gisent au fond. Donne-moi non pas ce que je souhaite, mais ce dont j’ai besoin. Apprends-moi l’art des petits pas !
Ainsi soit-il.»

Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944)




4ème semaine de l’Avent : le choix de Marie

Méditation du jeudi 17 décembre 2020. Nous partons à la rencontre d’une jeune fille ordinaire, mais que son appel place au début d’un véritable «voyage en terre inconnue» : Marie, juste après sa rencontre avec l’ange Gabriel…

La Vierge de l’Annonciation – Antonello de Messine, vers 1475 – Galleria Regionale della Sicilia (Palermo) © Wikimedia Commons


Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, chez une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; le nom de la vierge était Marie. Il entra chez elle et dit : Réjouis-toi, toi qui es comblée par la grâce ; le Seigneur est avec toi. Très troublée par cette parole, elle se demandait ce que pouvait bien signifier une telle salutation. L’ange lui dit : N’aie pas peur, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Tu vas être enceinte ; tu mettras au monde un fils et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob ; son règne n’aura pas de fin.

Marie dit à l’ange : Comment cela se produira-t-il, puisque je n’ai pas de relations avec un homme ? L’ange lui répondit : L’Esprit saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’enfant qui naîtra sera saint ; il sera appelé Fils de Dieu. Élisabeth, ta parente, a elle aussi conçu un fils, dans sa vieillesse : celle qu’on appelait femme stérile est dans son sixième mois. Car rien n’est impossible de la part de Dieu. Marie dit : Je suis l’esclave du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole. Et l’ange s’éloigna d’elle.

Marie rend visite à Élisabeth
En ces jours-là, Marie partit en hâte vers la région montagneuse et se rendit dans une ville de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit dans son ventre. Élisabeth fut remplie d’Esprit saint et cria : Bénie sois-tu entre les femmes, et béni soit le fruit de ton ventre ! Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne me voir ? Car dès que ta salutation a retenti à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse dans mon ventre. Heureuse celle qui a cru, car ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira !

L’hymne de Marie
Et Marie dit : Je magnifie le Seigneur, je suis transportée d’allégresse en Dieu, mon Sauveur, parce qu’il a porté les regards sur l’abaissement de son esclave. Désormais, en effet, chaque génération me dira heureuse, parce que le Puissant a fait pour moi de grandes choses. Son nom est sacré, et sa compassion s’étend de génération en génération sur ceux qui le craignent. Il a déployé le pouvoir de son bras ; il a dispersé ceux qui avaient des pensées orgueilleuses, il a fait descendre les puissants de leurs trônes, élevé les humbles, rassasié de biens les affamés, renvoyé les riches les mains vides. Il a secouru Israël, son serviteur, et il s’est souvenu de sa compassion – comme il l’avait dit à nos pères – envers Abraham et sa descendance, pour toujours.

Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois. Puis elle retourna chez elle.  Luc 1 : 26-56

 

 

Marie qui es-tu ? Tantôt «victime» d’une société patriarcale oppressive, tantôt modèle de vertus, figure aussi irréelle qu’écrasante. Ou bien encore passionaria aux accents révolutionnaires – ton audace a suscité l’inquiétude des puissants. Ou peut-être «juste» encore cette femme, pétrie des soucis et des peines du quotidien, que seul l’appel reçu distingue… Marie au gré de nos idéologies, ou à l’image de nos attentes ?

Marie insaisissable, à ne pas mettre dans une case…

Marie troublée… Et qui nous trouble. Assez folle pour dire oui, oui sans tergiversation (ou presque) à un diktat tombé du Ciel ! Abdiquant son droit à faire valoir ses propres choix, la vie qu’ELLE se serait choisie.

Marie sort de sa zone de confort. Mais avec elle, pas de formule miracle du genre «je gère, je gère» qui, répétée à l’envi, cache une vague inquiétude quant à notre (réelle) capacité à (tout) maîtriser… Car, en vérité, que maîtrisons-nous dans nos vies, des circonstances qui nous «tombent dessus» ? Pas grand-chose… rien ? Tout et rien à la fois ?
La crise actuelle en est preuve si besoin… Confrontés à l’incertitude qui grignote nos énergies, épuise nos ressources (au propre comme au figuré), met à l’épreuve nos émotions et nos imaginations… comment résister, garder le cap ? Comment continuer à vivre tout simplement ?

Incertitude aussi pour cette jeune femme à la vie «ordinaire». Face à un événement aussi imprévu que déstabilisant, on s’attendrait à la voir se recroqueviller sur son sort déjà «pas évident» : de quoi sera fait son demain ? Tout au contraire ! Son chant est un feu d’artifice. Par sa voix, l’horizon s’élargit, l’espace-temps se dilate. Pas seulement le sien, le nôtre aussi. Comme si, dans ce «voyage en terre inconnue», elle découvrait un au-delà d’elle-même, une appartenance qui la dépasse. Son centre de gravité se déplace. Un monde plus vaste l’accueille, prend possession d’elle. Marie qui d’un non-choix a décidé de faire un choix, SON choix.

 

 

Nous prions :

Quand la vie me fait peur, avec son cortège de changements,
de bouleversements, d’inconnu,
tu me dis : confiance.

Quand j’ai mal dans mon corps touché par la maladie,
quand la souffrance et la peine me rendent prisonnier et découragé,
tu me dis : confiance.

Quand l’envie me prend de baisser les bras,
lassé par les combats, usé par les échecs,
tu me dis : confiance.

Quand le sourire apparaît, la main se tend,
le cœur s’ouvre, ton royaume est partagé,
tu me dis : confiance.

Livre de prières (Olivétan / Société luthérienne des missions, 2012)