Jésus transfiguré

Méditation du jeudi 3 juin 2021 : Jésus est transfiguré ! Qu’est-ce que cet épisode apporte à une Église en mission ?

Giovanni Bellini : La Transfiguration – Museo di Capodimonte, Naples © Wikimedia Commons

« Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduit seuls à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux : ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle qu’il n’est pas de teinturier sur terre qui puisse blanchir ainsi. Élie avec Moïse leur apparurent ; ils s’entretenaient avec Jésus. Pierre dit à Jésus : Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. Il ne savait que dire, car la peur les avait saisis. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée survint une voix : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ! Aussitôt ils regardèrent autour d’eux, mais ils ne virent plus personne que Jésus, seul avec eux.

Comme ils descendaient de la montagne, il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu jusqu’à ce que le Fils de l’homme se soit relevé d’entre les morts. Ils retinrent cette parole, tout en débattant entre eux : que signifie « se relever d’entre les morts » ? »  Marc 9, 2-10

 

Certains reçoivent difficilement ce texte. Il heurte leur rationalité et ne cadre pas avec leur manière habituelle de recevoir l’Évangile.

D’autres, sensibles au mystère qui enveloppe cet épisode, cherchent à le recevoir avec un esprit d’ouverture. Pour eux Jésus est révélé dans sa vraie transcendance. Toutefois ce mystère reste bien… mystérieux !

D’autres encore remarquent les nombreuses évocations bibliques : la mention de la montagne avec Moïse recevant la Loi, celle de la tente qui évoque la tente de la rencontre d’exode, la nuée qui rappelle la présence de Dieu pendant l’exode, etc.

Texte mystérieux, rebutant mais attirant. Comment recevoir ce texte aujourd’hui ? Et pourquoi figure-t-il à cet endroit de l’évangile selon Marc ?

Une réponse possible à cette question peut se trouver avec ce qui précède.

Au chapitre 8/27-33, l’évangéliste Marc rapporte la question que Jésus pose à ses disciples : aux dires des gens, qui suis-je ? Et ils répondent Jean-Baptiste, Élie, l’un des prophètes. Jésus ajoute : pour vous qui suis-je ? Le Christ dit Pierre. Et Jésus les « rabroue » pour qu’ils ne disent rien à personne. La discussion se prolonge. Jésus leur dit qu’il faut que le Fils de l’Homme souffre, puis meurt avant de se relever trois jours plus tard. L’évangéliste écrit : Pierre le prit à part et se mit à le rabrouer. Mais lui se retourna, regarda ses disciples et rabroua Pierre : va-t’en derrière moi, Satan, lui dit-il ! Tu ne penses pas comme Dieu mais comme les humains !

Marion Muller-Colard écrivait dans Réforme, qu’après une parole si violente, Jésus a peut-être cherché à avoir une meilleure pédagogie à l’endroit de ses disciples pour leur permettre de comprendre le sens de son message et de sa personne et donc de
garder espérance et confiance une fois qu’il sera physiquement absent.

C’est peut-être ce type de réflexions qui explique la place de ce récit de Jésus transfiguré.

Il s’agit maintenant de creuser davantage les multiples sens de ce texte.

Une piste intéressante se rapporte à la parole qui vient du ciel et évoque celle qui a été prononcée lors du baptême de Jésus avec toutefois une différence. Lors du baptême de Jésus la voix du ciel s’adresse à Jésus : Tu es mon fils bien-aimé. Ici elle s’adresse aux apôtres : « Celui-ci est mon Fils bien aimé. Écoutez-le ! » Jésus n’est pas seulement un formidable guérisseur ou un prophète avec grande autorité. Il est le fils bien-aimé du Père. Il s’agit de l’écouter en tant que tel.

Un autre élément ajoute de la force à cette voix qui vient du ciel. Voilà que Moïse et Élie apparaissent et discutent avec Jésus. Dans la tradition biblique Élie a été enlevé au ciel. Il n’est donc pas mort et il reviendra avant le jour du Seigneur d’après le prophète Malachie. Les Juifs continuent d’attendre Élie et à chaque sabbat, ils laissent une place libre pour lui. Moïse est mort, mais comme on ne sait pas où se trouve sa tombe, une tradition s’est installée selon laquelle Moïse a également été enlevé au ciel. Moïse = La loi, Élie = les prophètes. La Loi et les prophètes = le cœur du judaïsme, sont ainsi réunis avec Jésus sur cette montagne devant Pierre, Jacques et Jean.

Ces trois-là découvrent une part nouvelle de l’identité de Jésus, de ce qu’il est en vérité, et en quoi sa personne est transcendante. Jésus n’est pas seulement un homme dont la parole a beaucoup d’autorité, dont les capacités de guérison sont hors norme, dont le rayonnement est très populaire. Il n’est pas le Messie au sens où bien des juifs l’entendent, c’est-à-dire un chef de résistance capable de mettre les occupants romains hors d’Israël. Il est le Messie annoncé par les prophètes, le Christ. Et ce bien-aimé assumera sa mission jusqu’au bout, jusqu’à accepter de passer par la croix, scandale pour les uns, folie pour les autres, salut pour les chrétiens.

Voilà qu’après le détour biblique et théologique nous sommes renvoyés à une autre question : quelle valeur a ce texte pour nous aujourd’hui ? Qu’apporte-t-il au membre d’Église engagé dans la dynamique missionnaire ?

Personne d’autres que Pierre, Jacques et Jean n’ont assisté à cette réunion au sommet de la montagne, et pourtant 2000 ans après, nous écoutons ce texte étonnant, beau et fort.

Étonnant, car les manifestations de Dieu, les apparitions d’Élie et de Moïse avec Jésus, sont rares dans les évangiles. Beau car le texte se présente comme un évènement hors du temps, hors de la rationalité habituelle. Fort car, comme le signalait le pasteur Bettina Bettin, il modifie notre tendance à la baisse de dynamisme. Il stoppe notre inclination à la résignation. Il ranime notre espérance et notre confiance en Dieu.

Aujourd’hui, le Christ, absent, est présent par son Esprit dans son Église. Telle est la conviction du chrétien engagé dans une Église en mission. Cette présence est salutaire, fondamentale pour lui aujourd’hui alors que nous vivons dans un monde inquiétant, instable et ouvert à beaucoup de possibles aussi bien négatifs que positifs. C’est le temps de l’épreuve de la foi. À la suite de Pierre, Jacques et Jean, le chrétien est convaincu que Jésus humain, transfiguré, mis à mort par un supplice infernal et ressuscité l’accompagne aujourd’hui. Par sa croix qui crucifie toute illusion religieuse, politique et humaniste, par sa transfiguration qui redit qu’il est le fils aimé de Dieu, par la victoire sur la mort, Jésus ouvre un chemin salutaire pour chacun et pour le monde. Le chrétien croit qu’il est toujours à ses côtés. Il le rejoint sans cesse dans ses épreuves et dans ses joies. À lui d’être témoin en paroles et en actes de cette présence confiante de Dieu en Jésus-Christ dans ce monde. Amen !

 

Pour aller plus loin :

Si on se situe dans le dialogue interreligieux, on peut découvrir dans ce texte (et les traditions d’Ancien Testament sous-jacentes) l’affirmation d’un Dieu transcendant, souverain et maître de la création ; il est donc « à la hauteur » de l’attente religieuse mais il veut justement réaliser le salut autrement, par la spécificité de Jésus-Christ, par la croix, par la descente de la Montagne.

D’où cet extrait de la confession de foi de Shafique Keshavjee qu’on retrouve dans les textes liturgiques édités par le Défap en 1997 :

Avec nos frères et sœurs en humanité juifs, nous confessons que Dieu est le Créateur de l’univers et qu’il est le Saint.
Mais différemment d’eux, nous confessons que le Créateur s’est fait créature et que le Saint s’est incarné.

Avec nos frères et sœurs en humanité musulmans, nous confessons que Dieu est le Tout-Puissant, le Parfait et l’Immortel.
Mais différemment d’eux, nous confessons que le Tout-Puissant a accepté d’être fragile, que le Parfait a porté nos imperfections et que l’Immortel, par la mort et la résurrection de Jésus, a transfiguré notre mortalité.

 

Envoyés dans le monde

Ne craignons pas d’affirmer,
Paisiblement,
L’Évangile dont nous vivons,
Non comme un bouclier contre ceux
Qui ne partagent pas nos convictions
Ou comme une arme pour condamner ou pour exclure,
Mais comme l’annonce d’une délivrance
De toutes les formes d’injustice,
De souffrance et de mort,
Déjà acquise pour tous.

Jean-Pierre Monsarrat




Merci Jésus de nous avoir mis du pain sur la planche !

Méditation du jeudi 27 mai 2021 : l’appel de Jésus à aller vers « toutes les nations » est toujours valable pour nous. Mais la mission n’est pas une négation des cultures actuelles.

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« Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne que Jésus leur avait désignée. Quand ils le virent, ils se prosternèrent ; mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha et leur parla en ces termes : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, en leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. Moi, voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »  Matthieu 28,16-20

 

Aujourd’hui nous vous invitons à partager cette méditation proposée par Alain Faucher, prêtre et professeur d’exégèse biblique à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval au Québec (site interbible.org du diocèse de Montréal).

Ce que nous comprenons entre nous de l’amour de Dieu ne peut rester entre les quatre murs de la communauté.

« Toutes les nations ». Ceci rappelle la promesse divine faite à Abraham au profit de toutes les familles de la terre (Genèse 12,1-3). « Les nations » rappelle aussi la stratégie précise de Dieu. Les croyantes et les croyants ne peuvent rester neutres devant ces appels de Jésus lancés à ses premiers disciples. Croyantes et croyants d’aujourd’hui sont à leur tour invités à intervenir au nom de la famille divine. L’enjeu est immense : Jésus invite à transformer les nations en disciples. Il s’agit de baptiser, donc de faire plonger dans la mort-résurrection. Ce que nous comprenons entre nous de l’amour de Dieu ne peut rester entre les quatre murs de la communauté. Ce que nous comprenons ici et maintenant de l’amour de Dieu est destiné à transformer partout et pour le mieux la vie des gens que nous côtoyons dans les périphéries de nos communautés. Ces Galilée d’aujourd’hui incluent le joyeux monde des affaires, des centres commerciaux, des arénas, des loisirs, des études, des familles. La dernière coquetterie, depuis le cinquième centenaire de l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique (en 1992 !), consiste à mettre en doute la pertinence de la mission. On prétend que le travail missionnaire est systématiquement un manque de respect des autres cultures. Cette approche contestataire néglige deux aspects de la mission.

La mission n’est pas une négation des cultures actuelles.

Notre foi a été implantée en acheminant le message de Jésus dans les différentes cultures qui ont émergé au fil des siècles. Notre culture actuelle est un fruit de ce processus de rencontre. Notre culture n’a plus grand chose à voir avec la culture méditerranéenne d’origine où résonnait si positivement le message des disciples de Jésus. Notre mode de vie nord-américain, surgi du christianisme, est finalement tout à fait différent du mode de vie des Européens qui nous ont transmis la foi chrétienne. Et pourtant, nous restons en communion profonde avec la mission des origines. De plus, les valeurs de communion universelle du message des disciples de Jésus n’ont aucune prétention à abolir les originalités ethniques et nationales. Jésus envoie ses disciples vers toutes les nations pour en faire des disciples. Il ne leur demande pas d’abolir les nations, contrairement aux prétentions de certaines sectes qui prétendent niveler toutes les frontières politiques au nom d’une foi intense ! La mission n’est pas une négation des cultures actuelles… Elle transcende les différences parce qu’elle parle de l’essentiel de la nature humaine.

L’évangélisation est toujours et partout à refaire, dans chaque pays, pour chaque génération.

Notre société ressemble davantage à la Galilée qu’à la capitale de foi qu’était Jérusalem. Les périphéries sont partout, et surtout sur nos écrans ! L’information instantanée crée un village global, un lieu de rencontre (et de confusion !) virtuel aussi facile à mépriser que l’était la Galilée pour les Juifs pieux de Jérusalem. Jésus propose aujourd’hui la mission dans ce carrefour actuel des routes commerciales, ce point naturel de rencontre des nations et des croyances. L’évangélisation est toujours et partout à refaire, dans chaque pays, pour chaque génération. Nous n’y échappons pas, et nos descendants croyants devront tout reprendre, à leur tour. Cette limite annoncée ne nous dispense pas d’investir le meilleur de nous-mêmes dans des groupes adaptés, des mouvements remaniés, des services innovateurs et originaux, des manières de faire dont nous ne rêvions même pas hier ou avant-hier.

 

Nous prions :

Le désir de notre cœur, Seigneur,
C’est de redire ton nom,
De le redire comme un murmure,
Comme la présence d’un amour ;
De le redire au long du jour,
Et au rythme de notre prière commune
Pour qu’il sanctifie notre temps, nos heures,
De le redire sur le monde
Pour que mystérieusement il l’imprègne,
Le guérisse, l’illumine, le bénisse.
Le désir de notre cœur, Seigneur,
C’est de redire ton nom.

Sœur Évangéline de la communauté des diaconesses de Reuilly




Pentecôte : l’Esprit souffle et la Création soupire

Méditation du jeudi 20 mai 2021 : tendons l’oreille à ce soupir dont parle l’apôtre Paul !

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« Or nous savons que, jusqu’à maintenant, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’accouchement.

Et ce n’est pas elle seule qui soupire, mais nous aussi, qui avons pourtant dans l’Esprit un avant-goût de cet avenir, nous soupirons en nous-mêmes en attendant l’adoption, la libération de notre corps.

En effet, c’est en espérance que nous avons été sauvés. Or l’espérance qu’on voit n’est plus de l’espérance : ce que l’on voit, peut-on l’espérer encore ? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance.

De même l’Esprit aussi nous vient en aide dans notre faiblesse. En effet, nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières, mais l’Esprit lui-même intercède [pour nous] par des soupirs que les mots ne peuvent exprimer.

Et Dieu qui examine les coeurs sait quelle est la pensée de l’Esprit, parce que c’est en accord avec lui qu’il intercède en faveur des saints. » Romains 8,22-27

 

En ce temps de Pentecôte, que le livre des Actes évoque comme une flamboyance de l’Esprit, tendons l’oreille à ce soupir dont parle l’apôtre Paul. Sous la joie de l’annonce et de la découverte du Salut universel, le soupir n’est pas de tristesse, mais du tréfonds de l’espérance. Soupir de la création, soupir de Dieu lui-même, soupir qui nous vient de loin dans le corps et dans le temps. Car la présence de Dieu nous fait entrevoir sans cesse l’accomplissement du royaume, le bonheur éternel, la paix en plénitude, l’amour infini. Et la force de l’Esprit, élevant notre prière, nous porte vers tous les possibles. Alors le soupir – notre soupir- involontaire, vient simplement nous rappeler que nous sommes dans le temps de l’histoire et non dans celui de l’éternité. Et la création tout entière, et l’univers en tant qu’il est habité d’âme, soupirent aussi après ce qu’ils sont déjà et ne sont pas encore.

Mais le souffle de l’Esprit, les flammes ou la colombe, comme tous les anges du Seigneur qui ont parlé à ceux qui nous ont précédés, nous assurent que nous n’avons rien à regretter, rien à pleurer d’un âge d’or rêvé ou d’une origine pure ! L’amour est toujours en avant de nous, et le Christ vient à notre rencontre depuis l’horizon. Alors, nous pouvons marcher ensemble vers la paix de Dieu.

 

Prions :

Fais, Seigneur, se joindre toutes les mains,
pour rendre plus humain le sol où tu insufflas la vie
à un homme que tu modelas.

Que nous prenions ta main noire, Seigneur,
pour que la terre porte les fruits de l’espoir.

Que nous prenions ta main jaune, Seigneur,
pour que le monde reste jeune
et que chacun gagne dignement son pain.

Que nous prenions ta main blanche, Seigneur,
pour que les bourgeons qui portent joie et justice
éclosent sur toutes les branches.

Que nous prenions ta main rouge, Seigneur,
à la croisée des chemins,
pour que les Hommes de l’Afrique,
de l’Asie, de l’Europe, de l’Amérique,
de tous les temps, de tous les cieux,
cultivent ensemble, sur tous les continents
des chemins de développement,
des champs de prière et de dévouement.

Nabil Mouannés, Liban
dans : Expressions de foi de l’Église universelle




Hospitalité immédiate !

Méditation du jeudi 13 mai 2021. Nous terminons notre année de lecture des Actes des apôtres. Cette semaine, nous prions avec nos envoyés au Brésil.

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« Une fois hors de danger, nous avons appris que l’île s’appelait Malte.  Ses habitants nous ont témoigné une bienveillance peu courante ; ils nous ont tous accueillis près d’un grand feu qu’ils avaient allumé, car la pluie tombait et il faisait très froid. Paul avait ramassé un tas de broussailles et il était en train de les mettre sur le feu quand, sous l’effet de la chaleur, une vipère en est sortie et s’est accrochée à sa main. Lorsque les habitants de l’île ont vu l’animal suspendu à sa main, ils se sont dit les uns aux autres : « Cet homme est certainement un meurtrier, puisque la justice n’a pas voulu le laisser vivre bien qu’il ait été sauvé de la mer. » Mais Paul a secoué l’animal dans le feu et n’a ressenti aucun mal. Ces gens s’attendaient à le voir enfler ou tomber mort subitement. Après avoir longtemps attendu, voyant qu’il ne lui arrivait aucun mal, ils ont changé d’avis et ont déclaré que c’était un dieu.

Il y avait dans les environs des terres qui appartenaient à un dénommé Publius, principale personnalité de l’île. Il nous a accueillis et nous a logés de manière très amicale pendant trois jours. Le père de Publius était alors retenu au lit par la fièvre et la dysenterie. Paul s’est rendu vers lui, a prié, posé les mains sur lui et l’a guéri. Là-dessus, les autres malades de l’île sont venus, et ils ont été guéris. Ils nous ont rendu de grands honneurs et, à notre départ, nous ont fourni ce dont nous avions besoin. » Actes 28 : 1-10

 

Les naufragés sont sauvés et arrivent à Malte. Les habitants de cette île sont appelés « Barbares » ; ce mot désigne à l’époque tout étranger de langue et de culture différentes des grecs. Les habitants de Malte accueillent et réconfortent les naufragés, dont Paul. L’hospitalité attentive des hôtes est soulignée pour nous dire que face à des situations éprouvantes, ce qui compte n’est pas l’origine culturelle ou la langue parlée, mais la solidarité envers ceux qui sont dans le besoin, qui ont froid, et dont les besoins vitaux essentiels doivent être assurés. N’est-ce pas une des belles surprises que la vie nous réserve parfois, comme une leçon d’humilité, quand habités par le désir de donner et de partager, nous nous apercevons finalement que c’est nous qui recevons des autres à profusion !

Mais, voici que Paul, sauvé des eaux, est mordu par une vipère. Danger en mer, danger sur terre, Paul en sort indemne. Les hôtes, superstitieux, observent ce qui se passe et jugent Paul : attaqué par le reptile il entre dans la catégorie des meurtriers, ayant survécu à la morsure, il devient un dieu. Paul, porteur d’évangile, n’est ni l’un ni l’autre. Encouragé par l’attitude des habitants de Malte, il va rester avec eux durant trois mois, sans qu’aucun de ses témoignages nous soit transmis. A-t-il pu évangéliser ou pas pendant son séjour à Malte ? S’il y a témoignage, cela passe par les gestes, et d’abord la guérison du père de Publius, notable qui lui a ouvert sa maison. Bel exemple de l’évangile qui emprunte des chemins multiples, en nous invitant à nous ouvrir avec sensibilité à ceux qui croisent notre route. Elle passe par chacun d’entre nous, en empruntant nos dons, nos charismes particuliers pour trouver le chemin vers les autres et devenir joie, guérison, sens, libération… Restons à l’écoute de la Parole qui nous habite pour que nos gestes, nos paroles et toute notre vie soient témoignage vivant de Celui qui nous a aussi relevé et missionné un jour !

 

Questions pour nous :

  • Quelles sont les marques de la présence et la bienveillance de Dieu dans ma vie ?
  • Quels sont mes charismes, mes dons que je peux mettre au service de l’annonce de l’évangile ?
  • Un exemple d’une rencontre inattendue qui est devenue occasion de témoigner de la bienveillance de l’évangile pour tous ?
  • Qu’ai-je reçu des autres que je peux considérer comme une bénédiction dans ma vie ?

 

Prions :

Ô Dieu, tourne nos regards vers les êtres sans paroles, vers les innocents sans voix !
Inscris au profond de nous le respect pour tous les êtres humains et garde vivant en nous
le sentiment de leur dignité !
Au coeur des peuples déchirés, fais grandir la lueur d’un horizon nouveau !
Aux gens de la nuit, offre une fenêtre sur le jour, comme une trouée d’amour!
Mets dans nos cœurs et nos bouches la parole qui relève et sauve, les mots risqués
qui ouvrent à un commencement nouveau!

Suzy Schell (Traces Vives)
(ancienne pasteure dans l’Église de Genève)




Le savoir ou la confiance

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 6 mai 2021. Cette semaine, nous prions avec nos envoyés à Madagascar.

Ludolf Bakhuizen : A shipwreck (Un naufrage) – Fitzwilliam Museum © Wikimedia Commons

Ce très beau et très dense chapitre 27 des Actes des apôtres évoque avec force détails les pérégrinations de Paul et de ses compagnons au cours d’un voyage en mer pour le moins dangereux. On pourrait faire de ce chapitre une lecture allégorique : les tempêtes de la vie, la navigation dangereuse, le parcours inattendu vers des rencontres improbables qui ouvrent à une vie renouvelée… et ce ne serait pas faux : il est souvent d’une grande aide, dans les grandes étapes de nos vies, d’évoquer ces grands récits qui nous parlent de courage et d’endurance pour faire face aux épreuves.

En première intention, cependant, il convient de s’arrêter sur le texte lui-même pour en explorer les ressorts. Rappelons-nous, d’abord, que ce voyage est entrepris pour faire avancer une procédure judiciaire : Paul est accusé de fomenter des troubles et il a demandé à être jugé à Rome, comme le droit romain le lui permet puisqu’il est citoyen romain. Mais ce voyage était depuis longtemps un projet de l’apôtre, ratifié par le Seigneur lui-même (voir Ac 19,21et 23,11) : cette conviction intime qu’il doit aller à Rome oriente déjà depuis longtemps son action.

Cette conviction ne relève pas de l’ordre du savoir. Tout au long du texte, la conviction intime de l’apôtre s’oppose au savoir de ceux qui l’entourent. Lorsque Paul annonce que prendre la mer est dangereux et qu’il vaudrait mieux rester au port, le centurion Julius préfère faire confiance au savoir des gens de mer (v. 10) : la conviction intime de Paul ne s’impose pas contre l’avis général. Au bout de quelques jours, la connaissance pratique des marins est mise en échec, toutes leurs manœuvres de conservation échouant les unes après les autres. La connaissance n’a pas suffi à leur assurer le salut (v. 20). Paul se lève alors pour redire sa conviction intime :

« Ils n’avaient pas mangé depuis longtemps. Alors Paul, debout au milieu d’eux, leur a dit : Mes amis, vous auriez dû m’écouter et ne pas repartir de Crète ; vous auriez évité ce péril et ce dommage. Mais maintenant, je vous exhorte à prendre courage ; car aucun de vous ne périra, mais seulement le bateau. En effet, un ange du Dieu auquel j’appartiens et à qui je rends un culte s’est présenté à moi cette nuit et m’a dit : N’aie pas peur, Paul ; il faut que tu comparaisses devant César, et Dieu t’accorde la grâce de tous ceux qui naviguent avec toi. Prenez donc courage, mes amis, car je fais confiance à Dieu : il en sera comme il m’a été dit. Nous devons échouer sur une certaine île. » Actes 27,21-26

 

Voilà donc d’où lui vient cette conviction, plus forte que tous les savoirs sur lesquels s’appuient les humains : la confiance en Dieu. Paul est l’exact opposé de Jonas : il a confiance en Dieu et c’est cela qui permettra à tous ceux qui l’accompagnent d’être sauvés de la mer déchaînée. Cette confiance, c’est l’autre nom de la foi. Car la foi n’est pas un savoir abstrait sur Dieu ni même un savoir pratique sur ce qu’il faudrait faire pour plaire à Dieu : c’est une relation de profonde et tranquille confiance en Dieu, une confiance sur laquelle repose tout le reste. C’est là que se joue le salut, pas seulement pour Paul lui-même, mais pour tous ceux qui l’entourent. C’est là qu’il puise sa force, et la force de leur indiquer le chemin à suivre en pointant la source de la confiance possible. La confiance n’est pas un savoir, c’est une relation.

Après ce moment, ce n’est plus en leur savoir que les hommes mettent leur confiance, mais en la parole de Paul qui se fonde en Dieu. Le repas qu’ils prennent tous ensemble ensuite (v. 33-38) n’est pas sans rappeler le repas eucharistique, le moment du dernier partage entre Jésus et ses disciples où il leur lègue les gestes et le sens de la confiance qui demeure envers lui, même lorsqu’il n’est plus auprès d’eux. C’est un repas qui dit le salut à venir, malgré les dangers, et la relation qui demeure, malgré l’absence. C’est ce que nous aussi, nous avons encore à partager aujourd’hui, pas comme un acte magique, mais comme le signe de la confiance qui nous relie au Christ et à Dieu.

 

Questions pour nous :

  • Comment parler de la foi sans en faire un discours qui donne des informations ou un mode d’emploi, mais en cherchant plutôt à dire la confiance fondamentale qui nous lie à Dieu ?
  • Comment dire aujourd’hui que le salut n’est pas dans le savoir mais dans la confiance ?
  • Quelles conséquences en tirer pour notre vie d’Église ?

 

Prions :

Seigneur, donne-nous aujourd’hui
d’être présents à ta parole !
Donne-nous d’oser croire aujourd’hui
à la vie et à la résurrection !

Père,
en moi tout est sombre,
mais en toi est la lumière.

Je suis seul,
mais tu ne m’abandonnes pas ;
je suis sans courage, mais le secours est en toi ;
je suis inquiet, mais la paix est en toi ;

En moi habite l’ancienne amertume,
mais en toi est la patience ;
je ne comprends pas tes voies,
mais tu connais mon chemin.

Dietrich Bonhoeffer




Non, Paul n’est pas fou !

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 29 avril 2021. Cette semaine, nous prions avec notre envoyée en Tunisie.

La conversion de Saint-Paul, Michel-Ange, chapelle Pauline au Vatican © Wikimedia Commons

Nous sommes dans un tribunal en compagnie de l’apôtre Paul (l’accusé), de Festus (le gouverneur) et du roi Agrippa, accompagné de sa sœur Bérénice. Paul, citoyen romain, a refusé d’être emmené pour être jugé à Jérusalem et il a fait appel à l’empereur. Il va donc être transféré à Rome mais pour l’instant, le roi étant en déplacement à Césarée, il vient écouter Paul au tribunal.

Ce n’est pas la première fois que Paul raconte son histoire, on la trouve déjà au chapitre 9 du livre des Actes, puis racontée au chapitre 22 à la foule de Jérusalem. Après tout, c’est son histoire qui donne tout son sens à sa mission : c’est dans son histoire à lui, Paul, que Jésus est intervenu et a prononcé les paroles qui ont tout changé. Il rappelle donc son « background » comme on dirait aujourd’hui, ses expériences personnelles qui lui donnaient un rang social important et une mission claire, une origine culturelle et des repères qui devaient diriger sa vie. Tout cela a volé en éclats lorsqu’il a posé la question « Qui es-tu, Seigneur ? » à celui qui lui a répondu en hébreu :

« “Je suis Jésus, celui que toi tu persécutes. Mais relève-toi, tiens-toi debout. Je te suis apparu pour faire de toi mon serviteur ; tu seras mon témoin pour annoncer comment tu m’as vu aujourd’hui et pour proclamer ce que je te révélerai encore. Je te délivrerai du peuple juif et des autres peuples vers lesquels je t’enverrai. Je t’envoie pour que tu leur ouvres les yeux, pour que tu les ramènes de l’obscurité à la lumière et du pouvoir de Satan à Dieu. S’ils croient en moi, ils recevront le pardon de leurs péchés et une place parmi ceux qui appartiennent à Dieu.”

Et ainsi, roi Agrippa, je n’ai pas désobéi à la vision qui m’est venue du ciel. Mais j’ai annoncé la bonne nouvelle d’abord aux habitants de Damas et de Jérusalem, puis à ceux de toute la Judée et à ceux des autres pays ; je les ai appelés à changer de vie, à se tourner vers Dieu et à manifester par des actes ce changement. C’est pour cette raison que des Juifs m’ont saisi alors que j’étais dans le temple et qu’ils ont essayé de me tuer. Mais Dieu m’a accordé sa protection jusqu’à ce jour et je suis encore là pour apporter mon témoignage à tous, aux petits comme aux grands. Je n’affirme rien d’autre que ce que les prophètes et Moïse ont annoncé : à savoir que le Christ aurait à souffrir, qu’il serait le premier à ressusciter d’entre les morts et qu’il annoncerait la lumière du salut à notre peuple et à tous les autres. », répondit Festus. Actes 26,15b-23

 

En faisant le récit de cette rencontre fondatrice, Paul récapitule toute sa mission : envoyé par le Christ, il a ouvert à toutes les nations la promesse qui avait été faite au peuple élu. Il a obéi à cette mission sans jamais s’en détourner, annonçant sans relâche que Dieu invitait à « se convertir et se tourner vers Dieu » et à vivre en conséquence. Est-ce là autre chose que ce Paul lui-même a fait à l’instant où il a entendu la voix venue du ciel : converti (littéralement « retourné ») par une parole venue d’ailleurs et tourné vers un Dieu qui s’est annoncé à lui radicalement différent de ce qu’il en avait compris jusqu’alors, pour vivre de façon totalement nouvelle, dans un lien nouveau avec Dieu. D’un seul coup, les promesses des prophètes et de Moïse prenaient un autre sens, avec la Passion, la mort et la résurrection qui se révélaient comme la vérité et comme le cœur de la foi au Dieu d’Israël.

En disant la vérité de son histoire, Paul dit aussi la vérité de l’histoire. Le Christ a souffert, a été ressuscité, et doit annoncer la lumière à tous, juifs et païens, et Paul a mis ses pas dans les siens. Cette vérité-là ne lui appartient pas en propre, elle reste du domaine de Dieu et ce qui vient résonner dans le monde sont des échos de cette vérité première.

Le gouverneur Festus, peu au fait des coutumes juives comme des textes, ne l’entend pas de cette oreille et s’exclame : « Tu es fou, Paul ! Avec tout ton savoir tu tournes à la folie ! »

Peut-on lui en vouloir ? Qu’est-ce qui différencie ce récit de Paul d’un récit délirant ? Ce savoir est-il vraiment autre chose qu’une conviction intime mais folle ? Paul connaît ce danger et il ne se démonte pas : ce qu’il raconte ne relève pas seulement de son expérience personnelle, il peut témoigner que ce qu’il dit a des effets libérateurs dans l’histoire, que la promesse vient du fond des âges et se tend vers un à-venir où tous ceux qui auront reçu cette parole qui une vérité pour eux-mêmes auront part à l’héritage.

La parole que nous avons à porter dans le monde nous relie à tous ceux qui, depuis Paul, nous ont précédés. C’est dans le temps qui passe que s’inscrira notre parole, comme toutes celles qui nous ont précédées. Nous ne pouvons plus parler aux gens du passé, nous ne pouvons pas encore parler aux gens du futur, mais il nous est donné de nous adresser à nos contemporains. Nous avons encore à dire la vérité de notre histoire, qui prend racine dans un récit collectif bien plus vaste, soutenu par la parole d’un autre que nous.

 

Questions pour nous :

  • Comme dire aujourd’hui la vérité de mon histoire, à ceux qui ne connaissent rien du grand récit de l’histoire de Dieu parmi les humains ?
  • Quel langage commun avons-nous à notre disposition ?
  • Peut-on dégager des critères pour juger de la vérité de ce que nous disons ?

 

Prions :

Dieu du temps et de l’histoire,
des commencements et des résurrections,
Dieu de la mémoire et de la promesse,
enseigne-nous à vivre avec le temps,
à l’accueillir comme un cadeau de toi ;
donne-nous de l’aimer
dans ses dimensions d’instant et d’éternité.

Donne-nous d’aimer le temps passé :
qu’il soit pour nous mémoire, plutôt que nostalgie,
sève et sagesse de vie, plutôt que relique idolâtrée.

Donne-nous d’aimer le temps à venir :
qu’il soit pour nous destination choisie,
plutôt que destin redouté ;
promesse qui rassemble,
plutôt que rétribution qui divise.

Donne-nous d’aimer surtout le temps présent :
qu’il soit dans nos mains comme pâte à pétrir
plutôt que sable fuyant entre nos doigts,
qu’il soit signe de ton Royaume à suivre sur nos chemins d’humanité
plutôt qu’empire à préserver.

Merci ! pour hier et pour les temps passés,
Oui, et que ton Règne vienne !
pour demain et pour les temps à venir,
Me voici ! Nous voici ! pour aujourd’hui
et le temps présent de l’humain.

Ion Karakash




Un autre lieu pour dire la vérité

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 25 avril 2021. Cette semaine, nous prions avec notre envoyée au Burundi.

Nikolai Bodarevsky, Le procès de Paul (1875), musée ukrainien © Wikimedia Commons

Paul est citoyen romain, il a donc le droit de choisir la juridiction et le lieu où il sera jugé. En refusant d’aller à Jérusalem, il signifie que les autorités juives qui l’accusent n’ont pas le pouvoir de décréter la loi à laquelle il se soumet. En effet, ce n’est pas de loi religieuse qu’il s’agit ici, il ne s’agit pas d’un débat interne à la religion juive, mais de tout autre chose. En faisant appel à l’empereur, il choisit donc Rome. D’une certaine façon, c’est là que la vérité doit finalement être dite, c’est là qu’elle doit être révélée comme vérité.

Le nouveau gouverneur (Festus), qui a hérité du précédent (Félix) cet encombrant accusé, cherche à comprendre. Il est dans une position difficile : il ne peut se mettre à dos les autorités juives avec lesquelles il a tout intérêt à composer pour la paix de la province, mais il n’entend pas céder sur la légalité de la procédure. Arrivent alors deux visiteurs, le roi Agrippa (fils de l’infâme Hérode évoqué au chapitre 12 et petit-fils d’Hérode le grand qui a fait massacrer les innocents, cf Mt 2,16-18) et sa sœur Bérénice avec qui il entretient de troubles relations. Il est issu d’une famille au lourd passé, mais il connaît bien le monde juif et le gouverneur Festus met son hôte à contribution. Il commence par lui raconter ce qu’il comprend de l’histoire :

« Il y a ici, lui dit-il, un homme que Félix a laissé en prison. Lorsque je suis allé à Jérusalem, les grands-prêtres et les anciens des Juifs ont porté plainte contre lui et m’ont demandé de le condamner. Je leur ai répondu que les Romains n’ont pas l’habitude de livrer un accusé à la justice avant qu’il ait eu l’occasion, face à ses adversaires, de se défendre contre leurs accusations. Ils sont alors venus ici avec moi. Sans perdre de temps, j’ai pris place au tribunal le lendemain même et j’ai donné l’ordre d’amener cet homme. Ses adversaires se sont présentés, mais ils ne l’ont accusé d’aucun des méfaits auxquels je pensais. Ils avaient seulement avec lui des discussions au sujet de leur propre religion et d’un certain Jésus, qui est mort et que Paul affirmait être vivant. Pour ma part, je ne voyais pas comment procéder dans un tel cas, c’est pourquoi je lui ai proposé d’aller à Jérusalem pour y être jugé au sujet de cette affaire. Mais Paul a fait appel : il a demandé que son cas soit jugé par l’empereur. J’ai donc donné l’ordre de le garder en prison jusqu’à ce que je l’envoie à l’empereur. » Agrippa dit à Festus : « Je voudrais bien entendre moi-même cet homme. » – « Demain, tu l’entendras », répondit Festus. Actes 25,14b-22

 

Festus soulève plusieurs points importants : il rappelle d’abord qu’en droit romain, il faut qu’une accusation soit étayée pour qu’elle soit recevable, or il ne lui semble pas que ce soit le cas ici. Ensuite, il choisit délibérément de ne pas entrer dans la dispute : il lui semble qu’il s’agit d’un problème interne à un culte qui lui est complètement étranger à propos d’« un certain Jésus » dont on ne sait pas au juste s’il est mort ou vivant et manifestement il ne voit pas très bien le problème, ni d’un côté ni de l’autre.

Ces points seront repris dans le discours de Paul, qui s’annonce pour le chapitre suivant : l’accusation est-elle juste – en d’autres termes, où est la vérité de Paul ? Et ce point de doctrine sur la résurrection de Jésus est-il un simple détail dans un culte minoritaire, ou le point de bascule qui fera changer l’histoire ?

Sans le savoir, Festus a ouvert à l’argumentation de Paul ces deux points fondamentaux qui composent une question théologique articulée autour de deux notions complémentaires : la vérité et la résurrection. Il se trouve que le droit romain ne peut trancher cela, car il s’agit bien d’une question théologique. Il se trouve aussi que la loi juive ne peut trancher non plus, car, selon l’argumentation de Paul, elle a été dépassée par la grâce manifestée en Jésus-Christ. Il faut donc un autre cadre pour que la parole puisse être dite, pour que Paul, au lieu de répondre terme à terme, agression pour agression, aux accusations qui l’accablent, puisse déplacer le discours vers ce qui importe vraiment : la vérité de la grâce offerte, dans sa propre vie et pour le monde.

La scène s’ouvre, les personnages sont là, les paroles vont être prononcées, la question est posée…

 

Questions pour nous :

  • Dans le monde déchristianisé qui est le nôtre, les grandes questions théologiques n’ont pas disparu pour autant ; percevons-nous comment elles nous sont posées, là où nous ne les attendons pas forcément ?
  • Dans quel langage, autour de quelles questions non religieuses, les grandes questions de la foi se disent-elles aujourd’hui ?
  • Avons-nous des réponses toutes faites à ces questions ? Savons-nous où puiser les concepts, les images, les histoires pour dire aujourd’hui la vérité de notre foi ?

 

Prions :

Seigneur Jésus,
donne-moi la force de prendre des risques,
et surtout de prendre le risque de croire en toi
quand le monde m’entraîne dans l’autre sens ;
de prendre le risque de répondre
à l’agressivité par la douceur,
à l’égoïsme par la générosité.
Donne-moi d’entrer dans ta manière de voir.
Donne-moi de te ressembler le plus possible,
c’est ainsi que je pourrai être ton témoin
et un rayon de ta lumière.

Pascale Schneikert




Accusation d’intérêt général !

Une année avec les Actes des apôtres : 15 avril 2021. Nous prions pour nos envoyés à La Réunion.

© Pixabay.com

Paul a été sauvé du complot ourdi contre lui, mais il est toujours emprisonné chez le gouverneur à Césarée et ses accusateurs le poursuivent. Un procès s’organise avec d’un côté le grand-prêtre Ananias entouré d’anciens et aidé par son avocat, et de l’autre Paul qui assure seul sa défense. On retrouve, du côté de l’institution religieuse, le souci, qui n’est pas illégitime en soi, d’entretenir de bonnes relations avec le pouvoir politique, d’autant plus que celui-ci est aux mains d’un occupant : l’Empire romain. Dans cette optique, toute personne assumant une parole libre est vite jugée dangereuse pour le groupe. Sincère ou opportuniste l’accusation portée par le grand-prêtre est plausible, car la parole prophétique représente toujours un danger pour l’ordre établi :

Nous nous sommes aperçus que cet homme est un personnage extrêmement nuisible : en tant que chef du parti des Nazaréens, il provoque du désordre chez tous les Juifs du monde. Il a même essayé de porter atteinte à la sainteté du temple et nous l’avons alors arrêté. » Actes, 24,5-6

Le gouverneur fit alors signe à Paul de parler et celui-ci déclara : « Je sais que tu exerces la justice sur notre nation depuis de nombreuses années ; c’est donc avec confiance que je présente ma défense devant toi. Comme tu peux le vérifier toi-même, il n’y a pas plus de douze jours que je suis arrivé à Jérusalem pour y adorer Dieu. Personne ne m’a trouvé dans le temple en train de discuter avec qui que ce soit ou en train d’exciter la foule, et cela pas davantage dans les synagogues ou ailleurs dans la ville. Ces gens sont incapables de te prouver ce dont ils m’accusent maintenant. Cependant, je reconnais ceci devant toi : je suis engagé sur le chemin nouveau qu’ils disent être faux ; mais je sers le Dieu de nos ancêtres et je crois à tout ce qui est écrit dans les livres de la Loi et des Prophètes. J’ai cette espérance en Dieu, espérance qu’ils ont eux-mêmes, que les êtres humains, les bons comme les mauvais, seront relevés de la mort. C’est pourquoi je m’efforce d’avoir toujours la conscience nette devant Dieu et devant les hommes.

« Après une absence de plusieurs années, je suis revenu à Jérusalem pour apporter de l’aide à mon peuple et pour présenter des offrandes à Dieu. Voilà à quoi j’étais occupé quand ils m’ont trouvé dans le temple : j’avais alors participé à la cérémonie de purification, il n’y avait ni foule avec moi, ni désordre. Mais quelques Juifs de la province d’Asie étaient là et ce sont eux qui auraient dû se présenter devant toi pour m’accuser, s’ils ont quelque chose contre moi. Ou alors, que ces gens, ici, disent de quel crime ils m’ont reconnu coupable quand j’ai comparu devant le Conseil supérieur. Il s’agit tout au plus de cette seule déclaration que j’ai faite à voix forte, debout devant eux : “C’est parce que je crois en la résurrection des morts que je suis mis aujourd’hui en jugement devant vous !” » Actes 24,10-21

Face au pouvoir politique romain et au pouvoir religieux du Sanhédrin, Paul incarne le rôle biblique du prophète. Accusé il va se défendre, en parlant en vérité. Sil dément les accusations de fauteur de troubles qui pèsent contre lui, il reconnaît son rôle d’annonciateur de la Bonne Nouvelle. Et il attribue la colère de ses ennemis à une dissension théologique sur la résurrection des morts. De fait nous savons qu’on ne peut réduire ce qui les oppose à un point de doctrine. Si l’évangile est évangile, il bouleverse toute la vie, non seulement des personnes, mais aussi des sociétés. La prédication de Paul ne va-t-elle pas changer le monde ? En attendant, il reste à Césarée, maintenu en prison par Felix, qui prend conscience des retentissements à venir.

 

Questions pour nous :

  • Quel regard portons-nous sur les institutions dans leur relation avec les pouvoirs publics ?
  • De notre point de vue, la foi chrétienne et le message de l’évangile ont-ils ou non un impact sur le politique ? En quoi ? Pourquoi ?

 

 

Nous partageons cette prière du pasteur Antoine Nouis :

« Recherchez la paix de la ville où je vous ai exilés et intercédez pour elle auprès du Seigneur, car votre paix dépendra de la sienne » (Jr 29.7).

« J’encourage donc, en tout premier lieu, à faire des requêtes, des prières… pour les rois et pour tous ceux qui occupent une position d’autorité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et en toute dignité. » (1 Tm 2.1-2)

Je prie pour les autorités parce dans les lieux où il n’y a pas d’autorité, c’est la loi du plus fort qui s’impose, le règne des maffias. Le rôle de l’autorité est d’arrêter le mal, et je n’aime pas le mal.

Je prie pour les autorités, car le président et les ministres font un métier très difficile, ils ont des dizaines de décisions à prendre tous les jours, ils ont des arbitrages impossibles à faire et n’ont pas toujours le recul nécessaire pour ne pas se tromper.

Je prie pour les autorités pour qu’elles aient le courage de résister à la démagogie, de veiller au bien commun et de ne jamais oublier le temps long qui n’est pas celui de leur réélection.

Je prie pour les autorités, car je ne veux jamais oublier que derrière le dirigeant politique, se trouve un homme, une femme, qui au-delà de ses désirs et de ses contradictions est aussi aimé de Dieu.

Je prie pour les autorités surtout quand je suis en désaccord avec elle, car Jésus a dit dans le sermon sur la montagne : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. Alors vous serez fils de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. » (Mt 5.44-45)

Je prie pour les autorités pour lutter contre ma tendance naturelle à vouloir toujours critiquer. Il y un vrai plaisir à dénigrer ceux qui nous gouvernent, mais ce plaisir n’est pas juste.

À quoi ça sert de prier pour les autorités ? Il ne m’appartient pas de mesurer l’efficacité de ma prière, mais d’être tout simplement fidèle, modestement, à la place qui est la mienne.




Sauvé (e) par et pour la mission de Dieu !

Relire les Actes des apôtres : méditation du jeudi 8 avril 2021. Nous prions pour nos envoyés en Tunisie.

© Pixabay.com

Nous sommes dans la dernière partie du Livre des Actes des apôtres. Paul comparaît devant le Sanhédrin, mais en tant que juif il parvient à jouer des rivalités et des polémiques entre les différents courants, notamment les sadducéens et les pharisiens. C’est ainsi qu’il évoque l’espérance de la résurrection, chère aux pharisiens, et qu’il gagne leur soutien contre les sadducéens, qui n’y croient pas, comme nous l’a déjà appris l’évangile. Les deux camps s’affrontent. Paul doit être exfiltré et ramené à la citadelle.

La nuit suivante, le Seigneur apparut à Paul et lui dit : Courage ! Tu as été mon témoin à Jérusalem, il faut que tu le sois aussi à Rome. Actes 23,11

« Il faut que … » Cette nécessité confirme l’apôtre Paul dans sa mission. Elle peut faire écho à celle qui concernait Jésus : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup…qu’il soit mis à mort et qu’il ressuscite le troisième jour. » Luc 9,22. Cette nécessité est troublante, car elle pourrait figurer un destin qui s’impose, alors qu’elle exprime une vocation qui libère. Dans ce récit où tout parle d’enfermement, du côté romain comme du côté juif, une route de liberté s’ouvre, afin que le projet de Dieu pour l’humanité se poursuive. Jusqu’au bout, Paul recevra le courage de suivre la voix/voie du Seigneur.

Le lendemain matin, au petit jour, les Juifs formèrent un complot. Ils firent le serment de ne rien manger ni boire avant d’avoir tué Paul. Plus de quarante hommes participaient à cette conjuration. Ils allèrent trouver les chefs des prêtres et les responsables du peuple et leur déclarèrent : Nous nous sommes engagés par un serment solennel à ne rien manger ni boire tant que nous n’aurons pas tué Paul. A vous d’agir maintenant avec l’appui du Grand-Conseil : intervenez auprès du commandant et proposez-lui de faire comparaître Paul devant vous sous prétexte que vous voulez instruire son cas de plus près. De notre côté, nous avons pris nos dispositions pour le supprimer avant qu’il arrive ici. Actes 23,12-15

Il est fréquent, hélas, que la logique des hommes, lorsqu’elle est inspirée par la haine, conduise au complot meurtrier. On pourrait transposer à toute époque, dans tous les milieux et sous tous les cieux la trame du complot raconté dans ce chapitre. Le complot, c’est un peu l’intelligence du mal. A double titre, car s’il existe de véritables complots, il existe également de faux complots inventés par des comploteurs pour discréditer leurs adversaires. Les juifs ont souvent subi de telles accusations dans l’histoire, et dans notre actualité commentée par les réseaux sociaux, les théories du complot fleurissent.

Heureusement, dans le livre des Actes, le dessein de Dieu l’emporte, et un scenario de sauvetage permet de déjouer le complot ; grâce à son neveu, Paul parviendra vivant jusqu’à Césarée, où il sera prisonnier sous la protection du gouverneur Felix.

 

Questions pour nous :

  • Avons-nous déjà fait l’expérience d’être porté (e), sauvé (e) par et pour une mission qui nous transcende ?
  • Quels outils avons-nous pour lutter contre les complots, réels ou inventés ?

 

 

Prions :

«Mon Dieu donne-moi un peu de ta force pour cheminer avec confiance et établir une relation de paix et de sérénité avec mes proches…»

 

Nous devons chaque jour nous lever avec optimisme. Ne nous laissons pas paralyser par telle ou telle situation qui nous empêche de penser et d’avancer. Dieu agira au moment où nous nous y attendons le moins. Ne nous laissons pas paralyser par nos défaillances et continuons à avoir confiance en lui.

Retrouvons aujourd’hui ce courage et cette paix. N’oublions jamais que Jésus est toujours là, présent auprès de nous. Il chemine à nos côtés, ayons confiance.

Relevons la tête et luttons de toute nos forces, en nous servant de celles que Dieu nous a offertes. Prions-le, implorons-le, appelons-le, ne restons pas impassibles à attendre de voir si les choses vont passer ou se calmer.

Ayons foi en Dieu et nous serons alors comblés ! Sourions, car avec Jésus à nos côtés, ce sont de belles choses, des jours merveilleux, des rêves à réaliser et des découvertes qui nous attendent.

Laissons Dieu être cette lumière qui éclaire notre route, apaise tous nos tourments et oriente notre vie vers des chemins victorieux. N’ayons pas peur ! Renouvelons notre esprit conquérant et laissons-nous emplir par le pouvoir salvateur, la grâce et la passion de Dieu.

 

«Seigneur, merci d’être attentif à tout ce dont j’ai besoin et à tout ce qui m’arrive. Je sais que tu m’aimes et que tu veux le meilleur pour moi.
Je sens que ton amour immense m’accompagne et me fait grandir. C’est pourquoi aujourd’hui je te remercie pour tout ce que tu fais dans ma vie.
Je veux commencer chaque journée avec courage en étant convaincu que ton pouvoir et ta miséricorde viennent sur moi, et recevoir avec joie et gratitude cette bénédiction.
J’ai pleinement confiance en ta grande bonté et sais que tu ne m’abandonnes jamais.
Aujourd’hui, je veux et peux dire avec confiance : « Je n’abandonnerai pas car le Seigneur est avec moi, bien que je ne le voie pas et parfois même ne le sente pas. »
Je sais que tu es avec moi pour m’aider à faire face à toutes les situations. Même si je dois affronter de nombreux tourments, tu es capable de m’apporter la paix. Oui j’ai confiance en toi car l’amour que tu me portes est plus fort que tout.
Donne-moi un peu de ta force pour que je puisse cheminer avec confiance et établir une relation de paix et de sérénité avec mes proches.
Je me réfugie derrière tes paroles bénies et salvatrices : « Comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint ! » (Psaume 102, 13).»




Pâques, le récit d’un rebondissement

Méditation du Jeudi saint, 1er avril 2021. Nous prions pour notre envoyé au Brésil.

Les trois Marie devant le tombeau vide, par Jan van Eyck et Hubert van Eyck – vers 1425-1435 – Museum Boijmans Van Beuningen © Web Gallery of Art, created by Emil Krén and Daniel Marx

«Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller l’embaumer. Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil étant levé. Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre de l’entrée du tombeau ? » Et, levant les yeux, elles voient que la pierre est roulée ; or, elle était très grande. Entrées dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d’une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur. Mais il leur dit : « Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié : il est ressuscité, il n’est pas ici ; voyez l’endroit où on l’avait déposé. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.” » Elles sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.» Marc 16, 1-8

 

 

« …il n’est pas ici… » est l’expression de la résurrection dans Marc 16, 6. Il n’est plus là où ils croient le trouver. « Il vous précède en Galilée » signifie que, le maître n’est plus à trouver mais à suivre.

Sur le chemin du deuil, chaque disciple-témoin de la mort du maître devra passer du corps-du-tombeau, à la mémoire de ces paroles qui ouvre le nouveau chemin, la nouvelle étape. Le mot grec pour dire tombeau, signifie aussi mémoire. Le corps n’est plus, il reste la mémoire et le souvenir de celui avec qui ils parlaient et dont les mots résonnent encore dans leur esprit : « Rappelez-vous comment il vous a parlé quand il était encore en Galilée ». (Luc 24, 6)

Le souvenir de cette parole fait effraction dans leur deuil pour les ouvrir au monde d’une réalité nouvelle. Dans cette dernière, naît chez eux la force de rebondir, de se redresser et de reprendre les choses en main, de continuer la lutte de la vie et pour la vie. C’est la résurrection des disciples… Passage de l’espérance déçue à la foi renouvelée.

La résurrection est l’écriture de crise devant la réalité de la mort. Elle ne nie pas cette dernière mais la dépasse. Pour les disciples, tout n’est pas écrit dans la mort du maître. Une nouvelle écriture se fait jour dans la recherche de celui qu’on ne peut trouver « …Vous cherchez…, il n’est pas ici… [mais il vous trouve] ». La mort vient dire une fin en vue d’une naissance : « Tout fini afin que tout recommence, tout meurt afin que tout vive » dirait l’écrivain Jean-Henri Fabre.

 

 

Prière : Pâques, rendez-vous de l’impossible

Aube inattendue,
Déception… privée de sa raison
Aromates inutiles
Qui a roulé la pierre ?
Où est-il ?

Femmes, vos espoirs fous soudain éveillés
Ont des hommes soulevé la perplexité.
Jean s’arrête au seuil de l’obscurité,
Pierre se risque en la ténèbre du sépulcre.
Où est-il ?

« Christ est ressuscité », dites-vous,
La vie éternelle a visité notre histoire.
À ce parfum d’éternité,
Il va falloir nous habituer.

F. Taubmann et M. Wagner dans À haute voix




Je suis un âne et je porte le roi du monde

Méditation du jeudi 25 mars 2021. Dimanche sera célébrée la fête des rameaux. Nous prions pour notre envoyée au Timor oriental.

© Pixabay

«Alors qu’ils approchent de Jérusalem, vers Bethphagé et Béthanie, près du mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples en leur disant : Allez au village qui est devant vous ; sitôt que vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est encore assis ; détachez-le et amenez-le. Si quelqu’un vous dit : « Pourquoi faites-vous cela ? », répondez : « Le Seigneur en a besoin ; il le renverra ici tout de suite. » Ils s’en allèrent et trouvèrent un ânon attaché dehors, près d’une porte, dans la rue ; ils le détachent.

Quelques-uns de ceux qui étaient là se mirent à leur dire : Qu’est-ce que vous faites ? Pourquoi détachez-vous l’ânon ? Ils leur répondirent comme Jésus l’avait dit, et on les laissa aller. Ils amènent à Jésus l’ânon, sur lequel ils lancent leurs vêtements ; il s’assit dessus.

Beaucoup de gens étendirent leurs vêtements sur le chemin, et d’autres des rameaux qu’ils avaient coupés dans la campagne. Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient criaient : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le règne qui vient, le règne de David, notre père ! Hosanna dans les lieux très hauts !» Marc 11,1-10

 

 

Connaissez-vous le jeu du portait chinois ? « Si j’étais une demeure, serais-je un palais, une chaumière, un appartement ? Et si j’étais une fleur, un tournesol ou une violette ? Et un animal ? » Plus jeune j’aurais rêvé d’être un élégant cheval, à la robe luisante, au libre galop dans un espace sans limites ! Aujourd’hui je me sentirais une prédilection pour son humble cousin, l’âne aux grandes oreilles et aux larges yeux méditatifs. Il ne fait pas peur aux enfants mais les enchante ; il incarne la sagesse un peu douloureuse mais très indulgente de ceux qui ont vécu assez longtemps pour savoir que tout est vanité et que seul l’amour compte. Pas très beau lui-même selon on ne sait quel critère, et lent dans son allure, il offre à ceux qu’il transporte un peu de temps à l’état pur pour considérer les beautés du monde. On le moque, il oppose son quant-à-soi têtu ; on lui parle, il écoute d’une oreille attentive et semble si bien comprendre.

Oui c’est toi cher petit âne que je choisirais, n’oubliant pas que tu fus théophore sans en avoir l’air, complice d’une famille en fuite au lendemain d’une naissance, et jaloux, une trentaine d’années plus tard, de l’honneur qui t’était fait de porter le roi du monde dans son entrée à Jérusalem.

Alors je garderais à tout jamais dans le cœur la joie inépuisable d’avoir été choisi(e) pour ce service unique, au milieu des palmes et des cris d’allégresse, en ce jour-là. Et à ma façon, j’en témoignerais de siècle en siècle pour la terre entière.

Et vous, si vous étiez un animal, lequel choisiriez-vous ?

 

 

Prière des ânes, trouvée affichée dans l’église St Austremoine d’Issoire :

Donne-nous, Seigneur,
De garder les pieds sur terre, et les oreilles dressées vers le ciel,
Pour ne rien perdre de ta parole.

Donne-nous un dos courageux, pour supporter les hommes les plus insupportables.
Et un gosier héroïquement fidèle à son vœu de ne pas boire quand il a soif.

Donne-nous d’avancer tout droit, en méprisant les caresses flatteuses autant que les coups de bâton.

Donne-nous d’être supérieurs aux injures et à l’ingratitude,
Car c’est la seule supériorité que nous ambitionnons.

Nous ne te demandons pas de nous faire éviter toutes les sottises, car Aristote a dit qu’un âne fera toujours des âneries.

Donne-nous seulement de ne jamais désespérer de la miséricorde si gracieuse
Pour les ânes si disgracieux, – à ce que disent ces pauvres humains -,
Qui n’ont rien compris, ni aux ânes, ni à toi, mon Dieu,
Qui as fui en Égypte avec un de nos frères,
Et qui as fait ton entrée prophétique à Jérusalem, sur le dos d’un des nôtres.




Une mission renversée

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 18 mars 2021. Cette semaine, nous prions avec nos envoyés au Brésil.

La Conversion de Saint Paul sur le chemin de Damas par Luca Giordano (vers 1690) © Wikimedia Commons
 

Mes frères, mes pères, écoutez ce que j’ai maintenant à vous dire pour ma défense.

Lorsqu’ils entendirent qu’il s’adressait à eux en langue hébraïque, le calme se fit plus grand encore. Il dit :

Moi, je suis un Juif né à Tarse de Cilicie ; mais j’ai été élevé dans cette ville-ci et éduqué, aux pieds de Gamaliel, dans la stricte conformité à la loi de nos pères. J’avais une passion jalouse pour Dieu, comme vous tous aujourd’hui. J’ai persécuté à mort cette voie, liant hommes et femmes pour les mettre en prison. Le grand prêtre et tout le collège des anciens m’en sont témoins. J’ai même reçu d’eux des lettres pour les frères de Damas, où je me suis rendu afin d’arrêter ceux qui s’y trouveraient et de les amener à Jérusalem pour qu’ils soient châtiés.

Paul raconte sa conversion

J’étais en chemin et j’approchais de Damas quand, soudain, vers midi, une grande lumière venant du ciel a resplendi tout autour de moi. Je suis tombé par terre et j’ai entendu une voix qui me disait : « Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu ? » J’ai répondu : « Qui es-tu, Seigneur ? » Il m’a dit : « Moi, je suis Jésus le Nazôréen, celui que, toi, tu persécutes. » Ceux qui étaient avec moi ont bien vu la lumière, mais ils n’ont pas entendu celui qui me parlait. Alors j’ai dit : « Que dois-je faire, Seigneur ? » Le Seigneur m’a dit : « Lève-toi, va à Damas, et là on te dira tout ce qu’il t’est ordonné de faire. » Comme je ne voyais rien, à cause de l’éclat de cette lumière, ceux qui étaient avec moi m’ont conduit par la main, et je suis arrivé à Damas.

Or un certain Ananias, un homme pieux selon la loi, de qui tous les Juifs qui habitaient là rendaient un bon témoignage, est venu à moi et m’a dit : « Saoul, mon frère, retrouve la vue ! » À ce moment même j’ai retrouvé la vue, et je l’ai vu. Il a dit : « Le Dieu de nos pères t’a destiné à connaître sa volonté, à voir le Juste et à entendre sa voix ; car tu seras pour lui témoin, devant tous, de ce que tu as vu et entendu. Et maintenant, pourquoi tardes-tu ? Lève-toi, fais-toi baptiser et laver de tes péchés en invoquant son nom. »

Paul raconte comment il a été envoyé vers les non-Juifs

De retour à Jérusalem, comme je priais dans le temple, je suis tombé en extase et j’ai vu le Seigneur, qui m’a dit : « Dépêche-toi, quitte vite Jérusalem, car ils n’accueilleront pas le témoignage que tu me rends. » Moi, j’ai dit : « Seigneur, ils savent bien que j’allais de synagogue en synagogue pour faire emprisonner et battre ceux qui croient en toi ; et lorsqu’on a répandu le sang d’Étienne, ton témoin, j’étais moi-même présent, je les approuvais, je gardais même les vêtements de ceux qui l’ont supprimé. » Alors il m’a dit : « Va ; moi, je t’enverrai au loin, vers les non-Juifs… » Actes 22, 1-21

 

 

Paul n’est pas n’importe qui ! Il sait le grec, il sait l’hébreu, il a été l’élève de Gamaliel, maître très réputé, et il est citoyen romain… de naissance ! Pourtant, il est l’objet d’un lynchage religieux qui débute dans le temple, puis hors du temple. Face au trouble à l’ordre public, Paul est emmené dans une forteresse militaire. Sa situation est précaire. Il est désormais entre les mains des forces de l’ordre et souhaite se défendre. Le commandant accepte de le laisser parler, en public.

Paul témoigne du grand renversement qu’il a vécu sur le chemin de Damas. Luc l’a déjà évoqué dans Actes 9 (voir méditation du 5 novembre 2020) et le fera à nouveau au chapitre 26.

Le témoignage de Paul évoque un changement total de mission. Il avait « une passion jalouse pour Dieu » et a cherché à éradiquer par la violence « la voie », cette hérésie juive devenue insupportable aux responsables de l’institution juive. Sur le chemin de Damas, sa mission est totalement renversée. Aveuglé par cette grande lumière, il est conduit par la main vers un autre chemin. Aveuglé pourtant, il voit clair désormais sur sa mission et celui qui l’envoie. Il entend l’appel à être envoyé aux non-juifs au nom de celui qu’il persécutait.

Sa mission est totalement bouleversée. Ce ne sont plus les chefs juifs qui l’envoient, mais le Christ. Ce n’est plus pour persécuter ceux qui suivent l’enseignement du Christ mais pour annoncer la Bonne nouvelle à des non-juifs. Ses anciens ennemis deviennent des proches, sa compréhension du judaïsme évolue radicalement : l’annonce de la Bonne nouvelle n’est pas limitée aux seuls juifs, ni au seul territoire d’Israël. « Ses frères et ses pères » voient en lui l’homme à abattre, lui, l’élève de Gamaliel. Puissant autrefois dans la société, porté par la structure politico-religieuse de son pays, il est faible désormais. Sa confiance en Dieu est forte. Comme il l’écrit, c’est alors que je suis faible, que je suis fort (2 Corinthiens 12/10).

Paul est un envoyé extraordinaire. La Bonne nouvelle se répand dans une partie du monde romain grâce à ses multiples voyages, mais aussi grâce à sa réflexion théologique novatrice qui sait rencontrer les demandes de sens d’hommes et de femmes de son temps, comme d’aujourd’hui. Il a entendu l’appel du Seigneur qui a renversé sa manière de comprendre sa fidélité à Moïse et au judaïsme.

Devant un tel témoignage on reste sans voix et reconnaissant pour la manière dont Paul a reçu cet envoi en mission et s’est mis en marche.

Dans un contexte historique, social et politique radicalement différent aujourd’hui, une chose demeure : être à l’écoute de la parole de Dieu.

 

 

Questions pour nous :

  • Que signifient pour moi, ma communauté, mon Église, le fait d’être à l’écoute de la parole de Dieu ?
  • Qu’est-ce que cela change d’être envoyé au nom du Christ dans ma façon de vivre ma citoyenneté spirituelle et civique ?

 

 

Prions :

Seigneur, j’ai besoin de ta paix.
J’ai besoin de ta paix pour m’arrêter
De discourir dans le vide,
Et de mendier n’importe quelle paix magique
Pour le monde.

Je ne peux être artisan de paix si je ne reçois,
Ne comprends et n’aime
Celle que tu révélais aux disciples à la veille de ta passion
Et le soir du jour de ta résurrection.

J’ai besoin de ta paix pour résister
À la compétition mondaine du paraître.

J’ai besoin de ta paix pour cesser
De m’apitoyer sur moi-même et d’avoir peur de demain.

J’ai besoin de ta paix pour ne plus chercher
À faire disparaître les obstacles, mes limites, les conflits,
Mais pour trouver le courage de les assumer
Et de les résoudre.

J’ai besoin de ta paix pour ne pas fuir devant le danger
Pour crier, pour sortir de mes tranquillités,
Pour faire violence à mon droit légitime à l’impuissance
Devant le malheur des autres
Et l’injustice de leurs situations.

J’ai besoin de ta paix, Seigneur, pour pouvoir te servir,
Gratuitement, pour rien, et en être heureux.

«J’ai besoin de ta paix»
Jacques Stewart
Texte du Défap, 2005