Mission : hommes-femmes ensemble pour le monde

 

L’Éternel Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui. L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme. Et l’homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs ; mais, pour l’homme, il ne trouva point d’aide semblable à lui. Alors l’Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place.

L’Éternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme. Et l’homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! On l’appellera femme, parce qu’elle a été prise de l’homme. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair.

L’homme et sa femme étaient tous deux nus, et ils n’en avaient point honte.

Genèse 2 18-24

 

Illustration méditation du jeudi, 1er octobre 2015

Source : Pixabay

Que le masculin ait été créé en premier signifie-t-il qu’il doive dominer le monde ? Que le féminin ait été créé en second peut-il induire qu’il est le parachèvement du masculin ? Lecture machiste ou lecture féministe, patriarcale ou matriarcale peuvent tirer le texte à hue et à dia pour fonder une vision du monde et un ordre social. A moins que l’on ne s’attache à ce qui lie l’un et l’autre : l’idée d’aide, de complémentarité, de reconnaissance mutuelle.

Intéressante aussi l’interprétation signalant qu’en chacun de nous coexistent et se conjuguent une part de féminin et une part de masculin, ce qui peut résonner avec le premier récit de la création ou « Dieu créa l’humain, masculin et féminin il le créa ».

 

En revanche, il est étonnant d’entendre l’homme appelé à quitter père et mère pour s’attacher à sa femme? Car dans les sociétés traditionnelles – et dans la Bible – c’est plutôt l’inverse qui se passe : on voit les jeunes filles quitter leur famille pour aller habiter avec celle de leur époux !

Faut-il comprendre que, homme ou femme, nous ne pouvons créer d’alliance, avec l’autre et avec Dieu, sans avoir détaché les nœuds qui nous liaient à l’enfance ? Pour devenir Abraham, Abram dut écouter l’appel de Dieu, partir et aller vers lui-même, vers la terre qui lui serait montrée.

Pour participer à la construction de l’avenir et à la réparation du monde, pour vivre selon le projet de Dieu et l’appel du Christ, ne faut-il pas qu’homme et femme acceptent ce détachement symbolique, afin de se rendre disponibles pour se rencontrer l’un l’autre, se reconnaître dans leur liberté, se donner toute leur place, et rendre grâce à Dieu de les faire exister ensemble ?

 

Bandeau méditation du jeudi

         

Cette semaine nous prions pour nos envoyés à Haïti.

Et c’est avec les mots de Laura Figueroa Granados, une théologienne mexicaine, que nous porterons le peuple haïtien, et en particulier les femmes, dans la prière :

 

Seigneur, j’ai faim et soif de croissance.

Comme beaucoup de femmes de nos Eglises et de nos pays,

j’aimerais atteindre ma taille réelle, occuper l’espace auquel j’ai été appelée

de très haut et depuis longtemps.

 

J’ai faim et soif, faim et soif d’équité.

Comme beaucoup de femmes de nos Eglises et de nos pays,

j’aimerais pouvoir regarder chaque personne dans les yeux,

vivre la dignité qui m’a été donnée à grand prix

de très haut et depuis très  longtemps.

J’ai faim et soif, faim et soif de reconnaissance.

Comme beaucoup de femmes de nos Eglises et de nos pays,

j’aimerais pouvoir appeler mon travail « travail »,

construire des espaces dans lesquels je puisse dire qui je suis,

par pure grâce et depuis très longtemps.

J’ai faim et soif de justice.

Comme beaucoup de femmes de nos Eglises et de nos pays,

victimes des violences les plus brutales et les plus subtiles,

je ne veux plus être violée, maltraitée, réduite au silence, assassinée.

Parce que de très haut et depuis longtemps je suis, avec chaque être humain,

image et ressemblance de toi qui m’a créée.

 

Illustration méditation du jeudi, 1er octobre 2015

Source : Pixabay




Danger du purisme ! Urgence de la droiture !

 

« Son disciple Jean dit à Jésus : Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom ; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas. Ne l’en empêchez pas, répondit Jésus, car il n’est personne qui, faisant un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler mal de moi. Qui n’est pas contre nous est pour nous. Et quiconque vous donnera à boire un verre d’eau en mon nom, parce que vous appartenez à Christ, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense.  

Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît au cou une grosse meule de moulin, et qu’on le jetât dans la mer. » Marc 9,38-42

 

Illustration de la méditation du jeudi, Source : Pixabay

Source : Pixabay

 

Attention au purisme ! Il peut devenir aussi dangereux qu’un excès de superstitions, et générer intolérance, idolâtrie et fanatisme. Sur le plan moral, c’est souvent le fait des tartuffes, prêts à imposer aux autres ce qu’ils négligent d’accomplir. Sur le plan religieux cela peut conduire à l’intégrisme et à l’inquisition et sur le plan politique à la terreur et au totalitarisme ! Même des gens de bonne foi, convaincus d’une vérité qui les a convertis, peuvent se laisser entraîner, par peur du laxisme ou du relativisme, à une pratique pétrie d’intolérance.


Sans aller aussi loin, on entend souvent, dans notre contexte de pluralisme culturel,  critiquer telle manière de lire la Bible, telle façon de prier ou de chanter, tel rite ou telle absence de rite …. Poussant le jugement jusqu’à dire que les autres ne sont pas des chrétiens comme il faut.

Alors vive Jésus quand il nous ramène à l’essentiel : « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. » « Aime et fais ce que tu veux ! » dira Saint Augustin. 

Contre le purisme Jésus nous invite à la droiture, et sur un ton rude : aucune tolérance pour les comportements qui pourraient scandaliser les cœurs simples de l’Evangile. C’est-à-dire tout ce qui, en contradiction flagrante avec la justice et l’amour de Dieu, choque, fait tomber, pervertit, apparaît comme un véritable contre-témoignage. En un mot : la corruption, sous toutes ses formes ! Plutôt qu’être corrompu et que corrompre mieux vaudrait finir au fond de la mer… car la corruption menace la stabilité du monde.

 

Bandeau méditation du jeudi

 

Dans la conscience de notre responsabilité de témoins et dans la reconnaissance pour la multitude des expressions de la foi, nous pouvons prier avec ces mots :

 

LES  MAINS  JOINTES

Fais, Seigneur, se joindre toutes les mains, pour rendre plus humain le sol où tu insufflas la vie à un homme que tu modelas.

Que nous prenions ta main noire, Seigneur, pour que la terre porte les fruits de l’espoir.

Que nous prenions ta main jaune, Seigneur, pour que le monde reste jeune et que chacun gagne dignement son pain.

Que nous prenions ta main blanche, Seigneur,  pour que les bourgeons qui portent joie et justice éclosent sur toutes les branches.

Que nous prenions ta main rouge, Seigneur, à la croisée des chemins,

pour que les hommes  de l’Afrique,

de l’Asie, de l’Europe, de l’Amérique

de tous les temps, de tous les cieux,

cultivent ensemble, sur tous les continents

des chemins de développement,

des champs de prière et de dévouement.

Nabil Mouannès

 

Illustration méditation du jeudi, Source : Pixabay

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L’écoute au cœur du monde

 

Ecouter la Parole de Dieu et la détresse des humains relève d’une même disposition intérieure.  Témoigner de l’Evangile et s’indigner devant l’injustice et la violence procède d’une même exigence du cœur! Mais notre oreille comme notre bouche souvent nous trahissent….

On amena à Jésus un homme sourd, qui avait de la difficulté à parler, et on le pria de lui imposer les mains. Il le prit à part de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, lui toucha la langue avec sa propre salive, puis levant les yeux au ciel, il soupira, et dit : Ephata, c’est-à-dire ouvre-toi. Aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, sa langue de délia, et il parla très bien. Marc 7,32-35

 

Illustration méditation du jeudi, Source : pixabay

Source : Pixabay

Aujourd’hui nos moyens permettent de pallier jusqu’à un certain point le handicap de la surdité, avec des appareils, le langage des signes… Pour ce qui est des difficultés à parler, les orthophonistes font souvent  du bon travail. Mais la Bible nous oblige à comprendre aussi ces handicaps à un autre niveau, relevant plus de l’écoute que de l’audition, de la proclamation que de l’élocution. Ce qui est difficile à écouter et à proclamer, c’est la Parole de Dieu, son appel à la conscience et à l’amour.

« Ils ont des oreilles et ils n’entendent pas ! » répètent les prophètes. Cette non-écoute est-elle volontaire? Parfois nous refusons d’écouter, nous nous bouchons les oreilles plutôt que d’entendre ce qui nous dérange, contrarie nos désirs, ou nous obligerait à faire quelque chose que nous n’avons pas envie de faire. Mais parfois nous ne pouvons pas entendre, nous ne pouvons pas comprendre. Parce que la parole qui nous cherche ne nous parvient pas au bon moment – nous sommes accaparés par des urgences, nous manquons de maturité, nous n’avons pas la capacité d’intérioriser, de discerner le sens de ce qui nous est adressé.  Ou encore nous avons été formés dans une autre culture, avec d’autres codes de communication, et il nous est impossible de traduire tout seul ce que nous recevons.

Face au handicap de l’homme qui n’entend pas, Jésus n’y va pas par quatre chemins : il lui met les doigts dans les oreilles. Car il faut ouvrir ce qui est fermé. Au sens symbolique c’est un appel à l’efficacité, mais aussi à l’imagination. Parfois rien ne sert de répéter, d’expliquer, de conceptualiser, de crier ; il faut toucher, par un geste, un regard, un objet, une image, par un véritable mouvement de l’être vers l’autre. Il faut créer chez l’autre, avec l’aide de Dieu, le moment propice à l’écoute et à la compréhension du cœur. Qu’il n’y ait plus de peur, de prétexte, de retard vis-à-vis de la Bonne Nouvelle! Parfois c’est nous-mêmes qui sommes cet autre, et Alléluia s’il se trouve sur notre chemin une personne qui nous ouvre!

Pour ce qui est de la langue, dans l’Exode il est dit que Moïse, à qui Dieu parlait comme un ami parle à son ami, voulut se dégager de sa mission en avançant qu’il ne savait pas parler. Alors Dieu lui donna son frère Aaron comme porte-parole.

Dans notre récit Jésus ouvre les lèvres de l’homme sourd et lui met de sa propre salive sur la langue! Drôle de sacrement ! L’homme, qui a retrouvé l’ouïe, trouve également sa voix, et il s’exprime bien.

Ce miracle-là nous pouvons y participer, les uns pour les autres : en nous donnant mutuellement la parole, en nous invitant, en nous encourageant, en nous écoutant… Je me souviens d’une femme très timide qui, sollicitée lors d’un partage biblique, livra au groupe un véritable petit travail de méditation qu’elle avait fait dans le secret de sa chambre, confiant alors : je n’aurais jamais pensé être capable de parler de cette manière en public. Je ne croyais pas avoir des choses intéressantes à dire. Je vous remercie ! Pour moi c’est un vrai miracle.

En portant dans la prière les visages, les voix, les drames des migrants qui aujourd’hui cherchent refuge dans nos pays d’Europe, nous pouvons partager cette confession de foi :

 

Nous croyons au Dieu de l’amour
qui nous appelle à rejeter toutes les idoles
et qui recherche une communion profonde
avec l’humanité.

Nous croyons au Dieu de la création
qui nous appelle à nous unir
pour créer un avenir
de justice, de paix et de joie pour tous.

Nous croyons en un Dieu proche de nous
et présent dans la vie de ce monde
partageant ses espoirs
et ressentant ses douleurs.

Nous croyons en un Dieu qui s’identifie
aux pauvres et aux opprimés
et à ceux qui espèrent en lui,
nous appelant à les rejoindre par la foi.

Nous croyons en un Dieu compatissant
dont le cœur souffre
et dont l’alliance avec l’humanité
restera inébranlable.

Conférence chrétienne d’Asie
1986 (tiré d’Infodéfap)




La langue : un poison ou un baume universel !

 

« Que chacun soit prompt à écouter, lent à parler, lent à la colère, car la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. » Jacques 1,20


« Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas qu’il te fasse ! » Voici ce que répondait le maître pharisien Hillel, contemporain de Jésus, à un homme qui l’interrogeait sur le judaïsme sans avoir beaucoup de temps à consacrer à l’étude ! Souvent on oppose à cet aspect négatif de la règle d’or son aspect positif, qui serait plus évangélique : « Fais à autrui ce que tu aimerais qu’il te fasse ».  Très lucide sur la nature humaine, l’apôtre Jacques conjugue ces deux aspects : mise en garde contre le mal que nous pouvons nous faire les uns aux autres, invitation à nous faire du bien.

 

Entraide, source : Flickr ©

Source : Flickr ©


Et certes le premier aspect n’est pas moins important que le second. Il en est même la condition. En évoquant la langue et la colère, Jacques pointe ce qui est considéré dans la tradition juive comme la faute la plus grave avec l’idolâtrie et le meurtre : tout ce qui concerne la calomnie, le faux-témoignage, l’humiliation d’autrui. Et Jésus dans l’Evangile le dit bien : « c’est ce qui sort de l’être humain qui le souille. Car c’est du dedans, du cœur des gens, que sortent les raisonnements mauvais » Marc 7,20. Nous en avons tous fait l’expérience, la parole peut blesser, et même tuer, autant qu’elle peut faire vivre ! 


Alors aimer Dieu et aimer notre prochain, cela commence peut-être, bien modestement, par une attention incessante à ne pas abimer les êtres qui nous entourent par nos critiques, nos jugements, nos propos méprisants ou condescendants, par le soin pris à ne pas vicier l’air de nos communautés et de nos diverses associations par des petites histoires, des rumeurs, des conflits. En revanche il y a parfois de saintes colères, des indignations bienfaisantes dont la vigueur permet de remettre en place les exigences et les promesses de l’amour. Jacques nous le dit : « Celui qui a plongé son regard dans la loi parfaite, la loi de liberté, et qui y demeure, non pas en écoutant pour oublier, mais en mettant en pratique – en faisant œuvre – celui-là sera heureux dans sa pratique même ». Jacques 7,25


Nous pouvons nous associer à cette prière écrite par un Sage du Talmud au 5ème siècle et qui s’inscrit dans la liturgie du shabbat à la synagogue.


« Mon Dieu, préserve ma langue de la médisance et mes lèvres du mensonge. Rends mon âme insensible à l’offense, et donne-moi l’esprit d’humilité.                                                                      

Ouvre mon cœur à Ta Loi, afin que j’aspire à pratiquer Tes commandements. Renverse sans plus tarder les desseins de ceux qui trament des perfidies contre moi et ruine leurs projets. 

Agis au nom de Ta gloire, au nom de Ta droite, au nom de Ta Sainteté, au nom de Ta Loi, afin de soustraire Tes bien-aimés à la malveillance, accorde-moi le secours de Ta droite, et entends ma prière.                                                                                                                                          *

Agrée les paroles de mes lèvres et les sentiments de mon cœur, Éternel, mon Rocher et mon Libérateur.                                                              

Celui qui fait régner la paix dans les cieux, fera régner la paix sur nous et sur tout Israël, et que l’on dise : Amen »

 

Florence Taubmann