L’attente qui est en nous

Méditation du jeudi 20 décembre 2018. En ce temps de l’Avent nous prions pour notre envoyée au Bénin.

 

À la même époque, Marie s’empressa de se rendre dans une ville de la région montagneuse de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant remua brusquement en elle et elle fut remplie du Saint-Esprit.

Elle s’écria d’une voix forte: «Tu es bénie parmi les femmes et l’enfant que tu portes est béni. Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne vers moi? En effet, dès que j’ai entendu ta salutation, l’enfant a tressailli de joie en moi.

Heureuse celle qui a cru, parce que ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira.» Luc 1,39-45

 


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C’est certainement pour marquer le caractère unique de la visite de Marie à Élisabeth qu’on l’appelle Visitation. Car derrière la joie des deux femmes à se retrouver, à s’étreindre, à se confier l’une à l’autre leurs joies et leurs soucis, derrière les agréables rites de l’hospitalité se joue une autre rencontre, voilée : celle de l’éternité de Dieu et du temps des hommes, avec ces deux naissances annoncées qui vont changer le destin du monde. Et déjà le futur petit Jean s’esbaudit dans le ventre maternel, impatient peut-être de l’œuvre à accomplir et du rôle qu’y tiendra le futur petit Jésus qui, pour être de quelques mois son puîné n’en sera pas moins « plus grand » que lui.

Mais n’anticipons pas ! Arrêtons-nous à ce temps de la visitation, et qu’elle nous inspire de nous visiter les uns les autres, de nous offrir mutuellement l’épiphanie de la présence de Dieu. Dans l’être ensemble de ce temps de l’Avent, nous pouvons goûter la joie mystérieuse des accomplissements à venir. La prière et le chant y ont leur part, le silence aussi, et toutes les agapes qui peuvent réunir des êtres humains autour des fruits de la terre, en attendant la venue du Prince de la paix.

 

 


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En ce temps d’Avent nous prions pour notre envoyée au Bénin, et pour ceux qui se préparent à la joie de Noël.

Dieu tu as choisi de te faire attendre tout le temps d’un Avent.
Moi je n’aime pas attendre dans les files d’attente.
Je n’aime pas attendre mon tour.
Je n’aime pas attendre le train.
Je n’aime pas attendre pour juger.
Je n’aime pas attendre le moment.
Je n’aime pas attendre un autre jour.
Je n’aime pas attendre parce que je n’ai pas le temps et que je ne vis que dans l’instant.
Tu le sais bien d’ailleurs, tout est fait pour m’éviter l’attente :
les cartes bleues et les libre services,
les ventes à crédit et les distributeurs automatiques,
les coups de téléphone et les photos à développement instantané,
les télex et les terminaux d’ordinateur, la télévision et les flashes à la radio…
Je n’ai pas besoin d’attendre les nouvelles : elles me précèdent.
Mais Toi Dieu tu as choisi de te faire attendre le temps de tout un Avent.
Parce que tu as fait de l’attente l’espace de la conversion,
Le face à face avec ce qui est caché, l’usure qui ne s’use pas.
L’attente, seulement l’attente, l’attente de l’attente, l’intimité avec l’attente qui est en nous
Parce que seule l’attente réveille l’attention et que seule l’attention est capable d’aimer.
Tout est déjà donné dans l’attente, et pour Toi, Dieu, attendre se conjugue Prier.

Jean Debruynne




Loi éternelle et vie nouvelle

Méditation du jeudi 13 décembre 2018. En ce temps de l’Avent nous prions pour notre envoyé aux Antilles, sa famille et toute l’Église.

 

La foule interrogeait Jean, disant: Que devons-nous donc faire?

Il leur répondit: Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a point, et que celui qui a de quoi manger agisse de même.

Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent: Maître, que devons-nous faire?

Il leur répondit: N’exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné.

Des soldats aussi lui demandèrent: Et nous, que devons-nous faire?

Il leur répondit: Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde.

Comme le peuple était dans l’attente, et que tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ, il leur dit à tous: Moi, je vous baptise d’eau; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. Il a son van à la main; il nettoiera son aire, et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point.

C’est ainsi que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple, en lui adressant encore beaucoup d’autres exhortations. Luc 3,10-18

 


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La voix de celui qui crie dans le désert a été entendue.

Et des voix inquiètes, sincères, lui répondent, le sollicitent : Si nous avons mal agi, si nous n’avons pas fait ce qu’il fallait, ou si nous avons fait ce qu’il ne fallait pas, si nous nous sommes comportés injustement, comment pouvons-nous réparer ? Que devons-nous faire ?

Alors Jean répond très simplement, par la loi et la sagesse de Dieu : Accomplissez les commandements qui vous ont été donnés, soyez généreux, justes, honnêtes.

Mais si cela ne vous suffit pas, si vous imaginez un Messie-champion à votre convenance, si vous attendez qu’il vienne vous protéger des dangers de la vie, si vous espérez de lui une bonne petite religion à bon marché, des passe-droits et des privilèges, alors sachez que c’est par un baptême de feu qu’il vous fera naître à la vie nouvelle, et par ses exigences qu’il fera de vous ses disciples et ses amis, car il n’est pas venu abolir la loi de Dieu mais l’accomplir, ce Dieu qui veut le droit, la justice, et la bonté sur cette terre, ce Dieu qu’avec lui vous nommerez Père.

Accueillez-le en vérité, alors votre réjouissance sera grande !

 

 


Karine Taïlamé, artiste née en 1983 en Martinique

 

Nous prions pour notre envoyé aux Antilles, sa famille et toute l’Église.

Ô notre Dieu, ce monde est le tien, aide-nous à le faire tien.
Cette Création vit de ton amour, aide-nous à la faire vivre de ton amour
Ce monde marche vers l’avenir que tu lui donnes, aide-nous à le faire marcher
Vers l’avenir que tu lui donnes.
Tu fais de nous tous tes enfants, aide-nous à vivre comme tes enfants
Tu prépares de bonnes oeuvres pour chacun de nous
Aide-nous à accomplir ces bonnes oeuvres.
Ô notre Dieu, si nous ne croyons pas, si nous n’agissons pas,
Les ténèbres nous envahiront
Et tout ce que nous aurons espéré,
Tout ce que tu auras voulu perdra toute existence.
Mais si nous croyons, si nous agissons,
Les ténèbres nous envahiront sans doute
Mais la lumière y brillera
Nous verrons ton nouveau ciel, ta nouvelle terre
Et tu feras par la puissance qui agit en nous
Infiniment au-delà
De ce que nous demandons ou pensons par Jésus-Christ.

Evan Lewis, Dunedin, Nouvelle-Zélande, trad. Gilles Castelnau




L’urgence de Dieu : la bonté de l’homme et la beauté de la création

Méditation du jeudi 6 décembre 2018 : en ce temps de l’Avent nous prions avec nos envoyés au Cameroun.

 

La quinzième année du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, son frère Philippe tétrarque du territoire de l’Iturée et de la Trachonite, Lysanias tétrarque de l’Abilène, et Anne et Caïphe étaient grands-prêtres.

C’est alors que la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert, et Jean parcourut toute la région du Jourdain; il prêchait le baptême de repentance pour le pardon des péchés, conformément à ce qui est écrit dans le livre des paroles du prophète Esaïe: C’est la voix de celui qui crie dans le désert:
« Préparez le chemin du Seigneur, rendez ses sentiers droits.
Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées;
ce qui est tortueux sera redressé et les chemins rocailleux seront aplanis.
Et tout homme verra le salut de Dieu. » Luc 3,1-6

 


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Y a-t- il un sens à l’histoire des hommes et du monde ? Une direction ? Un destin déjà scellé ou un horizon encore indéchiffrable ?

Le prophète n’est ni un savant, ni un astrologue, qui essaierait de répondre à ces questions à partir de calculs ou d’observation. Le prophète est un être entièrement requis par sa sensibilité à Dieu. Sensibilité au besoin de Dieu : besoin que Dieu a de l’humain, que l’humain a de Dieu, et que la création tout entière a de Dieu.

Et il prête son corps, son cœur, son esprit, sa gorge, sa bouche, sa vie à l’expression de ce besoin. De tout son être il dit une Parole de Dieu, il annonce un événement de l’âme du monde.

Et sa voix porte, même dans le désert, car elle doit pouvoir réveiller, chez ses contemporains, ce même besoin de l’homme, de Dieu, et de la création.

Le prophète veut éveiller en chacun cette nécessité vitale du Dieu de justice et de bonté, enfouie sous l’oubli, les petites affaires et les grands désespoirs de l’existence, l’horloge du temps qui tourne en rond.

C’est cette possibilité d’éveil qu’exprime Jean le baptiste, à l’instar de tous les prophètes qui l’ont précédé, quand il propose haut et fort le baptême de repentance pour le pardon des péchés. Depuis les rives du Jourdain il fait entrevoir l’aube nouvelle, la pleine réconciliation offerte, entre Dieu, l’humanité, et toute la création.

 

 


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En ce temps d’Avent, nous prions pour nos envoyés au Cameroun.

Marchons ensemble
Que les plus vigoureux attendent et aident ceux qui sont à la traîne.
Que les plus solitaires se tournent vers les autres.
Que les plus faibles osent s’appuyer sur ceux qui tendent la main.
Que les plus inquiets te fassent confiance,
Car c’est toi Seigneur qui nous mets en route.

Marchons ensemble
Que les plus actifs s’arrêtent pour réfléchir et évaluer.
Que les plus négligents reprennent courage
Et entendent l’appel que tu leur lances.
Que les plus sceptiques se laissent pénétrer de ton esprit.
Car c’est toi Seigneur qui nous mets en route.

Marchons ensemble
Que les plus fidèles voient leur foi raffermie
Que les plus étrangers sentent accueillis et utiles à tous.
Que les plus délaissés sachent que le monde a besoin d’eux
Que l’Eglise a besoin d’eux que Tu as besoin d’eux
Car c’est toi Seigneur qui nous mets en route.

Marchons ensemble
Que les plus bavards se taisent pour écouter les autres.
Que les muets sachent que leur façon de communiquer sera entendue.
Que ceux que l’on n’écoute jamais sachant qu’un effort sera fait pour prendre leur parole en compte.
Car c’est toi Seigneur qui invites à libérer la parole.
Marchons ensemble dans le monde d’aujourd’hui.
Marchons ensemble tous avec toi Seigneur.

Francine Robillot ( liturgie de la semaine Ceeva 2011)




Au-delà de l’apocalypse, la vie !

Méditation du jeudi 29 novembre 2018. Suspendant pour quelques semaines notre cycle sur Joseph, nous entrons dans le temps de l’Avent qui nous conduit au mystère et à la joie de Noël. Et nous prions particulièrement pour nos envoyés au Laos.

 

Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Et sur la terre, les nations seront dans l’angoisse, épouvantées par le bruit de la mer et des vagues. Des hommes rendront l’âme de terreur dans l’attente de ce qui surviendra sur la terre, car les puissances célestes seront ébranlées.

Alors on verra le Fils de l’homme venir sur une nuée avec beaucoup de puissance et de gloire. Quand ces événements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche.

Puis il leur dit une parabole : « Regardez le figuier et tous les autres arbres.

Dès qu’ils bourgeonnent, vous savez de vous-mêmes que déjà l’été est proche. De même, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le royaume de Dieu est proche. Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive.

Le ciel et la terre disparaîtront, mais mes paroles ne disparaîtront pas.

Faites bien attention à vous-mêmes, de peur que votre cœur ne devienne insensible, au milieu des excès du manger et du boire et des soucis de la vie, et que ce jour ne fonde sur vous à l’improviste. En effet, il s’abattra comme un piège sur tous les habitants de la terre. Restez donc en éveil, priez en tout temps, afin d’avoir la force d’échapper à tous ces événements à venir et de vous présenter debout devant le Fils de l’homme.» Luc 21,25-36

 


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Quel contraste entre l’entrée en Avent, dans le bruit et la fureur de l’apocalypse, et son aboutissement, la nuit de Noël, quand la terreur fait place à l’émerveillement devant l’enfant-messie, réchauffé par le souffle des animaux, puis bercé par les nocturnes alléluias des bergers de Judée !

Le risque existe, quand nous lisons ces prophéties de malheur, de ne pas patienter jusqu’à la naissance du tout-petit-enfant, mais d’interpréter de manière définitive tout ce qui se passe en ce monde, sous nos yeux ou loin d’eux, informés et désinformés par les écrans : crises politiques, fanatisme religieux, déchaînement climatique, désespoir social… Ne sommes-nous pas à la fin des temps ?

Alors il n’y a rien à faire. Ou bien, nous suggère le diable – avec sa grande intelligence – attisons les politiques du pire. Si rien ne va, que les passions se déchaînent ! Amusons-nous à nous entre-déchirer ! Le discours catastrophiste est parfois un bon prétexte pour les accusations réciproques et les règlements de compte.

Il est fort le diviseur, mais soyons plus forts que lui ! Jésus nous en donne les moyens et la liturgie aussi. L’apocalypse n’est pas une fin de l’histoire que nous devrions hâter à grands cris faux-prophétiques. C’est la racine de l’histoire. C’est la tragi-comédie inhérente à la vie, à l’existence.

Le cosmos bouge car il est vivant. Les humains font des histoires car ils ne sont pas des robots ni des marionnettes aux mains d’un démiurge. Mais tout cela n’est pas la fin du monde, c’est sa condition quotidienne, incessante.

Jésus nous invite à la lucidité, à la ruse du serpent et à la douceur de la colombe pour ne céder ni au catastrophisme ni à la myopie confortable d’une existence tranquille et paresseuse.

Dieu fait ce qu’il veut quand il veut, le Fils de l’homme viendra quand il viendra, mais si nous restons enfermés dans nos haines recuites, nos démissions commodes, nos conforts égoïstes, nos refus de voir la réalité en face et l’espérance en perspective, alors nous n’aurons aucune conscience de leur merveilleuse présence et de leur indéfectible action en notre faveur.

À chaque instant le monde est blessé en mille lieux, mais à chaque instant, en mille lieux aussi, des êtres de bonne volonté le réparent, quels qu’ils soient, chrétiens ou non, car ils sont inspirés par le merveilleux amour que l’Esprit dispense généreusement à travers toutes les contrées de la terre.

 

 


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Nous portons dans la prière nos envoyés au Laos.

Nous croyons au Dieu unique, source de toute vie sur terre
seul fondement et origine de toute la terre et de ses créatures.

Nous croyons à l’excellence de toute vie sur terre
à la valeur innée de tous les êtres
à la participation des humains à la vie de la nature.

Nous croyons que le Christ nous montre la tâche confiée à l’être humain :
être l’image de Dieu en oeuvrant avec la terre et en prenant soin d’elle
en cherchant à comprendre ses mystères et ses énergies
et en les utilisant de manière à contribuer au bien de tous ses enfants.

Nous croyons que l’Esprit de Dieu nous conduira
pour que nous trouvions un style de vie modeste, désintéressé, miséricordieux,
afin que les générations à venir héritent en paix de la terre
et qu’à leur tour, elles vivent en sorte que, avec l’aide de ses dons,
toutes les créatures aient part à la justice. Amen.

Communauté œcuménique de travail Église et environnement, Suisse




Quelle responsabilité face à la crise humanitaire ?

Méditation du jeudi 22 novembre 2018 : nous poursuivons notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Et nous prions pour notre envoyé à la Réunion.

Jacob apprit qu’il y avait du blé en Égypte ; il dit alors à ses fils : « Pourquoi restez-vous là à vous regarder les uns les autres ? J’ai entendu dire qu’il y a du blé en Égypte. Allez nous en acheter, afin que nous puissions survivre. Nous ne tenons pas à mourir. »

Alors les dix frères aînés de Joseph se rendirent en Égypte pour y acheter du blé. — Jacob n’avait pas laissé partir avec eux Benjamin, le jeune frère de Joseph ; il disait en effet : « J’ai peur qu’un malheur lui arrive. » —
Les fils de Jacob parvinrent en Égypte en même temps que d’autres acheteurs de blé, car la famine régnait dans le pays de Canaan.

Joseph était l’administrateur du pays ; c’est lui qui vendait du blé à tous les étrangers. Ses frères vinrent s’incliner devant lui, le visage contre terre. Dès qu’il les vit, il les reconnut, mais il ne se fit pas reconnaître d’eux. Il leur demanda avec dureté : « D’où venez- vous ? » — « Du pays de Canaan, répondirent-ils. Nous désirons acheter des vivres. »

Ainsi Joseph les reconnut, mais eux ne le reconnurent pas. Joseph se souvint alors des rêves qu’il avait faits à leur sujet. Il reprit : « Vous êtes des espions ! C’est pour repérer les points faibles du pays que vous êtes venus ici. » 

« Non, Monsieur l’Administrateur, répondirent-ils. Nous sommes simplement venus acheter des vivres. Nous sommes tous fils d’un même homme. Nous sommes des gens honnêtes, pas des espions. »

« Ce n’est pas vrai, rétorqua Joseph, vous êtes venus repérer les points faibles du pays. » — « Pas du tout, insistèrent-ils. Nous sommes fils d’un même père, et nous venons du pays de Canaan. Nous étions douze frères, mais le plus jeune est resté auprès de notre père, et un autre a disparu. »

« C’est bien ce que je vous disais, déclara Joseph, vous êtes des espions. Mais je vais vous mettre à l’épreuve : par la vie du Pharaon, je vous jure que vous ne quitterez pas ce pays avant que votre plus jeune frère soit venu ici. 

Envoyez l’un de vous le chercher, tandis que les autres resteront en prison. Je pourrai ainsi vérifier si vous m’avez dit la vérité. Si tel n’est pas le cas, par la vie du Pharaon, c’est que vous êtes vraiment des espions. »

Joseph les mit tous en prison pour trois jours. Le troisième jour il leur dit : « Voici ce que je vous propose de faire, et vous aurez la vie sauve, car je reconnais l’autorité de Dieu. Si vous êtes honnêtes, acceptez que l’un de vous reste dans la prison où vous vous trouvez. Quant aux autres, qu’ils aillent rapporter du blé à vos familles affamées. Ensuite vous me ramènerez votre plus jeune frère. J’aurai ainsi la preuve que vous avez dit la vérité, et vous éviterez la mort. »

Les frères acceptèrent cette proposition. Mais, entre eux, ils se disaient : « Ah ! nous sommes bien punis à cause de notre frère : nous avons vu son angoisse quand il nous implorait, et nous ne l’avons pas écouté. Maintenant nous connaissons la même angoisse. »

Et Ruben ajouta : « Je vous l’avais bien dit : « Ne commettez pas ce crime à l’égard de Joseph ». Mais vous n’avez pas voulu m’écouter. Eh bien, nous devons maintenant payer le prix de sa mort ! »

Les frères ne se doutaient pas que Joseph les comprenait, parce qu’il se servait d’un interprète pour parler avec eux. Joseph s’éloigna d’eux pour pleurer.

Lorsque Joseph revint, il leur annonça qu’il retenait Siméon et le fit enchaîner sous leurs yeux. Genèse 42,1-24

 


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D’envoyés par leur père pour sauver la famille de la famine les frères de Joseph vont se retrouver accusés d’espionnage et emprisonnés par leur frère dans les geôles de Pharaon.

Sommes-nous dans la cadre d’une vengeance, où Joseph ferait payer à ses frères les souffrances qu’ils lui ont infligées ? Mais alors pourquoi monter une fausse accusation ? Pourquoi ne pas simplement les châtier selon la mesure du talion ?

Mais le but de Joseph n’est ni la mort ni l’écrasement de ses frères, déjà pour la simple raison que cela punirait cruellement leur père Jacob et leur frère Benjamin. Et comment pourrait-il être le sauveur des égyptiens et des peuples voisins tout en devenant le bourreau de son propre peuple ?

Mais surtout Joseph n’agit pas pour lui-même ; il se place sous l’autorité de Dieu.

Alors il construit pour ses frères un chemin de rédemption, qui passe par la peur, la captivité (3 jours) puis le souvenir et la conscience du mal qu’ils ont jadis commis. Avant de pouvoir se faire reconnaître par ses frères qui le croient disparu, il faut absolument que Joseph leur impose le temps pour confesser leur faute et se repentir.

Tout cela l’oblige à cacher son nom et ses larmes.  IL ne peut céder à l’impatience d’une miséricorde qui perdrait de son sens si elle se manifestait avant l’heure.  Ainsi en va-t-il souvent de Dieu notre Père, dont le temps n’est pas notre temps, et qui connaissant notre cœur en accepte le rythme, afin de ne pas nous écraser sous le poids d’un amour que nous ne serions pas encore en mesure d’accueillir, sinon comme une simple grâce à bon marché.

En attendant, Joseph garde Siméon. Et Ruben, Lévi, Juda, Dan, Nephtali, Gad, Asher, Issakar, Zabulon repartent, emportant le blé nécessaire à tous ceux qui sont restés au pays.

 

 


Sabine Vergoz Thirel artiste peintre et auteur de la Réunion

 

Nous prions pour notre envoyé à la Réunion et pour toute l’Eglise de la Réunion avec cette prière de la Règle des diaconesses de Reuilly

Comment ta volonté, Seigneur Jésus,
Se fait- elle jour dans l’opacité de nos esprits ?
Comment peut-on dire : cette chose est bonne plutôt que celle-là ?

Éclaire-nous.
Mène-nous au point de lumière où s’illuminent les pas.

Parais au rivage des choses
Comme tu es apparu aux disciples après la nuit infructueuse.

Dis-nous la parole qui libère de l’errance et de l’incertitude.
Ne nous laisse pas trop longtemps au carrefour des possibles
Mais fais résonner à nos oreilles la voix qui dit : C’est ici le chemin ! Marchez-y !

Donne-nous alors le vouloir ferme et stable de mener à bien cette unique parole
Sans plus nous écarter d’elle telle une piste infime au milieu du désert.




Chacun de nous n’a-t-il pas plusieurs identités ?

Méditation du jeudi 15 novembre 2018 : nous poursuivons notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Et nous prions pour nos envoyés en Égypte.

Enfin Pharaon donna à Joseph le nom égyptien de Safnath-Panéa, et lui accorda comme femme Asnath, fille du prêtre Potiféra, de la ville d’On. Dès lors Joseph put se déplacer dans toute l’Égypte. Il avait trente ans lorsqu’il avait été amené devant le Pharaon, roi d’Égypte.

Joseph quitta le Pharaon et se mit à parcourir l’Égypte. Pendant les sept années d’abondance, la terre produisit des récoltes exceptionnelles. Joseph accumula des réserves de vivres en Égypte durant ces années-là. Il entreposait dans les villes les provisions récoltées dans les campagnes environnantes. Il emmagasina de très grandes quantités de blé. Il y en avait autant que de sable au bord de la mer, si bien qu’il devint impossible d’en tenir le compte.

Avant le début de la famine, Asnath, la femme de Joseph, mit au monde deux fils. Joseph appela l’aîné Manassé, et il déclara : «Dieu m’a permis d’oublier toutes mes souffrances et ma séparation d’avec les miens.» Il appela le cadet Éfraïm, et il expliqua : «Dieu m’a accordé des enfants dans ce pays où j’ai été si malheureux.»

En Égypte les sept années d’abondance prirent fin. Alors commencèrent les sept années de famine, comme Joseph l’avait annoncé. La famine s’étendit à tous les pays, mais en Égypte il y avait des réserves de vivres. Quand les Égyptiens commencèrent à souffrir de la faim, ils réclamèrent au Pharaon de quoi manger. Celui-ci répondit à l’ensemble de la population : « Adressez-vous à Joseph et faites ce qu’il vous dira. » La famine devint générale dans le pays. Joseph fit alors ouvrir les entrepôts et vendre du blé aux Égyptiens. Puis la famine s’aggrava encore en Égypte. On y venait aussi de tous les pays pour acheter du blé à Joseph, car la famine sévissait durement partout. Genèse 41,45-57

 


La stèle de la famine, découverte en 1889, est une inscription située sur l’île de Sehel sur le Nil près d’Assouan, qui parle d’une période de sept ans de famine durant le règne de Djéser (IIIe dynastie).

 

Aux yeux de Pharaon il semble que Joseph ne puisse administrer l’Egypte sans devenir égyptien. Et ceci se traduit par une intégration familiale et culturelle qui va jusqu’au changement de nom et au mariage avec une femme égyptienne.

Joseph devient Safnath-Panéa qui pourrait signifier en égyptien « soutien de la vie » ; il épouse Asnath, que l’on peut traduire « suivante de la déesse Neith » dont le père est le prêtre Potiféra, de la ville d’On – Héliopolis.

Est-ce à dire que Joseph, en se pliant à la volonté de Pharaon, est en voie d’assimilation et de renoncement à son identité profonde ? Ou simplement qu’il comprend son égyptianisation comme un moyen nécessaire à sa mission d’administrateur du pays d’Egypte. Il aura à faire au peuple, ne doit-il pas s’identifier à lui ostensiblement ? Cette question se pose de manière récurrente dans l’histoire des sociétés, et de manière spécifique quand il s’agit pour des personnes immigrées d’exercer de hautes fonctions. 

Pourtant Joseph reste lui-même. Il ne perd pas son nom et il donne à ses deux fils des noms hébraïques : Manassé, dont la racine hébraïque signifie oublier, et Ephraïm, fructifier. Comme s’il avait besoin d’un effacement de son passé et du passage à une nouvelle identité pour accomplir sa mission salvatrice. Mais c’est bien à son Dieu et dans sa propre langue qu’il rend grâce pour cet oubli nécessaire et cette fécondité nouvelle.

Cela va lui donner une grande force. Il engrangera, pendant les 7 années d’abondance, non seulement un cinquième des récoltes, mais autant de blé que les grains du sable de la mer. Alors il pourra, lors des 7 années de sécheresse, gérer la pénurie et sauver les égyptiens, ainsi que les peuples alentours, en leur vendant le nécessaire.

 

 


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Prions pour nos envoyés en Égypte

Seigneur, donne-moi de prendre ma part
D’habiter l’identité que tu me donnes
D’exploiter les charismes de ton regard
Déploie en moi d’être présent là où tu me places
Seigneur donne-moi d’être ce que tu espères de moi.

Seigneur donne-moi de prendre toute ma part
De ne pas me réfugier derrière mon sentiment d’insuffisance
De ne pas brandir ma petitesse pour me dérober à mes devoirs
Seigneur donne-moi d’oser ce que tu attends de moi.

Seigneur donne-moi de prendre seulement ma part
De ne pas présumer de mes forces
De ne pas ombrager l’espace dont les autres ont besoin pour grandir
De m’ouvrir à l’altérité dans le respect de mes limites
Seigneur donne-moi de naître à ce que je suis par toi.

Marion Müller-Collard




L’union fait la force !

Méditation du jeudi 8 novembre 2018. Suite de notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Nous prions pour nos envoyés en Tunisie.

Joseph dit au Pharaon : « Tes deux rêves ont le même sens. Dieu t’avertit ainsi de ce qu’il va faire. Les sept belles vaches et les sept beaux épis représentent sept années. C’est donc un seul rêve. Les sept autres vaches, chétives et affreuses, et les sept épis rabougris, desséchés par le vent, représentent aussi sept années, mais des années de famine.

C’est bien ce que je te disais : Dieu t’a montré ce qu’il va faire. Ces sept prochaines années seront des années de grande abondance dans toute l’Égypte. Ensuite, il y aura sept années de famine, qui feront perdre tout souvenir de l’abondance précédente. La famine épuisera le pays. Elle sera si grave qu’on ne saura plus ce qu’est l’abondance. Ton rêve s’est répété sous deux formes semblables, pour montrer que la décision de Dieu est définitive et qu’il ne va pas tarder à l’exécuter.

Alors, que le Pharaon cherche un homme intelligent et sage, et lui donne autorité sur l’Égypte. Nomme aussi des commissaires chargés de prélever un cinquième des récoltes du pays pendant les sept années d’abondance. Qu’ils accumulent des vivres pendant les bonnes années qui viennent, qu’ils emmagasinent sous ton contrôle du blé dans les villes, pour en faire des réserves. L’Égypte aura ainsi un stock de vivres pour les sept années de famine, et le pays échappera au désastre. »

La proposition de Joseph parut judicieuse au Pharaon et aux gens de son entourage ; le Pharaon leur dit : « Cet homme est rempli de l’Esprit de Dieu. Pourrions-nous trouver quelqu’un de plus compétent que lui ? »

Puis il dit à Joseph : « Puisque Dieu t’a révélé tout cela, personne ne peut être aussi intelligent et sage que toi. Tu seras donc l’administrateur de mon royaume, et tout mon peuple se soumettra à tes ordres. Seul mon titre de roi me rendra supérieur à toi. Je te donne maintenant autorité sur toute l’Égypte. »

Le Pharaon retira de son doigt l’anneau royal et le passa au doigt de Joseph ; il le fit habiller de fins vêtements de lin et lui passa un collier d’or autour du cou. Il le fit monter sur le char réservé à son plus proche collaborateur, et les coureurs qui le précédaient criaient : « Laissez passer ! » C’est ainsi que le Pharaon lui donna autorité sur toute l’Égypte. Genèse 41, 25-43

 


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Comment se fait-il que les fameux rêves de Pharaon, roi d’Égypte, ne puissent être interprétés par personne, ni les mages ni les savants ? Pourtant le décryptage semble simple ; il ne requiert pas une grande science des symboles. Que l’on soit dans le monde animal, avec les vaches, ou le monde végétal, avec les épis, les figures d’abondance sont dévorées par les figures de pénurie.

Est-ce la peur d’annoncer de mauvaises nouvelles qui clôt l’imagination des uns et des autres ? On sait que cela porte souvent malheur, quand on vit sous un régime tyrannique.

Il faudra que l’échanson se souvienne du talentueux Joseph pour que celui-ci dise ce qu’il en est. Dieu a simplement donné à voir à Pharaon ce qui allait se passer dans les années à venir en matière de climat. D’abord de très bonnes conditions météorologiques pendant 7 années, générant de bonnes récoltes et du bien-être pour tous, puis de mauvaises conditions météorologiques pendant 7 ans avec la disette et la famine.
Mais la sagesse de Joseph ne s’arrête pas là. A quoi servirait la prévision si elle n’inspirait une prévention ? On considère parfois Joseph comme le fondateur de l’économie moderne. Il suggère de lutter contre la fatalité en organisant le stockage des denrées pendant les années d’abondance afin de pouvoir les revendre lors des années de disette.

Mais à quoi servirait le bon conseil s’il tombait dans l’oreille d’un sourd ?

Le miracle, c’est que Pharaon ne prenne pas ombrage du génie de Joseph, mais qu’au contraire il reconnaisse en lui l’action de l’Esprit de Dieu ; alors il décide de lui accorder les pleins pouvoirs pour mener à bien son programme.

 

 


Zoubeir Turki 1924-2009 peintre tunisien

 

Nous prions pour nos envoyés en Tunisie avec cette prière de la pastorale régionale 2015 en Nord-Normandie

Notre Père, nous te rendons grâce pour la Vie que Tu nous donnes en partage.
Tu es l’unique Créateur qui laisses à chacun, à chaque peuple, une place sur cette terre. Nous te rendons grâce de pouvoir être avec Toi, jardinier de ta création.

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Par le Christ, reconnu jardinier au matin de la résurrection, par ta bouche, tu appelles l’humanité à veiller sur la terre, les cieux, les mers, à cultiver et à nous cultiver. Rassemble-nous pour devenir des jardiniers de la création.

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Tu veux pour chacun et pour chaque peuple une Vie réconciliée et liée à ta Parole créatrice. Sois avec ceux qui ont perdu le goût d’un vivre ensemble et pour qui la vie connaît trop de déchirures.

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Par ta Parole de Vie, Esprit-Saint, tu fais germer en nous les graines d’amour, de paix et de justice. Arrose chaque graine et fais-nous grandir dans cette justice, bâtisseurs, créateurs. Donne-nous le souffle de ton inspiration, pour être créatifs, tournés vers Toi, et ouvrir les portes à tous les hommes et les femmes dispersés sur cette terre

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Nous te prions pour les responsables politiques et ceux qui gouvernent les pays. Que leurs décisions s’unissent sans cesse à une volonté de chercher la vie pour les générations futures.

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Nous dans la ville…
Nous dans la campagne…
Nous au bord de la mer…
Nous dans les montagnes
Dans tous les pays où nous vivons…

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.




Que signifie interpréter les rêves ?

Méditation du jeudi 1er novembre 2018 : poursuite de notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Nous prions pour nos envoyés au Togo.

Le temps passa. Un jour deux hauts fonctionnaires du roi d’Égypte commirent une faute contre lui. C’étaient le chef des échansons, responsable des boissons du roi, et le chef des boulangers. Le Pharaon se mit en colère et les fit enfermer dans la forteresse, la prison du chef de la garde royale, là même où Joseph était détenu. Le chef de la garde les confia aux soins de Joseph, et ils furent maintenus quelque temps en prison.

Une nuit, l’échanson et le boulanger du roi d’Égypte firent tous deux un rêve dans leur prison. Chacun de ces rêves avait son propre sens. Le matin, quand Joseph vint les voir, il les trouva d’humeur sombre. Il leur demanda : « Pourquoi avez-vous l’air si triste aujourd’hui ? » — « Chacun de nous a fait un rêve, répondirent-ils, et il n’y a personne ici pour nous en donner l’explication. » — « Dieu peut vous la donner, déclara Joseph. Racontez-moi donc ce que vous avez rêvé. »

Le chef des échansons raconta son rêve : « Dans mon rêve, dit-il, il y avait un plant de vigne devant moi. Ce plant portait trois rameaux. Dès qu’il eut bourgeonné, il se couvrit de fleurs, puis de grappes mûres. J’avais en main la coupe du Pharaon. Je cueillis alors des raisins, j’en pressai le jus dans la coupe et je la lui tendis. »

Joseph lui dit : « Voici ce que signifie ton rêve : Les trois rameaux représentent trois jours. Dans trois jours, le Pharaon t’offrira une haute situation : il te rétablira dans tes fonctions. Tu pourras de nouveau lui tendre la coupe, comme tu le faisais précédemment. Essaie de ne pas m’oublier, quand tout ira bien pour toi ; sois assez bon pour parler de moi au Pharaon et me faire sortir de cette prison. J’ai été amené de force du pays des Hébreux, et ici je n’ai rien fait qui mérite la prison. »

Lorsque le chef des boulangers vit que Joseph avait donné une interprétation favorable du rêve, il lui dit : « Moi aussi j’ai fait un rêve. Dans ce rêve, je portais sur la tête trois corbeilles de gâteaux.

La corbeille supérieure était pleine des pâtisseries préférées du Pharaon, mais des oiseaux venaient les picorer dans la corbeille, sur ma tête. »

Joseph lui dit : « Voici ce que signifie ton rêve : Les trois corbeilles représentent trois jours. Dans trois jours le Pharaon t’offrira une haute situation, plus haute que tu ne voudrais : on te pendra à un arbre, et les oiseaux viendront picorer ta chair. »

Trois jours après, le Pharaon fêtait son anniversaire ; il offrit un banquet à tous les gens de son entourage. En leur présence, il offrit de hautes situations au chef des échansons et au chef des boulangers : Il rétablit le premier dans ses fonctions, pour qu’il lui tende de nouveau la coupe, mais il fit pendre le second. Ainsi s’accomplit ce que Joseph avait annoncé. Pourtant le chef des échansons oublia tout à fait Joseph. Genèse 40,1-23

 


Joseph interprète le rêve de l’échanson et du boulanger

 

Nous avons appris en Canaan que Joseph était un rêveur, nous allons le rencontrer maintenant interprète des songes en Egypte. Nous l’avons vu endosser un rôle important dans la maison de Potifar, nous le voyons désormais prisonnier des geôles de Pharaon.

La hiérarchie sociale qui règne dans la société se retrouve en prison : Joseph est mis au service de deux prisonniers de marque qui ont déplu à Pharaon : le boulanger et l’échanson, le maître du pain et le maître du vin. Aujourd’hui encore, on peut retrouver dans les prisons cette relation d’assujettissement entre des prisonniers influents qui font la loi et d’autres qui ont besoin de protection ou d’argent.

Mais pourquoi l’échanson et le boulanger sont-ils incarcérés ? Rien n’est dit de la faute qu’ils ont commise contre Pharaon. Est-ce une faute commune ? La sanction finale semble l’exclure, puisque l’un est rétabli dans sa fonction et l’autre exécuté. Est-ce une faute liée à leurs offices respectifs ? Leurs songes peuvent le suggérer, puisque l’échanson rêve de vigne et de jus de raisin et le panetier de pâtisseries. Cependant le rêve du premier est florissant et flatte Pharaon, celui du second est plus énigmatique, s’arrêtant sur les oiseaux venant picorer les gâteaux dans les corbeilles qu’il porte sur la tête.

Comment Joseph interprète-t-il les rêves qu’on lui soumet ? Ces rêves sont -ils des prémonitions ? Les interprétations de Joseph semblent le confirmer, puisqu’à partir d’éléments oniriques, il va annoncer l’avenir, et les choses se passeront selon ses prédictions. Or Joseph se réfère à l’interprétation de Dieu lui-même.

Il y aurait donc une fatalité inexorable, heureuse pour les uns et malheureuse pour les autres, et personne ne plaiderait en faveur de ces derniers ! Qu’a donc fait le pauvre boulanger pour mériter ce sort ?

Ou le talent de Joseph servirait-il plutôt à annoncer les excès du pouvoir pharaonique, qui, de manière totalement arbitraire décide, sans avoir de compte à rendre à personne, qui parmi ses sujets doit vivre et qui doit mourir ?

Et nous, quels sont nos rêves ? Que nous disent-ils de nos désirs, de nos peurs, et de la marche du monde ? Et qui peut les interpréter ?

 

 


Les danseurs d’Emmanuel Kavi, peintre togolais

 

Nous prions pour nos envoyés au Togo et nous découvrons ce poème de Max Dotsé AMEGEE, poète togolais, avocat au barreau de Paris.

Au bout de moi-même

Au bout de mon rêve ma terre féconde parle et jubile

La vague au pied de mon zénith vient me rendre ces bateaux gavés
Comme une illusion qui attise le feu de ma blessure traumatique.

La vague la même vague me parle du voyage
comme le silence froid de mes ancêtres
de leurs terres sacrées horizontalement bradées,
de leur courroux de leurs cris déconnectés
et de leur lune ma souche calcinée

Le fleuve mon miroir sèche et mon champ mon seul espoir s’inonde d’images sans pirogue
comme une immense injustice sans recours

Emmenez-moi loin de ces maux
aux abords de ces mots qui résonnent comme le tam-tam
Appel du matin qui cogne ma vigueur endormie

Que se lèvent ô que dis-je
Que s’élèvent tous ces vers si purs par-ci par-là
D’un soleil si amical par-ci par-là
L’astre qui sait tendre la main par-ci par-là
Fils de la nature qui sait prendre une main par-ci par-là
La main rien qu’une main fraternelle
La main qui tombe la main qui mord la poussière

Et qu’enfin se forme le poing de l’humanité
Qui respire la dignité pour cette même Afrique !

Emmenez-moi vivre dans ses lignes
Emmenez-moi boire à la source de sa propre lumière
Où la voix du feu s’entend
Où s’entend la voix de l’eau
La sève d’une insolente espérance

Emmenez-moi ivre de cette source jusqu’au bout de moi-même.




Du harcèlement sexuel et de la calomnie !

Méditation du jeudi 25 octobre 2018 : poursuite de notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Nous prions pour nos envoyés au Burkina-Faso.

Les Ismaélites qui avaient emmené Joseph en Égypte le vendirent à un Égyptien nommé Potifar. Ce Potifar était l’homme de confiance du Pharaon et le chef de la garde royale.

Le Seigneur était avec Joseph, si bien que tout lui réussissait. Joseph vint habiter la maison même de son maître égyptien. Celui-ci se rendit compte que le Seigneur était avec Joseph et faisait réussir tout ce qu’il entreprenait. Potifar fut si content de lui qu’il le prit à son service particulier ; il lui confia l’administration de sa maison et de tous ses biens. Dès lors, à cause de Joseph, le Seigneur fit prospérer les affaires de l’Égyptien ; cette prospérité s’étendit à tous ses biens, dans sa maison comme dans ses champs. C’est pourquoi Potifar remit tout ce qu’il possédait aux soins de Joseph et ne s’occupa plus de rien, excepté de sa propre nourriture.

Joseph était un jeune homme beau et charmant. Au bout de quelque temps, la femme de son maître le remarqua et lui dit : « Viens au lit avec moi ! » — « Jamais, répondit Joseph. Mon maître m’a remis l’administration de tous ses biens, il me fait confiance et ne s’occupe de rien dans sa maison. Dans la maison, il n’a pas plus d’autorité que moi. Il ne m’interdit rien, sauf toi, parce que tu es sa femme. Alors comment pourrais-je commettre un acte aussi abominable et pécher contre Dieu lui-même ? » Elle continuait quand même à lui faire tous les jours des avances, mais il n’accepta jamais de lui céder.

Un jour Joseph entra dans la maison pour son travail ; les domestiques étaient absents. La femme de Potifar le saisit par sa tunique en lui disant : « Viens donc au lit avec moi ! » Mais Joseph lui laissa sa tunique entre les mains et s’enfuit de la maison. Lorsque la femme se rendit compte qu’il était parti en lui laissant sa tunique entre les mains, elle cria pour appeler ses domestiques : « Venez voir : Cet Hébreu que mon mari nous a amené a voulu se jouer de nous ! Il est venu ici pour abuser de moi, mais j’ai poussé un grand cri. Dès qu’il m’a entendue crier et appeler, il s’est enfui de la maison, en abandonnant sa tunique à côté de moi. »

Elle garda la tunique de Joseph près d’elle jusqu’au retour de son mari. Elle lui raconta la même histoire : « L’esclave hébreu que tu nous as amené s’est approché de moi pour me déshonorer. 18 Mais dès que j’ai crié et appelé, il s’est enfui en abandonnant sa tunique à côté de moi. » Lorsque le maître entendit sa femme lui raconter comment Joseph s’était conduit avec elle, il se mit en colère. Il fit arrêter et enfermer Joseph dans la forteresse, où étaient détenus les prisonniers du roi.

Joseph se retrouva donc en prison. Pourtant, là aussi, le Seigneur fut avec lui e et lui montra sa bonté en lui obtenant la faveur du commandant de la forteresse. Celui-ci confia à Joseph la responsabilité de tous les autres prisonniers. C’était lui qui devait diriger tous les travaux effectués par les détenus. Le commandant ne s’occupait plus de ce qu’il lui avait confié, parce que le Seigneur était avec Joseph et faisait réussir tout ce qu’il entreprenait.   Genèse 39,1-23

 


Joseph et la femme de Potifar Lionello Spada 1576-1622

 

Fort est le contraste entre le malheur qui a frappé Joseph et sa nouvelle situation chez Potifar, présentée comme idyllique. Dieu le protège, ce qui lui apporte le succès et la confiance de son maître, qui lui accorde une autorité incontestable sur toute ses propriétés. Ce rapport de maître à intendant préfigure celui que Joseph aura avec Pharaon, et il pose une problématique que l’on retrouvera souvent dans l’histoire des royaumes et des états : jusqu’où va le pouvoir de celui qui représente le maître ?

Celui de Joseph est à la fois réel et illusoire. Car tout lui est permis sauf de se défendre le jour où il sera calomnié.

Que s’est-il passé ? Potifar a une épouse, qu’il ne satisfait pas ; certains commentateurs ont même suggéré qu’il était eunuque. Toujours est-il que son épouse est saisie d’un vif désir pour le très beau Joseph et commence à le harceler.

Le refus de Joseph de consommer l’adultère s’appuie sur des arguments éthiques et spirituels : il ne peut trahir la confiance de son maître et prendre l’unique « bien » qui lui soit interdit, sa femme.

Voici maintenant que celle-ci joint le geste à la parole en voulant prendre Joseph de force. Elle le saisit par son vêtement. Il répond par la fuite.

Plus que la tentation de l’adultère, le crime de l’épouse de Potifar réside dans la fausse accusation qu’elle lance sur Joseph, en se servant du morceau de vêtement resté entre ses mains pour l’accuser de tentative de viol.

Face à cette calomnie Joseph est forcément perdant. Dans sa colère son maître ne lui laisse aucune chance de plaider sa cause. Mais que se serait-il passé s’il avait demandé à Joseph de s’expliquer ? Dans sa loyauté, Joseph aurait-il pu dire la vérité et accuser la femme de son maître, lui faisant perdre la face ?  C’est difficilement pensable, et s’il l’avait fait, cette vérité lui aurait peut-être coûté encore plus cher qu’une fausse accusation.

Ainsi il existe de nombreux cas où des femmes victimes de violence sexuelle sont réduites au silence sous peine de subir des représailles doublement affligeantes de la part de leur agresseur, surtout s’il est dans une position sociale plus élevée, ou encore de la société quand elle se montre incapable de faire face à de telles réalités.

Joseph va donc se retrouver en prison. Mais Dieu, qui voit tout, continuera de le protéger.

 

 


Taxi-brousse Christophe Sawadogo artiste burkinabais

 

Nous prions pour nos envoyés au Burkina-Faso.

Je te prie, Jésus, mon compagnon de voyage en humanité.
Tu es celui qui m’accompagne sur les chemins chaotiques de ma vie.
Aux jours heureux, pardonne-moi de te donner une place aux repas des retrouvailles.
Pardonne-moi de te laisser dans un coin quand mes amis réchauffent mon cœur.
Excuse-moi de te mettre à part de ceux qui comptent tellement pour moi.
Aux jours douloureux, tu es pourtant Celui qui refus ma solitude.
Tu rêves ma vie quand l’espoir s’enfuit.
Tu me relèves quand tout en moi fléchit.
Tu es mon compagnon de voyage en humanité.
Merci de ta présence, merci pour ton pain, merci pour ta main tendue.
Merci pour ce souffle au rythme de mes pas.
Par toi la source de l’Eternel ranime ma vie :
« Tu as délié mon sac et tu m’as ceint de joie, afin que mon cœur te chante et ne soit pas muet.
Mon Dieu je te louerai toujours » PS 30

Hervé Stucker




Qu’avez-vous fait de votre frère ?

Méditation du jeudi 18 octobre 2018. Nous poursuivons notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Et nous prions pour notre envoyé au Timor oriental.

Les frères de Joseph se rendirent dans la région de Sichem, pour y faire paître les moutons et les chèvres de leur père.

Un jour Jacob dit à Joseph : « Tes frères gardent le troupeau près de Sichem. Va les trouver de ma part. » — « Oui, père », répondit Joseph.

Jacob reprit : « Va voir s’ils vont bien, ainsi que le troupeau. Puis tu m’en rapporteras des nouvelles. Jacob l’envoya donc depuis la vallée d’Hébron.

Quand Joseph arriva près de Sichem, un homme le rencontra tandis qu’il errait dans la campagne ; il l’interrogea : « Que cherches-tu ? » — « Je cherche mes frères, répondit Joseph ; peux-tu me dire où ils sont avec leur troupeau ? » L’homme déclara : « Ils sont partis d’ici. Je les ai entendus dire qu’ils allaient du côté de Dotan. » Joseph partit à la recherche de ses frères et les trouva à Dotan.

Ceux-ci le virent de loin. Avant qu’il les ait rejoints, ils complotèrent de le faire mourir, se disant les uns aux autres : « Hé ! voici l’homme aux rêves ! Profitons-en pour le tuer. Nous jetterons son cadavre dans une citerne et nous dirons qu’une bête féroce l’a dévoré. On verra bien alors si ses rêves se réalisent. »

Ruben les entendit et décida de sauver Joseph. « Ne le tuons pas ! » dit-il.

Puis il ajouta : « Ne commettez pas un meurtre ; jetez-le simplement dans cette citerne du désert, mais ne le tuez pas. » Il leur parlait ainsi afin de pouvoir le sauver et le ramener à son père.

Dès que Joseph arriva près de ses frères, ils se saisirent de lui, le dépouillèrent de sa belle tunique et le jetèrent dans la citerne. — Cette citerne était à sec, complètement vide. —Puis ils s’assirent pour manger.
Ils virent passer une caravane d’Ismaélites, qui venaient du pays de Galaad et se dirigeaient vers l’Égypte. Leurs chameaux transportaient diverses résines odoriférantes : gomme adragante, baume et ladanum.
Juda dit à ses frères : « Quel intérêt avons-nous à tuer notre frère et à cacher sa mort ? Vendons-le plutôt à ces Ismaélites, mais ne touchons pas à sa vie. Malgré tout, il est de notre famille, il est notre frère. » Ils donnèrent leur accord.

Mais des marchands madianites, qui passaient par là, tirèrent Joseph de la citerne. Ils le vendirent pour vingt pièces d’argent aux Ismaélites, qui l’emmenèrent en Égypte.

Lorsque Ruben alla regarder dans la citerne, Joseph n’y était plus. Ruben, désespéré, déchira ses vêtements, revint vers ses frères et s’écria : « Joseph n’est plus là ! Que vais-je faire maintenant ? »

Les frères égorgèrent un bouc, prirent la tunique de Joseph et la trempèrent dans le sang. Ensuite ils l’envoyèrent à leur père avec ce message : « Nous avons trouvé ceci. Examine donc si ce n’est pas la tunique de ton fils. »

Jacob la reconnut et s’écria : « C’est bien la tunique de mon fils ! Une bête féroce a déchiqueté Joseph et l’a dévoré. » Alors il déchira ses vêtements, prit la tenue de deuil et pleura son fils pendant longtemps. Tous ses enfants tentèrent de le réconforter, mais il refusa de se laisser consoler ; il disait : « Je serai encore en deuil quand je rejoindrai mon fils dans le monde des morts. » Et il continua de le pleurer.  Genèse 37, 12-35

 


Source : Pixabay

 

Jacob a vécu la violence des relations fraternelles avec son frère Esaü. Malgré cela, c’est avec une relative inconscience qu’il envoie Joseph, seul, vers ses frères dont il connait pourtant la jalousie. Peut-être désire-t-il, en le mettant dans ce rôle de « demandeur de nouvelles », l’éduquer à la modestie, et apaiser ses autres fils ! Si tel est le cas, il paiera cher son initiative.

Mais comment aurait-il pu imaginer ses fils prêts à tuer l’un d’entre eux ? Malgré ce que nous savons de l’histoire et de la nature humaine, il semble que nous ne parvenions que rarement à anticiper le déchaînement de la violence. Et ce qui est vrai de la famille de Jacob l’est aussi au niveau des peuples et des pays. Qu’il s’agisse dans un proche passé du Rwanda, de l’ex-Yougoslavie, ou de l’Irak et la Syrie d’aujourd’hui, comment imaginer que d’anciens voisins vont s’entretuer !

Les frères de Joseph en sont au stade où ils ne peuvent plus voir Joseph sans désirer le supprimer. Son existence même est comme une insulte à ce qu’ils sont et ne sont pas. Alors il devient le bouc émissaire, dont l’exécution sert à satisfaire leur soif de violence.

Contre cet instinct vont pourtant lutter, chacun à sa manière, Ruben et Juda. Ils ne parviendront pas à rétablir complètement la situation, mais du moins le sang humain aura été remplacé par le sang d’un bouc, ce qui peut rappeler le bélier qui fut sacrifié à la place d’Isaac sur le Mont Moriah.

Mais Joseph, vendu comme esclave en Egypte, aura disparu de la vue de son père, qui pleure toutes les larmes de son corps et refuse de se laisser consoler. Cette « inconsolation » n’est-t-elle pas celle de Dieu lui-même, devant les maux que ses enfants s’infligent les uns aux autres sur cette terre ?

 

 


Source : Pixabay

 

Nous prions pour notre envoyé au Timor oriental

Mon Dieu, je viens vers toi
Le cœur habité de tous ces enfants livrés à eux-mêmes
Dans les rues des cités
Dans les bidonvilles
Dans les camps de réfugiés.
Ils ne connaissent ni paix ni avenir
Ni amour ni sécurité.
Ils sont victimes de la folie des hommes
Génération sacrifiée.

Mon Dieu je viens vers toi
Le cœur habité de tous ces jeunes
Qui se cherchent
Qui te cherchent sans le savoir.
Ils sont là dans les rues à crier leur désarroi
Ils n’osent plus croire en l’avenir.

Seigneur tu as pris les petits dans tes bras
Et de tes mains tu les as bénis.
Tu as regardé le jeune homme riche
Avec compassion avec amour.
Toi le Dieu de la vie
Tu as une espérance pour chacun d’eux.
Rends-nous attentifs à ta voix, à ta volonté
Et fais de nous aujourd’hui des témoins d’espérance et de vie
Pour tous ceux qui croiseront notre chemin.

Sœur Danielle




Quand germe la haine entre frères !

Méditation du jeudi 11 octobre 2018 : pour une lecture interculturelle de la Bible. Nous prions pour nos envoyés en Égypte.

Jacob s’installa au pays de Canaan, dans la région où son père avait séjourné.

Voici l’histoire des fils de Jacob.

Joseph était un adolescent de dix-sept ans. Il gardait les moutons et les chèvres en compagnie de ses frères, les fils de Bila et de Zilpa, femmes de son père. Il rapportait à son père le mal qu’on disait d’eux.

Jacob aimait Joseph plus que ses autres fils, car il l’avait eu dans sa vieillesse. Il lui avait donné une tunique de luxe.

Les frères de Joseph virent que leur père le préférait à eux tous. Ils en vinrent à le détester tellement qu’ils ne pouvaient plus lui parler sans hostilité.

Une fois, Joseph fit un rêve. Il le raconta à ses frères, qui le détestèrent encore davantage. «Écoutez mon rêve, leur avait-il dit : Nous étions tous à la moisson, en train de lier des gerbes de blé. Soudain ma gerbe se dressa et resta debout ; toutes vos gerbes vinrent alors l’entourer et s’incliner devant elle. »

« Est-ce que tu prétendrais devenir notre roi et dominer sur nous ? » lui demandèrent ses frères. Ils le détestèrent davantage, à cause de ses rêves et des récits qu’il en faisait.

Joseph fit un autre rêve et le raconta également à ses frères. « J’ai de nouveau rêvé, dit-il : Le soleil, la lune et onze étoiles venaient s’incliner devant moi. »

Il raconta aussi ce rêve à son père.

Celui-ci le réprimanda en lui disant : « Qu’as-tu rêvé là ? Devrons-nous, tes frères, ta mère et moi-même, venir nous incliner jusqu’à terre devant toi ? »

Ses frères étaient jaloux de lui, mais son père repensait souvent à ces rêves. Genèse 37,1-11

 


Les rêves de Joseph © Shoshannah Brombacher

 

Non seulement Jacob préfère son fils Joseph à ses autres fils mais il extériorise dangereusement cette préférence, notamment par l’habit remarquable dont il le revêt. Alors la haine qui s’empare de ses frères nous rappelle la scène primitive de Caïn et Abel, comme si la rivalité avec le frère demeurait, depuis l’origine, le défi fondamental que l’être humain doit affronter. Cela reste-t-il vrai quand il ne s’agit plus d’une fraternité de sang, mais d’une fraternité religieuse ou associative ?

Joseph en rajoute en racontant à ses frères un rêve étrange qui ne peut que les provoquer. Alors qu’ils sont tous bergers les voici en train de moissonner ensemble, et les gerbes des frères s’inclinent devant celle de Joseph. Est-ce un songe prémonitoire annonçant le rôle du futur ministre de Pharaon en Égypte ? Ou une allégorie de sa domination ?

Au lieu de s’interroger vraiment, et avec Joseph, sur les significations possibles de son rêve, ses frères vont tout de suite le comprendre dans le sens qui attise leur haine.

Alors Joseph renchérit par un second rêve, où sa toute-puissance s’exprime ostensiblement cette fois. Car ce sont les forces cosmiques qui s’inclinent devant lui. Et il en fait part non seulement à ses frères mais également à son père Jacob, qui semble s’indigner et en garde mémoire.

Quel est le rôle des parents, des éducateurs, dans les relations au sein des fratries ? Quelle conscience ont-ils des germes de jalousie et de violence ? Est-il possible de faire de la prévention sur les questions de rivalité, de place dans la famille, d’aspiration à la justice et à l’égalité ?  Si la famille est une micro-société, ces questions ont forcément une répercussion sur l’ensemble du corps social.

 

 


Source : Pixabay

 

Nous prions pour nos envoyés en Égypte avec cette « prière de l’éducateur ».

Seigneur ils vont leur chemin
Ces garçons et ces filles
Comme tes disciples vers Emmaüs.
Tu les as mis sur leur route.
Donne-moi de les rejoindre
Comme tu m’as rejoint dans mon histoire
Respectant les méandres, les déviances de ma vie.
Apprends-moi, Seigneur, non seulement à les voir
Mais à les regarder :
Ces visages chiffonnés, lisses
Ou ceux dont le sourire dit le cœur
Ces yeux vides, fuyants
Ou ce regard pétillant d’étoiles.

Apprends-moi, Seigneur, à rejoindre ton désir pour eux
En embrassant toute l’étendue de leurs propres désirs.
A ne pas me figer sur ce qu’ils sont
Mais à ma fixer sur ce qu’ils ne sont pas encore.
Comme toi avec tes deux disciples
Donne-moi de les aider
A apprendre que l’essentiel est de goûter les choses intérieurement.
Apprends-moi, envers eux,
L’infinie patience que tu nous portes déjà.
Que je sache leur dire, comme toi si souvent :
« Lève-toi et marche ! »
Que je puisse les inviter à incliner leur cœur
Vers cet Autre qui les habite déjà !




La naissance compliquée d’un enfant désiré

Méditation du jeudi 5 octobre 2018 : nous poursuivons notre cycle pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Et nous prions pour notre envoyé à Djibouti et sa famille.

Alors Dieu pensa à Rachel. Il entendit son souhait et la rendit féconde. Elle devint enceinte et mit au monde un fils. Elle déclara : « Dieu a enlevé le déshonneur qui pesait sur moi ! » Elle appela son fils Joseph, en exprimant ce souhait : « Que le Seigneur me donne encore un fils !»

Après la naissance de Joseph, Jacob dit à Laban : « Laisse-moi retourner chez moi, dans mon pays. Permets-moi d’emmener mes femmes et mes enfants ; c’est pour elles que j’ai travaillé à ton service, et tu sais bien tout le travail que j’ai fait chez toi. »

Laban lui répondit : « Écoute-moi, s’il te plaît. Mes dieux m’ont révélé que le Seigneur m’a béni à cause de toi. Dis-moi le salaire que tu désires, et je te le paierai. »

Jacob lui dit : « Tu sais comment je t’ai servi et ce qu’est devenu ton bétail grâce à moi. Le peu que tu possédais avant mon arrivée s’est considérablement développé. Le Seigneur t’a béni depuis que je suis entré chez toi. Ne serait-il pas temps que je puisse travailler aussi pour ma propre famille ? »

« Que dois-je te payer ? » reprit Laban.

Jacob répondit : « Tu n’auras rien à me payer. Si tu m’accordes ce que je vais te proposer, je suis prêt à soigner et à garder ton bétail comme avant. Je vais passer en revue aujourd’hui tout ton troupeau et je mettrai à part tout mouton qui a des taches de couleur, petites ou grandes, tout mouton à la toison foncée et toute chèvre qui a des taches, petites ou grandes : ce sera mon salaire. Plus tard tu pourras t’assurer de mon honnêteté en venant contrôler mon salaire. Toutes les chèvres qui n’auront pas de taches, petites ou grandes, et tous les moutons qui n’auront pas la toison foncée seront des bêtes volées. »

« D’accord, répondit Laban. J’accepte ta proposition. »

Ce jour même, Laban mit à part les boucs qui avaient des rayures ou des taches, les chèvres qui avaient des taches petites ou grandes, et les moutons dont la toison était foncée ou mêlée de blanc. Il confia ce troupeau à ses fils et les envoya à trois jours de marche de là, à bonne distance de Jacob.

Quant à Jacob, il s’occupa du reste du troupeau de Laban. Genèse 30, 22-36

 


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Être un enfant désiré est certes mieux que le contraire. Toutefois il n’est pas toujours facile de se hisser à la mesure d’un désir aiguisé par le délai de sa réalisation.

Quand Dieu se souvient de Rachel et ouvre sa matrice, sa première réaction n’est pas de simple joie maternelle mais d’amour-propre : « Dieu a enlevé le déshonneur qui pesait sur moi !

Et elle donne ce terme « enlever » comme prénom « Joseph » à son fils (asaph = enlever en hébreu). Or ce verbe peut également se comprendre dans l’autre sens : ajouter ! Et Rachel, avec son bébé dans les bras, formule un vœu : « Que Dieu m’ajoute un autre fils ! » 

Terribles paroles, comme si cet enfant qui vient de naître ne pouvait suffire, dans le temps présent, à combler sa mère !  Il lave son humiliation, mais exacerbe son désir au lieu de l’assouvir. Elle se projette déjà dans une nouvelle naissance, mais celle-ci la tuera.

Chez Jacob la naissance de Joseph provoque aussi quelque chose d’inattendu. De but en blanc il décide de se séparer de Laban son beau-père pour s’en retourner vers son propre pays. Comme la venue de cet enfant, provoquée par le souvenir de Dieu, éveillait en Jacob le souvenir qu’il a une autre mission que de rester à Haran, cette terre de l’entre-deux.

S’ensuivent des tractations familiales sur les troupeaux où le désir de justice le dispute à la méfiance et à la ruse. Si bien qu’au jour où il se préparera à partir, Jacob se sera « ajouté » bien des richesses ! « Cet homme s’enrichit beaucoup beaucoup. Il acquit un nombreux petit bétail, des esclaves et des serviteurs, des chameaux et des ânes. Gn 30,43 »

Que signifie être mère et être père ? Quel impact les circonstances de leur conception et de de leur naissance, ainsi que nos ressentis, nos décisions ont-ils sur les bébés que nous mettons au monde ? La psychanalyse ne suggère-t-elle pas que les premiers mois de la vie sont cruciaux ?

 

 


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Nous prions pour notre envoyé à Djibouti et sa famille, à travers ce beau texte de Khalil Gibran

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
Pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
Mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.


Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
Pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

Khalil Gibran, Le prophète