Interposons Dieu entre le diable et nous !

Méditation du jeudi 7 mars 2019. Tous nous sommes tentés ! Comment le diable nous tente-t-il ? Suivons Jésus dans le désert ! Et nous prions pour notre envoyée au Burundi…

Statue du Christ sur la colline de Tas-Salvatur («Le Rédempteur»). Cette statue en béton armé, érigée à 97 m d’altitude près de la mer, fait face aux tempêtes – Gozo, Malte © Maxpixel

Jésus, rempli de Saint-Esprit, revint du Jourdain et fut conduit par l’Esprit dans le désert. Il y fut tenté par le diable pendant quarante jours. Il ne mangea rien durant ces jours-là et, quand ils furent passés, il eut faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de se changer en pain. » Jésus lui répondit : « L’Écriture déclare : «L’homme ne vivra pas de pain seulement.» »

Le diable l’emmena plus haut, lui fit voir en un instant tous les royaumes de la terre et lui dit : « Je te donnerai toute cette puissance et la richesse de ces royaumes : tout cela m’a été remis et je peux le donner à qui je veux. Si donc tu te mets à genoux devant moi, tout sera à toi. » Jésus lui répondit : « L’Écriture déclare : « Adore le Seigneur ton Dieu et ne rends de culte qu’à lui seul .» »

Le diable le conduisit ensuite à Jérusalem, le plaça au sommet du temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ; car l’Écriture déclare : « Dieu ordonnera à ses anges de te garder.» Et encore : « Ils te porteront sur leurs mains pour éviter que ton pied ne heurte une pierre.» » Jésus lui répondit : « L’Écriture déclare : « Ne mets pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.» » Après avoir achevé de tenter Jésus de toutes les manières, le diable s’éloigna de lui jusqu’à une autre occasion. Luc 4, 1-13

 

Usine abandonnée © Maxpixel

Quand on a faim, quand un besoin physique, matériel, économique ou autre se fait sentir, la solution la plus simple n’est-elle pas d’utiliser tous les moyens à sa portée pour changer « les pierres en pain »? Pour Jésus sa filiation, pour d’autres leur nom, leur pouvoir, leur réseau d’influences, leur savoir, leur fonction. La fin ne justifie-t-elle pas les moyens? Vaut-il de déranger Dieu pour cela? De proche en proche cette logique conduit à s’écarter du Créateur et de ses lois.

Heureusement Jésus nous donne l’arme suprême en nous rappelant à notre nature spirituelle: «  L’homme ne se nourrit pas de pain seulement mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu »

Quand on a une opportunité , ou un appel , pour entrer en politique, participer au gouvernement d’un pays, d’une grande institution, ou à la mise en application d’une idéologie, n’est-ce pas un devoir de s’engager, quitte à faire quelques compromis? La cause n’est-elle pas bonne, quand il s’agit, non de tyrannie, mais de construire un monde et une société en progrès, d’apporter du mieux-être à l’ensemble d’une population, de réaliser une utopie valorisante pour tous ? Mais le temps passant, est-on sûr de toujours servir Dieu et son prochain, ou le diable et son propre appétit de puissance? Qui sait? Quelle est la zone frontière entre compromis et compromission, réalisme et cynisme?

Là encore Jésus nous donne l’arme suprême en nous rappelant à notre vocation de serviteur sur terre: « tu adoreras et serviras Dieu et lui seul ».

Enfin quand on se croit directement appelé par l’Esprit , tenu de prouver sa foi par des actes extrêmes et absurdes, quand on se sent même conforté par des versets tirés de l’Ecriture – comme le diable tente de le faire lors de la troisième tentation, comment déceler le vrai du faux? Comment identifier la tentation du fanatisme? Comment discerner si on a affaire à un vrai pasteur ou à un gourou? Comment échapper à la tentation de la domination spirituelle?

Là encore Jésus nous prévient en nous rappelant la Parole de Dieu: « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ! »

Mais n’oublions pas que pour un chrétien, la tentation la plus dangereuse est de se croire parfois au-delà de toute tentation, déjà libéré de l’humaine condition et de ses ambiguïtés profondes.

 

 

Nous prions pour notre envoyée au Burundi.

Fais, Seigneur,
se joindre toutes les mains,
pour rendre plus humain
le sol où tu insufflas la vie
à un homme que tu modelas.

Que nous prenions ta main noire,
Seigneur, pour que la terre
porte les fruits de l’espoir.

Que nous prenions ta main jaune,
Seigneur, pour que le monde reste jeune
et que chacune
gagne dignement son pain.

Que nous prenions ta main blanche,
Seigneur, pour que les bourgeons qui portent joie et justice
éclosent sur toutes les branches.

Que nous prenions ta main rouge,
Seigneur, à la croisée des chemins,
pour que les hommes de l’Afrique,
de l’Asie, de l’Europe, de l’Amérique,
de tous les temps, de tous les cieux
cultivent ensemble
sur tous les continents,
des chemins de développement,
des champs de prière
et de dévouement.

Nabil Mouannès, Liban
dans : Expressions de foi de l’Église universelle




Carême protestant : six rencontres avec Jésus

Chaque dimanche sur France Culture, du 10 mars au 14 avril 2019, de 16h à 16h30, partagez les expériences de Pierre, Marie-Madeleine, Thomas, Nicodème… touchés et transformés dans leur vie par une rencontre : celle de Jésus. Ces conférences diffusées dans le cadre de l’émission «Carême Protestant» seront assurées par le pasteur Bruno Gaudelet, de l’Église Protestante Unie de France de Neuilly-sur-Seine.

Illustration pour Carême Protestant © EPUdF

 

Carême et protestantisme semblent ne pas vraiment aller ensemble, si on l’envisage de manière stricte et sous la forme d’un jeûne, et associer les deux termes comme le fait Carême protestant dans une série de conférences diffusées chaque année sur France Culture ne peut qu’impliquer une pratique bien différente.

Le Carême ne fait pas partie de l’histoire protestante, ni de sa pensée. Les Réformateurs ne l’ont pas pris en considération et le terme est absent de l’encyclopédie du protestantisme. C’est ce que montre le fait d’avoir plaqué l’imitation des quarante jours de jeûne de Jésus au désert du début de son ministère (Matthieu 4.2) sur une même période avant l’anniversaire de sa mort et de n’avoir pas intégré les dimanches qui célèbrent la résurrection. Les conférences de carême inaugurées par le pasteur Boegner en 1928 à la radio qui s’appellent depuis 1981 «Carême Protestant» montrent la démarche des protestant pour s’approprier cette période. C’est un temps de réflexion assidue pour mieux accueillir en soi le paradoxe que représente le Salut apporté par celui qui meurt sur une croix et qui manifeste la justification par Dieu de tous ceux qui croient, s’en remettent à Dieu pour donner du sens à leur vie.

Cheminer avec six personnages touchés dans leur existence…

Ces émissions sont donc en soi un indice, une manifestation du fait que depuis des années, les protestants retrouvent l’utilité de ce temps précédant Pâques. Il n’existe, bien entendu, aucune règle institutionnelle en la matière. Mais le Carême peut, dans notre vie chrétienne, correspondre à un temps de réflexion. Une période pendant laquelle on peut se demander, ou se redemander, ce que signifie être disciple du Christ dans notre quotidien…

L’histoire de Carême protestant

1928
Le Pasteur Boegner présente sa première conférence dans sa paroisse de l’Annonciation. Il sera suivi par bien d’autres pasteurs. Pendant l’occupation, le Pasteur Boegner se battra avec la censure allemande pour que ses conférences soient retransmises par la radio. Il gagnera. Les retransmissions n’avaient pas le retentissement qu’elles ont actuellement ; les postes de radio n’étaient pas aussi nombreux.

1981
Le titre de « Carême protestant » apparaît pour la première fois – une trouvaille qui va faire une percée fulgurante dans tous les milieux et qui est maintenant déposée comme une marque. Peu à peu, le cercle des auditeurs de toutes confessions s’agrandit et comprend 25% de catholiques intéressés par la pensée protestante. Les conférences sont éditées en brochures, en cassettes audio et en CD qui connaissent un bon succès. « Carême protestant » fait partie des émissions satellites de France Culture qui couvrent l’Europe et le bassin méditerranéen, jusqu’en Égypte.

Depuis 1997
« Carême protestant » a son propre site internet, et les prédications sont proposées en intégralité aussitôt après Pâques.

Cette année, les conférences diffusées dans le cadre de «Carême Protestant» seront assurées par le pasteur Bruno Gaudelet, de l’Église Protestante Unie de France de Neuilly-sur-Seine. Du 10 mars au 14 avril 2019, chaque dimanche sur France Culture, de 16h à 16h30, vous pourrez, à travers ces émissions, cheminer avec six personnages touchés dans leur existence par leur rencontre avec Jésus. Solidement étayées par l’exégèse biblique, ces relectures narratives, de facture théâtrale, nous feront partager les remises en cause intérieures de ces premiers témoins selon leur ancrage social et théologique.

En chemin vers Pâques, que ces conférences vous donnent d’entrer dans l’espérance ! À écouter dès dimanche et jusqu’à début avril sur France Culture (rediffusion sur Fréquence Protestante le lundi suivant à 21h30, ou en podcast sur le site de France Culture) :

Six figures narratives pour dire et entendre autrement l’Évangile

  • 10 mars : LE TÉMOIGNAGE DE PIERRE

Apprendre à se pardonner soi-même
Luc 5.1-11, Marc 8.27-33, Matthieu 26. 69-75, Jean 21.14-25

  • 17 mars : LE TÉMOIGNAGE DE MARIE-MADELEINE

La Bonne Nouvelle qui relève
Luc 8.1-3, Jean 20.1-18

  • 24 mars : LE TÉMOIGNAGE DE THOMAS

Croire au-delà du voir
Jean 11.16, 14.1-14 et 20.24-31

  • 31 mars : LE TÉMOIGNAGE DE NICODÈME

Il faut naître de nouveau
Jean 3.1-12 et 19.38-42

  • 7 avril : LE TÉMOIGNAGE DE PAUL

De la haine à l’amour
Actes 9.1-22, 1 Corinthiens 15.1-11, 2 Corinthiens 11.18-32, Galates 1.11-24

  • 14 avril : LE TÉMOIGNAGE DE JÉSUS

Père me voici !
Matthieu 26.36-46, Marc 14.32-42, Luc 22.39-46

 




«Aimez vos ennemis»

Méditation du jeudi 21 février 2019. Nous relisons dans Luc 6 ces paroles de Jésus qui exhorte : «Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent et priez pour ceux qui vous maltraitent.» Et nous prions pour notre envoyé au Liban.
© Pixabay

« Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent et priez pour ceux qui vous maltraitent.

Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre ; si quelqu’un te prend ton manteau, laisse-le prendre aussi ta chemise.

Donne à quiconque te demande quelque chose, et si quelqu’un te prend ce qui t’appartient, ne le lui réclame pas.

Faites pour les autres exactement ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous. Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, pourquoi vous attendre à une reconnaissance particulière ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment ! Et si vous faites du bien seulement à ceux qui vous font du bien, pourquoi vous attendre à une reconnaissance particulière ? Même les pécheurs en font autant ! Et si vous prêtez seulement à ceux dont vous espérez qu’ils vous rendront, pourquoi vous attendre à une reconnaissance particulière ? Des pécheurs aussi prêtent à des pécheurs pour qu’ils leur rendent la même somme !

Au contraire, aimez vos ennemis, faites-leur du bien et prêtez sans rien espérer recevoir en retour. Vous obtiendrez une grande récompense et vous serez les fils du Dieu très-haut, car il est bon pour les ingrats et les méchants. Soyez pleins de bonté comme votre Père est plein de bonté. » « Ne portez de jugement contre personne et Dieu ne vous jugera pas non plus ; ne condamnez pas les autres et Dieu ne vous condamnera pas ; pardonnez aux autres et Dieu vous pardonnera.

Donnez aux autres et Dieu vous donnera : on versera dans la grande poche de votre vêtement une bonne mesure, bien serrée et secouée, débordante. Dieu mesurera ses dons envers vous avec la mesure même que vous employez pour les autres. » Luc 6, 27-38

 

 © Pixabay

J’ai entendu il y a quelques temps un témoignage bouleversant sur deux hommes juifs qui se trouvaient dans un camp de concentration lors de la Seconde Guerre mondiale. L’un était très pieux et faisait toutes ses prières ; l’autre n’était pas croyant et se révoltait que son compagnon de douleur puisse encore louer Dieu dans de telles circonstances. Et il lui adressait sans cesse des critiques : « Mais comment, mais pourquoi peux-tu encore prier ce Dieu qui nous a abandonnés, ce Dieu qui n’existe pas ! » Un jour le juif pieux lui répondit en lui montrant un garde qui était en train de battre un prisonnier. Et il lui dit : « Tu vois cet homme, eh bien je prie et je loue Dieu d’être ce je suis et de ne pas être à la place de ce bourreau. »

Cette histoire peut nous aider à comprendre le cœur de l’enseignement de Jésus. Aimer ses ennemis, bénir ceux qui nous maudissent, tendre l’autre joue ne sont pas des  performances morales à acquérir mais le témoignage d’une vibrante spiritualité. Celui qui fait place à Dieu au cœur de son être et de sa vie n’est pas épargné par la violence des autres mais il peut échapper à son emprise. Accroché à l’amour de Dieu et par l’amour de Dieu, il est sauvé du mimétisme de la haine. Il peut aimer qui le hait et bénir qui le maudit pour l’amour de Dieu. Jésus nous a donné cet exemple jusqu’au moment où sur la croix il a prononcé ces paroles : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! ». Le juif pieux du camp, par sa prière de reconnaissance, nous dit qu’il nous incombe, non de faire justice du mal par nous-mêmes, mais de demeurer fidèle à ce que, par la seule grâce de Dieu, nous sommes.

 

 

Nous prions pour notre envoyé au Liban et pour sa famille avec ces mots de Sœur Myriam, ancienne prieure des diaconesses de Reuilly.

Que tu puisses, Seigneur, Dieu de l’univers
Demander quelque chose à l’être humain que je suis
Demeure pour moi le plus grand des mystères.
Mystère plus grand que celui de la voie lactée,
De la germination des plantes et des marées d’équinoxe.
Je ne saurai jamais, tant que durera le monde,
Pourquoi ton règne de lumière fut ainsi confié à nos insuffisances.
Mais, tout émerveillé (e) je m’écrie :

« Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? » Ps 8

Que tu puisses, Seigneur, Dieu de l’univers
Donner de toi-même à ceux que nous sommes,
Et supporter tout ce qui nous fait différents de toi,
Que tu puisses accepter, pour ton règne de lumière, pareille dissemblance, et nous laisser à notre place afin que nous te célébrions
Demeurera pour nous le plus grand des mystères.
Et tout émerveillés nous nous écrions :

« Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? » Ps 8

Que tu puisses, Seigneur, Dieu de l’univers,
Ne pas trouver de repos avant de nous avoir tous sauvés,
Que nous soyons destinés à vivre plus longtemps que les astres dans l’au-delà des cieux
Que nous soyons destinés à n’être que demain ce qu’aujourd’hui nous sommes,
demeurera toujours le plus grand des mystères.
C’est pourquoi nous nous écrions :

« Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? » Ps 8




Et que devint Dina… ?

Méditation du jeudi 14 février 2019. Nous mettons un point final au cycle de Joseph sur cette question : que devint Dina, fille de Léa et de Jacob, sœur de Ruben, Siméon, Levi, Juda, Dan, Nephtali ; Joseph, Gad, Asher, Issakar, Zabulon, et Benjamin ? Nous prions pour notre envoyé à Djibouti.

 

Par la suite Léa mit au monde une fille, qu’elle appela Dina. Genèse 30,21

 

Un jour Dina, la fille de Jacob et de Léa, alla rendre visite à des femmes du pays. Sichem, fils de Hamor, le chef hivite de la région, l’aperçut. Il l’enleva et lui fit violence. Mais il s’attacha à elle, en devint amoureux et tenta de la convaincre. Il dit à son père Hamor : « Demande pour moi la main de cette jeune fille, je veux l’épouser. » — Jacob apprit que sa fille avait été déshonorée par Sichem. Mais comme ses fils étaient aux champs avec ses troupeaux, il ne fit rien jusqu’à leur retour. — Hamor, le père de Sichem, se rendit chez Jacob pour lui parler. Quand les fils de Jacob revinrent des champs, ils apprirent ce qui s’était passé. Ils se sentirent insultés et entrèrent dans une violente colère, car Sichem avait fait quelque chose d’inadmissible en violant la fille de Jacob ; on ne doit pas agir ainsi en Israël. Mais Hamor leur dit : « Mon fils Sichem est amoureux de cette jeune fille. Donnez-la-lui pour femme. Alliez-vous avec nous : donnez-nous vos jeunes filles en mariage et épousez les nôtres. Vous habiterez près de nous. La région vous sera ouverte : vous pourrez vous y installer, y traiter vos affaires, y avoir des propriétés. »

Sichem lui-même vint dire au père et aux frères de la jeune fille : « Soyez indulgents pour moi, je suis prêt à vous donner ce que vous voudrez. Vous pouvez exiger de moi un très gros dédommagement et de nombreux cadeaux. Je donnerai tout ce que vous demanderez, pourvu que vous m’accordiez cette jeune fille pour épouse. » Les fils de Jacob répondirent avec ruse à Sichem et à son père Hamor, parce que Sichem avait déshonoré leur soeur Dina. Ils leur parlèrent ainsi : « Nous ne pouvons pas donner notre soeur en mariage à un homme incirconcis ; ce serait un déshonneur pour nous. Nous ne vous donnerons notre accord qu’à une condition : c’est que, comme nous, tous les hommes de chez vous soient circoncis. Alors nous vous accorderons nos filles en mariage et nous pourrons épouser les vôtres. Nous habiterons près de vous et nous formerons ensemble un seul peuple. Mais si vous n’acceptez pas d’être circoncis, nous reprendrons notre soeur et nous repartirons. »

Hamor et son fils donnèrent leur accord à cette proposition. Sans tarder le jeune homme entreprit de la réaliser, tant il aimait la fille de Jacob. Or il avait beaucoup d’influence dans sa famille. Hamor et Sichem se rendirent sur la place, à la porte de la ville, et ils dirent à leurs concitoyens : « Ces hommes sont bien intentionnés à notre égard. Qu’ils s’installent dans notre région et y fassent des affaires, que le pays leur soit largement ouvert ! Nous pourrons épouser leurs filles et nous leur donnerons les nôtres en mariage. Ils accepteront d’habiter près de nous et de former un seul peuple avec nous, mais à une condition : c’est que tous les hommes de chez nous soient circoncis comme eux. Si nous leur donnons notre accord, il viendront habiter près de nous ; alors tout leur bétail et leurs biens finiront par nous appartenir. » Tous ceux qui étaient présents à la porte de la ville acceptèrent la proposition de Hamor et de son fils Sichem, et tous les hommes de la ville se firent circoncire.

Deux jours plus tard, alors que ces hommes étaient encore souffrants, deux des fils de Jacob, Siméon et Lévi, frères de Dina, prirent leur épée, entrèrent dans la ville sans éveiller de soupçons et massacrèrent tous les hommes, y compris Hamor et son fils Sichem. En quittant la maison de Sichem, ils emmenèrent Dina. Les autres fils de Jacob dépouillèrent les cadavres et pillèrent la ville, parce qu’on avait déshonoré leur soeur. Ils s’emparèrent des moutons et des chèvres, des boeufs et des ânes, bref, de tout ce qui était dans la ville et la campagne. Ils emportèrent toutes les richesses, emmenèrent tous les enfants et les femmes, et ils pillèrent complètement les maisons.

Alors Jacob dit à Siméon et à Lévi : « Vous m’avez causé du tort en me rendant odieux aux habitants de la région, les Cananéens et les Perizites. Ces gens-là vont se rassembler contre moi. Ils me vaincront, car je n’ai que peu d’hommes, et je serai exterminé avec ma famille. » Les deux frères répondirent : « Cet individu n’avait pas le droit de traiter notre soeur comme une prostituée. » Genèse 34,1-31

 

 

Terrible histoire qui commence dans la violence et finit dans la violence.

Dina, fille de Jacob et de Léa, est prise de force par Sichem, fils du prince du lieu où Jacob vient d’acquérir un morceau de terre pour planter sa tente.

Siméon et Lévi, les deuxième et troisième fils de Jacob et Léa, vont venger leur sœur en pratiquant un châtiment collectif : ils tuent tous les hommes, y compris Sichem et son père Hamor, puis entrainent leurs frères dans le pillage de la ville et l’enlèvement des femmes, des enfants et des troupeaux.

Que s’est-il passé entre les deux ? Des histoires d’homme !

Dinah, la principale intéressée, a disparu de la scène. On ne l’a pas consultée, on ne l’a pas consolée, on ne lui a pas parlé. Elle est traitée comme un objet – de valeur certes, mais un objet.

Que Sichem se prenne de passion pour la jeune femme qu’il vient de posséder, au point de vouloir l’épouser à prix fort, et même de s’engager, ainsi que son père et tout le peuple, à accepter l’exigence de circoncision posée par les fils de Jacob, cela pourrait presque plaider en sa faveur ! Dans certains pays la loi exonère le violeur s’il accepte d’épouser sa victime ! Et la famille se satisfait souvent d’une telle réparation de l’honneur, sans tenir aucun compte des sentiments et de l’avis de la victime. Et s’il n’y a pas cette réparation, la victime est rejetée du clan, et parfois même traitée comme une coupable et tuée.

Alors on pourrait « presque » comprendre la colère des frères de Léa, qui restent sur la constatation qu’elle a subi quelque chose d’irréparable.

Mais l’ont-ils écoutée ? L’ont-ils consultée ? Ont-ils voulu la défendre ou s’enivrer de leur propre désir de vengeance ?

En se chargeant d’un crime collectif épouvantable, ils profanent son nom – dont la racine comporte l’idée de justice – en même temps qu’ils profanent le nom de Dieu. Car en se servant de la circoncision comme d’un piège pour affaiblir Hamor, Sichem et leurs hommes, ils inversent le signe de l’alliance donnée à Abraham. De signe de vie la « berit mila » devient signe de mort. Et en se posant en défenseur de l’honneur de leur sœur, qu’ils disent refuser de voir traitée comme une prostituée, ils lui font porter la responsabilité indirecte du massacre !

Pauvre Dina, pauvre Dieu, et pauvre Jacob ! Que de souffrance et de sang versé !

Mais ce n’est pas tout : certains commentateurs accableront Dina en affirmant qu’elle n’avait pas à sortir de chez elle pour rencontrer les filles du pays, car une jeune fille pudique se doit de rester à l’intérieur de la maison ! Heureusement, d’autres commentateurs loueront au contraire son esprit de curiosité et d’ouverture, qui l’a poussée à quitter le confort de sa tente pour entrer en relation avec ses voisines et leur permettre ainsi de connaître le Dieu d’Israël ! Décidément, les polémiques sur le statut de la femme ne datent pas d’hier et ont la vie dure !

On ne sait pas ce que devint Dina, mais le commentaire d’un certain Rabbi Eliezer raconte qu’une petite fille fut conçue de son viol par Sichem, et que, pour protéger l’enfant, Jacob l’envoya en Egypte où elle fut adoptée par le prêtre Potiféra. Il s’agissait d’Osnath, qui épousa donc finalement son oncle Joseph et engendra Ephraïm et Manassé.

Décidément la Bible n’est pas une histoire de petits saints, mais de grands pécheurs ! C’est bien pour cela que nous y avons tous notre place comme elle-même doit avoir une place centrale dans notre vie, nos communautés, nos relations les uns avec les autres ! A travers les pires ténèbres Dieu nous parle et nous invite à échanger les uns avec les autres, afin de mieux prendre conscience de nous-mêmes et de la grâce qu’il nous fait de nous considérer comme ses enfants bien-aimés, malgré tout !

 

 

Nous prions pour notre envoyé à Djibouti et sa famille, et partageons cette prière d’Antsiva, du groupe de jeunes de Créteil, prononcée lors du culte du 10 février.

Seigneur, il est dit dans Jean 13,34-35 :
 

« Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Oui comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres ».
Nous exprimons à présent cet amour par une prière d’intercession :
Garde ton Eglise, ici et à travers le monde,
Notamment ses pasteurs, ses conseillers et tous ses fidèles.
Préserve-la face aux pièges de l’Ennemi.
Etends ta bénédiction sur tous les peuples :
Que partout ton amour, ta paix et ta vérité ne fassent qu’un pour la gloire de Ton nom.
Veille sur la France, pour nous pays d’origine, natal ou d’adoption,
Où nous pouvons vivre notre foi sans la peur quotidienne d’être persécutés.
Donne-nous aussi la tolérance et la fraternité
Pour grandir dans le respect des autres cultures et croyances.
Console par ton Saint-Esprit tous ceux qui sont dans la souffrance,
L’injustice, la maladie, le deuil.
Sois pour eux un refuge et un soutien infaillible face aux épreuves.
Enfin bénis notre engagement envers Toi,
Pour que nous accomplissions fidèlement ton service.
Nous te demandons tout particulièrement aujourd’hui de fortifier le groupe de jeunes,
Afin que chacun continue à faire son chemin vers Toi
Et nous te remercions pour les nouvelles initiatives que tu nous inspireras.
Seigneur, accueille avec bonté ces prières, si elles te sont agréables.
Dans la grâce de ton amour et au nom de Jésus-Christ. Amen




Être différents mais tenir la même chose

Qu’est-ce qui est le plus important : la pertinence de la mission, l’utilité de l’action… ou l’appartenance à une communauté de foi particulière ? Le label Jésus est-il une marque déposée dont on peut revendiquer la propriété ? Dieu peut-il se révéler dans l’Église d’à côté ? Nous vous proposons aujourd’hui une méditation du pasteur Basile Zouma sur le texte de Marc 9, 38-40.

Basile Zouma, lors du Forum Chrétien Francophone de Lyon, octobre 2018 © DR

 

Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas. » Mais Jésus dit : « Ne l’empêchez pas, car il n’y a personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse, aussitôt après, mal parler de moi ». Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Marc 9, 38-40

Le récit de Marc nous parle d’un homme qui chasse les démons et aide les gens à recouvrer la santé en se servant du nom de Jésus. Ce qui me semble être une activité tout à fait louable donc à encourager. Eh bien, non ! Les disciples pensent que cet homme doit immédiatement cesser cette activité car le label Jésus – de leur point de vue – est une marque déposée qui leur appartient. Le motif leur paraît évident : il ne fait pas partie du groupe des douze apôtres, il n’est pas des nôtres.

« Il ne nous suit pas »

Peu importe alors la pertinence de la mission, l’utilité de l’action. Ce qui importe aux yeux des disciples, c’est l’appartenance : « Il ne nous suit pas ». Il n’est pas avec nous qui avons le monopole du Christ, sa proximité, sa confidence…

Sans doute, cet homme, ce disciple de la marge a-t-il entendu parler de Jésus, sans doute croit-il en lui. Mais il ne nous suit pas, c’est-à-dire qu’il ne fait pas officiellement partie des disciples. Il n’a pas fait acte de candidature, il ne s’est pas présenté, donc il n’a pas le droit de guérir.

Il est nécessaire de nous arrêter un instant sur les nuances des mots pour saisir la portée de l’opposition des disciples et son dangereux mécanisme d’exclusion. On remarquera avec un sourire au v. 38, qu’au lieu de dire : “(Cet homme) ne te suivait pas”, Jean dit : “Il ne nous suivait pas”. À quoi correspond ce « nous » ?

C’est probablement le « nous » communautaire qui est aussi celui de l’appartenance à une communauté de foi particulière. « Il ne nous suit pas », il n’appartient pas à notre communauté, à notre ecclésiologie, à notre théologie, à notre façon de faire, à notre modèle liturgique. Il n’est pas comme nous. 

Jésus répond, d’une réponse qui recentre le propos. Il ne reproche rien à ce « nous » mais le met en garde contre les dérives possibles. Il ne veut pas que ses disciples empêchent l’homme étranger de guérir des gens. Car cet homme travaille dans le même sens que lui-même. Il est pour lui, il est donc pour nous.

Dieu peut-il se révéler dans l’Église d’à côté ?

Réponse de Jésus qui fonctionne comme un refus d’exclure pour motif de non ressemblance. Il combat dans sa réponse, cette mentalité de clan qui commence à se former au sein des disciples et autour d’une exclusion. La réponse de Jésus leur apprend que Dieu est à l’œuvre chez eux mais qu’il travaille également chez les autres et par les autres. Il se révèle dans notre Église particulière, et c’est heureux. Mais il se révèle aussi dans l’Église d’à côté, et c’est heureux encore !

Pour Jésus, ce qui compte n’est pas que cet homme soit ou non recensé parmi les disciples en titre, mais que des gens soient guéris grâce à ce qu’on peut bien appeler son ministère. De l’aveu même des apôtres, cet homme guérit les malades « au nom de Jésus ». Ce qui n’est pas une invocation vide de sens, mais une affirmation qui implique que l’homme contesté croit réellement en Jésus. La leçon de Jésus pour ses apôtres est de comprendre que la foi active existe en-dehors de leur petit groupe.

Dans ce récit, la perspective est déjà œcuménique dans le dépassement des mentalités de clan, des propensions au renfermement pour accueillir la foi de l’autre dans sa riche différence. Ici, nous touchons à une réalité essentielle : la liberté de Dieu d’agir comme il l’entend, quelquefois par nous, quelquefois en-dehors de nous. Les disciples voulaient en quelque sorte brider cette liberté.

Pendant que les disciples s’inquiétaient pour les hiérarchies et les appartenances, Jésus lui, rappelait la mission d’une Bonne Nouvelle qui libère l’humain de ses démons. Peut-être que nous aussi, en disciples d’aujourd’hui avons besoin du rappel que Dieu, en venant en Christ, a parié sur l’humain pour qu’à travers la Bonne Nouvelle, il lui soit donné d’approcher dans la figure du ce Christ son humanité véritable.

Amen.

Pasteur Basile Zouma,
avril 2018




Les étranges funérailles de Jacob !

Méditation du jeudi 7 février 2019. Nous prions pour notre envoyé aux Antilles et nous terminons la lecture du cycle de Joseph. Cependant, nous parlerons la semaine prochaine de Dina, la sœur de Joseph.

Henri-Joseph de Forestier, La mort de Jacob, 1813, Paris, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts

 

Jacob fit ensuite ces recommandations à ses enfants : « Quand je serai mort, enterrez-moi dans le tombeau de mes ancêtres. C’est la grotte située dans le champ d’Éfron le Hittite, à Makpéla, près de Mamré, au pays de Canaan. Abraham a acheté ce champ à Éfron pour que le tombeau soit sa propriété. C’est là qu’on l’a enterré, ainsi que sa femme Sara, puis Isaac et sa femme Rébecca. J’y ai moi-même enterré Léa. Le champ et la grotte qui s’y trouve ont été achetés aux Hittites. » Quand Jacob eut fait ses dernières recommandations à ses fils, il se recoucha, puis il rejoignit ses ancêtres dans la mort. (Genèse 49,29-33)

 

Joseph se précipita vers son père, dont il couvrit le visage de larmes et de baisers. Puis il ordonna aux médecins qui étaient à son service de préparer le corps de son père en vue de l’enterrement. Selon la coutume, les médecins passèrent quarante jours à enduire le corps d’huiles parfumées pour le conserver. Les Égyptiens célébrèrent le deuil de Jacob pendant soixante-dix jours.

Quand le deuil de Jacob eut pris fin, Joseph dit aux proches du Pharaon : « Si vous avez de l’amitié pour moi, veuillez transmettre de ma part ces paroles au Pharaon : « Avant de mourir, mon père m’a fait jurer de l’enterrer au pays de Canaan, dans le tombeau qu’il s’est préparé. Autorise-moi donc à aller l’enterrer maintenant, puis je reviendrai. » » Le Pharaon permit à Joseph d’aller enterrer son père et de tenir ainsi sa promesse.

Joseph se mit en route ; il était accompagné des dignitaires du palais au service du Pharaon, des anciens de toute l’Égypte, de toute sa famille, de ses frères et des autres membres de la famille de son père. On ne laissa dans la région de Gochen que les petits enfants et le bétail. Le convoi comprenait aussi une escorte de chars ; il était particulièrement imposant.

Ils arrivèrent à Goren-Atad — « l’Aire de l’Épine » —, au-delà du Jourdain. Là, ils célébrèrent solennellement une cérémonie funèbre, très impressionnante. Durant sept jours, Joseph observa le deuil de son père. Les Cananéens qui vivaient dans cette région virent la cérémonie funèbre de Goren-Atad et firent cette réflexion : « C’est un deuil cruel pour l’Égypte ! » C’est pourquoi cet endroit, situé au-delà du Jourdain, reçut le nom d’Abel-Misraïm, ce qui veut dire «Deuil de l’Égypte».

Les fils de Jacob accomplirent ensuite ce que leur père leur avait ordonné : ils transportèrent son corps au pays de Canaan et l’enterrèrent dans la grotte du champ de Makpéla, près de Mamré. Abraham avait acheté ce champ à Éfron le Hittite pour que le tombeau soit sa propriété. Après avoir déposé le corps de son père dans le tombeau, Joseph regagna l’Égypte avec ses frères et tous ceux qui les avaient accompagnés pour l’enterrement. (Genèse 50,1-14)

 


Le tombeau des patriarches à Hébron

Jacob a exprimé le désir que sa dépouille mortelle soit transportée en Canaan et enterrée dans le tombeau de ses pères. À l’heure de sa mort, il appuie sa demande d’une sorte de justification de propriété. On se souvient qu’Abraham avait insisté pour acheter la grotte et le champ de Makpela aux hittites afin d’ensevelir Sarah, en refusant leur offre d’accueillir le corps de son épouse dans un de leurs tombeaux.

Jacob vivant cependant en Egypte avec sa famille, il faut une permission pour que sa dépouille passe la frontière. Pharaon l’accordera, après que le père de Joseph aura reçu l’hommage des larmes de son fils et les soins d’embaumement des médecins d’Égypte. Pourquoi ces 70 jours de deuil égyptien ? Est-ce pour manifester de la reconnaissance envers Joseph qui a sauvé l’Égypte de la famine ? Est-ce une manière de s’accaparer Jacob ? On ne peut imaginer qu’il ait désiré tant de faste ! 

Pourtant un cortège impressionnant va s’ébranler autour de Joseph et Jacob, avec des dignitaires d’Égypte, les frères de Joseph et des membres de la famille. Toutefois, ce voyage ne sera pas l’occasion d’un retour définitif du peuple en Canaan, car les enfants et les troupeaux doivent rester à Gochen. Serviraient-ils d’otages pour s’assurer que les adultes vont bien revenir faire fructifier la terre d’Égypte ? À moins que cela ne traduise la nécessité théologique de séparer ce qui relève de la mort et ce qui relève de la vie. L’heure est d’enterrer Jacob dans le pays de ses pères, mais pas encore, pour ses descendants, d’y retourner durablement !

À leur tour les Cananéens s’émeuvent de la mort de Jacob, et impressionnés par le deuil de 7 jours conduit par Joseph, baptise le lieu « Deuil de l’Égypte ». Enfin Jacob parvient à destination ; il rejoint Abraham, Sara, Isaac, Rébecca, Léa dans le sommeil de la mort.

Ce récit étrange et complexe nous renvoie à la question des rites mortuaires et des coutumes de deuil dans les différentes cultures. Doit-on enterrer ses proches dans le pays d’accueil ou dans le pays d’origine ? Jusqu’où accomplir les dernières volontés du défunt ? Jusqu’à s’endetter considérablement ? Peut-on faire plusieurs célébrations pour contenter les uns et les autres en cas de pluralisme religieux ou ecclésial ? Comment conjuguer le chagrin personnel, l’accomplissement des rites, les questions juridiques et financières ?  Par rapport à cela, que signifient les paroles de Jésus : « Laisse les morts enterrer les morts, et va annoncer le royaume de Dieu ! » ?

 

 

Nous prions pour notre envoyé aux Antilles avec cette prière de sanctification du Nom de Dieu, que l’on appelle le Kadish, qui accompagne le deuil dans le judaïsme, et qui a inspiré le « Notre Père ».
 

Que ton Grand Nom soit glorifié
Que ton Grand Nom soit glorifié et sanctifié dans le monde qu’il a créé selon sa volonté,
Et puisse-t-il établir son règne, faire fleurir son salut, et hâter le temps de ton Messie,
De votre vivant et de vos jours et des jours de toute la maison d’Israël,
Dès que possible et dites : amen !
Puisse son Grand Nom être béni à jamais et dans tous les temps des mondes,
Béni et loué et glorifié et exalté,
Et élevé et vénéré et élevé et loué soit le Nom du Saint, béni soit-il,
Au-dessus de toutes les bénédictions et cantiques et louanges et consolations
Proclamés dans le monde, et dites : amen !
Qu’une grande paix venant du Ciel, ainsi qu’une bonne vie, et la satiété, et le salut,
Et le réconfort et la sauvegarde, et la rédemption et le pardon et l’expiation,
Et le soulagement et la délivrance nous soient accordées à nous et à tout Israël,
Et dites : amen !
Que celui qui fait régner la paix dans les sphères célestes l’étende, dans sa miséricorde,
Parmi nous et dans tout Israël, et dites : amen !




Tous les bénir en leur confiant l’avenir !

Méditation du jeudi 31 janvier 2019. Nous prions pour notre envoyée à Haïti et nous poursuivons notre lecture du cycle de Joseph.

Source : Pixabay

 

Jacob convoqua ses fils et leur dit : « Réunissez-vous. Je vais vous annoncer ce qui vous arrivera dans l’avenir. Rassemblez-vous et écoutez, fils de Jacob, écoutez votre père Israël.

Toi, Ruben, tu es mon fils aîné, le premier que j’ai engendré quand j’étais plein de force. Tu surpasses tes frères en dignité et en puissance. Tu es un torrent impétueux. Pourtant tu ne seras plus le premier, car tu t’es déshonoré en entrant dans mon lit avec une de mes épouses.

Siméon et Lévi sont frères : ils s’accordent pour agir avec violence, Mais je ne participerai pas à leur complot, je n’assisterai pas à leurs rencontres, Car dans leur colère ils ont tué des hommes, et par plaisir ils ont mutilé des taureaux. Je maudis leur ardente colère et leur fureur impitoyable. Je disperserai leurs descendants en Israël, je les éparpillerai dans tout le pays.

Juda, tes frères chanteront tes louanges. Tu forceras tes ennemis à courber la nuque, et tes propres frères s’inclineront devant toi. Juda, mon fils, tu es comme un jeune lion qui a dévoré sa proie et regagne son repaire. Le lion s’accroupit, se couche. Qui pourrait le forcer à se lever ? Le sceptre royal demeurera dans la famille de Juda, le bâton des chefs restera aux mains de ses descendants, jusqu’à ce que vienne son vrai possesseur celui à qui les peuples seront soumis. La vigne alors sera si répandue qu’il se permettra d’y attacher son âne. Il lavera son vêtement dans le vin, son manteau dans le sang des raisins. Le vin avivera l’éclat de ses yeux et le lait la blancheur de ses dents. Zabulon s’installera au bord de la mer, là où les bateaux trouveront un port. Son territoire s’étendra jusqu’à Sidon.

Issakar est un âne robuste, établi au milieu de ses enclos. Il a vu que l’emplacement était bon, que le pays était agréable. Il a tendu son épaule pour porter des charges, il s’est soumis à un travail d’esclave.

Dan aura son peuple à gouverner, comme les autres tribus d’Israël. Dan est comme un serpent sur la route, une vipère au bord du chemin : le serpent mord les jarrets du cheval et le cavalier tombe à la renverse. Seigneur, j’espère que tu me sauveras !

Gad, attaqué par des pillards, contre-attaque et les poursuit.

Le pays d’Asser donnera d’abondantes récoltes, sa terre fournira des produits dignes d’un roi.

Neftali est une gazelle en liberté qui met au monde de beaux petits.

Joseph est une plante fertile qui pousse près d’une source. Ses branches passent par-dessus le mur. Des tireurs à l’arc l’ont exaspéré, ils ont lancé leurs flèches, ils l’ont harcelé. Mais il a tenu fermement son arc, ses bras et ses mains ont gardé leur agilité. Par la puissance du Dieu fort de Jacob, tu es devenu le berger, le rocher d’Israël. Par le Dieu de ton père, qui est ton secours, par le Dieu tout-puissant qui te bénit, reçois les bienfaits de la pluie qui descend du ciel, de l’eau qui monte des profondeurs du sol, de la fécondité des femmes et du bétail. Les bénédictions données par ton père surpassent les bienfaits des montagnes éternelles, les produits désirables des collines antiques. Que les bénédictions de son père descendent sur la tête de Joseph, sur celui qui est le chef de ses frères !

Benjamin est un loup féroce. Le matin il dévore une proie et le soir il partage le butin. »

À eux tous ils forment les douze tribus d’Israël. Telles sont les paroles que leur adressa leur père, quand il les bénit. À chacun il accorda une bénédiction particulière. Genèse, 49, 1-28

 


Amerlin Delinois, peintre Haïtien né en 1958


Qu’est-ce que bénir ? Jacob nomme chacun de ses fils pour leur ouvrir l’avenir. Mais il leur dit « leurs quatre vérités », ce qui pour certains, notamment les trois aînés, correspond à un jugement très sévère sur leur comportement. Donc bénir n’a rien à voir avec l’aveuglement et la grâce à bon marché. La bénédiction ne peut résonner que dans la vérité, même quand celle-ci est accablante. 

Cependant si elle s’accorde avec un jugement, elle ne peut porter condamnation, sans quoi ce serait une malédiction mortifère. Certes, Ruben n’aura pas la place et l’héritage liés à son statut d’aîné mais il vivra.  Siméon et Lévi seront dispersés parmi les tribus mais ils feront partie du peuple et la descendance de Lévi comptera de très grands noms de l’histoire d’Israël.

Ce qui ressort des bénédictions testamentaires de Jacob-Israël, c’est qu’il tient à exprimer les vocations singulières de ses fils Juda et Joseph. L’un porte le sceptre royal et engendrera la lignée messianique, dans laquelle s’inscrira Jésus de Nazareth. L‘autre, Joseph, est reconnu chef de ses frères et reçoit l’appui du Dieu de son père. Mais, peut-être encore plus important, Jacob fonde le rassemblement des frères, formant à eux 12 les tribus d’Israël, ce qui signifie la constitution et l’unité d’un peuple. 

Bénir, c’est ouvrir l’avenir à ceux qui nous succèdent, les inspirer et les encourager. Il fut un temps où les pères avaient droit de vie et de mort sur leurs enfants. En sauvant Ismaël dans le désert et Isaac sur le Mont Moriah, Dieu a rejeté à jamais le sacrifice des enfants et des jeunes générations au nom de l’honneur et du pouvoir des générations antérieures. Nous nous devons à ceux qui viennent !

Qu’en est-il dans nos différentes sociétés et cultures ? Bénissons-nous les nouvelles générations ? Leur faisons-nous confiance ?  Leur transmettons-nous nos trésors et nos forces, nos expériences et notre espérance, pour les aider à marcher vers l’avenir ? Ou les sacrifions-nous à nos chimères, à nos désirs de domination, ou à notre simple indifférence ?

 

 

Nous te remettons notre envoyée à Haïti et nous partageons cette prière pour la jeune génération.
 

Dieu de tendresse, nous t’offrons la jeunesse d’aujourd’hui
Pleine de vie et en quête de sens.
Que la lumière de ta grâce
Guide chacun de ces jeunes dans leurs défis de chaque jour.
Viens révéler à chaque jeune sa valeur,
Qu’il se sache aimé de Toi,
Et qu’il reconnaisse qu’il est apprécié
Par les adultes qu’il côtoie.
À ces jeunes, fais don de l’espérance pour qu’ils croient en demain,
Pour qu’ils aient confiance
En leur capacité de changer quelque chose dans le monde dès maintenant.
Accorde-leur le don de la joie
Pour qu’ils puissent célébrer la vie dans la vérité.
Et pour nous-mêmes, nous te demandons, Seigneur,
L’amour, la patience et la foi en la jeunesse.
Que notre regard, à la fois lucide et tendre,
Nous permette de saisir les talents de cette jeunesse.
Ainsi nous pourrons leur offrir des défis spirituels
À la mesure de leurs capacités et de leurs soifs.
Mais surtout, donne-nous le courage d’une conversion continuelle
Pour que nous soyons pour eux des témoins signifiants.
Nous te le demandons au nom de Jésus.
Amen.




Que transmettre avant de mourir ?

Après ces événements, on avertit Joseph que son père était malade. Il partit avec ses deux fils, Manassé et Éfraïm.

Lorsqu’on annonça à Jacob que son fils Joseph venait lui rendre visite, il fit un effort et s’assit sur son lit. Il dit à Joseph : « Le Dieu tout-puissant m’est apparu à Louz, au pays de Canaan et il m’a béni. Il m’a dit : «Je te donnerai de nombreux enfants pour faire de toi l’ancêtre d’un ensemble de peuples. J’accorderai ce pays à tes descendants en propriété définitive.» » Jacob ajouta : « Tes deux fils, nés en Égypte avant que je vienne t’y rejoindre, je les considère comme mes fils. Éfraïm et Manassé sont miens, comme Ruben et Siméon.

Mais les fils qui te naîtront après eux resteront les tiens. C’est dans le territoire de leurs frères aînés qu’ils recevront leur part d’héritage. En effet, lorsque je revenais de Mésopotamie, peu avant d’arriver à Éfrata, au pays de Canaan, ta mère Rachel est morte près de moi en cours de route. Je l’ai enterrée là, au bord de la route. » — Éfrata s’appelle maintenant Bethléem. —

À ce moment-là, Jacob aperçut les fils de Joseph et demanda : « Qui est-ce ? » — « Ce sont les fils que Dieu m’a donnés ici, en Égypte », répondit Joseph. Son père reprit : « Amène-les près de moi pour que je les bénisse. »

Jacob était si vieux que sa vue avait beaucoup baissé : il ne voyait plus grand-chose. Joseph fit approcher ses fils. Jacob les serra contre lui et les embrassa. Puis il dit à Joseph : « Je n’espérais plus revoir ton visage et voilà que Dieu me permet de voir même tes enfants. »  Alors Joseph retira ses fils qui étaient sur les genoux de son père et il s’inclina jusqu’à terre. Ensuite il prit ses deux fils par la main : Éfraïm, qu’il tenait à sa droite, se trouva à gauche de Jacob et Manassé, qu’il tenait à sa gauche, se trouva à droite de Jacob. Il les fit de nouveau approcher de leur grand-père. Mais Jacob croisa ses mains : il posa sa main droite sur la tête d’Éfraïm, bien qu’il fût le plus jeune, et sa main gauche sur la tête de Manassé, qui était l’aîné. Et voici la bénédiction qu’il donna à Joseph :

« Je prie le Dieu devant qui mon grand-père Abraham et mon père Isaac ont toujours vécu, le Dieu qui a pris soin de moi depuis toujours, l’ange qui m’a délivré de tout mal : je lui demande de bénir ces garçons.
Que grâce à eux, mon nom survive, comme ceux de mon grand-père Abraham et de mon père Isaac ! Qu’ils aient de très nombreux descendants partout dans le pays ! »

Joseph fut choqué de voir son père poser la main droite sur la tête d’Éfraïm ; il lui saisit la main pour la déplacer de la tête d’Éfraïm sur celle de Manassé, en disant : « Non, mon père, tu te trompes. C’est celui-ci l’aîné. Mets donc ta main droite sur sa tête. » Mais son père refusa et lui dit : « Je sais, mon fils, je sais. Les descendants de Manassé aussi deviendront un grand peuple. Pourtant son frère cadet sera plus grand que lui et ses descendants formeront une multitude de nations. »

Ce jour-là, il leur donna sa bénédiction en ces termes : « Les Israélites se serviront de vos noms pour prononcer des bénédictions. Ils diront : « Que Dieu te traite avec la bonté qu’il a montrée à Éfraïm et Manassé!» »

Ainsi, Jacob plaça Éfraïm avant Manassé. Il dit ensuite à Joseph : « Je vais bientôt mourir, mais Dieu sera avec vous et il vous ramènera dans le pays de vos ancêtres. Quant à moi, je t’attribue une part plus importante qu’à tes frères, je te donne la région de Sichem que j’ai conquise sur les Amorites grâce à mon épée et à mon arc. » Genèse 48

 


Des pas dans le sable – Source : Maxpixel

 

Que transmettre quand on sent la mort venir? Encore faut-il accepter sa simple condition de mortel, ce qui semble de plus en plus difficile dans les sociétés post-modernes.

En revanche, c’est la question de toute la fin du cycle de Joseph, quand Jacob-Israël, alors qu’il va mourir en Egypte, réaffirme l’alliance que Dieu a conclue avec Abraham et sa postérité, et qui concerne non seulement la constitution d’un peuple mais également le lieu d’existence de ce peuple: « Voici je vais mourir. Dieu sera avec vous et il vous ramènera au pays de vos pères ».

Au nom de cette transmission nécessaire, Jacob s’approprie les deux fils de son fils Joseph, les mettant au même niveau que ses propres fils, comme s’il tentait de réparer les effets de l’exil en les instituant ses héritiers directs. Alors se vit la scène de la bénédiction des deux fils. Jacob ne voit plus très clair, comme Isaac dans des circonstances similaires. Mais néanmoins conscient de ce qu’il fait, il croise les mains puis bénit le cadet Efraïm de sa main droite et l’aîné Manassé de sa main gauche. Il inverse donc l’ordre de priorité, comme ce fut le cas quand Jacob lui-même usurpa la bénédiction de son frère Esaü. Même si nous partageons le mécontentement de Joseph pour ce qui semble injuste et dangereux pour l’harmonie fraternelle, cette inversion ne relève pas de l’arbitraire mais de la reconnaissance de la vocation et de la mission de chacun dans l’avenir. Il est vrai que Manassé, dont le nom est construit sur la racine oubli semble plus tourné vers le passé, alors qu’Ephraïm suggère la fructification.

Mais tous deux reçoivent ensemble un surcroît de bénédiction, la promesse d’un très bel héritage et d’un retour sur la terre des pères.

Ce moment particulièrement intense de la transmission entre les générations nous interpelle tous, et en particulier si nous avons vécu ou vivons des situations d’exil ou de diaspora. Comment considérons-nous nos enfants? Avons-nous des regards différents sur les uns et sur les autres? Pouvons-nous les charger de retourner vers le pays que nous avons quitté et pour quelle mission?

 

 


Vue d’un escalier à Jéricho – Source : Maxpixel

 

Nous prions pour notre envoyée au Bénin, avec le psaume 85, proposé pour les célébrations de la semaine de l’unité des chrétiens.

Psaume du groupe de Coré, pris dans le livre du chef de chorale.

Seigneur, tu as montré ton amour pour ton pays, tu as rendu son ancienne situation au peuple de Jacob.
Tu as effacé les fautes de ton peuple, tu as pardonné tous ses péchés.
Tu as mis fin à ta colère, tu as abandonné ta violente colère.
Reviens vers nous, Dieu notre sauveur, ne nous en veuilles plus !
Est-ce que tu seras toujours furieux contre nous ?
Est-ce que ta colère nous frappera de génération en génération ?
Est-ce que tu ne reviendras pas nous rendre la vie, pour que ton peuple se réjouisse en toi ?
Seigneur, montre-nous ton amour, sauve-nous !
J’écoute ce que Dieu dit.
Le Seigneur promet la paix à son peuple, à ses amis fidèles.
Mais qu’ils ne reviennent pas à leur folie !
Le Seigneur sauvera bientôt ceux qui le respectent, et sa gloire habitera notre pays.
Amour et fidélité se rencontrent, justice et paix s’embrassent.
La fidélité monte de la terre et la justice descend du ciel.
Le Seigneur lui-même donne le bonheur, et notre pays donne ses récoltes.
La justice marche devant le Seigneur, elle prépare le chemin devant lui.




Le terrible exercice du pouvoir !

Méditation du jeudi 17 janvier 2019. Nous poursuivons notre lecture du cycle de Joseph et nous prions cette semaine pour nos envoyés en Égypte.

Joseph alla informer le Pharaon : « Mon père et mes frères, dit-il, sont arrivés du pays de Canaan, avec leurs moutons, leurs chèvres, leurs boeufs et tous leurs biens. Ils se trouvent actuellement dans la région de Gochen. »

Puis Joseph prit cinq de ses frères et les présenta au Pharaon. Celui-ci leur demanda : « Quel métier faites-vous ? » — « Majesté, répondirent-ils, nous sommes éleveurs de petit bétail, comme l’étaient nos ancêtres. La famine pèse si lourdement sur le pays de Canaan, qu’il n’y a plus de pâturages pour nos troupeaux. Nous sommes venus ici comme immigrés. Veuille nous accorder le droit de nous installer dans la région de Gochen.»

Le Pharaon dit à Joseph : « Maintenant que ton père et tes frères sont venus te rejoindre, toute l’Égypte est à ta disposition. Choisis le meilleur endroit du pays pour les y installer. Ils peuvent très bien séjourner dans la région de Gochen. Et si tu estimes qu’il y a parmi eux des hommes compétents, désigne-les comme responsables de mes propres troupeaux. »

Joseph amena aussi son père chez le Pharaon et le lui présenta.

Jacob salua respectueusement le Pharaon, et le roi lui demanda : « Quel est ton âge ? »

— « Il y a cent trente ans que je vais d’un pays à l’autre comme un étranger, répondit Jacob. Ma vie a passé vite, et j’ai connu des années difficiles. Je n’ai pas atteint l’âge de mes ancêtres, qui menaient pourtant la même existence que moi. » Jacob salua de nouveau le Pharaon et sortit du palais royal.

Joseph installa son père et ses frères dans le meilleur endroit d’Égypte, dans les environs de Ramsès, conformément à l’ordre du Pharaon. Il leur donna des terres en propriété. Il fournit des vivres à son père, à ses frères et à toutes leurs familles, selon le nombre des bouches à nourrir.

Joseph amassa tout l’argent d’Égypte et de Canaan avec lequel les gens lui achetaient du blé et il le fit déposer dans le palais du Pharaon.

Lorsqu’il n’y eut plus d’argent, ni en Égypte ni en Canaan, les Égyptiens vinrent dire à Joseph: « Donne-nous à manger. Faudrait-il que nous mourions sous tes yeux, parce que nous n’avons plus d’argent ? » — « Si vous n’avez plus d’argent, donnez-moi vos troupeaux, répondit Joseph, et moi, en échange, je vous donnerai à manger. » Ils amenèrent donc leurs troupeaux à Joseph qui leur procura de la nourriture en échange de leurs chevaux, moutons, chèvres, boeufs et ânes. Cette année-là il leur assura de quoi manger en échange de tout leur bétail.

Au bout d’une année, ils revinrent et dirent à Joseph : « Monsieur l’Administrateur, nous ne pouvons pas cacher que nous n’avons plus d’argent et que nos troupeaux t’appartiennent déjà. Nous n’avons plus rien d’autre à te proposer que nos personnes et nos terres. Faudrait-il que nous mourions sous tes yeux et que nos terres soient abandonnées ? Achète-nous avec nos terres, et fournis-nous de quoi manger. Nous serons, nous et nos terres, au service du Pharaon. Nous ne tenons pas à mourir. Procure-nous des semences pour que nous puissions survivre et que les terres ne soient pas réduites en désert. »

Joseph acheta toutes les terres d’Égypte pour le compte du Pharaon, parce que la famine s’était aggravée et que chaque Égyptien vendait son champ. De cette manière, le pays tout entier devint la propriété du Pharaon et Joseph réduisit le peuple en esclavage d’un bout à l’autre du pays. Les seules terres que Joseph n’acheta pas furent celles des prêtres, parce qu’il existait un décret du Pharaon en leur faveur. En effet, ils vivaient de ce que le Pharaon leur attribuait, c’est pourquoi ils n’eurent pas à vendre leurs terres.

Joseph s’adressa au peuple : « Maintenant que je vous ai achetés, vous et vos terres, pour le compte du Pharaon, je vais vous procurer du blé à semer dans les champs. Mais au moment de la moisson, vous donnerez un cinquième des récoltes au Pharaon. Les quatre autres cinquièmes vous appartiendront. Vous vous en servirez pour ensemencer les champs et pour vous nourrir, vous, vos enfants et tous ceux qui habitent dans vos maisons. »

Ils répondirent : « Tu nous sauves la vie. Puisque tu nous manifestes ta bienveillance, nous acceptons d’être les esclaves du Pharaon. » C’est ainsi que Joseph promulgua une loi, qui est encore en vigueur aujourd’hui : en Égypte, un cinquième des récoltes revient au Pharaon. Seules les terres des prêtres ne devinrent pas la propriété du Pharaon.

Les Israélites s’étaient établis en Égypte, dans la région de Gochen. Ils y acquirent des propriétés, eurent des enfants et devinrent très nombreux. Jacob vécut dix-sept ans en Égypte. La durée de sa vie fut de cent quarante-sept ans.

Lorsque Jacob sentit la mort venir, il appela son fils Joseph et lui dit : « Si tu as de l’affection pour moi, montre-moi ton amour et ta fidélité : ne m’enterre pas en Égypte. Promets-le-moi en mettant ta main sous ma cuisse. Quand je serai mort, tu emporteras mon corps d’Égypte et tu iras le déposer dans le tombeau de mes ancêtres. » — « Je ferai ce que tu m’as demandé », répondit Joseph. Jacob insista : « Jure-le-moi ». Joseph le lui jura. Alors Jacob le remercia en s’inclinant profondément à la tête de son lit. Genèse 47,1-31

 


Source : DR

 

Jacob est descendu en Égypte avec toute sa famille et ses biens. C’est avec une profonde émotion qu’il a retrouvé son fils Joseph. Celui-ci, sur la proposition de Pharaon, fait le projet d’installer les siens dans une région prospère du pays, à part des égyptiens, qui n’ont aucune sympathie pour les peuples bergers.

Mais cette installation, heureuse pour les réfugiés, coïncide avec une période terrible pour l’Égypte. La sécheresse et le manque règnent encore sur le pays, et les habitants, qui ont épuisé leurs économies, sont obligés de se séparer de leurs biens, puis d’entrer en servitude, pour simplement se nourrir et survivre.

Ainsi Joseph, ministre plénipotentiaire de Pharaon, assume un rôle dangereusement paradoxal. Il sauve les égyptiens de la famine mais fait peser sur eux la dure main de Pharaon, tout en limitant les futures redevances à 1/5 des récoltes. Et avec l’accord de Pharaon il sauve sa famille, mais, en lui donnant une position privilégiée, il risque fort, si la crise alimentaire s’aggrave, de l’offrir un jour en pâture à la vindicte du peuple égyptien. Car de tout temps les épreuves collectives favorisent la désignation d’un bouc émissaire.
Une double question est posée aux hébreux : quels liens gardent-ils ou non avec la terre que Dieu leur a donnée, et avec l’identité de « Jacob-Israël » que Dieu leur a conférée ? Il semblerait qu’il y ait sur ces questions une divergence entre Joseph et son père Jacob. 

Joseph a prospéré en exil ; il a épousé une femme égyptienne, dont il a eu deux fils auxquels il a donné des noms hébraïques. Joseph assume une double-identité, et aujourd’hui il ne désire qu’une chose : garder son père et sa famille près de lui, à l’abri. Mais Joseph n’a pas vraiment pensé aux modalités de leur intégration : peuple résidant à part, adorant son propre Dieu, avec des occupations et responsabilités spécifiques de pasteurs, y compris pour le compte de Pharaon, quelle sera la relation de ce peuple avec le peuple égyptien ?

Jacob, pour sa part, est conscient que les choses sont moins simples qu’il n’y paraît. Il est dépositaire de la promesse et ne peut rompre la chaîne de transmission qui lui vient d’Abraham. C’est pourquoi, s’il accepte de demeurer en Égypte pour le moment, il demande à Joseph qu’à sa mort, ses ossements soient emportés dans le tombeau de ses pères.

Les questions soulevées par ce récit sont fondamentales pour tous, mais les peuples en exil les incarnent de manière plus évidente. Il en va de l’identité de l’être humain – identité personnelle et collective. Qui sommes-nous ? Qu’est-ce que l’identité ? Notre identité est-elle liée à une terre, un pays  ? Devons-nous garder l’identité de ceux qui nous ont précédés ? Ou au contraire devons-nous accepter de nouveaux enracinements liés à de nouveaux contextes et conditions de vie ? Et si nous sommes exilés, devons-nous, pouvons-nous, « rentrer au pays » ?

Les réponses ne seront pas les mêmes pour tous, mais une chose est sûre, ici comme là-bas le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Joseph, de Moïse, de Jésus-Christ reste Dieu et Père pour nous, il ne nous abandonne pas et nous appelle à son service.

 

 


Source : Pixabay

 

Nous prions pour nos envoyés en Égypte.

Dieu, qui dans ta providence, dès le commencement du monde,
As prescrit à la terre de produire l’herbe et des fruits de toute sorte,
Toi qui donnes au semeur la semence et le pain pour la nourriture,
Nous t’en prions:
Permets que cette terre, enrichie par ta largesse et cultivée par le travail humain,
Produise du fruit en abondance
Pour que les peuples se réjouissent des biens que tu leur accordes,
Et qu’ils te rendent grâce ici et dans l’éternité.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

Livre des Bénédictions (1986), Conférence des évêques catholiques du Canada




Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens : «Justice et Paix s’embrassent»

Comme chaque année, du 18 au 25 janvier, les chrétiens célèbrent ensemble la Semaine universelle de prière pour l’unité des chrétiens. L’événement, en cette année 2019, a été préparé par les chrétiens d’Indonésie, plus grand pays d’Asie du Sud-Est avec plus de 17.000 îles, 1340 groupes ethniques différents et plus de 740 langues. Voici quelques outils pour vivre pleinement la semaine de prière pour l’Unité chrétienne.

Détail de l’affiche de la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens 2019 © DR

 

Traditionnellement, cette semaine internationale de prière est célébrée du 18 au 25 janvier, entre la commémoration de la confession de foi de saint Pierre et celle de la conversion de saint Paul. Dans l’hémisphère Sud, où janvier est une période de congés, les Églises trouvent souvent un autre moment, par exemple aux alentours de la Pentecôte, qui est aussi une date symbolique pour l’unité. Ce grand rendez-vous est préparé conjointement par la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises et par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (pour l’Église catholique). D’une année sur l’autre, il prend pour thème un verset différent de la Bible. Et traditionnellement, il est demandé à un groupe œcuménique local ou national à travers le monde de proposer un thème et de préparer des textes bibliques, des méditations pour chaque jour et une première ébauche de célébration œcuménique. Le thème de l’année 2018 était ainsi : «Le Seigneur est ma force et ma louange, il est mon libérateur» (Ex 15-6). Et les Églises des Caraïbes avaient été désignées pour faire la première rédaction des textes.

Pour cette année 2019, la Semaine de prière a été préparée par les chrétiens d’Indonésie. L’Indonésie est le plus grand pays d’Asie du Sud-Est avec plus de 17.000 îles, 1340 groupes ethniques différents et plus de 740 langues. Elle est pourtant unie dans sa diversité. Ce fragile équilibre est aujourd’hui menacé par de graves problèmes. La corruption est présente sous plusieurs formes, elle pervertit les relations sociales et accroît les situations d’injustice. Animés par ces inquiétudes, les chrétiens d’Indonésie ont trouvé que le verset du Deutéronome «Tu rechercheras la justice, rien que la justice…» (Dt 16,20) était un appel particulièrement pertinent pour eux et pour tous les chrétiens.

Questions pratiques et «boîte à outils» de base

Pour aller plus loin :

En lien avec la Conférence des évêques de France, la Fédération protestante de France et l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, l’association Unité Chrétienne a  élaboré, comme chaque année,  le matériel nécessaire à la préparation et la célébration de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne en France et Suisse romande. La diffusion en Suisse Romande est réalisée grâce à la collaboration de la Communauté des Eglises chrétiennes dans le Canton de Vaud.

Unité Chrétienne travaille à partir des documents internationaux produits par la commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises et le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens réunis chaque année dans une commission mixte internationale de préparation de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne.

Unité Chrétienne imagine régulièrement de nouveaux outils pour promouvoir davantage la Semaine de prière dans le monde chrétien francophone :

  • Pour communiquer sur la Semaine de prière : le visuel décliné en plusieurs versions et formats, en particulier une affiche.
  • Pour diffuser largement la Semaine de prière : le dépliant  à mettre à la disposition du plus grand nombre de fidèles des différentes Eglises,
  • Pour préparer et célébrer la Semaine de prière : la brochure ou numéro de la Revue de l’année qui contient l’adaptation française de la célébration oecuménique (téléchargeable), des textes et prières pour chaque jour de la Semaine et des articles développant le thème de l’année.- Chaque année le Conseil des Eglises Chrétiennes en France (CECEF) propose un destinataire pour les offrandes collectées pendant les célébrations de la Semaine de prière, lire le communiqué du CECEF.



Vers un nouvel enracinement ?

Méditation du jeudi 10 janvier 2019. Nous prions pour notre envoyée en Haïti et nous reprenons notre lecture interculturelle du cycle de Joseph. Les frères de Joseph sont repartis en Canaan avec des provisions, laissant Siméon en otage. À la demande de Joseph, ils reviennent en Égypte avec Benjamin, que Joseph projette de retenir à son tour en otage, au désespoir de Juda…

Alors Joseph, incapable de contenir son émotion devant les gens de son entourage, leur ordonna de sortir. Ainsi était-il seul avec ses frères quand il se fit reconnaître d’eux. Mais il pleurait si fort que les Égyptiens l’entendirent, et que la nouvelle en parvint au palais du Pharaon.

Joseph dit à ses frères : « C’est moi Joseph ! Mon père est-il encore en vie ? » Mais ses frères furent tellement saisis qu’ils furent incapables de lui répondre.

« Approchez- vous de moi », leur dit-il. Ils s’approchèrent.

Joseph reprit : « C’est moi Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour être emmené en Égypte. Ne vous tourmentez pas et ne vous faites pas de reproches pour m’avoir vendu ainsi. C’est Dieu qui m’a envoyé ici à l’avance, pour que je puisse vous sauver la vie. Il y a déjà eu deux années de famine dans le pays, mais pendant cinq années encore on ne pourra ni labourer la terre ni récolter les moissons. Dieu m’a donc envoyé dans ce pays avant vous, pour que vous puissiez y avoir des descendants et y survivre ; c’est une merveilleuse délivrance. Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, mais Dieu. Et c’est encore lui qui a fait de moi le ministre le plus puissant du Pharaon, responsable du palais royal et administrateur de toute l’Égypte.

Maintenant dépêchez-vous d’aller dire à mon père : « Voici le message que t’adresse ton fils Joseph : Dieu a fait de moi le maître de toute l’Égypte. Viens chez moi sans tarder. Tu t’installeras dans la région de Gochen avec tes enfants, tes petits-enfants, ton bétail, moutons, chèvres et boeufs, et tous tes biens. Tu seras ainsi tout près de moi. Ici je te fournirai des vivres, pour toi, ta famille et tes troupeaux, afin que vous ne manquiez de rien, car il y aura encore cinq années de famine». »
Et Joseph ajouta : « Vous voyez bien, et toi en particulier, Benjamin, que c’est moi qui vous parle. Allez donc dire à mon père quelle importante situation j’occupe en Égypte, et racontez-lui tout ce que vous avez vu. Ensuite dépêchez-vous de l’amener ici. » Joseph se jeta au cou de Benjamin, et tous deux s’embrassèrent en pleurant. Joseph pleurait aussi en embrassant ses autres frères. Alors seulement ils osèrent lui parler.

Au palais royal on apprit que les frères de Joseph étaient arrivés en Égypte. Le Pharaon fut heureux de cette nouvelle, ainsi que son entourage. Il dit à Joseph : « Dis à tes frères de charger leurs bêtes et de repartir au pays de Canaan, pour aller y chercher leur père et leurs familles et pour les ramener ici. Je les installerai dans la région la plus prospère d’Égypte, où ils disposeront des meilleurs produits du pays. Tu diras aussi à tes frères de se procurer ici des chariots pour ramener leurs femmes et leurs enfants, ainsi que leur père. Ils ne doivent pas regretter ce qu’ils laisseront là-bas, car ils viendront s’installer dans la région la plus prospère de l’Égypte. »

Les fils de Jacob firent ce qu’on leur proposait. Joseph leur fournit des chariots, selon l’ordre du Pharaon, ainsi que des provisions de route. Il fit cadeau d’un habit de fête à chacun d’eux, mais à Benjamin il en donna cinq, ainsi que trois cents pièces d’argent. En outre il envoya à son père, pour le voyage, dix ânes chargés des meilleurs produits d’Égypte et dix ânesses chargées de blé, de pain et d’autre nourriture. Il recommanda à ses frères de ne pas se disputer en cours de route, puis les laissa partir. Ceux-ci quittèrent l’Égypte, gagnèrent le pays de Canaan et arrivèrent auprès de leur père Jacob.

Ils lui annoncèrent : « Joseph est toujours en vie ! Il est même administrateur de toute l’Égypte. » Jacob ne réagit pas, car il ne les croyait pas. Mais ils lui rapportèrent tout ce que Joseph leur avait dit, ils lui montrèrent les chariots que son fils avait envoyés pour le voyage. Alors Jacob se ranima. Il déclara : « Je n’en demande pas plus. Mon fils Joseph est toujours en vie. Je veux aller le revoir avant de mourir. » Genèse 45,1-28

 


Source : Pixabay

 

On se souvient qu’après leur réconciliation, Jacob et Esaü n’étaient pas restés ensemble, mais que chacun s’était acheminé, avec sa famille, son clan et ses troupeaux, vers son lieu propre : Séir pour Esaü, Sichem pour Jacob. (Gn 33)

À l’opposé, l’objectif de Joseph est, au-delà de la réconciliation avec ses frères, de les réunir tous, avec leur père Jacob, dans son lieu d’exil, l’Égypte.

Mais comment décider Jacob-Israël à quitter la terre de la promesse ? En a-t-il le droit aux yeux de Dieu ? Lors d’une famine Isaac s’était vu interdire de partir en Egypte (Gn 26,2ss)

Est-ce parce que Joseph anticipe les possibles réticences de son père qu’il organise tout un stratagème afin de lui forcer la main : garder Siméon en otage, puis faire venir Benjamin dans le même but ?

Mais Joseph est un affectif ; il ne peut aller jusqu’au bout de son plan. Et on assiste à une scène bouleversante : Joseph, en pleurs, dévoile enfin son identité à ses frères. En même temps il exprime sa foi en affirmant qu’au-delà du mal commis par ses frères, c’est Dieu qui a provoqué son exil pour le bien et le salut de tous.

Alors ce sont les frères eux-mêmes qui désormais sont envoyés vers Canaan, de la part de Joseph, mais aussi de la part du Pharaon, pour aller chercher Jacob et toutes leurs familles afin qu’ils s’installent ensemble dans la meilleure province d’Égypte. 

Cette implantation ressemblerait à une belle histoire si nous ne connaissions la douloureuse suite, décrite au début du livre de l’Exode.

Alors Joseph a-t-il bien fait d’organiser l’installation de son peuple sur la terre d’Égypte ? L’exil doit-il donner lieu à un nouvel enracinement ou ne durer qu’un temps provisoire ? Les exilés doivent-ils rester entre eux, à part, ou bien chercher à s’assimiler ? Ces questions bien complexes ne sont-elles pas toujours actuelles ?

 

 


Louisiane Saint Fleurant (1924-2005), artiste haïtienne

 

Nous prions pour notre envoyée en Haïti et pour tous les exilés à travers cette prière prononcée par le Pape François lors de sa rencontre sur l’ile de Lesbos avec le Patriarche Barthélémy et l’archevêque Jérôme :

« Dieu miséricordieux, nous te prions pour tous les hommes, pour toutes les femmes et pour tous les enfants qui sont morts après avoir quitté leur pays à la recherche d’une vie meilleure.

Bien que beaucoup de leurs tombes ne portent aucun nom, chacun d’eux est connu, aimé et chéri de toi.

Puissions-nous ne jamais les oublier, mais honorer leur sacrifice plus par les actes que par les paroles.

Nous te confions tous ceux qui ont fait ce voyage, affrontant la peur, l’incertitude et l’humiliation, en vue de parvenir à un endroit de sécurité et d’espérance.

Tout comme tu n’as jamais abandonné ton Fils lorsqu’il a été conduit à un endroit sûr par Marie et par Joseph, de même à présent sois proche de tes fils et de tes filles que voici, à travers notre tendresse et notre protection.

En prenant soin d’eux, puissions-nous travailler pour un monde où personne n’est contraint à abandonner sa maison et où chacun peut vivre dans la liberté, la dignité et la paix.

Dieu miséricordieux et Père de tous, réveille-nous du sommeil de l’indifférence, ouvre nos yeux à leur souffrance, et libère-nous de l’insensibilité générée par le confort mondain et l’égocentrisme.

Aide-nous, en tant que nations, communautés et individus, à voir que ceux qui viennent dans nos contrées sont nos frères et sœurs.

Puissions-nous partager avec eux les bénédictions que nous avons reçues de tes mains, et reconnaître qu’ensemble, comme une famille humaine unique, nous sommes tous des migrants, en chemin dans l’espérance vers toi, notre vraie maison, où toute larme sera essuyée, où nous serons tous en paix et en sécurité dans tes bras. »




Nativité : le rêve de Dieu, plus fort que toute réalité

Pour cette semaine de Noël, notre méditation du jeudi… est déplacée au lundi. Florence Taubmann revient sur la Nativité : «Et si cet événement était un rêve (…) le rêve d’une histoire si folle et merveilleuse qu’elle concernerait toute la terre, tous les humains et toutes les créatures» ?

Alessandro Tiarini – Natividad – Galería Uffizi [Public domain] 

 

Et si cet événement était un rêve, proclamé dans les cieux, chuchoté de bouche à oreille, traduit en mille langues et tracé en mille écritures, dessiné par des générations d’artistes, chanté en chœur à travers les siècles des siècles, peut-être depuis le commencement du monde !

Un rêve risquant l’engloutissement à chaque trop violent soubresaut de l’histoire, ou bien la dilution dans les insoutenables distractions de nos sociétés qui s’oublient, le rêve d’une simple naissance sanctifiant toute naissance, d’une vie donnant sens à toute vie, le rêve d’un enfant portant dès son berceau de paille tout le poids du monde…

Le rêve d’une histoire si folle et merveilleuse qu’elle concernerait toute la terre, tous les humains et toutes les créatures – à commencer par l’âne, le bœuf, les moutons et les dromadaires de la scène primitive !

Et le rêve de cette histoire serait si évident et lumineux – comme une consolation infinie à portée de main – que chaque année les infatigables cloches du temps sonneraient haut et fort, en avant-première, pour nous inviter à faire silence, à vivre l’attente, à marcher sur la pointe des pieds, afin de surtout ne pas déranger le père et la mère de l’enfant à venir dans leur cheminement vers Bethléhem, avant que tous les Hérodes de la terre ne l’apprennent.

Et que puisse naître cet enfant, quelque part dans la ville de ses ancêtres Ruth et Booz. de la lignée de Tamar et Juda, fils de Jacob et Léa, fils d’Isaac et Rébecca, fils de Sarah et Abraham.

Oh oui si c’était un rêve, un vrai rêve, un rêve où s’engouffrent des anges de bénédiction dansant sur les degrés joignant la terre au ciel, un de ces rêves qui fécondent le cœur de notre mémoire, guidée par l’étoile d’Orient !

Ce rêve est le plus vrai de tous les rêves !

C’est le rêve de Dieu, plus fort que toute réalité, pour notre joie et pour l’amour de notre univers, à raconter à tous les enfants du monde !

Florence Taubmann