Rencontre au Défap avec Hadi Ghantous, pasteur syrien au Liban

Originaire de Damas, Hadi Ghantous est pasteur de la paroisse presbytérienne de Miniara au nord du Liban, à quelques kilomètres de la frontière syrienne. Il est également en charge des questions spirituelles et ecclésiales du Synode Arabe (National Evangelical Synod of Syria and Lebanon). Cette Eglise est présente en Syrie et au Liban. Témoin et acteur de premier plan, il est venu en France à l’invitation de l’Action Chrétienne en Orient (ACO), pour parler de la crise en Syrie. Nous l’avons interviewé à l’occasion de cette visite.

D : Pouvez-vous nous parler de votre engagement ?
Je suis né à Damas puis j’ai fait mes études au Liban et mon doctorat de théologie, à Berne. Je suis ensuite reparti au Liban où je suis en charge d’une paroisse située au Nord-Est du pays, à 15 km de la frontière avec la Syrie.
Aujourd’hui, je suis également responsable des questions spirituelles et ecclésiales du Synode Arabe ce qui m’amène à visiter les églises syriennes et libanaises une fois par mois, parfois dans des conditions difficiles. Il m’est notamment arrivé de me rendre dans une paroisse située à 1km du check point avec Daesh.

Le président du Défap Joël Dautheville, le directeur de l’ACO Thomas Wild et Hadi Ghantous

D : quelles sont les nouvelles de l’Eglise en Syrie ?
Les pasteurs syriens sont confrontés à des difficultés nouvelles : lever des fonds, trouver des lieux d’habitation, gérer des problèmes psychologiques, faire face aux pressions politiques, s’occuper d’églises dont les pasteurs sont partis mais aussi aider leur propre famille.
Le rôle de pasteur au Liban est difficile lui aussi.
Ma paroisse est située dans la partie la plus pauvre du Liban. Ici vivaient 300 000 personnes. Aujourd’hui, il y a, en plus, 300 000 réfugiés. Cela pose des problèmes économiques, de réconciliation (89 % des réfugiés sont des musulmans sunnites), des problèmes pour faire unité entre les Eglises…

D : quelle est votre mission en tant que responsable des questions spirituelles et ecclésiales du Synode Arabe ?
Le Comité des questions ecclésiales pour le synode arabe prend en charge aujourd’hui des questions liées à la santé (des enfants, des femmes), au financement… L’Eglise, si elle ne fait pas partie du conflit, en subit les conséquences.
Elle fait face à de nombreuses questions :
• Pourquoi on reste ?
• Quel rôle doit-on jouer ?
• Quelle identité a-t-on ?
C’est un nouveau challenge de construire un pont entre les gens !

D : pouvez-vous nous raconter ce que vous vivez au quotidien dans votre paroisse ?
Avec le conflit, la province qui était la plus pauvre s’est encore appauvrie. Principalement peuplée de Sunnites, elle accueille en priorité des réfugiés sunnites qui ont eux aussi de faibles revenus. La pauvreté s’ajoute à la pauvreté.
Pour aider les populations, nous avons mené un certain nombre d’actions :  mise en place d’une ne école pour les enfants syriens réfugiés et d’une clinique pour musulmans et chrétiens, réalisation de plusieurs collectes de vêtements pour les réfugiés (70 sacs de vêtements) et d’une collecte de fonds Jamais le montant collecté n’avait été aussi important !

D : Quelles sont vos principales difficultés au niveau de l’Eglise ?
Avec le conflit, nous avons « perdu » des gens qui sont partis à l’étranger, d’autres se sont déplacés. Nous devons redessiner les contours des paroisses : à cause des destructions d’églises (dans certains lieux, c’est la troisième fois que l’église est détruite), de la baisse du nombre de personnes en Syrie et au contraire, du développement ou de la création de nouvelles églises avec l’afflux de réfugiés au Liban.

D : Quels sont vos principaux enjeux ?
Ils sont multiples et d’ordres différents. Tout d’abord financiers car nous devons trouver des partenaires pour faire face aux besoins des réfugiés. Mais aussi humains, il nous faut répondre aux nouveaux besoins des gens, et religieux car nous avons à associer l’Eglise syrienne, à accueillir et intégrer les musulmans. Un enjeu international également : nous voulons faire entendre la voix de l’Eglise, ne pas être un pion dans une stratégie décidée par d’autres.
Sur ce dernier plan, je crois que nous avons un rôle à jouer dans la résolution du conflit : refuser la violence, négocier, parler, risquer, travailler avec toutes les Eglises.

D Comment financez-vous vos actions ?
Nous sommes soutenus par différentes personnes :
• nos partenaires en Occident = Eglises protestantes en Europe et aux US, ONG comme ACO
• les gens des Eglises locales
• la congrégation elle-même
Ma position, c’est de dire que l’argent est fait pour être utilisé ici et maintenant. Il ne doit pas être mis de côté pour le futur.

D : Comment voyez-vous l’évolution du conflit en Syrie et dans cette région ?
Tout le monde a intérêt à ce que la guerre en Syrie dure très longtemps. Pour les grandes puissances, c’est l’assurance de vendre des armes et de participer aux nombreux programmes de reconstruction à venir. Les pays de la région, Iran, Turquie et Israël, y ont aussi tout intérêt.
Cette guerre sera longue. Le régime de Bachar El Assad ne va pas disparaitre. Que faire avec Daesh ?
Ce qui est sûr, c’est qu’il y aura moins de chrétiens en Orient après cette guerre.
C’est une région instable mais il y a un espoir : que l’Eglise devienne prophétique, plus active, capable de dire plus haut et plus fort ce en quoi elle croit.
L’espoir aussi qu’après cette période de grande violence, qui me fait penser à la période de l’Inquisition, naisse un Islam réformé.




Alep : une situation intolérable

Suite à la réunion du Comité Exécutif de ACO Fellowship qui se tenait du 15 au 19 octobre 2016 à Strasbourg, une déclaration sur Alep a été faite. Elle vise à compléter et corriger l’information présente à ce sujet dans les médias occidentaux. Le Défap relaie ici le communiqué de l’Action Chrétienne en Orient (ACO).

Strasbourg, le 19 octobre 2016

Le Comité Exécutif de ACO-Fellowship tient à exprimer sa plus vive inquiétude face à la montée de la violence dans la ville syrienne d’Alep. Dans une réunion tenue du 15 au 19 octobre 2016 à Strasbourg, France, l’ACO prend en compte les dernières nouvelles venant des Eglises partenaires à Alep. Ces nouvelles arrivent à la conclusion que la situation humanitaire de la ville se détériore rapidement, non seulement dans les quartiers Est tenus par les rebelles mais aussi dans les secteurs contrôlés par le gouvernement où un grand nombre de personnes ont été tuées par les bombardements ces dernières semaines.

Deux Eglises partenaires de ACO-Fellowship, le Synode National Evangélique de Syrie et du Liban, (NESSL) d’une part et l’Union des Eglises Evangéliques Arméniennes du Proche-Orient (UAECNE) d’autre part, ont été sévèrement touchées par les combats. Pendant ces dernières semaines, une école et une église de l’UAECNE ont été touchées par des tirs de roquette. Une église qui vient juste d’être construite par NESSL est à présent sur la ligne de front. Les bâtiments du XIXe siècle appartenant à cette communauté ont été détruits par des attentats ciblés dès le début de la guerre.

L’ACO demande aux Eglises avec lesquelles elle est en relation de prier pour les habitants de la ville d’Alep, pour les Chrétiens qui sont restés sur place et pour tous ceux qui œuvrent pour secourir les victimes et le maintien de la paix. Entretemps, l’ACO continue d’apporter un soutien au travail pastoral et humanitaire de ses Eglises partenaires à Alep, en Syrie at au Liban.

L’ACO exprime aussi sa conviction que les interventions violentes menées de l’extérieure ne peuvent contribuer à la réalisation de la paix en Syrie. Elle appelle tous les politiciens bien intentionnés à user de leur influence pour que la violence stoppe immédiatement, pour empêcher les livraisons d’armes aux parties en guerre, et pour aider les Syriens à atteindre une solution pacifique.

 

L’Action Chrétienne en Orient (ACO)-Fellowship est un groupe de six partenaires protestants, trois du Moyen-Orient (Iran, Syrie, Liban) et trois d’Europe (Suisse, France et Pays-Bas). Il favorise un travail spirituel, diaconal et de développement principalement au Moyen-Orient.

(traduction ACO France)




Un soutien sans faille

Partenaire du Défap depuis 2008, l’Action Chrétienne en Orient (ACO), qui participe au développement des communautés chrétiennes ainsi qu’à la cohabitation entre chrétiens et musulmans, porte chaque année de nombreux projets en faveur des réfugiés au Proche et Moyen Orient. Lors du conseil du 11 juin 2016, le service protestant de mission a alloué 15 000 € à l’ACO pour le financement de ses actions. Son directeur, le pasteur Thomas Wild, se réjouit de ce grand signe de solidarité.


Thomas Wild, juillet 2016, DR

 

 

Quels sont les projets actuels de l’ACO ? 

L’ACO coordonne plusieurs projets actuellement.

ACO Fellowship, tout d’abord. Il s’agit de la communauté d’Églises entre Églises d’orient et Églises d’occident qui est composée de six membres : l’ACO France, l’Union des Eglises évangéliques arméniennes du Proche-Orient (UAECNE), le Synode national évangélique de Syrie et du Liban (NESSL), le Synode des Eglises évangéliques d’Iran, DM-échange et mission et l’Alliance missionnaire réformée des Pays-Bas.
Mais sur place, nous rencontrons de nombreux problèmes. Le Synode arabe, en Syrie et au Liban, connaît des difficultés. Face à la guerre civile et à l’exode ou au déplacement d’une grande partie de la population, ses neuf paroisses ont dû faire face à un bouleversement de leur organisation. Deux ont dû fermer (Idleb et Kharaba), d’autres du fait des réfugiés ont vu leur nombre augmenter. Et il en est de même pour les paroisses de l’Union Arménienne. Au Liban, le pays a accueilli plus d’un million de réfugiés dont une partie est accueillie par les églises.

Notre deuxième gros chantier est l’Egypte. C’est le pays du Moyen-Orient qui compte le plus grand nombre de protestants. Notre action a démarré avec la prise en charge des deux communautés francophones d’Egypte. L’objectif était de construire des relations avec la grande Eglise protestante sur place, appelée Synode du Nil ou Eglise presbytérienne d’Egypte (environ 400 000 membres).
Aujourd’hui, les programmes sont nombreux : poste pastoral (financé par l’ACO France et Suisse), envoi d’enseignants français à une école du synode du Nil, envoi de volontaires en soutien à un orphelinat du Caire et la collaboration avec l’ONG égyptienne CEOSS (Coptic Evangelical Organization for Social Services ) qui mène différents projets en parallèle comme la formation à la résolution non-violente de conflits et la traduction d’ouvrages théologiques français en arabe.
Parallèlement, nous agissons en Arménie à travers l’envoi de professeurs bénévoles de théologie et le co-financement, en collaboration avec l’association « Espoir pour l’Arménie », d’un projet humanitaire.

En Palestine, nous intervenons en collaboration avec le Défap sur le programme EAPPI.

Comment l’aide octroyée par le Défap va-t-elle permettre de faire avancer vos projets ?

Nous avons déjà eu des projets de collaboration avec le Défap mais c’est la première fois que nous obtenons une aide financière d’une telle ampleur. Il s’agit d’un bel acte de solidarité de la part d’un membre de cette communauté de foi que nous sommes. 

Cette aide va financer des projets d’urgence liés à la crise syrienne :
-soutien des enseignants restés en Syrie qui vivent dans des conditions difficiles
-venue d’étudiants libanais en Syrie.
– aide médicale et alimentaire à des personnes âgées dans les quartiers d’Alep.

Au total, 350 personnes pourront être assistées à travers ces programmes.


Quelles sont vos projets à venir ?

Le grand projet de cette rentrée c’est l’arrivée d’un nouveau pasteur au Caire en septembre 2016…ce qui, je l’espère, contribuera à un développement des relations avec la chrétienté égyptienne, la plus importante numériquement de tout le Moyen Orient.