«PM» lance sa newsletter sur l’actualité de la missiologie

Perspectives Missionnaires, qui publie depuis 2022 les « Cahiers d’études missiologiques et interculturelles » de Foi & Vie, vise à diffuser quatre fois par an des nouvelles sur tout ce qui fait l’actualité de la missiologie : rencontres, colloques, cours, publications…

Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir à qui l’on s’adresse. Et comment entamer un dialogue. C’est l’un des grands défis de la mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Quels mots pour la mission au XXIème siècle ? Quelles relations entre mission, évangélisation, action sociale ? Comment tenir compte du contexte de chacun, de sa culture et de son histoire ? La mission est-elle la même au loin et au près ? Quel rôle pour les Églises et quelle place pour les organismes missionnaires ? Peut-on être en mission ensemble, ou les Églises sont-elles condamnées à la concurrence ? Comment intégrer des thématiques comme la sauvegarde de la création, la place des femmes, les discriminations, la parole des Églises dans l’espace public ?

La mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de quarante ans Perspectives missionnaires.

Retrouvez la première newsletter de PM

À l’origine, c’était une revue, née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires. Elle s’est ensuite élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture œcuménique. Longtemps, elle est restée la seule et unique revue de missiologie protestante dans l’espace francophone. Elle est gérée depuis des années par une association indépendante qui s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), ainsi que, depuis fin 2017, la Cevaa. Son président, Jean-François Zorn, est un ancien du Défap ; Claire-Lise Lombard, qui en est vice-présidente, est responsable de la bibliothèque du Défap ; son trésorier, Étienne Roulet, est l’ancien président de DM, l’équivalent suisse du Défap pour la Suisse romande.

Avis aux chercheurs, spécialistes ou curieux

De 1981 à 2022, « PM » a publié de manière indépendante. Au bout d’une quarantaine d’années et après plus de quatre-vingt-deux numéros parus, elle a rejoint Foi & Vie dont elle publie désormais les « Cahiers d’études missiologiques et interculturelles ». Deux premiers cahiers sont disponibles sur le site de Foi & Vie :

  • « Prosélytismes … au pluriel ! »
  • « Chrétiens d’Orient : entre précarité et espérance »

Mais « PM » poursuit par ailleurs ses activités, comme en témoigne sa participation à un colloque qui aura lieu du 26 au 29 juin au Défap et à l’IPT (Institut protestant de théologie) sur le thème « Mission : le sens des mots », et réunit de nombreux partenaires dont l’AFOM (Association francophone œcuménique de missiologie), l’ICP (Institut catholique de Paris), Foi & Vie… Elle a également lancé une newsletter spécialisée sur la missiologie qui doit faire le point quatre fois par an sur l’actualité des rencontres, colloques, cours ou publications dans ce domaine.

Vous pouvez retrouver ici la première newsletter. Au menu : colloque de l’IPT et du Défap, les prochaines rencontres de Pomeyrol et les Jeudis du Défap, l’Action Commune de la Cevaa et la prochaine session de formation à la théologie interculturelle qui se prépare à l’Institut de Bossey…




Perspectives Missionnaires rejoint Foi & Vie

Le numéro 82 de Perspectives Missionnaires aura été le dernier publié en édition papier : place désormais au Cahier d’études missiologiques et interculturelles de Foi & Vie, dont le premier numéro reprend le dossier du dernier « PM » sur le prosélytisme. Explication de cette évolution par Marc Frédéric Muller.

Photo illustrant le dossier « prosélytismes… au pluriel », dans le Cahier d’études missiologiques et interculturelles de Foi & Vie, reprise du n°82 de Perspectives Missionnaires © Foi & Vie

La revue Perspectives missionnaires (PM), après quarante années d’existence indépendante et quatre-vingt-deux numéros parus, vient rejoindre Foi & Vie sous la forme d’un « Cahier d’études missiologiques et interculturelles ». L’équipe de PM espère ainsi enrichir la palette des champs de recherche de la revue numérique.

Il est utile de formuler ici la raison d’être du cahier qui voit le jour en présentant sa ligne éditoriale.

Premièrement, il est toujours nécessaire de réfléchir théologiquement à la façon dont les chrétiens entendent porter leur témoignage. Les débats dans la société civile et au sein même du protestantisme, remettant en question la légitimité de la mission, ont pu discréditer le recours à toute entreprise missionnaire. Pour certains, le mot mission peut sembler au mieux désuet et au pire évoquer des entreprises conquérantes, incompatibles avec l’Évangile et avec la valeur impérieuse du respect des consciences. Dans cette perspective, « la mission » renvoie à des pages jugées sombres de l’histoire du christianisme et de la civilisation occidentale. L’évangélisation qui y est associée, de façon réductrice, souffre également d’une mauvaise image ; elle est souvent perçue comme la prétention d’obtenir à tout prix des conversions, en forçant les consciences ou en les manipulant, sans égards pour le milieu socio-culturel où elle est engagée. Or, la réflexion missiologique a régulièrement interrogé les pratiques missionnaires, depuis les écrits du Nouveau Testament jusqu’aux conférences mondiales œcuméniques des dernières décennies (par exemple, Willingen 1952 ou Busan 2013). La Conférence des Églises protestantes en Europe, en 2001, se demandait : « Comment annoncer l’Évangile de telle manière que la forme choisie corresponde au contenu ? » Autrement dit comment « évangéliser de manière évangélique » de telle sorte que les Églises ne fassent pas le contraire de ce qu’elles proclament : un message libérateur et une parole de réconciliation.

Deuxièmement, il est important de contribuer à un travail historiographique. Il consiste à garder la mémoire, à observer, à décrire et à analyser les pratiques missionnaires, dans des contextes divers et à des époques diverses, en évaluant leurs soubassements idéologiques, qu’ils soient théologiques, philosophiques ou liés à un imaginaire ancré dans une culture spécifique. Les expressions chrétiennes sont en évolution constante dans le temps et selon les lieux, partout où l’Évangile s’est propagé. Dans leur diversité confessionnelle (approche œcuménique) et culturelle (réflexion sur les enjeux de la traduction et de réception de l’Évangile), elles montrent que le témoignage chrétien est aux prises avec les transformations du monde et que les Églises s’en trouvent elles-mêmes transformées.

Troisièmement, ces dernières années, du fait d’une mondialisation accrue des échanges résultant aussi bien des vagues migratoires que de la révolution numérique, les sciences religieuses et la missiologie ont concentré leurs travaux sur la complexité des rapports entre Évangile et culture, sous-tendue par des interprétations débattues de la définition tant de l’un que l’autre. Les dynamiques sont d’une étonnante diversité : adaptation, accommodation, inculturation, contextualisation, métissage, syncrétisme, interculturation, etc. sur fond de résistance, de confrontation, de dialogue, de rejet ou d’appropriation. Elles touchent le christianisme qui est à la fois déplacé dans ses expressions et créateur de culture. Derrière le phénomène de l’interculturalité, les enjeux sont parfois très lourds puisqu’ils concernent le « vivre-ensemble », la cohésion sociale et la reconnaissance des identités, la liberté religieuse et la construction d’une société de justice, de paix.

Quatrièmement, ce cahier souhaite modestement répondre au besoin d’un espace intellectuel de langue française, ancré dans le protestantisme et œcuménique, ouvert à des personnes en recherche sur tous les continents, désireuses d’exposer convictions et réflexions prospectives sur les voies du renouvellement du témoignage chrétien. Il s’agit d’accueillir des contributions venues de contextes divers et de stimuler la rédaction de textes permettant de croiser les regards. C’est un travail qu’il faut organiser et qui requiert un effort soutenu car il implique de franchir des frontières confessionnelles, géographiques linguistiques ou culturelles.

Une équipe d’une quinzaine de personnes a jusqu’ici conçu et préparé les dossiers parus sous le titre de Perspectives missionnaires. Nous nous réjouissons que les archives soient bientôt intégralement disponibles, en ligne, sur le site de Foi et Vie.

C’est avec reconnaissance que nous rejoignons la revue Foi et Vie, saluant l’intérêt de son comité de rédaction pour le champ de réflexion que nous avons ici esquissé.

Marc Frédéric Muller

 

Le sommaire de ce Cahier d’études missiologiques et interculturelles




Prosélytismes… au pluriel !

Pour son numéro 82, la revue Perspectives Missionnaires aborde la question sensible du prosélytisme. Une question qui interroge très directement la façon dont les Églises conçoivent et accomplissent leur mission. Ce numéro est par ailleurs le dernier à paraître sous forme imprimée : dès le n°83, PM rejoindra Foi & Vie sous la forme d’un « Cahier d’études missiologiques et interculturelles ». Les archives de Perspectives missionnaires (soit 82 numéros) seront ainsi bientôt intégralement disponibles, en ligne, sur le site de Foi & Vie.

Photo de couverture du n°82 de Perspectives Missionnaires © PM

Pour son passage du papier au numérique, notre revue Perspectives missionnaires a choisi d’aborder une question délicate, celle du prosélytisme. Une question qui interroge très directement la façon dont les Églises conçoivent et accomplissent leur mission. Jusqu’au XXe siècle, celle-ci était explicite : il fallait convertir des populations nouvelles au Christ pour suivre l’injonction du Ressuscité selon la finale de l’évangile de Matthieu : « Allez donc auprès des gens de toutes les nations et faites d’eux mes disciples » (Mt 28,19 BFC). Le prosélytisme ne faisait guère problème.

Depuis lors, nos sociétés ont changé ainsi que les sensibilités. Elles se sont sécularisées et les États, au nom de la laïcité, ont pour tâche de veiller à maintenir la paix religieuse sur leur territoire. La société pluraliste et multi-religieuse que nous connaissons en Occident place les Églises devant le défi de formuler d’une manière crédible le message réformateur de la réconciliation de Dieu avec les humains, et de la liberté offerte en Christ. En même temps, elle les met dans une situation quelque peu embarrassante. Cet embarras est notamment dû aux nombreuses réticences que provoque le terme d’évangélisation qui peut être compris comme un endoctrinement liberticide, une réduction individualiste faisant fi du tissu social, un zèle prosélyte qui met sous pression, un vis-àvis inégal entre possesseurs de la vérité et objets d’évangélisation, un événement qui se réduit à des paroles sans trouver sa concrétisation sur le terrain de la pratique sociale. De tels ressentiments sont nourris par des expériences du passé mais aussi du temps présent.

❝ Églises et religions se doivent d’être aujourd’hui facteurs de cohésion sociale et non de discorde ou de tension

Dans ce contexte, Églises et religions se doivent d’être aujourd’hui facteurs de cohésion sociale et non de discorde ou de tension. Or le prosélytisme a pris une connotation nettement péjorative, non seulement dans la société, mais également au sein des Églises elles-mêmes, gagnées par un esprit de tolérance et d’ouverture. Il apparaît comme une démarche « repoussoir » en opposition à une démarche d’unité dans laquelle les diverses confessions chrétiennes, voire les diverses traditions religieuses, se concertent pour porter un témoignage commun dans le monde.

Mais n’acceptons-nous pas trop facilement d’enfermer le prosélytisme dans une acception strictement péjorative ? Dans le refus de tout prosélytisme religieux, n’y a-t-il pas une forme de refus de la liberté de conscience et de religion ? Une difficulté d’accepter que l’autre change de croyance ? Ainsi Olivier Abel a-t-il écrit, de façon un peu provoquante, dans un numéro du quotidien La Croix de décembre 2003, un « éloge du prosélytisme » qui donnait de l’espace à ce qu’il appelait une « libre-conversation » des religions. Entre « gel confessionnel » chez certains, tendances à une forme de re-confessionnalisation chez d’autres, et identités fluides d’un certain post-confessionnalisme pour beaucoup d’autres encore, comment analyser ce à quoi nous assistons aujourd’hui ?

C’est ce type de questionnement qui nous a incités à faire le point sur ce que l’on entend par prosélytisme. Nous avons donc ouvert à frais nouveaux ce dossier en envisageant plusieurs angles d’approche. Les contributions qui suivent offrent une belle diversité de points de vue et de perspectives sur la question :

  • Une enquête néotestamentaire sur les débuts de la mission chrétienne avec le bibliste Simon Butticaz qui examine la question de savoir comment l’Église est devenue missionnaire ;
  • Une approche globale du prosélytisme avec le missiologue Hannes Wiher qui se penche sur les enjeux missiologiques ainsi que sur le témoignage chrétien dans les relations interreligieuses et interconfessionnelles ;
  • Une appréciation critique du prosélytisme dans le contexte de nos sociétés sécularisées par l’historien Jean-François Mayer ;
  • Le positionnement clair du mouvement oecuménique sur le prosélytisme par le théologien Jean-Luc Blondel ;
  • Une évaluation du prosélytisme d’un point de vue catholique romaine par Pierre Diarra, missiologue catholique ;
  • Une lecture du prosélytisme dans des pratiques ecclésiales contemporaines en Europe orientale et en Amérique latine par Jean Renel Amesfort.
  • Une analyse de stratégies d’évangélisation en milieu musulman au Liban avec la sociologue Fatiha Kaouès. Cet article particulièrement fouillé sera publié en deux parties. La première partie qui paraît dans ce numéro présente la théorie et la pratique d’évangélisation en milieu musulman de Georges Houssney, engagé auprès de diverses organisations missionnaires parmi lesquelles Campus Christian Fellowship.
  • Une seconde partie, qui présente la réflexion de Colin Chapman, un protestant évangélique très impliqué dans la réflexion sur l’activité missionnaire au Moyen-Orient et dans le dialogue interreligieux, paraîtra dans le prochain numéro de notre revue.

Ces diverses approches ne prétendent pas faire le tour d’un problème difficile et complexe. Mais elles ont la vertu, nous l’espérons, de montrer que le prosélytisme doit être examiné avec nuance et dans une perspective dialectique. En effet, l’appréciation qu’on en aura dépendra foncièrement de la théologie, de la sotériologie et de l’ecclésiologie de celui ou de celle qui l’étudie. Les différents auteurs en offrent des regards croisés qui enrichissent la réflexion et qui permettent de se faire une idée plus précise de la question telle qu’elle se pose aujourd’hui à nos Églises.

Avant de conclure cette introduction, il est judicieux de mettre encore en évidence deux éléments qui font partie de notre questionnement, mais qui n’ont pas fait l’objet d’un traitement particulier dans ce dossier : l’un concerne le contexte de nos sociétés libérales en Occident, l’autre porte sur un contexte plus large.

❝ Quelle différence de fond y a-t-il entre religion et monde politique, économique, associatif, ou même recherche spirituelle ?

Premièrement, on peut se poser la question : dans nos sociétés de « modernité-post » quelle différence de fond y a-t-il entre religion et monde politique, économique, associatif, ou même recherche spirituelle ? Car, contrairement à ce qui se passe pour les Églises et les religions, il y a bien des domaines où la recherche de membres ou d’adhérents est tout à fait tolérée, souvent au travers d’un prosélytisme décomplexé fait de propagande, de publicité, de campagne de communication. Partis politiques, syndicats, mouvements écologistes ou autres défenseurs de telle ou telle cause, promoteurs de tel ou tel produit, nombreux sont celles et ceux qui, aujourd’hui, font pression sur notre conscience en faisant appel à tous les moyens modernes de communication. Sans aller plus loin dans l’analyse, on peut avancer l’hypothèse selon laquelle c’est le lien souvent perçu – au passé comme au présent – entre religions, intolérance et violence qui pose problème et qui fait que les religions sont moralement interdites de prosélytisme contrairement à d’autres acteurs de nos sociétés.

Deuxièmement, et peut-être en contrepoint, il faudrait mettre en évidence le fait que, si, dans les sociétés libérales occidentales, le prosélytisme est mal perçu, il ne provoque pas des réactions menaçant fondamentalement la liberté de conscience et de culte. En revanche, il y a de plus en plus de pays où sont adoptées des lois anti-conversion qui sont nettement liberticides. Ce phénomène semble même en nette progression dans des contextes religieux très divers. Il pourrait être une réaction à l’effet de globalisation qu’exerce l’évolution de notre monde et il interroge fortement le rêve de société pluraliste et multiculturelle qui habite nos instances politiques et religieuses. Il n’est pas nécessaire de nous étendre davantage ici sur ce questionnement qui serait susceptible de susciter d’autres recherches et réflexions d’envergure.

Michel Durussel et Jean Renel Amesfort

 

Le sommaire de ce n°82

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis 40 ans Perspectives missionnaires.
Dès janvier 2022, PM rejoindra Foi & Vie sous la forme d’un « Cahier d’études missiologiques et interculturelles ». Les archives de Perspectives missionnaires (soit 82 numéros) seront ainsi bientôt intégralement disponibles, en ligne, sur le site de Foi & Vie. L’équipe de PM espère ainsi enrichir la palette des champs de recherche de la revue numérique.



Le jubilé de la Cevaa s’invite dans Perspectives Missionnaires

Le numéro 81 de Perspectives Missionnaires, consacré aux questionnements qui traversent tous les organismes missionnaires aujourd’hui, offre une carte blanche à Omer Dagan, secrétaire exécutif de la Cevaa en charge du pôle Animation et jeunesse, qui évoque les célébrations des 50 ans de la Communauté d’Églises en mission.

Illustration pour le Jubilé de la Cevaa © Cevaa

L’assemblée générale de la Cevaa – Communauté d’Églises en Mission – se prépare à vivre un moment particulièrement significatif de son histoire. En effet, le temps de son déroulement verra la célébration du cinquantième anniversaire de la Communauté. Le thème qui servira de fil conducteur à toutes les activités de l’assemblée générale et du Jubilé est intitulé : «Cevaa : maintenons la flamme !». Il est inspiré de Luc 12, 35.

Dès la création de la Cevaa, le 30 octobre 1971, les pères fondateurs avaient une ferme volonté, celle d’annoncer la Bonne Nouvelle au-delà de toute frontière. Ainsi vit le jour la Cevaa (Communauté évangélique d’action apostolique), dont la responsabilité est de mener une réflexion continue sur la mission et sur la signification de l’Évangile. Lors du Conseil du 30 octobre 1999 à Nécé (Maré, Nouvelle-Calédonie), les Églises membres avaient décidé de modifier le nom de la Communauté et de la nommer Cevaa – Communauté d’Églises en mission. Ce choix du mot «communauté » renvoie à la théologie de la première communauté apostolique, dont l’utopie constituait un grand rêve d’animer l’Église par la flamme de l’Évangile, en vue de la transformation du monde. Avec les mutations perpétuelles, la Cevaa cherche à maintenir vivante la flamme de son inspiration originelle, de manière à offrir chaleur et lumière à ses contemporains. Comme la ferveur spirituelle de bien des croyants diminue avec le temps, le slogan «Cevaa : maintenons la flamme !» est un encouragement important, pour la Communauté comme pour les Églises, dans leur engagement missionnaire. Il nous donne la possibilité de vérifier la solidité des liens entre Églises membres et de les renforcer.

Une flamme, c’est quoi ?

Une flamme est une réaction de combustible qui est à l’origine de la production du feu. Elle produit de la chaleur et émet en général de la lumière. La flamme dégage une puissance d’action : faire rougir le fer, cuire les aliments, combattre le froid, éclairer un chemin. Dans le langage biblique, la flamme symbolise la présence de Dieu, la Parole de Dieu, la présence du Saint-Esprit. La flamme de Jésus dans le monde, c’est donc le feu de l’Esprit-Saint gagnant de proche en proche, purifiant tout, embrasant tout, illuminant tous les hommes. C’est l’Esprit-Saint qui allume la foi dans le cœur des hommes grâce à la parole portée jusqu’au bout du monde par les témoins de Jésus. C’est pourquoi aujourd’hui la parole de Jésus vient nous réveiller dans notre lassitude, comme la flamme toujours impatiente de se communiquer.

Quelques manifestations de la flamme au sein de la Cevaa

Omer Dagan, secrétaire exécutif de la Cevaa en charge du pôle Animation et jeunesse © Cevaa

La Cevaa a une « flamme », une volonté, celle de la mission. Celle-ci nous a été transmise depuis 1971. C’est la flamme de la foi, de l’amour et du partage dont le slogan fondateur est : «Tout l’Évangile à tout l’Homme». L’objectif est de vivifier l’Église par le dynamisme des communautés, de mettre ensemble nos moyens, nos talents et nos atouts au service de l’évangélisation. La flamme allumée par les Pères fondateurs ne s’est pas éteinte. Elle s’est manifestée et se manifeste encore dans des domaines spécifiques bien visibles : la formation et les bourses, l’animations théologique, la jeunesse, les programmes et projets missionnaires, les échange de personnes, les actions communes, la solidarité dans le domaine de la santé etc.

Défis et interpellations

Aujourd’hui, la Communauté semble éprouver certaines difficultés : l’usure du temps, une certaine fatigue, de la lassitude ? Par ailleurs, nous vivons dans un monde globalisé, avec une globalisation dont le processus se poursuit à un rythme rapide et dont les effets se font sentir profondément dans tous les domaines de notre vie : social, spirituel, culturel, économique et politique. Dans ce contexte, le thème «Cevaa : maintenons la flamme !» nous place face à plusieurs défis.

Sur le plan spirituel, nous sommes appelés à maintenir la flamme de l’unité et du vivre-ensemble dans la diversité. Le vivre-ensemble nous rappelle que la Cevaa n’est pas un conseil d’Églises qui siègent côte à côte, ni une conférence d’Églises qui se consultent. Elle est une communauté d’Églises en communion les unes avec les autres. Il est donc essentiel de faire croître l’unité et l’esprit de communauté dans nos Églises et entre les Églises membres de la Cevaa.

Sur le plan matériel, il s’agira de promouvoir une catéchèse financière. Aujourd’hui, le visage des Églises est profondément modifié par des difficultés liées à la survie économique. La contribution des Églises baisse d’année en année, ce qui amène à penser que l’engagement faiblit. Il est vrai, l’argent n’est pas d’abord ce qui constitue le vivre-ensemble de la Communauté, mais les Églises doivent parvenir à s’interpeller les unes les autres sur la question des ressources matérielles.

Relever le défi du dialogue et de l’interculturalité sera un troisième axe essentiel. Nos sociétés, autrefois plutôt homogènes, sont confrontées à l’exigence croissante de nombreux modèles de pluralité : des cultures différentes se côtoient au quotidien. Le dialogue, les échanges étant les maîtres-mots de la Communauté, il nous faut, si nous voulons maintenir la flamme, approfondir le travail sur ce terrain.

Enfin, les questions liées à l’environnement occuperont une place considérable. Le monde dans lequel nous vivons a été créé par Dieu ; celui-ci l’a confié aux êtres humains pour qu’ils l’entretiennent et le conservent d’une manière agréable et confortable pour tous. Mais l’homme a empoisonné la création ; ses atteintes à l’environnement contribuent à la détérioration de la situation sanitaire mondiale et aggravent les catastrophes naturelles. Nous sommes tous face à une véritable menace pour la survie de l’humanité. Nous avons à en prendre conscience pour habiter autrement la création. L’éducation tiendra là un rôle majeur.

Envisager l’avenir

Commémorer le cinquantième anniversaire de la Cevaa est pour les Églises membres un motif de joie, de louange et d’action de grâce au Seigneur pour une histoire faite de rencontres, d’engagements, de réalisations à sauvegarder, entretenir et maintenir. Après cinquante ans de témoignage, il nous faut envisager l’avenir avec beaucoup de réalisme, de persévérance, de solidarité et de courage, dans la poursuite de la mission «de partout vers partout».

Développer avec les Églises l’esprit communautaire, maintenir notre compréhension de l’appel à servir la foi, à promouvoir la justice, à dialoguer avec les cultures et les autres religions à la lumière de la vocation apostolique, telles sont les tâches qui nous attendent. «Cevaa, maintenons la flamme !» remet chacune de nos Églises en face de ses responsabilités. «Tenons donc ferme : ayons à nos reins la vérité pour ceinture ; revêtons la cuirasse de la justice ; mettons pour chaussures à nos pieds le zèle que donne l’Évangile de paix ; prenons par-dessus tout cela le bouclier de la foi, avec lequel nous pourrons éteindre tous les traits enflammés du malin» (Eph. 6, 13).

Il ne reste plus qu’à souhaiter le meilleur à la Cevaa, à ses Églises membres, pour la mission des prochaines décennies.




Organismes missionnaires, quel avenir ?

Alors que Défap et Cevaa célèbrent leur cinquantenaire, le numéro 81 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, dresse un panorama des évolutions qu’ont connues les organismes missionnaires au cours des dernières décennies, et des problématiques auxquelles ils sont confrontés aujourd’hui. En voici la présentation, à travers cet article de Marc Frédéric Muller et Jean-François Zorn.

Photo de couverture du n°81 de Perspectives Missionnaires © PM

En ces temps de jubilé cinquantenaire de deux organismes missionnaires, la Cevaa – Communauté d’Églises en mission et le Défap – Service protestant de mission, Perspectives missionnaires propose un dossier permettant de s’interroger sur les mutations intervenues au sein des organismes missionnaires, internationaux et nationaux.

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Les anciennes sociétés de mission, fondées pour les premières d’entre elles un demi-siècle avant la constitution des empires coloniaux, avaient eu pour principale tâche de propager l’Évangile au sein de populations étrangères au christianisme. L’accès à l’autonomie des Églises nées de la mission, à l’heure de la conquête des indépendances politiques des pays, a nécessité la création d’un nouveau cadre de relations internationales, propice à des relations de partenariat, et cherchant à s’affranchir de tout paternalisme.

De nouvelles institutions ont été créées en Europe à partir des années 1960-70. D’une dynamique d’implantation d’Églises, on est passé à des relations inter-ecclésiales pour porter une mission évangélique de «partout vers partout». Le dépassement de relations asymétriques a cependant été rendu difficile du fait du maintien d’importantes inégalités économiques entre, d’une part, de «jeunes» Églises démunies financièrement mais portées par une forte croissance et, d’autre part, de «vieilles» Églises bien établies mais sans cesse plus fragilisées par la sécularisation.

Jusqu’à la fin des années 1980, la priorité est donnée à l’appel à la solidarité, notamment financière, articulé à une critique d’un ordre mondial considéré comme injuste : les actions, projets ou échanges, sont au service d’objectifs de développement, avec le souci d’une approche holistique qui prenne en compte toutes les dimensions nécessaires à l’épanouissement de la vie.

Après la chute du mur de Berlin en 1989, et avec l’essor des mouvements migratoires, les préoccupations socio-économiques, qui donnaient une forte dimension diaconale à l’action missionnaire, se déplacent vers des problématiques plus culturelles et interculturelles. La naissance d’Églises issues de l’immigration amène aussi de profondes remises en question quant à la manière de vivre et d’incarner l’universalité de l’Église dans la diversité culturelle, tant à l’échelle internationale que sur un même territoire. Le défi demeure aujourd’hui, celui d’une mission véritablement incarnée et œcuménique, sans plus établir de distinction entre Nord et Sud, de discrimination entre un centre et une périphérie, de division entre confessions chrétiennes.

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En ouverture de ce dossier, un article de Risto Jukko offre un survol des évolutions intervenues au sein du mouvement missionnaire né dans la suite de la Conférence universelle des missions d’Edimbourg en 1910. Ce mouvement s’est traduit institutionnellement par la création, en 1921, du Comité international des missions, suivie, en 1963, de celle de la Commission mission et évangélisation du Conseil œcuménique des Églises basé à Genève.

En seconde position, l’article de Françoise Thonet donne une présentation du mouvement de Lausanne, né en 1974. Celui-ci, inscrit dans la mouvance évangélique, a pris une forme institutionnelle dans le Comité de liaison pour l’évangélisation mondiale plus connu sous le nom de Comité de Lausanne. Prenant son origine dans le même mouvement missionnaire mondial que le mouvement œcuménique, il résulte d’une rupture intervenue avec celui-ci dans les années 1960 en raison de différends théologiques évoqués dans les articles. A partir des années 1980, un dialogue s’est néanmoins renoué entre Genève et Lausanne.

S’intéressant à des organismes nationaux, trois articles, respectivement de Julian Woodford, Benedict Schubert et Marc Frédéric Muller, portent sur des organismes protestants ayant entre eux des liens historiques : deux organismes suisses, DM (Suisse romande) et Mission 21 (ex-Mission de Bâle en Suisse alémanique), un organisme français, le Défap, qui a succédé en 1971 à la Société des missions évangéliques de Paris (Mission de Paris) née en 1822.

En effet, la Mission de Bâle est à l’origine de la Mission de Paris alors que DM, né en 1963, est en partie issu de la Mission de Paris. DM a rejoint la Cevaa, Communauté internationale d’Églises en mission, en 1971 comme organisme représentant des Églises de Suisse romande tandis que le Défap devenait le service missionnaire dont les Églises de France se dotaient, en particulier pour vivre de nouvelles relations avec les Églises de la Cevaa.

Ce panorama est complété par la présentation d’un organisme évangélique, la Mission baptiste européenne, par David Boydel, et d’un organisme catholique, le Service national missions et migrations, par Xavier de Palmaert.

Au-delà des différences de traditions théologiques et ecclésiologiques ces croisements font apparaître des problématiques communes. Se révèle de quelle façon plusieurs institutions missionnaires, avec leur héritage et leur sensibilité spécifique, ont essayé d’accompagner les transformations qui ont affecté la marche du monde et le devenir des Églises. Mais également comment ces évolutions les obligent à toujours repenser leurs propres mutations.

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Le dossier s’achève par la présentation d’une nouvelle discipline théologique, la missiologie, par deux acteurs de sa promotion dans l’espace francophone, Jean-François Zorn et Gilles Vidal. Celle-ci trouve ses bases épistémologiques et institutionnelles après que les anciennes sociétés missionnaires ont disparu ou se sont réorganisées. L’exemple protestant français montre que le patrimoine pédagogique (à travers la formation des missionnaires) et documentaire (à travers les archives et la littérature missionnaire) peine à trouver sa place dans le monde des facultés de théologie, longtemps tournées vers la formation des seuls ministres destinés à
l’Europe et aux Églises établies. Cependant, la nécessité d’inventer d’autres ministères dans une Europe sécularisée, de réfléchir à l’avenir du christianisme au milieu d’autres religions et idéologies et dans des espaces multiculturels, constitue une opportunité pour la missiologie de se constituer en discipline apte à préciser les nouvelles conditions de la diffusion et de la contextualisation du christianisme au XXIe siècle.

Mais l’expérience montre qu’en matière de missiologie, comme dans bien des domaines de l’innovation, la pratique précède souvent la théorie, celle-ci survenant quand la pratique est en crise.

Autre problématique mise en évidence par cet article, celle relative aux programmes de formation et d’action pilotés par divers organismes (dont les facultés de théologie), appelés eux-mêmes à muter quant à leur pratique pédagogique et à l’invention de nouveaux paradigmes de la mission.

 

Le sommaire de ce n°81

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de trente-cinq ans Perspectives missionnaires, unique revue protestante de missiologie de langue française.
Née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires, elle s’est élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture oecuménique. Elle est actuellement gérée par une association indépendante et s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), et depuis fin 2017 la Cevaa.



Europe, se convertir à la mission ?

Ce numéro 80 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, s’attache aux questionnements auxquelles la mission fait face dans le contexte européen. Un dossier préparé par Gilles Vidal, Doyen de la Faculté de théologie protestante de Montpellier.

Photo de couverture du n°80 de Perspectives Missionnaires © PM

« Que signifie l’expression tant débattue des « racines chrétiennes de l’Europe » ? Quel regard peuvent porter des missionnaires étrangers sur le contexte européen que l’on dit « déchristianisé » ? Et cette prétendue « déchristianisation », ne serait-elle pas l’envers d’une christianisation largement fantasmée ? Quelles nouvelles voies la mission devrait-elle emprunter en France et en Europe et quel public « cible » viser ? L’évangélisation serait-elle la clé pour revitaliser de vieilles traditions chrétiennes ou au contraire pour inventer de nouvelles formes de chrétienté ? »

Gilles Vidal

Le dossier

Tout d’abord, qu’est-ce qui relie le missionnaire d’hier à celui d’aujourd’hui ? Pour tenter d’y répondre, c’est à un voyage interstellaire que nous convie Gilles Vidal, en quête de constantes de la figure du missionnaire à travers les âges.

J. G. Gantenbein nous invite à revenir sur le processus historique qui a conduit à une séparation entre mission intérieure et mission extérieure (ou encore entre évangélisation et mission) puis sur l’adoption, au cours des années soixante, du paradigme de « la mission de partout vers partout ». Mais la pratique missionnaire peut-elle faire l’économie de tout critère « géographique » ?

Missiologue catholique, François-Xavier Amherdt nous propose un parcours à travers les différentes encycliques sur la mission et en particulier Evangelii Gaudium (2013) du pape François sur l’annonce de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui.

Une illustration concrète de nouvelles voies pour la mission nous est offerte avec un article de Gwenaël Boulet sur l’implantation d’un nouveau lieu de témoignage à Créteil, en banlieue parisienne, au sein de l’Église protestante unie de France.

 

Le sommaire de ce n°80

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de trente-cinq ans Perspectives missionnaires, unique revue protestante de missiologie de langue française.
Née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires, elle s’est élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture oecuménique. Elle est actuellement gérée par une association indépendante et s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), et depuis fin 2017 la Cevaa.



La Corée, invitée d’honneur de Perspectives Missionnaires

Ce numéro 78 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, observe ce qui se passe du côté de l’Est et de l’Asie : plus précisément du côté de la Corée… Histoire et évolutions actuelles du christianisme coréen, et tout particulièrement du protestantisme ; relations avec les Églises de France… Vous y retrouverez un entretien exceptionnel avec Huy-yeon Kim, sociologue et maîtresse de conférences à l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales), un regard sur la «mission en retour» en Occident… Un numéro qui invite au déplacement.

Le n°78 de Perspectives Missionnaires © PM

La Corée du Sud est assez présente dans l’actualité internationale. Elle a gagné du prestige grâce à sa puissance technologique et industrielle, avec des conglomérats – les chaebols – comme Samsung, Hyundai ou LG Group. Son rayonnement culturel – la Hallyu – est croissant, à travers la musique KPop, la bande dessinée ou le cinéma. Le réalisateur Bang Joon-ho a décroché la Palme d’or 2019, à Cannes, pour son film Parasites. Elle occupe aussi une place particulière en géopolitique, étant le jouet des tensions entre la Chine et les Etats-Unis d’Amérique, tandis que son frère ennemi du Nord agite régulièrement la menace de l’arme nucléaire. Pour autant, l’histoire et la culture de la Corée nous demeurent assez méconnues, tout comme celles de ses Églises.

Le présent dossier ne prétend pas combler ces lacunes, mais il voudrait attirer l’attention sur une société singulière qui est parvenue à subsister, notamment grâce à son génie propre, bien que prise en étau entre les grandes puissances voisines : la Chine, dont la Corée fut très longtemps vassale, mais aussi la Russie et le Japon.

La majorité de la population se déclare sans religion ; près de 60% en 2018, mais ce chiffre doit être pris avec précaution car l’influence multiséculaire de courants spirituels reste forte, avec des traditions toujours vivaces au XXIe siècle : le shamanisme, le bouddhisme, le confucianisme et plus récemment le christianisme. Depuis le XIXe siècle, ce dernier constitue une des composantes religieuses qui forge son identité, avec des expressions particulières. On compte à peu près 28% de chrétiens (8% de catholiques et 20 % de protestants) pour 15% de bouddhistes.

L’histoire de ce pays est complexe. Des facteurs multiples doivent être pris en compte pour essayer d’en comprendre quelques aspects. Si l’empreinte religieuse y est essentielle – celle du christianisme notamment -, la Corée du Sud entre progressivement dans l’ère de la sécularisation.

Au IVe siècle, le bouddhisme est introduit par la Chine dans la péninsule, où dominent alors les trois royaumes de Silla, Baekje et Guryeo. En 918, il devient la religion d’un royaume unifié, sous la dynastie Koryo, jusqu’au XIVe siècle. A nouveau sous l’influence de la Chine, à partir de 1392 et jusqu’en 1910, période dite «Joseon», les souverains marginalisent le bouddhisme pour adopter un néoconfucianisme qui devient la base idéologique de l’ordre social. Celui-ci repose sur une hiérarchie très stricte, avec une échelle de castes dominées par les élites de la noblesse, avec la subordination des femmes aux hommes, des jeunes aux aînés. La loyauté familiale et clanique, la piété filiale et le culte des ancêtres ont constitué pendant des siècles le cœur de la conscience collective et de la cohésion sociale. Même si les nouvelles générations tendent à remettre en question ce cadre moral, il demeure très prégnant aujourd’hui.

En 1784, à Beijing, Yi Seung-hun est le premier Coréen à être baptisé. La cérémonie est célébrée par le jésuite Jean Joseph de Grammont qui compte parmi les missionnaires catholiques français basés en Chine. Ceux-ci entrent régulièrement en contact avec des Coréens de passage, diplomates ou négociants. En 1836, le premier missionnaire arrive clandestinement à Séoul ; Pierre Maubant est un prêtre envoyé par la Société des Missions étrangères de Paris. Trois ans plus tard, il est arrêté et décapité avec deux de ses collègues.

Le XIXe siècle est marqué par la poussée des puissances coloniales européennes et américaine, en compétition avec la Russie et le Japon pour tenter de s’imposer dans la région, si besoin par la force. Pour les Occidentaux, les enjeux sont multiples : contrôler l’espace maritime du Pacifique, des Mers de Chine orientale et méridionale, rester dans la compétition sur le marché de la pêche baleinière, accaparer une part du dépeçage de l’Empire chinois des Qing, contenir l’expansionnisme de l’Empire russe qui parvient à se saisir de la région de Vladivostok située aux portes de la Corée.

Le Palais des Mûriers (palais Gyeonghuigung) – in : La Corée indépendante, russe ou japonaise (p. 125) – Villetard de Laguérie – 1er janvier 1898 © Wikimedia Commons

Mais, à cette époque, les gouvernements successifs de Joseon sont plutôt opposés à l’introduction du christianisme, associé aux intérêts étrangers. Cette seconde moitié du siècle est marquée par la persécution des quelques milliers de convertis ; beaucoup sont exécutés, de même que des missionnaires qui ont enfreint l’interdiction d’entrer sur le territoire.

Dans le même temps, des vaisseaux français effectuent des voyages de reconnaissance sur les côtes coréennes. Certains font naufrage ; les équipages reçoivent pourtant du secours. D’autres effectuent des mouillages dans les ports pour bénéficier de ravitaillement, mais le pays reste méfiant, lucide devant les motivations étrangères. Des ambitions de conquête, non portées par Paris, débouchent sur l’organisation d’une expédition militaire en 1866, à la suite de l’exécution de neuf missionnaires français. Le contre-amiral Pierre-Gustave Roze, gouverneur de la Cochinchine, conduit une offensive à partir du fleuve Han, il bombarde la capitale Hanyang (Séoul), mais il est contraint de reculer, non sans avoir effectué une razzia sur l’île de Kanghwa. Dans son butin, il rapporte des fusils, de l’or et de l’argent, des œuvres d’art, ainsi que des livres dont le fameux Jikji : il s’agit du plus vieil imprimé connu, daté de 1378, réalisé avec des caractères métalliques amovibles soixante-dix ans avant Gutenberg. Il se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France, à Paris.

Le protestantisme est amené dans la Péninsule par des missionnaires nord-américains, de confessions méthodiste et presbytérienne, à partir de 1884, dans un contexte de pression croissante des grandes puissances qui imposent à la Corée des traités de coopération. Le premier traité franco-coréen date de 1886, après la Russie (1884), les États-Unis et la Grande-Bretagne (1882), dans le contexte du déclin de l’Empire chinois de la dynastie des Qing et de la montée en puissance du Japon qui, dès 1876 et avant les autres, s’est imposé dans ce pays. Ces accords inégaux obligent la Corée à s’ouvrir à la liberté religieuse.

Les missionnaires protestants viennent avec la traduction des Évangiles en coréen. En 1911, au moment où la première Bible intégralement traduite est diffusée, les chrétiens représentent environ 1% de la population.

En décembre 1913, à la Faculté libre de théologie protestante de Montauban, Jacques Delpech soutient une thèse de bachelier qui a pour titre : Le Christianisme en Korée. Ce travail étonnant est essentiellement basé sur des livres, articles ou rapports de missionnaires américains ; sa bibliographie ne compte que trois monographies en français, issues du milieu catholique. Dans son introduction, il dit ne pas avoir pu se rendre en Corée et il ne semble pas avoir eu l’occasion de rencontrer de Coréens.

Au moment où il présente sa thèse, Delpech sait que le Japon a annexé la Péninsule. Il ne le commente ni ne le dénonce, mais il rédige une courte conclusion qui peut surprendre, étant donné le contexte :

Ballotés entre la Chine et le Japon, les destinées politiques de la Korée ont été éminemment tragiques et ont eu un contre-coup sur la nation tout entière. Abaissée, humiliée, elle a voulu, elle veut encore se ressaisir, regagner sa personnalité. Elle a compris que cet idéal, les religions d’Orient les plus pures ne parviendraient à le lui faire atteindre. Alors elle s’est tournée vers le christianisme, et cette nation qui semblait vouée à une disparition plus ou moins lente, grâce à son acceptation enthousiaste du christianisme, est appelée à jouer un rôle important dans les destinées de l’Extrême-Orient. Un tel pays et un tel peuple sont dignes d’attirer l’attention des chrétiens d’Occident.

Les Églises protestantes ont très tôt contribué à former des cadres dans un esprit réformiste, quand la royauté se révélait incapable de sortir des schémas traditionnels et de donner les impulsions nécessaires à une restructuration du pays. Mais les Japonais étendent progressivement leur emprise sur la Corée. Ils s’imposent comme puissance coloniale avec des troupes d’occupation (1895-1910) puis décident d’annexer le pays, situation qui perdure jusqu’en 1945. Après quelques décennies de paix religieuse, le rejet du christianisme reprend avec une intensité croissante sous le régime nippon qui introduit le shintoïsme et rend obligatoire certaines de ses dévotions.

Les Japonais crucifient les Coréens chrétiens « coupables » de vouloir la libération de leur pays du joug japonais (1919). © Wikimedia Commons

Dans une société où certains secteurs se réjouissent de la colonisation nippone, car ils y voient une opportunité de modernisation, les protestants prennent une part très active au mouvement de résistance et à la déclaration d’indépendance du 1er mars 1919. L’Église catholique cherche plutôt la conciliation. En s’identifiant avec l’aspiration nationale à regagner une totale souveraineté, les Églises protestantes acquièrent une indéniable crédibilité au sein d’une population traumatisée par la brutalité des autorités japonaises.

En 1945, les chrétiens ne représentent encore que 2 ou 3 % de la population. Ils sont surtout concentrés au Nord, où le christianisme va officiellement être interdit, de 1945 à 1950, sous l’occupation soviétique. Le Sud de la Corée est alors administré par un gouvernement militaire américain qui favorise les Églises, d’autant plus facilement que les organisations bouddhistes et confucéennes sont exsangues. Les protestants coréens sont dans une position très avantageuse pour le recrutement dans l’administration en raison de leur engagement contre l’occupation et parce qu’ils comptent un nombre important de cadres anglophones ayant étudié aux États-Unis. Les Églises protestantes reçoivent de nombreux soutiens financiers des Églises-mères américaines ; cela leur permet d’être des actrices de poids dans la reconstruction du pays, en déployant une action sociale dans les domaines de l’éducation, de la protection des orphelins, de l’accueil des femmes seules.

En 1950, au Sud, 90% des quelques 2 000 nouvelles Églises, la plupart presbytériennes, sont fondées par des personnes venues du Nord. La guerre de Corée, qui s’achève en 1953, fait près de trois millions de morts ; le pays en ressort dévasté. La plupart des communautés protestantes deviennent des alliées de la puissance américaine, contre le régime communiste du Nord, dans la phase de reconstruction du pays. Mais la Péninsule est dorénavant coupée en deux, même si la guerre idéologique entre blocs occidental et communiste a cessé depuis longtemps. L’espoir de la réunification est porté par les Églises avec ferveur.

Même s’ils partagent des racines communes et une même langue, les mondes coréens sont cependant dispersés. Il faut compter avec une minorité nationale reconnue en Chine, soit deux millions de personnes principalement établies dans la province de Jilin et dans la préfecture autonome de Yanbian (Yeonbeon), à la frontière Nord de la péninsule. Quelques 600 000 Coréens vivent au Japon. Un nombre équivalent habite les États-Unis tandis que 300 000 vivent en Russie. Enfin, de nombreuses communautés forment une diaspora présente en Europe et à travers le monde.

L’occupation japonaise et la guerre de 1950-1953 ont favorisé l’émergence d’expressions millénaristes ou messianiques qui ont marqué les esprits. L’Église de l’unification fondée par Sun Myung Moon (souvent désignée comme la «secte Moon»), en 1954, a pour objectif d’établir le royaume des cieux sur terre. Ses cérémonies de mariages, réunissant des milliers de couples en un même lieu, furent largement médiatisées. Dans un autre style, l’Église du plein Evangile – Yoido de David Yonggi Cho, fondée en 1958, s’inscrit dans la ligne pentecôtiste des Assemblées de Dieu ; elle est reconnue comme la plus grande megachurch au monde ; son ministère est au départ fortement marqué par la volonté d’apporter la guérison des malades et de promouvoir la prospérité économique des fidèles.

Durant les années 1960 à 1990, la Corée du Sud connaît un boom économique impressionnant, obtenu à marche forcée sous des régimes militaires. Aujourd’hui, sur la scène internationale, des entreprises incontournables (Kia, Hyundai, Samsung) et un rayonnement culturel populaire (KPop, cinéma et séries télévisées) représentent la vitrine de la 11e économie du monde, avec un Indice de Développement Humain (IDH) légèrement supérieur à celui de la France. Cet essor est contemporain de la croissance du christianisme (augmentation de 330% entre 1962 et 1970), avec un protestantisme conservateur qui soutient un système productiviste capitaliste porté par des régimes autoritaires ou dictatoriaux. L’Église catholique, forte de son organisation internationale, se montre souvent plus indépendante et critique. Néanmoins, au sein du protestantisme, une aile minoritaire progressiste se démarque. Elle promeut la «théologie du minjung (peuple)» dans les années 1980. Celle-ci s’inscrit dans un mouvement qui traverse l’ensemble de la société : aspiration nationaliste socialisante. Le parallèle peut être établi avec la théologie de la libération en Amérique latine, où sévissent également des régimes qui répriment les mouvements populaires anticapitalistes, considérés comme procommunistes.

Busan, en Corée du Sud © Wikimedia Commons

L’affirmation du «peuple» dans ses ambivalences (masses populaires et/ou nation) est significative du besoin pour la société coréenne de préciser son identité, de trouver sa place dans la modernité. Pour Alain Delissen, «ce qui se cherche dans le nationalisme culturaliste et le discours des racines procède… rarement d’une pulsion archaïsante. C’est bien plutôt le futur du passé qui s’y cherche : la conquête d’un universel, d’une rationalité, d’une modernité, un peu moins marqués par l’aveuglement de leur naissance à l’Occident».

Des militaires se succèdent à la tête de l’État jusqu’en 1993. Mais un processus de démocratisation, porté par des responsables chrétiens «progressistes» soucieux des droits de l’Homme, est en marche et gagne l’ensemble des forces sociales. L’influence des Églises sur la scène politique devient alors moins perceptible, même avec un engagement social significatif et avec une forte implication en faveur de la réunification du Nord et du Sud. A plus long terme, toutes les institutions religieuses tendent à se recentrer sur leur vocation spirituelle.

La progression des Églises protestantes, très liée à la cause nationale et patriotique ainsi qu’au développement économique de l’après-guerre, marque le pas à la fin du XXe siècle. Le doute s’installe parmi les jeunes générations, au moment où le modèle de développement et d’enrichissement américain est remis en cause, notamment suite à la crise financière asiatique de 1997.

Les missionnaires coréens dans le monde impressionnent encore par leur nombre – plus de 25 000 au début des années 2010 -, mais les Églises recrutent moins de jeunes. Le souvenir des vingt-trois missionnaires pris en otage en Afghanistan, en juillet 2007, a laissé un goût amer. Pour obtenir leur libération, les autorités ont en effet été obligées de négocier avec les terroristes. Le pays a alors le sentiment d’avoir perdu la face et le gouvernement impose des restrictions aux missionnaires, dénonce un prosélytisme trop agressif, et menace de retirer les passeports des personnes qui portent atteinte à la dignité de la nation.

Toutes les Églises sont aujourd’hui confrontées aux défis d’une société toujours plus sécularisée, indifférente aux institutions religieuses, marquée par l’individualisme et le consumérisme. Avec tous les exclus de la prospérité, leur action dans le domaine social est d’autant plus importante. Mais elles devront renouveler leur témoignage, se confronter aux défis contemporains des jeunes générations, si elles ne veulent pas être peu à peu marginalisées.

Marc-Frédéric Müller

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Eléments de bibliographie
Sebastian Kim, Kirsteen Kim, A History of Korean Christianity, Cambridge, University Press, 2015.
Pascal Dayez-Burgeon, Histoire de la Corée, des origines à nos jours, Paris, Tallandier, 2017 (Texto).
«La Corée, Combien de divisions ?», Critique, janvier-février 2018, n° 848-849.
Patrick Maurus, Les trois Corées, Paris, Hémisphères éditions, 2018.

Articles accessibles sur Internet
Delissen Alain, «Démocratie et nationalisme : le moment minjung dans la Corée du Sud des années 1980» in : Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 45, 1997, p. 35-40.
Bertrand Chung, «Politique et religion en Corée du Sud» in : Revue d’études comparatives Est-Ouest, 2001/32, p. 85-110.
Nathalie Luca, «L’évolution des protestantismes en Corée du Sud : un rapport ambigu à la modernité» in : Critique internationale, 2004, n° 22, p. 111-124.
Kirsteen Kim, «Christianity role in the Modernization and Revitalization of Korean Society in the twentieth Century» in : International Journal of Public Theology, 2010, n° 4, p. 212-236.

Site internet
http://koreanchristianity.cdh.ucla.edu/sources/books/

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de trente-cinq ans Perspectives missionnaires, unique revue protestante de missiologie de langue française.
Née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires, elle s’est élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture oecuménique. Elle est actuellement gérée par une association indépendante et s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), et depuis fin 2017 la Cevaa.



Au menu de Perspectives Missionnaires : Églises et replis identitaires

Ce numéro 77 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, est exceptionnel à plus d’un titre : il présente les actes du forum Églises et replis identitaires : pourquoi sortir de l’entre-soi ? qui avait été organisé fin novembre 2018 à la Maison du protestantisme, à Paris. Une rencontre à la qualité unanimement saluée, qui avait donné lieu à des éclairages sociologiques des plus stimulants comme ceux apportés par Jean-Paul Willaime, Yannick Fer ou Frédéric de Coninck, des aperçus des Églises et des communautés en recomposition dans une société devenue plus mobile avec Joseph Kabongo ou Bernard Coyault, des questionnements sur la possibilité d’un témoignage chrétien partagé avec Élisabeth Parmentier… Pour vous inciter à en savoir plus, nous vous livrons ici l’article de synthèse de Frédéric Rognon, professeur de philosophie à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg.
Ce film de Sonia Mussier a été projeté le 23 novembre par Jean-Luc Mouton au premier jour du forum de la revue Perspectives Missionnaires sur le thème « Églises et replis identitaires : pourquoi sortir de l’entre-soi ? » Réalisation : Campus Protestant.

Vouloir faire une synthèse de notre Forum tiendrait de la gageure, voir de la présomption. Car on ne synthétise pas une telle rencontre, qui s’est avérée d’une telle richesse ; on ne la conclut même pas. Je me contenterai donc d’exprimer quelques réflexions, plus ou moins subjectives, qui me sont venues au fil des interventions, ainsi que quelques pistes de résolution et d’action à emporter : quelques munitions pour la route.
Je procèderai en trois temps : tout d’abord, j’interrogerai le titre du Forum, et l’orientation qu’il signifie pour notre rencontre; dans un second temps, je reprendrai divers éléments d’une grille d’analyse, à travers cinq paradigmes ; et enfin, dans un troisième temps, je proposerai quelques axes d’engagement, à travers sept défis à relever.

Le titre du Forum

Notre rencontre était un « Forum ». Ce terme se voulait sans doute moins académique que celui de « Colloque » : nous étions en effet à l’interface de la sphère universitaire et de la sphère ecclésiale. Dans la Rome antique, le forum était une place publique où s’opéraient des échanges : des échanges d’abord langagiers, puis commerciaux, politiques, intellectuels et religieux. Notre rencontre était bien, à ce titre, un forum, en raison de son caractère interdisciplinaire et interactif : il ne s’agissait pas d’une succession d’enseignements magistraux, mais d’une circulation de la parole à l’occasion de communications, de débats, de travaux de groupe, de post-it, et de conversations informelles et conviviales. Plus encore, notre rencontre était un forum parce qu’elle était un événement performatif : consacrée à une réflexion sur la sortie de l’entre-soi, elle a cherché à effectuer, par son geste même, cette sortie, et donc à mettre en œuvre ce dont on parlait. La diversité du public que nous constituions a été soulignée dès l’ouverture du Forum par Marc Frédéric Muller ; nous étions représentatifs de ce protestantisme multicolore dont parlait François Clavairoly dans la même ouverture. Ne soyons cependant pas dupes : notre diversité était loin d’être infinie, et nous sommes un peu, et peut-être même un peu beaucoup, restés dans l’entre-soi, dans ce microcosme protestant qui, même lorsqu’il est rassemblé dans toute sa diversité comme ici, ne représente lui-même qu’une mini-minorité de la population de notre pays. L’important est d’en être conscient.

J’interrogerai maintenant le titre du Forum lui-même : « Les Églises aux prises avec les replis identitaires et culturels ». Pourquoi avoir privilégié cette version négative de la réalité ? On aurait pu intituler le Forum : « Les Églises entre ouverture et repli ». Ce titre aurait d’ailleurs été plus conforme au contenu de la rencontre, car une telle ambivalence a été au cœur de nos débats. Quant au sous-titre choisi : « Pourquoi sortir de l’entre-soi ? », il s’agit d’une question rhétorique. Pourquoi avoir posé la question : « Pourquoi ? » et non pas : « Comment ? » Ou pourquoi pas : « Pourquoi et comment ? »

L’entre-soi est en effet une expression connotée, foncièrement dépréciative. Il renvoie à une situation dont il faut sortir, à une posture dont il faut se déprendre, surtout si l’on est chrétien. Jean-Paul Willaime a même dit que l’entre-soi était mortifère. La réponse à la question : « Pourquoi ? » est donc évidente : parce que c’est tout l’Évangile qui nous invite à sortir de l’entre-soi. Et pourtant, la question reste posée du fait de la réalité de nos Églises, qui ressemblent souvent, comme le dit Fritz Lienhard (1), à des clubs d’affinités électives : pour être admis au club des luthéro-réformés, il faut faire preuve d’amour pour les psaumes du XVIe siècle, d’aptitude à assimiler un discours hautement intellectuel, et même d’une capacité physique à rester assis sur un banc inconfortable pendant une bonne demi-heure sans s’agiter (2)… ; quant aux Églises Mosaïc, elles exigent la maîtrise de certaines langues et de certains langages (y compris de langages non-verbaux), de certains codes et d’un certain rapport à la temporalité, l’adhésion à certaines valeurs, à un habitus et à un ethos, et une capacité à la mobilisation corporelle. Comme l’a bien montré Yannick Fer, le repli sur soi se manifeste aux deux bouts de l’échelle sociale.

L’entre-soi est donc une tentation pour toutes nos Églises. C’est même la tentation par excellence, puisque Claude Lévi-Strauss, dans les dernières lignes de sa fameuse thèse, Les structures élémentaires de la parenté (3), fait de la sortie de l’entre-soi, par le langage, par l’interdit de l’inceste et par l’exogamie que celui-ci impose, par les échanges de toutes sortes, la condition même de l’humanisation, de l’entrée en humanité : une sortie comme condition d’entrée ! Rappelons que pour Lévi-Strauss, il y a trois types fondamentaux d’échanges : l’échange des paroles, l’échange des objets, et l’échange des femmes. Or, Florence Taubmann nous a invités à faire en sorte que nos enfants se marient entre eux, pour établir des ponts entre nos Églises… ! Plus sérieusement, Marie Kim a témoigné des passerelles construites entre la Corée et la France, et entre Paris et Nantes. Il y a mille et une manières de sortir de l’entre-soi.


L’affiche du forum © Perspectives Missionnaires

Une grille d’analyse

Je me propose donc à présent de dégager cinq paradigmes analytiques qui ont constitué une grille de lecture de la réalité de nos Églises au cours de ce Forum.

Le premier paradigme est une clarification conceptuelle. Il s’agit de distinguer d’emblée « pluralité » et « pluralisme », « multiculturalité » et « multiculturalisme » : le fait et l’interprétation positive du fait. Jean-Paul Willaime nous y a, à juste titre, invités. Constater le fait permet en effet d’ouvrir à l’ambivalence du phénomène, qui est toujours à la fois un risque et une opportunité, au lieu d’y appliquer un jugement normatif ou idéologique. Mais franchissons un pas de plus.

Comment désigner ces Églises plurielles ? La tension entre les deux pôles d’autochtonie et d’allochtonie est-elle pertinente ? Bernard Coyault a soulevé le problème des connotations du vocable d’« autochtone », et des caricatures mutuelles qui s’en nourrissaient. Le « sang chaud » et l’« intensité du croire » avancés par Régis Debray s’avèrent être des présupposés doublement délétères : d’une part, parce qu’ils prêtent le flanc à une posture essentialiste et, d’autre part, parce que s’il y a intensité, c’est peut-être celle de l’expressivité, mais comment juger du niveau de la croyance ? Dans son second film, Jean-Luc Mouton a pointé les difficultés posées par la réception de ces images par les communautés concernées, lorsqu’on les désigne comme des Églises « issues de l’immigration » ; Pamela Millet y a dénoncé la stigmatisation qui est afférente à ces expressions. Il serait donc hautement préférable de prendre acte de la porosité des limites entre le soi et l’autre, et sortir de la dualité en affirmant que nous sommes tous dans la « Mosaïc » : personne n’est en dehors, chacun est une pièce du puzzle, sans quoi il n’y a plus, à proprement parler, de mosaïque.

Le second paradigme consiste à décrypter les effets de la globalisation, en y discernant une insigne ambivalence. On relève en effet deux effets inverses : d’une part, la circulation plus ou moins libre des personnes, les échanges d’idées, le foisonnement des ressources symboliques et spirituelles, la pluralisation des formes d’expression de la foi, produisent une ouverture à l’autre et un apprentissage de la tolérance ; d’autre part, cependant, les mêmes facteurs, et leurs premières conséquences, produisent des crispations identitaires, des replis confessionnels, des idéologies populistes. François Clavairoly a même parlé, non sans s’excuser de la formule, de populismes confessionnels et de souverainismes ecclésiaux. Ces deux effets inversés peuvent être simultanés ou successifs, chacun des deux nourrissant l’autre, dans une dialectique entre deux pôles en tension. Une expression est revenue à plusieurs reprises au cours du Forum : « L’universel, c’est le local sans les murs » ; il s’agit d’une version optimiste de ce qui nous arrive, qui peut évoquer à la fois la fameuse formule de Jacques Ellul : « Penser globalement, agir localement », et le concept plus récent de « glocal », pour articuler l’ouverture large au monde et l’enracinement en un terreau vivifiant.

Le troisième paradigme relève de l’analyse critique de la situation présente dans nos Églises. Il s’agit de prendre conscience du sort réservé aux chrétiens issus de l’immigration. Yannick Fer a parlé d’une intégration inégale, qui combine à la fois inclusion sociale et maintien des inégalités. Les immigrés sont des invités bienvenus, mais ne seront, et ne se sentiront, jamais chez eux. Les stéréotypes nourrissent des discours sur les autres qui contribuent à reproduire des rapports sociaux de domination. Georges Michel a annoncé que la nouvelle formule du Projet Mosaïc fera la promotion d’une conception de rapports entre Églises à parité, plutôt que celle de l’intégration, qui sous-tend la vision française d’une subordination d’Églises-filles envers des Églises-mères. Cette perspective ne peut que rappeler la vision de la Cevaa, ré-énoncée par Martin Burkhard.

Le quatrième paradigme est d’ordre biblico-théologique. Cette dimension a sans doute été trop discrète au cours du Forum, générant une frustration qu’expriment plusieurs post-it et rapports de groupes. Le motif scripturaire qui vient le plus immédiatement à l’esprit est celui de la tension entre Babel et la Pentecôte (4) : Babel évoque la pluralité de langues et de cultures comme vecteurs d’incompréhension, tandis que la Pentecôte signifie le dépassement des clivages sociaux, culturels et linguistiques, par l’Esprit d’amour. Nous sommes donc invités à toujours parcourir à nouveau le chemin qui va de Babel à la Pentecôte.
Joseph Kabongo nous a rappelé que la multiculturalité était déjà la situation des premières Églises. On pourrait citer l’incident d’Antioche, relaté par Paul en Galates 2, en tension avec la fameuse formule du même Paul en Galates 3, 28 : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec » ; Gabriel Amisi nous a dit que cette dernière expression était le mot d’ordre du travail auprès des demandeurs d’asile à Genève. Un dernier passage biblique peut être mentionné : Philippiens 3, 5-9, pour étudier le sens évangélique de l’identité : Paul se dit « de la tribu de Benjamin, Hébreu né d’Hébreux, quant à la loi pharisien… » (on pourrait actualiser en : « parisien »…), mais tout cela ne représente pour lui que « de la boue » depuis qu’il sait qu’il est « en Christ », et que c’est en lui que se situe sa véritable identité. Notre identité nous précède donc puisque Jésus-Christ nous précède. Jean-Marie Tjibaou, qui, outre le fait d’être un leader indépendantiste et un promoteur de la culture kanak, était un ancien prêtre, disait : « Notre identité est devant nous ».

Enfin, le cinquième paradigme est la prise de conscience, très nette tout au long de notre Forum, de la nécessité de formations à l’interculturalité. Joseph Kabongo a mentionné une nécessaire formation théologique, les travaux de groupes une formation à l’accueil, Elisabeth Parmentier une formation à la médiation interculturelle (où nous apprendrons les uns avec les autres, dans un échange de dons), et Jean-François Zorn une formation au dialogue.

Ce point décisif m’offre une transition toute trouvée avec les axes d’engagement.

Deux intervenants lors du forum : Jean-François Zorn (à gauche) et Jean-Paul Willaime (à droite) © Défap

Des axes d’engagement

Je présenterai donc sept défis, et sept pistes qui peuvent constituer une feuille de route pour chacun de nous. Il a été à plusieurs reprises question d’« horizon », notamment avec Elisabeth Parmentier. Une feuille de route est une boussole qui indique un horizon. Or, on sait bien que lorsque nous marchons ou roulons dans la campagne, l’horizon ne fait que reculer au fur et à mesure de notre avancée : nous n’atteindrons jamais l’horizon, du moins sur cette terre. Cependant, quand nous faisons de la haute montagne, l’horizon se rapproche, puis éclate à nouveau une fois parvenus au sommet. Il n’est pas sans intérêt de souligner l’analogie : l’horizon est plus proche lorsque l’on s’élève, sans pour autant être jamais à portée de main.

Le premier axe pourrait se formuler ainsi : redécouvrir la vertu de l’écoute. Michel Durussel, lors du moment de recueillement, a mentionné dans la confession de foi sa confiance en « une Église qui écoute avant de parler ». Lorsqu’en 1902, le missionnaire Maurice Leenhardt est arrivé en Nouvelle Calédonie, son père lui a écrit en l’exhortant à écouter : « Bien sûr, le missionnaire est envoyé pour proclamer l’Évangile, de même que le pasteur est l’homme ou la femme de la parole ; mais écoute d’abord ! » Et lorsqu’il revient en France, en 1926, après un quart de siècle d’apostolat, au cours des journées missionnaires dans les paroisses, destinées à récolter des fonds pour soutenir la mission, on lui demande : « Alors, monsieur le pasteur, combien de conversions avez-vous obtenues ? » La plupart des missionnaires de retour ou en congé racontaient des histoires édifiantes de conversions par milliers, ce qui impressionnait les membres des paroisses et suscitait leur générosité. Maurice Leenhardt, pour sa part, réfléchissait un moment avant de répondre : « Combien de conversions en vingt-cinq ans de mission ? Peut-être une seule : la mienne ! » Ce discours était financièrement moins rentable, mais plus honnête : pour Maurice Leenhardt, le missionnaire était tenu d’écouter d’abord, et de se convertir lui-même… (5) Il était ainsi un précurseur de ce principe de la « mission de partout vers partout », dont Martin Burkhard nous a dit qu’il définissait la Cevaa.

Le second axe consiste à se garder de toute stigmatisation, y compris inconsciente. Car elle peut prendre l’aspect très subtil de la « violence symbolique » analysée par Pierre Bourdieu (6). Le premier film de Jean-Luc Mouton a bien montré les difficultés à tourner des images dans certaines Églises par crainte de la stigmatisation. Il s’agit donc de travailler sur les stéréotypes et les préjugés que nous véhiculons, tout en assumant son ethnocentrisme : celui-ci est en effet paradoxalement universel (il est universel de porter sur le monde un regard non-universel, c’est-à-dire une perspective située, orientée). La meilleure façon de déconstruire nos propres ethnotypes est encore de les verbaliser.

Un troisième axe d’engagement revient à aller à la rencontre de l’autre pour devenir pleinement soi-même. Tel a été le propos de Frédéric de Coninck, par référence à Paul Ricœur : dans Soi-même comme un autre (7), Ricœur montre combien notre identité est plurielle, et que l’on peut découvrir l’altérité en soi et se retrouver en l’autre. Nous partons ainsi à la rencontre de notre « monde commun ». Ainsi, par exemple, il est vain de se contenter d’internet comme expérience de l’altérité : c’est le contact direct, l’hospitalité mutuelle, qui conduisent à discerner et à tracer un « monde commun ».

Claude Lévi-Strauss a recours à une métaphore suggestive pour décrire la diversité culturelle (8) : l’ensemble des cultures du monde sont comme un jeu de cartes. Il y a cinquante-quatre cartes : c’est notre monde commun. Mais à partir de là, nous pouvons jouer des parties en très grand nombre, et cependant en nombre non infini. Un certain nombre d’invariants universels nous relient donc en une commune humanité.

Une quatrième piste consiste à prendre acte des conflits générés par les relations interculturelles. Jean-Claude Girondin a clairement mis ce point en exergue. Mais on peut franchir un pas de plus, décrypter aussi la fécondité du conflit. Le récit d’Actes 6, 1-6 montre bien que le conflit, y compris le conflit interculturel ou éthique, peut servir de signal d’alarme pour indiquer un dysfonctionnement, qui de ce fait peut être surmonté pour une croissance personnelle et communautaire. Anne Zell en a donné un exemple actuel, qui prouve que l’on peut vivre ensemble dans le dissensus.

Un cinquième axe d’engagement revient tout simplement (mais est-ce si simple ?) à entrer en dialogue. Le mot « dialogue » ne signifie nullement, contrairement à ce que l’on croit souvent, « conversation à deux », car le grec « dia- » ne veut pas dire « deux » mais « à travers ». Le dialogue signifie donc « parole – à travers », c’est-à-dire « circulation de la parole ». Il suppose alternance d’écoute et de parole, et non enseignement péremptoire ou magistral : il s’agit au contraire d’une posture d’humilité qui exclut tout surplomb comme toute condescendance, et qui va jusqu’à se mettre à l’école de l’autre. Jean-Claude Girondin a cité la fameuse formule d’Édouard Glissant : « Quand on échange, on change » ; l’expression a été reprise par d’autres, y compris sur les post-it et les rapports de groupe de partage. Jean Ravalitera a insisté sur le statut et le rôle de la langue dans la culture comme dans le culte. Cela peut évoquer le mouvement « La paix par les langues », qui prônait le multilinguisme comme garant de compréhension entre les peuples, et donc de relations pacifiques : apprendre la langue de l’autre, ainsi que son langage, c’est entrer dans son univers. Le dialogue n’a donc rien à faire avec la simple présence, qui peut n’être qu’une coexistence, voir une juxtaposition dans l’indifférence : le dialogue suppose la présence à l’autre, c’est-à-dire la sollicitude au sens de Paul Ricœur (9).

Un sixième axe d’engagement consiste à revisiter les sources de la communauté. Il a plus d’une fois été question de communauté, dans le sens d’« Église » ou dans celui d’« entité ethnique », au cours de ce Forum. Or, l’étymologie du mot « communauté », mise au jour par Roberto Esposito (10), s’avère fort instructive. Le vocable français vient du latin « cum – munus », qui signifie : « avec – une dette ». La communauté est donc l’assemblée de ceux qui se savent endettés : mutuellement endettés pour ce qui concerne l’endettement interne, et endettés vis-à-vis de la société globale pour ce qui concerne l’endettement externe. La communauté est donc, étymologiquement, le meilleur garde-fou contre l’entre-soi, et finalement contre le communautarisme. Or, si nous nous intéressons à la communauté chrétienne, nous savons que notre dette fondamentale nous a été remise en Jésus-Christ, afin que nous nous remettions mutuellement nos dettes secondaires ; quant à la dette envers la société, elle est rappelée lorsque nous disons que les chrétiens sont dans le monde sans être du monde (11), de ce monde peu aimable mais que Dieu a tant aimé (12). L’entre-soi est ici non seulement conjuré, mais transcendé par la mission des chrétiens envoyés dans le monde : hors les murs.

Enfin, le septième et dernier défi résonne comme un clin d’œil, passablement catastrophiste, mais à prendre au troisième degré. On connaît la formule d’André Malraux : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ». Il semblerait qu’il s’agisse d’une phrase apocryphe, mais peu importe. Jacques Ellul, avec sa verve corrosive et sa réputation de Cassandre, de prophète de malheur, s’était autorisé à subvertir la formule pour en faire ceci : « Le XXIe siècle sera religieux, et de, ce fait, il ne sera pas… » (13) À ses yeux, la religion porte en effet en elle un potentiel de violence et de destruction, car elle prétend détenir la vérité absolue. Et comme il y a plusieurs religions, et plusieurs confessions, et plusieurs manières de comprendre la vérité au sein d’une même confession, les conflits de l’avenir risquent d’être particulièrement dévastateurs. Ne faisons cependant pas trop vite d’Ellul une Cassandre : lui-même s’identifiait davantage à Jonas, qui, comme on le sait, prophétisait pour que ce qu’il annonçait n’arrivât pas.

Le défi qui est devant nous est donc de faire en sorte que cette prophétie ne se réalise pas, et ainsi de faire mentir Jacques Ellul, comme les Ninivites ont fait mentir Jonas. Il s’agit de faire de la pluralité religieuse une opportunité de rencontre, une ressource pour la reconnaissance mutuelle et pour l’harmonie sociale : un véritable « kaïros ». Et je terminerai à dessein mon propos par une parole catholique (au sens d’universel), celle de Michel Mallèvre : « Partageons l’émerveillement d’une relation vivante au Christ ».

Frédéric Rognon,
professeur de philosophie à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg

________________________

1) Fritz Lienhard, La différenciation culturelle en Europe. Un défi pour les Églises, Lyon, Olivétan, 2017.
2) Ibid., p. 5-6.
3) Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté (1947), Paris / La Haye, Mouton et C°, 1966², p. 570.
4) « Vivre la diversité. L’Église dans une société multiculturelle », Cahiers de l’École Pastorale, hors-série n°13, 2011, p. 39, 41, 63-64.
5) Frédéric Rognon, Maurice Leenhardt : pour un « Destin commun » en Nouvelle Calédonie, Lyon, Olivétan, 2018.
6) Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard, 1982 ; Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1984 ; Langage et pouvoir symbolique, Paris, Seuil, 2001.
7) Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.
8) Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, Paris, Gallimard, 1987 (1952) (Folio essais).
9) Paul Ricœur, op. cit., p. 254-264
10) Roberto Esposito, Communitas. Origine et destin de la communauté, précédé de : Conloquium Jean-Luc Nancy, Traduit de l’italien par Nadine Le Lirzin, Paris, PUF (Les essais du Collège international de philosophie), 2000.
11) Jean 17, 14-18.
12) Jean 3, 16.
13) Jacques Ellul, La foi au prix du doute. « Encore quarante jours… » (1980), Paris, La Table Ronde (La petite Vermillon n°404), 2015³, p. 181.

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de trente-cinq ans Perspectives missionnaires, unique revue protestante de missiologie de langue française.
Née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires, elle s’est élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture oecuménique. Elle est actuellement gérée par une association indépendante et s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), et depuis fin 2017 la Cevaa.



«Radicalisation : quel défi pour l’interreligieux ?»

Le mot «radicalisation» renvoie aujourd’hui presqu’automatiquement à un islamisme violent. Pourtant, la Bible autant que le Coran contient des «versets douloureux». Quant au processus de révélation, il porte en lui-même l’idée de radicalité en s’emparant de tout l’être, corps, esprit et cœur. En faisant irruption dans l’histoire humaine, il génère adhésion ou refus et luttes de toute sorte, croisant aussi le fer avec le politique. Le n°76 de Perspectives missionnaires, questionne la radicalisation, quelques paroles scandaleuses de Jésus et les défis que relève aujourd’hui le dialogue interreligieux.

Détail de fresque du Mausolée Haft Tanan de Shiraz en Iran (XVIIIe siècle), représentant Ibrahim prêt à sacrifier son fils, qui n’est pas nommé dans le Coran, mais que la tradition islamique désigne comme étant Ismaël.

Le dimanche 22 avril 2018 paraissait dans Le Parisien un manifeste contre l’antisémitisme en France qui, en s’appuyant sur les faits et les statistiques, mettait en cause la radicalisation islamiste. En fin de manifeste, les signataires demandaient «que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime».

Deux jours plus tard, une trentaine d’imams ont exprimé leur indignation dans le journal Le Monde, tout en dénonçant à leur tour l’antisémitisme et le terrorisme en France, n’hésitant pas à mettre en cause des idéologues qui exploitent le désarroi de la jeunesse : «Depuis plus de deux décennies, des lectures et des pratiques subversives de l’islam sévissent dans la communauté musulmane, générant une anarchie religieuse, gangrenant toute la société. Une situation cancéreuse à laquelle certains imams malheureusement ont contribué, souvent inconsciemment».

Pour aller plus loin :
Retrouvez les archives de « Perspectives missionnaires » sur le site de l’AFOM (Association francophone oecuménique de missiologie) en cliquant sur l’image ci-dessus. Et retrouvez ci-dessous les anciens numéros :
N° 75 – Protestantisme global, fondements et évolutions
N° 74 – Missionnaires en musique
N° 73 – Témoignage et diaconie
N° 72 – Famille, conjugalité, témoignage
N° 71 – Églises et culture émergente
N° 70 – Ensemble vers la vie, Nouvelles pistes pour la mission
N° 69 – Héritiers et témoins d’une terre promise
N° 68 – Se former à la mission ?
N° 67 – Œcuménisme et mission en Europe
N° 66 – Relire David Bosh
N° 65 – Afrique en mission
N° 64 – Bible et traduction en mission
N° 63 – Prier dans un contexte interreligieux ?
N° 62 – La planète évangélique
N° 61 – Divers articles
N° 60 – Dossier Édimbourg – Cape Town 2010
N° 59 – Dossier Afrique du sud
N° 58 – La Mission : entre altérité et identité
N° 57 – Dossier Mission et communication
N° 56 – Dossier Madagascar
N° 55 – Mission en Europe
N° 54 – Christianisme en zones interdites
N° 53 – Économie et foi

De fait, le mot radicalisation renvoie aujourd’hui presqu’automatiquement à un islamisme violent, revendiquant le nom de Dieu et l’utilisation de certains versets coraniques. Pourtant, c’est dans un cadre de dialogue entre les trois monothéismes qu’avait paru en 2008 le livre intitulé Les versets douloureux. Bible, Évangile et Coran entre conflit et dialogue, écrit par le Rabbin David Meyer, l’Imam Soheib Bencheikh et le jésuite Yves Simoens. En utilisant une approche historique et contextuelle pour expliquer la présence de ces versets dans leurs Écritures saintes, et tout en les déclarant en contradiction avec le message d’ensemble qui est de paix et d’amour, les auteurs se refusaient à les ignorer et affirmaient plutôt la nécessité absolue d’une autocritique des religions.

Mais l’heure est-elle à l’autocritique des religions ? Deux tendances semblent aujourd’hui s’affronter : l’une développe un retour à l’identité, au communautarisme, en allant parfois jusqu’à un certain intégrisme, qui n’est pas forcément violent, tandis que l’autre se déploie dans le dialogue interreligieux et la prise en compte du multiculturalisme. Si l’adjectif radical semble s’appliquer presqu’automatiquement à la première tendance, doit-on oublier pour autant que la deuxième relève d’un choix aussi radical que la première, bien que ne se situant pas au même niveau ? Car l’Évangile nous entraîne sans cesse et de manière très radicale, à la suite de Jésus de Nazareth, à l’ouverture et à la rencontre avec les autres humains et les autres peuples, quelle que soit leur appartenance.

Cependant l’utilisation actuellement dominante des mots liés à la radicalité nous oblige à aller explorer l’origine, la racine du religieux, dans le cadre des religions révélées en particulier, d’autant que le terme radical se rattache étymologiquement au mot latin qui signifie racine.

D’abord le processus de révélation contient en lui-même l’idée de radicalité. L’expérience de la révélation est saisissante. D’Abraham à Paul, on peut se référer à tous les textes bibliques qui font récit de l’irruption du divin dans la vie humaine ! La révélation s’empare de tout l’être : le cœur, le corps, l’esprit. Une coupure dans le temps s’établit entre un avant et un après. Le sens de la vie va s’en trouver transformé. C’est une aventure éminemment intime mais en même temps relationnelle car elle correspond au surgissement d’une force extérieure à soi-même. Alors se pose la question de la décision humaine. Décision de foi, décision de changement de vie, décision de témoignage, décision de fonder une communauté de croyants ou d’entrer dans une communauté déjà constituée… Nous connaissons cette radicalité, dont la prédication dans nos églises s’est souvent faite l’écho.

Cependant existe un autre niveau de radicalité lié au fait que la révélation intervient dans l’histoire humaine, c’est-à-dire en contexte. Venant déchirer le tissu du temps, elle n’apporte pas la paix mais l’épée, pour reprendre les paroles de Jésus. Elle génère des inimitiés, des adhésions et des refus, des conflits et des combats. Elle croise le politique, lui sert parfois de caution, à moins que ce ne soit l’inverse. Et c’est là que nous retrouvons nos versets dangereux et douloureux !

En «perspectives missionnaires», nous devons nous interroger sur l’herméneutique de ces radicalités. Il en va de notre présence et de notre témoignage au cœur de la société et de l’histoire.

Dans un monde complexe comme le nôtre, où beaucoup de gens se vivent comme déracinés, la radicalité religieuse peut apparaître comme une promesse de salut, comme ce fut le cas dans le passé pour des radicalités idéologiques et politiques. Nous prendrons l’exemple de la tentation islamiste, qui génère une grande violence meurtrière à travers le monde, et fait des ravages dans notre jeunesse. Un entretien avec le docteur Guillaume Monod, psychiatre, nous conduira à la rencontre de jeunes radicalisés incarcérés à la maison d’arrêt de Villepinte, pour découvrir leurs parcours et les motivations psychologiques et théologiques qui les ont conduits à s’engager dans un islamisme radical.

Qu’en est-il du christianisme ? Avec Elian Cuvillier, nous interrogerons le Jésus des évangiles, dont la radicalité s’exprime parfois dans des propos très violents. Qu’en faire ? Les passer sous silence ? Utiliser l’analyse historique et contextuelle pour en relativiser la portée ? Comment en faisons-nous l’herméneutique ? Avec Samuel Dawaï, c’est le discours apocalyptique qui sera questionné. Il nous montrera comment aujourd’hui en Afrique ce type de discours est instrumentalisé et produit des extrémismes religieux.

Puis, avec Olivier Abel, nous nous poserons la question : est-ce la montée des sentiments religieux qui produit la violence, ou bien est-ce la montée de la violence qui produit des sentiments religieux ? À la suite du colloque des Cèdres Parole de Dieu, violence des hommes qui s’est tenu à Beyrouth du 17 au 19 mai 2017, et s’est penché sur les relations entre violence et discours religieux dans le cadre du christianisme et de l’islam, il nous invite à saluer tous les lieux qui permettent le croisement des interprétations, car le pluralisme est le meilleur outil contre l’appropriation violente de la vérité.

Alors le dialogue interreligieux est-il une arme efficiente contre la « radicalisation » religieuse ? Pour développer cette problématique, Philippe Gaudin analysera les termes et présentera les acteurs de la radicalisation. Évoquant les différents types de dialogue interreligieux, et le rôle que celui-ci peut jouer, il nous invitera finalement à ne jamais oublier de « prendre en compte la soif de repères métaphysiques et religieux » qui se cache derrière la radicalisation.

Enfin, Samuel Dawaï nous présentera l’histoire religieuse du Nord-Cameroun, où musulmans et chrétiens, après avoir longtemps été en conflit, coopèrent aujourd’hui dans la lutte contre Boko Aram.

Florence Taubmann

Retrouvez ci-dessous le sommaire de ce numéro 76 de Perspectives missionnaires :

 




Missionnaires en musique

Quelle relation entre Ennio Morricone, Robert De Niro et… la mission ? Bien sûr, il s’agit du film « Mission » de Roland Joffé, une œuvre cinématographique qui met notamment en scène les relations entre culture missionnaire et musique. Ces relations sont au cœur du n°74 de « Perspectives Missionnaires« . Présentation avec cet article introductif de Gilles Vidal.

Toute personne ayant vu le film Mission de Roland Joffé a forcément gardé en mémoire à la fois les images magnifiques des chutes d’Iguazu et la bande-son sublime composée par Ennio Morricone. Parmi les passages marquants de ce long-métrage, on retiendra celui où le Père Gabriel (Jeremy Irons), père jésuite perdu dans la jungle du Paraguay, sent mystérieusement autour de lui et de son acolyte, le repenti Mendoza (Robert De Niro), la présence menaçante des indiens Guarani. Au cœur de cette atmosphère oppressante, il tire un hautbois de sa besace, l’assemble tranquillement et commence à en jouer. La mélodie délicate s’élevant vers le ciel agit alors comme un enchantement puisque les Indiens se laissent approcher et conduisent les missionnaires vers leur village. Un peu plus loin dans le film, un autre passage musical joue également un rôle clé : lors d’une visite de la mission effectuée par le nonce du pape venu en apprécier l’utilité, celui-ci est impressionné par la chorale d’enfants entonnant avec ferveur un « Ave Maria » digne de Palestrina…

Ainsi comme l’on peut le constater, la musique et le chant ont été et continuent d’être un corollaire efficace à la mission et l’évangélisation, engendrant la créativité avec des effets tant sur la foi chrétienne que sur l’art. Le dossier qui suit tente de donner un modeste aperçu de ce compagnonnage à différentes époques et dans des contextes très variés.

Gilles Vidal esquisse un historique de la musique et du chant d’Église ainsi que de sa traduction, au XIXe siècle, en contexte missionnaire protestant. Après avoir rappelé l’importance de la musique et du chant communautaire pour les réformateurs, il aborde la contribution du Réveil britannique à l’hymnologie protestante. Confrontée à des contextes culturels si variés, la musique et le chant européens s’hybrident : les mélodies deviennent moins strictement « tonales » et les paroles des cantiques s’interprètent à la lumière des situations locales ou régionales.

Pour aller plus loin :
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N° 72 – Famille, conjugalité, témoignage
N° 71 – Églises et culture émergente
N° 70 – Ensemble vers la vie, Nouvelles pistes pour la mission
N° 69 – Héritiers et témoins d’une terre promise
N° 68 – Se former à la mission ?
N° 67 – Œcuménisme et mission en Europe
N° 66 – Relire David Bosh
N° 65 – Afrique en mission
N° 64 – Bible et traduction en mission
N° 63 – Prier dans un contexte interreligieux ?
N° 62 – La planète évangélique
N° 61 – Divers articles
N° 60 – Dossier Édimbourg – Cape Town 2010
N° 59 – Dossier Afrique du sud
N° 58 – La Mission : entre altérité et identité
N° 57 – Dossier Mission et communication
N° 56 – Dossier Madagascar
N° 55 – Mission en Europe
N° 54 – Christianisme en zones interdites
N° 53 – Économie et foi

Cette diversité des cultures et leur richesse artistique dans laquelle la foi s’exprime au moyen de la musique et du chant sont étudiées, théorisées et pratiquées dans le cadre de l’ethnodoxologie. Ruth Labeth introduit magistralement le lecteur dans cette discipline missiologique à part entière dont le but est d’analyser et – le cas échéant – d’infléchir les stratégies liturgiques à l’œuvre dans un milieu donné, tant sur le plan personnel que communautaire. Qu’elle soit ici remerciée pour son apport et sa réflexion dans un domaine sans doute encore trop méconnu en milieu francophone.

Peut-on « décemment » jouer du jazz dans un culte ? C’est à partir de ce cas concret vécu en Indonésie que William Edgar propose une réflexion globale sur le triptyque « musique, mondialisation et mission ». Il décrit en particulier la difficulté des cantiques indonésiens, pourtant bien adaptés culturellement, à s’imposer face au flux du gospel mondial. Cependant, prenant également le contre-exemple de la Guadeloupe, il montre comment la période contemporaine est marquée par une « conscientisation » de l’identité antillaise qui semble rendre justice à une foi plus authentiquement vécue. Inutile de dire combien cette comparaison insulaire entre l’Indonésie et la Guadeloupe est précieuse pour ouvrir les horizons des lecteurs de Perspectives Missionnaires qui lui en sont profondément reconnaissants.

Pasteur, compositeur et musicien, Joël Dahan partage sa passion et son expérience dans un article décrivant comment la création artistique auprès des jeunes relève de l’évangélisation. Les ateliers « musique et écriture » produisent des chants d’assemblée auquel l’auteur reconnaît six dimensions dont la parenté avec la pensée des réformateurs du XVIe siècle est patente. Il conclut – et nous lui en savons gré – en ouvrant la réflexion non seulement sur les enjeux interculturels de la musique et du chant en milieu ecclésial et missionnaire, mais également sur leurs implications inter- générationnelles.

Clôturant et enrichissant ce dossier, Fred. O. Biyela présente un aperçu historique du chant liturgique catholique à partir du Congo-Brazzaville. Il montre comment, avant la réforme de Vatican II, les cantiques traduits par les missionnaires pouvaient donner lieu à de terribles – et diaboliques – contresens ! La période postconciliaire fut plus heureuse en la matière, notamment grâce à une meilleure prise en compte de l’inculturation du christianisme. C’est au nom de cette notion en effet, que le chant liturgique a gagné en profondeur, notamment grâce à l’introduction d’instruments « traditionnels ». Mais le processus n’est pas clos et l’auteur souligne les collaborations œcuméniques fructueuses qui sont nées de la pratique du chant et de la célébration. Qu’il reçoive ici toute notre gratitude pour sa contribution.

Parmi la diversité des époques, des pays et des contextes évoqués dans ce dossier, une question fondamentale et transversale apparaît. Elle se manifeste sous la problématique récurrente de l’introduction d’instruments profanes – ou de mélodies, ce qui est une variante – dans l’espace « sacré » que constitue le culte ou l’annonce missionnaire. Ce n’est pas le moindre mérite des auteurs de nous amener sans cesse à nous interroger sur nos héritages et la place que nous leur accordons dans la foi et sa proclamation. Finalement, le trio musique, chant et mission pourrait bien être l’écho d’un autre trio : héritage, tradition et innovation.

Gilles Vidal

Retrouvez ci-dessous le sommaire de ce numéro 74 de « Perspectives missionnaires » :

 

 




Aider les âmes et prendre soin des corps

Les relations entre la mission et l’action sociale sont au coeur du numéro 73 de « Perspectives missionnaires », titré : « Témoignage et diaconie ». Cette revue de missiologie protestante, créée en 1981, présente et analyse ainsi chaque semestre les défis du témoignage chrétien à travers le monde, ainsi que les réponses apportées par les Eglises dans le contexte de la mondialisation et des mutations culturelles.

Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion.

Pour aller plus loin :
Retrouvez les archives de « Perspectives missionnaires » sur le site de l’AFOM (Association francophone oecuménique de missiologie) en cliquant sur l’image ci-dessus. Et retrouvez ci-dessous les anciens numéros :
N° 71 – Églises et culture émergente
N° 70 – Ensemble vers la vie, Nouvelles pistes pour la mission
N° 69 – Héritiers et témoins d’une terre promise
N° 68 – Se former à la mission ?
N° 67 – Œcuménisme et mission en Europe
N° 66 – Relire David Bosh
N° 65 – Afrique en mission
N° 64 – Bible et traduction en mission
N° 63 – Prier dans un contexte interreligieux ?
N° 62 – La planète évangélique
N° 61 – Divers articles
N° 60 – Dossier Édimbourg – Cape Town 2010
N° 59 – Dossier Afrique du sud
N° 58 – La Mission : entre altérité et identité
N° 57 – Dossier Mission et communication
N° 56 – Dossier Madagascar
N° 55 – Mission en Europe
N° 54 – Christianisme en zones interdites
N° 53 – Économie et foi

C’est le rôle que joue depuis 1981 « Perspectives missionnaires », unique revue protestante de missiologie de langue française, éditée par l’association de même nom. Comment se former à la mission ? Quelles relations avec les autres chrétiens, avec les autres religions ? Comment parler de la mission en Europe aujourd’hui, comment répondre aux défis du monde actuel comme, par exemple, celui de l’écologie ? Tous ces grands thèmes ont été abordés par « Perspectives missionnaires ». Le numéro 73, sous le titre : « Témoignage et diaconie », aborde la question de l’entraide, de l’action sociale, de la solidarité sous toutes ses formes.

« De façon récurrente », souligne en introduction Marc Frédéric Muller, qui a coordonné le dossier, « on a pu considérer la mission comme une entreprise de conquête des âmes et d’appel à la conversion, sans l’associer nécessairement à un mouvement de sollicitude envers les personnes en situation de fragilité, malades, nécessiteuses ou persécutées. Cette conception réductrice de l’évangélisation semble pourtant bien souvent démentie par l’histoire des sociétés missionnaires qui, avant de construire un édifice pour le culte, avaient à coeur de bâtir une école ou un dispensaire, et se sont engagées pour l’émancipation ».

La diaconie aujourd’hui peut recouvrir des compréhensions et des pratiques très différentes. Elle fait même l’objet d’enseignements universitaires, comme le souligne l’un des contributeurs de ce numéro de « Perspectives missionnaires », Kjell Nordstokke, pasteur luthérien et professeur en diaconie à Oslo. Mais elle n’échappe pas à la problématique des déséquilibres de pouvoir, d’où une nécessaire réflexion sur la responsabilisation et l’autonomie… A découvrir dans ce numéro, outre des études théologiques sur la diaconie dans les lettres de Paul, historiques ou sociologiques sur la diaconie aujourd’hui, des témoignages de diacres protestants ou catholiques ; signalons notamment celui de Pierre Adama Faye, vice-président de l’Eglise Luthérienne du Sénégal (et responsable de l’action sociale de l’Eglise) et d’Anna Tikum, engagée au service de l’action diaconale de l’ELS.

Retrouvez ci-dessous le sommaire de ce numéro 73 de « Perspectives missionnaires » :