Vivons-nous dans la communion des cœurs ?

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 1er octobre 2020. Nous prions pour nos envoyés à Madagascar.

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Le succès des apôtres de Jésus dans les rues de Jérusalem, y compris dans le quartier du Temple, parvient aux oreilles de L’institution religieuse, ce qui va provoquer inquiétude, panique, et répression. On assiste là à une scène qui se répète souvent dans l’histoire des sociétés : l’affrontement entre une parole neuve et libre et des institutions soucieuses de leurs prérogatives et de leur pérennité. Pour les « inspirés » que sont Pierre et Jean , mieux vaut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, et rester dans la vérité de ce qu’ils ont vu et entendu, quitte à passer par la prison. Mais comment faire face à l’enthousiasme d’une multitude ? Pour éviter l’émeute, on relâche les apôtres, qui reprennent leur enseignement, alors que commence une nouvelle vie communautaire.

Le groupe des croyants était parfaitement uni, de cœur et d’âme. Aucun d’eux ne disait que ses biens étaient à lui seul, mais, entre eux, tout ce qu’ils avaient était propriété commune. C’est avec une grande puissance que les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus et Dieu leur accordait à tous d’abondantes bénédictions. Personne parmi eux ne manquait du nécessaire. En effet, tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, apportaient la somme produite par cette vente et la remettaient aux apôtres ; on distribuait ensuite l’argent à chacun selon ses besoins. Par exemple, Joseph, un lévite né à Chypre, que les apôtres surnommaient Barnabas — ce qui signifie « l’homme qui encourage » —, vendit un champ qu’il possédait, apporta l’argent et le remit aux apôtres. » Actes 4, 32-36

 

 

L’évocation d’une communauté si parfaite peut faire rêver quand on imagine que « la vie nouvelle » avec Jésus est facile, elle peut faire peur si on y soupçonne les effets d’un conditionnement sectaire ; elle peut faire honte si on la prend comme miroir de nos imperfections ecclésiales si humaines. Mais elle peut et elle doit plutôt nous inspirer, puisqu’il est question dans le Livre des Actes des effets de l’Esprit de sainteté.

Il n’est pas question d’imiter dans le sens extérieur du terme, mais de s’interroger ensemble sur ce que signifie la communion de coeur et d’âme, cette communion qui produit des fruits très concrets : le partage, l’attention à autrui, la justice, la générosité, le désir d’être ensemble, d’accueillir de nouvelles personnes, et de rayonner.

De fait, chacun, chacune de ces hommes et femmes de Jérusalem ont été touchés, émus, gagnés par une Parole de vie qu’ils ont vécue comme leur étant personnellement adressée. Il ne s’agit pas d’une foule galvanisée et fanatisée par une communication performante ou un discours manipulateur, mais de personnes rassemblées par la joie de l’évangile. Et celles-ci ne sont pas en train de fonder un nouveau parti religieux sur base de convictions idéologiques, mais une « famille élargie », héritière d’un récit et porteuse d’une promesse de salut.

Questions pour nous ?

Comment articulons-nous la Parole et le souci d’autrui dans notre vie personnelle et communautaire ? Quelle cohérence ? Quelles difficultés ? Quels mouvements de l’une vers l’autre et vice-versa ?

Savons-nous placer au centre de la vie communautaire la recherche de cette union des cœurs et des âmes ? Par la prière, l’écoute, le témoignage, le partage biblique ?

Sommes-nous ouverts à la diversité culturelle et/ou stylistique des expressions de la joie de l’évangile : liturgie, poésie, musique, chants, danse, silence… ?

 

 

En priant pour nos envoyés à Madagascar, nous nous joignons à cette confession de foi :

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux !…
Et qui n’avait pas une pierre où poser la tête.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !…
Et qui a pleuré devant la tombe de son ami.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les humbles, car eux hériteront la terre !…
Et qui s’est agenouillé devant ses disciples pour leur laver les pieds.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car eux seront rassasiés !…
Et qui a touché le lépreux pour protester contre son rejet.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les miséricordieux, car à eux il sera fait miséricorde !…
Et qui a arrêté les religieux qui voulaient lapider la femme adultère.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu !…
Et qui a laissé une femme verser un parfum de grand prix  sur ses pieds.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les artisans de paix, car eux seront appelés fils de Dieu !…
Et qui a refusé de se défendre lorsqu’on est venu l’arrêter.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les persécutés à cause de la justice, car le Royaume des Cieux est à eux !…
Et qui a été injustement condamné et crucifié.

Je crois que cet homme est vivant par son Esprit et qu’il nous appelle à vivre dans l’esprit des Béatitudes.

Amen

Antoine Nouis, La galette et la cruche, tome 3, p. 108, éd. Olivétan




Un homme libéré corps-et-âme !

Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 19 septembre 2020. Nous prions pour nos envoyés au Sénégal.

Source : Pixabay

Demeurant à Jérusalem, les apôtres de Jésus continuent de participer à la vie du Temple, situé au cœur de la ville, avec ses différents parvis, la foule de ceux qui viennent y prier, les marchands, et les mendiants qui espèrent y recevoir quelques subsides pour leur nourriture quotidienne.

Un après-midi, Pierre et Jean montaient au temple pour la prière de trois heures. Près de la porte du temple, appelée « la Belle Porte », il y avait un homme qui était infirme depuis sa naissance. Chaque jour, on l’apportait et l’installait là, pour qu’il puisse mendier auprès de ceux qui entraient dans le temple. Il vit Pierre et Jean qui allaient y entrer et leur demanda de l’argent. Pierre et Jean fixèrent les yeux sur lui et Pierre lui dit : « Regarde-nous. » L’homme les regarda avec attention, car il s’attendait à recevoir d’eux quelque chose. Pierre lui dit alors : « Je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche ! » Puis il le prit par la main droite pour l’aider à se lever. Aussitôt, les pieds et les chevilles de l’infirme devinrent fermes ; d’un bond, il fut sur ses pieds et se mit à marcher. Il entra avec les apôtres dans le temple, en marchant, sautant et louant Dieu. Toute la foule le vit marcher et louer Dieu. Quand ils reconnurent en lui l’homme qui se tenait assis à la Belle Porte du temple pour mendier, ils furent tous remplis de crainte et d’étonnement à cause de ce qui lui était arrivé. Comme l’homme ne quittait pas Pierre et Jean, tous, frappés d’étonnement, accoururent vers eux dans la galerie à colonnes qu’on appelait « Galerie de Salomon ». Quand Pierre vit cela, il s’adressa à la foule en ces termes : « Gens d’Israël, pourquoi vous étonnez-vous de cette guérison ? Pourquoi nous regardez-vous comme si nous avions fait marcher cet homme par notre propre puissance ou grâce à notre attachement à Dieu ? Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos ancêtres, a manifesté la gloire de son serviteur Jésus. » Actes 3,1-14

 


« Saint Pierre et Saint Jean guérissant le boiteux », par Nicolas Poussin – Metropolitan Museum of Art – reproduction : Wikimedia Commons

Dans les Évangiles, les rencontres personnelles de Jésus tiennent une grande place, et sont toujours porteuses de vie, de guérison, d’espérance. La rencontre de Pierre et Jean avec l’homme handicapé s’inscrit dans la suite et montre deux choses : les apôtres ont vraiment compris qu’il n’y avait pas d’enseignement de l’évangile sans manifestation concrète de l’évangile au niveau du corps ; en leur envoyant son Esprit, Jésus leur a transmis sa « puissance » de guérison.

L’homme demande de l’argent pour survivre ; Pierre et Jean lui donnent une vie nouvelle. Il est à terre ; ils le relèvent. Il est dans la plainte ; il va se mettre à chanter et louer Dieu. Comment cela s’est-il passé ? Notons l’importance des regards échangés, puis la parole de Pierre, sa confiance, non en lui-même, mais en Dieu et dans le Nom de Jésus le Christ.
Oui Dieu fait des miracles ; la vie est un miracle quotidien, la création en témoigne sans cesse. Mais que peut-on en dire ? Même Pierre et Jean, même Jésus, intervenant auprès du Père en faveur d’un être en souffrance, sont toujours restés dans la prière et non dans la certitude. Le miracle de guérison est une espérance, et reste toujours une surprise, un cadeau, un don immérité. Une œuvre de Dieu qui trouve son sens dans l’à-venir.

Si l’Évangile nous donne une assurance, c’est que tout être humain, dans son corps, son âme et sa conscience, naît digne que Dieu lui prête attention et s’arrête auprès de lui, afin de l’inviter à partager sa liberté et sa joie.

Questions pour nous :

Comment comprenons-nous les miracles de guérison et comment en parlons-nous entre nous ? Avec les chrétiens d’autres Eglises ?

Dans quelle mesure notre foi en Dieu dépend-elle des miracles ?

Est-ce que nous croyons vraiment qu’à Dieu rien n’est impossible ?

 

 

Nous prions

Devant toi, Seigneur,
Nous pensons à toutes celles et tous ceux qui ne trouvent pas leur place
Dans le monde et dans l’Église,
Parce qu’ils se considèrent sans valeur
Parce qu’ils ont été humiliés
Parce que personne ne leur a jamais rien demandé.

Nous pensons aussi à tous ceux qui n’osent pas dire « oui »
Parce qu’ils trouvent en eux trop d’obstacles
Ou parce qu’ils n’osent pas croire que l’on a besoin d’eux.

Nous pensons à ceux que l’âge ou les infirmités empêchent de tenir leur place
Et qui se croient peut-être inutiles.

Nous pensons enfin à tous ceux dont nous avons ignoré les richesses
Ou que nous avons humiliés.
Père, aide-les à accepter la confiance que tu places en eux
Aide-les à s’appuyer sur toi
Et apprends-nous à leur donner toute leur place.

Pr Alain Arnoux




Une révélation multiculturelle !

Méditation du jeudi 10 septembre 2020. Nous prions pour notre envoyé en Tunisie et sa famille.

Une année pour relire les Actes des apôtres…

« Quand le jour de la Pentecôte arriva, les croyants étaient réunis tous ensemble au même endroit. Tout à coup, un bruit vint du ciel, comme si un vent violent se mettait à souffler, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Ils virent alors apparaître des langues pareilles à des flammes de feu ; elles se séparèrent et elles se posèrent une à une sur chacun d’eux. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit et se mirent à parler en d’autres langues, selon ce que l’Esprit leur donnait d’exprimer. » Actes 2,1-4

Pour la fête de Pentecôte-Shavvouot, qui célèbre le don de la Torah sur le Mont Sinaï, il est d’usage que les Juifs de la diaspora viennent en pèlerinage à Jérusalem. Luc insiste sur le caractère « international et polyglotte » de la multitude qui reçoit le témoignage des apôtres dans les rues de Jérusalem. L’action de l’Esprit-Saint, annoncé par Jésus et donné aux apôtres, permet une compréhension en profondeur des paroles prononcées.

Alors Pierre, entouré de ses onze compagnons, se lance dans un enseignement nourri des Prophètes et des psaumes sur l’histoire d’Israël, la venue de Jésus, sa mort et sa résurrection.

« Les auditeurs furent profondément bouleversés par ces paroles. Ils demandèrent à Pierre et aux autres apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Changez de comportement et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ, pour que vos péchés vous soient pardonnés. Vous recevrez alors le don de Dieu, le Saint-Esprit. Car la promesse de Dieu a été faite pour vous et vos enfants, ainsi que pour tous ceux qui vivent au loin, tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera. »

Pierre leur adressait encore beaucoup d’autres paroles pour les convaincre et les encourager, et il disait : « Acceptez le salut pour n’avoir pas le sort de ces gens perdus ! » Un grand nombre d’entre eux acceptèrent les paroles de Pierre et furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes s’ajoutèrent au groupe des croyants. » Actes 2,37-41

Bible en sérène (Sénégal) présente à la bibliothèque du Défap. Dans le monde, 7353 langues sont parlées et la Bible est traduite dans 698 d’entre elles.

Le don de la Torah au Sinaï scellait l’alliance de Dieu avec Israël. La descente de l’Esprit-Saint sur les apôtres réunis à Jérusalem symbolise son rayonnement sur tous les habitants de la terre et leur intégration dans l’Alliance renouvelée. Singulier et universel se conjuguent, donnant à chacun sa place, sa vocation personnelle et sa mission propre. Dans le monde païen de l’époque, où l’individu n’a pas une telle importance, c’est une révolution.

A la source des premières paroles, des premières conversions, de la première communauté qui s’organise à Jérusalem, on note une surprise émerveillée des auditeurs, un élan pour répéter, inviter, partager, construire ensemble l’avenir. La bénédiction portée par Abraham pour toutes les familles de la terre, l’élargissement annoncé par les Prophètes et les psaumes sont en train de prendre corps.

D’emblée, cette incarnation s’exprime dans la multiplicité des langues, et s’entend là où toutes s’entrecroisent : le langage du cœur, qui est celui de l’intelligence de la vie et de l’amour. Ceci donne à nos sociétés multiculturelles un riche horizon de compréhension et d’enrichissement mutuel. Toutes les cultures ont leurs ressources propres pour recevoir, dire, penser, chanter, danser, prier le Dieu d’Israël qui s’est fait connaître en son Fils Jésus de Nazareth. Tous les humains, quelles que soient leurs cultures, appartiennent à une seule et même humanité, aiment, souffrent, espèrent, travaillent construisent, détruisent, font la guerre et font la paix. Tous sont concernés au plus haut point par cet appel public et intime qui leur annonce qu’ils sont enfants d’un même Père, qui les aime et les veut libres, dignes et responsables de sa création.

Seule ombre au tableau, on entend dans les paroles de Pierre (v 23) une terrible accusation contre le peuple juif (son peuple), ce qui entretiendra une tradition très nocive d’antijudaïsme dans l’histoire chrétienne. Il faudra attendre la deuxième moitié du 20ème siècle pour remplacer l’enseignement du mépris par l’enseignement de l’estime.

Questions pour nous ?

Avons-nous vraiment conscience que l’expérience libératrice de l’Alliance concerne chaque être humain en tant que personne unique et précieuse aux yeux de Dieu ?

Acceptons-nous le fait que les diverses interprétations culturelles de la révélation sont toutes riches de sens et peuvent s’éclairer mutuellement ?

Reconnaissons-nous aujourd’hui la vocation et la mission singulières du peuple juif dans le monde ?

Seigneur tout puissant,

Ton Fils, notre Sauveur

Est né d’une mère juive,

Il s’est réjoui de la foi d’une mère syrienne et d’un soldat romain.

Il a accueilli les Grecs qui voulaient le voir.

Un homme d’Afrique a porté sa croix.

 

Apprends-nous à reconnaître, comme lui,

Dans les femmes et les hommes de toute origine

Des compagnons de route,

Tous héritiers de ton royaume.

Prière du Conseil œcuménique des Églises

 




Matthias cet inconnu !

Méditation du jeudi 5 septembre 2020. Nous prions pour notre envoyé à Djibouti et sa famille.

Une année pour relire les Actes des apôtres…

Comme pour son évangile, Luc adresse son livre des Actes à un destinataire : Théophile. Pour lui qui n’a pas été témoin direct des événements, il s’agit de construire un récit fiable, à partir de ce qu’on lui a raconté mais aussi de ses propres recherches et vérifications. Au premier chapitre des Actes, il développe le récit de l’ascension de Jésus, enlevé au ciel comme le prophète Elie, mais non sans avoir annoncé auparavant la venue de l’Esprit-Saint et assigné ses disciples à l’œuvre de témoignage à Jérusalem, en Judée, en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre.  Et les disciples retournent à Jérusalem.

« En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères, le nombre des personnes réunies étant d’environ cent vingt. Et il dit : Hommes frères, il fallait que s’accomplît ce que le Saint-Esprit, dans l’Ecriture, a annoncé d’avance, par la bouche de David, au sujet de Judas, qui a été le guide de ceux qui ont saisi Jésus. Il était compté parmi nous, et il avait part au même ministère. Cet homme, ayant acquis un champ avec le salaire du crime, est tombé, s’est rompu par le milieu du corps, et toutes ses entrailles se sont répandues. La chose a été si connue de tous les habitants de Jérusalem que ce champ a été appelé dans leur langue Hakeldama, c’est-à-dire, champ du sang.
Or, il est écrit dans le livre des Psaumes : Que sa demeure devienne déserte, Et que personne ne l’habite ! Et : Qu’un autre prenne sa charge !

Il faut donc que, parmi ceux qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu avec nous, depuis le baptême de Jean jusqu’au jour où il a été enlevé du milieu de nous, il y en ait un qui nous soit associé comme témoin de sa résurrection. Ils en présentèrent deux : Joseph appelé Barsabbas, surnommé Justus, et Matthias. Puis ils firent cette prière : Seigneur, toi qui connais les coeurs de tous, désigne lequel de ces deux tu as choisi, afin qu’il ait part à ce ministère et à cet apostolat, que Judas a abandonné pour aller en son lieu. Ils tirèrent au sort, et le sort tomba sur Matthias, qui fut associé aux onze apôtres. »

Acte 1, 12-26 

 

L’apôtre Matthias par l’atelier de Simone Martini (1319), Met, New York, États-Unis.

On s’imagine la panique, le sentiment d’abandon et de vide qu’ont pu ressentir les disciples, après ce temps privilégié des 40 jours où le Ressuscité les a « formés ». Seule consolation, la chaleur du groupe, la prière en commun, l’attente …

Pourtant n’y a-t-il pas quelque chose à faire ? Pierre prend la décision :  si Jésus est absolument unique, à l’inverse Judas, le traître, peut et doit être remplacé dans sa fonction. Les douze doivent être douze pour reformer le collège apostolique, et le Ps 109,8 est là pour le dire : « Qu’un autre prenne sa charge. » Cette charge est celle du « témoin de la résurrection » ; pour certains commentateurs elle sera aussi celle de trésorier. Il y aura tirage aux sorts, selon une pratique avérée dans la Bible, pour départager entre deux hommes : Barsabbas et Matthias, lequel sera désigné. Sur le plan spirituel il doit affronter deux épreuves : avoir été présent depuis le commencement sans avoir été choisi par Jésus lui-même dans le premier cercle, et être désigné par le sort pour remplacer un homme maudit.

Mais Dieu, invoqué dans la prière, fait bien ce qu’il fait. C’est certainement un homme d’une grande force d’âme qui se trouve désormais adjoint aux 11 apôtres pour assurer le témoignage de la Parole. Les traditions apocryphes en feront un martyre.

Questions pour nous ?

Que signifie être appelé pour faire partie d’un conseil ? Comment le vivons-nous, sur le plan personnel, dans notre relation à Dieu et aux autres ?

Comment comprenons-nous que nous sommes « envoyés pour un témoignage fiable ? »

Grâce te soit rendue pour ta Parole, Dieu notre Père,

Où nous recueillons la promesse de ce que tu veux nous donner toi-même.

Au milieu de nos vies agitées, troublées, connaissant parfois quelques joies

Mais si souvent de grandes épreuves du corps, de l’esprit ou de l’âme,

Tourmentées par tant de choses diverses,

Dans le tumulte du monde qui nous entoure,

Nous te bénissons de nous permettre de nous arrêter un instant

Pour écouter ce que tu as à nous dire.

Que la méditation de ta Parole mette véritablement dans nos cœurs

Une lumière nouvelle qui éclaire nos chemins et nous rende capables d’être dans le monde

De meilleurs annonciateurs de ton amour

Par notre service, notre témoignage et notre propre amour.

Pr Marc Boegner

 




Les dons spirituels

Pour ce temps d’été, nous vous proposons de méditer sur les dons spirituels, à travers quelques versets de la première épître aux Corinthiens, puis en réfléchissant avec ce très beau texte de Bernard de Clairvaux, fondateur de l’ordre cistercien au 12ème siècle.

« A chacun, l’Esprit se manifeste d’une façon particulière, en vue du bien commun. L’Esprit donne à l’un une parole de sagesse ; à un autre, le même Esprit donne une parole de connaissance. L’un reçoit par l’Esprit la foi d’une manière particulière ; à un autre, par ce seul et même Esprit des dons de la grâce sous forme de guérisons, à un autre, des actes miraculeux ; à un autre, il est donné de prophétiser et à un autre, de distinguer entre les esprits. A l’un est donné de s’exprimer dans des langues inconnues, à un autre d’interpréter ces langues. Mais tout cela est l’œuvre d’un seul et même Esprit qui distribue son activité à chacun de manière particulière comme il veut. »

1 Corinthiens 12,7-11

 

 

« Dans la vie spirituelle, frères, gardons-nous d’une part de donner ce que nous avons reçu pour nous, et d’autre part de garder pour nous ce que nous avons reçu pour le donner. Tu confisques à ton profit le bien de ton prochain si, par exemple, tu es non seulement rempli de vertus mais encore doué de science et d’éloquence et que par paresse, ou par excès de discrétion et d’humilité, tu enfermes dans un silence inutile, et plus encore coupable, une parole dont les autres pourraient tirer grand profit. Au contraire, tu dissipes ce qui te revient, et tu le perds, si avant d’être toi-même comblé totalement, tu te dépêches de répandre ce dont tu n’es qu’à moitié rempli.

De la sorte, la sagesse consiste pour toi à jouer le rôle d’un bassin et non pas d’un canal. Un canal rend presque immédiatement ce qu’il reçoit, un bassin au contraire attend d’être rempli pour alors communiquer sans dommage ce dont il surabonde. »

Avec sagesse imite le Seigneur : De sa plénitude nous avons tout reçu. Apprends, toi aussi, à ne répandre que ce dont tu es rempli. Ne prétends pas être plus généreux que Dieu. Si tu n’as pas d’égard pour toi-même, pour qui d’autre saurais-tu te montrer bon ?

Prions avec la communauté des Diaconesses de Reuilly

Seigneur, que ta promesse s’accomplisse et qu’elle commence aujourd’hui.

Que de l’Orient à l’Occident nous nous rassemblions.

Seigneur que des hommes en quête de partage de vie véritable

Et d’un peu d’amitié

Puissent de leurs yeux d’humains voir d’autres humains s’aimer.

Que nous n’attendions pas le grand Royaume

Mais qu’aujourd’hui nous soyons réconciliés et fraternels.

Seigneur que les humains au fond de leur cœur

Soient eux-mêmes rassemblés et que la prière y trouve place.

Il faudrait que tu nous sortes de nos déserts et que tu nous ramènes à toi

Quand nous nous égarons.

Seigneur nous te le demandons :

Rassemble-nous des quatre vents ! Amen !




En chemin avec Qohelet 12

Méditation du jeudi 09 juillet. Nous prions pour notre envoyé à La Réunion. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Mais souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais arrivent et que les années s’approchent où tu diras : Je n’y prends point de plaisir ; avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière, la lune et les étoiles, et que les nuages reviennent après la pluie, temps où les gardiens de la maison tremblent, où les hommes forts se courbent, où celles qui moulent s’arrêtent parce qu’elles sont diminuées, où ceux qui regardent par les fenêtres sont obscurcis, où les deux battants de la porte se ferment sur la rue quand s’abaisse le bruit de la meule, où l’on se lève au chant de l’oiseau, où s’affaiblissent toutes les filles du chant, où l’on redoute ce qui est élevé, où l’on a des terreurs en chemin, où l’amandier fleurit, où la sauterelle devient pesante, et où la câpre n’a plus d’effet, car l’homme s’en va vers sa demeure éternelle, et les pleureurs parcourent les rues ; avant que le cordon d’argent se détache, que le vase d’or se brise, que le seau se rompe sur la source, et que la roue se casse sur la citerne ; avant que la poussière retourne à la terre, comme elle y était, et que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné. Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, tout est vanité.

Outre que l’Ecclésiaste fut un sage, il a encore enseigné la science au peuple, et il a examiné, sondé, mis en ordre un grand nombre de sentences. L’Ecclésiaste s’est efforcé de trouver des paroles agréables ; et ce qui a été écrit avec droiture, ce sont des paroles de vérité.

Les paroles des sages sont comme des aiguillons ; et, rassemblées en un recueil, elles sont comme des clous plantés, données par un seul maître. Du reste, mon fils, tire instruction de ces choses ; on ne finirait pas, si l’on voulait faire un grand nombre de livres, et beaucoup d’étude est une fatigue pour le corps.

Écoutons la fin du discours : Crains Dieu et observe ses commandements. C’est là ce que doit faire tout homme. Car Dieu amènera toute œuvre en jugement, au sujet de tout ce qui est caché, soit bien, soit mal. »

Ecclesiaste 12

« Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ! »

A qui prononce ce dicton bien connu on préfèrera prêter un indulgent sourire plutôt qu’un rictus amer. Car bonne et généreuse peut être la tristesse de quiconque aime passionnément vivre, au moment où il sent et voit ses forces décliner et la vie le quitter, avant que lui-même ne soit prêt à cette séparation. Bonne et généreuse cette tristesse quand elle cherche les mots les plus doux et les plus justes pour avertir et toucher au cœur la jeune génération en l’orientant vers l’essentiel. Tout au long de son livre, le roi de Jérusalem, fils de David, a évoqué, exprimé cet essentiel : jouir de la vie sous toutes ses formes, en tous ses instants, dans toute sa beauté, mais en reliant sans cesse cette jouissance à la joie reconnaissante envers le Créateur, le Donateur de tous ces biens.

Et c’est là le point d’insistance, en ces ultimes propos : « Souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais arrivent … » Cela ne saurait signifier que ce souvenir s’éteint en la vieillesse. Mais si le cœur n’a pas connu jeune la joie de la gratitude, comment pourrait-il la découvrir quand les choses de la vie sont devenues plus difficiles ? Alors il y a danger, à l’heure où la prière se charge de plainte, que celle-ci envahisse complètement l’espace et le temps du dialogue avec Dieu.

Or l’ecclésiaste n’est pas un jaloux, qui voudrait que lui mort personne ne lui survive. Le « vanité des vanités » ne se veut pas une parole de découragement universel, mais d’encouragement en Dieu. « Ce qui a été écrit avec droiture, ce sont des paroles de vérité ! » Ce qui a valu pour nous vaudra pour ceux qui nous suivront, et c’est un merveilleux sujet de réjouissance qui suppose que nous acceptions notre propre mortalité. Sachant ce que nous perdons avec la vie, confions-le à nos enfants, petits-enfants et aux générations à venir. C’est le secret de toute transmission.

« Mon peuple, écoute mes instructions ! Prêtez l’oreille aux paroles de ma bouche !
J’ouvre la bouche par des sentences, Je publie la sagesse des temps anciens.
Ce que nous avons entendu, ce que nous savons, ce que nos pères nous ont raconté,
Nous ne le cacherons point à leurs enfants ; nous dirons à la génération future les louanges de l’Éternel, et sa puissance, et les prodiges qu’il a opérés. » Ps 78, 1-4

 

Nous prions avec ces mots de Jacques Maréchal

Nous prions
Seigneur
Ils vont leur chemin, ces garçons et ces filles,
Comme tes disciples vers Emmaüs.
Tu m’as mis sur leur route.
Donne-moi de les rejoindre comme tu m’as rejoint dans mon histoire,
Respectant les méandres, les déviances de ma vie.
Apprends-moi, non seulement à les voir, mai à les regarder :
Ces visages chiffonnés, lisses, ou ceux dont le sourire dit le cœur
Ces yeux vides, fuyants, ou ce regard pétillant d’étoiles.

Apprends-moi, Seigneur, à rejoindre ton désir pour eux
En embrassant toute l’étendue de leurs propres désirs.
A ne pas me figer sur ce qu’ils sont,
Mais à me fixer sur ce qu’ils ne sont pas encore.
Comme toi avec tes deux disciples, donne-moi de les aider à apprendre
Que l’essentiel est de goûter les choses intérieurement.

Apprends-moi, envers eux, l’infinie patience que tu nous portes déjà.
Que je sache leur dire, comme toi si souvent :
« Lève-toi et marche ! »
Que je puisse les inviter à incliner leur cœur
Vers cet autre qui les habite déjà.

Livre de prières de la société luthérienne

 




En chemin avec Qohelet 11

Méditation du jeudi 02 juillet. Nous prions pour notre envoyé  en Tunisie et sa famille. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Jette ton pain sur la face des eaux, car avec le temps tu le retrouveras ; donnes-en une part à sept et même à huit, car tu ne sais pas quel malheur peut arriver sur la terre. Quand les nuages sont pleins de pluie, ils la répandent sur la terre ; et si un arbre tombe, au midi ou au nord, il reste à la place où il est tombé. Celui qui observe le vent ne sèmera point, et celui qui regarde les nuages ne moissonnera point. Comme tu ne sais pas quel est le chemin du vent, ni comment se forment les os dans le ventre de la femme enceinte, tu ne connais pas non plus l’œuvre de Dieu qui fait tout.

Dès le matin sème ta semence, et le soir ne laisse pas reposer ta main ; car tu ne sais point ce qui réussira, ceci ou cela, ou si l’un et l’autre sont également bons.

La lumière est douce, et il est agréable aux yeux de voir le soleil. Si donc un homme vit beaucoup d’années, qu’il se réjouisse pendant toutes ces années, et qu’il pense aux jours de ténèbres qui seront nombreux ; tout ce qui arrivera est vanité.

Jeune homme, réjouis-toi dans ta jeunesse, livre ton cœur à la joie pendant les jours de ta jeunesse, marche dans les voies de ton cœur et selon les regards de tes yeux; mais sache que pour tout cela Dieu t’appellera en jugement. Bannis de ton cœur le chagrin, et éloigne le mal de ton corps ; car la jeunesse et l’aurore sont vanité. »

Ecclesiaste 11

Le geste de jeter son pain à la surface des eaux peut nous faire penser à cette scène d’évangile où les disciples de Jésus se scandalisent qu’une femme lui ait versé un parfum de grand prix sur les pieds, car disent-ils, sa vente aurait pu rapporter beaucoup d’argent, et servir à nourrir les pauvres. Et Jésus rétorque à ses disciples que la femme a simplement fait ce qu’elle devait faire au moment où elle le pouvait, car « vous avez toujours les pauvres avec vous et vous pouvez leur faire du bien quand vous voulez, mais vous ne m’avez pas toujours. » Marc 6-7

Si la générosité s’inscrit dans la durée et s’enrichit d’être organisée, il est question avec le pain jeté à la surface des eaux, comme avec le parfum versé, d’un geste instantané, presque non-réfléchi, dont le sens ne dépend pas de sa signification éthique ou esthétique, mais d’une résonance beaucoup plus profonde. Geste qui vient de Dieu et qui est pour Dieu, geste-prière qui dit l’élan immédiat de la confiance et de la liberté intérieure. Quand il nous est donné de vivre de tels gestes, toute notre vie se trouve transformée. Car alors nous entérinons avec l’Ecclésiaste que « tout est vanité », mais loin de nous en désoler, nous y découvrons une source de soulagement et de grande jubilation. Car c’est vrai, mille fois vrai : à Dieu on peut vraiment s’abandonner ; il est notre vie et nous comble de tous ses biens ! Qu’avons-nous alors de plus pressé à faire que de partager, avec nos frères et sœurs, et notre pain, et notre joie en abondance ?

 

Nous prions avec ces mots de Philippe Soullier

Seigneur
Tu donnes gratuitement tout ce qui m’est nécessaire,
Tout ce qui est beau et bon :
Le pain et l’espoir, le pardon et la paix, le sens et la joie
En un mot, la vie !

Et même c’est ta vie
C’est toi qui te donnes en Jésus et par lui
Sans que je le mérite ou que j’y sois pour quelques chose !
Gratuitement !

Je reconnais et je confesse que je ne sais pas donner ainsi.
Tout se paye, tout se vend, tout s’achète
Se marchande, se mesure, s’échange sur cette terre.

Donne-moi, Seigneur,
De recevoir et de donner gratuitement, sans arrière-pensée
Sans penser d’abord à moi,
Sans penser à un intérêt, un profit, un dû ou un mérite,
Librement et joyeusement !
Que je sois à ton image,
Car c’est bien ce pour quoi tu m’as fait !

Livre de prières de la société luthérienne

 




En chemin avec Qohelet 10

Méditation du jeudi 25 juin. Nous prions pour notre envoyé aux Antilles, sa famille et toute la communauté. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Les mouches mortes infectent et font fermenter l’huile du parfumeur ; un peu de folie l’emporte sur la sagesse et sur la gloire. Le cœur du sage est à sa droite, et le cœur de l’insensé à sa gauche. Quand l’insensé marche dans un chemin, le sens lui manque, et il dit de chacun : Voilà un fou ! Si l’esprit de celui qui domine s’élève contre toi, ne quitte point ta place ; car le calme prévient de grands péchés.

Il est un mal que j’ai vu sous le soleil, comme une erreur provenant de celui qui gouverne : la folie occupe des postes très élevés, et des riches sont assis dans l’abaissement. J’ai vu des esclaves sur des chevaux, et des princes marchant sur terre comme des esclaves.

Celui qui creuse une fosse y tombera, et celui qui renverse une muraille sera mordu par un serpent. Celui qui remue des pierres en sera blessé, et celui qui fend du bois en éprouvera du danger. S’il a émoussé le fer, et s’il n’en a pas aiguisé le tranchant, il devra redoubler de force; mais la sagesse a l’avantage du succès. Si le serpent mord faute d’enchantement, il n’y a point d’avantage pour l’enchanteur. Les paroles de la bouche du sage sont pleines de grâce; mais les lèvres de l’insensé causent sa perte. Le commencement des paroles de sa bouche est folie, et la fin de son discours est une méchante folie. L’insensé multiplie les paroles. L’homme ne sait point ce qui arrivera, et qui lui dira ce qui sera après lui ? Le travail de l’insensé le fatigue, parce qu’il ne sait pas aller à la ville. Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant, et dont les princes mangent dès le matin ! Heureux toi, pays dont le roi est de race illustre, et dont les princes mangent au temps convenable, pour soutenir leurs forces, et non pour se livrer à la boisson ! Quand les mains sont paresseuses, la charpente s’affaisse; et quand les mains sont lâches, la maison a des gouttières. On fait des repas pour se divertir, le vin rend la vie joyeuse, et l’argent répond à tout. Ne maudis pas le roi, même dans ta pensée, et ne maudis pas le riche dans la chambre où tu couches ; car l’oiseau du ciel emporterait ta voix, l’animal ailé publierait tes paroles. »

Ecclesiaste 10

 

Arrivant au ch. 10 il est peut-être temps de dire un mot sur le terme hébreu : qohelet, traduit par l’Ecclésiaste. Il vient du verbe qahal qui signifie rassembler, convoquer une réunion, et désignerait donc l’homme qui parle devant l’assemblée, ou encore celui qui collecte des sentences. En même temps la tradition identifie cet homme au Roi de Jérusalem, fils de David, donc Salomon. Pourtant il existe un contraste immense entre l’image que l’on peut se faire de Salomon à partir des récits bibliques, et ce qui ressort des méditations et des propos de ce livre appelé l’Ecclésiaste. Ceci peut nous rappeler que chacun d’entre nous a des visages divers et que personne n’est réductible à son masque social, politique ou même religieux.

Ce qu’il y a d’étonnant dans l’Ecclésiaste, c’est que bien souvent la voix de l’auteur traverse le texte pour nous atteindre de manière très personnelle. Nous sentons vibrer une âme, une sensibilité, une pensée. Il a également recours à des sentences plus générales, héritage d’une sagesse des anciens. Aujourd’hui, nous avons tendance à considérer que celle-ci n’a pas grand-chose à voir avec notre post-modernité. Pourtant, quand nos situations deviennent plus précaires, plus inquiétantes, alors les proverbes, les contes de sagesse sont là pour nous soutenir, nous guider, nous nourrir. Car si la sagesse de Dieu et celle des hommes ne sont pas réductibles l’une à l’autre, notre Père qui est au ciel n’a pas voulu qu’elles soient totalement étrangères, tant qu’elles nous dirigent l’une comme l’autre « vers les sentiers de la justice » Ps 23 !

En lieu de prière nous vous proposons cette semaine un conte de sagesse venu de Mauritanie

Le diable vivait dans son palais, sous la terre ! Son palais était confortable et la nourriture y était abondante. Mais le diable était seul et au bout de quelques années, il commença à s’ennuyer. Un matin, il décide donc de remonter sur la surface de la terre.

En arrivant, il lève la tête, il voit au loin des jeunes filles qui jouent, il s’en approche et remarque l’une d’elle qui était d’une rare beauté. Il lui dit :
– Belle jeune fille, si tu acceptes de m’épouser et de me suivre dans mon beau palais sous la terre, je te donnerai toutes les parures et tous les joyaux de la terre !
– Toutes les parures et les joyaux de la terre ? Mais que pourrais-je en faire, cela ne m’intéresse pas du tout.

Le diable, sentant qu’il n’avait aucune chance d’amener avec lui cette belle jeune fille, se jette sur elle et d’un geste violent et sec lui arrache sa beauté ! Il arrive dans son palais, jette la beauté de la fille sur les murs qui se mettent à étinceler de beauté !

De longues années plus tard, le diable, toujours seul dans son palais s’ennuie toujours ! Il décide de revenir sur la surface de la terre et d’aller voir ce que la belle ancienne jeune fille était devenue. Il se renseigne au village, on lui apprend qu’elle vit dans une cabane au fond de la forêt. Il s’y rend donc. Il trouve la cabane et en regardant à travers les fenêtres, il voit une vielle femme très ordinaire assise à côté d’un vieil homme tout aussi ordinaire.

La porte de la cabane étant entrouverte, le diable y entre furtivement. Et il sent monter entre les deux vieilles personnes une telle force d’amour qu’il en perd la vue et surtout le sens de l’orientation à tel point qu’il ne parvient plus à retrouver le chemin qui le ramènera dans son beau palais. Depuis ce jour-là, le diable court toujours.




En chemin avec Qohelet 9

Méditation du jeudi 18 juin. Nous prions pour nos envoyés au Cameroun et nos Églises partenaires. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Oui, j’ai appliqué mon cœur à tout cela, j’ai fait de tout cela l’objet de mon examen, et j’ai vu que les justes et les sages, et leurs travaux, sont dans la main de Dieu, et l’amour aussi bien que la haine ; les hommes ne savent rien: tout est devant eux.

Tout arrive également à tous ; même sort pour le juste et pour le méchant, pour celui qui est bon et pur et pour celui qui est impur, pour celui qui sacrifie et pour celui qui ne sacrifie pas ; il en est du bon comme du pécheur, de celui qui jure comme de celui qui craint de jurer. Ceci est un mal parmi tout ce qui se fait sous le soleil, c’est qu’il y a pour tous un même sort ; aussi le cœur des fils de l’homme est-il plein de méchanceté, et la folie est dans leur cœur pendant leur vie ; après quoi, ils vont chez les morts. Car, qui est excepté ?  Pour tous ceux qui vivent il y a de l’espérance ; et même un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort. Les vivants, en effet, savent qu’ils mourront ; mais les morts ne savent rien, et il n’y a pour eux plus de salaire, puisque leur mémoire est oubliée. Et leur amour, et leur haine, et leur envie, ont déjà péri ; et ils n’auront plus jamais aucune part à tout ce qui se fait sous le soleil.

Va, mange avec joie ton pain, et bois gaiement ton vin ; car dès longtemps Dieu prend plaisir à ce que tu fais. Qu’en tout temps tes vêtements soient blancs, et que l’huile ne manque point sur ta tête.  Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, pendant tous les jours de ta vie de vanité, que Dieu t’a donnés sous le soleil, pendant tous les jours de ta vanité; car c’est ta part dans la vie, au milieu de ton travail que tu fais sous le soleil.

Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le ; car il n’y a ni oeuvre, ni pensée, ni science, ni sagesse, dans le séjour des morts, où tu vas.

J’ai encore vu sous le soleil que la course n’est point aux agiles ni la guerre aux vaillants, ni le pain aux sages, ni la richesse aux intelligents, ni la faveur aux savants ; car tout dépend pour eux du temps et des circonstances. L’homme ne connaît pas non plus son heure, pareil aux poissons qui sont pris au filet fatal, et aux oiseaux qui sont pris au piège ; comme eux, les fils de l’homme sont enlacés au temps du malheur, lorsqu’il tombe sur eux tout à coup.

J’ai aussi vu sous le soleil ce trait d’une sagesse qui m’a paru grande. Il y avait une petite ville, avec peu d’hommes dans son sein ; un roi puissant marcha sur elle, l’investit, et éleva contre elle de grands forts. Il s’y trouvait un homme pauvre et sage, qui sauva la ville par sa sagesse. Et personne ne s’est souvenu de cet homme pauvre. Et j’ai dit : La sagesse vaut mieux que la force. Cependant la sagesse du pauvre est méprisée, et ses paroles ne sont pas écoutées. Les paroles des sages tranquillement écoutées valent mieux que les cris de celui qui domine parmi les insensés. La sagesse vaut mieux que les instruments de guerre ; mais un seul pécheur détruit beaucoup de bien.. »

Ecclesiaste 9

 

« La pire victime ne peut faire autrement que de constater que, dans son pire exercice, la puissance du bourreau ne peut être autre qu’une de celles de l’homme : la puissance de meurtre. Il peut tuer un homme, mais il ne peut pas le changer en autre chose. » Cette citation de Robert Antelme, poète déporté en camp de concentration en 1944 pour fait de résistance pendant la seconde guerre mondiale, est extraite de son livre L’espèce humaine. Il y affirme avec force l’irréductible unité de cette dernière, décrivant comment les bourreaux ne parviennent pas à réaliser jusqu’au bout leur horrible entreprise de déshumanisation des prisonniers, mais également comment les victimes ne peuvent jamais se consoler en niant l’humanité de leurs bourreaux. Le bien, le mal, la souffrance sont des affaires qui relèvent pleinement de la responsabilité de l’espèce humaine, et c’est comme si Dieu lui-même ne pouvait trancher dans l’immédiat des tragédies, sans risquer de défaire ce qu’il a créé : une humanité une.

Et malheureusement l’Ecclésiaste, sans aucune ambiguïté, ferme la porte d’un au-delà que nous aimons imaginer comme réparant les injustices de ce monde. C’est notre seule vie que nous pouvons et devons vivre, dans la joie de tout ce que Dieu nous donne. Cela ne signifie nullement que Dieu nous abandonne dans la souffrance ni aux portes du tombeau, mais si nous n’avons pas reçu ici et maintenant les signes et manifestations de son amour, comment celui-ci pourrait-il se montrer plus fort que la mort ? « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien et ce que l’Eternel demande de toi ; c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu. » Michée 6,8.

Le fils de David, roi de Jérusalem, nous invite à cette humilité à travers une petite parabole. Ce n’est pas un héros, mais un homme sage et anonyme, dont personne ne se souviendra, qui sauve la ville contre les assauts d’un roi puissant et fameux.

Loué sois-tu mon Dieu, pour tous ces autres
Qui peuplent la terre avec moi.
Pour ces prochains et ces lointains
Sans qui je ne serais qu’un Robinson
Prisonnier de son orgueil solitaire.
Loué sois-tu pour tout ce qui nous est commun,
Au long des siècles et des continents,
Tissant la longue tapisserie de l’humanité.

Loué sois-tu aussi pour tout ce qui nous fait différents
Et dont les couleurs font chanter le tissu de la vie.
Donne-moi d’accueillir la richesse de ces diversités
Et d’y saisir la dimension de ton amour.
Pour ceux qui me sont les plus proches,
Famille, amis, voisins, camarades, collègues,
Qui cheminent à mes côtés au long des jours,
M’apportant chaleur, réconfort, ou souci,
Pour eux tous, je veux te louer.
Te louer aussi  simplement
Pour la vie qui continue,
Parce que le monde n’a pas commencé
Ni se terminera avec moi.

Loué sois-tu, quand tu ouvres mes yeux
Quand je m’enferme ou m’isole,
Loué sois-tu quand tu m’envoies des compagnons fraternels
Quand je déprime ou désespère.
Loué sois-tu, ô mon Dieu,
Quand tu me donnes d’être ce petit chaînon joyeux
De la grande caravane humaine
En marche vers cet avenir que ton Fils nous a dépeint
Aux couleurs de l’espérance.  
Amen, alléluia !

(d’après un texte de Michel Wagner)

 

 




En chemin avec Qohelet 8

Méditation du jeudi 11 juin. Nous prions pour nos envoyés à Madagascar et nos Églises partenaires. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Qui est comme le sage, et qui connaît l’explication des choses ? La sagesse d’un homme fait briller son visage, et la sévérité de sa face est changée.
Je te dis : Observe les ordres du roi, et cela à cause du serment fait à Dieu. Ne te hâte pas de t’éloigner de lui, et ne persiste pas dans une chose mauvaise : car il peut faire tout ce qui lui plaît, parce que la parole du roi est puissante ; et qui lui dira : Que fais-tu ?

Celui qui observe le commandement ne connaît point de chose mauvaise, et le cœur du sage connaît le temps et le jugement. Car il y a pour toute chose un temps et un jugement, quand le malheur accable l’homme. Mais il ne sait point ce qui arrivera, et qui lui dira comment cela arrivera ? L’homme n’est pas maître de son souffle pour pouvoir le retenir, et il n’a aucune puissance sur le jour de la mort ; il n’y a point de délivrance dans ce combat, et la méchanceté ne saurait sauver les méchants. J’ai vu tout cela, et j’ai appliqué mon coeur à tout ce qui se fait sous le soleil. Il y a un temps où l’homme domine sur l’homme pour le rendre malheureux.

Alors j’ai vu des méchants recevoir la sépulture et entrer dans leur repos, et ceux qui avaient agi avec droiture s’en aller loin du lieu saint et être oubliés dans la ville. C’est encore là une vanité. Parce qu’une sentence contre les mauvaises actions ne s’exécute pas promptement, le cœur des fils de l’homme se remplit en eux du désir de faire le mal. Cependant, quoique le pécheur fasse cent fois le mal et qu’il y persévère longtemps, je sais aussi que le bonheur est pour ceux qui craignent Dieu, parce qu’ils ont de la crainte devant lui. Mais le bonheur n’est pas pour le méchant, et il ne prolongera point ses jours, pas plus que l’ombre, parce qu’il n’a pas de la crainte devant Dieu.

Il est une vanité qui a lieu sur la terre : c’est qu’il y a des justes auxquels il arrive selon l’œuvre des méchants, et des méchants auxquels il arrive selon l’œuvre des justes. Je dis que c’est encore là une vanité. J’ai donc loué la joie, parce qu’il n’y a de bonheur pour l’homme sous le soleil qu’à manger et à boire et à se réjouir; c’est là ce qui doit l’accompagner au milieu de son travail, pendant les jours de vie que Dieu lui donne sous le soleil.

Lorsque j’ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse et à considérer les choses qui se passent sur la terre, -car les yeux de l’homme ne goûtent le sommeil ni jour ni nuit, j’ai vu toute l’œuvre de Dieu, j’ai vu que l’homme ne peut pas trouver ce qui se fait sous le soleil; il a beau se fatiguer à chercher, il ne trouve pas; et même si le sage veut connaître, il ne peut pas trouver.« 

Ecclesiaste 8

Sans se lasser, l’ecclésiaste nous invite à la sagesse ; il montre toutefois qu’elle porte en elle une lucidité douloureuse sur l’humain et la marche du monde, et qu’elle reste in fine inaccessible à l’homme. Alors on appellera sage celui qui désire, de tout son cœur, connaître la sagesse mais en même temps accepte, avec le même cœur, que le sens du monde lui échappe car il relève de l’action mystérieuse de Dieu. Mais le fils de David exprime un autre paradoxe : le sage doit être capable d’obéir aux autorités, car elles sont instituées par Dieu, en même temps qu’il garde au fond de lui sa révolte contre ce qui lui semble injuste, ainsi quand le méchant est glorifié et le juste oublié. La sagesse ne signifie ni une soumission à l’ordre du monde ni un fatalisme philosophique ni un repli sur soi. Mais une acceptation du temps, que personne ne maitrise sinon Dieu, et qui remettra le monde à l’endroit, distribuant finalement récompenses et châtiments en bonne justice. Ceci nous encourage à la patience, à la confiance et à l’espérance.

Et c’est possible parce que la crainte de Dieu éclaire le présent, crainte qui n’a rien à voir avec la peur, mais qui correspond plutôt au respect, à la considération, à un amour plein d’admiration et de reconnaissance. C’est dans ce sentiment que se reçoit et s’enracine la joie comme don de Dieu. Cette joie se manifeste dans toutes les dimensions de la vie, aussi bien matérielles et spirituelles : le travail, le manger et le boire, tout ce que qui fait le quotidien de nos existences humaines.

 

Nous nous joignons à cette prière proposée par la Société luthérienne

Puisque voici venu le temps de perdre le temps
Je voudrais que disparaisse de ma vie l’habitude ou la distraction
Ce pli qui m’empêche de voir le vrai visage
Des hommes et des choses.

Ouvre mes yeux Seigneur
Prends ce cœur plus usé que la corde à la margelle du puits
Ce cœur qu’ont durci les déceptions et les échecs.
Ouvre mes yeux sur tous ces gestes d’amitié, de solidarité,
Ces fleurs merveilleuses jetées sur notre route.
Ouvre mes yeux, Seigneur, quand la fatigue me surprend
Et que je me traîne sur les chemins

Fais-moi comprendre la grandeur des petites choses
Que je recommence chaque jour.
Montre-moi la place unique où tu m’as placé pour bâtir ton royaume
Et donne-moi le goût de la tenir avec assurance.

Cardinal Roger Etchegaray

 

 




En chemin avec Qohelet 7

Méditation du jeudi 4 juin. Nous prions pour notre envoyé au Brésil et sa famille. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Une bonne réputation vaut mieux que le bon parfum, et le jour de la mort que le jour de la naissance.
Mieux vaut aller dans une maison de deuil que d’aller dans une maison de festin; car c’est là la fin de tout homme, et celui qui vit prend la chose à cœur.
Mieux vaut le chagrin que le rire; car avec un visage triste le cœur peut être content.
Le cœur des sages est dans la maison de deuil, et le cœur des insensés dans la maison de joie.
Mieux vaut entendre la réprimande du sage que d’entendre le chant des insensés.
Car comme le bruit des épines sous la chaudière, ainsi est le rire des insensés. C’est encore là une vanité.
L’oppression rend insensé le sage, et les présents corrompent le cœur.
Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement ; mieux vaut un esprit patient qu’un esprit hautain.
Ne te hâte pas en ton esprit de t’irriter, car l’irritation repose dans le sein des insensés.
Ne dis pas : D’où vient que les jours passés étaient meilleurs que ceux-ci ? Car ce n’est point par sagesse que tu demandes cela.
La sagesse vaut autant qu’un héritage, et même plus pour ceux qui voient le soleil.
Car à l’ombre de la sagesse on est abrité comme à l’ombre de l’argent ; mais un avantage de la science, c’est que la sagesse fait vivre ceux qui la possèdent.
Regarde l’œuvre de Dieu : qui pourra redresser ce qu’il a courbé ?

Au jour du bonheur, sois heureux, et au jour du malheur, réfléchis : Dieu a fait l’un comme l’autre, afin que l’homme ne découvre en rien ce qui sera après lui.
J’ai vu tout cela pendant les jours de ma vanité. Il y a tel juste qui périt dans sa justice, et il y a tel méchant qui prolonge son existence dans sa méchanceté. Ne sois pas juste à l’excès, et ne te montre pas trop sage : pourquoi te détruirais-tu ? Ne sois pas méchant à l’excès, et ne sois pas insensé : pourquoi mourrais-tu avant ton temps ? Il est bon que tu retiennes ceci, et que tu ne négliges point cela ; car celui qui craint Dieu échappe à toutes ces choses.
La sagesse rend le sage plus fort que dix chefs qui sont dans une ville. Non, il n’y a sur la terre point d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais. Ne fais donc pas attention à toutes les paroles qu’on dit, de peur que tu n’entendes ton serviteur te maudire ; car ton cœur a senti bien des fois que tu as toi-même maudit les autres.
J’ai éprouvé tout cela par la sagesse. J’ai dit : Je serai sage. Et la sagesse est restée loin de moi. Ce qui est loin, ce qui est profond, profond, qui peut l’atteindre ? Je me suis appliqué dans mon cœur à connaître, à sonder, et à chercher la sagesse et la raison des choses, et à connaître la folie de la méchanceté et la stupidité de la sottise. Et j’ai trouvé plus amère que la mort la femme dont le cœur est un piège et un filet, et dont les mains sont des liens ; celui qui est agréable à Dieu lui échappe, mais le pécheur est pris par elle.
Voici ce que j’ai trouvé, dit l’Ecclésiaste, en examinant les choses une à une pour en saisir la raison ; voici ce que mon âme cherche encore, et que je n’ai point trouvé. J’ai trouvé un homme entre mille ; mais je n’ai pas trouvé une femme entre elles toutes. Seulement, voici ce que j’ai trouvé, c’est que Dieu a fait les hommes droits ; mais ils ont cherché beaucoup de détours.« 

Ecclesiaste 7

Derrière les maximes, proverbes, réflexions émises et transmises au nom de la sagesse, qui parle ? Est-ce l’humain, est-ce Dieu ? Comment se répartissent la part de l’objectif et celle du subjectif ? Comment distinguer ce qui relève de la recherche de la vérité et du goût du pouvoir ?

Me revient en mémoire une scène où une militante pacifiste, à bout d’arguments face à un contradicteur, finit par lui envoyer une gifle retentissante. Le désir de paix, si sincère et noble fût – il, n’avait pas résisté à la volonté d’avoir raison à tout prix. Ce qui vaut pour la paix vaut pour d’autres causes, et la quête de la sagesse est elle aussi susceptible de ce même retournement. Car nous sommes et restons des êtres de passion, et porter l’habit du sage ne protège pas toujours des sursauts de l’amour propre.

Ne faut-il pas que le sage lui-même se mette en cause pour que nous soyons touchés en notre âme et conscience ? Ainsi du fils de David, roi de Jérusalem, confiant qu’« il n’y a pas d’homme juste sur terre qui fasse le bien et qui ne pèche jamais », et que lui-même ayant dit : « Je serai sage », la sagesse est néanmoins restée loin de lui. O combien nous sentons que cette attitude est pertinente !

A l’inverse, la « gifle retentissante » envoyée aux femmes à travers ses propos misogynes nous scandalise. Et l’argument du contexte et de la culture ne convaincra que si l’on ne veut pas chercher plus loin la raison d’une telle haine. Est-ce d’avoir trop aimé les femmes ou trop de femmes, que le roi se venge par ses sentences sans appel ? A-t-il peur d’elles au point de vouloir détruire leur réputation ? Une telle « subjectivité », donnant lieu à une telle généralisation, est dangereuse pour la bonne entente des sexes, et stérilise à jamais la recherche de la sagesse, qui dans la tradition biblique et juive, est souvent considérée comme la part féminine de Dieu.

Nous partageons cette prière de Pentecôte

Le tam-tam dit : Pentecôte !
Pentecôte ! Pentecôte ! répond le balafon
Le tambour, Pentecôte !
L’arc de vibration sur ma lèvre de silence, Pentecôte !
O mes grelots, Pentecôte !
O mes clochettes, dans mes pieds de cadence, Pentecôte !
Dans mes mains, dans les jubilations de mes doigts, Pentecôte de jouvence !
Et bondissant par myriades, des tribus décochées dans la fureur matutinale de l’Esprit (…)
Dis seulement sur ma lèvre ta parole, mon Seigneur
Et je serai Kotoko, Mousgoum, je serai Moungala,
Je serai Moukongo, Moulouba
Je serai Zoulou et Swazi, je serai Namaqua
Je serai Foulbé du Fouta, je serai Sérère,
Dis et voici sur ma lèvre fleurir le bambara
Je dirai au Dogon, au Mossi,
Je dirai au Baganda, au Masaï, je dirai au Blanc, je dirai au Peau-Rouge
Je dirai ta parole aux flots du « Fleuve Jaune »
Et tous à ma voix répondront. (…)
Oh parle seulement
Habille-nous de ta parole
Et nous serons ta voix de collines en collines
D’océans en océans, de continents en continents,
D’une terre à l’autre terre, d’une race à l’autre race,
D’un cœur à l’autre, d’une âme à une autre âme :
N’être, dans la tempête de ce matin de Pentecôte
Que la respiration de ta voix Seigneur !
Oh parle seulement
Dans la nuit de nos cœurs voici que s’est levée la rumeur des tams-tams…

Engelbert MVENG, prêtre catholique camerounais (1930-1995)

 

 




En chemin avec Qohelet 6

Nous prions pour nos envoyés au Sénégal, et nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Il est un mal que j’ai vu sous le soleil, et qui est fréquent parmi les hommes.  Il y a tel homme à qui Dieu a donné des richesses, des biens, et de la gloire, et qui ne manque pour son âme de rien de ce qu’il désire, mais que Dieu ne laisse pas maître d’en jouir, car c’est un étranger qui en jouira. C’est là une vanité et un mal grave. Quand un homme aurait cent fils, vivrait un grand nombre d’années, et que les jours de ses années se multiplieraient, si son âme ne s’est point rassasiée de bonheur, et si de plus il n’a point de sépulture, je dis qu’un avorton est plus heureux que lui. Car il est venu en vain, il s’en va dans les ténèbres, et son nom reste couvert de ténèbres ; il n’a point vu, il n’a point connu le soleil ; il a plus de repos que cet homme. Et quand celui-ci vivrait deux fois mille ans, sans jouir du bonheur, tout ne va-t-il pas dans un même lieu ?

Tout le travail de l’homme est pour sa bouche, et cependant ses désirs ne sont jamais satisfaits. Car quel avantage le sage a-t-il sur l’insensé ? quel avantage a le malheureux qui sait se conduire en présence des vivants ?  Ce que les yeux voient est préférable à l’agitation des désirs : c’est encore là une vanité et la poursuite du vent.

Ce qui existe a déjà été appelé par son nom ; et l’on sait que celui qui est homme ne peut contester avec un plus fort que lui. S’il y a beaucoup de choses, il y a beaucoup de vanités : quel avantage en revient-il à l’homme ?  Car qui sait ce qui est bon pour l’homme dans la vie, pendant le nombre des jours de sa vie de vanité, qu’il passe comme une ombre ? Et qui peut dire à l’homme ce qui sera après lui sous le soleil ? « 

Ecclesiaste 6

Parfois, comme l’Ecclésiaste, nous nous abandonnons à la rumination de sombres pensées, et nous entretenons notre mal-être par la répétition obsessionnelle de ce qui nous chagrine chez les autres et dans la marche du monde. Ici c’est la douleur de la dépossession qui revient, le pénible rappel que d’autres profiteront de ce qui un jour fut à nous, et qu’après avoir été nous ne serons plus, et que peut-être nous aurons vécu en vain. Vanité, vanité, vanité !

Pourtant le mot bonheur brille dans l’obscurité. Comment le comprendre, ce bonheur à portée du roi ? Est-il autre que celui du pauvre, que celui de tout être humain ? N’est-il pas ce merveilleux philtre qui transforme le regard et fait les délices du cœur ? Dé-possession, pour le puissant et le riche, ou im-possession, pour celui qui a peu, peuvent conduire, non pas à la frustration et au désir obsessionnel, mais à la possibilité du bonheur, quand le dessaisissement de soi permet le saisissement de la grâce. Le sourire au lieu de la grimace, le rire plutôt que le grincement de dents, la générosité et non la jalousie.

Ah oui le bonheur d’être et d’exister ! Libéré de soi-même pour un temps, exultant dans le chant, le remerciement, la louange, le partage avec frères et sœurs de la merveilleuse joie de vivre, enfants d’un même Père. Le roi de Jérusalem, fils de David, ne nous inviterait-il pas, tout simplement et avec insistance, à savoir être heureux de notre bonheur ?

Nous prions avec cette prière écrite par des jeunes chrétiens d’Afrique

Seigneur je lance ma joie vers le ciel comme une nuée d’oiseaux !

Je suis dans la joie Seigneur ! Dans la joie ! Dans la joie !

Tous les jours, par ta grâce, c’est Noël, c’est Pâques, c’est l’Ascension, c’est Pentecôte !

Voici un jour encore qui brille, étincelle, éclate de bonheur à cause de ton amour.

Chaque jour est ton œuvre, et chacun est compté comme les cheveux de ma tête.

Alléluia ! Alléluia, mon Dieu, en Jésus-Christ !