Méditation du jeudi : une année de grâce

Méditation du jeudi 16 septembre 2021. Nous prions cette semaine avec nos envoyées au Togo, Liliah Breton et Claire Marie Kubel.

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Jésus a reçu le baptême. Il a reçu l’Esprit saint. Il a tenu tête au diable qui lui faisait miroiter la gloire. Le travail commence, les pieds dans la poussière, sur les chemins et dans les villages de Galilée, dans la rencontre et les paroles échangées avec ceux qu’il croise. Le voilà donc au travail et tout se passe bien, il enseigne, il rencontre, il annonce la bonne nouvelle dont il est porteur, il convainc, et tout le monde est ravi. On le glorifie, même… comme un Dieu, ce qui lui revient (nous lecteurs le savons bien), mais est-on bien sûr que tout le monde a compris qui il est ? Rien n’est moins sûr.

L’étape suivante va le montrer, tout est plus compliqué qu’il n’y paraît. Jésus arrive chez lui, à Nazareth, là où tout le monde le connaît, et porté par l’Esprit saint, il continue son ministère en entrant dans la synagogue pour enseigner.

Comme on le fait dans nos temples et nos églises, il lit un texte biblique pour le commenter ensuite. Ce jour-là, voici ce qu’il partage avec ceux qui sont venus à la synagogue :

L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ; il m’a envoyé pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le retour à la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année de grâce de la part du Seigneur.

 

La situation de la Galilée à ce moment-là n’est pas brillante : entre les impôts, le joug romain et la précarité du travail quotidien, on comprend que les gens ordinaires nourrissent l’espoir qu’un Messie viendra rendre au peuple d’Israël sa gloire et sa place privilégiée dans le monde, comme le dit ce texte du prophète Esaïe (Es 61,1ss). Ils rêvent de bonnes nouvelles, de liberté, d’un regard neuf sur un monde renouvelé. Ils sont a priori tout à fait d’accord avec la perspective d’une année de jubilée que mentionne Esaïe, cette année où tous les compteurs sont remis à zéro, où la justice s’impose à tous (Lv 25,8-22). Ça dessine un avenir radieux et ça permet de rêver qu’on pourra être, un jour, en paix, heureux, bien nourris et dans la sécurité, sans plus rien devoir à personne.

Les compatriotes de Jésus sont donc un peu surpris quand il leur annonce que ça y est, c’est déjà fait, c’est accompli. Les pauvres ont déjà reçu une bonne nouvelle, les captifs ont déjà appris leur libération, les aveugles savent qu’ils voient déjà et tout est déjà remis à zéro pour qu’il n’y ait plus d’exploités et que les riches lâchent un peu de lest dans leur pouvoir sur les autres. C’est que ça ne se voit pas, que c’est déjà fait. La misère est là, les impôts, les Romains… pourquoi cet homme qu’ils connaissent bien leur dit-il le contraire de ce qu’ils savent être la vérité ? Rien n’est encore accompli… mais c’est bien tentant quand même, cette perspective. Ils sont déroutés. Cette année de justice offerte par Dieu, est-elle là ou pas encore ?

Tous lui rendaient témoignage et admiraient les paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils disaient : N’est-il pas le fils de Joseph ? Et il leur dit : C’est sûr, vous allez me citer le dicton : Médecin, guéris-toi toi-même ; nous avons appris tout ce que tu as fait à Capharnaüm, alors fais la même chose ici, dans ta patrie. Et il leur dit : C’est vrai, je vous le dis, aucun prophète n’est accueilli dans sa patrie. Vraiment, je vous le dis : quand Élie était en vie et que le ciel a refusé de s’ouvrir pendant trois ans et six mois, causant une grande famine dans tout le pays, il y avait beaucoup de veuves en Israël, mais c’est pourtant dans le pays de Sidon, à Sarepta, qu’il a été envoyé chez une femme veuve. Et puis il y avait beaucoup de lépreux en Israël du temps d’Élisée, mais aucun n’a été purifié, seulement un Syrien, Naaman. Alors, tous furent remplis de colère dans la synagogue quand ils entendirent ces paroles et ils se levèrent, le chassèrent hors de la ville et le poussèrent jusqu’au sommet du promontoire du bourg pour le jeter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux tous, s’en alla. (Lc 4,22-30)

 

On est passé très vite de la surprise au désir de meurtre. Pourquoi ? À vrai dire ce n’est pas totalement clair.
Ils attendaient une libération économique, sociale et politique, éventuellement accompagnée de signes divins et Jésus leur dit que tout est déjà accompli.

La première hésitation, c’est de savoir ce qui est accompli au juste. Une année de jubilé, c’est le signe concret de la justice de Dieu qui s’accomplit dans le monde et on pourrait dire qu’en la personne de Jésus, la justice de Dieu est accomplie. Mais alors, il faut comprendre jusqu’au bout qui est Jésus et si on ne le considère que comme le fils de Joseph, sans imaginer une seconde que c’est en tant que fils de Dieu qu’il est envoyé, alors on ne comprend rien. Ce qu’on imagine être l’œuvre de Dieu et ce qu’elle est vraiment sont deux choses différentes.

Une autre hésitation concerne le salut : si vous considérez que vous avez automatiquement droit au salut et qu’on vous annonce que le salut est déjà là alors que vous savez très bien que vous-même vous ne l’avez pas reçu, ça veut dire qu’il est allé à quelqu’un d’autre… qui a priori n’y avait pas droit. Jésus semble souligner ce problème en expliquant que cette question était déjà brûlante au temps des prophètes : toutes ces veuves, tous ces lépreux qui attendaient le secours et ne l’ont pas reçu alors que des étrangers ont été secourus, c’est rageant. Au fond, je crois que personne n’aime beaucoup l’idée que nous ne savons pas, nous les humains, à qui va le salut, pas plus aujourd’hui qu’au temps de Jésus. Ça n’appartient qu’à Dieu. Ça nous remet à notre place de créatures, dépendants de Dieu et au milieu d’autres créatures qui elles aussi dépendent de Dieu.

La troisième hésitation tient à l’année de grâce. Remettre les compteurs à zéro, qu’est-ce que ça signifie vraiment ? Des courants théologiques comme le christianisme social ou la théologie de la libération développent l’idée selon laquelle les signes de libération concrète, hors de la misère, hors de la soumission à un ordre social inique, font partie ici et maintenant du Règne de Dieu. Lutter pour les droits humains devient alors une lutte avec Dieu, pour une remise à zéro des compteurs, pour la dignité de chaque humain. C’est aussi une façon de voir le corps du Christ comme ceux qui ont reçu l’énergie de lutter ensemble pour vivre vraiment la promesse en marche d’une année de grâce de la part du Seigneur.

Enfin, si un prophète n’est pas écouté dans sa propre patrie, cela signifie-t-il nécessairement qu’il faut partir de chez soi pour annoncer la Bonne nouvelle au monde ? Il est vrai qu’il est souvent plus difficile de parler de choses nouvelles à ceux que l’on connaît depuis toujours, et que l’épreuve du changement de culture permet aussi, parfois, de parler plus librement. Mais quand c’est Jésus lui-même qui est confronté à la violence de ses contemporains, il se passe tout autre chose. Ici, il passe son chemin ; à la croix, il renverse l’ordre du monde. Quand c’est Jésus qui passe, le salut est en marche.




50 années du Défap s’exposent au 102 boulevard Arago

À l’occasion des célébrations de son Cinquantenaire, le Défap a organisé une exposition retraçant son histoire depuis les premières réflexions entamées au sein de la SMEP, jusqu’à aujourd’hui. Un travail de mise en perspective et en images que vous êtes invités à découvrir à travers une version web… et à admirer «en taille réelle» au 102 boulevard Arago. Cette exposition a aussi vocation à circuler : il suffira d’en faire la demande à la bibliothèque ; et, notamment pour les paroisses qui voudraient la réimprimer pour l’exposer elles-mêmes, les fichiers en haute résolution peuvent être envoyés sur demande.

Jean-François Faba, l’un des co-artisans de cette rétrospective, présentant l’exposition le soir de l’inauguration des Journées Portes Ouvertes © Défap

Le titre du premier des douze panneaux constituant cette exposition en donne déjà le ton : «À la recherche de voies nouvelles». Car depuis sa création, fin octobre 1971, le Défap est en devenir ; plus qu’une institution, c’est surtout une vision, celle de la possibilité d’entretenir des liens fraternels entre Églises tout autour du monde, en dépassant à la fois le poids de l’histoire coloniale et les chocs d’un monde qui se transforme à vive allure, bousculant de plus en plus tous les équilibres. Une vision avec ses fulgurances et ses ambiguïtés, ses avancées et ses timidités, que met aussi en lumière le travail réalisé par la bibliothèque du Défap, ses permanents et ses bénévoles : pourquoi deux institutions créées en 1971, Défap et Cevaa, plutôt qu’une ? Pourquoi avoir voulu dès l’origine remplacer le mot de «mission» ? Comment vivre concrètement l’interpellation mutuelle et fraternelle entre Églises-sœurs ?

Cette exposition sur l’histoire du Défap a été dévoilée le vendredi 10 septembre 2021, au cours de la soirée d’inauguration des Journées Portes Ouvertes du Défap. À cette occasion, Claire-Lise Lombard, la responsable de la bibliothèque du Défap, et Jean-François Faba, l’un des membres de l’équipe qui rendu possible cette rétrospective, se sont succédé à la tribune pour donner une première grille de lecture leur travail. Comme le souligne Claire-Lise Lombard, présenter ainsi le Service protestant de mission, c’est travailler pratiquement sur de l’histoire immédiate ; avec tout ce que cela implique de difficultés pour prendre du recul, sélectionner, contextualiser, illustrer.

Une invitation à poursuivre la réflexion

Des années 60, période de bouillonnement dans le monde des Églises issues de la Société des Missions Évangéliques de Paris, qui verra l’autonomie de ces communautés autrefois «filles» et la concrétisation progressive de la volonté de conserver des liens, jusqu’à l’ouverture au-delà des années 2020, cette exposition met l’évolution du Défap en parallèle avec les soubresauts de l’histoire contemporaine. Elle croise une approche temporelle, matérialisée par la frise chronologique qui court au bas de chaque panneau, et une approche thématique, à travers laquelle apparaissent les efforts du Défap pour faire vivre la vision d’origine tout en répondant aux grands enjeux politiques, économiques et sociaux de chaque période. Elle ne cache ni les interrogations ni les points de tension, mais invite à la poursuite de la réflexion… et à l’optimisme : 50 ans après sa création, le Défap permet toujours de tisser ensemble les histoires d’Églises de plusieurs continents à travers des projets, des envois de volontaires, de pasteurs, de professeurs de théologie, à travers l’accueil de boursiers, ainsi qu’à travers tous les visiteurs, de France et d’ailleurs, qui viennent se rencontrer et échanger dans ce lieu-carrefour qu’est la Maison des Missions…

Présentation de l’exposition «Le monde change, la mission aussi : Défap, 50 années au service des Églises» par Claire-Lise Lombard et Jean-François Faba

Cette exposition est visible tout au long des Journées Portes Ouvertes du Défap au 102 boulevard Arago, à Paris. Elle a aussi vocation à circuler dans toutes les paroisses des Églises membres qui en feraient la demande. Vous pouvez d’ores et déjà en retrouver une déclinaison web, avec la possibilité de télécharger le fichier de chaque panneau en basse résolution ; et pour tous ceux qui voudraient reprendre cette exposition en l’imprimant de leur côté en grandeur nature, il suffit d’en faire la demande auprès de la bibliothèque.




Une voix qui passe par notre cœur, la confiance et la joie du monde

Méditation du jeudi 1er juillet 2021. Nous prions pour tous les futurs envoyés du Défap qui vont bientôt entamer leur formation au départ. Et nous prions pour que soit donné à tout être humain le cadeau de la prière et de la paix.

De même, l’Esprit Saint aussi nous vient en aide, parce que nous sommes faibles. En effet, nous ne savons pas prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même prie Dieu en notre faveur avec des supplications qu’aucune parole ne peut exprimer. Et Dieu qui voit dans les coeurs comprend ce que l’Esprit Saint veut demander, car l’Esprit prie en faveur des croyants, comme Dieu le désire. Romains 8,26-27

 


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Dans ce chapitre de l’épître aux Romains, l’apôtre Paul nous enseigne la liberté que nous donne l’Esprit de Dieu. Cet Esprit nous remplit de confiance et d’espérance, il nous fait ressentir au plus profond de nous-mêmes que nous sommes enfants de Dieu.
Il agit en nous comme un souffle, une respiration qui nous traverse. Il vient enrichir notre humanité et lui donner son sens et sa place devant Dieu.
L’Esprit prie en nous et pour nous. Cela ne veut pas dire qu’il nous nie comme si nous ne valions rien. Cela ne veut pas dire qu’il fait de nous des anges purs et éthérés. Il faut que nous acceptions de rester nous-mêmes pour que l’Esprit accomplisse sa mission, qui est de nous ouvrir à tous les possibles de Dieu, et en particulier à la découverte de Sa Joie en nous pour le monde.
A tous est proposée cette expérience d’une voix qui passe par notre cœur, notre front et parfois nos lèvres… et dont nous ressentons bien qu’elle ne vient pas seulement de nous mais qu’elle nous est offerte comme le cadeau le plus précieux qui soit !  C’est la présence active du Christ en nous, par l’Esprit, pour la gloire du Père et la paix, la confiance et la joie du monde.

A travers ce grand poème du poète grec Yannis Ritsos, (1909-1990)  nous prions pour que la paix puisse être une réalité quotidienne pour tous êtres humains, tous les peuples, tous les pays.

 

 

Paix

Le rêve de l’enfant c’est la paix.
Le rêve de la mère c’est la paix.
Les paroles de l’amour sous les arbres, c’est la paix.

Le père qui s’en revient le soir un large sourire dans les yeux à la main un cabas plein de fruits et les gouttes de sueur sur son front sont comme les gouttes du pichet qui rafraîchit l’eau sur la fenêtre, c’est la paix.

Quand les cicatrices des blessures se ferment sur le visage du monde,                                                          que dans les fosses que creusèrent les obus poussent des arbres,  qu’aux cœurs calcinés par l’incendie l’espérance noue ses premiers bourgeons, et que les morts peuvent se tourner sur le côté et dormir sans plainte, sachant que leur sang n’a pas été versé pour rien, c’est la paix.

Paix est l’odeur du repas le soir, lorsque l’arrêt de l’auto dans la rue n’est pas la peur, lorsque le heurt à la porte signale l’ami, et que l’ouverture de la fenêtre à tout moment signale le ciel souhaitant leur fête à nos yeux, aux carillons lointains de ses couleurs, c’est la paix.

Paix est un verre de lait chaud et un livre devant un enfant qui se lève.
Lorsque les épis se penchent l’un sur l’autre en disant : lumière, lumière, lumière, et que la couronne de l’horizon déborde de lumière, c’est la paix.

Lorsque les prisons se transforment pour devenir bibliothèques, lorsqu’une chanson monte de seuil en seuil la nuit, lorsque la lune du printemps surgit du nuage comme surgit de chez le coiffeur du faubourg, rasé de frais, le travailleur le samedi soir, c’est la paix.

Lorsqu’un jour de passé n’est pas un jour de perdu mais la racine qui fait grandir les feuilles de cette joie dans le soir : un jour gagné et un juste sommeil, lorsqu’on sent à nouveau le soleil nouer en hâte ses lacets pour chasser le chagrin de tous les coins du temps, c’est la paix.

Paix les meules des rayons sur les plaines de l’été, l’alphabet de la bonté sur les genoux de l’aube.
Quand tu dis : mon frère – quand nous disons : demain nous construirons, quand nous construisons  et chantons, c’est la paix.

Lorsque la mort a moins de prise sur le cœur et que les cheminées montrent de leurs doigts sûrs le bonheur, lorsque le merveilleux œillet du crépuscule peut être humé de même par poète et prolétaire, c’est la paix.

La paix, c’est les mains que se serrent les hommes, c’est le pain chaud sur la table du monde, c’est le sourire de la mère.
Seulement cela.

Ce n’est rien d’autre, la paix.
Et les charrues qui gravent de profonds sillons sur toute la terre, elles tracent un nom seulement :

Paix. Rien d’autre. Paix.

Sur les rails de mes vers, le train qui avance vers l’avenir chargé d’épis et de roses,
c’est la paix.

Mes frères, dans la paix respire pleinement le monde entier avec tous ses rêves.
Donnez vos mains, mes frères, cela est la paix.
Yannis Ritsos, Αγρύπνια, 1953

 


Source : Pixabay




Le jubilé de la Cevaa s’invite dans Perspectives Missionnaires

Le numéro 81 de Perspectives Missionnaires, consacré aux questionnements qui traversent tous les organismes missionnaires aujourd’hui, offre une carte blanche à Omer Dagan, secrétaire exécutif de la Cevaa en charge du pôle Animation et jeunesse, qui évoque les célébrations des 50 ans de la Communauté d’Églises en mission.

Illustration pour le Jubilé de la Cevaa © Cevaa

L’assemblée générale de la Cevaa – Communauté d’Églises en Mission – se prépare à vivre un moment particulièrement significatif de son histoire. En effet, le temps de son déroulement verra la célébration du cinquantième anniversaire de la Communauté. Le thème qui servira de fil conducteur à toutes les activités de l’assemblée générale et du Jubilé est intitulé : «Cevaa : maintenons la flamme !». Il est inspiré de Luc 12, 35.

Dès la création de la Cevaa, le 30 octobre 1971, les pères fondateurs avaient une ferme volonté, celle d’annoncer la Bonne Nouvelle au-delà de toute frontière. Ainsi vit le jour la Cevaa (Communauté évangélique d’action apostolique), dont la responsabilité est de mener une réflexion continue sur la mission et sur la signification de l’Évangile. Lors du Conseil du 30 octobre 1999 à Nécé (Maré, Nouvelle-Calédonie), les Églises membres avaient décidé de modifier le nom de la Communauté et de la nommer Cevaa – Communauté d’Églises en mission. Ce choix du mot «communauté » renvoie à la théologie de la première communauté apostolique, dont l’utopie constituait un grand rêve d’animer l’Église par la flamme de l’Évangile, en vue de la transformation du monde. Avec les mutations perpétuelles, la Cevaa cherche à maintenir vivante la flamme de son inspiration originelle, de manière à offrir chaleur et lumière à ses contemporains. Comme la ferveur spirituelle de bien des croyants diminue avec le temps, le slogan «Cevaa : maintenons la flamme !» est un encouragement important, pour la Communauté comme pour les Églises, dans leur engagement missionnaire. Il nous donne la possibilité de vérifier la solidité des liens entre Églises membres et de les renforcer.

Une flamme, c’est quoi ?

Une flamme est une réaction de combustible qui est à l’origine de la production du feu. Elle produit de la chaleur et émet en général de la lumière. La flamme dégage une puissance d’action : faire rougir le fer, cuire les aliments, combattre le froid, éclairer un chemin. Dans le langage biblique, la flamme symbolise la présence de Dieu, la Parole de Dieu, la présence du Saint-Esprit. La flamme de Jésus dans le monde, c’est donc le feu de l’Esprit-Saint gagnant de proche en proche, purifiant tout, embrasant tout, illuminant tous les hommes. C’est l’Esprit-Saint qui allume la foi dans le cœur des hommes grâce à la parole portée jusqu’au bout du monde par les témoins de Jésus. C’est pourquoi aujourd’hui la parole de Jésus vient nous réveiller dans notre lassitude, comme la flamme toujours impatiente de se communiquer.

Quelques manifestations de la flamme au sein de la Cevaa

Omer Dagan, secrétaire exécutif de la Cevaa en charge du pôle Animation et jeunesse © Cevaa

La Cevaa a une « flamme », une volonté, celle de la mission. Celle-ci nous a été transmise depuis 1971. C’est la flamme de la foi, de l’amour et du partage dont le slogan fondateur est : «Tout l’Évangile à tout l’Homme». L’objectif est de vivifier l’Église par le dynamisme des communautés, de mettre ensemble nos moyens, nos talents et nos atouts au service de l’évangélisation. La flamme allumée par les Pères fondateurs ne s’est pas éteinte. Elle s’est manifestée et se manifeste encore dans des domaines spécifiques bien visibles : la formation et les bourses, l’animations théologique, la jeunesse, les programmes et projets missionnaires, les échange de personnes, les actions communes, la solidarité dans le domaine de la santé etc.

Défis et interpellations

Aujourd’hui, la Communauté semble éprouver certaines difficultés : l’usure du temps, une certaine fatigue, de la lassitude ? Par ailleurs, nous vivons dans un monde globalisé, avec une globalisation dont le processus se poursuit à un rythme rapide et dont les effets se font sentir profondément dans tous les domaines de notre vie : social, spirituel, culturel, économique et politique. Dans ce contexte, le thème «Cevaa : maintenons la flamme !» nous place face à plusieurs défis.

Sur le plan spirituel, nous sommes appelés à maintenir la flamme de l’unité et du vivre-ensemble dans la diversité. Le vivre-ensemble nous rappelle que la Cevaa n’est pas un conseil d’Églises qui siègent côte à côte, ni une conférence d’Églises qui se consultent. Elle est une communauté d’Églises en communion les unes avec les autres. Il est donc essentiel de faire croître l’unité et l’esprit de communauté dans nos Églises et entre les Églises membres de la Cevaa.

Sur le plan matériel, il s’agira de promouvoir une catéchèse financière. Aujourd’hui, le visage des Églises est profondément modifié par des difficultés liées à la survie économique. La contribution des Églises baisse d’année en année, ce qui amène à penser que l’engagement faiblit. Il est vrai, l’argent n’est pas d’abord ce qui constitue le vivre-ensemble de la Communauté, mais les Églises doivent parvenir à s’interpeller les unes les autres sur la question des ressources matérielles.

Relever le défi du dialogue et de l’interculturalité sera un troisième axe essentiel. Nos sociétés, autrefois plutôt homogènes, sont confrontées à l’exigence croissante de nombreux modèles de pluralité : des cultures différentes se côtoient au quotidien. Le dialogue, les échanges étant les maîtres-mots de la Communauté, il nous faut, si nous voulons maintenir la flamme, approfondir le travail sur ce terrain.

Enfin, les questions liées à l’environnement occuperont une place considérable. Le monde dans lequel nous vivons a été créé par Dieu ; celui-ci l’a confié aux êtres humains pour qu’ils l’entretiennent et le conservent d’une manière agréable et confortable pour tous. Mais l’homme a empoisonné la création ; ses atteintes à l’environnement contribuent à la détérioration de la situation sanitaire mondiale et aggravent les catastrophes naturelles. Nous sommes tous face à une véritable menace pour la survie de l’humanité. Nous avons à en prendre conscience pour habiter autrement la création. L’éducation tiendra là un rôle majeur.

Envisager l’avenir

Commémorer le cinquantième anniversaire de la Cevaa est pour les Églises membres un motif de joie, de louange et d’action de grâce au Seigneur pour une histoire faite de rencontres, d’engagements, de réalisations à sauvegarder, entretenir et maintenir. Après cinquante ans de témoignage, il nous faut envisager l’avenir avec beaucoup de réalisme, de persévérance, de solidarité et de courage, dans la poursuite de la mission «de partout vers partout».

Développer avec les Églises l’esprit communautaire, maintenir notre compréhension de l’appel à servir la foi, à promouvoir la justice, à dialoguer avec les cultures et les autres religions à la lumière de la vocation apostolique, telles sont les tâches qui nous attendent. «Cevaa, maintenons la flamme !» remet chacune de nos Églises en face de ses responsabilités. «Tenons donc ferme : ayons à nos reins la vérité pour ceinture ; revêtons la cuirasse de la justice ; mettons pour chaussures à nos pieds le zèle que donne l’Évangile de paix ; prenons par-dessus tout cela le bouclier de la foi, avec lequel nous pourrons éteindre tous les traits enflammés du malin» (Eph. 6, 13).

Il ne reste plus qu’à souhaiter le meilleur à la Cevaa, à ses Églises membres, pour la mission des prochaines décennies.




Organismes missionnaires, quel avenir ?

Alors que Défap et Cevaa célèbrent leur cinquantenaire, le numéro 81 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, dresse un panorama des évolutions qu’ont connues les organismes missionnaires au cours des dernières décennies, et des problématiques auxquelles ils sont confrontés aujourd’hui. En voici la présentation, à travers cet article de Marc Frédéric Muller et Jean-François Zorn.

Photo de couverture du n°81 de Perspectives Missionnaires © PM

En ces temps de jubilé cinquantenaire de deux organismes missionnaires, la Cevaa – Communauté d’Églises en mission et le Défap – Service protestant de mission, Perspectives missionnaires propose un dossier permettant de s’interroger sur les mutations intervenues au sein des organismes missionnaires, internationaux et nationaux.

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Les anciennes sociétés de mission, fondées pour les premières d’entre elles un demi-siècle avant la constitution des empires coloniaux, avaient eu pour principale tâche de propager l’Évangile au sein de populations étrangères au christianisme. L’accès à l’autonomie des Églises nées de la mission, à l’heure de la conquête des indépendances politiques des pays, a nécessité la création d’un nouveau cadre de relations internationales, propice à des relations de partenariat, et cherchant à s’affranchir de tout paternalisme.

De nouvelles institutions ont été créées en Europe à partir des années 1960-70. D’une dynamique d’implantation d’Églises, on est passé à des relations inter-ecclésiales pour porter une mission évangélique de «partout vers partout». Le dépassement de relations asymétriques a cependant été rendu difficile du fait du maintien d’importantes inégalités économiques entre, d’une part, de «jeunes» Églises démunies financièrement mais portées par une forte croissance et, d’autre part, de «vieilles» Églises bien établies mais sans cesse plus fragilisées par la sécularisation.

Jusqu’à la fin des années 1980, la priorité est donnée à l’appel à la solidarité, notamment financière, articulé à une critique d’un ordre mondial considéré comme injuste : les actions, projets ou échanges, sont au service d’objectifs de développement, avec le souci d’une approche holistique qui prenne en compte toutes les dimensions nécessaires à l’épanouissement de la vie.

Après la chute du mur de Berlin en 1989, et avec l’essor des mouvements migratoires, les préoccupations socio-économiques, qui donnaient une forte dimension diaconale à l’action missionnaire, se déplacent vers des problématiques plus culturelles et interculturelles. La naissance d’Églises issues de l’immigration amène aussi de profondes remises en question quant à la manière de vivre et d’incarner l’universalité de l’Église dans la diversité culturelle, tant à l’échelle internationale que sur un même territoire. Le défi demeure aujourd’hui, celui d’une mission véritablement incarnée et œcuménique, sans plus établir de distinction entre Nord et Sud, de discrimination entre un centre et une périphérie, de division entre confessions chrétiennes.

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En ouverture de ce dossier, un article de Risto Jukko offre un survol des évolutions intervenues au sein du mouvement missionnaire né dans la suite de la Conférence universelle des missions d’Edimbourg en 1910. Ce mouvement s’est traduit institutionnellement par la création, en 1921, du Comité international des missions, suivie, en 1963, de celle de la Commission mission et évangélisation du Conseil œcuménique des Églises basé à Genève.

En seconde position, l’article de Françoise Thonet donne une présentation du mouvement de Lausanne, né en 1974. Celui-ci, inscrit dans la mouvance évangélique, a pris une forme institutionnelle dans le Comité de liaison pour l’évangélisation mondiale plus connu sous le nom de Comité de Lausanne. Prenant son origine dans le même mouvement missionnaire mondial que le mouvement œcuménique, il résulte d’une rupture intervenue avec celui-ci dans les années 1960 en raison de différends théologiques évoqués dans les articles. A partir des années 1980, un dialogue s’est néanmoins renoué entre Genève et Lausanne.

S’intéressant à des organismes nationaux, trois articles, respectivement de Julian Woodford, Benedict Schubert et Marc Frédéric Muller, portent sur des organismes protestants ayant entre eux des liens historiques : deux organismes suisses, DM (Suisse romande) et Mission 21 (ex-Mission de Bâle en Suisse alémanique), un organisme français, le Défap, qui a succédé en 1971 à la Société des missions évangéliques de Paris (Mission de Paris) née en 1822.

En effet, la Mission de Bâle est à l’origine de la Mission de Paris alors que DM, né en 1963, est en partie issu de la Mission de Paris. DM a rejoint la Cevaa, Communauté internationale d’Églises en mission, en 1971 comme organisme représentant des Églises de Suisse romande tandis que le Défap devenait le service missionnaire dont les Églises de France se dotaient, en particulier pour vivre de nouvelles relations avec les Églises de la Cevaa.

Ce panorama est complété par la présentation d’un organisme évangélique, la Mission baptiste européenne, par David Boydel, et d’un organisme catholique, le Service national missions et migrations, par Xavier de Palmaert.

Au-delà des différences de traditions théologiques et ecclésiologiques ces croisements font apparaître des problématiques communes. Se révèle de quelle façon plusieurs institutions missionnaires, avec leur héritage et leur sensibilité spécifique, ont essayé d’accompagner les transformations qui ont affecté la marche du monde et le devenir des Églises. Mais également comment ces évolutions les obligent à toujours repenser leurs propres mutations.

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Le dossier s’achève par la présentation d’une nouvelle discipline théologique, la missiologie, par deux acteurs de sa promotion dans l’espace francophone, Jean-François Zorn et Gilles Vidal. Celle-ci trouve ses bases épistémologiques et institutionnelles après que les anciennes sociétés missionnaires ont disparu ou se sont réorganisées. L’exemple protestant français montre que le patrimoine pédagogique (à travers la formation des missionnaires) et documentaire (à travers les archives et la littérature missionnaire) peine à trouver sa place dans le monde des facultés de théologie, longtemps tournées vers la formation des seuls ministres destinés à
l’Europe et aux Églises établies. Cependant, la nécessité d’inventer d’autres ministères dans une Europe sécularisée, de réfléchir à l’avenir du christianisme au milieu d’autres religions et idéologies et dans des espaces multiculturels, constitue une opportunité pour la missiologie de se constituer en discipline apte à préciser les nouvelles conditions de la diffusion et de la contextualisation du christianisme au XXIe siècle.

Mais l’expérience montre qu’en matière de missiologie, comme dans bien des domaines de l’innovation, la pratique précède souvent la théorie, celle-ci survenant quand la pratique est en crise.

Autre problématique mise en évidence par cet article, celle relative aux programmes de formation et d’action pilotés par divers organismes (dont les facultés de théologie), appelés eux-mêmes à muter quant à leur pratique pédagogique et à l’invention de nouveaux paradigmes de la mission.

 

Le sommaire de ce n°81

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de trente-cinq ans Perspectives missionnaires, unique revue protestante de missiologie de langue française.
Née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires, elle s’est élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture oecuménique. Elle est actuellement gérée par une association indépendante et s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), et depuis fin 2017 la Cevaa.



Quelle merveilleuse part, pour chacun et chacune ?

Méditation du jeudi 24 juin 2021. Nous prions pour tous les témoins de l’amour de Dieu, en tout lieu de ce monde qu’Il a créé, qu’Il garde et bénit chaque jour.

L’Ange au sourire, portail de la cathédrale de Reims, XIIIème siècle © Vassili – Wikimedia Commons

« Comme Jésus était en chemin avec ses disciples, il entra dans un village, et une femme du nom de Marthe l’accueillit dans sa maison.

Elle avait une sœur appelée Marie, qui s’assit aux pieds de Jésus et écoutait ce qu’il disait.

Marthe était affairée aux nombreuses tâches du service. Elle survint et dit : « Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir ? Dis-lui donc de venir m’aider. »

Jésus lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses, mais une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, elle ne lui sera pas enlevée. » Luc 10,38-42

 

« La sagesse consiste pour Toi à jouer le rôle d’un bassin et non pas d’un canal. Un canal rend presque immédiatement ce qu’il reçoit. Un bassin au contraire, attend d’être rempli pour communiquer sans dommages ce dont il surabonde… Laisse-toi combler par Dieu avant de pouvoir partager avec les autres. Ainsi soit-il. » Ces paroles de Bernard de Clairvaux, moine du 12ème siècle, peuvent nous éclairer sur la différence d’attitude entre Marthe et Marie. À première vue, la réactivité hospitalière et généreuse de Marthe témoigne en sa faveur, et nous pourrions la prendre pour modèle. Et le retrait de Marie auprès de l’hôte de la maison éveille en nous le même soupir et la même protestation que ceux de Marthe. Combien de fois n’avons-nous vécu cette scène ? Mais pourquoi ce mécontentement ? Est-ce d’avoir été canal plutôt que bassin ?

Et n’est-ce pas ce que Jésus signifie quand il parle de la part de Marie à Marthe ? On ne peut l’imaginer jouant de la rivalité entre les deux sœurs. La bonne part ne l’est ni par préférence ni par comparaison, mais en tant qu’elle est reçue comme cadeau de l’amour de Dieu. Si celle de Marie est la contemplation et celle de Marthe l’action, l’une et l’autre relèvent du service et sont sources de joie dès lors qu’elles sont reçues et vécues dans la reconnaissance.

Chacun de nous peut découvrir et apprendre à tout âge quelle est sa part en ce monde ? Avec le consentement viendront joie et bénéfice pour tous !

 

Prière :

Seigneur, fais de nous des semeurs de sourires.

Qu’ils soient rieurs et jamais ironiques,
Radieux et jamais dédaigneux,
Accueillants et jamais fermés.

Donne à nos sourires le miracle d’apporter
Un peu de force aux affaiblis
Un peu de confiance aux désespérés,
Un peu de bonheur aux isolés.

Enrichis-nous de la joie de faire naître des sourires.
Seigneur, nous te prions,
habite nos visages et nos cœurs. Amen !




Que votre oui soit oui

Méditation du jeudi 17 juin 2021. Cette semaine, nous prions avec notre envoyé au Brésil.

Francisco del Cossa, Annonciation et nativité (1470), Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde © Wikimedia Commons

Lorsque Jésus envoie ses disciples en mission auprès des gens de tous les peuples à la toute fin de l’évangile selon Matthieu, il leur demande d’en faire des disciples, de les baptiser et de leur enseigner à observer tout ce qu’il leur a commandé. Il ajoutait : «Car, voyez-vous, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps» (Mt 28,20). C’est sur la foi de ces paroles que les disciples sont partis. C’est sur la foi de ces paroles que nous aujourd’hui, à notre tour, partageons l’Évangile.

Mais comment être sûrs que cette parole tient ? Qu’est-ce qui fait qu’une parole peut tenir ?

Jésus, à la toute fin du sermon sur la montagne (tel que rapporté par Matthieu), envisage cette question.

«Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne te parjureras pas, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de tes serments. Et moi, je vous dis de ne pas jurer du tout : ni par le ciel car c’est le trône de Dieu, ni par la terre car c’est l’escabeau de ses pieds, ni par Jérusalem car c’est la Ville du grand Roi. Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux en rendre un seul cheveu blanc ou noir. Quand vous parlez, dites “Oui” ou “Non” : tout le reste vient du mal.»  Matthieu 5, 33-37

 

Oui – ou non. C’est tout. Pas de place ici pour les blancs de notre volonté, pour les zones de flou, d’incertitude : oui, ou non. Ce passage biblique, comme beaucoup d’autres, éveille d’abord notre désarroi. Le monde convoque notre parole, mais ce monde est si complexe que nous ne savons pas quoi dire. Au fond de nous, nous voudrions être clairs, être sincères et sûrs de nous. Mais notre «oui» n’est jamais qu’un peut-être et notre «non», un «je ne sais pas».

Nous sommes humains et comme humains, nous avons la tentation d’avoir recours à un autre que nous-mêmes pour dire ce que nous ne savons pas dire, pour prendre notre responsabilité à notre place. Trop souvent, nous nous réfugions derrière la fatalité, les événements, le monde tel qu’il est. Trop souvent aussi, nous nous réfugions derrière Dieu, ou ce que nous comprenons de Dieu, pour nous protéger de la vie, pour ne pas vivre vraiment, pour ne pas dire vraiment, pour ne pas agir vraiment, pour rester dans le «peut-être» et le «je ne sais pas». C’est une histoire de confiance : de confiance en Dieu, et de confiance en nous.

Où se trouve la parole qui tiendra vraiment ?

Dans ce monde qui souffre, nous voudrions oublier notre part de responsabilité. Nous sommes parfois dans la révolte, dans la désespérance. Parfois aussi, totalement inconscients du mal que nous avons pu infliger. Pourtant, il suffirait de presque rien : un mot sincère, un accueil de l’autre, un peu plus de confiance.

Où se trouve la confiance qui tiendra vraiment ?

Nous avons besoin d’une parole qui tienne, d’un «oui» sur notre vie, qui nous ouvre une autre confiance.

Notre oui et notre non est toujours humain, pétri de notre ambivalente humanité. Mais il y a un «oui» premier, un «oui» qui nous précède. L’auteur de la deuxième épître aux Corinthiens le dit ainsi : «En Jésus-Christ, il n’y a pas oui et non : en lui, il n’y a que oui. Ainsi, en lui, toutes les promesses de Dieu se disent comme un oui.» (2 Co 1,19-20)

Ce grand «oui» de Dieu précède le nôtre, toujours. Il s’adresse à nous, même quand nous doutons sur notre chemin, quand nous nous sentons paralysés par la peur au point de ne plus savoir quoi dire, quoi faire. Il prononce le «oui» nécessaire et ainsi il nous donne une identité que rien ne peut nous ravir. Cette promesse nouvelle n’est pas due à nos efforts, ni à nos repentirs, elle vient, parce qu’elle est le Christ qui chemine avec nous, envers et contre tout, tous les jours jusqu’à la fin des temps, elle est le Christ qui, toujours, vient.

Cette promesse sur notre vie soutient chacun de nos pas et nous permet d’habiter cette vie sans en craindre l’ambivalence : en prenant le risque de ce qui survient. Il s’agit, comme le disait le réformateur Martin Luther, de «pêcher courageusement», autrement dit, de prendre le risque ! Dire «oui» ou «non», selon la situation, sans craindre d’y jouer notre salut, parce que ça c’est déjà fait, ni notre être même, parce que ça, c’est bien ailleurs que dans nos actes que ça se joue. Extraordinaire liberté qui s’ouvre ainsi devant nous ! Le «oui» premier de Dieu nous donne d’habiter tranquillement notre propre parole.

Autre chose s’ouvre devant nous. Notre parole est seconde, mais elle n’est pas sans valeur. Elle est incertaine certes, fragile, face aux orages du monde, mais elle est notre présence à ce monde, elle porte le courage de l’action, de l’engagement, de la parole responsable, de l’espérance active. Le «oui» premier de Dieu nous précède toujours et être disciple c’est, tranquillement, courageusement, répondre «oui» à notre tour. Un vrai «oui», tranquille et assuré, parce qu’il découle d’un «oui» qui ne vient pas de nous.

Que votre «oui» soit «oui», que votre «non» soit «non». Car il y a des «non» à poser aussi. Il y a des choses à refuser, des compromis à refuser. Mais là encore, ces «non» sont précédés par le grand «non» de Dieu sur ce qui avilit l’humain, sur ce qui nie la singularité de l’être humain. C’est alors une ligne de crête qui s’ouvre devant nous ; un équilibre à trouver à chaque pas. Faire un pas, c’est toujours prendre un risque.

Que votre «oui» soit «oui», que votre «non» soit «non». C’est possible, parce qu’une autre confiance est possible, dans une parole qui nous précède et nous dit que nous sommes les enfants de Dieu, pour lesquels un chemin s’ouvre, pas à pas. Oui, c’est vrai.

Que cette assurance du «oui» de Dieu sur nous, nous donne de dire «oui» à notre tour, qu’elle nous donne le réconfort aux jours difficiles, qu’elle nous libère de la peur et nous donne le courage, la force et la joie de vivre avec nos frères et nos sœurs sur cette terre !

 

Nous prions :

Toi qui nous as aimés le premier, ô Dieu,
nous parlons de toi
comme si tu ne nous avais aimés le premier
qu’une seule fois, dans le passé.

En réalité, c’est tout au long des jours
et tout au long de la vie,
que tu nous aimes le premier.

Quand nous nous éveillons le matin
et que nous tournons notre âme vers toi,
tu nous devances, tu nous as aimés le premier.

Si je me lève avant l’aube
et tourne, vers toi, à la même seconde, mon âme et ma prière,
tu me devances, tu m’as aimé le premier.

Quand je m’écarte des distractions,
et recueille mon âme pour penser à toi,
tu es encore le premier.

Pardonne-nous, ô Dieu, notre ingratitude :
ce n’est pas une fois
que tu nous as aimés le premier
c’est à chaque instant de notre vie.

Sören Kierkegaard




Le geste auguste du semeur

Méditation du jeudi 10 juin 2021. Cette semaine, nous prions avec nos partenaires de République Démocratique du Congo, tout particulièrement avec l’Université libre des pays des grands Lacs et la région de Goma et Bukavu.

Jean-François Millet, Des glaneuses, 1857 – RF 592 (Musée d’Orsay) © Google Art Project – Source/Photographe : CgHjAgexUzNOOw at Google Cultural Institute

Pour cette semaine, laissons-nous accompagner par une très courte parabole de l’évangile selon Marc.

« Voilà encore ce que disait Jésus.
Voilà à quoi ressemble le Royaume de Dieu. Imaginez un homme, qui lance à la volée des graines sur la terre. Ensuite, il peut bien dormir, il peut bien être réveillé, peu importe : nuit et jour, les graines germent et poussent, mais lui ne sait pas du tout comment. C’est par elle-même que la terre porte du fruit. D’abord il y a de l’herbe, ensuite il y a des épis et enfin il y a du blé, de beaux grains dodus dans leur épi. Ensuite, dès que le blé est mûr, on y lance l’outil, et c’est la moisson. » 
Marc 4,26-29

 

Tout le problème, dans une parabole, consiste à savoir depuis quel point de vue la considérer pour en découvrir les mécanismes. Il s’agit de savoir à qui, en tant que lecteurs, nous pouvons nous identifier.

Par exemple, le lecteur de cette parabole peut très bien s’identifier au semeur. Après tout, c’est le premier personnage de la parabole, il est logique d’ancrer l’identification au premier personnage rencontré. Que se passe-t-il, donc, si on s’identifie au semeur ? Ce n’est pas très problématique pour ceux qui peuvent se faire une image de cette fonction dans le monde agricole traditionnel : le semeur est pourvu d’un sac noué autour de la taille et il s’avance méthodiquement dans le champ, souvent les pieds nus, pour y prendre des poignées de grain, une par une, et les laisser s’écouler de façon très précise entre ses doigts en lançant sa main à la volée. Il faut que le geste soit parfaitement maîtrisé pour que les graines s’étalent de façon régulière sur la terre et qu’il n’y ait pas de paquets ici ni de places vides là. On parcourt le champ en faisant des allers et retours, en décalant son trajet à chaque passage, et quand on a fini, on refait la même chose en adoptant un parcours perpendiculaire au premier. S’identifier au semeur, c’est imaginer les étapes nécessaires pour faire le meilleur travail possible, parce que semer un champ correctement et méthodiquement, c’est permettre une bonne récolte et de quoi manger pour au moins survivre jusqu’à l’année suivante, mais aussi pour avoir le grain nécessaire à la prochaine récolte. Se comporter en bon semeur, c’est prendre place dans le cycle des saisons, connaître le rôle qu’il faut y tenir et prendre la responsabilité du beau et bon geste dont tout dépendra ensuite.

Il serait tentant, dans le contexte d’une réflexion sur la mission, d’en rester à des considérations qui feraient de nous des semeurs, chargés d’un grain abondant, héritiers de secrets transmis de génération en génération pour ensemencer la terre le plus efficacement possible. Confrontés au doute face à nos églises qui se vident, nous pourrions nous dire confiants malgré tout en notre grain (la Parole), en notre geste (la prédication, l’évangélisation, la rencontre, le partage).

Cette identification pose un certain nombre de problèmes : d’abord, dans les paraboles qui précèdent, il est clair que c’est Jésus lui-même qui se désigne, ou qui désigne Dieu, comme le semeur. Il lance la Parole à la volée et elle connaît des vicissitudes dans le monde. Ensuite, la parabole qui nous occupe nous précise justement que pour ce qui concerne le Royaume de Dieu, il ne s’agit pas tant de se préoccuper du geste juste que de la reconnaissance envers un processus qui nous échappe : ici, ce qui compte c’est que la terre porte du fruit, d’elle-même, sans intervention extérieure. Que le semeur dorme ou s’éveille, que ce soit la nuit ou le jour, de toute façon la terre va porter du fruit. Cela relève d’un mystère caché, souterrain, auquel il ne nous est pas donné accès. Le Royaume de Dieu est une force de vie à l’œuvre au cœur du monde, qui va faire de nos gestes quelque chose d’entièrement nouveau.

Voir le Royaume de Dieu comme quelque chose de souterrain, qui agit comme une force de vie, c’est déjà surprenant : le Royaume ici n’est donc pas des cieux, il n’est pas éthéré et immatériel, il est glébeux et en train de travailler à grandir, soumis aux aléas des intempéries, de la sécheresse et des becs d’oiseaux affamés.

Une autre identification possible, encouragée par la parabole des terrains et son explication (Mc 4,1-20), nous donnerait le rôle de la terre. Dans ce cas, c’est à chacun de nous, individuellement, qu’il reviendrait de s’interroger sur notre capacité à porter du fruit à partir de la Parole de Dieu. Alors, la réflexion sur la mission va insister sur l’importance d’une prise de conscience individuelle et de la responsabilité à laquelle il faut éveiller les individus quant à ce qu’ils font de la Parole reçue.

Une troisième identification possible concerne l’outil qui est « envoyé » (apostello, le verbe qui désigne l’envoi des disciples et, par extension, la mission) pour la récolte, une faucille ou une faux, un terme très rare dans le Nouveau Testament : à part dans cette parabole, on ne le trouve qu’au chapitre 14 de l’Apocalypse, dans un langage imagé où il désigne l’instrument qui sert à récolter les moissons de la terre, une image du jugement où les disciples sont les prémices de la récolte. Dans ce cas, notre concept pour la mission sera d’ordre apocalyptique et cherchera à avertir le monde qu’il court à sa perte s’il ne reconnaît pas la souveraineté du Christ et à encourager les disciples à se garder du monde perverti. Nous serons alors conscients d’être impliqués dans un temps très long qui est le temps de Dieu, tendus vers la révélation ultime de sa justice, qui ne dépend pas de nous.

En soi, aucune de ces identifications n’est fautive : une parabole fonctionne comme une expérience de pensée qui nous pousse à réfléchir un peu autrement, en employant des images qui bousculent nos habitudes.

En s’arrêtant là, cependant, on risque de passer à côté d’une idée beaucoup plus simple : le Royaume se révèle comme un processus. Notre rôle pourrait être, simplement, d’être attentifs au processus qui transforme une simple parole en récolte abondante. Que ce soit en nous-mêmes, dans nos communautés, dans notre monde, nous pouvons nous mettre en quête des indices d’une force de vie à l’œuvre, et à en témoigner. Notre concept de mission, alors, nous poussera à chercher, même au cœur des réalités les plus sombres, les traces d’une vie opiniâtre, là où la lutte pour la dignité de tout humain résiste à la violence et au mépris, là où le désir de se mettre à l’écoute ensemble résiste à l’épuisement de nos communautés, là encore où la confiance en l’avenir se révèle comme un cadeau venu de Dieu. Nous serons, alors, les glaneurs qui savent qu’ils ne vivent que de cette Parole, et qui peuvent témoigner du cadeau reçu.

Questions pour nous :

  • Comment parler de la foi comme du dépôt en nous d’une Parole qui porte du fruit ?
  • Quelles seraient les conséquences pratiques de cette posture ?
  • Quelles conséquences en tirer pour notre compréhension de la mission, pour notre vie d’Église ?

 

Prions :

Je crois en Dieu, le Père qui a créé, et qui continue à créer,
dont la main jette inlassablement dans nos vies et ses sillons que sont nos douleurs et nos inquiétudes, le bon grain de sa Parole.

Je crois en Jésus-Christ, le Semeur portant les beaux grains authentiques de Dieu, donné au monde pour lui donner la vie.

Il a souffert sur nos sillons, nos broussailles ; nos épines l’ont ensanglanté ; les amis l’ont abandonné, les ennemis l’ont saisi.

Il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli, comme le grain de blé qui meurt pour porter du fruit ; inséré dans un champ, le Semeur est devenu semence. Le troisième jour, il est ressuscité, il est monté au ciel ; il est monté premier épi mûr, moissonné, multiplié, glorifié, pain vivant.

Je crois au Saint-Esprit, puissance divine qui ensemence la terre.

Je crois la sainte Église universelle, la bonne terre, sans autre étiquette confessionnelle, la bonne terre qui porte du fruit.

Je ne crois pas à la mort. Je crois au mystère du sillon où Dieu prépare les moissons d’éternité. Je crois à la vie éternelle, à la résurrection. Je crois à la moisson.
Amen

Credo du semeur, d’après le Pasteur GUIRAUD




Jésus transfiguré

Méditation du jeudi 3 juin 2021 : Jésus est transfiguré ! Qu’est-ce que cet épisode apporte à une Église en mission ?

Giovanni Bellini : La Transfiguration – Museo di Capodimonte, Naples © Wikimedia Commons

« Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduit seuls à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux : ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle qu’il n’est pas de teinturier sur terre qui puisse blanchir ainsi. Élie avec Moïse leur apparurent ; ils s’entretenaient avec Jésus. Pierre dit à Jésus : Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. Il ne savait que dire, car la peur les avait saisis. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée survint une voix : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ! Aussitôt ils regardèrent autour d’eux, mais ils ne virent plus personne que Jésus, seul avec eux.

Comme ils descendaient de la montagne, il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu jusqu’à ce que le Fils de l’homme se soit relevé d’entre les morts. Ils retinrent cette parole, tout en débattant entre eux : que signifie « se relever d’entre les morts » ? »  Marc 9, 2-10

 

Certains reçoivent difficilement ce texte. Il heurte leur rationalité et ne cadre pas avec leur manière habituelle de recevoir l’Évangile.

D’autres, sensibles au mystère qui enveloppe cet épisode, cherchent à le recevoir avec un esprit d’ouverture. Pour eux Jésus est révélé dans sa vraie transcendance. Toutefois ce mystère reste bien… mystérieux !

D’autres encore remarquent les nombreuses évocations bibliques : la mention de la montagne avec Moïse recevant la Loi, celle de la tente qui évoque la tente de la rencontre d’exode, la nuée qui rappelle la présence de Dieu pendant l’exode, etc.

Texte mystérieux, rebutant mais attirant. Comment recevoir ce texte aujourd’hui ? Et pourquoi figure-t-il à cet endroit de l’évangile selon Marc ?

Une réponse possible à cette question peut se trouver avec ce qui précède.

Au chapitre 8/27-33, l’évangéliste Marc rapporte la question que Jésus pose à ses disciples : aux dires des gens, qui suis-je ? Et ils répondent Jean-Baptiste, Élie, l’un des prophètes. Jésus ajoute : pour vous qui suis-je ? Le Christ dit Pierre. Et Jésus les « rabroue » pour qu’ils ne disent rien à personne. La discussion se prolonge. Jésus leur dit qu’il faut que le Fils de l’Homme souffre, puis meurt avant de se relever trois jours plus tard. L’évangéliste écrit : Pierre le prit à part et se mit à le rabrouer. Mais lui se retourna, regarda ses disciples et rabroua Pierre : va-t’en derrière moi, Satan, lui dit-il ! Tu ne penses pas comme Dieu mais comme les humains !

Marion Muller-Colard écrivait dans Réforme, qu’après une parole si violente, Jésus a peut-être cherché à avoir une meilleure pédagogie à l’endroit de ses disciples pour leur permettre de comprendre le sens de son message et de sa personne et donc de
garder espérance et confiance une fois qu’il sera physiquement absent.

C’est peut-être ce type de réflexions qui explique la place de ce récit de Jésus transfiguré.

Il s’agit maintenant de creuser davantage les multiples sens de ce texte.

Une piste intéressante se rapporte à la parole qui vient du ciel et évoque celle qui a été prononcée lors du baptême de Jésus avec toutefois une différence. Lors du baptême de Jésus la voix du ciel s’adresse à Jésus : Tu es mon fils bien-aimé. Ici elle s’adresse aux apôtres : « Celui-ci est mon Fils bien aimé. Écoutez-le ! » Jésus n’est pas seulement un formidable guérisseur ou un prophète avec grande autorité. Il est le fils bien-aimé du Père. Il s’agit de l’écouter en tant que tel.

Un autre élément ajoute de la force à cette voix qui vient du ciel. Voilà que Moïse et Élie apparaissent et discutent avec Jésus. Dans la tradition biblique Élie a été enlevé au ciel. Il n’est donc pas mort et il reviendra avant le jour du Seigneur d’après le prophète Malachie. Les Juifs continuent d’attendre Élie et à chaque sabbat, ils laissent une place libre pour lui. Moïse est mort, mais comme on ne sait pas où se trouve sa tombe, une tradition s’est installée selon laquelle Moïse a également été enlevé au ciel. Moïse = La loi, Élie = les prophètes. La Loi et les prophètes = le cœur du judaïsme, sont ainsi réunis avec Jésus sur cette montagne devant Pierre, Jacques et Jean.

Ces trois-là découvrent une part nouvelle de l’identité de Jésus, de ce qu’il est en vérité, et en quoi sa personne est transcendante. Jésus n’est pas seulement un homme dont la parole a beaucoup d’autorité, dont les capacités de guérison sont hors norme, dont le rayonnement est très populaire. Il n’est pas le Messie au sens où bien des juifs l’entendent, c’est-à-dire un chef de résistance capable de mettre les occupants romains hors d’Israël. Il est le Messie annoncé par les prophètes, le Christ. Et ce bien-aimé assumera sa mission jusqu’au bout, jusqu’à accepter de passer par la croix, scandale pour les uns, folie pour les autres, salut pour les chrétiens.

Voilà qu’après le détour biblique et théologique nous sommes renvoyés à une autre question : quelle valeur a ce texte pour nous aujourd’hui ? Qu’apporte-t-il au membre d’Église engagé dans la dynamique missionnaire ?

Personne d’autres que Pierre, Jacques et Jean n’ont assisté à cette réunion au sommet de la montagne, et pourtant 2000 ans après, nous écoutons ce texte étonnant, beau et fort.

Étonnant, car les manifestations de Dieu, les apparitions d’Élie et de Moïse avec Jésus, sont rares dans les évangiles. Beau car le texte se présente comme un évènement hors du temps, hors de la rationalité habituelle. Fort car, comme le signalait le pasteur Bettina Bettin, il modifie notre tendance à la baisse de dynamisme. Il stoppe notre inclination à la résignation. Il ranime notre espérance et notre confiance en Dieu.

Aujourd’hui, le Christ, absent, est présent par son Esprit dans son Église. Telle est la conviction du chrétien engagé dans une Église en mission. Cette présence est salutaire, fondamentale pour lui aujourd’hui alors que nous vivons dans un monde inquiétant, instable et ouvert à beaucoup de possibles aussi bien négatifs que positifs. C’est le temps de l’épreuve de la foi. À la suite de Pierre, Jacques et Jean, le chrétien est convaincu que Jésus humain, transfiguré, mis à mort par un supplice infernal et ressuscité l’accompagne aujourd’hui. Par sa croix qui crucifie toute illusion religieuse, politique et humaniste, par sa transfiguration qui redit qu’il est le fils aimé de Dieu, par la victoire sur la mort, Jésus ouvre un chemin salutaire pour chacun et pour le monde. Le chrétien croit qu’il est toujours à ses côtés. Il le rejoint sans cesse dans ses épreuves et dans ses joies. À lui d’être témoin en paroles et en actes de cette présence confiante de Dieu en Jésus-Christ dans ce monde. Amen !

 

Pour aller plus loin :

Si on se situe dans le dialogue interreligieux, on peut découvrir dans ce texte (et les traditions d’Ancien Testament sous-jacentes) l’affirmation d’un Dieu transcendant, souverain et maître de la création ; il est donc « à la hauteur » de l’attente religieuse mais il veut justement réaliser le salut autrement, par la spécificité de Jésus-Christ, par la croix, par la descente de la Montagne.

D’où cet extrait de la confession de foi de Shafique Keshavjee qu’on retrouve dans les textes liturgiques édités par le Défap en 1997 :

Avec nos frères et sœurs en humanité juifs, nous confessons que Dieu est le Créateur de l’univers et qu’il est le Saint.
Mais différemment d’eux, nous confessons que le Créateur s’est fait créature et que le Saint s’est incarné.

Avec nos frères et sœurs en humanité musulmans, nous confessons que Dieu est le Tout-Puissant, le Parfait et l’Immortel.
Mais différemment d’eux, nous confessons que le Tout-Puissant a accepté d’être fragile, que le Parfait a porté nos imperfections et que l’Immortel, par la mort et la résurrection de Jésus, a transfiguré notre mortalité.

 

Envoyés dans le monde

Ne craignons pas d’affirmer,
Paisiblement,
L’Évangile dont nous vivons,
Non comme un bouclier contre ceux
Qui ne partagent pas nos convictions
Ou comme une arme pour condamner ou pour exclure,
Mais comme l’annonce d’une délivrance
De toutes les formes d’injustice,
De souffrance et de mort,
Déjà acquise pour tous.

Jean-Pierre Monsarrat




Merci Jésus de nous avoir mis du pain sur la planche !

Méditation du jeudi 27 mai 2021 : l’appel de Jésus à aller vers « toutes les nations » est toujours valable pour nous. Mais la mission n’est pas une négation des cultures actuelles.

© Pixabay

« Quant aux onze disciples, ils se rendirent en Galilée, à la montagne que Jésus leur avait désignée. Quand ils le virent, ils se prosternèrent ; mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha et leur parla en ces termes : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples, en les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, en leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. Moi, voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. »  Matthieu 28,16-20

 

Aujourd’hui nous vous invitons à partager cette méditation proposée par Alain Faucher, prêtre et professeur d’exégèse biblique à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval au Québec (site interbible.org du diocèse de Montréal).

Ce que nous comprenons entre nous de l’amour de Dieu ne peut rester entre les quatre murs de la communauté.

« Toutes les nations ». Ceci rappelle la promesse divine faite à Abraham au profit de toutes les familles de la terre (Genèse 12,1-3). « Les nations » rappelle aussi la stratégie précise de Dieu. Les croyantes et les croyants ne peuvent rester neutres devant ces appels de Jésus lancés à ses premiers disciples. Croyantes et croyants d’aujourd’hui sont à leur tour invités à intervenir au nom de la famille divine. L’enjeu est immense : Jésus invite à transformer les nations en disciples. Il s’agit de baptiser, donc de faire plonger dans la mort-résurrection. Ce que nous comprenons entre nous de l’amour de Dieu ne peut rester entre les quatre murs de la communauté. Ce que nous comprenons ici et maintenant de l’amour de Dieu est destiné à transformer partout et pour le mieux la vie des gens que nous côtoyons dans les périphéries de nos communautés. Ces Galilée d’aujourd’hui incluent le joyeux monde des affaires, des centres commerciaux, des arénas, des loisirs, des études, des familles. La dernière coquetterie, depuis le cinquième centenaire de l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique (en 1992 !), consiste à mettre en doute la pertinence de la mission. On prétend que le travail missionnaire est systématiquement un manque de respect des autres cultures. Cette approche contestataire néglige deux aspects de la mission.

La mission n’est pas une négation des cultures actuelles.

Notre foi a été implantée en acheminant le message de Jésus dans les différentes cultures qui ont émergé au fil des siècles. Notre culture actuelle est un fruit de ce processus de rencontre. Notre culture n’a plus grand chose à voir avec la culture méditerranéenne d’origine où résonnait si positivement le message des disciples de Jésus. Notre mode de vie nord-américain, surgi du christianisme, est finalement tout à fait différent du mode de vie des Européens qui nous ont transmis la foi chrétienne. Et pourtant, nous restons en communion profonde avec la mission des origines. De plus, les valeurs de communion universelle du message des disciples de Jésus n’ont aucune prétention à abolir les originalités ethniques et nationales. Jésus envoie ses disciples vers toutes les nations pour en faire des disciples. Il ne leur demande pas d’abolir les nations, contrairement aux prétentions de certaines sectes qui prétendent niveler toutes les frontières politiques au nom d’une foi intense ! La mission n’est pas une négation des cultures actuelles… Elle transcende les différences parce qu’elle parle de l’essentiel de la nature humaine.

L’évangélisation est toujours et partout à refaire, dans chaque pays, pour chaque génération.

Notre société ressemble davantage à la Galilée qu’à la capitale de foi qu’était Jérusalem. Les périphéries sont partout, et surtout sur nos écrans ! L’information instantanée crée un village global, un lieu de rencontre (et de confusion !) virtuel aussi facile à mépriser que l’était la Galilée pour les Juifs pieux de Jérusalem. Jésus propose aujourd’hui la mission dans ce carrefour actuel des routes commerciales, ce point naturel de rencontre des nations et des croyances. L’évangélisation est toujours et partout à refaire, dans chaque pays, pour chaque génération. Nous n’y échappons pas, et nos descendants croyants devront tout reprendre, à leur tour. Cette limite annoncée ne nous dispense pas d’investir le meilleur de nous-mêmes dans des groupes adaptés, des mouvements remaniés, des services innovateurs et originaux, des manières de faire dont nous ne rêvions même pas hier ou avant-hier.

 

Nous prions :

Le désir de notre cœur, Seigneur,
C’est de redire ton nom,
De le redire comme un murmure,
Comme la présence d’un amour ;
De le redire au long du jour,
Et au rythme de notre prière commune
Pour qu’il sanctifie notre temps, nos heures,
De le redire sur le monde
Pour que mystérieusement il l’imprègne,
Le guérisse, l’illumine, le bénisse.
Le désir de notre cœur, Seigneur,
C’est de redire ton nom.

Sœur Évangéline de la communauté des diaconesses de Reuilly




Pentecôte : l’Esprit souffle et la Création soupire

Méditation du jeudi 20 mai 2021 : tendons l’oreille à ce soupir dont parle l’apôtre Paul !

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« Or nous savons que, jusqu’à maintenant, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’accouchement.

Et ce n’est pas elle seule qui soupire, mais nous aussi, qui avons pourtant dans l’Esprit un avant-goût de cet avenir, nous soupirons en nous-mêmes en attendant l’adoption, la libération de notre corps.

En effet, c’est en espérance que nous avons été sauvés. Or l’espérance qu’on voit n’est plus de l’espérance : ce que l’on voit, peut-on l’espérer encore ? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance.

De même l’Esprit aussi nous vient en aide dans notre faiblesse. En effet, nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières, mais l’Esprit lui-même intercède [pour nous] par des soupirs que les mots ne peuvent exprimer.

Et Dieu qui examine les coeurs sait quelle est la pensée de l’Esprit, parce que c’est en accord avec lui qu’il intercède en faveur des saints. » Romains 8,22-27

 

En ce temps de Pentecôte, que le livre des Actes évoque comme une flamboyance de l’Esprit, tendons l’oreille à ce soupir dont parle l’apôtre Paul. Sous la joie de l’annonce et de la découverte du Salut universel, le soupir n’est pas de tristesse, mais du tréfonds de l’espérance. Soupir de la création, soupir de Dieu lui-même, soupir qui nous vient de loin dans le corps et dans le temps. Car la présence de Dieu nous fait entrevoir sans cesse l’accomplissement du royaume, le bonheur éternel, la paix en plénitude, l’amour infini. Et la force de l’Esprit, élevant notre prière, nous porte vers tous les possibles. Alors le soupir – notre soupir- involontaire, vient simplement nous rappeler que nous sommes dans le temps de l’histoire et non dans celui de l’éternité. Et la création tout entière, et l’univers en tant qu’il est habité d’âme, soupirent aussi après ce qu’ils sont déjà et ne sont pas encore.

Mais le souffle de l’Esprit, les flammes ou la colombe, comme tous les anges du Seigneur qui ont parlé à ceux qui nous ont précédés, nous assurent que nous n’avons rien à regretter, rien à pleurer d’un âge d’or rêvé ou d’une origine pure ! L’amour est toujours en avant de nous, et le Christ vient à notre rencontre depuis l’horizon. Alors, nous pouvons marcher ensemble vers la paix de Dieu.

 

Prions :

Fais, Seigneur, se joindre toutes les mains,
pour rendre plus humain le sol où tu insufflas la vie
à un homme que tu modelas.

Que nous prenions ta main noire, Seigneur,
pour que la terre porte les fruits de l’espoir.

Que nous prenions ta main jaune, Seigneur,
pour que le monde reste jeune
et que chacun gagne dignement son pain.

Que nous prenions ta main blanche, Seigneur,
pour que les bourgeons qui portent joie et justice
éclosent sur toutes les branches.

Que nous prenions ta main rouge, Seigneur,
à la croisée des chemins,
pour que les Hommes de l’Afrique,
de l’Asie, de l’Europe, de l’Amérique,
de tous les temps, de tous les cieux,
cultivent ensemble, sur tous les continents
des chemins de développement,
des champs de prière et de dévouement.

Nabil Mouannés, Liban
dans : Expressions de foi de l’Église universelle




Hospitalité immédiate !

Méditation du jeudi 13 mai 2021. Nous terminons notre année de lecture des Actes des apôtres. Cette semaine, nous prions avec nos envoyés au Brésil.

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« Une fois hors de danger, nous avons appris que l’île s’appelait Malte.  Ses habitants nous ont témoigné une bienveillance peu courante ; ils nous ont tous accueillis près d’un grand feu qu’ils avaient allumé, car la pluie tombait et il faisait très froid. Paul avait ramassé un tas de broussailles et il était en train de les mettre sur le feu quand, sous l’effet de la chaleur, une vipère en est sortie et s’est accrochée à sa main. Lorsque les habitants de l’île ont vu l’animal suspendu à sa main, ils se sont dit les uns aux autres : « Cet homme est certainement un meurtrier, puisque la justice n’a pas voulu le laisser vivre bien qu’il ait été sauvé de la mer. » Mais Paul a secoué l’animal dans le feu et n’a ressenti aucun mal. Ces gens s’attendaient à le voir enfler ou tomber mort subitement. Après avoir longtemps attendu, voyant qu’il ne lui arrivait aucun mal, ils ont changé d’avis et ont déclaré que c’était un dieu.

Il y avait dans les environs des terres qui appartenaient à un dénommé Publius, principale personnalité de l’île. Il nous a accueillis et nous a logés de manière très amicale pendant trois jours. Le père de Publius était alors retenu au lit par la fièvre et la dysenterie. Paul s’est rendu vers lui, a prié, posé les mains sur lui et l’a guéri. Là-dessus, les autres malades de l’île sont venus, et ils ont été guéris. Ils nous ont rendu de grands honneurs et, à notre départ, nous ont fourni ce dont nous avions besoin. » Actes 28 : 1-10

 

Les naufragés sont sauvés et arrivent à Malte. Les habitants de cette île sont appelés « Barbares » ; ce mot désigne à l’époque tout étranger de langue et de culture différentes des grecs. Les habitants de Malte accueillent et réconfortent les naufragés, dont Paul. L’hospitalité attentive des hôtes est soulignée pour nous dire que face à des situations éprouvantes, ce qui compte n’est pas l’origine culturelle ou la langue parlée, mais la solidarité envers ceux qui sont dans le besoin, qui ont froid, et dont les besoins vitaux essentiels doivent être assurés. N’est-ce pas une des belles surprises que la vie nous réserve parfois, comme une leçon d’humilité, quand habités par le désir de donner et de partager, nous nous apercevons finalement que c’est nous qui recevons des autres à profusion !

Mais, voici que Paul, sauvé des eaux, est mordu par une vipère. Danger en mer, danger sur terre, Paul en sort indemne. Les hôtes, superstitieux, observent ce qui se passe et jugent Paul : attaqué par le reptile il entre dans la catégorie des meurtriers, ayant survécu à la morsure, il devient un dieu. Paul, porteur d’évangile, n’est ni l’un ni l’autre. Encouragé par l’attitude des habitants de Malte, il va rester avec eux durant trois mois, sans qu’aucun de ses témoignages nous soit transmis. A-t-il pu évangéliser ou pas pendant son séjour à Malte ? S’il y a témoignage, cela passe par les gestes, et d’abord la guérison du père de Publius, notable qui lui a ouvert sa maison. Bel exemple de l’évangile qui emprunte des chemins multiples, en nous invitant à nous ouvrir avec sensibilité à ceux qui croisent notre route. Elle passe par chacun d’entre nous, en empruntant nos dons, nos charismes particuliers pour trouver le chemin vers les autres et devenir joie, guérison, sens, libération… Restons à l’écoute de la Parole qui nous habite pour que nos gestes, nos paroles et toute notre vie soient témoignage vivant de Celui qui nous a aussi relevé et missionné un jour !

 

Questions pour nous :

  • Quelles sont les marques de la présence et la bienveillance de Dieu dans ma vie ?
  • Quels sont mes charismes, mes dons que je peux mettre au service de l’annonce de l’évangile ?
  • Un exemple d’une rencontre inattendue qui est devenue occasion de témoigner de la bienveillance de l’évangile pour tous ?
  • Qu’ai-je reçu des autres que je peux considérer comme une bénédiction dans ma vie ?

 

Prions :

Ô Dieu, tourne nos regards vers les êtres sans paroles, vers les innocents sans voix !
Inscris au profond de nous le respect pour tous les êtres humains et garde vivant en nous
le sentiment de leur dignité !
Au coeur des peuples déchirés, fais grandir la lueur d’un horizon nouveau !
Aux gens de la nuit, offre une fenêtre sur le jour, comme une trouée d’amour!
Mets dans nos cœurs et nos bouches la parole qui relève et sauve, les mots risqués
qui ouvrent à un commencement nouveau!

Suzy Schell (Traces Vives)
(ancienne pasteure dans l’Église de Genève)