Qui osera jeter la première pierre ?

Méditation du jeudi 4 avril 2019. En cette cinquième semaine de Carême, nous prions pour nos envoyés au Cameroun et pour toute la famille Nzambé.

La femme adultère par Giandomenico Tiepolo, peintre vénitien (1727 -1804)

Jésus se rendit au mont des Oliviers. Tôt le lendemain matin, il retourna dans le temple et tous les gens s’approchèrent de lui. Il s’assit et se mit à leur donner son enseignement.

Les maîtres de la loi et les Pharisiens lui amenèrent alors une femme qu’on avait surprise en train de commettre un adultère. Ils la placèrent devant tout le monde et dirent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise au moment même où elle commettait un adultère. Moïse nous a ordonné dans la loi de tuer de telles femmes à coups de pierres. Et toi, qu’en dis-tu ? »

Ils disaient cela pour lui tendre un piège, afin de pouvoir l’accuser.

Mais Jésus se baissa et se mit à écrire avec le doigt sur le sol. Comme ils continuaient à le questionner, Jésus se redressa et leur dit : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » Puis il se baissa de nouveau et se remit à écrire sur le sol.

Quand ils entendirent ces mots, ils partirent l’un après l’autre, les plus âgés d’abord. Jésus resta seul avec la femme, qui se tenait encore devant lui. Alors il se redressa et lui dit : « Eh bien, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? » — « Personne, Maître », répondit-elle. « Je ne te condamne pas non plus, dit Jésus. Tu peux t’en aller, mais désormais ne pèche plus. » Jean 8,1-11

Max Lyonga, Peintre Camerounais

Ce qui donne beaucoup de poids à ce texte est que la lapidation a encore cours dans certains pays de ce monde, ainsi que les crimes dits d’honneur, autour d’actes, d’attitudes ou d’événements liés à la sexualité – hétérosexualité ou homosexualité.

Dans notre récit tout est prêt pour une scène de lynchage qui, se passant dans l’espace du temple de Jérusalem et sous l’œil de spécialistes de la loi, promet à la foule rassemblée un maximum d’intensité, et donc cet obscur et horrible plaisir lié à la violence et au sacré !

Mais la parole est là, qui va différer le passage à l’acte !

Parole sous forme de question, même piégée, de la part des scribes et des pharisiens ! Puis parole sous forme de graphies silencieuses de Jésus sur le sol, puis de suggestion !

D’abord la question est plus complexe qu’il n’y paraît. Car pour les pharisiens il n’est pas question d’appliquer la torah écrite à la lettre, sans en avoir référé également à la torah orale, à savoir la tradition d’interprétation qui s’est mise en place dans le monde juif autour des lieux d’études que sont les synagogues. Quant aux scribes qui sont présents, certains peuvent faire partie des pharisiens, et d’autres des sadducéens qui sont, eux, partisans d’une application stricte de la torah écrite.

Mais Jésus n’entre pas dans la discussion qu’on lui propose. Veut-il prendre du temps pour réfléchir ? Adopte-t-il une attitude « prophétique », dont le caractère énigmatique a pour effet de calmer la fièvre qui s’est emparée de tous les présents ?

Dans un partage autour de ce récit quelqu’un suggérait que dans son abaissement, puisqu’il s’est penché vers le sol, Jésus pouvait symboliser Dieu venant « écrire « sa création sur l’humus dont il créa l’homme ! Cette écriture indéchiffrée de Jésus peut aussi signifier que les humains ne peuvent ni ne doivent jamais interpréter de manière univoque et absolue la parole de Dieu. Et que l’Esprit qui nous parle souffle quand il veut et comme il veut.

En tout cas Jésus pourrait servir d’exemple à tous ceux qui se forment à la médiation et à la résolution non violente des conflits.

Car avec amour et simplicité il transforme et ouvre les êtres et les situations !

Vis-à-vis des juristes il ne conteste pas la loi, mais il leur rappelle qu’ils sont des humains et en tant que tels comptables de leurs actes devant leur conscience !

Et ils se laissent atteindre par ce rappel.

A la femme qui ne se décide pas à partir mais attend quelque chose, il dit quelque chose de rassurant : ils ne t’ont pas condamnée, moi non plus je ne te condamne pas. Ce faisant, Jésus transforme la femme d’objet en sujet. Elle était la possession de sa famille, puis de son mari, elle fut possédée par son amant (bizarrement disparu au moment de l’arrestation) elle était l’objet de la délibération juridique …. Jésus la remet debout et en route ! Va et ne pèche plus ! On pourrait entendre : va et appartiens-toi ! Ne prend conseil que de Dieu et de ta propre conscience !

Alors la foule elle aussi est sauvée de la scène de sang qu’elle s’apprêtait à nourrir de sa folie !
 

 

En cette cinquième semaine de Carême, nous prions pour nos envoyés au Cameroun et pour toute la famille Nzambé.

Viens, mon Dieu !
Viens
Dans notre obscurité
Dans notre nuit noire
Dans notre cœur en recherche
Dans nos pensées et nos doutes.
Viens mon Dieu !
Viens
Avec une lumière multicolore
Avec la foudre et le tonnerre
Avec joie et enthousiasme.
Viens mon Dieu !
Viens
A travers la porte verrouillée
A travers le cœur fermé
A travers l’étroit passage de mes pensées.
Viens mon Dieu !
Viens
Fortifie ma foi
Brise mes idées conventionnelles
Casse la rigidité de ma vie
Abats les murs de mes préjugés
Déploie mes possibilités et mes talents.
Viens mon Dieu !
Viens
Donne-moi la vie
Une vie nouvelle
La vie éternelle !

Au cœur de la vie, prières pour les jeunes.




Entrons dans la joie du Père !

Méditation du jeudi 28 mars 2019. Nous prions pour notre envoyé au Congo.

Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : « Mon père, donne-moi la part de notre fortune qui doit me revenir. »
Alors le père partagea ses biens entre ses deux fils.
Peu de jours après, le plus jeune fils vendit sa part de la propriété et partit avec son argent pour un pays éloigné. Là, il vécut dans le désordre et dissipa ainsi tout ce qu’il possédait. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à manquer du nécessaire. Il alla donc se mettre au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. Il aurait bien voulu se nourrir des fruits du caroubier que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait.
Alors, il se mit à réfléchir sur sa situation et se dit : « Tous les ouvriers de mon père ont plus à manger qu’il ne leur en faut, tandis que moi, ici, je meurs de faim ! Je veux repartir chez mon père et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre Dieu et contre toi, je ne suis plus digne que tu me regardes comme ton fils. Traite-moi donc comme l’un de tes ouvriers. » Et il repartit chez son père.
« Tandis qu’il était encore assez loin de la maison, son père le vit et en eut profondément pitié : il courut à sa rencontre, le serra contre lui et l’embrassa. Le fils lui dit alors : « Mon père, j’ai péché contre Dieu et contre toi, je ne suis plus digne que tu me regardes comme ton fils…» Mais le père dit à ses serviteurs : « Dépêchez-vous d’apporter la plus belle robe et mettez-la-lui ; passez-lui une bague au doigt et des chaussures aux pieds. Amenez le veau que nous avons engraissé et tuez-le ; nous allons faire un festin et nous réjouir, car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et je l’ai retrouvé. » Et ils commencèrent la fête.
« Pendant ce temps, le fils aîné de cet homme était aux champs. A son retour, quand il approcha de la maison, il entendit un bruit de musique et de danses.
Il appela un des serviteurs et lui demanda ce qui se passait. Le serviteur lui répondit : « Ton frère est revenu, et ton père a fait tuer le veau que nous avons engraissé, parce qu’il a retrouvé son fils en bonne santé. » Le fils aîné se mit alors en colère et refusa d’entrer dans la maison.
Son père sortit pour le prier d’entrer. Mais le fils répondit à son père : « Écoute, il y a tant d’années que je te sers sans avoir jamais désobéi à l’un de tes ordres. Pourtant, tu ne m’as jamais donné même un chevreau pour que je fasse la fête avec mes amis. Mais quand ton fils que voilà revient, lui qui a dépensé entièrement ta fortune avec des prostituées, pour lui tu fais tuer le veau que nous avons engraissé !» Le père lui dit : « Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce que je possède est aussi à toi. Mais nous devions faire une fête et nous réjouir, car ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et le voilà retrouvé !» » Luc 15,11-32

Le retour du fils prodigue – Rembrandt, 1667

Dans le tableau de Rembrandt où il interprète le retour du fils prodigue, on remarque que les deux mains du père posées sur les épaules du fils sont différentes. Selon certains critiques, l’une serait masculine et l’autre féminine, et cette part féminine serait encore exprimée par la manière dont le fils, dans toute sa misère, se serre contre les entrailles du père. De fait, dans cette étrange histoire, l’évangéliste Luc a volontairement et totalement privilégié l’image de la miséricorde et de la compassion, au détriment de la figure d’autorité et de justice.

Aucune résistance à la demande insolente et insensée du fils qui veut hériter avant l’heure, mais au contraire un partage immédiat des biens familiaux.

Aucune réprimande au moment du retour du fils qui a tout perdu mais au contraire une impatience d’amour à l’accueillir et fêter son retour.

Aucune remontrance vis-à-vis du fils aîné quand il s’insurge contre l’indulgence de son père vis-à-vis de son frère pécheur, mais au contraire une réaffirmation se sa tendresse et de sa confiance : « « Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce que je possède est aussi à toi. Mais nous devions faire une fête et nous réjouir, car ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et le voilà retrouvé !»

Certes les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. Pourtant il nous invite à nous associer à sa joie de Père retrouvant l’enfant égaré, et à vivre en lui et avec lui l’infini de l’amour et de la grâce.

 

 

En cette quatrième semaine de Carême, nous prions pour notre envoyé au Congo.

Dieu, Tu es le pain complet, odorant et nourrissant.
Tu es le pain rompu, morcelé, en miettes
Négligemment éparpillé.

Dieu, Tu es la vigne qui vit, qui grandit, qui porte du fruit.
Tu es le vin, grappes de raisin écrasées et piétinées
Jusqu’à la dernière goutte bue, lie partout répandue.

Dieu, Tu es la lumière qui brille, qui étincelle
Et resplendit de mille feux.
Tu es l’obscurité profonde
L’ombre mystérieuse et cachée.


Dieu Tu es l’eau pure et fraîche qui abreuve nos êtres desséchés.
Tu es larmes, ces larmes de frustration, de chagrin
De colère qui perlent de nos yeux.


Dieu Tu es la parole adressée en amour et en vérité.
Tu es le silence, le secret qu’on n’ose dire
Le sens caché derrière les mots.

Canberra, pré-assemblée « Femmes » 1991 Expressions de foi de l’Eglise universelle.




L’ « être avec » nous de Dieu !

Méditation du jeudi 21 mars 2019. En cette troisième semaine du Carême, nous prions pour nos envoyés en Tunisie.

Chagall : Moïse devant le buisson ardent

Moïse s’occupait des moutons et des chèvres de Jéthro, son beau-père, le prêtre de Madian. Un jour, après avoir conduit le troupeau au-delà du désert, il arriva à l’Horeb, la montagne de Dieu. C’est là que l’ange du Seigneur lui apparut dans une flamme, au milieu d’un buisson. Moïse aperçut en effet un buisson d’où sortaient des flammes, mais sans que le buisson lui-même brûle. Il décida de faire un détour pour aller voir ce phénomène étonnant et découvrir pourquoi le buisson ne brûlait pas. Lorsque le Seigneur le vit faire ce détour, il l’appela du milieu du buisson : « Moïse, Moïse ! » — « Oui ? » répondit-il. « Ne t’approche pas de ce buisson, dit le Seigneur. Enlève tes sandales, car tu te trouves dans un endroit consacré. Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. »

Moïse se couvrit le visage, parce qu’il avait peur de regarder Dieu. Le Seigneur reprit : « J’ai vu comment on maltraite mon peuple en Égypte ; j’ai entendu les Israélites crier sous les coups de leurs oppresseurs. Oui, je connais leurs souffrances. Je suis donc venu pour les délivrer du pouvoir des Égyptiens, et pour les conduire d’Égypte vers un pays beau et vaste, vers un pays qui regorge de lait et de miel, le pays où habitent les Cananéens, les Hittites, les Amorites, les Perizites, les Hivites et les Jébusites. Puisque les cris des Israélites sont montés jusqu’à moi et que j’ai même vu de quelle manière les Égyptiens les oppriment, je t’envoie maintenant vers le Pharaon. Va, et fais sortir d’Égypte Israël, mon peuple. »

Moïse répondit à Dieu : « Moi ? je ne peux pas aller trouver le Pharaon et faire sortir les Israélites d’Égypte ! » — « Je serai avec toi, reprit Dieu. Et pour te prouver que c’est bien moi qui t’envoie, je te donne ce signe : Quand tu auras fait sortir les Israélites d’Égypte, tous ensemble vous me rendrez un culte sur cette montagne-ci. » — « Bien ! dit Moïse. Je vais donc aller trouver les Israélites et leur dire : « Le Dieu de vos ancêtres m’envoie vers vous». Mais ils me demanderont ton nom. Que leur répondrai-je ? »

Dieu déclara à Moïse : « «JE SUIS QUI JE SUIS». Voici donc ce que tu diras aux Israélites : «JE SUIS m’a envoyé vers vous ». Puis tu ajouteras : « C’est LE SEIGNEUR s qui m’a envoyé vers vous, le Dieu de vos ancêtres, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. » Tel est mon nom pour toujours, le nom par lequel les hommes de tous les temps pourront m’invoquer. Exode 3:1-15

 

Source : Pixabay

Au moment où Moïse reçoit la révélation des révélations, c’est un fugitif, devenu berger pour un prêtre madianite dont il a épousé la fille. Éduqué à la cour d’Egypte, ramené à son identité hébraïque par un sursaut de conscience devant l’injustice et la violence, il s’est fait meurtrier et coupé ainsi de toute possibilité de rester en Egypte. Perdant tout, il va pourtant tout gagner : une épouse qui lui donnera deux fils, et un Dieu qui va se révéler à lui et de lui confier la mission fondamentale de libérer son peuple de la maison de servitude. 

Dieu n’entre pas dans la vie de Moïse par une vision éblouissante ni des coups de tonnerre ; ce n’est pas une idole qui aurait besoin d’impressionner son élu. Il choisit de se manifester dans l’incandescence inextinguible d’un simple buisson, et d’entrer en parole avec lui. Si Moïse éprouve de la crainte, ce n’est pas vis-à-vis d’un phénomène surnaturel, mais parce que Dieu lui-même lui enseigne que le lieu de leur rencontre est une terre de sainteté.

Terre de sainteté car lieu de la rencontre, lieu de la confidence et de l’envoi en mission. Dieu souffre de la souffrance de son peuple et veut intervenir dans son histoire par l’entremise d’un Moïse qui se sent bien petit pour endosser cette responsabilité.

Alors comment sentir la présence de Dieu et sa force agissante dans les missions qu’il nous confie ?

Je serai avec toi, dit-il à Moïse, je suis le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Je suis qui je suis et qui je serai… mais toujours « avec » vous !

En ce temps de Carême, nous pouvons particulièrement méditer sur cette scène primordiale, qui éclaire de l’intérieur l’« être avec nous » de Dieu que toutes les nations recevront en Jésus-Christ environ 1400 ans après la rencontre du Sinaï.

 

 

Nous prions pour nos envoyés en Tunisie et partageons cette relecture du PS 121

Je lève mes yeux vers les puissants de ce monde.
Est-ce d’eux que me viendra le secours ?

Mon secours vient du Seigneur
Qui depuis mon enfance
A pris ma main tremblante dans sa droite puissante
Et m’a conduit sur son chemin jusqu’à ce jour.

Il ne me laissera pas tomber dans l’incrédulité
Car il reste toujours vigilant et me protège.
Oui mon protecteur ne sommeille jamais, il me garde.

Il me protégera de tout péril
Quand je voyagerai et reviendrai chez moi.
Entre ses mains puissantes je resterai en sécurité.
Armé de cette assurance et de cette foi
Je traverserai la vie et la mort.
Que le Nom du Seigneur soit béni
Maintenant et à toujours !

Zephania Kameeta, République Démocratique du Congo, expressions de foi de l’Église universelle.




Courrier de mission : Christiane Nyangono, du Cameroun à Caen

Nous poursuivons notre série de témoignages diffusés par la radio Fréquence Protestante, au cours de l’émission Courrier de Mission, consacrée au Défap et animée par Valérie Thorin. Cette semaine, Christiane Nyangono, pasteure à Caen, venue du Cameroun. Elle évoque son enfance, la façon dont sa foi a été mise à l’épreuve, son arrivée en France.

Christiane Nyangono © DR

 

Christiane Nyangono, du Cameroun à Caen

«Courrier de mission» du 27 février 2019.
Émission consacrée au Défap, animée par Valérie Thorin sur Fréquence Protestante

Nous poursuivons notre série de « Courrier de mission » consacrés aux témoignages. Témoigner, c’est parfois une nécessité, mais c’est aussi une forme de partage, un récit qui permet à celui qui le reçoit de réfléchir, de comprendre. Chaque expérience est riche d’enseignements et parfois, elle nous renvoie comme en miroir à ce que nous sommes, et à ce que nous voudrions être.

Au chapitre 5 de l’Évangile de Marc, voici ce que disent les versets 18 à 20 :

Comme il montait dans la barque, celui qui avait été démoniaque l’implorait, afin de rester avec lui.

Jésus ne le lui permit pas, mais il lui dit : Va dans ta maison, vers les tiens, et raconte-leur tout ce que le Seigneur t’a fait et comment il a eu pitié de toi.

Il s’en alla et se mit à publier dans la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui. Et tous étaient dans l’admiration.

 

Au Forum qu’avait organisé le Défap en 2016 plusieurs personnes sont venues témoigner de leur expérience comme envoyés. Pasteurs, volontaires de la solidarité internationale, ils et elles sont venus raconter ce qui leur était arrivé avant, pendant et après leur mission. Ils ont aussi parlé de leur foi, et de la façon dont elle les a portés vers un ailleurs, et vers autrui.

Le témoignage que vous pouvez entendre est celui de Christiane Nyangono, pasteur.

Pour aller plus loin :



Interposons Dieu entre le diable et nous !

Méditation du jeudi 7 mars 2019. Tous nous sommes tentés ! Comment le diable nous tente-t-il ? Suivons Jésus dans le désert ! Et nous prions pour notre envoyée au Burundi…

Statue du Christ sur la colline de Tas-Salvatur («Le Rédempteur»). Cette statue en béton armé, érigée à 97 m d’altitude près de la mer, fait face aux tempêtes – Gozo, Malte © Maxpixel

Jésus, rempli de Saint-Esprit, revint du Jourdain et fut conduit par l’Esprit dans le désert. Il y fut tenté par le diable pendant quarante jours. Il ne mangea rien durant ces jours-là et, quand ils furent passés, il eut faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de se changer en pain. » Jésus lui répondit : « L’Écriture déclare : «L’homme ne vivra pas de pain seulement.» »

Le diable l’emmena plus haut, lui fit voir en un instant tous les royaumes de la terre et lui dit : « Je te donnerai toute cette puissance et la richesse de ces royaumes : tout cela m’a été remis et je peux le donner à qui je veux. Si donc tu te mets à genoux devant moi, tout sera à toi. » Jésus lui répondit : « L’Écriture déclare : « Adore le Seigneur ton Dieu et ne rends de culte qu’à lui seul .» »

Le diable le conduisit ensuite à Jérusalem, le plaça au sommet du temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ; car l’Écriture déclare : « Dieu ordonnera à ses anges de te garder.» Et encore : « Ils te porteront sur leurs mains pour éviter que ton pied ne heurte une pierre.» » Jésus lui répondit : « L’Écriture déclare : « Ne mets pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.» » Après avoir achevé de tenter Jésus de toutes les manières, le diable s’éloigna de lui jusqu’à une autre occasion. Luc 4, 1-13

 

Usine abandonnée © Maxpixel

Quand on a faim, quand un besoin physique, matériel, économique ou autre se fait sentir, la solution la plus simple n’est-elle pas d’utiliser tous les moyens à sa portée pour changer « les pierres en pain »? Pour Jésus sa filiation, pour d’autres leur nom, leur pouvoir, leur réseau d’influences, leur savoir, leur fonction. La fin ne justifie-t-elle pas les moyens? Vaut-il de déranger Dieu pour cela? De proche en proche cette logique conduit à s’écarter du Créateur et de ses lois.

Heureusement Jésus nous donne l’arme suprême en nous rappelant à notre nature spirituelle: «  L’homme ne se nourrit pas de pain seulement mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu »

Quand on a une opportunité , ou un appel , pour entrer en politique, participer au gouvernement d’un pays, d’une grande institution, ou à la mise en application d’une idéologie, n’est-ce pas un devoir de s’engager, quitte à faire quelques compromis? La cause n’est-elle pas bonne, quand il s’agit, non de tyrannie, mais de construire un monde et une société en progrès, d’apporter du mieux-être à l’ensemble d’une population, de réaliser une utopie valorisante pour tous ? Mais le temps passant, est-on sûr de toujours servir Dieu et son prochain, ou le diable et son propre appétit de puissance? Qui sait? Quelle est la zone frontière entre compromis et compromission, réalisme et cynisme?

Là encore Jésus nous donne l’arme suprême en nous rappelant à notre vocation de serviteur sur terre: « tu adoreras et serviras Dieu et lui seul ».

Enfin quand on se croit directement appelé par l’Esprit , tenu de prouver sa foi par des actes extrêmes et absurdes, quand on se sent même conforté par des versets tirés de l’Ecriture – comme le diable tente de le faire lors de la troisième tentation, comment déceler le vrai du faux? Comment identifier la tentation du fanatisme? Comment discerner si on a affaire à un vrai pasteur ou à un gourou? Comment échapper à la tentation de la domination spirituelle?

Là encore Jésus nous prévient en nous rappelant la Parole de Dieu: « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ! »

Mais n’oublions pas que pour un chrétien, la tentation la plus dangereuse est de se croire parfois au-delà de toute tentation, déjà libéré de l’humaine condition et de ses ambiguïtés profondes.

 

 

Nous prions pour notre envoyée au Burundi.

Fais, Seigneur,
se joindre toutes les mains,
pour rendre plus humain
le sol où tu insufflas la vie
à un homme que tu modelas.

Que nous prenions ta main noire,
Seigneur, pour que la terre
porte les fruits de l’espoir.

Que nous prenions ta main jaune,
Seigneur, pour que le monde reste jeune
et que chacune
gagne dignement son pain.

Que nous prenions ta main blanche,
Seigneur, pour que les bourgeons qui portent joie et justice
éclosent sur toutes les branches.

Que nous prenions ta main rouge,
Seigneur, à la croisée des chemins,
pour que les hommes de l’Afrique,
de l’Asie, de l’Europe, de l’Amérique,
de tous les temps, de tous les cieux
cultivent ensemble
sur tous les continents,
des chemins de développement,
des champs de prière
et de dévouement.

Nabil Mouannès, Liban
dans : Expressions de foi de l’Église universelle




Et que devint Dina… ?

Méditation du jeudi 14 février 2019. Nous mettons un point final au cycle de Joseph sur cette question : que devint Dina, fille de Léa et de Jacob, sœur de Ruben, Siméon, Levi, Juda, Dan, Nephtali ; Joseph, Gad, Asher, Issakar, Zabulon, et Benjamin ? Nous prions pour notre envoyé à Djibouti.

 

Par la suite Léa mit au monde une fille, qu’elle appela Dina. Genèse 30,21

 

Un jour Dina, la fille de Jacob et de Léa, alla rendre visite à des femmes du pays. Sichem, fils de Hamor, le chef hivite de la région, l’aperçut. Il l’enleva et lui fit violence. Mais il s’attacha à elle, en devint amoureux et tenta de la convaincre. Il dit à son père Hamor : « Demande pour moi la main de cette jeune fille, je veux l’épouser. » — Jacob apprit que sa fille avait été déshonorée par Sichem. Mais comme ses fils étaient aux champs avec ses troupeaux, il ne fit rien jusqu’à leur retour. — Hamor, le père de Sichem, se rendit chez Jacob pour lui parler. Quand les fils de Jacob revinrent des champs, ils apprirent ce qui s’était passé. Ils se sentirent insultés et entrèrent dans une violente colère, car Sichem avait fait quelque chose d’inadmissible en violant la fille de Jacob ; on ne doit pas agir ainsi en Israël. Mais Hamor leur dit : « Mon fils Sichem est amoureux de cette jeune fille. Donnez-la-lui pour femme. Alliez-vous avec nous : donnez-nous vos jeunes filles en mariage et épousez les nôtres. Vous habiterez près de nous. La région vous sera ouverte : vous pourrez vous y installer, y traiter vos affaires, y avoir des propriétés. »

Sichem lui-même vint dire au père et aux frères de la jeune fille : « Soyez indulgents pour moi, je suis prêt à vous donner ce que vous voudrez. Vous pouvez exiger de moi un très gros dédommagement et de nombreux cadeaux. Je donnerai tout ce que vous demanderez, pourvu que vous m’accordiez cette jeune fille pour épouse. » Les fils de Jacob répondirent avec ruse à Sichem et à son père Hamor, parce que Sichem avait déshonoré leur soeur Dina. Ils leur parlèrent ainsi : « Nous ne pouvons pas donner notre soeur en mariage à un homme incirconcis ; ce serait un déshonneur pour nous. Nous ne vous donnerons notre accord qu’à une condition : c’est que, comme nous, tous les hommes de chez vous soient circoncis. Alors nous vous accorderons nos filles en mariage et nous pourrons épouser les vôtres. Nous habiterons près de vous et nous formerons ensemble un seul peuple. Mais si vous n’acceptez pas d’être circoncis, nous reprendrons notre soeur et nous repartirons. »

Hamor et son fils donnèrent leur accord à cette proposition. Sans tarder le jeune homme entreprit de la réaliser, tant il aimait la fille de Jacob. Or il avait beaucoup d’influence dans sa famille. Hamor et Sichem se rendirent sur la place, à la porte de la ville, et ils dirent à leurs concitoyens : « Ces hommes sont bien intentionnés à notre égard. Qu’ils s’installent dans notre région et y fassent des affaires, que le pays leur soit largement ouvert ! Nous pourrons épouser leurs filles et nous leur donnerons les nôtres en mariage. Ils accepteront d’habiter près de nous et de former un seul peuple avec nous, mais à une condition : c’est que tous les hommes de chez nous soient circoncis comme eux. Si nous leur donnons notre accord, il viendront habiter près de nous ; alors tout leur bétail et leurs biens finiront par nous appartenir. » Tous ceux qui étaient présents à la porte de la ville acceptèrent la proposition de Hamor et de son fils Sichem, et tous les hommes de la ville se firent circoncire.

Deux jours plus tard, alors que ces hommes étaient encore souffrants, deux des fils de Jacob, Siméon et Lévi, frères de Dina, prirent leur épée, entrèrent dans la ville sans éveiller de soupçons et massacrèrent tous les hommes, y compris Hamor et son fils Sichem. En quittant la maison de Sichem, ils emmenèrent Dina. Les autres fils de Jacob dépouillèrent les cadavres et pillèrent la ville, parce qu’on avait déshonoré leur soeur. Ils s’emparèrent des moutons et des chèvres, des boeufs et des ânes, bref, de tout ce qui était dans la ville et la campagne. Ils emportèrent toutes les richesses, emmenèrent tous les enfants et les femmes, et ils pillèrent complètement les maisons.

Alors Jacob dit à Siméon et à Lévi : « Vous m’avez causé du tort en me rendant odieux aux habitants de la région, les Cananéens et les Perizites. Ces gens-là vont se rassembler contre moi. Ils me vaincront, car je n’ai que peu d’hommes, et je serai exterminé avec ma famille. » Les deux frères répondirent : « Cet individu n’avait pas le droit de traiter notre soeur comme une prostituée. » Genèse 34,1-31

 

 

Terrible histoire qui commence dans la violence et finit dans la violence.

Dina, fille de Jacob et de Léa, est prise de force par Sichem, fils du prince du lieu où Jacob vient d’acquérir un morceau de terre pour planter sa tente.

Siméon et Lévi, les deuxième et troisième fils de Jacob et Léa, vont venger leur sœur en pratiquant un châtiment collectif : ils tuent tous les hommes, y compris Sichem et son père Hamor, puis entrainent leurs frères dans le pillage de la ville et l’enlèvement des femmes, des enfants et des troupeaux.

Que s’est-il passé entre les deux ? Des histoires d’homme !

Dinah, la principale intéressée, a disparu de la scène. On ne l’a pas consultée, on ne l’a pas consolée, on ne lui a pas parlé. Elle est traitée comme un objet – de valeur certes, mais un objet.

Que Sichem se prenne de passion pour la jeune femme qu’il vient de posséder, au point de vouloir l’épouser à prix fort, et même de s’engager, ainsi que son père et tout le peuple, à accepter l’exigence de circoncision posée par les fils de Jacob, cela pourrait presque plaider en sa faveur ! Dans certains pays la loi exonère le violeur s’il accepte d’épouser sa victime ! Et la famille se satisfait souvent d’une telle réparation de l’honneur, sans tenir aucun compte des sentiments et de l’avis de la victime. Et s’il n’y a pas cette réparation, la victime est rejetée du clan, et parfois même traitée comme une coupable et tuée.

Alors on pourrait « presque » comprendre la colère des frères de Léa, qui restent sur la constatation qu’elle a subi quelque chose d’irréparable.

Mais l’ont-ils écoutée ? L’ont-ils consultée ? Ont-ils voulu la défendre ou s’enivrer de leur propre désir de vengeance ?

En se chargeant d’un crime collectif épouvantable, ils profanent son nom – dont la racine comporte l’idée de justice – en même temps qu’ils profanent le nom de Dieu. Car en se servant de la circoncision comme d’un piège pour affaiblir Hamor, Sichem et leurs hommes, ils inversent le signe de l’alliance donnée à Abraham. De signe de vie la « berit mila » devient signe de mort. Et en se posant en défenseur de l’honneur de leur sœur, qu’ils disent refuser de voir traitée comme une prostituée, ils lui font porter la responsabilité indirecte du massacre !

Pauvre Dina, pauvre Dieu, et pauvre Jacob ! Que de souffrance et de sang versé !

Mais ce n’est pas tout : certains commentateurs accableront Dina en affirmant qu’elle n’avait pas à sortir de chez elle pour rencontrer les filles du pays, car une jeune fille pudique se doit de rester à l’intérieur de la maison ! Heureusement, d’autres commentateurs loueront au contraire son esprit de curiosité et d’ouverture, qui l’a poussée à quitter le confort de sa tente pour entrer en relation avec ses voisines et leur permettre ainsi de connaître le Dieu d’Israël ! Décidément, les polémiques sur le statut de la femme ne datent pas d’hier et ont la vie dure !

On ne sait pas ce que devint Dina, mais le commentaire d’un certain Rabbi Eliezer raconte qu’une petite fille fut conçue de son viol par Sichem, et que, pour protéger l’enfant, Jacob l’envoya en Egypte où elle fut adoptée par le prêtre Potiféra. Il s’agissait d’Osnath, qui épousa donc finalement son oncle Joseph et engendra Ephraïm et Manassé.

Décidément la Bible n’est pas une histoire de petits saints, mais de grands pécheurs ! C’est bien pour cela que nous y avons tous notre place comme elle-même doit avoir une place centrale dans notre vie, nos communautés, nos relations les uns avec les autres ! A travers les pires ténèbres Dieu nous parle et nous invite à échanger les uns avec les autres, afin de mieux prendre conscience de nous-mêmes et de la grâce qu’il nous fait de nous considérer comme ses enfants bien-aimés, malgré tout !

 

 

Nous prions pour notre envoyé à Djibouti et sa famille, et partageons cette prière d’Antsiva, du groupe de jeunes de Créteil, prononcée lors du culte du 10 février.

Seigneur, il est dit dans Jean 13,34-35 :
 

« Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Oui comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres ».
Nous exprimons à présent cet amour par une prière d’intercession :
Garde ton Eglise, ici et à travers le monde,
Notamment ses pasteurs, ses conseillers et tous ses fidèles.
Préserve-la face aux pièges de l’Ennemi.
Etends ta bénédiction sur tous les peuples :
Que partout ton amour, ta paix et ta vérité ne fassent qu’un pour la gloire de Ton nom.
Veille sur la France, pour nous pays d’origine, natal ou d’adoption,
Où nous pouvons vivre notre foi sans la peur quotidienne d’être persécutés.
Donne-nous aussi la tolérance et la fraternité
Pour grandir dans le respect des autres cultures et croyances.
Console par ton Saint-Esprit tous ceux qui sont dans la souffrance,
L’injustice, la maladie, le deuil.
Sois pour eux un refuge et un soutien infaillible face aux épreuves.
Enfin bénis notre engagement envers Toi,
Pour que nous accomplissions fidèlement ton service.
Nous te demandons tout particulièrement aujourd’hui de fortifier le groupe de jeunes,
Afin que chacun continue à faire son chemin vers Toi
Et nous te remercions pour les nouvelles initiatives que tu nous inspireras.
Seigneur, accueille avec bonté ces prières, si elles te sont agréables.
Dans la grâce de ton amour et au nom de Jésus-Christ. Amen




Être différents mais tenir la même chose

Qu’est-ce qui est le plus important : la pertinence de la mission, l’utilité de l’action… ou l’appartenance à une communauté de foi particulière ? Le label Jésus est-il une marque déposée dont on peut revendiquer la propriété ? Dieu peut-il se révéler dans l’Église d’à côté ? Nous vous proposons aujourd’hui une méditation du pasteur Basile Zouma sur le texte de Marc 9, 38-40.

Basile Zouma, lors du Forum Chrétien Francophone de Lyon, octobre 2018 © DR

 

Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas. » Mais Jésus dit : « Ne l’empêchez pas, car il n’y a personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse, aussitôt après, mal parler de moi ». Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Marc 9, 38-40

Le récit de Marc nous parle d’un homme qui chasse les démons et aide les gens à recouvrer la santé en se servant du nom de Jésus. Ce qui me semble être une activité tout à fait louable donc à encourager. Eh bien, non ! Les disciples pensent que cet homme doit immédiatement cesser cette activité car le label Jésus – de leur point de vue – est une marque déposée qui leur appartient. Le motif leur paraît évident : il ne fait pas partie du groupe des douze apôtres, il n’est pas des nôtres.

« Il ne nous suit pas »

Peu importe alors la pertinence de la mission, l’utilité de l’action. Ce qui importe aux yeux des disciples, c’est l’appartenance : « Il ne nous suit pas ». Il n’est pas avec nous qui avons le monopole du Christ, sa proximité, sa confidence…

Sans doute, cet homme, ce disciple de la marge a-t-il entendu parler de Jésus, sans doute croit-il en lui. Mais il ne nous suit pas, c’est-à-dire qu’il ne fait pas officiellement partie des disciples. Il n’a pas fait acte de candidature, il ne s’est pas présenté, donc il n’a pas le droit de guérir.

Il est nécessaire de nous arrêter un instant sur les nuances des mots pour saisir la portée de l’opposition des disciples et son dangereux mécanisme d’exclusion. On remarquera avec un sourire au v. 38, qu’au lieu de dire : “(Cet homme) ne te suivait pas”, Jean dit : “Il ne nous suivait pas”. À quoi correspond ce « nous » ?

C’est probablement le « nous » communautaire qui est aussi celui de l’appartenance à une communauté de foi particulière. « Il ne nous suit pas », il n’appartient pas à notre communauté, à notre ecclésiologie, à notre théologie, à notre façon de faire, à notre modèle liturgique. Il n’est pas comme nous. 

Jésus répond, d’une réponse qui recentre le propos. Il ne reproche rien à ce « nous » mais le met en garde contre les dérives possibles. Il ne veut pas que ses disciples empêchent l’homme étranger de guérir des gens. Car cet homme travaille dans le même sens que lui-même. Il est pour lui, il est donc pour nous.

Dieu peut-il se révéler dans l’Église d’à côté ?

Réponse de Jésus qui fonctionne comme un refus d’exclure pour motif de non ressemblance. Il combat dans sa réponse, cette mentalité de clan qui commence à se former au sein des disciples et autour d’une exclusion. La réponse de Jésus leur apprend que Dieu est à l’œuvre chez eux mais qu’il travaille également chez les autres et par les autres. Il se révèle dans notre Église particulière, et c’est heureux. Mais il se révèle aussi dans l’Église d’à côté, et c’est heureux encore !

Pour Jésus, ce qui compte n’est pas que cet homme soit ou non recensé parmi les disciples en titre, mais que des gens soient guéris grâce à ce qu’on peut bien appeler son ministère. De l’aveu même des apôtres, cet homme guérit les malades « au nom de Jésus ». Ce qui n’est pas une invocation vide de sens, mais une affirmation qui implique que l’homme contesté croit réellement en Jésus. La leçon de Jésus pour ses apôtres est de comprendre que la foi active existe en-dehors de leur petit groupe.

Dans ce récit, la perspective est déjà œcuménique dans le dépassement des mentalités de clan, des propensions au renfermement pour accueillir la foi de l’autre dans sa riche différence. Ici, nous touchons à une réalité essentielle : la liberté de Dieu d’agir comme il l’entend, quelquefois par nous, quelquefois en-dehors de nous. Les disciples voulaient en quelque sorte brider cette liberté.

Pendant que les disciples s’inquiétaient pour les hiérarchies et les appartenances, Jésus lui, rappelait la mission d’une Bonne Nouvelle qui libère l’humain de ses démons. Peut-être que nous aussi, en disciples d’aujourd’hui avons besoin du rappel que Dieu, en venant en Christ, a parié sur l’humain pour qu’à travers la Bonne Nouvelle, il lui soit donné d’approcher dans la figure du ce Christ son humanité véritable.

Amen.

Pasteur Basile Zouma,
avril 2018




Courrier de mission : une vie entre Versailles et la Polynésie

Nous inaugurons cette semaine une nouvelle série sur le site du Défap : elle est consacrée à des témoignages diffusés par la radio Fréquence Protestante, au cours de l’émission Courrier de Mission, consacrée au Défap et animée par Valérie Thorin. Cette semaine, l’histoire de Sœur Méréani, diaconesse, venue de Tahiti. Elle évoque sa foi, les raisons de son engagement et ce qui l’a poussée à partir au loin, ainsi que les relations avec l’Église protestante māòhi.

Tahiti, Papeete : vue sur la mer et le port, en face du temple de Paofai © F. Lefebvre pour Défap

 

Sœur Méréani, une vie entre Versailles et la Polynésie

«Courrier de mission» du 23 janvier 2019.
Émission consacrée au Défap, animée par Valérie Thorin sur Fréquence Protestante

Aujourd’hui, un «Courrier de mission» un peu particulier, qui va inaugurer une petite série consacrée aux témoignages. Témoignages au singulier et au pluriel. Singulier parce que chaque expérience est à nulle autre pareille, et pluriel parce que le Défap est, dans ses gènes mêmes, le lieu d’où partent et où reviennent tous ceux qui, un jour ou l’autre, ont senti qu’il leur fallait se lancer vers l’ailleurs et se mettre au service d’autrui, proche ou lointain.

Au chapitre 6 de l’Évangile de Marc, voici ce que disent les versets 7 à 13 :

Alors il appela les douze et se mit à les envoyer deux à deux, en leur donnant pouvoir sur les esprits impurs. Il leur recommanda de ne rien prendre pour la route, sinon un bâton seulement : ni pain, ni sac, ni monnaie dans la ceinture, mais (disait-il), chaussez-vous de sandales et ne revêtez pas deux tuniques.

Il leur disait : Dans quelque maison que vous entriez, demeurez-y jusqu’à ce que vous quittiez l’endroit. Et si quelque part on ne vous reçoit ni ne vous écoute, en partant de là, secouez la poussière de vos pieds en témoignage contre ces gens.

Et ils partirent et prêchèrent la repentance Ils chassaient beaucoup de démons, oignaient ‘huile beaucoup de malades et les guérissaient.

 

Au Forum qu’avait organisé le Défap en 2016, plusieurs personnes sont venues témoigner de leur expérience d’envoi. L’objectif était de raconter comment, pourquoi, dans quel contexte elles étaient parties et ce qu’il était advenu d’elles. Elles sont venues aussi parler de leur foi. Cette foi qui anime souvent ceux qui acceptent de se décentrer pour mieux aller à la découverte des autres.

Le premier de ces témoignages, que vous pouvez entendre aujourd’hui, est celui de Sœur Méréani, diaconesse, venue de Tahiti.

Pour aller plus loin :



Les étranges funérailles de Jacob !

Méditation du jeudi 7 février 2019. Nous prions pour notre envoyé aux Antilles et nous terminons la lecture du cycle de Joseph. Cependant, nous parlerons la semaine prochaine de Dina, la sœur de Joseph.

Henri-Joseph de Forestier, La mort de Jacob, 1813, Paris, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts

 

Jacob fit ensuite ces recommandations à ses enfants : « Quand je serai mort, enterrez-moi dans le tombeau de mes ancêtres. C’est la grotte située dans le champ d’Éfron le Hittite, à Makpéla, près de Mamré, au pays de Canaan. Abraham a acheté ce champ à Éfron pour que le tombeau soit sa propriété. C’est là qu’on l’a enterré, ainsi que sa femme Sara, puis Isaac et sa femme Rébecca. J’y ai moi-même enterré Léa. Le champ et la grotte qui s’y trouve ont été achetés aux Hittites. » Quand Jacob eut fait ses dernières recommandations à ses fils, il se recoucha, puis il rejoignit ses ancêtres dans la mort. (Genèse 49,29-33)

 

Joseph se précipita vers son père, dont il couvrit le visage de larmes et de baisers. Puis il ordonna aux médecins qui étaient à son service de préparer le corps de son père en vue de l’enterrement. Selon la coutume, les médecins passèrent quarante jours à enduire le corps d’huiles parfumées pour le conserver. Les Égyptiens célébrèrent le deuil de Jacob pendant soixante-dix jours.

Quand le deuil de Jacob eut pris fin, Joseph dit aux proches du Pharaon : « Si vous avez de l’amitié pour moi, veuillez transmettre de ma part ces paroles au Pharaon : « Avant de mourir, mon père m’a fait jurer de l’enterrer au pays de Canaan, dans le tombeau qu’il s’est préparé. Autorise-moi donc à aller l’enterrer maintenant, puis je reviendrai. » » Le Pharaon permit à Joseph d’aller enterrer son père et de tenir ainsi sa promesse.

Joseph se mit en route ; il était accompagné des dignitaires du palais au service du Pharaon, des anciens de toute l’Égypte, de toute sa famille, de ses frères et des autres membres de la famille de son père. On ne laissa dans la région de Gochen que les petits enfants et le bétail. Le convoi comprenait aussi une escorte de chars ; il était particulièrement imposant.

Ils arrivèrent à Goren-Atad — « l’Aire de l’Épine » —, au-delà du Jourdain. Là, ils célébrèrent solennellement une cérémonie funèbre, très impressionnante. Durant sept jours, Joseph observa le deuil de son père. Les Cananéens qui vivaient dans cette région virent la cérémonie funèbre de Goren-Atad et firent cette réflexion : « C’est un deuil cruel pour l’Égypte ! » C’est pourquoi cet endroit, situé au-delà du Jourdain, reçut le nom d’Abel-Misraïm, ce qui veut dire «Deuil de l’Égypte».

Les fils de Jacob accomplirent ensuite ce que leur père leur avait ordonné : ils transportèrent son corps au pays de Canaan et l’enterrèrent dans la grotte du champ de Makpéla, près de Mamré. Abraham avait acheté ce champ à Éfron le Hittite pour que le tombeau soit sa propriété. Après avoir déposé le corps de son père dans le tombeau, Joseph regagna l’Égypte avec ses frères et tous ceux qui les avaient accompagnés pour l’enterrement. (Genèse 50,1-14)

 


Le tombeau des patriarches à Hébron

Jacob a exprimé le désir que sa dépouille mortelle soit transportée en Canaan et enterrée dans le tombeau de ses pères. À l’heure de sa mort, il appuie sa demande d’une sorte de justification de propriété. On se souvient qu’Abraham avait insisté pour acheter la grotte et le champ de Makpela aux hittites afin d’ensevelir Sarah, en refusant leur offre d’accueillir le corps de son épouse dans un de leurs tombeaux.

Jacob vivant cependant en Egypte avec sa famille, il faut une permission pour que sa dépouille passe la frontière. Pharaon l’accordera, après que le père de Joseph aura reçu l’hommage des larmes de son fils et les soins d’embaumement des médecins d’Égypte. Pourquoi ces 70 jours de deuil égyptien ? Est-ce pour manifester de la reconnaissance envers Joseph qui a sauvé l’Égypte de la famine ? Est-ce une manière de s’accaparer Jacob ? On ne peut imaginer qu’il ait désiré tant de faste ! 

Pourtant un cortège impressionnant va s’ébranler autour de Joseph et Jacob, avec des dignitaires d’Égypte, les frères de Joseph et des membres de la famille. Toutefois, ce voyage ne sera pas l’occasion d’un retour définitif du peuple en Canaan, car les enfants et les troupeaux doivent rester à Gochen. Serviraient-ils d’otages pour s’assurer que les adultes vont bien revenir faire fructifier la terre d’Égypte ? À moins que cela ne traduise la nécessité théologique de séparer ce qui relève de la mort et ce qui relève de la vie. L’heure est d’enterrer Jacob dans le pays de ses pères, mais pas encore, pour ses descendants, d’y retourner durablement !

À leur tour les Cananéens s’émeuvent de la mort de Jacob, et impressionnés par le deuil de 7 jours conduit par Joseph, baptise le lieu « Deuil de l’Égypte ». Enfin Jacob parvient à destination ; il rejoint Abraham, Sara, Isaac, Rébecca, Léa dans le sommeil de la mort.

Ce récit étrange et complexe nous renvoie à la question des rites mortuaires et des coutumes de deuil dans les différentes cultures. Doit-on enterrer ses proches dans le pays d’accueil ou dans le pays d’origine ? Jusqu’où accomplir les dernières volontés du défunt ? Jusqu’à s’endetter considérablement ? Peut-on faire plusieurs célébrations pour contenter les uns et les autres en cas de pluralisme religieux ou ecclésial ? Comment conjuguer le chagrin personnel, l’accomplissement des rites, les questions juridiques et financières ?  Par rapport à cela, que signifient les paroles de Jésus : « Laisse les morts enterrer les morts, et va annoncer le royaume de Dieu ! » ?

 

 

Nous prions pour notre envoyé aux Antilles avec cette prière de sanctification du Nom de Dieu, que l’on appelle le Kadish, qui accompagne le deuil dans le judaïsme, et qui a inspiré le « Notre Père ».
 

Que ton Grand Nom soit glorifié
Que ton Grand Nom soit glorifié et sanctifié dans le monde qu’il a créé selon sa volonté,
Et puisse-t-il établir son règne, faire fleurir son salut, et hâter le temps de ton Messie,
De votre vivant et de vos jours et des jours de toute la maison d’Israël,
Dès que possible et dites : amen !
Puisse son Grand Nom être béni à jamais et dans tous les temps des mondes,
Béni et loué et glorifié et exalté,
Et élevé et vénéré et élevé et loué soit le Nom du Saint, béni soit-il,
Au-dessus de toutes les bénédictions et cantiques et louanges et consolations
Proclamés dans le monde, et dites : amen !
Qu’une grande paix venant du Ciel, ainsi qu’une bonne vie, et la satiété, et le salut,
Et le réconfort et la sauvegarde, et la rédemption et le pardon et l’expiation,
Et le soulagement et la délivrance nous soient accordées à nous et à tout Israël,
Et dites : amen !
Que celui qui fait régner la paix dans les sphères célestes l’étende, dans sa miséricorde,
Parmi nous et dans tout Israël, et dites : amen !




Tous les bénir en leur confiant l’avenir !

Méditation du jeudi 31 janvier 2019. Nous prions pour notre envoyée à Haïti et nous poursuivons notre lecture du cycle de Joseph.

Source : Pixabay

 

Jacob convoqua ses fils et leur dit : « Réunissez-vous. Je vais vous annoncer ce qui vous arrivera dans l’avenir. Rassemblez-vous et écoutez, fils de Jacob, écoutez votre père Israël.

Toi, Ruben, tu es mon fils aîné, le premier que j’ai engendré quand j’étais plein de force. Tu surpasses tes frères en dignité et en puissance. Tu es un torrent impétueux. Pourtant tu ne seras plus le premier, car tu t’es déshonoré en entrant dans mon lit avec une de mes épouses.

Siméon et Lévi sont frères : ils s’accordent pour agir avec violence, Mais je ne participerai pas à leur complot, je n’assisterai pas à leurs rencontres, Car dans leur colère ils ont tué des hommes, et par plaisir ils ont mutilé des taureaux. Je maudis leur ardente colère et leur fureur impitoyable. Je disperserai leurs descendants en Israël, je les éparpillerai dans tout le pays.

Juda, tes frères chanteront tes louanges. Tu forceras tes ennemis à courber la nuque, et tes propres frères s’inclineront devant toi. Juda, mon fils, tu es comme un jeune lion qui a dévoré sa proie et regagne son repaire. Le lion s’accroupit, se couche. Qui pourrait le forcer à se lever ? Le sceptre royal demeurera dans la famille de Juda, le bâton des chefs restera aux mains de ses descendants, jusqu’à ce que vienne son vrai possesseur celui à qui les peuples seront soumis. La vigne alors sera si répandue qu’il se permettra d’y attacher son âne. Il lavera son vêtement dans le vin, son manteau dans le sang des raisins. Le vin avivera l’éclat de ses yeux et le lait la blancheur de ses dents. Zabulon s’installera au bord de la mer, là où les bateaux trouveront un port. Son territoire s’étendra jusqu’à Sidon.

Issakar est un âne robuste, établi au milieu de ses enclos. Il a vu que l’emplacement était bon, que le pays était agréable. Il a tendu son épaule pour porter des charges, il s’est soumis à un travail d’esclave.

Dan aura son peuple à gouverner, comme les autres tribus d’Israël. Dan est comme un serpent sur la route, une vipère au bord du chemin : le serpent mord les jarrets du cheval et le cavalier tombe à la renverse. Seigneur, j’espère que tu me sauveras !

Gad, attaqué par des pillards, contre-attaque et les poursuit.

Le pays d’Asser donnera d’abondantes récoltes, sa terre fournira des produits dignes d’un roi.

Neftali est une gazelle en liberté qui met au monde de beaux petits.

Joseph est une plante fertile qui pousse près d’une source. Ses branches passent par-dessus le mur. Des tireurs à l’arc l’ont exaspéré, ils ont lancé leurs flèches, ils l’ont harcelé. Mais il a tenu fermement son arc, ses bras et ses mains ont gardé leur agilité. Par la puissance du Dieu fort de Jacob, tu es devenu le berger, le rocher d’Israël. Par le Dieu de ton père, qui est ton secours, par le Dieu tout-puissant qui te bénit, reçois les bienfaits de la pluie qui descend du ciel, de l’eau qui monte des profondeurs du sol, de la fécondité des femmes et du bétail. Les bénédictions données par ton père surpassent les bienfaits des montagnes éternelles, les produits désirables des collines antiques. Que les bénédictions de son père descendent sur la tête de Joseph, sur celui qui est le chef de ses frères !

Benjamin est un loup féroce. Le matin il dévore une proie et le soir il partage le butin. »

À eux tous ils forment les douze tribus d’Israël. Telles sont les paroles que leur adressa leur père, quand il les bénit. À chacun il accorda une bénédiction particulière. Genèse, 49, 1-28

 


Amerlin Delinois, peintre Haïtien né en 1958


Qu’est-ce que bénir ? Jacob nomme chacun de ses fils pour leur ouvrir l’avenir. Mais il leur dit « leurs quatre vérités », ce qui pour certains, notamment les trois aînés, correspond à un jugement très sévère sur leur comportement. Donc bénir n’a rien à voir avec l’aveuglement et la grâce à bon marché. La bénédiction ne peut résonner que dans la vérité, même quand celle-ci est accablante. 

Cependant si elle s’accorde avec un jugement, elle ne peut porter condamnation, sans quoi ce serait une malédiction mortifère. Certes, Ruben n’aura pas la place et l’héritage liés à son statut d’aîné mais il vivra.  Siméon et Lévi seront dispersés parmi les tribus mais ils feront partie du peuple et la descendance de Lévi comptera de très grands noms de l’histoire d’Israël.

Ce qui ressort des bénédictions testamentaires de Jacob-Israël, c’est qu’il tient à exprimer les vocations singulières de ses fils Juda et Joseph. L’un porte le sceptre royal et engendrera la lignée messianique, dans laquelle s’inscrira Jésus de Nazareth. L‘autre, Joseph, est reconnu chef de ses frères et reçoit l’appui du Dieu de son père. Mais, peut-être encore plus important, Jacob fonde le rassemblement des frères, formant à eux 12 les tribus d’Israël, ce qui signifie la constitution et l’unité d’un peuple. 

Bénir, c’est ouvrir l’avenir à ceux qui nous succèdent, les inspirer et les encourager. Il fut un temps où les pères avaient droit de vie et de mort sur leurs enfants. En sauvant Ismaël dans le désert et Isaac sur le Mont Moriah, Dieu a rejeté à jamais le sacrifice des enfants et des jeunes générations au nom de l’honneur et du pouvoir des générations antérieures. Nous nous devons à ceux qui viennent !

Qu’en est-il dans nos différentes sociétés et cultures ? Bénissons-nous les nouvelles générations ? Leur faisons-nous confiance ?  Leur transmettons-nous nos trésors et nos forces, nos expériences et notre espérance, pour les aider à marcher vers l’avenir ? Ou les sacrifions-nous à nos chimères, à nos désirs de domination, ou à notre simple indifférence ?

 

 

Nous te remettons notre envoyée à Haïti et nous partageons cette prière pour la jeune génération.
 

Dieu de tendresse, nous t’offrons la jeunesse d’aujourd’hui
Pleine de vie et en quête de sens.
Que la lumière de ta grâce
Guide chacun de ces jeunes dans leurs défis de chaque jour.
Viens révéler à chaque jeune sa valeur,
Qu’il se sache aimé de Toi,
Et qu’il reconnaisse qu’il est apprécié
Par les adultes qu’il côtoie.
À ces jeunes, fais don de l’espérance pour qu’ils croient en demain,
Pour qu’ils aient confiance
En leur capacité de changer quelque chose dans le monde dès maintenant.
Accorde-leur le don de la joie
Pour qu’ils puissent célébrer la vie dans la vérité.
Et pour nous-mêmes, nous te demandons, Seigneur,
L’amour, la patience et la foi en la jeunesse.
Que notre regard, à la fois lucide et tendre,
Nous permette de saisir les talents de cette jeunesse.
Ainsi nous pourrons leur offrir des défis spirituels
À la mesure de leurs capacités et de leurs soifs.
Mais surtout, donne-nous le courage d’une conversion continuelle
Pour que nous soyons pour eux des témoins signifiants.
Nous te le demandons au nom de Jésus.
Amen.




Que transmettre avant de mourir ?

Après ces événements, on avertit Joseph que son père était malade. Il partit avec ses deux fils, Manassé et Éfraïm.

Lorsqu’on annonça à Jacob que son fils Joseph venait lui rendre visite, il fit un effort et s’assit sur son lit. Il dit à Joseph : « Le Dieu tout-puissant m’est apparu à Louz, au pays de Canaan et il m’a béni. Il m’a dit : «Je te donnerai de nombreux enfants pour faire de toi l’ancêtre d’un ensemble de peuples. J’accorderai ce pays à tes descendants en propriété définitive.» » Jacob ajouta : « Tes deux fils, nés en Égypte avant que je vienne t’y rejoindre, je les considère comme mes fils. Éfraïm et Manassé sont miens, comme Ruben et Siméon.

Mais les fils qui te naîtront après eux resteront les tiens. C’est dans le territoire de leurs frères aînés qu’ils recevront leur part d’héritage. En effet, lorsque je revenais de Mésopotamie, peu avant d’arriver à Éfrata, au pays de Canaan, ta mère Rachel est morte près de moi en cours de route. Je l’ai enterrée là, au bord de la route. » — Éfrata s’appelle maintenant Bethléem. —

À ce moment-là, Jacob aperçut les fils de Joseph et demanda : « Qui est-ce ? » — « Ce sont les fils que Dieu m’a donnés ici, en Égypte », répondit Joseph. Son père reprit : « Amène-les près de moi pour que je les bénisse. »

Jacob était si vieux que sa vue avait beaucoup baissé : il ne voyait plus grand-chose. Joseph fit approcher ses fils. Jacob les serra contre lui et les embrassa. Puis il dit à Joseph : « Je n’espérais plus revoir ton visage et voilà que Dieu me permet de voir même tes enfants. »  Alors Joseph retira ses fils qui étaient sur les genoux de son père et il s’inclina jusqu’à terre. Ensuite il prit ses deux fils par la main : Éfraïm, qu’il tenait à sa droite, se trouva à gauche de Jacob et Manassé, qu’il tenait à sa gauche, se trouva à droite de Jacob. Il les fit de nouveau approcher de leur grand-père. Mais Jacob croisa ses mains : il posa sa main droite sur la tête d’Éfraïm, bien qu’il fût le plus jeune, et sa main gauche sur la tête de Manassé, qui était l’aîné. Et voici la bénédiction qu’il donna à Joseph :

« Je prie le Dieu devant qui mon grand-père Abraham et mon père Isaac ont toujours vécu, le Dieu qui a pris soin de moi depuis toujours, l’ange qui m’a délivré de tout mal : je lui demande de bénir ces garçons.
Que grâce à eux, mon nom survive, comme ceux de mon grand-père Abraham et de mon père Isaac ! Qu’ils aient de très nombreux descendants partout dans le pays ! »

Joseph fut choqué de voir son père poser la main droite sur la tête d’Éfraïm ; il lui saisit la main pour la déplacer de la tête d’Éfraïm sur celle de Manassé, en disant : « Non, mon père, tu te trompes. C’est celui-ci l’aîné. Mets donc ta main droite sur sa tête. » Mais son père refusa et lui dit : « Je sais, mon fils, je sais. Les descendants de Manassé aussi deviendront un grand peuple. Pourtant son frère cadet sera plus grand que lui et ses descendants formeront une multitude de nations. »

Ce jour-là, il leur donna sa bénédiction en ces termes : « Les Israélites se serviront de vos noms pour prononcer des bénédictions. Ils diront : « Que Dieu te traite avec la bonté qu’il a montrée à Éfraïm et Manassé!» »

Ainsi, Jacob plaça Éfraïm avant Manassé. Il dit ensuite à Joseph : « Je vais bientôt mourir, mais Dieu sera avec vous et il vous ramènera dans le pays de vos ancêtres. Quant à moi, je t’attribue une part plus importante qu’à tes frères, je te donne la région de Sichem que j’ai conquise sur les Amorites grâce à mon épée et à mon arc. » Genèse 48

 


Des pas dans le sable – Source : Maxpixel

 

Que transmettre quand on sent la mort venir? Encore faut-il accepter sa simple condition de mortel, ce qui semble de plus en plus difficile dans les sociétés post-modernes.

En revanche, c’est la question de toute la fin du cycle de Joseph, quand Jacob-Israël, alors qu’il va mourir en Egypte, réaffirme l’alliance que Dieu a conclue avec Abraham et sa postérité, et qui concerne non seulement la constitution d’un peuple mais également le lieu d’existence de ce peuple: « Voici je vais mourir. Dieu sera avec vous et il vous ramènera au pays de vos pères ».

Au nom de cette transmission nécessaire, Jacob s’approprie les deux fils de son fils Joseph, les mettant au même niveau que ses propres fils, comme s’il tentait de réparer les effets de l’exil en les instituant ses héritiers directs. Alors se vit la scène de la bénédiction des deux fils. Jacob ne voit plus très clair, comme Isaac dans des circonstances similaires. Mais néanmoins conscient de ce qu’il fait, il croise les mains puis bénit le cadet Efraïm de sa main droite et l’aîné Manassé de sa main gauche. Il inverse donc l’ordre de priorité, comme ce fut le cas quand Jacob lui-même usurpa la bénédiction de son frère Esaü. Même si nous partageons le mécontentement de Joseph pour ce qui semble injuste et dangereux pour l’harmonie fraternelle, cette inversion ne relève pas de l’arbitraire mais de la reconnaissance de la vocation et de la mission de chacun dans l’avenir. Il est vrai que Manassé, dont le nom est construit sur la racine oubli semble plus tourné vers le passé, alors qu’Ephraïm suggère la fructification.

Mais tous deux reçoivent ensemble un surcroît de bénédiction, la promesse d’un très bel héritage et d’un retour sur la terre des pères.

Ce moment particulièrement intense de la transmission entre les générations nous interpelle tous, et en particulier si nous avons vécu ou vivons des situations d’exil ou de diaspora. Comment considérons-nous nos enfants? Avons-nous des regards différents sur les uns et sur les autres? Pouvons-nous les charger de retourner vers le pays que nous avons quitté et pour quelle mission?

 

 


Vue d’un escalier à Jéricho – Source : Maxpixel

 

Nous prions pour notre envoyée au Bénin, avec le psaume 85, proposé pour les célébrations de la semaine de l’unité des chrétiens.

Psaume du groupe de Coré, pris dans le livre du chef de chorale.

Seigneur, tu as montré ton amour pour ton pays, tu as rendu son ancienne situation au peuple de Jacob.
Tu as effacé les fautes de ton peuple, tu as pardonné tous ses péchés.
Tu as mis fin à ta colère, tu as abandonné ta violente colère.
Reviens vers nous, Dieu notre sauveur, ne nous en veuilles plus !
Est-ce que tu seras toujours furieux contre nous ?
Est-ce que ta colère nous frappera de génération en génération ?
Est-ce que tu ne reviendras pas nous rendre la vie, pour que ton peuple se réjouisse en toi ?
Seigneur, montre-nous ton amour, sauve-nous !
J’écoute ce que Dieu dit.
Le Seigneur promet la paix à son peuple, à ses amis fidèles.
Mais qu’ils ne reviennent pas à leur folie !
Le Seigneur sauvera bientôt ceux qui le respectent, et sa gloire habitera notre pays.
Amour et fidélité se rencontrent, justice et paix s’embrassent.
La fidélité monte de la terre et la justice descend du ciel.
Le Seigneur lui-même donne le bonheur, et notre pays donne ses récoltes.
La justice marche devant le Seigneur, elle prépare le chemin devant lui.




Le terrible exercice du pouvoir !

Méditation du jeudi 17 janvier 2019. Nous poursuivons notre lecture du cycle de Joseph et nous prions cette semaine pour nos envoyés en Égypte.

Joseph alla informer le Pharaon : « Mon père et mes frères, dit-il, sont arrivés du pays de Canaan, avec leurs moutons, leurs chèvres, leurs boeufs et tous leurs biens. Ils se trouvent actuellement dans la région de Gochen. »

Puis Joseph prit cinq de ses frères et les présenta au Pharaon. Celui-ci leur demanda : « Quel métier faites-vous ? » — « Majesté, répondirent-ils, nous sommes éleveurs de petit bétail, comme l’étaient nos ancêtres. La famine pèse si lourdement sur le pays de Canaan, qu’il n’y a plus de pâturages pour nos troupeaux. Nous sommes venus ici comme immigrés. Veuille nous accorder le droit de nous installer dans la région de Gochen.»

Le Pharaon dit à Joseph : « Maintenant que ton père et tes frères sont venus te rejoindre, toute l’Égypte est à ta disposition. Choisis le meilleur endroit du pays pour les y installer. Ils peuvent très bien séjourner dans la région de Gochen. Et si tu estimes qu’il y a parmi eux des hommes compétents, désigne-les comme responsables de mes propres troupeaux. »

Joseph amena aussi son père chez le Pharaon et le lui présenta.

Jacob salua respectueusement le Pharaon, et le roi lui demanda : « Quel est ton âge ? »

— « Il y a cent trente ans que je vais d’un pays à l’autre comme un étranger, répondit Jacob. Ma vie a passé vite, et j’ai connu des années difficiles. Je n’ai pas atteint l’âge de mes ancêtres, qui menaient pourtant la même existence que moi. » Jacob salua de nouveau le Pharaon et sortit du palais royal.

Joseph installa son père et ses frères dans le meilleur endroit d’Égypte, dans les environs de Ramsès, conformément à l’ordre du Pharaon. Il leur donna des terres en propriété. Il fournit des vivres à son père, à ses frères et à toutes leurs familles, selon le nombre des bouches à nourrir.

Joseph amassa tout l’argent d’Égypte et de Canaan avec lequel les gens lui achetaient du blé et il le fit déposer dans le palais du Pharaon.

Lorsqu’il n’y eut plus d’argent, ni en Égypte ni en Canaan, les Égyptiens vinrent dire à Joseph: « Donne-nous à manger. Faudrait-il que nous mourions sous tes yeux, parce que nous n’avons plus d’argent ? » — « Si vous n’avez plus d’argent, donnez-moi vos troupeaux, répondit Joseph, et moi, en échange, je vous donnerai à manger. » Ils amenèrent donc leurs troupeaux à Joseph qui leur procura de la nourriture en échange de leurs chevaux, moutons, chèvres, boeufs et ânes. Cette année-là il leur assura de quoi manger en échange de tout leur bétail.

Au bout d’une année, ils revinrent et dirent à Joseph : « Monsieur l’Administrateur, nous ne pouvons pas cacher que nous n’avons plus d’argent et que nos troupeaux t’appartiennent déjà. Nous n’avons plus rien d’autre à te proposer que nos personnes et nos terres. Faudrait-il que nous mourions sous tes yeux et que nos terres soient abandonnées ? Achète-nous avec nos terres, et fournis-nous de quoi manger. Nous serons, nous et nos terres, au service du Pharaon. Nous ne tenons pas à mourir. Procure-nous des semences pour que nous puissions survivre et que les terres ne soient pas réduites en désert. »

Joseph acheta toutes les terres d’Égypte pour le compte du Pharaon, parce que la famine s’était aggravée et que chaque Égyptien vendait son champ. De cette manière, le pays tout entier devint la propriété du Pharaon et Joseph réduisit le peuple en esclavage d’un bout à l’autre du pays. Les seules terres que Joseph n’acheta pas furent celles des prêtres, parce qu’il existait un décret du Pharaon en leur faveur. En effet, ils vivaient de ce que le Pharaon leur attribuait, c’est pourquoi ils n’eurent pas à vendre leurs terres.

Joseph s’adressa au peuple : « Maintenant que je vous ai achetés, vous et vos terres, pour le compte du Pharaon, je vais vous procurer du blé à semer dans les champs. Mais au moment de la moisson, vous donnerez un cinquième des récoltes au Pharaon. Les quatre autres cinquièmes vous appartiendront. Vous vous en servirez pour ensemencer les champs et pour vous nourrir, vous, vos enfants et tous ceux qui habitent dans vos maisons. »

Ils répondirent : « Tu nous sauves la vie. Puisque tu nous manifestes ta bienveillance, nous acceptons d’être les esclaves du Pharaon. » C’est ainsi que Joseph promulgua une loi, qui est encore en vigueur aujourd’hui : en Égypte, un cinquième des récoltes revient au Pharaon. Seules les terres des prêtres ne devinrent pas la propriété du Pharaon.

Les Israélites s’étaient établis en Égypte, dans la région de Gochen. Ils y acquirent des propriétés, eurent des enfants et devinrent très nombreux. Jacob vécut dix-sept ans en Égypte. La durée de sa vie fut de cent quarante-sept ans.

Lorsque Jacob sentit la mort venir, il appela son fils Joseph et lui dit : « Si tu as de l’affection pour moi, montre-moi ton amour et ta fidélité : ne m’enterre pas en Égypte. Promets-le-moi en mettant ta main sous ma cuisse. Quand je serai mort, tu emporteras mon corps d’Égypte et tu iras le déposer dans le tombeau de mes ancêtres. » — « Je ferai ce que tu m’as demandé », répondit Joseph. Jacob insista : « Jure-le-moi ». Joseph le lui jura. Alors Jacob le remercia en s’inclinant profondément à la tête de son lit. Genèse 47,1-31

 


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Jacob est descendu en Égypte avec toute sa famille et ses biens. C’est avec une profonde émotion qu’il a retrouvé son fils Joseph. Celui-ci, sur la proposition de Pharaon, fait le projet d’installer les siens dans une région prospère du pays, à part des égyptiens, qui n’ont aucune sympathie pour les peuples bergers.

Mais cette installation, heureuse pour les réfugiés, coïncide avec une période terrible pour l’Égypte. La sécheresse et le manque règnent encore sur le pays, et les habitants, qui ont épuisé leurs économies, sont obligés de se séparer de leurs biens, puis d’entrer en servitude, pour simplement se nourrir et survivre.

Ainsi Joseph, ministre plénipotentiaire de Pharaon, assume un rôle dangereusement paradoxal. Il sauve les égyptiens de la famine mais fait peser sur eux la dure main de Pharaon, tout en limitant les futures redevances à 1/5 des récoltes. Et avec l’accord de Pharaon il sauve sa famille, mais, en lui donnant une position privilégiée, il risque fort, si la crise alimentaire s’aggrave, de l’offrir un jour en pâture à la vindicte du peuple égyptien. Car de tout temps les épreuves collectives favorisent la désignation d’un bouc émissaire.
Une double question est posée aux hébreux : quels liens gardent-ils ou non avec la terre que Dieu leur a donnée, et avec l’identité de « Jacob-Israël » que Dieu leur a conférée ? Il semblerait qu’il y ait sur ces questions une divergence entre Joseph et son père Jacob. 

Joseph a prospéré en exil ; il a épousé une femme égyptienne, dont il a eu deux fils auxquels il a donné des noms hébraïques. Joseph assume une double-identité, et aujourd’hui il ne désire qu’une chose : garder son père et sa famille près de lui, à l’abri. Mais Joseph n’a pas vraiment pensé aux modalités de leur intégration : peuple résidant à part, adorant son propre Dieu, avec des occupations et responsabilités spécifiques de pasteurs, y compris pour le compte de Pharaon, quelle sera la relation de ce peuple avec le peuple égyptien ?

Jacob, pour sa part, est conscient que les choses sont moins simples qu’il n’y paraît. Il est dépositaire de la promesse et ne peut rompre la chaîne de transmission qui lui vient d’Abraham. C’est pourquoi, s’il accepte de demeurer en Égypte pour le moment, il demande à Joseph qu’à sa mort, ses ossements soient emportés dans le tombeau de ses pères.

Les questions soulevées par ce récit sont fondamentales pour tous, mais les peuples en exil les incarnent de manière plus évidente. Il en va de l’identité de l’être humain – identité personnelle et collective. Qui sommes-nous ? Qu’est-ce que l’identité ? Notre identité est-elle liée à une terre, un pays  ? Devons-nous garder l’identité de ceux qui nous ont précédés ? Ou au contraire devons-nous accepter de nouveaux enracinements liés à de nouveaux contextes et conditions de vie ? Et si nous sommes exilés, devons-nous, pouvons-nous, « rentrer au pays » ?

Les réponses ne seront pas les mêmes pour tous, mais une chose est sûre, ici comme là-bas le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Joseph, de Moïse, de Jésus-Christ reste Dieu et Père pour nous, il ne nous abandonne pas et nous appelle à son service.

 

 


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Nous prions pour nos envoyés en Égypte.

Dieu, qui dans ta providence, dès le commencement du monde,
As prescrit à la terre de produire l’herbe et des fruits de toute sorte,
Toi qui donnes au semeur la semence et le pain pour la nourriture,
Nous t’en prions:
Permets que cette terre, enrichie par ta largesse et cultivée par le travail humain,
Produise du fruit en abondance
Pour que les peuples se réjouissent des biens que tu leur accordes,
Et qu’ils te rendent grâce ici et dans l’éternité.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

Livre des Bénédictions (1986), Conférence des évêques catholiques du Canada