«Vivre ensemble»




Que vivent toutes nos langues !

Méditation du jeudi 6 juin 2019. Nous prions pour nos envoyés en Egypte et au Burkina-Faso.

© Maxpixel

Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous ensemble.

Tout à coup il y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle d’un violent coup de vent : la maison où ils se tenaient en fut toute remplie.

Alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s’en posa sur chacun d’eux. Ils furent tous remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler d’autres langues, comme l’Esprit leur donnait de s’exprimer.

Or, à Jérusalem, résidaient des Juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel. A la rumeur qui se répandait, la foule se rassembla et se trouvait en plein désarroi, car chacun les entendait parler sa propre langue.

Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Tous ces gens qui parlent ne sont-ils pas des Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ?

Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Egypte et de la Libye cyrénaïque, ceux de Rome en résidence ici, tous, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons annoncer dans nos langues les merveilles de Dieu. » Ils étaient tous déconcertés, et dans leur perplexité ils se disaient les uns aux autres : « Qu’est-ce que cela veut dire ? »

D’autres s’esclaffaient : « Ils sont pleins de vin doux. » Actes 2,1-11

La Pentecôte vue dans l’iconographie orthodoxe : monastère Saint Tikhon, Pennsylvanie © Maxpixel

Réunis pour célébrer le don de la Torah à Moïse sur le Mont Sinaï, les disciples vont bénéficier d’un nouveau don, annoncé par Jésus : celui de l’Esprit Saint. Celui-ci est mentionné plusieurs fois dans l’Ancien Testament ; il est comme un souffle, un vent, porteur de la Parole de Dieu. Au moment du baptême de Jésus il s’est manifesté sous forme de colombe. Aux disciples il va octroyer, de manière miraculeuse, le charisme des langues.

En notre époque polyglotte, cela peut suggérer de belles prouesses en matière de traduction et de communication. Et rapporté à l’histoire biblique, on pourrait le comprendre comme une sorte de remède apporté à la confusion de Babel, quand les humains, après avoir parlé une seule langue, furent dispersés à la fois géographiquement et linguistiquement.

En tout cas, cela montre que Dieu a le souci de se faire comprendre de manière intelligible à tous les humains de la terre, dans leurs langues et leurs cultures. Le parler en langue ne saurait se réduire à un langage inspiré mais sans mots chargés de signification. Dans l’épître aux Corinthiens Paul écrit : « Et maintenant de quelle utilité vous serais-je, frères, si je venais à parler en langues et si je ne vous parlais pas par révélation ou par connaissance, ou par prophétie, ou par doctrine ? »1 Co 1,14

Mais une autre précision s’impose. Quand les apôtres proclament l’évangile, « chacun les entend dans sa langue maternelle ». La seule compréhension du point de vue de l’intellect ne suffit pas. La langue maternelle signifie la langue du cœur, la langue des premiers jours de la vie, la langue familiale et familière, quotidienne et poétique, de l’enfance à l’âge adulte.

Si de si nombreuses personnes présentes à Jérusalem ont vraiment accueilli le message des apôtres de Jésus, c’est parce que ce message les a rejoints et touchés dans leur intimité, dans leur existence, dans leurs affections, dans leurs douleurs, dans leurs questions. Ce message est un message de vie et pour la vie.

De cette émotion première, si intime et si universelle à la fois, est née l’Église, visible et invisible !

 

 

Nous prions pour nos envoyés en Égypte et au Burkina–Faso et nous confessons notre foi avec cette confession de l’Église évangélique du Cameroun.

Mes frères, Jésus-Christ est la source et le but de la vie.
Gloire à Jésus-Christ, c’est le seul qui nous donne la vie.
Avec sa force, l’homme a voulu imposer l’amour.
Pourtant Jésus-Christ est le seul qui nous donne d’aimer.
Avec sa force, l’homme a voulu imposer sa joie.
Pourtant Jésus-Christ est le seul qui nous donne la joie.
Avec sa force, l’homme a voulu imposer la paix.
Pourtant Jésus-Christ est le seul qui nous donne la paix.
Avec sa force, l’homme a voulu imposer l’espoir.
Pourtant Jésus-Christ est le seul qui nous donne l’espoir.
Avec sa force, l’homme a voulu imposer l’honneur.
Pourtant Jésus-Christ est le seul à qui rendre l’honneur.

Église évangélique du Cameroun




Au menu de Perspectives Missionnaires : Églises et replis identitaires

Ce numéro 77 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, est exceptionnel à plus d’un titre : il présente les actes du forum Églises et replis identitaires : pourquoi sortir de l’entre-soi ? qui avait été organisé fin novembre 2018 à la Maison du protestantisme, à Paris. Une rencontre à la qualité unanimement saluée, qui avait donné lieu à des éclairages sociologiques des plus stimulants comme ceux apportés par Jean-Paul Willaime, Yannick Fer ou Frédéric de Coninck, des aperçus des Églises et des communautés en recomposition dans une société devenue plus mobile avec Joseph Kabongo ou Bernard Coyault, des questionnements sur la possibilité d’un témoignage chrétien partagé avec Élisabeth Parmentier… Pour vous inciter à en savoir plus, nous vous livrons ici l’article de synthèse de Frédéric Rognon, professeur de philosophie à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg.
Ce film de Sonia Mussier a été projeté le 23 novembre par Jean-Luc Mouton au premier jour du forum de la revue Perspectives Missionnaires sur le thème « Églises et replis identitaires : pourquoi sortir de l’entre-soi ? » Réalisation : Campus Protestant.

Vouloir faire une synthèse de notre Forum tiendrait de la gageure, voir de la présomption. Car on ne synthétise pas une telle rencontre, qui s’est avérée d’une telle richesse ; on ne la conclut même pas. Je me contenterai donc d’exprimer quelques réflexions, plus ou moins subjectives, qui me sont venues au fil des interventions, ainsi que quelques pistes de résolution et d’action à emporter : quelques munitions pour la route.
Je procèderai en trois temps : tout d’abord, j’interrogerai le titre du Forum, et l’orientation qu’il signifie pour notre rencontre; dans un second temps, je reprendrai divers éléments d’une grille d’analyse, à travers cinq paradigmes ; et enfin, dans un troisième temps, je proposerai quelques axes d’engagement, à travers sept défis à relever.

Le titre du Forum

Notre rencontre était un « Forum ». Ce terme se voulait sans doute moins académique que celui de « Colloque » : nous étions en effet à l’interface de la sphère universitaire et de la sphère ecclésiale. Dans la Rome antique, le forum était une place publique où s’opéraient des échanges : des échanges d’abord langagiers, puis commerciaux, politiques, intellectuels et religieux. Notre rencontre était bien, à ce titre, un forum, en raison de son caractère interdisciplinaire et interactif : il ne s’agissait pas d’une succession d’enseignements magistraux, mais d’une circulation de la parole à l’occasion de communications, de débats, de travaux de groupe, de post-it, et de conversations informelles et conviviales. Plus encore, notre rencontre était un forum parce qu’elle était un événement performatif : consacrée à une réflexion sur la sortie de l’entre-soi, elle a cherché à effectuer, par son geste même, cette sortie, et donc à mettre en œuvre ce dont on parlait. La diversité du public que nous constituions a été soulignée dès l’ouverture du Forum par Marc Frédéric Muller ; nous étions représentatifs de ce protestantisme multicolore dont parlait François Clavairoly dans la même ouverture. Ne soyons cependant pas dupes : notre diversité était loin d’être infinie, et nous sommes un peu, et peut-être même un peu beaucoup, restés dans l’entre-soi, dans ce microcosme protestant qui, même lorsqu’il est rassemblé dans toute sa diversité comme ici, ne représente lui-même qu’une mini-minorité de la population de notre pays. L’important est d’en être conscient.

J’interrogerai maintenant le titre du Forum lui-même : « Les Églises aux prises avec les replis identitaires et culturels ». Pourquoi avoir privilégié cette version négative de la réalité ? On aurait pu intituler le Forum : « Les Églises entre ouverture et repli ». Ce titre aurait d’ailleurs été plus conforme au contenu de la rencontre, car une telle ambivalence a été au cœur de nos débats. Quant au sous-titre choisi : « Pourquoi sortir de l’entre-soi ? », il s’agit d’une question rhétorique. Pourquoi avoir posé la question : « Pourquoi ? » et non pas : « Comment ? » Ou pourquoi pas : « Pourquoi et comment ? »

L’entre-soi est en effet une expression connotée, foncièrement dépréciative. Il renvoie à une situation dont il faut sortir, à une posture dont il faut se déprendre, surtout si l’on est chrétien. Jean-Paul Willaime a même dit que l’entre-soi était mortifère. La réponse à la question : « Pourquoi ? » est donc évidente : parce que c’est tout l’Évangile qui nous invite à sortir de l’entre-soi. Et pourtant, la question reste posée du fait de la réalité de nos Églises, qui ressemblent souvent, comme le dit Fritz Lienhard (1), à des clubs d’affinités électives : pour être admis au club des luthéro-réformés, il faut faire preuve d’amour pour les psaumes du XVIe siècle, d’aptitude à assimiler un discours hautement intellectuel, et même d’une capacité physique à rester assis sur un banc inconfortable pendant une bonne demi-heure sans s’agiter (2)… ; quant aux Églises Mosaïc, elles exigent la maîtrise de certaines langues et de certains langages (y compris de langages non-verbaux), de certains codes et d’un certain rapport à la temporalité, l’adhésion à certaines valeurs, à un habitus et à un ethos, et une capacité à la mobilisation corporelle. Comme l’a bien montré Yannick Fer, le repli sur soi se manifeste aux deux bouts de l’échelle sociale.

L’entre-soi est donc une tentation pour toutes nos Églises. C’est même la tentation par excellence, puisque Claude Lévi-Strauss, dans les dernières lignes de sa fameuse thèse, Les structures élémentaires de la parenté (3), fait de la sortie de l’entre-soi, par le langage, par l’interdit de l’inceste et par l’exogamie que celui-ci impose, par les échanges de toutes sortes, la condition même de l’humanisation, de l’entrée en humanité : une sortie comme condition d’entrée ! Rappelons que pour Lévi-Strauss, il y a trois types fondamentaux d’échanges : l’échange des paroles, l’échange des objets, et l’échange des femmes. Or, Florence Taubmann nous a invités à faire en sorte que nos enfants se marient entre eux, pour établir des ponts entre nos Églises… ! Plus sérieusement, Marie Kim a témoigné des passerelles construites entre la Corée et la France, et entre Paris et Nantes. Il y a mille et une manières de sortir de l’entre-soi.


L’affiche du forum © Perspectives Missionnaires

Une grille d’analyse

Je me propose donc à présent de dégager cinq paradigmes analytiques qui ont constitué une grille de lecture de la réalité de nos Églises au cours de ce Forum.

Le premier paradigme est une clarification conceptuelle. Il s’agit de distinguer d’emblée « pluralité » et « pluralisme », « multiculturalité » et « multiculturalisme » : le fait et l’interprétation positive du fait. Jean-Paul Willaime nous y a, à juste titre, invités. Constater le fait permet en effet d’ouvrir à l’ambivalence du phénomène, qui est toujours à la fois un risque et une opportunité, au lieu d’y appliquer un jugement normatif ou idéologique. Mais franchissons un pas de plus.

Comment désigner ces Églises plurielles ? La tension entre les deux pôles d’autochtonie et d’allochtonie est-elle pertinente ? Bernard Coyault a soulevé le problème des connotations du vocable d’« autochtone », et des caricatures mutuelles qui s’en nourrissaient. Le « sang chaud » et l’« intensité du croire » avancés par Régis Debray s’avèrent être des présupposés doublement délétères : d’une part, parce qu’ils prêtent le flanc à une posture essentialiste et, d’autre part, parce que s’il y a intensité, c’est peut-être celle de l’expressivité, mais comment juger du niveau de la croyance ? Dans son second film, Jean-Luc Mouton a pointé les difficultés posées par la réception de ces images par les communautés concernées, lorsqu’on les désigne comme des Églises « issues de l’immigration » ; Pamela Millet y a dénoncé la stigmatisation qui est afférente à ces expressions. Il serait donc hautement préférable de prendre acte de la porosité des limites entre le soi et l’autre, et sortir de la dualité en affirmant que nous sommes tous dans la « Mosaïc » : personne n’est en dehors, chacun est une pièce du puzzle, sans quoi il n’y a plus, à proprement parler, de mosaïque.

Le second paradigme consiste à décrypter les effets de la globalisation, en y discernant une insigne ambivalence. On relève en effet deux effets inverses : d’une part, la circulation plus ou moins libre des personnes, les échanges d’idées, le foisonnement des ressources symboliques et spirituelles, la pluralisation des formes d’expression de la foi, produisent une ouverture à l’autre et un apprentissage de la tolérance ; d’autre part, cependant, les mêmes facteurs, et leurs premières conséquences, produisent des crispations identitaires, des replis confessionnels, des idéologies populistes. François Clavairoly a même parlé, non sans s’excuser de la formule, de populismes confessionnels et de souverainismes ecclésiaux. Ces deux effets inversés peuvent être simultanés ou successifs, chacun des deux nourrissant l’autre, dans une dialectique entre deux pôles en tension. Une expression est revenue à plusieurs reprises au cours du Forum : « L’universel, c’est le local sans les murs » ; il s’agit d’une version optimiste de ce qui nous arrive, qui peut évoquer à la fois la fameuse formule de Jacques Ellul : « Penser globalement, agir localement », et le concept plus récent de « glocal », pour articuler l’ouverture large au monde et l’enracinement en un terreau vivifiant.

Le troisième paradigme relève de l’analyse critique de la situation présente dans nos Églises. Il s’agit de prendre conscience du sort réservé aux chrétiens issus de l’immigration. Yannick Fer a parlé d’une intégration inégale, qui combine à la fois inclusion sociale et maintien des inégalités. Les immigrés sont des invités bienvenus, mais ne seront, et ne se sentiront, jamais chez eux. Les stéréotypes nourrissent des discours sur les autres qui contribuent à reproduire des rapports sociaux de domination. Georges Michel a annoncé que la nouvelle formule du Projet Mosaïc fera la promotion d’une conception de rapports entre Églises à parité, plutôt que celle de l’intégration, qui sous-tend la vision française d’une subordination d’Églises-filles envers des Églises-mères. Cette perspective ne peut que rappeler la vision de la Cevaa, ré-énoncée par Martin Burkhard.

Le quatrième paradigme est d’ordre biblico-théologique. Cette dimension a sans doute été trop discrète au cours du Forum, générant une frustration qu’expriment plusieurs post-it et rapports de groupes. Le motif scripturaire qui vient le plus immédiatement à l’esprit est celui de la tension entre Babel et la Pentecôte (4) : Babel évoque la pluralité de langues et de cultures comme vecteurs d’incompréhension, tandis que la Pentecôte signifie le dépassement des clivages sociaux, culturels et linguistiques, par l’Esprit d’amour. Nous sommes donc invités à toujours parcourir à nouveau le chemin qui va de Babel à la Pentecôte.
Joseph Kabongo nous a rappelé que la multiculturalité était déjà la situation des premières Églises. On pourrait citer l’incident d’Antioche, relaté par Paul en Galates 2, en tension avec la fameuse formule du même Paul en Galates 3, 28 : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec » ; Gabriel Amisi nous a dit que cette dernière expression était le mot d’ordre du travail auprès des demandeurs d’asile à Genève. Un dernier passage biblique peut être mentionné : Philippiens 3, 5-9, pour étudier le sens évangélique de l’identité : Paul se dit « de la tribu de Benjamin, Hébreu né d’Hébreux, quant à la loi pharisien… » (on pourrait actualiser en : « parisien »…), mais tout cela ne représente pour lui que « de la boue » depuis qu’il sait qu’il est « en Christ », et que c’est en lui que se situe sa véritable identité. Notre identité nous précède donc puisque Jésus-Christ nous précède. Jean-Marie Tjibaou, qui, outre le fait d’être un leader indépendantiste et un promoteur de la culture kanak, était un ancien prêtre, disait : « Notre identité est devant nous ».

Enfin, le cinquième paradigme est la prise de conscience, très nette tout au long de notre Forum, de la nécessité de formations à l’interculturalité. Joseph Kabongo a mentionné une nécessaire formation théologique, les travaux de groupes une formation à l’accueil, Elisabeth Parmentier une formation à la médiation interculturelle (où nous apprendrons les uns avec les autres, dans un échange de dons), et Jean-François Zorn une formation au dialogue.

Ce point décisif m’offre une transition toute trouvée avec les axes d’engagement.

Deux intervenants lors du forum : Jean-François Zorn (à gauche) et Jean-Paul Willaime (à droite) © Défap

Des axes d’engagement

Je présenterai donc sept défis, et sept pistes qui peuvent constituer une feuille de route pour chacun de nous. Il a été à plusieurs reprises question d’« horizon », notamment avec Elisabeth Parmentier. Une feuille de route est une boussole qui indique un horizon. Or, on sait bien que lorsque nous marchons ou roulons dans la campagne, l’horizon ne fait que reculer au fur et à mesure de notre avancée : nous n’atteindrons jamais l’horizon, du moins sur cette terre. Cependant, quand nous faisons de la haute montagne, l’horizon se rapproche, puis éclate à nouveau une fois parvenus au sommet. Il n’est pas sans intérêt de souligner l’analogie : l’horizon est plus proche lorsque l’on s’élève, sans pour autant être jamais à portée de main.

Le premier axe pourrait se formuler ainsi : redécouvrir la vertu de l’écoute. Michel Durussel, lors du moment de recueillement, a mentionné dans la confession de foi sa confiance en « une Église qui écoute avant de parler ». Lorsqu’en 1902, le missionnaire Maurice Leenhardt est arrivé en Nouvelle Calédonie, son père lui a écrit en l’exhortant à écouter : « Bien sûr, le missionnaire est envoyé pour proclamer l’Évangile, de même que le pasteur est l’homme ou la femme de la parole ; mais écoute d’abord ! » Et lorsqu’il revient en France, en 1926, après un quart de siècle d’apostolat, au cours des journées missionnaires dans les paroisses, destinées à récolter des fonds pour soutenir la mission, on lui demande : « Alors, monsieur le pasteur, combien de conversions avez-vous obtenues ? » La plupart des missionnaires de retour ou en congé racontaient des histoires édifiantes de conversions par milliers, ce qui impressionnait les membres des paroisses et suscitait leur générosité. Maurice Leenhardt, pour sa part, réfléchissait un moment avant de répondre : « Combien de conversions en vingt-cinq ans de mission ? Peut-être une seule : la mienne ! » Ce discours était financièrement moins rentable, mais plus honnête : pour Maurice Leenhardt, le missionnaire était tenu d’écouter d’abord, et de se convertir lui-même… (5) Il était ainsi un précurseur de ce principe de la « mission de partout vers partout », dont Martin Burkhard nous a dit qu’il définissait la Cevaa.

Le second axe consiste à se garder de toute stigmatisation, y compris inconsciente. Car elle peut prendre l’aspect très subtil de la « violence symbolique » analysée par Pierre Bourdieu (6). Le premier film de Jean-Luc Mouton a bien montré les difficultés à tourner des images dans certaines Églises par crainte de la stigmatisation. Il s’agit donc de travailler sur les stéréotypes et les préjugés que nous véhiculons, tout en assumant son ethnocentrisme : celui-ci est en effet paradoxalement universel (il est universel de porter sur le monde un regard non-universel, c’est-à-dire une perspective située, orientée). La meilleure façon de déconstruire nos propres ethnotypes est encore de les verbaliser.

Un troisième axe d’engagement revient à aller à la rencontre de l’autre pour devenir pleinement soi-même. Tel a été le propos de Frédéric de Coninck, par référence à Paul Ricœur : dans Soi-même comme un autre (7), Ricœur montre combien notre identité est plurielle, et que l’on peut découvrir l’altérité en soi et se retrouver en l’autre. Nous partons ainsi à la rencontre de notre « monde commun ». Ainsi, par exemple, il est vain de se contenter d’internet comme expérience de l’altérité : c’est le contact direct, l’hospitalité mutuelle, qui conduisent à discerner et à tracer un « monde commun ».

Claude Lévi-Strauss a recours à une métaphore suggestive pour décrire la diversité culturelle (8) : l’ensemble des cultures du monde sont comme un jeu de cartes. Il y a cinquante-quatre cartes : c’est notre monde commun. Mais à partir de là, nous pouvons jouer des parties en très grand nombre, et cependant en nombre non infini. Un certain nombre d’invariants universels nous relient donc en une commune humanité.

Une quatrième piste consiste à prendre acte des conflits générés par les relations interculturelles. Jean-Claude Girondin a clairement mis ce point en exergue. Mais on peut franchir un pas de plus, décrypter aussi la fécondité du conflit. Le récit d’Actes 6, 1-6 montre bien que le conflit, y compris le conflit interculturel ou éthique, peut servir de signal d’alarme pour indiquer un dysfonctionnement, qui de ce fait peut être surmonté pour une croissance personnelle et communautaire. Anne Zell en a donné un exemple actuel, qui prouve que l’on peut vivre ensemble dans le dissensus.

Un cinquième axe d’engagement revient tout simplement (mais est-ce si simple ?) à entrer en dialogue. Le mot « dialogue » ne signifie nullement, contrairement à ce que l’on croit souvent, « conversation à deux », car le grec « dia- » ne veut pas dire « deux » mais « à travers ». Le dialogue signifie donc « parole – à travers », c’est-à-dire « circulation de la parole ». Il suppose alternance d’écoute et de parole, et non enseignement péremptoire ou magistral : il s’agit au contraire d’une posture d’humilité qui exclut tout surplomb comme toute condescendance, et qui va jusqu’à se mettre à l’école de l’autre. Jean-Claude Girondin a cité la fameuse formule d’Édouard Glissant : « Quand on échange, on change » ; l’expression a été reprise par d’autres, y compris sur les post-it et les rapports de groupe de partage. Jean Ravalitera a insisté sur le statut et le rôle de la langue dans la culture comme dans le culte. Cela peut évoquer le mouvement « La paix par les langues », qui prônait le multilinguisme comme garant de compréhension entre les peuples, et donc de relations pacifiques : apprendre la langue de l’autre, ainsi que son langage, c’est entrer dans son univers. Le dialogue n’a donc rien à faire avec la simple présence, qui peut n’être qu’une coexistence, voir une juxtaposition dans l’indifférence : le dialogue suppose la présence à l’autre, c’est-à-dire la sollicitude au sens de Paul Ricœur (9).

Un sixième axe d’engagement consiste à revisiter les sources de la communauté. Il a plus d’une fois été question de communauté, dans le sens d’« Église » ou dans celui d’« entité ethnique », au cours de ce Forum. Or, l’étymologie du mot « communauté », mise au jour par Roberto Esposito (10), s’avère fort instructive. Le vocable français vient du latin « cum – munus », qui signifie : « avec – une dette ». La communauté est donc l’assemblée de ceux qui se savent endettés : mutuellement endettés pour ce qui concerne l’endettement interne, et endettés vis-à-vis de la société globale pour ce qui concerne l’endettement externe. La communauté est donc, étymologiquement, le meilleur garde-fou contre l’entre-soi, et finalement contre le communautarisme. Or, si nous nous intéressons à la communauté chrétienne, nous savons que notre dette fondamentale nous a été remise en Jésus-Christ, afin que nous nous remettions mutuellement nos dettes secondaires ; quant à la dette envers la société, elle est rappelée lorsque nous disons que les chrétiens sont dans le monde sans être du monde (11), de ce monde peu aimable mais que Dieu a tant aimé (12). L’entre-soi est ici non seulement conjuré, mais transcendé par la mission des chrétiens envoyés dans le monde : hors les murs.

Enfin, le septième et dernier défi résonne comme un clin d’œil, passablement catastrophiste, mais à prendre au troisième degré. On connaît la formule d’André Malraux : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ». Il semblerait qu’il s’agisse d’une phrase apocryphe, mais peu importe. Jacques Ellul, avec sa verve corrosive et sa réputation de Cassandre, de prophète de malheur, s’était autorisé à subvertir la formule pour en faire ceci : « Le XXIe siècle sera religieux, et de, ce fait, il ne sera pas… » (13) À ses yeux, la religion porte en effet en elle un potentiel de violence et de destruction, car elle prétend détenir la vérité absolue. Et comme il y a plusieurs religions, et plusieurs confessions, et plusieurs manières de comprendre la vérité au sein d’une même confession, les conflits de l’avenir risquent d’être particulièrement dévastateurs. Ne faisons cependant pas trop vite d’Ellul une Cassandre : lui-même s’identifiait davantage à Jonas, qui, comme on le sait, prophétisait pour que ce qu’il annonçait n’arrivât pas.

Le défi qui est devant nous est donc de faire en sorte que cette prophétie ne se réalise pas, et ainsi de faire mentir Jacques Ellul, comme les Ninivites ont fait mentir Jonas. Il s’agit de faire de la pluralité religieuse une opportunité de rencontre, une ressource pour la reconnaissance mutuelle et pour l’harmonie sociale : un véritable « kaïros ». Et je terminerai à dessein mon propos par une parole catholique (au sens d’universel), celle de Michel Mallèvre : « Partageons l’émerveillement d’une relation vivante au Christ ».

Frédéric Rognon,
professeur de philosophie à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg

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1) Fritz Lienhard, La différenciation culturelle en Europe. Un défi pour les Églises, Lyon, Olivétan, 2017.
2) Ibid., p. 5-6.
3) Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté (1947), Paris / La Haye, Mouton et C°, 1966², p. 570.
4) « Vivre la diversité. L’Église dans une société multiculturelle », Cahiers de l’École Pastorale, hors-série n°13, 2011, p. 39, 41, 63-64.
5) Frédéric Rognon, Maurice Leenhardt : pour un « Destin commun » en Nouvelle Calédonie, Lyon, Olivétan, 2018.
6) Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard, 1982 ; Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1984 ; Langage et pouvoir symbolique, Paris, Seuil, 2001.
7) Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.
8) Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, Paris, Gallimard, 1987 (1952) (Folio essais).
9) Paul Ricœur, op. cit., p. 254-264
10) Roberto Esposito, Communitas. Origine et destin de la communauté, précédé de : Conloquium Jean-Luc Nancy, Traduit de l’italien par Nadine Le Lirzin, Paris, PUF (Les essais du Collège international de philosophie), 2000.
11) Jean 17, 14-18.
12) Jean 3, 16.
13) Jacques Ellul, La foi au prix du doute. « Encore quarante jours… » (1980), Paris, La Table Ronde (La petite Vermillon n°404), 2015³, p. 181.

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de trente-cinq ans Perspectives missionnaires, unique revue protestante de missiologie de langue française.
Née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires, elle s’est élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture oecuménique. Elle est actuellement gérée par une association indépendante et s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), et depuis fin 2017 la Cevaa.



Quand la violence jaillit comme un geyser !

Méditation du jeudi 30 mai 2019. Nous prions pour nos envoyés à Haïti et au Cameroun.

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Les membres du Conseil devinrent furieux en entendant ces paroles et ils grinçaient des dents de colère contre Étienne.

Mais lui, rempli du Saint-Esprit, regarda vers le ciel ; il vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Il dit : « Écoutez, je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Ils poussèrent alors de grands cris et se bouchèrent les oreilles. Ils se précipitèrent tous ensemble sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à lui jeter des pierres pour le tuer. Les témoins laissèrent leurs vêtements à la garde d’un jeune homme appelé Saul. Tandis qu’on lui jetait des pierres, Étienne priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! » Puis il tomba à genoux et cria avec force : « Seigneur, ne les tiens pas pour coupables de ce péché ! » Après avoir dit ces mots, il mourut.

Et Saul approuvait le meurtre d ‘ Étienne.

Le même jour commença une grande persécution contre l’Église de Jérusalem. Tous les croyants, excepté les apôtres, se dispersèrent dans les régions de Judée et de Samarie. Des hommes pieux enterrèrent Étienne et pleurèrent abondamment sur sa mort. Saul, lui, s’efforçait de détruire l’Église ; il allait de maison en maison, en arrachait les croyants, hommes et femmes, et les jetait en prison. Ceux qui avaient été dispersés parcouraient le pays en annonçant la Bonne Nouvelle. Actes 7,54-8,4

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Etienne a été ordonné diacre, avec 6 autres hommes. Même si le ministère diaconal est consacré au service, plutôt qu’à l’enseignement et à la prédication, l’exemple d’Etienne nous montre que le feu de l’Esprit dépasse les distinctions, car il vient de lui inspirer un grand enseignement sur l’histoire sainte et la personne de Jésus-Christ ! C’est un croyant fervent qu’on a entendu, passionné par le Christ, et qui s’identifie à lui jusqu’à donner sa vie pour l’évangile et en mourir comme lui, après avoir invoqué la miséricorde de Dieu sur ses bourreaux.

Mais qu’est-ce qui provoque la fureur des membres du conseil ? Et la haine de Saul envers les chrétiens ? Question essentielle, qui résonne toujours aujourd’hui dans nos vies. Qu’est-ce qui est capable d’éveiller chez l’humain une colère telle qu’il devient capable de tuer, au mépris de l’interdit de meurtre reçu du Décalogue ? Une institution qui prend peur pour elle-même peut devenir coercitive. Face à des personnes faisant preuve de liberté personnelle et de courage pour exprimer leur pensée, leur foi, l’institution réagit parfois de manière violente, pour les faire taire à n’importe quel prix. Mais une foule peut se montrer pire qu’une institution, aveugle et brutale contre un bouc émissaire.

Et Saul de Tarse ? Pourquoi approuve-t-il le meurtre d’Etienne ? Pourquoi participe-t-il à la persécution des chrétiens ? Est-il jaloux de cette passion qu’il ne comprend pas et qui deviendra bientôt la sienne ? Sa violence n’est pas du tout accordée à l’enseignement de son maître le pharisien Gamaliel, qui est un homme ouvert et respectueux des autres.

Tous nous devons être conscients de cette obscure capacité de violence qui est en nous, et qui peut chercher à se déployer, au moment où nous sommes touchés, contrariés, blessés dans nos intimes convictions, dans notre identité, ou bien entraînés dans la passion haineuse d’une foule. Ce n’est qu’en prenant conscience que nous pouvons lutter, par la prière, la réflexion, et l’action positive.

 

 

Nous prions pour nos envoyés à Haïti et au Cameroun.

“Dieu de Paix, écoute notre prière.”

Pour que nous puissions devenir un peuple de non-violence évangélique, demandant à Dieu de désarmer nos cœurs de la violence qui existe en nous que nous puissions être non-violents envers nous-mêmes et envers toute personne jusqu’à la fin de notre vie, nous prions :
“Dieu de Paix, écoute notre prière.”

Pour que nous puissions pratiquer la non-violence comme Jésus, arriver à comprendre et obéir à ses commandements de non-violence : « Remets ton glaive dans le fourreau », « Soyez miséricordieux comme Dieu » et « Aimez vos ennemis », nous prions :
“Dieu de Paix, écoute notre prière.”

Pour que nous puissions en arriver à connaître et à adorer Dieu comme un Dieu de paix et de non-violence qui « fait lever son soleil sur les bons et sur les mauvais, fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes », que nous puissions devenir des bâtisseurs de paix qui aident à en finir avec la guerre, à créer une culture de non-violence et ainsi accomplir notre vocation de fils et filles bien-aimés du Dieu de paix, nous prions :
“Dieu de Paix, écoute notre prière.”

Pour les Églises, qu’elles forment une communauté universelle qui témoigne de la non-violence évangélique, que jamais plus elles ne bénissent la violence ou ne justifient la guerre, qu’elles puissent soutenir et bénir les campagnes pour la justice et la paix et que toujours, elles enseignent, pratiquent et incarnent la non-violence de Jésus, nous prions :
“Dieu de Paix, écoute notre prière.”

Pour une fin à la guerre, à la pauvreté, à la famine, au racisme, au sexisme, aux exécutions, à la torture, à l’avortement, aux armes nucléaires, au réchauffement de la terre et à la violence de toutes sortes, nous prions :
“Dieu de Paix, écoute notre prière.”

Pour l’arrivée d’une nouvelle génération de bâtisseurs de paix, pour de nouveaux enseignants, des prophètes, apôtres, champions et saints de la non-violence évangélique, qui nous amèneront à rejeter la guerre et les armes nucléaires, à nous réconcilier les uns avec les autres et à créer une nouvelle culture de paix et de non-violence, nous prions :
“Dieu de Paix, écoute notre prière.”

Dieu de paix, merci d’écouter nos prières, celles que nous portons dans nos cœurs ainsi que les prières de l’humanité tout entière. Nous te les offrons au nom de Jésus, le non-violent. Amen.




La tête et le cœur




D’un concile à l’autre !

Méditation du jeudi 23 mai 2019. Nous prions pour nos envoyés aux Antilles et au Togo.

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Quelques hommes vinrent de Judée à Antioche et se mirent à donner aux frères cet enseignement : « Vous ne pouvez pas être sauvés si vous ne vous faites pas circoncire comme la loi de Moïse l’ordonne. » Paul et Barnabas les désapprouvèrent et eurent une violente discussion avec eux à ce sujet. On décida alors que Paul, Barnabas et quelques autres personnes d’Antioche iraient à Jérusalem pour parler de cette affaire avec les apôtres et les anciens. L’Église leur accorda donc l’aide nécessaire pour ce voyage. Ils traversèrent la Phénicie et la Samarie, en racontant comment les non-Juifs s’étaient tournés vers le Seigneur : cette nouvelle causait une grande joie à tous les frères. Quand ils arrivèrent à Jérusalem, ils furent accueillis par l’Église, les apôtres et les anciens, et ils leur racontèrent tout ce que Dieu avait réalisé par eux.
Mais quelques membres du parti des Pharisiens, qui étaient devenus croyants, intervinrent en disant : « Il faut circoncire les croyants non juifs et leur commander d’obéir à la loi de Moïse. » Les apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette question. Après une longue discussion, Pierre intervint et dit : « Frères, vous savez que Dieu m’a choisi parmi vous, il y a longtemps, pour que j’annonce la Bonne Nouvelle à ceux qui ne sont pas juifs, afin qu’ils l’entendent et qu’ils croient. Et Dieu, qui connaît le coeur des humains, a attesté qu’il les accueillait en leur donnant le Saint-Esprit aussi bien qu’à nous. Il n’a fait aucune différence entre eux et nous : il a purifié leur coeur parce qu’ils ont cru. Maintenant donc, pourquoi défiez-vous Dieu en voulant imposer aux croyants un fardeau que ni nos ancêtres ni nous-mêmes n’avons été capables de porter ? Nous croyons au contraire que nous sommes sauvés par la grâce du Seigneur Jésus, de la même manière qu’eux. »
Alors, toute l’assemblée garda le silence et l’on écouta Barnabas et Paul raconter tous les miracles et les prodiges que Dieu avait accomplis par eux chez les non-Juifs. Quand ils eurent fini de parler, Jacques prit la parole et dit : « Frères, écoutez-moi ! Simon a raconté comment Dieu a pris soin dès le début de ceux qui ne sont pas juifs pour choisir parmi eux un peuple qui lui appartienne. Et les paroles des prophètes s’accordent avec ce fait, car l’Écriture déclare :
« Après cela je reviendrai, dit le Seigneur, pour reconstruire la maison de David qui s’était écroulée, je relèverai ses ruines et je la redresserai.  Alors tous les autres humains chercheront le Seigneur,
oui, toutes les nations que j’ai appelées à être miennes.
Voilà ce que déclare le Seigneur, qui a fait connaître ses projets depuis longtemps. »
C’est pourquoi, ajouta Jacques, j’estime qu’on ne doit pas créer de difficultés à ceux, non juifs, qui se tournent vers Dieu. Mais écrivons-leur pour leur demander de ne pas manger de viandes impures provenant de sacrifices offerts aux idoles, de se garder de l’immoralité et de ne pas manger de la chair d’animaux étranglés ni de sang. Car, depuis les temps anciens, des hommes prêchent la loi de Moïse dans chaque ville et on la lit dans les synagogues à chaque sabbat. »
Alors les apôtres et les anciens, avec toute l’Église, décidèrent de choisir quelques-uns d’entre eux et de les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabas. Ils choisirent Jude, appelé aussi Barsabbas, et Silas, deux personnages qui avaient de l’autorité parmi les frères. Ils les chargèrent de porter la lettre suivante :
« Les apôtres et les anciens, vos frères, adressent leurs salutations aux frères d’origine non juive qui vivent à Antioche, en Syrie et en Cilicie. Nous avons appris que des gens venus de chez nous vous ont troublés et inquiétés par leurs paroles. Nous ne leur avions donné aucun ordre à ce sujet. C’est pourquoi, nous avons décidé à l’unanimité de choisir des délégués et de vous les envoyer. Ils accompagneront nos chers amis Barnabas et Paul qui ont risqué leur vie au service de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous vous envoyons donc Jude et Silas qui vous diront personnellement ce que nous écrivons ici. En effet, le Saint-Esprit et nous-mêmes avons décidé de ne vous imposer aucun fardeau en dehors des devoirs suivants qui sont indispensables : ne pas manger de viandes provenant de sacrifices offerts aux idoles ; ne pas manger de sang, ni de la chair d’animaux étranglés ; vous garder de l’immoralité. Vous agirez bien en évitant tout cela. Fraternellement à vous ! » Actes 15, 1-29

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Le fameux concile de Jérusalem décrit par l’évangéliste Luc, s’est tenu autour de l’année 50 de notre ère. Les « synodaux » ont dû aborder une question essentielle, touchant à la théologie fondamentale comme à la théologie pratique.
Les premiers disciples de Jésus, et la plupart des premiers croyants qui se sont réunis autour d’eux, étaient juifs et le sont restés. Ils ont continué à fréquenter le temple, à manger cacher, à observer le shabbat, car il n’y avait pour eux aucune contradiction entre leur judaïté et leur foi en Jésus le Messie. De plus, beaucoup de non-juifs gravitaient autour des synagogues, attirés par l’enseignement et la spiritualité juive, sans forcément faire le pas de la conversion et de l’intégration au peuple juif, d’ailleurs considérées comme non-nécessaires par le judaïsme. C’est auprès d’eux que le message de l’évangile a retenti avant de toucher un cercle plus large. Alors va se poser une nouvelle question : celle de l’intégration communautaire autour de la foi en Jésus le Christ. Les nouveaux-venus, non-juifs, doivent-ils, pour entrer dans la communauté, mener une vie juive, avec circoncision, cacherout, observance du shabbat et des fêtes? Ou la foi en Jésus-Christ suffit-elle ?
Le concile de Jérusalem, écoutant les témoignages et avis de Paul et Barnabas, reconnut la foi des non-juifs et prit une décision très mesurée sur le plan pratique, en les dispensant de règles jugées trop contraignantes, tout en donnant raison à Jacques sur l’interdiction de consommer des viandes sacrifiées aux idoles.
Mais, sur le plan de la théologie fondamentale, cette bonne décision allait conduire à relativiser complètement le sens de la vie juive, pour affirmer l’universalisaté de la foi chrétienne. Et se développerait la terrible idée que la Nouvelle Alliance avait absorbé la Première Alliance. Comme s’il était besoin de disqualifier le judaïsme pour valoriser le christianisme.
Depuis 70 ans les Eglises ont commencé à réviser leur théologie, et du côté catholique c’est un autre concile, celui de Vatican II, qui reconnut la valeur et la pérennité de l’Alliance de Dieu avec « nos frères aînés » dans la foi.

 

 

Nous prions avec nos envoyés aux Antilles et au Togo.

Notre Père

Que ton Nom retentisse si fort sur notre terre que nous reconnaissions ta présence parmi nous.
Que ton règne d’amour et de joie vienne réchauffer tes enfants pour déloger l’angoisse la souffrance et le péché.
Que ta volonté, qui s’est manifestée dans le Christ, se fasse aussi à travers nos efforts de justice, de partage et de paix.
Donne-nous aujourd’hui notre pain, notre part d’affection, notre part de force pour vivre et en répandre la Bonne Nouvelle.
Pardonne-nous nos offenses comme nous essayons aussi de pardonner les offenses de ceux qui nous blessent, nous ignorent ou ne savent pas nous aimer.
Ne nous abandonne pas dans la tentation du refus, de la passivité, de la facilité, de l’évasion.
Mais délivre-nous du mal qui s’incruste dans le monde et en nous-mêmes. Amen !




Devenir le prochain du prochain, le frère du frère !

Méditation du jeudi 16 mai 2019. Nous prions pour nos envoyés au Cameroun.

Ferdinand Hodler, peintre suisse 1853-1918

Un maître de la loi intervint alors. Pour tendre un piège à Jésus, il lui demanda : « Maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle ? » Jésus lui dit : « Qu’est-il écrit dans notre loi ? Qu’est-ce que tu y lis ? » L’homme répondit : « Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence. » Et aussi : « Tu dois aimer ton prochain comme toi-même. » Jésus lui dit alors : « Tu as bien répondu. Fais cela et tu vivras. » Mais le maître de la loi voulait justifier sa question. Il demanda donc à Jésus : « Qui est mon prochain ? » 

Jésus répondit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, lorsque des brigands l’attaquèrent, lui prirent tout ce qu’il avait, le battirent et s’en allèrent en le laissant à demi-mort. Il se trouva qu’un prêtre descendait cette route. Quand il vit l’homme, il passa de l’autre côté de la route et s’éloigna. De même, un lévite arriva à cet endroit, il vit l’homme, passa de l’autre côté de la route et s’éloigna. Mais un Samaritain, qui voyageait par là, arriva près du blessé. Quand il le vit, il en eut profondément pitié. Il s’en approcha encore plus, versa de l’huile et du vin sur ses blessures et les recouvrit de pansements. Puis il le plaça sur sa propre bête et le mena dans un hôtel, où il prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, les donna à l’hôtelier et lui dit : « Prends soin de cet homme ; lorsque je repasserai par ici, je te paierai moi-même ce que tu auras dépensé en plus pour lui. »

Jésus ajouta : « Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de l’homme attaqué par les brigands ? » 37 Le maître de la loi répondit : « Celui qui a été bon pour lui. » Jésus lui dit alors : « Va et fais de même. » Luc 10,25-37

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Voir ou ne pas voir, lequel d’entre nous ne s’est posé un jour la question dans les rues de nos villes ? Regarder ou ne pas regarder le corps, la silhouette, le visage de celle ou celui dont l’immobilité, en contraste avec notre propre mobilité, signale que quelque chose ne va pas, ou expose même une douleur, une misère, un besoin criant ? Alors, pris par le temps, ou par quelque justification autre, nous jetons un simple coup d’œil en passant, ou bien, la mine affairée, nous traversons tout simplement la route, comme le prêtre ou le lévite de la parabole. Et peut-être partageons-nous avec eux à ce moment-là une bonne dose, soit de mauvaise conscience, soit d’indifférence.

Le visage et la présence de l’autre ne nous appellent-t-il pas à autre chose ?

Suivons le samaritain : il voit et regarde l’homme blessé au bord de la route, il se laisse gagner par la compassion, s’approche, s’arrête, se penche, ouvre son bagage, y prend de l’huile, du vin et des pansements pour soigner le blessé. Il le hisse sur sa monture et le conduit jusqu’à un lieu de repos, continue de le soigner, puis devant partir il le confie à l’aubergiste en avançant de l’argent pour les soins et en annonçant qu’il va revenir.

Le Samaritain agit comme si – à ce moment-là, c’était la seule et unique chose au monde qu’il avait à faire. Est-il médecin pour avoir sur lui les ingrédients nécessaires ? Son voyage a-t-il ou non un but particulier ? Sans doute que si, puisqu’il s’absentera un temps du chevet du blessé. Tout cela resterait bien mystérieux si Jésus n’avait pour objectif de répondre à la question de son interlocuteur, et de lui enseigner, ainsi qu’à nous-mêmes, ce que signifie devenir le prochain de quelqu’un.

Quel merveilleux prochain que ce Samaritain qui, au-delà de l’émotion, comprend qu’il vit un appel, une vocation à « être » avant tout frère du frère, et que Dieu lui propose une mission humanisante, pour lui-même qui est debout comme pour celui qui est à terre. Mais aussi pour l’aubergiste dont il va requérir l’aide, même s’il le rémunère pour cela.

Cette histoire ne nous invite pas à une sorte d’héroïsme humanitaire, mais à un humanisme concret et quotidien. Celui que Jésus a incarné lors de ses allées et venues en Galilée et ailleurs, se laissant arrêter par tous ceux qui avaient besoin de lui pour qu’il les soigne.

Et quand il n’en pouvait plus, il se rendait à la montagne parler à son Père et le prier.

 

 

Nous prions pour nos envoyés au Cameroun

Seigneur Dieu
Quand autour de nous tout est désert
Quand le soir tombe et que la solitude nous guette
Viens nous nourrir de ton Pain et de ta Vie !

Quand nos mains sont vides et nos cœurs de même
Quand nous sommes perdus au plus profond de nos angoisses
Reste avec nous et restaure en nous la foi !

Tu as eu pitié de la foule et tu en as fait ton Eglise
Ton corps d’humanité, ta communauté réanimée
Tu l’as gardée près de Toi dans ta grâce et ta bonté
Tu l’as rassasiée au-delà de tout besoin
Transforme nos appétits futiles en nourriture de toi !

Quand le soir approche et que la nuit du doute
Nous laisse sans énergie et sans espoir de vie
Quand notre pain nous semble sans force et notre vie sans avenir
Que Ton Pain nous rende l’espérance et la confiance en l’avenir !
O Christ, quand tous nos amis, tes disciples, se découragent et nous lâchent

Quand la nuit épuise nos forces
Devant le trop grand nombre de nos échecs évidents
Que ta présence coule en nous comme la source d’un nouveau partage
À l’aube de chacun de nos jours ! Amen !

Prière d’après Mat 14,13-21




Plongeon dans le lac de Tibériade !

Méditation du jeudi 2 mai 2019. Nous prions pour nos envoyés au Laos.

Le poisson (ichtus en latin) est le symbole du Christ pour les premiers chrétiens (acronyme de Jésus Christ de Dieu fils et sauveur en grec)

Quelque temps après, Jésus se montra de nouveau à ses disciples, au bord du lac de Tibériade.

Voici dans quelles circonstances il leur apparut : Simon Pierre, Thomas — surnommé le Jumeau —, Nathanaël — qui était de Cana en Galilée —, les fils de Zébédée, et deux autres disciples de Jésus, étaient ensemble. Simon Pierre leur dit : « Je vais à la pêche. »

Ils lui dirent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent donc et montèrent dans la barque. Mais ils ne prirent rien cette nuit-là.

Quand il commença à faire jour, Jésus se tenait là, au bord de l’eau, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit alors : « Avez-vous pris du poisson, mes enfants ? » — « Non », lui répondirent-ils. Il leur dit : « Jetez le filet du côté droit de la barque et vous en trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et ils n’arrivaient plus à le retirer de l’eau, tant il était plein de poissons. Le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon Pierre entendit ces mots : « C’est le Seigneur », il remit son vêtement de dessus, car il l’avait enlevé pour pêcher, et il se jeta à l’eau. Les autres disciples revinrent en barque, en tirant le filet plein de poissons : ils n’étaient pas très loin du bord, à cent mètres environ. Lorsqu’ils furent descendus à terre, ils virent là un feu avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez quelques-uns des poissons que vous venez de prendre. » Simon Pierre monta dans la barque et tira à terre le filet plein de gros poissons : cent cinquante-trois en tout. Et quoiqu’il y en eût tant, le filet ne se déchira pas. Jésus leur dit : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? », car ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approcha, prit le pain et le leur partagea ; il leur donna aussi du poisson. C’était la troisième fois que Jésus se montrait à ses disciples, depuis qu’il était revenu d’entre les morts.

Après le repas, Jésus demanda à Simon Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » — « Oui, Seigneur, répondit-il, tu sais que je t’aime. » Jésus lui dit : « Prends soin de mes agneaux. »Jean 21,1-15

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Quand on vit des choses extraordinaires, il n’est jamais simple de « redescendre » dans la vie quotidienne et de retrouver le règne de la nécessité et des activités habituelles.

C’est pourtant ce qui arrive aux disciples, après avoir rencontré le Christ ressuscité. A la suite de Simon-Pierre, ils retrouvent leur barque, le lac de Tibériade, et les aléas d’une pêche infructueuse.

Heureusement nous savons que Dieu nous parle à travers les réalités de notre vie et même dans nos échecs. C’est ce que Jésus va faire, en se présentant à ses disciples depuis le bord du rivage. Mais il se présente incognito, à tel point qu’ils ne reconnaissent pas d’emblée l’homme qui leur prodigue des conseils pour une nouvelle tentative de pêche dans les eaux du lac.

On ne sait comment Jean -le disciple que Jésus aimait, le reconnait en premier. Est-ce l’exceptionnelle surabondance de poissons, est-ce un autre signe ? Cela mérite d’être médité : à quoi reconnait-on le Christ intervenant dans notre vie ?

Et réagit-on à la manière de Pierre l’impétueux, qui plonge alors dans les eaux, comme pour un baptême, afin de rejoindre plus vite son maître, tandis que ses compagnons regagnent le rivage sur leur barque. Et que signifient les 153 poissons de la pêche ? Ils ont fait couler beaucoup d’encre parmi les interprètes, qui y voient le signe de l’universalité et celui de la diversité des destinataires de l’évangile.

C’est bien toute la terre et toute l’humanité qui sont invitées à partager le repas de pain et de poisson, qui tous deux symbolisent le Christ nourriture des humains. Et cette mission d’invitation et de partage incombe, non seulement à Pierre, mais à tous ceux qui se reconnaissent comme disciples de Jésus le Christ : le faire connaître et reconnaître dans la communion à son amour qui nous nourrit !

 

 

Nous prions pour nos envoyés au Laos et nous partageons cette prière kanak

SEIGNEUR, NOTRE DIEU
Nous te rendons grâces pour la Terre, terre nourricière,
Elle est comme une mère pour nous et les nôtres…
Terre d’origine, elle nous donne le lieu où plongent nos racines…

Nous te prions, Seigneur pour ceux qui n’ont plus de terre,
Ceux qui ont été spoliés, déplacés, contraints à l’exil.

Nous te rendons grâces, Seigneur, pour l’igname et le cocotier…
Pour toutes les plantes qui nous nourrissent,
Pour la joie dans l’abondance,
Pour le courage de tenir dans les temps de pénurie…

Nous te prions, Seigneur
Pour ceux qui n’ont pas leur pain quotidien,
Mais aussi pour ceux qui en jettent,
Pour ceux qui ne savent mesurer la valeur des choses.

Nous te rendons grâces, Seigneur, pour les animaux,
Les oiseaux, les poissons de la mer…
Pour ceux qui nous apportent leur lait, leur laine, leur viande…
Mais aussi pour ceux, nos totems ou non,
Dont l’existence nous importe, même si elle ne nous est pas utile…

Nous te prions, Seigneur,
Pour que les humains apprennent à respecter tes créatures,
A comprendre à quel point nos survies sont liées…
Nous te rendons grâces, Seigneur, pour nos oncles, les frères de nos mères…
Ils veillent sur nous, ils sont vrais avec nous, ils nous sécurisent…
Nous te rendons grâces aussi pour nos mères, nos pères, nos ancêtres.
Nous sommes liés comme des maillons d’une chaîne de vie, d’âge en âge…

Nous te prions, Seigneur,
Pour ceux qui ne veulent vivre que pour eux-mêmes ou leur famille proche,
Pour ceux qui refusent d’être solidaires,
Pour ceux qui ne savent qu’être méfiants à l’égard des autres…
Pour ceux qui ne connaissent point les joies de l’amitié…

Dans les terres du Pacifique, viens Seigneur : apprends-nous à vivre ! Amen !




Heureux ceux qui croient, de toutes les façons !

Méditation du jeudi 25 avril 2019. Nous prions pour nos envoyés au Sénégal.

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Le soir de ce même dimanche, les disciples étaient réunis dans une maison. Ils en avaient fermé les portes à clé, car ils craignaient les autorités juives. Jésus vint et, debout au milieu d’eux, il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

Cela dit, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Après ces mots, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez le Saint-Esprit ! Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés obtiendront le pardon ; ceux à qui vous refuserez le pardon ne l’obtiendront pas. »

Or, l’un des douze disciples, Thomas — surnommé le Jumeau — n’était pas avec eux quand Jésus vint. Les autres disciples lui dirent : « Nous avons vu le Seigneur. » Mais Thomas leur répondit : « Si je ne vois pas la marque des clous dans ses mains, si je ne mets pas mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai pas. »

Une semaine plus tard, les disciples de Jésus étaient de nouveau réunis dans la maison, et Thomas était avec eux. Les portes étaient fermées à clé, mais Jésus vint et, debout au milieu d’eux, il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Mets ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté. Cesse de douter et crois ! » Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « C’est parce que tu m’as vu que tu as cru ? Heureux sont ceux qui croient sans m’avoir vu ! » Jean 20,19-30

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Quand on fait l’école biblique aux enfants et qu’on les laisse s’exprimer, on en rencontre certains qui reçoivent les récits sans exprimer de doute sur leur crédibilité, mais d’autres, à l’esprit plus rationaliste, qui posent des questions et émettent des réserves. Cela ne signifie pas que les premiers deviendront de bons croyants et les seconds des sceptiques, mais qu’ils ont des manières différentes d’entendre l’évangile et d’entrer en relation avec Jésus le Christ.

L’exigence de Thomas de voir et toucher pour croire n’est pas si choquante que cela, et en tout cas cela ne l’a pas exclu du cercle des apôtres. La tradition en fera un évangélisateur voyageur qui ira jusqu’en Inde.

L’essentiel, ce sont les paroles de Jésus quand il dit : « Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Et il nous envoie en nous donnant la force de son Esprit.

Reste cependant une difficulté dans la mission donnée par Jésus : que signifie avoir le pouvoir de pardonner ou de ne pas pardonner effectivement les péchés des uns et des autres ?

Ce pouvoir d’accorder ou non le pardon a causé assez d’abus dans l’histoire de l’Eglise pour que nous restions très humbles en la matière ! S’il nous incombe d’annoncer le pardon de Dieu, nous revient-il de l’attribuer ou de le refuser ? Comment échapper à la tentation de nous mettre à la place de Dieu ?

En dernière instance lui seul juge, pardonne, et fait miséricorde.

A nous d’être les témoins de son amour agissant, afin que quiconque, en voyant ou entendant notre témoignage, se sente appelé à placer sa confiance en Jésus-Christ, même sans l’avoir vu.

 

 

Nous prions pour nos envoyés au Sénégal

Aujourd’hui rien ne m’empêchera de danser
Et la terre va trembler sous mes pieds !
Je suis l’homme de la danse.

Aujourd’hui rien ne m’empêchera de jouer
Et le monde entendra ma musique :
Mon tam-tam, mon balafon, mon gong
Ma cithare, mon xylophone.

Aujourd’hui ni la faim, ni la pauvreté, ni la sécheresse
Ni la malaria, ni le sida, ni la guerre
Ni la banque mondiale, ni le FMI

Aujourd’hui Pâques !
Rien n’empêchera de Te louer, Te chanter, danser !
Tu es ressuscité et Tu me sauves !
Tu es ressuscité et Tu me fais vivre, survivre !
Qui, mieux que moi, peut danser ?
Qui, mieux que moi, peut rouler le tam-tam ?

Aujourd’hui Seigneur
Sur les cendres de ma vie.
Sur les squelettes de mes guerres et famines
Sur les aridités de mes sècheresses…
Je Te chante, je danse pour mes frères et sœurs
Qui ont perdu le chant et la joie
Qui ont perdu le sourire et la danse
Car Tu es ressuscité !

Agwaelomu Etombo Mokodi République démocratique du Congo




«Être en mission est une grâce»




Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant?

Méditation du jeudi 18 avril 2019. En cette semaine de Pâques nous prions pour notre envoyé à la Réunion, sa famille et toute l’Église.

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Le dimanche, les femmes se rendirent au tombeau de grand matin en apportant les aromates qu’elles avaient préparées. Elles découvrirent que la pierre avait été roulée de devant le tombeau. Elles entrèrent, mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Comme elles ne savaient que penser de cela, voici que deux hommes leur apparurent, habillés de vêtements resplendissants. Saisies de frayeur, elles tenaient le visage baissé vers le sol. Les hommes leur dirent: « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité. Souvenez-vous de ce qu’il vous a dit, lorsqu’il était encore en Galilée: Il faut que le Fils de l’homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et qu’il ressuscite le troisième jour. »

Elles se souvinrent alors des paroles de Jésus. A leur retour du tombeau, elles annoncèrent tout cela aux onze et à tous les autres. Luc 24,1-9

Les trois Marie devant le tombeau vide, par Jan van Eyck et Hubert van Eyck © Wikimedia Commons – Domaine public

L’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre Dame de Paris a frappé les esprits, faisant figure de grand malheur. De fait, il n’y a pas eu mort d’hommes et des malheurs autrement cruels frappent les humains en tous lieux. Pourtant l’effondrement de la flèche et d’une grand partie de la toiture de Notre Dame n’est pas seulement une histoire de pierres. C’est un événement à très forte portée symbolique, d’autant qu’il a eu lieu dans la semaine de la passion conduisant au dimanche de Pâques.

En ce jour-là il y a plus de 2000 ans, ce n’était pas à la cathédrale que se rendaient les femmes de l’évangile, mais au tombeau qui renfermait le corps de Jésus. Et sans doute venaient-elles, en même temps qu’accomplir les rituels dus à un mort, y chercher le commencement de consolation qui ouvre la période de deuil. Or plus rien n’était en ordre ce matin-là, ni la pierre qui avait été roulée, ni le corps qui avait disparu, ni le silence sépulcral qui allait résonner de la voix des anges, ni leur propre cœur tanguant entre la surprise, l’étonnement et la peur.

Le Vivant était ailleurs que dans la tombe, déjà sur les chemins de la vie renouvelée!
Mais, pour entendre cela, il avait fallu, selon les paroles même du Fils de l’homme, sa passion, sa croix, sa mort. Il avait fallu cet effondrement des certitudes, ce déchirement du voile.

Si aujourd’hui le christianisme a quelque chose à dire et à redire au monde, c’est la puissance de la vie surgissant au milieu des décombres. La résurrection n’est pas une réanimation ni une reconstruction à l’identique, mais un réveil, une prise de conscience que Dieu veut sans cesse donner et redonner vie à sa création et à son projet de justice et d’amour pour le monde. Mais pour saisir et exprimer la force et la joie inouïe de cette découverte, il faut garder le cœur ouvert et marqué des blessures du temps. Il n’y a de vraie consolation sans traces de la mémoire de ce dont on a été consolé.

Concernant Notre Dame, espérons que les projets de reconstruction ne chercheront pas à effacer totalement les marques de ses blessures, car en symbolisant la fragilité de toutes choses, celles-ci nous renvoient au cœur de chair qui bat dans la pierre-mémoire : Dieu a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

En cette semaine de Pâques nous prions pour notre envoyé à la Réunion, sa famille et toute l’Église de la Réunion.

 

 

Je crois au Dieu qui a posé comme 1ère question à l’humain :
où es-tu ?
Je crois au Dieu qui a posé comme 2ème question à l’humain :
pourquoi as-tu fait cela ?
Je crois au Dieu qui a posé comme 3ème question à l’humain :
qu’as-tu fait de ton frère ?
Je crois au Dieu qui a appelé Abraham à le retrouver
dans le tête à tête d’une marche dans le désert
Je crois au Dieu qui a appelé Moïse à devenir le libérateur
d’un peuple soumis à une dure servitude
Je crois au Dieu qui a appelé David à le chanter
dans les sommets et dans les creux de son histoire
Je crois au Dieu qui a parlé en Jésus-Christ
il a appelé, il a enseigné, il a guéri, il a manifesté le règne de Dieu
Je crois au Dieu qui s’est fait serviteur en Jésus-Christ
il s’est agenouillé, il a lavé les pieds de ses disciples, il a donné sa vie
Je crois au Dieu qui s’est fait sauveur en Jésus-Christ
il a souffert sous Ponce Pilate, il a été crucifié, il est mort, il est ressuscité des morts
Je crois au Dieu qui est présent par son esprit
auprès des hommes et des femmes de toutes les langues, de toutes les nations
Je crois au Dieu qui est à la tête d’une église invisible,
pécheresse et pardonnée, locale et universelle, diaconale et missionnaire
Je crois au Dieu qui vient au-devant de nous
et qui nous attend dans le secret de notre histoire.

Confession de foi d’Antoine Nouis




Merveilleuse humilité!

Méditation du jeudi 11 avril 2019. En cette semaine de la passion nous prions pour nos envoyés au Burkina Faso.

Coptes à Jérusalem © Maxpixel

Que votre attitude soit identique à celle de Jésus-Christ: lui qui est de condition divine, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver, mais il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains; Reconnu comme un simple homme, il s’est humilié lui-même en faisant preuve d’obéissance jusqu’à la mort, même la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé à la plus haute place et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au nom de Jésus chacun plie le genou dans le ciel, sur la terre et sous la terre et que toute langue reconnaisse que Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. Philippiens 2,5-11

 

© Maxpixel

Qu’est-ce que la sagesse? La sagesse, c’est la crainte du Seigneur, lit-on plusieurs fois dans la Bible. Que signifie craindre le Seigneur? Le connaître et se connaître soi-même, et savoir par conséquent que notre relation est faite à la fois de communion et de différence. Nous sommes de Dieu par son amour, mais nous ne sommes pas Dieu. Savoir cela ne relève pas simplement de l’intellect mais surtout du cœur et du comportement.

C’est pourquoi nous sommes invités à imiter Jésus-Christ, lui qui, étant non seulement de Dieu mais en qui Dieu s’est révélé, a voulu manifester et la communion et la différence, au point d’accepter de mourir pour en témoigner. Plus que quiconque et pour quiconque, c’est-à-dire pour tous, il est de Dieu. Et c’est pour être ce qu’il est en vérité qu’il renonce à la « possession » de la divinité.

Alors il nous entraîne dans son renoncement, dans son humilité. Non pour nous écraser mais parce que l’humilité est le seul lieu où nous connaîtrons vraiment Dieu, pour notre joie la plus haute et la plus profonde, la plus intime et la plus éclatante.

 

 

En cette semaine de la passion nous prions pour nos envoyés au Burkina Faso.

Heureux ceux qui n’ont que douceur pour résister,
leurs yeux seront consolés.
Heureux ceux dont le corps est offrande et service,
ils ne rêvent pas leur vie.
Heureux ceux qui laissent partir et ne se séparent pas,
ils insufflent la confiance et la liberté.
Heureux les inquiets,
ils cueilleront la joie à la pointe de leur attente.
Heureuses les mains qui s’ouvrent,
demain grandira sous leurs doigts.
Heureux ceux qui vivent des temps creux,
ils sont au carrefour de Dieu.
Heureux ceux qui gardent des questions,
ils percevront la place du mystère.

Heureux êtes-vous,
La grâce et la paix vous sont données
De la part de Dieu notre Père
Et de Jésus-Christ notre Seigneur.

D’après un texte de Suzanne Schell