Toujours prêt !

Dimanche, nous entrons dans le temps de l’Avent, de l’attente. Les textes prévus pour dimanche prochain nourrissent cette méditation.

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Ce qui arriva du temps de Noé arrivera de même à l’avènement du Fils de l’homme.

Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche;

et ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que le déluge vînt et les emportât tous: il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme.

Alors, de deux hommes qui seront dans un champ, l’un sera pris et l’autre laissé;

de deux femmes qui moudront à la meule, l’une sera prise et l’autre laissée.

Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra.

Sachez-le bien, si le maître de la maison savait à quelle veille de la nuit le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison.

C’est pourquoi, vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure où vous n’y penserez pas. 

Matthieu 24, 37-44

Noah’s Ark (L’Arche de Noé), Edward Hicks, 1846 – Philadelphia Museum of Art © Wikimedia Commons

Attendre, est une attitude difficile à vivre dans un monde de consommation construit sur «tout, tout de suite». En même temps elle est une attitude riche de promesses. Esaïe (2, 1-5) voit tous les peuples monter sur la montagne du Seigneur et transformer leurs épées en socs de charrue. Il transmet une vision forte : les peuples ont vocation à vivre en paix.

Mais aujourd’hui, comment attendre ce jour ? Dans la résignation ? Dans l’angoisse ?

Paul (Romains 13, 11-14) estime que le temps d’attente est très court. Il invite à se réveiller et dès à présent à se revêtir du Christ comme si le jour remplaçait déjà la nuit. L’attente est en train de s’accomplir.

Pourtant le temps de l’attente s’éternise ! À quand la fin des malheurs et des violences ? Peut-on prévoir ce grand moment où tout s’accomplit comme le prévisionniste prévoit la météo des jours prochains ? Peut-on prévoir l’inattendu ? C’est non, pour Jésus. Le Fils de l’Homme viendra, comme le voleur, au moment où on ne l’attend pas ! Jésus nous demande à être prêt pour ce moment imprévisible ! Impossible à vivre !

Peut-être cette impossibilité invite à nous défaire sans cesse des illusions et fausses sécurités que nous avons sur nous-mêmes et sur le monde ?

Mais dès aujourd’hui nous expérimentons la joie qu’il y a à vivre de la grâce de Dieu jour après jour et de ses promesses. Alors, comme les scouts, soyons toujours prêts !

 

Prière :

Dieu bon, ne laisse pas s’éteindre la voie de l’espérance dans le cœur des torturés et de leurs familles.
Dieu bon, ne laisse pas s’évanouir la voie de l’espérance dans le cœur des exclus, des malades, des migrants et de leurs familles.
Dieu bon, je t’en prie, ne laisse pas s’éteindre la lumière de la foi et de l’espérance dans nos cœurs à tous. Que l’attente de l’accomplissement des promesses vues par les patriarches, les prophètes, et déjà accomplies et en vue de leur accomplissement par Jésus, le Christ, nous rende présent au monde.
Dieu bon, fortifie notre foi pour que nous puissions croire que des portes peuvent s’ouvrir et que des prisonniers peuvent être libérés.
Dieu bon, dans les moments de désespoir, de fatigue et d’angoisses sur l’avenir de l’humanité et de ce monde, remplis nos cœurs de ton espérance pour tous, en Jésus le Christ, notre seul libérateur.
Amen !

D’après Sinfonia œcumenica




La bonté de Dieu ne dédaigne personne

Méditation du jeudi 21 novembre 2019. Nous prions pour nos envoyés au Burkina Faso.

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Le peuple se tenait là et regardait. Les chefs juifs se moquaient de lui en disant : « Il a sauvé d’autres gens ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie, celui que Dieu a choisi ! » Les soldats aussi se moquèrent de lui ; ils s’approchèrent, lui présentèrent du vinaigre et dirent : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Au-dessus de lui, il y avait cette inscription : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’insultait en disant : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et nous avec toi ! » Mais l’autre lui fit des reproches et lui dit : « Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même punition ? Pour nous, cette punition est juste, car nous recevons ce que nous avons mérité par nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal. » Puis il ajouta : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras pour être roi. » Jésus lui répondit : « Je te le déclare, c’est la vérité : aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » 

Luc 23,35-43

Titien : le Christ et le bon larron (peint aux alentours de 1566) © Wikimedia Commons

Ne sommes-nous pas bouleversés par cet ultime moment de l’évangile écrit par Luc ? Ne ressentons-nous pas une émotion proche de celle que nous fait vivre la parabole du fils prodigue quand celui-ci, désespérant d’être encore considéré comme fils par son père, se voit relevé, embrassé, fêté par lui ?

En présence de Jésus-Christ l’inespéré surgit avec la force d’une source venue des profondeurs de la rédemption. À l’instant sombre et tragique de la passion, où les âmes sont déchirées comme les corps en croix, l’humain résiste en ce délinquant resté juste au-delà de ses méfaits. À l’opposé de son autre compagnon de malheur, des magistrats et des soldats sarcastiques, il plaint Jésus, l’innocente, lui parle, et place en lui son espérance, aussitôt exaucée qu’énoncée : « Dès aujourd’hui tu seras avec moi dans la vie ! »

Si nous avons un trésor à transmettre, une plaidoirie à prononcer, un appel à lancer, une consolation à offrir, à nos contemporains comme aux humains de toutes générations, il s’agit bien de cette merveilleuse bonté de Dieu qui ne dédaigne aucun être en ce monde.

Ô merci Jésus, Messie pour toute la terre habitée, d’avoir avoir accepté d’incarner cette divine vérité, jusqu’à en mourir !

 

Nous prions pour nos envoyés au Burkina Faso.

Seigneur,
Dans un monde sans foi ni espérance,
Même si on me traite de fou je prierai.
Même si on se ligue contre moi, je prierai encore plus fort.
Même si on m’emprisonne, je conduirai vers toi prisonniers, geôliers et juges.

Aide- moi à susciter l’espérance parmi les désespérés, les étrangers, les réfugiés, les exclus.
Seigneur, à cause de toi, je crois que rien n’est perdu :
Que ton amour envers les hommes demeure le même.

Je te prie pour les semeurs de tristesse et de mort,
Pour les responsables irresponsables de ce temps,
Pour ton Église émiettée sur la terre,
Pour l’avènement du temps promis
Où le partage équitable se fera entre les nantis et les démunis,
Entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest.

Seigneur apprends-moi à prier,
À compter sur toi,
À œuvrer avec toi,
À prier encore et encore avec foi et persévérance.

Samuel Noutanewo




Haïti à l’heure du «Pays lock»




Même au cœur des désastres, Dieu est présent

Méditation du jeudi 14 novembre 2019. Nous prions pour nos envoyés à La Réunion et toute l’Église.

Ruines de la citadelle d’Amman (jabal al-Qal’a), Jordanie © Maxpixel


Quelques personnes parlaient du temple et disaient qu’il était magnifique avec ses belles pierres et les objets offerts à Dieu. Mais Jésus déclara : «Les jours viendront où il ne restera pas une seule pierre posée sur une autre de ce que vous voyez là ; tout sera renversé.»

Ils lui demandèrent alors : «Maître, quand cela se passera-t-il ? Quel sera le signe qui indiquera le moment où ces choses doivent arriver ?» Jésus répondit : «Faites attention, ne vous laissez pas tromper. Car beaucoup d’hommes viendront en usant de mon nom et diront : «Je suis le Messie !» et : «Le temps est arrivé !» Mais ne les suivez pas. Quand vous entendrez parler de guerres et de révolutions, ne vous effrayez pas ; il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin de ce monde.» Puis il ajouta : «Un peuple combattra contre un autre peuple, et un royaume attaquera un autre royaume ; il y aura de terribles tremblements de terre et, dans différentes régions, des famines et des épidémies ; il y aura aussi des phénomènes effrayants et des signes impressionnants venant du ciel. Mais avant tout cela, on vous arrêtera, on vous persécutera, on vous livrera pour être jugés dans les synagogues et l’on vous mettra en prison ; on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs à cause de moi. Ce sera pour vous l’occasion d’apporter votre témoignage à mon sujet. Soyez donc bien décidés à ne pas vous inquiéter par avance de la manière dont vous vous défendrez. Je vous donnerai moi-même des paroles et une sagesse telles qu’aucun de vos adversaires ne pourra leur résister ou les contredire. Vous serez livrés même par vos père et mère, vos frères, vos parents et vos amis ; on fera condamner à mort plusieurs d’entre vous. Tout le monde vous haïra à cause de moi. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Tenez bon : c’est ainsi que vous sauverez vos vies.»

Luc 21,5-19

James Tissot (Jacques-Joseph Tissot, 1836-1902). La prédication de la ruine du Temple, 1886-1894. © Brooklyn Museum

La tension monte entre Jésus et ses adversaires. Il dénonce l’hypocrisie religieuse, s’indigne, se place du côté des petits. Et surtout il tente d’ouvrir les yeux de ses disciples, et les nôtres. Que dit-il ? La puissance, à son apogée, est un colosse aux pieds d’argile. Religion, économie, civilisation, tout peut s’écrouler comme s’écroula le temple de Jérusalem.

Mais que dit encore Jésus ? Les temps d’angoisse et de crise, où s’exacerbent les passions, les conflits, les haines, les persécutions, où même le cosmos se met au diapason à travers des cataclysmes, sont propices aux faux prophètes et aux messianismes trompeurs. Car le désir de réponses claires et faciles pousse les humains à se fier aux beaux parleurs et à leurs idéologies miroitantes.

Alors Jésus nous met en garde, ainsi que ses disciples : ne cherchez pas à résister dans la tempête, acceptez de ne pas comprendre, de ne pas vous défendre vous-mêmes. Et accrochez-vous à moi de toutes vos forces. C’est moi qui résisterai pour vous et mettrai en vous des paroles de vie et de sagesse. Plus que jamais cet ordre de Jésus est important. Il nous invite à troquer nos regards critiques et nos réflexes de défense contre une intelligence plus vaste et plus profonde, lucide et pleine d’espérance. Même au cœur des désastres, Dieu est présent avec nous, il nous ranime de son souffle.

 

Nous prions pour nos envoyés à La Réunion et toute l’Église

La fraternité, Seigneur,
C’est comme un bouquet offert au moment où l’on en a besoin.
C’est comme l’eau claire qui vous désaltère
C’est comme une chaleur qui vous va droit au cœur.

La fraternité, Seigneur
C’est comme une chaîne qui se met en route, maillon de prière
C’est un petit signe, l’envoi d’une carte
C’est une visite faite à l’hôpital.

La fraternité, Seigneur,
C’est comme une famille qui vous tend la main avec trois fois rien
Un feu allumé, le son d’une voix
Une façon d’aider, de dire : On est là !

La fraternité, Seigneur,
C’est comme un bouquet
Les fleurs sont des liens dont on a besoin dans le quotidien
C’est comme le Pain !
Aide-nous, Seigneur, à vivre tout cela…

Sœur Myriam




Comment se tenir devant Dieu ?

Méditation du jeudi 24 octobre 2019. Nous prions pour nos envoyés à Madagascar.

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Jésus dit la parabole suivante à l’intention de ceux qui se croyaient justes aux yeux de Dieu et méprisaient les autres :
« Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était Pharisien, l’autre collecteur d’impôts. Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même :
« O Dieu, je te remercie de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, mauvais et adultères ; je te remercie de ce que je ne suis pas comme ce collecteur d’impôts. Je jeûne deux jours par semaine et je te donne le dixième de tous mes revenus. »
Le collecteur d’impôts, lui, se tenait à distance et n’osait pas même lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine et disait :
« O Dieu, aie pitié de moi, qui suis un pécheur. »
Je vous le dis, ajouta Jésus, cet homme était en règle avec Dieu quand il retourna chez lui, mais pas le Pharisien. En effet, quiconque s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. »

Luc 18,9-14

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Attitude bien humaine que celle de ce pharisien faisant le compte de ses mérites devant Dieu et, surtout, éprouvant le besoin de rabaisser autrui pour s’élever lui-même. Nous-mêmes utilisons bien souvent cette arme pour tenter de nous prouver que nous sommes des gens bien. On connaît le célèbre dicton : « Quand je me regarde je me désole, quand je me compare je me console. » Ce à quoi Jésus a bien répondu avec la parabole de la paille que nous voyons dans l’œil de notre voisin en ignorant la poutre qui est dans le nôtre.

A l’inverse le collecteur d’impôts, qui pour de nombreuses raisons n’a pas bonne presse auprès de ses concitoyens, vit une vraie crise de conscience devant Dieu. Il se montre tel quel, et appelle à l’aide un Dieu paternel et miséricordieux. Et là nous sommes au cœur de ce que le christianisme a de meilleur : l’humilité qui ouvre à la grâce, la faiblesse qui devient force, la promesse qu’aucune situation n’est irrémédiable, car l’amour de Dieu est plus fort que tout.

Mais avons-nous le cœur assez simple pour accepter ce trésor et en témoigner autour de nous ?

 

Nous prions pour nos envoyés à Madagascar.

Viens mon Dieu
Viens dans notre obscurité
Dans notre nuit noire
Dans notre cœur en recherche
Dans nos pensées et nos doutes

Viens mon Dieu !
Viens avec une lumière multicolore
Avec la foudre et le tonnerre
Avec joie et enthousiasme.

Viens mon Dieu !
Viens à travers la porte verrouillée
A travers le cœur fermé
A travers l’étroit passage de mes pensées

Viens mon Dieu !
Viens et fortifie ma foi
Brise mes idées conventionnelles
Casse la rigidité de ma vie
Abats les murs de mes préjugés
Déploie mes possibilités et mes talents.

Viens mon Dieu !
Viens et donne-moi la vie
Une vie nouvelle
La vie éternelle !

Au cœur de la vie, prières pour les jeunes




Une parole, une joie, un chant à partager

Méditation du jeudi 17 octobre. Nous prions pour notre envoyée au Timor oriental.

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Que la Parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse, instruisez-vous et exhortez- vous les uns les autres en toute sagesse, par des psaumes, des hymnes, des chants spirituels, chantant par grâce pour Dieu. Et quoi que vous fassiez en parole ou en œuvre, faites-tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâces, par lui, à Dieu le Père.

Colossiens 3,16-17

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Méditation donnée le jour du colloque du Défap, le 11 octobre 2019

Avant de nous envoyer en mission, de nous déplacer, le Christ nous appelle, nous cherche, nous nourrit, nous désaltère, nous enseigne, nous donne souffle et énergie, liberté intérieure et émotion de reconnaissance. Que sa Parole habite en nous ! Que sa Parole demeure en nous !

Recevons-nous, acceptons-nous, cette présence, en nous et entre nous ?

Nous donnons-nous le temps nécessaire, l’attention nécessaire, pour que cette Parole ruisselle en nous, depuis nos oreilles d’écoutants ou nos yeux de lecteurs, jusqu’à notre cœur, jusqu’à notre corps ? Jusqu’à notre être le plus profond, puis jusqu’à nos mains, nos bras, nos jambes ?

Nous donnons-nous le temps nécessaire, l’attention nécessaire, pour que sa Parole résonne entre nous, fécondant, transformant nos relations, faisant de nos communautés des points de lumière dans la cité et dans le monde ? Nous laissons-nous vraiment habiter, travailler, puis envoyer, par la Parole du Christ ? Acceptons-nous son insistance dans notre vie ? Acceptons-nous sa joie dans notre vie ?

Cette joie qui fait chanter psaumes, hymnes, chants spirituels, actions de grâce !

Cette joie que la Parole du Christ fait en nous. C’est joie qu’elle doit faire. Joie c’est-à-dire quelque chose de chaud dans l’âme, quelque chose de plus humain, joie frémissante, fragile et imprenable. Joie mystérieusement inextinguible, qui résiste au mal et au malheur, au doute et aux échecs. Joie qui se chante ! Joie forte et paisible, certaine d’elle-même car c’est la joie de Dieu ayant rencontré des cœurs humains pour l’accueillir.
Mais alors cette joie grossit et jaillit, cette joie exige d’être manifestée, exprimée, répandue, partagée. Cette joie veut gagner, nourrir, désaltérer, consoler, enchanter d’autres cœurs humains…urbi et orbi, de génération en génération. Notre mission c’est de vivre, porter, partager, cette joie.
AMEN

 

Nous prions pour notre envoyée au Timor oriental.

Seigneur, donne-nous de voir les choses à faire sans oublier
Les personnes à aimer,
Et de voir les personnes à aimer sans oublier les choses à faire.

Donne-nous de voir les vrais besoins des autres.
C’est si difficile de ne pas vouloir la place des autres,
De ne pas répondre à la place des autres,
De ne pas décider à la place des autres.
C’est si difficile, Seigneur,
De ne pas prendre ses désirs pour les désirs des autres,
Et de comprendre les désirs des autres quand ils sont si différents des nôtres

Seigneur, donne-nous de voir ce que tu attends de nous parmi les autres.
Enracine au plus profond de nous cette certitude
Qu’on ne fait pas le bonheur des autres sans eux…

Seigneur, apprends-nous à faire les choses en aimant les personnes.
Apprends-nous à aimer les personnes pour ne trouver notre joie
Qu’en faisant quelque chose pour elles,
Et pour qu’un jour elles sachent que Toi seul, Seigneur, es l’Amour.

Norbert Segard (1922-1981) physicien et homme politique français




Dernière ligne droite…




Faire un détour pour dire sa joie et sa reconnaissance !

Méditation du jeudi 10 octobre 2019. Nous prions pour nos envoyés au Cameroun.

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Tandis que Jésus faisait route vers Jérusalem, il passa le long de la frontière qui sépare la Samarie et la Galilée.  Il entrait dans un village quand dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils se tinrent à distance et se mirent à crier : « Jésus, Maître, aie pitié de nous ! » Jésus les vit et leur dit : « Allez vous faire examiner par les prêtres. » Pendant qu’ils y allaient, ils furent guéris. L’un d’entre eux, quand il vit qu’il était guéri, revint sur ses pas en louant Dieu à haute voix. Il se jeta aux pieds de Jésus, le visage contre terre, et le remercia. Cet homme était Samaritain. Jésus dit alors : « Tous les dix ont été guéris, n’est-ce pas ? Où sont les neuf autres ? Personne n’a-t-il pensé à revenir pour remercier Dieu, sinon cet étranger ? » Puis Jésus lui dit : « Relève-toi et va ; ta foi t’a sauvé. »

Luc 17,11-19

La guérison des lépreux, tableau de Niels Larsen Stevns (Skovgaard Museum, Viborg, Danemark)
© Wikimedia Commons

Tous sont lépreux ; tous en appellent à Jésus, tous sont envoyés par lui aux prêtres qui, selon la loi, ont la responsabilité de les déclarer, soit impurs et parias, soit guéris et réintégrables dans la société. En chemin tous sont guéris, tous doivent se réjouir, et pourtant un seul revient vers Jésus en criant sa reconnaissance vers le ciel. Cet homme reconnaissant, c’est un samaritain, comme si son statut religieux et social problématique lui donnait une sensibilité particulière à cette grâce de Dieu qui se dit à travers une guérison.
Nous qui nous savons pécheurs, à la fois bons et mauvais, purs et impurs, sans doute trouvons-nous naturelle l’heureuse gratitude du samaritain ! Car nous l’éprouverions ; du moins nous pensons que nous l’éprouverions à sa place.

Alors pourquoi les neuf autres n’agissent-ils pas de même ? Réalisent-ils qu’ils sont guéris ? Le vivent-ils comme un dû ? Ou simplement comme un événement inexplicable ? Alors ils n’ont rien de plus pressé que de retourner à une « vie normale », après avoir accompli le rituel religieux nécessaire. Ils n’ont même pas idée d’un retour ou d’un détour spirituel pour exprimer leur joie d’être guéris.

Or si neuf des dix lépreux se comportent ainsi, il n’est pas impossible que nous fassions parfois partie du nombre, plutôt que d’incarner l’exception.

Pourtant il n’y a pas de plus grand bonheur que d’exprimer reconnaissance et gratitude, louange et action de grâce. Dieu ne nous doit rien, il nous donne tout. Il ne nous demande pas d’être soumis à sa puissance, mais d’être heureux de son amour. Et de le lui dire, sur tous les tons, en priant et en chantant ! C’est cela la foi !

 

Nous prions pour nos envoyés au Cameroun

Apprends-moi, Seigneur, à dire merci…

Merci pour le pain, le vent, la terre et l’eau.
Merci pour la musique et pour le silence.
Merci pour le miracle de chaque nouveau jour.

Merci pour les gestes et les mots de tendresse.
Merci pour les rires et les sourires.
Merci pour tout ce qui m’aide à vivre
malgré les souffrances et les détresses.
Merci à tous ceux que j’aime et qui m’aiment.

Et que ces mille mercis
se transforment en une immense action de grâces
quand je me tourne vers Toi,
la source de toute grâce
et le rocher de ma vie.

Merci pour ton amour sans limite.
Merci pour la paix qui vient de Toi.
Merci pour le pain de la Cène.
Merci pour la liberté que Tu nous donnes.

Avec mes frères et sœurs je proclame ta louange
pour notre vie qui est entre tes mains,
pour nos âmes qui Te sont confiées,
pour les bienfaits dont Tu nous combles
et que nous ne savons pas toujours voir.

Dieu bon et miséricordieux,
que ton nom soit béni à jamais.

Jean-Pierre Dubois-Dumée




Pour la foi, comme pour le service, gardons-nous du zèle !

Méditation du jeudi 3 octobre 2019. Nous prions pour notre envoyé au Togo et sa famille.

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Les apôtres dirent au Seigneur : « Augmente notre foi. » Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi gros comme un grain de moutarde, vous pourriez dire à cet arbre, ce mûrier : « Déracine-toi et va te planter dans la mer», et il vous obéirait. »

« Supposons ceci : l’un d’entre vous a un serviteur qui laboure ou qui garde les troupeaux. Lorsqu’il le voit revenir des champs, va-t-il lui dire : « Viens vite te mettre à table » ? Non, il lui dira plutôt : « Prépare mon repas, puis change de vêtements pour me servir pendant que je mange et bois ; après quoi, tu pourras manger et boire à ton tour. » Il n’a pas à remercier son serviteur d’avoir fait ce qui lui était ordonné, n’est-ce pas ? Il en va de même pour vous : quand vous aurez fait tout ce qui vous est ordonné, dites : « Nous sommes de simples serviteurs ; nous n’avons fait que notre devoir. » »

Luc 17,5-10

The Pharisees and the Sadducees Come to Tempt Jesus – J.J. Tissot – Brooklyn Museum © Wikimedia Commons

 

Même proches de Jésus, vivant en sa quotidienne compagnie, les disciples de Jésus, déjà nommés apôtres – c’est-à-dire envoyés- expriment cette inquiétude de certains croyants : ne pas croire comme il faut, ne pas croire suffisamment, être tièdes là où Dieu nous voudrait brûlants !

D’où cette demande à la fois agaçante et touchante de maladresse : « Augmente notre foi ! »

La réponse de Jésus est pleine d’humour et de vérité. Là où l’on demande du plus il propose du moins : la taille d’un grain de moutarde ! Et surtout il montre l’inanité, voire le danger d’une vision utilitaire de la foi. Car contrairement à ses propres actes d’autorité, qui visent toujours la guérison du prochain, la nourriture des humains, le salut, celui qu’il évoque est complètement absurde : ordonner à un arbre son déracinement pour son ré-enracinement dans la mer.

Pour la foi, comme pour le service, il semble très important de se garder du zèle. De même que le serviteur doit être simplement heureux de n’avoir fait que son devoir, le croyant devrait se réjouir de vivre une simple relation de confiance avec son Dieu. Dans les deux cas il ne s’agit ni de faire ni de prouver par des actions d’éclat, mais d’être ! Soyons serviteurs, soyons croyants, comme le Christ, car tel il s’est voulu ! Et c’est la joie quotidienne qu’il nous propose pour notre vie et celle du monde.

 

Nous prions pour notre envoyé au Togo et sa famille en partageant cette prière d’une femme camerounaise :

Je suis une femme forgée à l’image de Dieu
Pleine de qualités et de dignité
Créée par la main de Dieu
Appelée à la vie par le souffle de Dieu.

Moi, une femme,
Mère de tant d’enfants
Mère de présidents et de travailleurs
Mère de serviteurs et de ministres
Mère de rois et de sujets
Mères de reines et de servantes
Mère d’idiots et de sages

Moi, une femme
Productrice cuisinière ménagère
Je prodigue les soins
Je veille la nuit
Je peine du matin au soir
Je sème et je récolte brûlée par le soleil
Je transporte de lourds fardeaux sur des chemins brûlants
Je ramène mon chargement à la maison pour nourrir les miens.

Moi une femme
Clef de voûte de la famille
A la fois aimée et exploitée
Protégée et soumise
On me caresse et on me bat
Tour à tour indispensable et abandonnée
Moi une femme
Seigneur c’est toi qui m’as créée.

Tu me connais
Tu m’appelles par mon nom.
Toi tu m’entends quand les autres refusent d’écouter.
Toi tu me comprends quand les autres ne veulent pas comprendre.
Mes difficultés tu les connais.
Mes larmes tu les vois
Mes soupirs tu les entends
Tu es tout pour moi
Auprès de toi il y a l’espoir
En toi je remets ma confiance.

Moi, ta femme !

(Prière de Grâce Enémé , qui a été insérée dans le film «  Moi, Na Lydia, une femme ».
in : Paroles lointaines, paroles si proches, Défap
)




La Corée, invitée d’honneur de Perspectives Missionnaires

Ce numéro 78 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, observe ce qui se passe du côté de l’Est et de l’Asie : plus précisément du côté de la Corée… Histoire et évolutions actuelles du christianisme coréen, et tout particulièrement du protestantisme ; relations avec les Églises de France… Vous y retrouverez un entretien exceptionnel avec Huy-yeon Kim, sociologue et maîtresse de conférences à l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales), un regard sur la «mission en retour» en Occident… Un numéro qui invite au déplacement.

Le n°78 de Perspectives Missionnaires © PM

La Corée du Sud est assez présente dans l’actualité internationale. Elle a gagné du prestige grâce à sa puissance technologique et industrielle, avec des conglomérats – les chaebols – comme Samsung, Hyundai ou LG Group. Son rayonnement culturel – la Hallyu – est croissant, à travers la musique KPop, la bande dessinée ou le cinéma. Le réalisateur Bang Joon-ho a décroché la Palme d’or 2019, à Cannes, pour son film Parasites. Elle occupe aussi une place particulière en géopolitique, étant le jouet des tensions entre la Chine et les Etats-Unis d’Amérique, tandis que son frère ennemi du Nord agite régulièrement la menace de l’arme nucléaire. Pour autant, l’histoire et la culture de la Corée nous demeurent assez méconnues, tout comme celles de ses Églises.

Le présent dossier ne prétend pas combler ces lacunes, mais il voudrait attirer l’attention sur une société singulière qui est parvenue à subsister, notamment grâce à son génie propre, bien que prise en étau entre les grandes puissances voisines : la Chine, dont la Corée fut très longtemps vassale, mais aussi la Russie et le Japon.

La majorité de la population se déclare sans religion ; près de 60% en 2018, mais ce chiffre doit être pris avec précaution car l’influence multiséculaire de courants spirituels reste forte, avec des traditions toujours vivaces au XXIe siècle : le shamanisme, le bouddhisme, le confucianisme et plus récemment le christianisme. Depuis le XIXe siècle, ce dernier constitue une des composantes religieuses qui forge son identité, avec des expressions particulières. On compte à peu près 28% de chrétiens (8% de catholiques et 20 % de protestants) pour 15% de bouddhistes.

L’histoire de ce pays est complexe. Des facteurs multiples doivent être pris en compte pour essayer d’en comprendre quelques aspects. Si l’empreinte religieuse y est essentielle – celle du christianisme notamment -, la Corée du Sud entre progressivement dans l’ère de la sécularisation.

Au IVe siècle, le bouddhisme est introduit par la Chine dans la péninsule, où dominent alors les trois royaumes de Silla, Baekje et Guryeo. En 918, il devient la religion d’un royaume unifié, sous la dynastie Koryo, jusqu’au XIVe siècle. A nouveau sous l’influence de la Chine, à partir de 1392 et jusqu’en 1910, période dite «Joseon», les souverains marginalisent le bouddhisme pour adopter un néoconfucianisme qui devient la base idéologique de l’ordre social. Celui-ci repose sur une hiérarchie très stricte, avec une échelle de castes dominées par les élites de la noblesse, avec la subordination des femmes aux hommes, des jeunes aux aînés. La loyauté familiale et clanique, la piété filiale et le culte des ancêtres ont constitué pendant des siècles le cœur de la conscience collective et de la cohésion sociale. Même si les nouvelles générations tendent à remettre en question ce cadre moral, il demeure très prégnant aujourd’hui.

En 1784, à Beijing, Yi Seung-hun est le premier Coréen à être baptisé. La cérémonie est célébrée par le jésuite Jean Joseph de Grammont qui compte parmi les missionnaires catholiques français basés en Chine. Ceux-ci entrent régulièrement en contact avec des Coréens de passage, diplomates ou négociants. En 1836, le premier missionnaire arrive clandestinement à Séoul ; Pierre Maubant est un prêtre envoyé par la Société des Missions étrangères de Paris. Trois ans plus tard, il est arrêté et décapité avec deux de ses collègues.

Le XIXe siècle est marqué par la poussée des puissances coloniales européennes et américaine, en compétition avec la Russie et le Japon pour tenter de s’imposer dans la région, si besoin par la force. Pour les Occidentaux, les enjeux sont multiples : contrôler l’espace maritime du Pacifique, des Mers de Chine orientale et méridionale, rester dans la compétition sur le marché de la pêche baleinière, accaparer une part du dépeçage de l’Empire chinois des Qing, contenir l’expansionnisme de l’Empire russe qui parvient à se saisir de la région de Vladivostok située aux portes de la Corée.

Le Palais des Mûriers (palais Gyeonghuigung) – in : La Corée indépendante, russe ou japonaise (p. 125) – Villetard de Laguérie – 1er janvier 1898 © Wikimedia Commons

Mais, à cette époque, les gouvernements successifs de Joseon sont plutôt opposés à l’introduction du christianisme, associé aux intérêts étrangers. Cette seconde moitié du siècle est marquée par la persécution des quelques milliers de convertis ; beaucoup sont exécutés, de même que des missionnaires qui ont enfreint l’interdiction d’entrer sur le territoire.

Dans le même temps, des vaisseaux français effectuent des voyages de reconnaissance sur les côtes coréennes. Certains font naufrage ; les équipages reçoivent pourtant du secours. D’autres effectuent des mouillages dans les ports pour bénéficier de ravitaillement, mais le pays reste méfiant, lucide devant les motivations étrangères. Des ambitions de conquête, non portées par Paris, débouchent sur l’organisation d’une expédition militaire en 1866, à la suite de l’exécution de neuf missionnaires français. Le contre-amiral Pierre-Gustave Roze, gouverneur de la Cochinchine, conduit une offensive à partir du fleuve Han, il bombarde la capitale Hanyang (Séoul), mais il est contraint de reculer, non sans avoir effectué une razzia sur l’île de Kanghwa. Dans son butin, il rapporte des fusils, de l’or et de l’argent, des œuvres d’art, ainsi que des livres dont le fameux Jikji : il s’agit du plus vieil imprimé connu, daté de 1378, réalisé avec des caractères métalliques amovibles soixante-dix ans avant Gutenberg. Il se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France, à Paris.

Le protestantisme est amené dans la Péninsule par des missionnaires nord-américains, de confessions méthodiste et presbytérienne, à partir de 1884, dans un contexte de pression croissante des grandes puissances qui imposent à la Corée des traités de coopération. Le premier traité franco-coréen date de 1886, après la Russie (1884), les États-Unis et la Grande-Bretagne (1882), dans le contexte du déclin de l’Empire chinois de la dynastie des Qing et de la montée en puissance du Japon qui, dès 1876 et avant les autres, s’est imposé dans ce pays. Ces accords inégaux obligent la Corée à s’ouvrir à la liberté religieuse.

Les missionnaires protestants viennent avec la traduction des Évangiles en coréen. En 1911, au moment où la première Bible intégralement traduite est diffusée, les chrétiens représentent environ 1% de la population.

En décembre 1913, à la Faculté libre de théologie protestante de Montauban, Jacques Delpech soutient une thèse de bachelier qui a pour titre : Le Christianisme en Korée. Ce travail étonnant est essentiellement basé sur des livres, articles ou rapports de missionnaires américains ; sa bibliographie ne compte que trois monographies en français, issues du milieu catholique. Dans son introduction, il dit ne pas avoir pu se rendre en Corée et il ne semble pas avoir eu l’occasion de rencontrer de Coréens.

Au moment où il présente sa thèse, Delpech sait que le Japon a annexé la Péninsule. Il ne le commente ni ne le dénonce, mais il rédige une courte conclusion qui peut surprendre, étant donné le contexte :

Ballotés entre la Chine et le Japon, les destinées politiques de la Korée ont été éminemment tragiques et ont eu un contre-coup sur la nation tout entière. Abaissée, humiliée, elle a voulu, elle veut encore se ressaisir, regagner sa personnalité. Elle a compris que cet idéal, les religions d’Orient les plus pures ne parviendraient à le lui faire atteindre. Alors elle s’est tournée vers le christianisme, et cette nation qui semblait vouée à une disparition plus ou moins lente, grâce à son acceptation enthousiaste du christianisme, est appelée à jouer un rôle important dans les destinées de l’Extrême-Orient. Un tel pays et un tel peuple sont dignes d’attirer l’attention des chrétiens d’Occident.

Les Églises protestantes ont très tôt contribué à former des cadres dans un esprit réformiste, quand la royauté se révélait incapable de sortir des schémas traditionnels et de donner les impulsions nécessaires à une restructuration du pays. Mais les Japonais étendent progressivement leur emprise sur la Corée. Ils s’imposent comme puissance coloniale avec des troupes d’occupation (1895-1910) puis décident d’annexer le pays, situation qui perdure jusqu’en 1945. Après quelques décennies de paix religieuse, le rejet du christianisme reprend avec une intensité croissante sous le régime nippon qui introduit le shintoïsme et rend obligatoire certaines de ses dévotions.

Les Japonais crucifient les Coréens chrétiens « coupables » de vouloir la libération de leur pays du joug japonais (1919). © Wikimedia Commons

Dans une société où certains secteurs se réjouissent de la colonisation nippone, car ils y voient une opportunité de modernisation, les protestants prennent une part très active au mouvement de résistance et à la déclaration d’indépendance du 1er mars 1919. L’Église catholique cherche plutôt la conciliation. En s’identifiant avec l’aspiration nationale à regagner une totale souveraineté, les Églises protestantes acquièrent une indéniable crédibilité au sein d’une population traumatisée par la brutalité des autorités japonaises.

En 1945, les chrétiens ne représentent encore que 2 ou 3 % de la population. Ils sont surtout concentrés au Nord, où le christianisme va officiellement être interdit, de 1945 à 1950, sous l’occupation soviétique. Le Sud de la Corée est alors administré par un gouvernement militaire américain qui favorise les Églises, d’autant plus facilement que les organisations bouddhistes et confucéennes sont exsangues. Les protestants coréens sont dans une position très avantageuse pour le recrutement dans l’administration en raison de leur engagement contre l’occupation et parce qu’ils comptent un nombre important de cadres anglophones ayant étudié aux États-Unis. Les Églises protestantes reçoivent de nombreux soutiens financiers des Églises-mères américaines ; cela leur permet d’être des actrices de poids dans la reconstruction du pays, en déployant une action sociale dans les domaines de l’éducation, de la protection des orphelins, de l’accueil des femmes seules.

En 1950, au Sud, 90% des quelques 2 000 nouvelles Églises, la plupart presbytériennes, sont fondées par des personnes venues du Nord. La guerre de Corée, qui s’achève en 1953, fait près de trois millions de morts ; le pays en ressort dévasté. La plupart des communautés protestantes deviennent des alliées de la puissance américaine, contre le régime communiste du Nord, dans la phase de reconstruction du pays. Mais la Péninsule est dorénavant coupée en deux, même si la guerre idéologique entre blocs occidental et communiste a cessé depuis longtemps. L’espoir de la réunification est porté par les Églises avec ferveur.

Même s’ils partagent des racines communes et une même langue, les mondes coréens sont cependant dispersés. Il faut compter avec une minorité nationale reconnue en Chine, soit deux millions de personnes principalement établies dans la province de Jilin et dans la préfecture autonome de Yanbian (Yeonbeon), à la frontière Nord de la péninsule. Quelques 600 000 Coréens vivent au Japon. Un nombre équivalent habite les États-Unis tandis que 300 000 vivent en Russie. Enfin, de nombreuses communautés forment une diaspora présente en Europe et à travers le monde.

L’occupation japonaise et la guerre de 1950-1953 ont favorisé l’émergence d’expressions millénaristes ou messianiques qui ont marqué les esprits. L’Église de l’unification fondée par Sun Myung Moon (souvent désignée comme la «secte Moon»), en 1954, a pour objectif d’établir le royaume des cieux sur terre. Ses cérémonies de mariages, réunissant des milliers de couples en un même lieu, furent largement médiatisées. Dans un autre style, l’Église du plein Evangile – Yoido de David Yonggi Cho, fondée en 1958, s’inscrit dans la ligne pentecôtiste des Assemblées de Dieu ; elle est reconnue comme la plus grande megachurch au monde ; son ministère est au départ fortement marqué par la volonté d’apporter la guérison des malades et de promouvoir la prospérité économique des fidèles.

Durant les années 1960 à 1990, la Corée du Sud connaît un boom économique impressionnant, obtenu à marche forcée sous des régimes militaires. Aujourd’hui, sur la scène internationale, des entreprises incontournables (Kia, Hyundai, Samsung) et un rayonnement culturel populaire (KPop, cinéma et séries télévisées) représentent la vitrine de la 11e économie du monde, avec un Indice de Développement Humain (IDH) légèrement supérieur à celui de la France. Cet essor est contemporain de la croissance du christianisme (augmentation de 330% entre 1962 et 1970), avec un protestantisme conservateur qui soutient un système productiviste capitaliste porté par des régimes autoritaires ou dictatoriaux. L’Église catholique, forte de son organisation internationale, se montre souvent plus indépendante et critique. Néanmoins, au sein du protestantisme, une aile minoritaire progressiste se démarque. Elle promeut la «théologie du minjung (peuple)» dans les années 1980. Celle-ci s’inscrit dans un mouvement qui traverse l’ensemble de la société : aspiration nationaliste socialisante. Le parallèle peut être établi avec la théologie de la libération en Amérique latine, où sévissent également des régimes qui répriment les mouvements populaires anticapitalistes, considérés comme procommunistes.

Busan, en Corée du Sud © Wikimedia Commons

L’affirmation du «peuple» dans ses ambivalences (masses populaires et/ou nation) est significative du besoin pour la société coréenne de préciser son identité, de trouver sa place dans la modernité. Pour Alain Delissen, «ce qui se cherche dans le nationalisme culturaliste et le discours des racines procède… rarement d’une pulsion archaïsante. C’est bien plutôt le futur du passé qui s’y cherche : la conquête d’un universel, d’une rationalité, d’une modernité, un peu moins marqués par l’aveuglement de leur naissance à l’Occident».

Des militaires se succèdent à la tête de l’État jusqu’en 1993. Mais un processus de démocratisation, porté par des responsables chrétiens «progressistes» soucieux des droits de l’Homme, est en marche et gagne l’ensemble des forces sociales. L’influence des Églises sur la scène politique devient alors moins perceptible, même avec un engagement social significatif et avec une forte implication en faveur de la réunification du Nord et du Sud. A plus long terme, toutes les institutions religieuses tendent à se recentrer sur leur vocation spirituelle.

La progression des Églises protestantes, très liée à la cause nationale et patriotique ainsi qu’au développement économique de l’après-guerre, marque le pas à la fin du XXe siècle. Le doute s’installe parmi les jeunes générations, au moment où le modèle de développement et d’enrichissement américain est remis en cause, notamment suite à la crise financière asiatique de 1997.

Les missionnaires coréens dans le monde impressionnent encore par leur nombre – plus de 25 000 au début des années 2010 -, mais les Églises recrutent moins de jeunes. Le souvenir des vingt-trois missionnaires pris en otage en Afghanistan, en juillet 2007, a laissé un goût amer. Pour obtenir leur libération, les autorités ont en effet été obligées de négocier avec les terroristes. Le pays a alors le sentiment d’avoir perdu la face et le gouvernement impose des restrictions aux missionnaires, dénonce un prosélytisme trop agressif, et menace de retirer les passeports des personnes qui portent atteinte à la dignité de la nation.

Toutes les Églises sont aujourd’hui confrontées aux défis d’une société toujours plus sécularisée, indifférente aux institutions religieuses, marquée par l’individualisme et le consumérisme. Avec tous les exclus de la prospérité, leur action dans le domaine social est d’autant plus importante. Mais elles devront renouveler leur témoignage, se confronter aux défis contemporains des jeunes générations, si elles ne veulent pas être peu à peu marginalisées.

Marc-Frédéric Müller

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Eléments de bibliographie
Sebastian Kim, Kirsteen Kim, A History of Korean Christianity, Cambridge, University Press, 2015.
Pascal Dayez-Burgeon, Histoire de la Corée, des origines à nos jours, Paris, Tallandier, 2017 (Texto).
«La Corée, Combien de divisions ?», Critique, janvier-février 2018, n° 848-849.
Patrick Maurus, Les trois Corées, Paris, Hémisphères éditions, 2018.

Articles accessibles sur Internet
Delissen Alain, «Démocratie et nationalisme : le moment minjung dans la Corée du Sud des années 1980» in : Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 45, 1997, p. 35-40.
Bertrand Chung, «Politique et religion en Corée du Sud» in : Revue d’études comparatives Est-Ouest, 2001/32, p. 85-110.
Nathalie Luca, «L’évolution des protestantismes en Corée du Sud : un rapport ambigu à la modernité» in : Critique internationale, 2004, n° 22, p. 111-124.
Kirsteen Kim, «Christianity role in the Modernization and Revitalization of Korean Society in the twentieth Century» in : International Journal of Public Theology, 2010, n° 4, p. 212-236.

Site internet
http://koreanchristianity.cdh.ucla.edu/sources/books/

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de trente-cinq ans Perspectives missionnaires, unique revue protestante de missiologie de langue française.
Née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires, elle s’est élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture oecuménique. Elle est actuellement gérée par une association indépendante et s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), et depuis fin 2017 la Cevaa.



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Le shabbat, fondement d’une écologie de partage ?

Méditation du jeudi 26 septembre 2019. Nous prions pour notre envoyée au Burundi.

© Maxpixel

N’oublie pas de me réserver le jour du sabbat. Pendant six jours, travaille pour faire tout ce que tu as à faire. Mais le septième jour, c’est le sabbat qui m’est réservé, à moi, le Seigneur ton Dieu. Personne ne doit travailler ce jour-là, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes animaux, ni l’étranger installé dans ton pays. En six jours, j’ai créé le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent. Mais le septième jour, je me suis reposé. C’est pourquoi, moi, le Seigneur, j’ai béni le jour du sabbat : ce jour est réservé pour moi.

Exode 20,8-11

Prends soin de me réserver le jour du sabbat, comme je te l’ai commandé, moi, le Seigneur ton Dieu. Pendant six jours, travaille pour faire tout ce que tu as à faire. Mais le septième jour, c’est le sabbat qui m’est réservé, à moi, le Seigneur ton Dieu. Personne ne doit travailler ce jour-là, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni tes autres animaux, ni l’étranger installé dans ton pays. Ainsi, ton serviteur et ta servante pourront se reposer comme toi. Souviens-toi : tu as été esclave en Égypte, et je t’ai fait sortir de ce pays avec grande puissance. C’est pourquoi, moi, le Seigneur ton Dieu, je t’ai commandé de respecter le jour du sabbat. 

Deutéronome 5,12-15

© Wikimedia Commons

 

Les deux versions du Décalogue donnent chacune une justification différente du shabbat. Dans l’Exode le respect du shabbat s’appuie sur le shabbat de Dieu, quand après avoir créé le monde en six jours il se repose le septième jour, en mettant un arrêt à sa puissance créatrice. Dans le Deutéronome, le respect du shabbat est lié à la libération du peuple hébreu qui a été esclave en Égypte. Ce shabbat a une portée universelle dans les deux cas ; il s’applique à tout le peuple, mais également aux serviteurs et servantes, aux résidents étrangers, et jusqu’aux animaux.

Au-delà du repos nécessaire et béni, considéré comme un don de Dieu, le shabbat signifie l’arrêt de toute activité manifestant la puissance humaine, c’est-à-dire tout ce qui relève de la nécessité et de la capacité créatrice, que l’être humain a la responsabilité de mettre en œuvre pendant les 6 jours de la semaine. Le shabbat est donc un temps personnel et collectif de reconnaissance et de conscience, de réjouissance et de partage. Dans le judaïsme il est considéré comme une anticipation du monde à venir.

À l’heure où l’on individualise le repos et où la raison économique pousse certains à banaliser le dimanche pour en faire un jour comme les autres, méditer sur le sens du shabbat peut s’avérer très fécond. En signifiant l’arrêt hebdomadaire du travail, en apportant un frein régulier à la consommation, en manifestant une gratuité du temps pour Dieu, pour soi et pour les autres, le shabbat nous offre un temps de libération et nous rappelle à notre vocation spirituelle. Dans la Bible, ceci est amplifié par l’application du principe shabbatique à chaque septième année, où la terre doit se reposer, et à la cinquantième année, où les lois jubilaires prescrivent la remise des dettes.

 

 

Nous prions pour notre envoyée au Burundi, et nous partageons cet hymne d’accueil du shabbat, qui fut écrit à Safed en Israël au XVIème s par Chlomo Halévi Alkabets et qui est chanté chaque vendredi soir à la synagogue.

Viens, mon bien-aimé, au-devant de ta fiancée, Le Shabbat paraît, allons le recevoir!

« Observe » et « souviens-toi », ces mots, le Dieu unique
Nous les fit entendre en une unique parole,
Le Seigneur est Un, Un est son Nom,
A Lui Honneur, Gloire, Louange!

(Refrain: Viens…)

Empressons-nous à la rencontre du Shabbat,
Il est la source de bénédiction,
Consacré dès les temps les plus lointains,
But de la Création dans la première pensée du Créateur…

(Refrain: Viens…)

Sanctuaire du grand Roi, Ville Royale,
Debout, relève-toi de tes ruines !
Assez séjourné dans la vallée des pleurs :
Tu es Source des miséricordes du Dieu miséricordieux.

(Refrain: Viens…)

Secoue la poussière, debout !
Remets tes habits de fête, ô mon peuple.
Grâce au fils de Yichaï de Bethléhem,
Mon âme voit s’approcher d’elle le salut.

(Refrain: Viens…)

Réveille-toi, réveille-toi,
Ta lumière brille, lève-toi, sois illuminée !
Courage, courage, entonne un cantique !
Sur toi resplendit la gloire du Seigneur.

(Refrain: Viens…)

Pour toi plus de honte, plus d’opprobre!
Pourquoi te troubler, pourquoi te tourmenter ?
Chez toi mon peuple, pour ses humbles enfants, trouvera un asile,
Et des ruines ressuscitera la Ville rebâtie.

(Refrain: Viens…)

Ceux qui l’ont dévastée, seront foulés aux pieds,
Et tous tes adversaires mis en fuite,
Ton Dieu mettra en toi sa joie,
Comme le fiancé dans sa fiancée.

(Refrain: Viens…)

Étends-toi à droite et à gauche,
Et glorifie le Seigneur,
Grâce à celui qu’on nomme le fils de Péretz
Voici venir pour nous la joie et l’allégresse.

(Refrain: Viens…)

Viens en paix, toi qui es la couronne de ton époux,
Viens dans la joie, dans la félicité,
Au milieu des fidèles du peuple élu,
Viens, ma fiancée, viens, ma fiancée!

Refrain :
Viens, mon bien-aimé, au-devant de ta fiancée,
Le Shabbat paraît, allons le recevoir!

(Traduction du Livre du Sabbat).