En chemin avec Qohelet 5

Nous prions pour nos envoyés au Burkina Faso, et nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Prends garde à ton pied, lorsque tu entres dans la maison de Dieu ; approche-toi pour écouter, plutôt que pour offrir le sacrifice des insensés, car ils ne savent pas qu’ils font mal. Ne te presse pas d’ouvrir la bouche, et que ton cœur ne se hâte pas d’exprimer une parole devant Dieu ; car Dieu est au ciel, et toi sur la terre : que tes paroles soient donc peu nombreuses. Car, si les songes naissent de la multitude des occupations, la voix de l’insensé se fait entendre dans la multitude des paroles.

Lorsque tu as fait un vœu à Dieu, ne tarde pas à l’accomplir, car il n’aime pas les insensés : accomplis le vœu que tu as fait. Mieux vaut pour toi ne point faire de vœu, que d’en faire un et de ne pas l’accomplir. Ne permets pas à ta bouche de faire pécher ta chair, et ne dis pas en présence de l’envoyé que c’est une inadvertance. Pourquoi Dieu s’irriterait-il de tes paroles, et détruirait-il l’ouvrage de tes mains ? Car, s’il y a des vanités dans la multitude des songes, il y en a aussi dans beaucoup de paroles ; c’est pourquoi, crains Dieu.

Si tu vois dans une province le pauvre opprimé et la violation du droit et de la justice, ne t’en étonne point ; car un homme élevé est placé sous la surveillance d’un autre plus élevé, et au-dessus d’eux il en est de plus élevés encore. Un avantage pour le pays à tous égards, c’est un roi honoré du pays.

Celui qui aime l’argent n’est pas rassasié par l’argent, et celui qui aime les richesses n’en profite pas. C’est encore là une vanité. Quand le bien abonde, ceux qui le mangent abondent ; et quel avantage en revient-il à son possesseur, sinon qu’il le voit de ses yeux ? Le sommeil du travailleur est doux, qu’il ait peu ou beaucoup à manger ; mais le rassasiement du riche ne le laisse pas dormir.

Il est un mal grave que j’ai vu sous le soleil : des richesses conservées, pour son malheur, par celui qui les possède. Ces richesses se perdent par quelque événement fâcheux ; il a engendré un fils, et il ne reste rien entre ses mains. Comme il est sorti du ventre de sa mère, il s’en retourne nu ainsi qu’il était venu, et pour son travail n’emporte rien qu’il puisse prendre dans sa main. C’est encore là un mal grave. Il s’en va comme il était venu ; et quel avantage lui revient-il d’avoir travaillé pour du vent ? De plus, toute sa vie il mange dans les ténèbres, et il a beaucoup de chagrin, de maux et d’irritation.

Voici ce que j’ai vu : c’est pour l’homme une chose bonne et belle de manger et de boire, et de jouir du bien-être au milieu de tout le travail qu’il fait sous le soleil, pendant le nombre des jours de vie que Dieu lui a donnés ; car c’est là sa part. Mais, si Dieu a donné à un homme des richesses et des biens, s’il l’a rendu maître d’en manger, d’en prendre sa part, et de se réjouir au milieu de son travail, c’est là un don de Dieu. Car il ne se souviendra pas beaucoup des jours de sa vie, parce que Dieu répand la joie dans son cœur. »

Ecclesiaste 5

L’Ecclésiaste poursuit son enseignement, et on ne s’étonnera pas que surviennent les thèmes si importants de la parole, de la justice, et de la richesse. La sagesse populaire invite à tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler, et ceci vaut devant Dieu comme devant le prochain. Place à l’écoute, à la réflexion, aux propos bien pesés, aux engagements sincères. Mais nous savons combien notre langue démarre promptement, s’enchante de ses traits d’esprit, aime d’un côté se montrer généreuse et de l’autre jouer à la vipère, chanter et glorifier Dieu mais aussi assouvir ses passions colériques ! Alors pour faire barrage aux tentations malfaisantes, cultivons la crainte de Dieu, qui n’est pas peur mais respect, mémoire vivante que Dieu lui-même est Parole.

Quant à la justice, c’est une question très difficile. Il y a la justice des hommes, qui est très imparfaite et parfois même le contraire de ce qu’elle devrait être. Et il y a la justice de Dieu. Mais qui la connaît ? Qui est capable de l’appliquer sinon Dieu lui-même ? Alors de terribles écueils nous guettent : d’un côté le cynisme et de l’autre le fanatisme. Accepter sans combattre un monde injuste et en tirer profit, ou porter le glaive de la justice à la place de Dieu et imposer la terreur. Ni ceci ni cela dit le fils de David roi de Jérusalem, mais un gouvernement honorable et honoré du pays, afin que tous désirent œuvrer pour plus de justice.

Enfin dernier conseil : faire circuler l’argent et la richesse. Que ce soit par le don, le legs, le partage, l’investissement ou la dépense, tout vaut mieux que thésauriser. Garder sa richesse est mortifère pour soi, pour les autres, et pour le monde. Plus tard Jésus nous fera entendre l’histoire du jeune homme riche incapable de se dessaisir de ses biens. Cela ne signifie pas que Dieu n’aime pas les riches, puisque lui-même donne la richesse. Mais c’est l’offenser que de s’y accrocher, quand il nous offre bien plus que cela : la vie, l’amour, la liberté, la joie, le salut.

Prions avec ces mots du Pasteur Eric Georges :

Dans les entre-deux de nos vies

Dans les jours qui passent entre deux événements

Dans les temps d‘interstices et d’attente

Garde – nous, Seigneur

D’oublier le quotidien que tu nous donnes.

Ouvre nos yeux sur celles et ceux

Qui, souvent invisibles travaillent et tissent des liens

Ouvre nos cœurs sur l’ordinaire et le quotidien

Toi qui viens nous surprendre et nous bousculer

Donne-nous aussi de vivre pleinement le calme et la banalité. Amen

 




En chemin avec Qohelet 4

Nous prions pour notre envoyée au Timor Oriental, et nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« J’ai considéré ensuite toutes les oppressions qui se commettent sous le soleil ; et voici, les opprimés sont dans les larmes, et personne qui les console ! ils sont en butte à la violence de leurs oppresseurs, et personne qui les console ! Et j’ai trouvé les morts qui sont déjà morts plus heureux que les vivants qui sont encore vivants, et plus heureux que les uns et les autres celui qui n’a point encore existé et qui n’a pas vu les mauvaises actions qui se commettent sous le soleil.

J’ai vu que tout travail et toute habileté dans le travail n’est que jalousie de l’homme à l’égard de son prochain. C’est encore là une vanité et la poursuite du vent. L’insensé se croise les mains, et mange sa propre chair. Mieux vaut une main pleine avec repos, que les deux mains pleines avec travail et poursuite du vent.

J’ai considéré une autre vanité sous le soleil. Tel homme est seul et sans personne qui lui tienne de près, il n’a ni fils ni frère, et pourtant son travail n’a point de fin et ses yeux ne sont jamais rassasiés de richesses. Pour qui donc est-ce que je travaille, et que je prive mon âme de jouissances ? C’est encore là une vanité et une chose mauvaise.

Deux valent mieux qu’un, parce qu’ils retirent un bon salaire de leur travail.  Car, s’ils tombent, l’un relève son compagnon ; mais malheur à celui qui est seul et qui tombe, sans avoir un second pour le relever !  De même, si deux couchent ensemble, ils auront chaud ; mais celui qui est seul, comment aura-t-il chaud ? Et si quelqu’un est plus fort qu’un seul, les deux peuvent lui résister ; et la corde à trois fils ne se rompt pas facilement.

Mieux vaut un enfant pauvre et sage qu’un roi vieux et insensé qui ne sait plus écouter les avis ; car il peut sortir de prison pour régner, et même être né pauvre dans son royaume.  J’ai vu tous les vivants qui marchent sous le soleil entourer l’enfant qui devait succéder au roi et régner à sa place. Il n’y avait point de fin à tout ce peuple, à tous ceux à la tête desquels il était. Et toutefois, ceux qui viendront après ne se réjouiront pas à son sujet. Car c’est encore là une vanité et la poursuite du vent. « 

Ecclesiaste 4

Quel ton désespéré ! Est-ce celui d’un sage, ou d’un dépressif profond ? Ses paroles ne sont pas sans rappeler celles de Job regrettant d’avoir été conçu, d’être né, d’avoir vécu. Mais Job était en pleine tempête, soumis à des épreuves terribles : deuil, misère, maladie…

De quelle nature est le chagrin du roi de Jérusalem, fils de David, pour qu’il se laisse entraîner à un tel pessimisme ? Est-ce générosité, empathie qui le font gémir devant l’oppression de ceux qui sont violentés et que personne ne console ? De fait il semble partager le chagrin de Dieu, tel que l’expriment les prophètes bibliques, devant le mal et le malheur qui pèsent sur ce monde et que s’infligent mutuellement ses habitants.

Mais n’a-t-il lui-même aucun pouvoir pour changer les choses ? Le désire-t-il ? Ou se complait-il dans son regard désabusé ? « Vanité des vanités ! » Ce peut être aussi une position confortable qu’un désespoir de surplomb ! Mais est-ce ce que Dieu attend de nous, lui qui a envoyé son propre fils pour sauver le monde ?

Pourtant une petite lumière apparaît au milieu des ténèbres : puisque que l‘humain, tout seul, n’est rien et ne peut donner sens à sa vie, il lui faut être entouré, aidé, accompagné, soutenu. C’est dans la relation de l’un à l’autre, dans l’être ensemble, que se reconstituent la force et la joie de vivre.

Autre sujet d’espoir : si le roi est vieux et insensé, la vie continue néanmoins, un jeune roi viendra, puis un autre…. D’abord enthousiaste, le peuple sera sans doute déçu. Mais ces mouvements de l’âme, personnels et collectifs, s’ils traduisent la vanité de l’histoire, sont aussi le signe que les humains sont des vivants et non des robots, habitants sensibles et réactifs de ce temps offert par Dieu.

Nous prions pour notre envoyée au Timor Oriental, et nous partageons cette prière de repentance issue de la liturgie de l’Église protestante unie de France.

Tournons-nous vers Dieu pour lui demander son pardon et son aide :

Seigneur Dieu,
nous voulons te dire notre peur et notre angoisse
devant le mal et la souffrance du monde.

Te dire aussi notre honte et notre confusion
parce que nos propres fautes
prolongent et augmentent cette souffrance.

Pardonne-nous Seigneur,
d’agir si naturellement comme des égoïstes,
et de ne pas aimer notre prochain
avec l’ardeur, le respect et l’attention qu’avait Jésus.

Pardonne-nous de t’aimer si mal,
d’attendre toujours tes services au lieu d’être à ton service.

Pardonne-nous d’oublier que notre vrai bonheur
est de t’aimer et de te suivre.

Accorde-nous ton pardon.
Qu’il soit notre paix, notre joie et notre force.
Nous te le demandons au nom de Jésus-Christ.  Amen.

 




En chemin avec Qohelet 3

Méditation du lundi 11 mai 2020. Il y a un temps pour le confinement, et un temps pour le déconfinement. En cette période de reprise, nous poursuivons notre route avec l’Ecclésiaste et nous prions pour toutes celles et tous ceux qui sont dans le deuil, la maladie, et l’angoisse de l’avenir.

« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux : un temps pour naître, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ; un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir ; un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser ; un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres ; un temps pour embrasser, et un temps pour s’éloigner des embrassements ; un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter ; un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler ; un temps pour aimer, et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix.

Quel avantage celui qui travaille retire-t-il de sa peine ? J’ai vu à quelle occupation Dieu soumet les fils de l’homme. Il fait toute chose bonne en son temps ; même il a mis dans leur cœur la pensée de l’éternité, bien que l’homme ne puisse pas saisir l’œuvre que Dieu fait, du commencement jusqu’à la fin. J’ai reconnu qu’il n’y a de bonheur pour eux qu’à se réjouir et à se donner du bien-être pendant leur vie ; mais que, si un homme mange et boit et jouit du bien-être au milieu de tout son travail, c’est là un don de Dieu. J’ai reconnu que tout ce que Dieu fait durera toujours, qu’il n’y a rien à y ajouter et rien à en retrancher, et que Dieu agit ainsi afin qu’on le craigne. Ce qui est a déjà été, et ce qui sera a déjà été, et Dieu ramène ce qui est passé. J’ai encore vu sous le soleil qu’au lieu établi pour juger il y a de la méchanceté, et qu’au lieu établi pour la justice il y a de la méchanceté. J’ai dit en mon cœur : Dieu jugera le juste et le méchant; car il y a là un temps pour toute chose et pour toute œuvre. J’ai dit en mon cœur, au sujet des fils de l’homme, que Dieu les éprouverait, et qu’eux-mêmes verraient qu’ils ne sont que des bêtes. Car le sort des fils de l’homme et celui de la bête sont pour eux un même sort ; comme meurt l’un, ainsi meurt l’autre, ils ont tous un même souffle, et la supériorité de l’homme sur la bête est nulle; car tout est vanité. Tout va dans un même lieu ; tout a été fait de la poussière, et tout retourne à la poussière. Qui sait si le souffle des fils de l’homme monte en haut, et si le souffle de la bête descend en bas dans la terre ? Et j’ai vu qu’il n’y a rien de mieux pour l’homme que de se réjouir de ses œuvres : c’est là sa part. Car qui le fera jouir de ce qui sera après lui ? »

 

Il y a un temps pour le confinement et un temps pour le déconfinement, nous dit l’actualité L’alternance est-elle aussi simple et prometteuse ? Quand nous espérions de loin « la reprise » nous pensions que oui, mais aujourd’hui nous réalisons qu’il n’en est rien, d’abord parce que le virus qui a causé le confinement est toujours à l’œuvre, ensuite parce que tout ce qui a été mis entre parenthèses dans un temps comme « arrêté », va se présenter à nouveaux frais dans ce présent recommencé.

Mais ce qui est vrai du confinement/déconfinement ne l’est-il pas aussi pour toutes ces activités et émotions humaines évoquées par l’Ecclésiaste ? La vie n’est-elle pas un bric-à-brac où tout se mélange plutôt qu’un magasin aux rayons bien rangés ? Alors que cherche notre poète à travers son énonciation cadencée ? A canaliser les passions ? A ouvrir, pour ses contemporains et ses descendants, un chemin de sagesse et de juste mesure ? Ou à rendre la mort acceptable ?

Sommes-nous aidés, ou déchirés, par le fait que Dieu « a mis dans notre cœur la pensée de l’éternité, bien que nous ne puissions pas saisir l’œuvre qu’il fait, du commencement jusqu’à la fin. » Le fils de David, roi de Jérusalem, nous entraîne dans le paradoxe de la condition du croyant. Celui-ci devrait être le plus heureux des hommes, pense-t-on souvent ! Pourtant il doit traverser les mêmes épreuves que tout un chacun, auxquelles s’ajoute celle d’une conscience taraudée par les contradictions de l’espérance. Promis à la vie éternelle nous mourrons ; attachés à un Dieu juste et bon, nous souffrons d’autant plus des perversions de la justice, de l’impunité des méchants, de la persistance du mal en ce monde. Et créés à l’image de Dieu, presque son égal, nous connaissons un sort proche de celui des animaux. Vanité des vanités !

Ne demeurent que le fil ténu de la confiance, la petite flamme dans l’obscurité, le murmure priant de celui qui chaque jour remet à Dieu ses œuvres, ses amours, ses peines et ses joies. Il y a un temps pour l’inquiétude, et un temps pour le soulagement, un temps pour le poids des réalités, et un temps pour la légèreté de la brise. Le miracle est qu’en toutes choses Dieu fait de nous les porteurs d’une joie indestructible.

En cette période de reprise, nous poursuivons notre route avec l’Ecclésiaste et nous prions pour toutes celles et tous ceux qui sont dans le deuil, la maladie, et l’angoisse de l’avenir, avec les mots de Maurice Zundel (1897-1975), Prêtre et théologien catholique suisse.

Demandons la grâce que tout commence aujourd’hui

Demandons la grâce que tout commence aujourd’hui,

Que notre vie s’éternise dans un présent donné

Et qu’il n’y ait plus de retour sur soi, sur notre passé,

Plus de regrets des choses qui ne sont plus,

Mais cette décision ferme et inébranlable de faire de notre vie

Un chef-d’œuvre de lumière et d’amour

En étant simplement là au milieu des hommes,

Au milieu de notre famille, de notre bureau, de notre société et de ses enjeux de solidarité,

Toujours simplement là,

Comme une présence qui atteste celle, vivante, du Christ ressuscité

Et qui apporte la Lumière et le sourire de son Amour. Amen. »

 




En chemin avec Qohelet 2

Méditation du jeudi 30 avril 2020. Nous poursuivons notre lecture de Qohelet, et, autour de la fête du travail du 1er mai, nous prions pour que toute femme et tout homme soit reconnu(e) dans sa vocation et sa mission au cœur du monde, que chacun soit honoré pour ce qu’il est et ce qu’il fait, aidé et soutenu quand il est dans la difficulté et l’incapacité.

Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem.

« J’ai dit en mon cœur : Allons ! je t’éprouverai par la joie, et tu goûteras le bonheur. Et voici, c’est encore là une vanité.

J’ai dit du rire : Insensé ! et de la joie : A quoi sert-elle ?

Je résolus en mon cœur de livrer ma chair au vin, tandis que mon cœur me conduirait avec sagesse, et de m’attacher à la folie jusqu’à ce que je visse ce qu’il est bon pour les fils de l’homme de faire sous les cieux pendant le nombre des jours de leur vie.

J’exécutai de grands ouvrages : je me bâtis des maisons; je me plantai des vignes; je me fis des jardins et des vergers, et j’y plantai des arbres à fruit de toute espèce; je me créai des étangs, pour arroser la forêt où croissaient les arbres. J’achetai des serviteurs et des servantes, et j’eus leurs enfants nés dans la maison; je possédai des troupeaux de bœufs et de brebis, plus que tous ceux qui étaient avant moi dans Jérusalem. Je m’amassai de l’argent et de l’or, et les richesses des rois et des provinces. Je me procurai des chanteurs et des chanteuses, et les délices des fils de l’homme, des femmes en grand nombre.

Je devins grand, plus grand que tous ceux qui étaient avant moi dans Jérusalem. Et même ma sagesse demeura avec moi. Tout ce que mes yeux avaient désiré, je ne les en ai point privés; je n’ai refusé à mon cœur aucune joie; car mon cœur prenait plaisir à tout mon travail, et c’est la part qui m’en est revenue. Puis, j’ai considéré tous les ouvrages que mes mains avaient faits, et la peine que j’avais prise à les exécuter; et voici, tout est vanité et poursuite du vent, et il n’y a aucun avantage à tirer de ce qu’on fait sous le soleil.

Alors j’ai tourné mes regards vers la sagesse, et vers la sottise et la folie. -Car que fera l’homme qui succédera au roi ? Ce qu’on a déjà fait. Et j’ai vu que la sagesse a de l’avantage sur la folie, comme la lumière a de l’avantage sur les ténèbres; le sage a ses yeux à la tête, et l’insensé marche dans les ténèbres. Mais j’ai reconnu aussi qu’ils ont l’un et l’autre un même sort. Et j’ai dit en mon cœur : J’aurai le même sort que l’insensé; pourquoi donc ai-je été plus sage ? Et j’ai dit en mon cœur que c’est encore là une vanité. Car la mémoire du sage n’est pas plus éternelle que celle de l’insensé, puisque déjà les jours qui suivent, tout est oublié. Eh quoi ! le sage meurt aussi bien que l’insensé! Et j’ai haï la vie, car ce qui se fait sous le soleil m’a déplu, car tout est vanité et poursuite du vent.

J’ai haï tout le travail que j’ai fait sous le soleil, et dont je dois laisser la jouissance à l’homme qui me succédera. Et qui sait s’il sera sage ou insensé ? Cependant il sera maître de tout mon travail, de tout le fruit de ma sagesse sous le soleil. C’est encore là une vanité. Et j’en suis venu à livrer mon cœur au désespoir, à cause de tout le travail que j’ai fait sous le soleil. Car tel homme a travaillé avec sagesse et science et avec succès, et il laisse le produit de son travail à un homme qui ne s’en est point occupé. C’est encore là une vanité et un grand mal. Que revient-il, en effet, à l’homme de tout son travail et de la préoccupation de son cœur, objet de ses fatigues sous le soleil? Tous ses jours ne sont que douleur, et son partage n’est que chagrin ; même la nuit son cœur ne repose pas. C’est encore là une vanité.

Il n’y a de bonheur pour l’homme qu’à manger et à boire, et à faire jouir son âme du bien-être, au milieu de son travail ; mais j’ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu. Qui, en effet, peut manger et jouir, si ce n’est moi ? Car il donne à l’homme qui lui est agréable la sagesse, la science et la joie ; mais il donne au pécheur le soin de recueillir et d’amasser, afin de donner à celui qui est agréable à Dieu. C’est encore là une vanité et la poursuite du vent. »

Poursuivant sa méditation-confession, le fils de David, roi de Jérusalem, nous livre ses pensées les plus intimes. Il fait état de ses désirs et de ses ambitions, de ses réalisations, de l’étendue de ses réussites dans tous les domaines. Pourtant il ne s’agit pas de la parade orgueilleuse d’un tyran s’assurant qu’il a tous les pouvoirs et qu’il est presque l’égal d’un dieu pour son peuple, mais de l’analyse lucide d’un homme placé par le destin ou par la vocation à la place unique qui est la sienne. Sans aucun cynisme ni mauvaise conscience, cet homme revendique son amour de la vie et des plaisirs, car il ne l’oppose en rien, bien au contraire, à sa quête de la sagesse.

Alors il se montre capable d’une sincérité sans concession : s’interrogeant sur le juste et l’injuste, il se lamente que le sage et l’insensé connaisse un sort semblable. Et il témoigne d’une rancœur désespérée, quand il réalise que tout ce qu’il a aimé, élaboré, construit, tombera aux mains d’un autre que lui : « Et qui sait s’il sera sage ou insensé ?» Pourtant il trouve la paix, car il se laisse pénétrer par l’assurance que tout vient de Dieu.

Il y a dans les paroles de l’Ecclésiaste, un modèle d’introspection dont nous pouvons nous inspirer. Notre grandeur a partie liée avec la juste reconnaissance de ce que nous sommes, de ce que nous faisons, de ce que nous ressentons. Et si parfois la reconnaissance de notre petitesse nous fait honte, il est bon que le même mot nous permette de nous tourner vers Dieu qui nous pardonne, nous accepte dans notre humanité, et nous abreuve de ses biens. Alors la joie de cette reconnaissance est si forte qu’elle nous libère pour la confiance, et même pour l’acceptation que notre Père, qui sait ce qu’il fait, fasse pleuvoir sur les justes comme sur les injustes.

Seigneur, nous te rendons grâce de nous avoir créés actifs et serviteurs dans ta création.

Nous te rendons grâce pour le labeur des femmes et des hommes qui

Jour après jour

Produisent les services et les biens nécessaires à la vie.

Nous te rendons grâce pour les relations et les liens

Que le travail permet de tisser

Pour la participation à une œuvre commune

Qui transforme et humanise le monde.

Pour les richesses qu’il permet de produire et de partager.

Garde-nous de faire du travail une idole ou une drogue

De nous laisser emporter par les sirènes du profit et du pouvoir.

Nous te prions pour les femmes et les hommes sans emploi

Ou qui souffrent de leurs conditions de travail.

En ce jour du 1er mai et ce temps du confinement

Donne-nous les forces nécessaires

Pour nous engager avec les autres

Dans les défis que posent l’économie, la justice sociale, l’urgence écologique.

Dans l’espérance et la joie du monde qui vient

Envoie-nous comme initiateurs des changements nécessaires.

Amen

D’après Jean-Paul Hoppstädter.




En chemin avec Qohelet 1

Méditation du jeudi 23 avril 2020. Pendant plusieurs semaines nous allons méditer sur les paroles de l’Ecclésiaste. En ce temps de pandémie mondiale, où la sagesse semble plus que jamais souhaitable, nous prions particulièrement pour tous ceux qui exercent des responsabilités et doivent prendre des décisions graves, au niveau sanitaire, politique, économique, social, spirituel. …

«Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem. Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ?

Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche; il soupire après le lieu d’où il se lève de nouveau. Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits. Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent. Toutes choses sont en travail au-delà de ce qu’on peut dire; l’oeil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre. Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. S’il est une chose dont on dise: Vois ceci, c’est nouveau! cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés. On ne se souvient pas de ce qui est ancien; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard.

Moi, l’Ecclésiaste, j’ai été roi d’Israël à Jérusalem. J’ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux: c’est là une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l’homme. J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil; et voici, tout est vanité et poursuite du vent. Ce qui est courbé ne peut se redresser, et ce qui manque ne peut être compté. J’ai dit en mon cœur : Voici, j’ai grandi et surpassé en sagesse tous ceux qui ont dominé avant moi sur Jérusalem, et mon cœur a vu beaucoup de sagesse et de science. J’ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie; j’ai compris que cela aussi c’est la poursuite du vent. Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur. »

 

Cette confession aux accents très personnels est attribuée par la tradition à Salomon, fils de David, grand roi qui désira la sagesse (1 Rois 3,7-9), réalisa d’immenses projets, mais se perdit dans la démesure, au point de tomber parfois dans l’idolâtrie (1 Rois 11,1-12). Cette ambivalence est riche de deux enseignements : On peut demander la sagesse mais non la posséder, en témoigner parfois, mais non l’accomplir, car seul Dieu est sage. Ceci est vrai pour tout humain : seule l’humilité, aidée par l’humour peut nous permettre d’accepter que tous nos efforts pour atteindre la sagesse sont vains. A moins que, couronnés de succès illusoires, ils ne nous conduisent à la dangereuse vanité d’une supériorité despotique sur les autres. « Qui veut faire l’ange fait la bête !».

D’un autre côté, cette ambivalence nous invite à regarder les gens de pouvoir avec plus de justesse. Ont-ils plus de folie, ont-ils plus de sagesse, que nous ? Ne soyons ni idolâtres ni juges implacables vis-à-vis des puissants ! Critiquons ou louons leurs actes et leurs efforts selon leurs qualités propres. La plume méditative « du fils de David, roi de Jérusalem » nous invite à prendre de la hauteur, à la mesure du souffle de la création, qui induit rythme et répétition inlassable des manifestations du vivant. Alors ce qui semble désoler peut devenir ce qui console, et non de moindre façon. Que tout se refasse sous le soleil, que rien ne soit nouveau : tristesse ou réjouissance ? Pénible sentiment de la vanité des choses ou conscience heureuse de la légèreté poétique de ce qui est, comme don et grâce de vivre ? Beauté, écriture, musicalité, communion des esprits et des cœurs, voilà qui éclaire la difficile condition humaine. Ce qui est dangereux est la volonté de puissance et de domination, a fortiori s’il s’agit de biens immatériels comme le savoir, l’intelligence, et même la spiritualité. « Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur. ». Ceci, mené à sa logique extrême, peut aboutir à un désespoir sans rémission et un nihilisme destructeur. Alors que Dieu nous invite au simple bonheur de vivre, en priant que tous ses enfants puissent le connaître et le partager

Nous prions avec ces mots de Suzanne de Dietrich.

Seigneur notre Dieu, quelle nation est juste devant toi ?

De toute la surface de la terre, le sang des peuples crie vers toi.

Nous préférons nos sécurités humaines à ta justice.

Nous disons : Paix ! là où il n’y a que mensonges et coalitions d’intérêts.

Seigneur, pardonne et sauve.

Ne nous laisse pas nous consumer nous-mêmes par notre iniquité.

Il n’est pas de limite à la puissance du désir des hommes.

Et nous sommes perdus si tu nous abandonnes.

Seigneur, garde-nous de toute fausse paix qui serait évasion de la réalité.

Garde-nous des silences complices.

Ne permets jamais que nous nous résignions au mal

Et que nous abandonnions le monde aux puissances de mensonge et de haine qui le déchirent.

Donne-nous un esprit de sagesse, de prudence et de courage

Chaque fois qu’il s’agit de prendre parti

Pour ce que nous croyons être la justice et la vérité.

Toi qui, dans les temps anciens, t’es suscité des prophètes

Donne aujourd’hui à ton Eglise les témoins courageux dont elle a besoin.

Pour l’amour et la gloire de ton nom. Amen !




Et si le virus nous parlait du Jubilé ?

Méditation du jeudi 16 avril 2020. Nous prions en particulier pour les personnes et les pays asservis à l’endettement, pour tous ceux et toutes celles qui, partout dans le monde, sont dans l’angoisse de la perte de leur travail et de leurs moyens de subsistance.

«Vous laisserez s’écouler sept périodes de sept ans, soit quarante-neuf ans. Ensuite, le dixième jour du septième mois, le grand jour du pardon des péchés, vous ferez retentir dans tout le pays une sonnerie de trompette accompagnée d’une ovation. De cette manière vous manifesterez que la cinquantième année est consacrée à Dieu, et vous proclamerez la libération pour tous les habitants du pays. Cette année portera le nom de « Jubilé ».

A cette occasion, chacun d’entre vous pourra rentrer en possession de ses terres et regagner sa famille. C’est ainsi que vous célébrerez tous les cinquante ans l’année du « Jubilé ». Vous ne devrez pas ensemencer vos champs, ni moissonner les épis qui auront poussé naturellement, ni vendanger les grappes qui auront mûri dans les vignes non soignées, car c’est l’année du « Jubilé », dont vous respecterez le caractère sacré. Par contre vous pourrez consommer ce que les champs produisent d’eux-mêmes. « Lors de l’année du «Jubilé», chacun de vous pourra rentrer en possession de ses terres.« 

Lévitique 25,8-13

La crise sanitaire liée au Coronavirus est mondiale ; elle est grosse d’une crise économique qui risque d’aggraver fortement les inégalités et les difficultés des plus fragiles parmi les pays et parmi les humains. Le mot dette est dans tous les esprits, provoquant vertige, angoisse, révolte, mais également espérance quand il est accolé au mot remise ou annulation. S’il est très difficile, quand on n’est pas économiste, de comprendre les tenants et aboutissants de la dette publique des Etats, tout un chacun peut ressentir que, dans un cadre privé, l’accumulation et l’aggravation de la dette aboutissent à une forme d’esclavage.

Dans le Code de Sainteté du Lévitique déjà on rencontre une forte préoccupation sur le sort des endettés, et elle se traduit par des lois intégrées à la logique chabbatique. Celles-ci concernent le repos du septième jour, et, pour la septième année, le repos complet du sol et le partage avec tous des récoltes de l’année précédente. Pour la cinquantième année, ou année jubilaire, il s’agit de la remise des dettes rendant à chacun ses possessions et moyens de vivre. Plus qu’une mesure de charité, ces lois visent la justice et l’intégration sociale. Elles ne concernent donc pas seulement Israël mais également les étrangers : « Quand un de vos compatriotes tombé dans la misère ne pourra plus tenir ses engagements à votre égard, vous devrez lui venir en aide, afin qu’il puisse continuer à vivre à vos côtés. Vous agirez de cette manière même envers un étranger ou un hôte résidant dans votre pays. » Lév 25,35

Si nous prenons la mesure de cette logique chabbatique, si nous travaillons ensemble à des interprétations selon les contextes, à des actualisations innovantes et réalistes, alors ce temps d’arrêt forcé que nous vivons au niveau planétaire peut devenir celui d’un confinement fécond, où les impossibles d’hier ne nous apparaissent plus comme tels aujourd’hui, car ils sont en train de devenir les conditions, les défis et les chances de notre vie à tous dans ce monde qui nous est commun. Souhaitons qu’aux temps de la reprise des activités humaines, l’esprit chabbatique continue de nous inspirer, avec son exigence de mesure, de justice, de partage, de respect de Dieu et de la création.

Prions avec St Anselme de Cantorbéry (XIème siècle).

Donne-moi, Seigneur, de compatir

Mon Dieu, tu es toute tendresse pour moi.

Je te le demande par ton Fils bien-aimé : accorde-moi de me laisser emplir de miséricorde et d’aimer tout ce que tu m’inspires.

Donne-moi de compatir à ceux qui sont dans l’affliction, et d’aller au secours de ceux qui sont dans le besoin.

Donne-moi de soulager les malheureux, d’offrir un asile à ceux qui en manquent, de consoler les affligés, d’encourager les opprimés.

Donne-moi de rendre la joie aux pauvres, d’être l’appui de ceux qui pleurent, de remettre sa dette à celui qui en aura contracté une à mon égard.

Donne-moi de pardonner à celui qui m’aura offensé, d’aimer ceux qui me haïssent, de rendre toujours le bien pour le mal, de n’avoir de mépris pour personne, et d’honorer tous les hommes.

Donne-moi d’imiter les bons, de renoncer à la fréquentation des méchants, de pratiquer les vertus et d’éviter les vices.

Donne-moi, Seigneur, la patience quand tout va mal et la modération quand tout va bien.

Donne-moi de savoir maîtriser ma langue et de poser, au besoin, une garde à ma bouche.

Enfin, mon Dieu, donne-moi le mépris des choses qui passent et la soif des biens éternels.




Recevoir la prière de Jésus à Gethsémané !

Méditation du jeudi 9 avril 2020. En ce temps d’épidémie, nous prions pour tous ceux et toutes celles qui sont touchés par la maladie et le deuil, et pour toutes celles et tous ceux qui, par leur métier, leur engagement, leur aide, leurs prières, font œuvre de vie, partout dans le monde.

«Ils arrivèrent ensuite à un endroit appelé Gethsémané, et Jésus dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. » Puis il emmena avec lui Pierre, Jacques et Jean. Il commença à ressentir de la frayeur et de l’angoisse, et il leur dit : « Mon coeur est plein d’une tristesse mortelle ; restez ici et demeurez éveillés. » Il alla un peu plus loin, se jeta à terre et pria pour que, si c’était possible, il n’ait pas à passer par cette heure de souffrance. Il disait : « Abba, ô mon Père, tout t’est possible ; éloigne de moi cette coupe de douleur. Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » Il revint ensuite vers les trois disciples et les trouva endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ? Tu n’as pas été capable de rester éveillé même une heure ? Restez éveillés et priez, pour ne pas tomber dans la tentation. L’être humain est plein de bonne volonté, mais il est faible. »

Il s’éloigna de nouveau et pria en répétant les mêmes paroles. Puis il revint auprès de ses disciples et les trouva endormis ; ils ne pouvaient pas garder les yeux ouverts. Et ils ne savaient pas que lui dire. Quand il revint la troisième fois, il leur dit : « Vous dormez encore et vous vous reposez ? C’est fini ! L’heure est arrivée. Maintenant, le Fils de l’homme va être livré entre les mains des pécheurs. Levez-vous, allons-y ! Voyez, l’homme qui me livre à eux est ici !  »

Marc 14,32-62 

 

Goutte d’eau © Pixabay

Qu’entendre de la prière de Jésus à Gethsémané ?

C’est dans l’angoisse que Jésus appréhende la souffrance et la mort. Si l’offrande de sa vie fait sens pour lui, comme il l’a annoncé, il n’y attache aucune valeur héroïque. A l’heure où des fanatiques religieux croient servir Dieu en se tuant et en tuant d’autre personnes, Jésus le Christ, en vrai fils d’Israël, choisit la vie et il nous invite à aimer la vie qu’il nous donne.

En demandant grâce à son Père, Jésus nous montre aussi qu’il ne se prend pas pour Dieu. Les versets de Philippiens 2, 6-8 expriment au mieux cette intimité d’amour qui ne se transforme jamais en droit acquis ou en orgueil spirituel : « Existant en forme de Dieu, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme une proie à arracher, mais il s’est dépouillé lui-même, prenant forme de serviteur, et devenant semblable aux hommes… jusqu’à mourir sur une croix ! »

Enfin Jésus, en s’en remettant à la volonté de Dieu, nous guide dans notre douloureux questionnement sur ce concept parfois dangereux. Que signifie la volonté de Dieu ? Que pouvons-nous en savoir ? Celui qui prie Dieu pour être guéri et qui l’est, y verra peut-être la volonté de Dieu et l’en remerciera. Mais son voisin qui, priant, n’a pas été guéri, pensera-t-il que Dieu est injuste, ou que lui-même n’a pas prié comme il faut ? Celui qui se prend pour un prophète assènera que cataclysmes et épidémies sont des punitions que Dieu envoie aux humains pour leurs fautes. Mais comment Dieu pourrait-il vouloir une mort qui frappe tout le monde, les bons comme les méchants ? Et Dieu a-t-il voulu la mort du Christ, au sens où nous comprenons ce verbe ? A-t-il fait ces horribles calculs qu’on lui a parfois prêtés où sa colère ne pouvait être apaisée que par le sang du Juste ?

Ou bien est-Il un Dieu faible, dont la volonté d’amour est anéantie par le mal commis par les hommes ? A moins que sa puissance ne se situe à un autre niveau, et ne s’exerce autrement !

Jésus à Gethsémané nous invite au silence et à l’écoute, à la veille. C’est là, entre la demande de grâce et le oui de la confiance, qu’un soupir se fait entendre, qui n’est pas d’impuissance mais de présence et de tendresse : « Je suis là, avec toi. N’aie plus peur !

En ces temps de grande épreuve pour beaucoup, où nous vivons en quelques jours la souffrance de la croix et la joie de la résurrection du Christ, laissons-nous porter, consoler, encourager par cette prière du Pasteur Charles Wagner (1852 – 1918), qui fonda en 1907 le Temple du Foyer de l’Âme à Paris.

Père, merci du don royal de la vie ! Je ne l’ai pas toujours apprécié à son prix : pardonne à mon aveuglement. J’en ai perdu de belles parts ; j’en ai mal employé d’autres et je baisse les yeux devant ta souriante bonté.

Tu m’as comblé de biens. Tu m’as donné un cœur vibrant, croyant, aimant. Tu m’as touché de ta main puissante et je t’ai éprouvé comme si je te serrais dans mes mains, te voyais de mes yeux, t’entendais de mes oreilles. Mes souffrances mêmes m’ont conduit vers toi comme des sentiers sûrs qui montent vers les sommets. Tu m’as donné un foyer, des enfants, des amis, la foi en toi et dans les hommes par l’esprit du Fils de l’homme, mon compagnon, mon frère, la joie du travail, la force, la santé. Tu m’as permis de rester simple et de garder mon âme jeune et des goûts sains. Tu m’as pardonné toutes mes fautes, misères et manquements graves et tu m’as garanti des pièges que dresse notre propre égarement ou que prépare la malice d’autrui. Tu as permis que je discerne le mal et les laideurs sans en être frappé par trop. Tu m’as renouvelé tous les jours l’espérance, le courage, le don joyeux de sourire et d’oublier les offenses. Tu as garni mon sentier d’amis, comme la treille est garnie de grappes, pour que je puisse aimer et être aimé, infiniment, noblement, divinement. Tu m’as mis un chant sur les lèvres et une source dans le cœur, une source intarissable où sont venus boire tant d’altérés que la source elle-même en tressaille de bonheur. Tu m’as mis une flamme dans la poitrine et permis d’éclairer, de réchauffer, d’avertir même de loin. Tu as mis dans ma bouche mortelle des accents immortels. Tu m’as inspiré, guidé, porté.

Je t’aime avec ma poussière, ma douleur, ma faiblesse, mes souvenirs, mes repentirs. Je t’aime avec mon espérance, ma foi, avec ce que j’ai d’immortel. Mes jours peuvent s’incliner vers leur soir, la clarté passée me suffit. Reste avec moi, c’est ma seule prière. Je ne demande rien d’autre, ni pour maintenant, ni pour demain, ni pour après la mort. Pourvu que je sois à toi ! Garde et augmente-moi la douce confiance. Mets ta douceur dans mes yeux, dans mes mains, dans ma pensée, afin que je puisse rayonner sur tous les blessés et mettre de la clarté dans les âmes pleines d’ombres. Prends-moi tout entier. Dans les joies, les peines, sur les sommets, au fond des vallées et des gorges, chemine avec moi. Tout est là. Ô Lumière immortelle et sublime, douceur infinie, tendresse immense qui partage tous nos fardeaux et prépare des moissons inouïes dans nos obscures semailles, soit louée. Mon âme monte à toi, en toi et te magnifie, comme l’alouette monte dans le ciel bleu et s’enivre d’espace, de soleil et d’alléluias.
Amen.

 




Aujourd’hui la peine, aujourd’hui la joie !

Méditation du jeudi 2 avril 2020. Nous prions pour notre envoyée au Liban, et pour tous ceux qui, en ce temps de pandémie, partout en ce monde, accueillent, soignent, accompagnent, font vivre leur prochain..

«Quand ils approchèrent de Jérusalem et arrivèrent près du village de Bethfagé, sur le mont des Oliviers, Jésus envoya en avant deux des disciples : « Allez au village qui est là devant vous, leur dit-il. Vous y trouverez tout de suite une ânesse attachée et son ânon avec elle. Détachez-les et amenez-les-moi. Si l’on vous dit quelque chose, répondez : « Le Seigneur en a besoin.» Et aussitôt on les laissera partir. »

Cela arriva afin que se réalisent ces paroles du prophète :
« Dites à la population de Sion :
Regarde, ton roi vient à toi,
plein de douceur, monté sur une ânesse,
et sur un ânon, le petit d’une ânesse. »

Les disciples partirent donc et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l’ânesse et l’ânon, posèrent leurs manteaux sur eux et Jésus s’assit dessus. Une grande foule de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et les mettaient sur le chemin. Les gens qui marchaient devant Jésus et ceux qui le suivaient criaient : « Gloire au Fils de David ! Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur ! Gloire à Dieu dans les cieux ! »

Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la population se mit à s’agiter. « Qui est cet homme ? » demandait-on. « C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée », répondaient les gens. »

Matthieu 21,1-11

 

Il y a, dans l’histoire humaine, de ces moments où l’on se trouve soulevé par un intense sentiment d’exaltation, une communion heureuse, autour d’un événement ou d’une personne. La joie irradie les cœurs, éclate à travers des cris, des chants, des danses. Et cela provoque comme un arrêt du temps, très passager, mais suffisant pour laisser entrevoir un autre niveau de réalité, une anticipation du monde à venir, « une félicité de vie éternelle ».

Cette entrée de Jésus à Jérusalem, sous la forme royale qu’il a lui-même conçue et préparée avec ses disciples, et telle qu’on la fête de siècle en siècle, à renfort de rameaux, de salutations messianiques, de mouvements joyeux d’enfants conviés à la fête, est de cet ordre-là.

Pourtant Jésus savait ce qui l’attendait aux lendemains de cette journée. Nous-mêmes connaissons la suite. Et le récit de la passion est lu à la messe des Rameaux dans l’Eglise catholique. Comment se réjouir au bord du malheur et de la souffrance ? Comment conjuguer joie et douleur, exultation et inquiétude ?

La réponse est dans la question nous signifie Jésus. Joie et peine, naissance et deuil sont intimement liés. Porteur d’une souffrance indicible, il s’est offert ce jour-là comme symbole d’une joie royale à venir. Dans quelques jours nous pleurerons avec lui, sur lui, tout en conservant au fond de nous la joie imprenable qu’il aura lui-même allumée.

En ces temps d’épidémie, d’angoisse, de maladie et de deuil pour beaucoup, chaque jour nous apporte aussi des joies inédites, des signes de soin et de tendresse, des raisons de se réjouir et d’espérer. Et ce prochain dimanche nous apportera la joie du Roi qui vient, non de ce monde mais pour ce monde.

« La tendresse » – Noël Roux / Hubert Giraud
version symphonique et confinée à écouter : La tendresse, orchestrée par Valentin Vander

On peut vivre sans richesse
Presque sans le sou
Des seigneurs et des princesses
Y’en a plus beaucoup
Mais vivre sans tendresse
On ne le pourrait pas
Non, non, non, non
On ne le pourrait pas

On peut vivre sans la gloire
Qui ne prouve rien
Etre inconnu dans l’histoire
Et s’en trouver bien
Mais vivre sans tendresse
Il n’en est pas question
Non, non, non, non
Il n’en est pas question

Quelle douce faiblesse
Quel joli sentiment
Ce besoin de tendresse
Qui nous vient en naissant
Vraiment, vraiment, vraiment

Le travail est nécessaire
Mais s’il faut rester
Des semaines sans rien faire
Eh bien… on s’y fait
Mais vivre sans tendresse
Le temps vous paraît long
Long, long, long, long
Le temps vous parait long

Dans le feu de la jeunesse
Naissent les plaisirs
Et l’amour fait des prouesses
Pour nous éblouir
Oui mais sans la tendresse
L’amour ne serait rien
Non, non, non, non
L’amour ne serait rien

Quand la vie impitoyable
Vous tombe dessus
On n’est plus qu’un pauvre diable
Broyé et déçu
Alors sans la tendresse
D’un cœur qui nous soutient
Non, non, non, non
On n’irait pas plus loin

Un enfant vous embrasse
Parce qu’on le rend heureux
Tous nos chagrins s’effacent
On a les larmes aux yeux
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu…
Dans votre immense sagesse
Immense ferveur
Faites donc pleuvoir sans cesse
Au fond de nos cœurs
Des torrents de tendresse
Pour que règne l’amour
Règne l’amour
Jusqu’à la fin des jours

 




Confinement : un temps hors du temps




La résurrection de Lazare : l’amour à l’œuvre !

Méditation du jeudi 26 mars 2020. Nous prions pour nos envoyés à Madagascar, pour les Églises et tout le pays, menacé par les effets du Coronavirus.

«Un homme appelé Lazare tomba malade. Il habitait Béthanie, le village où vivaient Marie et sa soeur Marthe. — Marie était cette femme qui répandit du parfum sur les pieds du Seigneur et les essuya avec ses cheveux, et c’était son frère Lazare qui était malade. — Les deux soeurs envoyèrent quelqu’un dire à Jésus : « Seigneur, ton ami est malade. » Lorsque Jésus apprit cette nouvelle, il dit : « La maladie de Lazare ne le fera pas mourir ; elle doit servir à montrer la puissance glorieuse de Dieu et à manifester ainsi la gloire du Fils de Dieu. »

Jésus aimait Marthe et sa soeur, ainsi que Lazare. Or, quand il apprit que Lazare était malade, il resta encore deux jours à l’endroit où il se trouvait, puis il dit à ses disciples : « Retournons en Judée. » Les disciples lui répondirent : « Maître, il y a très peu de temps on cherchait à te tuer à coups de pierres là-bas et tu veux y retourner ? » Jésus leur dit : « Il y a douze heures dans le jour, n’est-ce pas ? Si quelqu’un marche pendant le jour, il ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde. Mais si quelqu’un marche pendant la nuit, il trébuche, parce qu’il n’y a pas de lumière en lui. » Après avoir dit cela, Jésus ajouta : « Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais aller le réveiller. » Les disciples répondirent : « Seigneur, s’il s’est endormi, il guérira. » En fait, Jésus avait parlé de la mort de Lazare, mais les disciples pensaient qu’il parlait du sommeil ordinaire. Jésus leur dit alors clairement : « Lazare est mort. Je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là-bas, parce qu’ainsi vous croirez en moi. Mais allons auprès de lui. » Alors Thomas — surnommé le Jumeau — dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec notre Maître ! »

Quand Jésus arriva, il apprit que Lazare était dans la tombe depuis quatre jours déjà. Béthanie est proche de Jérusalem, à moins de trois kilomètres, et beaucoup de Juifs étaient venus chez Marthe et Marie pour les consoler de la mort de leur frère. Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle partit à sa rencontre ; mais Marie resta assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais je sais que même maintenant Dieu te donnera tout ce que tu lui demanderas. » Jésus lui dit : « Ton frère se relèvera de la mort. » Marthe répondit : « Je sais qu’il se relèvera lors de la résurrection des morts, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt ; et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » — « Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que tu es le Messie, le Fils de Dieu, celui qui devait venir dans le monde. »

Sur ces mots, Marthe s’en alla appeler sa soeur Marie et lui dit tout bas : « Le Maître est là et il te demande de venir. » Dès que Marie eut entendu cela, elle se leva et courut au-devant de Jésus. Or, Jésus n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.

Quand les Juifs qui étaient dans la maison avec Marie pour la consoler la virent se lever et sortir en hâte, ils la suivirent. Ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva là où se trouvait Jésus ; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Jésus vit qu’elle pleurait, ainsi que ceux qui étaient venus avec elle. Il en fut profondément ému et troublé, et il leur demanda : « Où l’avez-vous mis ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens et tu verras. » Jésus pleura. Les Juifs dirent alors : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais quelques-uns d’entre eux dirent : « Lui qui a guéri les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas aussi empêcher Lazare de mourir ? »

Jésus, de nouveau profondément ému, se rendit au tombeau. C’était une caverne, dont l’entrée était fermée par une grosse pierre. « Enlevez la pierre », dit Jésus. Marthe, la soeur du mort, lui dit : « Seigneur, il doit sentir mauvais, car il y a déjà quatre jours qu’il est ici. » Jésus lui répondit : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Jésus leva les yeux vers le ciel et dit : « Père, je te remercie de m’avoir écouté. Je sais que tu m’écoutes toujours, mais je le dis à cause de ces gens qui m’entourent, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. » Cela dit, il cria très fort : « Lazare, sors de là ! » Le mort sortit, les pieds et les mains entourés de bandes et le visage enveloppé d’un linge. Jésus dit alors : « Déliez-le et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, parmi ceux qui étaient venus chez Marie et avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. » 

Jean 11, 1-41

 

La résurrection de Lazare, Giotto, chapelle de l’Arena, Padoue, 1303

A travers ce long récit un homme, Lazare, entre dans la maladie, meurt, est enseveli selon le rituel, demeure quatre jours au tombeau, puis est réveillé de la mort à l’appel de Jésus, délié de ses bandelettes, libéré et rendu à la vie et à l’affection des siens. La mort et le désespoir sont vaincus, une confiance nouvelle naît autour de Jésus de Nazareth.

Combien d’hommes et de femmes, de génération en génération, ont médité, prié ce récit de résurrection, pour nourrir leur foi et leur espérance, mais aussi, dans de nombreux cas, pour déplorer la rareté des « miracles », et s’interroger sur le pourquoi de ce qu’ils ont vécu peut-être comme un non-exaucement de leur propre prière. Croit-on à cause des miracles ?

Le récit de la mort et de la résurrection de Lazare est également traversé par une autre histoire de mort, celle qui menace Jésus, dont ses disciples ont conscience et l’avertissent, et dans laquelle Thomas déclare vouloir le suivre : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec notre Maître ! » Ainsi donc la mort, si déchirante et si crue dans sa matérialité malodorante pourrait, dans certains cas, devenir souhaitable ? Thomas sait-il ce qu’il dit dans son enthousiasme pour son maître, lui qui plus tard aura besoin du voir et du toucher pour croire à la résurrection ?

A toutes les questions que nous nous posons une parole de Jésus donne une orientation : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Donner sa vie à en mourir, et non sublimer la mort !

Le récit de la mort et de la résurrection de Lazare est une histoire d’amour : amour familial entre les deux sœurs et leur frère, amour de la communauté juive pour cette famille endeuillée, amour des sœurs pour Jésus, amour de Jésus pour les membres de cette famille. Il pleure en apprenant la mort de Lazare.

C’est cet amour qui trace un chemin de la mort à la vie : chemin de prière et de paroles, d’accompagnement fraternel, de peine partagée, d’espérance qui renaît, chemin de foi. Alors même le temps d’attente, celui qui est perçu comme un retard fatidique de Jésus, prend sens. Il ne s’agit ni d’indifférence ni d’impuissance mais de ce temps de Dieu qui nous dépasse, et où s’opère la gestation d’une vie renouvelée par la joie et la confiance. « Lazare est mort. Je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là-bas, parce qu’ainsi vous croirez en moi. Mais allons auprès de lui. » dit Jésus.

Ton christ n’est pas sur la croix,
Il est croix même, corps dressé
Bras ouverts, en un ardent geste d’accueil
Il est vie, parce qu’un jour tu es avec lui
Entré en communion de toute ton âme,
Parce que de toute notre âme nous aussi
Nous avons un jour communié avec lui.
De corps à corps, d’âme à âme, désormais
Nous ne sommes plus que communion,
Autour d’une fontaine inépuisable.

Il est vie parce qu’il est allé au bout
D’une terrible mort pleinement consentie,
Et cette mort, il l’a une fois pour toutes
Transformée en un sûr passage
Vers la vraie Vie. Oui, ton christ
N’est pas sur la croix, il est croix même,
Chemins croisés de tous les exilés,
Chemins croisés de tous les assoiffés.
La fontaine est là, partageant ce don,
Nous ne sommes plus que communion.

Prière inspirée à François Cheng par le Christ sculpté par Pierre de Grauw, qui se trouve à la chapelle St Bernard de Montparnasse à Paris




Quels gestes pour manifester les œuvres de Dieu ?

Méditation du jeudi 19 mars 2020. Nous prions pour tous nos envoyés, et pour les personnes malades du Coronavirus ainsi que leurs familles.

« En chemin, Jésus vit un homme qui était aveugle depuis sa naissance. Ses disciples lui demandèrent : « Maître, pourquoi cet homme est-il né aveugle : à cause de son propre péché ou à cause du péché de ses parents ? » 

Jésus répondit : « Ce n’est ni à cause de son péché, ni à cause du péché de ses parents. Il est aveugle pour que l’oeuvre de Dieu puisse se manifester en lui. Pendant qu’il fait jour, nous devons accomplir les oeuvres de celui qui m’a envoyé. La nuit s’approche, où personne ne peut travailler. Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » Après avoir dit ces mots, Jésus cracha par terre et fit un peu de boue avec sa salive ; il frotta les yeux de l’aveugle avec cette boue et lui dit : « Va te laver la figure à la piscine de Siloé. » — Ce nom signifie « Envoyé ». — L’aveugle y alla, se lava la figure et, quand il revint, il voyait ! Ses voisins et ceux qui l’avaient vu mendier auparavant demandaient : « N’est-ce pas cet homme qui se tenait assis pour mendier ? » Les uns disaient : « C’est lui. » D’autres disaient : « Non, ce n’est pas lui, mais il lui ressemble. » Et l’homme disait : « C’est bien moi. » Ils lui demandèrent : « Comment donc tes yeux ont-ils été guéris ? » Il répondit : « L’homme appelé Jésus a fait un peu de boue, il en a frotté mes yeux et m’a dit : « Va à Siloé te laver la figure. » J’y suis allé et, après m’être lavé, je voyais ! » Ils lui demandèrent : « Où est cet homme ? » — « Je ne sais pas », répondit-il. »

Évangile de Jean 9,1-12

Soigner son prochain © Pixabay

Ce récit commence par une énigme et une incohérence. D’abord comment Jésus et les disciples savent-ils que l’homme qu’ils rencontrent est né aveugle ? Peut-on le deviner à son visage, son attitude ? Et s’il est aveugle de naissance comment pourrait-il en être responsable ? Quel péché intra-utérin aurait-il bien pu commettre ?

Ceci montre une chose : on interprète automatiquement ce que l’on voit. Notre machine à penser ne s’arrête jamais, et même sans que nous nous en rendions compte, nous portons un jugement sur les gens, les choses, les situations. Et ce faisant, comme les disciples, nous nous laissons entraîner vers des déductions et des interrogations parfois douteuses.

En l’occurrence, les disciples n’envisagent pas qu’il n’y ait aucune cause à la cécité de l’homme qu’ils rencontrent ; d’emblée ils demandent qui est responsable ? Mais que cherchent-ils en posant cette question ? A trouver un coupable ? A être rassurés sur la justice de Dieu ? Ou bien à être détrompés et enseignés d’une autre façon par leur maître ? Posent-ils leur question de bonne foi, en restant ouvert à une réponse inattendue ?
De fait Jésus balaie la question des causes pour parler du projet de Dieu et mettre en œuvre, concrètement et immédiatement, la guérison de l’homme, en frottant ses yeux avec ce qu’il a sous la main : sa propre salive et un peu de poussière.

Il est difficile de renoncer à chercher des explications au mal car cela nous passionne. Jésus nous invite à une autre passion : nous tourner vers Dieu, le prier en faveur d’autrui, le laisser nous inspirer les gestes qui témoigneront de ses œuvres bonnes. Ainsi nous pourrons dissiper les miasmes du désespoir pour libérer la lumière de l’espérance.

Seigneur, mon Dieu,
Toi qui es la lumière des aveugles
et la force des faibles,
Toi qui es aussi la lumière des voyants
et la force des forts,
sois attentif à ma prière,
écoute les appels que je lance
du plus profond de ma misère.
Car si tu ne m’entends pas
et si tu te détournes de moi,
où puis je aller et à qui m’adresser ?
Ô mon Dieu,
achève d’illuminer mon esprit :
ta parole est ma joie,
plus agréable que toutes les richesses,
tous les honneurs et tous les plaisirs.
Ne me laisse pas, Seigneur,
sans la plénitude de tes dons
ne m’abandonne pas,
je suis comme une plante
qui a besoin que tu l’arroses
en la favorisant de tes grâces.
Seigneur,
aie pitié de moi, exauce mon souhait.
Fais, par ta miséricorde,
que je trouve grâce devant Toi,
pour me faire découvrir
les merveilles de ta parole.
Amen

Saint Augustin, Confessions XI




Sans mémoire le désespoir nous guette

Méditation du jeudi 15 mars 2020. Nous prions pour notre envoyée au Burundi.

«Assoiffé, le peuple se mit à protester contre Moïse en disant : « Pourquoi nous as-tu fait quitter l’Égypte ? Est-ce pour nous faire mourir de soif ici, avec nos enfants et nos troupeaux ? » Moïse implora le secours du Seigneur : « Que dois-je faire pour ce peuple ? demanda-t-il. Encore un peu et ils vont me lancer des pierres ! » Le Seigneur lui répondit : « Passe devant le peuple, accompagné de quelques-uns des anciens d’Israël. Tu t’avanceras en tenant à la main le bâton avec lequel tu as frappé le Nil. Moi, je me tiendrai là, devant toi, sur un rocher du mont Horeb ; tu frapperas ce rocher, il en sortira de l’eau et le peuple pourra boire. » Moïse obéit à cet ordre, sous le regard des anciens.

On a appelé cet endroit Massa et Meriba — ce qui signifie « Épreuve » et « Querelle » — parce que les Israélites avaient cherché querelle à Moïse et avaient mis le Seigneur à l’épreuve, en demandant : «Le Seigneur est-il parmi nous, oui ou non ?»  » 

Exode 17, 3-7

Vaut-il d’échapper à la servitude pour se retrouver démunis dans le désert ? Que pèsent les commandements de Dieu au moment où tous les enfants d’Israël risquent de tomber d’inanition ? La première épreuve a été la faim, et le peuple a été sauvé par la vision de la gloire de Dieu, qui leur a envoyé les cailles et la manne. Maintenant vient la soif. Comment se fait-il que le peuple souffrant de la soif oublie qu’il a eu faim et qu’il a été nourri ? Manifestement, la première expérience ne s’est inscrite dans la mémoire ni des uns ni des autres comme une leçon de confiance. Est-ce fatal que devant une nouvelle épreuve s’enclenche le même scénario de violence, et se prononcent les mêmes récriminations ? « Ils sont prêt à me lapider, se plaint Moïse. »

Et si la mémoire était l’enjeu de l’Histoire, comme ressourcement de l’espérance. Si Dieu a sauvé, il sauvera ; si ce qui a été détruit a été reconstruit, il en ira de même à l’avenir ; si une épidémie a été contenue, celle-ci connaîtra aussi une fin. Non par effet mécanique mais parce que la force de vie garde mystérieusement sa puissance.

Mais comme la mémoire semble fragile et intermittente, il faut sans cesse conter et compter les bienfaits de Dieu, et répéter les gestes antérieurs. C’est ainsi que Moïse use de son célèbre bâton, non pour transformer l’eau du Nil en sang, mais pour faire jaillir du rocher l’eau de la source de vie, sous le regard de Dieu, des anciens, et du peuple. Et comme la mémoire du bien doit parfois s’appuyer sur la mémoire du moins bien, les noms de lieux restent à demeure, pour témoigner de ce qui fut.

Nous ne savons pas où nous allons. Nous ne voyons pas la route devant nous.
Nous ne pouvons pas prévoir avec certitude ou elle aboutira.
Nous ne nous connaissons pas vraiment nous-mêmes.
Et, si nous croyons sincèrement écouter la Parole, Cela ne veut pas dire qu’en fait nous nous y conformons.
Nous croyons cependant que notre désir de plaire à Dieu lui plait.
Nous espérons avoir ce désir au cœur en tout ce que nous faisons Et nous aimerions ne jamais rien faire à l’avenir sans ce désir.
Nous croyons qu’il nous conduira sur la bonne route, Même si nous ne la connaissons pas nous-mêmes.
Nous lui ferons donc confiance, Même quand nous aurons l’impression que nous nous sommes perdus Et que nous marchons à l’ombre de la mort.
Il est toujours avec nous. Nous ne sommes pas seuls.
Jour après jour, la grâce et la paix nous sont données de la part de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre Sauveur.

Thomas Merton