En chemin avec Qohelet 12

Méditation du jeudi 09 juillet. Nous prions pour notre envoyé à La Réunion. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Mais souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais arrivent et que les années s’approchent où tu diras : Je n’y prends point de plaisir ; avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière, la lune et les étoiles, et que les nuages reviennent après la pluie, temps où les gardiens de la maison tremblent, où les hommes forts se courbent, où celles qui moulent s’arrêtent parce qu’elles sont diminuées, où ceux qui regardent par les fenêtres sont obscurcis, où les deux battants de la porte se ferment sur la rue quand s’abaisse le bruit de la meule, où l’on se lève au chant de l’oiseau, où s’affaiblissent toutes les filles du chant, où l’on redoute ce qui est élevé, où l’on a des terreurs en chemin, où l’amandier fleurit, où la sauterelle devient pesante, et où la câpre n’a plus d’effet, car l’homme s’en va vers sa demeure éternelle, et les pleureurs parcourent les rues ; avant que le cordon d’argent se détache, que le vase d’or se brise, que le seau se rompe sur la source, et que la roue se casse sur la citerne ; avant que la poussière retourne à la terre, comme elle y était, et que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné. Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, tout est vanité.

Outre que l’Ecclésiaste fut un sage, il a encore enseigné la science au peuple, et il a examiné, sondé, mis en ordre un grand nombre de sentences. L’Ecclésiaste s’est efforcé de trouver des paroles agréables ; et ce qui a été écrit avec droiture, ce sont des paroles de vérité.

Les paroles des sages sont comme des aiguillons ; et, rassemblées en un recueil, elles sont comme des clous plantés, données par un seul maître. Du reste, mon fils, tire instruction de ces choses ; on ne finirait pas, si l’on voulait faire un grand nombre de livres, et beaucoup d’étude est une fatigue pour le corps.

Écoutons la fin du discours : Crains Dieu et observe ses commandements. C’est là ce que doit faire tout homme. Car Dieu amènera toute œuvre en jugement, au sujet de tout ce qui est caché, soit bien, soit mal. »

Ecclesiaste 12

« Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ! »

A qui prononce ce dicton bien connu on préfèrera prêter un indulgent sourire plutôt qu’un rictus amer. Car bonne et généreuse peut être la tristesse de quiconque aime passionnément vivre, au moment où il sent et voit ses forces décliner et la vie le quitter, avant que lui-même ne soit prêt à cette séparation. Bonne et généreuse cette tristesse quand elle cherche les mots les plus doux et les plus justes pour avertir et toucher au cœur la jeune génération en l’orientant vers l’essentiel. Tout au long de son livre, le roi de Jérusalem, fils de David, a évoqué, exprimé cet essentiel : jouir de la vie sous toutes ses formes, en tous ses instants, dans toute sa beauté, mais en reliant sans cesse cette jouissance à la joie reconnaissante envers le Créateur, le Donateur de tous ces biens.

Et c’est là le point d’insistance, en ces ultimes propos : « Souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais arrivent … » Cela ne saurait signifier que ce souvenir s’éteint en la vieillesse. Mais si le cœur n’a pas connu jeune la joie de la gratitude, comment pourrait-il la découvrir quand les choses de la vie sont devenues plus difficiles ? Alors il y a danger, à l’heure où la prière se charge de plainte, que celle-ci envahisse complètement l’espace et le temps du dialogue avec Dieu.

Or l’ecclésiaste n’est pas un jaloux, qui voudrait que lui mort personne ne lui survive. Le « vanité des vanités » ne se veut pas une parole de découragement universel, mais d’encouragement en Dieu. « Ce qui a été écrit avec droiture, ce sont des paroles de vérité ! » Ce qui a valu pour nous vaudra pour ceux qui nous suivront, et c’est un merveilleux sujet de réjouissance qui suppose que nous acceptions notre propre mortalité. Sachant ce que nous perdons avec la vie, confions-le à nos enfants, petits-enfants et aux générations à venir. C’est le secret de toute transmission.

« Mon peuple, écoute mes instructions ! Prêtez l’oreille aux paroles de ma bouche !
J’ouvre la bouche par des sentences, Je publie la sagesse des temps anciens.
Ce que nous avons entendu, ce que nous savons, ce que nos pères nous ont raconté,
Nous ne le cacherons point à leurs enfants ; nous dirons à la génération future les louanges de l’Éternel, et sa puissance, et les prodiges qu’il a opérés. » Ps 78, 1-4

 

Nous prions avec ces mots de Jacques Maréchal

Nous prions
Seigneur
Ils vont leur chemin, ces garçons et ces filles,
Comme tes disciples vers Emmaüs.
Tu m’as mis sur leur route.
Donne-moi de les rejoindre comme tu m’as rejoint dans mon histoire,
Respectant les méandres, les déviances de ma vie.
Apprends-moi, non seulement à les voir, mai à les regarder :
Ces visages chiffonnés, lisses, ou ceux dont le sourire dit le cœur
Ces yeux vides, fuyants, ou ce regard pétillant d’étoiles.

Apprends-moi, Seigneur, à rejoindre ton désir pour eux
En embrassant toute l’étendue de leurs propres désirs.
A ne pas me figer sur ce qu’ils sont,
Mais à me fixer sur ce qu’ils ne sont pas encore.
Comme toi avec tes deux disciples, donne-moi de les aider à apprendre
Que l’essentiel est de goûter les choses intérieurement.

Apprends-moi, envers eux, l’infinie patience que tu nous portes déjà.
Que je sache leur dire, comme toi si souvent :
« Lève-toi et marche ! »
Que je puisse les inviter à incliner leur cœur
Vers cet autre qui les habite déjà.

Livre de prières de la société luthérienne

 




En chemin avec Qohelet 11

Méditation du jeudi 02 juillet. Nous prions pour notre envoyé  en Tunisie et sa famille. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Jette ton pain sur la face des eaux, car avec le temps tu le retrouveras ; donnes-en une part à sept et même à huit, car tu ne sais pas quel malheur peut arriver sur la terre. Quand les nuages sont pleins de pluie, ils la répandent sur la terre ; et si un arbre tombe, au midi ou au nord, il reste à la place où il est tombé. Celui qui observe le vent ne sèmera point, et celui qui regarde les nuages ne moissonnera point. Comme tu ne sais pas quel est le chemin du vent, ni comment se forment les os dans le ventre de la femme enceinte, tu ne connais pas non plus l’œuvre de Dieu qui fait tout.

Dès le matin sème ta semence, et le soir ne laisse pas reposer ta main ; car tu ne sais point ce qui réussira, ceci ou cela, ou si l’un et l’autre sont également bons.

La lumière est douce, et il est agréable aux yeux de voir le soleil. Si donc un homme vit beaucoup d’années, qu’il se réjouisse pendant toutes ces années, et qu’il pense aux jours de ténèbres qui seront nombreux ; tout ce qui arrivera est vanité.

Jeune homme, réjouis-toi dans ta jeunesse, livre ton cœur à la joie pendant les jours de ta jeunesse, marche dans les voies de ton cœur et selon les regards de tes yeux; mais sache que pour tout cela Dieu t’appellera en jugement. Bannis de ton cœur le chagrin, et éloigne le mal de ton corps ; car la jeunesse et l’aurore sont vanité. »

Ecclesiaste 11

Le geste de jeter son pain à la surface des eaux peut nous faire penser à cette scène d’évangile où les disciples de Jésus se scandalisent qu’une femme lui ait versé un parfum de grand prix sur les pieds, car disent-ils, sa vente aurait pu rapporter beaucoup d’argent, et servir à nourrir les pauvres. Et Jésus rétorque à ses disciples que la femme a simplement fait ce qu’elle devait faire au moment où elle le pouvait, car « vous avez toujours les pauvres avec vous et vous pouvez leur faire du bien quand vous voulez, mais vous ne m’avez pas toujours. » Marc 6-7

Si la générosité s’inscrit dans la durée et s’enrichit d’être organisée, il est question avec le pain jeté à la surface des eaux, comme avec le parfum versé, d’un geste instantané, presque non-réfléchi, dont le sens ne dépend pas de sa signification éthique ou esthétique, mais d’une résonance beaucoup plus profonde. Geste qui vient de Dieu et qui est pour Dieu, geste-prière qui dit l’élan immédiat de la confiance et de la liberté intérieure. Quand il nous est donné de vivre de tels gestes, toute notre vie se trouve transformée. Car alors nous entérinons avec l’Ecclésiaste que « tout est vanité », mais loin de nous en désoler, nous y découvrons une source de soulagement et de grande jubilation. Car c’est vrai, mille fois vrai : à Dieu on peut vraiment s’abandonner ; il est notre vie et nous comble de tous ses biens ! Qu’avons-nous alors de plus pressé à faire que de partager, avec nos frères et sœurs, et notre pain, et notre joie en abondance ?

 

Nous prions avec ces mots de Philippe Soullier

Seigneur
Tu donnes gratuitement tout ce qui m’est nécessaire,
Tout ce qui est beau et bon :
Le pain et l’espoir, le pardon et la paix, le sens et la joie
En un mot, la vie !

Et même c’est ta vie
C’est toi qui te donnes en Jésus et par lui
Sans que je le mérite ou que j’y sois pour quelques chose !
Gratuitement !

Je reconnais et je confesse que je ne sais pas donner ainsi.
Tout se paye, tout se vend, tout s’achète
Se marchande, se mesure, s’échange sur cette terre.

Donne-moi, Seigneur,
De recevoir et de donner gratuitement, sans arrière-pensée
Sans penser d’abord à moi,
Sans penser à un intérêt, un profit, un dû ou un mérite,
Librement et joyeusement !
Que je sois à ton image,
Car c’est bien ce pour quoi tu m’as fait !

Livre de prières de la société luthérienne

 




En chemin avec Qohelet 10

Méditation du jeudi 25 juin. Nous prions pour notre envoyé aux Antilles, sa famille et toute la communauté. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Les mouches mortes infectent et font fermenter l’huile du parfumeur ; un peu de folie l’emporte sur la sagesse et sur la gloire. Le cœur du sage est à sa droite, et le cœur de l’insensé à sa gauche. Quand l’insensé marche dans un chemin, le sens lui manque, et il dit de chacun : Voilà un fou ! Si l’esprit de celui qui domine s’élève contre toi, ne quitte point ta place ; car le calme prévient de grands péchés.

Il est un mal que j’ai vu sous le soleil, comme une erreur provenant de celui qui gouverne : la folie occupe des postes très élevés, et des riches sont assis dans l’abaissement. J’ai vu des esclaves sur des chevaux, et des princes marchant sur terre comme des esclaves.

Celui qui creuse une fosse y tombera, et celui qui renverse une muraille sera mordu par un serpent. Celui qui remue des pierres en sera blessé, et celui qui fend du bois en éprouvera du danger. S’il a émoussé le fer, et s’il n’en a pas aiguisé le tranchant, il devra redoubler de force; mais la sagesse a l’avantage du succès. Si le serpent mord faute d’enchantement, il n’y a point d’avantage pour l’enchanteur. Les paroles de la bouche du sage sont pleines de grâce; mais les lèvres de l’insensé causent sa perte. Le commencement des paroles de sa bouche est folie, et la fin de son discours est une méchante folie. L’insensé multiplie les paroles. L’homme ne sait point ce qui arrivera, et qui lui dira ce qui sera après lui ? Le travail de l’insensé le fatigue, parce qu’il ne sait pas aller à la ville. Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant, et dont les princes mangent dès le matin ! Heureux toi, pays dont le roi est de race illustre, et dont les princes mangent au temps convenable, pour soutenir leurs forces, et non pour se livrer à la boisson ! Quand les mains sont paresseuses, la charpente s’affaisse; et quand les mains sont lâches, la maison a des gouttières. On fait des repas pour se divertir, le vin rend la vie joyeuse, et l’argent répond à tout. Ne maudis pas le roi, même dans ta pensée, et ne maudis pas le riche dans la chambre où tu couches ; car l’oiseau du ciel emporterait ta voix, l’animal ailé publierait tes paroles. »

Ecclesiaste 10

 

Arrivant au ch. 10 il est peut-être temps de dire un mot sur le terme hébreu : qohelet, traduit par l’Ecclésiaste. Il vient du verbe qahal qui signifie rassembler, convoquer une réunion, et désignerait donc l’homme qui parle devant l’assemblée, ou encore celui qui collecte des sentences. En même temps la tradition identifie cet homme au Roi de Jérusalem, fils de David, donc Salomon. Pourtant il existe un contraste immense entre l’image que l’on peut se faire de Salomon à partir des récits bibliques, et ce qui ressort des méditations et des propos de ce livre appelé l’Ecclésiaste. Ceci peut nous rappeler que chacun d’entre nous a des visages divers et que personne n’est réductible à son masque social, politique ou même religieux.

Ce qu’il y a d’étonnant dans l’Ecclésiaste, c’est que bien souvent la voix de l’auteur traverse le texte pour nous atteindre de manière très personnelle. Nous sentons vibrer une âme, une sensibilité, une pensée. Il a également recours à des sentences plus générales, héritage d’une sagesse des anciens. Aujourd’hui, nous avons tendance à considérer que celle-ci n’a pas grand-chose à voir avec notre post-modernité. Pourtant, quand nos situations deviennent plus précaires, plus inquiétantes, alors les proverbes, les contes de sagesse sont là pour nous soutenir, nous guider, nous nourrir. Car si la sagesse de Dieu et celle des hommes ne sont pas réductibles l’une à l’autre, notre Père qui est au ciel n’a pas voulu qu’elles soient totalement étrangères, tant qu’elles nous dirigent l’une comme l’autre « vers les sentiers de la justice » Ps 23 !

En lieu de prière nous vous proposons cette semaine un conte de sagesse venu de Mauritanie

Le diable vivait dans son palais, sous la terre ! Son palais était confortable et la nourriture y était abondante. Mais le diable était seul et au bout de quelques années, il commença à s’ennuyer. Un matin, il décide donc de remonter sur la surface de la terre.

En arrivant, il lève la tête, il voit au loin des jeunes filles qui jouent, il s’en approche et remarque l’une d’elle qui était d’une rare beauté. Il lui dit :
– Belle jeune fille, si tu acceptes de m’épouser et de me suivre dans mon beau palais sous la terre, je te donnerai toutes les parures et tous les joyaux de la terre !
– Toutes les parures et les joyaux de la terre ? Mais que pourrais-je en faire, cela ne m’intéresse pas du tout.

Le diable, sentant qu’il n’avait aucune chance d’amener avec lui cette belle jeune fille, se jette sur elle et d’un geste violent et sec lui arrache sa beauté ! Il arrive dans son palais, jette la beauté de la fille sur les murs qui se mettent à étinceler de beauté !

De longues années plus tard, le diable, toujours seul dans son palais s’ennuie toujours ! Il décide de revenir sur la surface de la terre et d’aller voir ce que la belle ancienne jeune fille était devenue. Il se renseigne au village, on lui apprend qu’elle vit dans une cabane au fond de la forêt. Il s’y rend donc. Il trouve la cabane et en regardant à travers les fenêtres, il voit une vielle femme très ordinaire assise à côté d’un vieil homme tout aussi ordinaire.

La porte de la cabane étant entrouverte, le diable y entre furtivement. Et il sent monter entre les deux vieilles personnes une telle force d’amour qu’il en perd la vue et surtout le sens de l’orientation à tel point qu’il ne parvient plus à retrouver le chemin qui le ramènera dans son beau palais. Depuis ce jour-là, le diable court toujours.




En chemin avec Qohelet 9

Méditation du jeudi 18 juin. Nous prions pour nos envoyés au Cameroun et nos Églises partenaires. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Oui, j’ai appliqué mon cœur à tout cela, j’ai fait de tout cela l’objet de mon examen, et j’ai vu que les justes et les sages, et leurs travaux, sont dans la main de Dieu, et l’amour aussi bien que la haine ; les hommes ne savent rien: tout est devant eux.

Tout arrive également à tous ; même sort pour le juste et pour le méchant, pour celui qui est bon et pur et pour celui qui est impur, pour celui qui sacrifie et pour celui qui ne sacrifie pas ; il en est du bon comme du pécheur, de celui qui jure comme de celui qui craint de jurer. Ceci est un mal parmi tout ce qui se fait sous le soleil, c’est qu’il y a pour tous un même sort ; aussi le cœur des fils de l’homme est-il plein de méchanceté, et la folie est dans leur cœur pendant leur vie ; après quoi, ils vont chez les morts. Car, qui est excepté ?  Pour tous ceux qui vivent il y a de l’espérance ; et même un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort. Les vivants, en effet, savent qu’ils mourront ; mais les morts ne savent rien, et il n’y a pour eux plus de salaire, puisque leur mémoire est oubliée. Et leur amour, et leur haine, et leur envie, ont déjà péri ; et ils n’auront plus jamais aucune part à tout ce qui se fait sous le soleil.

Va, mange avec joie ton pain, et bois gaiement ton vin ; car dès longtemps Dieu prend plaisir à ce que tu fais. Qu’en tout temps tes vêtements soient blancs, et que l’huile ne manque point sur ta tête.  Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, pendant tous les jours de ta vie de vanité, que Dieu t’a donnés sous le soleil, pendant tous les jours de ta vanité; car c’est ta part dans la vie, au milieu de ton travail que tu fais sous le soleil.

Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le ; car il n’y a ni oeuvre, ni pensée, ni science, ni sagesse, dans le séjour des morts, où tu vas.

J’ai encore vu sous le soleil que la course n’est point aux agiles ni la guerre aux vaillants, ni le pain aux sages, ni la richesse aux intelligents, ni la faveur aux savants ; car tout dépend pour eux du temps et des circonstances. L’homme ne connaît pas non plus son heure, pareil aux poissons qui sont pris au filet fatal, et aux oiseaux qui sont pris au piège ; comme eux, les fils de l’homme sont enlacés au temps du malheur, lorsqu’il tombe sur eux tout à coup.

J’ai aussi vu sous le soleil ce trait d’une sagesse qui m’a paru grande. Il y avait une petite ville, avec peu d’hommes dans son sein ; un roi puissant marcha sur elle, l’investit, et éleva contre elle de grands forts. Il s’y trouvait un homme pauvre et sage, qui sauva la ville par sa sagesse. Et personne ne s’est souvenu de cet homme pauvre. Et j’ai dit : La sagesse vaut mieux que la force. Cependant la sagesse du pauvre est méprisée, et ses paroles ne sont pas écoutées. Les paroles des sages tranquillement écoutées valent mieux que les cris de celui qui domine parmi les insensés. La sagesse vaut mieux que les instruments de guerre ; mais un seul pécheur détruit beaucoup de bien.. »

Ecclesiaste 9

 

« La pire victime ne peut faire autrement que de constater que, dans son pire exercice, la puissance du bourreau ne peut être autre qu’une de celles de l’homme : la puissance de meurtre. Il peut tuer un homme, mais il ne peut pas le changer en autre chose. » Cette citation de Robert Antelme, poète déporté en camp de concentration en 1944 pour fait de résistance pendant la seconde guerre mondiale, est extraite de son livre L’espèce humaine. Il y affirme avec force l’irréductible unité de cette dernière, décrivant comment les bourreaux ne parviennent pas à réaliser jusqu’au bout leur horrible entreprise de déshumanisation des prisonniers, mais également comment les victimes ne peuvent jamais se consoler en niant l’humanité de leurs bourreaux. Le bien, le mal, la souffrance sont des affaires qui relèvent pleinement de la responsabilité de l’espèce humaine, et c’est comme si Dieu lui-même ne pouvait trancher dans l’immédiat des tragédies, sans risquer de défaire ce qu’il a créé : une humanité une.

Et malheureusement l’Ecclésiaste, sans aucune ambiguïté, ferme la porte d’un au-delà que nous aimons imaginer comme réparant les injustices de ce monde. C’est notre seule vie que nous pouvons et devons vivre, dans la joie de tout ce que Dieu nous donne. Cela ne signifie nullement que Dieu nous abandonne dans la souffrance ni aux portes du tombeau, mais si nous n’avons pas reçu ici et maintenant les signes et manifestations de son amour, comment celui-ci pourrait-il se montrer plus fort que la mort ? « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien et ce que l’Eternel demande de toi ; c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu. » Michée 6,8.

Le fils de David, roi de Jérusalem, nous invite à cette humilité à travers une petite parabole. Ce n’est pas un héros, mais un homme sage et anonyme, dont personne ne se souviendra, qui sauve la ville contre les assauts d’un roi puissant et fameux.

Loué sois-tu mon Dieu, pour tous ces autres
Qui peuplent la terre avec moi.
Pour ces prochains et ces lointains
Sans qui je ne serais qu’un Robinson
Prisonnier de son orgueil solitaire.
Loué sois-tu pour tout ce qui nous est commun,
Au long des siècles et des continents,
Tissant la longue tapisserie de l’humanité.

Loué sois-tu aussi pour tout ce qui nous fait différents
Et dont les couleurs font chanter le tissu de la vie.
Donne-moi d’accueillir la richesse de ces diversités
Et d’y saisir la dimension de ton amour.
Pour ceux qui me sont les plus proches,
Famille, amis, voisins, camarades, collègues,
Qui cheminent à mes côtés au long des jours,
M’apportant chaleur, réconfort, ou souci,
Pour eux tous, je veux te louer.
Te louer aussi  simplement
Pour la vie qui continue,
Parce que le monde n’a pas commencé
Ni se terminera avec moi.

Loué sois-tu, quand tu ouvres mes yeux
Quand je m’enferme ou m’isole,
Loué sois-tu quand tu m’envoies des compagnons fraternels
Quand je déprime ou désespère.
Loué sois-tu, ô mon Dieu,
Quand tu me donnes d’être ce petit chaînon joyeux
De la grande caravane humaine
En marche vers cet avenir que ton Fils nous a dépeint
Aux couleurs de l’espérance.  
Amen, alléluia !

(d’après un texte de Michel Wagner)

 

 




En chemin avec Qohelet 8

Méditation du jeudi 11 juin. Nous prions pour nos envoyés à Madagascar et nos Églises partenaires. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Qui est comme le sage, et qui connaît l’explication des choses ? La sagesse d’un homme fait briller son visage, et la sévérité de sa face est changée.
Je te dis : Observe les ordres du roi, et cela à cause du serment fait à Dieu. Ne te hâte pas de t’éloigner de lui, et ne persiste pas dans une chose mauvaise : car il peut faire tout ce qui lui plaît, parce que la parole du roi est puissante ; et qui lui dira : Que fais-tu ?

Celui qui observe le commandement ne connaît point de chose mauvaise, et le cœur du sage connaît le temps et le jugement. Car il y a pour toute chose un temps et un jugement, quand le malheur accable l’homme. Mais il ne sait point ce qui arrivera, et qui lui dira comment cela arrivera ? L’homme n’est pas maître de son souffle pour pouvoir le retenir, et il n’a aucune puissance sur le jour de la mort ; il n’y a point de délivrance dans ce combat, et la méchanceté ne saurait sauver les méchants. J’ai vu tout cela, et j’ai appliqué mon coeur à tout ce qui se fait sous le soleil. Il y a un temps où l’homme domine sur l’homme pour le rendre malheureux.

Alors j’ai vu des méchants recevoir la sépulture et entrer dans leur repos, et ceux qui avaient agi avec droiture s’en aller loin du lieu saint et être oubliés dans la ville. C’est encore là une vanité. Parce qu’une sentence contre les mauvaises actions ne s’exécute pas promptement, le cœur des fils de l’homme se remplit en eux du désir de faire le mal. Cependant, quoique le pécheur fasse cent fois le mal et qu’il y persévère longtemps, je sais aussi que le bonheur est pour ceux qui craignent Dieu, parce qu’ils ont de la crainte devant lui. Mais le bonheur n’est pas pour le méchant, et il ne prolongera point ses jours, pas plus que l’ombre, parce qu’il n’a pas de la crainte devant Dieu.

Il est une vanité qui a lieu sur la terre : c’est qu’il y a des justes auxquels il arrive selon l’œuvre des méchants, et des méchants auxquels il arrive selon l’œuvre des justes. Je dis que c’est encore là une vanité. J’ai donc loué la joie, parce qu’il n’y a de bonheur pour l’homme sous le soleil qu’à manger et à boire et à se réjouir; c’est là ce qui doit l’accompagner au milieu de son travail, pendant les jours de vie que Dieu lui donne sous le soleil.

Lorsque j’ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse et à considérer les choses qui se passent sur la terre, -car les yeux de l’homme ne goûtent le sommeil ni jour ni nuit, j’ai vu toute l’œuvre de Dieu, j’ai vu que l’homme ne peut pas trouver ce qui se fait sous le soleil; il a beau se fatiguer à chercher, il ne trouve pas; et même si le sage veut connaître, il ne peut pas trouver.« 

Ecclesiaste 8

Sans se lasser, l’ecclésiaste nous invite à la sagesse ; il montre toutefois qu’elle porte en elle une lucidité douloureuse sur l’humain et la marche du monde, et qu’elle reste in fine inaccessible à l’homme. Alors on appellera sage celui qui désire, de tout son cœur, connaître la sagesse mais en même temps accepte, avec le même cœur, que le sens du monde lui échappe car il relève de l’action mystérieuse de Dieu. Mais le fils de David exprime un autre paradoxe : le sage doit être capable d’obéir aux autorités, car elles sont instituées par Dieu, en même temps qu’il garde au fond de lui sa révolte contre ce qui lui semble injuste, ainsi quand le méchant est glorifié et le juste oublié. La sagesse ne signifie ni une soumission à l’ordre du monde ni un fatalisme philosophique ni un repli sur soi. Mais une acceptation du temps, que personne ne maitrise sinon Dieu, et qui remettra le monde à l’endroit, distribuant finalement récompenses et châtiments en bonne justice. Ceci nous encourage à la patience, à la confiance et à l’espérance.

Et c’est possible parce que la crainte de Dieu éclaire le présent, crainte qui n’a rien à voir avec la peur, mais qui correspond plutôt au respect, à la considération, à un amour plein d’admiration et de reconnaissance. C’est dans ce sentiment que se reçoit et s’enracine la joie comme don de Dieu. Cette joie se manifeste dans toutes les dimensions de la vie, aussi bien matérielles et spirituelles : le travail, le manger et le boire, tout ce que qui fait le quotidien de nos existences humaines.

 

Nous nous joignons à cette prière proposée par la Société luthérienne

Puisque voici venu le temps de perdre le temps
Je voudrais que disparaisse de ma vie l’habitude ou la distraction
Ce pli qui m’empêche de voir le vrai visage
Des hommes et des choses.

Ouvre mes yeux Seigneur
Prends ce cœur plus usé que la corde à la margelle du puits
Ce cœur qu’ont durci les déceptions et les échecs.
Ouvre mes yeux sur tous ces gestes d’amitié, de solidarité,
Ces fleurs merveilleuses jetées sur notre route.
Ouvre mes yeux, Seigneur, quand la fatigue me surprend
Et que je me traîne sur les chemins

Fais-moi comprendre la grandeur des petites choses
Que je recommence chaque jour.
Montre-moi la place unique où tu m’as placé pour bâtir ton royaume
Et donne-moi le goût de la tenir avec assurance.

Cardinal Roger Etchegaray

 

 




En chemin avec Qohelet 7

Méditation du jeudi 4 juin. Nous prions pour notre envoyé au Brésil et sa famille. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Une bonne réputation vaut mieux que le bon parfum, et le jour de la mort que le jour de la naissance.
Mieux vaut aller dans une maison de deuil que d’aller dans une maison de festin; car c’est là la fin de tout homme, et celui qui vit prend la chose à cœur.
Mieux vaut le chagrin que le rire; car avec un visage triste le cœur peut être content.
Le cœur des sages est dans la maison de deuil, et le cœur des insensés dans la maison de joie.
Mieux vaut entendre la réprimande du sage que d’entendre le chant des insensés.
Car comme le bruit des épines sous la chaudière, ainsi est le rire des insensés. C’est encore là une vanité.
L’oppression rend insensé le sage, et les présents corrompent le cœur.
Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement ; mieux vaut un esprit patient qu’un esprit hautain.
Ne te hâte pas en ton esprit de t’irriter, car l’irritation repose dans le sein des insensés.
Ne dis pas : D’où vient que les jours passés étaient meilleurs que ceux-ci ? Car ce n’est point par sagesse que tu demandes cela.
La sagesse vaut autant qu’un héritage, et même plus pour ceux qui voient le soleil.
Car à l’ombre de la sagesse on est abrité comme à l’ombre de l’argent ; mais un avantage de la science, c’est que la sagesse fait vivre ceux qui la possèdent.
Regarde l’œuvre de Dieu : qui pourra redresser ce qu’il a courbé ?

Au jour du bonheur, sois heureux, et au jour du malheur, réfléchis : Dieu a fait l’un comme l’autre, afin que l’homme ne découvre en rien ce qui sera après lui.
J’ai vu tout cela pendant les jours de ma vanité. Il y a tel juste qui périt dans sa justice, et il y a tel méchant qui prolonge son existence dans sa méchanceté. Ne sois pas juste à l’excès, et ne te montre pas trop sage : pourquoi te détruirais-tu ? Ne sois pas méchant à l’excès, et ne sois pas insensé : pourquoi mourrais-tu avant ton temps ? Il est bon que tu retiennes ceci, et que tu ne négliges point cela ; car celui qui craint Dieu échappe à toutes ces choses.
La sagesse rend le sage plus fort que dix chefs qui sont dans une ville. Non, il n’y a sur la terre point d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais. Ne fais donc pas attention à toutes les paroles qu’on dit, de peur que tu n’entendes ton serviteur te maudire ; car ton cœur a senti bien des fois que tu as toi-même maudit les autres.
J’ai éprouvé tout cela par la sagesse. J’ai dit : Je serai sage. Et la sagesse est restée loin de moi. Ce qui est loin, ce qui est profond, profond, qui peut l’atteindre ? Je me suis appliqué dans mon cœur à connaître, à sonder, et à chercher la sagesse et la raison des choses, et à connaître la folie de la méchanceté et la stupidité de la sottise. Et j’ai trouvé plus amère que la mort la femme dont le cœur est un piège et un filet, et dont les mains sont des liens ; celui qui est agréable à Dieu lui échappe, mais le pécheur est pris par elle.
Voici ce que j’ai trouvé, dit l’Ecclésiaste, en examinant les choses une à une pour en saisir la raison ; voici ce que mon âme cherche encore, et que je n’ai point trouvé. J’ai trouvé un homme entre mille ; mais je n’ai pas trouvé une femme entre elles toutes. Seulement, voici ce que j’ai trouvé, c’est que Dieu a fait les hommes droits ; mais ils ont cherché beaucoup de détours.« 

Ecclesiaste 7

Derrière les maximes, proverbes, réflexions émises et transmises au nom de la sagesse, qui parle ? Est-ce l’humain, est-ce Dieu ? Comment se répartissent la part de l’objectif et celle du subjectif ? Comment distinguer ce qui relève de la recherche de la vérité et du goût du pouvoir ?

Me revient en mémoire une scène où une militante pacifiste, à bout d’arguments face à un contradicteur, finit par lui envoyer une gifle retentissante. Le désir de paix, si sincère et noble fût – il, n’avait pas résisté à la volonté d’avoir raison à tout prix. Ce qui vaut pour la paix vaut pour d’autres causes, et la quête de la sagesse est elle aussi susceptible de ce même retournement. Car nous sommes et restons des êtres de passion, et porter l’habit du sage ne protège pas toujours des sursauts de l’amour propre.

Ne faut-il pas que le sage lui-même se mette en cause pour que nous soyons touchés en notre âme et conscience ? Ainsi du fils de David, roi de Jérusalem, confiant qu’« il n’y a pas d’homme juste sur terre qui fasse le bien et qui ne pèche jamais », et que lui-même ayant dit : « Je serai sage », la sagesse est néanmoins restée loin de lui. O combien nous sentons que cette attitude est pertinente !

A l’inverse, la « gifle retentissante » envoyée aux femmes à travers ses propos misogynes nous scandalise. Et l’argument du contexte et de la culture ne convaincra que si l’on ne veut pas chercher plus loin la raison d’une telle haine. Est-ce d’avoir trop aimé les femmes ou trop de femmes, que le roi se venge par ses sentences sans appel ? A-t-il peur d’elles au point de vouloir détruire leur réputation ? Une telle « subjectivité », donnant lieu à une telle généralisation, est dangereuse pour la bonne entente des sexes, et stérilise à jamais la recherche de la sagesse, qui dans la tradition biblique et juive, est souvent considérée comme la part féminine de Dieu.

Nous partageons cette prière de Pentecôte

Le tam-tam dit : Pentecôte !
Pentecôte ! Pentecôte ! répond le balafon
Le tambour, Pentecôte !
L’arc de vibration sur ma lèvre de silence, Pentecôte !
O mes grelots, Pentecôte !
O mes clochettes, dans mes pieds de cadence, Pentecôte !
Dans mes mains, dans les jubilations de mes doigts, Pentecôte de jouvence !
Et bondissant par myriades, des tribus décochées dans la fureur matutinale de l’Esprit (…)
Dis seulement sur ma lèvre ta parole, mon Seigneur
Et je serai Kotoko, Mousgoum, je serai Moungala,
Je serai Moukongo, Moulouba
Je serai Zoulou et Swazi, je serai Namaqua
Je serai Foulbé du Fouta, je serai Sérère,
Dis et voici sur ma lèvre fleurir le bambara
Je dirai au Dogon, au Mossi,
Je dirai au Baganda, au Masaï, je dirai au Blanc, je dirai au Peau-Rouge
Je dirai ta parole aux flots du « Fleuve Jaune »
Et tous à ma voix répondront. (…)
Oh parle seulement
Habille-nous de ta parole
Et nous serons ta voix de collines en collines
D’océans en océans, de continents en continents,
D’une terre à l’autre terre, d’une race à l’autre race,
D’un cœur à l’autre, d’une âme à une autre âme :
N’être, dans la tempête de ce matin de Pentecôte
Que la respiration de ta voix Seigneur !
Oh parle seulement
Dans la nuit de nos cœurs voici que s’est levée la rumeur des tams-tams…

Engelbert MVENG, prêtre catholique camerounais (1930-1995)

 

 




En chemin avec Qohelet 6

Nous prions pour nos envoyés au Sénégal, et nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Il est un mal que j’ai vu sous le soleil, et qui est fréquent parmi les hommes.  Il y a tel homme à qui Dieu a donné des richesses, des biens, et de la gloire, et qui ne manque pour son âme de rien de ce qu’il désire, mais que Dieu ne laisse pas maître d’en jouir, car c’est un étranger qui en jouira. C’est là une vanité et un mal grave. Quand un homme aurait cent fils, vivrait un grand nombre d’années, et que les jours de ses années se multiplieraient, si son âme ne s’est point rassasiée de bonheur, et si de plus il n’a point de sépulture, je dis qu’un avorton est plus heureux que lui. Car il est venu en vain, il s’en va dans les ténèbres, et son nom reste couvert de ténèbres ; il n’a point vu, il n’a point connu le soleil ; il a plus de repos que cet homme. Et quand celui-ci vivrait deux fois mille ans, sans jouir du bonheur, tout ne va-t-il pas dans un même lieu ?

Tout le travail de l’homme est pour sa bouche, et cependant ses désirs ne sont jamais satisfaits. Car quel avantage le sage a-t-il sur l’insensé ? quel avantage a le malheureux qui sait se conduire en présence des vivants ?  Ce que les yeux voient est préférable à l’agitation des désirs : c’est encore là une vanité et la poursuite du vent.

Ce qui existe a déjà été appelé par son nom ; et l’on sait que celui qui est homme ne peut contester avec un plus fort que lui. S’il y a beaucoup de choses, il y a beaucoup de vanités : quel avantage en revient-il à l’homme ?  Car qui sait ce qui est bon pour l’homme dans la vie, pendant le nombre des jours de sa vie de vanité, qu’il passe comme une ombre ? Et qui peut dire à l’homme ce qui sera après lui sous le soleil ? « 

Ecclesiaste 6

Parfois, comme l’Ecclésiaste, nous nous abandonnons à la rumination de sombres pensées, et nous entretenons notre mal-être par la répétition obsessionnelle de ce qui nous chagrine chez les autres et dans la marche du monde. Ici c’est la douleur de la dépossession qui revient, le pénible rappel que d’autres profiteront de ce qui un jour fut à nous, et qu’après avoir été nous ne serons plus, et que peut-être nous aurons vécu en vain. Vanité, vanité, vanité !

Pourtant le mot bonheur brille dans l’obscurité. Comment le comprendre, ce bonheur à portée du roi ? Est-il autre que celui du pauvre, que celui de tout être humain ? N’est-il pas ce merveilleux philtre qui transforme le regard et fait les délices du cœur ? Dé-possession, pour le puissant et le riche, ou im-possession, pour celui qui a peu, peuvent conduire, non pas à la frustration et au désir obsessionnel, mais à la possibilité du bonheur, quand le dessaisissement de soi permet le saisissement de la grâce. Le sourire au lieu de la grimace, le rire plutôt que le grincement de dents, la générosité et non la jalousie.

Ah oui le bonheur d’être et d’exister ! Libéré de soi-même pour un temps, exultant dans le chant, le remerciement, la louange, le partage avec frères et sœurs de la merveilleuse joie de vivre, enfants d’un même Père. Le roi de Jérusalem, fils de David, ne nous inviterait-il pas, tout simplement et avec insistance, à savoir être heureux de notre bonheur ?

Nous prions avec cette prière écrite par des jeunes chrétiens d’Afrique

Seigneur je lance ma joie vers le ciel comme une nuée d’oiseaux !

Je suis dans la joie Seigneur ! Dans la joie ! Dans la joie !

Tous les jours, par ta grâce, c’est Noël, c’est Pâques, c’est l’Ascension, c’est Pentecôte !

Voici un jour encore qui brille, étincelle, éclate de bonheur à cause de ton amour.

Chaque jour est ton œuvre, et chacun est compté comme les cheveux de ma tête.

Alléluia ! Alléluia, mon Dieu, en Jésus-Christ !

 




En chemin avec Qohelet 5

Nous prions pour nos envoyés au Burkina Faso, et nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Prends garde à ton pied, lorsque tu entres dans la maison de Dieu ; approche-toi pour écouter, plutôt que pour offrir le sacrifice des insensés, car ils ne savent pas qu’ils font mal. Ne te presse pas d’ouvrir la bouche, et que ton cœur ne se hâte pas d’exprimer une parole devant Dieu ; car Dieu est au ciel, et toi sur la terre : que tes paroles soient donc peu nombreuses. Car, si les songes naissent de la multitude des occupations, la voix de l’insensé se fait entendre dans la multitude des paroles.

Lorsque tu as fait un vœu à Dieu, ne tarde pas à l’accomplir, car il n’aime pas les insensés : accomplis le vœu que tu as fait. Mieux vaut pour toi ne point faire de vœu, que d’en faire un et de ne pas l’accomplir. Ne permets pas à ta bouche de faire pécher ta chair, et ne dis pas en présence de l’envoyé que c’est une inadvertance. Pourquoi Dieu s’irriterait-il de tes paroles, et détruirait-il l’ouvrage de tes mains ? Car, s’il y a des vanités dans la multitude des songes, il y en a aussi dans beaucoup de paroles ; c’est pourquoi, crains Dieu.

Si tu vois dans une province le pauvre opprimé et la violation du droit et de la justice, ne t’en étonne point ; car un homme élevé est placé sous la surveillance d’un autre plus élevé, et au-dessus d’eux il en est de plus élevés encore. Un avantage pour le pays à tous égards, c’est un roi honoré du pays.

Celui qui aime l’argent n’est pas rassasié par l’argent, et celui qui aime les richesses n’en profite pas. C’est encore là une vanité. Quand le bien abonde, ceux qui le mangent abondent ; et quel avantage en revient-il à son possesseur, sinon qu’il le voit de ses yeux ? Le sommeil du travailleur est doux, qu’il ait peu ou beaucoup à manger ; mais le rassasiement du riche ne le laisse pas dormir.

Il est un mal grave que j’ai vu sous le soleil : des richesses conservées, pour son malheur, par celui qui les possède. Ces richesses se perdent par quelque événement fâcheux ; il a engendré un fils, et il ne reste rien entre ses mains. Comme il est sorti du ventre de sa mère, il s’en retourne nu ainsi qu’il était venu, et pour son travail n’emporte rien qu’il puisse prendre dans sa main. C’est encore là un mal grave. Il s’en va comme il était venu ; et quel avantage lui revient-il d’avoir travaillé pour du vent ? De plus, toute sa vie il mange dans les ténèbres, et il a beaucoup de chagrin, de maux et d’irritation.

Voici ce que j’ai vu : c’est pour l’homme une chose bonne et belle de manger et de boire, et de jouir du bien-être au milieu de tout le travail qu’il fait sous le soleil, pendant le nombre des jours de vie que Dieu lui a donnés ; car c’est là sa part. Mais, si Dieu a donné à un homme des richesses et des biens, s’il l’a rendu maître d’en manger, d’en prendre sa part, et de se réjouir au milieu de son travail, c’est là un don de Dieu. Car il ne se souviendra pas beaucoup des jours de sa vie, parce que Dieu répand la joie dans son cœur. »

Ecclesiaste 5

L’Ecclésiaste poursuit son enseignement, et on ne s’étonnera pas que surviennent les thèmes si importants de la parole, de la justice, et de la richesse. La sagesse populaire invite à tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler, et ceci vaut devant Dieu comme devant le prochain. Place à l’écoute, à la réflexion, aux propos bien pesés, aux engagements sincères. Mais nous savons combien notre langue démarre promptement, s’enchante de ses traits d’esprit, aime d’un côté se montrer généreuse et de l’autre jouer à la vipère, chanter et glorifier Dieu mais aussi assouvir ses passions colériques ! Alors pour faire barrage aux tentations malfaisantes, cultivons la crainte de Dieu, qui n’est pas peur mais respect, mémoire vivante que Dieu lui-même est Parole.

Quant à la justice, c’est une question très difficile. Il y a la justice des hommes, qui est très imparfaite et parfois même le contraire de ce qu’elle devrait être. Et il y a la justice de Dieu. Mais qui la connaît ? Qui est capable de l’appliquer sinon Dieu lui-même ? Alors de terribles écueils nous guettent : d’un côté le cynisme et de l’autre le fanatisme. Accepter sans combattre un monde injuste et en tirer profit, ou porter le glaive de la justice à la place de Dieu et imposer la terreur. Ni ceci ni cela dit le fils de David roi de Jérusalem, mais un gouvernement honorable et honoré du pays, afin que tous désirent œuvrer pour plus de justice.

Enfin dernier conseil : faire circuler l’argent et la richesse. Que ce soit par le don, le legs, le partage, l’investissement ou la dépense, tout vaut mieux que thésauriser. Garder sa richesse est mortifère pour soi, pour les autres, et pour le monde. Plus tard Jésus nous fera entendre l’histoire du jeune homme riche incapable de se dessaisir de ses biens. Cela ne signifie pas que Dieu n’aime pas les riches, puisque lui-même donne la richesse. Mais c’est l’offenser que de s’y accrocher, quand il nous offre bien plus que cela : la vie, l’amour, la liberté, la joie, le salut.

Prions avec ces mots du Pasteur Eric Georges :

Dans les entre-deux de nos vies

Dans les jours qui passent entre deux événements

Dans les temps d‘interstices et d’attente

Garde – nous, Seigneur

D’oublier le quotidien que tu nous donnes.

Ouvre nos yeux sur celles et ceux

Qui, souvent invisibles travaillent et tissent des liens

Ouvre nos cœurs sur l’ordinaire et le quotidien

Toi qui viens nous surprendre et nous bousculer

Donne-nous aussi de vivre pleinement le calme et la banalité. Amen

 




En chemin avec Qohelet 4

Nous prions pour notre envoyée au Timor Oriental, et nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« J’ai considéré ensuite toutes les oppressions qui se commettent sous le soleil ; et voici, les opprimés sont dans les larmes, et personne qui les console ! ils sont en butte à la violence de leurs oppresseurs, et personne qui les console ! Et j’ai trouvé les morts qui sont déjà morts plus heureux que les vivants qui sont encore vivants, et plus heureux que les uns et les autres celui qui n’a point encore existé et qui n’a pas vu les mauvaises actions qui se commettent sous le soleil.

J’ai vu que tout travail et toute habileté dans le travail n’est que jalousie de l’homme à l’égard de son prochain. C’est encore là une vanité et la poursuite du vent. L’insensé se croise les mains, et mange sa propre chair. Mieux vaut une main pleine avec repos, que les deux mains pleines avec travail et poursuite du vent.

J’ai considéré une autre vanité sous le soleil. Tel homme est seul et sans personne qui lui tienne de près, il n’a ni fils ni frère, et pourtant son travail n’a point de fin et ses yeux ne sont jamais rassasiés de richesses. Pour qui donc est-ce que je travaille, et que je prive mon âme de jouissances ? C’est encore là une vanité et une chose mauvaise.

Deux valent mieux qu’un, parce qu’ils retirent un bon salaire de leur travail.  Car, s’ils tombent, l’un relève son compagnon ; mais malheur à celui qui est seul et qui tombe, sans avoir un second pour le relever !  De même, si deux couchent ensemble, ils auront chaud ; mais celui qui est seul, comment aura-t-il chaud ? Et si quelqu’un est plus fort qu’un seul, les deux peuvent lui résister ; et la corde à trois fils ne se rompt pas facilement.

Mieux vaut un enfant pauvre et sage qu’un roi vieux et insensé qui ne sait plus écouter les avis ; car il peut sortir de prison pour régner, et même être né pauvre dans son royaume.  J’ai vu tous les vivants qui marchent sous le soleil entourer l’enfant qui devait succéder au roi et régner à sa place. Il n’y avait point de fin à tout ce peuple, à tous ceux à la tête desquels il était. Et toutefois, ceux qui viendront après ne se réjouiront pas à son sujet. Car c’est encore là une vanité et la poursuite du vent. « 

Ecclesiaste 4

Quel ton désespéré ! Est-ce celui d’un sage, ou d’un dépressif profond ? Ses paroles ne sont pas sans rappeler celles de Job regrettant d’avoir été conçu, d’être né, d’avoir vécu. Mais Job était en pleine tempête, soumis à des épreuves terribles : deuil, misère, maladie…

De quelle nature est le chagrin du roi de Jérusalem, fils de David, pour qu’il se laisse entraîner à un tel pessimisme ? Est-ce générosité, empathie qui le font gémir devant l’oppression de ceux qui sont violentés et que personne ne console ? De fait il semble partager le chagrin de Dieu, tel que l’expriment les prophètes bibliques, devant le mal et le malheur qui pèsent sur ce monde et que s’infligent mutuellement ses habitants.

Mais n’a-t-il lui-même aucun pouvoir pour changer les choses ? Le désire-t-il ? Ou se complait-il dans son regard désabusé ? « Vanité des vanités ! » Ce peut être aussi une position confortable qu’un désespoir de surplomb ! Mais est-ce ce que Dieu attend de nous, lui qui a envoyé son propre fils pour sauver le monde ?

Pourtant une petite lumière apparaît au milieu des ténèbres : puisque que l‘humain, tout seul, n’est rien et ne peut donner sens à sa vie, il lui faut être entouré, aidé, accompagné, soutenu. C’est dans la relation de l’un à l’autre, dans l’être ensemble, que se reconstituent la force et la joie de vivre.

Autre sujet d’espoir : si le roi est vieux et insensé, la vie continue néanmoins, un jeune roi viendra, puis un autre…. D’abord enthousiaste, le peuple sera sans doute déçu. Mais ces mouvements de l’âme, personnels et collectifs, s’ils traduisent la vanité de l’histoire, sont aussi le signe que les humains sont des vivants et non des robots, habitants sensibles et réactifs de ce temps offert par Dieu.

Nous prions pour notre envoyée au Timor Oriental, et nous partageons cette prière de repentance issue de la liturgie de l’Église protestante unie de France.

Tournons-nous vers Dieu pour lui demander son pardon et son aide :

Seigneur Dieu,
nous voulons te dire notre peur et notre angoisse
devant le mal et la souffrance du monde.

Te dire aussi notre honte et notre confusion
parce que nos propres fautes
prolongent et augmentent cette souffrance.

Pardonne-nous Seigneur,
d’agir si naturellement comme des égoïstes,
et de ne pas aimer notre prochain
avec l’ardeur, le respect et l’attention qu’avait Jésus.

Pardonne-nous de t’aimer si mal,
d’attendre toujours tes services au lieu d’être à ton service.

Pardonne-nous d’oublier que notre vrai bonheur
est de t’aimer et de te suivre.

Accorde-nous ton pardon.
Qu’il soit notre paix, notre joie et notre force.
Nous te le demandons au nom de Jésus-Christ.  Amen.

 




En chemin avec Qohelet 3

Méditation du lundi 11 mai 2020. Il y a un temps pour le confinement, et un temps pour le déconfinement. En cette période de reprise, nous poursuivons notre route avec l’Ecclésiaste et nous prions pour toutes celles et tous ceux qui sont dans le deuil, la maladie, et l’angoisse de l’avenir.

« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux : un temps pour naître, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ; un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir ; un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser ; un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres ; un temps pour embrasser, et un temps pour s’éloigner des embrassements ; un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter ; un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler ; un temps pour aimer, et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix.

Quel avantage celui qui travaille retire-t-il de sa peine ? J’ai vu à quelle occupation Dieu soumet les fils de l’homme. Il fait toute chose bonne en son temps ; même il a mis dans leur cœur la pensée de l’éternité, bien que l’homme ne puisse pas saisir l’œuvre que Dieu fait, du commencement jusqu’à la fin. J’ai reconnu qu’il n’y a de bonheur pour eux qu’à se réjouir et à se donner du bien-être pendant leur vie ; mais que, si un homme mange et boit et jouit du bien-être au milieu de tout son travail, c’est là un don de Dieu. J’ai reconnu que tout ce que Dieu fait durera toujours, qu’il n’y a rien à y ajouter et rien à en retrancher, et que Dieu agit ainsi afin qu’on le craigne. Ce qui est a déjà été, et ce qui sera a déjà été, et Dieu ramène ce qui est passé. J’ai encore vu sous le soleil qu’au lieu établi pour juger il y a de la méchanceté, et qu’au lieu établi pour la justice il y a de la méchanceté. J’ai dit en mon cœur : Dieu jugera le juste et le méchant; car il y a là un temps pour toute chose et pour toute œuvre. J’ai dit en mon cœur, au sujet des fils de l’homme, que Dieu les éprouverait, et qu’eux-mêmes verraient qu’ils ne sont que des bêtes. Car le sort des fils de l’homme et celui de la bête sont pour eux un même sort ; comme meurt l’un, ainsi meurt l’autre, ils ont tous un même souffle, et la supériorité de l’homme sur la bête est nulle; car tout est vanité. Tout va dans un même lieu ; tout a été fait de la poussière, et tout retourne à la poussière. Qui sait si le souffle des fils de l’homme monte en haut, et si le souffle de la bête descend en bas dans la terre ? Et j’ai vu qu’il n’y a rien de mieux pour l’homme que de se réjouir de ses œuvres : c’est là sa part. Car qui le fera jouir de ce qui sera après lui ? »

 

Il y a un temps pour le confinement et un temps pour le déconfinement, nous dit l’actualité L’alternance est-elle aussi simple et prometteuse ? Quand nous espérions de loin « la reprise » nous pensions que oui, mais aujourd’hui nous réalisons qu’il n’en est rien, d’abord parce que le virus qui a causé le confinement est toujours à l’œuvre, ensuite parce que tout ce qui a été mis entre parenthèses dans un temps comme « arrêté », va se présenter à nouveaux frais dans ce présent recommencé.

Mais ce qui est vrai du confinement/déconfinement ne l’est-il pas aussi pour toutes ces activités et émotions humaines évoquées par l’Ecclésiaste ? La vie n’est-elle pas un bric-à-brac où tout se mélange plutôt qu’un magasin aux rayons bien rangés ? Alors que cherche notre poète à travers son énonciation cadencée ? A canaliser les passions ? A ouvrir, pour ses contemporains et ses descendants, un chemin de sagesse et de juste mesure ? Ou à rendre la mort acceptable ?

Sommes-nous aidés, ou déchirés, par le fait que Dieu « a mis dans notre cœur la pensée de l’éternité, bien que nous ne puissions pas saisir l’œuvre qu’il fait, du commencement jusqu’à la fin. » Le fils de David, roi de Jérusalem, nous entraîne dans le paradoxe de la condition du croyant. Celui-ci devrait être le plus heureux des hommes, pense-t-on souvent ! Pourtant il doit traverser les mêmes épreuves que tout un chacun, auxquelles s’ajoute celle d’une conscience taraudée par les contradictions de l’espérance. Promis à la vie éternelle nous mourrons ; attachés à un Dieu juste et bon, nous souffrons d’autant plus des perversions de la justice, de l’impunité des méchants, de la persistance du mal en ce monde. Et créés à l’image de Dieu, presque son égal, nous connaissons un sort proche de celui des animaux. Vanité des vanités !

Ne demeurent que le fil ténu de la confiance, la petite flamme dans l’obscurité, le murmure priant de celui qui chaque jour remet à Dieu ses œuvres, ses amours, ses peines et ses joies. Il y a un temps pour l’inquiétude, et un temps pour le soulagement, un temps pour le poids des réalités, et un temps pour la légèreté de la brise. Le miracle est qu’en toutes choses Dieu fait de nous les porteurs d’une joie indestructible.

En cette période de reprise, nous poursuivons notre route avec l’Ecclésiaste et nous prions pour toutes celles et tous ceux qui sont dans le deuil, la maladie, et l’angoisse de l’avenir, avec les mots de Maurice Zundel (1897-1975), Prêtre et théologien catholique suisse.

Demandons la grâce que tout commence aujourd’hui

Demandons la grâce que tout commence aujourd’hui,

Que notre vie s’éternise dans un présent donné

Et qu’il n’y ait plus de retour sur soi, sur notre passé,

Plus de regrets des choses qui ne sont plus,

Mais cette décision ferme et inébranlable de faire de notre vie

Un chef-d’œuvre de lumière et d’amour

En étant simplement là au milieu des hommes,

Au milieu de notre famille, de notre bureau, de notre société et de ses enjeux de solidarité,

Toujours simplement là,

Comme une présence qui atteste celle, vivante, du Christ ressuscité

Et qui apporte la Lumière et le sourire de son Amour. Amen. »

 




En chemin avec Qohelet 2

Méditation du jeudi 30 avril 2020. Nous poursuivons notre lecture de Qohelet, et, autour de la fête du travail du 1er mai, nous prions pour que toute femme et tout homme soit reconnu(e) dans sa vocation et sa mission au cœur du monde, que chacun soit honoré pour ce qu’il est et ce qu’il fait, aidé et soutenu quand il est dans la difficulté et l’incapacité.

Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem.

« J’ai dit en mon cœur : Allons ! je t’éprouverai par la joie, et tu goûteras le bonheur. Et voici, c’est encore là une vanité.

J’ai dit du rire : Insensé ! et de la joie : A quoi sert-elle ?

Je résolus en mon cœur de livrer ma chair au vin, tandis que mon cœur me conduirait avec sagesse, et de m’attacher à la folie jusqu’à ce que je visse ce qu’il est bon pour les fils de l’homme de faire sous les cieux pendant le nombre des jours de leur vie.

J’exécutai de grands ouvrages : je me bâtis des maisons; je me plantai des vignes; je me fis des jardins et des vergers, et j’y plantai des arbres à fruit de toute espèce; je me créai des étangs, pour arroser la forêt où croissaient les arbres. J’achetai des serviteurs et des servantes, et j’eus leurs enfants nés dans la maison; je possédai des troupeaux de bœufs et de brebis, plus que tous ceux qui étaient avant moi dans Jérusalem. Je m’amassai de l’argent et de l’or, et les richesses des rois et des provinces. Je me procurai des chanteurs et des chanteuses, et les délices des fils de l’homme, des femmes en grand nombre.

Je devins grand, plus grand que tous ceux qui étaient avant moi dans Jérusalem. Et même ma sagesse demeura avec moi. Tout ce que mes yeux avaient désiré, je ne les en ai point privés; je n’ai refusé à mon cœur aucune joie; car mon cœur prenait plaisir à tout mon travail, et c’est la part qui m’en est revenue. Puis, j’ai considéré tous les ouvrages que mes mains avaient faits, et la peine que j’avais prise à les exécuter; et voici, tout est vanité et poursuite du vent, et il n’y a aucun avantage à tirer de ce qu’on fait sous le soleil.

Alors j’ai tourné mes regards vers la sagesse, et vers la sottise et la folie. -Car que fera l’homme qui succédera au roi ? Ce qu’on a déjà fait. Et j’ai vu que la sagesse a de l’avantage sur la folie, comme la lumière a de l’avantage sur les ténèbres; le sage a ses yeux à la tête, et l’insensé marche dans les ténèbres. Mais j’ai reconnu aussi qu’ils ont l’un et l’autre un même sort. Et j’ai dit en mon cœur : J’aurai le même sort que l’insensé; pourquoi donc ai-je été plus sage ? Et j’ai dit en mon cœur que c’est encore là une vanité. Car la mémoire du sage n’est pas plus éternelle que celle de l’insensé, puisque déjà les jours qui suivent, tout est oublié. Eh quoi ! le sage meurt aussi bien que l’insensé! Et j’ai haï la vie, car ce qui se fait sous le soleil m’a déplu, car tout est vanité et poursuite du vent.

J’ai haï tout le travail que j’ai fait sous le soleil, et dont je dois laisser la jouissance à l’homme qui me succédera. Et qui sait s’il sera sage ou insensé ? Cependant il sera maître de tout mon travail, de tout le fruit de ma sagesse sous le soleil. C’est encore là une vanité. Et j’en suis venu à livrer mon cœur au désespoir, à cause de tout le travail que j’ai fait sous le soleil. Car tel homme a travaillé avec sagesse et science et avec succès, et il laisse le produit de son travail à un homme qui ne s’en est point occupé. C’est encore là une vanité et un grand mal. Que revient-il, en effet, à l’homme de tout son travail et de la préoccupation de son cœur, objet de ses fatigues sous le soleil? Tous ses jours ne sont que douleur, et son partage n’est que chagrin ; même la nuit son cœur ne repose pas. C’est encore là une vanité.

Il n’y a de bonheur pour l’homme qu’à manger et à boire, et à faire jouir son âme du bien-être, au milieu de son travail ; mais j’ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu. Qui, en effet, peut manger et jouir, si ce n’est moi ? Car il donne à l’homme qui lui est agréable la sagesse, la science et la joie ; mais il donne au pécheur le soin de recueillir et d’amasser, afin de donner à celui qui est agréable à Dieu. C’est encore là une vanité et la poursuite du vent. »

Poursuivant sa méditation-confession, le fils de David, roi de Jérusalem, nous livre ses pensées les plus intimes. Il fait état de ses désirs et de ses ambitions, de ses réalisations, de l’étendue de ses réussites dans tous les domaines. Pourtant il ne s’agit pas de la parade orgueilleuse d’un tyran s’assurant qu’il a tous les pouvoirs et qu’il est presque l’égal d’un dieu pour son peuple, mais de l’analyse lucide d’un homme placé par le destin ou par la vocation à la place unique qui est la sienne. Sans aucun cynisme ni mauvaise conscience, cet homme revendique son amour de la vie et des plaisirs, car il ne l’oppose en rien, bien au contraire, à sa quête de la sagesse.

Alors il se montre capable d’une sincérité sans concession : s’interrogeant sur le juste et l’injuste, il se lamente que le sage et l’insensé connaisse un sort semblable. Et il témoigne d’une rancœur désespérée, quand il réalise que tout ce qu’il a aimé, élaboré, construit, tombera aux mains d’un autre que lui : « Et qui sait s’il sera sage ou insensé ?» Pourtant il trouve la paix, car il se laisse pénétrer par l’assurance que tout vient de Dieu.

Il y a dans les paroles de l’Ecclésiaste, un modèle d’introspection dont nous pouvons nous inspirer. Notre grandeur a partie liée avec la juste reconnaissance de ce que nous sommes, de ce que nous faisons, de ce que nous ressentons. Et si parfois la reconnaissance de notre petitesse nous fait honte, il est bon que le même mot nous permette de nous tourner vers Dieu qui nous pardonne, nous accepte dans notre humanité, et nous abreuve de ses biens. Alors la joie de cette reconnaissance est si forte qu’elle nous libère pour la confiance, et même pour l’acceptation que notre Père, qui sait ce qu’il fait, fasse pleuvoir sur les justes comme sur les injustes.

Seigneur, nous te rendons grâce de nous avoir créés actifs et serviteurs dans ta création.

Nous te rendons grâce pour le labeur des femmes et des hommes qui

Jour après jour

Produisent les services et les biens nécessaires à la vie.

Nous te rendons grâce pour les relations et les liens

Que le travail permet de tisser

Pour la participation à une œuvre commune

Qui transforme et humanise le monde.

Pour les richesses qu’il permet de produire et de partager.

Garde-nous de faire du travail une idole ou une drogue

De nous laisser emporter par les sirènes du profit et du pouvoir.

Nous te prions pour les femmes et les hommes sans emploi

Ou qui souffrent de leurs conditions de travail.

En ce jour du 1er mai et ce temps du confinement

Donne-nous les forces nécessaires

Pour nous engager avec les autres

Dans les défis que posent l’économie, la justice sociale, l’urgence écologique.

Dans l’espérance et la joie du monde qui vient

Envoie-nous comme initiateurs des changements nécessaires.

Amen

D’après Jean-Paul Hoppstädter.




En chemin avec Qohelet 1

Méditation du jeudi 23 avril 2020. Pendant plusieurs semaines nous allons méditer sur les paroles de l’Ecclésiaste. En ce temps de pandémie mondiale, où la sagesse semble plus que jamais souhaitable, nous prions particulièrement pour tous ceux qui exercent des responsabilités et doivent prendre des décisions graves, au niveau sanitaire, politique, économique, social, spirituel. …

«Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem. Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ?

Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche; il soupire après le lieu d’où il se lève de nouveau. Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits. Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent. Toutes choses sont en travail au-delà de ce qu’on peut dire; l’oeil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre. Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. S’il est une chose dont on dise: Vois ceci, c’est nouveau! cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés. On ne se souvient pas de ce qui est ancien; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard.

Moi, l’Ecclésiaste, j’ai été roi d’Israël à Jérusalem. J’ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux: c’est là une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l’homme. J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil; et voici, tout est vanité et poursuite du vent. Ce qui est courbé ne peut se redresser, et ce qui manque ne peut être compté. J’ai dit en mon cœur : Voici, j’ai grandi et surpassé en sagesse tous ceux qui ont dominé avant moi sur Jérusalem, et mon cœur a vu beaucoup de sagesse et de science. J’ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie; j’ai compris que cela aussi c’est la poursuite du vent. Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur. »

 

Cette confession aux accents très personnels est attribuée par la tradition à Salomon, fils de David, grand roi qui désira la sagesse (1 Rois 3,7-9), réalisa d’immenses projets, mais se perdit dans la démesure, au point de tomber parfois dans l’idolâtrie (1 Rois 11,1-12). Cette ambivalence est riche de deux enseignements : On peut demander la sagesse mais non la posséder, en témoigner parfois, mais non l’accomplir, car seul Dieu est sage. Ceci est vrai pour tout humain : seule l’humilité, aidée par l’humour peut nous permettre d’accepter que tous nos efforts pour atteindre la sagesse sont vains. A moins que, couronnés de succès illusoires, ils ne nous conduisent à la dangereuse vanité d’une supériorité despotique sur les autres. « Qui veut faire l’ange fait la bête !».

D’un autre côté, cette ambivalence nous invite à regarder les gens de pouvoir avec plus de justesse. Ont-ils plus de folie, ont-ils plus de sagesse, que nous ? Ne soyons ni idolâtres ni juges implacables vis-à-vis des puissants ! Critiquons ou louons leurs actes et leurs efforts selon leurs qualités propres. La plume méditative « du fils de David, roi de Jérusalem » nous invite à prendre de la hauteur, à la mesure du souffle de la création, qui induit rythme et répétition inlassable des manifestations du vivant. Alors ce qui semble désoler peut devenir ce qui console, et non de moindre façon. Que tout se refasse sous le soleil, que rien ne soit nouveau : tristesse ou réjouissance ? Pénible sentiment de la vanité des choses ou conscience heureuse de la légèreté poétique de ce qui est, comme don et grâce de vivre ? Beauté, écriture, musicalité, communion des esprits et des cœurs, voilà qui éclaire la difficile condition humaine. Ce qui est dangereux est la volonté de puissance et de domination, a fortiori s’il s’agit de biens immatériels comme le savoir, l’intelligence, et même la spiritualité. « Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur. ». Ceci, mené à sa logique extrême, peut aboutir à un désespoir sans rémission et un nihilisme destructeur. Alors que Dieu nous invite au simple bonheur de vivre, en priant que tous ses enfants puissent le connaître et le partager

Nous prions avec ces mots de Suzanne de Dietrich.

Seigneur notre Dieu, quelle nation est juste devant toi ?

De toute la surface de la terre, le sang des peuples crie vers toi.

Nous préférons nos sécurités humaines à ta justice.

Nous disons : Paix ! là où il n’y a que mensonges et coalitions d’intérêts.

Seigneur, pardonne et sauve.

Ne nous laisse pas nous consumer nous-mêmes par notre iniquité.

Il n’est pas de limite à la puissance du désir des hommes.

Et nous sommes perdus si tu nous abandonnes.

Seigneur, garde-nous de toute fausse paix qui serait évasion de la réalité.

Garde-nous des silences complices.

Ne permets jamais que nous nous résignions au mal

Et que nous abandonnions le monde aux puissances de mensonge et de haine qui le déchirent.

Donne-nous un esprit de sagesse, de prudence et de courage

Chaque fois qu’il s’agit de prendre parti

Pour ce que nous croyons être la justice et la vérité.

Toi qui, dans les temps anciens, t’es suscité des prophètes

Donne aujourd’hui à ton Eglise les témoins courageux dont elle a besoin.

Pour l’amour et la gloire de ton nom. Amen !