Que signifie interpréter les rêves ?

Méditation du jeudi 1er novembre 2018 : poursuite de notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Nous prions pour nos envoyés au Togo.

Le temps passa. Un jour deux hauts fonctionnaires du roi d’Égypte commirent une faute contre lui. C’étaient le chef des échansons, responsable des boissons du roi, et le chef des boulangers. Le Pharaon se mit en colère et les fit enfermer dans la forteresse, la prison du chef de la garde royale, là même où Joseph était détenu. Le chef de la garde les confia aux soins de Joseph, et ils furent maintenus quelque temps en prison.

Une nuit, l’échanson et le boulanger du roi d’Égypte firent tous deux un rêve dans leur prison. Chacun de ces rêves avait son propre sens. Le matin, quand Joseph vint les voir, il les trouva d’humeur sombre. Il leur demanda : « Pourquoi avez-vous l’air si triste aujourd’hui ? » — « Chacun de nous a fait un rêve, répondirent-ils, et il n’y a personne ici pour nous en donner l’explication. » — « Dieu peut vous la donner, déclara Joseph. Racontez-moi donc ce que vous avez rêvé. »

Le chef des échansons raconta son rêve : « Dans mon rêve, dit-il, il y avait un plant de vigne devant moi. Ce plant portait trois rameaux. Dès qu’il eut bourgeonné, il se couvrit de fleurs, puis de grappes mûres. J’avais en main la coupe du Pharaon. Je cueillis alors des raisins, j’en pressai le jus dans la coupe et je la lui tendis. »

Joseph lui dit : « Voici ce que signifie ton rêve : Les trois rameaux représentent trois jours. Dans trois jours, le Pharaon t’offrira une haute situation : il te rétablira dans tes fonctions. Tu pourras de nouveau lui tendre la coupe, comme tu le faisais précédemment. Essaie de ne pas m’oublier, quand tout ira bien pour toi ; sois assez bon pour parler de moi au Pharaon et me faire sortir de cette prison. J’ai été amené de force du pays des Hébreux, et ici je n’ai rien fait qui mérite la prison. »

Lorsque le chef des boulangers vit que Joseph avait donné une interprétation favorable du rêve, il lui dit : « Moi aussi j’ai fait un rêve. Dans ce rêve, je portais sur la tête trois corbeilles de gâteaux.

La corbeille supérieure était pleine des pâtisseries préférées du Pharaon, mais des oiseaux venaient les picorer dans la corbeille, sur ma tête. »

Joseph lui dit : « Voici ce que signifie ton rêve : Les trois corbeilles représentent trois jours. Dans trois jours le Pharaon t’offrira une haute situation, plus haute que tu ne voudrais : on te pendra à un arbre, et les oiseaux viendront picorer ta chair. »

Trois jours après, le Pharaon fêtait son anniversaire ; il offrit un banquet à tous les gens de son entourage. En leur présence, il offrit de hautes situations au chef des échansons et au chef des boulangers : Il rétablit le premier dans ses fonctions, pour qu’il lui tende de nouveau la coupe, mais il fit pendre le second. Ainsi s’accomplit ce que Joseph avait annoncé. Pourtant le chef des échansons oublia tout à fait Joseph. Genèse 40,1-23

 


Joseph interprète le rêve de l’échanson et du boulanger

 

Nous avons appris en Canaan que Joseph était un rêveur, nous allons le rencontrer maintenant interprète des songes en Egypte. Nous l’avons vu endosser un rôle important dans la maison de Potifar, nous le voyons désormais prisonnier des geôles de Pharaon.

La hiérarchie sociale qui règne dans la société se retrouve en prison : Joseph est mis au service de deux prisonniers de marque qui ont déplu à Pharaon : le boulanger et l’échanson, le maître du pain et le maître du vin. Aujourd’hui encore, on peut retrouver dans les prisons cette relation d’assujettissement entre des prisonniers influents qui font la loi et d’autres qui ont besoin de protection ou d’argent.

Mais pourquoi l’échanson et le boulanger sont-ils incarcérés ? Rien n’est dit de la faute qu’ils ont commise contre Pharaon. Est-ce une faute commune ? La sanction finale semble l’exclure, puisque l’un est rétabli dans sa fonction et l’autre exécuté. Est-ce une faute liée à leurs offices respectifs ? Leurs songes peuvent le suggérer, puisque l’échanson rêve de vigne et de jus de raisin et le panetier de pâtisseries. Cependant le rêve du premier est florissant et flatte Pharaon, celui du second est plus énigmatique, s’arrêtant sur les oiseaux venant picorer les gâteaux dans les corbeilles qu’il porte sur la tête.

Comment Joseph interprète-t-il les rêves qu’on lui soumet ? Ces rêves sont -ils des prémonitions ? Les interprétations de Joseph semblent le confirmer, puisqu’à partir d’éléments oniriques, il va annoncer l’avenir, et les choses se passeront selon ses prédictions. Or Joseph se réfère à l’interprétation de Dieu lui-même.

Il y aurait donc une fatalité inexorable, heureuse pour les uns et malheureuse pour les autres, et personne ne plaiderait en faveur de ces derniers ! Qu’a donc fait le pauvre boulanger pour mériter ce sort ?

Ou le talent de Joseph servirait-il plutôt à annoncer les excès du pouvoir pharaonique, qui, de manière totalement arbitraire décide, sans avoir de compte à rendre à personne, qui parmi ses sujets doit vivre et qui doit mourir ?

Et nous, quels sont nos rêves ? Que nous disent-ils de nos désirs, de nos peurs, et de la marche du monde ? Et qui peut les interpréter ?

 

 


Les danseurs d’Emmanuel Kavi, peintre togolais

 

Nous prions pour nos envoyés au Togo et nous découvrons ce poème de Max Dotsé AMEGEE, poète togolais, avocat au barreau de Paris.

Au bout de moi-même

Au bout de mon rêve ma terre féconde parle et jubile

La vague au pied de mon zénith vient me rendre ces bateaux gavés
Comme une illusion qui attise le feu de ma blessure traumatique.

La vague la même vague me parle du voyage
comme le silence froid de mes ancêtres
de leurs terres sacrées horizontalement bradées,
de leur courroux de leurs cris déconnectés
et de leur lune ma souche calcinée

Le fleuve mon miroir sèche et mon champ mon seul espoir s’inonde d’images sans pirogue
comme une immense injustice sans recours

Emmenez-moi loin de ces maux
aux abords de ces mots qui résonnent comme le tam-tam
Appel du matin qui cogne ma vigueur endormie

Que se lèvent ô que dis-je
Que s’élèvent tous ces vers si purs par-ci par-là
D’un soleil si amical par-ci par-là
L’astre qui sait tendre la main par-ci par-là
Fils de la nature qui sait prendre une main par-ci par-là
La main rien qu’une main fraternelle
La main qui tombe la main qui mord la poussière

Et qu’enfin se forme le poing de l’humanité
Qui respire la dignité pour cette même Afrique !

Emmenez-moi vivre dans ses lignes
Emmenez-moi boire à la source de sa propre lumière
Où la voix du feu s’entend
Où s’entend la voix de l’eau
La sève d’une insolente espérance

Emmenez-moi ivre de cette source jusqu’au bout de moi-même.




Du harcèlement sexuel et de la calomnie !

Méditation du jeudi 25 octobre 2018 : poursuite de notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Nous prions pour nos envoyés au Burkina-Faso.

Les Ismaélites qui avaient emmené Joseph en Égypte le vendirent à un Égyptien nommé Potifar. Ce Potifar était l’homme de confiance du Pharaon et le chef de la garde royale.

Le Seigneur était avec Joseph, si bien que tout lui réussissait. Joseph vint habiter la maison même de son maître égyptien. Celui-ci se rendit compte que le Seigneur était avec Joseph et faisait réussir tout ce qu’il entreprenait. Potifar fut si content de lui qu’il le prit à son service particulier ; il lui confia l’administration de sa maison et de tous ses biens. Dès lors, à cause de Joseph, le Seigneur fit prospérer les affaires de l’Égyptien ; cette prospérité s’étendit à tous ses biens, dans sa maison comme dans ses champs. C’est pourquoi Potifar remit tout ce qu’il possédait aux soins de Joseph et ne s’occupa plus de rien, excepté de sa propre nourriture.

Joseph était un jeune homme beau et charmant. Au bout de quelque temps, la femme de son maître le remarqua et lui dit : « Viens au lit avec moi ! » — « Jamais, répondit Joseph. Mon maître m’a remis l’administration de tous ses biens, il me fait confiance et ne s’occupe de rien dans sa maison. Dans la maison, il n’a pas plus d’autorité que moi. Il ne m’interdit rien, sauf toi, parce que tu es sa femme. Alors comment pourrais-je commettre un acte aussi abominable et pécher contre Dieu lui-même ? » Elle continuait quand même à lui faire tous les jours des avances, mais il n’accepta jamais de lui céder.

Un jour Joseph entra dans la maison pour son travail ; les domestiques étaient absents. La femme de Potifar le saisit par sa tunique en lui disant : « Viens donc au lit avec moi ! » Mais Joseph lui laissa sa tunique entre les mains et s’enfuit de la maison. Lorsque la femme se rendit compte qu’il était parti en lui laissant sa tunique entre les mains, elle cria pour appeler ses domestiques : « Venez voir : Cet Hébreu que mon mari nous a amené a voulu se jouer de nous ! Il est venu ici pour abuser de moi, mais j’ai poussé un grand cri. Dès qu’il m’a entendue crier et appeler, il s’est enfui de la maison, en abandonnant sa tunique à côté de moi. »

Elle garda la tunique de Joseph près d’elle jusqu’au retour de son mari. Elle lui raconta la même histoire : « L’esclave hébreu que tu nous as amené s’est approché de moi pour me déshonorer. 18 Mais dès que j’ai crié et appelé, il s’est enfui en abandonnant sa tunique à côté de moi. » Lorsque le maître entendit sa femme lui raconter comment Joseph s’était conduit avec elle, il se mit en colère. Il fit arrêter et enfermer Joseph dans la forteresse, où étaient détenus les prisonniers du roi.

Joseph se retrouva donc en prison. Pourtant, là aussi, le Seigneur fut avec lui e et lui montra sa bonté en lui obtenant la faveur du commandant de la forteresse. Celui-ci confia à Joseph la responsabilité de tous les autres prisonniers. C’était lui qui devait diriger tous les travaux effectués par les détenus. Le commandant ne s’occupait plus de ce qu’il lui avait confié, parce que le Seigneur était avec Joseph et faisait réussir tout ce qu’il entreprenait.   Genèse 39,1-23

 


Joseph et la femme de Potifar Lionello Spada 1576-1622

 

Fort est le contraste entre le malheur qui a frappé Joseph et sa nouvelle situation chez Potifar, présentée comme idyllique. Dieu le protège, ce qui lui apporte le succès et la confiance de son maître, qui lui accorde une autorité incontestable sur toute ses propriétés. Ce rapport de maître à intendant préfigure celui que Joseph aura avec Pharaon, et il pose une problématique que l’on retrouvera souvent dans l’histoire des royaumes et des états : jusqu’où va le pouvoir de celui qui représente le maître ?

Celui de Joseph est à la fois réel et illusoire. Car tout lui est permis sauf de se défendre le jour où il sera calomnié.

Que s’est-il passé ? Potifar a une épouse, qu’il ne satisfait pas ; certains commentateurs ont même suggéré qu’il était eunuque. Toujours est-il que son épouse est saisie d’un vif désir pour le très beau Joseph et commence à le harceler.

Le refus de Joseph de consommer l’adultère s’appuie sur des arguments éthiques et spirituels : il ne peut trahir la confiance de son maître et prendre l’unique « bien » qui lui soit interdit, sa femme.

Voici maintenant que celle-ci joint le geste à la parole en voulant prendre Joseph de force. Elle le saisit par son vêtement. Il répond par la fuite.

Plus que la tentation de l’adultère, le crime de l’épouse de Potifar réside dans la fausse accusation qu’elle lance sur Joseph, en se servant du morceau de vêtement resté entre ses mains pour l’accuser de tentative de viol.

Face à cette calomnie Joseph est forcément perdant. Dans sa colère son maître ne lui laisse aucune chance de plaider sa cause. Mais que se serait-il passé s’il avait demandé à Joseph de s’expliquer ? Dans sa loyauté, Joseph aurait-il pu dire la vérité et accuser la femme de son maître, lui faisant perdre la face ?  C’est difficilement pensable, et s’il l’avait fait, cette vérité lui aurait peut-être coûté encore plus cher qu’une fausse accusation.

Ainsi il existe de nombreux cas où des femmes victimes de violence sexuelle sont réduites au silence sous peine de subir des représailles doublement affligeantes de la part de leur agresseur, surtout s’il est dans une position sociale plus élevée, ou encore de la société quand elle se montre incapable de faire face à de telles réalités.

Joseph va donc se retrouver en prison. Mais Dieu, qui voit tout, continuera de le protéger.

 

 


Taxi-brousse Christophe Sawadogo artiste burkinabais

 

Nous prions pour nos envoyés au Burkina-Faso.

Je te prie, Jésus, mon compagnon de voyage en humanité.
Tu es celui qui m’accompagne sur les chemins chaotiques de ma vie.
Aux jours heureux, pardonne-moi de te donner une place aux repas des retrouvailles.
Pardonne-moi de te laisser dans un coin quand mes amis réchauffent mon cœur.
Excuse-moi de te mettre à part de ceux qui comptent tellement pour moi.
Aux jours douloureux, tu es pourtant Celui qui refus ma solitude.
Tu rêves ma vie quand l’espoir s’enfuit.
Tu me relèves quand tout en moi fléchit.
Tu es mon compagnon de voyage en humanité.
Merci de ta présence, merci pour ton pain, merci pour ta main tendue.
Merci pour ce souffle au rythme de mes pas.
Par toi la source de l’Eternel ranime ma vie :
« Tu as délié mon sac et tu m’as ceint de joie, afin que mon cœur te chante et ne soit pas muet.
Mon Dieu je te louerai toujours » PS 30

Hervé Stucker




Qu’avez-vous fait de votre frère ?

Méditation du jeudi 18 octobre 2018. Nous poursuivons notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Et nous prions pour notre envoyé au Timor oriental.

Les frères de Joseph se rendirent dans la région de Sichem, pour y faire paître les moutons et les chèvres de leur père.

Un jour Jacob dit à Joseph : « Tes frères gardent le troupeau près de Sichem. Va les trouver de ma part. » — « Oui, père », répondit Joseph.

Jacob reprit : « Va voir s’ils vont bien, ainsi que le troupeau. Puis tu m’en rapporteras des nouvelles. Jacob l’envoya donc depuis la vallée d’Hébron.

Quand Joseph arriva près de Sichem, un homme le rencontra tandis qu’il errait dans la campagne ; il l’interrogea : « Que cherches-tu ? » — « Je cherche mes frères, répondit Joseph ; peux-tu me dire où ils sont avec leur troupeau ? » L’homme déclara : « Ils sont partis d’ici. Je les ai entendus dire qu’ils allaient du côté de Dotan. » Joseph partit à la recherche de ses frères et les trouva à Dotan.

Ceux-ci le virent de loin. Avant qu’il les ait rejoints, ils complotèrent de le faire mourir, se disant les uns aux autres : « Hé ! voici l’homme aux rêves ! Profitons-en pour le tuer. Nous jetterons son cadavre dans une citerne et nous dirons qu’une bête féroce l’a dévoré. On verra bien alors si ses rêves se réalisent. »

Ruben les entendit et décida de sauver Joseph. « Ne le tuons pas ! » dit-il.

Puis il ajouta : « Ne commettez pas un meurtre ; jetez-le simplement dans cette citerne du désert, mais ne le tuez pas. » Il leur parlait ainsi afin de pouvoir le sauver et le ramener à son père.

Dès que Joseph arriva près de ses frères, ils se saisirent de lui, le dépouillèrent de sa belle tunique et le jetèrent dans la citerne. — Cette citerne était à sec, complètement vide. —Puis ils s’assirent pour manger.
Ils virent passer une caravane d’Ismaélites, qui venaient du pays de Galaad et se dirigeaient vers l’Égypte. Leurs chameaux transportaient diverses résines odoriférantes : gomme adragante, baume et ladanum.
Juda dit à ses frères : « Quel intérêt avons-nous à tuer notre frère et à cacher sa mort ? Vendons-le plutôt à ces Ismaélites, mais ne touchons pas à sa vie. Malgré tout, il est de notre famille, il est notre frère. » Ils donnèrent leur accord.

Mais des marchands madianites, qui passaient par là, tirèrent Joseph de la citerne. Ils le vendirent pour vingt pièces d’argent aux Ismaélites, qui l’emmenèrent en Égypte.

Lorsque Ruben alla regarder dans la citerne, Joseph n’y était plus. Ruben, désespéré, déchira ses vêtements, revint vers ses frères et s’écria : « Joseph n’est plus là ! Que vais-je faire maintenant ? »

Les frères égorgèrent un bouc, prirent la tunique de Joseph et la trempèrent dans le sang. Ensuite ils l’envoyèrent à leur père avec ce message : « Nous avons trouvé ceci. Examine donc si ce n’est pas la tunique de ton fils. »

Jacob la reconnut et s’écria : « C’est bien la tunique de mon fils ! Une bête féroce a déchiqueté Joseph et l’a dévoré. » Alors il déchira ses vêtements, prit la tenue de deuil et pleura son fils pendant longtemps. Tous ses enfants tentèrent de le réconforter, mais il refusa de se laisser consoler ; il disait : « Je serai encore en deuil quand je rejoindrai mon fils dans le monde des morts. » Et il continua de le pleurer.  Genèse 37, 12-35

 


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Jacob a vécu la violence des relations fraternelles avec son frère Esaü. Malgré cela, c’est avec une relative inconscience qu’il envoie Joseph, seul, vers ses frères dont il connait pourtant la jalousie. Peut-être désire-t-il, en le mettant dans ce rôle de « demandeur de nouvelles », l’éduquer à la modestie, et apaiser ses autres fils ! Si tel est le cas, il paiera cher son initiative.

Mais comment aurait-il pu imaginer ses fils prêts à tuer l’un d’entre eux ? Malgré ce que nous savons de l’histoire et de la nature humaine, il semble que nous ne parvenions que rarement à anticiper le déchaînement de la violence. Et ce qui est vrai de la famille de Jacob l’est aussi au niveau des peuples et des pays. Qu’il s’agisse dans un proche passé du Rwanda, de l’ex-Yougoslavie, ou de l’Irak et la Syrie d’aujourd’hui, comment imaginer que d’anciens voisins vont s’entretuer !

Les frères de Joseph en sont au stade où ils ne peuvent plus voir Joseph sans désirer le supprimer. Son existence même est comme une insulte à ce qu’ils sont et ne sont pas. Alors il devient le bouc émissaire, dont l’exécution sert à satisfaire leur soif de violence.

Contre cet instinct vont pourtant lutter, chacun à sa manière, Ruben et Juda. Ils ne parviendront pas à rétablir complètement la situation, mais du moins le sang humain aura été remplacé par le sang d’un bouc, ce qui peut rappeler le bélier qui fut sacrifié à la place d’Isaac sur le Mont Moriah.

Mais Joseph, vendu comme esclave en Egypte, aura disparu de la vue de son père, qui pleure toutes les larmes de son corps et refuse de se laisser consoler. Cette « inconsolation » n’est-t-elle pas celle de Dieu lui-même, devant les maux que ses enfants s’infligent les uns aux autres sur cette terre ?

 

 


Source : Pixabay

 

Nous prions pour notre envoyé au Timor oriental

Mon Dieu, je viens vers toi
Le cœur habité de tous ces enfants livrés à eux-mêmes
Dans les rues des cités
Dans les bidonvilles
Dans les camps de réfugiés.
Ils ne connaissent ni paix ni avenir
Ni amour ni sécurité.
Ils sont victimes de la folie des hommes
Génération sacrifiée.

Mon Dieu je viens vers toi
Le cœur habité de tous ces jeunes
Qui se cherchent
Qui te cherchent sans le savoir.
Ils sont là dans les rues à crier leur désarroi
Ils n’osent plus croire en l’avenir.

Seigneur tu as pris les petits dans tes bras
Et de tes mains tu les as bénis.
Tu as regardé le jeune homme riche
Avec compassion avec amour.
Toi le Dieu de la vie
Tu as une espérance pour chacun d’eux.
Rends-nous attentifs à ta voix, à ta volonté
Et fais de nous aujourd’hui des témoins d’espérance et de vie
Pour tous ceux qui croiseront notre chemin.

Sœur Danielle




Quand germe la haine entre frères !

Méditation du jeudi 11 octobre 2018 : pour une lecture interculturelle de la Bible. Nous prions pour nos envoyés en Égypte.

Jacob s’installa au pays de Canaan, dans la région où son père avait séjourné.

Voici l’histoire des fils de Jacob.

Joseph était un adolescent de dix-sept ans. Il gardait les moutons et les chèvres en compagnie de ses frères, les fils de Bila et de Zilpa, femmes de son père. Il rapportait à son père le mal qu’on disait d’eux.

Jacob aimait Joseph plus que ses autres fils, car il l’avait eu dans sa vieillesse. Il lui avait donné une tunique de luxe.

Les frères de Joseph virent que leur père le préférait à eux tous. Ils en vinrent à le détester tellement qu’ils ne pouvaient plus lui parler sans hostilité.

Une fois, Joseph fit un rêve. Il le raconta à ses frères, qui le détestèrent encore davantage. «Écoutez mon rêve, leur avait-il dit : Nous étions tous à la moisson, en train de lier des gerbes de blé. Soudain ma gerbe se dressa et resta debout ; toutes vos gerbes vinrent alors l’entourer et s’incliner devant elle. »

« Est-ce que tu prétendrais devenir notre roi et dominer sur nous ? » lui demandèrent ses frères. Ils le détestèrent davantage, à cause de ses rêves et des récits qu’il en faisait.

Joseph fit un autre rêve et le raconta également à ses frères. « J’ai de nouveau rêvé, dit-il : Le soleil, la lune et onze étoiles venaient s’incliner devant moi. »

Il raconta aussi ce rêve à son père.

Celui-ci le réprimanda en lui disant : « Qu’as-tu rêvé là ? Devrons-nous, tes frères, ta mère et moi-même, venir nous incliner jusqu’à terre devant toi ? »

Ses frères étaient jaloux de lui, mais son père repensait souvent à ces rêves. Genèse 37,1-11

 


Les rêves de Joseph © Shoshannah Brombacher

 

Non seulement Jacob préfère son fils Joseph à ses autres fils mais il extériorise dangereusement cette préférence, notamment par l’habit remarquable dont il le revêt. Alors la haine qui s’empare de ses frères nous rappelle la scène primitive de Caïn et Abel, comme si la rivalité avec le frère demeurait, depuis l’origine, le défi fondamental que l’être humain doit affronter. Cela reste-t-il vrai quand il ne s’agit plus d’une fraternité de sang, mais d’une fraternité religieuse ou associative ?

Joseph en rajoute en racontant à ses frères un rêve étrange qui ne peut que les provoquer. Alors qu’ils sont tous bergers les voici en train de moissonner ensemble, et les gerbes des frères s’inclinent devant celle de Joseph. Est-ce un songe prémonitoire annonçant le rôle du futur ministre de Pharaon en Égypte ? Ou une allégorie de sa domination ?

Au lieu de s’interroger vraiment, et avec Joseph, sur les significations possibles de son rêve, ses frères vont tout de suite le comprendre dans le sens qui attise leur haine.

Alors Joseph renchérit par un second rêve, où sa toute-puissance s’exprime ostensiblement cette fois. Car ce sont les forces cosmiques qui s’inclinent devant lui. Et il en fait part non seulement à ses frères mais également à son père Jacob, qui semble s’indigner et en garde mémoire.

Quel est le rôle des parents, des éducateurs, dans les relations au sein des fratries ? Quelle conscience ont-ils des germes de jalousie et de violence ? Est-il possible de faire de la prévention sur les questions de rivalité, de place dans la famille, d’aspiration à la justice et à l’égalité ?  Si la famille est une micro-société, ces questions ont forcément une répercussion sur l’ensemble du corps social.

 

 


Source : Pixabay

 

Nous prions pour nos envoyés en Égypte avec cette « prière de l’éducateur ».

Seigneur ils vont leur chemin
Ces garçons et ces filles
Comme tes disciples vers Emmaüs.
Tu les as mis sur leur route.
Donne-moi de les rejoindre
Comme tu m’as rejoint dans mon histoire
Respectant les méandres, les déviances de ma vie.
Apprends-moi, Seigneur, non seulement à les voir
Mais à les regarder :
Ces visages chiffonnés, lisses
Ou ceux dont le sourire dit le cœur
Ces yeux vides, fuyants
Ou ce regard pétillant d’étoiles.

Apprends-moi, Seigneur, à rejoindre ton désir pour eux
En embrassant toute l’étendue de leurs propres désirs.
A ne pas me figer sur ce qu’ils sont
Mais à ma fixer sur ce qu’ils ne sont pas encore.
Comme toi avec tes deux disciples
Donne-moi de les aider
A apprendre que l’essentiel est de goûter les choses intérieurement.
Apprends-moi, envers eux,
L’infinie patience que tu nous portes déjà.
Que je sache leur dire, comme toi si souvent :
« Lève-toi et marche ! »
Que je puisse les inviter à incliner leur cœur
Vers cet Autre qui les habite déjà !




La naissance compliquée d’un enfant désiré

Méditation du jeudi 5 octobre 2018 : nous poursuivons notre cycle pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Et nous prions pour notre envoyé à Djibouti et sa famille.

Alors Dieu pensa à Rachel. Il entendit son souhait et la rendit féconde. Elle devint enceinte et mit au monde un fils. Elle déclara : « Dieu a enlevé le déshonneur qui pesait sur moi ! » Elle appela son fils Joseph, en exprimant ce souhait : « Que le Seigneur me donne encore un fils !»

Après la naissance de Joseph, Jacob dit à Laban : « Laisse-moi retourner chez moi, dans mon pays. Permets-moi d’emmener mes femmes et mes enfants ; c’est pour elles que j’ai travaillé à ton service, et tu sais bien tout le travail que j’ai fait chez toi. »

Laban lui répondit : « Écoute-moi, s’il te plaît. Mes dieux m’ont révélé que le Seigneur m’a béni à cause de toi. Dis-moi le salaire que tu désires, et je te le paierai. »

Jacob lui dit : « Tu sais comment je t’ai servi et ce qu’est devenu ton bétail grâce à moi. Le peu que tu possédais avant mon arrivée s’est considérablement développé. Le Seigneur t’a béni depuis que je suis entré chez toi. Ne serait-il pas temps que je puisse travailler aussi pour ma propre famille ? »

« Que dois-je te payer ? » reprit Laban.

Jacob répondit : « Tu n’auras rien à me payer. Si tu m’accordes ce que je vais te proposer, je suis prêt à soigner et à garder ton bétail comme avant. Je vais passer en revue aujourd’hui tout ton troupeau et je mettrai à part tout mouton qui a des taches de couleur, petites ou grandes, tout mouton à la toison foncée et toute chèvre qui a des taches, petites ou grandes : ce sera mon salaire. Plus tard tu pourras t’assurer de mon honnêteté en venant contrôler mon salaire. Toutes les chèvres qui n’auront pas de taches, petites ou grandes, et tous les moutons qui n’auront pas la toison foncée seront des bêtes volées. »

« D’accord, répondit Laban. J’accepte ta proposition. »

Ce jour même, Laban mit à part les boucs qui avaient des rayures ou des taches, les chèvres qui avaient des taches petites ou grandes, et les moutons dont la toison était foncée ou mêlée de blanc. Il confia ce troupeau à ses fils et les envoya à trois jours de marche de là, à bonne distance de Jacob.

Quant à Jacob, il s’occupa du reste du troupeau de Laban. Genèse 30, 22-36

 


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Être un enfant désiré est certes mieux que le contraire. Toutefois il n’est pas toujours facile de se hisser à la mesure d’un désir aiguisé par le délai de sa réalisation.

Quand Dieu se souvient de Rachel et ouvre sa matrice, sa première réaction n’est pas de simple joie maternelle mais d’amour-propre : « Dieu a enlevé le déshonneur qui pesait sur moi !

Et elle donne ce terme « enlever » comme prénom « Joseph » à son fils (asaph = enlever en hébreu). Or ce verbe peut également se comprendre dans l’autre sens : ajouter ! Et Rachel, avec son bébé dans les bras, formule un vœu : « Que Dieu m’ajoute un autre fils ! » 

Terribles paroles, comme si cet enfant qui vient de naître ne pouvait suffire, dans le temps présent, à combler sa mère !  Il lave son humiliation, mais exacerbe son désir au lieu de l’assouvir. Elle se projette déjà dans une nouvelle naissance, mais celle-ci la tuera.

Chez Jacob la naissance de Joseph provoque aussi quelque chose d’inattendu. De but en blanc il décide de se séparer de Laban son beau-père pour s’en retourner vers son propre pays. Comme la venue de cet enfant, provoquée par le souvenir de Dieu, éveillait en Jacob le souvenir qu’il a une autre mission que de rester à Haran, cette terre de l’entre-deux.

S’ensuivent des tractations familiales sur les troupeaux où le désir de justice le dispute à la méfiance et à la ruse. Si bien qu’au jour où il se préparera à partir, Jacob se sera « ajouté » bien des richesses ! « Cet homme s’enrichit beaucoup beaucoup. Il acquit un nombreux petit bétail, des esclaves et des serviteurs, des chameaux et des ânes. Gn 30,43 »

Que signifie être mère et être père ? Quel impact les circonstances de leur conception et de de leur naissance, ainsi que nos ressentis, nos décisions ont-ils sur les bébés que nous mettons au monde ? La psychanalyse ne suggère-t-elle pas que les premiers mois de la vie sont cruciaux ?

 

 


Source : Pixabay

 

Nous prions pour notre envoyé à Djibouti et sa famille, à travers ce beau texte de Khalil Gibran

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
Pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
Mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.


Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
Pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

Khalil Gibran, Le prophète




Course aux enfants !

Quand le Seigneur vit que Léa était moins aimée que Rachel, il la rendit féconde, alors que Rachel restait stérile. Léa devint enceinte, et mit au monde un fils qu’elle appela Ruben. Elle expliqua en effet : «Le Seigneur a vu mon humiliation ; maintenant mon mari m’aimera.»

Elle fut de nouveau enceinte et mit au monde un deuxième fils. Elle déclara : «Le Seigneur a su que je n’étais pas aimée, et il m’a donné un autre fils.» Elle appela ce fils Siméon.

Elle fut de nouveau enceinte et mit au monde un troisième fils. Elle déclara : «Cette fois-ci mon mari s’attachera à moi, car je lui ai donné trois fils.» Et Jacob appela ce fils Lévi.

Elle fut de nouveau enceinte et mit au monde un quatrième fils. Elle déclara : «Cette fois, je louerai le Seigneur.» Et elle appela ce fils Juda.

Elle cessa alors d’avoir des enfants.

Quand Rachel s’aperçut qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfants, elle devint jalouse de sa sœur. Elle dit à Jacob : «Donne-moi des enfants, sinon je mourrai.»

Jacob se mit en colère contre elle : «Me prends-tu pour Dieu lui-même ? C’est lui qui t’empêche d’en avoir.» Elle répondit : «Prends ma servante Bila, pour qu’elle mette au monde des enfants ; je les adopterai. Ainsi, grâce à elle, j’en aurai moi aussi.» Elle donna donc à Jacob sa servante, qui passa la nuit avec lui.

Bila devint enceinte et donna un fils à Jacob. Rachel déclara : «Dieu a jugé en ma faveur. Il a entendu mon souhait et m’a accordé un fils, à moi aussi.» Et elle l’appela Dan.

Bila, servante de Rachel, fut de nouveau enceinte et donna un second fils à Jacob. Rachel déclara : «J’ai livré un dur combat à ma sœur et j’ai gagné.» Elle appela son fils Neftali.

Quand Léa vit qu’elle avait cessé d’avoir des enfants, elle prit sa servante Zilpa et la donna pour femme à Jacob. Zilpa donna un fils à Jacob, et Léa s’écria : «Quelle chance !» Et elle l’appela Gad.

Zilpa donna un second fils à Jacob. Léa s’écria : «Quel bonheur ! Maintenant les femmes peuvent dire que je suis heureuse.» Et elle l’appela Asser.

Un jour, à l’époque de la moisson du blé, Ruben se rendit aux champs et trouva des pommes d’amour. Il les apporta à sa mère Léa.

Alors Rachel dit à Léa : «S’il te plaît, donne-moi quelques-unes des pommes d’amour de ton fils.» Léa répondit : «Il ne te suffit pas d’avoir pris mon mari ? Tu veux encore prendre les pommes d’amour de mon fils !» Rachel reprit : «Eh bien, Jacob passera la nuit prochaine avec toi en échange des pommes d’amour de ton fils !»

Le soir, quand Jacob revint des champs, Léa sortit à sa rencontre et lui déclara : «Tu dois passer la nuit avec moi : j’ai payé le droit de t’avoir contre les pommes d’amour de mon fils.» Jacob passa donc avec elle cette nuit-là. Dieu exauça la prière de Léa. Elle devint enceinte et donna un cinquième fils à Jacob. Elle proclama : «Dieu m’a payé un salaire pour avoir donné ma servante à mon mari.» Et elle appela son fils Issakar.

Léa fut de nouveau enceinte et donna un sixième fils à Jacob. Elle proclama : «Dieu m’a fait un beau cadeau. Cette fois mon mari m’honorera, puisque je lui ai donné six fils.» Et elle appela son fils Zabulon. Par la suite elle mit au monde une fille, qu’elle appela Dina. Genèse 29 ,31-30,21

 


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La stérilité peut être douloureuse pour une femme désirant absolument enfanter. Heureusement aujourd’hui existe la Procréation Médicalement Assistée ! Mais là où elle n’est pas possible et dans une société qui parmi les femmes n’honore que les mères, la stérilité reste un malheur. D’autant qu’elle a longtemps était considérée comme une faute, le résultat d’une transgression imputée à la femme.

La Bible n’accable pas les femmes stériles, mais en fait les porteuses d’un message théologique : c’est Dieu qui donne la vie.  Quel mal aurait donc commis Rachel, sinon d’être la préférée de Jacob, pour que Dieu semble l’oublier et se soucier, en revanche, des enfantements de sa sœur, afin de compenser la moindre affection de leur mari à son égard ?

Donc Léa enfante, puis cesse d’enfanter. Alors les matriarches se lancent dans une compétition à travers le ventre de leurs servantes Bilha et Zilpa. Peut-on parler de Gestation Pour Autrui ?  La différence est que les enfants des servantes, tout en étant adoptés comme leurs par Rachel et Léa, ne sont pas séparés de celles qui les ont portés.

Notons aussi que Jacob les considère tous comme ses enfants. En dehors de sa préférence pour Joseph, c’est en fonction de leur personnalité propre qu’il porte un regard sur ses fils, comme nous le verrons quand, à l’approche de la mort,  il leur donnera sa bénédiction.

Reste l’importance de la nomination, maîtrisée par les deux sœurs Léa et Rachel, qui à chaque fois tente de rendre compte des circonstances et du sens de la naissance de chacun des enfants. On sait combien, dans la Bible, le nom a une portée théologique. Mais au fait, comment nommons-nous nos enfants ? A quelle logique obéissons-nous ? La tradition, les usages familiaux ? La mode ? Leur donnons-nous, en cas d’exil, un prénom du pays d’origine ou du pays d’accueil ? Un prénom biblique, un prénom du calendrier ?  Pourquoi ?

 

 


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Nous prions pour nos envoyés à Madagascar.

Nous prions Dieu !
Dieu nous prie en Jésus-Christ :
Je t’aime tel que tu es
Voici que je me tiens à la porte et que je frappe.
C’est vrai ! Je me tiens à la porte de ton cœur, jour et nuit.
Même quand tu ne m’écoutes pas, même quand tu doutes que ce puisse être Moi,
C’est Moi qui suis là.
J’attends le moindre petit signe de réponse de ta part, le plus léger murmure d’invitation,
Qui me permettra d’entrer chez toi.
Je veux que tu saches que chaque fois que tu m’inviteras, je vais réellement venir.
Je serai toujours là, sans faute.
Silencieux et invisible, je viens, mais avec l’infini pouvoir de mon amour.
Je viens avec ma miséricorde, avec mon désir de te pardonner, de te guérir,
Avec tout l’amour que j’ai pour toi ;
Un amour au-delà de toute compréhension,
Un amour où chaque battement du cœur est celui que j’ai reçu du Père même.
Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimé.
Je viens, assoiffé de te consoler, de te donner ma force, de te relever, de t’unir à moi,
Dans toutes mes blessures.
Je vais t’apporter ma lumière.
Je viens écarter les ténèbres et les doutes de ton cœur.
Je viens avec mon pouvoir capable de te porter toi-même et de porter tous tes fardeaux.
Je viens avec ma grâce pour toucher ton cœur et transformer ta vie.
Je viens avec ma paix, qui va apporter le calme et la sérénité à ton âme.
Je connais tout de toi. Même les cheveux de ta tête, je les ai tous comptés.
Rien de ta vie est sans importance à mes yeux.
Je connais chacun de tes problèmes, de tes besoins, des tes soucis.
Oui, je connais tous tes péchés, mais je te le redis une fois encore :
Je t’aime, non pas pour ce que tu as fait, non pas pour ce que tu n’as pas fait.
Je t’aime pour toi même, pour la beauté et la dignité que mon Père t’a données
En te créant à son image et à sa ressemblance.
C’est une dignité que tu as peut-être souvent oubliée,
Une beauté que tu as souvent ternie par le péché,
Mais je t’aime tel que tu es.

Prière écrite par Mère Teresa




Jacob voulait une femme, il en eut quatre !

Lorsque Laban entendit parler de Jacob, le fils de sa soeur, il courut à sa rencontre, l’embrassa et l’amena à la maison. Jacob raconta à Laban tout ce qui lui était arrivé. Laban lui dit : « Tu es vraiment de ma famille, du même sang que moi. » Jacob passa un mois entier chez Laban.

Un jour, Laban dit à Jacob : « Tu es mon parent, mais ce n’est pas une raison pour que tu travailles gratuitement à mon service. Dis-moi quel doit être ton salaire. »

Or Laban avait deux filles. L’aînée s’appelait Léa et la plus jeune Rachel. Léa avait le regard terne, tandis que Rachel était bien faite et ravissante. Jacob était amoureux de Rachel et il dit à Laban : « Je travaillerai sept ans à ton service pour épouser Rachel, ta fille cadette. » Laban donna son accord : « J’aime mieux la donner à toi qu’à un autre. Reste chez moi. »

Pour obtenir Rachel, Jacob resta sept ans au service de Laban. Mais ces années lui semblèrent passer aussi vite que quelques jours, tant il l’aimait. Puis Jacob dit à Laban : « Le délai est écoulé. Donne-moi ma femme. Je veux l’épouser. »

Laban invita tous les gens du lieu au repas de noces. Mais le soir il prit sa fille Léa et la conduisit à Jacob, qui passa la nuit avec elle. Laban avait donné Zilpa comme servante à sa fille. Le matin Jacob s’aperçut que c’était Léa et il dit à Laban : « Que m’as-tu fait là ? N’est-ce pas pour épouser Rachel que j’ai travaillé à ton service ? Pourquoi m’as-tu trompé ? » Laban lui répondit : « Ce n’est pas la coutume dans notre région de marier la cadette avant sa soeur aînée. Finis la semaine de noces avec l’aînée. Nous te donnerons aussi la plus jeune si tu travailles encore sept ans pour moi. »

Jacob donna son accord : il acheva la semaine de noces avec Léa, puis Laban lui accorda Rachel. A Rachel, il donna Bila comme servante. Jacob passa la nuit avec Rachel et l’aima plus que Léa. Il continua de travailler pour Laban pendant sept ans de plus.  Genèse 29,13-30

 


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C’est par ruse, en profitant de la cécité de son père, que Jacob obtint sa bénédiction à la place d’Esaü son frère aîné.

C’est en profitant de la nuit que Laban se joua de Jacob, en mettant dans sa couche Léa et non Rachel qu’il venait pourtant d’épouser.

Mais elle était la cadette et il fallait marier l’aînée d’abord. Cette coutume s’est longtemps prolongée ; peut-être a-t-elle encore cours dans certaines sociétés ?

Mais ce récit nous pose encore d’autres questions que le droit d’aînesse. Jacob amoureux de Rachel a le désir de l’épouser, et donc de fonder un foyer monogame. Il se voit imposer un projet polygame, avec non seulement deux femmes mais également leurs servantes, dont l’assujettissement sexuel semble aller de soi dans le contexte. Sara n’avait-elle pas eu elle-même recours à sa servante Hagar au temps de sa stérilité ?
Complexe est la Bible, qui à côté de la réalité polygame des contextes dans lesquels elle s’enracine, présente, dans ses premiers chapitres, le couple humain comme fondement de la vie et de la civilisation. C’est au singulier qu’Adam s’exprime quand il reconnaît sa femme « Voici l’os de mes os et la chair de ma chair. » Et il est appelé à « quitter son père et sa mère pour aller vers sa femme et ils deviendront une seule chair. »
La polygamie n’est pas le pluriel de la monogamie, mais un modèle anthropologique différent, où les femmes sont considérées comme mineures et propriétés de l’homme. Elles doivent être protégées et assurer une descendance nombreuse.

Dans une théologie de l’alliance, où la relation de Dieu à son peuple, puis du Christ à son église, est comparée à un mariage, l’union monogame va se charger de sens, car l’amour des époux l’un pour l’autre sera considéré comme une image de l’amour de Dieu. Ceci ouvrira un long chemin vers l’égalité homme-femme.

Mais déjà dans le Nouveau Testament est annoncé : « Il n’y a plus ni juif, ni grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Jésus-Christ ». Galates 3,28

 

 


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Nous prions pour nos envoyés à Madagascar.

Seigneur,
J’ai faim et soif de croissance.
Comme beaucoup de femmes de nos Eglises et de nos pays
J’aimerais atteindre ma taille réelle
Occuper l’espace auquel j’ai été appelée de très haut et depuis longtemps.

J’ai faim et soif d’équité.
Comme beaucoup de femmes de nos Eglises et de nos pays
J’aimerais pouvoir regarder chaque personne dans les yeux
Vivre la dignité qui m’a été donnée à grand prix
De très haut et depuis très longtemps.

J’ai faim et soif, faim et soif de reconnaissance.
Comme beaucoup de femmes de nos Eglises et de nos pays
J’aimerais pouvoir appeler mon travail « travail »
Construire des espaces dans lesquels je puisse lui dire que je suis
Par pure grâce
De très haut et depuis très longtemps.

J’ai faim et soif de justice.
Comme beaucoup de femmes de nos Eglises et de nos pays
Victimes des violences les plus brutales et les plus subtiles
Je ne veux plus être violée, maltraitée
Réduite au silence, assassinée.
Parce que de très haut et depuis très longtemps je suis
Avec chaque être humain
Image et ressemblance de toi qui m’as créée.

Laura Figueroa Granados




Coup de foudre au bord d’un puits !

Jacob se remit en chemin et alla vers la terre des enfants de l’Orient. Il vit un puits dans les champs et là, trois troupeaux de menu bétail étaient couchés à l’entour, car ce puits servait à abreuver les troupeaux. Or la pierre, sur la margelle du puits, était grosse. Quand tous les troupeaux y étaient réunis, on faisait glisser la pierre de dessus la margelle du puits et on abreuvait le bétail, puis on replaçait la pierre sur la margelle du puits.

Jacob leur dit : Mes frères, d’où êtes-vous ?  Ils répondirent : nous sommes de Haran.

Il leur dit : Connaissez-vous Laban, fils de Nahor ? Ils répondirent : Nous le connaissons.

Il leur dit : Est-il en paix ? Et ils répondirent : En paix. Et voici Rachel, sa fille, qui vient avec son troupeau (…)

Comme il s’entretenait avec eux, Rachel vint avec le troupeau de son père car elle était bergère.

Lorsque Jacob vit Rachel, fille de Laban, frère de sa mère, et les brebis de ce dernier, il s’avança, fit glisser la pierre de dessus de la margelle du puits et fit boire les brebis de Laban, frère de sa mère.

Et Jacob embrassa Rachel et il éleva la voix en pleurant. Genèse 29, 1-6 et 9-12

 


William Dyce (1806-1864, Écosse)

 

Quand Isaac, le fils d’Abraham et Sara, fut en âge de se marier, Abraham envoya son serviteur Eliézer dans sa famille à Haran pour lui chercher une épouse. À la génération suivante Isaac dépêche à son tour son fils Jacob à Haran y trouver femme parmi les siens.

La question des unions matrimoniales est essentielle et paradoxale. Qui épouse qui ? Sara la matriarche était la demi-sœur d’Abraham son époux. Ils avaient le même père. Aux générations suivantes on sort de cette situation incestueuse par le mariage avec des cousines. Pourtant le voyage de retour à Haran semble contredire l’ordre premier donné à Abra(ha)m de quitter sa famille et le pays de sa parenté. Ne doit-il pas devenir bénédiction pour toutes les nations ?

L’alternative est de contracter une alliance avec des femmes étrangères, notamment cananéennes. Pour des raisons religieuses, cela apparaît comme une abomination car elles sont jugées idolâtres.

Et aujourd’hui, comment les époux se choisissent-ils, dans notre monde ouvert et à travers les différentes cultures ? Les jeunes gens sont-ils soumis à des conventions sociales, ethniques, religieuses, familiales ? Y a-t-il place pour le coup de foudre ?

Ce qui est touchant dans le cas de Rachel et Jacob, c’est que celui-ci tombe amoureux au premier regard. Il roule la pierre pour faire boire le troupeau de Rachel, l’embrasse, et pleure ! Est-ce émotion ? Est-ce pressentiment de toutes les épreuves qu’il leur faudra traverser ?

Quelle est la signification spirituelle de la rencontre amoureuse ? Quel est le secret qui se cache au cœur des larmes, comme au fond des puits ?

Nous avons certainement beaucoup de choses à partager autour de ces questions.

 


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Nous prions cette semaine pour notre envoyée au Burundi.

En écho à la rencontre de Jacob et Rachel nous proposons cette prière écrite par les «Solos» de La Fondation La Cause.

Notre Père qui es aux cieux, toi le Père de tous les Solos,
Que ton nom soit glorifié à travers nos vies de Solos !
Que ton Règne vienne dans nos solitudes !
Aide-nous à comprendre ta volonté pour nos vies,
Et en attendant l’accomplissement de toutes tes promesses,
Que nous vivions la plénitude de ton amour pour en témoigner au plus grand nombre.

Donne-nous notre pain d’affection chaque jour.
Pour nous qui en avons le désir, permets-nous de rencontrer la femme/l’homme que nous saurions aimer.
Donne-nous aussi la patience, le discernement
Et la détermination pour ne pas passer à côté des rencontres amicales nourrissantes.
Pardonne-nous nos découragements, nos aveuglements, nos désespoirs…
Que notre solitude ne soit pas une occasion de chute!

Ne nous abandonne pas à nos souffrances,
Mais donne-nous ta Paix profonde et remplis-nous de ta joie !
Car c’est à toi qu’appartiennent le Règne, la Puissance et la Gloire.
Amen




La double mission de Joseph !

Pour les 12 semaines à venir vous seront proposées des méditations sur le cycle du patriarche Joseph. On trouve dans l’histoire de Joseph tous les grands thèmes de l’existence humaine et cela peut nous ouvrir à une lecture interculturelle enrichissante.

Aujourd’hui nous commencerons par la scène finale du livre de la Genèse, puis la semaine prochaine, nous remonterons le temps jusqu’à la rencontre de Jacob et Rachel, les parents de Joseph, afin de reprendre toute l’histoire dans sa chronologie.

La double mission de Joseph !

Les frères de Joseph se dirent : « Maintenant que notre père est mort, Joseph pourrait bien se tourner contre nous et nous rendre tout le mal que nous lui avons fait. » 

Ils firent donc parvenir à Joseph ce message : « Avant de mourir, ton père a exprimé cette dernière volonté : « Dites de ma part à Joseph : Par pitié, pardonne à tes frères la terrible faute qu’ils ont commise, tout le mal qu’ils t’ont fait. » Eh bien, veuille nous pardonner cette faute, à nous qui adorons le même Dieu que ton père. »

Joseph se mit à pleurer lorsqu’on lui rapporta ce message. Puis ses frères vinrent eux-mêmes le trouver, se jetèrent à ses pieds et lui dirent : « Nous sommes tes esclaves. » Mais Joseph leur répondit : « N’ayez pas peur. Je n’ai pas à me mettre à la place de Dieu. Vous aviez voulu me faire du mal, mais Dieu a voulu changer ce mal en bien, il a voulu sauver la vie d’un peuple nombreux, comme vous le voyez aujourd’hui. N’ayez donc aucune crainte : je prendrai soin de vous et de vos familles. » Par ces paroles affectueuses il les réconforta. Genèse 50,15-21

 


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A notre époque de mondialisation, chacun peut être appelé à quitter son pays pour se rendre ailleurs, puis à revenir, chacun peut vivre une double mission, vis-à-vis de ceux qui lui sont proches par l’origine, et vis-à-vis de ceux que la vie, Dieu ou le destin proposent comme nouveaux proches.

Dans cette perspective le patriarche Joseph fait figure de précurseur, car son exil forcé lui a permis d’exercer une mission vis-à-vis de l’Egypte puis vis-à-vis-à-vis de sa propre famille. « Vous aviez voulu me faire du mal, mais Dieu a voulu changer ce mal en bien, il a voulu sauver la vie d’un peuple nombreux, comme vous le voyez aujourd’hui. ».

Vendu par ses frères, Joseph arriva en Egypte où, après maintes péripéties, il devint le ministre de Pharaon. Alors il sauva le peuple de la famine, grâce à son intelligence et à son charisme d’interprète des songes, qui lui permirent d’organiser la conservation des récoltes. Puis il sauva sa propre famille, mais non sans ce don spirituel particulier qui lui rendit possible l’effacement de la faute de ses frères. Alors toute la famille de Jacob reçut également de la nourriture. « Un peuple nombreux fut sauvé »

Peut-on actualiser cette double-mission vers les siens et vers les autres, en la reconnaissant aux étrangers qui vivent parmi nous ou viennent nous visiter, et en l’assumant nous-mêmes comme étrangers et voyageurs sur la terre ?

De Joseph retenons aussi que c’est un homme qui pleure. Ces larmes sont universelles, elles nous parlent de la condition humaine, en ce qu’elle a d’unique, au-delà des cultures et des appartenances.

Larmes de douleur, larmes d’exil, pleurs sur le mal subi, et sur le mal commis. Larmes personnelles mais aussi larmes sur le monde, larmes pour Dieu. Larmes de pardon et de consolation.

Les larmes sont un don spirituel, elles ont une mission humanisante. Une mission communielle entre les humains. Ce peut être comme une source originelle où nous sommes invités à nous retremper, à faire mémoire que nous sommes une et même humanité, si petite devant le Créateur et Père !

 

 


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Nous prions pour tous ceux qui se mettent en route et en mission en ce début du mois de septembre, dans toutes les Églises d’ici et d’ailleurs.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux !…
Et qui n’avait pas une pierre où poser la tête.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !…
Et qui a pleuré devant la tombe de son ami.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les humbles, car eux hériteront la terre !…
Et qui s’est agenouillé devant ses disciples pour leur laver les pieds.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car eux seront rassasiés !…
Et qui a touché le lépreux pour protester contre son rejet.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les miséricordieux, car à eux il sera fait miséricorde !…
Et qui a arrêté les religieux qui voulaient lapider la femme adultère.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu !…
Et qui a laissé une femme verser un parfum de grand prix  sur ses pieds.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les artisans de paix, car eux seront appelés fils de Dieu !…
Et qui a refusé de se défendre lorsqu’on est venu l’arrêter.

Je crois en l’homme qui a dit :
Heureux les persécutés à cause de la justice, car le Royaume des Cieux est à eux !…
Et qui a été injustement condamné et crucifié.

Je crois que cet homme  est vivant par son Esprit et qu’il nous appelle à vivre dans l’esprit des Béatitudes.

Amen

Antoine Nouis, La galette et la cruche, tome 3, p. 108, éd. Olivétan




Religion sans compassion n’est que ruine de l’âme !

Les pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se rassemblent autour de lui. Ils voient quelques-uns de ses disciples manger avec des mains souillées, c’est-à-dire non lavées.

Or les pharisiens et tous les Juifs ne mangent pas sans s’être soigneusement lavé les mains, parce qu’ils sont attachés à la tradition des anciens. Et, quand ils reviennent de la place publique, ils ne mangent qu’après avoir fait les ablutions rituelles. Ils sont encore attachés à beaucoup d’autres observances traditionnelles, comme le bain rituel des coupes, des cruches, des vases de bronze et des sièges.

Les pharisiens et les scribes lui demandent : Pourquoi tes disciples mangent-ils avec des mains souillées, au lieu de suivre la tradition des anciens ?

Il leur dit : Esaïe a bien parlé en prophète sur vous, hypocrites, comme il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est très éloigné de moi ; c’est en vain qu’ils me rendent un culte, eux qui enseignent comme doctrines des commandements humains. Vous abandonnez le commandement de Dieu, et vous vous attachez à la tradition des humains. Il leur disait : Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour établir votre tradition.

Car Moïse a dit : Honore ton père et ta mère, et : Celui qui parle en mal de son père ou de sa mère sera mis à mort.

Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou à sa mère : « Ce que j’aurais pu te donner pour t’assister est korbân — un présent sacré » — vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère ; vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous avez transmise. Et vous faites bien d’autres choses semblables.

Il appela encore la foule et se mit à dire : Ecoutez-moi tous et comprenez. Il n’y a rien au dehors de l’être humain qui puisse le souiller en entrant en lui. C’est ce qui sort de l’être humain qui le souille.

Lorsqu’il fut rentré à la maison, loin de la foule, ses disciples l’interrogèrent sur cette parabole. Il leur dit : Etes-vous donc sans intelligence, vous aussi ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui, du dehors, entre dans l’être humain ne peut le souiller ? Car cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, avant de s’en aller aux latrines. Ainsi il purifiait tous les aliments. Et il disait : C’est ce qui sort de l’être humain qui le souille. Car c’est du dedans, du cœur des gens, que sortent les raisonnements mauvais : inconduites sexuelles, vols, meurtres, adultères, avidités, méchancetés, ruse, débauche, regard mauvais, calomnie, orgueil, déraison. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et souillent l’être humain. Marc 7.1-23

 


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Ne doit-on pas se laver les mains avant de manger ?  N’allons-nous pas même jusqu’à utiliser sans cesse des produits désinfectants afin d’éviter de transmettre des virus ou des bactéries ? Cependant, il ne s’agit pas d’hygiène ni de santé pour les interlocuteurs de Jésus, mais de respecter la tradition des anciens.

Dans une société traditionnelle, répéter les gestes, les attitudes, les rites des pères, c’est accomplir ce qui leur a permis de survivre et a donné orientation et sens à leur existence personnelle et collective. Car les rites se fondent sur une histoire et s’accompagnent de paroles et de bénédictions. Par exemple l’ablution des mains dans le judaïsme s’accompagne de la bénédiction suivante : Béni sois-tu Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui nous as sanctifiés par tes commandements et nous as ordonné de nous laver les mains. Il s’agit donc d’une prière de reconnaissance à l’égard du Créateur qui donne la vie et qui fait vivre.

Alors que critique Jésus avec tant de sévérité ?

C’est la tartufferie, la mauvaise langue et la perversité du cœur, qui pousse à utiliser la religion et le nom de Dieu pour dominer et accabler son prochain et non pour le servir et le soutenir.

Jésus s’inscrit donc dans la lignée de Moïse le législateur et d’Esaïe le prophète pour rappeler les exigences fondamentales et les interdits sans appel dont le respect se joue, non dans la démonstration extérieure, mais dans la droiture du cœur. « Il n’y a rien au dehors de l’être humain qui puisse le souiller en entrant en lui. C’est ce qui sort de l’être humain qui le souille. » Et Jésus évoque les raisonnements pervers qui conduisent à justifier toutes les turpitudes.

Cela signifie-t-il qu’il faille abolir les rites ? ET même qu’il faille distinguer, sinon opposer, la foi et la religion ?  Jésus a bien dit qu’il était venu accomplir la loi, et non l’abolir, sans faire de distinguo entre les types de prescription. Il nous laisse responsables d’une question qui n’a pas fini de faire couler de l’encre : la pratique religieuse nous aide-t-telle à mieux nous conduire entre nous en nous rendant conscients que nous agissons devant Dieu, ou bien au contraire nous sert-elle de prétexte et de cache-misère en masquant nos turpitudes sous des masques de dévots ? Mais rejeter les rites nous rend-il meilleurs ?

 

 


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Nous prions pour tous les envoyés de la CEEEFE (commission des églises évangéliques d’expression francophone à l’étranger) qui se sont réunis au Défap du 22 au 24 août.

Je veux t’aimer, Seigneur, pour rien.
Je veux surtout que, dans ma vie,
la prière soit le refuge de la liberté
et du gratuit.
Perdre mon temps,
ce temps si précieux, pour toi.
Le donner largement,
en pure perte, sans calcul.

Ma prière est bien distraite,
elle n’est pas une fleur de qualité,
mais c’est la seule pâquerette
que j’ai trouvée sur ma pelouse.

Je ne cherche pas la gloire
d’être un homme de prière ;
seulement la joie de t’aimer,
comme je peux, pauvrement.

J’ai passé des semaines et des
mois arides comme un désert :
pas de fleurs à l’horizon,
pas beaucoup de temps pour prier.

Mais ce désert,
je l’ai traversé parce que je t’aime un peu.
Et cette traversée vaut peut-être
un perce-neige dans mon bouquet.

Il faudra encore beaucoup de patience,
de longues heures devant toi et bien des services humbles,
bien des déserts aussi, pour atteindre la gratuité.
Je te la demande, Seigneur.
Je n’ai rien pour la payer.
Mais comment paierait-on une telle richesse ?

Michel Serin

 

En complément de cette méditation, retrouvez l’explication du texte biblique de Marc 7.1-23 par Laurence Belling, répondant aux questions d’Antoine Nouis pour Campus Protestant :




De l’appel à l’envoi : devenir témoin !

Il appela ses douze disciples et se mit à les envoyer deux par deux.

Il leur donna le pouvoir de soumettre les esprits mauvais et leur fit ces recommandations :

« Ne prenez rien avec vous pour le voyage, sauf un bâton ; ne prenez pas de pain, ni de sac, ni d’argent dans votre poche. Mettez des sandales, mais n’emportez pas deux chemises. »

Il leur dit encore : « Quand vous arriverez quelque part, restez dans la maison où l’on vous invitera jusqu’au moment où vous quitterez l’endroit. Si les habitants d’une localité refusent de vous accueillir ou de vous écouter, partez de là et secouez la poussière de vos pieds : ce sera un avertissement pour eux. »

Les disciples s’en allèrent donc proclamer à tous qu’il fallait changer de comportement. Ils chassaient beaucoup d’esprits mauvais et guérissaient de nombreux malades après leur avoir versé quelques gouttes d’huile sur la tête. Marc 6,7-13

 


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D’abord appelés auprès de lui par Jésus, les disciples sont maintenant envoyés. Cette dynamique – de rassemblement puis de mouvement missionnaire, vaut aussi pour toute Église qui se veut vivante et fidèle.

Jésus ne souhaite rien garder pour lui et il fait confiance à ceux qui répondent à son appel. Il a affronté les esprits mauvais pour délivrer leurs victimes, ainsi il donne à ses disciples pouvoir de les vaincre. Ces esprits mauvais, ce sont toutes ces forces de mort qui nous font souffrir dans notre âme, notre intelligence, et même notre corps. Il peut s’agir de maladies mais aussi de tout ce qui menace l’être humain, la vie et la création : l’idolâtrie, le fanatisme, les addictions, le cynisme, la volonté de puissance et de domination, tout ce qui détruit les relations et « scandalise » les petits.

Mais pour pouvoir remplir sa mission, il faut être léger sur le chemin, dit Jésus : des sandales, une seule tunique, un bâton, pas d’argent, pas de pain ! On pourrait ajouter : pas de préjugés, de dogmes, de certitudes, et même de bons sentiments – surtout pas celui de notre supériorité généreuse ! Car alors nous n’aurons aucune disponibilité intérieure pour rencontrer ceux dont nous espérons l’accueil.

Alors, suggère Jésus, il faudra savoir prendre le temps, s’attarder, demeurer les uns avec les autres.

Ajoutons que pour la mission Jésus nous fait un merveilleux cadeau en nous prescrivant d’aller à deux : le compagnon de route est celui qui figure la présence de Dieu à nos côtés. Avec lui nous partagerons nos doutes, nos joies et nos peines, nos découragements, nos idées et nos analyses, nos espoirs, nos peurs, nos rires, notre prière.

 

 


Source : Pixabay

 

Nous prions pour les futurs envoyés, en formation au Défap du 9 au 20 juillet.

Ô Dieu, nous te rendons grâce !
Pour l’ensemble de la famille humaine
Pour les chrétiens de toutes confessions et de toutes traditions
Mais aussi pour tous ceux qui professent d’autres religions ou qui n’en professent aucune
Et en particulier pour ceux qui sont nos amis et nos voisins.
Pour l’extrême diversité des expériences humaines et pour les dons que nous nous apportons mutuellement quand nous nous rencontrons dans un esprit d’accueil et d’amour.
Pour le dialogue dans les communautés, et pour l’enrichissement mutuel et la meilleure compréhension qui en découlent
Pour les mouvements qui établissent et soutiennent les droits des personnes de toutes convictions religieuses.
Et nous te prions
Pour que les êtres humains, quelle que soit leur religion, puissent être libres d’affirmer leurs convictions avec intégrité et s’écoutent les uns les autres avec humilité.
Pour que les Églises accomplissent un ministère de réconciliation dans un monde divisé par la suspicion et l’incompréhension ; et qu’elles exercent une action réparatrice là où l’intolérance religieuse divise la communauté humaine.
Pour que les Églises témoignent avec amour et vérité de Celui qu’elles appellent Seigneur.
En son Nom nous t’en prions. Amen

« Jésus-Christ, vie du monde » COE 1983. Expressions de la foi universelle, publication Défap

 

En complément de cette méditation, retrouvez l’explication du texte biblique de Marc 6,7-1 par Florence Taubmann, répondant aux questions d’Antoine Nouis pour Campus Protestant :




Nul n’est prophète en son pays !

Jésus quitta cet endroit et se rendit dans la ville où il avait grandi ; ses disciples l’accompagnaient. Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Ses nombreux auditeurs furent très étonnés. Ils disaient : « D’où a-t-il tout cela ? Qui donc lui a donné cette sagesse et le pouvoir d’accomplir de tels miracles ? N’est-ce pas lui le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon ? Et ses soeurs ne vivent-elles pas ici parmi nous ? »

Et cela les empêchait de croire en lui.

Alors Jésus leur dit : « Un prophète est estimé partout, excepté dans sa ville natale, sa parenté et sa famille . »
Jésus ne put faire là aucun miracle, si ce n’est qu’il posa les mains sur quelques malades et les guérit. Et il s’étonnait du manque de foi des gens de sa ville.
Marc 6,1-6

 


Source : Pixabay

 

Que Jésus désire retourner à Nazareth, qui est son village, semble naturel. Qu’il se rende à la synagogue où il a reçu son éducation juive relève d’un sentiment que l’on peut vraiment comprendre. Qu’il s’avance pour les lectures et le commentaire afin de faire profiter les siens de son enseignement et de ses dons, là encore nous entendons pleinement sa démarche.

Et pourtant dira-t-il, comme s’il le savait déjà à l’avance, « nul n’est prophète en son pays. »

Mais justement, c’est sans doute là que le bât blesse. Ce n’est pas en rabbi, en commentateur de la loi que Jésus intervient mais sur un ton prophétique. L’évangéliste Marc ne l’explicite pas, mais Matthieu et Luc le font, en citant même les versets d’Esaïe que proclame Jésus. Cette lecture est celle que l’on appelle la haftara (qui signifie ouverture) dans l’office synagogal.

L’autorité singulière de Jésus étonne ceux qui le côtoient depuis toujours. Comment imaginer que celui que l’on croit connaître par cœur soit devenu ce quasi inconnu qui accomplit et annonce des choses si surprenantes, et bientôt dérangeantes ?

Ne peut être prophète en son pays que celui qui caresse les aspirations, les rêves, les fantasmes des siens dans le bon sens, celui que la Bible qualifie souvent de faux-prophète comme ce fut le cas pour Hanania opposé à Jérémie.

Le vrai prophète porte et incarne la Parole de Dieu et cette Parole est tranchante ! Elle dévoile la vérité et le mensonge, décrie tous les abus de pouvoir et appelle à la justice et à l’amour, renverse l’ordre établi quand nécessaire et dénonce le mensonge des idéologies, si belles qu’elles puissent paraître.

A sa famille, à ses voisins, aux gens de Nazareth comme aux autres Jésus ne veut offrir que la vie, la joie, la liberté des enfants de Dieu. Comment ne s’étonnerait-il pas à son tour du manque de confiance des gens de sa ville ?

 

 


Saliba Douaihy Peintre libanaise ( 1915-1994)

 

Nous prions pour nos envoyés au Liban et pour tout le peuple libanais.

Dis-leur ce que le vent dit aux rochers…
Dis-leur ce que le vent dit aux rochers, ce que la mer dit aux montagnes.
Dis-leur qu’une immense bonté pénètre l’univers.

Dis-leur que Dieu n’est pas ce qu’ils croient
Qu’il est un vin que l’on boit,
Un festin partagé
Où chacun donne et reçoit.

Dis-leur qu’Il est le joueur de flûte
Dans la lumière de midi.
Il s’approche et s’enfuit bondissant vers les sources.

Dis-leur que sa voix seule peut t’apprendre ton nom.
Dis-leur son visage d’innocence, son clair-obscur et son rire.
Dis-leur qu’il est ton espace et ta nuit, ta blessure et ta joie.

Mais dis-leur aussi qu’il n’est pas ce que tu dis et que tu ne sais rien de lui.

 

En complément de cette méditation, retrouvez l’explication du texte biblique de Marc 6,1-6 par Florence Taubmann, répondant aux questions d’Antoine Nouis pour Campus Protestant :