Tous les bénir en leur confiant l’avenir !

Méditation du jeudi 31 janvier 2019. Nous prions pour notre envoyée à Haïti et nous poursuivons notre lecture du cycle de Joseph.

Source : Pixabay

 

Jacob convoqua ses fils et leur dit : « Réunissez-vous. Je vais vous annoncer ce qui vous arrivera dans l’avenir. Rassemblez-vous et écoutez, fils de Jacob, écoutez votre père Israël.

Toi, Ruben, tu es mon fils aîné, le premier que j’ai engendré quand j’étais plein de force. Tu surpasses tes frères en dignité et en puissance. Tu es un torrent impétueux. Pourtant tu ne seras plus le premier, car tu t’es déshonoré en entrant dans mon lit avec une de mes épouses.

Siméon et Lévi sont frères : ils s’accordent pour agir avec violence, Mais je ne participerai pas à leur complot, je n’assisterai pas à leurs rencontres, Car dans leur colère ils ont tué des hommes, et par plaisir ils ont mutilé des taureaux. Je maudis leur ardente colère et leur fureur impitoyable. Je disperserai leurs descendants en Israël, je les éparpillerai dans tout le pays.

Juda, tes frères chanteront tes louanges. Tu forceras tes ennemis à courber la nuque, et tes propres frères s’inclineront devant toi. Juda, mon fils, tu es comme un jeune lion qui a dévoré sa proie et regagne son repaire. Le lion s’accroupit, se couche. Qui pourrait le forcer à se lever ? Le sceptre royal demeurera dans la famille de Juda, le bâton des chefs restera aux mains de ses descendants, jusqu’à ce que vienne son vrai possesseur celui à qui les peuples seront soumis. La vigne alors sera si répandue qu’il se permettra d’y attacher son âne. Il lavera son vêtement dans le vin, son manteau dans le sang des raisins. Le vin avivera l’éclat de ses yeux et le lait la blancheur de ses dents. Zabulon s’installera au bord de la mer, là où les bateaux trouveront un port. Son territoire s’étendra jusqu’à Sidon.

Issakar est un âne robuste, établi au milieu de ses enclos. Il a vu que l’emplacement était bon, que le pays était agréable. Il a tendu son épaule pour porter des charges, il s’est soumis à un travail d’esclave.

Dan aura son peuple à gouverner, comme les autres tribus d’Israël. Dan est comme un serpent sur la route, une vipère au bord du chemin : le serpent mord les jarrets du cheval et le cavalier tombe à la renverse. Seigneur, j’espère que tu me sauveras !

Gad, attaqué par des pillards, contre-attaque et les poursuit.

Le pays d’Asser donnera d’abondantes récoltes, sa terre fournira des produits dignes d’un roi.

Neftali est une gazelle en liberté qui met au monde de beaux petits.

Joseph est une plante fertile qui pousse près d’une source. Ses branches passent par-dessus le mur. Des tireurs à l’arc l’ont exaspéré, ils ont lancé leurs flèches, ils l’ont harcelé. Mais il a tenu fermement son arc, ses bras et ses mains ont gardé leur agilité. Par la puissance du Dieu fort de Jacob, tu es devenu le berger, le rocher d’Israël. Par le Dieu de ton père, qui est ton secours, par le Dieu tout-puissant qui te bénit, reçois les bienfaits de la pluie qui descend du ciel, de l’eau qui monte des profondeurs du sol, de la fécondité des femmes et du bétail. Les bénédictions données par ton père surpassent les bienfaits des montagnes éternelles, les produits désirables des collines antiques. Que les bénédictions de son père descendent sur la tête de Joseph, sur celui qui est le chef de ses frères !

Benjamin est un loup féroce. Le matin il dévore une proie et le soir il partage le butin. »

À eux tous ils forment les douze tribus d’Israël. Telles sont les paroles que leur adressa leur père, quand il les bénit. À chacun il accorda une bénédiction particulière. Genèse, 49, 1-28

 


Amerlin Delinois, peintre Haïtien né en 1958


Qu’est-ce que bénir ? Jacob nomme chacun de ses fils pour leur ouvrir l’avenir. Mais il leur dit « leurs quatre vérités », ce qui pour certains, notamment les trois aînés, correspond à un jugement très sévère sur leur comportement. Donc bénir n’a rien à voir avec l’aveuglement et la grâce à bon marché. La bénédiction ne peut résonner que dans la vérité, même quand celle-ci est accablante. 

Cependant si elle s’accorde avec un jugement, elle ne peut porter condamnation, sans quoi ce serait une malédiction mortifère. Certes, Ruben n’aura pas la place et l’héritage liés à son statut d’aîné mais il vivra.  Siméon et Lévi seront dispersés parmi les tribus mais ils feront partie du peuple et la descendance de Lévi comptera de très grands noms de l’histoire d’Israël.

Ce qui ressort des bénédictions testamentaires de Jacob-Israël, c’est qu’il tient à exprimer les vocations singulières de ses fils Juda et Joseph. L’un porte le sceptre royal et engendrera la lignée messianique, dans laquelle s’inscrira Jésus de Nazareth. L‘autre, Joseph, est reconnu chef de ses frères et reçoit l’appui du Dieu de son père. Mais, peut-être encore plus important, Jacob fonde le rassemblement des frères, formant à eux 12 les tribus d’Israël, ce qui signifie la constitution et l’unité d’un peuple. 

Bénir, c’est ouvrir l’avenir à ceux qui nous succèdent, les inspirer et les encourager. Il fut un temps où les pères avaient droit de vie et de mort sur leurs enfants. En sauvant Ismaël dans le désert et Isaac sur le Mont Moriah, Dieu a rejeté à jamais le sacrifice des enfants et des jeunes générations au nom de l’honneur et du pouvoir des générations antérieures. Nous nous devons à ceux qui viennent !

Qu’en est-il dans nos différentes sociétés et cultures ? Bénissons-nous les nouvelles générations ? Leur faisons-nous confiance ?  Leur transmettons-nous nos trésors et nos forces, nos expériences et notre espérance, pour les aider à marcher vers l’avenir ? Ou les sacrifions-nous à nos chimères, à nos désirs de domination, ou à notre simple indifférence ?

 

 

Nous te remettons notre envoyée à Haïti et nous partageons cette prière pour la jeune génération.
 

Dieu de tendresse, nous t’offrons la jeunesse d’aujourd’hui
Pleine de vie et en quête de sens.
Que la lumière de ta grâce
Guide chacun de ces jeunes dans leurs défis de chaque jour.
Viens révéler à chaque jeune sa valeur,
Qu’il se sache aimé de Toi,
Et qu’il reconnaisse qu’il est apprécié
Par les adultes qu’il côtoie.
À ces jeunes, fais don de l’espérance pour qu’ils croient en demain,
Pour qu’ils aient confiance
En leur capacité de changer quelque chose dans le monde dès maintenant.
Accorde-leur le don de la joie
Pour qu’ils puissent célébrer la vie dans la vérité.
Et pour nous-mêmes, nous te demandons, Seigneur,
L’amour, la patience et la foi en la jeunesse.
Que notre regard, à la fois lucide et tendre,
Nous permette de saisir les talents de cette jeunesse.
Ainsi nous pourrons leur offrir des défis spirituels
À la mesure de leurs capacités et de leurs soifs.
Mais surtout, donne-nous le courage d’une conversion continuelle
Pour que nous soyons pour eux des témoins signifiants.
Nous te le demandons au nom de Jésus.
Amen.




Que transmettre avant de mourir ?

Après ces événements, on avertit Joseph que son père était malade. Il partit avec ses deux fils, Manassé et Éfraïm.

Lorsqu’on annonça à Jacob que son fils Joseph venait lui rendre visite, il fit un effort et s’assit sur son lit. Il dit à Joseph : « Le Dieu tout-puissant m’est apparu à Louz, au pays de Canaan et il m’a béni. Il m’a dit : «Je te donnerai de nombreux enfants pour faire de toi l’ancêtre d’un ensemble de peuples. J’accorderai ce pays à tes descendants en propriété définitive.» » Jacob ajouta : « Tes deux fils, nés en Égypte avant que je vienne t’y rejoindre, je les considère comme mes fils. Éfraïm et Manassé sont miens, comme Ruben et Siméon.

Mais les fils qui te naîtront après eux resteront les tiens. C’est dans le territoire de leurs frères aînés qu’ils recevront leur part d’héritage. En effet, lorsque je revenais de Mésopotamie, peu avant d’arriver à Éfrata, au pays de Canaan, ta mère Rachel est morte près de moi en cours de route. Je l’ai enterrée là, au bord de la route. » — Éfrata s’appelle maintenant Bethléem. —

À ce moment-là, Jacob aperçut les fils de Joseph et demanda : « Qui est-ce ? » — « Ce sont les fils que Dieu m’a donnés ici, en Égypte », répondit Joseph. Son père reprit : « Amène-les près de moi pour que je les bénisse. »

Jacob était si vieux que sa vue avait beaucoup baissé : il ne voyait plus grand-chose. Joseph fit approcher ses fils. Jacob les serra contre lui et les embrassa. Puis il dit à Joseph : « Je n’espérais plus revoir ton visage et voilà que Dieu me permet de voir même tes enfants. »  Alors Joseph retira ses fils qui étaient sur les genoux de son père et il s’inclina jusqu’à terre. Ensuite il prit ses deux fils par la main : Éfraïm, qu’il tenait à sa droite, se trouva à gauche de Jacob et Manassé, qu’il tenait à sa gauche, se trouva à droite de Jacob. Il les fit de nouveau approcher de leur grand-père. Mais Jacob croisa ses mains : il posa sa main droite sur la tête d’Éfraïm, bien qu’il fût le plus jeune, et sa main gauche sur la tête de Manassé, qui était l’aîné. Et voici la bénédiction qu’il donna à Joseph :

« Je prie le Dieu devant qui mon grand-père Abraham et mon père Isaac ont toujours vécu, le Dieu qui a pris soin de moi depuis toujours, l’ange qui m’a délivré de tout mal : je lui demande de bénir ces garçons.
Que grâce à eux, mon nom survive, comme ceux de mon grand-père Abraham et de mon père Isaac ! Qu’ils aient de très nombreux descendants partout dans le pays ! »

Joseph fut choqué de voir son père poser la main droite sur la tête d’Éfraïm ; il lui saisit la main pour la déplacer de la tête d’Éfraïm sur celle de Manassé, en disant : « Non, mon père, tu te trompes. C’est celui-ci l’aîné. Mets donc ta main droite sur sa tête. » Mais son père refusa et lui dit : « Je sais, mon fils, je sais. Les descendants de Manassé aussi deviendront un grand peuple. Pourtant son frère cadet sera plus grand que lui et ses descendants formeront une multitude de nations. »

Ce jour-là, il leur donna sa bénédiction en ces termes : « Les Israélites se serviront de vos noms pour prononcer des bénédictions. Ils diront : « Que Dieu te traite avec la bonté qu’il a montrée à Éfraïm et Manassé!» »

Ainsi, Jacob plaça Éfraïm avant Manassé. Il dit ensuite à Joseph : « Je vais bientôt mourir, mais Dieu sera avec vous et il vous ramènera dans le pays de vos ancêtres. Quant à moi, je t’attribue une part plus importante qu’à tes frères, je te donne la région de Sichem que j’ai conquise sur les Amorites grâce à mon épée et à mon arc. » Genèse 48

 


Des pas dans le sable – Source : Maxpixel

 

Que transmettre quand on sent la mort venir? Encore faut-il accepter sa simple condition de mortel, ce qui semble de plus en plus difficile dans les sociétés post-modernes.

En revanche, c’est la question de toute la fin du cycle de Joseph, quand Jacob-Israël, alors qu’il va mourir en Egypte, réaffirme l’alliance que Dieu a conclue avec Abraham et sa postérité, et qui concerne non seulement la constitution d’un peuple mais également le lieu d’existence de ce peuple: « Voici je vais mourir. Dieu sera avec vous et il vous ramènera au pays de vos pères ».

Au nom de cette transmission nécessaire, Jacob s’approprie les deux fils de son fils Joseph, les mettant au même niveau que ses propres fils, comme s’il tentait de réparer les effets de l’exil en les instituant ses héritiers directs. Alors se vit la scène de la bénédiction des deux fils. Jacob ne voit plus très clair, comme Isaac dans des circonstances similaires. Mais néanmoins conscient de ce qu’il fait, il croise les mains puis bénit le cadet Efraïm de sa main droite et l’aîné Manassé de sa main gauche. Il inverse donc l’ordre de priorité, comme ce fut le cas quand Jacob lui-même usurpa la bénédiction de son frère Esaü. Même si nous partageons le mécontentement de Joseph pour ce qui semble injuste et dangereux pour l’harmonie fraternelle, cette inversion ne relève pas de l’arbitraire mais de la reconnaissance de la vocation et de la mission de chacun dans l’avenir. Il est vrai que Manassé, dont le nom est construit sur la racine oubli semble plus tourné vers le passé, alors qu’Ephraïm suggère la fructification.

Mais tous deux reçoivent ensemble un surcroît de bénédiction, la promesse d’un très bel héritage et d’un retour sur la terre des pères.

Ce moment particulièrement intense de la transmission entre les générations nous interpelle tous, et en particulier si nous avons vécu ou vivons des situations d’exil ou de diaspora. Comment considérons-nous nos enfants? Avons-nous des regards différents sur les uns et sur les autres? Pouvons-nous les charger de retourner vers le pays que nous avons quitté et pour quelle mission?

 

 


Vue d’un escalier à Jéricho – Source : Maxpixel

 

Nous prions pour notre envoyée au Bénin, avec le psaume 85, proposé pour les célébrations de la semaine de l’unité des chrétiens.

Psaume du groupe de Coré, pris dans le livre du chef de chorale.

Seigneur, tu as montré ton amour pour ton pays, tu as rendu son ancienne situation au peuple de Jacob.
Tu as effacé les fautes de ton peuple, tu as pardonné tous ses péchés.
Tu as mis fin à ta colère, tu as abandonné ta violente colère.
Reviens vers nous, Dieu notre sauveur, ne nous en veuilles plus !
Est-ce que tu seras toujours furieux contre nous ?
Est-ce que ta colère nous frappera de génération en génération ?
Est-ce que tu ne reviendras pas nous rendre la vie, pour que ton peuple se réjouisse en toi ?
Seigneur, montre-nous ton amour, sauve-nous !
J’écoute ce que Dieu dit.
Le Seigneur promet la paix à son peuple, à ses amis fidèles.
Mais qu’ils ne reviennent pas à leur folie !
Le Seigneur sauvera bientôt ceux qui le respectent, et sa gloire habitera notre pays.
Amour et fidélité se rencontrent, justice et paix s’embrassent.
La fidélité monte de la terre et la justice descend du ciel.
Le Seigneur lui-même donne le bonheur, et notre pays donne ses récoltes.
La justice marche devant le Seigneur, elle prépare le chemin devant lui.




Le terrible exercice du pouvoir !

Méditation du jeudi 17 janvier 2019. Nous poursuivons notre lecture du cycle de Joseph et nous prions cette semaine pour nos envoyés en Égypte.

Joseph alla informer le Pharaon : « Mon père et mes frères, dit-il, sont arrivés du pays de Canaan, avec leurs moutons, leurs chèvres, leurs boeufs et tous leurs biens. Ils se trouvent actuellement dans la région de Gochen. »

Puis Joseph prit cinq de ses frères et les présenta au Pharaon. Celui-ci leur demanda : « Quel métier faites-vous ? » — « Majesté, répondirent-ils, nous sommes éleveurs de petit bétail, comme l’étaient nos ancêtres. La famine pèse si lourdement sur le pays de Canaan, qu’il n’y a plus de pâturages pour nos troupeaux. Nous sommes venus ici comme immigrés. Veuille nous accorder le droit de nous installer dans la région de Gochen.»

Le Pharaon dit à Joseph : « Maintenant que ton père et tes frères sont venus te rejoindre, toute l’Égypte est à ta disposition. Choisis le meilleur endroit du pays pour les y installer. Ils peuvent très bien séjourner dans la région de Gochen. Et si tu estimes qu’il y a parmi eux des hommes compétents, désigne-les comme responsables de mes propres troupeaux. »

Joseph amena aussi son père chez le Pharaon et le lui présenta.

Jacob salua respectueusement le Pharaon, et le roi lui demanda : « Quel est ton âge ? »

— « Il y a cent trente ans que je vais d’un pays à l’autre comme un étranger, répondit Jacob. Ma vie a passé vite, et j’ai connu des années difficiles. Je n’ai pas atteint l’âge de mes ancêtres, qui menaient pourtant la même existence que moi. » Jacob salua de nouveau le Pharaon et sortit du palais royal.

Joseph installa son père et ses frères dans le meilleur endroit d’Égypte, dans les environs de Ramsès, conformément à l’ordre du Pharaon. Il leur donna des terres en propriété. Il fournit des vivres à son père, à ses frères et à toutes leurs familles, selon le nombre des bouches à nourrir.

Joseph amassa tout l’argent d’Égypte et de Canaan avec lequel les gens lui achetaient du blé et il le fit déposer dans le palais du Pharaon.

Lorsqu’il n’y eut plus d’argent, ni en Égypte ni en Canaan, les Égyptiens vinrent dire à Joseph: « Donne-nous à manger. Faudrait-il que nous mourions sous tes yeux, parce que nous n’avons plus d’argent ? » — « Si vous n’avez plus d’argent, donnez-moi vos troupeaux, répondit Joseph, et moi, en échange, je vous donnerai à manger. » Ils amenèrent donc leurs troupeaux à Joseph qui leur procura de la nourriture en échange de leurs chevaux, moutons, chèvres, boeufs et ânes. Cette année-là il leur assura de quoi manger en échange de tout leur bétail.

Au bout d’une année, ils revinrent et dirent à Joseph : « Monsieur l’Administrateur, nous ne pouvons pas cacher que nous n’avons plus d’argent et que nos troupeaux t’appartiennent déjà. Nous n’avons plus rien d’autre à te proposer que nos personnes et nos terres. Faudrait-il que nous mourions sous tes yeux et que nos terres soient abandonnées ? Achète-nous avec nos terres, et fournis-nous de quoi manger. Nous serons, nous et nos terres, au service du Pharaon. Nous ne tenons pas à mourir. Procure-nous des semences pour que nous puissions survivre et que les terres ne soient pas réduites en désert. »

Joseph acheta toutes les terres d’Égypte pour le compte du Pharaon, parce que la famine s’était aggravée et que chaque Égyptien vendait son champ. De cette manière, le pays tout entier devint la propriété du Pharaon et Joseph réduisit le peuple en esclavage d’un bout à l’autre du pays. Les seules terres que Joseph n’acheta pas furent celles des prêtres, parce qu’il existait un décret du Pharaon en leur faveur. En effet, ils vivaient de ce que le Pharaon leur attribuait, c’est pourquoi ils n’eurent pas à vendre leurs terres.

Joseph s’adressa au peuple : « Maintenant que je vous ai achetés, vous et vos terres, pour le compte du Pharaon, je vais vous procurer du blé à semer dans les champs. Mais au moment de la moisson, vous donnerez un cinquième des récoltes au Pharaon. Les quatre autres cinquièmes vous appartiendront. Vous vous en servirez pour ensemencer les champs et pour vous nourrir, vous, vos enfants et tous ceux qui habitent dans vos maisons. »

Ils répondirent : « Tu nous sauves la vie. Puisque tu nous manifestes ta bienveillance, nous acceptons d’être les esclaves du Pharaon. » C’est ainsi que Joseph promulgua une loi, qui est encore en vigueur aujourd’hui : en Égypte, un cinquième des récoltes revient au Pharaon. Seules les terres des prêtres ne devinrent pas la propriété du Pharaon.

Les Israélites s’étaient établis en Égypte, dans la région de Gochen. Ils y acquirent des propriétés, eurent des enfants et devinrent très nombreux. Jacob vécut dix-sept ans en Égypte. La durée de sa vie fut de cent quarante-sept ans.

Lorsque Jacob sentit la mort venir, il appela son fils Joseph et lui dit : « Si tu as de l’affection pour moi, montre-moi ton amour et ta fidélité : ne m’enterre pas en Égypte. Promets-le-moi en mettant ta main sous ma cuisse. Quand je serai mort, tu emporteras mon corps d’Égypte et tu iras le déposer dans le tombeau de mes ancêtres. » — « Je ferai ce que tu m’as demandé », répondit Joseph. Jacob insista : « Jure-le-moi ». Joseph le lui jura. Alors Jacob le remercia en s’inclinant profondément à la tête de son lit. Genèse 47,1-31

 


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Jacob est descendu en Égypte avec toute sa famille et ses biens. C’est avec une profonde émotion qu’il a retrouvé son fils Joseph. Celui-ci, sur la proposition de Pharaon, fait le projet d’installer les siens dans une région prospère du pays, à part des égyptiens, qui n’ont aucune sympathie pour les peuples bergers.

Mais cette installation, heureuse pour les réfugiés, coïncide avec une période terrible pour l’Égypte. La sécheresse et le manque règnent encore sur le pays, et les habitants, qui ont épuisé leurs économies, sont obligés de se séparer de leurs biens, puis d’entrer en servitude, pour simplement se nourrir et survivre.

Ainsi Joseph, ministre plénipotentiaire de Pharaon, assume un rôle dangereusement paradoxal. Il sauve les égyptiens de la famine mais fait peser sur eux la dure main de Pharaon, tout en limitant les futures redevances à 1/5 des récoltes. Et avec l’accord de Pharaon il sauve sa famille, mais, en lui donnant une position privilégiée, il risque fort, si la crise alimentaire s’aggrave, de l’offrir un jour en pâture à la vindicte du peuple égyptien. Car de tout temps les épreuves collectives favorisent la désignation d’un bouc émissaire.
Une double question est posée aux hébreux : quels liens gardent-ils ou non avec la terre que Dieu leur a donnée, et avec l’identité de « Jacob-Israël » que Dieu leur a conférée ? Il semblerait qu’il y ait sur ces questions une divergence entre Joseph et son père Jacob. 

Joseph a prospéré en exil ; il a épousé une femme égyptienne, dont il a eu deux fils auxquels il a donné des noms hébraïques. Joseph assume une double-identité, et aujourd’hui il ne désire qu’une chose : garder son père et sa famille près de lui, à l’abri. Mais Joseph n’a pas vraiment pensé aux modalités de leur intégration : peuple résidant à part, adorant son propre Dieu, avec des occupations et responsabilités spécifiques de pasteurs, y compris pour le compte de Pharaon, quelle sera la relation de ce peuple avec le peuple égyptien ?

Jacob, pour sa part, est conscient que les choses sont moins simples qu’il n’y paraît. Il est dépositaire de la promesse et ne peut rompre la chaîne de transmission qui lui vient d’Abraham. C’est pourquoi, s’il accepte de demeurer en Égypte pour le moment, il demande à Joseph qu’à sa mort, ses ossements soient emportés dans le tombeau de ses pères.

Les questions soulevées par ce récit sont fondamentales pour tous, mais les peuples en exil les incarnent de manière plus évidente. Il en va de l’identité de l’être humain – identité personnelle et collective. Qui sommes-nous ? Qu’est-ce que l’identité ? Notre identité est-elle liée à une terre, un pays  ? Devons-nous garder l’identité de ceux qui nous ont précédés ? Ou au contraire devons-nous accepter de nouveaux enracinements liés à de nouveaux contextes et conditions de vie ? Et si nous sommes exilés, devons-nous, pouvons-nous, « rentrer au pays » ?

Les réponses ne seront pas les mêmes pour tous, mais une chose est sûre, ici comme là-bas le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Joseph, de Moïse, de Jésus-Christ reste Dieu et Père pour nous, il ne nous abandonne pas et nous appelle à son service.

 

 


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Nous prions pour nos envoyés en Égypte.

Dieu, qui dans ta providence, dès le commencement du monde,
As prescrit à la terre de produire l’herbe et des fruits de toute sorte,
Toi qui donnes au semeur la semence et le pain pour la nourriture,
Nous t’en prions:
Permets que cette terre, enrichie par ta largesse et cultivée par le travail humain,
Produise du fruit en abondance
Pour que les peuples se réjouissent des biens que tu leur accordes,
Et qu’ils te rendent grâce ici et dans l’éternité.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

Livre des Bénédictions (1986), Conférence des évêques catholiques du Canada




Vers un nouvel enracinement ?

Méditation du jeudi 10 janvier 2019. Nous prions pour notre envoyée en Haïti et nous reprenons notre lecture interculturelle du cycle de Joseph. Les frères de Joseph sont repartis en Canaan avec des provisions, laissant Siméon en otage. À la demande de Joseph, ils reviennent en Égypte avec Benjamin, que Joseph projette de retenir à son tour en otage, au désespoir de Juda…

Alors Joseph, incapable de contenir son émotion devant les gens de son entourage, leur ordonna de sortir. Ainsi était-il seul avec ses frères quand il se fit reconnaître d’eux. Mais il pleurait si fort que les Égyptiens l’entendirent, et que la nouvelle en parvint au palais du Pharaon.

Joseph dit à ses frères : « C’est moi Joseph ! Mon père est-il encore en vie ? » Mais ses frères furent tellement saisis qu’ils furent incapables de lui répondre.

« Approchez- vous de moi », leur dit-il. Ils s’approchèrent.

Joseph reprit : « C’est moi Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour être emmené en Égypte. Ne vous tourmentez pas et ne vous faites pas de reproches pour m’avoir vendu ainsi. C’est Dieu qui m’a envoyé ici à l’avance, pour que je puisse vous sauver la vie. Il y a déjà eu deux années de famine dans le pays, mais pendant cinq années encore on ne pourra ni labourer la terre ni récolter les moissons. Dieu m’a donc envoyé dans ce pays avant vous, pour que vous puissiez y avoir des descendants et y survivre ; c’est une merveilleuse délivrance. Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, mais Dieu. Et c’est encore lui qui a fait de moi le ministre le plus puissant du Pharaon, responsable du palais royal et administrateur de toute l’Égypte.

Maintenant dépêchez-vous d’aller dire à mon père : « Voici le message que t’adresse ton fils Joseph : Dieu a fait de moi le maître de toute l’Égypte. Viens chez moi sans tarder. Tu t’installeras dans la région de Gochen avec tes enfants, tes petits-enfants, ton bétail, moutons, chèvres et boeufs, et tous tes biens. Tu seras ainsi tout près de moi. Ici je te fournirai des vivres, pour toi, ta famille et tes troupeaux, afin que vous ne manquiez de rien, car il y aura encore cinq années de famine». »
Et Joseph ajouta : « Vous voyez bien, et toi en particulier, Benjamin, que c’est moi qui vous parle. Allez donc dire à mon père quelle importante situation j’occupe en Égypte, et racontez-lui tout ce que vous avez vu. Ensuite dépêchez-vous de l’amener ici. » Joseph se jeta au cou de Benjamin, et tous deux s’embrassèrent en pleurant. Joseph pleurait aussi en embrassant ses autres frères. Alors seulement ils osèrent lui parler.

Au palais royal on apprit que les frères de Joseph étaient arrivés en Égypte. Le Pharaon fut heureux de cette nouvelle, ainsi que son entourage. Il dit à Joseph : « Dis à tes frères de charger leurs bêtes et de repartir au pays de Canaan, pour aller y chercher leur père et leurs familles et pour les ramener ici. Je les installerai dans la région la plus prospère d’Égypte, où ils disposeront des meilleurs produits du pays. Tu diras aussi à tes frères de se procurer ici des chariots pour ramener leurs femmes et leurs enfants, ainsi que leur père. Ils ne doivent pas regretter ce qu’ils laisseront là-bas, car ils viendront s’installer dans la région la plus prospère de l’Égypte. »

Les fils de Jacob firent ce qu’on leur proposait. Joseph leur fournit des chariots, selon l’ordre du Pharaon, ainsi que des provisions de route. Il fit cadeau d’un habit de fête à chacun d’eux, mais à Benjamin il en donna cinq, ainsi que trois cents pièces d’argent. En outre il envoya à son père, pour le voyage, dix ânes chargés des meilleurs produits d’Égypte et dix ânesses chargées de blé, de pain et d’autre nourriture. Il recommanda à ses frères de ne pas se disputer en cours de route, puis les laissa partir. Ceux-ci quittèrent l’Égypte, gagnèrent le pays de Canaan et arrivèrent auprès de leur père Jacob.

Ils lui annoncèrent : « Joseph est toujours en vie ! Il est même administrateur de toute l’Égypte. » Jacob ne réagit pas, car il ne les croyait pas. Mais ils lui rapportèrent tout ce que Joseph leur avait dit, ils lui montrèrent les chariots que son fils avait envoyés pour le voyage. Alors Jacob se ranima. Il déclara : « Je n’en demande pas plus. Mon fils Joseph est toujours en vie. Je veux aller le revoir avant de mourir. » Genèse 45,1-28

 


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On se souvient qu’après leur réconciliation, Jacob et Esaü n’étaient pas restés ensemble, mais que chacun s’était acheminé, avec sa famille, son clan et ses troupeaux, vers son lieu propre : Séir pour Esaü, Sichem pour Jacob. (Gn 33)

À l’opposé, l’objectif de Joseph est, au-delà de la réconciliation avec ses frères, de les réunir tous, avec leur père Jacob, dans son lieu d’exil, l’Égypte.

Mais comment décider Jacob-Israël à quitter la terre de la promesse ? En a-t-il le droit aux yeux de Dieu ? Lors d’une famine Isaac s’était vu interdire de partir en Egypte (Gn 26,2ss)

Est-ce parce que Joseph anticipe les possibles réticences de son père qu’il organise tout un stratagème afin de lui forcer la main : garder Siméon en otage, puis faire venir Benjamin dans le même but ?

Mais Joseph est un affectif ; il ne peut aller jusqu’au bout de son plan. Et on assiste à une scène bouleversante : Joseph, en pleurs, dévoile enfin son identité à ses frères. En même temps il exprime sa foi en affirmant qu’au-delà du mal commis par ses frères, c’est Dieu qui a provoqué son exil pour le bien et le salut de tous.

Alors ce sont les frères eux-mêmes qui désormais sont envoyés vers Canaan, de la part de Joseph, mais aussi de la part du Pharaon, pour aller chercher Jacob et toutes leurs familles afin qu’ils s’installent ensemble dans la meilleure province d’Égypte. 

Cette implantation ressemblerait à une belle histoire si nous ne connaissions la douloureuse suite, décrite au début du livre de l’Exode.

Alors Joseph a-t-il bien fait d’organiser l’installation de son peuple sur la terre d’Égypte ? L’exil doit-il donner lieu à un nouvel enracinement ou ne durer qu’un temps provisoire ? Les exilés doivent-ils rester entre eux, à part, ou bien chercher à s’assimiler ? Ces questions bien complexes ne sont-elles pas toujours actuelles ?

 

 


Louisiane Saint Fleurant (1924-2005), artiste haïtienne

 

Nous prions pour notre envoyée en Haïti et pour tous les exilés à travers cette prière prononcée par le Pape François lors de sa rencontre sur l’ile de Lesbos avec le Patriarche Barthélémy et l’archevêque Jérôme :

« Dieu miséricordieux, nous te prions pour tous les hommes, pour toutes les femmes et pour tous les enfants qui sont morts après avoir quitté leur pays à la recherche d’une vie meilleure.

Bien que beaucoup de leurs tombes ne portent aucun nom, chacun d’eux est connu, aimé et chéri de toi.

Puissions-nous ne jamais les oublier, mais honorer leur sacrifice plus par les actes que par les paroles.

Nous te confions tous ceux qui ont fait ce voyage, affrontant la peur, l’incertitude et l’humiliation, en vue de parvenir à un endroit de sécurité et d’espérance.

Tout comme tu n’as jamais abandonné ton Fils lorsqu’il a été conduit à un endroit sûr par Marie et par Joseph, de même à présent sois proche de tes fils et de tes filles que voici, à travers notre tendresse et notre protection.

En prenant soin d’eux, puissions-nous travailler pour un monde où personne n’est contraint à abandonner sa maison et où chacun peut vivre dans la liberté, la dignité et la paix.

Dieu miséricordieux et Père de tous, réveille-nous du sommeil de l’indifférence, ouvre nos yeux à leur souffrance, et libère-nous de l’insensibilité générée par le confort mondain et l’égocentrisme.

Aide-nous, en tant que nations, communautés et individus, à voir que ceux qui viennent dans nos contrées sont nos frères et sœurs.

Puissions-nous partager avec eux les bénédictions que nous avons reçues de tes mains, et reconnaître qu’ensemble, comme une famille humaine unique, nous sommes tous des migrants, en chemin dans l’espérance vers toi, notre vraie maison, où toute larme sera essuyée, où nous serons tous en paix et en sécurité dans tes bras. »




Nativité : le rêve de Dieu, plus fort que toute réalité

Pour cette semaine de Noël, notre méditation du jeudi… est déplacée au lundi. Florence Taubmann revient sur la Nativité : «Et si cet événement était un rêve (…) le rêve d’une histoire si folle et merveilleuse qu’elle concernerait toute la terre, tous les humains et toutes les créatures» ?

Alessandro Tiarini – Natividad – Galería Uffizi [Public domain] 

 

Et si cet événement était un rêve, proclamé dans les cieux, chuchoté de bouche à oreille, traduit en mille langues et tracé en mille écritures, dessiné par des générations d’artistes, chanté en chœur à travers les siècles des siècles, peut-être depuis le commencement du monde !

Un rêve risquant l’engloutissement à chaque trop violent soubresaut de l’histoire, ou bien la dilution dans les insoutenables distractions de nos sociétés qui s’oublient, le rêve d’une simple naissance sanctifiant toute naissance, d’une vie donnant sens à toute vie, le rêve d’un enfant portant dès son berceau de paille tout le poids du monde…

Le rêve d’une histoire si folle et merveilleuse qu’elle concernerait toute la terre, tous les humains et toutes les créatures – à commencer par l’âne, le bœuf, les moutons et les dromadaires de la scène primitive !

Et le rêve de cette histoire serait si évident et lumineux – comme une consolation infinie à portée de main – que chaque année les infatigables cloches du temps sonneraient haut et fort, en avant-première, pour nous inviter à faire silence, à vivre l’attente, à marcher sur la pointe des pieds, afin de surtout ne pas déranger le père et la mère de l’enfant à venir dans leur cheminement vers Bethléhem, avant que tous les Hérodes de la terre ne l’apprennent.

Et que puisse naître cet enfant, quelque part dans la ville de ses ancêtres Ruth et Booz. de la lignée de Tamar et Juda, fils de Jacob et Léa, fils d’Isaac et Rébecca, fils de Sarah et Abraham.

Oh oui si c’était un rêve, un vrai rêve, un rêve où s’engouffrent des anges de bénédiction dansant sur les degrés joignant la terre au ciel, un de ces rêves qui fécondent le cœur de notre mémoire, guidée par l’étoile d’Orient !

Ce rêve est le plus vrai de tous les rêves !

C’est le rêve de Dieu, plus fort que toute réalité, pour notre joie et pour l’amour de notre univers, à raconter à tous les enfants du monde !

Florence Taubmann




L’attente qui est en nous

Méditation du jeudi 20 décembre 2018. En ce temps de l’Avent nous prions pour notre envoyée au Bénin.

 

À la même époque, Marie s’empressa de se rendre dans une ville de la région montagneuse de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant remua brusquement en elle et elle fut remplie du Saint-Esprit.

Elle s’écria d’une voix forte: «Tu es bénie parmi les femmes et l’enfant que tu portes est béni. Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne vers moi? En effet, dès que j’ai entendu ta salutation, l’enfant a tressailli de joie en moi.

Heureuse celle qui a cru, parce que ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira.» Luc 1,39-45

 


Source : Pixabay

 

C’est certainement pour marquer le caractère unique de la visite de Marie à Élisabeth qu’on l’appelle Visitation. Car derrière la joie des deux femmes à se retrouver, à s’étreindre, à se confier l’une à l’autre leurs joies et leurs soucis, derrière les agréables rites de l’hospitalité se joue une autre rencontre, voilée : celle de l’éternité de Dieu et du temps des hommes, avec ces deux naissances annoncées qui vont changer le destin du monde. Et déjà le futur petit Jean s’esbaudit dans le ventre maternel, impatient peut-être de l’œuvre à accomplir et du rôle qu’y tiendra le futur petit Jésus qui, pour être de quelques mois son puîné n’en sera pas moins « plus grand » que lui.

Mais n’anticipons pas ! Arrêtons-nous à ce temps de la visitation, et qu’elle nous inspire de nous visiter les uns les autres, de nous offrir mutuellement l’épiphanie de la présence de Dieu. Dans l’être ensemble de ce temps de l’Avent, nous pouvons goûter la joie mystérieuse des accomplissements à venir. La prière et le chant y ont leur part, le silence aussi, et toutes les agapes qui peuvent réunir des êtres humains autour des fruits de la terre, en attendant la venue du Prince de la paix.

 

 


Source : Pixabay

 

En ce temps d’Avent nous prions pour notre envoyée au Bénin, et pour ceux qui se préparent à la joie de Noël.

Dieu tu as choisi de te faire attendre tout le temps d’un Avent.
Moi je n’aime pas attendre dans les files d’attente.
Je n’aime pas attendre mon tour.
Je n’aime pas attendre le train.
Je n’aime pas attendre pour juger.
Je n’aime pas attendre le moment.
Je n’aime pas attendre un autre jour.
Je n’aime pas attendre parce que je n’ai pas le temps et que je ne vis que dans l’instant.
Tu le sais bien d’ailleurs, tout est fait pour m’éviter l’attente :
les cartes bleues et les libre services,
les ventes à crédit et les distributeurs automatiques,
les coups de téléphone et les photos à développement instantané,
les télex et les terminaux d’ordinateur, la télévision et les flashes à la radio…
Je n’ai pas besoin d’attendre les nouvelles : elles me précèdent.
Mais Toi Dieu tu as choisi de te faire attendre le temps de tout un Avent.
Parce que tu as fait de l’attente l’espace de la conversion,
Le face à face avec ce qui est caché, l’usure qui ne s’use pas.
L’attente, seulement l’attente, l’attente de l’attente, l’intimité avec l’attente qui est en nous
Parce que seule l’attente réveille l’attention et que seule l’attention est capable d’aimer.
Tout est déjà donné dans l’attente, et pour Toi, Dieu, attendre se conjugue Prier.

Jean Debruynne




Loi éternelle et vie nouvelle

Méditation du jeudi 13 décembre 2018. En ce temps de l’Avent nous prions pour notre envoyé aux Antilles, sa famille et toute l’Église.

 

La foule interrogeait Jean, disant: Que devons-nous donc faire?

Il leur répondit: Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a point, et que celui qui a de quoi manger agisse de même.

Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent: Maître, que devons-nous faire?

Il leur répondit: N’exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné.

Des soldats aussi lui demandèrent: Et nous, que devons-nous faire?

Il leur répondit: Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde.

Comme le peuple était dans l’attente, et que tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ, il leur dit à tous: Moi, je vous baptise d’eau; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. Il a son van à la main; il nettoiera son aire, et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point.

C’est ainsi que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple, en lui adressant encore beaucoup d’autres exhortations. Luc 3,10-18

 


Source : Pixabay

 

La voix de celui qui crie dans le désert a été entendue.

Et des voix inquiètes, sincères, lui répondent, le sollicitent : Si nous avons mal agi, si nous n’avons pas fait ce qu’il fallait, ou si nous avons fait ce qu’il ne fallait pas, si nous nous sommes comportés injustement, comment pouvons-nous réparer ? Que devons-nous faire ?

Alors Jean répond très simplement, par la loi et la sagesse de Dieu : Accomplissez les commandements qui vous ont été donnés, soyez généreux, justes, honnêtes.

Mais si cela ne vous suffit pas, si vous imaginez un Messie-champion à votre convenance, si vous attendez qu’il vienne vous protéger des dangers de la vie, si vous espérez de lui une bonne petite religion à bon marché, des passe-droits et des privilèges, alors sachez que c’est par un baptême de feu qu’il vous fera naître à la vie nouvelle, et par ses exigences qu’il fera de vous ses disciples et ses amis, car il n’est pas venu abolir la loi de Dieu mais l’accomplir, ce Dieu qui veut le droit, la justice, et la bonté sur cette terre, ce Dieu qu’avec lui vous nommerez Père.

Accueillez-le en vérité, alors votre réjouissance sera grande !

 

 


Karine Taïlamé, artiste née en 1983 en Martinique

 

Nous prions pour notre envoyé aux Antilles, sa famille et toute l’Église.

Ô notre Dieu, ce monde est le tien, aide-nous à le faire tien.
Cette Création vit de ton amour, aide-nous à la faire vivre de ton amour
Ce monde marche vers l’avenir que tu lui donnes, aide-nous à le faire marcher
Vers l’avenir que tu lui donnes.
Tu fais de nous tous tes enfants, aide-nous à vivre comme tes enfants
Tu prépares de bonnes oeuvres pour chacun de nous
Aide-nous à accomplir ces bonnes oeuvres.
Ô notre Dieu, si nous ne croyons pas, si nous n’agissons pas,
Les ténèbres nous envahiront
Et tout ce que nous aurons espéré,
Tout ce que tu auras voulu perdra toute existence.
Mais si nous croyons, si nous agissons,
Les ténèbres nous envahiront sans doute
Mais la lumière y brillera
Nous verrons ton nouveau ciel, ta nouvelle terre
Et tu feras par la puissance qui agit en nous
Infiniment au-delà
De ce que nous demandons ou pensons par Jésus-Christ.

Evan Lewis, Dunedin, Nouvelle-Zélande, trad. Gilles Castelnau




L’urgence de Dieu : la bonté de l’homme et la beauté de la création

Méditation du jeudi 6 décembre 2018 : en ce temps de l’Avent nous prions avec nos envoyés au Cameroun.

 

La quinzième année du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, son frère Philippe tétrarque du territoire de l’Iturée et de la Trachonite, Lysanias tétrarque de l’Abilène, et Anne et Caïphe étaient grands-prêtres.

C’est alors que la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert, et Jean parcourut toute la région du Jourdain; il prêchait le baptême de repentance pour le pardon des péchés, conformément à ce qui est écrit dans le livre des paroles du prophète Esaïe: C’est la voix de celui qui crie dans le désert:
« Préparez le chemin du Seigneur, rendez ses sentiers droits.
Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées;
ce qui est tortueux sera redressé et les chemins rocailleux seront aplanis.
Et tout homme verra le salut de Dieu. » Luc 3,1-6

 


Source : Pixabay

 

Y a-t- il un sens à l’histoire des hommes et du monde ? Une direction ? Un destin déjà scellé ou un horizon encore indéchiffrable ?

Le prophète n’est ni un savant, ni un astrologue, qui essaierait de répondre à ces questions à partir de calculs ou d’observation. Le prophète est un être entièrement requis par sa sensibilité à Dieu. Sensibilité au besoin de Dieu : besoin que Dieu a de l’humain, que l’humain a de Dieu, et que la création tout entière a de Dieu.

Et il prête son corps, son cœur, son esprit, sa gorge, sa bouche, sa vie à l’expression de ce besoin. De tout son être il dit une Parole de Dieu, il annonce un événement de l’âme du monde.

Et sa voix porte, même dans le désert, car elle doit pouvoir réveiller, chez ses contemporains, ce même besoin de l’homme, de Dieu, et de la création.

Le prophète veut éveiller en chacun cette nécessité vitale du Dieu de justice et de bonté, enfouie sous l’oubli, les petites affaires et les grands désespoirs de l’existence, l’horloge du temps qui tourne en rond.

C’est cette possibilité d’éveil qu’exprime Jean le baptiste, à l’instar de tous les prophètes qui l’ont précédé, quand il propose haut et fort le baptême de repentance pour le pardon des péchés. Depuis les rives du Jourdain il fait entrevoir l’aube nouvelle, la pleine réconciliation offerte, entre Dieu, l’humanité, et toute la création.

 

 


Source : Pixabay

 

En ce temps d’Avent, nous prions pour nos envoyés au Cameroun.

Marchons ensemble
Que les plus vigoureux attendent et aident ceux qui sont à la traîne.
Que les plus solitaires se tournent vers les autres.
Que les plus faibles osent s’appuyer sur ceux qui tendent la main.
Que les plus inquiets te fassent confiance,
Car c’est toi Seigneur qui nous mets en route.

Marchons ensemble
Que les plus actifs s’arrêtent pour réfléchir et évaluer.
Que les plus négligents reprennent courage
Et entendent l’appel que tu leur lances.
Que les plus sceptiques se laissent pénétrer de ton esprit.
Car c’est toi Seigneur qui nous mets en route.

Marchons ensemble
Que les plus fidèles voient leur foi raffermie
Que les plus étrangers sentent accueillis et utiles à tous.
Que les plus délaissés sachent que le monde a besoin d’eux
Que l’Eglise a besoin d’eux que Tu as besoin d’eux
Car c’est toi Seigneur qui nous mets en route.

Marchons ensemble
Que les plus bavards se taisent pour écouter les autres.
Que les muets sachent que leur façon de communiquer sera entendue.
Que ceux que l’on n’écoute jamais sachant qu’un effort sera fait pour prendre leur parole en compte.
Car c’est toi Seigneur qui invites à libérer la parole.
Marchons ensemble dans le monde d’aujourd’hui.
Marchons ensemble tous avec toi Seigneur.

Francine Robillot ( liturgie de la semaine Ceeva 2011)




Au-delà de l’apocalypse, la vie !

Méditation du jeudi 29 novembre 2018. Suspendant pour quelques semaines notre cycle sur Joseph, nous entrons dans le temps de l’Avent qui nous conduit au mystère et à la joie de Noël. Et nous prions particulièrement pour nos envoyés au Laos.

 

Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Et sur la terre, les nations seront dans l’angoisse, épouvantées par le bruit de la mer et des vagues. Des hommes rendront l’âme de terreur dans l’attente de ce qui surviendra sur la terre, car les puissances célestes seront ébranlées.

Alors on verra le Fils de l’homme venir sur une nuée avec beaucoup de puissance et de gloire. Quand ces événements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche.

Puis il leur dit une parabole : « Regardez le figuier et tous les autres arbres.

Dès qu’ils bourgeonnent, vous savez de vous-mêmes que déjà l’été est proche. De même, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le royaume de Dieu est proche. Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive.

Le ciel et la terre disparaîtront, mais mes paroles ne disparaîtront pas.

Faites bien attention à vous-mêmes, de peur que votre cœur ne devienne insensible, au milieu des excès du manger et du boire et des soucis de la vie, et que ce jour ne fonde sur vous à l’improviste. En effet, il s’abattra comme un piège sur tous les habitants de la terre. Restez donc en éveil, priez en tout temps, afin d’avoir la force d’échapper à tous ces événements à venir et de vous présenter debout devant le Fils de l’homme.» Luc 21,25-36

 


Source : Pixabay

 

Quel contraste entre l’entrée en Avent, dans le bruit et la fureur de l’apocalypse, et son aboutissement, la nuit de Noël, quand la terreur fait place à l’émerveillement devant l’enfant-messie, réchauffé par le souffle des animaux, puis bercé par les nocturnes alléluias des bergers de Judée !

Le risque existe, quand nous lisons ces prophéties de malheur, de ne pas patienter jusqu’à la naissance du tout-petit-enfant, mais d’interpréter de manière définitive tout ce qui se passe en ce monde, sous nos yeux ou loin d’eux, informés et désinformés par les écrans : crises politiques, fanatisme religieux, déchaînement climatique, désespoir social… Ne sommes-nous pas à la fin des temps ?

Alors il n’y a rien à faire. Ou bien, nous suggère le diable – avec sa grande intelligence – attisons les politiques du pire. Si rien ne va, que les passions se déchaînent ! Amusons-nous à nous entre-déchirer ! Le discours catastrophiste est parfois un bon prétexte pour les accusations réciproques et les règlements de compte.

Il est fort le diviseur, mais soyons plus forts que lui ! Jésus nous en donne les moyens et la liturgie aussi. L’apocalypse n’est pas une fin de l’histoire que nous devrions hâter à grands cris faux-prophétiques. C’est la racine de l’histoire. C’est la tragi-comédie inhérente à la vie, à l’existence.

Le cosmos bouge car il est vivant. Les humains font des histoires car ils ne sont pas des robots ni des marionnettes aux mains d’un démiurge. Mais tout cela n’est pas la fin du monde, c’est sa condition quotidienne, incessante.

Jésus nous invite à la lucidité, à la ruse du serpent et à la douceur de la colombe pour ne céder ni au catastrophisme ni à la myopie confortable d’une existence tranquille et paresseuse.

Dieu fait ce qu’il veut quand il veut, le Fils de l’homme viendra quand il viendra, mais si nous restons enfermés dans nos haines recuites, nos démissions commodes, nos conforts égoïstes, nos refus de voir la réalité en face et l’espérance en perspective, alors nous n’aurons aucune conscience de leur merveilleuse présence et de leur indéfectible action en notre faveur.

À chaque instant le monde est blessé en mille lieux, mais à chaque instant, en mille lieux aussi, des êtres de bonne volonté le réparent, quels qu’ils soient, chrétiens ou non, car ils sont inspirés par le merveilleux amour que l’Esprit dispense généreusement à travers toutes les contrées de la terre.

 

 


Source : Pixabay

 

Nous portons dans la prière nos envoyés au Laos.

Nous croyons au Dieu unique, source de toute vie sur terre
seul fondement et origine de toute la terre et de ses créatures.

Nous croyons à l’excellence de toute vie sur terre
à la valeur innée de tous les êtres
à la participation des humains à la vie de la nature.

Nous croyons que le Christ nous montre la tâche confiée à l’être humain :
être l’image de Dieu en oeuvrant avec la terre et en prenant soin d’elle
en cherchant à comprendre ses mystères et ses énergies
et en les utilisant de manière à contribuer au bien de tous ses enfants.

Nous croyons que l’Esprit de Dieu nous conduira
pour que nous trouvions un style de vie modeste, désintéressé, miséricordieux,
afin que les générations à venir héritent en paix de la terre
et qu’à leur tour, elles vivent en sorte que, avec l’aide de ses dons,
toutes les créatures aient part à la justice. Amen.

Communauté œcuménique de travail Église et environnement, Suisse




Quelle responsabilité face à la crise humanitaire ?

Méditation du jeudi 22 novembre 2018 : nous poursuivons notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Et nous prions pour notre envoyé à la Réunion.

Jacob apprit qu’il y avait du blé en Égypte ; il dit alors à ses fils : « Pourquoi restez-vous là à vous regarder les uns les autres ? J’ai entendu dire qu’il y a du blé en Égypte. Allez nous en acheter, afin que nous puissions survivre. Nous ne tenons pas à mourir. »

Alors les dix frères aînés de Joseph se rendirent en Égypte pour y acheter du blé. — Jacob n’avait pas laissé partir avec eux Benjamin, le jeune frère de Joseph ; il disait en effet : « J’ai peur qu’un malheur lui arrive. » —
Les fils de Jacob parvinrent en Égypte en même temps que d’autres acheteurs de blé, car la famine régnait dans le pays de Canaan.

Joseph était l’administrateur du pays ; c’est lui qui vendait du blé à tous les étrangers. Ses frères vinrent s’incliner devant lui, le visage contre terre. Dès qu’il les vit, il les reconnut, mais il ne se fit pas reconnaître d’eux. Il leur demanda avec dureté : « D’où venez- vous ? » — « Du pays de Canaan, répondirent-ils. Nous désirons acheter des vivres. »

Ainsi Joseph les reconnut, mais eux ne le reconnurent pas. Joseph se souvint alors des rêves qu’il avait faits à leur sujet. Il reprit : « Vous êtes des espions ! C’est pour repérer les points faibles du pays que vous êtes venus ici. » 

« Non, Monsieur l’Administrateur, répondirent-ils. Nous sommes simplement venus acheter des vivres. Nous sommes tous fils d’un même homme. Nous sommes des gens honnêtes, pas des espions. »

« Ce n’est pas vrai, rétorqua Joseph, vous êtes venus repérer les points faibles du pays. » — « Pas du tout, insistèrent-ils. Nous sommes fils d’un même père, et nous venons du pays de Canaan. Nous étions douze frères, mais le plus jeune est resté auprès de notre père, et un autre a disparu. »

« C’est bien ce que je vous disais, déclara Joseph, vous êtes des espions. Mais je vais vous mettre à l’épreuve : par la vie du Pharaon, je vous jure que vous ne quitterez pas ce pays avant que votre plus jeune frère soit venu ici. 

Envoyez l’un de vous le chercher, tandis que les autres resteront en prison. Je pourrai ainsi vérifier si vous m’avez dit la vérité. Si tel n’est pas le cas, par la vie du Pharaon, c’est que vous êtes vraiment des espions. »

Joseph les mit tous en prison pour trois jours. Le troisième jour il leur dit : « Voici ce que je vous propose de faire, et vous aurez la vie sauve, car je reconnais l’autorité de Dieu. Si vous êtes honnêtes, acceptez que l’un de vous reste dans la prison où vous vous trouvez. Quant aux autres, qu’ils aillent rapporter du blé à vos familles affamées. Ensuite vous me ramènerez votre plus jeune frère. J’aurai ainsi la preuve que vous avez dit la vérité, et vous éviterez la mort. »

Les frères acceptèrent cette proposition. Mais, entre eux, ils se disaient : « Ah ! nous sommes bien punis à cause de notre frère : nous avons vu son angoisse quand il nous implorait, et nous ne l’avons pas écouté. Maintenant nous connaissons la même angoisse. »

Et Ruben ajouta : « Je vous l’avais bien dit : « Ne commettez pas ce crime à l’égard de Joseph ». Mais vous n’avez pas voulu m’écouter. Eh bien, nous devons maintenant payer le prix de sa mort ! »

Les frères ne se doutaient pas que Joseph les comprenait, parce qu’il se servait d’un interprète pour parler avec eux. Joseph s’éloigna d’eux pour pleurer.

Lorsque Joseph revint, il leur annonça qu’il retenait Siméon et le fit enchaîner sous leurs yeux. Genèse 42,1-24

 


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D’envoyés par leur père pour sauver la famille de la famine les frères de Joseph vont se retrouver accusés d’espionnage et emprisonnés par leur frère dans les geôles de Pharaon.

Sommes-nous dans la cadre d’une vengeance, où Joseph ferait payer à ses frères les souffrances qu’ils lui ont infligées ? Mais alors pourquoi monter une fausse accusation ? Pourquoi ne pas simplement les châtier selon la mesure du talion ?

Mais le but de Joseph n’est ni la mort ni l’écrasement de ses frères, déjà pour la simple raison que cela punirait cruellement leur père Jacob et leur frère Benjamin. Et comment pourrait-il être le sauveur des égyptiens et des peuples voisins tout en devenant le bourreau de son propre peuple ?

Mais surtout Joseph n’agit pas pour lui-même ; il se place sous l’autorité de Dieu.

Alors il construit pour ses frères un chemin de rédemption, qui passe par la peur, la captivité (3 jours) puis le souvenir et la conscience du mal qu’ils ont jadis commis. Avant de pouvoir se faire reconnaître par ses frères qui le croient disparu, il faut absolument que Joseph leur impose le temps pour confesser leur faute et se repentir.

Tout cela l’oblige à cacher son nom et ses larmes.  IL ne peut céder à l’impatience d’une miséricorde qui perdrait de son sens si elle se manifestait avant l’heure.  Ainsi en va-t-il souvent de Dieu notre Père, dont le temps n’est pas notre temps, et qui connaissant notre cœur en accepte le rythme, afin de ne pas nous écraser sous le poids d’un amour que nous ne serions pas encore en mesure d’accueillir, sinon comme une simple grâce à bon marché.

En attendant, Joseph garde Siméon. Et Ruben, Lévi, Juda, Dan, Nephtali, Gad, Asher, Issakar, Zabulon repartent, emportant le blé nécessaire à tous ceux qui sont restés au pays.

 

 


Sabine Vergoz Thirel artiste peintre et auteur de la Réunion

 

Nous prions pour notre envoyé à la Réunion et pour toute l’Eglise de la Réunion avec cette prière de la Règle des diaconesses de Reuilly

Comment ta volonté, Seigneur Jésus,
Se fait- elle jour dans l’opacité de nos esprits ?
Comment peut-on dire : cette chose est bonne plutôt que celle-là ?

Éclaire-nous.
Mène-nous au point de lumière où s’illuminent les pas.

Parais au rivage des choses
Comme tu es apparu aux disciples après la nuit infructueuse.

Dis-nous la parole qui libère de l’errance et de l’incertitude.
Ne nous laisse pas trop longtemps au carrefour des possibles
Mais fais résonner à nos oreilles la voix qui dit : C’est ici le chemin ! Marchez-y !

Donne-nous alors le vouloir ferme et stable de mener à bien cette unique parole
Sans plus nous écarter d’elle telle une piste infime au milieu du désert.




Chacun de nous n’a-t-il pas plusieurs identités ?

Méditation du jeudi 15 novembre 2018 : nous poursuivons notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Et nous prions pour nos envoyés en Égypte.

Enfin Pharaon donna à Joseph le nom égyptien de Safnath-Panéa, et lui accorda comme femme Asnath, fille du prêtre Potiféra, de la ville d’On. Dès lors Joseph put se déplacer dans toute l’Égypte. Il avait trente ans lorsqu’il avait été amené devant le Pharaon, roi d’Égypte.

Joseph quitta le Pharaon et se mit à parcourir l’Égypte. Pendant les sept années d’abondance, la terre produisit des récoltes exceptionnelles. Joseph accumula des réserves de vivres en Égypte durant ces années-là. Il entreposait dans les villes les provisions récoltées dans les campagnes environnantes. Il emmagasina de très grandes quantités de blé. Il y en avait autant que de sable au bord de la mer, si bien qu’il devint impossible d’en tenir le compte.

Avant le début de la famine, Asnath, la femme de Joseph, mit au monde deux fils. Joseph appela l’aîné Manassé, et il déclara : «Dieu m’a permis d’oublier toutes mes souffrances et ma séparation d’avec les miens.» Il appela le cadet Éfraïm, et il expliqua : «Dieu m’a accordé des enfants dans ce pays où j’ai été si malheureux.»

En Égypte les sept années d’abondance prirent fin. Alors commencèrent les sept années de famine, comme Joseph l’avait annoncé. La famine s’étendit à tous les pays, mais en Égypte il y avait des réserves de vivres. Quand les Égyptiens commencèrent à souffrir de la faim, ils réclamèrent au Pharaon de quoi manger. Celui-ci répondit à l’ensemble de la population : « Adressez-vous à Joseph et faites ce qu’il vous dira. » La famine devint générale dans le pays. Joseph fit alors ouvrir les entrepôts et vendre du blé aux Égyptiens. Puis la famine s’aggrava encore en Égypte. On y venait aussi de tous les pays pour acheter du blé à Joseph, car la famine sévissait durement partout. Genèse 41,45-57

 


La stèle de la famine, découverte en 1889, est une inscription située sur l’île de Sehel sur le Nil près d’Assouan, qui parle d’une période de sept ans de famine durant le règne de Djéser (IIIe dynastie).

 

Aux yeux de Pharaon il semble que Joseph ne puisse administrer l’Egypte sans devenir égyptien. Et ceci se traduit par une intégration familiale et culturelle qui va jusqu’au changement de nom et au mariage avec une femme égyptienne.

Joseph devient Safnath-Panéa qui pourrait signifier en égyptien « soutien de la vie » ; il épouse Asnath, que l’on peut traduire « suivante de la déesse Neith » dont le père est le prêtre Potiféra, de la ville d’On – Héliopolis.

Est-ce à dire que Joseph, en se pliant à la volonté de Pharaon, est en voie d’assimilation et de renoncement à son identité profonde ? Ou simplement qu’il comprend son égyptianisation comme un moyen nécessaire à sa mission d’administrateur du pays d’Egypte. Il aura à faire au peuple, ne doit-il pas s’identifier à lui ostensiblement ? Cette question se pose de manière récurrente dans l’histoire des sociétés, et de manière spécifique quand il s’agit pour des personnes immigrées d’exercer de hautes fonctions. 

Pourtant Joseph reste lui-même. Il ne perd pas son nom et il donne à ses deux fils des noms hébraïques : Manassé, dont la racine hébraïque signifie oublier, et Ephraïm, fructifier. Comme s’il avait besoin d’un effacement de son passé et du passage à une nouvelle identité pour accomplir sa mission salvatrice. Mais c’est bien à son Dieu et dans sa propre langue qu’il rend grâce pour cet oubli nécessaire et cette fécondité nouvelle.

Cela va lui donner une grande force. Il engrangera, pendant les 7 années d’abondance, non seulement un cinquième des récoltes, mais autant de blé que les grains du sable de la mer. Alors il pourra, lors des 7 années de sécheresse, gérer la pénurie et sauver les égyptiens, ainsi que les peuples alentours, en leur vendant le nécessaire.

 

 


Source : Pixabay

 

Prions pour nos envoyés en Égypte

Seigneur, donne-moi de prendre ma part
D’habiter l’identité que tu me donnes
D’exploiter les charismes de ton regard
Déploie en moi d’être présent là où tu me places
Seigneur donne-moi d’être ce que tu espères de moi.

Seigneur donne-moi de prendre toute ma part
De ne pas me réfugier derrière mon sentiment d’insuffisance
De ne pas brandir ma petitesse pour me dérober à mes devoirs
Seigneur donne-moi d’oser ce que tu attends de moi.

Seigneur donne-moi de prendre seulement ma part
De ne pas présumer de mes forces
De ne pas ombrager l’espace dont les autres ont besoin pour grandir
De m’ouvrir à l’altérité dans le respect de mes limites
Seigneur donne-moi de naître à ce que je suis par toi.

Marion Müller-Collard




L’union fait la force !

Méditation du jeudi 8 novembre 2018. Suite de notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Nous prions pour nos envoyés en Tunisie.

Joseph dit au Pharaon : « Tes deux rêves ont le même sens. Dieu t’avertit ainsi de ce qu’il va faire. Les sept belles vaches et les sept beaux épis représentent sept années. C’est donc un seul rêve. Les sept autres vaches, chétives et affreuses, et les sept épis rabougris, desséchés par le vent, représentent aussi sept années, mais des années de famine.

C’est bien ce que je te disais : Dieu t’a montré ce qu’il va faire. Ces sept prochaines années seront des années de grande abondance dans toute l’Égypte. Ensuite, il y aura sept années de famine, qui feront perdre tout souvenir de l’abondance précédente. La famine épuisera le pays. Elle sera si grave qu’on ne saura plus ce qu’est l’abondance. Ton rêve s’est répété sous deux formes semblables, pour montrer que la décision de Dieu est définitive et qu’il ne va pas tarder à l’exécuter.

Alors, que le Pharaon cherche un homme intelligent et sage, et lui donne autorité sur l’Égypte. Nomme aussi des commissaires chargés de prélever un cinquième des récoltes du pays pendant les sept années d’abondance. Qu’ils accumulent des vivres pendant les bonnes années qui viennent, qu’ils emmagasinent sous ton contrôle du blé dans les villes, pour en faire des réserves. L’Égypte aura ainsi un stock de vivres pour les sept années de famine, et le pays échappera au désastre. »

La proposition de Joseph parut judicieuse au Pharaon et aux gens de son entourage ; le Pharaon leur dit : « Cet homme est rempli de l’Esprit de Dieu. Pourrions-nous trouver quelqu’un de plus compétent que lui ? »

Puis il dit à Joseph : « Puisque Dieu t’a révélé tout cela, personne ne peut être aussi intelligent et sage que toi. Tu seras donc l’administrateur de mon royaume, et tout mon peuple se soumettra à tes ordres. Seul mon titre de roi me rendra supérieur à toi. Je te donne maintenant autorité sur toute l’Égypte. »

Le Pharaon retira de son doigt l’anneau royal et le passa au doigt de Joseph ; il le fit habiller de fins vêtements de lin et lui passa un collier d’or autour du cou. Il le fit monter sur le char réservé à son plus proche collaborateur, et les coureurs qui le précédaient criaient : « Laissez passer ! » C’est ainsi que le Pharaon lui donna autorité sur toute l’Égypte. Genèse 41, 25-43

 


Source : Pixabay

 

Comment se fait-il que les fameux rêves de Pharaon, roi d’Égypte, ne puissent être interprétés par personne, ni les mages ni les savants ? Pourtant le décryptage semble simple ; il ne requiert pas une grande science des symboles. Que l’on soit dans le monde animal, avec les vaches, ou le monde végétal, avec les épis, les figures d’abondance sont dévorées par les figures de pénurie.

Est-ce la peur d’annoncer de mauvaises nouvelles qui clôt l’imagination des uns et des autres ? On sait que cela porte souvent malheur, quand on vit sous un régime tyrannique.

Il faudra que l’échanson se souvienne du talentueux Joseph pour que celui-ci dise ce qu’il en est. Dieu a simplement donné à voir à Pharaon ce qui allait se passer dans les années à venir en matière de climat. D’abord de très bonnes conditions météorologiques pendant 7 années, générant de bonnes récoltes et du bien-être pour tous, puis de mauvaises conditions météorologiques pendant 7 ans avec la disette et la famine.
Mais la sagesse de Joseph ne s’arrête pas là. A quoi servirait la prévision si elle n’inspirait une prévention ? On considère parfois Joseph comme le fondateur de l’économie moderne. Il suggère de lutter contre la fatalité en organisant le stockage des denrées pendant les années d’abondance afin de pouvoir les revendre lors des années de disette.

Mais à quoi servirait le bon conseil s’il tombait dans l’oreille d’un sourd ?

Le miracle, c’est que Pharaon ne prenne pas ombrage du génie de Joseph, mais qu’au contraire il reconnaisse en lui l’action de l’Esprit de Dieu ; alors il décide de lui accorder les pleins pouvoirs pour mener à bien son programme.

 

 


Zoubeir Turki 1924-2009 peintre tunisien

 

Nous prions pour nos envoyés en Tunisie avec cette prière de la pastorale régionale 2015 en Nord-Normandie

Notre Père, nous te rendons grâce pour la Vie que Tu nous donnes en partage.
Tu es l’unique Créateur qui laisses à chacun, à chaque peuple, une place sur cette terre. Nous te rendons grâce de pouvoir être avec Toi, jardinier de ta création.

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Par le Christ, reconnu jardinier au matin de la résurrection, par ta bouche, tu appelles l’humanité à veiller sur la terre, les cieux, les mers, à cultiver et à nous cultiver. Rassemble-nous pour devenir des jardiniers de la création.

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Tu veux pour chacun et pour chaque peuple une Vie réconciliée et liée à ta Parole créatrice. Sois avec ceux qui ont perdu le goût d’un vivre ensemble et pour qui la vie connaît trop de déchirures.

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Par ta Parole de Vie, Esprit-Saint, tu fais germer en nous les graines d’amour, de paix et de justice. Arrose chaque graine et fais-nous grandir dans cette justice, bâtisseurs, créateurs. Donne-nous le souffle de ton inspiration, pour être créatifs, tournés vers Toi, et ouvrir les portes à tous les hommes et les femmes dispersés sur cette terre

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Nous te prions pour les responsables politiques et ceux qui gouvernent les pays. Que leurs décisions s’unissent sans cesse à une volonté de chercher la vie pour les générations futures.

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Nous dans la ville…
Nous dans la campagne…
Nous au bord de la mer…
Nous dans les montagnes
Dans tous les pays où nous vivons…

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.