Une veillée de prière pour les victimes de la torture

L’Assemblée générale des Nations unies a proclamé la date du 26 juin Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, afin d’assurer l’application de la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il s’agit donc d’une date clé pour le mouvement international de l’ACAT. L’idée de la Nuit des Veilleurs, lancée en 2006, est de créer une chaîne internationale de personnes se recueillant pour les victimes. Partout dans le monde, les chrétiens sont appelés à veiller en soutien à 10 d’entre elles. Lors d’événements organisés près de chez eux, ou seuls en tout autre lieu, ils accompagnent les actions de plaidoyer et les relaient jusqu’au cœur de Dieu, dans une nuit où la prière se fait cri. Un cri mobilisateur.

Illustration pour la nuit des veilleurs de l’ACAT © Juliette Léveillé

Ils sont vietnamiens, chinois, mexicain, américain, rwandais, camerounais, burundais, saoudien, égyptien… Ils sont ou ont été menacés, battus, torturés, emprisonnés, maintenus en détention. Pour leurs convictions, pour leur engagement politique, pour leur engagement en faveur des droits humains, pour ce qu’ils sont. Pour les faire parler, pour les faire taire. Sans raison. Ils ne sont que dix parmi les milliers de personnes victimes de la torture partout dans le monde. Ils symbolisent toutes ces souffrances muettes, niées, que des pays, des gouvernements voudraient faire disparaître, et auxquelles vos prières et votre action peuvent rendre une existence et une voix.

Depuis 2006, à l’occasion du 26 juin, date choisie par l’Onu comme la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, et à l’appel de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, ONG chrétienne de défense des droits de l’homme créée en 1974), des milliers de chrétiens en France et de par le monde s’unissent dans une veillée de prière en soutien aux victimes de torture. Cette année 2019 encore, autour du 26 juin, l’ACAT, en partenariat avec les journaux La Croix et Réforme, appelle les chrétiens à veiller lors d’événements organisés près de chez eux : nuits de prière, veillées de feu, célébrations œcuméniques, concerts, processions et marches aux lanternes. Où que vous soyez, vous pouvez vous aussi créer une veillée!

Quelques-unes des victimes soutenues par l’ACAT

Huang Qi, María Márquez de Favela, Déogratias Mushayidi, Amal Fathy

Depuis 2005, les participants de la Nuit des Veilleurs ont soutenu plus de 150 victimes, par la prière, mais également en envoyant des messages de soutien personnalisés à dix victimes de la torture. Parmi eux cette année,

  • Huang Qi : journaliste et défenseur des droits humains chinois, il est détenu depuis plus de deux ans dans le Sud de la Chine. Son procès s’est tenu en secret le 14 janvier 2019, sans verdict annoncé pour le moment.
  • María Márquez de Favela : est la mère d’Adrián Favela Márquez, victime de disparition forcée depuis le 2 octobre 2012 à Ciudad Juárez. En l’absence d’aide de la part des autorités, María et sa famille ont tenté de faire avancer l’enquête et de retrouver les disparus par eux-mêmes. Elle a reçu le prix Engel-du Tertre 2018 de la Fondation ACAT pour la dignité humaine.
  • Déogratias Mushayidi : emprisonné depuis 9 ans, il est victime de l’oubli. Cet opposant politique a toujours milité de manière non-violente pour la paix et la démocratie au Rwanda.
  • Amal Fathy : défenseure égyptienne des droits humains, elle subit un harcèlement judiciaire de la part des autorités égyptiennes. Elle a été arrêtée en 2018 pour avoir publié sur Internet une vidéo dans laquelle elle reprochait aux autorités de ne pas lutter contre le harcèlement sexuel.

Les chrétiens rassemblés cette nuit apportent l’espérance dans la foi et réaffirment ainsi la nécessité de s’opposer sans condition à la torture : «La foi chrétienne ne peut en aucun cas composer avec la torture. En cette Nuit des Veilleurs, nous proposons de substituer la prière, la méditation et la communion avec les victimes de la torture à l’instrumentalisation de l’autre, qu’est la torture» explique Bernadette Forhan, présidente de l’ACAT.

Pour accompagner les prières, la Nuit des veilleurs porte chaque année un thème. Celui de cette année est : «Mais délivre-nous du mal». Vous trouverez sur le site le texte d’une méditation sur ce thème. Un espace conçu pour permettre à tous ceux qui le veulent, en un clic, de repérer, rejoindre ou créer une veillée de prière. Vous y trouverez aussi des prières, des textes de réflexion, des actualités…

La nuit des veilleurs : présentation en vidéo :




Centrafrique : lutter contre l’exclusion des Pygmées

Premiers habitants de la Centrafrique, et bénéficiant de la protection officielle de la Constitution de 2016 au titre de «peuple autochtone», les Pygmées qui se risquent hors de la forêt sont en butte aux discriminations, à l’exploitation et à la violence. Or la déforestation réduit leur habitat, poussant certains à se sédentariser malgré les vexations dont ils sont victimes. Des Églises ont lancé des programmes à destination des Pygmées : c’est le cas de l’Église Évangélique Luthérienne de République Centrafricaine.

Une femme pygmée à Mbanza, près d’une case traditionnelle © Valérie Thorin pour Défap

 

On connaît d’eux leurs chants polyphoniques, étudiés par des musicologues comme Simha Arom. Ils ont fasciné des spécialistes, comme ceux du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, et des passionnés de jazz : n’ont-ils pas inspiré la si caractéristique ouverture de Watermelon Man, sifflée sur des bouteilles de bière, dans l’album Head Hunters d’Herbie Hancock ? Leurs traditions orales ont été intégrées au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Ils ont été désignés «meilleurs pères du monde» par un article du Guardian. Les Pygmées sont une légende : le peuple premier par excellence, vivant au cœur de la forêt d’Afrique centrale, sans contact avec le monde.

Mais que reste-t-il en réalité de cette image pétrie d’une implicite mythologie rousseauiste ? Si l’on connaît l’existence des Pygmées Aka, on ignore en général l’évolution que subit insensiblement leur mode de vie. Car l’équilibre a depuis longtemps été rompu. Les Pygmées ne sont pas sans contacts avec les autres ethnies, loin de là. Que ce soit en République Démocratique du Congo ou en République Centrafricaine, où l’on trouve l’essentiel du peuple Aka, l’exploitation à outrance des bois exotiques fait reculer la forêt. Dans les zones non déboisées, des pistes viennent trouer la jungle. Ce qui restreint l’habitat des animaux, dont les populations se réduisent, et limite de plus en plus l’espace où se font les déplacements saisonniers des Pygmées : de chasseurs-cueilleurs et nomades, ils sont de plus en plus souvent contraints à passer à un mode de vie sédentarisé. Ils sortent de la forêt. Ils installent leurs cases de feuillages en forme de dômes, adaptées à la vie sous la canopée, aux alentours des villages des «hommes grands».

Une protection légale qui reste lettre morte

Pour aller plus loin :

Là, ils découvrent l’exclusion, les moqueries, se font exploiter par les ethnies voisines qui les considèrent comme des sous-hommes. Les vols, les meurtres, les viols sont monnaie courante, dans la plus totale impunité, parfois encouragés par des rumeurs : avoir des relations sexuelles avec une jeune fille pygmée guérirait du sida, dit-on… Lorsqu’ils vont à l’école, les enfants sont battus et mis à l’écart. «Quand ils sortent de la forêt, raconte Valérie Thorin, responsable du suivi de la République Centrafricaine au Défap, les Pygmées ont déjà entendu parler des avantages de la modernité : faire partie d’une communauté plus importante, avoir accès à l’éducation, aux soins de santé…» Mais les vexations et la violence qui les accueillent en poussent beaucoup à se réfugier dans l’alcool ; et d’autres à retourner dans la forêt, comme en témoigne Bijoux Makuta, boursière du Défap, dans sa thèse consacrée aux Pygmées de RDC, dont l’un racontait : «Nous ne pouvons pas vivre avec des gens qui ne nous aiment pas et qui se moquent de nous». Et l’instabilité récurrente de la République Centrafricaine depuis la guerre civile de 2013 a fragilisé encore plus la situation du peuple Aka. Dans un pays où l’autorité de l’État s’étend à peine au-delà de la grande banlieue de Bangui, où plus de 80% du territoire est contrôlé par des bandes armées qui rançonnent ou monnayent leur «protection», le sort des Pygmées n’émeut guère. La RCA a pris des engagements internationaux ; officiellement, la Constitution de 2016 garantit la protection des «peuples autochtones»… En réalité, ils ne bénéficient d’aucune représentation dans les instances officielles, d’aucune protection juridique, et ces textes restent sans effet.

Si les Pygmées Aka vivent encore en grande majorité dans cette forêt qui recule, que faire pour ceux qui se sédentarisent ? En premier lieu, lutter contre l’exclusion dont ils sont victimes. C’est l’un des projets de l’EELRCA (l’Église Évangélique Luthérienne de République Centrafricaine) et notamment de son président, Samuel Ndanga Toue, qui se préoccupe depuis longtemps du sort des Pygmées. Ou plutôt des «citoyens», comme on les désigne en langage administratif, plus par souci d’affirmer symboliquement leur égalité avec les autres habitants du pays que par réelle volonté de mettre fin aux discriminations.

«Il n’y a plus assez de nourriture en forêt»

«J’ai rencontré récemment les Pygmées de Mbanza : un village qui se trouve au sud de Berbérati, dans la zone diamantifère, au Sud-Ouest de la RCA», témoigne Valérie Thorin. «J’ai vu là une communauté de quelques centaines d’individus. Ils ont commencé à construire des cabanes en bois aux toits à deux pans, plus solides, plus adaptées à la vie hors de la forêt.» Installés là depuis des années, ils ont adapté peu à peu leur mode de vie à ce nouvel environnement : vêtements «à l’occidentale», apprentissage de la langue des G’Baya, l’ethnie principale de cette région. «Nous voulons rester, témoigne le chef du village. Il n’y a plus assez de nourriture en forêt.»

L’Église Évangélique Luthérienne, qui a édifié là un temple, envisage à terme de construire aussi une école, pour que les enfants puissent être scolarisés sans être en butte au rejet et à la violence. L’EELRCA regroupe 120.000 membres à travers 544 «congrégations» (paroisses) ; elle compte 74 pasteurs et 540 «catéchistes diplômés» ; elle est présente surtout dans la partie Ouest du pays. Elle est en lien plutôt avec des partenaires américains (ELCA) mais a entretenu aussi pendant de longues années des relations avec les protestants de France via la Colureum (Commission luthérienne des relations avec les Églises d’outre-mer), aujourd’hui intégrée au Défap. Avec l’Église Évangélique du Congo et l’Église Protestante Africaine, elle fait partie des trois Églises de cette région ayant des liens avec le Défap à avoir lancé un programme spécifique à destination des Pygmées.

Franck Lefebvre-Billiez

Pygmées devant le temple de l’EELRCA à Mbanza © Valérie Thorin pour Défap



Les deux Centrafrique

Dans ce pays, le Défap est en lien avec deux Églises : l’EPCR (Église Protestante Christ-Roi), membre de la Cevaa, à Bangui, et l’EELRCA (Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine), qui compte près de 120.000 membres dont 84 pasteurs, et œuvre principalement dans l’ouest du pays, région déshéritée et instable. Entre ces deux lieux, la capitale et la province, d’énormes disparités, à commencer par les conditions de circulation et la sécurité. Le point avec cet article de Valérie Thorin (responsable du suivi de la Centrafrique au Défap) publié dans la Lettre du Défap de février 2019.

Rencontre des partenaires internationaux de l’EELRCA – 29-30 octobre 2018 © Valérie Thorin pour Défap

 

Il y a deux Centrafrique. Celle de la capitale, Bangui, donne l’impression que les institutions fonctionnent, que la sécurité est assurée et que la paix est revenue.

L’activité urbaine témoigne d’une certaine reprise économique, perçue par le biais des services (banques, commerces, hôtellerie, restauration) et des télécommunications (le sacro-saint portable…). Les usines de transformation tournent à plein régime : boissons, sucre, cigarettes même si l’agriculture reste malgré tout le principal contributeur au PIB (pour 43% en 2017) avec le café, le coton, le palmier à huile et le bois.

La RCA engrange donc des recettes fiscales liées à toutes ces activités économiques (9,1% du PIB en 2017) mais elles restent en deçà des dépenses (14,9% du PIB), ce qui signifie une forte dépendance visà-vis de l’aide extérieure (FMI, Banque mondiale, Banque africaine de développement, Union européenne et France).

La seconde…

Pour aller plus loin :

La «seconde Centrafrique» est celle de la province. Près de 80% du pays – du centre à l’est – est aux mains des bandes armées, dirigées par des chefs de guerre se comportant comme de petits proconsuls, tout-puissants et violents. L’ouest est plus tranquille. Certes, il y a toujours des voyous qui jouent les coupeurs de routes, mais ils se satisfont en général de quelques francs CFA. À Bouar, ville où est installée l’administration de l’Église évangélique luthérienne de Centrafrique (EELRCA), les Casques bleus des Nations unies font office de gendarmerie, un blindé posté au carrefour principal en guise de dissuasion.

Et presque rien ne fonctionne : quasi-absence de réseau téléphonique, pas ou très peu d’eau courante, pas d’électricité hormis lorsque les groupes électrogènes sont en marche, quelques heures à la nuit tombée parce que le carburant doit être utilisé avec parcimonie. Les pistes sont dans un état lamentable, défoncées, inondées et les routes dites goudronnées sont souvent effondrées ; il n’y a pas d’écoles publiques sauf dans les villes et très peu d’hôpitaux. D’où l’importance du réseau que l’EELRCA a réussi à mettre en place en ce qui concerne l’éducation et la santé.

La région est grosse productrice d’or et de diamants alluvionnaires (les fameux diamants de Centrafrique…) et la forêt pluviale permet l’exploitation des bois précieux. Les trafics sont intenses. Il est fréquent de croiser des camions grumiers le soir et la nuit, alors qu’ils devraient avoir quitté les pistes à 16h30 (la nuit tombe vers 17h). Les diamants peuvent être « pêchés » par tout un chacun et les collecteurs, qui ont pignon sur rue dans la moindre bourgade, font des bénéfices de l’ordre de 1 pour 10 000…

À Carnot, préfecture et plaque tournante du commerce des pierres, certaines maisons ressemblent à des palais des mille-et-une nuits. Mais pour un sultan, 10 000 pauvres bougres se tuent au travail.

Valérie Thorin, envoyée spéciale

L’école de théologie de l’EELRCA à Baboua, l’un des projets soutenus par le Défap – 29-30 octobre 2018 © Valérie Thorin pour Défap



Former à la rencontre

S’investir dans des actions à l’étranger, pour une année ou pour un mois, ne s’improvise pas. Jérémie Vercier, ancien envoyé du Défap à Madagascar, et chargé d’encadrer un groupe de jeunes qui doit partir trois semaines à l’été 2019 pour travailler au sein d’un orphelinat en Thaïlande, s’est ainsi souvenu de l’utilité de la formation reçue avant son départ. Il a de nouveau fait appel au Défap pour organiser une formation sur mesure. Au menu du week-end qui a eu lieu en novembre 2018 : pourquoi partir et comment, problématiques interculturelles, questions administratives et de sécurité…

Quelques-uns des pensionnaires de l’orphelinat © CCD Thaïland

 

Lorsqu’il était parti à Madagascar en 2014, Jérémie Vercier l’avait fait via le Défap. Il avait pu alors apprécier l’importance d’une formation préalable pour mieux s’adapter, une fois sur place, à un autre pays, une autre culture, d’autres modes de vie, et pour mieux comprendre le contexte de sa mission. Il avait 21 ans, un statut de service civique et une dizaine de mois pour se lancer dans l’aventure, avec dans ses bagages une formation d’électricien et diverses expériences dans l’animation de groupes d’enfants. Sur place, au Centre d’accueil des enfants orphelins et démunis Akanisoa, à Antsirabe, il était entré de plain-pied dans la vie d’une petite communauté comptant une vingtaine d’enfants et d’adolescents, et le personnel s’occupant de la structure. Une expérience forte. Et lorsque, de retour en France et investi dans l’encadrement de groupes de jeunes, il a été impliqué dans un projet d’échange avec un orphelinat de Thaïlande, il a pensé de nouveau à la formation qu’il avait reçue avant son départ pour Madagascar, et fait appel au Défap.

Période prévue pour le voyage : l’été 2019. Les participants sont un groupe d’une quinzaine de jeunes de l’Unepref, âgés de 18 à 29 ans ; ils seront accompagnés de six encadrants, dont Jérémie Vercier, aujourd’hui âgé de 25 ans. Le projet prévoit trois semaines de travail au sein d’un orphelinat (dont certains des enfants présentent divers handicaps) avec lequel deux des encadrants sont en lien depuis longtemps. Le voyage est ainsi organisé en partenariat avec CCD Thaïland (Christian Care Foundation for Children with Disabilities). Si Jérémie n’a aucun mal à convaincre le groupe de l’utilité d’une formation, à la fois sur les aspects pratiques et sur les questions interculturelles, la question qui se pose est la suivante : comment adapter, pour les besoins de ce voyage de trois semaines en Thaïlande, le contenu de la session de deux semaines que reçoivent avant leur départ tous les envoyés du Défap ? Et, question complémentaire : le groupe peut-il bénéficier d’un «parrainage» du Défap pour chercher des financements ?

Quelles postures, quels comportements privilégier ou éviter ?

Pour aller plus loin :

Contact est pris avec Tünde Lamboley, responsable Jeunesse, et avec Laura Casorio, responsable du service Envoyés du Défap. «Au fil des échanges, raconte cette dernière, nous avons essayé d’identifier, à partir des divers modules que comporte la formation des envoyés à laquelle Jérémie avait participé, ce qui serait le plus important pour ces jeunes. Sur cette base, nous avons construit une formation ad hoc pour le groupe.» La formation se met en place sur un week-end en novembre 2018. Elle sera assurée par Laura Casorio. Au menu de cette session : présentation du Défap ; pourquoi partir et comment ; construire son projet (objectif, obstacle, forces, faiblesses) ; problématiques interculturelles ; questions administratives et de sécurité…

Sur place, la secrétaire exécutive du Défap trouve des jeunes qui ne se connaissent pas encore (les accompagnateurs ne les avaient vus jusqu’alors que par groupes de deux-trois au maximum), mais motivés et qui participent activement aux divers modules de la formation. «Cette session d’un week-end a d’abord été utile pour permettre de constituer le groupe», souligne-t-elle. «L’équipe des encadrants a géré les aspects techniques de la mission, le programme, la présentation de l’orphelinat… Le Défap, pour sa part, a apporté son savoir-faire en termes de formation à l’expatriation. Ce groupe sera le premier venu de France à travailler dans cet orphelinat, qui a plutôt, pour l’instant, des partenaires dans le monde anglophone (États-Unis, Angleterre). Les questions des participants tournaient donc beaucoup autour de la manière de prendre contact, de nouer des liens, dans un contexte interculturel, et avec comme difficulté supplémentaire la barrière de la langue : la communication ne pourra se faire que via un interprète. Dès lors, comment apprendre les codes nécessaires pour bien communiquer ? Quelles postures, quels comportements privilégier ou éviter ? Qu’est-ce qui pourrait être mal vu ou blessant ? Comment construire une communication fluide, dans un laps de temps réduit ?»

Au-delà du séjour proprement dit, les enjeux sont multiples. Il s’agit tout d’abord d’essayer d’initier des échanges plus pérennes avec cet orphelinat. C’est en tout cas l’idée de l’initiatrice du projet, qui est elle-même une ancienne pensionnaire de ce centre et vit aujourd’hui en France. En ce qui concerne les participants eux-mêmes, beaucoup seraient prêts, à l’issue de cette expérience, pour d’autres formes d’engagements. Et pour Laura Casorio, «accompagner ce genre de projets par une formation rentre tout à fait dans la dynamique actuelle du Défap. Nous sommes d’ailleurs en train de construire des sessions similaires avec d’autres groupes.»




La mission en livres et en questions

La mission, ce sont aussi les hommes et les femmes qui l’incarnent. Avec des relations, des conceptions et des questionnements qui ont pu énormément évoluer entre le XIXème siècle, le grand siècle des missions protestantes, et l’époque actuelle. Des évolutions que viennent éclairer deux ouvrages publiés aux éditions Khartala, «Hommes et femmes en mission» et «Quel Dieu ? Quel homme ?». Ces deux livres, disponibles au Défap, reprennent les actes des colloques de 2016 et 2017 du CRÉDIC, le Centre de recherches et d’échanges sur la diffusion et l’inculturation du christianisme‎.

Jubilé de la Mission du Lesotho (1895/1908) : Missionnaires devant une maison © Bibliothèque du Défap

 

Créé en 1979 à Lyon, le CRÉDIC (Centre de recherches et d’échanges sur la diffusion et l’inculturation du christianisme‎) est un réseau universitaire international dont le but est de mener une réflexion historique sur les processus d’évangélisation Outre-mer et leurs résultats. Son travail s’inscrit dans une perspective de «laïcité ouverte», visant à respecter les impératifs de la recherche scientifique, tout en établissant un dialogue avec les diverses communautés chrétiennes. Ses membres sont des universitaires de différents pays (historiens, théologiens, anthropologues, etc.) engagés dans la recherche sur les champs de la mission, et qui trouvent à travers le CREDIC le moyen d’échanger sur leurs recherches ; mais aussi des hommes et femmes (laïcs, religieux, missionnaires, pasteurs, prêtres…) engagés sur les terrains de la mission.

Depuis l’an 2000, les éditions Karthala publient les actes des colloques annuels du CREDIC dans la collection «Histoire des mondes chrétiens» (ex «Mémoire d’Églises») dirigée par Paul Coulon. Dix-huit volumes d’actes ont ainsi déjà été publiés et un volume d’une anthologie de textes à l’occasion des 25 ans du CREDIC.

Les deux derniers livres en date,  Hommes et femmes en mission et Quel Dieu ? Quel homme ?, que l’on peut acquérir au Défap, sont sortis récemment dans la même collection.

 

Hommes et femmes en mission (XIXe-XXe siècles). Entre partage et confrontation

© Éditions Khartala

Sous la direction de
Bernadette Truchet
et Jean-François Zorn

Si le couple en mission, avec ou sans enfants, – pasteur/femme de pasteur, religieux/religieuse – est bien connu pour son travail de concert avec les autochtones, la réalité des rapports, tant individuels que collectifs, entre ces hommes et ces femmes est bien plus complexe qu’il n’y paraît. L’épreuve du temps et l’évolution des mœurs font aussi leur oeuvre.

Du côté des missionnaires, la subordination des unes aux autres se heurte à la conquête progressive d’une liberté traduite, tantôt dans les faits, quelquefois dans les institutions. Mais les relations hommes-femmes du côté missionnaire ne sont pas sans interroger les milieux autochtones. Elles bouleversent non seulement leur culture mais les missionnaires eux-mêmes, confrontés à des représentations et à des pratiques inédites telles que l’impossible célibat ou la polygamie, eux qui se pensaient porteurs d’une civilisation universelle.

Ainsi, au-delà des valeurs du christianisme que veulent apporter les missionnaires c’est tout un système de relations interculturelles qui est en jeu avec de multiples acculturations.

Grâce à l’étude de cas précis, voire de micro-histoires, tout un pan de l’histoire globale se déroule au cours des deux derniers siècles. C’est donc le but des actes du colloque organisé par le CRÉDIC à Paris en 2016 et rassemblés dans cet ouvrage, appelant à des études ultérieures.

Quel Dieu ? Quel homme ?

© Éditions Khartala

Sous la direction de
Jean Pirotte
Jean-François Zorn
et Luc Courtois

 

Si elle repose essentiellement sur une foi en un Dieu s’intéressant aux hommes, la mission est aussi une parole qui est adressée aux humains. Au coeur des théologies chrétiennes, la notion biblique d’alliance ne désigne-t-elle cette relation forte entre un Dieu et un peuple, un Dieu et l’humanité?

Dans le discours et la pratique missionnaires au cours des derniers siècles, les variations dans la présentation de Dieu aux peuples lointains occupent une place centrale. À ces variations, correspondent, d’une part, des mutations de la conception même du coeur religieux du message et, d’autre part, des changements importants dans la façon d’organiser les sociétés humaines. L’histoire de la dynamique missionnaire a souvent conjugué annonce évangélique et objectifs humanitaires, mais aussi établissement de la cité de Dieu et organisation de la cité terrestre.

C’est dans cette perspective que s’est inscrit le 38e colloque du CRÉDIC qui s’est tenu chez les bénédictines de Maredret en août 2017.




«Ça m’a fait grandir d’un coup»

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Illustration avec Sarah Zelmati, partie en service civique au Sénégal. Passionnée de chant et de musique, cherchant à suivre une formation musicale avant de s’y engager professionnellement, elle a été, au cours de l’année 2017-2018, animatrice d’un atelier musical et artistique au sein du projet Beer Shéba à Fatick.

Sarah Zelmati, dans le jardin du Défap après son retour de mission © Défap

 

Comment avez-vous décidé de partir en service civique avec le Défap au Sénégal ?

Sarah Zelmati : J’envisageais depuis longtemps d’aller à l’étranger. J’avais déjà vécu au Sénégal avec ma famille, pendant trois ans, à partir de l’âge de un an et demi. Mais je ne savais pas dans quel cadre repartir.

Je voulais poursuivre des études dans la musique : je visais d’abord un CAP-BEP lutherie, spécialité guitare. Un cursus de deux ans, au bout duquel j’envisageais de partir à Londres, pour rejoindre une école spécialisée renommée : l’institut de musique contemporaine Performance (ICMP). Mais les inscriptions pour le CAP-BEP ne se font que tous les deux ans, et j’avais toute une année à attendre. C’est alors qu’est revenue cette idée de voyager, faire des rencontres, m’enrichir sur le plan culturel, et je me suis dit que c’était une bonne opportunité. J’ai découvert la possibilité de partir via un service civique. J’ai eu la chance de tomber sur un poste d’animation musicale au Sénégal, proposé par le Défap. Combiner la musique, et le Sénégal qui représentait pour moi une sorte de retour aux sources, ça me paraissait idéal.

Et qu’avez-vous découvert une fois sur place ?

Pour aller plus loin :

Sarah Zelmati : Je ne savais pas vraiment dans quoi je m’embarquais. Quand on part comme ça, on ne se figure pas à quoi on s’engage, on s’attend à tellement de choses ; mais ce qu’on s’imagine, ce n’est pas ce qu’on vivra vraiment une fois sur place. Il n’y a rien de préparé, on découvre jour après jour ; on se découvre. Je suis partie enthousiaste ; j’ai découvert au Sénégal la différence entre ce pays que j’avais idéalisé, et le pays réel. Ce genre d’expérience, ça change notre perception du monde, de nous-mêmes. Il y a des choses qu’il est difficile de vivre à l’étranger ; j’étais toujours très entourée, et pourtant je me suis souvent sentie seule. À 19 ans, je n’étais pas vraiment une adulte… Ça m’a fait franchir un cap, de me sentir ainsi toute seule, comme si je m’étais retrouvée sur une île déserte. Ça m’a fait grandir d’un coup.

Que vous a apporté cette mission de service civique ?

Sarah Zelmati : Quand je suis arrivée au Sénégal et que la réalité m’a frappée, j’ai commencé par me renfermer. L’image de carte postale que j’avais de ce pays est soudain devenue très négative. Puis, au fil du temps, elle a de nouveau évolué vers le positif. C’est comme si j’avais débarqué sous un orage de grêle, et que j’avais fini ma mission sous un bel arc-en-ciel. J’ai quand même réussi à me battre contre pas mal de choses qui auraient pu m’abattre, et j’en suis ressortie avec un sentiment de victoire sur la vie. On doit se confronter à d’autres manières de penser, de vivre ; se redécouvrir soi-même à travers une autre culture… et avec les autres. On se découvre plus, humainement, avec les autres. Rétrospectivement, je me dis que j’ai vécu une très belle mission. Du coup, maintenant, j’ai envie d’y retourner. J’ai appris à ne pas rester sur un idéal ; à prendre l’expérience telle qu’elle vient, pour me rendre compte finalement que c’était fou de vivre ça, de partir à 19 ans aussi loin, aussi longtemps, toute seule, et en tenant jusqu’au bout.

Et pour la suite ?

Sarah Zelmati : Ça a renforcé mes choix pour la suite de mes études. J’ai aussi beaucoup mûri musicalement. J’ai maintenant le sentiment que je dois prendre ma vie en main, que je dois arrêter de me mettre des barrières. Être jeune, aujourd’hui, dans la société française, c’est être exposé à tout un tas de barrières, à des discours du genre : «la fac, c’est une usine à chômeurs ; vous n’y arriverez pas…» Face à ça, je suis vraiment contente d’avoir vécu cette expérience, d’avoir osé. C’était une période vraiment riche, et j’en sors en étant d’autant plus sûre de ce que je veux faire.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens : «Justice et Paix s’embrassent»

Comme chaque année, du 18 au 25 janvier, les chrétiens célèbrent ensemble la Semaine universelle de prière pour l’unité des chrétiens. L’événement, en cette année 2019, a été préparé par les chrétiens d’Indonésie, plus grand pays d’Asie du Sud-Est avec plus de 17.000 îles, 1340 groupes ethniques différents et plus de 740 langues. Voici quelques outils pour vivre pleinement la semaine de prière pour l’Unité chrétienne.

Détail de l’affiche de la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens 2019 © DR

 

Traditionnellement, cette semaine internationale de prière est célébrée du 18 au 25 janvier, entre la commémoration de la confession de foi de saint Pierre et celle de la conversion de saint Paul. Dans l’hémisphère Sud, où janvier est une période de congés, les Églises trouvent souvent un autre moment, par exemple aux alentours de la Pentecôte, qui est aussi une date symbolique pour l’unité. Ce grand rendez-vous est préparé conjointement par la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises et par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (pour l’Église catholique). D’une année sur l’autre, il prend pour thème un verset différent de la Bible. Et traditionnellement, il est demandé à un groupe œcuménique local ou national à travers le monde de proposer un thème et de préparer des textes bibliques, des méditations pour chaque jour et une première ébauche de célébration œcuménique. Le thème de l’année 2018 était ainsi : «Le Seigneur est ma force et ma louange, il est mon libérateur» (Ex 15-6). Et les Églises des Caraïbes avaient été désignées pour faire la première rédaction des textes.

Pour cette année 2019, la Semaine de prière a été préparée par les chrétiens d’Indonésie. L’Indonésie est le plus grand pays d’Asie du Sud-Est avec plus de 17.000 îles, 1340 groupes ethniques différents et plus de 740 langues. Elle est pourtant unie dans sa diversité. Ce fragile équilibre est aujourd’hui menacé par de graves problèmes. La corruption est présente sous plusieurs formes, elle pervertit les relations sociales et accroît les situations d’injustice. Animés par ces inquiétudes, les chrétiens d’Indonésie ont trouvé que le verset du Deutéronome «Tu rechercheras la justice, rien que la justice…» (Dt 16,20) était un appel particulièrement pertinent pour eux et pour tous les chrétiens.

Questions pratiques et «boîte à outils» de base

Pour aller plus loin :

En lien avec la Conférence des évêques de France, la Fédération protestante de France et l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, l’association Unité Chrétienne a  élaboré, comme chaque année,  le matériel nécessaire à la préparation et la célébration de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne en France et Suisse romande. La diffusion en Suisse Romande est réalisée grâce à la collaboration de la Communauté des Eglises chrétiennes dans le Canton de Vaud.

Unité Chrétienne travaille à partir des documents internationaux produits par la commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises et le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens réunis chaque année dans une commission mixte internationale de préparation de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne.

Unité Chrétienne imagine régulièrement de nouveaux outils pour promouvoir davantage la Semaine de prière dans le monde chrétien francophone :

  • Pour communiquer sur la Semaine de prière : le visuel décliné en plusieurs versions et formats, en particulier une affiche.
  • Pour diffuser largement la Semaine de prière : le dépliant  à mettre à la disposition du plus grand nombre de fidèles des différentes Eglises,
  • Pour préparer et célébrer la Semaine de prière : la brochure ou numéro de la Revue de l’année qui contient l’adaptation française de la célébration oecuménique (téléchargeable), des textes et prières pour chaque jour de la Semaine et des articles développant le thème de l’année.- Chaque année le Conseil des Eglises Chrétiennes en France (CECEF) propose un destinataire pour les offrandes collectées pendant les célébrations de la Semaine de prière, lire le communiqué du CECEF.



«Les envoyé-e-s sont une banque de données de l’interculturalité»

Partir comme envoyé-e, laisser sa vie et ses habitudes derrière soi pour aller à la découverte de l’autre, d’un autre pays, d’une autre histoire, d’une autre culture, c’est une aventure qui change une vie. La «session retour» commune organisée par DM-échange et mission, la Cevaa et le Défap a permis de voir les traits communs dans les parcours de celles et ceux qui sont parti-e-s grâce à ces trois organismes. Rencontres avec trois de ces envoyé-e-s : Jérémie Vercier, parti avec le Défap ; Rija Rabemananjara, envoyé Cevaa ; et Agnès Thuégaz, envoyée de DM-échange et mission.

Photo de groupe de la session retour commune © DM-échange et mission

«J’avais envie de me mettre au service de l’autre»

Jérémie Vercier © DM-échange et mission

Défap
Jérémie Vercier

C’est à 21 ans que Jérémie Vercier a posé les pieds à Madagascar dans le cadre d’un service civique de dix mois. «J’avais envie de me mettre au service de l’autre. J’avais fini ma formation, le Défap proposait un an de travail à Madagascar et c’était dans mes compétences.» Au Centre accueil des enfants orphelins et démunis Akanisoa, à Antsirabe, qui compte une vingtaine d’enfants âgés de 7 à 17 ans, Jérémie s’attendait à faire de l’animation. «Je suis électricien et j’ai pas mal animé de camps et groupes d’enfants.» Mais comme Akanisoa a besoin d’un instituteur pour ses petites classes, CP et CE1, le jeune homme se met à la tâche. Avec plaisir. «J’ai reçu une famille là-bas. Pour les plus âgés, j’étais le grand frère et pour les petits, j’étais le papa», raconte-t-il avec émotion. «Le jour de la Fête des pères, tous les enfants m’ont apporté un cadeau.  J’ai craqué, c’était fort !» Installé dans cet orphelinat luthérien, Jérémie a rejoint une communauté francophone pour vivre sa foi. «D’abord, il y avait la barrière de la langue. Ensuite, le culte me semblait trop différent de ce à quoi j’étais habitué. Ça n’allait pas le faire.»

Durant cette expérience positive et enrichissante, Jérémie est heureux. «J’étais convaincu d’être à ma place. Je n’allais pas tout révolutionner, non. Mais j’ai fait ce que je pouvais faire.» Après dix mois, Jérémie remet le cap sur le sud de la France où vit sa famille. «Le retour a été compliqué. La France ne s’était pas arrêtée de tourner pendant un an. Je me suis confronté au fait que je n’avais plus ma place.» Au sein même de l’Église où il s’attendait à pouvoir raconter son vécu, Jérémie ne reçoit pas l’accueil escompté. «J’ai donné mon témoignage une seule fois ! J’étais parti, tout le monde était au courant, mais j’ai fini par me demander ce que les gens en avaient à faire…» Sa place retrouvée, Jérémie, 25 ans, qui vit aujourd’hui à Pontarlier, s’implique dans un groupe de jeunes. En été 2019, ce dernier devrait prendre le chemin de la Thaïlande pour travailler au sein d’un orphelinat. «Le Défap nous soutient grâce à un séminaire d’aide à la préparation au départ», précise le jeune homme.

«Contribuer au changement»

Rija Rabemananjara © DM-échange et mission

Cevaa
Rija Rabemananjara

 

 

C’est suite à la venue d’un groupe italien à Madagascar, en 1992, que Rija a eu la première opportunité de partir en Europe. Avec la Cevaa, l’envoi s’est déroulé en Sicile de 1996 à 1999. Le 2e envoi, de 2010 à 2016, s’est mis en place via la Cevaa au Bénin où Rija, agronome, a travaillé en qualité de conseiller formateur en gestion de projets au sein de l’EPMB (Église protestante Méthodiste du Bénin). «Le processus de préparation a été extrêmement important, se souvient-il. Les relations avec la Cevaa et l’EPMB par mail et téléphone m’ont mis progressivement dans le bain. Pour savoir avec qui j’allais travailler et ce qui se passait sur le terrain.» A leur arrivée au Bénin, Rija et son épouse se sentent rapidement à leur place. «On a été bien reçus et encadrés pour s’insérer dans le tissu social.» C’est nettement moins évident pour leur fils alors âgé de 9 ans qui a de la peine à trouver ses marques. «A l’école, il était traité de «petit blanc». Il a été malmené quand le sujet de l’esclavage a été abordé et a eu de vrais moments de déprime.» Avec le soutien de l’EPMB, Rija et sa famille déménagent à Cotonou où se trouve une communauté malgache. «C’était ce qu’il fallait faire : à partir de là, ça c’est bien passé.»

En plus d’un enrichissement en termes de compétences et d’expériences professionnelles, Rija et sa famille ont vécu une expérience humaine personnelle qu’ils considèrent tous trois comme «un trésor». Vivre six ans dans un pays d’Afrique de l’Ouest leur a permis de dépasser les clichés. «Cerains Malgaches cultivent un sentiment de supériorité par rapport aux Africains et aiment affirmer qu’ils sont, eux, Asiatiques.» Au Bénin, Rija a constaté que pas mal de choses fonctionnent mieux au Bénin qu’à Madagascar. «Chez nous, on ne se presse pas trop, c’est le moramora. Au Bénin, tout le monde court partout !»

Au final, le Malgache a aimé ce temps d’envoi où il s’est senti là pour «apporter ce que je pouvais apporter et contribuer au changement.» Mais pour lui aussi, le retour a été ardu. «Lors du retour de nos deux envois, en Italie et au Bénin, j’ai été déçu. J’avais l’impression que mon Église FJKM avait oublié que j’ai été envoyé dans le cadre d’un partage de ressources entres églises membres de la Cevaa. Personne ne m’a demandé comment c’était…» Désormais installé dans la Grande Île, Rija garde des liens forts avec la Sicile, l’EPMB et la communauté malgache de Cotonou. Et il travaille pour la FJKM où il coordonne les interventions de DM-échange et mission à Madagascar.

«Une aventure de six ans»

Agnès Thuégaz © DM-échange et mission

DM-échange et mission
Agnès Thuégaz

 

«Dix-huit mois pour se préparer, trois ans sur place et dix-huit mois pour se sentir de retour : c’est une aventure de six ans !» Voici comment Agnès Thuégaz, une Valaisanne envoyée avec son mari Patrick et leurs trois enfants au Cameroun, résume son envoi. Avant d’entrer dans les détails. «Avant notre départ ma vision de la mission était forcément située, conditionnée par mon point de vue d’occidentale. Pendant les trois ans à Bafoussam, je me suis souvent questionnée sur mon rôle d’envoyée de DM-échange et mission. De quoi étais-je porteuse ? Ou complice ? J’ai réalisé qu’une relecture des relations liées à la colonisation était nécessaire, autant au Nord qu’au Sud.» De retour en Suisse, Agnès achève sa formation de pasteure et réalise aujourd’hui que son envoi est «métabolisé», comme elle dit. «Il fait partie de moi, de ma vie. La mission, je n’ai pas envie de la dire, mais de la vivre. Etre prête à la vivre avec quiconque au Sud comme au Nord à la lumière de l’Évangile dans une relation basée sur le respect et la confiance.»

A son retour et à de multiples reprises, la famille au complet a raconté, expliqué et témoigné de son vécu camerounais. «Les enfants ont mis et remis leurs pagnes, mais là ça fait partie de nous. Quand l’un de nous en a envie, on se fait une soirée camerounaise et on parle !» Consciente que chacune et chacun a vécu les choses différemment, elle apprécie de s’être laissée travailler par l’équilibre du donner et du recevoir. «Par moments, on a presque trop donné. Et à d’autres moments, on a tellement reçu.» Des dons et des échanges que la famille Thuégaz vit encore grâce aux forts liens d’amitié tissés sur place.

Sylviane Pittet
DM-échange et mission




Partir, revenir… et après ?

Durant le premier week-end de décembre, neuf envoyé-e-s de retour évoquaient leurs attentes avant, pendant et après leur travail auprès d’un partenaire de la Cevaa, du Défap et de DM-échange et mission. Compte-rendu d’une session retour avec des participant-e-s français et suisses mais également togolais, malgache et rwandais. Une première.

Photo de groupe de la session retour commune © DM-échange et mission

Comment valoriser l’envoi de personnes ? Dans quelles conditions vivent-elles leur mission ? Quelles sont les difficultés du retour ? Ces questions, et bien d’autres, la dizaine d’envoyé-e-s de retour réunie à Longirod le temps d’un week-end, les a évoquées. En mettant l’accent sur trois domaines précis – professionnel, personnel et spirituel. Pour quelques participant-e-s, plusieurs années s’étaient écoulées depuis leur envoi. Plusieurs pensaient à repartir et certaine-e-s, comme Marie-Bénédicte Loze, envoyée Défap en Haïti de 2014 à 2016, ne se sentaient pas forcément «en mission». «J’étais envoyée par l’Église mais pour moi, c’était clairement professionnel. Mon poste dans la gestion de projet au sein de la Fédération des écoles protestantes était défini dans ce sens.» Même son de cloche du côté de Caroline Daval, envoyée en service civique en qualité de médiamaticienne au Togo durant deux ans avec le Défap. «Je n’ai jamais eu l’impression d’être en mission. Je n’ai rien apporté, j’ai tout reçu.»

D’un point de vue personnel et spirituel, André Paley, envoyé Cevaa au Cameroun entre 2014 et 2016, a vécu des temps compliqués. «Physiquement, c’était très dur, j’ai été malade à plusieurs reprises. Ensuite, la corruption qui touche tous les secteurs au Cameroun a été difficile à vivre.» C’est d’un point de vue professionnel qu’André s’est «éclaté.» «En gérant un centre hôtelier à Douala, marché très prometteur, j’ai eu la change de diriger une équipe d’une vingtaine de personnes, de construire des projets ensemble. Et ça marchait, on dégageait des salaires !»

«Je ne voyais pas où était le problème…»

Pour aller plus loin :

Également envoyé par la Cevaa, c’est au Maroc que Daniel Dushimimana a travaillé de 2013 à 2017. Pasteur de la paroisse de Rabat, il gère également l’aumônerie des étudiant-e-s en théologie de l’Institut Al Mowafaqa. «C’était un temps de découverte interculturelle, d’ouverture au monde de la mission et de croissance familiale. Un temps de recul, un nouveau regard sur la mission de l’Église dans ce temps de mondialisation,» dit-il. Durant ces quatre ans, Daniel a tissé de forts liens familiaux et développé des compétences en travaillant avec une quarantaine de nationalités différentes. D’ailleurs, son expérience marocaine porte ses fruits au Rwanda : «Je vais participer à un projet de développement de plaidoyer et de suivi des personnes migrantes dans deux camps de réfugiés burundais et congolais dans l’est du pays.»

Avant son départ pour la Grande Ile, Gaël Forestier, civiliste envoyé par DM-échange et mission, souriait en entendant parler des difficultés qu’il pourrait vivre au retour. «Je ne voyais pas où était le problème, j’allais rentrer et retrouver ma place.» Ce n’est pas exactement comme cela que ça s’est passé. «J’ai eu pourtant sept semaines de vacances et repris une classe, à Yverdon, avec laquelle j’avais correspondu depuis Madagascar, mais ça n’allait pas du tout.» Après trois semaines d’école à la Suisse – où il se met hors de lui quand les élèves se plaignent de griffures sur le pupitre…–, le jeune enseignant songe sérieusement à changer de métier. «J’ai tenu bon, et là, ça va mieux !»

Au final, plusieurs envoyé-e-s présent-e-s lors de ce week-end ont trouvé leur retour compliqué (lire les témoignages de Rija et de Jérémie ci-après). Ce qui fait réfléchir Espoir Adadzi, envoyé Cevaa à Genève depuis deux ans. «Je vais me préparer à cela, même si c’est un peu tôt, souligne-t-il. Je vais également faire attention à l’intégration de ma famille et à ce que vivent mes enfants.» Des échanges d’expériences utiles et constructifs.

Sylviane Pittet
DM-échange et mission




Relire la Bible à l’heure de #MeToo

Lassées de voir la Bible utilisée pour légitimer une «soumission des femmes», une vingtaine de théologiennes protestantes et catholiques, se revendiquant également féministes, se sont réunies pour publier «Une Bible des femmes». Une nouvelle manière d’aborder les textes bibliques en les reliant aux préoccupations et aux grands enjeux de l’époque et de la condition féminine. Et, pourquoi pas, un cadeau original et engagé pour Noël… «Au XXle siècle, écrivent les auteures, la Bible mérite d’être tirée du désintérêt et du désamour. En tant que théologiennes, nous avons mesuré les peines, creusé les doutes, sondé les misères que certaines lectures bibliques ont alimentées, surtout auprès des femmes. Nous devons à nos contemporaines des lectures bibliques honnêtes face à leurs questions».

Retrouvez ci-dessus une interview, réalisée par DM-échange et mission, d’une des contributrices de l’ouvrage : Fidèle Fifame Houssou Gandonou, pasteure de l’Église méthodiste du Bénin. Elle a consacré sa thèse aux fondements éthiques du féminisme. «Si nous comprenons l’Évangile, estime-t-elle, nous sommes tous féministes, hommes et femmes».

 

Au-delà des clichés véhiculés par l’imagerie populaire d’un Dieu représenté avec une longue barbe blanche, d’une Ève tentatrice, portant une pomme dans sa main, ou de lettres de Paul vues comme misogynes, la Bible recèle un immense potentiel libérateur pour les femmes. Tout est question d’interprétation… Convaincue, dès 1895, de cette nécessité de relire les textes bibliques avec une autre perspective, Elizabeth Cady Stanton avait réuni un comité de vingt femmes pour réécrire la Bible. Elles découpèrent les passages qui parlaient des femmes, et les commentèrent selon leurs convictions. Ainsi naquit la Woman’s Bible. Un ouvrage très contesté dès l’origine, mais qui n’en devint pas moins un best-seller populaire. Les érudits de l’époque restèrent toutefois prudemment à distance et continuèrent à ne pas aborder le sujet du sexisme dans la Bible… jusqu’en 1964, année où Margaret Brackenbury Crook publia Women and Religion, une étude du statut de la femme dans le judaïsme et le christianisme.

Un peu plus d’un siècle plus tard, la question s’est posée de nouveau : que deviendrait une entreprise de réécriture de la Bible au XXIème siècle par des femmes ? Une Bible relue en fonction des dernières découvertes en sciences bibliques, mais aussi à la lumière des questions du temps. Sachant que l’exégèse est encore bien trop souvent une affaire d’hommes… Ainsi a vu le jour cette «bible des femmes». Le projet émanait de la Faculté de théologie de l’Université de Genève et des Editions Labor et Fides. Il était accompagné d’un cours public au titre provocateur de «Ni saintes ni soumises: femmes de la Bible». Ce livre a réuni à nouveau un comité d’une vingtaine de femmes théologiennes, protestantes et catholiques francophones, vivant en Suisse, au Bénin ou en Allemagne. Elles ont développé une dizaine de thématiques majeures liées aux femmes, en mettant en évidence comment des textes bibliques peuvent être lus à frais nouveaux ; en tissant ainsi des liens avec les problématiques de l’époque, avec la charge mentale des mères de famille salariées, les dénonciations de #MeToo…

«Nul besoin de jeter la Bible si l’on est féministe»

«Une bible des femmes – Vingt théologiennes relisent des textes controversés», sous la direction d’Élisabeth Parmentier, Pierrette Daviau et Lauriane Savoy. Ouvrage publié chez Labor et Fides, 19,00 €

Qu’en est-il des hommes ? Ils ne sont pas laissés de côté, loin de là. «Lecteurs hommes, interpelle l’introduction de l’ouvrage, ne fermez pas ce livre en haussant les épaules, nous avons tout autant pensé à vous ! Et nous vous convions à dépasser à nos côtés des stéréotypes encore trop ancrés. On ne sait pas assez combien d’excellents travaux de biblistes, femmes et hommes, ont changé les interprétations bibliques au sujet des femmes. Les théologies féministes ont beaucoup œuvré en ce sens, suivies par de nombreuses recherches soulignant les perspectives d’encouragement et de libération qui traversent ces textes. Nous espérons éveiller la curiosité pour cette libération qui dans les textes côtoie des enfermements. Nul besoin de jeter la Bible si l’on est féministe – et nul besoin de rejeter le féminisme si l’on est chrétienne. Mais savoir lire… avec perspicacité et rébellion.»

Les auteures en sont persuadées : la lecture des textes bibliques ne peut que gagner à être ainsi faite à travers une nouvelle perspective. «Au XXlème siècle, la Bible mérite d’être tirée du désintérêt et du désamour. En tant que théologiennes, nous avons mesuré les peines, creusé les doutes, sondé les misères que certaines lectures bibliques ont alimentées, surtout auprès des femmes. Nous devons à nos contemporaines des lectures bibliques honnêtes face à leurs questions – qui sont aussi des questions pour les hommes. Dans notre bible des femmes, nous avons voulu laisser parler les textes avec liberté. Nous commentons donc avec des genres littéraires divers, comme dans la vraie Bible : morceaux d’analyse, miettes d’humour, narrations, explications, interrogations, études textuelles, approches historiques, situations d’actualité… Autant de manières de croiser la vie quotidienne et les soucis existentiels des femmes.» Au final, et au-delà «des errances de la tradition chrétienne, des occultations, des traductions tendancieuses, des interprétations partiales, des relents du patriarcat qui ont pu mener à nombre de restrictions, voire d’interdits pour les femmes», reste cette conviction : «le témoignage de la Bible vaut la peine d’être transmis, sans taire les discussions qu’il suscite, mais avec toute la passion et la puissance de vie qu’il éveille. Nous souhaitons que quelque écume déborde sur les plages d’existence de nos lectrices et lecteurs.»

Avec les contributions de Chen Bergot, Joan Charras-Sancho, Pierrette Daviau (dir.), Priscille Djomhoué, Priscille Fallot-Durrleman, Anne-Cathy Graber, Fifamè Fidèle Houssou Gandonou, Christine Jaquet-Lagrèze, Blandine Lagrut, Isabelle Lemelin, Anne Létourneau, Lauren Michelle Levesque, Diane R. Marleau, Martine Millet, Elisabeth Parmentier (dir.), Danièle Ribier, Lauriane Savoy (dir.), Bettina Schaller, Sabine Schober, Catherine Vialle, Hanna Woodhead.

 




En dialogue par-delà les frontières, de Brazzaville à Strasbourg

Faciliter les échanges de professeurs de théologie fait partie des missions du Défap : à travers leurs voyages, à travers leurs rencontres avec d’autres professeurs ou étudiants, ce sont des approches différentes qui entrent en dialogue et s’enrichissent mutuellement. Rencontre avec le pasteur Alphonse Loussakou, de l’Église évangélique du Congo, professeur d’histoire de l’Église à la Faculté de théologie protestante de Brazzaville, venu en France pour une douzaine de jours afin de resserrer les liens avec la Faculté de théologie protestante de Strasbourg.

Alphonse Loussakou, de l’Église évangélique du Congo, professeur d’histoire de l’Église à la Faculté de théologie protestante de Brazzaville, au début de son séjour en France, dans le jardin du Défap © Défap

 

Défap : Dans quel cadre s’inscrit votre venue en France ?

Alphonse Loussakou : La décision en a été prise à la suite d’un séjour en France du Dr. Laurent Gaston Loubassou, doyen de la Faculté de théologie protestante de Brazzaville – une Faculté qui est gérée par l’Église évangélique du Congo (EEC). Dès son retour, il a réuni tous les enseignants lors d’un Conseil de la Faculté, pour évoquer avec nous les moyens de développer le partenariat avec la France, et en notamment, dans le cas qui m’occupe aujourd’hui, avec la Faculté de Strasbourg. Il existe déjà des collaborations entre enseignants chercheurs, par exemple avec l’Institut de Théologie Protestante, présent à Paris et Montpellier, mais il s’agissait d’aller au-delà en essayant de mettre en place davantage d’échanges d’enseignants avant, peut-être, des échanges d’étudiants. J’ai moi-même eu l’occasion d’étudier à l’Institut Protestant de Théologie de Montpellier avant d’être enseignant. Rémi Gounelle, professeur d’Histoire de l’Antiquité chrétienne à Strasbourg, est déjà venu chez nous ; ainsi qu’un enseignant de Montpellier, Élian Cuvillier, qui était alors venu pour des interventions sur le Nouveau Testament.

Parlez-nous du paysage religieux au Congo : qu’y recouvre le protestantisme ?

Pour aller plus loin :

Alphonse Loussakou : Il y a un fort développement de nouvelles Églises, dont une majorité sont de tendance charismatique ou pentecôtiste. Dans la seule agglomération de Brazzaville, on trouve pas moins de trois cents dénominations : pratiquement à chaque carrefour, on croise une Église différente. C’est un milieu foisonnant dans lequel il n’est pas facile de se retrouver ; je suis à la tête d’une structure qui est en cours de constitution, une bibliothèque destinée au corps pastoral de l’Église évangélique du Congo, et nous sommes actuellement dans une phase d’identification de toutes ces différentes dénominations.

Devant ce foisonnement, il y a une vraie demande de la part de nos étudiants de revenir aux fondements historiques de notre Église. L’histoire de l’EEC trouve sa source dans les travaux de la Mission évangélique suédoise. On a coutume de faire remonter l’origine de notre Église à l’installation de la première station missionnaire de Madzia, dans le département du Pool. C’est là en effet qu’en janvier 1909, le missionnaire Hammar avait créé le premier poste missionnaire du Congo-Français. Ce sont les travaux de cette Mission évangélique suédoise qui constituent le sujet de mes recherches actuelles, ainsi que leurs effets économiques et culturels au Congo-Brazzaville. Je m’intéresse tout particulièrement à la figure d’un missionnaire suédois, Westlind Niels, qui a vraiment façonné l’histoire de la mission au Congo. Il y a effectué trois séjours de plusieurs années entre 1882 et 1895. Il était linguiste et a élaboré une grammaire pour la langue kikongo.

Quelles sont les attentes des étudiants en théologie à Brazzaville ?

Alphonse Loussakou place Denfert-Rochereau, à Paris, au dernier jour de son séjour en France, fin novembre © Gérard Banzakassa

Alphonse Loussakou : Ils espèrent l’ouverture d’un département de missiologie au niveau de la Faculté de théologie protestante de Brazzaville. Pour l’instant, beaucoup d’entre eux suivent des cours dispensés par L’Alliance chrétienne et missionnaire (en anglais : The Christian and Missionary Alliance – C&MA). Un tel département est un vrai besoin chez nous. La venue d’enseignants de France qui ont animé quelques cycles de conférences a été très appréciée. Elle a permis de proposer des perspectives tout à fait nouvelles à nos étudiants ; et aux-mêmes ont pu en profiter pour emmener parfois ces enseignants dans des directions qu’ils n’avaient pas prévues au cours de leurs interventions… Je me souviens par exemple d’une conférence d’Élian Cuvillier, qui s’était retrouvé avec des questions sur l’homosexualité ; il avait alors expliqué la perspective européenne sur ce sujet.

Parmi les perspectives nouvelles qui sont très attendues par nos étudiants, il y a tout ce qui concerne l’histoire des idées. Nous avons souvent tendance, dans nos enseignements, à coller beaucoup plus aux événements ; quand nous recevons un enseignant venu de France, les étudiants ont l’impression de se retrouver soudain dans un cours de philosophie. C’est une approche très stimulante, et qui m’avait frappé déjà lorsque je suivais moi-même des enseignements à Montpellier. Je m’en suis depuis inspiré dans les cours que je dispense à mes étudiants ; par exemple lorsque j’ai évoqué la pensée de Martin Luther à propos de l’histoire de la famille…

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




Rencontre avec un boursier du Défap : Eloi Tahina Rakotomahefa

Eloi Tahina Rakotomahefa, venu de Fianarantsoa, à Madagascar, est boursier du Défap depuis 2014. Il fait partie de la FLM (Fiangonana Loterana Malagasy), l’Église luthérienne malgache. Il travaille à une thèse sur la première épître de Paul aux Corinthiens, avec le soutien du Défap. Rencontre et entretien.