Les Jeudis du Défap, 1ère session : la mission inversée ?

Retrouvez le replay du premier des « Jeudis du Défap », webinaires organisés avec des spécialistes de la mission aujourd’hui, chercheurs et professeurs. Cette première session avait pour thématique : « La mission inversée ? Peut-on véritablement parler de mission du Sud vers le Nord ? » Avec comme Intervenants Adrien Franck Mougoué et Corinne Valasik.


Le premier des « Jeudis du Défap » , anciennement « Jeudis de la mission » , s’est tenu le 4 avril 2024. Ce changement de nom pour dire que le Défap se présente comme un lieu identifié de la réflexion missiologique contemporaine. Cette première rencontre était intitulée : « La mission inversée ? Peut-on véritablement parler de mission du Sud vers le Nord ?« .

Pour répondre à ces questions, le Défap avait réuni :

  • Corinne Valasik, maîtresse de conférences en sociologie à l’Institut Catholique de Paris, membre du Groupe Sociétés, Religions et Laïcité au CNRS/EPHE, Doyenne honoraire de la Faculté de Sciences Sociales et Économiques. Ses travaux actuels portent sur les migrations religieuses en France et notamment le cas spécifique des prêtres africains en France. Le but étant de comprendre comment ils analysent leur trajectoire et comment celle-ci est perçue par les catholiques en France. Ces croisements permettront de faire émerger des enjeux de réflexion qui dépassent ce cadre particulier.
  • Adrien Franck Mougoué, Doctorant en Histoire de Religions, Département d’Histoire, Université de Douala (Cameroun). Il est en séjour d’études à l’Institut protestant de théologie (IPT), Faculté de Montpellier, dans le cadre d’une bourse du Défap. Ses travaux de recherche en cours portent sur l’implantation en Europe (France, Suisse et Belgique) de communautés chrétiennes issues de l’immigration, plus précisément celles de l’Église presbytérienne camerounaise (EPC), sur une période allant de 1989 à 2018. À travers les activités évangélisatrices de ces congrégations et à travers le discours théologique qui les accompagne, il cherche à montrer comment le presbytérianisme camerounais a essaimé en francophonie, et à comprendre si l’on peut voir cette émergence comme une forme de « mission inversée » ou non.

 

Dans les Églises de France, aussi bien protestantes que catholiques romaines, il y a des pasteurs et des prêtres. Dans le catholicisme romain il y a des prêtres venus d’ailleurs, Fidei donum ou étudiants. Dans les Églises protestantes de France il y a des pasteurs venant d’une autre Église étrangère. Il y a aussi, et surtout dans le protestantisme, des implantations d’Églises issues de l’immigration.

Cependant, peut-on voir dans ces phénomènes un mouvement missionnaire inversé, des anciens pays de la mission vers la France devenue terre de mission ?

Dans le cas du catholicisme, les missionnés sont-ils des missionnaires en France au XXIe siècle ? Est-ce que les 2000 PVA, les « prêtres venant d’ailleurs » ou « prêtres Fidei donum », constituent un corps missionnaire organisé aujourd’hui ?

Dans le cas du protestantisme, l’implantation de communautés de l’Église presbytérienne camerounaise constitue-t-elle un mouvement missionnaire vers la France, la Suisse et la Belgique ?

Ces mouvements suscitent encore d’autres questions ; dans ses travaux, Corinne Valasik s’interroge à propos de l’Église catholique : « Comment intégrer les mémoires de la colonisation et de la mission pour ses prêtres ? » Adrien Franck Mougoué se demande pour sa part, côté protestant : « Comment penser le futur des Églises transnationales et le phénomène migratoire ? »

Une bibliographie établie par le service Bibliothèque et documentation du Défap complète ce premier webinaire. Vous pouvez la retrouver ci-dessous.




Sauvegarde de la création : le Défap a besoin de vous !

Face aux risques que le réchauffement climatique fait peser sur les conditions de vie de toute l’humanité, le Défap s’est engagé, comme un nombre croissant d’organisations chrétiennes, dans la sauvegarde de la création. Mais ce projet ne pourra se faire sans vous ! Vous aussi, vous pouvez manifester votre engagement à nos côtés en nous soutenant par vos dons.

Photo prise durant un atelier du Secaar – août 2019, Kpalimé © Secaar

Si la plus grande partie des émissions de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique provient des pays les plus riches, ce sont les populations des pays pauvres qui en pâtissent le plus. Car ce sont elles qui ont le moins de moyens pour se protéger des destructions d’habitats ou de récoltes, des changements de leur milieu de vie qu’apportent les évolutions du climat. Une thématique que l’on retrouve parmi les trois grands axes de travail du Défap : dans son programme « Convictions et actions », il affirme sa volonté de « s’engager pour la justice, le respect de la création et la dignité humaine » – des préoccupations souvent intimement liées, ce que résume bien le concept de « justice climatique ».

Cette préoccupation de « justice climatique », c’est précisément ce qui guide le programme de « compensation carbone » dans lequel s’est engagé le Défap. Il s’agit tout à la fois de participer à la sauvegarde de la création (en diminuant les émissions de gaz à effet de serre du Défap, et en « compensant » ce qui n’aura pu être réduit par un soutien à des activités réduisant les rejets de CO2), et d’améliorer le bien-être des populations participant au programme. Pour la deuxième année consécutive, c’est un projet porté par le Secaar (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), un partenaire de longue date, que le Défap a choisi de soutenir. Il s’agit de valoriser les déchets ménagers et agricoles dans le village d’Agbonan, au Bénin, grâce à des biodigesteurs qui permettront de produire du biogaz et des fertilisants organiques agricoles. Les bénéficiaires seront 75 ménages ainsi que les élèves des établissements scolaires (écoles primaire et secondaire) du village.

Donnez pour ce projet !

Pour mener ce projet à bien, le Défap a besoin de vos dons. Par votre soutien, avec quelques euros ou dizaines d’euros, vous pouvez manifester concrètement votre engagement pour la sauvegarde de la création, tout en participant à l’amélioration des conditions de vie des habitants d’Agbonan.

Ce projet s’inscrit dans la continuité de celui lancé l’année précédente dans la région de la Kara, au Togo voisin : il s’agissait alors de promouvoir l’usage de « foyers améliorés ». Ce premier projet « compensation carbone » du Défap bénéficiait déjà de l’expertise du Secaar, et s’est traduit, non seulement par une économie substantielle de bois de chauffe, limitant ainsi la déforestation, mais aussi par une amélioration visible des conditions de vie des bénéficiaires, comme en témoigne le reportage ci-dessous ; l’action du Secaar comportait par ailleurs un volet « sensibilisation » pour lequel il a doté sa ferme-école d’Apédokoè (à 80 km au nord-ouest de Lomé) d’une salle dédiée aux formations.
 

Pour 2024, le projet porté par le Défap bénéficie de l’expertise d’un membre local du Secaar, le CIPCRE Bénin.

Le Secaar et le développement holistique

Le Secaar (Service chrétien d’appui à l’animation rurale) est une organisation qui rassemble aujourd’hui dix-huit Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, présentes dans une douzaine de pays, et dont le Défap est un des membres fondateurs. Les questions écologiques, politiques et de justice sociale y sont étroitement liées. Le Secaar se veut un réseau engagé : pour le droit à la terre, le droit des femmes, pour aider les communautés à faire face aux changements climatiques… Sa vision va bien au-delà de la simple notion de « développement durable ».
Le Secaar a été fondé en 1988 au Bénin, avant d’être officiellement constitué en association internationale en 1994 à Yaoundé, au Cameroun. Son siège se trouve aujourd’hui à Lausanne, en Suisse, et le secrétariat exécutif à Lomé, au Togo. Le CIPCRE-Bénin (Cercle International pour la Promotion de la Création) est un des membres du Secaar, travaillant dans la même perspective, et il sera chargé de la mise en place et du suivi du projet d’Agbonan.



Prier avec les Églises en Israël – Palestine

En cette veille de Pâques, l’Église protestante unie de France prie avec les Églises chrétiennes en Israël et Palestine.

Elle entend et relaie leurs cris de désespoir, leur dénonciation des massacres commis. Elle porte leurs appels à l’arrêt des combats, à l’envoi d’aide humanitaire immédiate dans la bande de Gaza, à la libération des otages, à l’accès au soin des personnes blessées et à la protection des populations civiles.

L’Église protestante unie de France prie pour les Églises en Israël et Palestine. Elles sont ouvrières de paix, voix inlassables de protestation pour la justice et la reconnaissance de la dignité de toutes les personnes qui vivent dans cette région du monde.

Qu’elles soient toujours ferments de fraternité, de pardon et de réconciliation. Qu’à la suite du Christ la force de leur engagement soit dans l’action non-violente.

Leur foi témoigne de la présence de Dieu au cœur des épreuves les plus dures.

En cette veille de Pâques, avec ces Églises, l’Église protestante unie de France croit que dans le désastre, la vie peut naître à nouveau.

Elle croit que la paix s’établira sur la justice, la reconnaissance mutuelle, et qu’un avenir sûr naîtra et stoppera la spirale infernale de la violence et de la destruction. Cette promesse de vie est le message du Christ, mort et ressuscité pour l’humanité et le monde.

Que Dieu éclaire les dirigeants des peuples afin que leur seule motivation soit la paix et la protection de toutes les personnes… pour la vie.




AG du Défap : le message du Secrétaire général

Dans son discours prononcé à l’ouverture de l’Assemblée générale 2024 du Défap, le Secrétaire général Basile Zouma a voulu exprimer « une reconnaissance, celle de vivre l’action du Défap comme un don de Dieu, un cadeau des Églises membres pour la société ».

Discours du secrétaire général du Défap © Défap

Introduction

À l’AG de l’année dernière, je terminais mon propos avec ces mots disant que : « Se réunir est un début ; rester ensemble est un progrès ; travailler ensemble est la réussite » tout en invitant à définir ensemble le contenu de ce travail à faire ensemble pour le compte de l’Évangile que l’Église sert, directement ou à travers des lieux comme le Défap, la Cevaa…

Cette année, notre AG est spéciale du fait qu’elle intègre un temps de travail ensemble dans l’après-midi, temps de consultation pour nous permettre d’entendre ici ce qui se dit ailleurs. Il faut croire et espérer que nous nous sommes engagés sur la voie de la réussite, celle de parvenir à définir ensemble un mandat pour l’organisation en assumant les implications de celui-ci. L’équipe mise en place pour piloter ce temps d’échange, composée de François Fouchier et de Dominique Calla, nous en dira plus le moment venu.

Mais en attendant, je souhaite vous faire ici état des actions et des réflexions qui ont été les nôtres en cette année 2023. Le rapport d’activité que vous avez reçu et dont une courte présentation vous sera faite par l’équipe des SE, est un reflet de ces actions et réflexions, un regard sur ce qui s’est passé pour aider à envisager ce qui est à venir. Mais pour donner un meilleur visage à cet avenir, il nous faut accepter de ne pas faire de ce passé « un lieu de résidence mais un point de référence », un tremplin pour avancer au cœur des défis de chaque instant. Convictions et actions 2021-2025 est le cadre actuel de notre action en attendant donc d’en définir ensemble un nouveau une fois ce dernier arrivé à échéance.

Un cadeau des Églises membres

Ces convictions nous permettent d’affirmer une reconnaissance, celle de vivre l’action du Défap comme un don de Dieu, un cadeau des Églises membres pour la société au sein de laquelle elles ne peuvent faire l’économie d’une présence réelle et active. Depuis Karl Barth (1886-1968), l’interpellation demeure ; « …Existe-t-il un service de Dieu qui puisse ne pas prendre aussitôt la forme d’un service au sein du monde et auprès des hommes ? […] Que serait donc un Dieu auquel des êtres célestes ou terrestres pourraient se consacrer, ne serait-ce qu’un instant, dans une telle abstraction, c’est-à-dire sans être du même coup ses envoyés, ses diacres ? Serait-il encore le Dieu de l’alliance, le Dieu de Jésus-Christ ? » (Doctrine de la création, paragraphe 51).

Un cadeau géré dans un lieu par une équipe

• Une équipe
Une reconnaissance aux permanents du Défap dont une partie est mobilisée aujourd’hui pour l’accueil et l’intendance de cette AG. Pour mettre en œuvre un programme, il faut bien l’engagement d’une équipe de femmes et d’hommes (qui n’ont pas toujours compté leurs heures) et un lieu.
Cette équipe a vu des départs et des arrivées. Et je saisis l’occasion pour remercier Éline Ouvry qui après environ 3 années au Défap, a rejoint sa Normandie natale pour raisons familiales ; son compagnon cuisinier, ayant trouvé là-bas du travail. Nous avons eu la joie d’accueillir de nouveaux arrivants ; le pasteur Jean-Pierre Anzala en juillet 2023 comme chargé de l’Échange théologique et madame Raphaela Tatchoua comme chargée de communication ; le rapport d’activité que vous avez entre les mains porte les couleurs de son art.

Vue de l’Assemblée générale du Défap © Défap

• Un lieu
La « Maison Défap » au 102 boulevard Arago constitue un espace essentiel pour notre dispositif et est identifiée comme telle par la plupart de nos partenaires. Que ce soit par l’accueil quotidien de responsables d’Églises de tous horizons, par la location de salles à des Églises d’ici et de là-bas, par l’ouverture de la bibliothèque, par l’accueil de groupes comme les vicaires de l’Uepal, les Masters Église et société de l’EPUdF, par la formation de nos envoyés ou par des événements comme l’Assemblée Générale de la CEPF (ex. Ceeefe), par les rencontres avec des partenaires, tout cela participe aux tissages de liens entre Églises d’ici et d’ailleurs et permet à notre réseau de s’élargir et d’enrichir la fraternité ecclésiale transfrontalière.

L’éthique d’une action

Ce titre m’est venu à l’esprit comme une réaction devant un fréquent procès en paternalisme, en néocolonialisme et en infantilisation du partenaire et de l’autre. Il y a du fait de l’histoire, des lieux où les liens sont privilégiés et les proximités plus grandes qu’ailleurs, cela est un gain et permet de revisiter sans cesse les modalités de nos relations.

L’action actuelle du Défap déclinée dans son programme de travail met en avant une attention particulière sur le défi interculturel, l’égalité de genre et le respect de l’environnement ainsi qu’un soutien au lien de fraternité inter-ecclésiale transfrontalière. Trois piliers portent cette action ; la rencontre, la relation et la réflexion.

L’éthique de notre action, c’est d’être présents auprès de partenaires qui se prennent déjà eux-mêmes en charge tout en se posant la saine question de savoir avec qui le continuer quand nous avons nous-mêmes pris conscience de nos limites. Et ces limites ne sont pas que celles des autres mais aussi les nôtres, Églises d’ici, pour avoir l’humilité de se poser la question de savoir ce que cet autre peut m’apporter et m’apporte déjà ; des vocations nouvelles (les pasteurs là-bas, ici), des communautés riches d’une réelle et riche diversité, un enrichissement par des nouvelles formes d’expression de la foi… Il s’agit donc de se rencontrer pour faire Église ensemble par-delà les frontières dans une égalité évangélique et fraternelle.

Une riche collaboration

Cette présence au monde ne se fait pas seuls mais à travers une riche collaboration dans un réseau associatif extrêmement diversifié et avec les instances gouvernementales qui lui renouvellent leur confiance dans les agréments accordés. La collaboration particulière avec la Cevaa est à noter, et je tiens ici à remercier sa Secrétaire générale pour le maintien d’une dynamique positive entre nos deux institutions. Avec DM nous travaillons dans une mutualisation de nos actions en vue d’une présence plus efficace auprès de nos partenaires…

Perspectives 2024

Ce que nous faisons et devons continuer à faire
Sur les questions d’interculturalité, le Défap devra continuer à accompagner le difficile dialogue au sein d’Églises de plus en plus multiculturelles et entre Églises de plus en plus diverses. Comme le rappellent ses convictions suivantes : « Nous croyons que la diversité des cultures est une richesse de la création de Dieu. »

Son cœur de métier étant de mettre en relation, le Défap devra continuer à favoriser les échanges de personnes et le volontariat avec un accent sur la réciprocité, les rencontres entre Églises et entre cultures dans la perspective du développement des rendez-vous avec des témoins : envoyés de retour de mission, congés-recherches en France, enseignants en mobilité croisée…

Il continuera à favoriser la mobilité croisée des étudiants en théologie entre facultés, en offrant des bourses d’étude dans des instituts tels Al Mowafaqa (l’expérience d’une immersion œcuménique et interculturelle), mais aussi en accompagnant la volonté des institutions de formation, annoncée lors du colloque Cevaa sur la théologie interculturelle en septembre 2023, de créer un passeport théologique en vue d’une reconnaissance mutuelle de certains crédits. Le soutien à la formation des femmes, jeunes et moins jeunes, et l’accompagnement de leur intégration restera dans ses priorités.

Les Églises se sont saisies de la question environnementale, aux côtés de nombreux mouvements citoyens. Le Défap s’inscrit dans ce mouvement en lien avec des partenaires ecclésiaux engagés dans cette cause ainsi qu’en accompagnant l’Action Commune de la Cevaa dont le thème, choisi lors de son Assemblée Générale 2023, est : « Habiter autrement la création ».

Avant d’être une question financière, le Défap est une capacité des Églises membres à faire ensemble, vivre une fraternité inter-ecclésiale active. Les doutes et la tendance à la démobilisation des membres rendent de plus en plus difficile la réalisation des ambitions que j’ose croire aussi évangéliques. Il devient indispensable de penser une diversification ecclésiale et matérielle à travers deux pistes :

1. L’élargissement dans l’ouverture de l’association à d’autres :
En octobre 2011, le Conseil avait déjà instruit trois demandes venant de la Mission populaire évangélique, de la CEAF ainsi que de la FPMA. Aucune des sessions suivantes du Conseil n’est encore parvenue à une position générale ni à une conclusion définitive sur certaines de ces sollicitations, et il nous semble opportun de reprendre cette question, qui reste d’actualité en ce qui concerne la CEAF, dont nous avons ici la Présidente qui faisait déjà partie des représentants en 2011.

2. La recherche de financements devant la baisse régulière des recettes :
Il importe de définir et de mettre en œuvre une stratégie de recherche de fonds, pour compléter les contributions des Églises au budget. Il nous faudra aussi explorer la piste du bénévolat de compétence pour maintenir un niveau d’engagement conséquent.

Ce que nous devons changer dans la transformation du projet associatif
La question de l’évolution du projet associatif devra se poser à la lumière des objectifs missionnaires concertés que se donnent les Églises membres pour agir en faveur d’une Église qui se confesse universelle et se veut solidaire d’ici jusqu’au bout du monde (Actes 1, 8). Elles ne pourront pas faire l’économie d’un engagement qui permet d’apporter des réponses aux grandes questions du monde ; égalité de genre, environnement, guerre… Quelle incarnation de l’Évangile ?

Quelles adaptations et évolutions institutionnelles ?
La réponse à cette question ne peut faire l’économie d’une définition des objectifs, des buts fixés. Quelle structure répondra mieux à ce que nous voulons faire ? Il est donc indispensable de savoir ce que l’on veut faire.

Conclusion

Pour avancer maintenant vers un nouveau programme d’action, il importe de continuer à réfléchir à tout cela en lien étroit avec les Églises membres sans oublier les Églises et organismes partenaires dont, bien entendu, la Cevaa.

Basile Zouma
Secrétaire général du Défap
23 mars 2024




AG du Défap : le message du Président

« Le Défap est une caisse de résonance des espérances et des appels à nouer des liens fraternels par-delà les frontières, les nationalismes et les vicissitudes de l’histoire », a souligné ce samedi 23 mars le Président du Défap, Joël Dautheville, dans son discours prononcé à l’ouverture de l’Assemblée Générale 2024.

Discours du président du Défap © Défap

Avant toute chose je tiens à remercier de leur présence les délégués et invités mais aussi toute l’équipe qui se mobilise depuis un certain temps pour la tenue de cette Assemblée générale. Comme cela a été voté, l’AG échangera ce matin sur le rapport d’activités et les comptes du Défap puis l’après-midi sur la refondation du Défap.

Notre assemblée se tient à la veille des Rameaux qui ouvre la semaine sainte et la fête de Pâques, fête centrale du christianisme. Toute la semaine prochaine sera l’occasion de voir à quel point la parole de Jésus est performative. C’est pourquoi mon premier paragraphe se nomme :

Jésus, une parole performative

Déjà, selon Marc, Jésus proclame : « Le temps est accompli et le Règne de Dieu s’est approché », alors oui, en Jésus, le Règne de Dieu est proche. Mais dire le Règne de Dieu est proche, c’est annoncer une victoire contre les puissances oppressives de l’humanité (1) comme l’écrit Fritz Lienhard dans son livre relatif à l’avenir des Églises protestantes. Selon la finale de Matthieu Jésus déclare qu’une telle annonce concerne tout humain, toute nation, toute culture et toute époque. Dès lors, les disciples, toute l’Église est missionnée par grâce pour annoncer en paroles et en actes cette Bonne nouvelle. Aujourd’hui, à travers les convictions et actions du Défap, les Églises témoignent qu’elles vivent de cette parole de Dieu incarnée en Jésus et d’une espérance qui traverse tout ce qui avilit l’humain… Mais il y a plus que cela. C’est pourquoi j’ai intitulé mon second paragraphe :

Discours du président du Défap © Défap

Annoncer l’évangile pour le recevoir. Une mission basée sur la rencontre

Pour Fritz Lienhard, « toute personne qui se lance dans une démarche d’annonce le fait dans une logique réceptive. D’une certaine manière elle annonce l’Évangile pour le recevoir (2). » Fin de citation. Annoncer l’évangile pour le recevoir organise la mission sous un angle particulier : celui de la rencontre. En créant la Cevaa et le Défap, les Églises organisent des échanges dans les domaines de la formation théologique, du volontariat, de l’éducation, de la santé, etc. Malgré et dans le chaos du monde une mission qui se vit sous l’angle de la rencontre donne à voir une autre vision du monde. Il n’y a qu’à entendre les témoignages des envoyés et des accueillis. De fait là où le repli sur soi prend de l’importance, les rencontres interculturelles sont riches d’enseignement. Là où l’individualisme gagne du terrain, les rencontres autour de la Parole de Dieu partagée font naître et renaître l’envie de se découvrir, le besoin et le désir de solidarité. De fait cette pratique missionnaire basée sur la rencontre et le partage permet aux Églises de participer, même modestement, à la guérison des mémoires du fait du lourd contentieux entre Nord et Sud. Ne l’oublions pas, cela ne peut que faciliter le travail missionnaire chez les uns et chez les autres et les uns avec les autres. Dans la rubrique Opinions de l’hebdomadaire Réforme (3) paru en juillet dernier, Jean-Arnold de Clermont relaie à sa façon cette perspective en demandant : « Qui pourra nier que dans un monde inégalitaire, où la compétition est le maître mot des relations internationales, où fleurissent les discours de rejet sinon de haine, vivre dans la simplicité́ de relations fraternelles et la modestie d’un projet qui passe les frontières dit quelque chose de l’Évangile ? » fin de citation.

Le Défap, tout comme la Cevaa, est une caisse de résonance des souffrances vécues par les chrétiens partenaires au Nord comme au Sud de l’Afrique, dans l’Océan Indien, dans les Antilles, le Pacifique, etc. Caisse de résonance aussi des difficultés financières des Églises de France, voire de leur positionnement dans la société française. Fritz Lienhard note qu’en France la parole croyante est souvent discréditée, de plus les discours scientistes et économistes ont gagné l’hégémonie culturelle.

Mais le Défap est aussi une caisse de résonance des espérances et des appels à nouer des liens fraternels par-delà les frontières, les nationalismes et les vicissitudes de l’histoire.

Il y a 6 ans, j’ai lancé un appel à une refondation. Il a été repris par le Défap et les Églises. Aujourd’hui, notre AG est appelée à échanger et travailler sur le fond. Les questions de ressources financières, voire de restructuration si cela est nécessaire, interviendront dans un second temps.

Je vous souhaite une bonne AG autour de cette conviction qu’exprime le Symbole des Apôtres : je crois la sainte Église universelle.

Bonne AG.

Joël Dautheville
Président du Défap
23 mars 2024

(1) L’avenir des Églises protestantes, par Fritz Lienhard, Genève, Labor et Fides 2022, page 365
(2) Ibid. page 278
(3) Réforme 4002, 6 juillet 2023



Haïti : l’espérance face au chaos

Après des semaines marquées par une violence croissante de la part des gangs, un conseil présidentiel de transition espère rétablir le calme en Haïti. Il doit nommer un nouveau Premier ministre par intérim et ouvrir la voie à des élections, ce qui serait une première depuis 2016. La crise humanitaire a explosé, avec plus de 15 000 personnes contraintes de quitter leur domicile à Port-au-Prince depuis fin février, rejoignant les plus de 300 000 personnes déplacées dans tout le pays ces dernières années.
Dans une rue de Port-au-Prince © Philippe Verseils pour Défap

C’est une scène devenue courante dans les rues de Port-au-Prince. Une scène de guerre : des centaines d’habitants en train de courir pour échapper aux combats. Ce lundi 18 mars, plus d’une quinzaine de personnes ont été abattues et Le Nouvelliste, quotidien haïtien référence, évoquait des attaques de gangs contre les quartiers de Laboule et Thomassin. Mardi, ce sont ceux de Diègue, Doco, Métivier, Pégu-Ville, qui ont été attaqués à leur tour. Beaucoup d’habitants se sont retrouvés assiégés chez eux, piégés par les échanges de tirs ; d’autres ont pu prendre la fuite et se réfugier sur des places publiques à Pétion-Ville.
 

Fuite devant les combats – Port-au-Prince, quartier de Carrefour-Feuilles, août 2023 © FEPH pour Défap

Les gangs contrôlent désormais la quasi-totalité du territoire de la capitale haïtienne. Ils n’hésitent pas à s’en prendre à des institutions, des hôpitaux, des commissariats où les policiers restent terrés devant des forces supérieures en nombre et mieux armées. La crise humanitaire a explosé, avec plus de 15 000 personnes contraintes de quitter leur domicile à Port-au-Prince depuis fin février, rejoignant les plus de 300 000 personnes déplacées dans tout le pays ces dernières années. Les difficultés pour accéder aux biens de première nécessité, et notamment pour se nourrir, atteignent des niveaux critiques, et elles pourraient s’aggraver, selon le Programme alimentaire mondial (PAM), qui estime que plus d’un million de personnes sont menacées par la famine. Dans les régions les plus pauvres, la nourriture et l’eau sont rares depuis des jours, tandis que les hôpitaux et les cliniques ont été contraints de fermer, alors même que le nombre de cas nécessitant des soins médicaux urgents augmente.

Vue d’un camp de déplacés à la frontière dominicaine © Philippe Verseils pour Défap

Il s’agit de la pire situation d’urgence humanitaire qu’ait connue Haïti depuis de nombreuses années. Pourtant, l’aide n’arrive qu’au compte-goutte. Entrer dans un pays en pleine guerre civile, dont le principal aéroport international et les points de passage terrestres restent fermés, présente d’énormes défis. À la frontière avec la République dominicaine se pressent d’énormes files de commerçants qui peuvent passer la journée dans le pays voisin pour acheter des produits de première nécessité. De nombreux déplacés s’y sont aussi regroupés dans des camps de fortune, sans pouvoir passer la frontière.

Vue d’un camp de déplacés à la frontière dominicaine © Philippe Verseils pour Défap

La violence des groupes armés, qui gangrène Haïti depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, a atteint un niveau inédit le 29 février, lorsque le chef de gang Jimmy Chérizier a appelé d’autres gangs à unir leurs forces dans une coalition Viv Ansanm (Vivre ensemble) pour renverser le Premier ministre par intérim Ariel Henry. Alors que ce dernier était à l’étranger pour tenter de renforcer le leadership du Kenya dans la mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) autorisée par l’ONU, les gangs ont lancé des attaques coordonnées contre des bâtiments gouvernementaux et des infrastructures clés, attaquant l’aéroport et prenant le contrôle du port. Ils ont également libéré environ 4 000 détenus de deux prisons. Ariel Henry, qui reste bloqué à Porto Rico et ne peut pas rentrer en raison de la situation sécuritaire, s’est engagé à démissionner dès qu’un conseil présidentiel serait formé.

Vue de Port-au-Prince © Philippe Verseils pour Défap

Ce conseil présidentiel de transition espère désormais rétablir le calme. Il est censé nommer un nouveau Premier ministre par intérim et ouvrir la voie à des élections, qui n’ont pas eu lieu depuis 2016. Face à l’opposition de la justice kenyane et de certains Haïtiens, le déploiement de la mission d’assistance à la sécurité autorisée par l’ONU reste incertain. Mais alors que les gangs menacent de s’emparer de la présidence, nombreux sont ceux qui estiment qu’il n’y a pas d’alternative.

Comment aider ?

Depuis longtemps, ce sont les Églises qui tentent de pallier les carences de l’État en matière d’action sociale, d’éducation, de protection de l’environnement : autant d’actions cruciales pour Haïti où la profonde crise que traverse le pays frappe d’autant plus durement les plus fragiles. Et c’est en soutenant les institutions liées à ces Églises qu’il est possible d’aider malgré tout. Elles-mêmes ne sont pas à l’abri des pénuries et de la violence, mais elles se consacrent avec dévouement à semer des graines d’espérance. Le soutien de partenaires étrangers est pour elles nécessaire. Ainsi, la Mission Biblique développe sur place des projets sociaux, d’enseignement et de santé en partenariat avec l’UEBH (l’Union Évangélique Baptiste d’Haïti). Avec le soutien du Défap, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (la FEPH), à travers son réseau de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation de 300.000 enfants – un enjeu majeur pour la formation des futurs citoyens, alors que du fait de la mauvaise qualité de l’enseignement public, l’analphabétisme concerne près de 4 Haïtiens sur 10.

La scolarisation des enfants se poursuit, dans des conditions précaires © FEPH pour Défap

Ce qui relie ces acteurs, c’est la Plateforme Haïti, mise en place par la Fédération protestante de France en lien avec celle d’Haïti, et coordonnée par le Défap. Elle permet un partage d’informations, des actions en commun, des récoltes de fonds pour les projets en cours sur place… La Mission biblique en est membre, mais aussi la Fondation La Cause pour les orphelinats, ou encore le SEL.

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Refondation : une AG pour échanger sur l’avenir du Défap

L’Assemblée générale 2024 du Défap, qui se tiendra le 23 mars, sera l’occasion d’un temps d’échange entre responsables nationaux et régionaux de ses Églises membres pour évoquer l’avenir du Service protestant de mission. « Ce temps de consultation », souligne le Président du Défap, le pasteur Joël Dautheville, « servira à nourrir la réflexion de l’équipe de travail « Refondation » nommée par le Conseil en vue d’établir un document de travail à destination des Églises. »

Vue de l’AG 2023 du Défap © Défap

Depuis plus de cinquante ans, le Défap fait vivre des liens. Liens au près et au loin, entre Églises de France et de nombreux autres pays ; liens entre cultures par-delà les frontières mais aussi au sein même de ses Églises membres. Par les échanges de personnes qu’il permet, par les projets qu’il finance, par les relations entre facultés de théologie qu’il entretient, par les travaux de recherche qu’il soutient, le Défap aide à une meilleure connaissance mutuelle, à des interactions entre théologies, et favorise la solidarité. Plateforme de concertation entre ses Églises membres, le Défap est en prise directe avec les grandes problématiques du monde et se veut ce ferment de dialogue grâce auquel les Églises peuvent mieux s’adapter à des changements qui impactent nos sociétés de manière croissante. Le document « Convictions et actions – 2021-2025«  dont s’est doté le Défap reflète la manière dont ces défis sont intégrés dans le programme de travail et les activités du Service protestant de mission.

Comme le souligne le Président du Défap, le pasteur Joël Dautheville, en introduction du rapport d’activité qui sera présenté lors de l’Assemblée générale du 23 mars, « la mission donne à voir une autre vision du monde (…) Là où le repli sur soi prend de l’importance, les rencontres interculturelles sont riches d’enseignement. Là où l’individualisme gagne du terrain, les rencontres autour de la Parole de Dieu partagée font naître et renaître l’envie de se découvrir, le besoin et le désir de solidarité dans de nombreux domaines : éducation, formation théologique, santé. Les Églises affirment ainsi à travers le Défap que la Bonne nouvelle concerne tout l’humain et tout humain (…) L’universalité de l’Église se fait concrète. »

« Un regard sur ce qui s’est passé pour aider à envisager ce qui est à venir »

Ce rapport d’activité a été structuré en fonction des trois grands axes du programme de travail du Défap :

  • 1) développer les liens avec les partenaires ;
  • 2) s’engager pour la justice, le respect de la création et la dignité humaine ;
  • 3) vivre l’interculturalité.

« Ce rapport d’activité 2023 », souligne le Secrétaire général du Défap, le pasteur Basile Zouma, « est un regard sur ce qui s’est passé pour aider à envisager ce qui est à venir. Mais pour donner un meilleur visage à cet avenir, il nous faut accepter de ne pas faire de ce passé « un lieu de résidence mais un point de référence », un tremplin pour avancer au cœur des défis de chaque instant. » Il s’agit de montrer, à travers les diverses activités du Défap, qui sont nombreuses, la cohérence de l’action du Défap au service de la mission et de ses Églises fondatrices.
 

Quatre minutes pour tout comprendre des activités du Défap. Quels sont nos différents domaines d’intervention ?

 

« Un temps spécial sera consacré à la dynamique nouvelle dans laquelle le Défap est entré avec l’accueil de Volontaires du Service Civique International de réciprocité », souligne par ailleurs le Président du Défap dans sa lettre d’invitation envoyée aux délégués à l’Assemblée générale. Au cours de l’année 2023, le Défap a permis pour la première fois la venue en France de volontaires internationaux issus d’Églises sœurs, pour des missions effectuées au sein d’associations liées à nos Églises, et avec un statut de droit français. Ce mouvement sera prolongé en 2024 avec la venue de volontaires sous statut de VSI (Volontaires de Solidarité Internationale). Pour l’illustrer, et avoir un aperçu concret de ce qui se vit à travers de tels échanges, les délégués de l’AG pourront entendre des témoignages sur les missions déjà effectuées en France dans ce cadre de la « réciprocité ».

De gauche à droite : Magda, Believe et Mona, premières volontaires accueillies en France via le Défap dans le cadre du volontariat de réciprocité, photographiées dans le jardin du Défap © Défap

« Une dynamique nouvelle d’appels à dons »

« L’Assemblée générale, souligne encore Joël Dautheville, prendra également connaissance de la dimension « solidarité internationale » avec les projets des partenaires auxquels le Défap participe dans l’éducation, le sanitaire et social. Un point important à relever est l’importance de la dimension écologique toujours plus présente chez les partenaires et au Défap pour réduire et compenser l’empreinte carbone. »

« Compensation carbone » : exemple de foyer amélioré construit grâce à l’action du Secaar au Togo, avec le soutien du Défap © Secaar

« La question financière, rappelle Joël Dautheville, sera également débattue. Pour prendre en compte la diminution régulière des contributions de certaines régions de l’EPUdF, mais aussi de l’Uepal, le Conseil s’est engagé dans une dynamique nouvelle d’appels à dons auprès des personnes issues du réseau du Défap hors celui des paroisses ou Églises locales. » En une décennie, le budget du Défap a été amputé d’un tiers. En 2013, le Défap fonctionnait avec 3,4 millions d’euros. C’est aujourd’hui moins de 2 millions. L’équipe s’est réduite : en 2012, le Défap comptait 23 salariés ; en 2023, 15 ; aujourd’hui, 14. L’appel aux dons est devenu une nécessité pour préserver les activités du Défap ; mais au-delà, l’AG devra déterminer comment mettre en adéquation les ressources et les objectifs.
 

Trois minutes pour comprendre les finances du Défap. D’où viennent nos ressources et comment sont-elles utilisées ?
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Il s’agit donc de définir quelles seront les priorités du Défap au cours des prochaines années, sans attendre que l’impératif financier n’aille contraindre les choix ; chantier qui a été lancé depuis 2018, et qui nécessite l’élaboration d’une vision commune à ses trois Églises membres. Voilà pourquoi, souligne encore Joël Dautheville, « un temps important d’échanges et de réflexion par groupes sera organisé l’après-midi autour de la refondation du Défap. À la suggestion du Conseil et des Églises, les responsables régionaux et nationaux se retrouveront » pour évoquer l’avenir du Service protestant de mission. « Ce temps de consultation servira à nourrir la réflexion de l’équipe de travail « Refondation » nommée par le Conseil en vue d’établir un document de travail à destination des Églises. »




Le Défap et ses envoyés : «Aider à construire un monde plus juste»

Les prochaines missions de volontariat que propose le Défap ont été ouvertes courant janvier : le recrutement des candidat.es est en cours, jusqu’à fin avril – début mai, pour des missions qui vont s’étaler sur l’année 2024-2025. Anne-Sophie Macor, chargée du recrutement et du suivi des volontaires internationaux partant en mission avec le Défap, était invitée de l’émission « Courrier de mission » pour faire le point au micro de Guylène Dubois.
Un envoyé du Défap photographié au cours de sa mission à Madagascar © Défap

En ce mois de mars, « Courrier de mission », l’émission du Défap diffusée sur Fréquence protestante et sur Radio FM+, a accueilli Anne-Sophie Macor pour évoquer les nouvelles missions de volontariat ouvertes pour 2024-2025. Responsable des « envoyés » du Défap, elle est chargée, au sein du service RSI (Relations et Solidarité Internationale) de définir les missions au sein des structures des partenaire à l’étranger sur lesquelles le Défap pourra envoyer des volontaires internationaux (VSI ou services civiques). Elle est ensuite chargée de recevoir les candidatures, et, avec la CEP (Commission Échange de Personnes) de faire un choix : savoir qui sera le plus indiqué pour partir sur telle ou telle mission, en fonction de ses compétences, son parcours, sa personnalité… C’est un parcours qui prend plusieurs mois, avec plusieurs entretiens successifs, et différentes personnalités qui interviennent pour évaluer la motivation des candidat.es, la capacité d’intégration dans les structures d’accueil, la solidité psychologique, l’aptitude à comprendre les enjeux d’un contexte interculturel…

Au micro de Guylène Dubois, Anne-Sophie Macor revient notamment sur les missions de volontariat qui ont été ouvertes par le Défap courant janvier : le recrutement des candidat.es est en cours, jusqu’à fin avril – début mai, pour des missions qui vont s’étaler sur l’année 2024-2025. Les missions de service civique, destinées aux candidat.es les plus jeunes, durent environ un an ; les missions en VSI (Volontariat de Solidarité Internationale) peuvent durer deux ans et être renouvelées jusqu’à trois fois.

Partez en mission avec le Défap !

Courrier de Mission
Émission du 17 mars 2024 sur Fréquence Protestante

 

Des missions co-construites avec les partenaires

Les missions proposées par le Défap se déroulent essentiellement dans les secteurs de l’enseignement, de la santé ou de l’environnement. Dans des pays comme Madagascar, la Tunisie, le Cameroun, le Maroc, le Togo, l’Égypte… Certaines impliquent chez les candidat.es des compétences professionnelles spécifiques (c’est le cas des missions destinées à des VSI), d’autres ne nécessitent pas de formation professionnelle particulière (les missions de service civique). Toutes ont pour caractéristique d’être co-construites : c’est-à-dire qu’elles sont issues d’une demande des partenaires du Défap, et c’est à partir des besoins exprimés que seront définies les contours de la mission et le profil attendu pour le/la volontaire. Cette co-construction est une garantie que la mission correspond bien à un besoin sur place (elle n’est pas définie depuis Paris, au risque d’être en décalage avec les besoins réels à plusieurs milliers de km de la France) ; c’est aussi un marqueur des relations que le Défap entretient avec les Églises et institutions issues d’Églises avec lesquelles il est en lien – des relations de confiance entretenues sur le long terme, des relations de partenariat.

À noter que le Défap est le seul organisme protestant agréé pour l’envoi de VSI ; ce qui le place dans une situation particulière, avec certaines responsabilités vis-à-vis des autorités publiques (en ce qui concerne la formation et le suivi des volontaires). Mais le Défap permet aussi à d’autres organismes protestants d’envoyer des volontaires internationaux à l’étranger par le biais du « portage » (ou « intermédiation »). Le Défap a donc une position assez unique dans le milieu protestant.

Des missions dans les secteurs de l’enseignement, de la santé, de l’environnement… © Défap

Les missions proposées par le Défap ont aussi la particularité de se dérouler dans un cadre laïc, avec un statut reconnu par les autorités françaises (ce qui implique des garanties en termes de droit, de rémunération, de protection sociale…), mais dans un milieu d’Églises : car les institutions d’enseignement, de santé, etc… au sein desquelles les volontaires du Défap travailleront sont gérées par des Églises.

Soulignons que le Défap ne fait pas qu’envoyer des volontaires français à l’étranger : il œuvre aux mobilités croisées. C’est la deuxième année qu’il permet à des volontaires issu.es de ses Églises partenaires à l’étranger de venir en France en bénéficiant d’un statut de droit français. Ce qui est permis par un dispositif juridique français, la « réciprocité », qui permet de faire venir en France des candidats d’un pays où l’on envoie des volontaires, en bénéficiant du même statut. C’est un dispositif que le Défap commence à utiliser, mais qu’il avait contribué à faire naître en France, avec d’autres ONG françaises. L’an dernier, le Défap a ainsi permis à ses premiers services civiques de venir effectuer des missions au sein d’institutions liées à des Églises protestantes de France. Pour l’année 2024-2025, le mouvement s’élargit aux VSI.

Photo de groupe de la session de formation des envoyés de juillet 2023 © Défap



«Les jeudis du Défap» : croiser les regards sur la mission

Le monde change, la mission aussi. Mais en quoi change-t-elle ? Que devient-elle ? C’est pour penser ensemble les enjeux de la mission de l’Église aujourd’hui que le Défap organise une série de rencontres en visio avec des spécialistes de la mission, chercheurs et professeurs. Premier rendez-vous à inscrire à votre agenda : le 4 avril. Avec comme thématique : « La mission inversée ? Peut-on véritablement parler de mission du Sud vers le Nord ? » Les inscriptions sont ouvertes…

Le Défap vous propose trois rendez-vous pour aborder plusieurs aspects de la mission aujourd’hui. L’objectif de ces rencontres est d’ouvrir un espace-Défap pour le partage d’une réflexion missiologique et interculturelle avec le concours de spécialistes sur la question.

En 2024, trois rendez-vous sont fixés les soirs de 18h30 à 20h00 :

  • Le jeudi 4 avril 2024 : « La mission inversée ? Peut-on véritablement parler de mission du Sud vers le Nord ? »
    Intervenants : Adrien Franck MOUGOUE et Mme Corinne VALASIK
  • Le jeudi 5 septembre 2024 : « Le pardon chez Paul Ricœur : une proposition de construction socio-politique de la paix ».
    Intervenant : Pasteur Robert LOUINOR
  • Le jeudi 5 décembre 2024 : « Théologie interculturelle et interculturalité dans l’Église.
    Intervenant : Professeur Gilles VIDAL

Ces rencontres se feront en deux temps :

  • Un temps de conférence
  • Un temps de débat et de questions-réponses.

Dans le contexte actuel, la mission interroge et s’interroge sur elle-même, sur ses transformations sémantiques et conceptuelles. Nous proposons aux chercheurs et professeurs intervenants de croiser leurs regards pour enrichir les participants des fruits de leurs recherches. Il leur est proposé d’élargir et d’enrichir notre connaissance sur la missiologie et le dialogue interculturel. C’est pour nous une occasion de penser ensemble les enjeux de la mission de l’Eglise aujourd’hui. Un bulletin d’inscription est mis en ligne sur le site du Défap, pour vous permettre de participer à ces visioconférences. Une fois inscrit, un lien d’accès vous sera communiqué.




«Jeudis du Défap» : pour s’inscrire, c’est ici

Vous souhaitez participer aux « Jeudis du Défap » ? Pour tout savoir et pour vous inscrire, c’est par ici :

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Les responsables religieux chrétiens de France appellent au cessez-le-feu

Se disant « solidaires de toutes les victimes de la guerre entre Israël et le Hamas », les responsables religieux membres du CECEF, le Conseil d’Églises chrétiennes en France, appellent au cessez-le-feu et à la libération des otages.

A Paris, le 05/03/2024

Nous, responsables religieux chrétiens de France, sommes solidaires de toutes les victimes de la guerre entre Israël et le Hamas et appelons au cessez le feu. Porteurs des valeurs de l’Évangile, nous souffrons de la désespérante situation que connaissent plus de deux millions de personnes vivant dans la bande de Gaza. Nous tenons à affirmer que la restriction d’accès à des ressources essentielles telles que les soins médicaux, la nourriture et l’eau est fondamentalement inhumaine.

Nous nous sentons solidaires de toutes les victimes de cette guerre, particulièrement des populations civiles mais aussi des soldats ou des combattants qui portent et porteront les conséquences des actions qu’ils doivent mener. Nous avons exprimé notre solidarité au lendemain de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023. Nous la redisons, comme c’est notre devoir, après la tuerie de plus d’une centaine de gazaouis affamés qui a eu lieu le jeudi 29 février 2024, et oblige à voir ce qu’il y a d’inhumain dans la situation présente.

Les objectifs militaires et les intérêts politiques poursuivis par cette guerre ne peuvent négliger la priorité que revêt la sauvegarde de toute vie humaine. Nous réprouvons les actes de violence qui exacerbent la souffrance humaine et empêchent l’émergence d’une paix durable. Nous exhortons les parties prenantes de cette guerre à faire de la protection de la vie humaine et de la dignité des civils leur plus haute priorité.

Dans cet esprit, nous demandons instamment à tous les responsables politiques et religieux d’intensifier leur action pour mettre fin à cette violence et de prendre les mesures essentielles dans le cadre d’un processus visant à instaurer une paix durable entre Israéliens et Palestiniens.

Nous demandons notamment :

  • Un cessez-le-feu immédiat, pour assurer l’acheminement d’une aide humanitaire indispensable, en premier lieu les soins médicaux, la nourriture et l’eau.
  • La libération immédiate de tous les otages conformément au droit international humanitaire et aux droits humains.
  • Des efforts internationaux pour ouvrir par le dialogue une nouvelle voie politique vers une paix durable, relancer le débat sur une solution viable à deux États, et entamer le travail sur la guérison des mémoires de tous les habitants de la région.

En ce temps de carême, nous invitons les chrétiens de toutes les confessions à continuer de porter instamment la situation du Proche-Orient dans leur prière, à ne pas s’habituer à cette situation de guerre et de violence, à être facilitateurs de dialogue et de rencontre là où les sensibilités des uns et des autres s’opposent, à prier et travailler sans relâche pour que tous puisent dans leur religion des raisons de servir la paix et dépasser les peurs et les colères.

Pasteur Christian Krieger,
Président de la Fédération protestante de France

Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort,
Président de la Conférence des évêques de France

Monseigneur Dimitrios,
Président de l’Assemblée des évêques orthodoxe de France




Rendez-vous au Défap pour les futurs pasteurs

Lundi 18 mars, les étudiants en Master 2 « Église et Société » de l’IPT seront au 102 boulevard Arago, pour rencontrer l’équipe du Défap, ainsi que la Secrétaire générale de la Cevaa, Claudia Schulz. L’objectif de ces rencontres, désormais régulières, est notamment de permettre de mieux faire connaître les rôles du Défap et de la Cevaa à ces étudiants qui se destinent à devenir pasteurs au sein de l’Église protestante unie de France.

Les étudiants de l’IPT, accompagnés d’Élian Cuvillier, et l’équipe du Défap, le lundi 13 décembre 2021 dans la chapelle du 102 boulevard Arago

L’interculturel, en ces temps de mondialisation, nul n’y échappe ; et pas plus les paroisses protestantes que le citoyen ou le consommateur lambda. La porosité des frontières aujourd’hui ne concerne pas les seuls biens et services marchands ; elle se traduit non seulement par des implantations d’Églises de migrants, mais aussi par l’arrivée de nouveaux paroissiens dans des Églises installées de longue date, entraînant souvent une porosité des frontières entre cultures au sein d’une même paroisse. Conséquence : le protestantisme français aujourd’hui présente une diversité culturelle inédite, ce qui est vécu avec plus ou moins de bonheur… et plus ou moins de difficultés, parfois pratiques, mais aussi théologiques.

Et dans chaque Église, chaque paroisse, les pasteurs se retrouvent au confluent de ces enjeux, qui les mettent au défi d’adapter, voire de réinventer leur rôle. Ils doivent se faire passeurs : être capables de comprendre les contextes dont sont issus leurs paroissiens et les mettre en dialogue, nouer des liens avec d’autres Églises… C’est l’un des rôles du Défap que de les y aider. Comme le soulignait son Secrétaire général, Basile Zouma, en 2021, année où le Défap célébrait son cinquantenaire, « l’Église universelle n’est pas d’abord située géographiquement, elle est plus large. Nous aidons les communautés à en prendre conscience, à dépasser les frontières, à se décentrer dans un réel partage, à ne pas se refermer sur leurs propres difficultés ». Il s’agit donc toujours pour les pasteurs de prêcher l’Évangile, d’accompagner des communautés locales, d’accompagner des personnes dans des moments particuliers de leur vie, comme le soulignait en mai 2016 Evert Veldhuizen, président de l’Association des Pasteurs de France ; mais aussi de savoir décrypter et faire communiquer entre elles des manières diverses d’envisager l’Église et la société, de croire et d’exprimer sa foi.

Un corps pastoral dont la sociologie se modifie

Tâche d’autant plus ardue que le corps pastoral, lui aussi, évolue fortement. Ce que souligne le professeur Élian Cuvillier, de l’Institut Protestant de Théologie (IPT) selon qui « le jeune qui fait de la théologie juste après le bac, européen, protestant venant des paroisses, devient une denrée rare ». Ainsi, depuis les années 80, le corps pastoral a dû s’adapter à l’ère numérique, il a vu sa sociologie se modifier… Celui de l’Église protestante unie de France (EPUdF) compte de plus en plus de femmes, de plus en plus de pasteurs venus de l’étranger (ils sont aujourd’hui un tiers au sein de l’EPUdF, dont une bonne moitié provenant d’Afrique), voire d’autres Églises… Nombre de nouveaux pasteurs ont déjà connu une vie professionnelle avant de se reconvertir, et la part de celles et ceux qui sont directement issus de familles de pasteurs du milieu luthéro-réformé se réduit de plus en plus. Des transformations qui sont à l’image de celles que connaissent les paroisses. L’épisode de la crise sanitaire, dont l’impact a été lourd sur la vie des Églises, et les tensions entourant les questions liées à la laïcité n’ont fait qu’accentuer récemment des transformations déjà profondes.

Élian Cuvillier sera justement l’accompagnateur du groupe d’étudiants de l’IPT qui doivent se rendre ce 18 mars au Défap. Tous sont en deuxième année de Master, et plus précisément en Cycle M2 « Église et société », ce qui les prépare à exercer un ministère au sein de l’EPUdF. Un Cycle M2 dont Élian Cuvillier est le directeur, depuis juillet 2017, sur les deux facultés de Paris et Montpellier. Il a déjà eu l’occasion de dire, lors d’une de ces visites, qu’il considère le Défap comme « un rouage essentiel de l’Église », avec lequel ses étudiant·es, en tant que futur·es pasteur·es, « seront nécessairement amené·es à travailler ».

Voilà plusieurs années que ces visites d’étudiant·es de l’IPT sont organisées au 102 boulevard Arago ; Tünde Lamboley, alors responsable de la formation théologique, et qui avait initié un rapprochement avec l’IPT à travers une série de « déjeuners-cultes », avait en effet constaté que le Service Protestant de Mission restait encore trop souvent méconnu parmi les étudiants. D’où cette idée d’un temps de rencontre et d’échanges, approuvée par Élian Cuvillier. Pour cette année 2024, le programme a été établi par le service Échange théologique du Défap et associe, pour la première fois, la Cevaa. C’est en effet au sein de cette Communauté d’Églises en mission, née en même temps que lui, en 1971, de la Société des Missions Évangéliques de Paris, que se déploient une grande partie des activités du Défap ; elle regroupe la majorité des Églises avec lesquelles il est en lien dans et hors de France ; et la Cevaa, comme le Défap, travaillent à favoriser les échanges et faire vivre les liens entre Églises. Les étudiants du Cycle M2 pourront tout d’abord rencontrer l’équipe du Défap, lors d’une présentation de ses divers services et d’un repas en commun ; et ils pourront s’entretenir avec la Secrétaire générale de la Cevaa, Claudia Schulz, qui leur fera une présentation durant l’après-midi des enjeux et des activités de la Communauté d’Églises en mission.
 

Devenir pasteur·e ou théologien·ne
Le cycle M de l’Institut Protestant de Théologie prend la forme d’un cursus de deux ans (M1, M2 Église et société / M2 « Corpus biblique/corpus systématique/corpus historique/corpus pratique/œcuménisme »). Le Cycle M mention « Corpus et œcuménisme » a pour objectif de préparer des théologien·ne·s dans les spécialités nommées pour être capable de réfléchir les faits religieux en dialogue avec les sciences humaines et sociales dans une société laïque (débouchés professionnels : journalisme, travail dans des ONGs, médiation en situation interreligieuse). Le Cycle M mention « Église et société » prépare à un ministère dans l’EPUdF. La première année est commune aux deux mentions et propose des séminaires dans les quatre disciplines histoire / biblique / systématique / théologie pratique et se clôt par un premier mémoire. La deuxième année vise à compléter la formation en approfondissant les connaissances et les expériences. Elle est distincte en fonction de la mention ; l’entrée dans la mention « Église et société » est conditionnée à l’accord de la Commission des ministères (CDM) de l’EPUdF.