Situation des bédouins, démolitions & récoltes

Situation des bédouins, démolitions & récoltes
Village bédouin de Ja’ba

 

« Le chef de ce village est propriétaire de la terre que son père a achetée avant 1967, ce qui n’est pas courant ; avant 1948, ils vivaient dans le désert du Néguev d’où ils ont été chassés. Son père a construit une belle maison en pierres qui est toujours là. Ils sont considérés comme réfugiés mais peuvent rester sur leur terre.

Mais, depuis, la colonie d’« Adam » s’est construite au bord de leur village, et sur une partie de leurs terres et de l’autre côté, on a construit une autoroute qui les sépare du reste du village.

Il y a maintenant trente-cing familles ici, isolées et coincées entre cette colonie et une autoroute. (…) Et les enfants devaient traverser l’autoroute à pied pour aller à l’école !

 

Claude Smith, DR

A droite, Claude Smith, à Jérusalem DR

 

Les bédouins ont demandé un permis de construire une école sur leur propre terrain, ce qui leur a été refusé. (…) ils n’ont pas le droit de construire « en dur » (…) : tout leur est interdit même de planter, tout est réglementé par des lois militaires. (…)

[Le chef du village] a décidé de construire une école (primaire) pour les cinquante-cinq enfants du village, illégalement évidemment. Avec quelques subventions européennes ils ont acheté quelques « baraques » en tôle qu’ils sont en train d’installer…avec un toit pour la cour.

 

Dans un autre village de bédouins Khan Al Amar, (…) le chef de village a également décidé de construire une école illégalement : elle est entièrement faite de pneus, et recouverte de torchis. Quatre-vingt-dix enfants de 6 à 14 ans la fréquentent.

Mais les colons ont demandé la destruction de l’école et le chef de village qui travaillait comme maçon dans la colonie a perdu son travail, en représailles, ainsi que tous les autres hommes du village. (…)

 

Il y a beaucoup d’écoles illégales en Palestine, presque dans chaque village ; grâce à des fonds internationaux, ils peuvent parfois confectionner une école de fortune, avec quelques jeux et toboggan…

Elles ont toutes reçues des ordres de démolition, mais, en attendant, la vie continue…

Les Palestiniens ont le taux le plus élevé de gens éduqués dans le monde arabe. »

 

Démolitions

 

« Alors que nous étions en visite dans le village bédouin de Ja’ba dans la banlieue de Jérusalem, nous avons reçu une alerte nous informant qu’une maison était en cours de démolition dans la ville de Beit Hanina.

(…) quelle ne fut pas notre surprise d’apprendre qu’il s’agissait d’une démolition programmée par le propriétaire lui-même avec un bulldozer qu’il avait loué !

Il avait en effet une date butoir pour démolir sa maison sinon l’armée viendrait le faire elle-même et ça coûterait deux à trois fois plus cher. Car le propriétaire doit payer cette opération ainsi que le ramassage des débris… Sans compter que ça permet de récupérer les panneaux solaires parfois, des portes et des fenêtres pour une éventuelle reconstruction…

 

(…) le permis de construire ne lui ayant pas été attribué, il n’avait eu d’autre choix que de construire illégalement pour abriter sa fille veuve avec huit enfants ; et après quinze ans, malgré trois procès en justice, et trois amendes à payer, il a dû finalement détruire lui-même cette maison (…)

 

Une demande de permis de construire coûte une fortune pour les Palestiniens et la réponse peut se faire attendre plusieurs années ; rien n’est construit pour eux depuis des années… (…)

 

Les bédouins payent très cher leur attachement à la terre et leur résistance à l’occupation ; ils manquent d’eau, d’écoles, d’infrastructures, et ils sont constamment menacés d’être déplacés. »

La récolte des olives

 

« C’est l’époque de la récolte des olives ; donc nous donnons un coup de main dans les villages où notre présence offre une sorte de protection pour les paysans palestiniens, qui sont souvent la cible des colons pendant ce travail.

 

Les paysans palestiniens ont des jours précis pour aller  travailler dans leurs champs confisqués ; récemment nous devions aller aider un village, mais quand les Palestiniens sont arrivés, les colons étaient déjà passés et s’étaient servis… (…)

 

Nous voulions aider une institutrice (…), mais elle pense que cette année, elle n’aura pas le permis d’aller sur sa terre, à cause des « événements » ; de toutes façons, elle expliquait qu’en général on la prévient deux jours avant, et avec des horaires très précis (…). Et dès que les paysans sont entrés, la grille est fermée derrière eux : s’ils ont un problème ils ne peuvent pas sortir (…) « On passe plus de temps à [attendre l’ouverture de] la grille que dans nos champs. » Ils n’ont droit qu’à quarante-cinq jours par an, s’ils les obtiennent… certains nous ont dit : « demander un permis pour aller sur nos terres ? Jamais de la vie », mais du coup, ils la perdent complètement après trois années sans y aller… »

 




« Etre ou ne pas être hiérosolymitain (jerusalemite)…

…Ce n’est pas la question. La question est : comment le prouver et le rester ? » Article de Claude Smith, envoyée EAPPI pour le Défap, sur la situation des Palestiniens à Jérusalem-Est.

Claude Smith est Accompagnatrice oecuménique à Jérusalem, envoyée par les Églises protestantes françaises.

 

Rue Jaffa, Jérusalem DR

Rue Jaffa, Jérusalem Ouest DR

 

« Avant 1947, la totalité de Jérusalem était palestinienne. Après la partition de la Palestine par les Nations Unies cette même année, l’ONU a qualifié Jérusalem de zone internationale. Israël a envahi Jérusalem Ouest et a établi une frontière « de facto » connue sous le nom de Ligne Verte, chassant des dizaines de milliers de Palestiniens de cette partie de la ville. En 1967, Israël a occupé puis annexé Jérusalem-Est. L’occupation et l’annexion de Jérusalem-Est sont illégales selon la législation internationale.

 

Mais bien que la communauté internationale reconnaisse cette occupation, Israël ne cesse d’agrandir la ville à son profit, en empiétant sur la ligne verte, le gouvernement installe des « colonies » en plein centre et autour de tous les villages palestiniens, rendant ainsi la ville impossible aux habitants originaires de JERUSALEM. Les Israéliens appellent cette évolution « l’unification » de Jérusalem. En 1967, cela signifiait l’accès aux lieux saints juifs, le mur des Lamentations dans la vieille ville qui avait été refusé depuis la fondation de l’Etat d’Israël en 1948.

 

Pour les Palestiniens, c’est une autre histoire. Juste après l’occupation de 1967, Israël a organisé un recensement des habitants de Jérusalem et tous ceux qui n’étaient pas dans le pays à ce moment-là  pour diverses raisons – voyage à l’étranger, études à l’étranger – ont perdu leur droit à revenir chez eux, définitivement ! D’un seul coup, plus de 40 000 Palestiniens ont perdu leur appartenance à cette ville alors que leurs familles y vivaient depuis plusieurs générations.

 

Cartes de résidents

 

Israël a annexé Jérusalem-Est et déclaré qu’elle faisait partie d’Israël. Et pourtant, alors qu’ils paient des impôts à Israël, les Palestiniens qui vivent à Jérusalem-Est ne reçoivent pas la citoyenneté israélienne mais doivent faire la demande d’une Carte de résident perma-nent (carte bleue) et, malgré ce terme de permanent, cette demande doit être régulière-ment renouvelée.

 

Ce statut correspond à celui d’étranger alors qu’il s’agit de personnes résidant sur leur propre terre.
Cette carte n’est transmissible ni au conjoint ni aux enfants : d’où de nombreux problèmes de scolarisation…

Les Palestiniens qui vivent à Jérusalem-Est et qui ont un enfant doivent demander au Ministère de l’Intérieur une carte de résident pour celui-ci. Israël accorde à l’enfant une carte temporaire valable deux ans seulement et qui doit aussi être régulière-ment renouvelée. Il y a actuellement environ 10 000 enfants palestiniens qui vivent sans autorisation à Jérusalem-Est et qui n’ont par conséquent pas accès à l’éducation et la santé.

 

Pour obtenir le renouvellement de cette carte, les Palestiniens doivent prouver aux autorités israéliennes que Jérusalem-Est est leur « centre de vie », qu’ils y ont une habitation, un tra-vail, qu’ils y font des études etc. Dans ce but, ils doivent fournir quantité de documents, dont l’assurance santé et des factures d’eau ou d’électricité remontant à plusieurs années, que beaucoup de Palestiniens n’ont pas.

 

En conséquence, de nombreux Palestiniens qui n’avaient jamais vécu ailleurs qu’à Jérusalem-Est ont perdu leur carte de résident.

Et, une fois expulsés, ils n’ont plus le droit de revenir. Ceux qui ont vécu ailleurs pendant plus de sept ans perdent définitivement le droit de revenir y vivre.

 

La loi sur la citoyenneté interdit aux Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza d’entrer à Jérusalem pour un regroupement familial. Ceci a fait que des époux ont été séparés l’un de l’autre et des enfants de leurs parents.

 

11 000 cartes de résident ont été retirées à des Palestiniens ces 20 dernières années…

Les Palestiniens sont au nombre de 260 000 environ sur 800 000 habitants de Jérusalem.

 

Le Mur de séparation dans la région de Bethléem DR

Le Mur de séparation dans la région de Bethléem DR

 

Démolition de maisons

Silwan, faubourg de Jérusalem-Est, est particulièrement visé par les démolitions et les expul-sions.
Dans ce quartier, les maisons palestiniennes sont détruites pour faire place à un centre tou-ristique et archéologique, un parc national israélien appelé « cité de David ». Ne serait-ce qu’à Silwan, plus de 1 000 Palestiniens s’attendent à la perte de leur maison.

 

Il est pratiquement impossible pour des Palestiniens d’obtenir un permis de construire. Presque toutes les demandes, dont l’enregistrement coûte très cher, sont refusées et il faut attendre parfois des années pour avoir la réponse.

Mais les familles palestiniennes de Jérusalem-Est ont besoin d’agrandir leur espace vital. Elles le font sans avoir reçu l’autorisation et doivent alors vivre dans la crainte de recevoir un ordre de démolition.

 

Ce document, s’ils le reçoivent, est assorti d’une amende. La police et l’armée israéliennes escortent les bulldozers, et les familles sont sommées de sortir de chez elles le plus rapide-ment possible en emportant le plus de biens possibles. Ils doivent payer le coût de la démoli-tion, qui peut atteindre des centaines de milliers d’euros. Ceux qui ne peuvent pas payer risquent la prison. Avec 70% des Palestiniens de Jérusalem-Est vivant sous le seuil de pauvre-té, certains sont obligés de détruire eux-mêmes leur maison.

 

Ceux qui ont les moyens, comme un de nos voisins, achètent ou construisent une maison familiale plus grande dans les villages alentours (plusieurs frères avec femme, enfants et leurs vieux parents) mais gardent leur petit appartement à Jérusalem, avec quelques af-faires, pour ne surtout pas perdre leur carte de résident. Pour venir « chez eux » à Jérusa-lem, ils doivent franchir les check points. S’ils se font attraper, ils perdent définitivement leur carte, la possibilité de travailler à Jérusalem et d’y vivre à nouveau et prennent toujours le risque de voir la maison familiale détruite. »

 




Pastorale de l’Eglise protestante malgache en France

Le Secrétaire général du Défap, le pasteur Bertrand Vergniol, et la Chargée d’animation missionnaire, le pasteur Florence Taubmann, se sont rendus vendredi 24 juillet 2015 à la pastorale de l’Eglise protestante malgache en France (FPMA).

C’est autour de grands sujets que les pasteurs de la FPMA se sont donné rendez-vous pour leur pastorale annuelle à Villebon-sur Yvette.

 

Après avoir abordé le jeudi 23 juillet les relations entre judaïsme et christianisme avec l’aide du Pasteur Alain Massini et du Rabbin Michel Serfaty, ils ont écouté ce vendredi 24 le pasteur Bertrand Vergniol évoquer la nécessité d’une double mission d’évangélisation : extérieure et intérieure.

 

Ils ont également reçu sa suggestion de réfléchir sur les défis que représentent aujourd’hui pour le monde la tentation du fanatisme et les conséquences de la sécularisation.

Les pasteurs Bertrand Vergniol et Florence Taubmann à la pastorale de la FPMA, en région parisienne

 

C’est sur cette dernière question qu’ils ont échangé avec le pasteur Florence Taubmann, tâchant de démêler les aspects positifs de la laïcité des aspects parfois négatifs d’une sécularisation des esprits qui tend à vider les Eglises.

 

Mais loin de nous désespérer, ceci pousse à assumer avec fidélité notre devoir de témoignage et de partage de l’Evangile, sans doute à nouveaux frais, avec un enthousiasme renouvelé. Et c’est avec le pasteur David Brown et son épouse Julie, responsables du projet Mosaïc, qu’ils ont poursuivi la journée.

 

Le tout dans une atmosphère très fraternelle et chaleureuse!

 




David Brown : « encourager l’unité dans le monde chrétien »

Le pasteur David Brown et sa femme Julie sont les nouveaux responsables du projet Mosaïc en Île-de-France. Interview du pasteur.

Parcours de Julie et David Brown

Missionnaires américains, ils ont vécu de 1985 à 1994 au Burkina Faso, envoyés par un organisme américain. De 2002 à 2010, ils ont vécu au Maroc où ils ont notamment rencontré le pasteur Jean-Luc Blanc qui leur a demandé d’accompagner des migrants sans-papiers (venant de 43 pays différents). Ils sont ensuite venus à Marseille à la demande de Philippe Girardet, ancien président de la Cevaa. David Brown s’y est installé en tant que pasteur (et musicien…). C’était pour eux l’occasion de passer d’un « pays de transit » (le Maroc) à un « pays d’accueil » (la France).
Le pasteur et sa femme travaillent en équipe et sont aujourd’hui les représentants Mosaïc pour l’Île-de-France.

 

Logo du Projet Mosaïc

 

Comment en sont-ils arrivés là ?

 

A Marseille, David et Julie Brown ont travaillé en relation avec le projet Mosaïc. Venus à Paris lors d’une réunion en lien avec le projet, ils rencontrent François Clavairoly qui leur parle du projet et, quelques semaines plus tard, les appelle pour le leur proposer à plein temps. Ils hésitent mais… « Cela semblait être la volonté de Dieu que nous venions à Paris ».

C’est ainsi que, depuis le 1er février 2015, David Brown est en charge du Projet Mosaïc en région parisienne.

 

La définition du projet

 

Le projet Mosaïc a pour but « d’encourager la rencontre inter-Églises protestantes ».
Le pasteur David Brown explique qu’il faut « apprendre à vivre avec nos voisins, partager nos cultures, vivre notre vie ensemble ».

Le thème de l’interreligieux est cher au pasteur. Par exemple, « aux Etats-Unis, les musulmans sont plus intégrés dans la société » qu’en France, notamment parce qu’il y a plus de travail. « Le problème du racisme et de l’intégration est un enjeu important », dit-il.

« Mosaïc va dans le même sens car on est dans la multiculturalité », avec notamment des « différences liturgiques et théologiques ». L’idée, nous dit-il, est de répondre à la question « comment arriver à vivre ensemble, à être unis, à mettre notre foi unie en action ».

Le pasteur David Brown veut lancer ce message d’unité, dans une société en mutation où il est important que « l’Eglise joue un rôle d’exemple de vie entre cultures ».

« Nous sommes tous chargés du dialogue interreligieux », dit-il. L’œuvre des Églises Mosaïc est de « partager la bonne nouvelle comme les autres Eglises ».

Mais c’est également de venir en aide aux personnes dans une situation de précarité. Il cite ainsi l’exemple d’une Église qui accueille deux personnes sans abri depuis six mois en attendant de trouver une solution durable.

 

Faire connaître le projet

 

Mosaïc est devenu plus un « programme qu’un projet », dit le pasteur.

Mais « beaucoup de gens ne le connaissent pas ». C’est pourquoi il essaye d’assister aux réunions pastorales et contacte directement ses collègues : « je suis quelqu’un du terrain », insiste-t-il.

Cela lui permet également de découvrir de nouvelles Eglises. Mais un problème se pose à Paris qu’il n’a pas eu à Marseille : l’ampleur de la zone géographique. C’est pourquoi, à partir de septembre, il veut « organiser l’activité Mosaïc par zones », même si certaines activités resteront pour toute la région, comme la fête de la musique qui a lieu cette année à l’Eglise Saint-Paul.

 

Les objectifs du mandat

 

Le pasteur a deux buts : au niveau spirituel et au niveau pratique.

 

Au niveau spirituel, il veut « encourager l’unité dans le monde chrétien ». Il est nécessaire de « garder le respect pour l’autre, différent », dit-il avant d’ajouter que « le mal est content quand on est divisé ».
Mosaïc est en cela un « point de rencontre authentique ».

 

Au niveau pratique, dans les trois ans de sa mission, il souhaite « voir de plus en plus de pasteurs inclus dans l’activité Mosaïc ». Certains pasteurs se disent intéressés mais expliquent ne pas avoir le temps : David Brown dit que le « simple fait de participer au repas mensuel de Mosaïc » est déjà enrichissant et permet de multiplier les rencontres.

Il insiste sur son expérience au Maroc où il dit avoir « beaucoup appris avec [ses] amis musulmans », et leur avoir appris en retour : c’est un « vrai partage ».

 

Interview du pasteur David Brown dans Courrier de mission

 




Chrétiens de la Méditerranée : soutien au peuple tunisien

Le réseau Chrétiens de la Méditerranée a adressé un message de soutien au peuple tunisien au lendemain du terrible drame de Sousse.

Jean-Claude Petit, président de Chrétiens de la Méditerranée, s’adresse à Kamel Jendoubi, ministre auprès du chef du gouvernement chargé des Relations avec les institutions constitutionnelles et la société civile, et ami du réseau.

En effet, un voyage d’étude a été organisé en novembre 2012 où il a fait découvrir son pays, la Tunisie, à des membres du réseau.

Ces derniers souhaitent aujourd’hui, dans ce communiqué, dire leur compassion et solidarité aux Tunisiens et à la Tunisie.

 

« Le 29 Juin 2015

Très cher Kamel, et vous tous, amis de la Tunisie bien-aimée, Il est, hélas, des moments de l’histoire au cours desquels la folie des hommes va jusqu’à accoucher de la barbarie. N’ayons pas peur de le dire : « Nous en sommes là. » Et une nouvelle fois, parce qu’ensemble, femmes et hommes, religieux et laïcs, vous avez décidé de faire de votre magnifique pays un barrage à la folie des barbares, vous voilà atteints en plein cœur. Oui, très cher Kamel et vous tous amis de Tunisie, soyez-en sûrs : ce qui vous atteint nous atteint, ce qui vous bouleverse nous bouleverse, et cette petite flamme de l’espérance qui continue d’éclairer vos vies d’amoureux de la liberté et de la fraternité éclaire aussi les nôtres. Oui, nous sommes là à vos côtés, partageant votre douleur et vous offrant nos mains pour qu’ensemble nous repartions debout à la conquête d’un monde tout simplement humain.

 

Sousse, sur la côte, à l’est de la Tunisie

 

« Ensemble » est en effet le nom de code que nous avons en commun, très cher Kamel et vous tous amis de Tunisie. Nous l’avons en commun depuis que vous avez si bien accueilli chez vous les voyageurs de notre Réseau d’acteurs de paix Chrétiens de la Méditerranée. Ce furent des jours de grande intensité qu’aucun d’entre nous n’a oubliés. Ce furent aussi, et toujours, des heures de grande liberté de parole dans les échanges et des moments d’amitié réelle. D’une amitié qui perdure et qui, aujourd’hui, nous rend plus proches que jamais. C’était également pour vous tous, dans votre diversité, le temps historique du « dialogue national ». Celui qui vous a permis de faire le pas, historique lui aussi, vers la démocratie. Ce précieux trésor qu’ « ils » veulent détruire partout !

 

Aujourd’hui, au cœur de l’épreuve qui vous atteint tous, le mot « Ensemble » n’est plus seulement un nom de code. Il est une Réalité et une Promesse. La Réalité du partage et de l’amitié de notre Réseau tout entier dont je suis le messager auprès de chacune et chacun d’entre vous. La Promesse de réfléchir avec vous sans tarder à une nouvelle étape d’un travail en commun, Tunisiens et Français, au service de la fraternité sans laquelle aucune paix n’est possible et de la liberté qui la conditionne. « Résister » devient notre tâche commune. Ensemble. »

 

Jean-Claude Petit
Président de Chrétiens de la Méditerranée, le Réseau citoyen d’acteurs de paix

 




Analyse de la situation en Centrafrique : troisième partie

Dans le cadre d’une série de trois vidéos, le Défap vous présente un résumé et une analyse de la situation en République centrafricaine. Troisième et dernière partie.

Le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président du Défap, est un spécialiste de la Centrafrique où il a passé plusieurs années.
Il présente ici quelques points de repères de l’histoire de ce pays depuis la colonisation française. Troisième partie.

Si vous n’êtes pas familier avec l’histoire de la Centrafrique, voici une chronologie.

 

Liste des présidents centrafricains cités

Barthélémy Boganda
David Dacko
Jean-Bedel Bokassa
Ange-Félix Patassé
François Bozizé
Michel Djotodia

 

Lexique

Force africaine Misca : La Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine est une mission de protection des biens et des personnes autorisée le 5 décembre 2013 par le Conseil de sécurité des Nations unies. Elle précède la MINUSCA (septembre 2014) et a été mise en place pour lutter contre les violences surgies après le coup d’État de 2013 contre le président François Bozizé. Elle a été déployée à partir du 19 décembre 2013 sous la houlette de l’Union africaine.

 

Force Sangaris : Sangaris est le nom d’une opération militaire de l’armée française conduite en République centrafricaine à partir du 5 décembre 2013. C’était la septième intervention militaire française depuis l’indépendance du pays en 1960.

 

Carte de la Centrafrique (Source : Google Maps)

Les étoiles correspondent aux quatre villes suivantes (de l’ouest à l’est) : Bangui, Damara, Mabaye, Birao

 




Attentats au Tchad : situation des envoyés

N’Djamena, capitale du pays, a été touché par plusieurs attentats-suicide le lundi 15 juin dans la matinée.

Au moins quatre explosions ont retenti, hier 15 juin, dans le secteur de la Direction de la Sécurité publique et du Commissariat central ainsi que vers l’école de police, des endroits stratégiques et proches du pouvoir.

Ces attentats-suicide auraient fait vingt-sept morts, dont les quatre kamikazes, et plus de cent blessés. Ils ne sont pas encore revendiqués, mais les autorités soupçonnent fortement le groupe terroriste nigérian Boko Haram. En effet, près de cinq mille soldats tchadiens sont actuellement engagés dans la force sous-régionale qui lutte contre ce mouvement au Nigeria, au Niger et au Cameroun, et N’Djaména devrait bientôt servir de base à son état-major.

 

Carte du Tchad (Source : Google Maps)

 

Le Défap a quatre envoyés dans la capitale tchadienne. Ils vont bien et sont en contact permanent avec l’ambassade de France pour les questions de sécurité et limitent, dans la mesure du possible, leurs déplacements en ville.

Les communications téléphoniques sont perturbées mais ils ont pu entrer en contact avec leurs proches, avec le Défap ainsi qu’avec leur association porteuse.

Les mesures de contrôle ont été intensifiées en ville et chacun reste vigilant.

Les prières de nos communautés et de nos Églises sœurs vont vers les Tchadiens et tous les résidents de ce pays.

 




Analyse de la situation en Centrafrique : première partie

Dans le cadre d’une série de trois vidéos, le Défap vous présente un résumé et une analyse de la situation en République centrafricaine.

Le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président du Défap, est un spécialiste de la Centrafrique où il a passé plusieurs années.

Il présente ici quelques points de repères de l’histoire de ce pays depuis la colonisation française. Première partie.

 

Si vous n’êtes pas familier avec l’histoire de la Centrafrique, voici une chronologie.

 

Liste des présidents centrafricains cités

  • Barthélémy Boganda
  • David Dacko
  • Jean-Bedel Bokassa
  • Ange-Félix Patassé
  • François Bozizé
  • Michel Djotodia

 

Carte de la Centrafrique (Source : Google Maps)

Les étoiles correspondent aux quatre villes suivantes (de l’ouest à l’est) : Bangui, Damara, Mabaye, Birao




Réunion ERM : discussions autour du Forum Défap 2016

La réunion des équipes régionales mission avait à son programme plusieurs sujets, dont celui du Forum Défap 2016. Retour sur cette journée du 4 juin 2015.

Méditation

 

Réunion ERM

 

Elle a été assurée par le pasteur David Brown, nouveau responsable du réseau Mosaïc pour la région île de France. Il a ouvert ce temps à la guitare et a ensuite proposé une réflexion biblique autour de l’immigration, un sujet qu’il connaît bien car, missionnaire américain, il a longtemps vécu au Burkina Faso, au Maroc, et maintenant en France.

A partir de plusieurs passages bibliques, il a parlé de ce sujet : Luc 4, versets 18-19, sur « l’expression de notre mission sur terre », puis Esaïe 49, verset 6, qui décrit cette mission comme « voir, réagir et bénir ».

Il existe des « murs qui divisent nos vies » et qui « nous empêchent de réagir, de mettre notre foi en action », ajoute-t-il, et l’histoire de Jésus et de la Samaritaine (Jean 4), montre bien l’existence de ces murs entre certaines communautés.

En outre, la Lettre aux Ephésiens (2, versets 14 à 16) rappelle que Christ « a renversé le mur qui entretient la haine ». La croix crée « un nouveau peuple, une nouvelle réalité basée sur l’amour inconditionnel et infini de Dieu, sans différence entre les hommes, dit-il. La croix fait tomber les murs qui nous séparent, mais c’est à nous de la laisser faire. »

 

Forum Défap 2016

 

Les représentants des régions ont réfléchi à l’organisation de cet événement et à la manière de le rendre le plus interactif possible.

Le Forum, où les représentations régionales seront limitées, a pour objectif de rédiger des thèses nouvelles sur la mission, alimentées par une réflexion de chaque région. Une équipe de synthèse sera en charge de préparer un texte récapitulatif de ce qui se dira étape par étape durant le Forum.

Un blog a déjà été mis en place qui relaie des articles provenant des régions.

L’accent a été également mis sur l’importance de la jeunesse qui « fait aussi partie de la dynamique missionnaire », comme l’a rappelé Anne-Laure Danet.

L’idée est en effet d’avoir des « mini-forums » dans chaque région : partout des groupes seront formés et se rassembleront dans des lieux où il leur sera possible de visionner le Forum en direct et donner ainsi leur avis, notamment par le biais de Twitter. Les équipes régionales sont chargées d’organiser dans leur région ces différents lieux de « mini-forum » le samedi 9 janvier de 14h à 16h30.

La pasteure Anne-Laure Danet a insisté également sur le fait que le Forum est une façon de mobiliser les Eglises et leur dire qu’elles sont « toutes missionnaires », qu’elles possèdent « toutes cet engagement ».

 

Réunion ERM

 

Mosaïc

Le Projet Mosaïc, créé en 2006, a pour but de favoriser la rencontre et la collaboration entre chrétiens protestants de diverses cultures et origines.

 

Les équipes régionales sont chargées d’aider les Eglises à vivre des liens concrets avec les Eglises du projet Mosaïc. Chaque correspondant local a pour tâche de veiller à établir ces liens localement.

 




Madagascar : la crise politique entraîne l’économie

Alors que le sort du Président Hery Rajaonarimampianina est suspendu à la décision de Haute Cour constitutionnelle, l’incertitude plane sur l’île et les opérateurs économiques se montrent inquiets.

En rouge, Madagascar (Source : Google Maps)

 
A l’occasion du Salon international du tourisme de Madagascar, les opérateurs se sont mobilisés pour relancer ce secteur, qui viserait 400 000 touristes internationaux dans les deux prochaines années et la place de première destination touristique de l’océan Indien.

 

Mais ils se heurtent au doute né de la tentative de destitution du président de la République. A la veille de la haute saison, le président de l’Office national du tourisme, Eric Koller, s’accroche à l’espoir et prie pour que tout se passe bien.

 

Fredy Rajaonera, qui administre le Syndicat des industries de Madagascar ne cache pas non plus son inquiétude. Il suit avec beaucoup d’intérêt l’évolution de cette crise politique, craignant la fuite des investisseurs étrangers.

 

Le Défap est très engagé à Madagascar où se trouvent plusieurs envoyés.




Centrafrique : «Les vieilles recettes de sortie de crise ne marcheront pas»

En RCA, le passage de relais entre la Misca, la force africaine, et la Minusca, la force de stabilisation des Nations Unies, a eu lieu officiellement le 2 septembre. Le début du déploiement de cette nouvelle mission internationale est prévu le 15. Elle doit notamment protéger les populations et soutenir la transition politique. Une transition qui semble aujourd’hui bien difficile à mettre en œuvre.

Bangui, avril 2014 : des jeunes de l’Eglise protestante Christ-roi présentent une scénette où la lumière de la persévérance garde allumées celles de la paix, de la joie, de l’amour et du pardon. © Claire Bernole pour Défap

La République centrafricaine, championne des missions de l’Onu, en a déjà connu plus d’une dizaine : il y a eu la Misab, la Minurca, le Bonuca, la Fomuc, la Micopax… Voici désormais la Minusca, ou Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations Unies en République centrafricaine. L’accord sur le transfert de la force africaine Misca (Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique sous conduite Africaine) vers la Minusca a été signé ce mardi 2 septembre entre le Représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies pour la RCA, le général Babacar Gaye, et le ministre centrafricain des Affaires étrangères Toussaint Kongo Doudou.

Prévue pour comporter, à terme, 10.000 soldats et 1800 policiers, la Minusca a été officiellement créée par une résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unies votée à l’unanimité le 10 avril 2014, et sa mission débute le 15 septembre. Près de 7600 Casques bleus devraient prendre part à l’opération dans un premier temps ; la plupart opèrent déjà sur place dans le cadre de la Misca, déployée depuis décembre 2013 et qui compte 6000 soldats. La France est présente pour sa part à travers l’opération Sangaris qui regroupe 2000 hommes, et l’UE a envoyé 150 hommes dans le cadre de l’opération de l’Union européenne pour la stabilisation en RCA (Eufor). Le déploiement de la Minusca devrait se poursuivre jusqu’au 30 avril 2015. Les soldats de l’ONU seront envoyés sur tout le territoire centrafricain avec trois états-majors: un dans l’Ouest, à Bouar du pays ; un autre dans le Centre-Ouest, à Kaga-Bandoro ; un troisième dans le Centre-Est, à Bria.

« Personne n’est dupe »

Pour soutenir le programme d’aide à la population centrafricaine, adressez vos dons à :

 – Fondation du Protestantisme, 47 rue de Clichy – 75 311 Paris cedex 09.
Dons en ligne : www.fondationduprotestantisme.org
Les chèques ou virements doivent être libellés à l’ordre de «Fondation du protestantisme». Porter la mention «Solidarité protestante-RCA» au verso des chèques.
IBAN : FR76 3078 80010010 2078 2350 030
Banque Neuflize OBC Paris 8° (Pour les virements bancaires).
CODE BIC : NSMBFRPPXXX
Les dons versés à la Fondation du protestantisme, fondation reconnue d’utilité publique, sont déductibles des impôts. Merci d’indiquer vos coordonnées pour l’envoi du reçu fiscal.

La Minusca a reçu pour mission de protéger les populations, soutenir la transition politique, désarmer les ex-combattants, aider à la distribution de l’aide humanitaire et à la protection des droits de l’homme. Ce qui cantonne l’essentiel de son action à la sphère sécuritaire – là où les missions précédentes ont, précisément, montré leurs limites. Les armes circulent toujours, la criminalité se développe sans police et sans justice, rendant illusoire la protection des droits, le pays est dépendant d’une aide insuffisante, le gouvernement ne parvient à assurer aucune de ses missions régaliennes… et quant à la transition politique, beaucoup doutent qu’elle puisse se mettre en place dans les délais prévus. Elle doit théoriquement s’achever par des élections prévues en février 2015 ; c’est du moins la date qui a été arrêtée en novembre 2013 par le groupe international de contact. Dans cette optique a été mise sur pied une Autorité nationale des élections (ANE), qui a toutes les peines du monde à fonctionner, et dont le président Dieudonné Kombo-Yaya a reconnu lui-même lundi dernier sur RFI : « Personne n’est dupe. Aujourd’hui, les conditions actuelles font que le délai de février 2015 est peu envisageable. (…) Il faut penser automne 2015 plus qu’entre juillet et septembre où c’est la plus forte saison des pluies. C’est la version optimiste. ».

En début d’année, le diplomate français Didier Niewiadowski, longtemps en poste à Bangui, jugeait que la Centrafrique aujourd’hui n’est même plus un Etat fantôme : c’est désormais « un Etat fictif ». Interviewé en mars dans Libération, il mettait en garde : « Les vieilles recettes de sortie de crise ne marcheront pas. C’est privilégier la facilité, mais encourir aussi un cuisant échec que d’imaginer sortir de la crise par des élections avec une organisation étatique similaire (…) et en raisonnant dans un cadre uniquement étatique alors que la crise est aussi régionale. »

« Mauvaise gouvernance et prédation ont détruit ce qui restait de l’Etat »

En ce qui concerne la situation sécuritaire, pourtant au cœur du mandat des missions internationales jusqu’alors déployées dans le pays, il se montrait tout aussi critique : « Les milices anti-balaka, souvent dénommées à tort « milices chrétiennes » par opposition à l’ex-Séléka musulmane, ne sont toujours pas cantonnées à ce jour et encore moins désarmées, et cela en dépit des résolutions de l’Onu et de l’Union africaine. Cette situation les autorise à perpétrer leurs exactions en toute impunité. Les désœuvrés – paysans spoliés, coupeurs de route au chômage, enfants des rues non scolarisés – ont été rejoints par d’anciens militaires des Forces armées centrafricaines et par des boutefeux partisans de l’ancien président Bozizé (…) Ce ramassis, tout aussi inorganisé que l’ex-Séléka mais éparpillé en des groupuscules de quelques individus, se trouve livré à lui-même, obligé pour survivre de s’emparer des biens d’autrui et le plus souvent avec une violence extrême. »

Une analyse qui rejoint celle de l’International Crisis Group : son dernier rapport, La crise centrafricaine : de la prédation à la stabilisation, affirme la nécessité d’une approche qui articule l’opération de maintien de la paix avec la relance de l’activité économique, le soutien à la reconstruction de l’Etat et la lutte contre les trafics. « La mauvaise gouvernance et la prédation ont détruit ce qui restait de l’Etat, de l’économie et ont appauvri la population », affirme Thibaud Lesueur, analyste pour l’Afrique centrale. « L’actuel mandat de la mission de maintien de la paix n’est pas à la hauteur du défi centrafricain ».

Franck Lefebvre-Billiez

Pour aller plus loin :
Centrafrique: une nouvelle opération de l’ONU, pour quoi faire ? (sur le site de Libération)
Elections en RCA: le délai de février 2015 n’est «pas tenable» (sur le site de RFI)
La crise centrafricaine : de la prédation à la stabilisation (rapport, International Crisis Group)
Le mandat de la Minusca (sur le site de l’Onu)



Exposition « Kanak » : le Défap au Quai Branly

Le Défap s’est doublement invité à l’exposition-événement « Kanak. L’Art est une parole », visible jusqu’au 26 janvier au musée du Quai Branly à Paris. En premier lieu par le prêt de deux Bibles traduites, l’une en langue drehu, et l’autre en langue nengone, ouvrages rares du XIXème siècle qui font partie du fonds de la bibliothèque du Défap. En second lieu, à travers la visite d’étudiants calédoniens du programme ABS.

Deux poteaux sculptés et peints par Jean-Philippe Tjibaou, en l’honneur de son père Jean-Marie et de Jacques Lafleur, signataires des accords de Matignon-Oudinot et de Nouméa © Défap

« Kanak. L’Art est une parole » n’est pas seulement la plus importante exposition jamais consacrée à la culture des tribus de Nouvelle-Calédonie ; elle est aussi organisée au  musée du Quai Branly alors que cet archipel du Pacifique sud est à un tournant de son histoire. D’ici 2018 doit y avoir lieu un référendum d’autodétermination. L’exposition « Kanak » y acquiert une résonance politique d’autant plus forte.

 

La dernière d’ampleur comparable, « De jade et de nacre », remontait à 1990. Mais depuis lors, le travail de l’ethnologue Roger Boulay, co-commissaire de l’exposition, a permis d’enrichir la connaissance du patrimoine kanak et de mieux faire reconnaître aujourd’hui une culture trop longtemps ignorée. Derrière les armes traditionnelles et bambous gravés, les sculptures du fils de Jean-Marie Tjibaou, le leader indépendantiste, en hommage à son père et à Jacques Lafleur, tous deux artisans des accords de Matignon, c’est toute une opération de réappropriation de la mémoire kanak qui est à l’œuvre au Quai Branly. L’exposition-événement visible à Paris jusqu’au 26 janvier (elle déménagera ensuite à Nouméa à partir du mois de mars) permet ainsi tout à la fois, grâce à Emmanuel Kasarhérou, l’un de ses deux commissaires et ancien directeur du centre Tjibaou, de rendre hommage à une culture vieille de plus de trois millénaires, mais aussi de revenir sur l’imagerie colonialiste qui a longtemps véhiculé, en France, les pires clichés sur la Nouvelle-Calédonie.

L‘histoire du Défap est depuis longtemps liée à celle du « Caillou »

Deux traductions bibliques en langue kanak (Lifou et Maré) datant de la fin du XIXème siècle, et prêtées pour l’exposition par la bibliothèque du Défap © Défap

Or, l’histoire du Défap est depuis longtemps liée à celle du « Caillou » à travers tout l’héritage de la Société des Missions de Paris. Fait suffisamment rare pour mériter qu’on le mentionne, la bibliothèque du Défap a ainsi été sollicitée par le musée du Quai Branly pour le prêt de deux ouvrages destinés à figurer dans cette exposition. C’est Emmanuel Kasarhérou qui est venu en personne identifier les ouvrages empruntés  : l’un, une Bible complète en langue drehu (de Lifou) date de 1890 et l’autre, en langue nengone (de Maré), comprenant les livres de la Genèse et de l’Exode, date de 1869. Les Bibles en langues d’Océanie mais aussi d’Afrique, d’Asie et d’Europe, nombreuses à la Bibliothèque du Défap (environ 500 titres), constituent  un petit trésor, rarement consulté il est vrai, sauf par quelques spécialistes de la traduction.  Les plus anciennes sont souvent parmi les premières traductions de textes connues pour les langues concernées et représentent parfois,  à ce titre, des objets  rares, voire très rares, en France mais aussi dans le monde.

Vue de la salle des masques funéraires (tradition pratiquée surtout sur la Grande Terre) © Défap

Ces relations entre le Défap et la Nouvelle-Calédonie sont toujours vivantes aujourd’hui, notamment à travers le programme Après Bac Service, issu des Accords de Matignon et de Nouméa visant à rééquilibrer les compétences entre toutes les composantes de la population calédonienne. En particulier, le Défap est chargé par le gouvernement de Nouvelle-Calédonie d’assurer le suivi extra-universitaire d’une soixantaine d’étudiants chaque année venant suivre des études supérieures en métropole. Réunis à Paris du 26 au 28 octobre dernier, ces étudiants ont pu se rendre, notamment, au musée du Quai Branly. Il s’agissait de l’une des trois rencontres organisées par le Défap au cours de l’année scolaire pour ces jeunes Calédoniens. Le Défap effectue également un suivi individuel de ces étudiants (envoi de livres et carte pour les anniversaires, suivi SMS ou réseaux sociaux, parfois visites) et un suivi collectif (courriers postaux ou électroniques).

 

«Kanak, l’art est une parole», jusqu’au 26 janvier au Musée du quai Branly
Adresse : 37, quai Branly 75007 Paris. Tél.: 01 56 61 70 00. www.quaibranly.fr