Pâques à Bruxelles, Ben Gardane, Bamako et Grand Bassam

Nous mettons notre logo en berne jusqu’au lundi de Pâques, en solidarité avec les victimes des attentats de Bruxelles en Belgique, de Bamako au Mali, de Ben Gardane en Tunisie et de Grand Bassam en Côte d’Ivoire.

Logo en berne

 

Notre logo en berne, signe de tristesse et de solidarité avec les victimes des attentats terroristes.

Notre logo, constitué d’une croix, signe de Jésus le Christ, compagnon et Dieu, Celui qui nous accompagne et nous appelle.

Notre logo qui embrasse le monde, signe de l’amour qui porte la création et que nous partageons.

En ce temps pascal, vendredi saint jour de la tristesse et de la mort, samedi jour de l’absence et du vide, dimanche jour de la victoire de Dieu sur la mort nous partageons ces signes avec tous les visiteurs.

 

Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap




Petit matin au check point de Qalandya

Comment on entre à Jérusalem quand on est un travailleur palestinien.

Corinne, Accompagnatrice Oecuménique en Israël/Palestine pour le programme EAPPI, raconte une de ses expériences.

 

4h30 du matin. 

À cette heure les bus n’ont pas commencé leur service. Un taxi nous dépose, Anna et moi, à un immense rond-point encore désert que des lampadaires antiques éclairent d’une lueur blafarde. Anna est l’une de mes compagnes de Jérusalem, finlandaise filiforme et toujours souriante. Au centre de l’esplanade se dresse une tour en béton, genre mirador blindé, hérissée de haut-parleurs et de caméras. Sur le quart du pourtour, le fameux mur : une succession de panneaux de béton de huit mètres de hauteur solidement réunis les uns aux autres. Nous sommes à Qalandya, le plus important check-point de Cisjordanie.

Mais nous sommes pour le moment du « bon côté », c’est-à-dire du côté de Jérusalem, des lieux saints, des grands hôpitaux, et surtout du travail.

 

Le checkpoint

Checkpoint de Qalandya, DR

 

C’est le côté que souhaitent rejoindre ce matin, comme tous les matins de la semaine, des centaines de travailleurs Palestiniens, chrétiens et musulmans, qui vivent dans les Territoires Occupés.

Je passe de l’autre côté. Cette opération, qui permet de rejoindre la Cisjordanie, dénommée aussi Palestine, Territoires Occupés ou Westbank selon les interlocuteurs, ne présente aucune difficulté : il suffit de franchir deux tourniquets métalliques.

J’arrive ainsi à l’intérieur du vaste centre de contrôle pour piétons qu’est Qalandya, côté Palestine : un immense hangar de tôles tordues ou cassées, au sol défoncé, équipé de rares bancs métalliques autrefois rouges. Un mince filet d’eau qui coule sur une antique vasque de pierre permet de se rafraîchir ou de faire ses ablutions avant la prière. Dans un coin, des toilettes délabrées. Les relents d’urine et de tabac froid me prennent à la gorge.

 

Une centaine de Palestiniens, des hommes pour la plupart, attendent déjà. L’air hagard, mal réveillés, les mains enfoncées dans les poches de leur hoody ou de leur blouson, bonnet, casquette ou capuche enfoncé sur la tête, je les vois frissonner dans le vent glacial qui s’engouffre entre les tôles disjointes.

Ils piétinent, en file indienne devant l’un des étroits couloirs – tout juste la largeur d’un homme – constitués de hautes barrières métalliques et surmontés d’un épais grillage, débouchant sur des tourniquets qui permettent l’accès à l’espace du contrôle proprement dit. Me vient à l’esprit l’image des bestiaux qui défilent vers les abattoirs. Au plafond, au milieu d’un entrelacs de barbelés, des oiseaux virevoltent ; à Qalandya ce sont les hommes qui vivent en cage… 

 

Dans une large guérite vitrée certainement bien chauffée, une jeune soldate israélienne manipule sans se presser l’ouverture des tourniquets ; j’aperçois son thermos de café, mais aussi la console de jeux vidéo qui semble davantage l’intéresser que la manœuvre d’ouverture. Pendant qu’elle joue, les hommes attendent, battant la semelle, recroquevillés dans leurs nippes.

 

5h30.

La foule déborde maintenant largement à l’extérieur du hangar. L’aube pointe et une fine pluie s’invite à la cérémonie. Quatre jeunes gens tentent de grappiller quelques mètres de queue pour se mettre à l’abri, mais leurs compagnons d’infortune défendent leurs places, et nos resquilleurs filent sous les invectives, retrouvant la pluie et le froid.

La soldate, une jeune femme à peine sortie de l’adolescence, a les yeux rivés sur son écran et en oublie d’actionner les tourniquets. Je tente d’attirer son attention, mais les vitres sont épaisses. Quand je parviens enfin à capter son regard, elle détourne rapidement les yeux et retourne à son écran ; le jeu, ou le film, sont certainement plus excitant que le poussoir du tourniquet.

La foule se met à gronder et à taper sur les grilles; les hommes se pressent, se bousculent et la clameur enfle ; je les sens exaspérés. Il ne faut pas longtemps avant qu’une dizaine de soldats lourdement armés n’apparaissent, fusils d’assaut approvisionnés. En quelques secondes le calme revient, les queues se reforment en bon ordre, mais les visages sont tristes et résignés ; on allume des cigarettes.

  
Soudain, des éclats de rire. Ce n’est pas fréquent dans ce lieu de misère. Dans l’un des couloirs-cages j’aperçois trois jeunes hommes, l’âge des soldats du camp d’en face, s’esclaffer, probablement de la bonne histoire de l’un d’entre eux. En un instant la vie reprend ses droits, elle continue…

 

Check point Qalandya, source : Wikimedia Commons

Check point de Qalandya (source : Wikimedia commons)

 

5h30, c’est aussi l’heure de la prière pour les musulmans pratiquants. Plusieurs se mettent à l’écart et déploient entre les bancs, sur le sol jonché de gobelets de cartons et de mégots, un improbable sac de plastique ou leur veste pour y poser le front. Ils sont en rang, tournés vers la sortie des tourniquets qui, hasard ou ironie des constructions, est en direction de la Mecque. La queue n’avance guère pendant leur prière, ils reprennent place dans les couloirs-cages.

À nouveau une clameur. Les tourniquets ouvrent pourtant maintenant assez régulièrement. Je regarde les couloirs ; dans le dernier un homme corpulent tente de remonter en sens inverse car il a été refoulé au contrôle. Les autres s’écrasent contre les barrières pour lui permettre le retour. Il progresse à grand peine. Cette longue attente pour rien !

Les rires ont cessé. Mon jeune conteur d’histoire vient de franchir le tourniquet. Je le suis des yeux et le vois disparaître dans la deuxième partie du check- point où il fera à nouveau la queue pour le moment décisif, celui de l’inspection de son maigre baluchon et de ses papiers, à l’issue de quoi il pourra prendre un bus pour Jérusalem, s’il dispose du sésame, un permis de travail, un certificat de scolarité ou une « invitation » à un rendez-vous médical.

 

7h30.

Je rejoins Anna « du bon côté », il m’aura fallu une bonne heure pour passer. À son poste, elle a compté 2300 hommes. Ils s’engouffrent dans les bus blancs et bleus garés sur l’esplanade. Leur journée de travail va pouvoir commencer. Demain est un autre jour, mais ils seront là encore pour tenter le passage. Un nouveau matin à Qalandya…

 




AG du Défap : bien au-delà des comptes !

L’assemblée générale du Défap a eu lieu le 12 mars 2016 dans sa maison mère, au 102 boulevard Arago. Cette journée a permis de faire le point sur les choix effectués durant l’année passée et de dessiner les perspectives à venir pour la période 2015-2018.

La méthode a quelque peu changé depuis la naissance de la Société des missions évangéliques de Paris (SMEP), au XIXème siècle, mais l’enthousiasme est resté le même. Et c’est sous un ciel printanier que nous avons commencé cette belle journée, guidés pour le culte par le pasteur Jean-Luc Hauss.

Chacun s’est saisi de son petit papier vert pour effectuer le premier vote. Ordre du jour : adopté. Compte-rendu de l’assemblé générale 2015 : adopté. Les questions étaient nombreuses, qu’il s’agisse de l’organisation des délégués, de l’évolution des outils de communication, des résultats des comptes ou encore de la mise aux normes des locaux.

 

Vote au moment de l'AG, DR

Vote au moment de l’AG, DR

 

Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap, nous a présenté son rapport. Il a rappelé en introduction cette belle et triste histoire portée par l’image symbolique du certificat de liberté. « Une histoire emblématique de ce qu’est la mission, hier et aujourd’hui. Une histoire d’hommes et de femmes, d’horizons lointains et de salles paroissiales. » Derrière le secrétaire général, c’est le pasteur qui nous invite à repenser notre action : « Qui sommes-nous ? Qu’est-ce que la mission ? Quel est l’horizon de nos actions ? ».

Son souhait ? « Engager le Défap vers une nouvelle croissance du nombre des envoyés et particulièrement dans le cadre des Églises fondatrices », maintenir les contributions et la capacité d’action du Défap, retrouver des moyens conformes à son activité et à son avenir ». Dire la mission, communier avec les Eglises sœurs, assurer la formation théologique et missiologique, participer à la solidarité et proposer, encore et toujours l’hospitalité, voici les engagements du Défap. Et pour l’aider dans cette tâche ambitieuse, un réseau international unique, composé d’hommes et femmes sur le terrain.

 

Discours de Bertrand Vergniol, DR

Discours de Bertrand Vergniol, DR

 

Laura Casorio, en charge des envoyés, a ensuite pris la parole, évoquant l’évolution de leur statut. Si l’on ne prend en compte que les envois longs, dix mois et plus, ils sont une centaine sur le terrain (c’est-à-dire les personnes sous contrat et leurs ayants-droit). Plusieurs types de contrats sont proposés, selon les besoins. Alors que les plus jeunes sont recrutés pour leur savoir-être, dans une volonté d’échange entre Eglises, les actifs déjà formés sont chargés d’une mission sur place répondant à un besoin précis.

Laura en a profité pour rappeler également le coût moyen d’un VSI, soit entre 12 000 et 15 000 euros, financés en partie par l’Etat et en partie par les partenaires. Trois postes sont à ce jour entièrement financés par le Défap.

Son analyse nous a amené à constater une évolution majeure dans la gestion des envoyés. Sur les vingt dernières années, on note une baisse significative de la durée des missions. Alors qu’autrefois on s’engageait sur des périodes de trois à cinq ans, on part désormais pour une ou deux années. Preuve que la démarche s’inscrit désormais dans un parcours de vie mieux défini.

 

Ce fut ensuite au tour de Claire-Lise Lombard, bibliothécaire du Défap, de prendre la parole. Sa présentation était axée – centenaire oblige – sur la période 1914-1918. Un temps trop court pour aborder plus aisément cette histoire commune qu’a partagée la SMEP avec les jeunes gens de cette époque tragique. L’absurdité et l’espérance ont navigué côté à côte durant quatre longues années. L’assistance a été invitée à découvrir le Je serai fusillé, de Jean-Philippe Guiton.

 

Après une courte pause, ce fut au tour du président de DM-échange et mission, Etienne Roulet, de prendre le micro. Une brève présentation pour rappeler le statut de cette association suisse et son histoire, commune et en partie héritière de celle de la SMEP, ses chantiers en cours et son approche budgétaire.

 

Déjeuner, DR

Déjeuner, DR

 

Le pasteur Jean-Luc Blanc, en charge du service Relations et Solidarités Internationales, a présenté le rôle majeur du Défap auprès des boursiers. Actuellement au nombre de huit, sous divers contrats, ces étudiants s’impliquent dans une recherche indispensable à leur mission future. Les questions liées au dialogue interreligieux concentrent une grande partie de leurs intérêts. Il faut également noter la force extraordinaire du réseau constitué par les anciens boursiers, dont certains sont même déjà en retraite. Ils ont tous eu, dans leurs pays respectifs, des responsabilités : doyen de faculté de théologie, dirigeants au sein d’Églises… Le Défap a ouvert des horizons, propices à l’acculturation, et les boursiers d’hier ont su saisir cette chance. Certains publié des articles ou des livres, en Afrique comme en Europe, d’autres ont créé des amicales, etc.
Depuis 2004, le Défap finance directement des boursiers et cherche activement du financement pour poursuivre ce projet indispensable.

 

Déjeuner, DR

Déjeuner, DR

 

Florence Taubmann, pasteur en charge du service Animations, a évoqué le prochain forum du Défap qui se déroulera à Sète du 28 au 30 octobre 2016. Membres de la Cevaa et équipes régionales y sont conviés. Ce sera l’occasion d’encourager la mission et de promouvoir le volet formation. Deux temps forts sont au programme : le premier, « Foi dans la mission, quels sont nos parcours ? » nous permettra de réfléchir à notre élan missionnaire, d’un point de vue personnel et via la collectivité. Le second, « Urgence missionnaire », sera placé sous le signe d’une lecture interculturelle et intertextuelle de la Bible. Conférences et ateliers viendront rythmer cette rencontre.

 

Le message du président, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, a rappelé à tout le monde l’importance de la mission dans la vie de chacun, comme dans la vie d’une paroisse. « La mission est écoute et partage ; elle est découverte, attention et ouverture ; elle est appel à sortir de nous-même pour nous ouvrir aux autres ; elle est tout le contraire de l’indifférence », a-t-il conclu.

 




En route vers le Grand Kiff !

Saint Malo accueillera l’édition 2016 du Grand Kiff. Environ 1500 jeunes sont attendus durant la deuxième quinzaine de juillet.

Le Grand Kiff est le plus grand rassemblement de la jeunesse de l’Eglise Protestante Unie de France. Il se déroulera du 17 au 31 juillet 2016.

 

Affiche du Grand Kiff, DR

 

Entre le 17 et le 24 juillet, l’Alter-Kiff accueillera une quinzaine de camps-service pour les 18-30 ans. Ils s’y formeront au service pour accueillir, accompagner, encadrer, animer les plus jeunes qui n’arriveront que le 24.

 

Cette année, le thème du rassemblement est : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? ». Cette question de Jésus va se décliner à travers des ateliers, des spectacles, des moments spirituels, et des animations de toute sorte. Elle retentira dans des langues différentes, car des jeunes du monde entier sont invités à y participer.
Le Défap accueillera une vingtaine de jeunes provenant d’Eglises membres de la Cevaa, ainsi que cinquante autres venus de la Réunion, Mayotte et l’Île Maurice, accompagnés par leur pasteur.

 

Ce Grand Kiff est aussi une excellente occasion de témoigner du travail du Défap et d’inviter une nouvelle génération à s’engager dans un service civique ou un Volontariat de Solidarité Internationale (VSI).

 




La mission intégrale & les Eglises

C’est autour de « la mission intégrale » que l’ASAH (Association au service de l’action humanitaire) et la FMEF (Fédération des Missions Evangéliques Francophones) ont organisé un Forum à Lyon les 12 et 13 février derniers.

Qu’est-ce que la mission intégrale ?

 

Le sous-titre du Forum nous en donne une idée : être, dire et faire. Mais encore ?

 

Une conférence du Forum ASAH, DR

Une conférence du Forum ASAH, DR

 

Il s’agit de rompre avec l’idée classique de la mission, reposant sur un « ici » terre d’évangélisation et un « là-bas » terre de mission. Dans un monde globalisé, avec de nombreux pays occidentaux sécularisés voire déchristianisés, la mission est devenue multidirectionnelle, de partout vers partout. Et les œuvres humanitaires, qui traditionnellement occupaient la seconde place dans le projet missionnaire, ont connu un essor qui les place en première position, d’autant qu’elles dépassent le cadre du christianisme.

 

Alors les Eglises dans tout cela ?

 

Dans sa conférence, le pasteur Evert van de Poll, professeur de missiologie, nous a invités à reprendre une théologie biblique de la mission. S’appuyant sur Jean 20, 21 « Comme le Père, m’a envoyé je vous envoie dans le monde », il a réaffirmé que l’Eglise est la mission de Dieu. Aussi la mission de l’Eglise s’inscrit dans la mission du christianisme et dans le plan de salut de Dieu pour l’humanité et la création : il s’agit de vivre personnellement en disciples du Christ, de former des communautés fondées sur l’amour fraternel, de se mettre au service de la justice et de la compassion au sein des sociétés humaines, d’enseigner l’Evangile et d’influencer la société avec des valeurs bibliques, notamment en ce qui concerne la responsabilité humaine vis-à-vis de la création. 

 

Moments de travail en atelier et Assemblée Générale d’ASAH, DR Moments de travail en atelier et Assemblée Générale d’ASAH, DR

Moments de travail en atelier et Assemblée Générale d’ASAH, DR

 

Loin de remettre en question le travail missionnaire accompli dans le passé, la mission intégrale intègre, relie, et relit, ce qu’on a eu souvent tendance à séparer ou opposer : évangile et justice sociale, missionnaire et humanitaire. 

 

Cette réflexion, poursuivie à travers de nombreux ateliers et d’autres conférences, était proposés à 120 participants venant de différentes sensibilités et dénominations chrétiennes. Elle fait pleinement écho aux questions que nous nous posons, dans le cadre du Défap et de la Cevaa.

 




« Une journée ordinaire à Hébron »

Laurent Mérer, Accompagnateur œcuménique en Israël/Palestine, témoigne.

« 27 février, matin

Le printemps est arrivé sur Hébron, ciel bleu entièrement dégagé, température encore fraîche le matin. Ab el Karim Jabary, la cinquantaine souriante, pantalon gris, pull-over marron et bonnet noir enfoncé sur la tête, un long morceau de tuyau noir dans la main en guise de bâton, fait paître ses chèvres et quelque brebis à proximité de sa maison, sur d’anciennes terrasses à demi-éboulées où survivent quelques oliviers. C’est un petit homme trapu, chaleureux, moustache poivre et sel, et barbe de quelques jours. La terre alentour qui descend vers la petite vallée Wadi al Hussain jusqu’à mi-pente appartient à sa famille depuis des générations.

 

Hébron, DR

Hébron, DR

 

Deux soldats lourdement armés, tenant leur fusil d’assaut M4 pointé vers le sol, grimpent à travers la rocaille et le rejoignent. Les deux ont la peau foncée et le visage étroit des falashas, ces juifs éthiopiens émigrés massivement dans les années 1990, après qu’ils ont été reconnus juifs par les autorités rabbiniques d’Israël. L’épopée de ces malheureux persécutés par le régime du dictateur Menghistu, misérable cohorte fuyant à pied à travers les hauts plateaux en direction du Soudan, et transférés en Israël par un pont aérien avait ému le monde entier. Leurs enfants occupent aujourd’hui la Palestine…

Les deux jeunes soldats intiment vertement à Jabary l’ordre de déguerpir avec son modeste troupeau. Les fusils restent pointés sur le sol, mais leurs gestes sont sans équivoque. Jabary ne montre aucun signe de colère, son visage reste même plutôt souriant, mais il argumente car il est dans son bon droit : à grands moulinets de bras, il pointe sa maison et la terre alentour, mais il sait depuis longtemps qu’il n’aura pas le dernier mot. En contrebas, d’autres soldats, stationnés autour d’un petit poste militaire surveille les opérations. Ils sont d’origine russe, américaine, britannique, française… on le devine lorsqu’on les croise sur la route et qu’on échange un mot ou un salut, Shabat Shalom aujourd’hui, car c’est Shabat.

 

L’histoire de la petite vallée de Wadi al Hussain est éloquente de la situation à Hébron.

La colonie de Kiryat Arba, environ 8 000 habitants aujourd’hui, est installée depuis la fin de la guerre des six-jours sur les hauteurs dominant la vieille ville, quelques centaines de mètres à peine dans le nord-ouest. En face, sur la hauteur également, mais de l’autre côté de la vallée, s’étend la colonie de Givat Ha’avot, 1 000 habitants environ.

 

Kyriat Arba, DR

Kyriat Arba, DR

 

Pour se représenter une colonie, il faut imaginer une sorte de résidence privée de maisons individuelles et de petits immeubles avec routes intérieures et installations collectives, clôturée de hautes grilles de sécurité et d’impressionnants rouleaux de barbelés, surveillée par des caméras, surplombée de miradors, et protégée jour et nuit par des gardes de sécurité et l’armée israélienne. On y accède par une lourde barrière métallique coulissante de couleur jaune au-dessus de laquelle flottent plusieurs drapeaux israéliens.

Les terres de la vallée de Wadi al Hussain entre les deux colonies appartiennent à notre ami Ab el Karim Jabary, mais les colons ont depuis plusieurs années tracé un chemin qui coupe la vallée pour joindre les deux colonies, et dans sa partie basse ils ont installé une « tente synagogue », structure métallique légère couverte d’une toile blanche, où ils descendent régulièrement prier, marquant ainsi leur intention de réunir au plus vite les deux colonies.

 

Début 2015, la famille Jabary a obtenu de la cour israélienne un jugement favorable déclarant la tente illégale, et l’armée a procédé à sa destruction. Les colons ont réagi violemment, tentant plusieurs fois de la reconstruire. Ils ont fini par y parvenir il y a quelques mois, sans réaction militaire cette fois.

La famille Jaraby attend une nouvelle décision de la cour, alors que cet épisode a entrainé un regain de tension dans les parages, avec plusieurs tirs de soldats israéliens, en réponse à des attaques « supposées » de jeunes palestiniens.

 

Aujourd’hui l’armée israélienne protège les colons qui descendent plus nombreux de Kyriat Arba et de Givat Ha’Vot pour occuper leur nouveau territoire et Ab el Karim Jabary a du mal à nourrir ses bêtes ; ce matin, il était dans la partie haute de son terrain lorsque les colons l’ont invectivé en lui criant de déguerpir ; ils ont ensuite demandé aux soldats stationnés quelques dizaines de mètres sous la tente d’intervenir pour le chasser.

 

C’est à ce moment que nous arrivons par la route qui suit le versant ouest de la vallée montant depuis le Tombeau des Patriarches, car nous surveillons régulièrement ces parages. Nous ne sommes pas mandatés pour intervenir, mais il nous revient de prévenir les autorités et/ou les organismes en charge de traiter ces évènements. Lorsque les observateurs internationaux se présentent avec leur gros 4 x 4 blanc, nous les rejoignons auprès d’Ab el Karim Jabary pour expliquer ce que nous avons vu. Son fils pose un plateau de café sur le capot du véhicule.

Nous reprenons notre patrouille vers la vielle ville, en direction du Tombeau des Patriarches dont la partie sud est synagogue et la partie nord la mosquée. Les colons portant kippa et manteau traditionnel remontent en groupe de la prière de Shabat. Plusieurs portent des fusils d’assaut à la main ou en bandoulière, d’autres de lourds revolvers à la ceinture. Des soldats sont postés tous les quarante mètres sur toute la route entre la synagogue aux colonies. Les petits palestiniens des maisons alentours qui jouent dans la rue se rangent pour les laisser passer, tandis que ceux de leurs parents qui s’aventurent à l’extérieur sont priés de stopper à distance, de soulever leur pull et de remonter leur bas de pantalon pour vérifier qu’ils n’ont pas de mauvaises intentions. Journée ordinaire à Hébron… »

 

Laurent Mérer

 




Bénin : le meilleur gagnera-t-il ?

Le premier tour de l’élection présidentielle a été reporté au 6 mars, de façon à ce que le matériel électoral, en retard, soit enfin à disposition des électeurs. En attendant, la campagne continue.

Les Béninois aiment la politique, ils l’ont souvent prouvé et le prouvent encore cette année, avec un bel enjeu pour l’élection présidentielle. Le président sortant, Thomas Boni Yayi, ne pouvant se représenter, la compétition était donc largement ouverte.

Par ailleurs, la plupart des « vieux routiers » de la politique béninoise étant forclos à cause de leur âge, place est faite à de nouveaux noms et, quoi qu’il advienne, au renouvellement de la classe politique.

 

Armureries du Bénin, Source : Wikimedia

Armureries du Bénin, Source : Wikimedia

 

Les candidats

 

En lice, l’actuel Premier ministre Lionel Zinsou, qui fait désormais office de favori toute catégorie. En effet, non seulement il a été adoubé par le président sortant et le parti au pouvoir, les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), mais également par le Parti du renouveau démocratique, dirigé par le président de l’Assemblée nationale Adrien Houngbedji, qui fait figure de principal parti d’opposition. Brillant économiste à la carrière irréprochable, il a contre lui le fait qu’il a passé une grande partie de sa vie en France, loin des réalités de la vie du Bénin. En revanche, son arrivée aux affaires a dû lui permettre de rattraper son retard…

 

Face à lui, Abdoulaye Bio Tchané, deuxième grand favori, ancien président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et actuel président du Fonds africain de garantie. Un économiste, comme Lionel Zinsou. Par ailleurs, trois autres candidats de poids semblent émerger de la quelque trentaine de compétiteurs : les hommes d’affaire Sébastien Ajavon et Patrice Talon et Pascal Irénée Koupaki, ancien Premier ministre de Boni Yayi.


Les attentes des électeurs

 

A priori, les milieux d’affaires semblent donc emporter la préférence des futurs électeurs béninois. Ce n’est pas la première fois. Thomas Boni Yayi lui-même en provient : il était président de la BOAD jusqu’en 2006, date de son premier mandat à la tête du pays. Les attentes de la population étaient d’ailleurs particulièrement fortes en matière de développement. Le grand Nigeria, sur sa lancée vers l’émergence, faisait rêver son petit voisin.

 

Bien qu’étant toujours un pays à faible revenu, le Revenu brut par habitant (RNB) s’est tout de même élevé de 610 à 890 dollars  en une dizaine d’années, un score supérieur à celui des pays de la même catégorie. Avec un taux de croissance entre 5 et 6 % par an depuis 2012 , il se trouve là encore au-dessus de la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne.

 

Il n’en reste pas moins que les défis économiques et sociaux qui s’offrent au futur nouveau chef de l’État sont immenses, à la mesure des attentes de Béninois de plus en plus impatients. Mais comme dit la sagesse béninoise : quelle que soit la longueur de la nuit, le jour viendra !

 

Le Défap est engagé au Bénin sur plusieurs projets, notamment par l’envoi de personnes et un stage de formation de pasteurs qui aura lieu au printemps 2016.

 




Dans les entrelacs d’une arrestation : le quotidien d’un militant des droits de l’homme en Cisjordanie

Veronika Tober est Accompagnatrice œcuménique en Israël/Palestine. Membre de la paroisse du Pays de Gex (01) de l’Église protestante unie de France, elle travaille pour l’Internationale des Services Publics, une fédération syndicale globale représentant des syndicats des services publics. Elle a été Accompagnatrice œcuménique, dans le cadre du programme EAPPI du Conseil œcuménique des Églises, de décembre 2015 à février 2016, et basée à Yatta, au sud de Hébron, en Cisjordanie. Voici un de ses témoignages sur son expérience en tant qu’envoyée.

« Nasser Nawajah, activiste des droits de l’Homme de l’organisation israélienne B’Tselem et un des leaders de la communauté villageoise de Susiya, nous a rendu visite le 26 janvier 2016. Il nous a raconté les événements des derniers jours, en commençant avec ce qui ressemble à un « happy end » : sa libération de prison par le tribunal militaire d’Ofer !

 

Nasser Nawaja raconte son odyssée à travers le système judiciaire israélien, DR

Nasser Nawaja raconte son odyssée à travers le système judiciaire israélien, DR

 

Son histoire se lit comme une « étude sur le système judiciaire israélien, ou plutôt sur l’occupation militaire ».

Dans la nuit du 19 au 20 janvier 2016, entre 1h et 2h du matin, le campement bédouin de Susiya est brutalement arraché au sommeil : environ vingt jeeps militaires et nombre de soldats israéliens lourdement armés et masqués envahissent le campement, éclairant les tentes de puissants projecteurs. Un frère de Nasser est réveillé le premier et harcelé par les soldats qui le prennent pour Nasser. Dès que l’erreur est manifeste, les soldats abordent Nasser, qui aurait préféré une convocation plus formelle pour se présenter à la police. Au lieu de cela, il est menotté devant sa femme et ses enfants terrorisés, pour être emmené on ne sait où.

 

Le lendemain de l'arrestation de Nasser, l'IDF a démoli deux tentes à Susiya; voici ce qui reste après le passage des bulldozers, DR

Le lendemain de l’arrestation de Nasser, l’IDF a démoli deux tentes à Susiya; voici ce qui reste après le passage des bulldozers, DR


La suite des événements peut être résumée ainsi.

Une audience devant la cour magistrale israélienne de Jérusalem, le 20 janvier, débouche sur un ordre de relaxe “inconditionnelle et immédiate” de Nasser Nawajah, car la cour estime qu’elle n’est pas compétente en la matière. Toutefois, l’exécution de cette décision est reportée de vingt-quatre heures afin de permettre à la police de faire appel, ce qu’elle fait.

Le jour suivant, 21 janvier, la cour civile israélienne du district de Jérusalem rejette l’appel et, de nouveau, ordonne la relaxe immédiate de Nasser. L’exécution est encore reportée, et la police a un délai de quelques heures pour notifier à l’avocat de Nasser si elle va faire appel (auprès de la Cour Suprême) ou le relâcher. Étrangement, cet ordre n’est pas suivi ; au lieu de cela, Nasser est transféré clandestinement en Cisjordanie où les Palestiniens ne sont pas soumis à la loi civile mais à la loi militaire. Là, au tribunal militaire d’Ofer, en l’absence de l’avocat de Nasser, le juge donne quatre jours à la police afin de mieux documenter ses allégations avant la prochaine audience prévue pour dimanche, 24 janvier.

 

La vie continue : les enfants de l'école de Susiya jouent pendant la récréation, DR

La vie continue : les enfants de l’école de Susiya jouent pendant la récréation, DR

 

Comme la police ne parvient pas à présenter suffisamment de preuves lors de l’audience du dimanche, cette cour ordonne également la relaxe de Nasser, également avec un délai de vingt-quatre heures pour permettre à la police de faire appel – ce qu’elle ne fait pas cette fois-là.

Ainsi, Nasser a été effectivement relâché en fin de journée le 25 janvier.
Mais de quoi s’agit-il en fait? Quel est le fond de cette histoire à suspense?
Il semblerait que tout ait commencé avec une émission à la télévision israélienne, « Uvda ». L’émission en question suggérait qu’une plainte déposée par Nasser auprès de l’Autorité Palestinienne il y a plus d’un an, concernant une vente de terrain illégale, aurait mis en danger la vie du vendeur. Ce dernier vit actuellement en Israël et n’a pas porté plainte à l’époque.

Mais le véritable fond de cette histoire est le durcissement de la campagne du gouvernement israélien et d’ONG israéliennes nationalistes contre les ONG de défense des droits de l’Homme israéliennes, qui luttent contre l’occupation des territoires palestiniens. Les cibles principales de cette campagne incluent Breaking the Silence, Machsom Watch, B’Tselem et d’autres. »

 




Envois en mission

Corinne et Laurent Mérer, de Brest, sont nos deux prochains Accompagnateurs œcuméniques pour une mission de paix en Israël/Palestine, du 15 février au 15 mai 2016.

Jeunes retraités depuis peu, de l’enseignement et de l’armée, ils ont proposé leur service au Défap qui les a conviés à servir dans le cadre du programme Ecumenical Accompaniement Programme in Palestine and Israël (EAPPI), mis en place par le Conseil œcuménique des Eglises.

 

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Corinne Mérer est placée à Bethléem et Laurent sera à Hébron. Avec les membres de leurs équipes, ils accompagneront les enfants qui doivent aller à l’école en passant par le check point 56, ils assureront une présence protective au tristement célèbre check point 300 entre Bethléem et Jérusalem qui chaque matin voit 4 à 5000 personnes le franchir, ils visiteront les villages en butte à l’agressivité des colons, ils accompagneront des familles palestiniennes confrontées à l’occupation de leur terre…


Les Eglises protestante et catholique dont ils sont membres, les accompagnent dans cette mission : une moment liturgique d’envoi a été célébré dimanche dernier dans le cadre de la paroisse protestante de Brest. Leur mission, présentée dans la presse régionale, a touché la population brestoise qui a ouvert une plateforme participative pour les soutenir.

 

Checkpoint 300 entre Bethléem et Jérusalem, DR

Checkpoint 300 entre Bethléem et Jérusalem, DR

 

 

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« L’Eternel veillera sur votre départ, comme sur votre arrivée. C’est par ces paroles qui concluent le Psaume 121 – prière du pèlerin à son départ pour Jérusalem  – que la paroisse de Brest de l’EPUdF, par la voix de son pasteur Michel Block, nous a manifesté son soutien, ses encouragements et nous a assuré de ses prières, à l’occasion de notre départ en Palestine prévu le 15 février 2016 pour la session 60 du programme EAPPI. 

Emouvante cérémonie, au milieu du culte de dimanche dernier, symbole d’une communauté qui nous « envoie » : debout devant l’autel, entourés par les membres du conseil presbytéral bras ouverts, nous nous tenions face à l’assemblée et à Michel. Nous lui avions fait part notre projet quelques semaines auparavant, et nous l’avions présenté à sa demande au conseil presbytéral, lequel avait décidé unanimement d’y associer la paroisse.

 

Hébron, départ à l’école, DR

Hébron, départ à l’école, DR

 

Manifestation moins formelle, mais tout autant chaleureuse du diocèse de Quimper qui nous a largement ouvert ses médias, bulletin diocésain et radio ; nous avons pu y expliquer en détail notre démarche et le projet EAPPI, tandis qu’à l’occasion de la cérémonie des vœux de la Paroisse catholique de Brest-Centre, le curé doyen Claude Caill, saluait notre prochain départ devant l’ensemble des responsables de la communauté paroissiale.

« Mission de paix pour deux Brestois » annonçait enfin Le Télégramme du 15 janvier dans un bel article en deux colonnes, élargissant l’information à un plus vaste public, expliquant ainsi aux lecteurs la teneur du programme EAPPI peu connu dans l’Ouest et le sens de notre démarche. La rédaction du journal nous soutien et nous sommes convenus d’envoyer régulièrement des nouvelles.

Et bien sûr les amis sont là : s’il y a eu quelques incompréhensions, car le sujet reste délicat, les messages d’encouragements affluent désormais sur le net alors que la date approche. Nous enverrons aussi des nouvelles…

Il ne reste plus qu’à partir…S’il demeure beaucoup d’inconnues et un soupçon d’appréhension, nous allons en confiance, car L’Eternel nous gardera de tout mal ; Il gardera notre âme, assure encore le Psaume 121. »

 

Corinne et Laurent

 

Retrouvez la plateforme participative 

 




Centrafrique : vers la normalisation ?

Le président du Défap, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, se rend en Centrafrique du 16 au 21 février 2016. L’occasion de faire le point sur la situation politique du pays.

Second tour de l’élection présidentielle le 14 février

 

À l’issue du premier tour de l’élection présidentielle, et malgré des irrégularités dans le comptage des voix qui ont eu pour résultat d’invalider les scrutins législatifs, ce sont bien deux anciens Premiers ministres qui se sont retrouvés face à face, mais pas ceux que l’on croyait.

 

Carte RCA, Google Maps

Carte RCA, Google Maps

 

Avec 24 % des voix, Anicet-Georges Dologuélé, ancien Premier ministre de feu le président Ange-Félix Patassé, est en tête. Il avait eu la bonne idée de passer un accord politique avec Kwa Na Kwa, parti de l’homme qui avait renversé Patassé en 2003, l’ancien président François Bozizé. À la surprise générale, son challenger est Faustin-Archange Touadéra, 19 %. Lui était le dernier Premier ministre de François Bozizé, avant le coup d’État du 24 mars 2013 qui lui a coûté sa place.

 

Le second tour, prévu pour le 14 février en même temps que la répétition du premier tour des législatives, départagera ces deux poids lourds de la vie politique centrafricaine.

Après l’investiture du nouveau chef de l’État et la remise en marche de la Chambre, il est fort probable que les Français mettront fin à l’opération militaire Sangaris, laissant le soin de la sécurité intérieure à la force des Nations unies (Minusca) et à ce qui subsiste des forces de l’ordre centrafricaines.

 

L’Église Protestante du Christ-Roi : prêcher l’espérance

 

Alors qu’il semble bien que la RCA puisse, au-delà des élections, retrouver un calme relatif, l’EPCR envisage  de relancer ses programmes de travail jusqu’alors suspendus, notamment la  sécurisation  du Centre protestant pour la jeunesse de Bangui, qui a été plusieurs fois pillé, ou encore le développement de son annexe de Morija, dans le village de Kpangba.

 

Les projets Défap

 

La Centrafrique est l’une des priorités du programme 2015-2018 du Défap. Les projets y sont portés par la Cevaa avec le soutien logistique et financier du Défap.

 

L’accompagnement de l’Église Protestante du Christ-Roi est assurée de trimestre en trimestre par des visites des pasteurs Henri Fischer et Bernard Croissant qui y séjournent à tour de rôle environ trois semaines
Le Centre Protestant pour la Jeunesse comprend  un complexe scolaire qui  devrait, à terme, pouvoir offrir un enseignement de qualité accessible à tous. Un partenariat avec l’enseignement protestant au Cameroun est à l’étude, pour effectuer un audit et proposer des améliorations à l’établissement scolaire déjà en place.
Au Centre culturel, un espace d’information sur le SIDA, dédié aux jeunes, est ouvert depuis plusieurs années, en coopération avec un partenaire allemand. Il devrait être mis en relation avec le travail de l’Église évangélique du Congo (Brazzaville) qui propose déjà une information similaire.

 

À Kpangba, la paroisse annexe de Morija comprend un lieu de culte, une école maternelle et une première classe d’école primaire, une pisciculture, un espace maraîcher. Un projet de centre de santé est à l’étude. Il s’agit de permettre à quelques 15 000 personnes, isolées de la capitale, de trouver des moyens de vivre décemment  et d’éduquer leurs enfants.

 

Le pasteur Jean-Arnold de Clermont sera à nouveau en Centrafrique en mars 2016, en compagnie, cette fois, du secrétaire général du Défap, le pasteur Bertrand Vergniol.

 


Mieux comprendre la situation en RCA

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

 




Les vœux du Défap : entre engagement et espérance dans la foi

Mercredi 13 janvier, une centaine de personnes étaient présentes aux vœux du Défap. Un exercice incontournable et attendu par un auditoire à l’image de l’institution : bienveillant et multiculturel.

Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap, a ouvert la soirée en évoquant d’abord le service philatélie, l’une des très anciennes activités de l’institution, toujours assurée par des bénévoles et dont le produit sert au financement d’une école du Congo. Des planches de timbres étaient en effet disponibles à l’achat dans le « salon rouge », pour les collectionneurs.

 

Certificat de liberté, DR

Certificat de liberté, DR

 

Il s’est ensuite penché sur un moment tourmenté de notre histoire à tous, la période de l’esclavage, pour mieux mettre l’accent sur les efforts faits notamment par les Églises protestantes pour sortir de ce système. Il s’est appuyé en cela sur une série de documents très particuliers, dont les originaux figurent dans les archives du Défap, reproduits en fac-similé et mis à la disposition des invités de la soirée : des « certificats de liberté ». Ces documents administratifs émis au Sénégal, alors colonie française, datent de la fin du XIXème siècle. Ils servaient à officialiser le rachat de liberté. L’esclavage était pourtant aboli depuis 1848, mais si la traite transatlantique avait cessé, nombre de personnes, notamment cet enfant de 8 ans nommé Diéry Sidibé évoqué par Bertrand Vergniol, demeuraient encore en servitude en 1882, date de son certificat. La liberté souvent s’arrache et parfois se donne.

 

Bertrand Vergniol, lors de son discours, DR

De gauche à droite : Jean-Christophe Peaucelle, Jean-Luc Blanc, Danielle Vergniol, Bertrand Vergniol

 

Le président du Défap, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, a ensuite dit quelques mots tout autant porteurs d’espérance. Il a évoqué sa mission en Centrafrique, où il a passé les fêtes de Noël, partageant avec l’Église protestante Christ Roi des moments de liesse que le pays n’avait plus connu depuis le début de la crise politique, en 2012 (lire son discours).


Danielle Vergniol, dont les familiers du Défap avaient découvert les talents de chanteuse et de guitariste lors de la fête de Noël, a clos ce moment de partage par un chant hérité des temps anciens de la mission, témoignant de l’espérance universelle en des temps lumineux et paisibles.

 

Le délicieux cocktail dînatoire, confectionné par Marlène Blanc avec la coopération d’une partie du personnel du Défap, a alors été servi, agrémenté par un punch maison fruité – et sagement – alcoolisé.
La soirée s’est poursuivie par un entretien croisé entre le pasteur camerounais Robert Goyek, président du Conseil des Églises protestantes du Cameroun (CEPCA), invité d’honneur du Défap et trois interlocuteurs : Jeanne-Louise Djonga, ancienne journaliste et chroniqueuse franco-camerounaise, Jean-Christophe Peaucelle, conseiller aux Affaires religieuses au ministère français des Affaires étrangères et Samuel D. Johnson, secrétaire exécutif du pôle Animation à la Cevaa – Communauté des Églises en mission.

 

Intervenants, DR

De gauche à droite : Jeanne-Louise Djonga, Bertrand Vergniol, Robert Goyek, Jean-Christophe Peaucelle

 

L’un des objectifs du programme 2015-2018 du Défap étant le dialogue inter-religieux, il était intéressant d’écouter les propos du pasteur Goyek, qui vit et travaille notamment dans le nord du Cameroun, où sévissent sporadiquement les terroristes du mouvement islamiste nigérian Boko Haram.

Il a d’abord retracé l’histoire de la mission protestante, très active en termes d’éducation et de santé, et la création des Églises protestantes au Cameroun. Depuis toujours, les familles musulmanes et chrétiennes cohabitent pacifiquement. Ce n’est que depuis quelques années que des extrémistes venus du Nigeria voisins sèment le désordre et la mort au Cameroun. Le CEPCA se positionne donc en première ligne dans les programmes de dialogue islamo-chrétien. Le pasteur Goyek demeure, avec raison, convaincu que le plus important pour assurer la paix et la concorde civile est d’assurer à tous un niveau de vie décent, autrement dit un développement durable.

 

Il a été appuyé en cela par Jeanne-Louise Djonga, qui a insisté sur la lutte contre la corruption et le népotisme, témoignant de son expérience personnelle vécue lors de son retour au pays, après ses études en France.

 

Jean-Christophe Peaucelle a, pour sa part, relevé quatre thèmes importants : le rôle des missions et des communautés religieuses, le danger que représentent les intrusions de Boko Haram, la lutte contre la pauvreté, et le dialogue interreligieux, essentiel à la paix dans le monde. Il a insisté sur l’indispensable distinction à faire entre islam et terrorisme commis au nom de l’islam. Boko Haram signifiant « l’éducation à l’occidentale est un péché », il est plus que jamais nécessaire de convaincre, à tous les niveaux de l’échelle sociale, que bien au contraire : la qualité de l’éducation est le principal rempart, avec la lutte contre la pauvreté, face au recrutement de pauvres gens qui, dûment manipulés, deviennent des terroristes. Il faut dire à tous que la liberté permet avant tout de réfléchir, critiquer, contester, défier. Un écho aux propos liminaires du secrétaire général sur le rachat de la liberté : sans elle, nul espoir.

 

Intervenants, DR

L’assistance, DR

 

Un invité présent dans la salle, Luc Carlen, ancien envoyé du Défap en tant qu’infirmier à Garoua, une ville du Nord Cameroun, est venu au micro raconter son expérience puis, gagnant en assurance, a livré quelques anecdotes cocasses sur son séjour.

C’est aussi cela, la mission : des moments graves, des étincelles de lumière et la joie, toujours, qui jaillit de l’espérance.

 

Le pasteur Samuel D. Johnson a clos le débat en rappelant la devise de la Cevaa : la mission est de partout vers partout. Malgré les critiques qu’elle reçoit parfois, l’action de la mission reste positive et conserve un rôle historique important qu’il ne faut pas occulter. Le Cameroun est doté de nombreuses ressources, tant humaines qu’économiques, qui sont autant de promesses d’un avenir meilleur, et donc porteuses d’espoir.

 




Vœux du Défap : discours du président

Voici le discours de Jean-Arnold de Clermont, Président du Défap, lors de la cérémonie des voeux du Défap, le 13 janvier 2016.

 

Jean-Arnold de Clermont, lors de son discours, le 13 janvier 2016, DR

Jean-Arnold de Clermont, lors de son discours, le 13 janvier 2016, DR

 

Il semble relativement facile de formuler des vœux en ce début d’année 2016. La formule qui revient presque systématiquement est la suivante : « Je vous  souhaite une année 2016, meilleure que l’année 2015 ». Et avec la profusion de reportage médiatique ces derniers jours en commémoration des assassinats à Charlie Hebdo, à Montrouge et à l’Hyper Cascher de la porte de Vincennes, avec en mémoire superposée les assassinats de novembre  dernier, ces vœux semblent évidents. Nous nous souhaitons les uns aux autres une meilleure année 2016, même si une petite voix nous dit ‘croise les doigts… car cela pourrait être pire !’.  

C’est du moins ainsi que j’ai interprété une partie des vœux du Président Hollande le 31 décembre, relayé depuis par de nombreux politiques.

Mais cette façon de faire – s’appuyer sur la noirceur d’hier pour souhaiter la lumière demain – me semble néfaste à un double point de vue.

Hier n’a pas été que sombre ! Je ne peux réduire 2015 aux drames qui l’ont ponctué. Nous en sommes témoins – ou plutôt devrais-je dire : « nous avons à en être témoins » – l’année 2015 a été illuminée par des traits de lumière, par des signes de la grâce de Dieu… je n’en citerai qu’un, tout encore brûlant dans ma mémoire, que d’avoir vu l’Eglise protestante du Christ-Roi fêter Noël il y a quelques jours dans une atmosphère de paix retrouvée. Et je vous invite un instant à vous remémorer tel ou tel événement qui en 2015 vous a marqué et qui appartient au règne de la lumière, cette lumière qui brille dans les ténèbres et dont nous avons à être des reflets.

Ainsi mon premier vœux pour chacun de nous est que malgré la pression médiatico-politique, nous ne passions pas en profit et pertes ce que 2015 nous a offert de beau.

Mais plus encore, sans oublier un seul instant la dureté de notre monde, je veux nous souhaiter une année 2016 que nous sachions vivre avec les moyens que nous donne l’Evangile de Jésus-Christ. Je ne nous souhaite pas de passer loin des crises ou des troubles de ce monde, mais d’y apporter l’espérance de la foi. Je ne nous souhaite pas de passer loin des discours de rejet et de haine, mais d’y répondre en paroles d’apaisement, et en gestes d’accueil et de médiation. Je ne nous souhaite pas de nous tenir à l’écart de la pauvreté, mais d’y répondre par une solidarité accrue…  

En un mot, puisque ce sont elles qui s’inscrivent dans mon propos,  je nous souhaite de savoir relire et vivre les béatitudes avec modestie et avec confiance, tout au long de cette nouvelle année.

Nous avons choisi de la commencer sous le signe du Cameroun, ou plus précisément de l’Eglise Fraternelle Luthérienne du Cameroun et cela grâce à la présence de son président, le Pasteur Robert Goyek que nous avons invité à venir passer quelques temps en France.

Pourquoi cela ? Je pourrais multiplier les réponses tant nous avons de liens avec cette Eglise depuis des décennies, notamment à travers l’action de la Commission luthérienne des relations avec les Eglises outre-mer aujourd’hui intégrée au Défap, et tant il est important d’avoir des informations directes sur la vie de nos Eglises sœurs. Mais il y a plus.

La présence de Robert Goyek donne corps et visibilité aux vœux du Défap en ce début d’année 2016.
Depuis plusieurs années, dans ce nord-Cameroun menacé par celui que l’on appelle désormais le Groupe Etat Islamique en Afrique de l’ouest, ex- Boko Haram, Robert Goyek, qui suit avec attention l’infiltration d’un Islam Salafiste à travers notamment la création de madrasas, y répond de la seule manière qui convient  à une Eglise. Il appelle chrétiens et musulmans à être ensemble  sources de paix. Ainsi à Maroua était organisée en janvier 2013 une conférence internationale sur le dialogue islamo-chrétien, faisant écho aux multiples initiatives prises au Cameroun même pour promouvoir ce dialogue, la coopération entre chrétiens et musulmans sur le plan scolaire ou dans l’action sociale. Mais d’emblée, Robert Goyek nous a demandé de nous associer à ce travail, nous Eglises de France et d’Europe. En l’invitant aujourd’hui, le Défap tient à lui dire sa ferme résolution de répondre positivement à son appel.

Comment cela ?

Tout d’abord en s’informant et en relayant régulièrement l’information sur la situation au Nord Cameroun, au Tchad, au Nigeria ou au Niger. Nous avons à organiser une véritable veille médiatique sur cette région afin qu’elle ne soit pas oubliée. Car la vie de Camerounais, de Tchadiens, de Nigérians ou de Nigériens vaut autant que la vie de Syriens, de Kurdes, de réfugiés d’où qu’ils viennent ou d’Européens.

Et puis nous voulons continuer de manifester à l’égard de cette Eglise une solidarité active. Alors que, pour des raisons évidentes de sécurité, nous avons été dans l’obligation de faire revenir les envoyés qui travaillaient dans le domaine médical à Pouss, dans l’extrême nord du Cameroun, nous continuerons de soutenir les projets de développement qui viennent conforter le témoignage de cette Eglise.

Mais, plus encore, l’appel que nous a adressé le Président Goyek portait sur l’intelligence de la situation interreligieuse de toute la région. Elle est soumise aux pressions intégristes, ici islamistes, là néo-pentecôtistes. Il est de notre devoir d’apporter notre soutien à tout effort de recherche qui permet à nos Eglises sœurs d’annoncer l’Evangile face aux idéologies qui asservissent ceux-là même qu’elles disent libérer. Or nous bénéficions en France de nombreux chercheurs que nous pouvons mettre en relation avec la recherche de nos Eglises sœurs. Nous avons des engagements dans les pays limitrophes, des relations fraternelles que Robert Goyek nous engage à activer. Avec son histoire, avec ses relations, le Défap peut ainsi aider au rassemblement des forces de paix. En recevant le président Goyek c’est cet engagement que nous prenons.

Le Défap, vous l’entendez, en ce début d’année 2016, ne cède en rien à la morosité ambiante. A ceux qui se demandent si la mission est encore d’actualité il répond : « venez la vivre avec nous ; venez répondre à des appels comme ceux du Président Goyek ; et croyez-moi, il y en a bien d’autres… ». C’est d’ailleurs ce que je dis à chacun d’entre vous, ce soir. Nous avons besoin de votre engagement à nos côtés. Merci d’avoir répondu à notre invitation.

Jean-Arnold de Clermont