Attentat de Tel Aviv : l’escalade de la violence

Mercredi 8 Juin, une attaque meurtrière est perpétrée dans l’un des endroits les plus populaires de Tel Aviv : le marché Sarona. Le lendemain, les autorités israéliennes décident de geler les permis d’entrée de 83 000 Palestiniens. Le Défap réaffirme son engagement pour une paix juste entre Israéliens et Palestiniens.

 

Dans un Proche Orient largement perturbé, cet attentat vient en rajouter dans l’escalade de la violence. Tel Aviv est une belle ville, le quartier Sarona un quartier populaire, les terrasses de café des lieux de vie, de convivialité et de liberté. C’est là que les terroristes ont frappé. 4 morts et des dizaines de blessés.

Le Défap adresse ses sentiments de fraternité et de solidarité aux familles endeuillées, à tous ceux qu’il connait en Israël et au peuple israélien.

 

Centre-Ville de Tel Aviv

 

Parce que nous sommes engagés dans le combat pour une paix juste entre Israéliens et Palestiniens, dans le cadre du programme EAPPI (Ecumenical Accompaniment in Palestine and Israël) mené par le Conseil Œcuménique des Eglises (COE), le Défap au nom des Eglises Protestantes de France dénonce et combat le terrorisme sous toutes ses formes à Paris, Tel Aviv ou Hébron.

Pour les peuples qui vivent en Israël et Palestine, ce n’est que dans la sécurité aujourd’hui, et dans l’espérance de la fraternité de demain, qu’une paix juste pourra se forger. Tout le contraire de l’escalade de violences que nous déplorons.




Manifestation à Beyrouth pour les droits des employés de maison

Le pasteur Lacoste et son épouse Christine, envoyés du Défap au Liban, ont participé cette année encore à une manifestation en faveur des droits des employés de maison.

Dimanche 1er mai 2016, l’Eglise protestante française de Beyrouth fermait ses portes et se mobilisait, comme l’an passé pour participer à la manifestation solidaire des travailleuses domestiques au Liban.

 

Manifestation Liban mai 2016, DR

Manifestation du 1er mai 2016 [DR EPFB]

 

La raison de cette manifestation ? Des revendications sociales et humanitaires.

Pourquoi cette date ? C’est celle choisie depuis six ans par les ONG spécialisées dans l’aide aux employées de maison.

 

Le défilé était composé d’environ trois cent personnes, principalement des employés de maison demandant plus de droits. En effet, ceux-ci « ne sont pas soumis au code du travail mais au système “Kafala” qui ne leur garantit que très peu de droits. Corvéable toute la journée, un seul jour de congé le plus souvent optionnel, passeports retirés, leur vie pendant les trois années que dure le contrat est entièrement soumise à l’arbitraire de leurs patrons », explique Christine Lacoste.

 

L’Eglise protestante française de Beyrouth est composée d’employés de maison malgaches, à 80%. Ils sont présents au culte le dimanche quand leurs employeurs le permettent.

 

« Leurs sourires, leurs chants empreints de joie réchauffent notre culte. “Ne soyez pas tristes! La joie qui vient du SEIGNEUR, voilà votre force!” (Néhémie 8 v 10) : Voilà l’appel que m’adressent mes sœurs malgaches », conclut Christine Lacoste.

 

Source : site de l’EPFB

 




Cameroun : AG, colloque & jeunesse au programme

Le secrétaire général du Défap, le pasteur Bertrand Vergniol, se trouve en ce moment au Cameroun.

Bertrand Vergniol est présent actuellement au Cameroun pour plusieurs raisons.

Il a participé à l’Assemblée Générale du Conseil des Eglises Protestantes du Cameroun (CEPCA), qui a eu lieu du 5 au 9 mai 2016.

Le thème était le suivant : « Bonne gouvernance, lutte contre l’insécurité et le radicalisme religieux ».

Le secrétaire général du Défap est intervenu le 7 mai sur la question de la bonne gouvernance, en lien avec la mission, la laïcité et la notion de responsabilité. Il a également assuré la prédication lors du culte de clôture.

 

Voeux Défap, DR

Le président du CEPCA (Conseil des Églises protestantes du Cameroun), Robert Goyek (troisième en partant de la gauche) [DR]

 

Bertrand Vergniol s’est également rendu au Cameroun pour discuter de la mise en place d’un colloque avec le CEPCA pour lutter contre l’intégrisme religieux.

 

Dernier point majeur de ce voyage : proposer un projet pour la jeunesse afin de lutter contre la radicalisation.

 

Le pasteur Bertrand Vergniol est présent dans le pays jusqu’au 13 mai.

L’occasion de continuer à renforcer les liens entre le Défap et les institutions protestantes camerounaises.

 




« Gens de Dunkerque »

Valérie Thorin raconte son expérience au camp de Grande-Synthe.

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

 

À quoi rêve-t-elle, cette famille syrienne en promenade, l’homme et la femme, leurs trois enfants et une dame plus âgée à leurs côtés ? Marchant silencieusement le long de la grève, ils regardent davantage la mer que leurs bambins trop sages, qui leur donnent la main. À quoi rêvent-ils, ces deux Afghans accroupis sur un remblai du nouveau camp de réfugiés de Grande-Synthe ? Leur ombre ressemble à celle du commandant Massoud méditant devant les montagnes plissées dominant la vallée du Panchir. À quoi rêvent-ils, ces trois jeunes Syriens dans la force de l’âge, le regard dur et fixe ? Ils ont vu leur ville bombardée par le pouvoir de Damas, attaquée par les islamistes, puis par les Russes, espionnée par des drones non identifiés, réduite en poussière, les obligeant à fuir droit devant sans plus savoir à qui faire confiance. À quoi rêve-t-il, cet homme du PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan, dont il a tagué le logo sur sa baraque en planches ? Il a traversé à pied toute l’Europe orientale, payé prix d’or des passeurs pour enjamber les frontières, dormi sous des cartons, mangé des racines et le voilà ici, à Dunkerque, presque au terme de son voyage. À quoi rêvent-elles, ces fillettes timides, qui se courbent et entrent à pas de loup dans la tente de l’école du camp ? Elles savent qu’elles ont échappé à la tyrannie des islamistes, dont l’objectif est de les contraindre à rester cloîtrées, illettrées et soumises, chez leurs parents puis chez leur mari. À quoi rêvent-ils ces Iraniens yazidis, pourchassés par islamistes, chiites, sunnites, au motif qu’ils seraient des « adorateurs du diable », et même par les chrétiens, qui les considèrent comme des hérétiques ? Passés les monts Zagros, ils ont longé le Tigre jusqu’à Kirkouk, capitale de l’ancienne Mésopotamie, erré jusqu’en Turquie où, après la barrière des monts Taurus, et l’immense plaine de l’ouest, ils ont embarqué sur un dangereux esquif pour la Grèce. Après la Bulgarie, la Serbie, la Croatie, la Slovénie et l’Italie, ils sont remontés jusqu’à Dunkerque. Un périple incroyable, de ceux dont rêvent les Occidentaux fortunés et qu’ils ont payé de leurs larmes, après y avoir englouti tout ce qu’ils avaient mis une vie à économiser.

 

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

 

Ils ne rêvent que de jeux et de rires, ces gamins agités et inquiets, qui roulent à toute berzingue dans le camp, juchés sur des vélos trop grands pour eux, mais si précieux pour se défouler.
Tous sont là rassemblés, dans ce nouveau camp de Grande-Synthe installé sur un terrain municipal, entre voie ferrée et autoroute. Pas le Pérou, mais tellement, tellement mieux que le camp du Basroch, situé à quelques kilomètres à peine, en bordure d’une zone résidentielle. Là, c’était l’enfer. Il n’en reste que des ruines, mais au plus fort de l’hiver, près de trois mille personnes y ont vécu, survécu plutôt. Partout, on pataugeait dans vingt centimètres de boue immonde. Des ordures, épluchures et détritus en tout genre, jonchaient le moindre centimètre carré de sol. Quelques latrines, bouchées depuis belle lurette, répandaient une odeur pestilentielle, difficilement supportable. Les reliefs de nourriture avaient fini par attirer des rats gros comme des chats, et même les corbeaux n’osaient plus s’approcher de ce cloaque. Village de tentes, de tissu et de carton, foyer de gale, de poux et de teigne, il était l’incarnation de la honte absolue, un marécage infâme. Bouleversant pour les riverains, lesquels, émus aux larmes, apercevaient les réfugiés au petit matin, grelottant et trempés, attendant silencieux et mornes un bienfaisant bol de café. « Et le soir, la puanteur et la saleté m’agressaient tant que je les haïssais… » avait confié un voisin, révélant la terrible et si humaine ambivalence de quiconque se trouve un jour confronté à la misère absolue devant sa propre porte.

 

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

 

L’on peut et l’on doit reconnaître à Damien Carême, maire de Grande-Synthe, d’avoir eu le courage politique et physique de faire déménager tout le monde vers le lieu-dit La Linière. L’État français ne l’y a pas aidé, bien au contraire. Là, avec le concours de Médecins sans frontière (MSF), des bungalows de bois pouvant accueillir quatre personnes, chauffables grâce à des réchauds à pétrole, ont été montés. La logistique générale a été confiée à l’association bretonne Utopia 56, spécialiste des… festivals, mais donc compétente pour gérer des milliers de personnes rassemblées en un même endroit. D’innombrables ONG, fournissant un roulement de quelque cent vingt bénévoles par jour, assurent l’entretien des infrastructures, le ravitaillement en vivres, en eau, en vêtements, en literie et autres produits de première nécessité, s’occupent également de l’adduction d’eau, de l’évacuation des déchets et du ramassage des ordures, de la santé et de l’éducation, bien sûr. MSF, la Croix-Rouge et Médecins du monde font des maraudes, il n’y a plus ni vermine, ni maladies. La solidarité joue à plein. Celle des habitants de Grande-Synthe, bien sûr, mais aussi celle de gens venus de plus loin, et même d’Angleterre.

 

Le premier camp humanitaire de France est né, le 9 mars 2016.




« Démolition punitive »

Laurent Mérer, envoyé en Israël/Palestine, raconte l’histoire d’une démolition punitive d’une habitation.

Un message (du jeudi 31 mars à 08h48) de l’Agence des Nations Unies nous prévient : « Les forces israéliennes ont mené ce matin une opération de démolition punitive d’une maison d’habitation dans le quartier de Jabt Alshareef à Hébron. Pour plus d’information contacter le… ».

 

La maison appartient à la famille d’un jeune Palestinien, Ihab Maswada, tué par balle le 7 décembre dernier pour avoir poignardé un colon en ville. Son cousin, Abd al-Rahman, est tué deux jours plus tard rue Al-Shuhada au cours de l’attaque de deux Israéliens. Tous deux ont une vingtaine d’années. La tension est vive à cette époque à Hébron, après l’assassinat au check-point 56 par les forces israéliennes en novembre d’une jeune palestinienne de 18 ans, et le maquillage de cet assassinat en attaque. Si l’armée nie, personne à Hébron n’est dupe : un témoin a vu les soldats déposer un couteau près du corps de la malheureuse ; de ce fait les autorités israéliennes sont fébriles. Un portrait de la jeune fille dressé à l’entrée du check-point sera tronçonné quelques semaines plus tard pendant la nuit par l’armée.

 

La maison en ruines, DR

La maison en ruines, DR

 

A l’évidence, Ihab Maswada et Abd al-Rahman sont coupables. Terroristes, proclament les Israéliens. Résistance, affirment les Palestiniens. Les Français connaissent cette histoire : nos grands-pères qui tiraient sur des Allemands armés sous l’occupation étaient-ils des terroristes ou des résistants – des héros ? Ici, l’occupation dure depuis maintenant cinquante ans. Le seul horizon de ces jeunes, ce sont les murs, les check-points, les barbelés, l’humiliation des fouilles au corps, et les colons qui paradent, armés jusqu’aux dents. Les autorités palestiniennes et les Palestiniens raisonnables condamnent ces actes de jeunes désespérés qui font en réalité le jeu des colons et des Israéliens, en maintenant une tension qui justifie les déploiements de forces et l’accaparement de nouvelles terres pour « raison de sécurité ».

 

Notre ami Arrafat nous conduit vers Jabt Alshareef samedi 2 avril dans l’après-midi. La petite rue du quartier populaire qui descend à flanc de colline est encombrée. Un voisin nous montre la maison. Aucun signe extérieur d’exaction, mais dès que nous franchissons le seuil, le spectacle est désolant : toutes les cloisons intérieures du rez-de-chaussée ont été démolies à la masse. Il ne reste qu’un tas de gravats et les meubles disloqués. Cette partie de la maison était occupée par les parents. Nous montons à l’étage dans le salon où deux lits ont été installés.

Le frère nous raconte : « une centaine de soldats ont envahi et bouclé le quartier vers minuit. Plusieurs sont entrés chez nous et nous ont donné dix minutes pour évacuer les lieux. Nous sommes montés ici, au premier étage, et en bas ils ont défoncé les murs à la masse ». « Ils ont tiré une grenade lacrymogène dans la maison, et tout le monde s’est mis à pleurer », ajoute la maman de Maswada, une femme de belle allure dans la cinquantaine, digne sous son voile bleu à motifs blancs, assise en coin dans un fauteuil. Visiblement, elle est encore sous le choc, alors que le frère d’Ihab Maswada qui nous raconte la scène est plus serein. Les belles sœurs servent le café, les enfants jouent sur les deux lits. « Elle est fatiguée », nous dit le frère. Deux autres frères nous ont rejoints. Nous sommes une dizaine dans la petite pièce réaménagée pour héberger les parents.

Les autorités israéliennes, nous expliquent-ils, avaient établi un premier ordre de démolition dès février, resté sans effet. Un deuxième avait été dressé trois jours auparavant, et les soldats avaient dit au père de famille qu’il serait exécuté dans la semaine. « Mais nous avons été surpris quand ils se sont présentés peu après minuit », nous disent-ils.

 

Les démolitions punitives ont été instituées par le gouvernement Netanyahu à la mi-octobre, suite au regain de tension, et plusieurs ont été réalisées depuis cette date. Le mouvement s’est poursuivi malgré les recommandations du comité militaire israélien qui a déclaré qu’elles n’étaient pas dissuasives.

Les familles qui reçoivent des ordres de démolition peuvent faire appel de la décision, mais ces appels ont toujours été rejetés par la Haute Cour. Plusieurs organisations israéliennes condamnent ces sanctions collectives à l’égard des membres des familles qui n’ont commis aucun crime.

La maman s’endort tranquillement dans le fauteuil, tandis que les frères nous raccompagnent en nous remerciant chaleureusement de la visite. Denier passage au milieu des gravats. Outre les voisins très solidaires, nous sommes les premiers visiteurs à venir leur manifester notre solidarité.

 




La très éphémère école d’Abu Nwar

Témoignage sur une école éphémère en Israël/Palestine.

 

Je découvre  la communauté bédouine d’Abu Nwar un samedi de février.  Il y a moins de deux semaines que je suis arrivée et, nous essayons, avec mes collègues de l’équipe de Jérusalem, d’y voir clair dans les multiples zones aux statuts différents, disposées de part et d’autre du mur qui cercle la ville en zigzag. Il fait chaud ; nous sommes en visite dans un village palestinien des environs, en  conversation avec un groupe de femmes, mêlant  nos pauvres mots d’arabe à leurs pauvres mots d’anglais.  Heureusement les sourires et les mains expriment l’universel.

Soudain mon téléphone vibre ; c’est le principal outil de l’accompagnateur EAPPI, en plus de son passeport.

Le chef de la communauté  bédouine  d’Abu Nwar nous demande de venir dès que possible. Firaz, notre fidèle chauffeur et traducteur nous mène jusqu’au campement par des chemins de traverse, car toutes les routes ne sont pas autorisées aux voitures immatriculées en Palestine. Nous terminons par une très mauvaise piste. Nous découvrons un étonnant village dont les maisons sont faites de palettes de bois et de  barricades usagées couvertes de grandes toiles, les toits de vieilles tôles maintenues par de gros cailloux. Des moutons à  épaisse  toison brune et des chèvres courtaudes à longs poils soyeux broutent alentour les rares bosquets qui émergent au milieu d’un paysage de terre rouge  semé  de rochers blancs. Pas âme  qui vive…

Pourtant, surgit d’on se sait où, un homme s’approche de la voiture, c’est le chef du village, nous dit Firaz, on l’appelle ici le mouktar.

 

Abu Imad, la cinquantaine, a belle allure dans sa une longue robe grise, tenue traditionnelle  des  bédouins, la tête  ceinte  d’un keffieh à carreaux noirs et blancs. Il semble heureux de nous voir, sourit, hèle plusieurs membres de la communauté qui le rejoignent, tous des hommes, et nous invite à prendre place en rond sur des chaises plastiques hors d’âge, à côté d’un petit enclos abritant  deux balançoires et un toboggan vert : la cour de l’ancienne école.

Plusieurs minutes passent. Un gamin au sourire édenté nous apporte des verres de thé brûlant abondamment sucré. Après la première gorgée que le mouktar nous dévoile la raison de son appel.

Jusqu’à ce jour Abu Nwar, comptant 113 familles et 650 habitants, n’avait qu’une seule école composée  de deux « caravanes ». « Caravanes » est le terme employé ici pour désigner ce qu’on appelle chez nous des baraques de chantiers. Celles-là sont en simples tôle, sommairement assemblées. Dans la première s’entassent les quarante enfants de la maternelle tandis que trente élèves et trois professeurs se partagent l’autre, dans la pluie et le froid en hiver, par chaleur étouffante  en été. C’est la «vieille école « .

Hier soir, nous explique Abu Imad très  fier, les hommes du village ont monté  une nouvelle école : « regardez-la, dit-il en se retournant, juste à côté ».

Suivant son geste, nous découvrons trois autres caravanes disposées  en L, légèrement plus grandes que les premières, étincelantes  dans le soleil encore haut de l’après-midi. Sur l’une d’elle une immense affiche collée indique : « Payé par la France. Ministère des Affaires Etrangères. »

Abu Imad nous propose de visiter la nouvelle structure qui accueillera dès demain dimanche 70 élèves.

Ecole éphémère Abu Nwar, DR

Payé par la France… (DR)

Ecole éphémère d'Abu Nwar, DR

Surtout protégé du froid… (DR)

Si le sol reste inégal  car la dalle a été  sommairement et rapidement coulée, les murs et le toit sont cette fois en panneaux sandwich de tôle, garnis d’isolant. C’est assurément  d’un grand dépouillement mais plus grand et surtout protégé du froid et de la chaleur. Chaque porte est munie d’une serrure, l’ouverture des fenêtres est facile.

C’est un grand changement, pour ainsi dire le paradis et les bédouins sont à la fête, presque à la fête…

« Car cette nuit, vers minuit reprend Abu Imad qui a perdu son sourire, j’ai été  réveillé par des bruits de moteur. Je ne dors que d’un œil car ma communauté est sous menace permanente de déplacement  forcé ; je me suis  levé précipitamment et j’ai aperçu une dizaine de véhicules de l’armée israélienne et de l’administration civile, juste en haut du village. Les militaires et les civils prenaient des photos de la nouvelle école avec des appareils équipés de zooms impressionnants ».

Abu Imad a  de l’expérience. Quand l’administration civile prend des photos ce n’est pas pour faire un bel article sur la débrouillardise des habitants ou la générosité de la  France.

 

Nous sommes surprises que la construction de l’école ait pu être  connue si vite des services de l’État israélien : nos administrations ne nous ont pas habituées à une telle célérité.

Abu Imad devance nos questions. « Ce sont les colons alentour, nous explique-t-il le regard triste, qui nous surveillent en permanence et dénoncent chacun de nos actes ».

Voyant cette opération de repérage, le mouktar a alors craint la démolition  de l’école. Celle-ci est en effet  construite sans autorisation officielle car les permis de construire ne sont jamais délivrés, quand bien même il s’agit d’un programme humanitaire. C’est pourquoi il nous a appelés et demandés  de venir d’assurer une « présence  protectrice ». C’est l’essence de notre mission. L’expérience montre que lorsque des témoins  internationaux sont présents, les autorités israéliennes hésitent à agir.

 

Nous lui proposons alors de rester dormir mais Abu Imad refuse. Nous lui promettons de revenir demain pour voir les enfants dans leurs nouvelles classes.

Nous sommes de retour ce dimanche en début  d’après-midi, à temps pour assister la fin des cours. Comme hier le village semble désert. Comme hier Abu Imad surgit, mais il a un pauvre sourire sur les lèvres. Nous cherchons la nouvelle  école, mais il ne reste que la dalle.

 

Dans la nuit des ouvriers, protégés  par des dizaines de militaires lourdement armés  sont venus démonter les panneaux isolés et ont tout emporté.

Il ne reste, dans la main crispée  d’Abu Imad, que le trousseau des clés qui n’auront jamais servi.

 

Ecole éphémère d'Abu Nwar, DR

Il ne reste que la dalle… (DR)




« Israël-Palestine, y a-t-il des raisons d’espérer ? »

Florence et Michel Taubmann étaient invités le 17 mars à donner une conférence devant une cinquantaine de personnes au Centre 72 de Bois-Colombes sur le thème : « Israël-Palestine, y a- t- il des raisons d’espérer ? » Tous deux ont vécu deux ans et demi en Israël, où Florence a suivi des cours à l’Institut Chrétien d’Etudes juives alors que Michel était journaliste à I24 News, chaîne internationale d’informations diffusées en français, en anglais et en arabe. Voici des extraits de leur intervention.

Ce sont d’abord les raisons de désespérer qui ont été évoquées :

Le conflit israélo-palestinien a déserté les feux de l’actualité depuis l’échec des énièmes pourparlers de paix sous l’égide de John Kerry et la meurtrière guerre de Gaza à l’été 2014 (environ 2000 Palestiniens tués, dont beaucoup d’enfants, ainsi que 63 soldats israéliens). Le contexte régional – avec plus de 200 000 morts en Syrie en 5 ans – et international, avec le feu qui ravage le monde musulman de la Tunisie au Pakistan en passant par les attentats en Europe, relativise forcément le conflit, d’autant que « l’Intifada des couteaux », qui a causé une trentaine de morts parmi les Israéliens juifs et près de 200 tués parmi les Palestiniens, n’a pas été suivie d’un soulèvement populaire et est vivement critiquée par nombre d’Arabes israéliens mais aussi par des Palestiniens des territoires occupés.

 

Photo pour un futur projet de l’Institut Interreligieux Elijah Jérusalem http://elijah-interfaith.org

Photo pour un futur projet de l’Institut Interreligieux Elijah Jérusalem http://elijah-interfaith.org

(Source : Thérèse Andrevon Gottstein)

 

Sur le plan politique, la situation parait également désespérante, avec ce paradoxe qu’une bonne majorité des Israéliens reste favorable à la solution des deux Etats, tout en se dotant d’un gouvernement, le plus à droite de l’histoire du pays, qui, en encourageant de nouvelles implantations en Cisjordanie, ne fait rien pour la création d’un Etat palestinien. Mais vivant dans un territoire de la taille de la Normandie, beaucoup d’Israéliens ne veulent pas prendre le risque de voir Daesh s’immiscer dans le pouvoir palestinien, alors que le Hezbollah continue de menacer la frontière avec le Liban, et qu’à Gaza le Hamas, qui conteste toujours l’existence d’Israël et mène le peuple d’une main de fer, fait pourtant figure de modéré face à toutes les factions islamistes en jeu pour lui ravir le pouvoir ?

 

C’est du côté de la société civile que des germes d’espoir se font sentir. Car au milieu de discours fatalistes et très sceptiques, où les uns et les autres s’accusent mutuellement d’être les fauteurs de guerre, existe une coopération économique et sécuritaire contre le terrorisme qui maintient ou construit des relations, et ce malgré le mur et les check-points qui pourrissent la vie des Palestiniens. En Cisjordanie, une majorité des habitants se déclare favorable à la paix. Et les Arabes israéliens – 20% de la population – sont en voie d’une meilleure intégration professionnelle et économique et montrent qu’une coexistence est possible entre Juifs et Arabes.

 

Ville de Jérusalem (Source : Pixabay)

Ville de Jérusalem (Source : Pixabay)

 

Aussi des initiatives intercommunautaires se poursuivent, dans le domaine de l’éducation, de la santé, de la médiation interculturelle, du sport, de l’art, afin de lutter contre les tentations de repli communautaire dues à un sentiment de lassitude après toutes ces années de conflit. Et ce qui peut paraître étonnant, des démarches de paix existent également chez des religieux, juifs et musulmans, qui s’appuient sur leur foi pour créer du vivre-ensemble et exprimer leurs désaccords autrement que par la violence. C’est souvent la reconnaissance de la souffrance de l’autre qui initie la reconnaissance de sa légitimité. C’est ainsi que le cercle des parents endeuillés réunit depuis 1995 des familles palestiniennes et israéliennes qui, à partir d’une même souffrance d’avoir perdu des enfants à cause du conflit, tentent de se mettre à la place de l’autre pour reconnaître sa légitimité.

 

Car tout est là : les enjeux ne sont pas seulement territoriaux mais historiques et symboliques. La Bible n’est pas un cadastre, mais en liant le peuple juif à cette terre elle pose forcément des questions d’interprétation, de légitimité, de situation et reconnaissance des uns et des autres. Dans la résolution du conflit se joue en partie le lien entre l’Orient et l’Occident, entre l’islam, le christianisme et le judaïsme. Il est à la fois essentiel qu’Israël reconnaisse aux Palestiniens leurs droits et leur place, sous peine de perdre son âme, mais aussi que l’islam reconnaisse positivement le rôle du judaïsme et du peuple juif dans sa propre genèse et son histoire, comme l’a fait pour une part le christianisme, depuis la seconde guerre mondiale. 

 

Tout en menant ce travail théologique de longue haleine, c’est en aidant les associations et les mouvements qui travaillent au dialogue et à la réconciliation que l’on peut le mieux aider ceux qui souffrent du conflit. Et en allant nombreux visiter cette terre extraordinaire.

 

Pour aller plus loin : statistiques

Sur Israël / Sur la Palestine

Quelques sites

Tourisme : http://travelpalestine.ps / www.otisrael.com
Médiation interculturelle : http://www.theparentscircle.com / www.friendsofroots.net / www.peres-center.org
Dialogue interreligieux : http://elijah-interfaith.org
Coopération sanitaire : www.uncoeurpourlapaix.org




Pâques à Jérusalem

Corinne Mérer, envoyée en Israël/Palestine, raconte ses impressions après avoir vécu les fêtes de Pâques à Jérusalem.

Il est émouvant  et étrange d’être ici pour célébrer le temps de Pâques.

Émouvant de relire dans les Evangiles l’entrée de Jésus à Jérusalem et de suivre le même chemin depuis Bethanie jusqu’ aux portes de la ville en compagnie de 12 000 fidèles agitant des rameaux de palmiers et acclamant son nom par des chants joyeux, en toutes langues.

 

Procession des rameaux, DR

Procession des rameaux, DR

 

Émouvant, le vendredi saint, de regarder ces mêmes pèlerins parcourir le chemin de croix dans les ruelles étroites de la vieille ville, marchant derrière les franciscains en bure brune, les popes tout de noir vêtus, coiffés de hautes toques garnies de voiles qui leur descendent jusqu’à mi-dos, et les patriarches en violine et blanc.

 

Devant l'église, DR

Devant l’église, DR

 

Émouvant, mais pour le moins étrange : il n’est pas question en effet que les processions se mélangent ; l’heure et le temps de passage dans l’église du Saint Sépulcre sont soigneusement et longuement négociés  les semaines précédentes entre les dignitaires des différentes Eglises catholiques : latine, arménienne, ou grecque. Alors, de nombreux soldats et policiers israéliens, fusil d’assaut en bandoulière, assurent l’ordre, déplacent les barrières au fil de l’avancée des processions, bloquant ici, laissant passer là.

Les Eglises protestantes, anglicanes,  luthériennes, écossaises quant à elles sont absentes : ce n’est pas leur culture.

Nos divisions entre chrétiens  crucifient à  nouveau Jésus.

 

La procession, DR

La procession, DR

 

Émouvant, étrange mais aussi révoltant ce vendredi saint.

Le matin, avant le début  des processions, j’étais au check-point de Qalandya comme tous les vendredis. Mais ce 25 mars, en raison des fêtes pascales et de la fête juive de Purim qui cette année tombent en même  temps, les habitants de la Westbank, chrétiens comme musulmans, doivent présenter un permis spécial,  délivré seulement pour raison médicale. Être âgé de plus de 55 ans ne suffit plus pour aller prier sur les lieux saints. Ce 25 mars, le nombre de Palestiniens refoulés  au check point est ainsi bien supérieur à celui des autorisés.

Fête sainte pour les uns, restrictions supplémentaires pour les autres.

 

Émouvant, étrange, révoltant. Pourtant, comme une bouffée d’espérance, j’ai aperçu sur la placette qui jouxte celle de l’église du Saint Sépulcre quatre jeunes israéliens de six à huit ans, kippa sur la tête regardant passer la procession les yeux écarquillés. A côté d’eux un scout palestinien et un militaire suivaient le spectacle avec le même  émerveillement.

 

Des enfants israéliens regardent passer la procession, DR

Des enfants israéliens regardent passer la procession, DR

 

Cette semaine se termine par une grande joie et beaucoup d’émotions : j’assiste au service de Pâques dans l’église luthérienne de Redammeer. En ce jour, communauté orientale de langue arabe et occidentale de langue anglaise de la paroisse se sont réunies pour fêter ensemble, dans un culte bilingue, Christ ressuscité.

Christ  est ressuscité, il est vraiment ressuscité.

 




Le Défap au Bénin : formation des pasteurs et projets en cours

C’est à l’occasion d’un stage de formation des pasteurs français et béninois que le pasteur Jean-Luc Blanc se rend au Bénin vendredi 1er avril. Il en profitera également pour effectuer un tour d’horizon des projets soutenus sur place par le Défap.

Le CPLR (Conseil Permanent Luthéro-Réformé) a mis en place cette formation permanente depuis maintenant une dizaine d’années. Elle organise dans ce cadre, tous les deux ans, un stage à l’étranger pour les pasteurs luthériens et réformés. 2014 fut l’année du Maroc, 2016 sera béninoise. La formation portera sur « le développement durable et la fin du monde ». Cette thématique sera abordée de manière transversale : articulation avec le monde professionnel, rapport à l’utopie que propose les nouveaux modes de pensée liés au développement durable, concept de responsabilité et d’espérance…

 

Jean-Luc Blanc et une envoyée du Défap au Bénin, Ganvié (Bénin), 2015, DR

Jean-Luc Blanc et une envoyée du Défap au Bénin, Ganvié (Bénin), 2015, DR

 

Mais son séjour ne portera pas sur ce seul événement. Il en profitera pour rendre visite à l’envoyé du Défap, Nicolas Fines, sur place pour dix mois. Il n’oubliera pas non plus de prendre des nouvelles des projets ambitieux portés par le Défap au Bénin. Projet avec l’Université Protestante de l’Afrique de l’Ouest (UPAO) pour l’envoi d’un professeur de théologie, soutien à la bibliothèque, aide à l’édition d’un manuel de catéchisme dans les langues locales, rencontre avec les responsables de l’université et cerise sur le gâteau, le soutien à la radio de l’Eglise, en coopération avec Alain Meyer, financée par la Cevaa et DM-échange et mission.

 

Rendez-vous au prochain flash info Bénin, la semaine prochaine !




Paix & environnement au programme du RIEP

Le RIEP, ou Réseau International de l’Enseignement Protestant, tient sa première assemblée générale courant mars. Retour sur les projets du réseau.

Cette structure associative a deux ans. À l’occasion de la première assemblée générale ordinaire, revenons sur les cinq projets qu’elle propose de soutenir (Présentation du RIEP).

 

Le bureau du RIEP, DR

Le bureau du RIEP, DR

 

Le premier est l’ouverture d’une école pilote au Rwanda avec formation sur la protection de l’environnement. Celle-ci serait d’abord dispensée aux enseignants, afin qu’ils puissent développer des « clubs d’amis de l’environnement ». À cela s’ajouteraient une émission de radio, animée par les élèves, et sur le plan pratique, des actions de reboisement sur les terrains de l’école pilote et aux alentours. Le projet durerait deux ans dans cet établissement, mais l’objectif final est qu’il soit étendu à d’autres écoles, voire même à toute la communauté.

 

Les deuxième et troisième projets concernent la République Démocratique du Congo, et plus exactement les deux Kivu.

Au nord Kivu, dans un contexte où les tensions inter-communautaires sont très fortes, y compris au sein même des établissements scolaires protestants, l’objectif est de développer des formations conjointes à la paix et à la protection de l’environnement : comme au Rwanda voisin, l’idéal serait que des clubs se créent autour des écoles afin et que les communautés se sentent également concernées.

Au sud Kivu, le thème de l’environnement est lié à un souci d’amélioration sanitaire et de l’hygiène, afin d’éviter la propagation de maladies contagieuses. Pour cela, la coordination des écoles protestantes souhaite développer des projets d’adduction d’eau, construire des latrines et, parallèlement, lancer des opérations de reboisement. Une formation du corps enseignant et des parents est également prévue.

 

En Haïti, la fédération des écoles protestantes a pour ambition la modification en profondeur du rapport de la population à son environnement, afin de faire de ce dernier un moyen de sortir de la pauvreté. Elle propose déjà une formation sur les comportements en cas de catastrophe naturelle (article sur MB Loze https://www.defap.fr/etre-envoye/temoignages-1/soutenir-les-structures-locales-un-geste-indispensable). Par ailleurs, elle souhaite développer des activités agricoles génératrices de revenus, comme des plantations autour des écoles, tout en intégrant dans les établissements des formations professionnelles en agronomie.

 

Enfin, au Congo-Brazzaville, le projet consiste à intégrer des communautés minoritaires, notamment pygmées, au sein de la société civile, à travers l’école. Les obstacles sont nombreux, liés au manque de moyens et aux discriminations.

 

Après l’assemblée générale de mars, le bureau – composé de trois personnes –  se retrouvera à Paris les 19 et 20 avril.

 




Un camp de réfugiés en Palestine, la vie quotidienne et les arrestations…

Témoignage de Laurent Mérer, envoyé en Israël/Palestine.


    Il fait de nouveau froid sur les hautes collines du sud de la Judée et la pluie s’est remise à tomber. Le « service », un de ces innombrables minibus jaunes qui sillonnent la Palestine nous dépose pour quelques shekels à l’entrée du camp de réfugiés d’Al’Arrub, à mi-chemin entre Hébron et Bethléem. L’entrée du camp est sur la droite. Ismail Hajajreh, un solide jeune homme de 24 ans, blouson de cuir, pantalon clair et cheveux noirs lissés nous attend là, sous l’auvent d’une modeste épicerie. Les environs sont animés : les passants se saluent ou s’interpellent et plusieurs véhicules sont stationnés, voitures individuelles, taxis et minibus en attente de clients pour Bethléem. Les présentations sont rapidement faite Laurent, Luisa, Anaïs, Corinne. Ismaïl a la bonne allure du gendre idéal, belle prestance et sourire chaleureux. Il entre dans la boutique et nous offre des cafés en guise de bienvenue. De l’autre côté de la route sur laquelle voitures et camions passent à vive allure dans des vrombissements de moteurs et des éclaboussements d’eaux, se dresse un mirador gris surmonté de caméras et entouré de rouleaux de barbelés. Trois soldats casqués, dont une jeune femme blonde montent la garde derrière des plots de béton au pied de la tour, et leurs fusils d’assaut pointent l’entrée du camp. Je suis dans la ligne de mire, et j’empoigne mon appareil pour saisir l’instant, mais l’un des soldats me fait signe que non. « Nous sommes en Palestine, tu peux photographier qui tu veux, ils sont chez nous » me lance Ismaïl avec un grand éclat de rire.

 

Dans la ligne de mire, à l’entrée du camp d’Al Arrub
Dans la ligne de mire, à l’entrée du camp d’Al Arrub

 

   À quelques centaines de mètres au nord en suivant la route du côté opposé du camp, se dresse Beit Al Baraka, «la maison de la bénédiction », une ancienne mission presbytérienne américaine transformée en 1995 en auberge de jeunesse pour pèlerins, dont la propriété est aujourd’hui contestée, et revendiquée par les israéliens d’une colonie voisine. L’endroit est stratégique, car s’ils occupaient Beit Al Baraka, la route serait vraisemblablement fermée par l’armée pour protéger ces derniers, or c’est la voie principale qui relie Hébron à Bethléem. Les colons organisent fréquemment des marches sur cette route pour manifester leur détermination, lançant au passage des pierres sur l’entrée du camp. Les gamins répondent. Les soldats du mirador ouvrent alors le feu pour protéger les colons et la situation dans les parages est en permanence tendue.


   Le camp de réfugiés, 1km x 1km, c’est la norme habituelle pour les camps de Palestine a été créé en 1948/1949, après la déclaration d’indépendance et la victoire israélienne, pour accueillir des Palestiniens expulsés de la partie israélienne ou fuyant les combats, les massacres ou leurs villages saccagés, « la Nakba » disent les Palestiniens, « la catastrophe », symbole de la perte de leur intégrité et de leur exil. Tous les camps de réfugiés, qu’ils soient en Cisjordanie (Palestine), dans la bande de Gaza, au Liban, en Jordanie ou en Syrie ont été installés à la même époque dans le cadre l’UNRWA, un programme spécial des Nations Unies destiné à leur venir en aide. Les réfugiés Palestiniens ont un statut particulier, différent du régime international garanti par le Haut Comité aux Réfugiés (HCR). Si ce statut leur assure une meilleure visibilité politique et symbolique, il est en revanche défini de façon discrétionnaire par les États d’accueil en fonction de leurs propres intérêts nationaux. Toutefois cette différence de traitement a été soutenue dès l’origine par les États arabes mais aussi par les Palestiniens eux-mêmes qui voient dans la reconnaissance de cette spécificité l’assurance du maintien de leur droit au retour sur leurs terres, ce qu’évidemment les autorités israéliennes contestent.
                                    
 

Dans le camp d’Al Arrub

Dans le camp d’Al’Arrub


   L’enseignement primaire et le service de santé sont assurés par les Nations Unies, et certaines prestations sont fournies (eau, électricité, enlèvement des ordures…), procurant ainsi quelques avantages aux réfugiés qui font grincer les dents les Palestiniens qui ne bénéficient pas du statut… Celui-ci est transmissible aux descendants, mais peut se perdre si l’on cesse de résider dans le camp au-delà d’une certaine durée. On compte aujourd’hui, selon l’UNWRA, 59 camps officiels au Moyen-Orient et plus de 4 millions de réfugiés.
   Ceux d’Al’Arubb proviennent à l’origine de 37 villages du sud de la Palestine rasés par les Israéliens, le grand père d’Ismaïl était l’un d’entre eux, et Ismaïl nous montre sa première maison, une petite construction basse en ciment, avec toit plat et une seule ouverture, à flanc de colline. Une maison plus grande accueille aujourd’hui la famille, accolée à l’ancienne habitation du grand-père.


   Ne serait son statut, le camp d’Al’Arrub où nous pénétrons ressemble à une ville ordinaire, avec ses écoles, ses boutiques, son centre médical, son embrouillamini de maisons à demi-terminées, ou au contraire surélevées d’un ou deux étages : les extensions se font en hauteur, car les limites du camp sont fixées… pour 99 ans, tel est le bail pour lequel le terrain a été loué par les Nations Unies. Personne ne sait ce qui passera en 2047, si à cette échéance la question palestinienne n’a pas été réglée. C’est demain, Ismaïl sera dans la force de l’âge. Aujourd’hui, le camp compte 12 000 habitants.


  « Vous êtes les bienvenus nous avait-il déclaré lorsque nous avons franchi la porte d’accès, votre présence est un acte de résistance ».


  Des enfants jouent dans la rue, poussant un ballon, comme tous les enfants du monde, les petites filles nous font des signes de la main du haut des balcons (ici les fenêtres ne sont pas grillagées, car les colons ne peuvent y lancer des pierres). Les enfants sont partout. Ismaïl est lui-même d’une famille de huit, c’est la norme basse ici ; « mon père, nous dit-il, m’expliquait que c’était notre armée ». Les juifs religieux sont dans la même démarche, on ne manque de le remarquer dans la partie juive de la vieille ville de Jérusalem, ou dans Mea She’Arim. Qui va gagner la guerre des berceaux ? Une question qui préoccupe certainement le gouvernement israélien.


« Je suis sûr que nous pouvons vivre en paix avec les Israéliens, poursuit Ismaïl, beaucoup d’entre-eux sont de la même origine que nous ; nos parents, nos ancêtres avaient l’habitude de vivre ici côte à côte, beaucoup étaient amis. Le problème, ce sont les colons qui viennent de l’étranger, avec d’autres coutumes, d’autres habitudes. Ils ne se sentaient pas bien dans leurs pays d’origine, ils ne sentent pas bien ici. En fait ils se haïssent eux-mêmes. Beaucoup sont à moitié dérangés). On leur dit : venez ici, ce n’est pas cher, vous êtes chez vous. Et en plus on leur donne le permis de tuer, de nous tuer, en étant protégé par l’armée. Ils doivent retourner d’où ils viennent ».


   Nous passons devant le centre médical. « C’est là que tu vas-travailler ? » demandais-je à Ismaïl qui termine ses études d’infirmier à Bethléem. « Oui, certainement au début, mais après j’ai d’autres projets… Mon rêve c’est de faire évoluer les choses, ce sera long… Il faut changer les esprits… quand je dis changer les esprits, c’est ne pas haïr, ne pas tuer… La première chose, c’est de ne pas tuer…  Nous non plus on ne doit pas tuer, cela mène à rien, cela donne des prétextes aux colons et aux Israéliens. Comment pourtant ne pas comprendre la haine quand on a pour seul horizon les barbelés et les check-points, quand on ne peut pas même aller voir nos familles à Jérusalem, notre ville à nous aussi, à 30 km d’ici. Mais ne pas haïr, ne pas tuer. Il faut changer les esprits ».


   Les murs des maisons, des ateliers et des boutiques sont couverts de graffitis : Al’Arrub est réputé pour ses artistes de rue qui dessinent,  portraits des « martyrs » tués par les soldats israéliens après  jets de pierres, attaques réelles ou supposées au couteau,  symboles de la « Nakba » (un petit bonhomme vu de dos, mains croisés sur les reins), jeunes enfants ou adolescents, foulards sur le visage lançant des bouquets de fleurs sur le « mur », et ce touchant dessin d’une enfant palestinienne vêtue de rose, fouillant(« body search ») un soldat israélien courbé face au mur, bras levés en croix comme les soldats le font ici, mais eux écartent à coups de bottes les pieds de leurs victimes, et leurs retournent un bras après l’autre, sans ménagement.

 

 

La Nakba


   Nous arrivons à la maison d’Ismaïl, construite sur plusieurs niveaux. Béton brut. Sa mère, sans voile, est occupée à des tâches ménagères, une de ses sœurs vient nous saluer. Thé à la menthe, assis par terre sur des coussins, autour de la pièce, selon la tradition d’ici. Ismaïl nous raconte son arrestation, le 17 mars 2013 :
   « Il était juste après minuit, mon père s’était levé pour se faire du café, moi j’étais dans ma chambre, déjà couché, je surfais sur internet. J’ai entendu du bruit, et j’ai vu de la lumière sous la porte. Je suis descendu avec mon casque sur la tête. Mon père était là avec trois soldats, je savais qu’ils allaient m’arrêter. Avec un de mes amis, nous avions peint des inscriptions sur les murs d’une maison du camp, à proximité de la sortie. J’avais vu les caméras du mirador nous filmer, je les avais vues s’orienter. J’ai gardé le sourire. Mon père m’a dit : « enlève tes écouteurs ». Le capitaine m’a dit : « donne-moi ta carte d’identité et ton téléphone », j’ai continué à sourire. Il m’a dit : « je suis capitaine, tu dois répondre, tu es recherché ». Je lui ai dit : « mon petit frère dort, ne le réveille pas ». Quinze soldats sont entrés. J’ai dit au capitaine : « j’ai le droit d’emporter mes affaires et d’embrasser mes parents ». Un autre de mes frères est entré. Un soldat l’a poussé du pied ; je l’ai attrapé par le cou et je l’ai poussé par terre. Mon frère a fait la même chose. Il y avait deux soldats sur le sol, les autres ont armé leurs fusils d’assaut et les ont pointés sur nous. Le capitaine m’a dit : « j’ai le droit de te tirer dessus ». Je lui ai répondu : « fais-le ». Il a dit aux autres : « dans deux minutes on l’emmène ». Mon père m’a descendu des vêtements. J’ai dit au capitaine : « laisse-moi embrasser mes parents, sinon je porterai plainte ». Ils ont allumé un fumigène devant la porte pour que mes parents ne me voient pas partir ; la dernière chose que j’ai aperçu en me retournant, ce sont les larmes de ma mère.  Sur le chemin de la sortie du camp, ils m’ont poussé avec leurs fusils. Je continuais à sourire. L’un des soldats m’a dit : « tu joues les héros »; je lui ai répondu : « détache – moi les mains, tu verras si je suis un héros, tu t’en souviendras ». Ils m’ont amené en voiture vers la prison pour l’interrogatoire. Là-bas, un autre capitaine m’a dit « bienvenue au centre d’interrogatoire », je lui ai répondu « merci ». Les trois jours suivants, je n’ai rien répondu. Ils étaient en colère de me voir sourire. L’un m’a dit « je vais t’enlever ton putain de sourire », je lui ai répondu « le seul qui peut me l’enlever, c’est celui qui me l’a donné, c’est Dieu… ».


   Ismaïl continue de nous raconter son interrogatoire, puis sa condamnation à cinq mois de prison, puis sa détention dans une prison du désert. Il faisait la vaisselle des gardiens en échange de cigarettes. Il n’en garde pas un mauvais souvenir.


« Après les cinq mois un capitaine est venu avec trois soldats et il m’a dit « tu es libre, ne vas pas faire le jihad ! ».


   Nous le questionnons : « Et l’intifada de Jérusalem ? » « Je ne suis pas pour cela, nous devons nous défendre autrement. Cela donne des prétextes aux Israéliens. Ne pas haïr, ne pas tuer ».

 

La jeune fille et le soldat
La jeune fille et le soldat


   Nous avons déjà avalé trois thés à la menthe. Ismaïl doit regagner son école de Bethléem. Il plie soigneusement sa blouse blanche que sa mère vient de repasser, et la fourre dans son sac. Nous saluons sa mère. Nous retraversons le camp avec lui, heureusement la pluie a cessé. Des chats roux fouillent dans les bennes à ordure, et les gamins poussent un ballon. Tout le monde se salue au passage. Derniers regards aux graffitis.


   Même agitation à la sortie du camp que lors de notre arrivée. On prend date pour venir visiter deux familles dont les enfants sont en prison. Ismaïl s’engouffre dans un « service » pour Bethléem. Nous traversons prudemment la route, car les voitures et les camionnettes filent à toute allure. Juste en face du mirador. Les soldats israéliens nous suivent du bout de leurs armes. La blonde n’est plus là, c’est maintenant un falasha, visage anguleux des Ethiopiens, qui nous pointe. Nous hélons un « service » qui nous dépose quinze minutes plus tard à Hébron.


   A l’heure où j’écris (vendredi 18 mars à 20h30) j’apprends par un message d’alerte – nous les recevons régulièrement par téléphone –  qu’un nouvel « incident » vient de se produire au carrefour de Gosh Etzion à un km au nord du camp d’Al Arrub. Un palestinien tué par un soldat.


                                                      Laurent Mérer, à Hébron, le 18 mars 1016

          

L’équipe EAPPI au camp de réfugiés d’Al’Arrub avec Ismaïl

L’équipe EAPPI au camp de réfugiés d’Al’Arrub avec Ismaïl

 




Pâques : visite du Défap en Centrafrique

Le secrétaire général et le président du Défap se rendent en Centrafrique fin mars 2016 à l’occasion de la consécration d’un pasteur, lors du week-end de Pâques.

Le président du Défap, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, était présent en Centrafrique lors du résultat de l’élection présidentielle et la victoire de Faustin-Archange Touadéra, début mars. Ce fut l’occasion pour lui de préparer sa prochaine visite.

 

Logo Centrafrique, DR

 

C’est en compagnie du secrétaire général du Défap, le pasteur Bertrand Vergniol, qu’aura lieu ce prochain séjour programmé du 25 mars au 1er avril 2016. Ils seront donc présents lors de la prise de fonction du président Touadéra, le 31 mars.

 

Cette visite se fait à l’occasion de la consécration de la pasteur Jacqueline Habitat de l’Eglise Protestante Christ-Roi de Centrafrique (EPCR), le dimanche de Pâques (27 mars). Le pasteur Vergniol portera la prédication lors de ce culte.

 

En-dehors de la préparation de cette visite, le président du Défap a mené une journée de formation du conseil presbytéral de l’EPCR, renouvelé il y a peu, début mars. Il a notamment abordé avec eux les questions relatives aux liens entre conseil et pasteurs mais aussi sur la manière d’établir un projet de vie pour l’Eglise. C’est un travail qui va se poursuivre dans les mois qui viennent, avec les visites des pasteurs Bernard Croissant et Henri Fischer, familiers de la RCA et de l’EPCR.

 

Lors de la visite avec le secrétaire général, différentes rencontres avec les partenaires du Défap sont prévues. L’objectif : faire le point sur l’avancée du programme 2015-2018, « solidarité avec la RCA ».