Zoom sur … le Conseil du Défap

Les 16 et 17 septembre dernier, le Défap a tenu son conseil à Paris. L’occasion pour ses membres, de faire le point sur l’année écoulée et de partager les perspectives pour l’année à venir.

Le Conseil du Défap a été ouvert par le nouveau président, Joël Dautheville qui, cette année, a expérimenté un fonctionnement nouveau alternant temps de travail en groupe et séances plénières.
Après un temps de méditation permettant de placer ce moment sous le regard de Dieu, les différents points de l’ordre du jour ont été validés.
Plusieurs intervenants ont présenté les événements missionnaires récents avant de développer les événements à venir.
Quelques dates à retenir dès maintenant :
– Le Forum du Défap qui aura lieu à Sète du 28 au 30 octobre avec pour objectif une réflexion et un travail de fond sur la question « Comment faire Eglise aujourd’hui ? »
– L’Assemblée générale de la Cevaa qui aura également lieu à Sète du 18 au 26 octobre sur le thème suivant : l’action commune autour des familles.
– Le colloque financier du 25 novembre qui a vise à rassembler les trois Eglises fondatrices, le Défap et la Cevaa pour déterminer le mandat confié par les Eglises au Defap et les clés de répartition du financement Défap/Cevaa.
Parmi les décisions actées par le Conseil, il faut noter la création d’un poste de pasteur animateur jeunesse, relais du Defap dans les paroisses. Il a pour but le recrutement de nouveaux envoyés et le développement des animations missionnaires. A noter également que cette année marque la fin du partenariat avec le Miccao (MInistère Chrétien Commun en Afrique Occidentale).
Par ailleurs, le Conseil a acté ou amendé un certain nombre de process en vue d’améliorer la vie du Conseil et validé son intérêt pour le nouveau fonctionnement mis en place cette année.




Décès de Shimon Peres : la mort d’un symbole

Shimon Peres était l’un des derniers témoins de la création de l’Etat d’Israël. Il s’est éteint aujourd’hui, à Tel Aviv. Il avait 93 ans.

 

Figure de la vie politique israélienne pendant 66 ans, il a assumé de nombreuses fonctions dans différents gouvernements à partir de 1952 et fut notamment le neuvième président d’Israël de 2007 à 2014.

Mais c’est surtout son action en faveur de la reconnaissance mutuelle entre Israéliens et Palestiniens qui restera ancrée dans les mémoires. Alors ministre des Affaires étrangères, il mène des négociations avec la Palestine en faveur de la paix. En 1994, cette action est reconnue dans le monde entier lors de la signature des accords d’Oslo. La consécration viendra avec le prix Nobel de la Paix qu’il obtient cette année-là avec Yasser Arafat et Yitzhak Rabin.
Le Défap s’associe à la douleur des Israéliens qui viennent de perdre une de leurs plus grandes figures.

Shimon Peres aux côtés de Yasser Arafat en 2001
Crédit : World Economic Forum, swiss-image.ch /Photo by Remy Steinegger

 




Parcours de Mission : le Forum du Défap

Il n’est que temps de s’inscrire au Forum « Parcours de Mission » qui se tiendra du 28 au 30 octobre au Lazaret, à Sète !

Un week-end pour partager témoignages de foi, questions sur la vocation et la vie chrétiennes, idées sur la mission de nos communautés ….
Un week-end pour discuter de thèmes actuels à partir de textes bibliques…
Un week-end pour reprendre force et courage, ensemble, par la réflexion, le chant, la prière…
Un week-end pour construire un réseau d’encouragement aux actions missionnaires, ici et ailleurs…
Notre mission, c’est de faire Eglise ensemble, ici et aux quatre coins du monde !
Notre mission, c’est d’offrir autour de nous, au-delà des cercles croyants, des lieux pour lire et discuter la Bible ensemble…
Notre mission, c’est d’éveiller chez les uns et les autres le sens de l’écoute de ces paroles bibliques qui savent rejoindre le cœur des humains, notamment dans les temps de détresse.

Venez nombreux partager vos « parcours de mission » !

 




Une nouvelle accompagnatrice œcuménique en Israël-Palestine

Elisabeth Mutschler est l’une des envoyées du programme EAPPI en Israël et Palestine, au nom du protestantisme français par les Eglises de l’Union des Eglises protestantes en Alsace-Lorraine. Elle a effectué un premier séjour à Bethléem d’avril à juillet 2014 et commence le second dans la vallée du Jourdain, à Jéricho, qui s’achèvera le 30 novembre 2016.

Les principales problématiques qu’elle aborde sont : la barrière de séparation et la liberté de se déplacer, l’accès à l’éducation, l’accompagnement à la résolution des conflits, le problème de l’exploitation de l’eau par Israël au détriment des Palestiniens, les démolitions et les évictions, le transfert forcé de communautés bédouines.

L’engagement dans le programme EAPPI est aussi une mission de témoignage sur ce qui se vit là-bas. Les envoyés interviennent sur le sujet à leur retour, dans les paroisses ou auprès de différents groupes personnes qui s’intéressent aux questions de paix en Israël et Palestine.

Des échos de la mission d’Elisabeth Mutschler paraîtront régulièrement sur notre site.

 

Téléchargez ici la Déclaration sur le Conflit israélo-palestinien du Comité central du Conseil œcuménique des Eglises




Une semaine pour la paix en Palestine Israël

« Démanteler les murs de séparation », tel est le thème de la semaine mondiale pour la paix en Palestine Israël, qui se déroulera du 18 au 24 septembre 2016. Cette année encore, le Conseil œcuménique des Églises (COE) invite ses Églises membres et ses partenaires à se joindre à lui pour une semaine d’action et de plaidoyer en faveur d’une paix juste en Palestine et Israël. L’objectif : prendre des mesures pacifiques et créer un témoignage international commun sur l’espoir de justice.

Elisabeth Mutschler est l’une des envoyées du programme EAPPI en Israël et Palestine, au nom du protestantisme français par les Eglises de l’Union des Eglises protestantes en Alsace-Lorraine. Elle a effectué un premier séjour à Bethléem d’avril à juillet 2014 et commence le second dans la vallée du Jourdain, à Jéricho, qui s’achèvera le 30 novembre 2016.

Les principales problématiques qu’elle aborde sont : la barrière de séparation et la liberté de se déplacer, l’accès à l’éducation, l’accompagnement à la résolution des conflits, le problème de l’exploitation de l’eau par Israël au détriment des Palestiniens, les démolitions et les évictions, le transfert forcé de communautés bédouines.

L’engagement dans le programme EAPPI est aussi une mission de témoignage sur ce qui se vit là-bas. Les envoyés interviennent sur le sujet à leur retour, dans les paroisses ou auprès de différents groupes personnes qui s’intéressent aux questions de paix en Israël et Palestine.

Des échos de la mission d’Elisabeth Mutschler paraitront régulièrement sur notre site.

 

Un évènement mondialement suivi
Du 18 au 24 septembre 2016, les Églises membres issues de différents pays sont engagées à délivrer un signal clair aux décideurs politiques, aux milieux concernés ainsi qu’à leurs paroissiens sur la nécessité d’un accord de paix sur les droits légitimes et l’avenir des deux peuples.
Les participants à cette semaine d’engagement organiseront leurs activités autour de trois éléments :

• Prier avec les Églises présentes dans les territoires occupés, en utilisant une prière spéciale de Jérusalem
• Informer sur les actions contribuant à la paix et celles qui l’entravent sur le terrain, en particulier les colonies en territoire occupé.
• Interpeller les responsables politiques en préconisant des stratégies œcuméniques promouvant la paix dans la justice.

 

Affiche de la Semaine mondiale pour la paix en Palestine Israël, 2016, DR

L’objectif de l’évènement
La semaine mondiale pour la Paix en Palestine Israël invite les participants à demander justice pour les Palestiniens, afin que les deux peuples vivent enfin en paix. Cela fait près de 68 ans qu’a été créé l’État d’Israël. Pourtant aucun état indépendant palestinien n’a été fondé depuis.  De plus, Jérusalem-Est, la Cisjordanie et Gaza sont des territoires occupés depuis presque cinquante ans.

« Pourtant, le rêve d’une nation ne saurait se réaliser aux dépens d’une autre.
Il est temps pour les Palestiniens et les Israéliens de partager une paix juste.
Il est temps que la liberté succède à l’occupation.
Il est temps pour l’égalité des droits.
Il est temps que commence la guérison des âmes blessées. »

 

Démanteler les murs de séparation
En 2015, le thème de la semaine était « Dieu a abattu les murs de séparation ». Cette année, c’est le mot hashtag #DismantlingBarriers  (qui signifie « démanteler les murs de séparation ») qui sera largement diffusé sur les réseaux sociaux. Un message choc pour inciter à la Paix.

 

* Le hashtag (ou mot-dièse) est un outil de référencement de mots-clés utilisé sur les réseaux sociaux.

 

Retrouvez en format PDF la liturgie, le livret ressources et la prière du patriarche émérite Michel Sabbah.

 

 

 

 

Cet article reflète les positions des Eglises palestiniennes et les engagements du Conseil œcuménique des Eglises dans le cadre du programme EAPPI.

 




Éloge de la résistance

Pendant plus de dix ans, Jean Lods a collaboré à la rédaction du magazine Mission, notamment comme critique de films et par ses reportages dans les festivals de cinéma. Écrivain reconnu, il sort aujourd’hui son cinquième roman, « Le dernier colonel », que Valérie Thorin a lu pour vous.

Quelle est donc cette forteresse qui domine la mer, où vivent toute une armée, un colonel, sa fille et son amoureux ? Quel est donc ce pays aux limites incertaines, fait de terres et d’eaux, sur lequel comme dit le poète, « un ciel bas et lourd pèse comme un couvercle » ? Peu importe que cela soit aux confins du Sahara ou dans une vallée perdue d’Asie centrale, il y a quelque part en chacun de nous, dans nos souvenirs ou dans notre âme, un Dernier colonel qui survit. Ou plus exactement qui résiste, car tout l’enjeu de ce livre est là : tenir.


Ses engagements, ses promesses, ses principes, son rang… Tous, nous avons un jour ou l’autre à lutter contre une adversité, proche ou lointaine, visible ou implicite. Et c’est loin d’être aisé, même si l’on est le dernier d’une longue lignée de colonels ayant commandé la place. Un esprit fort. Un sage. Même si l’on tente des échappées belles sur le dos d’un rêve ayant les allures d’un cheval pâle, prémisse d’une fin ou d’une révélation.


Jusques à quand, Éternel, mon ennemi s’élèvera-t-il contre moi ? dit le psaume 13. À cette question non plus, il n’y a pas de réponse, ou plus exactement : qu’importe la réponse, qu’importe même l’utilité de cette réponse et de cette résistance alors que peu à peu, tout se défait, tout se délite, tout se mêle dans l’informe comme la terre et l’eau de cette contrée lointaine et indéfinissable. L’essentiel est dans cet impératif catégorique qui fait que l’homme est homme : la dignité, pénultième et imprenable rempart.


Bien qu’il s’en défende, Jean Lods a dans ce livre des accents proches de ceux de Julien Gracq, tant dans le sujet que dans le style. Car c’est en effet dans une langue magnifique qu’il entraîne son lecteur vers des rivages inexplorés. Un très beau roman, à lire absolument.


Jean Lods, Le Dernier colonel, Éditions Phébus, 200 pp.  17 euros

 

Couverture du livre (éditions Phébus)

 

 

Lire la fiche du livre sur le site des Editions Phebus

 

 




En route pour le Grand Kiff

Dès le 24 juillet, 1 000 jeunes sont attendus à Saint-Malo pour l’édition 2016 du Grand Kiff.

Du 17 au 31 juillet 2016, dans l’Alter-Kiff, une quinzaine de camps-service sont proposés aux 18-30 ans. Ils s’y formeront au service pour accueillir, accompagner, encadrer, animer les plus jeunes qui n’arriveront que le 24. Le thème de ce rassemblement est : Et vous, qui dites-vous que je suis ? Cette question de Jésus sera déclinée à travers des ateliers, des spectacles, des moments spirituels et des animations de toute sorte. Elle retentira dans des langues différentes car des jeunes de différents pays sont invités à y participer.


Le Défap soutient l’accueil de vingt jeunes de la Cevaa et les cinquante jeunes de la Réunion, Mayotte et l’Ile Maurice qui viendront avec leur pasteur. Ce Grand Kiff sera une excellente occasion pour le Défap de témoigner de son travail, et d’inviter les jeunes à s’engager dans le service civique ou le service volontaire international.

 

Source :EPUdF

 

 




De retour de Yaoundé

Le 28 juin dernier, le Défap et l’UPAC (Université Protestante d’Afrique Centrale) ont souhaité rendre hommage à Eric de Putter lors d’une cérémonie à l’Institut français de Yaoundé. De nombreuses personnes avaient fait le déplacement : proches, enseignants, étudiants, représentants de l’Eglise mais aussi Madame l’ambassadrice de France au Cameroun Christine Robichon, le professeur Jean-François Zorn, le vice-président du CEPCA le pasteur Richard Ondji’i Toung, le recteur de l’UPAC Timothée Bouba et la représentante locale de  »Semeurs de Liberté’ Nadeige Laure Ngo Nlend. Jean-Arnold de Clermont, président du Défap, et Laurent Schlumberger, président du Conseil national de l’Eglise protestante unie de France, ont pris part à la cérémonie. De retour en France, ils ont répondu à nos questions.
Que retenez-vous de cette cérémonie ?

Jean-Arnold de Clermont : « Je retiens deux aspects majeurs, tout d’abord la manière dont nous étions les uns avec les autres. Il s’agissait d’une réflexion des Eglises sur le sens de cet assassinat. En retournant là-bas, nous souhaitions dire qu’il faut retrouver la force de reconstruire.

L’autre chose qui m’a marqué c’est que tous les gens que nous avons rencontré déplorent que la justice se soit enlisée à ce point. »

Laurent Schlumberger : « Tous les proches d’Éric et tous les partenaires étaient représentés. La présence de ces derniers est très encourageante, même si bien-sûr tout reste à faire. Car quatre ans après nous avons encore beaucoup d’interrogations : qui est le commanditaire de l’assassinat ? Qui est l’assassin ? Que s’est-il passé ? Des questions qui attendent encore des réponses.

Il est nécessaire que cette situation se débloque. J’attends ardemment cette évolution même si je sais que ça ne viendra pas seul. Nous continuerons à nous adresser aux différents services et autorités. »

 

Selon vous, cet hommage aura t-il un impact au Cameroun ?

Jean-Arnold de Clermont : « A la veille du quatrième anniversaire de l’assassinat d’Éric de Putter, il était important de lui rendre hommage, pour montrer que nous ne l’oublions pas et que le combat pour la justice continue. Il s’agissait aussi de faire pression sur les gouvernements français et camerounais pour faire bouger les lignes sur les plans de la justice.

Il faut que les gouvernements français et camerounais trouvent un terrain d’accord. Nous avons rencontré le directeur de l’université et l’ambassadrice de France. Nous demandons également aux Eglises du Cameroun de faire pression sur le gouvernement camerounais ».

Laurent Schlumberger : « Je veux être confiant, je pense que la volonté de trouver la vérité viendra mais rien n’est acquis. Le combat pour la vérité continue. Cette cérémonie avait aussi pour but d’encourager des déblocages. Il y a un vrai travail à faire pour délier les langues et pour que l’on sache ce qui s’est réellement passé. Il reste encore des zones d’ombre et nous espérons que les autorités relanceront la coopération judiciaire franco-camerounaise. Ce silence ne doit plus durer. »




Une journée sous le signe du partage

Le 23 juin 2016, le Défap recevait les accompagnateurs œcuméniques du programme EAPPI France dont il assure la coordination. Chaque année, le programme envoie quatre accompagnateurs en Cisjordanie. Ce jour-là, parmi les dix-neuf personnes présentes, candidats et anciens envoyés confrontent leurs attentes et leurs vécus. Une journée riche en partage d’expériences que nous vous dévoilons aujourd’hui.

Des profils divers pour une même mission de paix

Catholique, protestant, pasteur, professeur, avocat, ancien employé de banque ou aumônier…les profils des accompagnateurs EAPPI sont bien différents. Certains sont déjà partis plusieurs fois, d’autres ont simplement déposé leur candidature. Mais peu importe, ici il est avant tout question d’échange d’expériences et de débat autour des améliorations à proposer pour les futurs départs.

 

Session de travail du programme EAPPI France, juin 2016
© Agence Kaolin

Sur le terrain

Aucun voyage ne se ressemble mais les ressentis se rejoignent souvent. Témoins de la non-communication ou des difficultés à vivre et à comprendre les autres, les accompagnateurs EAPPI ont parfois été témoins de scènes violentes qu’ils partagent avec beaucoup d’émotion. Ce jour-là les témoignages se succèdent devant l’assemblée attentive : « il y’avait des incidents tous les jours », « un jour j’étais au checkpoint et il y a eu un phénomène de foule, les gens ont voulu passer au-dessus des barrières. Lorsque tout est revenu dans l’ordre je me suis dit : que pouvons-nous faire ?».

Le pasteur Bertrand Vergniol était à Hébron entre 2013 et 2014 et il en parle comme si c’était hier :
« Je me souviens d’une humiliation que j’ai presque vécu. Un homme âgé de 75-80 ans a été obligé d’enlever sa ceinture en passant au checkpoint. Le jeune soldat présent l’a considéré avec beaucoup de dédain, alors qu’il aurait pu être son grand-père. »

Si c’était à refaire…

Difficile de ne pas aborder ses regrets, ses craintes ou ses attentes pour d’autres départs.
A la question « si c’était à refaire ? », chacun apporte une réponse bien personnelle : « j’aurais aimé mieux comprendre le contexte sur place et les forces en présences », « j’aurais aimé avoir davantage d’échanges avec les Israéliens qui subissent aussi des attaques », « je voudrais plus développer l’aspect interreligieux ».

Participer à une mission de paix telle que le programme AEPPI ne laisse pas indemne. L’échange et le partage d’expériences sont donc particulièrement précieux.

 

 

 




Une cérémonie en hommage à Eric de Putter à Yaoundé

Éric de Putter, professeur d’Ancien Testament à l’Université protestante d’Afrique centrale (UPAC) à Yaoundé (Cameroun) et envoyé du Défap, a été assassiné le 8 juillet 2012 sur le campus. En ce 28 juin 2016, le Défap et l’UPAC lui ont rendu hommage. Lors de la cérémonie, organisée à l’Institut français de Yaoundé, Laurent Schlumberger, président du Conseil national de l’Eglise protestante unie de France, a pris la parole. Retrouvez ci-dessous l’intégralité de son discours.

Le campus de l’UPAC à Yaoundé © UPAC

Quatre ans après la mort du professeur Eric de Putter

« Jusqu’à quand, SEIGNEUR, m’oublieras-tu sans cesse ? Jusqu’à quand te détourneras-tu de moi ? Jusqu’à quand aurai-je des soucis et chaque jour le chagrin au cœur ? Jusqu’à quand mon ennemi s’élèvera-t-il contre moi ?

Regarde, réponds-moi, SEIGNEUR, mon Dieu ! Fais briller mes yeux, afin que je ne m’endorme pas dans la mort, afin que mon ennemi ne dise pas : ‘je l’ai emporté sur lui !’, et que mes adversaires ne soient pas dans l’allégresse, si je vacille.
Moi, j’ai mis ma confiance en ta fidélité ; mon cœur trouve de l’allégresse en ton salut. Je chanterai pour le SEIGNEUR, car il m’a fait du bien. »

Ce sont les mots du Psaume 13. Les Ecritures bibliques tenaient Eric de Putter debout, vivant. Elles étaient la source de son courage d’être, l’horizon de sa joie, le quotidien de son travail, le souffle de son inspiration – et c’est pourquoi j’ai ouvert mon propos non pas avec mes propres mots, mais avec ceux que la Bible nous offre, à lui et à nous tous.

Les mots du Psaume 13, sont des mots de plainte, de lutte, de refus, de vie et d’espérance. Et c’est très exactement là que je me situe, devant vous et avec vous.

« Jusqu’à quand ? » Depuis bientôt quatre ans, nous pouvons reprendre cette question, qui martèle le début de ce psaume à quatre reprises. « Jusqu’à quand ? » Et ce psaume, nous pouvons le dire et le redire avec bien des voix. Nous pouvons le dire avec les voix de Marie-Alix, Ellie et Jean, Loïc et Yann : « Jusqu’à quand aurai-je chaque jour le chagrin au cœur ? » Avec la voix de Rachel, la fille de Marie-Alix et Eric : « Fais briller mes yeux ! » Avec la voix des collègues d’Eric : « Que mon ennemi ne dise pas ‘je l’ai emporté sur lui’. » Avec la voix de tant de fidèles, de pasteurs, de responsables des Eglises protestantes de France : « Que l’adversaire ne soit pas dans l’allégresse si je vacille. »

Ce psaume, nous pouvons le dire et le redire, non pas seulement avec les voix des personnes liées à Eric de Putter d’une manière ou d’une autre. Nous pouvons aussi le dire avec la voix de l’amitié franco-camerounaise, fragilisée par cette tragédie. Et le redire avec la voix de la fraternité d’Eglises-sœurs, Eglises en France, Eglises au Cameroun, Eglises en France et au Cameroun, une fraternité mise à l’épreuve par ce drame. Car ce qui a été atteint, le 8 juillet 2012 mais aussi dans l’enlisement judiciaire qui dure – qui dure « Jusqu’à quand ? » –, c’est non seulement la vie d’un homme, mais aussi plus que cela.

Le professeur de Putter incarnait cette amitié et cette fraternité. Il les personnifiait. Eric de Putter a grandi dans le Nord de la France, dans une petite région qu’on appelle la Thiérache. Un paysage vallonné et vert, plutôt à l’écart des grandes voies de communication, mais qui fut traversé de part en part et à plusieurs reprises par les grandes vagues de l’histoire européenne. Il a été éduqué dans la foi protestante de cette région, un protestantisme vivant et à la volonté farouche, qui a traversé les siècles en ne comptant souvent que sur ses propres forces enracinées dans la fidélité de Dieu. Il a mené ses études jusqu’au doctorat à la Faculté de théologie de l’Université de Strasbourg, un doctorat remarqué pour son excellence et récompensé par un prix. Il a approfondi sa formation par un séjour à l’Ecole biblique de Jérusalem. Et tout ce parcours, dont je ne fais que rappeler quelques traits connus de tous, s’est comme concentré dans cet envoi en 2010, ici à Yaoundé. Un envoi inscrit dans ce statut, si justement et magnifiquement intitulé : « Volontaire de la solidarité internationale » – et chaque mot compte. Un envoi inscrit dans les relations si anciennes et profondes qui lient le Cameroun et la France, les Eglises de France et celles du Cameroun.

Que cet homme, issu de ce Nord de la France si européen, formé dans une université enracinée dans une région à la double culture française et germanique, passé par le Proche-Orient, devienne professeur d’hébreu, d’Ancien testament et d’histoire des religions au sein de l’Université protestante d’Afrique centrale, représente en quelque sorte la quintessence de cette amitié franco-camerounaise, de cette fraternité entre Eglises du Cameroun et de France.

Bon nombre d’entre vous savent ce que représente ce que nous appelons un envoyé. En l’occurrence, il s’agissait d’un envoyé par le biais du Défap, Service protestant de mission, des Eglises de France vers des Eglises d’Afrique et l’un de leurs fleurons universitaires. Etre envoyé, c’est être ambassadeur. C’est être, comme le dit l’apôtre Paul, une lettre vivante écrite avec l’esprit de Dieu sur une tablette de chair et dans des cœurs. C’est venir à la rencontre de frères et de sœurs, que l’on ne connaît pas encore et qu’on identifie pourtant déjà comme tels, en personnifiant celles et ceux qui vous envoient. Etre envoyé, c’est emporter avec soi tant d’histoire assumée, tant de convictions rassemblées, tant de reconnaissance reçue, tant de moyens patiemment collectés. Et c’est être porté par tout cela, par tout ce qu’il faut bien appeler par son nom, c’est-à-dire un amour reçu et partagé. Non pas un amour vaporeux ou idéalisé, mais un amour qui a la puissance de franchir les distances, de chasser les fantômes du passé, de traverser les fatalités, de construire un avenir commun. Un envoyé, c’est un homme porté par un élan personnel et intime, accompagné dans cette aventure par des proches et des institutions, mais qui entraîne avec lui le cortège d’un peuple qui l’envoie vers un autre peuple, de deux peuples rassemblés en un seul par le Dieu de tous les peuples, père de tous ses enfants.

Cette amitié franco-camerounaise, cette fraternité des Eglises du Cameroun et de France, que le professeur de Putter incarnait si pleinement, déborde donc largement la situation individuelle d’un envoyé. Elle est profondément imprimée dans la conscience de nos Eglises de France.

Laissez-moi évoquer quelques instants un témoignage personnel. C’est aujourd’hui la première fois que je pose mes pieds sur le sol du Cameroun. Et pourtant, j’ai le sentiment de l’avoir souvent foulé depuis bientôt 60 ans. Chaque année de mon enfance, je me rendais pour un séjour chez une vieille tante, très affectueuse et un peu rude, une petite femme un peu impressionnante. Elle vivait dans cette région maritime de l’Ouest de la France qu’est la Bretagne. Pour un enfant, ce petit coin avait quelque chose du paradis sans doute : la famille rassemblée, la mer au bout du petit jardin, le parfum des algues, le caquètement des poules et la régularité du ressac, le goût des crabes pêchés le matin même, la vielle maison humide et ensoleillée. Dans cette maison, il y avait une sorte de pièce au trésor, quelque chose comme un sanctuaire. Quand on était admis à y pénétrer, on baissait un peu la voix, on était attentif à ne rien abîmer, on écarquillait les yeux. Cette pièce, c’était le bureau de ma vieille tante. A l’instant même où on y entrait, on se trouvait en Afrique. Le tissu posé sur le petit canapé, les fauteuils, le bois sombre du bureau et des bibliothèques, une peau de bête et des objets d’ivoire – à l’époque c’était possible –, les photos au mur et quelques objets – deux ou trois masques, une lance – tout, absolument tout venait du Cameroun. La couleur même de la peinture sur les murs, les odeurs et les parfums de cette pièce, tout semblait camerounais. C’était magique. Depuis, une bonne partie de ma famille s’est installée dans ce village, où je vis moi-même une partie de l’année, et cette pièce existe toujours.

Cette petite femme qui travaillait si ardemment à son grand bureau, cette vieille tante, c’était Idelette Dugast, née Allier – un nom qui résonne familièrement aux oreilles de plusieurs ce matin, ici. Envoyée au Cameroun dans les années 1930 par la Société des missions évangéliques de Paris, elle avait immédiatement renoncé à se faire la porte-parole d’institutions françaises, trop passionnée par tout ce qu’elle découvrait et emportée par son désir de rencontrer et de comprendre. Elle est devenue ethnologue, enchaînant pendant 25 ans les séjours parmi les Ndiki, du peuple Banen. Au fil de ces séjours et de son travail de suite, elle a composé une œuvre qui leur est entièrement consacrée, rédigeant à ce bureau sur lequel je la voyais penchée, une monographie, un dictionnaire, une grammaire, un recueil de contes, proverbes et devinettes …

Ces ouvrages, comme tout ouvrage d’ethnologie, furent et sont sans doute lus par un petit nombre de spécialistes et de passionnés. Mais ils ont irradié autour d’elle et à travers les générations. Car ils sont porteurs de quelque chose d’essentiel : une rencontre entre des hommes, des femmes ; une rencontre entre des langues, des cultures, des peuples ; une rencontre féconde et qui porte des fruits d’avenir insoupçonnés. Le professeur Eric de Putter, de même, personnifiait en quelque sorte cette rencontre entre langues, peuples, Eglises, dans l’unité de l’humanité et de l’Evangile.

C’est pourquoi, oui, ce qui a été atteint avec l’assassinat du 8 juillet 2012, ce n’est pas seulement, même si c’est d’abord, un homme. C’est aussi la possibilité même de cette rencontre, puisque c’est l’un de ceux qui l’incarnait par excellence qui a été agressé, sans autre objectif que de l’éliminer. Pas de motif crapuleux, pas d’enchaînement de circonstances malheureux, pas de dérapage qui tourne mal, mais un meurtre réfléchi et calculé. C’est la possibilité même de la rencontre qui se trouve d’un coup contestée, minée, ébranlée. La possibilité de la rencontre et tout ce qui la tisse, c’est-à-dire la mémoire, la reconnaissance, la confiance, l’avenir.

Ma très ferme conviction, c’est que nous faisons face à cette tragédie ensemble. Et donc que nous ne pourrons la surmonter qu’ensemble.

Pour cela, nous avons, ensemble, besoin de deux choses : la justice par la vérité et une confiance renouvelée.

Nous avons besoin de la justice par la vérité. Quelques semaines avant sa mort, Eric de Putter avait publié avec son épouse un article dans la revue du Défap, dans lequel il écrivait : « la justice ne peut se fonder que sur la vérité ». C’est cette vérité que nous attendons. C’est cette vérité, qui porte dans ses flancs la justice, que nous espérons. C’est cette vérité qui nous est nécessaire, et pour laquelle nous devons tous nous engager : pouvoirs publics du Cameroun et de France, autorités judiciaires des deux pays, Université protestante d’Afrique centrale et Défap, Eglises d’ici et de là-bas. Ensemble. Et non pas seulement les institutions, dont l’effort doit bien sûr être soutenu, patient et je dirais même implacable, mais aussi les individus. Ce ne sont pas d’autres, « les autres » impersonnels, qui sont concernés ; vous, moi, nous qui sommes ensemble, nous sommes redevables à cette vérité et nous devons personnellement y concourir, car son établissement conditionne la justice.

Dans cet article, le professeur de Putter ajoutait : « les plus grands amis sont ceux qui se disent l’un à l’autre les pires vérités. Les amitiés les plus fidèles sont celles qui perdurent malgré tout, malgré la laideur d’un certain passé. » Or, chers amis, nous sommes ici ensemble ce matin. C’est bien le signe que cette amitié franco-camerounaise est possible. C’est bien la marque que cette fraternité a vocation à être pleinement reconstruite. C’est bien la preuve que ce désir de rencontre entre nos peuples, nos cultures, nos Eglises nous habite et nous conduit toujours. C’est bien l’assurance que nous pouvons ensemble faire face à cette vérité.

Oui, c’est la justice par la vérité dont nous avons besoin, ensemble, et dont nous avons l’ardente obligation d’être les serviteurs, ensemble.

Mais cela ne suffit pas. Il nous faut aussi une confiance renouvelée.

« Moi, j’ai mis ma confiance en ta fidélité ; mon cœur trouve de l’allégresse en ton salut. Je chanterai pour le SEIGNEUR, car il m’a fait du bien. » Ce sont les derniers mots du Psaume 13. Ce Psaume, qui s’ouvre sur la question quatre fois répétée : « Jusqu’à quand ? », « Jusqu’à quand ? », « Jusqu’à quand ? », « Jusqu’à quand ? », s’achève par cette affirmation du psalmiste au Dieu vivant : « Moi, j’ai mis ma confiance en ta fidélité. »

« J’ai mis ma confiance en ta fidélité » : je ne connais pas de plus lumineuse définition de la foi. Elle dit de la façon la plus ramassée que la confiance ne se décrète pas, mais qu’elle coule de cette intarissable source qu’est la fidélité de Dieu. Au-delà même de cette vérité et de cette justice, pour lesquelles nous devons lutter de toutes nos forces, nous sommes appelés à nous abandonner à cette fidélité de Dieu qui nous précède, nous enveloppe et nous suit. C’est elle qui permet de trouver l’allégresse dont parle le Psaume et qui permettra de chanter pour le bien que Dieu nous fait. C’est cette confiance qui ouvre un avenir possible et neuf.

Contre toutes les évidences et toutes les logiques de ce monde, je crois que c’est la vie qui a le dernier mot sur la mort, et non l’inverse. Je crois que nous sommes bien plus que nos actes, bien plus que nos réussites et nos échecs, car nous sommes d’abord les enfants d’un même Père, dont rien ne peut briser l’amour. Je crois que l’avenir n’est pas enfermé dans un passé aussi tragique soit-il, mais au contraire que c’est l’avenir rendu possible qui vient transformer notre aujourd’hui.

C’est pourquoi je crois que la rencontre, assassinée, germe déjà et à nouveau dans le cœur de Dieu. Il la relève. Il nous la confie.

 

Mardi 28 Juin 2016,

Laurent SCHLUMBERGER,
pasteur, président de l’Eglise protestante unie de France




Les grandes décisions du dernier Conseil

C’est au siège du Défap que le Conseil a eu lieu le 11 juin 2016. Au cours de cette journée, plusieurs décisions ont été prises. Retour sur les trois décisions phares du Service protestant de Mission.

  • Nomination du nouveau président

À compter du 1er juillet 2016, c’est le pasteur Joël Dautheville qui présidera le Conseil du Défap.
Retrouvez ici l’intégralité de l’article sur la nomination du nouveau président.

  • Ouverture d’un poste d’animateur pasteur jeunesse

Le Défap a voté la création d’un poste d’animateur jeunesse. Cette décision illustre bien la volonté du Service Protestant de Mission de développer le secteur jeunesse.
L’animateur sera donc chargé des animations jeunesse en lien avec la Mission et le programme ABS (accueil des jeunes de Nouvelle Calédonie). Le poste sera ouvert dés juillet 2017.

  • Un soutien important aux réfugiés en Orient

Le Défap apporte un soutien financier à l’Action Chrétienne en Orient (ACO) pour son action auprès des réfugiés au Moyen-Orient. Cette subvention est destinée à financer les 2 projets en cours, présidés par le pasteur Thomas Wild (responsable de l’ACO). L’un concerne le synode arabe et le second l’Union des Eglises Evangéliques arméniennes.




Joël Dautheville, nouveau président du Défap

Le président du Service protestant de mission – Défap, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, a adressé ce jour une lettre aux présidents des Églises fondatrices du Défap, Union des Églises protestantes d’Alsace-Lorraine (UEPAL), Union nationale des Églises évangéliques de France (UNEPREF) et Églises protestantes unies de France (EPUdF) pour les informer de l’élection de son successeur, lors de la réunion du Conseil du Défap le 11 juin dernier.

À compter du 1er juillet, c’est donc le pasteur Joël Dautheville, qui présidera le Conseil du Défap.

Jean-Arnold de Clermont reste en effet en fonction jusqu’au 30 juin, notamment en raison de son déplacement au Cameroun, en compagnie du président de l’EPUdF Laurent Schlumberger et du Pr Jean-François Zorn, de l’Institut protestant de théologie de Montpellier. À leurs côtés, il y représentera le Défap lors de la cérémonie en mémoire d’Eric De Putter, envoyé du Défap comme professeur d’Ancien Testament assassiné il y a quatre ans sur le campus de l’Université protestante d’Afrique centrale (UPAC), à Yaoundé.

« Je profite de ce courrier pour vous remercier de votre accompagnement pendant les années où j’ai assuré cette présidence. Votre accompagnement sera d’autant plus important dans les mois à venir, qui verront se dérouler l’Assemblée générale de la Cevaa à Sète, suivie par le Forum missionnaire organisé par le Défap, puis [au quatrième trimestre 2016] le colloque financier du Défap, autant d’occasions où le lien entre l’animation missionnaire portée par le Défap et l’engagement financier des Églises sera au cœur de notre réflexion commune », écrit-il.

Le pasteur Joël Dautheville sera sur Fréquence protestante, dans l’émission du Défap « Courrier de mission » mercredi 30 juin prochain, à 13 h 15.