Disparition de John Doom

Il a été le premier secrétaire général de l’Eglise Protestante de Polynésie. John Doom s’est éteint à Tahiti le 25 décembre 2016, il avait 80 ans. Le Défap rend hommage à cet homme qui s’est battu pour la justice, la vérité et les victimes des essais nucléaires.

C’était un petit homme courtois et souriant. Lorsqu’il était de passage à Paris, il venait loger au Défap, maison dans laquelle il se sentait toujours bien. Il était né en 1936 à Tubuai, l’une des îles volcaniques australes de l’archipel de Polynésie française, petit paradis niché au cœur des eaux turquoise de l’Océan Pacifique où, dans un passé lointain, les révoltés du Bounty trouvèrent refuge.
Est-ce de cette tumultueuse histoire que John Doom tenait son tempérament, ou bien plutôt de celle, plus contemporaine, du bouillant député Pouvana’a a Oopa, leader autonomiste, prisonnier politique en métropole dans les années 1950 et qui, toute sa vie, milita lui aussi contre les essais nucléaires français.

 

Ce combat, John Doom l’avait rejoint au tout début des années 1960, lorsqu’il était jeune diacre de son Église. Il dénonce alors l’exil en France de son pasteur, coupable d’avoir demandé une enquête publique avant le premier lâcher d’une bombe nucléaire A au-dessus de l’atoll de Mururoa. C’est le début de son engagement anti-nucléaire. Il en fera l’objectif de toute sa vie, hélas en vain : en trente ans, il y aura plus de deux cents essais atomiques dans la région.

 

© M-H Villierme pour le site GRIP

 

En 1971, devenu secrétaire général de l’Église protestante de Polynésie, John Doom entre en contact avec les autres Églises du Pacifique, elles-aussi préoccupées par les conséquences des expériences américaines. Il lui faudra encore dix ans pour obtenir du synode de l’Église protestante polynésienne qu’il se prononce contre les essais français. Dès l’arrêt du programme militaire de Mururoa en 1996, une enquête sociologique est ouverte, notamment par l’Église maohi, auprès des anciens travailleurs polynésiens. Les résultats sont publiés dans un livre, Mururoa et nous. À Genève, où John Doom travaille au Conseil œcuménique des Églises, il prend connaissance des effets dévastateurs à long terme des radiations. C’est au sein de l’association pour la reconnaissance des victimes des essais nucléaires « Moruroa e tatou » (Mururoa et nous) qu’il va poursuivre son combat, jusqu’à son dernier souffle.

 

Sa vie de retraité, John Doom l’aura passée entre Paris, Hiroshima, Nagasaki, Alger et Papeete, enchaînant les documentaires télévisés et les témoignages pour informer, former et plaider la cause de tous ceux qui, laissés dans l’ignorance, ont subi les conséquences parfois tragiques de l’établissement de la puissance militaire française.

 

 




Les pasteurs en visite chez l’évêque !

Dans son numéro de janvier, la revue religieuse « Eglise en Guadeloupe » revient sur la récente installation du pasteur Christian Bouzy, envoyé du Défap. Retrouvez l’intégralité de l’article.

Dimanche 27 Novembre, le nouveau pasteur de l’Eglise Protestante Réformée de Guadeloupe Christian Bouzy a été installé officiellement dans sa fonction. Pour cette célébration, qui s’est déroulée dans la chapelle des sœurs dominicaines de Petit Pérou près du CPSO, deux pasteurs avaient fait le déplacement pour cette présentation à la communauté protestante. Ce jour-là, la maison presbytérale nouvellement construite a été inaugurée. Plusieurs prêtres catholiques se sont joints à cette assemblée : Pères Silène, Albert Blanchard et Nicolas Taza.

Deux jours plus tard, les pasteurs Vergniol, Antherion et Bouzy sont venus à Basse-Terre pour une longue rencontre à l’évêché avec Mgr Riocreux. De nombreux sujets ont été abordés au cours de cet entretien cordial. Et ce rapprochement œcuménique entre nos Eglises a ainsi été concrétisé par cette rencontre chaleureuse. Après la visite de l’évêché et de la cathédrale ND de Guadeloupe, les pasteurs et l’évêque ont prié ensemble le Notre Père.

Un rendez-vous a été pris et retenu dans le calendrier de 2017. A l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens qui se déroule chaque année du 18 au 25 janvier, la célébration œcuménique aura lieu le mercredi 25 janvier à 18h dans l’église du Raizet. Participeront à cette rencontre : les pasteurs des différentes Eglises – catholique, orthodoxe et protestante- ainsi que tous les fidèles des différentes paroisses.

 

Article paru dans « Eglise en Guadeloupe »,
Numéro 968, Janvier 2017




Mission Congo : point sur les projets en cours

Du 31 octobre au 9 novembre 2016, le responsable des relations et solidarités internationales, le pasteur Jean-Luc Blanc, s’est rendu au Congo pour une mission de suivi de l’ensemble des projets en cours. Les objectifs de cette mission étaient nombreux : prendre contact avec la nouvelle équipe dirigeante de l’Église Evangélique du Congo, faire le point des divers projets, collaborer avec la Faculté de Théologie et l’Ecole Pastorale de Ngouedi sur des projets futurs… Le 20 novembre, le pasteur rendait un rapport complet de sa mission.

Depuis le mois d’août 2016, des changements importants ont eu lieu dans l’Église Evangélique du Congo. Une nouvelle équipe dirigeante a été élue et de nombreux responsables de départements ont changé. Cela ne peut pas ne pas impacter les orientations de nos relations avec l’Église.  Le pasteur Jean-Luc Blanc qui s’occupe des relations du Défap avec l’Église Evangélique du Congo, est allé y rencontrer l’ensemble des personnes concernées par nos partenariats.  Outre la prise de contact avec la nouvelle équipe dirigeante, il importait de visiter nos envoyées, au nombre de trois, et de faire le point sur les divers projets en cours que ce soit avec la Cevaa, la Plateforme Ensemble pour le Congo ou encore directement le Défap.

A son arrivée, le pasteur Jean Luc Blanc a été reçu par le  nouveau Bureau de l’EEC. Ce fut, bien sûr, l’occasion de faire le point sur l’ensemble de nos partenariats, mais aussi de parler des nombreux défis que la nouvelle équipe doit relever dont le premier est financier. Un second défi important est l’équilibrage des postes pastoraux entre la campagne et la ville. En effet, des postes de brousse sont vacants alors que des paroisses de ville sont asphyxiées par le nombre de pasteurs qui leur ont été affectés. Dans l’EEC c’est le Bureau Synodal qui affecte les pasteurs dans les paroisses, mais celui-ci souffre de toutes les pressions qu’il reçoit pour nommer les pasteurs en ville. Ainsi, certaines paroisses ont beaucoup trop de pasteurs, ce qui leur pose de grosses difficultés financières alors que d’autres, à la campagne, n’en ont aucun.

 

L’EEC : une Église dans une société en proie à la violence

La situation politique du pays est particulièrement inquiétante. La région du Pool est toujours la proie de violences et d’exactions diverses (l’ambassade de France a demandé à tous les français présents dans cette province de la quitter).  Les protagonistes sont difficiles à identifier au point qu’on ne sait jamais si les exactions commises sont le fait du pouvoir ou de groupes rebelles. Ce qui est certain c’est que cette situation exacerbe les tensions ethniques déjà présentes dans le pays et dans l’Église dont la nouvelle équipe dirigeante  aura fort à faire pour éviter que cela ne dégénère.  C’est par l’Action Evangélique pour la Paix que l’Église Evangélique du Congo (EEC) a choisi d’intervenir dans ce domaine. Il s’agit d’une association, partenaire du Défap depuis le début de son existence qui forme des enfants, des jeunes, des paroisses, des associations à la coexistence pacifique en utilisant un matériel mis au point avec l’Ecole de la Paix de Grenoble. Cette année, par exemple, l’Uepal a choisi de soutenir un projet de l’AEP dans l’un des quartiers les plus difficiles de Brazzaville. Ainsi, c’est tout un programme de formation dans les écoles protestantes et laïques et les paroisses qui va avoir lieu afin de favoriser un coexistence pacifique des divers groupes en présence.  Dans les jours qui suivaient le passage de Jean Luc Blanc, l’AEP devait initier une action autour de la question du Pool.

 

Une Église présente sur la scène de l’engagement social

 

Les hôpitaux

Parce que l’EEC est très présente dans le domaine social, ceux qui l’accompagnent soutiennent aussi des projets dans ce domaine : dans le domaine médical, par exemple, l’EEC possède 16 Centres de Santé ou hôpitaux, au service desquels, nous avons actuellement trois envoyées. Grâce à l’implication de la Cevaa, l’EEC a pu mettre en place une centrale pharmaceutique pour les 16 établissements, et est en train de créer un centre d’imagerie médicale. Deux de nos trois envoyées au Congo travaillent au service de ces projets.

 

Le sida

Toujours dans le domaine de la santé, la Plateforme Congo continue à suivre avec attention le programme de lutte contre le Sida dans lequel elle a toujours été impliquée. Aujourd’hui, son engagement est moindre mais, avec l’Église Libre et l’association « Chrétiens et Sida », elle soutient le programme de formation des bénévoles qui parcourent le pays pour faire de la prévention. Le programme actuel avait dû être interrompu à cause des événements politiques mais celui-ci est en train de reprendre normalement.  Un formateur français, C. Forma, devrait y retourner sous peu.

 

Scolarisation des enfants sourds

Le projet de scolarisation des enfants sourds se poursuit et se consolide, même si nous avons toujours des difficultés à motiver les bénévoles français nécessaires pour les formations prévues. Pour compenser, une formation va être réalisée sous peu avec les compétences locales.  Ce projet est actuellement financé par l’Uepal et la Cevaa.

Le petit projet de formation professionnelle pour des jeunes filles sourdes financé en partie par des paroisses de l’Epudf, est en bonne voie de réalisation. Le bâtiment construit dans la parcelle de l’école de Ouenzé va être achevé sous peu et le responsable est en train de rassembler le matériel nécessaire (machines à coudre…). Il sera ainsi situé sur le même site que l’une des deux écoles inclusives.

A Owendo, dans le nord du pays, il a fallu construire un bâtiment pour abriter les 2 classes supplémentaires nécessaires. Même si la construction d’un bâtiment pour accueillir les classes inclusives est un détail du projet, l’EEC a décidé de donner une place importante à l’inauguration de ce bâtiment de manière à rendre visible le projet (les enfants sont pour l’instant scolarisés dans des locaux de la paroisse). L’inauguration a donc eu lieu en grandes pompes avec chorales, discours, présence des autorités locales et régionales etc.  L’EEC y était représentée par son vice-président, le Coordinateur Régional, l’Aumônier des sourds, les divers représentants de l’Enseignement Protestant, les pasteurs locaux…etc.  A cette occasion, le vice-président a donné une grande place à la dimension missionnaire de ce projet en parlant du rôle qu’y ont joué la Cevaa et le Défap.  Il reste un détail qui est que le bâtiment a été inauguré avant d’être totalement terminé car il a manqué quelques fonds… Mais cela devrait pouvoir se régler rapidement.

L’enseignement primaire et secondaire

L’EEC possède environ 80 écoles primaires et secondaires gérées par son Département Enseignement. Outre le projet de scolarisation des enfants sourds, les Eglises de France via la Plateforme, soutiennent la réfection d’une école dans le Pool dont, pour l’instant, les travaux sont interrompus à cause de l’instabilité politique dans la région. Dès que la situation le permettra ce projet devrait reprendre.  Par ailleurs, avec le RIEP (Réseau International de l’Enseignement Protestant), le Defap est en train de considérer un projet de scolarisation des populations autochtones qui vivent dans les forêts du Nord. Ce projet ambitieux (création de 3 écoles) ne verra le jour que s’il est possible de trouver un financement public.

 

Quelques photos de la cérémonie d’inauguration.

 


Le vice-président de l’Église devant le bâtiment presque terminé, DR, 2016

 

Le bâtiment consacré aux classes pour les sourds, nov 2016, DR

 

Les premiers enfants bénéficiaires du projet avec leurs enseignants, nov 2016, DR

 

L’enseignement supérieur

L’Université Protestante de Brazzaville a un nouveau Recteur qui vient d’être nommé. Il s’agit de Serge Loko qui jusque là était professeur de théologie. Nous n’avons que peu de relations de travail avec l’Université en tant que telles sinon au travers du RUPA (Réseau des Universités Protestantes d’Afrique), mais la rencontre fut l’occasion de faire le point sur le RUPA et nos rôles respectifs dans le Réseau. Par contre, nous travaillons régulièrement avec la Faculté de Théologie qui fait partie de l’Université.

L’EEC est une Eglise qui investit beaucoup dans la formation de ses pasteurs

L’EEC qui a pris la décision de supprimer le statut « d’Evangéliste » a, très logiquement, décidé de modifier ses cursus de formation et de rehausser le niveau de l’institut de Ngouedi. Celui-ci reste un institut pour celles et ceux qui n’ont pas le bac, mais des passages seront possibles vers le cycle de licence de la faculté.   L’Institut est dirigé par le pasteur Jean Serge Kinouani qui était boursier du Defap il y a 3 ans. Dans l’avenir, nous essaierons de faire profiter l’Institut des divers échanges avec nos facultés, en particulier en ce qui concerne les échanges de professeurs. Une opération de distribution de Bibles NBS aux étudiants pourrait être menée assez rapidement à Ngouedi.

Avec le Doyen de la Faculté et le Directeur de l’Institut de Ngouedi,  Jean Luc Blanc a abordé la question du partenariat avec la Faculté de Strasbourg, avec la CLCF ainsi que les futurs échanges de professeurs et les éventuels futurs boursiers. Il faut souligner ici qu’une Association des Amis de la Faculté de Théologie de Brazzaville est née en France et veut soutenir un certain nombre de projets de la Faculté.

Une Eglise impliquée dans les questions de genre

Le Département Femmes et Familles avec lequel nous avons collaboré à plusieurs reprises dans le passé est maintenant dirigé par Eléonore Kissadi, elle aussi ancienne boursière du Défap.  Le projet « Genre » que le Défap a financé à ses débuts et qui est une sensibilisation à la question du genre et aux rapports hommes-femmes dans la société et dans l’Église se poursuit.

Le projet de formation des « conseillers conjugaux » dans lequel une association proche de l’Église Libre MVF) est impliquée via la Plateforme, est toujours d’actualité même si les financements se sont taris. Les formateurs sont prêts à y retourner mais avant, il reste à s’assurer du financement des séminaires…

Une Eglise qui développe les aumôneries

Depuis 2011, toutes les aumôneries sont regroupées au sein du Département « Aumônerie Générale ». Or, jusqu’ici le Défap et la Plateforme Ensemble pour le Congo ont travaillé avec la plupart des aumôneries, mais jamais avec l’Aumônerie Générale qui souhaiterait que la plateforme se saisisse de deux de ses demandes :
– l’aider à développer des formations pour les aumôniers.
– l’aider à la création de maisons de retraites.  C’est un sujet sur lequel il nous faut réfléchir plus largement au Défap car l’idée de créer des maisons de retraite en Afrique est en train de germer dans plusieurs pays à mesure que l’urbanisation les confronte à des problèmes similaires à ceux que nous avons connu quand nous nous sommes engagés dans cette voie en France.

Ouvertures

Comme chaque fois qu’un représentant du protestantisme français va au Congo, Jean Luc Blanc a rencontré de nombreux autres acteurs de l’Église et du pays. Nos relations dans ce coin de l’Afrique sont d’une grande richesse. Certaines paroisses en profitent déjà depuis longtemps, mais il y a de la place pour les autres !

 

 

 




Nouvelle Calédonie : des nouvelles du lycée Do Neva

Suite aux pluies diluviennes qui ont eu lieu en Nouvelle Calédonie, le lycée protestant Do Neva a dû fermer ses portes. Mobilier détruit, archives perdues, perte des moyens de communication avec l’extérieur, le lycée agricole de la commune de Houaïlou a dû s’organiser dans l’urgence pour pouvoir accueillir au plus vite sa centaine d’élèves inscrits. Dans une interview accordée au Défap, le directeur de l’établissement, Thomas Carlen, dressait un bilan alarmiste. « Nous n’avons jamais vécu une telle crise », déplorait-il. Dix jours après le drame, le directeur reprend contact avec nous.

Alors que les moyens de télécommunication restent difficiles d’accès sur la côte est, Thomas Carlen parvient à nous envoyer de ses nouvelles. « Voilà enfin une connexion qui fonctionne », se réjouit-il. « Avant tout merci de votre soutien et de vos pensées ».

« Le LEPA panse ses plaies avec de nombreux bénévoles qui nous ont aidés au nettoyage et à la désinfection de l’ensemble des bâtiments », nous explique Thomas Carlen.

« Nous sommes en train de sauver l’ensemble de nos archives et essayons de remettre en état l’ensemble de notre parc informatique et administratif comme les scans et les imprimantes.

Do Neva sous les eaux, DR, 2016

Nos élèves finissent leurs examens aujourd’hui. Nous avons 100% de réussite en CAPA ARC. Les résultats bacs pro arrivent aujourd’hui.

Avec le directeur de l’ASEE nous nous sommes mis d’accord pour demander la reconstruction de l’ensemble de notre établissement (collège, lycée primaire) et d’un centre unique administratif avec salle informatique dans une zone non-inondable.

Nous prions le seigneur que ce projet puisse se concrétiser ».

 




La Mission du Défap

Le Service protestant de mission Défap a accueilli dans ses locaux du 102 boulevard Arago à Paris (14e arrondissement) le 25 novembre dernier un colloque financier qui a rassemblé une soixantaine de personnes. Il y avait des responsables nationaux et régionaux de ses trois Églises fondatrices, l’Église protestante unie de France (EPUdF), l’Union des Églises protestante d’Alsace et de Lorraine (UEPAL) et l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France (UNEPREF). Il y avait également des responsables de la Cevaa – Communauté d’Églises en mission, institution nouvellement présidée par Henriette Mbatchou, qui regroupe trente-cinq Églises protestantes, essentiellement francophones, d’Europe, d’Afrique, d’Amérique du Sud, du Pacifique et de l’Océan Indien.

Le pasteur Jean-Luc Blanc, secrétaire exécutif du Défap chargé des relations internationales, a conduit le temps d’aumônerie. Il a mis en relief la grande différence qui existe entre un passé révolu, où l’on professait une conception de la mission qui signifiait domination, et ce qui anime aujourd’hui tout ceux qui s’y engagent: le désir de se mettre au service de tous les peuples. Il s’est appuyé dans sa prédication sur le récit de la tentation de Jésus, et sur le chapitre 28 de l’Évangile de Matthieu, qui parle de l’envoi des disciples par celui qui a reçu l’autorité parce qu’il a refusé d’être au service du pouvoir et de l’hyperpuissance.

Une maison au service des Églises

Les débats ont été dirigés par Joël Dautheville, président du Conseil du Défap depuis le 1erjuillet 2016. Il a d’abord été fait rappel des enjeux qui ont conduit à la naissance du Défap et de la Cevaa en 1971. Le Pr Jean-François Zorn a ainsi raconté comment ont été créées ces deux institutions, héritières de la Société des missions évangéliques de Paris (SMEP), elle-même fondée en 1822.

Évaluer la légitimité, le coût et la visibilité des activités du Défap

Irène Schaerer, trésorière récemment élue de la Cevaa et son homologue du Défap, Stéphane Griffiths, ont ensuite présenté – en chiffres – les activités de leurs deux organismes. Le but du colloque était en effet de partager informations et questionnements à partir des différentes masses budgétaires et d’évaluer dans quelle mesure les activités du Défap entrent bien dans le champ de ce qui lui est demandé.

Le Défap reçoit 2 000 k€ donnés par les Églises selon la répartition suivante: EPUdF: 1 500 k€; UEPAL: 500 k€ et UNEPREF: 10 k€. 840 k€ sont transmis à la Cevaa et le solde est utilisé pour les envois, les actions de solidarité, les bourses pour les étudiants etc. Le rapport présenté par le secrétaire général du Défap, Bertrand Vergniol, a ensuite permis aux différents groupes de travail d’estimer, à propos de chaque activité, sa légitimité, sa visibilité et son apport.

Donner des orientations au Conseil du Défap

Des affirmations – orientations plutôt que décisions – ont été émises par les groupes de travail, appréciées en séance plénière par un vote « chaud », « tiède » ou « froid ». Les plus chaudement accueillies ont concerné la nécessité de donner un visage à la mission par le témoignage de ceux qui sont envoyés, et par la reconstitution d’équipes locales et régionales. Il a aussi été rappelé que le Défap se situe au carrefour de l’international et de l’interculturel et qu’il est appelé non pas à être une institution qui s’occupe de la mission à la place des Églises, mais au contraire un lieu où l’on stimule la mission entreprise par les Églises, que ce soit au plan international, national, régional ou même local. L’affirmation la plus fraîchement reçue a été celle de séparer la bibliothèque et son fonds d’archives missionnaires du Défap proprement dit.

« Dire la mission » est au coeur du ministère du Défap

Dans les faits, ce colloque qui était au départ financier s’est orienté et concentré sur le
fait de « dire la mission », un objectif que l’on retrouve dans le programme 2015-2018
du Défap, qui avait été validé par les trois Églises constitutives. Une façon de dire que
tous les participants ont privilégié ce qui est au coeur du ministère du Défap. Il nous faudra
continuer le travail proprement financier.

Le Conseil du Défap doit désormais conduire un important travail d’appropriation de toutes les orientations exprimées lors de cette journée. Quant aux participants, ils ont été ravis du travail accompli, tout comme ils l’ont été de visiter en détail la maison commune du boulevard Arago, chargée de presque deux siècles d’histoire. Ils ont mesuré le dynamisme actuel de l’équipe du Défap, qui est au service des Églises pour développer ou entretenir la flamme missionnaire des paroisses et des Églises locales. Ils ont embrassé la grande variété des activités en cours, pris conscience de l’importance des échanges de personnes, des projets de solidarité et/ou de santé, vu la richesse de la bibliothèque et des archives, etc. Un moment formateur dans la (re)découverte de la question missionnaire liée au Défap.

 

Joël Dautheville, président du Défap
Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap
Novembre 2016

Les principaux documents du colloque sont accessibles ici.

Visualiser le communiqué de presse

Visualiser le programme du colloque

Visualiser la présentation de Jean-François Zorn

Visualiser la fiche des chiffres

 




République centrafricaine : Bernard Croissant, un pasteur français à Bangui

Bernard Croissant, qui a vécu plusieurs mois en Côte d’Ivoire en tant qu’aumônier militaire de l’EPUdF, est aujourd’hui pasteur retraité. Il est parti à Bangui pour une mission d’accompagnement pastoral de l’Église protestante Christ-Roi de Centrafrique. Il intervient dans le cadre d’un poste ouvert par la Cevaa. Voici son témoignage, porteur d’espérance, sur la situation actuelle en Centrafrique.

Bangui, la capitale martyrisée de la République Centrafricaine manifeste aujourd’hui une vie exubérante. Je n’y avais pas encore vu autant de monde, surtout des enfants se rendant à l’école.
A l’aéroport et tout au long de l’itinéraire qui mène à la FATEB ( faculté de théologie évangélique de Bangui), lieu de mon hébergement, une grande foule en liesse était présente. Ce n’était pas pour mon arrivée mais pour celle du Président de la République, Faustin Touadéra, qui avait emprunté le même vol d’Air France. On pouvait percevoir toute l’espérance placée dans ce président récemment élu, porteur des valeurs évangéliques pratiquées dans le cadre de son Assemblée Baptiste.
C’est dans ce contexte de vie libérée que j’ai entamé mon 4ème séjour d’accompagnement pastoral de l’Eglise protestante du Christ Roi. Il se terminera dans trois semaines après le culte d’installation des nouveaux diacres. Une journée complète sera consacrée à la préparation de cet événement important pour l’Eglise. En attendant les séances d’enseignement et de réflexion se succèdent auprès des groupes d’activités dont un groupe de jeunes adultes catéchumènes qui seront baptisés à Noël.
Au coeur de cette mission se trouve la formation des membres d’une cellule d’écoute et d’accueil de personnes victimes, traumatisées par les exactions de la guerre civile. Pour la seconde fois, l’intervention d’un psychothérapeute – Yann Jurgensen – est attendue et permettra une avancée significative dans la pratique de ce ministère de l’Eglise.
Enfin, je viens d’avoir la satisfaction de constater que la journée que j’avais consacrée, en avril dernier, aux aumôniers militaires avait porté ses fruits : un décret présidentiel officialise la création de l’aumônerie militaire des Forces armées Centrafricaines.
Le 1er décembre, jour de la fête nationale sera célébré avec joie et ferveur, marquant ainsi la liberté et la dignité retrouvées. Je suis heureux d’en être le témoin et le compagnon – au nom du Defap.




Le Zimbabwe, au bord de l’effondrement.

A Hararé, comme dans toutes les grandes villes du pays, les queues s’allongent devant les banques du pays alors que le gouvernement s’apprête à émettre des billets d’obligation. Le Zimbabwe, qui utilise le dollar américain depuis l’effondrement de sa propre devise en 2009, est à court de liquidité.

Des centaines de personnes attendent pour retirer de l’argent, ce qui a poussé les banques à limiter les retraits à 50 dollars par personne et par jour.

Les Zimbabwéens n’ont plus confiance dans leur gouvernement et ils craignent que la banque centrale fasse tourner la planche à billets comme en 2008. Trop de billets d’obligation entrainera une augmentation de la valeur du dollar et modifiera la parité.

Après que les Eglises protestantes aient demandées le départ du président Mugabé en août dernier, elles expriment aujourd’hui leur désarroi face à une politique qui a ruiné toute la production intérieure et livré le pays aux aléas de l’importation payée en dollars.
Dans ce contexte, les missions sanitaires et sociales de nos associations sont de plus en plus dur à mener nous confie un pasteur.

Le Defap, engagé en Afrique Australe (notamment au Mozambique et en Zambie) s’associe, par la prière et l’information aux églises du Zimbabwé.




Rencontre au Défap avec Hadi Ghantous, pasteur syrien au Liban

Originaire de Damas, Hadi Ghantous est pasteur de la paroisse presbytérienne de Miniara au nord du Liban, à quelques kilomètres de la frontière syrienne. Il est également en charge des questions spirituelles et ecclésiales du Synode Arabe (National Evangelical Synod of Syria and Lebanon). Cette Eglise est présente en Syrie et au Liban. Témoin et acteur de premier plan, il est venu en France à l’invitation de l’Action Chrétienne en Orient (ACO), pour parler de la crise en Syrie. Nous l’avons interviewé à l’occasion de cette visite.

D : Pouvez-vous nous parler de votre engagement ?
Je suis né à Damas puis j’ai fait mes études au Liban et mon doctorat de théologie, à Berne. Je suis ensuite reparti au Liban où je suis en charge d’une paroisse située au Nord-Est du pays, à 15 km de la frontière avec la Syrie.
Aujourd’hui, je suis également responsable des questions spirituelles et ecclésiales du Synode Arabe ce qui m’amène à visiter les églises syriennes et libanaises une fois par mois, parfois dans des conditions difficiles. Il m’est notamment arrivé de me rendre dans une paroisse située à 1km du check point avec Daesh.

Le président du Défap Joël Dautheville, le directeur de l’ACO Thomas Wild et Hadi Ghantous

D : quelles sont les nouvelles de l’Eglise en Syrie ?
Les pasteurs syriens sont confrontés à des difficultés nouvelles : lever des fonds, trouver des lieux d’habitation, gérer des problèmes psychologiques, faire face aux pressions politiques, s’occuper d’églises dont les pasteurs sont partis mais aussi aider leur propre famille.
Le rôle de pasteur au Liban est difficile lui aussi.
Ma paroisse est située dans la partie la plus pauvre du Liban. Ici vivaient 300 000 personnes. Aujourd’hui, il y a, en plus, 300 000 réfugiés. Cela pose des problèmes économiques, de réconciliation (89 % des réfugiés sont des musulmans sunnites), des problèmes pour faire unité entre les Eglises…

D : quelle est votre mission en tant que responsable des questions spirituelles et ecclésiales du Synode Arabe ?
Le Comité des questions ecclésiales pour le synode arabe prend en charge aujourd’hui des questions liées à la santé (des enfants, des femmes), au financement… L’Eglise, si elle ne fait pas partie du conflit, en subit les conséquences.
Elle fait face à de nombreuses questions :
• Pourquoi on reste ?
• Quel rôle doit-on jouer ?
• Quelle identité a-t-on ?
C’est un nouveau challenge de construire un pont entre les gens !

D : pouvez-vous nous raconter ce que vous vivez au quotidien dans votre paroisse ?
Avec le conflit, la province qui était la plus pauvre s’est encore appauvrie. Principalement peuplée de Sunnites, elle accueille en priorité des réfugiés sunnites qui ont eux aussi de faibles revenus. La pauvreté s’ajoute à la pauvreté.
Pour aider les populations, nous avons mené un certain nombre d’actions :  mise en place d’une ne école pour les enfants syriens réfugiés et d’une clinique pour musulmans et chrétiens, réalisation de plusieurs collectes de vêtements pour les réfugiés (70 sacs de vêtements) et d’une collecte de fonds Jamais le montant collecté n’avait été aussi important !

D : Quelles sont vos principales difficultés au niveau de l’Eglise ?
Avec le conflit, nous avons « perdu » des gens qui sont partis à l’étranger, d’autres se sont déplacés. Nous devons redessiner les contours des paroisses : à cause des destructions d’églises (dans certains lieux, c’est la troisième fois que l’église est détruite), de la baisse du nombre de personnes en Syrie et au contraire, du développement ou de la création de nouvelles églises avec l’afflux de réfugiés au Liban.

D : Quels sont vos principaux enjeux ?
Ils sont multiples et d’ordres différents. Tout d’abord financiers car nous devons trouver des partenaires pour faire face aux besoins des réfugiés. Mais aussi humains, il nous faut répondre aux nouveaux besoins des gens, et religieux car nous avons à associer l’Eglise syrienne, à accueillir et intégrer les musulmans. Un enjeu international également : nous voulons faire entendre la voix de l’Eglise, ne pas être un pion dans une stratégie décidée par d’autres.
Sur ce dernier plan, je crois que nous avons un rôle à jouer dans la résolution du conflit : refuser la violence, négocier, parler, risquer, travailler avec toutes les Eglises.

D Comment financez-vous vos actions ?
Nous sommes soutenus par différentes personnes :
• nos partenaires en Occident = Eglises protestantes en Europe et aux US, ONG comme ACO
• les gens des Eglises locales
• la congrégation elle-même
Ma position, c’est de dire que l’argent est fait pour être utilisé ici et maintenant. Il ne doit pas être mis de côté pour le futur.

D : Comment voyez-vous l’évolution du conflit en Syrie et dans cette région ?
Tout le monde a intérêt à ce que la guerre en Syrie dure très longtemps. Pour les grandes puissances, c’est l’assurance de vendre des armes et de participer aux nombreux programmes de reconstruction à venir. Les pays de la région, Iran, Turquie et Israël, y ont aussi tout intérêt.
Cette guerre sera longue. Le régime de Bachar El Assad ne va pas disparaitre. Que faire avec Daesh ?
Ce qui est sûr, c’est qu’il y aura moins de chrétiens en Orient après cette guerre.
C’est une région instable mais il y a un espoir : que l’Eglise devienne prophétique, plus active, capable de dire plus haut et plus fort ce en quoi elle croit.
L’espoir aussi qu’après cette période de grande violence, qui me fait penser à la période de l’Inquisition, naisse un Islam réformé.




Khaled Abu Toameh ou le pragmatisme d’un Arabe israélien

Khaled Abu Toameh est un journaliste arabe israélien, chroniqueur célèbre de plusieurs journaux dont « Haaretz » (positionné à gauche). C’est une voix libre et respectée en Israël et en Palestine. Il préconise des attitudes pragmatiques pour améliorer la vie des Arabes israéliens. Rencontre avec cet homme de dialogue, à travers l’extrait d’une interview réalisée par Harold Hyman, pour le magazine « Opinion Internationale ».

L’Autorité palestinienne considère-t-elle les Arabes israéliens en tant que citoyens de la Palestine ?

Notre présence dans l’État d’Israël est un symbole fort pour ces dirigeants palestiniens : nous, les Arabes en Israël, sommes tenaces. Nous sommes les courageux, ceux qui sont restés dans la terre ancestrale en dépit des difficultés et de la discrimination. Le Hamas et l’OLP disent la même chose, et nous appellent d’ailleurs les Palestiniens de 48 (1948 année de la création d’Israël) . Ils ne nous voient pas comme des traîtres devenus israéliens, mais comme une extension du peuple palestinien.  Cette attitude, en fait, est dans l’intérêt des Arabes israéliens. Il y a beaucoup d’interactions entre eux et nous. Cependant, les Arabes en Israël luttent pour l’intégration, les Arabes en dehors (ceux de la Cisjordanie) luttent pour la séparation. Telle est la grande différence.

Que pensez-vous du BDS (Boycott, Divest, Sanction) et de la résistance des gens aux bulldozers israéliens ?

La plupart ne sont même pas des Palestiniens. Et à propos du BDS, comment puis-je boycotter le lait israélien, sans qu’on m’offre une autre source de lait ? Et les gens qui perdent leur emploi en raison du boycott, qui leur trouvera un autre emploi ? Il est injuste que des militants confortablement installés en Occident prêchent ce qu’ils croient être bon pour les Palestiniens. En principe, je suis contre les campagnes négatives. Je n’ai pas vu le BDS affecter l’économie israélienne, il n’y a pas de panique en Israël. Au contraire. Rallier le monde contre Israël est très contre-productif, cela droitise les Israéliens. Cela ne sert pas la paix, et de nombreux Palestiniens ne savent même pas ce qu’est le BDS, ils ne s’en soucient guère, ils travaillent dans les supermarchés israéliens, et les colonies, et ils utilisent les hôpitaux israéliens. Je vois beaucoup de Palestiniens là-bas qui vont dans le sens opposé du BDS.


Khaled Abu Taomeh – © Harold Hyman / Opinion Internationale / 2016

 

Est-ce que la solution d’un État unique gagne chez les Palestiniens ?

Pour commencer, il y a déjà deux États pour les Palestiniens, la Cisjordanie et Gaza ! Cette division a grandement affaibli le projet national palestinien. Mais oublions un instant Gaza. Regardez la situation sur le terrain : en Cisjordanie et à Jérusalem, la situation géographique est devenue extrêmement compliquée. Les gens de chaque groupe vivent très près les uns des autres, parfois dans le même bâtiment, c’est inextricable. Rationnellement parlant, il est impossible d’avoir un deuxième État là-bas, donc la solution de deux États, l’un juif et l’autre arabe, est concrètement irréalisable. Pourtant, l’autre solution, celle d’un État unique (englobant tous les Juifs et tous les Arabes d’Israël et de Cisjordanie) est rejetée par 99% des Juifs, qui préfèrent la séparation physique. L’idée de la séparation semble donc être la seule solution, et si les deux parties professent leur choix de la séparation, elles ne parviennent pas à se mettre d’accord sur les termes du divorce.

 

Tout accord entraînerait-il des mouvements de population ?

Oui, surtout de la population juive. Mais même si ces Juifs quittaient la Cisjordanie, les Palestiniens se sentiraient étouffés dans un si petit endroit. Pourquoi pensez-vous que les Palestiniens sont opposés au mur ? Parce que même s’ils veulent une frontière entre la Palestine et Israël, ils ne veulent pas être enfermés par un mur, même un mur sur les frontières de 1967 ! Tel est le dilemme : la plupart des Palestiniens veulent la séparation, et aussi un pays ouvert du Jourdain à la Méditerranée ! Paradoxal.

Les Arabes israéliens ne votent plus pour les partis israéliens. Est-ce bon ou mauvais ?

Comment cela est-il survenu ? Parce que les partis israéliens les ont laissé tomber socialement et économiquement. Les listes arabes sont venues pour séduire les Arabes d’Israël, ont obtenu leur vote, et puis ces élus ont négligé les questions pratiques et les conditions de vie se sont  dégradées encore davantage. Les élus arabes israéliens deviennent des ultra-nationalistes palestiniens, rejoignent les flotilles d’humanitaires naviguant vers Gaza. Ils n’apportent rien de concret aux Arabes israéliens, et en outre les Juifs nous voient désormais comme une cinquième colonne.

Nous devrions faire des choses qui n’aliènent pas les Juifs, et ne pas aller contre l’État. Je ne dis pas que nous devrions être sionistes, ni que nous devrions tourner le dos à nos familles en Palestine.

Étonnamment, la communauté juive américaine a fait des choses très positives pour nous. Beaucoup de Juifs américains font du travail social à l’intérieur du secteur arabe en Israël. Leur but est de réduire l’écart social entre les Juifs et les Arabes, afin d’éviter une explosion. Une coalition de grandes organisations juives a mis en place un groupe de travail pour les Arabes israéliens ! Merci les Juifs américains, même si c’est le gouvernement israélien qui devrait faire ce travail ! Après tout, les Arabes israéliens paient des impôts.

 

 

Source : « Opinion Internationale »

Retrouver l’article dans son intégralité

 




« Ce que je crains le plus pour mes fils… »

Elisabeth Mutschler est envoyée par les Eglises protestantes de France auprès du Conseil oecuménique des Eglises. Elle est accompagnatrice des populations palestiniennes dans la Vallée du Jourdain dans le cadre du programme oecuménique d’accompagnement en Palestine et Israël (EAPPI). Le 31 octobre 2016, Elisabeth Mutschler a rencontré quatre femmes du camp de réfugiés Aqbat Jaber, près de Jéricho. Elle adresse cette lettre au Défap.

(de gauche à droite) Rabab, Um Fares, Jamileh et Nihaya 

© Photo EAPPI / E. Mutschler

Um Fares est la présidente du UN Women’s Centre du camp de réfugiés Aqbat Jaber près de Jéricho, une association administrée par des femmes du camp et offrant des programmes à caractère social et éducatif visant principalement un public féminin. Depuis 2015, elles gèrent aussi quelques chambres d’hôtes pour randonneurs et autres, une étape sur le ‘Sentier d’Abraham’ *.

* Abrahampath.org

Le camp d’Aqbat Jaber fut créé en 1948 par l’UNWRA (agence de l’ONU en charge de l’aide aux réfugiés palestiniens) suite à la première guerre israélo-arabe. Avec ses 50.000 habitants originaires de plus de 300 villages du nord de Haïfa et des régions de Gaza et d’Hébron, il fut longtemps le plus grand camp de réfugiés de Palestine. La plupart de ses habitants fuirent en Jordanie lors de la guerre de Six Jours en 1967.
Aujourd’hui le camp compte environ 6000 habitants et ressemble un peu à une banlieue de Jéricho.

Le camp de réfugiés Aqbat Jaber dans la Vallée du Jourdain
© Photo EAPPI / E. Mutschler

Um Fares nous explique :

Bien sûr, la vie dans notre camp est très difficile sur le plan matériel et financier. Les coupures d’électricité sont fréquentes, nous manquons d’eau, surtout l’été * . Les deux écoles de l’UNWRA sont surchargées, l’accès aux soins est difficile. Le chômage est très élevé, surtout celui des jeunes, en raison des restrictions à la liberté de circulation et du système de permis de travail imposés par l’occupation israélienne.

Mais ça va, nous nous épaulons mutuellement.

C’est sur le plan psychologique que la situation est beaucoup plus difficile à supporter. Nous les femmes, nous vivons dans la crainte permanente de ce qui pourrait arriver à nos fils, nos maris, nos frères : sont-ils en danger ? vont-ils rentrer ? l’armée viendra-t-elle les arrêter en pleine nuit à la maison ? C’est cela que je crains le plus pour mes trois fils, car personne ne devrait avoir à supporter les souffrances et les humiliations qu’on leur fait subir dans les prisons israéliennes.

 

* Consommation par jour et par habitant : 70 litres. Le minimum recommandé par l’OMS est de 100 litres.

Rabab, Amouna, Nihaya, Ourouba, Intizar, Jamileh … : elles sont toutes touchées par ce problème ou l’ont été dans un passé récent.

Jamileh, par exemple, raconte l’arrestation de son fils de 14 ans en 2012 :
Des soldats en tenue de combat ont fait une irruption brutale dans la maison alors que tout le monde dormait, bousculant tout et tous sur leur passage. Ils ont tiré Ahmed du lit en hurlant des insultes et il n’a même pas pu s’habiller. Quand je leur ai demandé où ils l’emmenaient, ils n’ont pas daigné me répondre et m’ont poussée de côté. Il a été accusé d’avoir jeté des pierres et a été libéré au bout d’un mois.

Le frère de Nihaya a été arrêté pour la première fois à l’âge de 13 ans. Avant l’aube lui aussi. Il était petit pour son âge, maigrichon mais plein d’énergie et il s’est tellement débattu que les soldats ont eu beaucoup de mal à se saisir de lui. Alors ils l’ont frappé très fort pour le calmer… Nihaya et sa mère hurlaient pour qu’ils s’arrêtent. A la fin, il ne pouvait même plus marcher et ils ont été obligés de le traîner. Il avait été vu dans la rue, lors d’un affrontement entre des jeunes et des soldats et était suspecté d’avoir lancé des pierres. Pour Nihaya, ce fut le jour le plus horrible de sa vie.

Chacune d’elle aurait une histoire à raconter…

Intizar celle de l’arrestation de son fils de 16 ans et demi par un policier habillé comme un palestinien, avec le keffieh noir et blanc.

Ou encore Amouna dont le frère, majeur maintenant, est détenu à Beersheba en Israël et auquel elle ne peut rendre visite que difficilement, malgré l’aide de la Croix Rouge qui s’occupe des autorisations et de l’organisation des convois (escortés par l’armée). A noter que d’après l’article 76 de la 4e Convention de Genève, les ressortissants d’un territoire occupé devraient purger leur peine sur leur propre territoire…
 » Il faut serrer les dents, dit-elle, quand on passe les contrôles aux checkpoints sur le trajet, et pour les deux fouilles avant d’entrer dans le centre pénitentiaire ; une fois j’ai même dû subir une fouille au corps, alors que je n’étais qu’une simple visiteuse et qu’une double paroi en verre blindé vous sépare des détenus ».

Intizar et Amouna

© Photo EAPPI / E. Mutschler

Et Um Fares de conclure :
« Cette grande douleur ne nous quittera pas tant que nous aurons des enfants en prison, tant que nous devrons vivre sous l’occupation, tant qu’il y aura des réfugiés dans les camps de réfugiés… »

 

 

Jéricho, le 31 octobre 2016

Elisabeth Mutschler

 

NB : les avis exprimés dans cette lettre n’engagent que le programme oecuménique EAPPI France.

 

La détention des mineurs palestiniens

 

  •  Environ 500 à 700 mineurs palestiniens sont arrêtés chaque année.
  • Fin février 2016, 440 jeunes étaient détenus, dont 104 enfants entre 12 et 15 ans.
  • Le nombre des arrestations est en augmentation depuis 2015.
  • La plupart d’entre eux sont condamnés pour jets de pierres, la peine maximale pour ce délit pouvant aller jusqu’à 20 ans d’emprisonnement.
  • Ils sont jugés par des tribunaux militaires. Un tribunal militaire pour enfants de 12 à 15 ans a été créé en 2009.
  • Les parents ne peuvent pratiquement pas être présents lors des interrogatoires.
  • La première rencontre avec un avocat se fait souvent juste avant d’entrer au tribunal.
  • Le recours à de mauvais traitements semble systématique pour les arrestations, les interrogatoires et la détention (cf Unicef  6.3.2013 / 13.2.2015 ‘Children in Israeli military detention’)

 

Ces pratiques violent le droit international résultant des conventions ratifiées par Israël, que ce soit le pacte des droits civils et politiques de 1966, la convention interdisant la torture et les traitements cruels et dégradants de 1984 ou la convention des droits de l’enfant de 1989 (notamment de son article 37). Elles affectent durement la vie de milliers d’enfants palestiniens.

 

 

Collégiens arrêtés dans la cour de leur école
© Photo EAPPI / E. Mutschler

Le 14 octobre 2016, à New York, le Directeur de l’ONG israélienne B’Tselem s’exprimait devant le Conseil de sécurité des Nations Unies. Depuis ce jour, son directeur Hagaï El-Ad est violemment pris à partie en Israël, où des politiques proposent de le destituer de sa nationalité israélienne comme « traître » à son pays alors que le directeur de B’Tselem a simplement osé dire ce qui était inacceptable car en contradiction flagrante avec les règles fondamentales auxquelles les plus hautes autorités d’Israël prétendent se référer. Récemment, Hagaï El-Ad s’est exprimé sur ses positions dans le journal israélien Haaretz.

Consulter ici la traduction de cet article

         

                                                                                                              




Alep : une situation intolérable

Suite à la réunion du Comité Exécutif de ACO Fellowship qui se tenait du 15 au 19 octobre 2016 à Strasbourg, une déclaration sur Alep a été faite. Elle vise à compléter et corriger l’information présente à ce sujet dans les médias occidentaux. Le Défap relaie ici le communiqué de l’Action Chrétienne en Orient (ACO).

Strasbourg, le 19 octobre 2016

Le Comité Exécutif de ACO-Fellowship tient à exprimer sa plus vive inquiétude face à la montée de la violence dans la ville syrienne d’Alep. Dans une réunion tenue du 15 au 19 octobre 2016 à Strasbourg, France, l’ACO prend en compte les dernières nouvelles venant des Eglises partenaires à Alep. Ces nouvelles arrivent à la conclusion que la situation humanitaire de la ville se détériore rapidement, non seulement dans les quartiers Est tenus par les rebelles mais aussi dans les secteurs contrôlés par le gouvernement où un grand nombre de personnes ont été tuées par les bombardements ces dernières semaines.

Deux Eglises partenaires de ACO-Fellowship, le Synode National Evangélique de Syrie et du Liban, (NESSL) d’une part et l’Union des Eglises Evangéliques Arméniennes du Proche-Orient (UAECNE) d’autre part, ont été sévèrement touchées par les combats. Pendant ces dernières semaines, une école et une église de l’UAECNE ont été touchées par des tirs de roquette. Une église qui vient juste d’être construite par NESSL est à présent sur la ligne de front. Les bâtiments du XIXe siècle appartenant à cette communauté ont été détruits par des attentats ciblés dès le début de la guerre.

L’ACO demande aux Eglises avec lesquelles elle est en relation de prier pour les habitants de la ville d’Alep, pour les Chrétiens qui sont restés sur place et pour tous ceux qui œuvrent pour secourir les victimes et le maintien de la paix. Entretemps, l’ACO continue d’apporter un soutien au travail pastoral et humanitaire de ses Eglises partenaires à Alep, en Syrie at au Liban.

L’ACO exprime aussi sa conviction que les interventions violentes menées de l’extérieure ne peuvent contribuer à la réalisation de la paix en Syrie. Elle appelle tous les politiciens bien intentionnés à user de leur influence pour que la violence stoppe immédiatement, pour empêcher les livraisons d’armes aux parties en guerre, et pour aider les Syriens à atteindre une solution pacifique.

 

L’Action Chrétienne en Orient (ACO)-Fellowship est un groupe de six partenaires protestants, trois du Moyen-Orient (Iran, Syrie, Liban) et trois d’Europe (Suisse, France et Pays-Bas). Il favorise un travail spirituel, diaconal et de développement principalement au Moyen-Orient.

(traduction ACO France)




Les dégâts de l’ouragan Matthew en Haïti : la communauté protestante doit se mobiliser

L’ouragan Matthew, le plus puissant dans les Caraïbes depuis une décennie, a frappé durement Haïti le 3 octobre dernier. Dix jours plus tard, on répertorie 546 morts, sans compter les disparus. Des rivières ont débordé, des ponts se sont effondrés, de nombreuses routes sont toujours coupées, 175 000 personnes sont sans abri. Les dégâts matériels sont considérables et le choléra est en recrudescence. Bien que la situation soit alarmante, l’aide internationale peine à se mettre en place et les convois humanitaires sont de plus en plus souvent attaqués par des personnes désespérées, qui ont tout perdu.

Les membres de la plateforme Haiti se mobilisent
Au total 1,4 millions de personnes sont touchées et ont besoin d’assistance. Les Nations unies estiment à 120 millions de dollars l’aide nécessaire pour couvrir les besoins vitaux des sinistrés. En date du 17 octobre, seul 13 % de cette somme avait pu être collecté.

Les équipes d’ADRA Haïti sont sur le terrain pour venir en aide aux sinistrés. ADRA France a activé son fonds catastrophes pour faire face aux besoins d’équipements en unités de purification d’eau, kits d’hygiène, nourriture, couvertures etc.

MEDAIR a mobilisé une équipe d’urgence pour éviter la propagation du choléra.

SEL a lancé un appel à la prière et aux dons auprès de ses parrains et donateurs.

Mission biblique a, de son côté, envoyé 10 000 dollars pour la réhabilitation des écoles du grand Sud-Ouest, une aide qui sera utilisée en coordination avec l’Union évangélique baptiste d’Haïti (UEBH), la Mission des Eglises baptistes du sud d’Haïti (MEBSH) et la Fédération des Ecoles protestante d’Haïti (FEPH).

Cette mobilisation est semblable à celle mise en oeuvre lors du coup d’Etat de février 2004 et des émeutes de la faim de 2008 et surtout lors du séisme de 2010, qui avait fait quelque 250 000 morts.
La FEPH mobilisée
Après le passage de l’ouragan, la Fédération des Ecoles Protestantes d’Haïti (FEPH) est restée en contact avec son personnel et ses bureaux en région, dont les membres et les infrastructures ont été épargnés.

Il n’en est, hélas, pas de même pour les écoles notamment dans les départements de la Grande Anse, du Sud, des Nippes et du Sud-Est.

La FEPH a donc décidé de déclencher son plan post-catastrophe pour permettre aux enfants de retrouver, le plus rapidement possible, le chemin de l’école.
Par ailleurs, elle se mobilise pour aider les familles qui ont tout perdu.

Il faut agir vite !
La situation est extrêmement préoccupante en de nombreux points du pays et le temps presse. La prise en charge humaine et matérielle sur le terrain est indispensable. Elle ne saurait être possible sans la solidarité de tous.

La Fondation du protestantisme propose, à ceux qui souhaitent manifester leur soutien aux Haïtiens, de recueillir leurs dons.