Pâques à Jérusalem

Corinne Mérer, envoyée en Israël/Palestine, raconte ses impressions après avoir vécu les fêtes de Pâques à Jérusalem.

Il est émouvant  et étrange d’être ici pour célébrer le temps de Pâques.

Émouvant de relire dans les Evangiles l’entrée de Jésus à Jérusalem et de suivre le même chemin depuis Bethanie jusqu’ aux portes de la ville en compagnie de 12 000 fidèles agitant des rameaux de palmiers et acclamant son nom par des chants joyeux, en toutes langues.

 

Procession des rameaux, DR

Procession des rameaux, DR

 

Émouvant, le vendredi saint, de regarder ces mêmes pèlerins parcourir le chemin de croix dans les ruelles étroites de la vieille ville, marchant derrière les franciscains en bure brune, les popes tout de noir vêtus, coiffés de hautes toques garnies de voiles qui leur descendent jusqu’à mi-dos, et les patriarches en violine et blanc.

 

Devant l'église, DR

Devant l’église, DR

 

Émouvant, mais pour le moins étrange : il n’est pas question en effet que les processions se mélangent ; l’heure et le temps de passage dans l’église du Saint Sépulcre sont soigneusement et longuement négociés  les semaines précédentes entre les dignitaires des différentes Eglises catholiques : latine, arménienne, ou grecque. Alors, de nombreux soldats et policiers israéliens, fusil d’assaut en bandoulière, assurent l’ordre, déplacent les barrières au fil de l’avancée des processions, bloquant ici, laissant passer là.

Les Eglises protestantes, anglicanes,  luthériennes, écossaises quant à elles sont absentes : ce n’est pas leur culture.

Nos divisions entre chrétiens  crucifient à  nouveau Jésus.

 

La procession, DR

La procession, DR

 

Émouvant, étrange mais aussi révoltant ce vendredi saint.

Le matin, avant le début  des processions, j’étais au check-point de Qalandya comme tous les vendredis. Mais ce 25 mars, en raison des fêtes pascales et de la fête juive de Purim qui cette année tombent en même  temps, les habitants de la Westbank, chrétiens comme musulmans, doivent présenter un permis spécial,  délivré seulement pour raison médicale. Être âgé de plus de 55 ans ne suffit plus pour aller prier sur les lieux saints. Ce 25 mars, le nombre de Palestiniens refoulés  au check point est ainsi bien supérieur à celui des autorisés.

Fête sainte pour les uns, restrictions supplémentaires pour les autres.

 

Émouvant, étrange, révoltant. Pourtant, comme une bouffée d’espérance, j’ai aperçu sur la placette qui jouxte celle de l’église du Saint Sépulcre quatre jeunes israéliens de six à huit ans, kippa sur la tête regardant passer la procession les yeux écarquillés. A côté d’eux un scout palestinien et un militaire suivaient le spectacle avec le même  émerveillement.

 

Des enfants israéliens regardent passer la procession, DR

Des enfants israéliens regardent passer la procession, DR

 

Cette semaine se termine par une grande joie et beaucoup d’émotions : j’assiste au service de Pâques dans l’église luthérienne de Redammeer. En ce jour, communauté orientale de langue arabe et occidentale de langue anglaise de la paroisse se sont réunies pour fêter ensemble, dans un culte bilingue, Christ ressuscité.

Christ  est ressuscité, il est vraiment ressuscité.

 




Le Défap au Bénin : formation des pasteurs et projets en cours

C’est à l’occasion d’un stage de formation des pasteurs français et béninois que le pasteur Jean-Luc Blanc se rend au Bénin vendredi 1er avril. Il en profitera également pour effectuer un tour d’horizon des projets soutenus sur place par le Défap.

Le CPLR (Conseil Permanent Luthéro-Réformé) a mis en place cette formation permanente depuis maintenant une dizaine d’années. Elle organise dans ce cadre, tous les deux ans, un stage à l’étranger pour les pasteurs luthériens et réformés. 2014 fut l’année du Maroc, 2016 sera béninoise. La formation portera sur « le développement durable et la fin du monde ». Cette thématique sera abordée de manière transversale : articulation avec le monde professionnel, rapport à l’utopie que propose les nouveaux modes de pensée liés au développement durable, concept de responsabilité et d’espérance…

 

Jean-Luc Blanc et une envoyée du Défap au Bénin, Ganvié (Bénin), 2015, DR

Jean-Luc Blanc et une envoyée du Défap au Bénin, Ganvié (Bénin), 2015, DR

 

Mais son séjour ne portera pas sur ce seul événement. Il en profitera pour rendre visite à l’envoyé du Défap, Nicolas Fines, sur place pour dix mois. Il n’oubliera pas non plus de prendre des nouvelles des projets ambitieux portés par le Défap au Bénin. Projet avec l’Université Protestante de l’Afrique de l’Ouest (UPAO) pour l’envoi d’un professeur de théologie, soutien à la bibliothèque, aide à l’édition d’un manuel de catéchisme dans les langues locales, rencontre avec les responsables de l’université et cerise sur le gâteau, le soutien à la radio de l’Eglise, en coopération avec Alain Meyer, financée par la Cevaa et DM-échange et mission.

 

Rendez-vous au prochain flash info Bénin, la semaine prochaine !




Paix & environnement au programme du RIEP

Le RIEP, ou Réseau International de l’Enseignement Protestant, tient sa première assemblée générale courant mars. Retour sur les projets du réseau.

Cette structure associative a deux ans. À l’occasion de la première assemblée générale ordinaire, revenons sur les cinq projets qu’elle propose de soutenir (Présentation du RIEP).

 

Le bureau du RIEP, DR

Le bureau du RIEP, DR

 

Le premier est l’ouverture d’une école pilote au Rwanda avec formation sur la protection de l’environnement. Celle-ci serait d’abord dispensée aux enseignants, afin qu’ils puissent développer des « clubs d’amis de l’environnement ». À cela s’ajouteraient une émission de radio, animée par les élèves, et sur le plan pratique, des actions de reboisement sur les terrains de l’école pilote et aux alentours. Le projet durerait deux ans dans cet établissement, mais l’objectif final est qu’il soit étendu à d’autres écoles, voire même à toute la communauté.

 

Les deuxième et troisième projets concernent la République Démocratique du Congo, et plus exactement les deux Kivu.

Au nord Kivu, dans un contexte où les tensions inter-communautaires sont très fortes, y compris au sein même des établissements scolaires protestants, l’objectif est de développer des formations conjointes à la paix et à la protection de l’environnement : comme au Rwanda voisin, l’idéal serait que des clubs se créent autour des écoles afin et que les communautés se sentent également concernées.

Au sud Kivu, le thème de l’environnement est lié à un souci d’amélioration sanitaire et de l’hygiène, afin d’éviter la propagation de maladies contagieuses. Pour cela, la coordination des écoles protestantes souhaite développer des projets d’adduction d’eau, construire des latrines et, parallèlement, lancer des opérations de reboisement. Une formation du corps enseignant et des parents est également prévue.

 

En Haïti, la fédération des écoles protestantes a pour ambition la modification en profondeur du rapport de la population à son environnement, afin de faire de ce dernier un moyen de sortir de la pauvreté. Elle propose déjà une formation sur les comportements en cas de catastrophe naturelle (article sur MB Loze https://www.defap.fr/etre-envoye/temoignages-1/soutenir-les-structures-locales-un-geste-indispensable). Par ailleurs, elle souhaite développer des activités agricoles génératrices de revenus, comme des plantations autour des écoles, tout en intégrant dans les établissements des formations professionnelles en agronomie.

 

Enfin, au Congo-Brazzaville, le projet consiste à intégrer des communautés minoritaires, notamment pygmées, au sein de la société civile, à travers l’école. Les obstacles sont nombreux, liés au manque de moyens et aux discriminations.

 

Après l’assemblée générale de mars, le bureau – composé de trois personnes –  se retrouvera à Paris les 19 et 20 avril.

 




Un camp de réfugiés en Palestine, la vie quotidienne et les arrestations…

Témoignage de Laurent Mérer, envoyé en Israël/Palestine.


    Il fait de nouveau froid sur les hautes collines du sud de la Judée et la pluie s’est remise à tomber. Le « service », un de ces innombrables minibus jaunes qui sillonnent la Palestine nous dépose pour quelques shekels à l’entrée du camp de réfugiés d’Al’Arrub, à mi-chemin entre Hébron et Bethléem. L’entrée du camp est sur la droite. Ismail Hajajreh, un solide jeune homme de 24 ans, blouson de cuir, pantalon clair et cheveux noirs lissés nous attend là, sous l’auvent d’une modeste épicerie. Les environs sont animés : les passants se saluent ou s’interpellent et plusieurs véhicules sont stationnés, voitures individuelles, taxis et minibus en attente de clients pour Bethléem. Les présentations sont rapidement faite Laurent, Luisa, Anaïs, Corinne. Ismaïl a la bonne allure du gendre idéal, belle prestance et sourire chaleureux. Il entre dans la boutique et nous offre des cafés en guise de bienvenue. De l’autre côté de la route sur laquelle voitures et camions passent à vive allure dans des vrombissements de moteurs et des éclaboussements d’eaux, se dresse un mirador gris surmonté de caméras et entouré de rouleaux de barbelés. Trois soldats casqués, dont une jeune femme blonde montent la garde derrière des plots de béton au pied de la tour, et leurs fusils d’assaut pointent l’entrée du camp. Je suis dans la ligne de mire, et j’empoigne mon appareil pour saisir l’instant, mais l’un des soldats me fait signe que non. « Nous sommes en Palestine, tu peux photographier qui tu veux, ils sont chez nous » me lance Ismaïl avec un grand éclat de rire.

 

Dans la ligne de mire, à l’entrée du camp d’Al Arrub
Dans la ligne de mire, à l’entrée du camp d’Al Arrub

 

   À quelques centaines de mètres au nord en suivant la route du côté opposé du camp, se dresse Beit Al Baraka, «la maison de la bénédiction », une ancienne mission presbytérienne américaine transformée en 1995 en auberge de jeunesse pour pèlerins, dont la propriété est aujourd’hui contestée, et revendiquée par les israéliens d’une colonie voisine. L’endroit est stratégique, car s’ils occupaient Beit Al Baraka, la route serait vraisemblablement fermée par l’armée pour protéger ces derniers, or c’est la voie principale qui relie Hébron à Bethléem. Les colons organisent fréquemment des marches sur cette route pour manifester leur détermination, lançant au passage des pierres sur l’entrée du camp. Les gamins répondent. Les soldats du mirador ouvrent alors le feu pour protéger les colons et la situation dans les parages est en permanence tendue.


   Le camp de réfugiés, 1km x 1km, c’est la norme habituelle pour les camps de Palestine a été créé en 1948/1949, après la déclaration d’indépendance et la victoire israélienne, pour accueillir des Palestiniens expulsés de la partie israélienne ou fuyant les combats, les massacres ou leurs villages saccagés, « la Nakba » disent les Palestiniens, « la catastrophe », symbole de la perte de leur intégrité et de leur exil. Tous les camps de réfugiés, qu’ils soient en Cisjordanie (Palestine), dans la bande de Gaza, au Liban, en Jordanie ou en Syrie ont été installés à la même époque dans le cadre l’UNRWA, un programme spécial des Nations Unies destiné à leur venir en aide. Les réfugiés Palestiniens ont un statut particulier, différent du régime international garanti par le Haut Comité aux Réfugiés (HCR). Si ce statut leur assure une meilleure visibilité politique et symbolique, il est en revanche défini de façon discrétionnaire par les États d’accueil en fonction de leurs propres intérêts nationaux. Toutefois cette différence de traitement a été soutenue dès l’origine par les États arabes mais aussi par les Palestiniens eux-mêmes qui voient dans la reconnaissance de cette spécificité l’assurance du maintien de leur droit au retour sur leurs terres, ce qu’évidemment les autorités israéliennes contestent.
                                    
 

Dans le camp d’Al Arrub

Dans le camp d’Al’Arrub


   L’enseignement primaire et le service de santé sont assurés par les Nations Unies, et certaines prestations sont fournies (eau, électricité, enlèvement des ordures…), procurant ainsi quelques avantages aux réfugiés qui font grincer les dents les Palestiniens qui ne bénéficient pas du statut… Celui-ci est transmissible aux descendants, mais peut se perdre si l’on cesse de résider dans le camp au-delà d’une certaine durée. On compte aujourd’hui, selon l’UNWRA, 59 camps officiels au Moyen-Orient et plus de 4 millions de réfugiés.
   Ceux d’Al’Arubb proviennent à l’origine de 37 villages du sud de la Palestine rasés par les Israéliens, le grand père d’Ismaïl était l’un d’entre eux, et Ismaïl nous montre sa première maison, une petite construction basse en ciment, avec toit plat et une seule ouverture, à flanc de colline. Une maison plus grande accueille aujourd’hui la famille, accolée à l’ancienne habitation du grand-père.


   Ne serait son statut, le camp d’Al’Arrub où nous pénétrons ressemble à une ville ordinaire, avec ses écoles, ses boutiques, son centre médical, son embrouillamini de maisons à demi-terminées, ou au contraire surélevées d’un ou deux étages : les extensions se font en hauteur, car les limites du camp sont fixées… pour 99 ans, tel est le bail pour lequel le terrain a été loué par les Nations Unies. Personne ne sait ce qui passera en 2047, si à cette échéance la question palestinienne n’a pas été réglée. C’est demain, Ismaïl sera dans la force de l’âge. Aujourd’hui, le camp compte 12 000 habitants.


  « Vous êtes les bienvenus nous avait-il déclaré lorsque nous avons franchi la porte d’accès, votre présence est un acte de résistance ».


  Des enfants jouent dans la rue, poussant un ballon, comme tous les enfants du monde, les petites filles nous font des signes de la main du haut des balcons (ici les fenêtres ne sont pas grillagées, car les colons ne peuvent y lancer des pierres). Les enfants sont partout. Ismaïl est lui-même d’une famille de huit, c’est la norme basse ici ; « mon père, nous dit-il, m’expliquait que c’était notre armée ». Les juifs religieux sont dans la même démarche, on ne manque de le remarquer dans la partie juive de la vieille ville de Jérusalem, ou dans Mea She’Arim. Qui va gagner la guerre des berceaux ? Une question qui préoccupe certainement le gouvernement israélien.


« Je suis sûr que nous pouvons vivre en paix avec les Israéliens, poursuit Ismaïl, beaucoup d’entre-eux sont de la même origine que nous ; nos parents, nos ancêtres avaient l’habitude de vivre ici côte à côte, beaucoup étaient amis. Le problème, ce sont les colons qui viennent de l’étranger, avec d’autres coutumes, d’autres habitudes. Ils ne se sentaient pas bien dans leurs pays d’origine, ils ne sentent pas bien ici. En fait ils se haïssent eux-mêmes. Beaucoup sont à moitié dérangés). On leur dit : venez ici, ce n’est pas cher, vous êtes chez vous. Et en plus on leur donne le permis de tuer, de nous tuer, en étant protégé par l’armée. Ils doivent retourner d’où ils viennent ».


   Nous passons devant le centre médical. « C’est là que tu vas-travailler ? » demandais-je à Ismaïl qui termine ses études d’infirmier à Bethléem. « Oui, certainement au début, mais après j’ai d’autres projets… Mon rêve c’est de faire évoluer les choses, ce sera long… Il faut changer les esprits… quand je dis changer les esprits, c’est ne pas haïr, ne pas tuer… La première chose, c’est de ne pas tuer…  Nous non plus on ne doit pas tuer, cela mène à rien, cela donne des prétextes aux colons et aux Israéliens. Comment pourtant ne pas comprendre la haine quand on a pour seul horizon les barbelés et les check-points, quand on ne peut pas même aller voir nos familles à Jérusalem, notre ville à nous aussi, à 30 km d’ici. Mais ne pas haïr, ne pas tuer. Il faut changer les esprits ».


   Les murs des maisons, des ateliers et des boutiques sont couverts de graffitis : Al’Arrub est réputé pour ses artistes de rue qui dessinent,  portraits des « martyrs » tués par les soldats israéliens après  jets de pierres, attaques réelles ou supposées au couteau,  symboles de la « Nakba » (un petit bonhomme vu de dos, mains croisés sur les reins), jeunes enfants ou adolescents, foulards sur le visage lançant des bouquets de fleurs sur le « mur », et ce touchant dessin d’une enfant palestinienne vêtue de rose, fouillant(« body search ») un soldat israélien courbé face au mur, bras levés en croix comme les soldats le font ici, mais eux écartent à coups de bottes les pieds de leurs victimes, et leurs retournent un bras après l’autre, sans ménagement.

 

 

La Nakba


   Nous arrivons à la maison d’Ismaïl, construite sur plusieurs niveaux. Béton brut. Sa mère, sans voile, est occupée à des tâches ménagères, une de ses sœurs vient nous saluer. Thé à la menthe, assis par terre sur des coussins, autour de la pièce, selon la tradition d’ici. Ismaïl nous raconte son arrestation, le 17 mars 2013 :
   « Il était juste après minuit, mon père s’était levé pour se faire du café, moi j’étais dans ma chambre, déjà couché, je surfais sur internet. J’ai entendu du bruit, et j’ai vu de la lumière sous la porte. Je suis descendu avec mon casque sur la tête. Mon père était là avec trois soldats, je savais qu’ils allaient m’arrêter. Avec un de mes amis, nous avions peint des inscriptions sur les murs d’une maison du camp, à proximité de la sortie. J’avais vu les caméras du mirador nous filmer, je les avais vues s’orienter. J’ai gardé le sourire. Mon père m’a dit : « enlève tes écouteurs ». Le capitaine m’a dit : « donne-moi ta carte d’identité et ton téléphone », j’ai continué à sourire. Il m’a dit : « je suis capitaine, tu dois répondre, tu es recherché ». Je lui ai dit : « mon petit frère dort, ne le réveille pas ». Quinze soldats sont entrés. J’ai dit au capitaine : « j’ai le droit d’emporter mes affaires et d’embrasser mes parents ». Un autre de mes frères est entré. Un soldat l’a poussé du pied ; je l’ai attrapé par le cou et je l’ai poussé par terre. Mon frère a fait la même chose. Il y avait deux soldats sur le sol, les autres ont armé leurs fusils d’assaut et les ont pointés sur nous. Le capitaine m’a dit : « j’ai le droit de te tirer dessus ». Je lui ai répondu : « fais-le ». Il a dit aux autres : « dans deux minutes on l’emmène ». Mon père m’a descendu des vêtements. J’ai dit au capitaine : « laisse-moi embrasser mes parents, sinon je porterai plainte ». Ils ont allumé un fumigène devant la porte pour que mes parents ne me voient pas partir ; la dernière chose que j’ai aperçu en me retournant, ce sont les larmes de ma mère.  Sur le chemin de la sortie du camp, ils m’ont poussé avec leurs fusils. Je continuais à sourire. L’un des soldats m’a dit : « tu joues les héros »; je lui ai répondu : « détache – moi les mains, tu verras si je suis un héros, tu t’en souviendras ». Ils m’ont amené en voiture vers la prison pour l’interrogatoire. Là-bas, un autre capitaine m’a dit « bienvenue au centre d’interrogatoire », je lui ai répondu « merci ». Les trois jours suivants, je n’ai rien répondu. Ils étaient en colère de me voir sourire. L’un m’a dit « je vais t’enlever ton putain de sourire », je lui ai répondu « le seul qui peut me l’enlever, c’est celui qui me l’a donné, c’est Dieu… ».


   Ismaïl continue de nous raconter son interrogatoire, puis sa condamnation à cinq mois de prison, puis sa détention dans une prison du désert. Il faisait la vaisselle des gardiens en échange de cigarettes. Il n’en garde pas un mauvais souvenir.


« Après les cinq mois un capitaine est venu avec trois soldats et il m’a dit « tu es libre, ne vas pas faire le jihad ! ».


   Nous le questionnons : « Et l’intifada de Jérusalem ? » « Je ne suis pas pour cela, nous devons nous défendre autrement. Cela donne des prétextes aux Israéliens. Ne pas haïr, ne pas tuer ».

 

La jeune fille et le soldat
La jeune fille et le soldat


   Nous avons déjà avalé trois thés à la menthe. Ismaïl doit regagner son école de Bethléem. Il plie soigneusement sa blouse blanche que sa mère vient de repasser, et la fourre dans son sac. Nous saluons sa mère. Nous retraversons le camp avec lui, heureusement la pluie a cessé. Des chats roux fouillent dans les bennes à ordure, et les gamins poussent un ballon. Tout le monde se salue au passage. Derniers regards aux graffitis.


   Même agitation à la sortie du camp que lors de notre arrivée. On prend date pour venir visiter deux familles dont les enfants sont en prison. Ismaïl s’engouffre dans un « service » pour Bethléem. Nous traversons prudemment la route, car les voitures et les camionnettes filent à toute allure. Juste en face du mirador. Les soldats israéliens nous suivent du bout de leurs armes. La blonde n’est plus là, c’est maintenant un falasha, visage anguleux des Ethiopiens, qui nous pointe. Nous hélons un « service » qui nous dépose quinze minutes plus tard à Hébron.


   A l’heure où j’écris (vendredi 18 mars à 20h30) j’apprends par un message d’alerte – nous les recevons régulièrement par téléphone –  qu’un nouvel « incident » vient de se produire au carrefour de Gosh Etzion à un km au nord du camp d’Al Arrub. Un palestinien tué par un soldat.


                                                      Laurent Mérer, à Hébron, le 18 mars 1016

          

L’équipe EAPPI au camp de réfugiés d’Al’Arrub avec Ismaïl

L’équipe EAPPI au camp de réfugiés d’Al’Arrub avec Ismaïl

 




Pâques : visite du Défap en Centrafrique

Le secrétaire général et le président du Défap se rendent en Centrafrique fin mars 2016 à l’occasion de la consécration d’un pasteur, lors du week-end de Pâques.

Le président du Défap, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, était présent en Centrafrique lors du résultat de l’élection présidentielle et la victoire de Faustin-Archange Touadéra, début mars. Ce fut l’occasion pour lui de préparer sa prochaine visite.

 

Logo Centrafrique, DR

 

C’est en compagnie du secrétaire général du Défap, le pasteur Bertrand Vergniol, qu’aura lieu ce prochain séjour programmé du 25 mars au 1er avril 2016. Ils seront donc présents lors de la prise de fonction du président Touadéra, le 31 mars.

 

Cette visite se fait à l’occasion de la consécration de la pasteur Jacqueline Habitat de l’Eglise Protestante Christ-Roi de Centrafrique (EPCR), le dimanche de Pâques (27 mars). Le pasteur Vergniol portera la prédication lors de ce culte.

 

En-dehors de la préparation de cette visite, le président du Défap a mené une journée de formation du conseil presbytéral de l’EPCR, renouvelé il y a peu, début mars. Il a notamment abordé avec eux les questions relatives aux liens entre conseil et pasteurs mais aussi sur la manière d’établir un projet de vie pour l’Eglise. C’est un travail qui va se poursuivre dans les mois qui viennent, avec les visites des pasteurs Bernard Croissant et Henri Fischer, familiers de la RCA et de l’EPCR.

 

Lors de la visite avec le secrétaire général, différentes rencontres avec les partenaires du Défap sont prévues. L’objectif : faire le point sur l’avancée du programme 2015-2018, « solidarité avec la RCA ».

 




Pâques à Bruxelles, Ben Gardane, Bamako et Grand Bassam

Nous mettons notre logo en berne jusqu’au lundi de Pâques, en solidarité avec les victimes des attentats de Bruxelles en Belgique, de Bamako au Mali, de Ben Gardane en Tunisie et de Grand Bassam en Côte d’Ivoire.

Logo en berne

 

Notre logo en berne, signe de tristesse et de solidarité avec les victimes des attentats terroristes.

Notre logo, constitué d’une croix, signe de Jésus le Christ, compagnon et Dieu, Celui qui nous accompagne et nous appelle.

Notre logo qui embrasse le monde, signe de l’amour qui porte la création et que nous partageons.

En ce temps pascal, vendredi saint jour de la tristesse et de la mort, samedi jour de l’absence et du vide, dimanche jour de la victoire de Dieu sur la mort nous partageons ces signes avec tous les visiteurs.

 

Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap




Petit matin au check point de Qalandya

Comment on entre à Jérusalem quand on est un travailleur palestinien.

Corinne, Accompagnatrice Oecuménique en Israël/Palestine pour le programme EAPPI, raconte une de ses expériences.

 

4h30 du matin. 

À cette heure les bus n’ont pas commencé leur service. Un taxi nous dépose, Anna et moi, à un immense rond-point encore désert que des lampadaires antiques éclairent d’une lueur blafarde. Anna est l’une de mes compagnes de Jérusalem, finlandaise filiforme et toujours souriante. Au centre de l’esplanade se dresse une tour en béton, genre mirador blindé, hérissée de haut-parleurs et de caméras. Sur le quart du pourtour, le fameux mur : une succession de panneaux de béton de huit mètres de hauteur solidement réunis les uns aux autres. Nous sommes à Qalandya, le plus important check-point de Cisjordanie.

Mais nous sommes pour le moment du « bon côté », c’est-à-dire du côté de Jérusalem, des lieux saints, des grands hôpitaux, et surtout du travail.

 

Le checkpoint

Checkpoint de Qalandya, DR

 

C’est le côté que souhaitent rejoindre ce matin, comme tous les matins de la semaine, des centaines de travailleurs Palestiniens, chrétiens et musulmans, qui vivent dans les Territoires Occupés.

Je passe de l’autre côté. Cette opération, qui permet de rejoindre la Cisjordanie, dénommée aussi Palestine, Territoires Occupés ou Westbank selon les interlocuteurs, ne présente aucune difficulté : il suffit de franchir deux tourniquets métalliques.

J’arrive ainsi à l’intérieur du vaste centre de contrôle pour piétons qu’est Qalandya, côté Palestine : un immense hangar de tôles tordues ou cassées, au sol défoncé, équipé de rares bancs métalliques autrefois rouges. Un mince filet d’eau qui coule sur une antique vasque de pierre permet de se rafraîchir ou de faire ses ablutions avant la prière. Dans un coin, des toilettes délabrées. Les relents d’urine et de tabac froid me prennent à la gorge.

 

Une centaine de Palestiniens, des hommes pour la plupart, attendent déjà. L’air hagard, mal réveillés, les mains enfoncées dans les poches de leur hoody ou de leur blouson, bonnet, casquette ou capuche enfoncé sur la tête, je les vois frissonner dans le vent glacial qui s’engouffre entre les tôles disjointes.

Ils piétinent, en file indienne devant l’un des étroits couloirs – tout juste la largeur d’un homme – constitués de hautes barrières métalliques et surmontés d’un épais grillage, débouchant sur des tourniquets qui permettent l’accès à l’espace du contrôle proprement dit. Me vient à l’esprit l’image des bestiaux qui défilent vers les abattoirs. Au plafond, au milieu d’un entrelacs de barbelés, des oiseaux virevoltent ; à Qalandya ce sont les hommes qui vivent en cage… 

 

Dans une large guérite vitrée certainement bien chauffée, une jeune soldate israélienne manipule sans se presser l’ouverture des tourniquets ; j’aperçois son thermos de café, mais aussi la console de jeux vidéo qui semble davantage l’intéresser que la manœuvre d’ouverture. Pendant qu’elle joue, les hommes attendent, battant la semelle, recroquevillés dans leurs nippes.

 

5h30.

La foule déborde maintenant largement à l’extérieur du hangar. L’aube pointe et une fine pluie s’invite à la cérémonie. Quatre jeunes gens tentent de grappiller quelques mètres de queue pour se mettre à l’abri, mais leurs compagnons d’infortune défendent leurs places, et nos resquilleurs filent sous les invectives, retrouvant la pluie et le froid.

La soldate, une jeune femme à peine sortie de l’adolescence, a les yeux rivés sur son écran et en oublie d’actionner les tourniquets. Je tente d’attirer son attention, mais les vitres sont épaisses. Quand je parviens enfin à capter son regard, elle détourne rapidement les yeux et retourne à son écran ; le jeu, ou le film, sont certainement plus excitant que le poussoir du tourniquet.

La foule se met à gronder et à taper sur les grilles; les hommes se pressent, se bousculent et la clameur enfle ; je les sens exaspérés. Il ne faut pas longtemps avant qu’une dizaine de soldats lourdement armés n’apparaissent, fusils d’assaut approvisionnés. En quelques secondes le calme revient, les queues se reforment en bon ordre, mais les visages sont tristes et résignés ; on allume des cigarettes.

  
Soudain, des éclats de rire. Ce n’est pas fréquent dans ce lieu de misère. Dans l’un des couloirs-cages j’aperçois trois jeunes hommes, l’âge des soldats du camp d’en face, s’esclaffer, probablement de la bonne histoire de l’un d’entre eux. En un instant la vie reprend ses droits, elle continue…

 

Check point Qalandya, source : Wikimedia Commons

Check point de Qalandya (source : Wikimedia commons)

 

5h30, c’est aussi l’heure de la prière pour les musulmans pratiquants. Plusieurs se mettent à l’écart et déploient entre les bancs, sur le sol jonché de gobelets de cartons et de mégots, un improbable sac de plastique ou leur veste pour y poser le front. Ils sont en rang, tournés vers la sortie des tourniquets qui, hasard ou ironie des constructions, est en direction de la Mecque. La queue n’avance guère pendant leur prière, ils reprennent place dans les couloirs-cages.

À nouveau une clameur. Les tourniquets ouvrent pourtant maintenant assez régulièrement. Je regarde les couloirs ; dans le dernier un homme corpulent tente de remonter en sens inverse car il a été refoulé au contrôle. Les autres s’écrasent contre les barrières pour lui permettre le retour. Il progresse à grand peine. Cette longue attente pour rien !

Les rires ont cessé. Mon jeune conteur d’histoire vient de franchir le tourniquet. Je le suis des yeux et le vois disparaître dans la deuxième partie du check- point où il fera à nouveau la queue pour le moment décisif, celui de l’inspection de son maigre baluchon et de ses papiers, à l’issue de quoi il pourra prendre un bus pour Jérusalem, s’il dispose du sésame, un permis de travail, un certificat de scolarité ou une « invitation » à un rendez-vous médical.

 

7h30.

Je rejoins Anna « du bon côté », il m’aura fallu une bonne heure pour passer. À son poste, elle a compté 2300 hommes. Ils s’engouffrent dans les bus blancs et bleus garés sur l’esplanade. Leur journée de travail va pouvoir commencer. Demain est un autre jour, mais ils seront là encore pour tenter le passage. Un nouveau matin à Qalandya…

 




AG du Défap : bien au-delà des comptes !

L’assemblée générale du Défap a eu lieu le 12 mars 2016 dans sa maison mère, au 102 boulevard Arago. Cette journée a permis de faire le point sur les choix effectués durant l’année passée et de dessiner les perspectives à venir pour la période 2015-2018.

La méthode a quelque peu changé depuis la naissance de la Société des missions évangéliques de Paris (SMEP), au XIXème siècle, mais l’enthousiasme est resté le même. Et c’est sous un ciel printanier que nous avons commencé cette belle journée, guidés pour le culte par le pasteur Jean-Luc Hauss.

Chacun s’est saisi de son petit papier vert pour effectuer le premier vote. Ordre du jour : adopté. Compte-rendu de l’assemblé générale 2015 : adopté. Les questions étaient nombreuses, qu’il s’agisse de l’organisation des délégués, de l’évolution des outils de communication, des résultats des comptes ou encore de la mise aux normes des locaux.

 

Vote au moment de l'AG, DR

Vote au moment de l’AG, DR

 

Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap, nous a présenté son rapport. Il a rappelé en introduction cette belle et triste histoire portée par l’image symbolique du certificat de liberté. « Une histoire emblématique de ce qu’est la mission, hier et aujourd’hui. Une histoire d’hommes et de femmes, d’horizons lointains et de salles paroissiales. » Derrière le secrétaire général, c’est le pasteur qui nous invite à repenser notre action : « Qui sommes-nous ? Qu’est-ce que la mission ? Quel est l’horizon de nos actions ? ».

Son souhait ? « Engager le Défap vers une nouvelle croissance du nombre des envoyés et particulièrement dans le cadre des Églises fondatrices », maintenir les contributions et la capacité d’action du Défap, retrouver des moyens conformes à son activité et à son avenir ». Dire la mission, communier avec les Eglises sœurs, assurer la formation théologique et missiologique, participer à la solidarité et proposer, encore et toujours l’hospitalité, voici les engagements du Défap. Et pour l’aider dans cette tâche ambitieuse, un réseau international unique, composé d’hommes et femmes sur le terrain.

 

Discours de Bertrand Vergniol, DR

Discours de Bertrand Vergniol, DR

 

Laura Casorio, en charge des envoyés, a ensuite pris la parole, évoquant l’évolution de leur statut. Si l’on ne prend en compte que les envois longs, dix mois et plus, ils sont une centaine sur le terrain (c’est-à-dire les personnes sous contrat et leurs ayants-droit). Plusieurs types de contrats sont proposés, selon les besoins. Alors que les plus jeunes sont recrutés pour leur savoir-être, dans une volonté d’échange entre Eglises, les actifs déjà formés sont chargés d’une mission sur place répondant à un besoin précis.

Laura en a profité pour rappeler également le coût moyen d’un VSI, soit entre 12 000 et 15 000 euros, financés en partie par l’Etat et en partie par les partenaires. Trois postes sont à ce jour entièrement financés par le Défap.

Son analyse nous a amené à constater une évolution majeure dans la gestion des envoyés. Sur les vingt dernières années, on note une baisse significative de la durée des missions. Alors qu’autrefois on s’engageait sur des périodes de trois à cinq ans, on part désormais pour une ou deux années. Preuve que la démarche s’inscrit désormais dans un parcours de vie mieux défini.

 

Ce fut ensuite au tour de Claire-Lise Lombard, bibliothécaire du Défap, de prendre la parole. Sa présentation était axée – centenaire oblige – sur la période 1914-1918. Un temps trop court pour aborder plus aisément cette histoire commune qu’a partagée la SMEP avec les jeunes gens de cette époque tragique. L’absurdité et l’espérance ont navigué côté à côte durant quatre longues années. L’assistance a été invitée à découvrir le Je serai fusillé, de Jean-Philippe Guiton.

 

Après une courte pause, ce fut au tour du président de DM-échange et mission, Etienne Roulet, de prendre le micro. Une brève présentation pour rappeler le statut de cette association suisse et son histoire, commune et en partie héritière de celle de la SMEP, ses chantiers en cours et son approche budgétaire.

 

Déjeuner, DR

Déjeuner, DR

 

Le pasteur Jean-Luc Blanc, en charge du service Relations et Solidarités Internationales, a présenté le rôle majeur du Défap auprès des boursiers. Actuellement au nombre de huit, sous divers contrats, ces étudiants s’impliquent dans une recherche indispensable à leur mission future. Les questions liées au dialogue interreligieux concentrent une grande partie de leurs intérêts. Il faut également noter la force extraordinaire du réseau constitué par les anciens boursiers, dont certains sont même déjà en retraite. Ils ont tous eu, dans leurs pays respectifs, des responsabilités : doyen de faculté de théologie, dirigeants au sein d’Églises… Le Défap a ouvert des horizons, propices à l’acculturation, et les boursiers d’hier ont su saisir cette chance. Certains publié des articles ou des livres, en Afrique comme en Europe, d’autres ont créé des amicales, etc.
Depuis 2004, le Défap finance directement des boursiers et cherche activement du financement pour poursuivre ce projet indispensable.

 

Déjeuner, DR

Déjeuner, DR

 

Florence Taubmann, pasteur en charge du service Animations, a évoqué le prochain forum du Défap qui se déroulera à Sète du 28 au 30 octobre 2016. Membres de la Cevaa et équipes régionales y sont conviés. Ce sera l’occasion d’encourager la mission et de promouvoir le volet formation. Deux temps forts sont au programme : le premier, « Foi dans la mission, quels sont nos parcours ? » nous permettra de réfléchir à notre élan missionnaire, d’un point de vue personnel et via la collectivité. Le second, « Urgence missionnaire », sera placé sous le signe d’une lecture interculturelle et intertextuelle de la Bible. Conférences et ateliers viendront rythmer cette rencontre.

 

Le message du président, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, a rappelé à tout le monde l’importance de la mission dans la vie de chacun, comme dans la vie d’une paroisse. « La mission est écoute et partage ; elle est découverte, attention et ouverture ; elle est appel à sortir de nous-même pour nous ouvrir aux autres ; elle est tout le contraire de l’indifférence », a-t-il conclu.

 




En route vers le Grand Kiff !

Saint Malo accueillera l’édition 2016 du Grand Kiff. Environ 1500 jeunes sont attendus durant la deuxième quinzaine de juillet.

Le Grand Kiff est le plus grand rassemblement de la jeunesse de l’Eglise Protestante Unie de France. Il se déroulera du 17 au 31 juillet 2016.

 

Affiche du Grand Kiff, DR

 

Entre le 17 et le 24 juillet, l’Alter-Kiff accueillera une quinzaine de camps-service pour les 18-30 ans. Ils s’y formeront au service pour accueillir, accompagner, encadrer, animer les plus jeunes qui n’arriveront que le 24.

 

Cette année, le thème du rassemblement est : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? ». Cette question de Jésus va se décliner à travers des ateliers, des spectacles, des moments spirituels, et des animations de toute sorte. Elle retentira dans des langues différentes, car des jeunes du monde entier sont invités à y participer.
Le Défap accueillera une vingtaine de jeunes provenant d’Eglises membres de la Cevaa, ainsi que cinquante autres venus de la Réunion, Mayotte et l’Île Maurice, accompagnés par leur pasteur.

 

Ce Grand Kiff est aussi une excellente occasion de témoigner du travail du Défap et d’inviter une nouvelle génération à s’engager dans un service civique ou un Volontariat de Solidarité Internationale (VSI).

 




La mission intégrale & les Eglises

C’est autour de « la mission intégrale » que l’ASAH (Association au service de l’action humanitaire) et la FMEF (Fédération des Missions Evangéliques Francophones) ont organisé un Forum à Lyon les 12 et 13 février derniers.

Qu’est-ce que la mission intégrale ?

 

Le sous-titre du Forum nous en donne une idée : être, dire et faire. Mais encore ?

 

Une conférence du Forum ASAH, DR

Une conférence du Forum ASAH, DR

 

Il s’agit de rompre avec l’idée classique de la mission, reposant sur un « ici » terre d’évangélisation et un « là-bas » terre de mission. Dans un monde globalisé, avec de nombreux pays occidentaux sécularisés voire déchristianisés, la mission est devenue multidirectionnelle, de partout vers partout. Et les œuvres humanitaires, qui traditionnellement occupaient la seconde place dans le projet missionnaire, ont connu un essor qui les place en première position, d’autant qu’elles dépassent le cadre du christianisme.

 

Alors les Eglises dans tout cela ?

 

Dans sa conférence, le pasteur Evert van de Poll, professeur de missiologie, nous a invités à reprendre une théologie biblique de la mission. S’appuyant sur Jean 20, 21 « Comme le Père, m’a envoyé je vous envoie dans le monde », il a réaffirmé que l’Eglise est la mission de Dieu. Aussi la mission de l’Eglise s’inscrit dans la mission du christianisme et dans le plan de salut de Dieu pour l’humanité et la création : il s’agit de vivre personnellement en disciples du Christ, de former des communautés fondées sur l’amour fraternel, de se mettre au service de la justice et de la compassion au sein des sociétés humaines, d’enseigner l’Evangile et d’influencer la société avec des valeurs bibliques, notamment en ce qui concerne la responsabilité humaine vis-à-vis de la création. 

 

Moments de travail en atelier et Assemblée Générale d’ASAH, DR Moments de travail en atelier et Assemblée Générale d’ASAH, DR

Moments de travail en atelier et Assemblée Générale d’ASAH, DR

 

Loin de remettre en question le travail missionnaire accompli dans le passé, la mission intégrale intègre, relie, et relit, ce qu’on a eu souvent tendance à séparer ou opposer : évangile et justice sociale, missionnaire et humanitaire. 

 

Cette réflexion, poursuivie à travers de nombreux ateliers et d’autres conférences, était proposés à 120 participants venant de différentes sensibilités et dénominations chrétiennes. Elle fait pleinement écho aux questions que nous nous posons, dans le cadre du Défap et de la Cevaa.

 




« Une journée ordinaire à Hébron »

Laurent Mérer, Accompagnateur œcuménique en Israël/Palestine, témoigne.

« 27 février, matin

Le printemps est arrivé sur Hébron, ciel bleu entièrement dégagé, température encore fraîche le matin. Ab el Karim Jabary, la cinquantaine souriante, pantalon gris, pull-over marron et bonnet noir enfoncé sur la tête, un long morceau de tuyau noir dans la main en guise de bâton, fait paître ses chèvres et quelque brebis à proximité de sa maison, sur d’anciennes terrasses à demi-éboulées où survivent quelques oliviers. C’est un petit homme trapu, chaleureux, moustache poivre et sel, et barbe de quelques jours. La terre alentour qui descend vers la petite vallée Wadi al Hussain jusqu’à mi-pente appartient à sa famille depuis des générations.

 

Hébron, DR

Hébron, DR

 

Deux soldats lourdement armés, tenant leur fusil d’assaut M4 pointé vers le sol, grimpent à travers la rocaille et le rejoignent. Les deux ont la peau foncée et le visage étroit des falashas, ces juifs éthiopiens émigrés massivement dans les années 1990, après qu’ils ont été reconnus juifs par les autorités rabbiniques d’Israël. L’épopée de ces malheureux persécutés par le régime du dictateur Menghistu, misérable cohorte fuyant à pied à travers les hauts plateaux en direction du Soudan, et transférés en Israël par un pont aérien avait ému le monde entier. Leurs enfants occupent aujourd’hui la Palestine…

Les deux jeunes soldats intiment vertement à Jabary l’ordre de déguerpir avec son modeste troupeau. Les fusils restent pointés sur le sol, mais leurs gestes sont sans équivoque. Jabary ne montre aucun signe de colère, son visage reste même plutôt souriant, mais il argumente car il est dans son bon droit : à grands moulinets de bras, il pointe sa maison et la terre alentour, mais il sait depuis longtemps qu’il n’aura pas le dernier mot. En contrebas, d’autres soldats, stationnés autour d’un petit poste militaire surveille les opérations. Ils sont d’origine russe, américaine, britannique, française… on le devine lorsqu’on les croise sur la route et qu’on échange un mot ou un salut, Shabat Shalom aujourd’hui, car c’est Shabat.

 

L’histoire de la petite vallée de Wadi al Hussain est éloquente de la situation à Hébron.

La colonie de Kiryat Arba, environ 8 000 habitants aujourd’hui, est installée depuis la fin de la guerre des six-jours sur les hauteurs dominant la vieille ville, quelques centaines de mètres à peine dans le nord-ouest. En face, sur la hauteur également, mais de l’autre côté de la vallée, s’étend la colonie de Givat Ha’avot, 1 000 habitants environ.

 

Kyriat Arba, DR

Kyriat Arba, DR

 

Pour se représenter une colonie, il faut imaginer une sorte de résidence privée de maisons individuelles et de petits immeubles avec routes intérieures et installations collectives, clôturée de hautes grilles de sécurité et d’impressionnants rouleaux de barbelés, surveillée par des caméras, surplombée de miradors, et protégée jour et nuit par des gardes de sécurité et l’armée israélienne. On y accède par une lourde barrière métallique coulissante de couleur jaune au-dessus de laquelle flottent plusieurs drapeaux israéliens.

Les terres de la vallée de Wadi al Hussain entre les deux colonies appartiennent à notre ami Ab el Karim Jabary, mais les colons ont depuis plusieurs années tracé un chemin qui coupe la vallée pour joindre les deux colonies, et dans sa partie basse ils ont installé une « tente synagogue », structure métallique légère couverte d’une toile blanche, où ils descendent régulièrement prier, marquant ainsi leur intention de réunir au plus vite les deux colonies.

 

Début 2015, la famille Jabary a obtenu de la cour israélienne un jugement favorable déclarant la tente illégale, et l’armée a procédé à sa destruction. Les colons ont réagi violemment, tentant plusieurs fois de la reconstruire. Ils ont fini par y parvenir il y a quelques mois, sans réaction militaire cette fois.

La famille Jaraby attend une nouvelle décision de la cour, alors que cet épisode a entrainé un regain de tension dans les parages, avec plusieurs tirs de soldats israéliens, en réponse à des attaques « supposées » de jeunes palestiniens.

 

Aujourd’hui l’armée israélienne protège les colons qui descendent plus nombreux de Kyriat Arba et de Givat Ha’Vot pour occuper leur nouveau territoire et Ab el Karim Jabary a du mal à nourrir ses bêtes ; ce matin, il était dans la partie haute de son terrain lorsque les colons l’ont invectivé en lui criant de déguerpir ; ils ont ensuite demandé aux soldats stationnés quelques dizaines de mètres sous la tente d’intervenir pour le chasser.

 

C’est à ce moment que nous arrivons par la route qui suit le versant ouest de la vallée montant depuis le Tombeau des Patriarches, car nous surveillons régulièrement ces parages. Nous ne sommes pas mandatés pour intervenir, mais il nous revient de prévenir les autorités et/ou les organismes en charge de traiter ces évènements. Lorsque les observateurs internationaux se présentent avec leur gros 4 x 4 blanc, nous les rejoignons auprès d’Ab el Karim Jabary pour expliquer ce que nous avons vu. Son fils pose un plateau de café sur le capot du véhicule.

Nous reprenons notre patrouille vers la vielle ville, en direction du Tombeau des Patriarches dont la partie sud est synagogue et la partie nord la mosquée. Les colons portant kippa et manteau traditionnel remontent en groupe de la prière de Shabat. Plusieurs portent des fusils d’assaut à la main ou en bandoulière, d’autres de lourds revolvers à la ceinture. Des soldats sont postés tous les quarante mètres sur toute la route entre la synagogue aux colonies. Les petits palestiniens des maisons alentours qui jouent dans la rue se rangent pour les laisser passer, tandis que ceux de leurs parents qui s’aventurent à l’extérieur sont priés de stopper à distance, de soulever leur pull et de remonter leur bas de pantalon pour vérifier qu’ils n’ont pas de mauvaises intentions. Journée ordinaire à Hébron… »

 

Laurent Mérer

 




Bénin : le meilleur gagnera-t-il ?

Le premier tour de l’élection présidentielle a été reporté au 6 mars, de façon à ce que le matériel électoral, en retard, soit enfin à disposition des électeurs. En attendant, la campagne continue.

Les Béninois aiment la politique, ils l’ont souvent prouvé et le prouvent encore cette année, avec un bel enjeu pour l’élection présidentielle. Le président sortant, Thomas Boni Yayi, ne pouvant se représenter, la compétition était donc largement ouverte.

Par ailleurs, la plupart des « vieux routiers » de la politique béninoise étant forclos à cause de leur âge, place est faite à de nouveaux noms et, quoi qu’il advienne, au renouvellement de la classe politique.

 

Armureries du Bénin, Source : Wikimedia

Armureries du Bénin, Source : Wikimedia

 

Les candidats

 

En lice, l’actuel Premier ministre Lionel Zinsou, qui fait désormais office de favori toute catégorie. En effet, non seulement il a été adoubé par le président sortant et le parti au pouvoir, les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), mais également par le Parti du renouveau démocratique, dirigé par le président de l’Assemblée nationale Adrien Houngbedji, qui fait figure de principal parti d’opposition. Brillant économiste à la carrière irréprochable, il a contre lui le fait qu’il a passé une grande partie de sa vie en France, loin des réalités de la vie du Bénin. En revanche, son arrivée aux affaires a dû lui permettre de rattraper son retard…

 

Face à lui, Abdoulaye Bio Tchané, deuxième grand favori, ancien président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et actuel président du Fonds africain de garantie. Un économiste, comme Lionel Zinsou. Par ailleurs, trois autres candidats de poids semblent émerger de la quelque trentaine de compétiteurs : les hommes d’affaire Sébastien Ajavon et Patrice Talon et Pascal Irénée Koupaki, ancien Premier ministre de Boni Yayi.


Les attentes des électeurs

 

A priori, les milieux d’affaires semblent donc emporter la préférence des futurs électeurs béninois. Ce n’est pas la première fois. Thomas Boni Yayi lui-même en provient : il était président de la BOAD jusqu’en 2006, date de son premier mandat à la tête du pays. Les attentes de la population étaient d’ailleurs particulièrement fortes en matière de développement. Le grand Nigeria, sur sa lancée vers l’émergence, faisait rêver son petit voisin.

 

Bien qu’étant toujours un pays à faible revenu, le Revenu brut par habitant (RNB) s’est tout de même élevé de 610 à 890 dollars  en une dizaine d’années, un score supérieur à celui des pays de la même catégorie. Avec un taux de croissance entre 5 et 6 % par an depuis 2012 , il se trouve là encore au-dessus de la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne.

 

Il n’en reste pas moins que les défis économiques et sociaux qui s’offrent au futur nouveau chef de l’État sont immenses, à la mesure des attentes de Béninois de plus en plus impatients. Mais comme dit la sagesse béninoise : quelle que soit la longueur de la nuit, le jour viendra !

 

Le Défap est engagé au Bénin sur plusieurs projets, notamment par l’envoi de personnes et un stage de formation de pasteurs qui aura lieu au printemps 2016.