« Ce que je crains le plus pour mes fils… »

Elisabeth Mutschler est envoyée par les Eglises protestantes de France auprès du Conseil oecuménique des Eglises. Elle est accompagnatrice des populations palestiniennes dans la Vallée du Jourdain dans le cadre du programme oecuménique d’accompagnement en Palestine et Israël (EAPPI). Le 31 octobre 2016, Elisabeth Mutschler a rencontré quatre femmes du camp de réfugiés Aqbat Jaber, près de Jéricho. Elle adresse cette lettre au Défap.

(de gauche à droite) Rabab, Um Fares, Jamileh et Nihaya 

© Photo EAPPI / E. Mutschler

Um Fares est la présidente du UN Women’s Centre du camp de réfugiés Aqbat Jaber près de Jéricho, une association administrée par des femmes du camp et offrant des programmes à caractère social et éducatif visant principalement un public féminin. Depuis 2015, elles gèrent aussi quelques chambres d’hôtes pour randonneurs et autres, une étape sur le ‘Sentier d’Abraham’ *.

* Abrahampath.org

Le camp d’Aqbat Jaber fut créé en 1948 par l’UNWRA (agence de l’ONU en charge de l’aide aux réfugiés palestiniens) suite à la première guerre israélo-arabe. Avec ses 50.000 habitants originaires de plus de 300 villages du nord de Haïfa et des régions de Gaza et d’Hébron, il fut longtemps le plus grand camp de réfugiés de Palestine. La plupart de ses habitants fuirent en Jordanie lors de la guerre de Six Jours en 1967.
Aujourd’hui le camp compte environ 6000 habitants et ressemble un peu à une banlieue de Jéricho.

Le camp de réfugiés Aqbat Jaber dans la Vallée du Jourdain
© Photo EAPPI / E. Mutschler

Um Fares nous explique :

Bien sûr, la vie dans notre camp est très difficile sur le plan matériel et financier. Les coupures d’électricité sont fréquentes, nous manquons d’eau, surtout l’été * . Les deux écoles de l’UNWRA sont surchargées, l’accès aux soins est difficile. Le chômage est très élevé, surtout celui des jeunes, en raison des restrictions à la liberté de circulation et du système de permis de travail imposés par l’occupation israélienne.

Mais ça va, nous nous épaulons mutuellement.

C’est sur le plan psychologique que la situation est beaucoup plus difficile à supporter. Nous les femmes, nous vivons dans la crainte permanente de ce qui pourrait arriver à nos fils, nos maris, nos frères : sont-ils en danger ? vont-ils rentrer ? l’armée viendra-t-elle les arrêter en pleine nuit à la maison ? C’est cela que je crains le plus pour mes trois fils, car personne ne devrait avoir à supporter les souffrances et les humiliations qu’on leur fait subir dans les prisons israéliennes.

 

* Consommation par jour et par habitant : 70 litres. Le minimum recommandé par l’OMS est de 100 litres.

Rabab, Amouna, Nihaya, Ourouba, Intizar, Jamileh … : elles sont toutes touchées par ce problème ou l’ont été dans un passé récent.

Jamileh, par exemple, raconte l’arrestation de son fils de 14 ans en 2012 :
Des soldats en tenue de combat ont fait une irruption brutale dans la maison alors que tout le monde dormait, bousculant tout et tous sur leur passage. Ils ont tiré Ahmed du lit en hurlant des insultes et il n’a même pas pu s’habiller. Quand je leur ai demandé où ils l’emmenaient, ils n’ont pas daigné me répondre et m’ont poussée de côté. Il a été accusé d’avoir jeté des pierres et a été libéré au bout d’un mois.

Le frère de Nihaya a été arrêté pour la première fois à l’âge de 13 ans. Avant l’aube lui aussi. Il était petit pour son âge, maigrichon mais plein d’énergie et il s’est tellement débattu que les soldats ont eu beaucoup de mal à se saisir de lui. Alors ils l’ont frappé très fort pour le calmer… Nihaya et sa mère hurlaient pour qu’ils s’arrêtent. A la fin, il ne pouvait même plus marcher et ils ont été obligés de le traîner. Il avait été vu dans la rue, lors d’un affrontement entre des jeunes et des soldats et était suspecté d’avoir lancé des pierres. Pour Nihaya, ce fut le jour le plus horrible de sa vie.

Chacune d’elle aurait une histoire à raconter…

Intizar celle de l’arrestation de son fils de 16 ans et demi par un policier habillé comme un palestinien, avec le keffieh noir et blanc.

Ou encore Amouna dont le frère, majeur maintenant, est détenu à Beersheba en Israël et auquel elle ne peut rendre visite que difficilement, malgré l’aide de la Croix Rouge qui s’occupe des autorisations et de l’organisation des convois (escortés par l’armée). A noter que d’après l’article 76 de la 4e Convention de Genève, les ressortissants d’un territoire occupé devraient purger leur peine sur leur propre territoire…
 » Il faut serrer les dents, dit-elle, quand on passe les contrôles aux checkpoints sur le trajet, et pour les deux fouilles avant d’entrer dans le centre pénitentiaire ; une fois j’ai même dû subir une fouille au corps, alors que je n’étais qu’une simple visiteuse et qu’une double paroi en verre blindé vous sépare des détenus ».

Intizar et Amouna

© Photo EAPPI / E. Mutschler

Et Um Fares de conclure :
« Cette grande douleur ne nous quittera pas tant que nous aurons des enfants en prison, tant que nous devrons vivre sous l’occupation, tant qu’il y aura des réfugiés dans les camps de réfugiés… »

 

 

Jéricho, le 31 octobre 2016

Elisabeth Mutschler

 

NB : les avis exprimés dans cette lettre n’engagent que le programme oecuménique EAPPI France.

 

La détention des mineurs palestiniens

 

  •  Environ 500 à 700 mineurs palestiniens sont arrêtés chaque année.
  • Fin février 2016, 440 jeunes étaient détenus, dont 104 enfants entre 12 et 15 ans.
  • Le nombre des arrestations est en augmentation depuis 2015.
  • La plupart d’entre eux sont condamnés pour jets de pierres, la peine maximale pour ce délit pouvant aller jusqu’à 20 ans d’emprisonnement.
  • Ils sont jugés par des tribunaux militaires. Un tribunal militaire pour enfants de 12 à 15 ans a été créé en 2009.
  • Les parents ne peuvent pratiquement pas être présents lors des interrogatoires.
  • La première rencontre avec un avocat se fait souvent juste avant d’entrer au tribunal.
  • Le recours à de mauvais traitements semble systématique pour les arrestations, les interrogatoires et la détention (cf Unicef  6.3.2013 / 13.2.2015 ‘Children in Israeli military detention’)

 

Ces pratiques violent le droit international résultant des conventions ratifiées par Israël, que ce soit le pacte des droits civils et politiques de 1966, la convention interdisant la torture et les traitements cruels et dégradants de 1984 ou la convention des droits de l’enfant de 1989 (notamment de son article 37). Elles affectent durement la vie de milliers d’enfants palestiniens.

 

 

Collégiens arrêtés dans la cour de leur école
© Photo EAPPI / E. Mutschler

Le 14 octobre 2016, à New York, le Directeur de l’ONG israélienne B’Tselem s’exprimait devant le Conseil de sécurité des Nations Unies. Depuis ce jour, son directeur Hagaï El-Ad est violemment pris à partie en Israël, où des politiques proposent de le destituer de sa nationalité israélienne comme « traître » à son pays alors que le directeur de B’Tselem a simplement osé dire ce qui était inacceptable car en contradiction flagrante avec les règles fondamentales auxquelles les plus hautes autorités d’Israël prétendent se référer. Récemment, Hagaï El-Ad s’est exprimé sur ses positions dans le journal israélien Haaretz.

Consulter ici la traduction de cet article

         

                                                                                                              




Alep : une situation intolérable

Suite à la réunion du Comité Exécutif de ACO Fellowship qui se tenait du 15 au 19 octobre 2016 à Strasbourg, une déclaration sur Alep a été faite. Elle vise à compléter et corriger l’information présente à ce sujet dans les médias occidentaux. Le Défap relaie ici le communiqué de l’Action Chrétienne en Orient (ACO).

Strasbourg, le 19 octobre 2016

Le Comité Exécutif de ACO-Fellowship tient à exprimer sa plus vive inquiétude face à la montée de la violence dans la ville syrienne d’Alep. Dans une réunion tenue du 15 au 19 octobre 2016 à Strasbourg, France, l’ACO prend en compte les dernières nouvelles venant des Eglises partenaires à Alep. Ces nouvelles arrivent à la conclusion que la situation humanitaire de la ville se détériore rapidement, non seulement dans les quartiers Est tenus par les rebelles mais aussi dans les secteurs contrôlés par le gouvernement où un grand nombre de personnes ont été tuées par les bombardements ces dernières semaines.

Deux Eglises partenaires de ACO-Fellowship, le Synode National Evangélique de Syrie et du Liban, (NESSL) d’une part et l’Union des Eglises Evangéliques Arméniennes du Proche-Orient (UAECNE) d’autre part, ont été sévèrement touchées par les combats. Pendant ces dernières semaines, une école et une église de l’UAECNE ont été touchées par des tirs de roquette. Une église qui vient juste d’être construite par NESSL est à présent sur la ligne de front. Les bâtiments du XIXe siècle appartenant à cette communauté ont été détruits par des attentats ciblés dès le début de la guerre.

L’ACO demande aux Eglises avec lesquelles elle est en relation de prier pour les habitants de la ville d’Alep, pour les Chrétiens qui sont restés sur place et pour tous ceux qui œuvrent pour secourir les victimes et le maintien de la paix. Entretemps, l’ACO continue d’apporter un soutien au travail pastoral et humanitaire de ses Eglises partenaires à Alep, en Syrie at au Liban.

L’ACO exprime aussi sa conviction que les interventions violentes menées de l’extérieure ne peuvent contribuer à la réalisation de la paix en Syrie. Elle appelle tous les politiciens bien intentionnés à user de leur influence pour que la violence stoppe immédiatement, pour empêcher les livraisons d’armes aux parties en guerre, et pour aider les Syriens à atteindre une solution pacifique.

 

L’Action Chrétienne en Orient (ACO)-Fellowship est un groupe de six partenaires protestants, trois du Moyen-Orient (Iran, Syrie, Liban) et trois d’Europe (Suisse, France et Pays-Bas). Il favorise un travail spirituel, diaconal et de développement principalement au Moyen-Orient.

(traduction ACO France)




Les dégâts de l’ouragan Matthew en Haïti : la communauté protestante doit se mobiliser

L’ouragan Matthew, le plus puissant dans les Caraïbes depuis une décennie, a frappé durement Haïti le 3 octobre dernier. Dix jours plus tard, on répertorie 546 morts, sans compter les disparus. Des rivières ont débordé, des ponts se sont effondrés, de nombreuses routes sont toujours coupées, 175 000 personnes sont sans abri. Les dégâts matériels sont considérables et le choléra est en recrudescence. Bien que la situation soit alarmante, l’aide internationale peine à se mettre en place et les convois humanitaires sont de plus en plus souvent attaqués par des personnes désespérées, qui ont tout perdu.

Les membres de la plateforme Haiti se mobilisent
Au total 1,4 millions de personnes sont touchées et ont besoin d’assistance. Les Nations unies estiment à 120 millions de dollars l’aide nécessaire pour couvrir les besoins vitaux des sinistrés. En date du 17 octobre, seul 13 % de cette somme avait pu être collecté.

Les équipes d’ADRA Haïti sont sur le terrain pour venir en aide aux sinistrés. ADRA France a activé son fonds catastrophes pour faire face aux besoins d’équipements en unités de purification d’eau, kits d’hygiène, nourriture, couvertures etc.

MEDAIR a mobilisé une équipe d’urgence pour éviter la propagation du choléra.

SEL a lancé un appel à la prière et aux dons auprès de ses parrains et donateurs.

Mission biblique a, de son côté, envoyé 10 000 dollars pour la réhabilitation des écoles du grand Sud-Ouest, une aide qui sera utilisée en coordination avec l’Union évangélique baptiste d’Haïti (UEBH), la Mission des Eglises baptistes du sud d’Haïti (MEBSH) et la Fédération des Ecoles protestante d’Haïti (FEPH).

Cette mobilisation est semblable à celle mise en oeuvre lors du coup d’Etat de février 2004 et des émeutes de la faim de 2008 et surtout lors du séisme de 2010, qui avait fait quelque 250 000 morts.
La FEPH mobilisée
Après le passage de l’ouragan, la Fédération des Ecoles Protestantes d’Haïti (FEPH) est restée en contact avec son personnel et ses bureaux en région, dont les membres et les infrastructures ont été épargnés.

Il n’en est, hélas, pas de même pour les écoles notamment dans les départements de la Grande Anse, du Sud, des Nippes et du Sud-Est.

La FEPH a donc décidé de déclencher son plan post-catastrophe pour permettre aux enfants de retrouver, le plus rapidement possible, le chemin de l’école.
Par ailleurs, elle se mobilise pour aider les familles qui ont tout perdu.

Il faut agir vite !
La situation est extrêmement préoccupante en de nombreux points du pays et le temps presse. La prise en charge humaine et matérielle sur le terrain est indispensable. Elle ne saurait être possible sans la solidarité de tous.

La Fondation du protestantisme propose, à ceux qui souhaitent manifester leur soutien aux Haïtiens, de recueillir leurs dons.




Zoom sur … le Conseil du Défap

Les 16 et 17 septembre dernier, le Défap a tenu son conseil à Paris. L’occasion pour ses membres, de faire le point sur l’année écoulée et de partager les perspectives pour l’année à venir.

Le Conseil du Défap a été ouvert par le nouveau président, Joël Dautheville qui, cette année, a expérimenté un fonctionnement nouveau alternant temps de travail en groupe et séances plénières.
Après un temps de méditation permettant de placer ce moment sous le regard de Dieu, les différents points de l’ordre du jour ont été validés.
Plusieurs intervenants ont présenté les événements missionnaires récents avant de développer les événements à venir.
Quelques dates à retenir dès maintenant :
– Le Forum du Défap qui aura lieu à Sète du 28 au 30 octobre avec pour objectif une réflexion et un travail de fond sur la question « Comment faire Eglise aujourd’hui ? »
– L’Assemblée générale de la Cevaa qui aura également lieu à Sète du 18 au 26 octobre sur le thème suivant : l’action commune autour des familles.
– Le colloque financier du 25 novembre qui a vise à rassembler les trois Eglises fondatrices, le Défap et la Cevaa pour déterminer le mandat confié par les Eglises au Defap et les clés de répartition du financement Défap/Cevaa.
Parmi les décisions actées par le Conseil, il faut noter la création d’un poste de pasteur animateur jeunesse, relais du Defap dans les paroisses. Il a pour but le recrutement de nouveaux envoyés et le développement des animations missionnaires. A noter également que cette année marque la fin du partenariat avec le Miccao (MInistère Chrétien Commun en Afrique Occidentale).
Par ailleurs, le Conseil a acté ou amendé un certain nombre de process en vue d’améliorer la vie du Conseil et validé son intérêt pour le nouveau fonctionnement mis en place cette année.




Décès de Shimon Peres : la mort d’un symbole

Shimon Peres était l’un des derniers témoins de la création de l’Etat d’Israël. Il s’est éteint aujourd’hui, à Tel Aviv. Il avait 93 ans.

 

Figure de la vie politique israélienne pendant 66 ans, il a assumé de nombreuses fonctions dans différents gouvernements à partir de 1952 et fut notamment le neuvième président d’Israël de 2007 à 2014.

Mais c’est surtout son action en faveur de la reconnaissance mutuelle entre Israéliens et Palestiniens qui restera ancrée dans les mémoires. Alors ministre des Affaires étrangères, il mène des négociations avec la Palestine en faveur de la paix. En 1994, cette action est reconnue dans le monde entier lors de la signature des accords d’Oslo. La consécration viendra avec le prix Nobel de la Paix qu’il obtient cette année-là avec Yasser Arafat et Yitzhak Rabin.
Le Défap s’associe à la douleur des Israéliens qui viennent de perdre une de leurs plus grandes figures.

Shimon Peres aux côtés de Yasser Arafat en 2001
Crédit : World Economic Forum, swiss-image.ch /Photo by Remy Steinegger

 




Parcours de Mission : le Forum du Défap

Il n’est que temps de s’inscrire au Forum « Parcours de Mission » qui se tiendra du 28 au 30 octobre au Lazaret, à Sète !

Un week-end pour partager témoignages de foi, questions sur la vocation et la vie chrétiennes, idées sur la mission de nos communautés ….
Un week-end pour discuter de thèmes actuels à partir de textes bibliques…
Un week-end pour reprendre force et courage, ensemble, par la réflexion, le chant, la prière…
Un week-end pour construire un réseau d’encouragement aux actions missionnaires, ici et ailleurs…
Notre mission, c’est de faire Eglise ensemble, ici et aux quatre coins du monde !
Notre mission, c’est d’offrir autour de nous, au-delà des cercles croyants, des lieux pour lire et discuter la Bible ensemble…
Notre mission, c’est d’éveiller chez les uns et les autres le sens de l’écoute de ces paroles bibliques qui savent rejoindre le cœur des humains, notamment dans les temps de détresse.

Venez nombreux partager vos « parcours de mission » !

 




Une nouvelle accompagnatrice œcuménique en Israël-Palestine

Elisabeth Mutschler est l’une des envoyées du programme EAPPI en Israël et Palestine, au nom du protestantisme français par les Eglises de l’Union des Eglises protestantes en Alsace-Lorraine. Elle a effectué un premier séjour à Bethléem d’avril à juillet 2014 et commence le second dans la vallée du Jourdain, à Jéricho, qui s’achèvera le 30 novembre 2016.

Les principales problématiques qu’elle aborde sont : la barrière de séparation et la liberté de se déplacer, l’accès à l’éducation, l’accompagnement à la résolution des conflits, le problème de l’exploitation de l’eau par Israël au détriment des Palestiniens, les démolitions et les évictions, le transfert forcé de communautés bédouines.

L’engagement dans le programme EAPPI est aussi une mission de témoignage sur ce qui se vit là-bas. Les envoyés interviennent sur le sujet à leur retour, dans les paroisses ou auprès de différents groupes personnes qui s’intéressent aux questions de paix en Israël et Palestine.

Des échos de la mission d’Elisabeth Mutschler paraîtront régulièrement sur notre site.

 

Téléchargez ici la Déclaration sur le Conflit israélo-palestinien du Comité central du Conseil œcuménique des Eglises




Une semaine pour la paix en Palestine Israël

« Démanteler les murs de séparation », tel est le thème de la semaine mondiale pour la paix en Palestine Israël, qui se déroulera du 18 au 24 septembre 2016. Cette année encore, le Conseil œcuménique des Églises (COE) invite ses Églises membres et ses partenaires à se joindre à lui pour une semaine d’action et de plaidoyer en faveur d’une paix juste en Palestine et Israël. L’objectif : prendre des mesures pacifiques et créer un témoignage international commun sur l’espoir de justice.

Elisabeth Mutschler est l’une des envoyées du programme EAPPI en Israël et Palestine, au nom du protestantisme français par les Eglises de l’Union des Eglises protestantes en Alsace-Lorraine. Elle a effectué un premier séjour à Bethléem d’avril à juillet 2014 et commence le second dans la vallée du Jourdain, à Jéricho, qui s’achèvera le 30 novembre 2016.

Les principales problématiques qu’elle aborde sont : la barrière de séparation et la liberté de se déplacer, l’accès à l’éducation, l’accompagnement à la résolution des conflits, le problème de l’exploitation de l’eau par Israël au détriment des Palestiniens, les démolitions et les évictions, le transfert forcé de communautés bédouines.

L’engagement dans le programme EAPPI est aussi une mission de témoignage sur ce qui se vit là-bas. Les envoyés interviennent sur le sujet à leur retour, dans les paroisses ou auprès de différents groupes personnes qui s’intéressent aux questions de paix en Israël et Palestine.

Des échos de la mission d’Elisabeth Mutschler paraitront régulièrement sur notre site.

 

Un évènement mondialement suivi
Du 18 au 24 septembre 2016, les Églises membres issues de différents pays sont engagées à délivrer un signal clair aux décideurs politiques, aux milieux concernés ainsi qu’à leurs paroissiens sur la nécessité d’un accord de paix sur les droits légitimes et l’avenir des deux peuples.
Les participants à cette semaine d’engagement organiseront leurs activités autour de trois éléments :

• Prier avec les Églises présentes dans les territoires occupés, en utilisant une prière spéciale de Jérusalem
• Informer sur les actions contribuant à la paix et celles qui l’entravent sur le terrain, en particulier les colonies en territoire occupé.
• Interpeller les responsables politiques en préconisant des stratégies œcuméniques promouvant la paix dans la justice.

 

Affiche de la Semaine mondiale pour la paix en Palestine Israël, 2016, DR

L’objectif de l’évènement
La semaine mondiale pour la Paix en Palestine Israël invite les participants à demander justice pour les Palestiniens, afin que les deux peuples vivent enfin en paix. Cela fait près de 68 ans qu’a été créé l’État d’Israël. Pourtant aucun état indépendant palestinien n’a été fondé depuis.  De plus, Jérusalem-Est, la Cisjordanie et Gaza sont des territoires occupés depuis presque cinquante ans.

« Pourtant, le rêve d’une nation ne saurait se réaliser aux dépens d’une autre.
Il est temps pour les Palestiniens et les Israéliens de partager une paix juste.
Il est temps que la liberté succède à l’occupation.
Il est temps pour l’égalité des droits.
Il est temps que commence la guérison des âmes blessées. »

 

Démanteler les murs de séparation
En 2015, le thème de la semaine était « Dieu a abattu les murs de séparation ». Cette année, c’est le mot hashtag #DismantlingBarriers  (qui signifie « démanteler les murs de séparation ») qui sera largement diffusé sur les réseaux sociaux. Un message choc pour inciter à la Paix.

 

* Le hashtag (ou mot-dièse) est un outil de référencement de mots-clés utilisé sur les réseaux sociaux.

 

Retrouvez en format PDF la liturgie, le livret ressources et la prière du patriarche émérite Michel Sabbah.

 

 

 

 

Cet article reflète les positions des Eglises palestiniennes et les engagements du Conseil œcuménique des Eglises dans le cadre du programme EAPPI.

 




Éloge de la résistance

Pendant plus de dix ans, Jean Lods a collaboré à la rédaction du magazine Mission, notamment comme critique de films et par ses reportages dans les festivals de cinéma. Écrivain reconnu, il sort aujourd’hui son cinquième roman, « Le dernier colonel », que Valérie Thorin a lu pour vous.

Quelle est donc cette forteresse qui domine la mer, où vivent toute une armée, un colonel, sa fille et son amoureux ? Quel est donc ce pays aux limites incertaines, fait de terres et d’eaux, sur lequel comme dit le poète, « un ciel bas et lourd pèse comme un couvercle » ? Peu importe que cela soit aux confins du Sahara ou dans une vallée perdue d’Asie centrale, il y a quelque part en chacun de nous, dans nos souvenirs ou dans notre âme, un Dernier colonel qui survit. Ou plus exactement qui résiste, car tout l’enjeu de ce livre est là : tenir.


Ses engagements, ses promesses, ses principes, son rang… Tous, nous avons un jour ou l’autre à lutter contre une adversité, proche ou lointaine, visible ou implicite. Et c’est loin d’être aisé, même si l’on est le dernier d’une longue lignée de colonels ayant commandé la place. Un esprit fort. Un sage. Même si l’on tente des échappées belles sur le dos d’un rêve ayant les allures d’un cheval pâle, prémisse d’une fin ou d’une révélation.


Jusques à quand, Éternel, mon ennemi s’élèvera-t-il contre moi ? dit le psaume 13. À cette question non plus, il n’y a pas de réponse, ou plus exactement : qu’importe la réponse, qu’importe même l’utilité de cette réponse et de cette résistance alors que peu à peu, tout se défait, tout se délite, tout se mêle dans l’informe comme la terre et l’eau de cette contrée lointaine et indéfinissable. L’essentiel est dans cet impératif catégorique qui fait que l’homme est homme : la dignité, pénultième et imprenable rempart.


Bien qu’il s’en défende, Jean Lods a dans ce livre des accents proches de ceux de Julien Gracq, tant dans le sujet que dans le style. Car c’est en effet dans une langue magnifique qu’il entraîne son lecteur vers des rivages inexplorés. Un très beau roman, à lire absolument.


Jean Lods, Le Dernier colonel, Éditions Phébus, 200 pp.  17 euros

 

Couverture du livre (éditions Phébus)

 

 

Lire la fiche du livre sur le site des Editions Phebus

 

 




En route pour le Grand Kiff

Dès le 24 juillet, 1 000 jeunes sont attendus à Saint-Malo pour l’édition 2016 du Grand Kiff.

Du 17 au 31 juillet 2016, dans l’Alter-Kiff, une quinzaine de camps-service sont proposés aux 18-30 ans. Ils s’y formeront au service pour accueillir, accompagner, encadrer, animer les plus jeunes qui n’arriveront que le 24. Le thème de ce rassemblement est : Et vous, qui dites-vous que je suis ? Cette question de Jésus sera déclinée à travers des ateliers, des spectacles, des moments spirituels et des animations de toute sorte. Elle retentira dans des langues différentes car des jeunes de différents pays sont invités à y participer.


Le Défap soutient l’accueil de vingt jeunes de la Cevaa et les cinquante jeunes de la Réunion, Mayotte et l’Ile Maurice qui viendront avec leur pasteur. Ce Grand Kiff sera une excellente occasion pour le Défap de témoigner de son travail, et d’inviter les jeunes à s’engager dans le service civique ou le service volontaire international.

 

Source :EPUdF

 

 




De retour de Yaoundé

Le 28 juin dernier, le Défap et l’UPAC (Université Protestante d’Afrique Centrale) ont souhaité rendre hommage à Eric de Putter lors d’une cérémonie à l’Institut français de Yaoundé. De nombreuses personnes avaient fait le déplacement : proches, enseignants, étudiants, représentants de l’Eglise mais aussi Madame l’ambassadrice de France au Cameroun Christine Robichon, le professeur Jean-François Zorn, le vice-président du CEPCA le pasteur Richard Ondji’i Toung, le recteur de l’UPAC Timothée Bouba et la représentante locale de  »Semeurs de Liberté’ Nadeige Laure Ngo Nlend. Jean-Arnold de Clermont, président du Défap, et Laurent Schlumberger, président du Conseil national de l’Eglise protestante unie de France, ont pris part à la cérémonie. De retour en France, ils ont répondu à nos questions.
Que retenez-vous de cette cérémonie ?

Jean-Arnold de Clermont : « Je retiens deux aspects majeurs, tout d’abord la manière dont nous étions les uns avec les autres. Il s’agissait d’une réflexion des Eglises sur le sens de cet assassinat. En retournant là-bas, nous souhaitions dire qu’il faut retrouver la force de reconstruire.

L’autre chose qui m’a marqué c’est que tous les gens que nous avons rencontré déplorent que la justice se soit enlisée à ce point. »

Laurent Schlumberger : « Tous les proches d’Éric et tous les partenaires étaient représentés. La présence de ces derniers est très encourageante, même si bien-sûr tout reste à faire. Car quatre ans après nous avons encore beaucoup d’interrogations : qui est le commanditaire de l’assassinat ? Qui est l’assassin ? Que s’est-il passé ? Des questions qui attendent encore des réponses.

Il est nécessaire que cette situation se débloque. J’attends ardemment cette évolution même si je sais que ça ne viendra pas seul. Nous continuerons à nous adresser aux différents services et autorités. »

 

Selon vous, cet hommage aura t-il un impact au Cameroun ?

Jean-Arnold de Clermont : « A la veille du quatrième anniversaire de l’assassinat d’Éric de Putter, il était important de lui rendre hommage, pour montrer que nous ne l’oublions pas et que le combat pour la justice continue. Il s’agissait aussi de faire pression sur les gouvernements français et camerounais pour faire bouger les lignes sur les plans de la justice.

Il faut que les gouvernements français et camerounais trouvent un terrain d’accord. Nous avons rencontré le directeur de l’université et l’ambassadrice de France. Nous demandons également aux Eglises du Cameroun de faire pression sur le gouvernement camerounais ».

Laurent Schlumberger : « Je veux être confiant, je pense que la volonté de trouver la vérité viendra mais rien n’est acquis. Le combat pour la vérité continue. Cette cérémonie avait aussi pour but d’encourager des déblocages. Il y a un vrai travail à faire pour délier les langues et pour que l’on sache ce qui s’est réellement passé. Il reste encore des zones d’ombre et nous espérons que les autorités relanceront la coopération judiciaire franco-camerounaise. Ce silence ne doit plus durer. »




Une journée sous le signe du partage

Le 23 juin 2016, le Défap recevait les accompagnateurs œcuméniques du programme EAPPI France dont il assure la coordination. Chaque année, le programme envoie quatre accompagnateurs en Cisjordanie. Ce jour-là, parmi les dix-neuf personnes présentes, candidats et anciens envoyés confrontent leurs attentes et leurs vécus. Une journée riche en partage d’expériences que nous vous dévoilons aujourd’hui.

Des profils divers pour une même mission de paix

Catholique, protestant, pasteur, professeur, avocat, ancien employé de banque ou aumônier…les profils des accompagnateurs EAPPI sont bien différents. Certains sont déjà partis plusieurs fois, d’autres ont simplement déposé leur candidature. Mais peu importe, ici il est avant tout question d’échange d’expériences et de débat autour des améliorations à proposer pour les futurs départs.

 

Session de travail du programme EAPPI France, juin 2016
© Agence Kaolin

Sur le terrain

Aucun voyage ne se ressemble mais les ressentis se rejoignent souvent. Témoins de la non-communication ou des difficultés à vivre et à comprendre les autres, les accompagnateurs EAPPI ont parfois été témoins de scènes violentes qu’ils partagent avec beaucoup d’émotion. Ce jour-là les témoignages se succèdent devant l’assemblée attentive : « il y’avait des incidents tous les jours », « un jour j’étais au checkpoint et il y a eu un phénomène de foule, les gens ont voulu passer au-dessus des barrières. Lorsque tout est revenu dans l’ordre je me suis dit : que pouvons-nous faire ?».

Le pasteur Bertrand Vergniol était à Hébron entre 2013 et 2014 et il en parle comme si c’était hier :
« Je me souviens d’une humiliation que j’ai presque vécu. Un homme âgé de 75-80 ans a été obligé d’enlever sa ceinture en passant au checkpoint. Le jeune soldat présent l’a considéré avec beaucoup de dédain, alors qu’il aurait pu être son grand-père. »

Si c’était à refaire…

Difficile de ne pas aborder ses regrets, ses craintes ou ses attentes pour d’autres départs.
A la question « si c’était à refaire ? », chacun apporte une réponse bien personnelle : « j’aurais aimé mieux comprendre le contexte sur place et les forces en présences », « j’aurais aimé avoir davantage d’échanges avec les Israéliens qui subissent aussi des attaques », « je voudrais plus développer l’aspect interreligieux ».

Participer à une mission de paix telle que le programme AEPPI ne laisse pas indemne. L’échange et le partage d’expériences sont donc particulièrement précieux.