Une nouvelle accompagnatrice œcuménique en Israël-Palestine

Elisabeth Mutschler est l’une des envoyées du programme EAPPI en Israël et Palestine, au nom du protestantisme français par les Eglises de l’Union des Eglises protestantes en Alsace-Lorraine. Elle a effectué un premier séjour à Bethléem d’avril à juillet 2014 et commence le second dans la vallée du Jourdain, à Jéricho, qui s’achèvera le 30 novembre 2016.

Les principales problématiques qu’elle aborde sont : la barrière de séparation et la liberté de se déplacer, l’accès à l’éducation, l’accompagnement à la résolution des conflits, le problème de l’exploitation de l’eau par Israël au détriment des Palestiniens, les démolitions et les évictions, le transfert forcé de communautés bédouines.

L’engagement dans le programme EAPPI est aussi une mission de témoignage sur ce qui se vit là-bas. Les envoyés interviennent sur le sujet à leur retour, dans les paroisses ou auprès de différents groupes personnes qui s’intéressent aux questions de paix en Israël et Palestine.

Des échos de la mission d’Elisabeth Mutschler paraîtront régulièrement sur notre site.

 

Téléchargez ici la Déclaration sur le Conflit israélo-palestinien du Comité central du Conseil œcuménique des Eglises




Une semaine pour la paix en Palestine Israël

« Démanteler les murs de séparation », tel est le thème de la semaine mondiale pour la paix en Palestine Israël, qui se déroulera du 18 au 24 septembre 2016. Cette année encore, le Conseil œcuménique des Églises (COE) invite ses Églises membres et ses partenaires à se joindre à lui pour une semaine d’action et de plaidoyer en faveur d’une paix juste en Palestine et Israël. L’objectif : prendre des mesures pacifiques et créer un témoignage international commun sur l’espoir de justice.

Elisabeth Mutschler est l’une des envoyées du programme EAPPI en Israël et Palestine, au nom du protestantisme français par les Eglises de l’Union des Eglises protestantes en Alsace-Lorraine. Elle a effectué un premier séjour à Bethléem d’avril à juillet 2014 et commence le second dans la vallée du Jourdain, à Jéricho, qui s’achèvera le 30 novembre 2016.

Les principales problématiques qu’elle aborde sont : la barrière de séparation et la liberté de se déplacer, l’accès à l’éducation, l’accompagnement à la résolution des conflits, le problème de l’exploitation de l’eau par Israël au détriment des Palestiniens, les démolitions et les évictions, le transfert forcé de communautés bédouines.

L’engagement dans le programme EAPPI est aussi une mission de témoignage sur ce qui se vit là-bas. Les envoyés interviennent sur le sujet à leur retour, dans les paroisses ou auprès de différents groupes personnes qui s’intéressent aux questions de paix en Israël et Palestine.

Des échos de la mission d’Elisabeth Mutschler paraitront régulièrement sur notre site.

 

Un évènement mondialement suivi
Du 18 au 24 septembre 2016, les Églises membres issues de différents pays sont engagées à délivrer un signal clair aux décideurs politiques, aux milieux concernés ainsi qu’à leurs paroissiens sur la nécessité d’un accord de paix sur les droits légitimes et l’avenir des deux peuples.
Les participants à cette semaine d’engagement organiseront leurs activités autour de trois éléments :

• Prier avec les Églises présentes dans les territoires occupés, en utilisant une prière spéciale de Jérusalem
• Informer sur les actions contribuant à la paix et celles qui l’entravent sur le terrain, en particulier les colonies en territoire occupé.
• Interpeller les responsables politiques en préconisant des stratégies œcuméniques promouvant la paix dans la justice.

 

Affiche de la Semaine mondiale pour la paix en Palestine Israël, 2016, DR

L’objectif de l’évènement
La semaine mondiale pour la Paix en Palestine Israël invite les participants à demander justice pour les Palestiniens, afin que les deux peuples vivent enfin en paix. Cela fait près de 68 ans qu’a été créé l’État d’Israël. Pourtant aucun état indépendant palestinien n’a été fondé depuis.  De plus, Jérusalem-Est, la Cisjordanie et Gaza sont des territoires occupés depuis presque cinquante ans.

« Pourtant, le rêve d’une nation ne saurait se réaliser aux dépens d’une autre.
Il est temps pour les Palestiniens et les Israéliens de partager une paix juste.
Il est temps que la liberté succède à l’occupation.
Il est temps pour l’égalité des droits.
Il est temps que commence la guérison des âmes blessées. »

 

Démanteler les murs de séparation
En 2015, le thème de la semaine était « Dieu a abattu les murs de séparation ». Cette année, c’est le mot hashtag #DismantlingBarriers  (qui signifie « démanteler les murs de séparation ») qui sera largement diffusé sur les réseaux sociaux. Un message choc pour inciter à la Paix.

 

* Le hashtag (ou mot-dièse) est un outil de référencement de mots-clés utilisé sur les réseaux sociaux.

 

Retrouvez en format PDF la liturgie, le livret ressources et la prière du patriarche émérite Michel Sabbah.

 

 

 

 

Cet article reflète les positions des Eglises palestiniennes et les engagements du Conseil œcuménique des Eglises dans le cadre du programme EAPPI.

 




Éloge de la résistance

Pendant plus de dix ans, Jean Lods a collaboré à la rédaction du magazine Mission, notamment comme critique de films et par ses reportages dans les festivals de cinéma. Écrivain reconnu, il sort aujourd’hui son cinquième roman, « Le dernier colonel », que Valérie Thorin a lu pour vous.

Quelle est donc cette forteresse qui domine la mer, où vivent toute une armée, un colonel, sa fille et son amoureux ? Quel est donc ce pays aux limites incertaines, fait de terres et d’eaux, sur lequel comme dit le poète, « un ciel bas et lourd pèse comme un couvercle » ? Peu importe que cela soit aux confins du Sahara ou dans une vallée perdue d’Asie centrale, il y a quelque part en chacun de nous, dans nos souvenirs ou dans notre âme, un Dernier colonel qui survit. Ou plus exactement qui résiste, car tout l’enjeu de ce livre est là : tenir.


Ses engagements, ses promesses, ses principes, son rang… Tous, nous avons un jour ou l’autre à lutter contre une adversité, proche ou lointaine, visible ou implicite. Et c’est loin d’être aisé, même si l’on est le dernier d’une longue lignée de colonels ayant commandé la place. Un esprit fort. Un sage. Même si l’on tente des échappées belles sur le dos d’un rêve ayant les allures d’un cheval pâle, prémisse d’une fin ou d’une révélation.


Jusques à quand, Éternel, mon ennemi s’élèvera-t-il contre moi ? dit le psaume 13. À cette question non plus, il n’y a pas de réponse, ou plus exactement : qu’importe la réponse, qu’importe même l’utilité de cette réponse et de cette résistance alors que peu à peu, tout se défait, tout se délite, tout se mêle dans l’informe comme la terre et l’eau de cette contrée lointaine et indéfinissable. L’essentiel est dans cet impératif catégorique qui fait que l’homme est homme : la dignité, pénultième et imprenable rempart.


Bien qu’il s’en défende, Jean Lods a dans ce livre des accents proches de ceux de Julien Gracq, tant dans le sujet que dans le style. Car c’est en effet dans une langue magnifique qu’il entraîne son lecteur vers des rivages inexplorés. Un très beau roman, à lire absolument.


Jean Lods, Le Dernier colonel, Éditions Phébus, 200 pp.  17 euros

 

Couverture du livre (éditions Phébus)

 

 

Lire la fiche du livre sur le site des Editions Phebus

 

 




En route pour le Grand Kiff

Dès le 24 juillet, 1 000 jeunes sont attendus à Saint-Malo pour l’édition 2016 du Grand Kiff.

Du 17 au 31 juillet 2016, dans l’Alter-Kiff, une quinzaine de camps-service sont proposés aux 18-30 ans. Ils s’y formeront au service pour accueillir, accompagner, encadrer, animer les plus jeunes qui n’arriveront que le 24. Le thème de ce rassemblement est : Et vous, qui dites-vous que je suis ? Cette question de Jésus sera déclinée à travers des ateliers, des spectacles, des moments spirituels et des animations de toute sorte. Elle retentira dans des langues différentes car des jeunes de différents pays sont invités à y participer.


Le Défap soutient l’accueil de vingt jeunes de la Cevaa et les cinquante jeunes de la Réunion, Mayotte et l’Ile Maurice qui viendront avec leur pasteur. Ce Grand Kiff sera une excellente occasion pour le Défap de témoigner de son travail, et d’inviter les jeunes à s’engager dans le service civique ou le service volontaire international.

 

Source :EPUdF

 

 




Une journée sous le signe du partage

Le 23 juin 2016, le Défap recevait les accompagnateurs œcuméniques du programme EAPPI France dont il assure la coordination. Chaque année, le programme envoie quatre accompagnateurs en Cisjordanie. Ce jour-là, parmi les dix-neuf personnes présentes, candidats et anciens envoyés confrontent leurs attentes et leurs vécus. Une journée riche en partage d’expériences que nous vous dévoilons aujourd’hui.

Des profils divers pour une même mission de paix

Catholique, protestant, pasteur, professeur, avocat, ancien employé de banque ou aumônier…les profils des accompagnateurs EAPPI sont bien différents. Certains sont déjà partis plusieurs fois, d’autres ont simplement déposé leur candidature. Mais peu importe, ici il est avant tout question d’échange d’expériences et de débat autour des améliorations à proposer pour les futurs départs.

 

Session de travail du programme EAPPI France, juin 2016
© Agence Kaolin

Sur le terrain

Aucun voyage ne se ressemble mais les ressentis se rejoignent souvent. Témoins de la non-communication ou des difficultés à vivre et à comprendre les autres, les accompagnateurs EAPPI ont parfois été témoins de scènes violentes qu’ils partagent avec beaucoup d’émotion. Ce jour-là les témoignages se succèdent devant l’assemblée attentive : « il y’avait des incidents tous les jours », « un jour j’étais au checkpoint et il y a eu un phénomène de foule, les gens ont voulu passer au-dessus des barrières. Lorsque tout est revenu dans l’ordre je me suis dit : que pouvons-nous faire ?».

Le pasteur Bertrand Vergniol était à Hébron entre 2013 et 2014 et il en parle comme si c’était hier :
« Je me souviens d’une humiliation que j’ai presque vécu. Un homme âgé de 75-80 ans a été obligé d’enlever sa ceinture en passant au checkpoint. Le jeune soldat présent l’a considéré avec beaucoup de dédain, alors qu’il aurait pu être son grand-père. »

Si c’était à refaire…

Difficile de ne pas aborder ses regrets, ses craintes ou ses attentes pour d’autres départs.
A la question « si c’était à refaire ? », chacun apporte une réponse bien personnelle : « j’aurais aimé mieux comprendre le contexte sur place et les forces en présences », « j’aurais aimé avoir davantage d’échanges avec les Israéliens qui subissent aussi des attaques », « je voudrais plus développer l’aspect interreligieux ».

Participer à une mission de paix telle que le programme AEPPI ne laisse pas indemne. L’échange et le partage d’expériences sont donc particulièrement précieux.

 

 

 




Les grandes décisions du dernier Conseil

C’est au siège du Défap que le Conseil a eu lieu le 11 juin 2016. Au cours de cette journée, plusieurs décisions ont été prises. Retour sur les trois décisions phares du Service protestant de Mission.

  • Nomination du nouveau président

À compter du 1er juillet 2016, c’est le pasteur Joël Dautheville qui présidera le Conseil du Défap.
Retrouvez ici l’intégralité de l’article sur la nomination du nouveau président.

  • Ouverture d’un poste d’animateur pasteur jeunesse

Le Défap a voté la création d’un poste d’animateur jeunesse. Cette décision illustre bien la volonté du Service Protestant de Mission de développer le secteur jeunesse.
L’animateur sera donc chargé des animations jeunesse en lien avec la Mission et le programme ABS (accueil des jeunes de Nouvelle Calédonie). Le poste sera ouvert dés juillet 2017.

  • Un soutien important aux réfugiés en Orient

Le Défap apporte un soutien financier à l’Action Chrétienne en Orient (ACO) pour son action auprès des réfugiés au Moyen-Orient. Cette subvention est destinée à financer les 2 projets en cours, présidés par le pasteur Thomas Wild (responsable de l’ACO). L’un concerne le synode arabe et le second l’Union des Eglises Evangéliques arméniennes.




Joël Dautheville, nouveau président du Défap

Le président du Service protestant de mission – Défap, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, a adressé ce jour une lettre aux présidents des Églises fondatrices du Défap, Union des Églises protestantes d’Alsace-Lorraine (UEPAL), Union nationale des Églises évangéliques de France (UNEPREF) et Églises protestantes unies de France (EPUdF) pour les informer de l’élection de son successeur, lors de la réunion du Conseil du Défap le 11 juin dernier.

À compter du 1er juillet, c’est donc le pasteur Joël Dautheville, qui présidera le Conseil du Défap.

Jean-Arnold de Clermont reste en effet en fonction jusqu’au 30 juin, notamment en raison de son déplacement au Cameroun, en compagnie du président de l’EPUdF Laurent Schlumberger et du Pr Jean-François Zorn, de l’Institut protestant de théologie de Montpellier. À leurs côtés, il y représentera le Défap lors de la cérémonie en mémoire d’Eric De Putter, envoyé du Défap comme professeur d’Ancien Testament assassiné il y a quatre ans sur le campus de l’Université protestante d’Afrique centrale (UPAC), à Yaoundé.

« Je profite de ce courrier pour vous remercier de votre accompagnement pendant les années où j’ai assuré cette présidence. Votre accompagnement sera d’autant plus important dans les mois à venir, qui verront se dérouler l’Assemblée générale de la Cevaa à Sète, suivie par le Forum missionnaire organisé par le Défap, puis [au quatrième trimestre 2016] le colloque financier du Défap, autant d’occasions où le lien entre l’animation missionnaire portée par le Défap et l’engagement financier des Églises sera au cœur de notre réflexion commune », écrit-il.

Le pasteur Joël Dautheville sera sur Fréquence protestante, dans l’émission du Défap « Courrier de mission » mercredi 30 juin prochain, à 13 h 15.

 




Attentat de Tel Aviv : l’escalade de la violence

Mercredi 8 Juin, une attaque meurtrière est perpétrée dans l’un des endroits les plus populaires de Tel Aviv : le marché Sarona. Le lendemain, les autorités israéliennes décident de geler les permis d’entrée de 83 000 Palestiniens. Le Défap réaffirme son engagement pour une paix juste entre Israéliens et Palestiniens.

 

Dans un Proche Orient largement perturbé, cet attentat vient en rajouter dans l’escalade de la violence. Tel Aviv est une belle ville, le quartier Sarona un quartier populaire, les terrasses de café des lieux de vie, de convivialité et de liberté. C’est là que les terroristes ont frappé. 4 morts et des dizaines de blessés.

Le Défap adresse ses sentiments de fraternité et de solidarité aux familles endeuillées, à tous ceux qu’il connait en Israël et au peuple israélien.

 

Centre-Ville de Tel Aviv

 

Parce que nous sommes engagés dans le combat pour une paix juste entre Israéliens et Palestiniens, dans le cadre du programme EAPPI (Ecumenical Accompaniment in Palestine and Israël) mené par le Conseil Œcuménique des Eglises (COE), le Défap au nom des Eglises Protestantes de France dénonce et combat le terrorisme sous toutes ses formes à Paris, Tel Aviv ou Hébron.

Pour les peuples qui vivent en Israël et Palestine, ce n’est que dans la sécurité aujourd’hui, et dans l’espérance de la fraternité de demain, qu’une paix juste pourra se forger. Tout le contraire de l’escalade de violences que nous déplorons.




Manifestation à Beyrouth pour les droits des employés de maison

Le pasteur Lacoste et son épouse Christine, envoyés du Défap au Liban, ont participé cette année encore à une manifestation en faveur des droits des employés de maison.

Dimanche 1er mai 2016, l’Eglise protestante française de Beyrouth fermait ses portes et se mobilisait, comme l’an passé pour participer à la manifestation solidaire des travailleuses domestiques au Liban.

 

Manifestation Liban mai 2016, DR

Manifestation du 1er mai 2016 [DR EPFB]

 

La raison de cette manifestation ? Des revendications sociales et humanitaires.

Pourquoi cette date ? C’est celle choisie depuis six ans par les ONG spécialisées dans l’aide aux employées de maison.

 

Le défilé était composé d’environ trois cent personnes, principalement des employés de maison demandant plus de droits. En effet, ceux-ci « ne sont pas soumis au code du travail mais au système “Kafala” qui ne leur garantit que très peu de droits. Corvéable toute la journée, un seul jour de congé le plus souvent optionnel, passeports retirés, leur vie pendant les trois années que dure le contrat est entièrement soumise à l’arbitraire de leurs patrons », explique Christine Lacoste.

 

L’Eglise protestante française de Beyrouth est composée d’employés de maison malgaches, à 80%. Ils sont présents au culte le dimanche quand leurs employeurs le permettent.

 

« Leurs sourires, leurs chants empreints de joie réchauffent notre culte. “Ne soyez pas tristes! La joie qui vient du SEIGNEUR, voilà votre force!” (Néhémie 8 v 10) : Voilà l’appel que m’adressent mes sœurs malgaches », conclut Christine Lacoste.

 

Source : site de l’EPFB

 




« Gens de Dunkerque »

Valérie Thorin raconte son expérience au camp de Grande-Synthe.

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

 

À quoi rêve-t-elle, cette famille syrienne en promenade, l’homme et la femme, leurs trois enfants et une dame plus âgée à leurs côtés ? Marchant silencieusement le long de la grève, ils regardent davantage la mer que leurs bambins trop sages, qui leur donnent la main. À quoi rêvent-ils, ces deux Afghans accroupis sur un remblai du nouveau camp de réfugiés de Grande-Synthe ? Leur ombre ressemble à celle du commandant Massoud méditant devant les montagnes plissées dominant la vallée du Panchir. À quoi rêvent-ils, ces trois jeunes Syriens dans la force de l’âge, le regard dur et fixe ? Ils ont vu leur ville bombardée par le pouvoir de Damas, attaquée par les islamistes, puis par les Russes, espionnée par des drones non identifiés, réduite en poussière, les obligeant à fuir droit devant sans plus savoir à qui faire confiance. À quoi rêve-t-il, cet homme du PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan, dont il a tagué le logo sur sa baraque en planches ? Il a traversé à pied toute l’Europe orientale, payé prix d’or des passeurs pour enjamber les frontières, dormi sous des cartons, mangé des racines et le voilà ici, à Dunkerque, presque au terme de son voyage. À quoi rêvent-elles, ces fillettes timides, qui se courbent et entrent à pas de loup dans la tente de l’école du camp ? Elles savent qu’elles ont échappé à la tyrannie des islamistes, dont l’objectif est de les contraindre à rester cloîtrées, illettrées et soumises, chez leurs parents puis chez leur mari. À quoi rêvent-ils ces Iraniens yazidis, pourchassés par islamistes, chiites, sunnites, au motif qu’ils seraient des « adorateurs du diable », et même par les chrétiens, qui les considèrent comme des hérétiques ? Passés les monts Zagros, ils ont longé le Tigre jusqu’à Kirkouk, capitale de l’ancienne Mésopotamie, erré jusqu’en Turquie où, après la barrière des monts Taurus, et l’immense plaine de l’ouest, ils ont embarqué sur un dangereux esquif pour la Grèce. Après la Bulgarie, la Serbie, la Croatie, la Slovénie et l’Italie, ils sont remontés jusqu’à Dunkerque. Un périple incroyable, de ceux dont rêvent les Occidentaux fortunés et qu’ils ont payé de leurs larmes, après y avoir englouti tout ce qu’ils avaient mis une vie à économiser.

 

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

 

Ils ne rêvent que de jeux et de rires, ces gamins agités et inquiets, qui roulent à toute berzingue dans le camp, juchés sur des vélos trop grands pour eux, mais si précieux pour se défouler.
Tous sont là rassemblés, dans ce nouveau camp de Grande-Synthe installé sur un terrain municipal, entre voie ferrée et autoroute. Pas le Pérou, mais tellement, tellement mieux que le camp du Basroch, situé à quelques kilomètres à peine, en bordure d’une zone résidentielle. Là, c’était l’enfer. Il n’en reste que des ruines, mais au plus fort de l’hiver, près de trois mille personnes y ont vécu, survécu plutôt. Partout, on pataugeait dans vingt centimètres de boue immonde. Des ordures, épluchures et détritus en tout genre, jonchaient le moindre centimètre carré de sol. Quelques latrines, bouchées depuis belle lurette, répandaient une odeur pestilentielle, difficilement supportable. Les reliefs de nourriture avaient fini par attirer des rats gros comme des chats, et même les corbeaux n’osaient plus s’approcher de ce cloaque. Village de tentes, de tissu et de carton, foyer de gale, de poux et de teigne, il était l’incarnation de la honte absolue, un marécage infâme. Bouleversant pour les riverains, lesquels, émus aux larmes, apercevaient les réfugiés au petit matin, grelottant et trempés, attendant silencieux et mornes un bienfaisant bol de café. « Et le soir, la puanteur et la saleté m’agressaient tant que je les haïssais… » avait confié un voisin, révélant la terrible et si humaine ambivalence de quiconque se trouve un jour confronté à la misère absolue devant sa propre porte.

 

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

Camp de Grande-Synthe, 2016, DR

 

L’on peut et l’on doit reconnaître à Damien Carême, maire de Grande-Synthe, d’avoir eu le courage politique et physique de faire déménager tout le monde vers le lieu-dit La Linière. L’État français ne l’y a pas aidé, bien au contraire. Là, avec le concours de Médecins sans frontière (MSF), des bungalows de bois pouvant accueillir quatre personnes, chauffables grâce à des réchauds à pétrole, ont été montés. La logistique générale a été confiée à l’association bretonne Utopia 56, spécialiste des… festivals, mais donc compétente pour gérer des milliers de personnes rassemblées en un même endroit. D’innombrables ONG, fournissant un roulement de quelque cent vingt bénévoles par jour, assurent l’entretien des infrastructures, le ravitaillement en vivres, en eau, en vêtements, en literie et autres produits de première nécessité, s’occupent également de l’adduction d’eau, de l’évacuation des déchets et du ramassage des ordures, de la santé et de l’éducation, bien sûr. MSF, la Croix-Rouge et Médecins du monde font des maraudes, il n’y a plus ni vermine, ni maladies. La solidarité joue à plein. Celle des habitants de Grande-Synthe, bien sûr, mais aussi celle de gens venus de plus loin, et même d’Angleterre.

 

Le premier camp humanitaire de France est né, le 9 mars 2016.




« Démolition punitive »

Laurent Mérer, envoyé en Israël/Palestine, raconte l’histoire d’une démolition punitive d’une habitation.

Un message (du jeudi 31 mars à 08h48) de l’Agence des Nations Unies nous prévient : « Les forces israéliennes ont mené ce matin une opération de démolition punitive d’une maison d’habitation dans le quartier de Jabt Alshareef à Hébron. Pour plus d’information contacter le… ».

 

La maison appartient à la famille d’un jeune Palestinien, Ihab Maswada, tué par balle le 7 décembre dernier pour avoir poignardé un colon en ville. Son cousin, Abd al-Rahman, est tué deux jours plus tard rue Al-Shuhada au cours de l’attaque de deux Israéliens. Tous deux ont une vingtaine d’années. La tension est vive à cette époque à Hébron, après l’assassinat au check-point 56 par les forces israéliennes en novembre d’une jeune palestinienne de 18 ans, et le maquillage de cet assassinat en attaque. Si l’armée nie, personne à Hébron n’est dupe : un témoin a vu les soldats déposer un couteau près du corps de la malheureuse ; de ce fait les autorités israéliennes sont fébriles. Un portrait de la jeune fille dressé à l’entrée du check-point sera tronçonné quelques semaines plus tard pendant la nuit par l’armée.

 

La maison en ruines, DR

La maison en ruines, DR

 

A l’évidence, Ihab Maswada et Abd al-Rahman sont coupables. Terroristes, proclament les Israéliens. Résistance, affirment les Palestiniens. Les Français connaissent cette histoire : nos grands-pères qui tiraient sur des Allemands armés sous l’occupation étaient-ils des terroristes ou des résistants – des héros ? Ici, l’occupation dure depuis maintenant cinquante ans. Le seul horizon de ces jeunes, ce sont les murs, les check-points, les barbelés, l’humiliation des fouilles au corps, et les colons qui paradent, armés jusqu’aux dents. Les autorités palestiniennes et les Palestiniens raisonnables condamnent ces actes de jeunes désespérés qui font en réalité le jeu des colons et des Israéliens, en maintenant une tension qui justifie les déploiements de forces et l’accaparement de nouvelles terres pour « raison de sécurité ».

 

Notre ami Arrafat nous conduit vers Jabt Alshareef samedi 2 avril dans l’après-midi. La petite rue du quartier populaire qui descend à flanc de colline est encombrée. Un voisin nous montre la maison. Aucun signe extérieur d’exaction, mais dès que nous franchissons le seuil, le spectacle est désolant : toutes les cloisons intérieures du rez-de-chaussée ont été démolies à la masse. Il ne reste qu’un tas de gravats et les meubles disloqués. Cette partie de la maison était occupée par les parents. Nous montons à l’étage dans le salon où deux lits ont été installés.

Le frère nous raconte : « une centaine de soldats ont envahi et bouclé le quartier vers minuit. Plusieurs sont entrés chez nous et nous ont donné dix minutes pour évacuer les lieux. Nous sommes montés ici, au premier étage, et en bas ils ont défoncé les murs à la masse ». « Ils ont tiré une grenade lacrymogène dans la maison, et tout le monde s’est mis à pleurer », ajoute la maman de Maswada, une femme de belle allure dans la cinquantaine, digne sous son voile bleu à motifs blancs, assise en coin dans un fauteuil. Visiblement, elle est encore sous le choc, alors que le frère d’Ihab Maswada qui nous raconte la scène est plus serein. Les belles sœurs servent le café, les enfants jouent sur les deux lits. « Elle est fatiguée », nous dit le frère. Deux autres frères nous ont rejoints. Nous sommes une dizaine dans la petite pièce réaménagée pour héberger les parents.

Les autorités israéliennes, nous expliquent-ils, avaient établi un premier ordre de démolition dès février, resté sans effet. Un deuxième avait été dressé trois jours auparavant, et les soldats avaient dit au père de famille qu’il serait exécuté dans la semaine. « Mais nous avons été surpris quand ils se sont présentés peu après minuit », nous disent-ils.

 

Les démolitions punitives ont été instituées par le gouvernement Netanyahu à la mi-octobre, suite au regain de tension, et plusieurs ont été réalisées depuis cette date. Le mouvement s’est poursuivi malgré les recommandations du comité militaire israélien qui a déclaré qu’elles n’étaient pas dissuasives.

Les familles qui reçoivent des ordres de démolition peuvent faire appel de la décision, mais ces appels ont toujours été rejetés par la Haute Cour. Plusieurs organisations israéliennes condamnent ces sanctions collectives à l’égard des membres des familles qui n’ont commis aucun crime.

La maman s’endort tranquillement dans le fauteuil, tandis que les frères nous raccompagnent en nous remerciant chaleureusement de la visite. Denier passage au milieu des gravats. Outre les voisins très solidaires, nous sommes les premiers visiteurs à venir leur manifester notre solidarité.

 




La très éphémère école d’Abu Nwar

Témoignage sur une école éphémère en Israël/Palestine.

 

Je découvre  la communauté bédouine d’Abu Nwar un samedi de février.  Il y a moins de deux semaines que je suis arrivée et, nous essayons, avec mes collègues de l’équipe de Jérusalem, d’y voir clair dans les multiples zones aux statuts différents, disposées de part et d’autre du mur qui cercle la ville en zigzag. Il fait chaud ; nous sommes en visite dans un village palestinien des environs, en  conversation avec un groupe de femmes, mêlant  nos pauvres mots d’arabe à leurs pauvres mots d’anglais.  Heureusement les sourires et les mains expriment l’universel.

Soudain mon téléphone vibre ; c’est le principal outil de l’accompagnateur EAPPI, en plus de son passeport.

Le chef de la communauté  bédouine  d’Abu Nwar nous demande de venir dès que possible. Firaz, notre fidèle chauffeur et traducteur nous mène jusqu’au campement par des chemins de traverse, car toutes les routes ne sont pas autorisées aux voitures immatriculées en Palestine. Nous terminons par une très mauvaise piste. Nous découvrons un étonnant village dont les maisons sont faites de palettes de bois et de  barricades usagées couvertes de grandes toiles, les toits de vieilles tôles maintenues par de gros cailloux. Des moutons à  épaisse  toison brune et des chèvres courtaudes à longs poils soyeux broutent alentour les rares bosquets qui émergent au milieu d’un paysage de terre rouge  semé  de rochers blancs. Pas âme  qui vive…

Pourtant, surgit d’on se sait où, un homme s’approche de la voiture, c’est le chef du village, nous dit Firaz, on l’appelle ici le mouktar.

 

Abu Imad, la cinquantaine, a belle allure dans sa une longue robe grise, tenue traditionnelle  des  bédouins, la tête  ceinte  d’un keffieh à carreaux noirs et blancs. Il semble heureux de nous voir, sourit, hèle plusieurs membres de la communauté qui le rejoignent, tous des hommes, et nous invite à prendre place en rond sur des chaises plastiques hors d’âge, à côté d’un petit enclos abritant  deux balançoires et un toboggan vert : la cour de l’ancienne école.

Plusieurs minutes passent. Un gamin au sourire édenté nous apporte des verres de thé brûlant abondamment sucré. Après la première gorgée que le mouktar nous dévoile la raison de son appel.

Jusqu’à ce jour Abu Nwar, comptant 113 familles et 650 habitants, n’avait qu’une seule école composée  de deux « caravanes ». « Caravanes » est le terme employé ici pour désigner ce qu’on appelle chez nous des baraques de chantiers. Celles-là sont en simples tôle, sommairement assemblées. Dans la première s’entassent les quarante enfants de la maternelle tandis que trente élèves et trois professeurs se partagent l’autre, dans la pluie et le froid en hiver, par chaleur étouffante  en été. C’est la «vieille école « .

Hier soir, nous explique Abu Imad très  fier, les hommes du village ont monté  une nouvelle école : « regardez-la, dit-il en se retournant, juste à côté ».

Suivant son geste, nous découvrons trois autres caravanes disposées  en L, légèrement plus grandes que les premières, étincelantes  dans le soleil encore haut de l’après-midi. Sur l’une d’elle une immense affiche collée indique : « Payé par la France. Ministère des Affaires Etrangères. »

Abu Imad nous propose de visiter la nouvelle structure qui accueillera dès demain dimanche 70 élèves.

Ecole éphémère Abu Nwar, DR

Payé par la France… (DR)

Ecole éphémère d'Abu Nwar, DR

Surtout protégé du froid… (DR)

Si le sol reste inégal  car la dalle a été  sommairement et rapidement coulée, les murs et le toit sont cette fois en panneaux sandwich de tôle, garnis d’isolant. C’est assurément  d’un grand dépouillement mais plus grand et surtout protégé du froid et de la chaleur. Chaque porte est munie d’une serrure, l’ouverture des fenêtres est facile.

C’est un grand changement, pour ainsi dire le paradis et les bédouins sont à la fête, presque à la fête…

« Car cette nuit, vers minuit reprend Abu Imad qui a perdu son sourire, j’ai été  réveillé par des bruits de moteur. Je ne dors que d’un œil car ma communauté est sous menace permanente de déplacement  forcé ; je me suis  levé précipitamment et j’ai aperçu une dizaine de véhicules de l’armée israélienne et de l’administration civile, juste en haut du village. Les militaires et les civils prenaient des photos de la nouvelle école avec des appareils équipés de zooms impressionnants ».

Abu Imad a  de l’expérience. Quand l’administration civile prend des photos ce n’est pas pour faire un bel article sur la débrouillardise des habitants ou la générosité de la  France.

 

Nous sommes surprises que la construction de l’école ait pu être  connue si vite des services de l’État israélien : nos administrations ne nous ont pas habituées à une telle célérité.

Abu Imad devance nos questions. « Ce sont les colons alentour, nous explique-t-il le regard triste, qui nous surveillent en permanence et dénoncent chacun de nos actes ».

Voyant cette opération de repérage, le mouktar a alors craint la démolition  de l’école. Celle-ci est en effet  construite sans autorisation officielle car les permis de construire ne sont jamais délivrés, quand bien même il s’agit d’un programme humanitaire. C’est pourquoi il nous a appelés et demandés  de venir d’assurer une « présence  protectrice ». C’est l’essence de notre mission. L’expérience montre que lorsque des témoins  internationaux sont présents, les autorités israéliennes hésitent à agir.

 

Nous lui proposons alors de rester dormir mais Abu Imad refuse. Nous lui promettons de revenir demain pour voir les enfants dans leurs nouvelles classes.

Nous sommes de retour ce dimanche en début  d’après-midi, à temps pour assister la fin des cours. Comme hier le village semble désert. Comme hier Abu Imad surgit, mais il a un pauvre sourire sur les lèvres. Nous cherchons la nouvelle  école, mais il ne reste que la dalle.

 

Dans la nuit des ouvriers, protégés  par des dizaines de militaires lourdement armés  sont venus démonter les panneaux isolés et ont tout emporté.

Il ne reste, dans la main crispée  d’Abu Imad, que le trousseau des clés qui n’auront jamais servi.

 

Ecole éphémère d'Abu Nwar, DR

Il ne reste que la dalle… (DR)