Solidarité avec Haïti après le séisme du 6 octobre

Un bilan toujours provisoire de 17 morts et près de 350 blessés, des milliers de bâtiments endommagés dont des écoles, des hôpitaux, des églises… Depuis le séisme du 6 octobre qui a frappé le Nord-Ouest d’Haïti, le Défap se tient en contact étroit avec la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (la FEPH) et avec ses divers partenaires de la Plateforme Haïti pour tenter d’évaluer les besoins sur place. Une réunion d’urgence du comité Solidarité protestante est prévue vendredi : elle sera consacrée à Haïti et à l’Indonésie, deux régions frappées par des tremblements de terre.

Une vue des dégâts dans une école de Gros Morne © FEPH

La première secousse, de magnitude 5,9, s’est produite au soir du samedi 6 octobre ; et depuis les répliques se succèdent au Nord-Ouest d’Haïti, aggravant les premiers dégâts et ravivant tous les traumatismes du tremblement de terre de 2010. Le ministère de l’Intérieur haïtien a fait état mardi de 17 morts et près de 350 blessés, dont 9 morts dans la ville côtière de Port-de-Paix, la plus proche de l’épicentre, et 7 dans la commune de Gros Morne, plus au sud, du côté de l’Artibonite. Les dégâts sur les constructions et les infrastructures sont très importants : des centaines de maisons détruites, des milliers plus ou moins gravement endommagées ; mais aussi des écoles, des hôpitaux, des églises… Au cours des heures qui ont suivi la première secousse, nombreux ont été ceux qui ont préféré dormir à l’extérieur, dans des campements de fortune, par crainte de voir les bâtiments s’effondrer.

La «peur du béton»

Pour aller plus loin :

Le Défap se tient en contact étroit avec la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (la FEPH) et avec ses divers partenaires de la Plateforme Haïti pour tenter de recenser les besoins sur place. Dès le dimanche matin, une équipe du bureau central de la FEPH a quitté Port-au-Prince pour procéder à une première évaluation. Elle était composée de Christon Saint-Fort, directeur exécutif, de Joël Hilaire, officier de projets et d’Ingrid Hardouin, chargée d’appui aux partenariats. Elle s’est rendue en compagnie des équipes régionales dans les communes de Gros Morne, de Port-de-Paix et de Saint-Louis du Nord, les trois villes les plus affectées par le tremblement de terre. La FEPH, grâce à son réseau de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation 300.000 enfants. Elle est soutenue directement par le Défap à travers des financements directs et à travers ses envoyés ; elle fait aussi partie des partenaires privilégiés de la Plateforme Haïti, mise en place sous l’égide de la Fédération protestante de France et où le Défap se retrouve aux côtés de divers acteurs du protestantisme français impliqués dans ce pays, comme La Cause ou la Mission Biblique.

Bâtiment endommagé par le séisme © FEPH

Au niveau des seuls établissements scolaires, la FEPH fait état de 34 écoles endommagées à Gros Morne, huit à Port-de-Paix et une école à Saint-Louis du Nord, et évoque le besoin d’un appui psycho-social dans les communautés scolaires. Surtout, son rapport décrit une population traumatisée. «Si l’on ne peut pas parler de crise humanitaire majeure, de nombreux besoins sont existants et justifiés suite à cette catastrophe. Les zones visitées étaient déjà dans une situation vulnérable avant le tremblement de terre, ce dernier ne fait qu’aggraver la situation. Sur le chemin, nous avons croisé de nombreuses familles avec des enfants qui quittaient la région. Dans les rues, on observe aussi de nombreuses familles avec enfants, en sacs à dos, cherchant à quitter la ville. Les familles qui restent, quant à elle, sont rassemblées à l’extérieur dans la rue. Elles se sentent plus en sécurité devant leurs maisons, il y a une réelle «peur du béton». Donc, aucun camp de sinistrés ni d’abri provisoire n’a été remarqué. (…) N’oublions pas que nous sommes en pleine saison des pluies et que l’infiltration peut aggraver les dommages. (…) À ce jour, toutes les écoles des zones sinistrées sont fermées même si aucune décision ministérielle n’a été prise dans ce sens.»

Une réunion d’urgence du comité Solidarité protestante

L’équipe de la FEPH partant évaluer les besoins © FEPH

Les infrastructures hospitalières se sont révélées insuffisantes pour faire face à l’afflux des victimes à soigner. «L’hôpital Béraca à Port-de-Paix», n’ayant «subi aucun dégât majeur (…) est le seul hôpital de la région à pouvoir recevoir les nombreux blessés», indiquait dimanche soir Jean-Claude Raynaud, de la Mission Biblique. Et les secousses ayant été ressenties jusqu’à Port-au-Prince, c’est toute la population haïtienne qui vit désormais dans l’angoisse et le souvenir du tremblement de terre de 2010, qui avait fait alors plus de 230.000 morts. «La panique est générale, nationale, même si les dégâts sont enregistrés surtout dans les départements du Nord-Ouest et du Nord», commentait, également dimanche soir, Fritz Bissereth, directeur d’ADRA-Haïti.

Outre la mobilisation des partenaires de la Plateforme Haïti, une réunion d’urgence du comité Solidarité protestante est prévue vendredi à Paris : elle sera consacrée à Haïti et à l’Indonésie, deux régions frappées par des tremblements de terre.

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Rencontres avec l’Église Protestante Africaine : «la mission se construit à trois»

Si l’Église Protestante Africaine ne fait pas partie des partenaires historiques du Défap, des rapprochements ont lieu depuis quelques mois. Ils ont été initiés à travers la composante française de l’EPA, qui, en nouant des liens avec les Églises de France, a permis d’entrer en relation avec l’Église mère au Cameroun. Souvent aujourd’hui, la mission implique ainsi un triptyque : une Église issue de l’immigration, son «Église mère», et les Églises de France.

Exemple d’action de l’EPA : un groupe de pygmées musiciens © Défap

 

L’EPA (Église Protestante Africaine) est une Église presbytérienne (réformée) camerounaise qui a pour spécificité de faire ses cultes en langues locales. C’est une composante forte de son histoire : issue, à l’origine, des travaux de la mission presbytérienne américaine, elle a commencé à s’organiser comme une Église autonome en 1934 précisément par souci de la défense de la langue kwasio, un dialecte employé principalement en Guinée équatoriale, mais également au Cameroun dans la région du Sud. Initialement concentrée dans la région de Lolodorf, l’Église s’est étendue depuis à d’autres régions du pays.

L’EPA n’est pas un partenaire historique du Défap. Pourtant, ses orientations théologiques auraient pu nous rapprocher, mais les aléas de l’histoire en ont décidé autrement et l’avaient conduite à développer des liens plutôt avec le Département Missionnaire Suisse : DM-échange et mission, l’équivalent du Défap pour les Églises protestantes de Suisse francophone.

Être ensemble missionnaires ici et là bas

Un temple de l’Église Protestante Africaine © Défap

Mais, depuis quelques mois, de nouvelles relations naissent et se développent. Elles sont le fruit de rencontres entre des paroisses de l’Epudf (Église protestante unie de France), de l’Uepal (Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine), les communautés de l’EPA en France et le Défap. C’est parce que la composante française de l’EPA est en train de se rapprocher des Églises de France que nous sommes entrés en relation avec l’Église mère au Cameroun de manière à mieux la connaître et la comprendre. Nous pourrons ainsi mieux accueillir ces frères et sœurs camerounais et être ensemble missionnaires ici et là bas !

Comme souvent aujourd’hui, la mission se construit à trois : une Église issue de l’immigration, l’Église «mère» et nos Églises de France. C’est dans cet esprit que le Secrétaire Général de l’EPA, le pasteur Massaga, est venu en France visiter leurs communautés et rencontrer le président de la Fédération protestante de France (FPF), le pasteur François Clavairoly, ainsi que le Défap. Ces diverses rencontres qui ont eu lieu début octobre permettent d’envisager de beaux rapprochements dans un avenir proche.




Missionnaires en musique

Quelle relation entre Ennio Morricone, Robert De Niro et… la mission ? Bien sûr, il s’agit du film « Mission » de Roland Joffé, une œuvre cinématographique qui met notamment en scène les relations entre culture missionnaire et musique. Ces relations sont au cœur du n°74 de « Perspectives Missionnaires« . Présentation avec cet article introductif de Gilles Vidal.

Toute personne ayant vu le film Mission de Roland Joffé a forcément gardé en mémoire à la fois les images magnifiques des chutes d’Iguazu et la bande-son sublime composée par Ennio Morricone. Parmi les passages marquants de ce long-métrage, on retiendra celui où le Père Gabriel (Jeremy Irons), père jésuite perdu dans la jungle du Paraguay, sent mystérieusement autour de lui et de son acolyte, le repenti Mendoza (Robert De Niro), la présence menaçante des indiens Guarani. Au cœur de cette atmosphère oppressante, il tire un hautbois de sa besace, l’assemble tranquillement et commence à en jouer. La mélodie délicate s’élevant vers le ciel agit alors comme un enchantement puisque les Indiens se laissent approcher et conduisent les missionnaires vers leur village. Un peu plus loin dans le film, un autre passage musical joue également un rôle clé : lors d’une visite de la mission effectuée par le nonce du pape venu en apprécier l’utilité, celui-ci est impressionné par la chorale d’enfants entonnant avec ferveur un « Ave Maria » digne de Palestrina…

Ainsi comme l’on peut le constater, la musique et le chant ont été et continuent d’être un corollaire efficace à la mission et l’évangélisation, engendrant la créativité avec des effets tant sur la foi chrétienne que sur l’art. Le dossier qui suit tente de donner un modeste aperçu de ce compagnonnage à différentes époques et dans des contextes très variés.

Gilles Vidal esquisse un historique de la musique et du chant d’Église ainsi que de sa traduction, au XIXe siècle, en contexte missionnaire protestant. Après avoir rappelé l’importance de la musique et du chant communautaire pour les réformateurs, il aborde la contribution du Réveil britannique à l’hymnologie protestante. Confrontée à des contextes culturels si variés, la musique et le chant européens s’hybrident : les mélodies deviennent moins strictement « tonales » et les paroles des cantiques s’interprètent à la lumière des situations locales ou régionales.

Pour aller plus loin :
Retrouvez les archives de « Perspectives missionnaires » sur le site de l’AFOM (Association francophone oecuménique de missiologie) en cliquant sur l’image ci-dessus. Et retrouvez ci-dessous les anciens numéros :
N° 72 – Famille, conjugalité, témoignage
N° 71 – Églises et culture émergente
N° 70 – Ensemble vers la vie, Nouvelles pistes pour la mission
N° 69 – Héritiers et témoins d’une terre promise
N° 68 – Se former à la mission ?
N° 67 – Œcuménisme et mission en Europe
N° 66 – Relire David Bosh
N° 65 – Afrique en mission
N° 64 – Bible et traduction en mission
N° 63 – Prier dans un contexte interreligieux ?
N° 62 – La planète évangélique
N° 61 – Divers articles
N° 60 – Dossier Édimbourg – Cape Town 2010
N° 59 – Dossier Afrique du sud
N° 58 – La Mission : entre altérité et identité
N° 57 – Dossier Mission et communication
N° 56 – Dossier Madagascar
N° 55 – Mission en Europe
N° 54 – Christianisme en zones interdites
N° 53 – Économie et foi

Cette diversité des cultures et leur richesse artistique dans laquelle la foi s’exprime au moyen de la musique et du chant sont étudiées, théorisées et pratiquées dans le cadre de l’ethnodoxologie. Ruth Labeth introduit magistralement le lecteur dans cette discipline missiologique à part entière dont le but est d’analyser et – le cas échéant – d’infléchir les stratégies liturgiques à l’œuvre dans un milieu donné, tant sur le plan personnel que communautaire. Qu’elle soit ici remerciée pour son apport et sa réflexion dans un domaine sans doute encore trop méconnu en milieu francophone.

Peut-on « décemment » jouer du jazz dans un culte ? C’est à partir de ce cas concret vécu en Indonésie que William Edgar propose une réflexion globale sur le triptyque « musique, mondialisation et mission ». Il décrit en particulier la difficulté des cantiques indonésiens, pourtant bien adaptés culturellement, à s’imposer face au flux du gospel mondial. Cependant, prenant également le contre-exemple de la Guadeloupe, il montre comment la période contemporaine est marquée par une « conscientisation » de l’identité antillaise qui semble rendre justice à une foi plus authentiquement vécue. Inutile de dire combien cette comparaison insulaire entre l’Indonésie et la Guadeloupe est précieuse pour ouvrir les horizons des lecteurs de Perspectives Missionnaires qui lui en sont profondément reconnaissants.

Pasteur, compositeur et musicien, Joël Dahan partage sa passion et son expérience dans un article décrivant comment la création artistique auprès des jeunes relève de l’évangélisation. Les ateliers « musique et écriture » produisent des chants d’assemblée auquel l’auteur reconnaît six dimensions dont la parenté avec la pensée des réformateurs du XVIe siècle est patente. Il conclut – et nous lui en savons gré – en ouvrant la réflexion non seulement sur les enjeux interculturels de la musique et du chant en milieu ecclésial et missionnaire, mais également sur leurs implications inter- générationnelles.

Clôturant et enrichissant ce dossier, Fred. O. Biyela présente un aperçu historique du chant liturgique catholique à partir du Congo-Brazzaville. Il montre comment, avant la réforme de Vatican II, les cantiques traduits par les missionnaires pouvaient donner lieu à de terribles – et diaboliques – contresens ! La période postconciliaire fut plus heureuse en la matière, notamment grâce à une meilleure prise en compte de l’inculturation du christianisme. C’est au nom de cette notion en effet, que le chant liturgique a gagné en profondeur, notamment grâce à l’introduction d’instruments « traditionnels ». Mais le processus n’est pas clos et l’auteur souligne les collaborations œcuméniques fructueuses qui sont nées de la pratique du chant et de la célébration. Qu’il reçoive ici toute notre gratitude pour sa contribution.

Parmi la diversité des époques, des pays et des contextes évoqués dans ce dossier, une question fondamentale et transversale apparaît. Elle se manifeste sous la problématique récurrente de l’introduction d’instruments profanes – ou de mélodies, ce qui est une variante – dans l’espace « sacré » que constitue le culte ou l’annonce missionnaire. Ce n’est pas le moindre mérite des auteurs de nous amener sans cesse à nous interroger sur nos héritages et la place que nous leur accordons dans la foi et sa proclamation. Finalement, le trio musique, chant et mission pourrait bien être l’écho d’un autre trio : héritage, tradition et innovation.

Gilles Vidal

Retrouvez ci-dessous le sommaire de ce numéro 74 de « Perspectives missionnaires » :

 

 




Nouvelle-Calédonie : faire du référendum un choix d’espérance

A un an presque jour pour jour du référendum d’autodétermination prévu en Nouvelle-Calédonie en novembre 2018, la réunion du Comité des signataires qui s’est tenue à Matignon a permis de trouver un accord sur les listes électorales, un point de vives divergences entre les parties prenantes qui risquait de miner la légitimité même du scrutin. Interrogé par la radio RCF, le secrétaire général du Défap a souligné cette «très belle avancée» et la confiance qui a pu être établie par le Premier ministre avec les interlocuteurs. Mais les tensions restent fortes dans l’archipel et pour les désamorcer, «le rôle des Églises est essentiel» ; dans ce contexte, Bertrand Vergniol s’est félicité de la position adoptée par l’EPKNC vis-à-vis du scrutin qui devra, quel que soit le résultat du vote, être «un choix d’espérance pour le destin commun.»

 

Août 2017 : lors du synode de l’EPKNC en Nouvelle-Calédonie © Défap

S’il est une question révélatrice des tensions qu’éveille en Nouvelle-Calédonie l’approche du référendum d’autodétermination, c’est celle des listes électorales. Elle figurait en tête des sujets abordés lors de la seizième réunion du Comité des signataires qui s’est tenu jeudi et vendredi à Matignon. L’accord obtenu sur ce point au bout de plus de 9 heures de discussions marque une avancée cruciale. Non seulement parce qu’il a permis de lever les divergences portant sur l’inscription automatique de 11.000 personnes supplémentaires sur ces listes – 7000 de statut civil coutumier (kanak) et 4000 de statut civil de droit commun – mais aussi et surtout parce que le Premier ministre Édouard Philippe a su prendre le temps d’établir un dialogue dans la confiance.

Créé par l’accord de Nouméa signé le 5 mai 1998, le Comité des signataires se réunit sur convocation du gouvernement, à la demande des différents partenaires engagés dans l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, pour faire le point sur l’application de l’accord. Que ce soit à l’occasion des élections locales ou, comme c’est le cas aujourd’hui, pour préparer le référendum prévu d’ici novembre 2018, la question des listes électorales y était devenue récurrente. L’enjeu étant la représentation des Kanak lors des scrutins. Il existe ainsi en Nouvelle-Calédonie plusieurs corps électoraux, avec des listes électorales de droit commun et d’autres spéciales. Les listes de droit commun sont destinées aux élections à dimension nationale (présidentielle, législatives, européennes…) ; les listes spéciales permettent une restriction du corps électoral dans l’optique de l’organisation du référendum d’autodétermination prévu d’ici novembre 2018, et le principe en a été étendu aux scrutins locaux. Cette restriction a pour but de permettre une sorte de rééquilibrage en faveur des Kanak – principe à valeur constitutionnelle inscrit dans l’accord de Nouméa signé en 1988 – sachant que la population kanak est aujourd’hui minoritaire en Nouvelle-Calédonie. Cette évolution démographique s’explique par l’immigration encouragée par la métropole, qui s’est encore accélérée avec le «boom du nickel» de la fin des années 1960. Résultat : alors que la population kanak représentait 51,1% de la population totale en 1956, cette part était descendue à 46% en 1969 ; elle est de 39% aujourd’hui. Mais si le rééquilibrage électoral était clairement inscrit dans l’accord de Nouméa, ses modalités ont été depuis lors l’enjeu de farouches oppositions entre indépendantistes et non-indépendantistes.

L’EPKNC dans la société : un rôle stabilisateur

Pour aller plus loin :
– Écoutez ci-dessous l’interview de Bertrand Vergniol sur RCF :

Nouvelle-Calédonie : aider au dialogue (conférence du Défap)
Nouvelle-Calédonie et protestantisme français : tisser des relations proches
ABS : Un programme de soutien aux étudiants de Nouvelle-Calédonie

C’est dire l’enjeu, à la fois politique et symbolique, de ces listes électorales, et l’avancée représentée par l’accord obtenu à Matignon. Interrogé vendredi matin à l’antenne de la radio RCF, le secrétaire général du Défap, Bertrand Vergniol, a souligné cette «très belle avancée» en pointant l’importance de la relation que le Premier ministre a su établir avec ses interlocuteurs : «dans nos milieux d’Églises, on sait que la confiance est essentielle». Essentielle aussi «pour que le référendum soit le reflet de la volonté des Néo-Calédoniens». Il a rappelé que jusqu’alors, la situation avait tendance à patiner depuis les accords de Matignon en 1988, puis ceux de Nouméa dix ans plus tard : «Un des risques de la Nouvelle-Calédonie est de tourner sur elle-même», a-t-il souligné. «Le fait qu’une confiance ait pu être établie pour préparer ce référendum que tout le monde attend depuis trente ans, c’est essentiel». Mais il reste beaucoup à faire avant le référendum et les tensions sont fortes : «La violence est à fleur de peau, nous sommes dans une situation très fragile.» Il y a aujourd’hui «huit communautés différentes qui composent la Nouvelle-Calédonie, qui est donc toujours en quête d’un équilibre. Il faut se parler, il faut s’écouter ; c’est simple, c’est presque évangélique.» C’est pourtant le plus difficile «quand les armes ont parlé, que tout le monde se regarde en chien de faïence.»

Dans un tel contexte, «le rôle des Églises est essentiel», a souligné le secrétaire général du Défap. «D’abord parce que les Églises ont une place structurante dans la société. Ensuite, quand on entend des mots comme ceux de destin commun, pardonner… ce sont des thèmes chrétiens.» Et de rappeler ce propos d’Alain Christnacht, qui fut l’un des artisans du dialogue entre partisans et opposants à l’indépendance avant de devenir Haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, de 1991 à 1994 : «selon lui, les valeurs calédoniennes sont un tissu des valeurs de la République, des valeurs chrétiennes et des valeurs kanak.»

Bertrand Vergniol a notamment souligné la position de l’Église Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC) : «Elle vient de se prononcer, j’ai reçu le texte hier, je suis heureux de vous le dire : quel que soit le résultat du référendum, il faudra que ça aille dans le sens de l’émancipation des hommes. Elle ne prend donc pas parti dans le référendum de manière binaire pour ou contre l’indépendance, mais elle dit que ce choix démocratique doit être un choix d’espérance pour le destin commun. Cette perspective de l’EPKNC, avec les autres Églises protestantes, va jouer un rôle stabilisateur, et non pas jeter de l’huile sur le feu ; ça me semble de très bon augure pour toute la Nouvelle-Calédonie. L’EPKNC, c’est à peu près la moitié du peuple kanak ; ce qu’elle dit est écouté, il y a des mouvements de jeunes, et elle a un rôle d’éducation populaire, d’attention à l’autre qui est essentiel.»

Les rendez-vous du Défap de 2017 – 2018 :
  • Août 2017: participation des Secrétaires généraux du Défap et de la Cevaa au Synode général de l’Église protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC) à Lifou, îles Loyauté ; visite du lycée protestant Do Neva et du chantier de réhabilitation après les inondations catastrophiques de novembre 2016.
  • 18 septembre 2017 : soirée publique de conférence au siège de la Fédération protestante de France à Paris sur le thème « la Nouvelle-Calédonie à la croisée des chemins ».
  • Septembre 2017 – juillet 2018 : animations dans les paroisses protestantes de métropole, autour des défis que vit la Nouvelle-Calédonie à la veille du référendum et de la place du protestantisme calédonien.
  • Juin 2018 : visite en France d’une délégation de Nouvelle-Calédonie et de l’EPKNC pour participer à des conférences dans toute la France et rencontrer les nouvelles autorités politiques françaises.
  • Automne 2018 : visite en Nouvelle-Calédonie, avant le référendum de novembre 2018, d’une délégation du protestantisme français.
 

 




Aider les âmes et prendre soin des corps

Les relations entre la mission et l’action sociale sont au coeur du numéro 73 de « Perspectives missionnaires », titré : « Témoignage et diaconie ». Cette revue de missiologie protestante, créée en 1981, présente et analyse ainsi chaque semestre les défis du témoignage chrétien à travers le monde, ainsi que les réponses apportées par les Eglises dans le contexte de la mondialisation et des mutations culturelles.

Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion.

Pour aller plus loin :
Retrouvez les archives de « Perspectives missionnaires » sur le site de l’AFOM (Association francophone oecuménique de missiologie) en cliquant sur l’image ci-dessus. Et retrouvez ci-dessous les anciens numéros :
N° 71 – Églises et culture émergente
N° 70 – Ensemble vers la vie, Nouvelles pistes pour la mission
N° 69 – Héritiers et témoins d’une terre promise
N° 68 – Se former à la mission ?
N° 67 – Œcuménisme et mission en Europe
N° 66 – Relire David Bosh
N° 65 – Afrique en mission
N° 64 – Bible et traduction en mission
N° 63 – Prier dans un contexte interreligieux ?
N° 62 – La planète évangélique
N° 61 – Divers articles
N° 60 – Dossier Édimbourg – Cape Town 2010
N° 59 – Dossier Afrique du sud
N° 58 – La Mission : entre altérité et identité
N° 57 – Dossier Mission et communication
N° 56 – Dossier Madagascar
N° 55 – Mission en Europe
N° 54 – Christianisme en zones interdites
N° 53 – Économie et foi

C’est le rôle que joue depuis 1981 « Perspectives missionnaires », unique revue protestante de missiologie de langue française, éditée par l’association de même nom. Comment se former à la mission ? Quelles relations avec les autres chrétiens, avec les autres religions ? Comment parler de la mission en Europe aujourd’hui, comment répondre aux défis du monde actuel comme, par exemple, celui de l’écologie ? Tous ces grands thèmes ont été abordés par « Perspectives missionnaires ». Le numéro 73, sous le titre : « Témoignage et diaconie », aborde la question de l’entraide, de l’action sociale, de la solidarité sous toutes ses formes.

« De façon récurrente », souligne en introduction Marc Frédéric Muller, qui a coordonné le dossier, « on a pu considérer la mission comme une entreprise de conquête des âmes et d’appel à la conversion, sans l’associer nécessairement à un mouvement de sollicitude envers les personnes en situation de fragilité, malades, nécessiteuses ou persécutées. Cette conception réductrice de l’évangélisation semble pourtant bien souvent démentie par l’histoire des sociétés missionnaires qui, avant de construire un édifice pour le culte, avaient à coeur de bâtir une école ou un dispensaire, et se sont engagées pour l’émancipation ».

La diaconie aujourd’hui peut recouvrir des compréhensions et des pratiques très différentes. Elle fait même l’objet d’enseignements universitaires, comme le souligne l’un des contributeurs de ce numéro de « Perspectives missionnaires », Kjell Nordstokke, pasteur luthérien et professeur en diaconie à Oslo. Mais elle n’échappe pas à la problématique des déséquilibres de pouvoir, d’où une nécessaire réflexion sur la responsabilisation et l’autonomie… A découvrir dans ce numéro, outre des études théologiques sur la diaconie dans les lettres de Paul, historiques ou sociologiques sur la diaconie aujourd’hui, des témoignages de diacres protestants ou catholiques ; signalons notamment celui de Pierre Adama Faye, vice-président de l’Eglise Luthérienne du Sénégal (et responsable de l’action sociale de l’Eglise) et d’Anna Tikum, engagée au service de l’action diaconale de l’ELS.

Retrouvez ci-dessous le sommaire de ce numéro 73 de « Perspectives missionnaires » :

 




Protestantismes, convictions et engagements

Qui sont les protestants aujourd’hui ? Quels sont leurs engagements ? Des questions qui intéressent l’ensemble du monde protestant et sur lesquelles sont conviés à intervenir une pléiade de chercheurs et d’acteurs du protestantisme. C’est dans le décor prestigieux des salons d’honneur de la Mairie de Paris que se déroule sur deux jours, à partir de ce vendredi 22 septembre, ce colloque organisé par la Fédération protestante de France dans le cadre de l’année « Protestants 2017, 500 ans de Réformes, Vivre la fraternité ».

L’affiche du colloque © FPF
Le colloque « Protestantismes convictions et engagements », organisé par la Fédération protestante de France, est un événement accueilli par la Mairie de Paris à l’occasion du 500e anniversaire de la Réforme. Ce rendez-vous international, historique et interreligieux réunit les meilleurs spécialistes de l’histoire du protestantisme en France et dans le monde. Un moment pour valoriser et comprendre la diversité et l’engagement du protestantisme à travers les siècles.

A l’occasion du lancement de ce colloque, François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, s’est entretenu avec l’hebdomadaire Réforme sur le thème du rôle des protestants dans la société. La FPF a également présenté vendredi les autres initiatives programmées tout au long de l’année 2017 pour marquer les 500 ans de la Réforme, que l’on peut retrouver dans cet article de La Croix.

Retrouvez ci-dessous l’intégralité des événements qui jalonneront le colloque « Protestantismes convictions et engagements », que la FPF propose de suivre en #FacebookLive sur sa page.

 

Vendredi 22 septembre

14 h 00

Pour aller plus loin :
Quel rôle peuvent jouer les protestants dans la société ? (Réforme)
Suivez en direct la conférence sur la page Facebook de la FPFLe programme du colloque en pdf

Inauguration

Avec Anne Hidalgo, François Clavairoly, Patrick Cabanel

 

 

14 h 30 – 16 h 00

Luther et le déploiement de la Réforme

Avec Matthieu Arnold, Marc Lienhard, Thomas Maissen. Séance présidée par Laurent Theis (SHPF).
Trois grands spécialistes, dont les deux récents biographes français de Luther, reviennent sur les origines de l’homme, de l’œuvre, du mouvement, qui ont changé la face du christianisme. 500 ans après, il convient de repartir de l’an 1 de cette histoire.

16 h 00 – 16 h 15

Les protestants 500 ans après la Réforme. Fidélité et liberté

Par le professeur Michel Bertrand.
Présentation de l’ouvrage collectif initié par la Fédération protestante de France sous l’égide du professeur Michel Bertrand. Plus de 50 auteurs, de toutes les sensibilités du protestantisme présentent : le protestantisme actuel dans sa diversité, ses convictions théologiques, ses différents lieux d’engagement, les questions qui font encore débat en son sein. Un livre prestigieux très richement illustré

16 h 30 – 18 h 00

Diversité des Réformes

Avec Neal Blough (anabaptistes), Marianne Carbonnier-Burkard (calvinisme et zwinglianisme), Bernard Cottret (la Réforme dans les îles britanniques). Séance présidée par Pierre-Olivier Léchot.
La caractéristique de « la » Réforme est qu’elle se déploie immédiatement au pluriel, puisqu’il n’y a plus d’unité hiérarchique centralisée. Scissiparité, ruptures, approfondissements, refondations… Contemporaines ou légèrement postérieures à celle, initiatrice de Luther, d’autres réformations se développent au 16e siècle, avec les anabaptistes dans le monde germanique, Zwingli et Calvin dans le monde helvétique (et français), l’anglicanisme en Angleterre, etc.

18 h 00 – 19 h 30

Au miroir des autres

Avec Philippe Joutard (catholicisme), Rachid Benzine (islam), Rita Hermon-Belot ( judaïsme), Michel Stravrou (orthodoxie). Table ronde animée par Isabelle de Gaulmyn (La Croix).
La Réforme s’est évidemment développée dans l’histoire générale du christianisme et des autres confessions ou religions présentes en Europe ou à ses portes. Quels regards le catholicisme, l’orthodoxie, le judaïsme, l’islam, ont-ils jetés sur ce nouveau christianisme ? Leur apparaissait-il comme plus éloigné, ou plus proche ?

19 h 00 – 19 h 30

Conférence de presse au salon G. Bertrand

20 h 00 – 23 h 00

Soirée « Protestantismes, musique et fraternité »

 

 

Samedi 23 septembre

9 h 30 – 11 h 00

Arts et culture

Katarina Schächl (Musique), Olivier Millet (Littérature), Isabelle Saint-Martin (Images), Mark Alizart (Cinéma). Séance présidée par Éric Aeschimann (L’obs).
Le protestantisme, comme toute religion, est aussi un mouvement culturel. Il y a peut- être une musique, une littérature, une esthétique, une cinématographie protestantes. À partir de quels critères les définir ? Quelles œuvres capitales expriment-elles le mieux ce rapport entre une confession et une culture ? Quatre spécialistes interviendront sur autant de domaines clé.

11 h 30 – 13 h 00

Protestantisme et modernité

Jean Baubérot (laïcité), Valentine Zuber (droits de l’homme), Jean-Paul Willaime (la façon protestante d’être religieux), Gabrielle Cadier-Rey ( femmes et féminisme). Séance présidée par Hubert Bost (EPHE).
Depuis le sociologue Max Weber, et dès auparavant, on avance que le protestantisme serait la religion matrice de la modernité : pluralisme, sécularisation, laïcité, droits de l’homme, féminisme… Le « mythe » doit être revisité, il le sera par quelques-uns des meilleurs spécialistes du protestantisme, de la laïcité, de la modernité.

14 h 30 – 16 h 00

Engagements citoyens

Olivier Christin, Céline Borello, Sébastien Fath, Grace Davie, Catherine Trautmann. Table ronde animée par Nathalie Leenhardt (Réforme).
« Mythe » voisin du précédent, le protestantisme aurait été la matrice de la démocratie, voire de la République et de la gauche. Tout est vrai, et tout est bien plus complexe ! Du XVI e siècle à nos jours, du protestantisme en révolution aux courants évangéliques d’aujourd’hui, présentés comme bien plus à droite, là encore les spécialistes nous aideront à revisiter les certitudes les mieux établies.

16 h 30 – 18 h 00

Engagements solidaires

François Dermange, Jean Fontanieu, Martin Kopp, Didier Sicard, Philippe Kabongo, Frédérique Harry. Table ronde animée par Corinne Lanoir (IPT).
Les « œuvres » hier, les oNG aujourd’hui : il existe une forte fécondité associative et sociétale dans le protestantisme, que l’on songe à la Cimade, à SoS-Amitiés, à la Fédération de l’Entraide Protestante, au Planning familial… Responsables et scientifiques aborderont ce riche panorama d’hier et surtout d’aujourd’hui.

18 h 00 – 18 h 30

Conclusions par Olivier Abel




Rencontrez la maison, découvrez la mission

Au Défap, l’hospitalité n’est pas un vain mot. Que ce soit pour voir ou revoir Paris, le Défap vous accueille désormais dans cette maison historique commune qu’est le service protestant de mission : jeunes avec leurs pasteurs, animateurs, catéchumènes, paroissiens…. Des week-ends et mini-séjours « découverte » sont dès à présent proposés.

Le bâtiment du Défap, vu depuis le jardin

Visiter la maison du service protestant de mission ? Et pourquoi pas ! C’est l’occasion d’un périple culturel qui met en lumière l’histoire des missionnaires protestants et permet d’éveiller la curiosité des jeunes visiteurs.

 

Pour préparer la visite, certains lanceront des discussions sur le sens des mots « mission » et « vocation » ou sur les raisons d’un départ en mission. A travers cette visite, vous pourrez ainsi suivre l’histoire des missions …et celles des missionnaires.

 

 

Découvrir concrètement la mission

L’étage des chambres, où peuvent dormir les visiteurs

 

Histoires d’autrefois, cartes du monde, portraits, chapelle, salon rouge, bibliothèque, bureaux, salle de cours, musée… la visite est riche et toujours orientée autour des missionnaires, des lieux de mission et des objets rapportés par les envoyés.

 

Ce périple permettra d’ouvrir les yeux et les oreilles sur les cultures d’ailleurs comme celles du Gabon, du Lesotho, de la Polynésie ou encore de Madagascar. C’est aussi l’occasion de découvrir concrètement ce qu’était la mission. Car dans la mission, il y a surtout cette idée que la communication peut dépasser toutes les frontières. Et la mission, c’est le cœur de la vocation de cette maison.

 

Renseignements au 01 42 34 55 55 ou par mail à animation@defap.fr.

Spécial jeunes : 5 mini-séjours de 2 ou 3 nuits au choix pour 15 euros par personne, petit déjeuner compris.

 

Vues de la chapelle et du Salon rouge




35 étudiants à la découverte du Défap

Un groupe d’étudiants de l’Institut Biblique de Nogent a été accueilli le mardi 19 septembre au 102 boulevard Arago. Le but de cette visite : découvrir la maison historique de la Mission de Paris, sa bibliothèque, incontournable dans l’étude de l’histoire des missions protestantes… Mais aussi comprendre ce qui se vit aujourd’hui à travers le Défap.

Septembre 2017 : les étudiants de l’Institut biblique de Nogent dans la chapelle du Défap © F. Lefebvre, Défap
Les visiteurs se sont assis en cercle dans la chapelle. Nous sommes au début de l’après-midi, en ce mardi 19 septembre, et un peu plus d’une trentaine d’étudiants de l’Institut Biblique de Nogent viennent de franchir la porte du 102 boulevard Arago avec les professeurs qui les accompagnent : Lydia Jaeger, Anne Ruolt et Etienne Lhermenault. Certains n’en sont qu’au début de leur cursus, d’autres sont en troisième année et ont déjà eu des cours d’histoire des missions ou de missiologie ; ils ont été accueillis dans la maison historique de la Société des Missions Evangéliques de Paris par trois des secrétaires exécutifs du Défap.

Debout au milieu du cercle, le pasteur Florence Taubmann, responsable du service « Animation-Formation » du Défap, désigne les murs de la chapelle et la grande carte de l’Afrique affichée face à la porte : « Ici avaient lieu les cultes d’envoi des missionnaires. Ceux qui partaient dans les colonies, durant la deuxième moitié du XIXème siècle, avaient souvent aussi un autre savoir-faire : ils étaient médecins, professeurs, photographes, infirmières… A l’image de Jésus qui soignait à la fois les âmes et les corps, ils vivaient pleinement cet aspect concret de l’Evangile en ne se contentant pas de transmettre un message. »

Un contexte qui a radicalement changé

Présentation de la bibliothèque par Claire-Lise Lombard (au premier plan) © F. Lefebvre, Défap

Certains de ces missionnaires ont ainsi mené des travaux incontournables en matière d’ethnographie ou de linguistique, comme Eugène Casalis au Lesotho ou Maurice Leenhardt en Nouvelle-Calédonie. Cette richesse de l’histoire de la mission, le Défap en est témoin aujourd’hui notamment à travers sa bibliothèque, seul centre de ressources en France spécifiquement consacré à l’histoire des missions protestantes. Les étudiants de l’Institut Biblique de Nogent sont d’ailleurs amenés à y chercher des documents au cours de leur formation.

Se familiariser avec la bibliothèque du Défap et découvrir la richesse de son fonds documentaire était donc, pour les étudiants, l’un des enjeux de cette journée, qui s’inscrivait dans le cadre des visites culturelles organisées chaque année par l’Institut Biblique de Nogent. Mais il s’agissait aussi de découvrir la mission telle qu’elle se vit aujourd’hui à travers le Défap, dans un contexte devenu radicalement différent de celui que connaissaient les premiers missionnaires de la SMEP.




La maison du Défap ouvre ses portes aux jeunes

Quinze c’est le nombre d’adolescents alsaciens venus découvrir le Défap le 15 février dernier. Originaires de la banlieue ouest de Strasbourg, les jeunes membres de ce groupe de catéchumènes ont visité la maison du service protestant de mission. Un périple culturel qui a mis en lumière l’histoire des missionnaires protestants mais aussi éveillé la curiosité des jeunes visiteurs pour les envoyés actuels.

Ce jour-là, le rendez-vous était donné dans la chapelle. Accompagnés de leurs quatre accompagnateurs, les jeunes adolescents des paroisses protestantes du consistoire d’Ittenheim étaient tous présents. Pour les accueillir, trois membres du Défap encadraient le groupe : le pasteur Florence Taubmann, responsable de l’animation France-Jeunesse, Laura Casorio, responsable des envoyés, et Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque et des archives.

Avant le démarrage de la visite, une discussion avec les jeunes s’initie et une réflexion sur le sens des mots « mission » et « vocation » fait débattre la jeune assemblée. « Pourquoi part-on en mission à votre avis ? », questionne le pasteur Florence Taubmann. « Pour transmettre », répond un jeune du groupe. Ses voisins réagissent : « Oui, les pasteurs ont comme mission d’enseigner la religion. Et chaque pasteur a une sensibilité différente et une raison différente ».


Le pasteur Florence Taubmann évoquant la notion de « mission », 2017, DR

Le pasteur poursuit. « En effet, dans cette idée de mission, d’être envoyé vers nos frères de partout, il y a cette idée que la communication peut dépasser toutes les frontières. La mission : c’est le coeur de la vocation de cette maison », conclut Florence Taubmann.

 


Jeu autour du mot « mission », 2017, DR

 

Laura Casorio définit alors le terme « Défap » avec les adolescents, qui se sont déjà informés avant d’arriver à Paris. « On a cherché dans Wikipédia et on a visité le site internet du Défap », explique l’une d’entre eux. Claire-Lise Lombard invite alors les jeunes alsaciens à découvrir la maison de l’intérieur. Elle tient dans ses mains les plans d’origine de l’édifice. Certains jeunes consultent des livrets avec des photos du bâtiment. « A travers cette visite, vous suivrez notre histoire et celles de nos missionnaires », poursuit Claire-Lise Lombard.

 


Un des jeunes alsaciens feuillette les illustrations du bâtiment du Défap, 2017, DR

La visite est lancée. Le groupe se déplace de pièce en pièce, en suivant avec intérêt chaque explication pour les lieux visités.
Chapelle, salon rouge, bibliothèque, bureaux, salle de cours, musée…la visite est riche et toujours orientée autour des missionnaires, des lieux de mission et des objets rapportés par les envoyés. Claire-Lise Lombard ne manque pas l’occasion de partager avec les jeunes des anecdotes sur la maison. « Aujourd’hui on appelle cette salle le musée, mais au départ il y avait un grand musée dans la chapelle avec les objets rapportés par de nombreux missionnaires. Ces objets ont été depuis transmis à des grands musées ».


Claire-Lise Lombard lors de la visite de la bibliothèque, DR, 2017

 

Deux heures plus tard, la visite s’achève et les jeunes alsaciens se retrouvent tous dans la chapelle. Ce périple leur a permis de s’ouvrir aux cultures d’ailleurs comme celles du Gabon, du Lesotho, de la Polynésie ou encore de Madagascar. De leurs côtés, les accompagnateurs sont aussi comblés par la découverte du lieu. Pour le pasteur Caroline Ingrand-Hoffet, qui avait déjà accompagné un groupe cinq ans auparavant, c’est aussi une occasion privilégiée de concrétiser la notion de mission. « Le mot ne veut pas dire grand-chose pour eux ou alors ça peut avoir une connotation négative , explique t-elle. « Ici cela montre ce qu’est la réalité d’aujourd’hui des envoyés. C’est devenu quelque chose de positif et de très intéressant. A travers ce type de visite, on sème aujourd’hui quelque chose et, qui sait, cela développera peut-être des vocations de missionnaires plus tard ».

 


Le pasteur Caroline Ingrand-Hoffet, accompagnatrice du groupe alsacien, 2017, DR

 

Suite à cette expérience, le Défap a prévu d’accueillir davantage de jeunes avec leurs pasteurs ou animateurs dans cette maison commune qu’est le service protestant de mission. Des week-ends et mini-séjours « découverte » sont déjà en préparation pour la rentrée prochaine.

 




Nouvelle Calédonie : le lycée Do Neva rouvre ses portes

Plus de quatre mois après les pluies diluviennes qui ont terrassé la Nouvelle Calédonie, le lycée Do Neva a rouvert ses portes pour sa rentrée du 20 février. Thomas Carlen, le directeur de l’établissement, s’en félicite. Quelques jours avant la rentrée, il s’est livré dans un entretien exclusif pour notre site.

Lors de votre interview en décembre dernier, vous dressiez un bilan alarmiste de la situation. Qu’en est-il aujourd’hui ?

A l’époque, les dégâts étaient considérables. Nous n’avions jamais vécu une telle crise. Aujourd’hui, les installations provisoires ont fait place à la réhabilitation de nos locaux. Nous finalisons la rénovation et la remise en état des deux salles de classes, qui avaient été inondées, et du bâtiment administratif. Nous finissons également la mise aux normes du circuit électrique.

 

Comment s’annonce cette rentrée scolaire ?

La rentrée était initialement prévue au 13 février mais elle a dû être reportée au lundi 20 février. Parce que nous avons eu trois jours de fortes pluies qui ne nous ont pas affectés directement mais qui ont suspendu le chantier électrique et le travail des plafonds et des plâtres.
Nous attendons encore la livraison de la salle de la direction adjointe, la salle de la vie scolaire et les deux salles de classe pour démarrer. Nous avons fait un point avec les entreprises. La livraison des travaux est prévue pour le mercredi 15 février. Jeudi 16 et vendredi 17, nous serons prêts pour réaménager les salles et accueillir les 180 élèves le jour de la rentrée.

 


Travaux de l’espace vie scolaire, février 2017, DR

 

Après la rentrée, que restera-t-il à faire ?

Nous attendrons une quinzaine de jours après la rentrée pour préparer les clôtures et mettre en place la salle de repos du personnel de l’établissement. C’est un lieu important pour le personnel et les 27 enseignants de l’établissement.

 


Plaque commémorative du complexe Do Neva, DR

 

En décembre 2016, nous lancions un appel aux dons sur notre site. Depuis cet appel, combien de dons avez-vous reçu ?

Grâce au Défap, presque la moitié de l’objectif, fixé à 22 500 euros, a été récolté pour nous venir en aide. Je remercie tous les donateurs protestants métropolitains. C’est aussi grâce à eux que la rentrée va pouvoir se faire dans les meilleures conditions.

Nous comptons toujours sur vous !
Soutenez le lycée Do Neva
en adressant un chèque à l’ordre du Défap (en mentionnant « Do Neva »).
Merci d’avance de votre aide.

 

 

L’engagement des protestants français en Nouvelle-Calédonie
La Nouvelle-Calédonie, de Maurice Leenhardt (1902) à Jacques Stewart (1988), a toujours été une préoccupation importante du protestantisme français : envoyés, étudiants du programme ABS, accueil de pasteurs kanak, échanges avec l’école pastorale… Mais nous pouvons aller plus loin encore. Les Eglises protestantes de France souhaitent renforcer leurs liens avec la Nouvelle-Calédonie. Une des priorités fixées par le programme de travail 2015-2018 consiste à « accompagner nos frères et nos sœurs qui vivent en Nouvelle-Calédonie dans ce moment clé de l’histoire, celui des référendums à venir (novembre 2018) ».

 

Bertrand Vergniol et les étudiants de Do Neva, DR




Guyane : visite auprès des partenaires locaux

Du 25 au 29 janvier 2017, le secrétaire général du Défap, Bertrand Vergniol, était en déplacement en Guyane auprès de l’Eglise protestante de Guyane et de son pasteur Dominique Calla. Il s’agissait également d’une visite pastorale.

Durant quatre jours, Bertrand Vergniol a eu l’occasion de rencontrer plusieurs interlocuteurs et de renforcer les liens existants avec les partenaires locaux.

Lors du culte du 29 janvier, Bertrand Vergniol a posé la question « quel doit être l’horizon de la présence de l’Eglise protestante de Guyane ? ».


Il a alors partagé trois pistes avec la communauté comme l’animation de la vie paroissiale et son développement, le rayonnement en Guyane d’une parole publique protestante, la mise en place d’activités sociales.

 

La présidente de l’Eglise protestante de Guyane, Monica Razafamihatratra, 2017, DR

 

Situation politique et économique de la Guyane
La Guyane est dotée d’une superficie équivalente à celle du Portugal. Elle compte plus de 250 000 habitants répartis majoritairement à Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni.

 

 

 




Portrait d’une famille palestinienne

Dans sa dernière lettre, Christopher Annandale, envoyé par le Défap pour participer au programme EAPPI (Ecumenical Accompaniment Program in Palestine and Israel) dépeint le quotidien d’une famille palestinienne. Voici son témoignage.

Vallée du Jourdain, entre Beït Shéan et Jéricho, vue depuis le côté palestinien
vers les montagnes en Jordanie ©Tango7174-wiki-Media commons

Chaque famille palestinienne a ses spécificités. La famille sur laquelle j’ai décidé de dresser quelques lignes n’est pas, je crois, une famille typique. Mais elle revêt certaines caractéristiques qu’elle partage avec d’autres familles : elle a dû abandonner son domicile lors de la Guerre de 1948, d’une part, et beaucoup de ses membres étant partis à droite et à gauche font partie depuis de la diaspora palestinienne, d’autre part. La majorité des Palestiniens, semble-t-il, vivent aujourd’hui en dehors de la Palestine.

Cette famille est chrétienne, ses membres appartiennent à l’Eglise Grecque Orthodoxe, sans doute la plus grande Eglise palestinienne. Elle est donc atypique car les Chrétiens qui constituaient il y a quelque temps 2% de la population palestinienne ne représenteraient plus que 1%. 

La raison principale pour laquelle j’ai choisi cette famille est d’ordre purement pratique. Les trois membres que nous avons rencontrés, et sans doute les autres membres de la famille directe, parlent couramment l’anglais. Ce n’est pas courant en Palestine de faire la connaissance de Palestiniens dont l’anglais dépasse quelques phrases, nécessitant ainsi un recours à un traducteur avec des risques de compréhension souvent importants.

Nous avons rencontré la famille deux fois. La première fois un des fils, Georges*, âgé de 45 ans environ, qui exerce le métier de fermier. C’est un bonhomme costaud, souriant. Nous n’avons pas vraiment fait la connaissance de sa femme, celle-ci étant sans doute très occupée par ailleurs. Il a l’air content de faire la conversation avec nous au sujet principalement de l’agriculture dans la Vallée du Jourdain et notamment de sa propre ferme.

(*) Ce sont des prénoms fictifs.

Nous lui avons demandé un deuxième rendez-vous pour pouvoir explorer davantage l’histoire de sa famille. La deuxième fois Georges s’est substitué sa mère, Christine*. Elle nous a narré les péripéties de la famille depuis sa naissance.

 

 

Christine est petite, aux cheveux gris. Son visage est lumineux. Nous ne connaissons pas la date de sa naissance. Elle est née avant la Guerre de 1948, guerre dans laquelle les frontières de l’État d’Israël ont été établies pour la première fois. La ville de Jérusalem a été divisée en deux, la partie est étant occupée par la Jordanie et la partie ouest par Israël. Au moment de la Guerre sa famille habitait un peu à l’extérieur de la Vieille Ville de Jérusalem, dans un quartier en face de la Porte de Jaffa. Elle allait à l’Ecole St Joseph, une école française. D’ailleurs elle parle toujours le français.

Christine nous raconte qu’à l’époque les relations entre Juifs, Musulmans et Chrétiens étaient bonnes. Sa meilleure amie étant juive, elles sont restées en contact mais son amie est partie en Zimbabwe depuis lors.

La famille de Christine est composée des parents et six enfants, quatre garçons et deux filles. Les enfants sont tous restés en Palestine, alors que les membres de la famille élargie se sont dispersés partout dans le monde.

En 1948 la famille a pris peur. Elle a quitté Jérusalem pour s’établir à Bethléem, d’abord dans une maison louée à des amis, ensuite dans une maison dont ils sont les propriétaires. A la suite de la Guerre de Six Jours, en 1967, les autorités israéliennes annoncent aux Palestiniens de Bethléem que des bus sont à leur disposition pour les emmener en Jordanie. Elle était mariée avec 5 enfants. Le couple a décidé de rester en Palestine. Mais ils ont acquis la ferme où nous leur rendons visite aujourd’hui, à quelques kilomètres de Jéricho.

La ferme est exploitée par un de ses fils, Georges. Son frère, Youssef* est propriétaire d’un magasin (nous avons compris que la ferme appartient aux deux frères).

Il y a 15 ou 20 ans, la ferme était en pleine expansion. Elle produisait des tomates, concombres, aubergines …et de nombreux fruits. Il y avait de beaux arbres. Aujourd’hui il ne reste plus grande chose. Les ressources aquatiques de la communauté ont été accaparées par la société israélienne, Mékorot, principalement au profit des colons juifs. Christine nous indique les canaux en béton secs dans le jardin. Son fils est en train de faire creuser deux réservoirs, l’un pour l’eau «grise» (par exemple, l’eau du lessive) et l’autre pour l’eau «noire» (l’eau des toilettes). Il n’est plus possible de vivre sur les produits de la ferme ; il faut y joindre une autre activité rémunérée.

Georges reçoit un groupe d’étudiants américains en ce moment qui s’appelle « Build Israel-Palestine». C’est un groupe mixte de Chrétiens, Juifs et Arabes.

La fille de Christine, que nous avons rencontré brièvement, vit en Jordanie. Elle a acquis la nationalité jordanienne. De temps à autre elle vient rendre visite à sa mère. Elle nous informe que les Israéliens achètent des terres agricoles en Jordanie.

Christine a toujours insisté sur les vertus de l’éducation pour les enfants de la famille. Deux de ses petits-enfants étudient des sujets costauds: le design graphique et les sciences informatiques.

« Nous vivons sur l’espoir », nous dit Christine.

Christopher Annandale , accompagnateur œcuménique