La mission en livres et en questions

La mission, ce sont aussi les hommes et les femmes qui l’incarnent. Avec des relations, des conceptions et des questionnements qui ont pu énormément évoluer entre le XIXème siècle, le grand siècle des missions protestantes, et l’époque actuelle. Des évolutions que viennent éclairer deux ouvrages publiés aux éditions Khartala, «Hommes et femmes en mission» et «Quel Dieu ? Quel homme ?». Ces deux livres, disponibles au Défap, reprennent les actes des colloques de 2016 et 2017 du CRÉDIC, le Centre de recherches et d’échanges sur la diffusion et l’inculturation du christianisme‎.

Jubilé de la Mission du Lesotho (1895/1908) : Missionnaires devant une maison © Bibliothèque du Défap

 

Créé en 1979 à Lyon, le CRÉDIC (Centre de recherches et d’échanges sur la diffusion et l’inculturation du christianisme‎) est un réseau universitaire international dont le but est de mener une réflexion historique sur les processus d’évangélisation Outre-mer et leurs résultats. Son travail s’inscrit dans une perspective de «laïcité ouverte», visant à respecter les impératifs de la recherche scientifique, tout en établissant un dialogue avec les diverses communautés chrétiennes. Ses membres sont des universitaires de différents pays (historiens, théologiens, anthropologues, etc.) engagés dans la recherche sur les champs de la mission, et qui trouvent à travers le CREDIC le moyen d’échanger sur leurs recherches ; mais aussi des hommes et femmes (laïcs, religieux, missionnaires, pasteurs, prêtres…) engagés sur les terrains de la mission.

Depuis l’an 2000, les éditions Karthala publient les actes des colloques annuels du CREDIC dans la collection «Histoire des mondes chrétiens» (ex «Mémoire d’Églises») dirigée par Paul Coulon. Dix-huit volumes d’actes ont ainsi déjà été publiés et un volume d’une anthologie de textes à l’occasion des 25 ans du CREDIC.

Les deux derniers livres en date,  Hommes et femmes en mission et Quel Dieu ? Quel homme ?, que l’on peut acquérir au Défap, sont sortis récemment dans la même collection.

 

Hommes et femmes en mission (XIXe-XXe siècles). Entre partage et confrontation

© Éditions Khartala

Sous la direction de
Bernadette Truchet
et Jean-François Zorn

Si le couple en mission, avec ou sans enfants, – pasteur/femme de pasteur, religieux/religieuse – est bien connu pour son travail de concert avec les autochtones, la réalité des rapports, tant individuels que collectifs, entre ces hommes et ces femmes est bien plus complexe qu’il n’y paraît. L’épreuve du temps et l’évolution des mœurs font aussi leur oeuvre.

Du côté des missionnaires, la subordination des unes aux autres se heurte à la conquête progressive d’une liberté traduite, tantôt dans les faits, quelquefois dans les institutions. Mais les relations hommes-femmes du côté missionnaire ne sont pas sans interroger les milieux autochtones. Elles bouleversent non seulement leur culture mais les missionnaires eux-mêmes, confrontés à des représentations et à des pratiques inédites telles que l’impossible célibat ou la polygamie, eux qui se pensaient porteurs d’une civilisation universelle.

Ainsi, au-delà des valeurs du christianisme que veulent apporter les missionnaires c’est tout un système de relations interculturelles qui est en jeu avec de multiples acculturations.

Grâce à l’étude de cas précis, voire de micro-histoires, tout un pan de l’histoire globale se déroule au cours des deux derniers siècles. C’est donc le but des actes du colloque organisé par le CRÉDIC à Paris en 2016 et rassemblés dans cet ouvrage, appelant à des études ultérieures.

Quel Dieu ? Quel homme ?

© Éditions Khartala

Sous la direction de
Jean Pirotte
Jean-François Zorn
et Luc Courtois

 

Si elle repose essentiellement sur une foi en un Dieu s’intéressant aux hommes, la mission est aussi une parole qui est adressée aux humains. Au coeur des théologies chrétiennes, la notion biblique d’alliance ne désigne-t-elle cette relation forte entre un Dieu et un peuple, un Dieu et l’humanité?

Dans le discours et la pratique missionnaires au cours des derniers siècles, les variations dans la présentation de Dieu aux peuples lointains occupent une place centrale. À ces variations, correspondent, d’une part, des mutations de la conception même du coeur religieux du message et, d’autre part, des changements importants dans la façon d’organiser les sociétés humaines. L’histoire de la dynamique missionnaire a souvent conjugué annonce évangélique et objectifs humanitaires, mais aussi établissement de la cité de Dieu et organisation de la cité terrestre.

C’est dans cette perspective que s’est inscrit le 38e colloque du CRÉDIC qui s’est tenu chez les bénédictines de Maredret en août 2017.




De Nouméa à Épinal : la Nouvelle-Calédonie à l’honneur de la «Journée des missions»

La pasteure Tünde Lamboley, du Défap, a été invitée à participer courant janvier à la «Journée des missions» organisée à Épinal sur le thème de la Nouvelle-Calédonie. Après le rendez-vous de novembre dernier et le référendum d’autodétermination, l’archipel se prépare à de nouvelles échéances électorales, notamment les prochaines élections provinciales. Mais au-delà des rapports de force politiques, se profilent des questions cruciales liées à une société en mutation, qui reste fortement inégalitaire, et dans laquelle les jeunes, notamment Kanak, peinent à trouver leur place. Des enjeux face auxquels les Églises sont appelées à se positionner, et qui interpellent aussi les protestants de métropole.

Tünde Lamboley présentant la coutume Kanak lors du culte à Épinal © Défap

 

Pas facile de cerner les enjeux de la Nouvelle-Calédonie depuis les Vosges, même quand on est protestant, bien au fait du rôle qu’a pu jouer Maurice Leenhardt en faveur des Kanak, et conscient des liens forgés par l’Histoire entre des communautés si éloignées géographiquement et culturellement. Comment interpréter les résultats du référendum d’autodétermination ? Quelles seront les prochaines étapes ? Avec quel impact sur la société calédonienne ? Et cette société, comment évolue-t-elle, quels sont ses défis ? Autant de questions qui se sont retrouvées au menu de la «Journée des missions» organisée à la mi-janvier à Épinal. Avec comme invitée la pasteure Tünde Lamboley, du Défap ; et comme thématique : «La Nouvelle-Calédonie après le référendum d’autodétermination».

Tünde Lamboley connaît bien la Nouvelle-Calédonie, où elle a vécu plusieurs années ; chargée de la Formation théologique et de la Jeunesse au sein du service Animation du Défap, elle a en outre la «responsabilité pays» de la Nouvelle-Calédonie. Le culte organisé le dimanche matin lui a donné une première occasion de présenter «la coutume», cet ensemble de règles et de comportements codifiés qui régit les relations au sein de la société traditionnelle Kanak. «La coutume, décrit Tünde Lamboley, c’est le lien : on se présente devant l’autre pour établir les relations, créer ce lien, et il faut ensuite l’entretenir ; au sein de la société calédonienne, la coutume est aussi un chemin qui nous lie les uns aux autres». Un passeport indispensable pour toute relation avec les Kanak, s’appuyant sur l’échange d’objets symboliques – ici, une pièce de tissu décoré…

Société traditionnelle et multiculturalisme

Pour aller plus loin :

Cette première introduction à la vie des Kanak devait servir à libérer la parole, les questions et les témoignages. Car parmi les membres de la paroisse d’Épinal, certains avaient déjà été en contact avec l’archipel. «Quelqu’un avait apporté la sculpture en bois d’un «cagou», oiseau emblématique de Nouvelle-Calédonie», souligne Tünde Lamboley. «Et le mari d’une paroissienne, militaire, avait eu sous ses ordres une section de Kanak ; tant que le droit coutumier n’était pas respecté, il n’y avait pas moyen de leur donner des ordres. Il avait vite compris qu’il devait intégrer les divers aspects de la coutume pour que la communication puisse passer ; il a suffi que soit désigné parmi eux un responsable, porteur du droit coutumier, pour que les choses se débloquent.»

Mais ce lien fort de la coutume, symbole et matérialisation de relations sociales très intégrées au sein de la société Kanak, peut facilement se retourner contre les jeunes obligés de venir jusqu’en métropole pour faire des études supérieures. «En Nouvelle-Calédonie, souligne Tünde Lamboley, on est en permanence englobé dans un tout : la famille, la famille élargie, l’Église… et on vit au sein de ce tout. En arrivant en France, on est seul, on doit prendre des décisions en tant qu’individu, cette enveloppe protectrice n’existe plus. Et le contexte socio-culturel est si différent, que le défi à relever est immense pour ces jeunes». Avec comme corollaire un fort risque d’échec dans les études. Voilà pourquoi le Défap avait été chargé de l’accompagnement extra-scolaire d’étudiants venant suivre un cursus en métropole dans le cadre du programme ABS («Après-Bac Service»), financé par le ministère des Outre-mer. Un programme qui s’est achevé peu avant le référendum, et auquel il faut désormais trouver une suite.

«J’ai eu affaire à une assemblée très attentive, réactive, témoigne Tünde Lamboley. Il y a eu énormément de questions autour de la jeunesse : que fait l’Église, l’EPKNC ? À quels défis les jeunes sont-ils confrontés en Nouvelle-Calédonie ? Comment se passent les études ? Quelle place ont-ils dans la société ?» L’occasion de parler aussi des tensions les plus douloureuses au sein de la société calédonienne : une société qui reste très inégalitaire, avec une grande différence entre les îles et la grande ville, Nouméa : d’un côté, un mode de vie qui reste traditionnel, avec une forte intégration sociale et familiale, et de l’autre, une société devenue multiculturelle, ouverte sur des influences très diverses, avec des modes de vie très différents, une croissance forte d’Églises évangéliques d’implantation récente… Entre les deux, les jeunes – et en particulier les jeunes Kanak – peinent à trouver une place. Certains rejettent le modèle traditionnel et le poids de la coutume pour rejoindre Nouméa. Mais la ville est aussi le lieu où les inégalités s’affichent de la manière la plus flagrante : «il y a là-bas environ 10.000 personnes qui vivent dans des squats», souligne Tünde Lamboley. Des inégalités créant une situation potentiellement explosive, qui aurait pu dégénérer à l’occasion du référendum. Au final, les incidents ont été limités. Et le vote a montré la capacité de mobilisation des Kanak, rebattant les cartes du rapport de force politique dans l’archipel alors que les sondages annonçaient une victoire écrasante des partisans du maintien dans la France. Du coup, l’explosion redoutée en cas de défaite massive des indépendantistes n’a pas eu lieu, et le prochain affrontement politique aura lieu à l’occasion des élections provinciales, qui renouvelleront les élus des trois provinces (Sud, Nord, Iles) ainsi que ceux du Congrès, qui élit le gouvernement collégial. C’est-à-dire en mai 2019…

Accompagner, former, préserver

Beaucoup des défis de la Nouvelle-Calédonie, qu’il s’agisse du rapport à une société en profonde transformation, des inégalités socio-économiques persistantes, de l’accès à l’éducation ou des enjeux politiques, se cristallisent de fait autour de la jeunesse. C’est à elle qu’il reviendra, au-delà des prochaines échéances électorales, d’inventer un vivre-ensemble. Tünde Lamboley voit des marques d’espoir dans ces jeunes, soulignant notamment l’émergence d’une «jeune génération de Kanak qui réfléchissent aux enjeux de leur société, essaient d’inventer la Calédonie de demain : on voit apparaître des éléments prometteurs dans la vie politique, associative, éducative, qui sont de plus en plus présents et se font entendre au sein de la société calédonienne». Elle y discerne les lignes qui devront, selon elle, guider les priorités du Défap pour les prochaines années en Nouvelle-Calédonie : «d’abord, retravailler l’accompagnement des étudiants calédoniens en métropole, en collaboration avec Cadres Avenir». Depuis janvier 2006, ce Groupement d’intérêt public pilote le programme de formation en métropole de cadres Kanak, afin de favoriser un rééquilibrage économique et social de la Nouvelle-Calédonie, ainsi que l’avaient prévu les accords de Matignon en 1988. Signe de l’aspect stratégique de ce programme pour la société calédonienne, il est évalué chaque année par un comité de suivi, composé des signataires des accords de Matignon et Nouméa, qui se réunit en présence du haut-commissaire de la République. Or, l’accompagnement extra-scolaire des étudiants Kanak est un point crucial de ce programme…

Mais selon Tünde Lamboley, le Défap se doit aussi d’aider à préserver l’héritage commun des protestants de France et de Nouvelle-Calédonie. À ce titre, le lycée protestant Do Neva est un symbole. Un symbole fortement endommagé lors d’inondations exceptionnelles en novembre 2016, ce qui avait entraîné un mouvement de solidarité du protestantisme de la France métropolitaine afin d’aider aux réparations. «Au-delà de la rénovation des locaux, nous devons continuer l’accompagnement de Do Neva, estime Tünde Lamboley, car cet héritage de Maurice Leenhardt est une marque des liens qui unissent les protestants de Nouvelle-Calédonie et de métropole.»

Franck Lefebvre-Billiez

Retrouvez ci-dessous quelques images de la «Journée des missions» à Épinal :




Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens : «Justice et Paix s’embrassent»

Comme chaque année, du 18 au 25 janvier, les chrétiens célèbrent ensemble la Semaine universelle de prière pour l’unité des chrétiens. L’événement, en cette année 2019, a été préparé par les chrétiens d’Indonésie, plus grand pays d’Asie du Sud-Est avec plus de 17.000 îles, 1340 groupes ethniques différents et plus de 740 langues. Voici quelques outils pour vivre pleinement la semaine de prière pour l’Unité chrétienne.

Détail de l’affiche de la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens 2019 © DR

 

Traditionnellement, cette semaine internationale de prière est célébrée du 18 au 25 janvier, entre la commémoration de la confession de foi de saint Pierre et celle de la conversion de saint Paul. Dans l’hémisphère Sud, où janvier est une période de congés, les Églises trouvent souvent un autre moment, par exemple aux alentours de la Pentecôte, qui est aussi une date symbolique pour l’unité. Ce grand rendez-vous est préparé conjointement par la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises et par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (pour l’Église catholique). D’une année sur l’autre, il prend pour thème un verset différent de la Bible. Et traditionnellement, il est demandé à un groupe œcuménique local ou national à travers le monde de proposer un thème et de préparer des textes bibliques, des méditations pour chaque jour et une première ébauche de célébration œcuménique. Le thème de l’année 2018 était ainsi : «Le Seigneur est ma force et ma louange, il est mon libérateur» (Ex 15-6). Et les Églises des Caraïbes avaient été désignées pour faire la première rédaction des textes.

Pour cette année 2019, la Semaine de prière a été préparée par les chrétiens d’Indonésie. L’Indonésie est le plus grand pays d’Asie du Sud-Est avec plus de 17.000 îles, 1340 groupes ethniques différents et plus de 740 langues. Elle est pourtant unie dans sa diversité. Ce fragile équilibre est aujourd’hui menacé par de graves problèmes. La corruption est présente sous plusieurs formes, elle pervertit les relations sociales et accroît les situations d’injustice. Animés par ces inquiétudes, les chrétiens d’Indonésie ont trouvé que le verset du Deutéronome «Tu rechercheras la justice, rien que la justice…» (Dt 16,20) était un appel particulièrement pertinent pour eux et pour tous les chrétiens.

Questions pratiques et «boîte à outils» de base

Pour aller plus loin :

En lien avec la Conférence des évêques de France, la Fédération protestante de France et l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, l’association Unité Chrétienne a  élaboré, comme chaque année,  le matériel nécessaire à la préparation et la célébration de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne en France et Suisse romande. La diffusion en Suisse Romande est réalisée grâce à la collaboration de la Communauté des Eglises chrétiennes dans le Canton de Vaud.

Unité Chrétienne travaille à partir des documents internationaux produits par la commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises et le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens réunis chaque année dans une commission mixte internationale de préparation de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne.

Unité Chrétienne imagine régulièrement de nouveaux outils pour promouvoir davantage la Semaine de prière dans le monde chrétien francophone :

  • Pour communiquer sur la Semaine de prière : le visuel décliné en plusieurs versions et formats, en particulier une affiche.
  • Pour diffuser largement la Semaine de prière : le dépliant  à mettre à la disposition du plus grand nombre de fidèles des différentes Eglises,
  • Pour préparer et célébrer la Semaine de prière : la brochure ou numéro de la Revue de l’année qui contient l’adaptation française de la célébration oecuménique (téléchargeable), des textes et prières pour chaque jour de la Semaine et des articles développant le thème de l’année.- Chaque année le Conseil des Eglises Chrétiennes en France (CECEF) propose un destinataire pour les offrandes collectées pendant les célébrations de la Semaine de prière, lire le communiqué du CECEF.



«Je cherche Dieu»… sur le web

S’approprier les nouveaux moyens de communication est souvent un défi pour les Églises. Avec «jecherchedieu.ch», l’Église protestante de Genève (EPG) a lancé un pari : s’adresser aussi bien aux personnes en quête de sens qu’à celles qui pratiquent déjà. Ce blog est animé par le pasteur Marc Pernot, qui avait connu un beau succès de blogueur lorsqu’il avait la charge de la paroisse de l’Oratoire du Louvre, à Paris.

Bandeau illustrant le blog animé par Marc Pernot © DR

 

Le titre du nouveau blog de l’Église protestante de Genève (EPG) annonce d’emblée la couleur : «Je cherche Dieu». Lancé en novembre dernier, il est animé par Marc Pernot, pasteur de l’EPUdF, déjà «blogueur» à succès pour l’Oratoire du Louvre à Paris, ainsi que par ses collègues suisses Laurence Mottier (art religieux) et Anne-Christine Menu-Lecourt (éco-spiritualité), avec le soutien de la Faculté de théologie de l’Université de Genève (philosophie et théologie). Ce nouvel outil, qui renforce indirectement la présence de l’Église de Genève sur le web, est une forme de «pastorale» qui se répand, au niveau européen et, on peut le dire dans le monde entier, répondant à un besoin de spiritualité transversale. Dans une perspective qui semble consolider l’idée d’une «Église sur mesure», elle répond aux besoins de l’individu, dans une dimension personnelle plutôt que communautaire.

En fait, les utilisateurs de jecherchedieu.ch, qui s’adresse aux 30 à 60 ans, peuvent être à la fois «des gens qui fréquentent déjà un peu l’église mais n’ont pas assez de temps pour s’y rendre plus souvent», explique Marc Pernot, ou des gens qui n’assistent pas du tout à des cultes et qui sont peut-être insensibles à tout discours religieux, mais qui cependant «cherchent Dieu».

Questions pratiques et «boîte à outils» de base

Pour aller plus loin :

C’est donc un instrument qui intègre la pratique religieuse d’un membre de l’Église, mais aussi un lieu de partage du message évangélique (le pasteur ne veut pas parler d’évangélisation): «Nous voulons donner aux gens l’occasion de commencer à se familiariser avec la réalité de l’Église et de lire la Bible par leurs propres moyens», explique-t-il, ajoutant :«Beaucoup de gens peuvent être intéressés par une recherche personnelle, une recherche de sens : cet outil leur offre une aide. C’est un service que nous leur rendons, nous le faisons pour pour les aider, pas pour évangéliser. Nous avons un trésor, l’Évangile, et nous serions heureux que d’autres aient le plaisir de le découvrir.»

Le blog est divisé en plusieurs sections («Questions-Réponses», «Théologie», «Lire la Bible», «Prier méditer», «Pratiquer», «Témoignages»…), au premier rang desquelles apparaît la partie regroupant les questionnements directement inspirés par des internautes, et les réponses faites par Marc Pernot. On y trouve déjà plus de 200 interventions, dont certaines venues d’enfants et d’adolescents. Outre des considérations générales sur les différences entre les différentes religions et confessions, ou sur la manière de concilier certaines normes bibliques avec la vie quotidienne, beaucoup sont très personnelles («Je suis critiquée d’être mère au foyer. C’est dur. Est-ce que Dieu aussi serait contre ?», «Si une femme divorce et se remarie : elle est adultère ?», «Je suis épuisée d’avoir essayé pendant 3 ans d’aider une amie : que faire ? que fait Dieu ?»…).

«Que faire ? que fait Dieu ?»

Certaines d’entre elles, sur les religions et sur les questions éthiques, sont également présentes dans la section «Pratiquer un peu (à sa façon)», qui apparaît comme une sorte de «boîte à outils» de base, avec des glossaires, des idées, des indications pratiques (où puis-je acheter une Bible? comment prier?).

Une série de témoignages (de membres d’Église, de pasteurs) et de ressources multimédias proposées par les paroisses de l’Église protestante de Genève, téléchargeables et disponibles à l’écoute, complètent l’ensemble. Avec une attention particulière portée à l’interactivité : outre la possibilité d’envoyer des questions de manière anonyme, «les lecteurs, souligne Marc Pernot, peuvent également commenter une prédication, partager leur opinion sur une publication ou une réflexion. Bien entendu, rien n’oblige à être d’accord avec ma réponse.»




Un défi à relever…

Pourquoi n’arrivons-nous pas à être Église avec toutes ces communautés d’origine étrangère qui fleurissent dans nos villes ? Cela devrait d’autant plus nous étonner que nous les accueillons souvent en leur prêtant des locaux et que nous proclamons très fort que dans l’Église, il n’y a plus de nationalités, mais que nous sommes tous un en Christ.

Bizarrement, nous avons réussi à devenir une Église protestante unie, mais en laissant de côté de nombreuses communautés ou unions d’Églises luthériennes et réformées d’origine étrangère. Depuis que le Défap et la Cevaa ont été créés, dans les années soixante-dix, et que l’on a compris que l’élaboration théologique ne passait pas uniquement par la culture occidentale, nous avons la prétention de construire une théologie et une Église communes et interculturelles. C’est donc un peu plus compliqué !

De l’occident…

Pour aller plus loin :

Après des siècles de développement assez linéaire de l’Église occidentale, nous avons connu une période de confrontation aux autres cultures dans le cadre des missions traditionnelles, pendant laquelle nous avons partagé ces siècles d’expériences et de construction théologique avec d’autres. À partir des années
soixante-dix, la Cevaa et d’autres organismes œcuméniques nous ont rendus conscients que chaque culture pouvait développer sa propre réflexion théologique. On a ainsi vu émerger des théologies asiatiques, des théologies africaines, etc. La théologie s’incarnait dans les diverses cultures et nos Églises réalisaient que l’Évangile pouvait se dire dans des concepts familiers à chacun. Depuis, des théologiens ont travaillé aux quatre coins du monde pour développer une pensée théologique propre à leur culture, publiant de nombreux ouvrages, preuves de la vitalité de ce nouveau souffle.

Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, la globalisation nous invite à passer à une autre étape : construire une théologie et une Église interculturelles. Il ne s’agit plus seulement de développer une théologie africaine en Afrique, une théologie chinoise en Chine, mais une réflexion théologique commune, qui mette en synergie en les valorisant toutes ces théologies culturellement marquées. En France, en tous cas, c’est devenu une nécessité. Les Églises de notre pays sont amenées à faire de la place à des hommes et des femmes venant d’ailleurs, qui veulent à la fois garder leur culture d’origine tout en intégrant celle qui les accueille. Ils ne veulent abandonner ni l’une ni l’autre. Nombre de nos frères et sœurs, assis le dimanche sur les mêmes bancs d’Église que nous, partagent une double identité ecclésiale : celle de leur Église d’origine et celle de leur Église d’accueil. Dans les grandes villes, il est courant de voir des chretiens membres de deux paroisses : une paroisse française et une paroisse issue de leur Église d’origine.

… au monde entier

Cette double identité ne va pas de soi, surtout lorsqu’on aborde des questions éthiques. Nous avons, par exemple, de la difficulté à imaginer le choc produit par notre décision de bénir des couples de même sexe pour des protestants venus de pays où l’on met en prison celui ou celle qui est seulement soupçonné d’homosexualité ! De notre côté, nous avons beaucoup de difficultés à comprendre comment fonctionne la famille africaine… Alors, la Cevaa a initié une réflexion commune et interculturelle autour de toutes ces questions : des séminaires ont eu lieu, des fiches d’animation ont été élaborées. C’est à nos communautés de se saisir de ce travail pour le prolonger localement, régionalement. Le chantier nous concerne tous : Églises locales, synodes, facultés de théologie et organismes missionnaires. L’enjeu est Vital pour l’Église de notre temps.

 

Jean-Luc Blanc,
Secrétaire général du Défap – Service protestant de mission
article publié dans Paroles Protestantes – Est-Montbéliard, n°141, janvier 2019




Migration avec dignité

La Journée internationale des migrants, en ce 18 décembre, est l’occasion de dissiper les préjugés et de sensibiliser l’opinion à leurs contributions dans les domaines économique, culturel et social, au profit tant de leur pays d’origine que de leur pays de destination.

En 2018, près de 3400 migrants et réfugiés ont perdu la vie.

Traiter chaque migrant avec dignité est l’une des exigences fondamentales qui doit guider chacune de nos actions. La migration est le grand enjeu de notre époque mais elle représente également un moteur pour la dignité, car elle permet aux individus de choisir de participer plutôt que de s’isoler. Voilà pourquoi, en ce 18 décembre, journée internationale des migrants, l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) lance la campagne #AvecDignité. 

Pour aller plus loin :

«Nous sommes aujourd’hui une espèce en mouvement, souligne le directeur général de l’OIM, António Vitorino ; des centaines de millions d’entre nous sont, au sens le plus large, des migrants. Il reste beaucoup à faire. Et apprendre. Mais la dignité vient en premier. Avant tout, la dignité de choisir. La migration est un facteur de dignité car elle permet aux personnes de choisir de se sauver, de se protéger, de s’éduquer ou de se libérer. (…) Nous devons honorer ces choix en les respectant. Nous les respectons en traitant ceux qui font de tels choix avec dignité.» Ériger des murs ne peut être une solution : le responsable explique que «la guerre, le changement climatique, la démographie et l’écart grandissant entre les nantis et les démunis contribuent à rendre plus importante la dépendance des hommes à la migration comme moyen d’assurer la sécurité et le bien-être des individus, des familles et des communautés».

L’Assemblée générale de l’ONU en 2016 a adopté des engagements essentiels visant à renforcer la protection de millions de personnes déplacées de force et qui se déplacent pour d’autres motifs dans le monde entier. Par ce texte, appelé la Déclaration de New York, les États Membres se sont engagés à :

  • Protéger les droits des réfugiés et des migrants;
  • Sauver des vies;
  • Partager la responsabilité du soutien et de l’accueil de ces réfugiés et migrants;
  • Entamer des négociations menant à une conférence internationale;
  • Adopter en 2018 un pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière.

On compte 258 millions de migrants dans le monde soit 3,4 % de la population. Près de 40 millions sont des enfants et des étudiants. Ils se déplacent majoritairement en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, avec seulement un tiers vivant en Europe. 

Retrouvez ci-dessous le message du directeur général de l’OIM, António Vitorino, à l’occasion du lancement de la campagne #AvecDignité le 18 décembre, journée internationale des migrants :

 




«On n’empêche pas l’humanité de se mouvoir»

Faire tomber les préjugés, changer les regards sur les migrants : c’est le combat de Geneviève Jacques, militante de longue date de la Cimade, et qui a présidé cette association de 2013 à 2018. Elle était invitée au Défap le 6 décembre dernier lors de la journée de réunion des Équipes Régionales Mission. Une manière de concrétiser une proximité qui se traduit notamment par le fait que le Défap siège au Conseil d’administration de la Cimade… À l’occasion de cette rencontre, Geneviève Jacques est revenue sur les engagements de la Cimade.

Geneviève Jacques lors de la réunion des ERM au Défap, 6 décembre 2018 © Défap

 

Protestantisme et Résistance, les racines de la Cimade

«La Cimade, fondée le 18 octobre 1939 et baptisée à l’origine «Comité inter-mouvements auprès des évacués», va célébrer ses 80 ans en 2019. Ses engagements d’aujourd’hui plongent dans les racines de ses engagements d’alors. Au moment de la Drôle de Guerre, des étudiants, scouts, protestants, se sont mis ensemble pour accompagner tous les «déplacés internes» que l’on évacuait alors d’Alsace-Lorraine, en prévision de l’arrivée de l’armée allemande. Puis la guerre a éclaté, la France a été en partie occupée ; la Cimade a été appelée par le pasteur Cadier, d’Oloron-Sainte Marie, pour envoyer des équipes dans un camp d’internement, celui de Gurs, où l’on commençait à enfermer de plus en plus d’anti-nazis allemands et autrichiens, considérés comme des indésirables étrangers (parmi ces indésirables figurait, par exemple, Hannah Arendt). On avait aussi commencé à y interner des Juifs, étrangers dans un premier temps, puis des Juifs français. La Cimade a installé dans le camp du Gurs une présence, une baraque qui est devenue un lieu de rencontre culturel et cultuel : les gens y retrouvaient leur dignité, ceux qui voulaient prier le faisaient… Puis, quand l’Occupation s’est étendue à tout le pays, la Cimade est entrée dans la Résistance pour faire passer des Juifs et des résistants hors du pays.

La Cimade était donc, à l’origine, un mouvement de jeunes protestants français, nourris par des réflexions de théologiens français, mais aussi allemands comme Dietrich Bonhoeffer. Avec l’idée d’être aux côtés de ceux que l’on considérait comme indésirables dans la société ; de tenter tout ce qui était possible pour qu’ils vivent une vie digne au milieu des autres et avec les autres. Cette action s’est accompagnée, de la part des grandes figures de l’époque, d’une dénonciation à l’extérieur : c’est notamment grâce à la Cimade, qui faisait parvenir clandestinement des informations hors du pays, qu’une solidarité internationale œcuménique a pu se mettre en place.»


Être «aux côtés de»

Pour aller plus loin :

«Ne pas simplement «agir pour», mais être «à côté», «du côté» des personnes étrangères – réfugiés, demandeurs d’asile, immigrés, exilés – c’est ce qui fait encore aujourd’hui partie de l’identité de la Cimade ; et aussi témoigner à l’extérieur, ne pas se contenter d’une action de terrain. Enfin, intervenir auprès des pouvoirs publics pour faire changer des lois quand elles sont indignes, ou des pratiques quand elles sont inacceptables. Et changer les regards… Ce combat pour essayer de faire changer les regards dans l’opinion publique passe par les explications rationnelles, les publications pour démonter les préjugés et citer les vrais chiffres, mais aussi par des discours et des actions pour toucher les gens qui hésitent : ce qui peut se faire à travers des rencontres, pour sortir des concepts qui suscitent les craintes. Les rencontres avec des gens concrets sont essentielles pour faire tomber les peurs : eux aussi sont des pères ou des fils, ont une famille ; cette expérience d’une humanité partagée permet de faire évoluer les regards. Les leviers de la culture (littérature, cinéma, théâtre, chansons, mais aussi cuisine ou artisanat) permettent aussi une ouverture aux autres et au monde. Ils permettent de lutter contre l’enfermement, de montrer aux gens qu’on respire mieux avec la fenêtre ouverte. Ils donnent à voir d’autres façons de comprendre et de vivre le monde. Ils permettent de montrer que ces hommes, ces femmes et ces enfants ne sont pas des abstractions, qu’ils sont là avec nous ; et qu’il nous faut construire ensemble un «nous» commun.»


Accueillir les migrants, est-ce irréaliste ?

«Des politiques nous disent parfois que nous sommes irréalistes, naïfs ; qu’il est plus réaliste de renvoyer ceux qui sont illégalement dans notre pays. On estime qu’en France, il y a entre 200.000 et 400.000 personnes qui n’ont pas les bons papiers. Les expulser, ce n’est pas réaliste. Ce qui est irréaliste, c’est de prétendre fermer les frontières de manière étanche, de renvoyer les gens qui n’ont pas les bons papiers. Il y a de plus en plus de chercheurs, d’écrivains, qui disent qu’il est urgent d’aller vers une autre vision, une autre appréhension de la société et des questions migratoires présentes et à venir. Tout le monde reconnaît que les êtres humains ont toujours bougé à travers l’Histoire et vont continuer à le faire : on n’empêche pas l’humanité de se mouvoir. Fermer les yeux sur cette réalité, c’est se condamner à être aveugle. C’est un fait ! Et parmi les facteurs qui accroissent aujourd’hui cette mobilité, il y a par exemple le dérèglement climatique, dont les conséquence touchent déjà de plein fouet de nombreux pays. Dans la zone sahélienne en particulier, les régions habitables se réduisent ; les populations doivent partir ; et même si l’Afrique est la première concernée par ces mouvements (80% des migrations africaines se passent à l’intérieur même du continent), cela entraîne aussi des migrations internationales.

L’urgence serait de repenser cette question des mobilités entre les pays de départ, d’arrivée, de transit ; et avec les migrants, pour qu’il n’y ait pas autant de drames en cours de route : 17.000 morts et disparus en Méditerranée depuis 2014, selon l’OIM (l’Organisation internationale pour les migrations). Et comme l’Europe se ferme toujours plus pour décourager les arrivées, le nombre de ceux qui traversent la Méditerranée diminue quelque peu… mais le pourcentage des morts augmente. Il faut repenser notre façon d’habiter la Terre : les pays existent ; mais qui dit frontières ne dit pas forcément frontières fermées ; et il faut savoir gérer ces migrations, ces mobilités, dans l’intérêt de tout le monde, pour que ce ne soient pas toujours les plus faibles qui en pâtissent.

À ceux qui disent aussi qu’il faut renvoyer les migrants pour qu’ils participent au développement de leur pays, on peut répondre que l’argent envoyé par les migrants à leurs proches atteint des montants 100 fois supérieurs à ceux de l’aide publique au développement. Des populations entières survivent ainsi. Arrêter l’immigration aujourd’hui, ce serait aggraver les problèmes d’extrême pauvreté, par exemple en Afrique.»


«Bons» et «mauvais» migrants

Geneviève Jacques au Défap, 6 décembre 2018 © Défap

«Les mots ne sont jamais neutres. On entend souvent, pêle-mêle, ceux de «réfugiés», de «demandeurs d’asile», de «migrants économiques», de «clandestins», «d’irréguliers»… Il y a ce que disent les dictionnaires, et la manière dont on utilise le vocabulaire – souvent pour entretenir une certaine confusion.

Le terme «réfugié» désigne des personnes qui ont été demandeuses d’un asile, d’une protection internationale, et qui ont été reconnues comme pouvant bénéficier de cette protection garantie par la Convention de Genève sur les réfugiés. Une personne qui fuit son pays parce qu’elle craint pour sa vie pour cause de religion, couleur, ethnie, opinions politiques, orientation sexuelle… peut demander ainsi l’asile dans un autre pays en vertu de l’article 14 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’an dernier, 13.000 personnes ont obtenu en France le titre de «réfugiés».

Un «demandeur d’asile», c’est quelqu’un qui vient d’arriver et qui sollicite cette protection. Parfois, il peut être pris en charge dans un certain nombre de centres – ou pas pris en charge du tout ; et il va passer par toute une procédure menée par l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), qui examine ces demandes. En 2017, plus de 100.000 personnes ont ainsi déposé une demande d’asile en France.

Les politiques entretiennent facilement la confusion, surtout quand ils ne veulent pas accueillir… On parlera plus facilement de «migrants économiques» pour justifier le rejet de certains migrants. Or il y a très peu de gens aujourd’hui qui ne viennent que pour des raisons politiques, ou que pour des raisons économiques. Tous prennent les mêmes bateaux, tous fuient pour un ensemble de raisons qui sont de plus en plus mélangées : le HCR (l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés) parle aujourd’hui de profils mixtes. On ne peut pas dire qu’on va accueillir ceux qui fuient les guerres et les persécutions politiques, et fermer les frontières aux autres. Opposer de façon simplistes les «bons» et les «mauvais» migrants, c’est détestable. Derrière toutes ces histoires, il y a beaucoup de drames humains, et notre devoir, c’est de faire en sorte qu’ils soient le mieux accueillis possible. Car pour beaucoup, le retour est tout simplement inenvisageable. Ils ont emprunté pour faire le voyage et doivent beaucoup d’argent, ils ont survécu à un parcours terriblement dangereux, ils ont vécu des choses terribles, franchi des milliers de kilomètres au péril de leur vie… Ils ne peuvent pas repartir.»


«Délit de solidarité» 

Le délit de solidarité n’existe pas, sur le plan juridique. Mais on désigne ainsi les poursuites qui peuvent viser des personnes venant en aide à des migrants. Ce «délit» a été fortement écorné par rapport à la première version que prévoyait la législation française ; le seul aspect qui reste pénalement répréhensible, c’est le fait d’aider à passer une frontière. Le fait d’héberger un clandestin n’est plus un délit. Tout ce qui est de l’ordre de l’expression humanitaire n’est plus sanctionné. Le Conseil constitutionnel a reconnu un principe de fraternité en vertu duquel accueillir quelqu’un ne peut mener à une condamnation.

Geneviève Jacques

 

Retrouvez ci-dessous le spot de la campagne de la Cimade : «Faisons tomber les barrières invisibles !»

 




Messages de solidarité après la fusillade de Strasbourg

Mardi 11 décembre, peu avant 20h, un homme a ouvert le feu sur des passants à Strasbourg, près du marché de Noël ; 16 personnes ont été touchées, dont au moins deux ont succombé à leurs blessures. «Le protestantisme français dans toute sa diversité se joint par la pensée et par la prière aux familles et aux proches des victimes de cette terrible agression», écrit la Fédération protestante de France. «Nos pensées et nos prières vont aux victimes et à leurs proches si durement touchés dans leur chair et leur âme, ainsi qu’aux personnes qui ont été témoins affectés par cette barbarie», écrit l’Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine.

Communiqué de la Fédération protestante de France
En réaction à l’attentat de Strasbourg

La Fédération protestante de France (FPF) exprime sa peine et son indignation face à la terrible attaque perpétrée à Strasbourg le mardi 11 décembre 2018 sur le marché de Noël faisant état de 3 morts et de 13 blessés.

Le protestantisme français dans toute sa diversité se joint par la pensée et par la prière aux familles et aux proches des victimes de cette terrible agression. Il condamne fermement toute forme de terrorisme et rappelle son attachement aux valeurs républicaines de liberté d’égalité et de fraternité. Enfin il veut, plus que jamais, témoigner d’une espérance imprenable en Jésus Christ.

La FPF manifeste aussi son soutien aux Églises, œuvres et communautés protestantes d’Alsace ébranlées par cette violence et leur rappelle qu’elle se tient à leurs côtés.

Dans l’épreuve nous sommes amenés à nous tenir ensemble.

 

Communiqué de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine

Pour aller plus loin :

Strasbourg est frappée au cœur. Strasbourg, symbole de paix, capitale d’une Europe des valeurs, de l’humanisme et des droits de l’homme. Strasbourg est victime de la barbarie aveugle d’une folie radicalisée dont les méfaits mettent à feu et à sang notre planète, dans la longue série des attentats qui ont endeuillé les villes de France, d’Europe et du monde entier.

Nos pensées et nos prières vont aux victimes et à leurs proches si durement touchés dans leur chair et leur âme, ainsi qu’aux personnes qui ont été témoins affectés par cette barbarie. Nous savions que le marché de Noël, tradition multiséculaire de joie et de paix, était la cible potentielle de terroristes. Nous le savions et nous sommes profondément reconnaissants aux forces de l’ordre, gendarmer ie, armée et police, qui veillent sur la sécurité de nos concitoyens tout au long de l’année et particulièrement dans les semaines qui précèdent Noël. Reconnaissants aussi aux personnels de secours et aux autorités civiles qui ont assumé avec détermination, efficacité et courage leurs responsabilités dans ce drame.

Nous condamnons fermement tout acte de violence. Les Églises protestantes du monde entier ont choisi pour mot d’ordre de l’année 2019 ce verset du Psaume 34 : «Recherche la paix et poursuis-là !». A quelques jours de Noël où nous fêtons la venue du Christ, prince de la paix, cette parole est plus que jamais une invitation à nous engager activement dans la construction et la préservation de ce bien le plus précieux de l’humanité.

Les églises du centre-ville de Strasbourg organisent aujourd’hui et dans les jours qui viennent des points d’écoute pastorale et de recueillement pour tous.

Une célébration œcuménique pour la paix est organisée ce mercredi 12 décembre à 18h à l’église du Temple Neuf. Un autre temps de prière œcuménique est prévu demain jeudi à 18h en la cathédrale de Strasbourg.

Toutes les personnes de bonne volonté, quelle que soit leur appartenance religieuse, sont invitées.

Christian ALBECKER




«Nous ne pouvons pas rester entre nous»

Deuxième volet des entretiens réalisés par Campus Protestant avec Jean-Luc Blanc, Secrétaire général du Défap : cette semaine, gros plan sur le projet d’une théologie interculturelle. «Dans toutes nos Églises, souligne-t-il, il y a aujourd’hui des gens qui ont du mal à « accrocher » avec notre manière de vivre la foi. Il y a tout un travail à faire pour mieux pouvoir communiquer». Ce qui peut passer par la théologie, qui a déjà connu de profondes transformations dans l’histoire récente : après la période de la propagation d’une manière de penser et d’une théologie homogènes, est venue celle des réflexions théologiques culturellement marquées – théologies latino-américaine, asiatique, africaine… Désormais, estime Jean-Luc Blanc, «il me semble que nous pouvons mettre en dialogue ces différents courants…»

 

Retrouvez également cet entretien sur le site de Campus Protestant.

Réalisation : Jean-Luc Mouton, pour Campus Protestant.




Les droits de l’homme et les religions

Le Défap était représenté par son Secrétaire général, Jean-Luc Blanc, au colloque organisé le 4 décembre au Sénat par la Conférence des responsables de Culte en France sur le thème «Les droits de l’homme et les religions». Un colloque placé sous le haut patronage de Gérard Larcher, Président du Sénat, à l’occasion du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948. Au menu de cette rencontre, des thèmes interrogeant les relations profondes entre les religions et les droits de l’homme.

Image du colloque du 4 décembre au Sénat © Jean-Luc Blanc pour Défap

 

L’année 2018 marque le soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Alors que ce texte représente une avancée inegalée dans l’histoire de l’humanité, il n’empêche toujours pas aujourd’hui les pires violations des droits de l’homme et le monde reste marqué par les dramatiques réalités de l’oppression, de la violence, de l’injustice et des inégalités.

La Conférence des responsables de Culte en France souhaitait, à l’occasion de cet anniversaire, par l’organisation de ce colloque, témoigner et refléchir à la façon dont les différents cultes pensent et vivent l’articulation de leurs engagements, de leurs convictions et de leur foi avec cette «plus haute aspiration de l’homme». Elle souhaitait aussi interroger les relations entre les cultes et les droits de l’homme : y a-t-il une origine religieuse des droits de l’homme ? Les cultes sont-ils promoteurs et porteurs des promesses contenues dans cette déclaration ?

Les responsables de Culte en France ont proposé ainsi un programme constitué d’une conférence d’ouverture et d’une table ronde interreligieuse avec les meilleurs spécialistes de la question par confession sous le haut patronage de Gérard Larcher, Président du Sénat et avec l’intervention de M. Jean-Louis Bianco, Président de l’Observatoire de la Laïcité.

Y a-t-il une vision religieuse des droits de l’homme ?

Pour aller plus loin :

La conférence d’ouverture faisait ainsi intervenir Valentine Zuber, historienne, directrice d’étude à l’École pratique des hautes études (EPHE), spécialiste de l’histoire de la tolérance religieuse et du pluralisme en Europe. Elle a particulièrement travaillé sur l’histoire de la laïcité en France et sur les origines intellectuelles des droits de l’homme. Elle s’intéresse actuellement aux paradoxes de la défense de la liberté religieuse dans le cadre de l’universalisation des droits de l’homme.

La table ronde interreligieuse organisée à la suite de cette conférence était animée par le journaliste Jean-Michel Carpentier, de France Télévision, et faisait intervenir :

  • le rabbin Didier Kassabi (Judaïsme) : rabbin du Consistoire de Paris à Boulogne Billancourt
  • le professeur Jean-Paul Willaime (Protestantisme) : docteur en sociologie et sciences religieuses, directeur d’études EPHE et à la Sorbonne
  • le professeur Eric Vinson (Bouddhisme) : enseignant, chercheur et journaliste (docteur en Sciences politiques, chercheur associé au GSRL, EPHE-CNRS) spécialiste sur le religieux, le spirituel et la laïcité. Directeur du programme interreligieux Emouna à Sciences Po
  • Maître Chems Eddine Hafiz (Islam) : avocat algérien, vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM)
  • le père Baudoin Roger (Catholicisme) : Collège des Bernardins, département Économie & Société
  • le professeur Georges Prévélakis (Orthodoxie): professeur à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris 1), membre du laboratoire Géographie-cités et membre associé du CERI (Sciences Po), spécialiste de la géopolitique des Balkans et des diasporas.

 

La conférence des responsables de Culte en France
La conférence des responsables de Culte en France (CRCF) a été créée le 23 novembre 2010. Elle regroupe six instances responsables du Bouddhisme, des Églises chrétiennes (Catholique, Orthodoxe, Protestante), de l’Islam et du Judaïsme.

Cette initiative est justifiée par la volonté des responsables de Culte en France d’approfondir leur connaissance mutuelle, par le sentiment de contribuer ensemble à la cohésion de notre société dans le respect des autres courants de pensée, et par la reconnaissance de la laïcité comme faisant partie du bien commun de notre société. Les membres de la CRCF se rencontrent régulièrement pour partager leurs actualités et discuter des sujets communs qui les occupent et organisent des colloques à dimension interreligieuse sur des sujets de société.
Ses membres en sont actuellement :
  • Mgr Georges Pontier et Mgr Pascal Delannoy, Conférence des Évêques de France
  • M. le Pasteur François Clavairoly et Mme Christiane Énamé, Fédération Protestante de France
  • Métropolite Emmanuel et Métropolite Joseph, Assemblée des Évêques Orthodoxes de France
  • M. le Grand Rabbin Haïm Korsia et M. Joël Mergui, Consistoire Central Israélite de France
  • M. Ahmet Ogras et M. Anouar Kbibech, Conseil Français du culte Musulman
  • Mme Minh Tri Vo et M. Olivier Wang-Genh, Union Bouddhiste de France

 




En dialogue par-delà les frontières, de Brazzaville à Strasbourg

Faciliter les échanges de professeurs de théologie fait partie des missions du Défap : à travers leurs voyages, à travers leurs rencontres avec d’autres professeurs ou étudiants, ce sont des approches différentes qui entrent en dialogue et s’enrichissent mutuellement. Rencontre avec le pasteur Alphonse Loussakou, de l’Église évangélique du Congo, professeur d’histoire de l’Église à la Faculté de théologie protestante de Brazzaville, venu en France pour une douzaine de jours afin de resserrer les liens avec la Faculté de théologie protestante de Strasbourg.

Alphonse Loussakou, de l’Église évangélique du Congo, professeur d’histoire de l’Église à la Faculté de théologie protestante de Brazzaville, au début de son séjour en France, dans le jardin du Défap © Défap

 

Défap : Dans quel cadre s’inscrit votre venue en France ?

Alphonse Loussakou : La décision en a été prise à la suite d’un séjour en France du Dr. Laurent Gaston Loubassou, doyen de la Faculté de théologie protestante de Brazzaville – une Faculté qui est gérée par l’Église évangélique du Congo (EEC). Dès son retour, il a réuni tous les enseignants lors d’un Conseil de la Faculté, pour évoquer avec nous les moyens de développer le partenariat avec la France, et en notamment, dans le cas qui m’occupe aujourd’hui, avec la Faculté de Strasbourg. Il existe déjà des collaborations entre enseignants chercheurs, par exemple avec l’Institut de Théologie Protestante, présent à Paris et Montpellier, mais il s’agissait d’aller au-delà en essayant de mettre en place davantage d’échanges d’enseignants avant, peut-être, des échanges d’étudiants. J’ai moi-même eu l’occasion d’étudier à l’Institut Protestant de Théologie de Montpellier avant d’être enseignant. Rémi Gounelle, professeur d’Histoire de l’Antiquité chrétienne à Strasbourg, est déjà venu chez nous ; ainsi qu’un enseignant de Montpellier, Élian Cuvillier, qui était alors venu pour des interventions sur le Nouveau Testament.

Parlez-nous du paysage religieux au Congo : qu’y recouvre le protestantisme ?

Pour aller plus loin :

Alphonse Loussakou : Il y a un fort développement de nouvelles Églises, dont une majorité sont de tendance charismatique ou pentecôtiste. Dans la seule agglomération de Brazzaville, on trouve pas moins de trois cents dénominations : pratiquement à chaque carrefour, on croise une Église différente. C’est un milieu foisonnant dans lequel il n’est pas facile de se retrouver ; je suis à la tête d’une structure qui est en cours de constitution, une bibliothèque destinée au corps pastoral de l’Église évangélique du Congo, et nous sommes actuellement dans une phase d’identification de toutes ces différentes dénominations.

Devant ce foisonnement, il y a une vraie demande de la part de nos étudiants de revenir aux fondements historiques de notre Église. L’histoire de l’EEC trouve sa source dans les travaux de la Mission évangélique suédoise. On a coutume de faire remonter l’origine de notre Église à l’installation de la première station missionnaire de Madzia, dans le département du Pool. C’est là en effet qu’en janvier 1909, le missionnaire Hammar avait créé le premier poste missionnaire du Congo-Français. Ce sont les travaux de cette Mission évangélique suédoise qui constituent le sujet de mes recherches actuelles, ainsi que leurs effets économiques et culturels au Congo-Brazzaville. Je m’intéresse tout particulièrement à la figure d’un missionnaire suédois, Westlind Niels, qui a vraiment façonné l’histoire de la mission au Congo. Il y a effectué trois séjours de plusieurs années entre 1882 et 1895. Il était linguiste et a élaboré une grammaire pour la langue kikongo.

Quelles sont les attentes des étudiants en théologie à Brazzaville ?

Alphonse Loussakou place Denfert-Rochereau, à Paris, au dernier jour de son séjour en France, fin novembre © Gérard Banzakassa

Alphonse Loussakou : Ils espèrent l’ouverture d’un département de missiologie au niveau de la Faculté de théologie protestante de Brazzaville. Pour l’instant, beaucoup d’entre eux suivent des cours dispensés par L’Alliance chrétienne et missionnaire (en anglais : The Christian and Missionary Alliance – C&MA). Un tel département est un vrai besoin chez nous. La venue d’enseignants de France qui ont animé quelques cycles de conférences a été très appréciée. Elle a permis de proposer des perspectives tout à fait nouvelles à nos étudiants ; et aux-mêmes ont pu en profiter pour emmener parfois ces enseignants dans des directions qu’ils n’avaient pas prévues au cours de leurs interventions… Je me souviens par exemple d’une conférence d’Élian Cuvillier, qui s’était retrouvé avec des questions sur l’homosexualité ; il avait alors expliqué la perspective européenne sur ce sujet.

Parmi les perspectives nouvelles qui sont très attendues par nos étudiants, il y a tout ce qui concerne l’histoire des idées. Nous avons souvent tendance, dans nos enseignements, à coller beaucoup plus aux événements ; quand nous recevons un enseignant venu de France, les étudiants ont l’impression de se retrouver soudain dans un cours de philosophie. C’est une approche très stimulante, et qui m’avait frappé déjà lorsque je suivais moi-même des enseignements à Montpellier. Je m’en suis depuis inspiré dans les cours que je dispense à mes étudiants ; par exemple lorsque j’ai évoqué la pensée de Martin Luther à propos de l’histoire de la famille…

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




Une «session retour» commune Défap – Cevaa – DM

Pendant trois jours, du 30 novembre au 2 décembre 2018, une douzaine d’anciens envoyés du Défap, de la Cevaa et de DM-échange et mission se retrouvent en Suisse pour une rencontre ayant valeur d’expérience : une «session retour» commune. Si l’envoi de personnes est une caractéristique de ces trois organismes, les pratiques et les contextes en sont très différents ; néanmoins, une telle rencontre peut leur permettre à tous trois d’enrichir leurs manières de faire, d’y réfléchir en commun, de s’interroger sur leurs modèles. De comprendre avec les anciens envoyés leur cheminement, et ce qui peut être tiré de cette expérience de l’envoi sur les plans individuel, professionnel et spirituel. Avec des questions qui se recoupent, et notamment celle-ci : comment faire de ces anciens envoyés des témoins de la mission ?

Photo de groupe de la session retour d’octobre 2018 © Défap

 

La Cevaa et le Défap sont nés en 1971, d’un ancêtre commun : la Société des Missions Évangéliques de Paris (la SMEP), qui avait eu de 1822 à la fin des années 60 une activité missionnaire s’étendant du Lesotho au Togo, de l’Océan indien au Pacifique. DM-échange et mission, département missionnaire des Églises de Suisse romande et des Églises françaises en Suisse alémanique (la CERFSA) était né quelques années plus tôt, en 1963. Entre ces trois organismes institués pendant la même période et entretenant des relations avec les mêmes pays, on retrouve encore aujourd’hui des domaines d’activité très proches, et des échanges réguliers. Parmi leurs points communs, l’envoi de personnes. Défap, Cevaa et DM-échange et mission ont donc régulièrement des envoyés présents dans leur réseau d’Églises ; certains de ces envoyés peuvent d’ailleurs parfois être volontaires pour l’un, puis pour l’autre organisme (c’est ce qui s’est déjà produit notamment pour des envoyés ayant la double nationalité française et suisse). Des partenariats peuvent aussi s’établir lors de la formation (des envoyés Cevaa ont pu participer à la formation au départ du Défap). Mais dans ce domaine, les échanges sont restés jusqu’à présent ponctuels. Si elle n’est pas à proprement parler une première, la «session retour» commune qui doit se tenir du 30 novembre au 2 décembre à Longirod, en Suisse, a donc un peu valeur d’expérience.

Il s’agit d’organiser, pendant trois jours, entre des anciens envoyés des trois organismes, un temps commun d’échange et de partage de leurs expériences. De telles «sessions retour» sont régulièrement organisées par le Défap, ainsi que par DM-échange et mission : dans la mesure où leurs volontaires bénéficient d’un statut reconnu par les pouvoirs publics, ce statut est assorti d’obligations légales. Un «debriefing» en fin de mission fait partie de ces obligations. Le Défap prévoit ainsi un entretien individuel dès le retour de mission de ses VSI (Volontaires de Solidarité Internationale) ou de ses services civiques, suivi quelques semaines plus tard d’une session retour commune ; DM-échange et mission reçoit aussi individuellement ses civilistes de retour, qui se retrouveront tous quelques mois plus tard. Pour la Cevaa, qui ne fait pas de l’envoi de personnes depuis un pays en particulier, mais des échanges entre de multiples pays et de multiples Églises, avec des statuts et des contraintes légales très divers, la question de l’opportunité d’une telle session retour se posait autrement. Mais si les pratiques et les cadres légaux diffèrent, d’anciens envoyés peuvent avoir beaucoup à partager ou à apprendre en compagnie d’autres personnes ayant vécu une expérience similaire avec un autre organisme d’envoi ; et les organismes eux-mêmes peuvent y trouver matière à améliorer leurs propres pratiques.

La mission peut-elle encore changer l’Église ?

Pour aller plus loin :

L’idée d’une telle session commune est née en 2016, lors d’une rencontre entre les Secrétariats de la Cevaa, de DM-échange et mission et du Défap. Elle a été préparée en collaboration avec les services chargés des envoyés des trois organismes. Les participants en seront d’anciens envoyés ayant achevé leur mission depuis deux à trois ans – ce qui différenciera cette rencontre des «sessions retour» du Défap et de DM. Ils seront une douzaine, venus du Rwanda, de France, de Suisse, de Madagascar, partis en mission au Maroc, au Togo, ou encore en Haïti ; tous seront logés à la Maison «À l’Ouche», pendant que les séances de travail se tiendront à la salle de paroisse de Longirod. Elles seront animées par Anne-Sophie Macor pour la Cevaa, Gerda Borgeaud pour DM-échange et mission, et Laura Casorio pour le Défap.

Pendant ces trois jours, chacun sera amené à faire une présentation de sa mission, évoquer ce qui a été vécu sur place, avant de parler des conditions de son retour : réadaptation sur place, éventuelle recherche d’emploi… A chaque fois, il s’agira d’envisager pour chacun les effets de l’envoi et du retour de mission, tant sur le plan personnel, que sur le plan professionnel ou spirituel : on rentre nécessairement changé d’une telle expérience. Chacun revient avec une vision du monde qui a évolué ; et parfois avec un regard différent sur sa propre Église. Chacun peut, aussi, avoir des choses à dire à l’organisme qui l’a envoyé ; et ces organismes peuvent, eux-mêmes, non seulement améliorer leurs pratiques en fonction de ces retours d’expérience, mais aussi tenter d’y réfléchir en commun. L’idée a ainsi été évoquée de créer, à l’occasion de cette session commune, un outil d’amélioration de l’échange de personnes, avec par exemple des fiches rédigées par les participants et à indexer au Manuel de l’envoi Cevaa.

Il s’agira aussi de se pencher sur «l’après» : quelques années après un retour de mission, comment évaluer la «valeur ajoutée» d’un échange, que ce soit pour l’institution qui reçoit, pour l’Église d’accueil, pour l’Église d’envoi, et pour l’envoyé lui-même ? Quel sens en retirent ceux qui en ont été les acteurs ? Est-ce un modèle à faire évoluer ? Et pour les organismes d’envoi, comment faire de ces anciens envoyés de futurs témoins ? Comment leur permettre de devenir, à leur tour, des avocats de la mission ? Au bout du compte, la mission peut-elle encore changer l’Église ?