Voyageurs et missionnaires

Des ouvrages pour se replonger dans l’histoire des missionnaires à Madagascar, pour comprendre les phénomènes de radicalité religieuse à l’oeuvre sur le continent africain, ou pour explorer les racines de l’histoire africaine : c’est ce que vous propose de découvrir ce mois-ci la bibliothèque du Défap à travers cette sélection…

 

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« Voyage et séjour à Madagascar vers 1900 : une correspondance de femmes de missionnaires » par Jean-Michel Vasquez

In : Les voyageuses dans l’océan Indien : XIXe – première moitié du XXe siècle – identités et altérités / Combeau-Mari, Evelyne. – Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2019. – (276 p.) (Cote 230.1 (69) COM)

Un aperçu sur la vie quotidienne et le ressenti de femmes en situation d’expatriation : à partir d’une étude des correspondances reçues entre 1902 et 1907 par Lucy Bianquis (1859-1939), épouse de Jean Bianquis – futur directeur de la SMEP –, et émanant d’Européennes installées à Madagascar dans un cadre missionnaire.

 

« Vous n’êtes pas là par hasard : la fabrication d’une théologie de la migration au Maroc »

Par Sophie Bava, In : Afrique(s) en mouvement (Presses de l’Université internationale de Rabat), n°1, janvier 2019, p. 30-39 Téléchargeable ici. Une étude de terrain, par une socio-anthropologue, qui vise à éclairer ce qui se joue dans l’existence, en contexte marocain et musulman, du Centre oecuménique Al Mowafaqa et de l’Église Évangélique Au Maroc (EEAM).

 

Afrique(s) et radicalités religieuses

Actes du colloque international tenu à Rabat les 25 et 26 novembre 2016] / Institut oecuménique de théologie Al Mowafaqa (Rabat) ; Institut de recherche pour le développement (France) ; Université internationale de Rabat ; Université catholique d’Afrique centrale (Yaoundé) ; Bava, S., éd. ; Coyault, B., éd. ; Asri, F., éd. ; et al. – Konrad Adenauer Stiftung, 2018. (301 p.). (Cote : 300.465 (6) BAV)

Un effort de décryptage des évolutions récentes du religieux, omniprésent en Afrique, et de ses tendances à une radicalisation génératrice de violence. Une approche plurielle et interdisciplinaire (sciences humaines et sociales, théologie) avec des contributions de spécialistes de l’islam et du christianisme.

 

L’Afrique ancienne. De l’Acacus au Zimbabwe

Sous la dir. de Fr.-X. Fauvelle.
Éd. Belin, coll. Mondes anciens, 680 p. (49 €) ISBN 978-2-7011-9836-1 Cote : 230.21 (6) FAU

L’Afrique ancienne a une histoire. Mais comment la raconter lorsque les témoignages écrits font, la plupart du temps, défaut ? C’est le défi relevé par des spécialistes du monde entier sous la direction de François-Xavier Fauvelle. A partir d’une diversité de sources, historiques et archéologiques (Tombouctou, Lalibela, Le Grand Zimbabwe), de vestiges d’objets usuels ou cérémoniels, de peintures rupestres, de récits transmis oralement, de fragments écrits. On plonge à la découverte de puissants royaumes (Aksum, Méroé, Ghana, Kongo…), ou encore d’empires médiévaux, islamiques et chrétiens. On marche sur les traces de marchands grecs, arabes ou persans à la rencontre de villes prospères, du Sahel au Nil et de l’Ethiopie à Madagascar. Une histoire qui change notre regard sur l’Afrique. Magnifiquement illustrée !




M élodie(s) en sous-sol : travaux en cours aux archives

«Pour que les chercheurs puissent chercher, d’autres doivent s’affairer…» Nous vous proposons aujourd’hui un détour par les coulisses de la bibliothèque du Défap, qui dispose d’un fonds unique sur l’histoire des missions protestantes francophones. Un fonds qui doit être entretenu, valorisé… ce à quoi s’affaire toute une équipe de passionnés. Exemples avec cette exploration d’un fonds iconographique, celui de Jean Keller (1900-1993), infatigable voyageur à travers le continent africain, au service de la Société des missions évangéliques de Paris (la SMEP, ancêtre du Défap) ; et avec cette plongée dans les archives d’une « dynastie » missionnaire, les Ellenberger, trois générations au Sud de l’Afrique.

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Jean Keller (Paris 1900 — Aix-en-Provence 1993)
ou le voyageur infatigable

L’histoire en images

Fonds photographique remis par sa fille Arlette en 2010. Environ 1200 diapositives, en couleurs pour la plupart, réalisées principalement dans les années 1950-1960, parfaitement conservées, classées et légendées. Un fonds que Bernard Moziman inventorie et indexe.

Bernard Moziman au travail © Défap

 

 

Le pasteur Jean Keller sillonne l’Afrique subsaharienne d’Ouest en Est, entre 1943 et 1966, à une période-charnière, celle des indépendances. Missionnaire de la Société des Missions évangéliques parti au Gabon dès 1924, devenu agent de liaison durant la guerre entre le siège de la Mission à Paris et les missionnaires à l’oeuvre sur le continent africain.

Voyageur infatigable, on le découvre photographe curieux de tout : des gens qu’il rencontre, des pays qu’il découvre, des événements auxquels il prend part, ou dont il est simple témoin. Marcher sur ses traces, nous oblige à réviser notre géographie, en même temps que notre histoire : Rhodésie, Dahomey, Haute Volta, Soudan français… des noms lointains voire ignorés aujourd’hui !

Un parcours non dénué d’humour lorsqu’au détour d’une boîte, émergent des vues prises d’avion portant pour toute légende : « Mer de nuages au-dessus du Congo belge ».

Une geste familiale entre Afrique et Europe, les Ellenberger
ou quand une dynastie missionnaire sort de sa boîte

Un trésor dans une malle

Environ une centaine de boîtes – mais aussi une « malle Ellenberger » – remises par la famille au courant de l’année 2016 et dont Jean-François Faba entreprend le classement et la description.

Jean-François Faba © Défap

 

 

Trois générations de missionnaires au Lesotho. Depuis le grand ancêtre venu de la Suisse, David Frédéric (1835-1920), quarante-cinq ans en Afrique australe, en passant par Victor (1879-1972), son fils – également missionnaire en Zambie –, et le frère de ce dernier, René Ellenberger (1873-1944) -missionnaire au Gabon -, pour arriver à Paul (1919-2016). Trois générations de pasteurs qui se révélèrent aussi ethnologues, linguistes, traducteurs, historiens, paléontologues…

Le tableau serait incomplet si l’on ne citait pas les femmes de la famille, Emma Hartung, Emma MacGregor, Evangéline Christol, Lucie Ellenberger…

Une mémoire familiale autant que missionnaire – correspondances, cahiers de souvenirs rédigés par Victor et abondamment illustrés, nombreux manuscrits de livres publiés par la suite, de traductions de textes en sotho, mais aussi prédications et documents imprimés, parfois uniques en raison des notes et commentaires manuscrits qui les accompagnent.

De rares objets, hétéroclites, aux allures de reliques… Comme ce morceau d’ardoise prélevé à Stanger – en zulu, KwaDukuza, ville fondée par le chef zulu Shaka -, sur le site présumé de son assassinat en 1826. Entre mythe et histoire.

Entre colle et reliure…
Une « totale rénovation » ?

Dans l’univers des livres rares

Le jeudi matin, c’est l’atelier récolement… Une entreprise de longue haleine qui se déroule dans les entrailles de la bibliothèque où se trouvent les magasins.

Mireille Boissonnat © Défap

 

 

Avec Mireille Boissonnat, c’est un état des lieux de notre fonds ancien (16e-19e siècle) que nous dressons, sur la base des registres d’inventaire.

Opérations de dépoussiérage des rayonnages et des ouvrages, petites réparations, mesures de prévention, repérages pour des travaux plus importants.

Satisfaction de manipuler quelques-uns parmi les ouvrages les plus vieux et les plus curieux du fonds. Jongler avec les dates en chiffres romains, repérer les ex-libris des propriétaires antérieurs, les dédicaces, apprécier un frontispice, des planches de gravure. Tout un univers propre à l’objet-livre, voyage virtuel dans le temps mais aussi dans l’espace-monde tel qu’il était appréhendé par nos ancêtres.




L’Église protestante unie de Lezay au cœur de l’Église verte

Nous poursuivons notre série de portraits de paroisses sur le site du Défap, avec un passage par Lezay : engagée, depuis le printemps 2018, dans la démarche Église verte et solidaire, l’Église protestante unie de Lezay, située dans les Deux-Sèvres, figure parmi les toutes premières à avoir relevé le défi. Il est vrai que ce bastion protestant, dont les origines huguenotes remontent au 16ème siècle, n’en est pas à son premier défi. Une Église de Lezay qui avait très chaleureusement accueilli le Synode National en 2018. Cette série est proposée par Marie Piat, en partenariat avec Regards Protestants.

Temple de l’Église Protestante Unie de Lezay © Marie Piat

 

Lancé en 2017, le très œcuménique label Eglise verte rassemble les Églises catholiques, orthodoxes et protestantes autour de l’épineux problème de l’écologie. A ce jour, quelque 160 communautés sont labellisées, dont environ 30% d’Églises protestantes. Parmi celles-ci, l’Église Protestante Unie de Lezay qui peut s’enorgueillir d’avoir déjà atteint le niveau « Figuier », soit l’avant dernière étape du parcours qui requiert 50 à 75% de réponses adéquates. De fait, cela fait maintenant un an que cette Église, bientôt réunie avec les paroisses de La Mothe-Saint-Héray (Deux-Sèvres) et de Lusignan (Vienne) pour devenir l’Ensemble du Poitou Rural Protestant, s’est lancée dans la conquête du label Église verte (2). Comment s’y prendre ? « La démarche doit être menée progressivement étape par étape en commençant tout d’abord par constituer une équipe pour mener à bien le projet », répond Francine Villeneuve, présidente du conseil presbytéral de la paroisse de Lezay. Puis il faut inscrire la paroisse en répondant à l’éco-diagnostic (sur le site), et en s’engageant sur un minimum de deux ou trois aspects. Ces premières étapes permettent d’atteindre rapidement les deux premiers niveaux, à savoir « Graine de Sénevé » et « Lis des champs. »

Aménagement du territoire

Pour aller plus loin :

 

C’est dans cette perspective que les quelque 300 foyers de la paroisse de Lezay ont décidé d’accentuer le temps de prière communautaire axé sur le respect de la création pendant les cultes. De prendre part à des événements chrétiens consacrés au développement durable. Enfin, d’encourager les membres de l’Église, via notamment le journal paroissial, à promouvoir la consommation locale, biologique et le commerce équitable. « Le niveau du Figuier n’est pas si difficile à atteindre, minimise avec modestie Bertrand Marchand, pasteur de l’Ensemble du Poitou Rural Protestant depuis 2015. Cela fait maintenant plus de cinq ans que nous évoquons le respect de la création, de la nature, dans la catéchèse et lors des cultes. Par ailleurs, les repas paroissiaux proviennent quasi intégralement des jardins locaux. Pour les bâtiments, nous avons fait isoler le presbytère et nous n’utilisons plus de pesticides. Mais nous avons encore beaucoup à faire. »

Temple de l’Église Protestante Unie de Lezay © Marie Piat

 

La création de l’Ensemble du Poitou Rural Protestant, qui réunira quelque 600 foyers, devrait permettre d’avancer encore dans cette démarche écologique, d’autant que la région pratique depuis longtemps l’agriculture raisonnée. Le 24 mars dernier, les assemblées générales des paroisses de Lezay, de La Mothe-Saint-Héray et de Lusignan se sont déroulées dans un même temps et dans un lieu unique. « Les votes étaient, cependant, dissociés, précise Bertrand Marchand. Mais en 2020, les trois assemblées générales seront suivies d’une seule assemblée constituante entérinant le regroupement des associations cultuelles. » Le fonctionnement est, du reste, d’ores et déjà commun pour un certain nombre d’activités. A commencer par les cultes. Un ou deux cultes sont organisés chaque week-end en fonction d’une rotation autour des treize temples, même si le Poitou Rural Protestant compte des lieux de cultes principaux, dont Lezay, Saint-Sauvant et Exoudun. Les autres temples étant utilisés plus ponctuellement en fonction de la saison. Par ailleurs, la catéchèse, les études bibliques, les groupes de maison, les cultes de maison et le covoiturage ont déjà fusionné. L’Ensemble compte, en principe, deux postes pastoraux. Le deuxième poste étant vacant, Bertrand Marchand est épaulé par Madame Christiane Hervaud, chargée de mission régionale rémunérée. Christiane Hervaud est associée à toutes les activités de l’église, des cultes aux actes pastoraux, de l’animation biblique aux visites de personnes. Un premier poste de ce type en France pour remédier à la vacance pastorale. Pour l’heure, une expérience unique, menée par l’Eglise Protestante Unie de France en région Ouest, qui sera peut-être étendue à d’autres régions dans les années qui viennent.

Marie Piat,
Regards sur les paroisses,
22 avril 2019

 

 

Ensemble du Poitou Rural Protestant/EPUdF de Lezay : 18, rue du Temple – 79120 Lezay
05 49 29 40 46



«Être en mission est une grâce»




Incendie à Notre-Dame de Paris : réactions de la FPF, de la CRCF et du CECEF

Après le violent incendie qui a détruit, au soir du 15 avril, la flèche et la toiture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, la Fédération Protestante de France, la Conférence des responsables de culte en France et le Conseil d’Églises chrétiennes en France font part de leur solidarité.
L’intérieur de la cathédrale au lendemain de l’incendie © FPF

Message de la Fédération Protestante de France

Notre-Dame de Paris est un lieu de culte et de culture ; elle est un symbole civilisationnel du christianisme et en même temps elle illustre Paris à travers le monde dans son histoire pluriséculaire. C’est pourquoi chacun peut se sentir concerné par ce qui est arrivé.

Je veux dire au nom du protestantisme français combien l’incendie dramatique qui s’est déroulé en ce premier jour de semaine sainte nous a aussi touchés et émus. Dans ce lieu emblématique se sont déroulées aussi de nombreuses cérémonies œcuméniques importantes ; je me remémore notamment la cérémonie œcuménique internationale organisée lors de la COP 21 pour l’écologie et la justice climatique.

Je sais que nous vivrons un jour la joie d’une nouvelle célébration après un immense travail de restauration qui mobilisera de manière émouvante des forces et des talents humains venus du monde entier alliant l’art, la culture la technique et la spiritualité.

Pasteur François Clavairoly,
président de la Fédération protestante de France

 

Message de la Conférence des responsables de culte en France

Le mardi 16 avril, la conférence des responsables de culte en France (CRCF) a pu sur l’invitation de la maire de la ville de Paris et du ministre de l’Intérieur se rendre sur place. Elle publie le communiqué suivant.

Communiqué

Paris, le 17 avril 2019

Le 16 avril 2019, au lendemain du sinistre ayant frappé Notre-Dame de Paris, la conférence des responsables de Culte en France (CRCF) s’est rassemblée sur le parvis de la cathédrale pour une rencontre fraternelle et une visite de la nef en présence du ministre de l’Intérieur et des cultes, Monsieur Christophe Castaner, des services de la ville de Paris et des pompiers de Paris. Aujourd’hui, la CRCF souhaite exprimer sa solidarité et son émotion devant l’importance du désastre. Ce lieu de culte et de culture restera le symbole civilisationnel du christianisme et de Paris dans le monde entier. La CRCF est persuadée que l’achèvement des travaux de restauration sera la promesse d’un rendez-vous historique, attendu avec impatience.

La conférence des responsables de Culte en France
Mgr Georges PONTIER et Mgr Pascal DELANNOY, Conférence des Evêques de France
M. le pasteur François CLAVAIROLY et Mme Christiane ENAME, Fédération protestante de France
Métropolite EMMANUEL et Métropolite JOSEPH, Assemblée des Evêques Orthodoxes de France
M. le Grand Rabbin Haïm KORSIA et M. Joël MERGUI, Consistoire central israélite de France
M. Ahmet OGRAS et M. Anouar KBIBECH, Conseil français du culte musulman
Mme Minh Tri VO et M. Olivier WANG-GENH, Union Bouddhiste de France

La CRCF

La conférence des responsables de culte en France a été créée le 23 novembre 2010. Elle regroupe six instances responsables du Bouddhisme, des Églises chrétiennes (Catholique, Orthodoxe, Protestante), de l’Islam et du Judaïsme. Cette initiative est justifiée par la volonté des responsables de Culte en France d’approfondir leur connaissance mutuelle, par le sentiment de contribuer ensemble à la cohésion de notre société dans le respect des autres courants de pensée, et par la reconnaissance de la laïcité comme faisant partie du bien commun de notre société. Les membres de la CRCF se rencontrent régulièrement pour partager leurs actualités et discuter des sujets communs qui les occupent et organisent, à l’occasion, des colloques à dimension interreligieuse sur des sujets de société.

 

Message du Conseil d’Églises chrétiennes en France

Le 16 avril 2019

Devant la cathédrale Notre-Dame de Paris ravagée par les flammes, le CÉCEF exprime sa douleur face à ce désastre. Il rend grâce pour le travail des pompiers, des sauveteurs, des services de l’État et des employés de la cathédrale. Il assure Mgr Michel Aupetit et les catholiques de Paris de sa communion, de sa solidarité et de sa prière. Notre Dame est un haut-lieu spirituel et architectural ouvert à tous. Pendant la COP 21, le 3 décembre 2015, des responsables d’Églises chrétiennes du monde entier avaient fait résonner, sous ses voutes, une fervente prière œcuménique pour la sauvegarde de la Création.

Nous croyons que l’Église est faite de pierres vivantes dont le Christ est la pierre angulaire. Que notre unité avec Lui et entre nous soit fortifiée ! Qu’ensemble nous continuions à annoncer Jésus-Christ, Sauveur, mort et ressuscité !

Pasteur François CLAVAIROLY
Métropolite EMMANUEL
Mgr Georges PONTIER




À la découverte de la mission d’hier et d’aujourd’hui

Permettre à des jeunes venus de toutes les paroisses de toucher du doigt l’histoire des missions protestantes, et leur montrer comment les échanges et les partenariats avec les Églises sœurs se vivent aujourd’hui au Défap : c’était l’objectif du programme «Voir et revoir Paris». Un an et demi après son lancement, ces visites de groupes au sein de la «Maison des Missions» sont entrées dans le quotidien du 102 boulevard Arago. Avec leurs étapes incontournables, comme la bibliothèque ou la chapelle ; et leur lot de rencontres avec des visiteurs du monde entier qui se croisent au Défap. Quel autre lieu du protestantisme français permet ainsi, le même jour, de petit-déjeuner avec un professeur de théologie du Congo-Brazzaville, de croiser dans un couloir un envoyé de retour de Madagascar, ou de discuter dans le jardin avec un responsable d’une Église camerounaise ?
Visite de groupe au Défap en avril 2019 : découverte de la bibliothèque © Défap

 

L’initiative avait été lancée en septembre 2017, avec le programme «Voir et revoir Paris». Il s’agissait alors d’ouvrir la «Maison des Missions» du 102 boulevard Arago à des visiteurs venus de toutes les paroisses de France : jeunes avec leurs pasteurs, animateurs, catéchumènes, paroissiens, à travers des week-ends et mini-séjours «découverte». L’objectif étant de faire de cette visite d’un lieu une véritable initiation à l’histoire de la mission, et de montrer en même temps comment fonctionne le Défap aujourd’hui. Un an et demi plus tard, ces mini-séjours de groupes de visiteurs sont entrés dans le quotidien du 102 boulevard Arago, et le calendrier est bien rempli. En ce 16 avril, un groupe de jeunes accompagnés par le pasteur Pascal Hickel est en pleine découverte de la maison ; ils viennent d’Alsace, plus précisément de la paroisse de Furdenheim (Handschuheim). Ils ont été précédés quelques jours plus tôt par un groupe constitué des jeunes des paroisses d’Orange-Carpentras et d’Avignon, accompagnés par les pasteures Sophie Zentz-Amedro et Corinne Danielian ; ainsi que par des visiteurs venus de Metz. Et au cours du week-end précédent, ce sont 25 catéchumènes d’une paroisse parisienne, celle de Pentemont-Luxembourg, qui ont été accueillis. Au cours des prochaines semaines, d’autres viendront de Chartres, ou encore du Mazet Saint-Voy, en Centre-Alpes-Rhône.

Des incursions dans le passé… et des échos bien actuels

«Ce sont des groupes qui viennent des quatre coins de France, décrit la pasteure Tünde Lamboley, chargée à la fois des questions de formation théologique et de la Jeunesse. Avec des attentes qui peuvent varier. Alors, on adapte souvent notre programme. Au cœur de chaque visite, il y a bien sûr toujours la découverte de la Maison des Missions – ce qu’elle a pu représenter par le passé, et ce qui se vit aujourd’hui à travers elle : la façon dont sont entretenues les relations nouées avec les Églises sœurs, les échanges… On évoque notamment les cadres qui permettent actuellement à des jeunes de partir avec le Défap, par exemple celui du service civique… Et au-delà du 102 boulevard Arago, la visite se prolonge souvent en une découverte du Paris protestant, avec ses lieux historiques comme la tour de Calvin, et certains de ses lieux actuels emblématiques comme le temple de l’Oratoire…»

Au cœur du parcours de découverte dessiné pour chacun des groupes à travers la «Maison Défap», il y a bien sûr la rencontre avec l’équipe des permanents ; ainsi qu’un passage au «salon rouge« avec sa galerie de portraits d’anciens responsables de la Société des Missions Évangéliques de Paris, une halte dans la «salle de cours», où étaient formés les futurs missionnaires de la SMEP, une visite du «musée», où sont exposés divers objets rapportés au gré de leurs missions… La bibliothèque, riche de documents historiques uniques sur les missions protestantes, est une étape incontournable. «C’est un lieu où l’on peut vraiment toucher du doigt l’histoire de la mission, souligne Tünde Lamboley, et nos visiteurs le perçoivent parfaitement. On peut y voir les premières photos, prises au XIXème siècle, de pays alors inconnus pour les Européens, des cartes dessinées à la main par les missionnaires qui cartographiaient les territoires qu’ils découvraient… On peut reconstituer les parcours des hommes et des femmes qui ont fait la mission, voir de quelle manière l’Évangile a été transmis et reçu, de quelle manière ces missionnaires ont été eux-mêmes transformés par ces rencontres faites au cours de leur aventure, par tous ces échanges culturels et humains…»

Le 102 boulevard Arago, c’est une maison qui vit

Des incursions dans le passé qui trouvent des échos bien actuels lorsque les visiteurs croisent dans la maison, comme le souligne Tünde Lamboley, «un professeur de théologie venu du Congo-Brazzaville, un président d’Église malgache… Ou lorsqu’ils prennent leur petit-déjeuner avec le responsable d’une Église camerounaise. Le 102 boulevard Arago, c’est une maison qui vit, c’est la maison des Églises protestantes de France et d’ailleurs… La vocation de ce lieu, c’est de créer des liens, et il y a des rencontres uniques qui se font entre ces murs. Nos groupes de visiteurs ont l’occasion de le vivre de l’intérieur, lorsqu’ils croisent un envoyé du Défap de passage au 102 boulevard Arago, ou qu’ils assistent dans le salon d’accueil à une danse improvisée par une délégation de femmes tahitienne de l’Église protestante Māòhi.»

Un aperçu des danses Māòhi dans le salon d’accueil du Défap, 31 octobre 2018…

La chapelle est pour sa part un lieu privilégié pour des temps de réflexion autour des questions liées à la vocation : qu’est-ce que la Mission, quelle peut être Ma mission ? «À travers la présentation des envoyés d’aujourd’hui, on peut voir l’évolution des parcours et des profils des missionnaires, note Tünde Lamboley. On voit ce qui animait les missionnaires du XIXème siècle, et dans quel état d’esprit sont les envoyés qui partent aujourd’hui, alors que les relations se conçoivent désormais comme des partenariats avec des Églises sœurs.» C’est aussi dans la chapelle qu’ont lieu en grande partie les sessions de formation des futurs envoyés du Défap, ce qui donne l’occasion d’insister auprès des visiteurs sur l’importance de ce temps de préparation. «Même dans les cas de séjours courts de groupes de jeunes, souligne Tünde Lamboley, il est nécessaire de les sensibiliser aux différences culturelles et cultuelles qu’ils vont rencontrer. Qu’ils aient conscience de ce qui pourrait les heurter une fois sur place, ou des attitudes qu’ils pourraient eux-mêmes avoir et qui seraient sources de tensions possibles.» En insistant sur la nécessité d’un véritable échange autour d’un projet solidaire, et en mettant en garde contre les projets qui relèveraient plutôt du «volontourisme»…

«Ce que l’on veut promouvoir ici, conclut Tünde Lamboley, c’est la relation, l’enrichissement par la découverte de l’autre. Si on arrive, à travers ces week-ends et ces visites de groupes, à sensibiliser les jeunes à une ouverture, un changement de regard, un accueil de l’autre dans sa différence, c’est déjà beaucoup.»

Retour sur une des premières visites de groupes au Défap dans le cadre du programme «Voir et revoir Paris»…




Djibouti : l’aventure continue !

Le 20 mars 2019 a eu lieu l’inauguration du Centre de Formation de l’Église protestante de Djibouti. Un événement qui, à la suite du chantier de rénovation du temple, a permis une nouvelle fois de donner une forte visibilité à la seule Église protestante officiellement reconnue dans ce pays. Y assistaient notamment le Secrétaire général et la responsable du Service financier du Défap, l’Ambassadeur du Japon et le Conseiller Spécial du Président de la République, ainsi que le représentant de la Ceta (Conférence des Églises de Toute l’Afrique).

Une cérémonie de remise de diplômes se prépare dans le temple de l’Eped © Défap, mars 2019

À Djibouti, l’islam est religion d’État depuis 1992. La liberté religieuse est garantie par la constitution, mais le prosélytisme est découragé par les autorités. La plupart des chrétiens présents dans ce petit pays d’un peu plus de 23.000 km2, frontalier de l’Érythrée, de l’Éthiopie, et de la Somalie, appartiennent en majorité soit à l’Église catholique romaine, soit à l’Église éthiopienne orthodoxe. Officiellement, le protestantisme est exclusivement représenté par l’Eped (Église protestante de Djibouti). Une Église à l’histoire singulière, héritière de l’aumônerie des troupes françaises, constituée d’une paroisse unique dont la responsabilité est assumée par le Défap, et dont les bâtiments sont propriété de la Ceeefe (la Commission des Églises évangéliques d’expression française à l’extérieur). Une Église qui a toutefois su trouver sa place et qui grandit, accueillant des chrétiens de différents pays (Éthiopie, France, Burundi, États-Unis, etc.) et de différentes branches du protestantisme.

Pour cette Église à la communauté aussi diverse que fluctuante (ses membres ne restent en moyenne que deux à trois ans, la durée de leur présence dans le pays), les bâtiments jouent un rôle fondamental : lieu d’accueil, lieu où se rassemble la communauté, mais aussi lieu de témoignage. Le chantier de rénovation du temple, mené à bien avec le soutien du Défap, qui s’est étalé sur près d’une dizaine d’années, avait déjà donné une visibilité et une crédibilité à cette communauté protestante de Djibouti. La fin de la réhabilitation du centre de formation, dans lequel ont été déjà formés des dizaines de jeunes Djiboutiens aux métiers de la maçonnerie, de l’électricité, de la plomberie ou de la soudure, a eu le même effet. Son inauguration officielle a eu lieu le 20 mars 2019 et a été relayée par la presse nationale, avec des reportages télévisés et un article dans le quotidien La Nation. Y assistaient notamment le Secrétaire général et la responsable du Service financier du Défap, Jean-Luc Blanc et Laure Daudruy ; l’Ambassadeur du Japon (l’ambassade ayant contribué financièrement au chantier, ce dont témoigne une plaque apposée sur la façade du bâtiment) ; le Conseiller Spécial du Président de la République de Djibouti ; le représentant de la Ceta (Conférence des Églises de Toute l’Afrique), Simon Kossi Dossou, et diverses personnalités djiboutiennes.

Retrouvez ci-dessous quelques images de l’inauguration et des locaux de l’Eped :

Une expérience qui a déjà fait des émules

Au-delà de la visibilité dont a pu bénéficier la petite communauté protestante de Djibouti, ce chantier s’avère riche d’enseignements. À la fois par la créativité dont il a fallu faire preuve pour le mener à bien (notamment à travers la pratique des «chantiers-écoles»), et par les partenariats qu’il a permis de mettre en place. L’inauguration proprement dite a d’ailleurs été précédée d’un «séminaire de capitalisation», sorte de table ronde réunissant les divers partenaires pour évaluer ce qui, dans ce projet, pourrait être transposable et reproductible. Aux côtés de la Ceta, du Défap, de la Ceeefe, de représentants d’ONG et des administrations djiboutiennes, on pouvait ainsi noter la présence, en tant que témoin, du directeur de l’APES (Association Protestante d’Entraide du Sénégal, une ONG issue de l’Église Protestante du Sénégal). L’APES s’était en effet directement inspirée de l’expérience du chantier-école de Djibouti pour la construction du Centre de Formation Professionnelle Darvari à Saint-Louis. Ce séminaire a été suivi d’une conférence sur «les lieux spirituels» donnée par l’architecte Nicolas Westphal, l’un des grands artisans du projet, et qui a déjà publié un livre sur l’aventure du temple de Djibouti.

Une aventure qui se poursuit donc, au-delà des chantiers de rénovation proprement dits, puisque derrière les bâtiments, il y a toute une communauté qui vit. Une communauté avec un pasteur, Pierre Thiam, venu du Sénégal, qui a su trouver un équilibre liturgique tenant compte de la grande diversité des origines des paroissiens ; une communauté qui se projette dans l’avenir et s’attache dorénavant à trouver les moyens d’entretenir ces locaux rénovés, et à programmer de nouvelles formations de façon à pérenniser le fonctionnement du Centre et de son personnel.

Retrouvez ci-dessous quelques instantanés de la vie de l’Eped : un exemple des enseignements dispensés au Centre de Formation ; une session de remise de diplômes ; une conférence donnée par l’architecte Nicolas Westphal ; un culte auquel ont assisté les représentants du Défap et de la Ceeefe, et une vue du temple.




Le Secaar : une aventure qui dure depuis 30 ans

Le Défap était présent à Lomé (Togo) du 24 au 30 mars pour le Conseil d’Orientation et de Suivi du Secaar. Un rendez-vous également marqué par la commémoration des 30 ans de cette organisation atypique au service du développement holistique, qui regroupe aujourd’hui 19 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe.

Le nouveau bureau du Secaar

Loin d’une course au développement à tout crin, le Secaar (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), un réseau de dix-neuf Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, présent dans une douzaine de pays, cherche à promouvoir l’être humain dans toutes ses dimensions : spirituelle, sociale et matérielle. Ses actions se déploient selon cinq axes de travail : le développement intégral (considérer l’être humain comme une créature avec des besoins matériels mais également relationnels et spirituels), l’agroécologie (maintenir les équilibres des écosystèmes), le climat et l’environnement (système alimentaire mondial plus juste, avec respect de l’environnement), les droits humains (promotion de la dignité humaine et accès équitable aux ressources), et la gestion de projet (accompagnement et/ou suivi). Il a été fondé en 1988 au Bénin, avant d’être officiellement constitué en association internationale en 1994 à Yaoundé, au Cameroun ; et le Défap en est un des membres fondateurs. Son siège se trouve aujourd’hui à Lausanne, en Suisse, et le secrétariat exécutif à Lomé, au Togo.

En ce mois de mars 2019, du 24 au 30, les 22 délégués des 19 différentes organisations membres, dont le Défap, se sont réunis à Lomé à l’occasion du Conseil d’Orientation et de Suivi (COS) du Secaar : une réunion qui a lieu deux fois par an, et qui fait office d’Assemblée générale du Réseau. Figurait notamment à l’ordre du jour l’élection d’un nouveau bureau, pour un mandat de deux ans : après six années à la présidence du réseau, Jean-Blaise Kenmogne a été remplacé par Roger Agbakli de l’ONG BUPDOS (Bénin). Roger Zürcher (Suisse), Francis Gueye (Sénégal) et Blanche Djou (Cameroun) ont été respectivement reconduits à leurs postes de vice-président, trésorier général et membre. Ces rencontres sont également l’occasion de faire le point sur des démarches particulières réunissant divers acteurs du réseau : François Fouchier, qui avec Laura Casorio représentait le Défap à ce Conseil d’Orientation et de Suivi, a ainsi évoqué le cas de la démarche «Église verte» en France.

«Ce qui n’est calculable ni mesurable, c’est-à-dire la vie, la souffrance, la joie, l’amour»

Mais ce COS de mars 2019 a été aussi marqué par les commémorations des trente ans du Secaar, avec une journée portes ouvertes pour permettre de présenter les partenaires ; un événement qui a donné lieu à une édition spéciale du bulletin de nouvelles du Secaar, Partage, avec un retour sur ces trois décennies d’aventure du réseau depuis ses origines. Trente ans d’engagements pour le droit à la terre, le droit des femmes, pour aider les communautés à faire face aux changements climatiques… Jean-Blaise Kenmogne, président sortant du Secaar, est ainsi revenu à travers un article sur le concept de «développement holistique» : «S’il est un rêve qui habite tous les pays du monde, c’est assurément celui de se développer. Très souvent appréhendé comme un processus d’amélioration des conditions matérielles de l’existence, le développement postule une production et une consommation des biens et des services toujours plus élevées (…) Une telle pratique, si elle a le mérite d’être quantifiable, ne peut générer à elle toute seule l’idéal souhaité par une société. Elle ignore ce qui n’est calculable ni mesurable, c’est-à-dire la vie, la souffrance, la joie, l’amour et sa seule mesure de satisfaction est dans la croissance.» L’un de ses prédécesseurs, Jean-François Faba, a fait l’éloge de cette pensée à contre-courant des vents dominants du développement : «Dans la tradition protestante française, nous avons le verbe «résister» inscrit dans la pierre d’une prison pour femmes. Ces dernières étaient accusées d’appartenir à la religion prétendue réformée. Ce verbe met en action toute une série de paroles et de gestes qui envisagent un avenir possible au-delà de la sombre réalité du temps présent. Pendant quelques années j’ai pu, au sein du bureau du Secaar, vivre cette résistance dans un réseau d’hommes et de femmes dont la volonté de dépasser le poids des contraintes subies m’apparaissait comme les prémices d’une libération sociale et économique.»

Cette commémoration des trente ans du Secaar a aussi donné l’occasion de revenir sur la «capitalisation d’expériences», un processus permettant de valoriser tous les acquis et enseignements des diverses actions entreprises par le Secaar, de manière à pouvoir en partager les fruits : ce qui se fait déjà à travers des fiches disponibles sur le site de l’organisation, des vidéos, des témoignages, mais pourrait prendre aussi dans le futur la forme de sessions de formation, comme Simplice Agbavon, secrétaire exécutif du Secaar, en exprime l’espoir.

Retrouvez ci-dessous quelques témoignages en vidéo illustrant la diversité des actions et des partenariats du Secaar :

 

 

 

Car cette thématique de la formation est devenue au fil des années l’une des spécialités et l’une des marques de fabrique du Secaar. Au-delà de son soutien aux ONG ou Églises membres, il cherche à apporter une réflexion théologique aux acteurs de développement et une réflexion sur le développement aux théologiens. Des actions pour lesquelles il travaille en collaboration régulière avec le Défap et son homologue suisse, DM-échange et mission : le Défap a, par exemple, envoyé la bibliste Christine Prieto pour travailler sur un cycle de formations bibliques, qui a abouti à l ‘édition d’un ouvrage conçu pour aider des groupes à réfléchir sur la question du développement dans une perspective biblique. DM fournit pour sa part un appui à la communication du Secaar, à laquelle travaille actuellement une envoyée venue de Suisse, Marion Delannoy ; par le passé, cette mission a pu être assurée par des envoyés du Défap et de DM-échange et mission.

Retrouvez ci-dessous quelques images de ce Conseil d’Orientation et de Suivi du Secaar :




AG 2019 du Défap : une après-midi en forme de «mini-forum»

Deux envoyés récents du Défap ainsi que son secrétaire général, le président de la Commission des ministères de l’EPUdF, un enseignant de l’Institut Protestant de Théologie : autant de témoignages, autant de regards sur l’apport du Service protestant de mission qui sont venus se croiser, le samedi 30 mars, lors de l’AG du Défap, à l’occasion d’une après-midi consacrée aux «fruits de la mission».

Image de l’après-midi de l’AG du Défap consacrée à des débats sur les «fruits de la mission»

Depuis 1971, quels sont les «fruits de la mission» visibles à travers le Défap ? L’après-midi du 30 mars, jour de l’AG 2019, était toute entière placée sous cette thématique, ouverture vers une sorte de «mini-forum» donnant déjà un avant-goût du colloque qui se prépare pour les prochains mois. Avec pour l’illustrer, deux anciens envoyés, Éline O. (Égypte) et Mahieu Ramanitra (Madagascar) ; mais aussi Vincent Nême-Peyron, président de la Commission des ministères de l’EPUdF, qui a participé à un stage CPLR au Bénin ; ainsi que Jean-Luc Blanc, secrétaire général du Défap, et Gilles Vidal (IPT Montpellier). «On réalise», a souligné Florence Taubmann en présentant ces différents invités devant les délégués de l’Assemblée Générale, «quand on regarde l’histoire de la mission, mais aussi l’actualité, et quand on rencontre les envoyés formés par le Défap chaque année, que la mission, c’est toujours une histoire de vocation personnelle. On rencontre des personnalités fortes qui, à un moment donné, reçoivent un appel à partir.»

Ces diverses vocations, ces personnalités très diverses viennent se croiser au Défap et tout particulièrement lors d’une période privilégiée : celle de la formation des envoyés. «Ce sont des rencontres riches qui ont lieu lors de ces sessions de formation, a rappelé Florence Taubmann, avec des jeunes issus des milieux évangéliques, du monde luthéro-réformé ; des jeunes venus de la société civile et sans réelle éducation religieuse… Face à un public aussi divers, nous devons nous poser des questions, en tant que formateurs : réfléchir à notre manière de présenter la mission ; les préparer à vivre dans des sociétés où la pratique religieuse est le lot commun de tous…»

Se former aux rencontres interculturelles

Une formation dont les deux envoyés présents ont pu souligner l’aspect indispensable : «Sans elle, a notamment insisté Mahieu Ramanitra, on se serait heurté dans notre mission à des incompréhensions inévitables. Sans une préparation aux débats spirituels qui attendent les envoyés, comment réagir quand on se retrouve, par exemple, comme ça m’est arrivé à Madagascar, plongé dans une discussion sur les sorcières ?» Tout comme Éline O. il a souligné aussi la richesse des rencontres permises par la mission à laquelle il a participé, la manière dont elle avait influé durablement sur sa vision du monde, ses engagements dans la société… Quant aux «fruits de la mission» récoltés sur le plan personnel, Éline et Mahieu ont évoqué tous deux une véritable «salade de fruits» : ainsi pour Mahieu, «au niveau des fruits relationnels, je suis entré dans une dynamique de non-violence dans les relations et la communication. Au niveau professionnel, cette mission m’a incité à m’intéresser de plus près aux langues ; au niveau spirituel, certaines rencontres que j’ai faites m’ont incité à approfondir mes recherches…» Éline a souligné l’ampleur des prises de conscience qu’elle a pu faire : «J’ai pu voir en Égypte la manière dont la société était travaillée par la révolution qui venait de se produire ; faire des visites en prison et mesurer l’importance d’un système politique qui respecte les droits fondamentaux, et de ce qui se produit quand ils ne sont pas respectés… J’ai pu mesurer qu’en matière de libertés, rien n’est jamais acquis – ce qui est vrai par exemple pour les droits des femmes… Je me suis rendu compte que c’est par l’éducation qu’une société peut changer… Toutes ces choses que j’ai réalisées continuent à me travailler aujourd’hui. La voie que je suis en train de prendre, sur le plan de ma vie professionnelle, c’est la médiation socio religieuse : ce que j’ai vécu en Égypte y a certainement contribué.»

Vincent Nême-Peyron (à gauche) ; Florence Taubmann (à droite)

Changement de registre avec l’invité suivant de Florence Taubmann : Vincent Nême-Peyron, président de la Commission des ministères de l’Église protestante unie de France (EPUdF). Il a eu l’occasion de participer à un stage CPLR (un stage dans le cadre de la formation permanente des pasteurs), co-organisé au Bénin avec le Défap. Un contexte très différent de celui que connaissent les volontaires qui partent sur des missions de VSI ou de Service civique avec le Défap… et pourtant, un certain nombre de thématiques communes émergent. La question, tout d’abord, de la reconnaissance des différences culturelles et de la manière de les dépasser pour communiquer : une préoccupation évidente dans le cas d’un départ en mission à l’étranger, mais qui peut concerner également des pasteurs dans leur paroisse. Tout particulièrement dans les paroisses de grandes villes, dont la sociologie évolue et qui comportent une part croissante de paroissiens nés hors de France, et ayant grandi dans un contexte culturel et ecclésial très différent. Parmi les exemples cités par Vincent Nême-Peyron au cours de son intervention, on peut retenir ce cas d’un pasteur engagé avec des paroissiens dans un débat sur la circoncision : une pratique qu’il considérait comme un héritage de l’Ancien Testament… avant de se rendre compte que dans l’expérience de certains de ses interlocuteurs, nés en Afrique et installés depuis lors en France, la circoncision était un marqueur de la différence entre animistes et chrétiens. «Pour rendre attentifs les futurs pasteurs de l’EPUdF à ces problématiques interculturelles, a souligné Vincent Nême-Peyron, on a travaillé avec des responsables du Défap et de la Cevaa. Dès l’an prochain, on prévoit des modules de sensibilisation.»

Les deux derniers intervenants invités par Florence Taubmann à évoquer les «fruits du Défap» devant les participants de l’AG étaient des familiers de la maison : Jean-Luc Blanc, secrétaire général, et Gilles Vidal, professeur de théologie mais aussi ancien envoyé, qui a découvert la Nouvelle-Calédonie et l’EPKNC grâce au Défap. Le premier a insisté sur l’importance du Défap pour aider à mieux prendre en compte les interactions croissantes entre Églises, ou membres d’Églises, par-delà les frontières, qui posent autant de questions sur les identités de chacun et rendent nécessaire un renouveau théologique ; le second, sur l’expérience irremplaçable vécue par les envoyés eux-mêmes, mais aussi leurs enfants, littéralement devenus des «enfants du Défap». Tous deux se retrouvant sur le thème de la mémoire («non seulement la mémoire des missionnaires européens, mais la mémoire des peuples et des Églises qui font partie de l’histoire et du présent du Défap») : une richesse à préserver, irremplaçable pour mieux comprendre le présent. Et pour que les paroissiens au sein d’une même Église, mais aussi les Églises elles-mêmes, puissent se comprendre et grandir ensemble, au lieu d’entrer en dissidence ou en concurrence.




Une réflexion sur «les fruits du Défap»

Deuxième intervention que nous reproduisons ici parmi celles qui ont enrichi l’après-midi de l’AG du Défap, le 30 mars 2019 : celle du professeur Gilles Vidal, de l’IPT-Montpellier. Reprenant la réflexion sur les «fruits de la mission» visibles aujourd’hui à travers le Défap, il évoque ici les «enfants de la mission», les rencontres permises grâce aux activités et aux échanges du Défap, et la mémoire : «non seulement la mémoire des missionnaires européens, mais la mémoire des peuples et des Églises qui font partie de l’histoire et du présent du Défap».

Gilles Vidal (à droite) lors de l’après-midi de l’AG du Défap consacrée aux «fruits de la mission»

Premier fruit : nos enfants

Le premier fruit du Défap est à comprendre au sens très concret, celui de nos entrailles : ce sont nos enfants. Je m’explique : dans beaucoup de pays, on ne dit pas le Défap mais la Défap, preuve qu’il y a un féminin possible à cette vénérable institution. La Défap a donné naissance à beaucoup d’enfants. Telle Abraham, sa postérité est nombreuse et répandue sur toute la terre. Ce sont :

  • des enfants de missionnaires, de coopérants ou d’envoyés Outre-Mer qui sont nés ou ont grandi dans un pays étranger,
  • des enfants qui sont nés de couples dont l’un des conjoints est envoyé du Défap, l’autre issu de l’Église d’accueil partenaire d’un autre pays
  • des enfants de boursiers ou d’envoyés d’Outre-Mer par des Églises-sœurs —expression qui démontre qu’il faut une mère !— nés en France, ils sont enfants du Défap…

Quelle est la particularité de ces enfants ? Ce sont naturellement les plus beaux, les plus intelligents car ce sont les nôtres, c’est entendu. Mais surtout ce sont des enfants qui ont eu une immense chance ­— ils le disent eux-mêmes— d’avoir pu faire l’expérience de l’autre/Autre. Et ils se caractérisent généralement par :

  • une certaine ouverture d’esprit,
  • une grande sensibilité à l’altérité,
  • un sens aigu de la solidarité, du partage, de la justice en luttant contre contre le racisme par exemple,
  • une véritable tendance à relativiser certaines valeurs comme l’attachement aux biens matériels : après un cyclone ou une alerte au Tsunami, ils sont contents d’être vivants et tant pis si quelques affaires ont disparu…

D’un point de vue théologique, ces enfants du Défap me rappellent la métaphore qu’utilisait Calvin pour désigner l’Église : «si l’incarnation du Christ est bien le moyen singulier et premier par lequel Dieu s’accommode à nous, l’Église est un des moyens extérieurs ou secondaires par lesquels Dieu s’approche et se rend accessible.» L’Église est pour Calvin «la société où la foi peut naître, se nourrir et se renforcer, grâce à la double médiation de la parole et des sacrements, même si Dieu reste naturellement libre de communiquer sa grâce sans passer par l’Église (1)

Bien sûr, le Défap n’est pas une Église, mais au service des Églises, et il porte des fruits, dans cette même fonction de matrice qui est celle de l’Église : il nourrit, protège, éduque, soigne des enfants au sens très concret comme au sens spirituel. Ici, chez nous, et là-bas.

Des enfants qui s’engagent pour un monde plus fraternel ou, à tout le moins, plus solidaire et plus juste. Voilà le premier fruit du Défap, nos enfants, notre richesse.

Deuxième fruit : nos rencontres

Toute personne fréquentant le Défap à un moment ou à un autre, à quel titre que ce soit, fait des rencontres sur deux plans : personnels et communautaires.
Où puis-je, dans la même journée, croiser la Ministre de l’Éducation du Togo, le fils d’un ancien missionnaire de Nouvelle-Calédonie, un pasteur du Sud-Ouest (dont la mère est née au Lésotho), une femme pasteur hongroise, un professeur d’histoire cévenol ? Au 102 Bd Arago ! John Wesley a dit «le monde entier est ma paroisse», on peut le paraphraser sans honte : «le monde entier est au Défap» !

Parlons d’abord des rencontres personnelles :

  • qui, parmi les envoyés, ou anciens envoyés, n’a pas noué de relations amicales, et même plus qu’amicales, fraternelles avec des personnes d’autres Églises au service duquel il ou elle se trouvait ? Des relations intenses, qui durent, se transmettent même sur plusieurs générations. Il s’agit ici de relations transnationales.
  • mais les envoyés sont rarement isolés, dans leur Église ou institution d’accueil. Se nouent ici encore de solides amitiés entre envoyés et leurs familles : ceux qui sont là quand on arrive, ceux qui là sont en même temps, ceux qui prennent la suite… Ces amitiés, il s’agit ici de relations infranationales, peuvent aussi durer longtemps, prendre parfois la forme de réseaux, agacer même car cela peut faire un peu penser aux Anciens Combattants : il y a les anciens du Togo, de Madagascar, de la Calédonie, etc. Ces rencontres, ces amitiés qui sont aussi le fruit du Défap, sont inestimables, sans lui, elles n’auraient pas pu avoir lieu et l’on serait passé à côté de tant de «belles personnes» comme disent les Québécois.

Abordons ensuite les rencontres communautaires :

En effet, à travers le Défap, ce sont des Églises, des paroisses, des écoles ou Facultés, des hôpitaux, des orphelinats ou autres lieux que l’on fréquente. Des familles se créent, avec leurs temps de joie comme leurs temps d’épreuve. Et la rencontre se fait dans les deux sens : les boursiers du Défap ici — que l’on pense au programme ABS mis en place après les Accords de Matignon en 1988 — les envoyés, là-bas. Là encore ce type de rencontre est inestimable : il peut être drôle, il peut être solennel, il peut être tragique, marqué par le deuil : Je pourrai ici partager, si nous en avions le temps, bien des expériences d’une incroyable richesse humaine et spirituelle…

D’un point de vue théologique, l’on pourrait observer ici que tous les liens créés par ces rencontres qui relèvent de l’interculturalité ne sont pas si exceptionnels. Bien des expatriés, bien des fonctionnaires du Ministère des Affaires Étrangères ou de personnes travaillant dans les multinationales connaissent ce type d’expériences. Après tout, nous ne faisons que prendre part à la fraternité universelle et sa diversité qui fait que «tout être humain est appelé à entrer dans la dynamique de l’amour, du don et de la libération. Donner et recevoir, participer aux échanges, vivre la réciprocité et entrer dans la dynamique du don, voilà ce qui est souhaité dans les sociétés humaines (2)» comme l’exprime le professeur Pierre Diarra.

Certes, mais pour le Défap, celui ou celle qui vit ces rencontre se situe dans la conscience de faire partie d’un ensemble plus vaste que la fraternité humaine : l’Église universelle qui va «au-delà du don et du contre-don, au delà de la réciprocité … pour tendre vers la gratuité manifestée en Jésus-Christ (3)». La mission vécue dans la rencontre devient relève alors de l’ordre de la grâce.
Ces rencontres appellent de la part de tous la plus haute vigilance : il s’agit d’éviter les réflexes identitaires, les replis communautaristes, et l’agacement de celles et ceux qui critiquent les Anciens combattants de la mission est on ne peut plus légitime si ces derniers vivent leurs relations sur un mode exclusiviste.

La rencontre, personnelle ou communautaire, amène forcément à un déplacement, culturel certes, mais fondamentalement vécu sur la toile de fond de l’Église universelle. Elle conduit à un déplacement dans la foi, à une «intranquilité» pour reprendre l’expression de Marion Muller-Colard : «Intranquille est-on lorsque l’on se laisse regarder dans les yeux et interroger jusqu’au fond de soi-même par la parole singulière d’un autre. Et souvent, cet autre qui nous retourne n’était pas celui attendu (4).»

Ce deuxième fruit du Défap, la rencontre, nous déplace et nous décentre dans notre foi.

Troisième fruit : notre mémoire

Le troisième fruit du Défap que je nous engage à croquer sans modération est la mémoire. Non seulement la mémoire missionnaire, mais la mémoire des missionnaires. Non seulement la mémoire des missionnaires européens, mais la mémoire des peuples et des Églises qui font partie de l’histoire et du présent du Défap.

Qui aujourd’hui, dans l’immédiateté induite et encouragée par la technologie omniprésente dans notre société, se soucie du passé et des enseignements que l’on peut en tirer ? Et pourtant… Le Défap, par sa bibliothèque, ne porte pas un fruit, mais constitue une véritable plantation de fruits exotiques cultivés avec soin par notre bibliothécaire d’une main experte ! C’est le paradis des linguistes et des anthropologues qui pourront trouver dictionnaires, grammaires, iconographie rare, parfois unique. Le paradis des historiens ayant accès aux témoignages des institutions et des personnes, parfois à leur intimité, ce qui est très émouvant. Le paradis des théologiens devant la montagne de Bibles, catéchismes, recueils de chants d’Églises du monde entier, dans des langues inimaginables.

D’un point de vue théologique, cette immense richesse, ce «trésor caché» pour paraphraser l’Évangile se trouve là, sous nos pieds, dans les tréfonds et au rez-de-chaussée du Défap. Dans son commentaire du célèbre texte de Mat. 28, «Allez et de toutes les nations, faites des disciples», le théologien Jacques Mathey donne un sens très particulier à ce «Allez». Il écrit ceci : «Allez, cela signifie-t-il partir au bout de monde ? C’est sûrement l’une des significations du texte… mais peut-être pas la première comme le montre la comparaison avec Mat. 9,9-13. Jésus et les disciples y mangent avec des gens de mauvaise vie. Les Pharisiens […] critiquent Jésus […] qui s’adresse à tous en disant “Allez et apprenez que Dieu veut la miséricorde et le sacrifice“. Allez, c’est exactement le même verbe que dans notre texte […] il signifie : restez là où vous êtes, mais vivez différemment, changez d’optique. Apprenez à voir les choses sous l’angle de Dieu. Matthieu 28 concerne la mission au près autant qu’au loin (5)».

Voilà donc le troisième fruit du Défap, cette mémoire ­— très bien ­— conservée qui affleure et donne accès au savoir distancé, mais toujours bien vivant. Savoir sur soi-même, savoir sur les autres, savoir sur l’Autre. Trois savoirs qui rendent confiants pour l’avenir de la mission.

Mais il est temps de conclure. Pour être en bonne santé, les médecins recommandent cinq fruits et légumes par jour. J’en ai proposé trois à savourer délicieusement :

  • nos enfants et leur souci d’ouverture, de tolérance et de justice,
  • nos rencontres qui rendent concrètes l’Église universelle,
  • notre mémoire qui nous oblige à changer notre regard et à apprendre sans cesse du passé pour vivre l’espérance.

Gilles Vidal, Institut Protestant de Théologie – Faculté de Montpellier
30 mars 2019

 

(1) Emidio Campi, « Jean Calvin et l’unité de l’Église », Études Théologiques et Religieuses 2009/3, p. 4. En ligne : www.cairn.info

(2) Pierre Diarra, Évangéliser aujourd’hui, Le sens de la mission, Paris, 2018, Edition Mame, p. 32.

(3) Ibidem

(4) Marion Muller-Colard, L’intranquilité, Paris, Bayard, 2016, p.86

(5) Jacques Mathey, Vivre et partager l’Évangile. Mission et témoignage, un défi, Brière, Cabédita, 2017, p. 82.

 




Les fruits de la mission

Depuis 1971, quels sont les «fruits de la mission» visibles à travers le Défap ? Dans le cadre des réflexions lancées sur le processus de refondation, l’après-midi de l’Assemblée Générale du 30 mars a été consacrée à une série de témoignages sur l’héritage et les apports des relations entretenues par le Service protestant de mission au fil des années. Etaient notamment présents deux anciens envoyés, Éline O. (Égypte) et Mahieu Ramanitra (Madagascar) ; Vincent Nême-Peyron, président de la Commission des ministères de l’EPUdF, qui a participé à un stage CPLR au Bénin ; ainsi que Jean-Luc Blanc, secrétaire général du Défap, et Gilles Vidal (IPT Montpellier). Nous publions ici un premier apport avec ce texte de Jean-Luc Blanc sur l’importance de la mémoire, de la connaissance des Églises d’ailleurs, et sur la nécessité de construire aujourd’hui une théologie qui acquière une dimension interculturelle.

Jean-Luc Blanc (à gauche) lors de l’après-midi de l’AG du Défap consacrée aux «fruits de la mission»

Une richesse : la mémoire du Défap

Depuis qu’il développe et entretient des relations avec des Églises ou membres d’Églises d’ailleurs, le Défap a acquis une certaine connaissance du protestantisme des pays du Sud. Une partie de cette connaissance est stockée dans la bibliothèque et les archives, mais aussi dans les mémoires de tous ceux qui ont participé à telle ou telle action du Défap ou qui ont été à son bénéfice. Cette mémoire n’est pas conservée qu’en France, mais aussi en Afrique ou dans le Pacifique. Le tissu de relations du Défap s’appuie sur cette mémoire toujours vivante.

Cette mémoire est inscrite dans le résultat de projets réalisés avec les Églises locales. Bien sûr dans des bâtiments, hôpitaux, écoles ou locaux d’Églises que le Défap a aidé à construire ou à reconstruire au fil des ans, mais surtout dans les hommes et les femmes qui sont «passés par le Défap» ou dont les parents sont «passés par le Défap». Combien de fois ai-je entendu lors de mes déplacements : «j’ai été boursier du Défap» ou «mon père a été boursier du Défap» ou encore «on se souvient de tel ou tel envoyé »… Cette mémoire qui nous lie à nos partenaires s’enrichit aujourd’hui de tous les réseaux que les expatriés venus de ces Églises partagent avec nous. Et, s’ils le font c’est parce que c’est le Défap, parce qu’ils savent qu’au Défap on peut parler le langage de l’Église «du pays» et qu’on a des chances d’être compris car, pour comprendre ces communautés, il faut connaître à la fois l’Église «du pays» et celle d’ici. Plusieurs fois d’ailleurs, ces dernières années le Défap a joué le rôle d’intermédiaire entre les Églises d’expatriés en France et leurs Églises d’origine.

Si on devait se contenter de consigner cette connaissance dans nos rapports internes, si on se satisfaisait de la voir bien archivée dans la bibliothèque, on passerait à côté de l’essentiel. Cette connaissance des Églises d’ailleurs doit pouvoir continuer à nous inspirer et le Défap a le devoir de la mettre au service des Églises de France de façon à les aider à être Église avec toutes ces communautés venues d’ailleurs ainsi qu’avec leurs Églises d’origine.

Intégrer ?

Pourquoi n’arrivons nous pas à être Église avec toutes ces communautés d’origine étrangère qui fleurissent dans nos villes ? Cela devrait d’autant plus nous étonner que nous les accueillons souvent en leur prêtant des locaux et que nous proclamons très fort que dans l’Église, il n’y a plus de nationalités, mais que «nous sommes tous un en Christ». Bizarrement, nous avons réussi à créer une Église Protestante Unie, mais en laissant de côté de nombreuses communautés ou unions d’Églises luthériennes et réformées d’origine étrangère. S’il s’agissait d’intégrer des Égyptiens, des Russes, des Coréens, des Malgaches ou des Congolais dans une Église française qui souhaite rester française, les choses seraient assez simples. Le problème serait un problème de pédagogie et nous essaierions de reproduire dans l’Église le fameux modèle français de l’intégration. Mais depuis les années 1970, depuis que le Défap et la Cevaa ont été créés, depuis que l’on a compris que l’élaboration théologique ne passait pas uniquement par la culture occidentale, depuis que nous avons la prétention de construire une théologie et une Église communes et interculturelles, c’est un peu plus compliqué !

Après des siècles de développement assez linéaire de l’Église occidentale, nous avons connu une période de confrontation aux autres cultures dans le cadre des missions traditionnelles pendant laquelle, nous avons partagé ces siècles d’expériences et de construction théologique avec d’autres. À partir des années soixante-dix, la Cevaa et d’autres organismes œcuméniques nous ont rendus conscients que chaque culture pouvait développer sa propre réflexion théologique. On a ainsi vu émerger des théologies asiatiques, des théologies africaines… etc. La théologie s’incarnait dans les diverses cultures et nos Églises réalisaient que l’Évangile pouvait se dire dans des concepts familiers à chacun. Depuis, des théologiens ont travaillé aux quatre coins du monde pour développer une pensée théologique propre à leur culture publiant de nombreux ouvrages, preuves de la vitalité de ce nouveau souffle. Le Défap a largement participé à ce mouvement, notamment par le travail qui a été fait dans les années quatre vingt dix autour du thème «Évangile et Cultures», mais aussi par son programme de bourses de recherche et d’aide à la publication ainsi que ainsi que par les échanges de professeurs de théologie. Quand on voit aujourd’hui en Afrique, le nombre de théologiens enseignant dans les facultés de Kinshasa, Brazzaville ou Yaoundé qui sont passés par le Défap, on ne est en droit de penser que l’impact de cet engagement du Défap n’est pas quantité négligeable.

Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, les évolutions de notre monde nous invitent donc à passer à une autre étape : construire une théologie et une Église «interculturelles». Il ne s’agit plus seulement de développer une théologie africaine en Afrique, une théologie chinoise en Chine, mais une réflexion théologique commune qui mette en synergie en les valorisant toutes ces théologies culturellement marquées. En France, en tous cas, c’est devenu une nécessité. Les Églises de notre pays sont amenées à faire de la place à des hommes et des femmes venant d’ailleurs qui veulent à la fois garder leur culture d’origine tout en intégrant celle qui les accueille. Ils ne veulent abandonner ni l’une ni l’autre. Nombre de nos frères et sœurs assis le dimanche sur les mêmes bancs d’Église que nous partagent une double identité ecclésiale : celle de leur Église d’origine et celle de leur Église d’accueil. Dans les grandes villes, il est courant de voir des chrétiens membres de deux paroisses : une paroisse française et une paroisse issue de leur Église d’origine.

Cette double identité, comme toutes les identités «entre deux», ne va pas de soi, surtout lorsqu’on aborde des questions éthiques. Nous avons, par exemple, de la difficulté à imaginer le choc produit par la décision de bénir des couples de même sexe pour des protestants venus de pays où l’on jette en prison celui ou celle qui est seulement soupçonné d’homosexualité ! De notre côté, nous avons beaucoup de difficultés à comprendre comment fonctionne la famille africaine… C’est pour cela que la Cevaa a initié une réflexion commune et interculturelle autour de toutes ces questions : des séminaires ont eu lieu, des fiches d’animation ont été élaborées, un stage pour des pasteurs français et togolais vient même d’être organisé au Togo autour de ces questions. C’est pour cette raison aussi que nous accompagnons les travaux de théologiens qui abordent ces sujets soit par des bourses, soit par des congés-recherche.

Je pourrais dire la même chose au sujet du dialogue inter-religieux ou des questions de gouvernance dans l’Église, autant de thèmes qui ont été travaillés dans cette perspective inter-culturelle.

Tout cela représente une extraordinaire richesse à disposition des Églises, une richesse qui ne trouvera son sens que si elle est partagée. C’est à nos communautés de se saisir de ce travail pour le prolonger localement, régionalement et cela nous concerne tous : Églises locales, synodes, facultés de théologie et organismes missionnaires. L’enjeu est vital pour l’Église de notre temps.

Jean-Luc Blanc
29/03/2019




Une Assemblée Générale sous le signe de la refondation

L’appel à une «dynamique refondatrice» lancé en mars 2018 par le président du Défap a déjà eu des traductions importantes dans le travail du Service protestant de mission : c’est ce qui est apparu au matin du 30 mars, jour de l’AG 2019.

Samedi 30 mars, 9h30 : dans la chapelle du Défap, le culte d’ouverture de l’Assemblée Générale s’achève. Les délégués sont rassemblés dans un contexte particulier : un an auparavant, dans ce même lieu, le président du Service protestant de mission, Joël Dautheville, lançait un appel à une «dynamique refondatrice». Une thématique, et des réflexions plus larges sur l’activité missionnaire aujourd’hui, qui ont irrigué tous les travaux des permanents et des instances du Défap tout au long de l’année écoulée, et qui parcourent en filigrane le culte mené par David Mitrani : «La mission, n’est-ce pas de rendre visible au-dehors ce qui nous a fait passer nous-mêmes de la mort à la résurrection ?»

Le culte s’ouvre aussi, au-delà de l’AG elle-même, sur les projets et les relations du Défap aujourd’hui : l’offrande est ainsi destinée aux étudiantes de l’UPRECO, dont le Défap finance les frais d’inscription. Cette université protestante est située à Kananga, une région enclavée et délaissée de République Démocratique du Congo, loin de la capitale Kinshasa. Le culte d’ouverture de l’AG du Défap est aussi un moment d’hommage à Albertine Nzambé, décédée brutalement il y a quelques jours. La famille Nzambé, engagée dans un travail de longue haleine de réhabilitation d’hôpitaux au Cameroun, est en lien depuis des années avec le Défap et avec des paroisses françaises comme celle de La Rochelle, et elle a accueilli de nombreux envoyés du Défap…

2018 au Défap, une année de paradoxes

Dans son message d’ouverture, Joël Dautheville reprend et prolonge l’appel qu’il avait lancé en mars 2018, en soulignant au passage l’engagement de l’équipe des permanents, et la manière dont toutes les questions sur la mission aujourd’hui sont déjà prises en compte dans leur travail au quotidien. «L’un des moments forts de ce type de questionnement qui se pose au Défap, souligne-t-il, se vit notamment lors de la mise en place de la formation des envoyés. De nombreux sujets sont abordés : vie des Églises, interculturel, sécurité, place des envoyés dans le dispositif, etc. Cette formation est un formidable moment où des jeunes et des moins jeunes, évangéliques issus des associations portées par le Défap, protestants issus des Églises du Défap, catholiques et agnostiques se côtoient pendant une douzaine de jours. Formidable moment où les confrontations, le dialogue et l’écoute mutuelle font bouger les positions des uns et des autres…» Il évoque au passage le prochain forum que prépare le Défap d’ici quelques mois ; pour conclure, et avant de céder la parole au secrétaire général Jean-Luc Blanc, Joël Dautheville souligne les enjeux des réflexions sur la mission aujourd’hui : «Il s’agit de sortir de l’entre-soi culturel, ecclésial et national. Les Églises se voient et vivent entre elles dans un lien d’interdépendance plus marqué, l’interculturel et l’interreligieux posent des questions nouvelles. Avec ses compétences, le Défap a une carte importante à jouer dans ce contexte au service des Églises membres.»

Avec le rapport du secrétaire général apparaissent plus nettement encore toutes les manières dont ce travail de réflexion s’incorpore aux activités du Défap et au quotidien des permanents. Un rapport dont la présentation a été revue et réorganisée, reflet des transformations à l’oeuvre parmi les permanents : mise en avant des thématiques transversales, refonte de l’équipe au sein de laquelle les responsabilités ont été redistribuées, les relations entre services repensées… Un travail mené tout en poursuivant les activités traditionnelles du Défap, les accueils de boursiers, les échanges de professeurs de théologie, les envois de volontaires, les projets en lien avec les Églises partenaires, les relations au sein du monde associatif et dans le milieu du développement… Jean-Luc Blanc décrit ainsi «une année 2018 de paradoxes, de réorganisation de l’équipe ; mais aussi une année au cours de laquelle l’équipe a poursuivi ses activités habituelles et continué à mettre en oeuvre le programme d’action». Dans ce chantier de longue haleine, quelques éléments font figure de symboles : comme la chapelle dans laquelle se tient l’AG, rénovée tout récemment ; ou le site internet, tout neuf, et dont l’arborescence reflète cette volonté de transversalité… Il s’agit de voir que la mission a donné du fruit, et qu’elle en donne encore ; qu’à travers ce processus de mue que traverse le Défap, c’est un indispensable travail d’adaptation de la conception même de la mission aux défis d’aujourd’hui qui est lancé. Ce sera d’ailleurs l’enjeu d’une bonne partie des échanges de l’après-midi.