Togo : «Les causes de la crise sont toujours là»

En dépit d’une relative accalmie depuis les législatives de décembre 2018 au Togo, les risques d’un regain de tension politique sont bien réels. Comlan Prosper Deh, présent à Paris à l’occasion d’une réunion du Réseau œcuménique sur le Togo qui s’est tenue au Défap, met en garde : «Les mois qui viennent, marqués par l’organisation de la prochaine élection présidentielle, risquent d’être déterminants.»

Comlan Prosper Deh à Paris, à l’issue de la réunion des partenaires du Réseau œcuménique sur le Togo © Cevaa

 

Quel bilan peut-on tirer de cette réunion à Paris des membres du Réseau œcuménique sur le Togo ?

Comlan Prosper Deh, coordinateur du PAOET (Projet d’Accompagnement Œcuménique pour le Togo) : Cette réunion à Paris était la première depuis longtemps. Le Réseau œcuménique sur le Togo se réunit une année sur deux au Togo, et l’autre année dans l’un des pays dont viennent les partenaires du projet : dernièrement, c’était souvent l’Allemagne. Nous avons été heureux de l’accueil réservé par Jean-Luc Blanc, qui nous a mis dans de bonnes conditions pour travailler, et qui nous a réaffirmé son engagement en faveur du Togo. Nous estimons aussi que la Cevaa et le Défap restent des membres importants du Réseau œcuménique sur le Togo, même s’ils ne contribuent pas actuellement au budget du PAOET. Cela implique que la solidarité qui existe entre les membres du réseau n’est pas uniquement liée aux finances : il s’agit plus de témoigner leur soutien envers le peuple du Togo.

L’objet de cette rencontre était de faire le point sur les activités menées par le PAOET depuis mai 2018 – date de la dernière rencontre. Il s’agissait aussi d’échanger sur la situation politique du Togo et sur les défis qu’elle pose. Et de plancher sur les grandes lignes du prochain programme triennal du PAOET, qui démarre au 1er juillet 2019. Il s’agissait enfin de revenir sur l’état financier du PAOET. Participaient à cette réunion le Défap, la Cevaa, Pain pour le Monde, la Mission de Brême, DM-échange et mission mais aussi le Conseil œcuménique des Églises. Sans oublier bien sûr les deux Églises du Togo : l’EEPT et l’EMT, toutes deux membres de la Cevaa, et les responsables du PAOET. Compte a été rendu du processus de recrutement d’un nouvel Accompagnateur œcuménique lancé depuis janvier 2019. Plusieurs noms ont été soumis à l’appréciation du réseau. Le prochain Accompagnateur œcuménique prendra ses fonctions début juillet 2019 ; s’ouvrira alors une période de tuilage pour faciliter ce changement à la tête du projet.
 

Que peut-on dire actuellement de la situation politique du Togo ?

Pour aller plus loin :

Comlan Prosper Deh : Les élections législatives se sont tenues le 20 décembre. Avant cela, la feuille de route de la CEDEAO, approuvée par les chefs d’État d’Afrique de l’Ouest réunis à Lomé le 31 juillet 2018, avait été rendue publique. Elle comportait diverses recommandations, notamment en matière de réformes constitutionnelles et institutionnelles : parmi elles, un scrutin présidentiel à deux tours, une limitation du nombre de mandats présidentiels à deux, la réforme de la Cour constitutionnelle, dont les membres devraient être élus pour un seul et unique mandat de sept ans. Figurait aussi dans ces recommandations une réforme de la CENI, la Commission électorale nationale indépendante, pour y intégrer les membres de l’opposition. Les chefs d’État de la CEDEAO ont également recommandé un recensement électoral général, ainsi que le vote des Togolais de la diaspora, et des mesures d’apaisement, avec la remise en liberté des personnes arrêtées lors des manifestations politiques.

La mise en oeuvre de ces recommandations a connu beaucoup de difficultés. Je citerai deux exemples : la question de la recomposition de la CENI et le recensement général.

  • en ce qui concerne la CENI, contrairement à ce qui avait été demandé par les chefs d’État de la CEDEAO, les députés de l’Assemblée nationale, dominée par le parti du chef de l’État togolais, n’ont pas voulu voter pour que des représentants de l’opposition y soient présents. À la place, l’Assemblée a voté pour qu’y siègent des représentants de l’Union des Forces du Changement (UFC), un parti qui est membre du gouvernement mais qui continue à se revendiquer de l’opposition. Il a fallu l’intervention du président du Ghana, le président Nana Akufo-Addo, facilitateur de la crise togolaise, pour obtenir un vote de l’Assemblée favorable à cette réforme. Mais les représentants de l’opposition finalement désignés pour siéger à la CENI n’y sont jamais allés : leurs partis ont estimé qu’ils ne devaient pas prêter serment devant la Cour constitutionnelle, dont ils contestaient la composition. Il fallait donc, selon eux, procéder d’abord à la réforme de la Cour constitutionnelle.
  • en ce qui concerne le recensement, il a été organisé de façon unilatérale, sans participation des partis de l’opposition, puisqu’ils ne siégeaient pas à la CENI ; or c’est la CENI qui est le maître d’œuvre de ce recensement. Il y a donc de fortes suspicions sur la fiabilité de la liste électorale telle qu’elle a été établie.

C’est dans ces conditions qu’ont été organisées les élections législatives du 20 décembre. De nombreuses organisations de la société civile, mais aussi des représentants de diverses confessions religieuses – catholiques, protestants, musulmans – ont estimé que les conditions n’étaient pas réunies pour aller voter. Il fallait à leurs yeux d’abord procéder aux réformes, afin de s’assurer qu’il n’y aurait pas de contestation après les élections. Pour ces organisations et ces confessions religieuses, aller aux élections dans ces conditions ne pouvait apaiser la crise togolaise ; pire, cela risquait de déboucher sur de nouvelles violences, dans la mesure où l’opposition voulait empêcher la tenue du scrutin. Ce sont ces préoccupations qui ont amené les confessions religieuses à solliciter une audience auprès du président ghanéen, facilitateur de la crise togolaise. Une délégation s’est rendue à Accra : elle comprenait des représentants de la conférence des évêques du Togo ; des représentants de l’EMT et de l’EEPT, assistés par le PAOET ; un représentant de l’association des cadres musulmans ; un représentant de la Conférence des Églises de toute l’Afrique (CETA). Elle a été reçue le 15 décembre. L’objectif de cette rencontre était de sensibiliser le chef de l’État ghanéen sur les risques d’explosion liés à la tenue des législatives le 20 décembre et de demander le report de ces élections pour privilégier les réformes et le dialogue entre les partis politiques en présence. Malgré la bonne écoute dont il a témoigné, le président Nana Akufo-Addo n’a pu infléchir la décision du gouvernement togolais. Les élections ont donc bien eu lieu le 20 décembre ; boycottées par l’opposition, elles ont été marquées par une participation très faible (autour de 15% selon l’opposition, de 59% selon la CENI) ; et elles ont provoqué une recomposition de l’Assemblée nationale.

Le gouvernement a procédé récemment à la mise en liberté définitive ou provisoire d’un certain nombre de personnes détenues suite à des manifestations politiques. Des dissensions sont apparues dans le camp de l’opposition ; la mobilisation populaire face aux mots d’ordre de l’opposition semble avoir baissé. Mais on aurait tort de croire que la crise togolaise est finie. Car les causes qui l’ont créée sont toujours là : absence de réformes ; sentiment de l’existence de fortes inégalités et injustices sociales ; sentiment d’avoir affaire à un pouvoir qui refuse l’alternance. Les contestations peuvent donc reprendre. On peut aussi assister à une restructuration de l’opposition… Les mois qui viennent, marqués par l’organisation de la prochaine élection présidentielle, risquent d’être déterminants. Rien n’est résolu, en dépit de cette accalmie.
 

Quelle est la vision des Églises pour sortir de la crise togolaise ?

Comlan Prosper Deh : Pour les Églises, il faut continuer à œuvrer pour que la crise togolaise qui perdure trouve une fin pérenne. Il faudrait :

  • mettre en œuvre les réformes recommandées par la CEDEAO ;
  • mettre en œuvre l’ensemble des recommandations de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) ;
  • continuer les mesures d’apaisement et poursuivre la libération des personnes encore détenues en relation avec la crise politique ;
  • procéder à la restructuration de la CENI de façon non seulement à faire de la place pour la coalition de l’opposition, mais aussi à envisager pour l’avenir une CENI technique, à l’abri de l’influence des partis politiques ;
  • reprendre le recensement électoral, de façon à ce que les citoyens qui n’avaient pas pu, ou pas voulu s’inscrire, puissent le faire ; 
  • faire auditer le nouveau fichier qui sera ainsi obtenu par des experts, notamment ceux de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ; 
  • envisager des mesures pour assurer à ceux qui sont au pouvoir qu’un changement à la tête du pays ne débouchera pas sur une chasse aux sorcières. Dans ce sens, on peut envisager des mesures d’immunité ;
  • sensibiliser les hommes politiques sur le fait que les réformes institutionnelles ne devraient pas être perçues comme la victoire d’une partie des Togolais sur une autre, mais plutôt comme l’avancement de l’ensemble du pays vers un avenir plus démocratique.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




Pour un «sursaut des consciences» face à l’antisémitisme

Ce mardi 19 février, pendant que s’organisaient partout en France des marches contre l’antisémitisme, les responsables des cultes se sont retrouvés place Beauvau en présence des ministres de l’Intérieur et de la Justice. Ils ont appelé à un «sursaut des consciences» dans une déclaration commune qui a été lue sur le perron du ministère par le président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly.

François Clavairoly lisant la Déclaration commune des religions et spiritualités contre l’antisémitisme, 19 février 2019 @ Aude-Millet Lopez pour FPF

 

«Parce que la paix et la concorde civile sont notre bien commun le plus précieux, parce que nos valeurs communes sont plus fortes que nos divergences, nous en appelons à un sursaut des consciences, et à l’engagement de chacun pour lutter fermement contre toute expression antisémite, contre toutes les formes de haine qui sont la négation même de ce qui fait la France.» Ce mardi 19 février, dans une déclaration commune diffusée à l’issue d’une réunion avec le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, les responsables des cultes et d’organisations laïques ont appelé à réagir face à l’antisémitisme en France.

Le texte a été lu sur le perron du ministère par le président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly, alors que partout en France se préparaient des marches pour protester contre l’antisémitisme, qui connaît une nette résurgence ; résurgence visible non seulement à travers des cas récents et médiatisés, comme l’agression verbale subie par le philosophe Alain Finkielkraut en marge d’une manifestation des gilets jaunes ou la profanation d’environ 80 tombes du cimetière juif de Quatzenheim, dans le Bas-Rhin, au nord-ouest de Strasbourg, mais surtout à travers les statistiques révélées le lundi 11 février par le ministère de l’Intérieur. Au total, 541 actes antisémites ont été recensés en 2018 contre 311 l’année précédente, soit une hausse de 74% sur un an. Avant cela, 2014 avait marqué un pic avec 851 actes antisémites recensés, dépassé par celui de 2004 (974).

Les actes antisémites «meurtrissent la France entière»

Pour aller plus loin :

Mardi soir, outre le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, la ministre de la Justice Nicole Belloubet et le secrétaire d’État à la jeunesse Gabriel Attal étaient également présents à la réunion organisée avec les représentants de tous les cultes (juif, catholique, protestant, orthodoxe, musulman, bouddhiste), les principales obédiences franc-maçonnes et des organisations laïques comme la Licra, la Ligue de l’enseignement et les associations familiales laïques. Les actes antisémites «meurtrissent la France toute entière», ont souligné les signataires de la Déclaration commune des religions et spiritualités ; «l’antisémitisme est un délit, jugé par l’Histoire et condamné par la loi. Il ne souffre ni excuse ni banalisation. Par nos voix, diverses mais unies, nous invitons tous nos compatriotes à se rassembler dans cet esprit d’égalité et de fraternité qu’incarne la République et qui garantit à chacun la liberté et la sécurité. Notre République est indivisible et laïque, ce qui assure à chacun la liberté de conscience, et lui permet ainsi d’avoir ou de ne pas avoir, librement, une religion (…) Face à la haine et à l’exclusion, face à la tentation du repli et au déni, face aux peurs, face à la recherche permanente de boucs émissaires, face à la stigmatisation, nous devons en conscience répondre par une ambition, à la fois civique, spirituelle et humaniste, de partager et poursuivre, ensemble, notre destin commun.»

Une situation dans laquelle il est bon de relire la Déclaration fraternelle du protestantisme au judaïsme diffusée en décembre 2017 par la FPF à l’occasion des célébrations des 500 ans de la Réforme. «Malgré les détresses qui ont tant marqué leurs mémoires respectives, notait François Clavairoly dans ce texte symboliquement titré Cette mémoire qui engage, Protestantisme et Judaïsme se considèrent comme convoqués chaque jour à la confiance et engagés sur le chemin exigeant du dialogue». Le dialogue contre l’exclusion, contre les peurs et contre le repli.

 

Retrouvez ci-dessous la vidéo et le texte de l’Appel de Beauvau lu mardi soir :

 




Appel à manifester contre l’antisémitisme

La Fédération protestante de France invite chacun à participer s’il le peut aux marches organisées partout en France ce mardi 19 février contre l’antisémitisme.

Faisant suite à son communiqué diffusé en réaction à la hausse des actes antisémites en France, la Fédération protestante de France invite chacun à participer s’il le peut aux marches organisées partout en France ce mardi 19 février contre l’antisémitisme.

Communiqué de la Fédération protestante de France

Paris, le 13 février 2019

Pour aller plus loin :

La Fédération protestante de France (FPF) exprime son indignation et sa vive préoccupation face à l’annonce de la hausse de 74% des actes antisémites en France cette année.

Le protestantisme français rappelle à chacun l’indéfectible lien qui unit juifs et chrétiens et souhaite réaffirmer que l’antisémitisme est un péché contre l’homme et contre Dieu.

Pour lutter contre toute forme d’antisémitisme, elle invite chaque citoyen, croyant ou non croyant à relire, à découvrir et à partager la déclaration fraternelle du protestantisme français au Judaïsme (adressée le 4 décembre 2017 aux autorités juives de France), une déclaration qui invite chacun à vivre la fraternité.

Elle souhaite enfin manifester son soutien à la communauté juive et lui rappeler qu’elle se tient à ses côtés.

Communiqué de la Conférence des responsables de Culte en France

Paris, le 13 février 2019

 

Les responsables de Culte en France veulent exprimer leur très grande inquiétude et leur préoccupation face à l’augmentation des propos et des actes antisémites en France. Ils enjoignent les autorités publiques à condamner et à poursuivre fermement ces méfaits et expriment leur solidarité à l’égard de la communauté juive et de toutes les personnes qui sont victimes de tels actes et de discours de haine.

La conférence des responsables de Culte en France :
Mgr Georges PONTIER et Mgr Pascal DELANNOY
Conférence des Evêques de France
M. le pasteur François CLAVAIROLY et Mme Christiane ENAME
Fédération protestante de France
Métropolite EMMANUEL et Métropolite JOSEPH
Assemblée des Evêques Orthodoxes de France
M. le Grand Rabbin Haïm KORSIA et M. Joël MERGUI
Consistoire central israélite de France
M. Ahmet OGRAS et M. Anouar KBIBECH
Conseil français du culte musulman
Mme. Minh Tri VO et M. Olivier WANG-GENH
Union Bouddhiste de France
La CRCF : présentation
La conférence des responsables de culte en France (CRCF) a été créée le 23 novembre 2010. Elle regroupe six instances responsables du Bouddhisme, des Églises chrétiennes (Catholique, Orthodoxe, Protestante), de l’Islam et du Judaïsme. Cette initiative est justifiée par la volonté des responsables de Culte en France d’approfondir leur connaissance mutuelle, par le sentiment de contribuer ensemble à la cohésion de notre société dans le respect des autres courants de pensée, et par la reconnaissance de la laïcité comme faisant partie du bien commun de notre société. Les membres de la CRCF se rencontrent régulièrement pour partager leurs actualités et discuter des sujets communs qui les occupent et organisent, à l’occasion, des colloques à dimension interreligieuse sur des sujets de société.

 




En 2019, 50 émissions protestantes sur les migrations

Si le double mouvement envoi/accueil est au cœur des activités du Défap, il ne peut méconnaître toutes les entraves qui existent aujourd’hui face aux mouvements de populations. Les Églises membres du Défap témoignent de leur engagement en la matière, à travers par exemple le collectif « Accueillons les exilés », ou à travers le récent appel de l’UEPAL et de la FEP-Grand Est pour trouver des logements pour des familles de réfugiés et des bénévoles pour les accompagner. Pour sensibiliser à la question migratoire, la plateforme des radios protestantes mutualise ses forces. Les explications de Stéphane Vincent, responsable de Radio Albatros au Havre.

Des organisations d’Église locales apportent de l’aide aux réfugiés en Hongrie. © Daniel Fekete / Hungarian Interchurch Aid /Alliance ACT

 

Pouvez-vous nous rappeler tout d’abord ce qu’est la plateforme des radios…

Il s’agit d’un regroupement d’une bonne vingtaine de radios protestantes : Radio Albatros, Fréquence protestante, Radio Alliance +, Radio FM plus, Radio Grille Ouverte, etc. Depuis plus de cinq ans, celles-ci se réunissent régulièrement pour mener à bien des projets ponctuels. Leur première collaboration remonte à 2013. Situées aux quatre coins de la France, de Montpellier au Havre, ces radios locales se sentent souvent seules avec leurs problèmes et leurs productions à assurer et à assumer. Elles ont eu envie de se rapprocher pour collaborer et échanger des programmes. Comme il n’existait pas d’entité particulière habilitée à regrouper des radios, la Fédération protestante de France (FPF) a été sollicitée pour encadrer ce groupe de travail. Chaque trimestre, l’ensemble des radios partenaires se retrouvent dans les locaux de la Fédération protestante de France (FPF), rue de Clichy, à Paris. Toutes les décisions sont prises à l’unanimité par les différents membres de la plateforme. En 2015, nous avons mutualisé nos forces pour travailler sur la Cop21 et en 2017 autour de Protestants en fête, et en 2019, donc, autour des migrations. Avec la plateforme, les radios apprennent à travailler ensemble, à se connaître, à s’apprécier. C’est un travail fédératif.

Pour aller plus loin :

En 2019, vous avez développé un vaste projet autour des migrations. Pourquoi ce thème ?

A la fin du jubilé de la Réforme, nous nous sommes réunis pour réfléchir à notre prochaine thématique. Il est ressorti des discussions qu’il serait pertinent d’aborder la question des migrations qui constitue à la fois un sujet d’actualité et de société. En tant que radios protestantes, nous souhaitons apporter un autre regard sur les migrations et montrer à notre auditoire, par exemple, que les migrants ne sont pas synonymes de problème.  L’accueil est source de richesse. Une fois ce choix pris, nous avons décidé de décliner cette thématique de différentes manières. La premier projet que nous allons mener est une coproduction de 50 émissions radio sur les migrations que l’on pourra écouter tout au long de l’année. Toutes les radios qui participent à la plateforme produisent une ou plusieurs émissions, qui sont ensuite diffusées chaque semaine sur l’ensemble des radios. Les premières émissions ont démarré en janvier. Le deuxième projet est l’organisation de plateaux radios dans des lieux stratégiques : sur la petite île italienne de Lampedusa, où débarquent des milliers de migrants et à Bruxelles le 18 décembre 2019 à l’occasion de la Journée internationale des migrants, depuis des installations radio du Parlement européen et de la Commission européenne. A Lampedusa, la parole sera données aux autorités locales, aux habitants, aux associations humanitaires et aux migrants. Enfin, durant l’année, deux plateaux  régionaux seront organisés pour diffuser des émissions en direct.

Pouvez-vous me donner des exemples d’émissions que l’on va pouvoir découvrir cette année ?

Chaque radio est responsable de ses propres productions. Elle choisit ses sujets, ses angles, ses intervenants…  Certaines radios ont choisi de porter un regard biblique sur la question. Par exemple, lors d’une émission, Harmonie Cornouaille a pris l’exemple d’Abraham comme premier migrant et a interrogé le  pasteur Michel Pelletier pour nous inviter à pratiquer l’hospitalité. Pour sa part, Radio Semnoz est partie sur le terrain et a assisté aux cours de français hebdomadaires donnés par des bénévoles à des migrants, essentiellement d’origine soudanaise, sur le bassin d’Annecy. Quant à l’équipe de Radio Grille ouverte, elle va travailler sur les migrations en Europe au XVIIIe siècle.




Paroisse de Marseille-Grignan : le code a changé

Début cette semaine d’une nouvelle série sur le site du Défap : après les portraits d’Églises ou de paroisses avec lesquelles le Défap est en lien à l’étranger, gros plan sur des paroisses françaises. Pour s’adapter à une assemblée de paroissiens totalement renouvelée, la paroisse de Marseille-Grignan transforme la vie de l’Église et se recentre sur les fondamentaux de l’Évangile. Une série proposée par Marie Piat, en partenariat avec Regards Protestants.

Un culte à la paroisse de Marseille-Grignan © Marie Piat

 

Au cœur de la Canebière à Marseille, non loin du Vieux Port et de la rue Paradis, réside la paroisse protestante de Grignan, temple historique de la ville à l’architecture néoclassique sur fond de colonnes doriques (1). Soit l’une des quatre paroisses de l’Eglise Protestante Unie de Marseille (2). Car la ville phocéenne, catholique et musulmane, peut aussi se targuer de figurer parmi les capitales historiques du protestantisme français. Rue Grignan, le dénommé « vieux temple » inauguré en 1825, accueille quelque 550 familles. Une paroisse qui s’interroge depuis plusieurs années déjà sur son évolution et l’ouverture à donner face au monde qui change. « L’assemblée de nos paroissiens s’est totalement renouvelée ces dernières années », annonce Anne Faisandier, pasteure depuis deux ans de la paroisse de Grignan. Après avoir passé douze ans à la paroisse Lyon Rive Gauche avec son mari, Olivier Raoul-Duval, également pasteur. Et de poursuivre : « Plus de la moitié de nos paroissiens ne sont pas issus d’une famille protestante. L’assemblée affiche une grande diversité d’origines géographiques, spirituelles et sociales avec de nombreux parents célibataires. Nous sommes totalement sortis du modèle protestant d’autrefois, de type HSP, traditionnel français. Plus la même histoire, plus la même culture et plus les mêmes codes qui constituaient le ciment d’antan. Du reste, le conseil presbytéral, de 14 membres, reflète cette nouvelle diversité. »

S’adapter et s’appuyer sur les atouts de cette diversité

Pour aller plus loin :

C’est pourquoi, Anne Faisandier, donne à son arrivée une nouvelle configuration au catéchisme, le système traditionnel s’avérant essoufflé. Plus de catéchisme au sens traditionnel du terme mais des « journées croisières », un dimanche par mois au temple, réunissant, avec succès, parents et enfants ensemble, condition sine qua non, du culte au goûter autour d’un thème toujours différent. A chaque fois, une quarantaine de participants, pas toujours les mêmes, sur un potentiel d’environ 90 personnes. Autre exemple d’adaptation à cette nouvelle donne sociologique : les « groupes de maison. » Ils sont ainsi une quarantaine, répartis en quatre groupes (une dizaine de personnes pour chacun), à se réunir, deux fois par mois, afin d’échanger, prier, chanter dans un contexte amical, le pasteur les rencontrant environ une fois par trimestre. Un animateur par groupe, formé et accompagné par le pasteur.

Enfin, l’accueil, depuis janvier dernier, d’une famille chrétienne irakienne (parents et deux petites filles), demandeuse d’asile. « Tout fonctionne en réseau, raconte Anne Faisandier, mère de trois adolescentes de 11 à 18 ans. La paroisse fournit le logement et prend en charge les frais. L’Entraide et une institutrice à la retraite se sont chargés des documents officiels, en lien avec la Cimade. Ce qui a permis à la famille d’obtenir un titre de séjour. Les petites filles sont aujourd’hui scolarisées. Meubles et cartes de transports ont été fournis. Jusqu’au boulanger qui fournissait le pain gratuitement. Cela a créé un lien formidable au sein de la paroisse. Chacun a apporté une pierre à l’édifice. Un vrai cadeau pour nous car c’est en accueillant les autres que nous nous accueillons les uns les autres. »

Marie Piat,
Regards sur les paroisses,
29 septembre 2016

 

 

(1) Paroisse de Grignan, 15 rue Grignan 13006 Marseille. 04 91 33 03 70 / epugrignan@free.fr / protestants-marseille-grignan.fr / www.facebook.com/TempleGrignan
(2) Consistoire Arc Phocéen-Marseille est constitué de six paroisses : Marseille Grignan ; Marseille Provence ; Marseille Sud Est-Magnan ; Marseille Nord-Vitrolles. Aubagne et La Ciotat.



Être différents mais tenir la même chose

Qu’est-ce qui est le plus important : la pertinence de la mission, l’utilité de l’action… ou l’appartenance à une communauté de foi particulière ? Le label Jésus est-il une marque déposée dont on peut revendiquer la propriété ? Dieu peut-il se révéler dans l’Église d’à côté ? Nous vous proposons aujourd’hui une méditation du pasteur Basile Zouma sur le texte de Marc 9, 38-40.

Basile Zouma, lors du Forum Chrétien Francophone de Lyon, octobre 2018 © DR

 

Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas. » Mais Jésus dit : « Ne l’empêchez pas, car il n’y a personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse, aussitôt après, mal parler de moi ». Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. Marc 9, 38-40

Le récit de Marc nous parle d’un homme qui chasse les démons et aide les gens à recouvrer la santé en se servant du nom de Jésus. Ce qui me semble être une activité tout à fait louable donc à encourager. Eh bien, non ! Les disciples pensent que cet homme doit immédiatement cesser cette activité car le label Jésus – de leur point de vue – est une marque déposée qui leur appartient. Le motif leur paraît évident : il ne fait pas partie du groupe des douze apôtres, il n’est pas des nôtres.

« Il ne nous suit pas »

Peu importe alors la pertinence de la mission, l’utilité de l’action. Ce qui importe aux yeux des disciples, c’est l’appartenance : « Il ne nous suit pas ». Il n’est pas avec nous qui avons le monopole du Christ, sa proximité, sa confidence…

Sans doute, cet homme, ce disciple de la marge a-t-il entendu parler de Jésus, sans doute croit-il en lui. Mais il ne nous suit pas, c’est-à-dire qu’il ne fait pas officiellement partie des disciples. Il n’a pas fait acte de candidature, il ne s’est pas présenté, donc il n’a pas le droit de guérir.

Il est nécessaire de nous arrêter un instant sur les nuances des mots pour saisir la portée de l’opposition des disciples et son dangereux mécanisme d’exclusion. On remarquera avec un sourire au v. 38, qu’au lieu de dire : “(Cet homme) ne te suivait pas”, Jean dit : “Il ne nous suivait pas”. À quoi correspond ce « nous » ?

C’est probablement le « nous » communautaire qui est aussi celui de l’appartenance à une communauté de foi particulière. « Il ne nous suit pas », il n’appartient pas à notre communauté, à notre ecclésiologie, à notre théologie, à notre façon de faire, à notre modèle liturgique. Il n’est pas comme nous. 

Jésus répond, d’une réponse qui recentre le propos. Il ne reproche rien à ce « nous » mais le met en garde contre les dérives possibles. Il ne veut pas que ses disciples empêchent l’homme étranger de guérir des gens. Car cet homme travaille dans le même sens que lui-même. Il est pour lui, il est donc pour nous.

Dieu peut-il se révéler dans l’Église d’à côté ?

Réponse de Jésus qui fonctionne comme un refus d’exclure pour motif de non ressemblance. Il combat dans sa réponse, cette mentalité de clan qui commence à se former au sein des disciples et autour d’une exclusion. La réponse de Jésus leur apprend que Dieu est à l’œuvre chez eux mais qu’il travaille également chez les autres et par les autres. Il se révèle dans notre Église particulière, et c’est heureux. Mais il se révèle aussi dans l’Église d’à côté, et c’est heureux encore !

Pour Jésus, ce qui compte n’est pas que cet homme soit ou non recensé parmi les disciples en titre, mais que des gens soient guéris grâce à ce qu’on peut bien appeler son ministère. De l’aveu même des apôtres, cet homme guérit les malades « au nom de Jésus ». Ce qui n’est pas une invocation vide de sens, mais une affirmation qui implique que l’homme contesté croit réellement en Jésus. La leçon de Jésus pour ses apôtres est de comprendre que la foi active existe en-dehors de leur petit groupe.

Dans ce récit, la perspective est déjà œcuménique dans le dépassement des mentalités de clan, des propensions au renfermement pour accueillir la foi de l’autre dans sa riche différence. Ici, nous touchons à une réalité essentielle : la liberté de Dieu d’agir comme il l’entend, quelquefois par nous, quelquefois en-dehors de nous. Les disciples voulaient en quelque sorte brider cette liberté.

Pendant que les disciples s’inquiétaient pour les hiérarchies et les appartenances, Jésus lui, rappelait la mission d’une Bonne Nouvelle qui libère l’humain de ses démons. Peut-être que nous aussi, en disciples d’aujourd’hui avons besoin du rappel que Dieu, en venant en Christ, a parié sur l’humain pour qu’à travers la Bonne Nouvelle, il lui soit donné d’approcher dans la figure du ce Christ son humanité véritable.

Amen.

Pasteur Basile Zouma,
avril 2018




Courrier de mission : une vie entre Versailles et la Polynésie

Nous inaugurons cette semaine une nouvelle série sur le site du Défap : elle est consacrée à des témoignages diffusés par la radio Fréquence Protestante, au cours de l’émission Courrier de Mission, consacrée au Défap et animée par Valérie Thorin. Cette semaine, l’histoire de Sœur Méréani, diaconesse, venue de Tahiti. Elle évoque sa foi, les raisons de son engagement et ce qui l’a poussée à partir au loin, ainsi que les relations avec l’Église protestante māòhi.

Tahiti, Papeete : vue sur la mer et le port, en face du temple de Paofai © F. Lefebvre pour Défap

 

Sœur Méréani, une vie entre Versailles et la Polynésie

«Courrier de mission» du 23 janvier 2019.
Émission consacrée au Défap, animée par Valérie Thorin sur Fréquence Protestante

Aujourd’hui, un «Courrier de mission» un peu particulier, qui va inaugurer une petite série consacrée aux témoignages. Témoignages au singulier et au pluriel. Singulier parce que chaque expérience est à nulle autre pareille, et pluriel parce que le Défap est, dans ses gènes mêmes, le lieu d’où partent et où reviennent tous ceux qui, un jour ou l’autre, ont senti qu’il leur fallait se lancer vers l’ailleurs et se mettre au service d’autrui, proche ou lointain.

Au chapitre 6 de l’Évangile de Marc, voici ce que disent les versets 7 à 13 :

Alors il appela les douze et se mit à les envoyer deux à deux, en leur donnant pouvoir sur les esprits impurs. Il leur recommanda de ne rien prendre pour la route, sinon un bâton seulement : ni pain, ni sac, ni monnaie dans la ceinture, mais (disait-il), chaussez-vous de sandales et ne revêtez pas deux tuniques.

Il leur disait : Dans quelque maison que vous entriez, demeurez-y jusqu’à ce que vous quittiez l’endroit. Et si quelque part on ne vous reçoit ni ne vous écoute, en partant de là, secouez la poussière de vos pieds en témoignage contre ces gens.

Et ils partirent et prêchèrent la repentance Ils chassaient beaucoup de démons, oignaient ‘huile beaucoup de malades et les guérissaient.

 

Au Forum qu’avait organisé le Défap en 2016, plusieurs personnes sont venues témoigner de leur expérience d’envoi. L’objectif était de raconter comment, pourquoi, dans quel contexte elles étaient parties et ce qu’il était advenu d’elles. Elles sont venues aussi parler de leur foi. Cette foi qui anime souvent ceux qui acceptent de se décentrer pour mieux aller à la découverte des autres.

Le premier de ces témoignages, que vous pouvez entendre aujourd’hui, est celui de Sœur Méréani, diaconesse, venue de Tahiti.

Pour aller plus loin :



Refonder la mission

Suite de notre dossier «Mission : refondation !» : nous publions cette semaine un texte de Thomas Wild, rédigé en mai 2018, qui fait partie des apports aux réflexions lancées actuellement au Défap sur la mission. L’auteur s’y interroge sur le sens de la mission aujourd’hui, dans un contexte qui a fortement évolué ; sur ses réalisations, ce qu’elle implique au niveau des Églises, l’état des réflexions lancées au niveau international, ainsi que sur ce que peuvent être ses fondements aujourd’hui.

Façade du Défap au 102 boulevard Arago, à Paris © Défap

«Refonder la mission»

le Président actuel du Conseil du Défap, le pasteur Joël Dautheville a ainsi intitulé l’éditorial du trimestriel diffusé auprès des Églises du Défap en ce mois d’avril de 2018. La question se pose pour tous les organismes missionnaires occidentaux, particulièrement pour ceux issus des Églises dites historiques, Églises qui peinent à se survivre et à transmettre la Bonne Nouvelle à la génération suivante. Je me suis senti provoqué par ce terme de refondation : dans ma vie de pasteur, qui pour l’essentiel se confond avec ma vie tout court, les relations missionnaires ont toujours joué un rôle important. En toute modestie, j’essaie ici de partager quelques idées sur la refondation du Défap et des organismes missionnaires du protestantisme historique en France (ce qui limite quelque peu le champ).

Comment prétendre évangéliser au loin lorsque c’est si difficile au près ? Car, quand même, l’ADN (comme on dit aujourd’hui pour parler de ce qui est essentiel) des organismes missionnaires reste la transmission et le partage de l’Évangile ! Refonder la mission, car la représentation d’un monde en noir et blanc, telle que je l’ai connue dans mon enfance, n’est plus de mise ! Il n’y a plus les chrétiens civilisés / occidentaux / blancs d’un côté et de l’autre les sauvages / barbares / païens ! en fait, c’est vrai depuis longtemps (dès 1966, le Conseil œcuménique des Églises parlait de «mission sur les six continents», dès 1970, la majorité des chrétiens sur le plan mondial vivait dans le sud de la planète), mais les clichés ont la vie dure ! Alors que souvent, ce sont les ressortissants des anciens champs de mission qui viennent donner un coup de jeune aux Églises historiques du Nord !

Quelle mission ? Sortir du contexte colonial

Pour aller plus loin :

Refonder la mission, mais quelle mission ? Celle cherchant à amener une conversion personnelle à Jésus Christ ? Celle visant à témoigner de Jésus-Christ et de son projet ici et ailleurs ? Celle mettant au centre le marginal (l’une des affirmations centrales de la théologie de libération) ? Celle consistant à chercher avant tout à assurer la survie de sa propre Église, avec le souci prioritaire de transmettre l’Évangile à la prochaine génération, à maintenir ce que l’on tient pour acquis (en bâtiments, en statut juridique dans la société, en image de marque) ?

Pourquoi faudrait-il poursuivre l’œuvre de l’ACO, du Défap et de la Cevaa ? N’ont-elles pas fait leur temps ? N’a-t-on pas perdu l’élan initial ? Qu’est-ce qui amènent ces Églises particulières du Nord et du Sud à avoir un projet missionnaire commun ? A leur origine, des membres des Églises du Nord se sont senties appelées à apporter l’Évangile à des personnes en situation de détresse absolue : la mission de Paris et les grands organismes missionnaires du Nord ont vu le jour parallèlement aux campagnes pour l’abolition de l’esclavage, au début 19e siècle, et se sont épanouies aux alentours de la conférence de Berlin (1870) qui inscrivait dans la conscience collective la supériorité de l’Occident, qui se croyait pourvu d’une mission civilisatrice sur le reste du monde, ce qui sera la colonisation de l’Afrique. L’ACO, un siècle plus tard, est issue d’un mouvement de solidarité avec les arméniens survivant du génocide dont ce peuple avait été la victime de la part de ce qui subsistait de l’empire ottoman. La situation n’est plus la même.

Durant mes études, un professeur de Tübingen avait émis l’hypothèse que l’indépendance des «jeunes» Églises était un problème pour les organismes missionnaires occidentaux. C’est bien le cas. Le Nord perd une grande partie de son pouvoir, ce qui va mal avec ses complexes de supériorité issus d’une représentation de soi discutable. Et il faut dire que s’il y a eu des missionnaires visionnaires, visant du fond de leur cœur et de leur intelligence l’émergence d’une Église autonome, bien d’autres ont pris comme évidente la supériorité occidentale, et ont fait durant des décennies, en bonne collaboration avec leurs dirigeants européens, la pluie et le beau temps dans leurs champs de mission. Cela n’est plus acceptable au 21e siècle. Et devant cette évolution, la motivation côté donateurs européens baisse.

Plutôt que de parler de problème, il vaudrait mieux parler d’une évolution inéluctable, oui souhaitable. La mission, le partage de l’Évangile, n’a pas pour but de reproduire une relation de type colonial, où celui qui bénéficie de la solidarité reste à vie dépendant ! Mais une fois que des Églises sont implantées, peut-on parler de mission accomplie ? C’est un peu la philosophie et la stratégie de bon nombre d’organismes missionnaires (surtout anglo-saxons). Une fois l’Église locale implantée, ces organismes quittent l’Église et la laissent se débrouiller.

Parfois, la séparation est douloureuse ! J’ai été le témoin indirect d’un conflit entre une Église latino-américaine, ayant choisi ses propres voies, et se voyant interdire l’accès de l’église construite par l’organisme missionnaire qui l’avait fondée, en raison de ces choix ! En d’autres lieux, il y a eu des transferts de responsabilités, comme lorsque la SMEP a «récupéré» les champs de mission anglais à Tahiti, Madagascar, en Nouvelle Calédonie, et allemand au Togo et au Cameroun (entre autres).

Souvent, lorsque l’Église dispose de suffisamment de cadres formés dans ses rangs, lorsqu’elle bénéficie d’une dynamique et d’une place reconnue dans la société, les relations avec la mission «mère» s’estompent, aussi (et peut-être surtout) lorsqu’il n’y a plus de missionnaires (collaborateurs fraternels-collaboratrices, envoyés-envoyées). En discutant avec des responsables du Synode Arabe (NESSL), j’ai ainsi entendu les récits de telles relations moribondes. Certes, les cadres arabes reçoivent encore des invitations pour les AG et autres moments importants, eux-mêmes en envoient, mais personne n’y va…

Certains organismes missionnaires, notamment d’origine américaine, mais surtout de nombreux individus prenant des initiatives individuelles, poussent ce modèle jusqu’à la caricature : j’ai ainsi vu agir une «missionnaire» américaine en Turquie, qui avait appris le turc, dont le but était de convaincre des chrétiens à demander le baptême, et qui, allant de village en village, une fois les gens baptisés, considérait sa mission comme accompli, le St Esprit devant terminer le travail !

Au-delà de cette caricature, il faut reconnaître une certaine cohérence à ce modèle. Il n’est pas sans rappeler cette scène clé du film «Gandhi» : lorsque le grand artisan de l’indépendance de l’Inde demande aux Européens qui le soutiennent de le quitter. Désormais, ce sera aux indiens de se prendre en main !

Phénomène analogue à celui du passage à l’âge adulte : lorsqu’un enfant grandit, il arrive un moment pour les parents de le laisser aller pour qu’il trouve sa propre voie. En est-il de même dans notre questionnement ?

Mission et communion mondiale des Églises / des chrétiens

La Cevaa, le Défap (enfants de la Société des Missions Évangéliques de Paris), la London Missionnary Society, l’ACO et bien d’autres organismes ont choisi un autre chemin que celui de la séparation radicale : ces organisations font le pari qu’Églises mères et Églises filles assurent désormais ensemble leur tâche de témoignage. Côté orthodoxe et catholique, le processus sera similaire, avec une «indigénisation» des Églises.

En 1972 (année de la création du Défap et de la Cevaa), on n’imaginait pas qu’un jour les relations allaient connaître une évolution aussi radicale, et qu’en l’espace de deux générations, Églises mères et Églises filles allaient suivre des voies de plus en plus indépendantes. Mais aussi que les Églises mères allaient s’affaiblir et les Églises filles procéder elles-mêmes à leur extension, aussi en Europe ! Parallèlement à la recherche d’un nouveau souffle pour ces relations, les Églises elles-mêmes allaient créer des postes pour les relations internationales (en France du moins – en Allemagne, les postes s’appellent «Mission und œkumene») (1).

Lorsque l’ACO Fellowship est fondée en 1995, on reste modeste : la solidarité avec les protestants libanais (sortant à peine d’une guerre civile qui a marqué le pays), iraniens (confrontés à une persécution qui continue) et syriens (entre temps confrontés à une situation horrible) unit des protestants hollandais, suisses et français, même si leur contribution reste modeste par rapport à celle des grands organismes américains. Mais qu’en sera-t-il lorsque les grandes crises du Proche Orient se seront apaisées ? Le «mission statement» d’ACO Fellowship, rédigé en 2011, met l’accent sur la solidarité entre chrétiens en Orient et Occident, leur demandant de vivre la communion en Christ par des liens vivant et une vraie solidarité concrète.

Les théologiens (déclarations de la FLM, du COE, du groupe de Lausanne) ont apporté leur contribution, mettant en avant un certain nombre d’affirmations fortes.

À savoir :

  1. Que la mission était inscrite dès le départ dans l’être trinitaire de Dieu.
  2. Qu’une Église était missionnaire ou n’était pas.
  3. Que la mission devait avoir lieu en paroles ET en actes (prédication + diaconie)
  4. Que la mission devait continuer, et porter les préoccupations en matière de justice, d’environnement (justice climatique), d’égalité : ainsi, on verra son domaine s’étendre aux luttes de libération (théologie de la libération d’Amérique Latine, combat pour l’indépendance – Nouvelle Calédonie, lutte contre le racisme – USA, contre la drogue, lutte pour la paix, etc…
  5. Et aujourd’hui, l’un des enjeux est la place de la femme dans l’Église, et la lutte contre les discriminations harcèlements dont elles sont victimes. Si le combat ne fait pas débat en Europe / aux USA, il en est tout autrement dans des contrées où le statut inférieur de la femme est inscrit dans les mœurs et les traditions, ou partagé avec la religion majoritaire

Mais à force d’embrasser tous les combats pour un monde meilleur et plus juste, la mission «extérieure» (qui nous préoccupe pour le Défap et l’ACO) a perdu sa visibilité.

Car malheureusement, les affirmations fortes ne répondent pas à la question de la «refondation» de la mission dans l’Église. À force d’élargir les contours de la mission extérieure, ceux-ci deviennent flous. Et concernent le travail «diplomatique» des directions d’Églises, qui parfois double le travail identique des organisations missionnaires elles-mêmes. Les déclarations peuvent aussi s’appliquer au travail social réalisé par les Églises européennes localement (2) comme le travail social réalisé au loin.

Des missions accomplies

Il est frappant de constater que le document publié par la Mission de Bâle (aujourd’hui Mission 21) l’occasion de 200e anniversaire dit en couverture : «Pionniers, globe-trotters, constructeurs de ponts – en route pour un autre monde, une autre vie, les missionnaires comme voyageurs». Elle contient en 4e de couverture des hommages louant la mission de Bâle sur sa contribution au développement, au commerce équitable, à l’entreprenariat, à ses luttes pour la promotion de la femme, de la paix, à un œcuménisme horizontal. Elle dit les effets en Suisse du témoignage des missionnaires, aussi la manière dont la mission a modifié l’image de l’homme (et de la femme) du Sud. Jusqu’à l’institut de médecine tropicale de Tübingen qui loue les relations partenariales avec elle. Chaque fois, au-delà de la «mission» elle-même (et je suppose que pour les auteurs de ces éloges, c’est là la quintessence de l’annonce de l’Évangile), les témoins parlent des conséquences concrètes de l’Évangile, de concrétisations de son annonce, et non d’évangélisation directe. Même si l’Évangile ne se transmet pas de manière chimiquement pure, mais passe par des gestes d’agapè (dans le sens de 1 Corinthiens 13).

La question de la refondation devient encore plus aigüe devant un tel constat : une fois que la société devient consciente la nécessité de l’action humanitaire, prend en charge les besoins médicaux de base, accepte le principe du commerce équitable, inscrit dans ses lois l’égalité homme femme, etc…, le rôle de pionnier de la mission dans ces domaines spécifiques devient sans objet. Je me souviens d’une séance du Conseil du Défap où comme perspective à long terme de l’engagement du Défap n’apparaissait plus que la formation théologique. Est-ce vraiment la spécificité de la mission ? D’une autre manière, en Suisse, le DM a du mal à exister face à EPER, l’organisation de développement : une volonté d’être professionnel dans les secteurs du développement et de l’aide humanitaire (EPER) appauvrit considérablement le champ d’action de cet organisme missionnaire.

UEPAL 2017

Je consacre ici un paragraphe à mon Église. L’UEPAL, dans son organisation interne, a inscrit la dynamique missionnaire dans la partie «diaconie», et non dans celle «évangélisation». Il faut dire que l’organisation est complexe, et due à l’histoire compliquée de la région. L’UEPAL est culturellement marquée par sa proximité avec l’Allemagne et la Suisse. Dans la phase pionnière de la mission du début du 19e siècle, elle va soutenir aussi bien la mission de Bâle que celle de Paris, et plus tard celle de Hermannsburg, issue du réveil luthérien. Début du 20e siècle naît l’ACO. Lorsqu’en 1971-1972, l’intégration de la réalité missionnaire dans l’organisation de l’Église est décidée, l’UEPAL suivra un chemin original : elle se dotera d’un service missionnaire, chargé de coordonner l’aide aux différents partenaires, en centralisant progressivement les finances.

Dernière évolution en date : l’UEPAL est allée vers une gestion de ces relations en une relation d’aide à des projets des partenaires mission, en fondant son modèle sur celui des organisations de développement. Cela montre la difficulté de formuler de manière claire quelle est en ce 21e siècle, dans un monde globalisé comme jamais auparavant, la spécificité de la mission extérieure de petites Églises minoritaires (par rapport aux autres Églises, par rapport aux autres religions, dans des pays très fortement laïcs, a-religieux si ce n’est de manière militante anti-religieuse).

Lorsque l’UEPAL a décidé (sans grande concertation préalable) de scinder son soutien à Défap/Cevaa en deux soutiens distincts, c’était pour mieux maîtriser son soutien mission comme soutien à des projets concrets. Cela se comprend dans une logique de soutien à projets. Mais ainsi disparaissent des dimensions fondamentales de la création de ces deux organismes : l’unité du protestantisme français dans cette dimension de mission extérieure, et la vision d’une mission globale au sein de l’Église Universelle. Il apparaît qu’il y a une relève de génération, et que «l’histoire sainte» des origines de Défap/Cevaa ne fonctionne plus pour cette nouvelle génération.

Si besoin était, cette situation particulière montre qu’il y a urgence à refonder la mission dans le protestantisme français !

Quelques textes théologiques

Le COE, Édimbourg 1910 – 2010

Édimbourg 1910 représentait un tournant de la mission : les organismes missionnaires prenaient conscience de la nécessité de collaborer entre elles justement en raison de l’Évangile un annoncé, de faire une place aux Églises émergentes du Sud, pourtant pratiquement pas représentées, et allait initier la suite des rencontres internationales entre missions protestantes. Un organisme qui existait donc avant le Conseil œcuménique des Églises !

Édinbourg 2010 à mes yeux, et cela n’engage que moi, est par certains côtés très décevant. «L’appel commun» qui est issu de ce rassemblement est visiblement un texte où les attentes des uns et des autres sont compilées. Il souligne une nouvelle fois l’origine trinitaire de la mission, le côté mondial de la chrétienté, sa vocation à travailler à résoudre les conflits, à réconcilier et à se réconcilier avec la création, à faire de la place à toutes les minorités, etc…

Tout cela dans une communion missionnaire internationale et interculturelle, très riche pour ceux qui ont le privilège d’assister à des temps forts qui la réunissent, mais qui peine à se concrétiser dans la vie quotidienne de nos paroisses…

«Ensemble vers la vie – Nouvelles pistes pour la mission» – le document du COE 2013 (3)

Le Conseil œcuménique des Églises a produit un nouveau document sur la mission en 2013.
Il n’est pas facile à résumer : j’y relève un paradoxe, d’un côté, il est une fois de plus rappelé que la «missio dei» est ancrée dans l’être trinitaire de Dieu (paragraphe 1-3), ce qui est son centre, mais suit une insistance sur une mission sous la direction de l’Esprit Saint et une autre insistance sur le fait que la mission se fait souvent aux marges des structures humaines que sont les Églises établies.

Ce qui interroge toute communauté de croyant, et aussi tout croyant : qu’est qui est central et qu’est-ce qui est périphérique ? Le document prend bien acte du fait que dans un monde globalisé, il n’y a plus de centre de périphérie dans le sens géographique du terme. Ce qui est perturbant pour une vision claire ! Et pour moi, certes mettre en question le schéma centre / périphérie, le centre commandant ce qui se passe à la périphérie est juste et justifié (surtout lorsque l’on traite de plus ceux des marges avec mépris et condescendance), donner pour autant un rôle messianique aux exclus et marginaux mène également à des impasses. L’histoire (des décolonisations, des indépendances) nous a bien montré que les opprimés d’un jour peuvent devenir des oppresseurs pires que ceux qu’ils remplacent !

Un autre point fort (pour moi) est de rassembler de manière critique et bien plus exhaustive les problèmes globaux que doit affronter le monde ! Évidemment, cela perturbe quelque peu les chrétiens trop bien adaptés aux choix discutables des sociétés dont ils sont membres (4), choix qui sont à l’origine d’un certain nombre de ces problèmes. Il y a des consensus nationaux ou culturels qui demandent à être revus et corrigés à la lumière de l’Évangile … et aussi tout simplement pour permettre la survie de l’humanité dans des conditions à peu près décentes sur notre petite planète.

Ce n’est ni évident ni facile : mais où ailleurs que dans la chrétienté mondiale, est-il possible de se parler fraternellement et de s’entendre, de chercher des voies pour résoudre les énormes problèmes du monde, sachant qu’ultimement, nous avons le même père et devrions aller vers plus de fraternité, dans un premier temps entre nous, sans oublier le monde entier qui aspire à la délivrance !

Du côté évangélique (déclarations de Lausanne, de Manille, du Cap)

Le monde évangélique (dans le sens «evangelical»- anglais / evangelikal – allemand) part du constat que si la chrétienté reste la communauté religieuse la plus importante de la planète, il reste cependant de nombreuses régions peu ou pas atteintes par l’Évangile. Notamment dans une zone du Sud qui concentre mal- et sous-développement. La mission classique garde pour elle tout son sens, dans le sens gagner des chrétiens parmi les adeptes des religions «primitives» ou mieux encore, parmi les musulmans !

Théologiquement et missiologiquement, le point de départ est différent (et rejoint parfois des positions catholiques) : à savoir une vision de l’être humain assez pessimiste, pécheur, il a besoin de se convertir et de la grâce du Seigneur pour pouvoir être sauvé de la damnation éternelle. Christ est la seule voie du salut (c’est un sujet très sensible pour l’islam qui se sent menacé et contesté par ce genre de phrase), en-dehors de lui, c’est la damnation. Cette vérité est considérée comme universelle et intangible. Les injustices sociales, les discriminations en tous genres, ou même les atteintes à la création sont secondaires pour lui, elles ne sont pas négligeables, mais viennent après le salut devant Dieu.

La motivation principale est de sauver des individus, de planter des Églises (church planting – il s’agit de communautés locales, voire d’Églises de maison souvent considérées comme les seules vraies), et non de s’occuper des problèmes du monde ! Même s’il faut reconnaitre que la dimension diaconale de la foi est de plus en plus présente dans les milieux évangéliques, qui ont fait et font preuve d’inventivité et de pertinence dans leur travail. C’est leur manière de contextualiser l’Évangile, même si le mot pour eux n’aura pas beaucoup de sens. Dans ces milieux, il faut trouver des angles d’attaque pour l’Évangile dans la culture ou la religion de ceux que l’on veut convertir (ainsi, il existe des livres du monde évangélique expliquant la meilleure manière d’apporter l’Évangile à des musulmans).

Le monde évangélique du fait de sa vision simple (voire simpliste) du monde et de ses problèmes a pour lui de susciter beaucoup d’enthousiasme, un engagement sincère et coûteux sur le plan personnel de la part de très nombreuses personnes. La vision que j’en donne ici est elle aussi très simpliste ! Entre évangéliques américains, français, suisses, hollandais et allemands il y a d’infinies variantes…

Élan général pour la mission et projets particuliers

Logique d’une communion d’Églises

Face à la crise des relations, qui avec la disparition progressive des missionnaires au long cours (5), la tentation est grande de sortir d’une logique de communion, de relation fraternelle en Christ, à une logique de relation construite autour de projets, avec début, déroulement et fin, avec des dossiers techniquement complexes, mais obéissant à une logique de soutien ponctuel, et non dans la longue durée. Il est frappant de constater que la Cevaa par exemple ne prévoit plus d’envois sur le long terme, notamment pour les postes pastoraux. Chaque Église est devenue (jalousement ?) indépendante !

Il faut reconnaître que le grand projet d’une «communauté missionnaire» (Luthériens et Réformés, sur le plan mondial, ont préféré le terme de «communion») pour la Cevaa n’a pas été doté d’outils assez puissants pour pouvoir être réalisé. De grandes relations (souhaitées) entre de nombreux partenaires qui passent par des tuyaux très étroits ! Car la réalité ressemble plutôt à cela : quel vécu commun peut-il bien y avoir entre un membre de l’Église kanak, en proie à de vives tensions internes en raison de choix politiques critiques sur l’indépendance par rapport à la France et une paroisse d’une banlieue de Strasbourg (ou d’ailleurs), confrontée à la violence urbaine, les trafics de drogues, le délitement de la paroisse, quittée par ses forces vives ? Ce n’est pas tellement différent dans l’ACO : quelle communion entre des protestants égyptiens, tentés par l’exil aux USA, vivant la discrimination et la pression islamiste, et les paroisses rurales se sentant abandonnées en France ? On pourrait multiplier les exemples…

Il faudrait une volonté politique forte et permanente de la direction et de l’ensemble des cadres des Églises locales pour sensibiliser, informer, organiser des rencontres… or la réalité est que la plupart des paroisses et aussi les directions d’Église ont tant de problèmes immédiats à résoudre pour survivre et essayer de sauver ce qui peut l’être que les organismes missionnaires sont déjà contents lorsqu’une fois l’an, il y a une animation / information sur l’Église Universelle !

Et comment aller au-delà d’une communion qui ne soit réservée exclusivement aux cadres des Églises ? Car c’est une grande tentation. On ne peut maintenir des liens qu’en se rendant visite, mais il n’est pas toujours évident de distinguer ces visites d’une attitude de tourisme d’Église, qui ne va guère en profondeur. Ou de visite d’affaires, pour justement gérer les projets, sans pour autant approfondir la communion spirituelle, qui doit être l’Alpha et l’Omega, la raison d’être des projets ! Je me souviendrai toujours d’une visite rendue au responsable de la Fédération Protestante d’Égypte, avec lequel nous souhaitions organiser un échange de paroissiens, et qui proposait de venir avec son staff… (6)

ACO Fellowship a tenté de répondre par la parution d’une lettre de prière rédigée à tour de rôle par les différents membres du Fellowship (Iran, Liban, Syrie, Hollande, Suisse France). C’est peu de choses, mais c’est un début. Est-ce possible à plus de 50 partenaires ? On peut en douter. L’existence d’un site internet de la Cevaa et d’un autre du Défap permet de suivre l’actualité, mais il faut faire l’effort soi-même.

D’autres essais consistent dans les échanges de groupes de jeunes, d’échanges de pasteurs, qui sont autant de pistes intéressantes et expérimentées à une certaine échelle. Là, la mission fonctionne dans les deux sens, et jeunes (et pasteurs) venant des partenaires en mission reçoivent un message qui leur permet de questionner, d’approfondir et de revitaliser leur foi et leur théologie ! Certes, on ne convertit plus les païens, mais on convertit le croyant à une plus grande ouverture d’esprit et de cœur.

La vision d’une communion spirituelle entre chrétiens de toutes origines a besoin de projets concrets

L’envoi de personnes avec toutes sortes de qualifications – mais pas toujours très engagées dans l’Église, et ne se sentant pas des âmes de missionnaires, les rencontres entre pasteurs, entre jeunes, de paroisse à paroisse sont riches et importantes. Mais cela ne suffit pas : je pense qu’il ne faut pas opposer la logique inhérente à l’idée d’une communion spirituelle (dans laquelle s’exprime la solidarité les uns pour les autres) et la logique de projets concrets : les deux logiques se nourrissent et se corrigent l’une l’autre, à condition de ne jamais oublier la finalité.

Nous avons vu la fragilité des relations missionnaires, que l’on croyait pérennes, et qui peuvent s’effriter et mourir. Elles s’entretiennent par des projets, menés par des personnes en chair et en os. Celles-ci seront bien plus que des mercenaires, payés pour faire un job, leur vocation est d’être des témoins : boursiers, envoyés, théologiens, experts pour des projets agricoles, médicaux, humanitaires, l’ensemble de l’activité déployée par les organisations ou avec le soutien des organisations doit avoir le but de maintenir les liens fraternels. Lorsqu’un projet commence à mener une vie propre et indépendante, l’organisme financeur n’étant plus perçu que comme un banquier, il a perdu son âme, et dans le cadre de relations missionnaire, son sens et sa raison d’être.

Cela suppose dans tous les sens un gros travail d’information (ou plutôt de témoignage, de partage fraternel) : les nouveaux réseaux de communications offrent des chances pour ce type d’évangélisation (un peu comme les voies romaines ont permis l’expansion du christianisme durant les premiers siècles de son existence).

Le projet doit être utile et obéir à des critères de sérieux, mais bien plus : il doit être un outil pour une plus grande communion. Ceci n’est pas évident, il est difficile pour le donateur de renoncer à sa position de pouvoir que son statut induit, qu’il le veuille ou non, et il est difficile pour celui qui bénéficie du soutien de ne pas s’autocensurer devant celui auquel il doit des ressources !

Pourtant, même si cela va a contrario des évidences du néolibéralisme économique (qui tient pour évident que celui qui est le plus puissant doit prendre les décisions), il est aussi évident que tout l’Évangile nous invite à une telle attitude !

Les (nouveaux ?) fondements de la mission

Une mission extérieure fidèle aux solidarités héritées de l’histoire, mais pas que…

Pourquoi le Cameroun ? La Nouvelle Calédonie ? Le Liban ? Pour le paroissien de base, un peu intéressé, ces questions faussement naïves montrent la nécessité de savoir pourquoi les organismes missionnaires sont présents en certains lieux et pas en d’autres.

Quel est le critère de choix des lieux vers lesquels va se diriger l’élan de mission et de solidarité des Églises de France ? La question n’est pas du tout évidente. On peut interroger plus haut, pourquoi partager sa foi, mais je pars dans le contexte de ce texte du principe qu’il y a un vrai désir de mission et de partage dans le cœur des croyants et des stratèges d’Église auxquels je m’adresse.

Que reste-t-il comme relations entre l’Église Unie de Zambie, l’Église du Lesotho, fondées par de grandes personnalités issues du protestantisme français ? Dès ses débuts, la SMEP avait le souci de ne pas simplement se soucier d’être un auxiliaire chrétien de la colonisation, mais de transcender par l’Évangile les barrières culturelles. Il faut reconnaître qu’il est difficile sans une forte volonté et des gens engagés de maintenir ces liens. Aujourd’hui, les liens vers ces pays anglophones se font via la Cevaa. Ce n’est que rarement une réalité de prière, de discussion, de partage fraternel sur les questions qui préoccupent les uns et les autres.

Pourtant, il me semble qu’il est essentiel de ne pas jeter aux orties de «vieilles» relations. J’ai été frappé à quel point l’ACO, pourtant acteur modeste auprès des Églises d’Orient, est respectée pour sa fidélité dans le temps. Syrie et Liban ont vu passer nombre d’ONG effectuant une mission puis laissant les gens aidés se débrouiller pour la suite.

Ce passé ne doit pas enfermer dans la nostalgie de ce qui a été (notamment pour ce qui est des relations parfois peu évangéliques lorsque les relations ont été des relations de pouvoir). Le monde a changé, en bien et en mal. Les problématiques se sont déplacées.

L’un des fondements de l’action missionnaire du 21e siècle sera, par tous les moyens (dont les projets) d’être aux côtés de ceux que le Seigneur a un jour mis sur le chemin des protestants français.

Ceci ne doit pas signifier que ces relations sont coulées dans le marbre – parfois il faut reconnaître leur fin, heureuse ou non. Et surtout, cette fidélité aux relations d’autrefois ne signifie pas que le Défap doit limiter son action à ces partenaires-là, ou pérenniser automatiquement ces relations.

Ouverture aux nouveautés du siècle : le devoir de vigilance des organismes missionnaires

Le Défap (avec la FPF) avait un temps essayé de construire des relations avec le protestantisme chinois. Cela a complètement disparu de ses radars. D’autres relations ont été ouvertes avec le Nicaragua et son protestantisme, d’autres encore avec Haïti.

Pour la Chine, c’était au moment où une certaine libéralisation permettait à la chrétienté chinoise d’émerger de la clandestinité et de la persécution. Les visites et premiers contacts (années 90) n’ont pas donné de développement. Un soutien accordé à un organisme de développement chinois (Amity Foundation) par le Conseil Missionnaire UEPAL a un peu prolongé les choses, mais à ma connaissance, il n’y a plus de relations. Pourtant, la réponse aux défis que rencontrent protestants chinois et français (société très séculaire, minorité chrétienne, engagement dans la société) auraient pu créer des convergences, André Appel, alors président de l’ECAAL, en était persuadé.

Pour le Nicaragua, considéré pendant longtemps comme un exemple de théologie de libération ayant réussi, et aussi du fait de la présence sur les lieux de Georges Casalis, des liens avec la Faculté de Théologie de Managua, l’accueil d’une femme-théologienne-boursière, l’envoi régulier d’enseignants pour de courts séminaires s’est poursuivi. Cela contribue-t-il à une communion entre les Églises de France et du Nicaragua ? On peut en douter.

Haïti, dont le protestantisme connaît une forte croissance (aux dépens du catholicisme, et sous la pression de missionnaires nord-américains), a connu plusieurs phases de relations avec la France. Une première visite exploratoire avait eu lieu dans les années 1990, avec une proposition de soutien au système scolaire protestant. Philippe Mary y tiendra un vrai rôle. Le tout va un peu s’endormir, et se réveiller lorsque le tremblement de terre de janvier 2010 réveille l’intérêt pour ce pays pauvre entre tous, d’une certaine manière francophone, le créole étant la langue courante.

La question pour le Nicaragua et pour Haïti est un peu la même : dans un protestantisme marqué par une culture congrégationaliste nord-américaine (et donc une habitude de relations bilatérales), y a-t-il une mission, une responsabilité particulière pour la France ?

Il y a aussi eu des histoires qui me laissent perplexe : après le tremblement de terre qui a dévasté l’Arménie le 7 décembre 1988 et son indépendance de l’Union Soviétique en 1991, deux organisations ont vu le jour : Espoir pour l’Arménie, venu de l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes de France, et Solidarité Protestante Française avec l’Arménie (SPFA), fondé par Samuel Sahagian, pasteur de l’ERF d’origine arménienne, ayant quitté l’UEEAF trouvée trop fondamentaliste. Jean Alexandre, alors secrétaire général du Défap, s’était rendu sur place. Mais le Défap ne s’est pas vraiment engagé en Arménie, la petite Église Protestante en Arménie, très évangélique, ne demandait rien à la FPF, elle était probablement occupée à discuter avec l’UEEAF et surtout la grande société missionnaire américaine AAMA. Et SPFA se positionnait sur le terrain culturel et humanitaire. Mais SPFA a un budget très important, provenant en partie du protestantisme français, et fonctionne sur une base de bénévolat associatif ! L’ACO, n’ayant pas de contact direct avec l’Arménie, se tiendra (et se tient encore) aux côtés des deux organisations et soutient ou co-organise des projets avec eux.

Quelle leçon tirer de ces exemples ? Le Défap et autres organisations missionnaires du protestantisme français doivent avoir dans leur cahier de charges une ligne concernant leur devoir de vigilance. De nouvelles relations peuvent surgir, de nombreuses se proposent… rarement totalement désintéressées. Le Défap du fait de son positionnement très particulier peut lui-même percevoir de nouveaux défis, de nouveaux devoirs à accomplir. Où et comment discerner la volonté de Dieu pour le protestantisme français ?

Qui décide de l’ouverture de nouvelles relations de «mission extérieure» ? Et sur quels critères ?

Voici quelques propositions de principe pouvant guider cette mission de vigilance :

  • Le Défap doit fonctionner en immersion dans le réseau protestant français, certes, les trois Églises qui le constituent, mais aussi la FPF et ses Églises membres, la CEEEFE (le réseau protestant francophone), (7)
  • Il doit donc être à l’écoute des demandes qui remontent vers lui
  • Et il peut les renvoyer sur d’autres partenaires, mieux outillés que lui pour des raisons de familiarité régionale ou culturelle, ou les prendre en compte pour lui
  • Il peut également interpeller d’autres acteurs «mission» pour leur rappeler la nécessaire solidarité dans le protestantisme français pour ces actions

Critères

  • Dans les premiers temps, bien cadrer les possibilités du protestantisme français, vérifier la faisabilité des projets, leur utilité, ce que cela change, comment cela enrichit spirituellement et humainement les acteurs locaux et le protestantisme français
  • Faire son possible pour discuter avec des Églises (pas seulement des communautés locales ou des groupes), dans l’élaboration de chartes qui précisent l’objet du projet commun
  • Vérifier avec d’autres partenaires œcuméniques (missions européennes, américaines, asiatiques) la pertinence du projet, éventuellement créer des structures (légères !) de concertation.
  • Vérifier la faisabilité financière en concertation avec les Églises constituant le Défap
  • Enfin, il faudra élaborer une chaîne de décision qui permette des décisions collégiales du protestantisme pour répondre aux nouveaux défis

La mission extérieure : une marginalité assumée

Je me souviens de l’époque où les réalités missionnaires n’étaient pas intégrées dans le budget central de l’Église, qui laissait faire les spécialistes avec plus ou moins de bienveillance. Après une dizaine d’année d’intégration, un pasteur alsacien, devant la difficulté à faire passer l’idée de «mission extérieure» dans les paroisses, et aboutir à l’inscription de sommes autres que ridicules pour cette ligne, disait lors d’une réunion : finalement, est-ce que cela ne marchait pas mieux lorsque la mission était portée par un groupe de gens «qui en voulaient» ?

Il me paraît presque normal que l’intérêt pour la mission extérieure ne soit pas automatique, y compris dans nos paroisses, qui ont souvent de vrais problèmes à gérer. Eveiller l’intérêt pour la mission demande beaucoup d’efforts, de témoignages, de constance. Et l’intérêt ne peut être commandé sur le mode administratif par une (ou des) direction d’Église !

Le rayonnement des relations missionnaires demande à grandir en une réalité spirituelle ! Le COE invite toutes les semaines à prier pour un groupe de pays. Il serait bon d’inviter (de diverses manières, en proposant des thèmes, des textes tout faits, des témoignages) à prier pour ceux qui sont notre proche famille sur le plan spirituel ! Un peu comme le fait la «Journée Mondiale de Prière».

Ceux qui se sentiront vraiment concernés et militants resteront une minorité, et ce n’est pas grave : c’est dans ses marges que l’Église se renouvelle… Souvent, ce sont les anciens coopérants, ceux qui ont participé à un échange avec le Sud (ou l’Orient) qui retrouvent leurs racines chrétiennes et renouvellent un engagement plus dynamique ! Cela échappe pour une large part à une logique de «faire», lorsqu’une telle expérience réussit, c’est de l’ordre de la grâce (qui fait partie de la promesse). La militance pour la mission, la prière, la solidarité, l’information qui l’accompagnent ne peut être remplacée par un engagement budgétaire, pourtant lui aussi important.

La mission extérieure : en France aussi

Parmi les nouveaux chantiers que la mission doit aux phénomènes migratoires, aux flux de réfugiés, à la mondialisation et aux réseaux sociaux, il y a l’accompagnement des paroisses confrontées aux problèmes et aux joies des relations nouvelles et inhabituelles auxquelles elles se trouvent confrontées.

Cela justifie amplement à mon avis la présence de Secrétaires Exécutifs chargés de l’animation France, et aussi animation jeunesse. Lectures interculturelles et communautaires de la Bible, rencontres interreligieuses permettent des rencontres qui autrement n’ont simplement pas lieu. Dans un monde où l’on communique comme jamais, et où l’on ne se comprend pas mieux pour autant, les organisations missionnaires peuvent apporter un témoignage et une expertise indispensable.

Mais là aussi, il est important que les organisations missionnaires ne se croient pas propriétaires de leur savoir-faire et de leur champ d’action : cela peut et doit fonctionner en réseau avec les autres forces vives du protestantisme !

Conclusion

Le Défap et les autres organismes missionnaires européens n’ont pas besoin de «refondation» : leur fondation, c’est la foi en Christ, c’est l’action de l’Esprit dans le monde, qui bouscule toujours à nouveau les croyants. Comment faire ? C’est là que les choses deviennent difficiles.

Lorsque je considère le monde avec les yeux de ma (petite) foi, je suis fasciné par sa diversité et les multiples manières dont l’Évangile libérateur peut changer la vie des hommes. Je reçois les interpellations qui me poussent à avoir des gestes de solidarité. Je sais aussi mes limites dans ce domaine !

Je vis sous la grâce d’avoir pu vivre des rencontres fantastiques et improbables. Cela nourrit ma réflexion, ma foi et mon action. Il ne m’appartient pas de juger et par là-même de mettre des limites à l’action de Dieu.

Ici, j’ai essayé de partager mes réflexions sur le sens que peut avoir la mission extérieure pour l’Église du 21e siècle. En toute modestie, j’ose espérer que cela aidera le Défap et les autres organismes à avancer !

Thomas Wild
Strasbourg, 15 mai 2018

 

1) Ainsi, l’EPUdF a créé un poste pour les relations extérieures – la personne siège au nom de l’EPUdF au Conseil du Défap, la FPF a ses propres relations extérieures, pour l’UEPAL, il y a un poste pour les relations européennes, sans aucune relation avec les organisations missionnaires
2) pour l’UEPAL : Semis, CASP, etc…, pour la FPF, la Fédération de l’Entraide Protestante, etc…
3) Le document final, issu d’une consultation de plusieurs années (2006-2013), destiné à remplacer une déclaration des années 80, a été approuvé lors de l’AG du Cœ de Busan en 2013. Il a été publié en 2015 en français par les éditions Olivétan, le numéro 2015/1 de «Perspectives missionnaires» lui est consacré.
4) Ainsi, lors de rencontres Orient-Occident ou Nord-Sud, les européens prennent (parfois) conscience des privilèges dont ils jouissent, qu’ils ont en grande partie hérités, et des frustrations des autres… mais souvent, devant l’apparente impossibilité de changer les choses en profondeur, on oublie ! Dans l’autre sens, les participants du Sud rendent attentifs au sort des personnes âgées dans les pays occidentaux, de la qualité de vie relationnelle et du manque de zèle à participer aux activités d’Église, qui pour eux sont évidents. Plus en profondeur : les clichés des uns sur les autres sont parfois hallucinants ! Et nos partenaires orientaux ont du mal à saisir la non-discrimination des musulmans par les nations européennes, parfois encore considérées comme chrétiennes, alors qu’eux vivent dans des nations musulmanes et supportent nombre de discriminations !
5) J’ai découvert en Turquie à quel point les ordres missionnaires catholiques poursuivaient à leur manière la présence de missionnaires à vie. Des personnes, prêtres et sœurs surtout, consacrent leur vie à une mission au loin. J’ai vu de tels exemples au Gabon (Foyer de Charité), au Caire (Centre des dominicains) et à Alexandrie (centre jésuite). Cette présence au long cours, impressionnante localement est un vrai témoignage. Mais là aussi, la relève a du mal à se faire.
6) Il faut dire que son point de vue se comprend. À mes débuts à l’ACO, personne n’avait vraiment compris l’organisation du protestantisme égyptien, et la Fédération n’était pas le bon endroit pour des contacts avec la base. S’ajoute à cela la vraie difficulté linguistique pour un échange, les protestants égyptiens se tournent plus volontiers vers l’anglais-américain que vers le français.



Le pasteur Basile Zouma, prochain Secrétaire Général du Défap

Actuellement pasteur dans la Manche, membre du Conseil régional de l’Église protestante unie de France Nord-Normandie et engagé dans la Coordination nationale Évangéliser-Former de l’EPUdF, Basile Zouma prendra ses fonctions de Secrétaire Général du Défap au mois de juillet 2019, succédant ainsi au pasteur Jean-Luc Blanc.

Le pasteur Basile Zouma © DR

 

Le processus de recrutement entrepris au lendemain de la démission du pasteur Bertrand Vergniol a abouti à la nomination du Pasteur Basile Zouma à ce poste.

Basile Zouma est actuellement pasteur de l’Église protestante unie de France en poste dans le département de la Manche (Églises locales de Cherbourg Nord-Cotentin et Saint-Lô Manche Sud) et président du Conseil du consistoire de Basse-Normandie. Il est membre du Conseil régional de l’EPUdF Nord-Normandie et engagé dans la Coordination nationale Évangéliser-Former de l’EPUdF.

Au Maroc, l’accompagnement des migrants

Pour aller plus loin :

Basile Zouma est né en Côte d’Ivoire en 1975 de parents burkinabè et a grandi dans un milieu familial multiconfessionnel. Titulaire d’un doctorat en médecine générale obtenu à Casablanca et d’un diplôme universitaire en épidémiologie et recherche clinique obtenu à Fès, il s’est engagé dans le médico-social pour l’aide, le conseil et l’accompagnement des migrants-réfugiés en transit sur le sol marocain. Son engagement ecclésial au Maroc s’est fait dans le cadre d’une suffragance dans la paroisse de Rabat ainsi que de l’aumônerie du mouvement national pour la jeunesse de l’Église.

Basile Zouma a obtenu un master professionnel de théologie à l’Institut protestant de Théologie, Faculté de Montpellier. Son ministère actuel sur le terrain s’élargit d’engagements au sein de l’ACAT (Commission Théologie) et l’ACONor (Association Chrétienne Œcuménique de Normandie) dont il assure la coprésidence.

C’est avec beaucoup de joie qu’il sera accueilli dans l’équipe et les instances du Défap ! Il prendra ses fonctions au mois de juillet 2019 et succédera ainsi au pasteur Jean-Luc Blanc qui quittera le Défap à la fin du mois de juillet.




Grand débat national : des outils pour repenser la politique migratoire

La Cimade met à disposition des citoyennes et citoyens qui souhaitent participer au grand débat national, ses cinq propositions majeures pour une politique migratoire différente.

 

Jusqu’au 15 mars, les citoyennes et citoyens ont la possibilité de participer et contribuer à une consultation nationale initiée par le gouvernement, et qui fait suite notamment au mouvement des gilets jaunes. Dans les sujets évoqués, l’immigration et l’intégration sont couvertes par quatre questions.

Pour aller plus loin :

Il nous semble important que chaque personne engagée pour une autre politique migratoire puisse participer à ce débat avec des informations actualisées et vérifiées, des propositions concrètes et des arguments juridiques et éthiques solides.

Afin d’outiller les citoyennes et citoyens sensibles à cette cause, La Cimade a actualisé ses 5 propositions majeures pour améliorer durablement le sort des personnes migrantes et réfugiées et un document de décryptage des 13 préjugés sur les migrations qui sont régulièrement énoncés dans les discours politiques ou relayés par certains médias.

Elle met également à disposition de chacun·e ses petites guides de sensibilisation qui contiennent de nombreux arguments pour contredire les stéréotypes et la xénophobie qui s’expriment parfois dans ces consultations (à consulter en ligne :




Les deux Centrafrique

Dans ce pays, le Défap est en lien avec deux Églises : l’EPCR (Église Protestante Christ-Roi), membre de la Cevaa, à Bangui, et l’EELRCA (Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine), qui compte près de 120.000 membres dont 84 pasteurs, et œuvre principalement dans l’ouest du pays, région déshéritée et instable. Entre ces deux lieux, la capitale et la province, d’énormes disparités, à commencer par les conditions de circulation et la sécurité. Le point avec cet article de Valérie Thorin (responsable du suivi de la Centrafrique au Défap) publié dans la Lettre du Défap de février 2019.

Rencontre des partenaires internationaux de l’EELRCA – 29-30 octobre 2018 © Valérie Thorin pour Défap

 

Il y a deux Centrafrique. Celle de la capitale, Bangui, donne l’impression que les institutions fonctionnent, que la sécurité est assurée et que la paix est revenue.

L’activité urbaine témoigne d’une certaine reprise économique, perçue par le biais des services (banques, commerces, hôtellerie, restauration) et des télécommunications (le sacro-saint portable…). Les usines de transformation tournent à plein régime : boissons, sucre, cigarettes même si l’agriculture reste malgré tout le principal contributeur au PIB (pour 43% en 2017) avec le café, le coton, le palmier à huile et le bois.

La RCA engrange donc des recettes fiscales liées à toutes ces activités économiques (9,1% du PIB en 2017) mais elles restent en deçà des dépenses (14,9% du PIB), ce qui signifie une forte dépendance visà-vis de l’aide extérieure (FMI, Banque mondiale, Banque africaine de développement, Union européenne et France).

La seconde…

Pour aller plus loin :

La «seconde Centrafrique» est celle de la province. Près de 80% du pays – du centre à l’est – est aux mains des bandes armées, dirigées par des chefs de guerre se comportant comme de petits proconsuls, tout-puissants et violents. L’ouest est plus tranquille. Certes, il y a toujours des voyous qui jouent les coupeurs de routes, mais ils se satisfont en général de quelques francs CFA. À Bouar, ville où est installée l’administration de l’Église évangélique luthérienne de Centrafrique (EELRCA), les Casques bleus des Nations unies font office de gendarmerie, un blindé posté au carrefour principal en guise de dissuasion.

Et presque rien ne fonctionne : quasi-absence de réseau téléphonique, pas ou très peu d’eau courante, pas d’électricité hormis lorsque les groupes électrogènes sont en marche, quelques heures à la nuit tombée parce que le carburant doit être utilisé avec parcimonie. Les pistes sont dans un état lamentable, défoncées, inondées et les routes dites goudronnées sont souvent effondrées ; il n’y a pas d’écoles publiques sauf dans les villes et très peu d’hôpitaux. D’où l’importance du réseau que l’EELRCA a réussi à mettre en place en ce qui concerne l’éducation et la santé.

La région est grosse productrice d’or et de diamants alluvionnaires (les fameux diamants de Centrafrique…) et la forêt pluviale permet l’exploitation des bois précieux. Les trafics sont intenses. Il est fréquent de croiser des camions grumiers le soir et la nuit, alors qu’ils devraient avoir quitté les pistes à 16h30 (la nuit tombe vers 17h). Les diamants peuvent être « pêchés » par tout un chacun et les collecteurs, qui ont pignon sur rue dans la moindre bourgade, font des bénéfices de l’ordre de 1 pour 10 000…

À Carnot, préfecture et plaque tournante du commerce des pierres, certaines maisons ressemblent à des palais des mille-et-une nuits. Mais pour un sultan, 10 000 pauvres bougres se tuent au travail.

Valérie Thorin, envoyée spéciale

L’école de théologie de l’EELRCA à Baboua, l’un des projets soutenus par le Défap – 29-30 octobre 2018 © Valérie Thorin pour Défap



La Nouvelle-Calédonie à l’honneur

Cette semaine, plusieurs représentants des Églises de Nouvelle-Calédonie étaient en visite en France. À cette occasion, le professeur Frédéric Rognon a animé le jeudi 31 janvier, à la Maison du protestantisme, à Paris, une conférence-débat sur le thème : «La Nouvelle-Calédonie après le référendum : quels défis pour les Églises ?»

Les délégués des Églises calédoniennes, en visite en France, faisant la coutume à l’AG de la Fédération Protestante de France, 26 janvier 2019 © Défap

 

Les invités sont arrivés au Défap, où ils étaient hébergés, quelques jours avant les premières rencontres à la Maison du protestantisme, au 47 rue de Clichy, dans le neuvième arrondissement : une délégation des Églises de Nouvelle-Calédonie, présente à Paris à l’invitation de la Fédération Protestante de France (FPF), qui tenait son Assemblée Générale. Cette délégation comprenait le pasteur Var Kaemo, président de l’Église protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC) et son épouse la pasteure Marie-Claire Kaemo, directrice du Centre de Formation Pastorale et Théologique de Béthanie ; le pasteur Yvon Dea, président des Assemblées de Dieu de Nouvelle-Calédonie ; le pasteur et aumônier Marc Perrin, Assemblées de Dieu de Nouvelle-Calédonie ; le pasteur André Beinon, président de l’Église évangélique libre de Nouvelle-Calédonie.

Les membres de cette délégation étaient également invités à la conférence-débat animée le jeudi 31 janvier par le professeur Frédéric Rognon, sur le thème : «La Nouvelle-Calédonie après le référendum : quels défis pour les Églises ?». Car dans cette terre loin de la métropole et de sa conception de la laïcité, la religion a un rôle crucial à jouer. Selon ce mot de l’ancien Haut-Commissaire Vincent Bouvier : «Ce sont des hommes d’Église qui ont permis, souvent en désaccord avec les autorités de l’époque, de poser un regard différent sur l’identité Kanak. La religion a un rôle majeur à jouer dans la gestion des tensions et le maintien du dialogue.» Et de Maurice Leenhardt jusqu’à Jacques Stewart, les protestants de métropole et ceux de Nouvelle-Calédonie entretiennent depuis longtemps des relations singulières. Ce qu’avait rappelé François Clavairoly, le président de la FPF, en évoquant «l’histoire partagée du protestantisme kanak et du protestantisme anglais puis français» à la suite de sa visite dans l’île en mai 2018 en compagnie d’Emmanuel Macron, à quelques mois du référendum d’autodétermination qui s’est déroulé en novembre, et a vu la victoire, attendue mais moins nette que ne le prédisaient les sondages, du maintien dans la France.

Coutume et multiculturalisme

Pour aller plus loin :

Si ce rendez-vous électoral s’est passé sans explosion, les principaux problèmes de la société calédonienne demeurent. Une société qui reste très inégalitaire, avec une grande différence entre les îles et la grande ville, Nouméa : d’un côté, un mode de vie qui reste traditionnel, avec une forte intégration sociale et familiale, et de l’autre, une société devenue multiculturelle, ouverte sur des influences très diverses, avec des modes de vie très différents, une croissance forte d’Églises évangéliques d’implantation récente…

Depuis l’accord de Nouméa, les Kanak disposent d’un statut civil particulier, formalisé par l’article 75 de la Constitution, appelé «statut coutumier», et ne sont pas soumis au code civil. La coutume régit tous les aspects de la vie des Kanak, avec ses offrandes et ses rites qui rythment toutes les étapes de l’existence, naissance, mariage, deuil, alliance et pardon entre clans : ces règles «définissent les devoirs et les obligations vis-à-vis de la communauté, mais aussi le lien à la terre et au sacré», comme le souligne Emmanuel Tjibaou, fils de Jean-Marie Tjibaou et directeur du centre culturel Tjibaou à Nouméa. Mais les Kanak sont aujourd’hui minoritaires, ce que montrent bien les chiffres du dernier recensement : en 2014, 39,05% des habitants se sont déclarés Kanak, 27,2% européens, 33,75% (soit plus du tiers) se réclamant d’autres communautés, notamment vietnamienne ou indonésienne. Un cosmopolitisme que reflète la ville de Nouméa. Entre ces deux images très contrastées de la Nouvelle-Calédonie, les jeunes – et en particulier les jeunes Kanak – peinent à trouver une place. Certains rejettent le modèle traditionnel et le poids de la coutume pour rejoindre Nouméa. Mais la ville est aussi le lieu où les inégalités s’affichent de la manière la plus flagrante : «il y a là-bas environ 10.000 personnes qui vivent dans des squats», souligne Tünde Lamboley, responsable du suivi des relations avec la Nouvelle-Calédonie au sein du Défap.

Place des Églises et de la coutume, suites du référendum d’autodétermination et invention d’un «destin commun» en Nouvelle-Calédonie, relations avec la métropole : une table ronde animée par Didier Crouzet, secrétaire général de l’EPUdF, a réuni le 26 janvier au 47 rue de Clichy, à la Maison du protestantisme, les pasteurs Var et Marie-Claire Kaemo, le pasteur André Beinon et les pasteurs Yvon Dea et Marc Perrin, hôtes d’honneur de l’assemblée générale de la FPF.

 

Toujours à l’occasion de cette visite de la délégation des Églises de Nouvelle-Calédonie, Place des protestants, le programme de Présence protestante diffusé le dimanche 10 février, sera consacré au protestantisme dans l’île.