Lettre à Frédéric

«Aimer Dieu, c’est permettre à l’autre d’être reconnu comme un homme infiniment précieux»… À travers cet hommage écrit sous forme de lettre, le photographe Albert Huber, qui fut également envoyé et chargé de mission du Défap, revient sur le parcours singulier de Frédéric Trautmann.
Frédéric Trautmann © Albert Huber

 

Je t’écris de cette terre d’Alsace qui t’a vu naître, alors que tu viens de rejoindre l’autre rive. C’est à Porto Novo au Bénin que je t’ai photographié, lors d’un reportage à l’AG de la Cevaa, début des années 2000. Nous nous sommes croisés la dernière fois dans la salle des fêtes de l’Élysée à l’occasion de l’hommage du président Hollande aux responsables de la Fédération de l’Entraide Protestante. Mais c’est lorsque tu occupais le bureau du secrétariat général du Défap au 102 du boulevard Arago à Paris que nous nous sommes vraiment rapprochés.

De prime abord, ta haute stature d’homme m’avait impressionné. Mais une fois le contact établi, l’attention était comme captée par ton regard franc et direct. Dans la conversation, tu dégageais un quelque chose à la fois d’énergique et de paisible. Inutile le passage par de grandes déclarations, ton entrain, tu le puisais dans ton attention chaleureuse pour l’autre. Plus particulièrement pour celui resté au bord du chemin, ici comme au-delà des océans. Ton itinéraire singulier est édifiant à ce sujet. «Aimer Dieu, c’est permettre à l’autre d’être reconnu comme un homme infiniment précieux» était la boussole de ton parcours de vie. Tu l’as mise en pratique dans ta première paroisse de Sarre Union dans l’Alsace profonde – 2500 âmes, 4 cultes le dimanche. Plus tard, sur le terrain de la mission en Nouvelle-Calédonie déjà en quête d’indépendance. À ton retour, à la direction du Défap, l’historique Service protestant de mission. Et enfin, pour boucler la boucle, à la tête de Fondation protestante John Bost à La Force, 1000 personnes handicapées en résidence.

Si je ne devais retenir qu’une seule chose de nos échanges et correspondances, c’est à coup sûr la profonde fraternité qui te liait au peuple kanak de Nouvelle-Calédonie. Tu l’as vécue entre solidarités et tensions sur place, puis tout au long de tes 12 années au Défap. La fièvre monte en 1984-1985, quand Pierre Joxe, ministre de l’intérieur et des DOM-TOM, t’appelle au Défap te demandant d’intervenir. Un sous-préfet est pris en otage à Lifou : intolérable pour le gouvernement. Connaissant l’autorité de l’Église protestante au sein du peuple kanak, le ministre te demande d’intervenir. Au téléphone, tu interpelles une nuit entière tes anciens partenaires sur place et le sous-préfet est libéré, le bain de sang évité. «Kanak veut dire homme» écrivais-tu dans tes différents articles et rapports sur le Caillou.

Il est autour de chacun de nous des témoins d’humanité qui spontanément suscitent l’empathie. Personne ne prendra leur place un jour, eux-mêmes n’ayant pris la place de personne. Tu as été, cher Frédéric, de ceux-là.

Albert Huber
ancien envoyé et chargé de mission du Défap




Retour sur le synode de l’Unepref

Une consécration pastorale, deux accueils de pasteurs et communautés, une déclaration solennelle contre la violence, ont marqué en cette année 2019 le synode de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France (Unepref), une des Églises membres du Défap.
Photo de groupe du synode de l’Unepref © Unepref

 

Les pasteurs et délégués de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques se sont rassemblés dans le village cévenol de St Jean-de-Maruéjols et Avéjan (30) pour leur synode annuel du 30 mai au 2 juin.

Placé sous le thème : Nos pas pour demain, les délégués ont été doublement interpellés par les interventions du pasteur Etienne Lhermenault, président sortant du CNEF, ainsi que par celle du pasteur Philippe Girardet, ancien président de l’Union et actuellement Directeur de la Faculté Libre d’Études Politiques et d’Économie Solidaire (Paris-Sud, Montpellier, Dakar), appelant l’un et l’autre à de nouvelles formes de mobilisations tout autant spirituelles que sociales. Un olivier, symbole méditerranéen de la paix, a été planté par une enfant sur le parvis du temple et accompagné d’une déclaration solennelle contre les multiples types de violences constatées ces derniers mois dans notre pays. Il a été rappelé l’exhortation du Grand Rabbin de France, suite à la profanation de l’arbre commémorant l’assassinat d’Ilan Halimi, à planter des arbres en signe d’appel symbolique à la paix.

Le pasteur Jean-Raymond Stauffacher a été reconduit pour 3 ans en tant que Président et les membres des commissions et coordinations renouvelés.

Durant le synode, deux Eglises ont été accueillies en tant qu’Eglises affiliées, un pasteur a été consacré et deux pasteurs ont été reconnus dans leurs ministères au sein de l’Union.

Enfin, les délégués ont été appelés à mobiliser les membres de leurs Eglises pour participer à la Convention nationale qui aura lieu les 23 et 24 mai 2020 et durant laquelle sera lancé un nouveau mot d’ordre pour les années à venir.




«Vivre ensemble»




Au menu de Perspectives Missionnaires : Églises et replis identitaires

Ce numéro 77 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, est exceptionnel à plus d’un titre : il présente les actes du forum Églises et replis identitaires : pourquoi sortir de l’entre-soi ? qui avait été organisé fin novembre 2018 à la Maison du protestantisme, à Paris. Une rencontre à la qualité unanimement saluée, qui avait donné lieu à des éclairages sociologiques des plus stimulants comme ceux apportés par Jean-Paul Willaime, Yannick Fer ou Frédéric de Coninck, des aperçus des Églises et des communautés en recomposition dans une société devenue plus mobile avec Joseph Kabongo ou Bernard Coyault, des questionnements sur la possibilité d’un témoignage chrétien partagé avec Élisabeth Parmentier… Pour vous inciter à en savoir plus, nous vous livrons ici l’article de synthèse de Frédéric Rognon, professeur de philosophie à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg.
Ce film de Sonia Mussier a été projeté le 23 novembre par Jean-Luc Mouton au premier jour du forum de la revue Perspectives Missionnaires sur le thème « Églises et replis identitaires : pourquoi sortir de l’entre-soi ? » Réalisation : Campus Protestant.

Vouloir faire une synthèse de notre Forum tiendrait de la gageure, voir de la présomption. Car on ne synthétise pas une telle rencontre, qui s’est avérée d’une telle richesse ; on ne la conclut même pas. Je me contenterai donc d’exprimer quelques réflexions, plus ou moins subjectives, qui me sont venues au fil des interventions, ainsi que quelques pistes de résolution et d’action à emporter : quelques munitions pour la route.
Je procèderai en trois temps : tout d’abord, j’interrogerai le titre du Forum, et l’orientation qu’il signifie pour notre rencontre; dans un second temps, je reprendrai divers éléments d’une grille d’analyse, à travers cinq paradigmes ; et enfin, dans un troisième temps, je proposerai quelques axes d’engagement, à travers sept défis à relever.

Le titre du Forum

Notre rencontre était un « Forum ». Ce terme se voulait sans doute moins académique que celui de « Colloque » : nous étions en effet à l’interface de la sphère universitaire et de la sphère ecclésiale. Dans la Rome antique, le forum était une place publique où s’opéraient des échanges : des échanges d’abord langagiers, puis commerciaux, politiques, intellectuels et religieux. Notre rencontre était bien, à ce titre, un forum, en raison de son caractère interdisciplinaire et interactif : il ne s’agissait pas d’une succession d’enseignements magistraux, mais d’une circulation de la parole à l’occasion de communications, de débats, de travaux de groupe, de post-it, et de conversations informelles et conviviales. Plus encore, notre rencontre était un forum parce qu’elle était un événement performatif : consacrée à une réflexion sur la sortie de l’entre-soi, elle a cherché à effectuer, par son geste même, cette sortie, et donc à mettre en œuvre ce dont on parlait. La diversité du public que nous constituions a été soulignée dès l’ouverture du Forum par Marc Frédéric Muller ; nous étions représentatifs de ce protestantisme multicolore dont parlait François Clavairoly dans la même ouverture. Ne soyons cependant pas dupes : notre diversité était loin d’être infinie, et nous sommes un peu, et peut-être même un peu beaucoup, restés dans l’entre-soi, dans ce microcosme protestant qui, même lorsqu’il est rassemblé dans toute sa diversité comme ici, ne représente lui-même qu’une mini-minorité de la population de notre pays. L’important est d’en être conscient.

J’interrogerai maintenant le titre du Forum lui-même : « Les Églises aux prises avec les replis identitaires et culturels ». Pourquoi avoir privilégié cette version négative de la réalité ? On aurait pu intituler le Forum : « Les Églises entre ouverture et repli ». Ce titre aurait d’ailleurs été plus conforme au contenu de la rencontre, car une telle ambivalence a été au cœur de nos débats. Quant au sous-titre choisi : « Pourquoi sortir de l’entre-soi ? », il s’agit d’une question rhétorique. Pourquoi avoir posé la question : « Pourquoi ? » et non pas : « Comment ? » Ou pourquoi pas : « Pourquoi et comment ? »

L’entre-soi est en effet une expression connotée, foncièrement dépréciative. Il renvoie à une situation dont il faut sortir, à une posture dont il faut se déprendre, surtout si l’on est chrétien. Jean-Paul Willaime a même dit que l’entre-soi était mortifère. La réponse à la question : « Pourquoi ? » est donc évidente : parce que c’est tout l’Évangile qui nous invite à sortir de l’entre-soi. Et pourtant, la question reste posée du fait de la réalité de nos Églises, qui ressemblent souvent, comme le dit Fritz Lienhard (1), à des clubs d’affinités électives : pour être admis au club des luthéro-réformés, il faut faire preuve d’amour pour les psaumes du XVIe siècle, d’aptitude à assimiler un discours hautement intellectuel, et même d’une capacité physique à rester assis sur un banc inconfortable pendant une bonne demi-heure sans s’agiter (2)… ; quant aux Églises Mosaïc, elles exigent la maîtrise de certaines langues et de certains langages (y compris de langages non-verbaux), de certains codes et d’un certain rapport à la temporalité, l’adhésion à certaines valeurs, à un habitus et à un ethos, et une capacité à la mobilisation corporelle. Comme l’a bien montré Yannick Fer, le repli sur soi se manifeste aux deux bouts de l’échelle sociale.

L’entre-soi est donc une tentation pour toutes nos Églises. C’est même la tentation par excellence, puisque Claude Lévi-Strauss, dans les dernières lignes de sa fameuse thèse, Les structures élémentaires de la parenté (3), fait de la sortie de l’entre-soi, par le langage, par l’interdit de l’inceste et par l’exogamie que celui-ci impose, par les échanges de toutes sortes, la condition même de l’humanisation, de l’entrée en humanité : une sortie comme condition d’entrée ! Rappelons que pour Lévi-Strauss, il y a trois types fondamentaux d’échanges : l’échange des paroles, l’échange des objets, et l’échange des femmes. Or, Florence Taubmann nous a invités à faire en sorte que nos enfants se marient entre eux, pour établir des ponts entre nos Églises… ! Plus sérieusement, Marie Kim a témoigné des passerelles construites entre la Corée et la France, et entre Paris et Nantes. Il y a mille et une manières de sortir de l’entre-soi.


L’affiche du forum © Perspectives Missionnaires

Une grille d’analyse

Je me propose donc à présent de dégager cinq paradigmes analytiques qui ont constitué une grille de lecture de la réalité de nos Églises au cours de ce Forum.

Le premier paradigme est une clarification conceptuelle. Il s’agit de distinguer d’emblée « pluralité » et « pluralisme », « multiculturalité » et « multiculturalisme » : le fait et l’interprétation positive du fait. Jean-Paul Willaime nous y a, à juste titre, invités. Constater le fait permet en effet d’ouvrir à l’ambivalence du phénomène, qui est toujours à la fois un risque et une opportunité, au lieu d’y appliquer un jugement normatif ou idéologique. Mais franchissons un pas de plus.

Comment désigner ces Églises plurielles ? La tension entre les deux pôles d’autochtonie et d’allochtonie est-elle pertinente ? Bernard Coyault a soulevé le problème des connotations du vocable d’« autochtone », et des caricatures mutuelles qui s’en nourrissaient. Le « sang chaud » et l’« intensité du croire » avancés par Régis Debray s’avèrent être des présupposés doublement délétères : d’une part, parce qu’ils prêtent le flanc à une posture essentialiste et, d’autre part, parce que s’il y a intensité, c’est peut-être celle de l’expressivité, mais comment juger du niveau de la croyance ? Dans son second film, Jean-Luc Mouton a pointé les difficultés posées par la réception de ces images par les communautés concernées, lorsqu’on les désigne comme des Églises « issues de l’immigration » ; Pamela Millet y a dénoncé la stigmatisation qui est afférente à ces expressions. Il serait donc hautement préférable de prendre acte de la porosité des limites entre le soi et l’autre, et sortir de la dualité en affirmant que nous sommes tous dans la « Mosaïc » : personne n’est en dehors, chacun est une pièce du puzzle, sans quoi il n’y a plus, à proprement parler, de mosaïque.

Le second paradigme consiste à décrypter les effets de la globalisation, en y discernant une insigne ambivalence. On relève en effet deux effets inverses : d’une part, la circulation plus ou moins libre des personnes, les échanges d’idées, le foisonnement des ressources symboliques et spirituelles, la pluralisation des formes d’expression de la foi, produisent une ouverture à l’autre et un apprentissage de la tolérance ; d’autre part, cependant, les mêmes facteurs, et leurs premières conséquences, produisent des crispations identitaires, des replis confessionnels, des idéologies populistes. François Clavairoly a même parlé, non sans s’excuser de la formule, de populismes confessionnels et de souverainismes ecclésiaux. Ces deux effets inversés peuvent être simultanés ou successifs, chacun des deux nourrissant l’autre, dans une dialectique entre deux pôles en tension. Une expression est revenue à plusieurs reprises au cours du Forum : « L’universel, c’est le local sans les murs » ; il s’agit d’une version optimiste de ce qui nous arrive, qui peut évoquer à la fois la fameuse formule de Jacques Ellul : « Penser globalement, agir localement », et le concept plus récent de « glocal », pour articuler l’ouverture large au monde et l’enracinement en un terreau vivifiant.

Le troisième paradigme relève de l’analyse critique de la situation présente dans nos Églises. Il s’agit de prendre conscience du sort réservé aux chrétiens issus de l’immigration. Yannick Fer a parlé d’une intégration inégale, qui combine à la fois inclusion sociale et maintien des inégalités. Les immigrés sont des invités bienvenus, mais ne seront, et ne se sentiront, jamais chez eux. Les stéréotypes nourrissent des discours sur les autres qui contribuent à reproduire des rapports sociaux de domination. Georges Michel a annoncé que la nouvelle formule du Projet Mosaïc fera la promotion d’une conception de rapports entre Églises à parité, plutôt que celle de l’intégration, qui sous-tend la vision française d’une subordination d’Églises-filles envers des Églises-mères. Cette perspective ne peut que rappeler la vision de la Cevaa, ré-énoncée par Martin Burkhard.

Le quatrième paradigme est d’ordre biblico-théologique. Cette dimension a sans doute été trop discrète au cours du Forum, générant une frustration qu’expriment plusieurs post-it et rapports de groupes. Le motif scripturaire qui vient le plus immédiatement à l’esprit est celui de la tension entre Babel et la Pentecôte (4) : Babel évoque la pluralité de langues et de cultures comme vecteurs d’incompréhension, tandis que la Pentecôte signifie le dépassement des clivages sociaux, culturels et linguistiques, par l’Esprit d’amour. Nous sommes donc invités à toujours parcourir à nouveau le chemin qui va de Babel à la Pentecôte.
Joseph Kabongo nous a rappelé que la multiculturalité était déjà la situation des premières Églises. On pourrait citer l’incident d’Antioche, relaté par Paul en Galates 2, en tension avec la fameuse formule du même Paul en Galates 3, 28 : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec » ; Gabriel Amisi nous a dit que cette dernière expression était le mot d’ordre du travail auprès des demandeurs d’asile à Genève. Un dernier passage biblique peut être mentionné : Philippiens 3, 5-9, pour étudier le sens évangélique de l’identité : Paul se dit « de la tribu de Benjamin, Hébreu né d’Hébreux, quant à la loi pharisien… » (on pourrait actualiser en : « parisien »…), mais tout cela ne représente pour lui que « de la boue » depuis qu’il sait qu’il est « en Christ », et que c’est en lui que se situe sa véritable identité. Notre identité nous précède donc puisque Jésus-Christ nous précède. Jean-Marie Tjibaou, qui, outre le fait d’être un leader indépendantiste et un promoteur de la culture kanak, était un ancien prêtre, disait : « Notre identité est devant nous ».

Enfin, le cinquième paradigme est la prise de conscience, très nette tout au long de notre Forum, de la nécessité de formations à l’interculturalité. Joseph Kabongo a mentionné une nécessaire formation théologique, les travaux de groupes une formation à l’accueil, Elisabeth Parmentier une formation à la médiation interculturelle (où nous apprendrons les uns avec les autres, dans un échange de dons), et Jean-François Zorn une formation au dialogue.

Ce point décisif m’offre une transition toute trouvée avec les axes d’engagement.

Deux intervenants lors du forum : Jean-François Zorn (à gauche) et Jean-Paul Willaime (à droite) © Défap

Des axes d’engagement

Je présenterai donc sept défis, et sept pistes qui peuvent constituer une feuille de route pour chacun de nous. Il a été à plusieurs reprises question d’« horizon », notamment avec Elisabeth Parmentier. Une feuille de route est une boussole qui indique un horizon. Or, on sait bien que lorsque nous marchons ou roulons dans la campagne, l’horizon ne fait que reculer au fur et à mesure de notre avancée : nous n’atteindrons jamais l’horizon, du moins sur cette terre. Cependant, quand nous faisons de la haute montagne, l’horizon se rapproche, puis éclate à nouveau une fois parvenus au sommet. Il n’est pas sans intérêt de souligner l’analogie : l’horizon est plus proche lorsque l’on s’élève, sans pour autant être jamais à portée de main.

Le premier axe pourrait se formuler ainsi : redécouvrir la vertu de l’écoute. Michel Durussel, lors du moment de recueillement, a mentionné dans la confession de foi sa confiance en « une Église qui écoute avant de parler ». Lorsqu’en 1902, le missionnaire Maurice Leenhardt est arrivé en Nouvelle Calédonie, son père lui a écrit en l’exhortant à écouter : « Bien sûr, le missionnaire est envoyé pour proclamer l’Évangile, de même que le pasteur est l’homme ou la femme de la parole ; mais écoute d’abord ! » Et lorsqu’il revient en France, en 1926, après un quart de siècle d’apostolat, au cours des journées missionnaires dans les paroisses, destinées à récolter des fonds pour soutenir la mission, on lui demande : « Alors, monsieur le pasteur, combien de conversions avez-vous obtenues ? » La plupart des missionnaires de retour ou en congé racontaient des histoires édifiantes de conversions par milliers, ce qui impressionnait les membres des paroisses et suscitait leur générosité. Maurice Leenhardt, pour sa part, réfléchissait un moment avant de répondre : « Combien de conversions en vingt-cinq ans de mission ? Peut-être une seule : la mienne ! » Ce discours était financièrement moins rentable, mais plus honnête : pour Maurice Leenhardt, le missionnaire était tenu d’écouter d’abord, et de se convertir lui-même… (5) Il était ainsi un précurseur de ce principe de la « mission de partout vers partout », dont Martin Burkhard nous a dit qu’il définissait la Cevaa.

Le second axe consiste à se garder de toute stigmatisation, y compris inconsciente. Car elle peut prendre l’aspect très subtil de la « violence symbolique » analysée par Pierre Bourdieu (6). Le premier film de Jean-Luc Mouton a bien montré les difficultés à tourner des images dans certaines Églises par crainte de la stigmatisation. Il s’agit donc de travailler sur les stéréotypes et les préjugés que nous véhiculons, tout en assumant son ethnocentrisme : celui-ci est en effet paradoxalement universel (il est universel de porter sur le monde un regard non-universel, c’est-à-dire une perspective située, orientée). La meilleure façon de déconstruire nos propres ethnotypes est encore de les verbaliser.

Un troisième axe d’engagement revient à aller à la rencontre de l’autre pour devenir pleinement soi-même. Tel a été le propos de Frédéric de Coninck, par référence à Paul Ricœur : dans Soi-même comme un autre (7), Ricœur montre combien notre identité est plurielle, et que l’on peut découvrir l’altérité en soi et se retrouver en l’autre. Nous partons ainsi à la rencontre de notre « monde commun ». Ainsi, par exemple, il est vain de se contenter d’internet comme expérience de l’altérité : c’est le contact direct, l’hospitalité mutuelle, qui conduisent à discerner et à tracer un « monde commun ».

Claude Lévi-Strauss a recours à une métaphore suggestive pour décrire la diversité culturelle (8) : l’ensemble des cultures du monde sont comme un jeu de cartes. Il y a cinquante-quatre cartes : c’est notre monde commun. Mais à partir de là, nous pouvons jouer des parties en très grand nombre, et cependant en nombre non infini. Un certain nombre d’invariants universels nous relient donc en une commune humanité.

Une quatrième piste consiste à prendre acte des conflits générés par les relations interculturelles. Jean-Claude Girondin a clairement mis ce point en exergue. Mais on peut franchir un pas de plus, décrypter aussi la fécondité du conflit. Le récit d’Actes 6, 1-6 montre bien que le conflit, y compris le conflit interculturel ou éthique, peut servir de signal d’alarme pour indiquer un dysfonctionnement, qui de ce fait peut être surmonté pour une croissance personnelle et communautaire. Anne Zell en a donné un exemple actuel, qui prouve que l’on peut vivre ensemble dans le dissensus.

Un cinquième axe d’engagement revient tout simplement (mais est-ce si simple ?) à entrer en dialogue. Le mot « dialogue » ne signifie nullement, contrairement à ce que l’on croit souvent, « conversation à deux », car le grec « dia- » ne veut pas dire « deux » mais « à travers ». Le dialogue signifie donc « parole – à travers », c’est-à-dire « circulation de la parole ». Il suppose alternance d’écoute et de parole, et non enseignement péremptoire ou magistral : il s’agit au contraire d’une posture d’humilité qui exclut tout surplomb comme toute condescendance, et qui va jusqu’à se mettre à l’école de l’autre. Jean-Claude Girondin a cité la fameuse formule d’Édouard Glissant : « Quand on échange, on change » ; l’expression a été reprise par d’autres, y compris sur les post-it et les rapports de groupe de partage. Jean Ravalitera a insisté sur le statut et le rôle de la langue dans la culture comme dans le culte. Cela peut évoquer le mouvement « La paix par les langues », qui prônait le multilinguisme comme garant de compréhension entre les peuples, et donc de relations pacifiques : apprendre la langue de l’autre, ainsi que son langage, c’est entrer dans son univers. Le dialogue n’a donc rien à faire avec la simple présence, qui peut n’être qu’une coexistence, voir une juxtaposition dans l’indifférence : le dialogue suppose la présence à l’autre, c’est-à-dire la sollicitude au sens de Paul Ricœur (9).

Un sixième axe d’engagement consiste à revisiter les sources de la communauté. Il a plus d’une fois été question de communauté, dans le sens d’« Église » ou dans celui d’« entité ethnique », au cours de ce Forum. Or, l’étymologie du mot « communauté », mise au jour par Roberto Esposito (10), s’avère fort instructive. Le vocable français vient du latin « cum – munus », qui signifie : « avec – une dette ». La communauté est donc l’assemblée de ceux qui se savent endettés : mutuellement endettés pour ce qui concerne l’endettement interne, et endettés vis-à-vis de la société globale pour ce qui concerne l’endettement externe. La communauté est donc, étymologiquement, le meilleur garde-fou contre l’entre-soi, et finalement contre le communautarisme. Or, si nous nous intéressons à la communauté chrétienne, nous savons que notre dette fondamentale nous a été remise en Jésus-Christ, afin que nous nous remettions mutuellement nos dettes secondaires ; quant à la dette envers la société, elle est rappelée lorsque nous disons que les chrétiens sont dans le monde sans être du monde (11), de ce monde peu aimable mais que Dieu a tant aimé (12). L’entre-soi est ici non seulement conjuré, mais transcendé par la mission des chrétiens envoyés dans le monde : hors les murs.

Enfin, le septième et dernier défi résonne comme un clin d’œil, passablement catastrophiste, mais à prendre au troisième degré. On connaît la formule d’André Malraux : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ». Il semblerait qu’il s’agisse d’une phrase apocryphe, mais peu importe. Jacques Ellul, avec sa verve corrosive et sa réputation de Cassandre, de prophète de malheur, s’était autorisé à subvertir la formule pour en faire ceci : « Le XXIe siècle sera religieux, et de, ce fait, il ne sera pas… » (13) À ses yeux, la religion porte en effet en elle un potentiel de violence et de destruction, car elle prétend détenir la vérité absolue. Et comme il y a plusieurs religions, et plusieurs confessions, et plusieurs manières de comprendre la vérité au sein d’une même confession, les conflits de l’avenir risquent d’être particulièrement dévastateurs. Ne faisons cependant pas trop vite d’Ellul une Cassandre : lui-même s’identifiait davantage à Jonas, qui, comme on le sait, prophétisait pour que ce qu’il annonçait n’arrivât pas.

Le défi qui est devant nous est donc de faire en sorte que cette prophétie ne se réalise pas, et ainsi de faire mentir Jacques Ellul, comme les Ninivites ont fait mentir Jonas. Il s’agit de faire de la pluralité religieuse une opportunité de rencontre, une ressource pour la reconnaissance mutuelle et pour l’harmonie sociale : un véritable « kaïros ». Et je terminerai à dessein mon propos par une parole catholique (au sens d’universel), celle de Michel Mallèvre : « Partageons l’émerveillement d’une relation vivante au Christ ».

Frédéric Rognon,
professeur de philosophie à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg

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1) Fritz Lienhard, La différenciation culturelle en Europe. Un défi pour les Églises, Lyon, Olivétan, 2017.
2) Ibid., p. 5-6.
3) Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté (1947), Paris / La Haye, Mouton et C°, 1966², p. 570.
4) « Vivre la diversité. L’Église dans une société multiculturelle », Cahiers de l’École Pastorale, hors-série n°13, 2011, p. 39, 41, 63-64.
5) Frédéric Rognon, Maurice Leenhardt : pour un « Destin commun » en Nouvelle Calédonie, Lyon, Olivétan, 2018.
6) Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard, 1982 ; Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1984 ; Langage et pouvoir symbolique, Paris, Seuil, 2001.
7) Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.
8) Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, Paris, Gallimard, 1987 (1952) (Folio essais).
9) Paul Ricœur, op. cit., p. 254-264
10) Roberto Esposito, Communitas. Origine et destin de la communauté, précédé de : Conloquium Jean-Luc Nancy, Traduit de l’italien par Nadine Le Lirzin, Paris, PUF (Les essais du Collège international de philosophie), 2000.
11) Jean 17, 14-18.
12) Jean 3, 16.
13) Jacques Ellul, La foi au prix du doute. « Encore quarante jours… » (1980), Paris, La Table Ronde (La petite Vermillon n°404), 2015³, p. 181.

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de trente-cinq ans Perspectives missionnaires, unique revue protestante de missiologie de langue française.
Née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires, elle s’est élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture oecuménique. Elle est actuellement gérée par une association indépendante et s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), et depuis fin 2017 la Cevaa.



Une veillée de prière pour les victimes de la torture

L’Assemblée générale des Nations unies a proclamé la date du 26 juin Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, afin d’assurer l’application de la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il s’agit donc d’une date clé pour le mouvement international de l’ACAT. L’idée de la Nuit des Veilleurs, lancée en 2006, est de créer une chaîne internationale de personnes se recueillant pour les victimes. Partout dans le monde, les chrétiens sont appelés à veiller en soutien à 10 d’entre elles. Lors d’événements organisés près de chez eux, ou seuls en tout autre lieu, ils accompagnent les actions de plaidoyer et les relaient jusqu’au cœur de Dieu, dans une nuit où la prière se fait cri. Un cri mobilisateur.

Illustration pour la nuit des veilleurs de l’ACAT © Juliette Léveillé

Ils sont vietnamiens, chinois, mexicain, américain, rwandais, camerounais, burundais, saoudien, égyptien… Ils sont ou ont été menacés, battus, torturés, emprisonnés, maintenus en détention. Pour leurs convictions, pour leur engagement politique, pour leur engagement en faveur des droits humains, pour ce qu’ils sont. Pour les faire parler, pour les faire taire. Sans raison. Ils ne sont que dix parmi les milliers de personnes victimes de la torture partout dans le monde. Ils symbolisent toutes ces souffrances muettes, niées, que des pays, des gouvernements voudraient faire disparaître, et auxquelles vos prières et votre action peuvent rendre une existence et une voix.

Depuis 2006, à l’occasion du 26 juin, date choisie par l’Onu comme la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, et à l’appel de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, ONG chrétienne de défense des droits de l’homme créée en 1974), des milliers de chrétiens en France et de par le monde s’unissent dans une veillée de prière en soutien aux victimes de torture. Cette année 2019 encore, autour du 26 juin, l’ACAT, en partenariat avec les journaux La Croix et Réforme, appelle les chrétiens à veiller lors d’événements organisés près de chez eux : nuits de prière, veillées de feu, célébrations œcuméniques, concerts, processions et marches aux lanternes. Où que vous soyez, vous pouvez vous aussi créer une veillée!

Quelques-unes des victimes soutenues par l’ACAT

Huang Qi, María Márquez de Favela, Déogratias Mushayidi, Amal Fathy

Depuis 2005, les participants de la Nuit des Veilleurs ont soutenu plus de 150 victimes, par la prière, mais également en envoyant des messages de soutien personnalisés à dix victimes de la torture. Parmi eux cette année,

  • Huang Qi : journaliste et défenseur des droits humains chinois, il est détenu depuis plus de deux ans dans le Sud de la Chine. Son procès s’est tenu en secret le 14 janvier 2019, sans verdict annoncé pour le moment.
  • María Márquez de Favela : est la mère d’Adrián Favela Márquez, victime de disparition forcée depuis le 2 octobre 2012 à Ciudad Juárez. En l’absence d’aide de la part des autorités, María et sa famille ont tenté de faire avancer l’enquête et de retrouver les disparus par eux-mêmes. Elle a reçu le prix Engel-du Tertre 2018 de la Fondation ACAT pour la dignité humaine.
  • Déogratias Mushayidi : emprisonné depuis 9 ans, il est victime de l’oubli. Cet opposant politique a toujours milité de manière non-violente pour la paix et la démocratie au Rwanda.
  • Amal Fathy : défenseure égyptienne des droits humains, elle subit un harcèlement judiciaire de la part des autorités égyptiennes. Elle a été arrêtée en 2018 pour avoir publié sur Internet une vidéo dans laquelle elle reprochait aux autorités de ne pas lutter contre le harcèlement sexuel.

Les chrétiens rassemblés cette nuit apportent l’espérance dans la foi et réaffirment ainsi la nécessité de s’opposer sans condition à la torture : «La foi chrétienne ne peut en aucun cas composer avec la torture. En cette Nuit des Veilleurs, nous proposons de substituer la prière, la méditation et la communion avec les victimes de la torture à l’instrumentalisation de l’autre, qu’est la torture» explique Bernadette Forhan, présidente de l’ACAT.

Pour accompagner les prières, la Nuit des veilleurs porte chaque année un thème. Celui de cette année est : «Mais délivre-nous du mal». Vous trouverez sur le site le texte d’une méditation sur ce thème. Un espace conçu pour permettre à tous ceux qui le veulent, en un clic, de repérer, rejoindre ou créer une veillée de prière. Vous y trouverez aussi des prières, des textes de réflexion, des actualités…

La nuit des veilleurs : présentation en vidéo :




Un week-end riche en temps forts pour les Églises du Défap

Synode national de l’Église protestante unie de France, Synode des Églises réformées évangéliques… Suivez ces réunions d’Églises membres du Service protestant de mission en direct sur Facebook.

Le Synode national de l’Église protestante unie de France

Il se tiendra jeudi 30 mai à 18h au dimanche 2 juin 2019 à 13h au Centre Œcuménique Saint-Marc à Grenoble.

Le pasteur Christian Galtier, modérateur de cette session, accueillera les 220 délégués venant des neuf Régions et des invités de France et d’Europe. Il conduira leurs travaux, nourris par les divers rapports de l’Église, les réflexions en cours, ses projets et ses finances.

Dans le protestantisme, réunis lors d’une session d’un Synode, les délégués des Églises locales (formés de pasteurs et de laïcs), décident ensemble des orientations à donner à la vie de l’Église. Les synodes (régionaux, national) manifestent aussi le lien de communion unissant les Églises locales entre elles. Ils rendent visible la réalité de l’Église sur le plan régional et national. Dans l’Église protestante unie de France, le Synode national est l’instance souveraine puisque le Synode national prend toutes les décisions qui engagent les Églises locales et les paroisses. Ses débats sont relayés régionalement avant décision. Il élit un Conseil national qui gère l’Union et met en oeuvre les décisions et orientations synodales entre deux sessions annuelles.

À l’occasion de ce prochain synode, retrouvez une interview de la pasteure Emmanuelle Seyboldt, Présidente du Conseil national de l’Église protestante unie de France, sur RCF :

Le thème principal du Synode est : Vivre ensemble. Il s’agit de revoir les textes qui régissent la vie de l’Église afin de les amender.

Trois temps forts de ce Synode national :

  • Jeudi 30 mai à 18h30 avec le message d’ouverture de la présidente, la pasteur Emmanuelle SEYBOLDT,
  • Samedi 1er juin à 18h00 avec l’accueil des autorités civiles:
    Monsieur le Président de la métropole de Grenoble, Christophe FERRARI,
    Monsieur le Maire de Grenoble, Éric PIOLLE,
    Monsieur le Préfet de l’Isère, Lionel BEFFRE.
  • Dimanche 2 juin à 11h00 où neuf nouveaux pasteurs seront accueillis lors du culte final, récemment ordonnés dans leur ministère.
    Eloïse DEUKER, Mandeure, Valentigney (Est-Montbéliard),
    Corinne GENDREAU, Arcachon ‘(Sud-Ouest),

    Pierre-Alain JACOT Vallées cévenoles, (Cévennes-Languedoc-Roussillon),
    Sandrine MAUROT, Roubaix-Tourcoing (Nord-Normandie),
    Sophie OLLIER, Le Mans et la Sarthe –Ouest),
    Ivan RAKOTOVAO, Cambrésis 1 (Nord-Normandie),
    Sylvie RIGAL, Nérac (Sud-Ouest),
    Aude SEITZ, Terre du Milieu (Cévennes-Languedoc-Roussillon),
    Noé WALTER, Melun (Région parisienne).

Retrouvez ci-dessous un schéma résumant l’organisation de l’EPUdF :

Le Synode des Églises réformées évangéliques

Il se tiendra à St Jean de Maruéjols et Avéjan (30), du 30 mai au 2 juin.

«Dans un contexte de crise durable, les chrétiens s’interrogent profondément sur leur place dans la société d’aujourd’hui. Comment doivent-elles redéfinir leur mission dans un environnement en pleine mutation? A quoi ressemble affirmer ses convictions dans une société de plus en plus éclatée? Comment les Églises chrétiennes peuvent-elles s’insérer dans un tissu social en recomposition et s’engager pour plus de justice sociale? C’est à l’ensemble de ces questions que tenteront de répondre nos trois intervenants dans le cadre d’une réflexion partagée placée sous le slogan : Nos pas pour demain.

Le pasteur Etienne Lhermenault, président-sortant de l’instance représentative des évangéliques de France (CNEF), apportera une communication sur sa vision des défis sociétaux et leur implication pour nos Églises protestantes. Le pasteur Philippe Girardet, ex-président de l’UNEPREF et Directeur de Faculté Libre d’Etudes Politiques et d’Economie Solidaire (Paris Sud, Montpellier, Dakar), apportera une réflexion sur les grandes mutations sociales et leurs conséquences sur l’engagement social de nos Églises. Le journaliste et essayiste, Olivier Beylon, apportera une synthèse de la réflexion menée en ouvrant sur des pistes concrètes proposées sous forme de déclaration.

Pour marquer notre synode d’un symbole, et en écho aux paroles du Réformateur Martin Luther qui, questionné sur la fin du monde, répondit : “Même si je savais que demain le monde partirait en morceaux, je planterais tout de même mon pommier”, un olivier, symbole méditerranéen de la paix, sera planté devant le temple en présence des autorités religieuses et civiles.»

Programme de ce Synode de l’Unepref :

  • Jeudi 30 mai :
    -De 9h à 19h : séance du synode dans la salle paroissiale du Temple de St Jean-de-Maruéjols.
  • Vendredi 31 mai :
    -De 9h à 19h : séance du synode dans la salle paroissiale du Temple de St Jean-de-Maruéjols.
    -A 16h45 : communication : Nos pas pour demain en tant que protestant évangélique, par Etienne Lhermenault, président sortant du Conseil national des évangéliques de France (CNEF).
  • Samedi 1 juin :
    -A 11h15 : communication : Quels pas vers la société de demain? par Philippe Girardet, ex-président de l’UNEPREF, Directeur de la Faculté Libre d’Etudes Politiques et d’Economie Solidaire (Paris Sud, Montpellier, Dakar).
    -A 12h30 : réception des invités officiels avec prise de parole et symbole de la plantation d’un olivier sur le parvis du Temple.
    -A 15h : synthèse finale de la thématique par Olivier Beylon.
    -A 21h : “Tous en scène”, spectacle de la troupe de théâtre Agapé, salle des Annels.
  • Dimanche 2 juin :
    -A 10h30 : culte en présence des délégués avec la consécration d’un pasteur.

Retrouvez ci-dessous un schéma résumant l’organisation de l’Unepref :




La tête et le cœur




Nicaragua : nourrir les corps et donner une espérance

Dans un pays qui cumule violence politique et aléas climatiques, le CIEETS s’efforce depuis longtemps de promouvoir des projets prenant en compte aussi bien les besoins physiques que spirituels. Partenaire de longue date du Défap en Amérique latine, il s’occupait jusqu’à présent surtout de développement auprès de communautés rurales, le tout axé sur une solide base chrétienne, vue comme un socle indispensable à son engagement social. Avec le développement, depuis avril 2018, d’une forte contestation du régime de Daniel Ortega, suivie d’une reprise en main brutale par le pouvoir, le CIEETS a aussi développé des programmes pour venir en aide aux populations urbaines les plus fragilisées.

Vue du projet de cultures lancé par le CIEETS à Managua et soutenu par l’Entraide luthérienne. En chemise blanche, Tania Valesca © CIEETS

Le projet concerne une soixantaine de familles du district de Managua, au Nicaragua. Il est caractéristique de ce que veut promouvoir le CIEETS (Centre Inter-Ecclésial d’Études Théologiques et Sociales) : prendre soin des besoins tant physiques que spirituels. Sur le plan matériel, il s’agit de permettre à des familles très pauvres, dans un quartier difficile, de parvenir à l’autosuffisance alimentaire. Pour cela, des cultures ont été développées avec l’aide du CIEETS, en tirant profit d’espaces inutilisés en environnement urbain. L’idée étant non seulement d’aider les familles à se nourrir, à s’approcher de l’autosuffisance alimentaire, mais aussi de vendre les produits de leurs cultures sur les marchés. Parallèlement, ont été développés des ateliers, des groupes de parole, des animations pour les enfants… Il s’agit non seulement de nourrir les corps, mais de guérir toute une communauté. Le tout avec une solide base chrétienne : parmi les partenaires du projet, on trouve d’ailleurs bon nombre d’Églises locales. Et des partenaires étrangers, parmi lesquels, en France, l’Entraide luthérienne, qui a participé au financement du projet.

En ce 21 mai 2019, Jaïro Arce Mairena et Tania Valesca, qui représentent l’équipe de direction de la branche sociale du CIEETS, l’AMAD (Area de Medio Ambiente y Desarrollo, Direction de l’environnement et du développement), sont à Paris à l’invitation du Ceras (Centre de recherche et d’action sociales) pour participer à un colloque international organisé au siège de l’Unesco sur le thème : «Quel travail pour une transition écologique solidaire ?» Tous deux sont de passage au Défap, qui entretient avec le CIEETS des liens de longue date, et présentent leur projet de culture en milieu urbain en présence de Florence Taubmann (qui est en charge du pôle Animation – France du Service protestant de mission) et de Fabienne Chambry, présidente de l’Entraide luthérienne. Jaïro Arce Mairena insiste tout particulièrement sur les aspects spirituels et psychologiques du projet : «Il ne s’agit pas seulement pour ces familles de se nourrir ; s’occuper de ces cultures permet aussi à chacun d’avoir une meilleure image de soi, d’échapper à la violence. Ce projet a un impact moral et psychologique important : les gens se sentent considérés, aidés et accompagnés. Ils ne sont plus prisonniers entre le désespoir et le désir de se venger.»

Un groupe de parole à Managua. Au centre, Tania Valesca © CIEETS

Relier la théologie à la vie

À travers la présentation de ce projet, ressortent à la fois toute la difficulté de vivre aujourd’hui au Nicaragua, et tout le travail du CIEETS pour, comme le souligne Jaïro Arce Mairena, «encourager les gens et leur donner une espérance.» Cumulant une suite de guerres et d’aléas environnementaux, le Nicaragua est l’un des pays des plus pauvres d’Amérique, juste après Haïti. Près du tiers des 6 millions de Nicaraguayens vivent en-dessous du seuil de pauvreté. D’après l’édition 2016 du Corruption Perception Index de l’ONG Transparency International, le Nicaragua est aussi l’un des pays les plus corrompus en Amérique Latine, classé au 145ème rang sur 176 pays étudiés. Son niveau de corruption ne cesse d’augmenter, notamment dans les services publics, la police et le système judiciaire. Ce qui était vrai avant même les troubles politiques d’avril 2018, marqués par un rejet du président Daniel Ortega et de pratiques vues comme dictatoriales, ainsi que par des violences qui ont bloqué tout le pays, avant une répression féroce qui n’a épargné aucune catégorie de la population. Avec comme corollaire un appauvrissement accru des plus fragiles, et des difficultés pour se nourrir non seulement dans les campagnes, mais aussi en ville…

Dans ce pays qui reste encore essentiellement rural, dont les trois-quarts des habitants vivent de l’agriculture, les Églises ont depuis longtemps un rôle moteur, en lien avec les municipalités, pour former à la gestion de l’eau et à une agriculture durable. La branche sociale du CIEETS, l’AMAD, avait ainsi lancé des formations sur plusieurs années destinées à des communautés rurales. Ses programmes se développaient jusqu’à récemment sur trois axes : sécurité alimentaire, gestion des risques et changement climatique. Situé sur une zone tectonique active, le Nicaragua compte en outre plus de 40 volcans en activité ; la saison des pluies (qui dure de mai à novembre) est marquée par un fort risque de cyclones. L’ouragan Mitch, en octobre 1998, avait ainsi dévasté près du tiers du territoire. Malgré cela, le Nicaragua n’a pas développé une culture du risque naturel, ce qui le rend particulièrement vulnérable. Le CIEETS, à travers sa branche sociale, s’est depuis longtemps attaqué à ces problèmes en tentant d’éduquer les communautés rurales.

Avec la crise politique, les violences et l’impact tant des manifestations que de la répression sur l’économie, l’AMAD a étendu ce programme aux villes. C’est ainsi qu’est né le projet de Managua. «Il s’agit de notre premier projet en zone urbaine, souligne Jaïro Arce Mairena. Concrètement, nous avons utilisé des espaces existants mais non valorisés, des patios, pour y installer des cultures.» Dans ces équivalents de jardins ouvriers réinventés en pleine crise nicaraguayenne, on trouve oranges, mandarines, bananes, mangues, citrons, ananas… tous les fruits traditionnels de ce climat tropical. Mais aussi des yuccas, utilisés comme plantes ornementales sous nos latitudes, mais dont la racine est aussi comestible : bouillie, elle évoque le manioc. De quoi se réconcilier avec la terre, avec soi-même : Jaïro Arce Mairena insiste sur l’effet cathartique produit, en combinaison avec les groupes de parole, sur «des gens vraiment abîmés sur le plan émotionnel par les violences.» De quoi raviver aussi la foi des participants et de relier la théologie à la vie, quand la spiritualité elle-même devient un enjeu de pouvoir et un moyen pour le clan Ortega de tenter de se maintenir en place : Rosario Murillo, l’épouse de Daniel Ortega propulsée au poste de vice-présidente, ne va-t-elle pas jusqu’à mêler références bibliques et ésotérisme dans ses apparitions télévisées défendant le régime ? «Elle prononce de véritables sermons, souligne Jaïro Arce Mairena. Il y a une tentative claire d’essayer de rameuter la population par le biais de la foi. L’Église catholique a d’ailleurs pris ses distances.»

Franck Lefebvre-Billiez

Retrouvez ci-dessous une vidéo du CIEETS présentant le projet de Managua, qui a bénéficié du soutien de l’Entraide luthérienne :




Rencontre missionnaire à Paris

Les équipes du Défap, de la Cevaa et de DM – échange et mission, équivalent du Défap pour la Suisse romande, se sont retrouvées début mai à Paris pour évoquer les chantiers sur lesquelles les trois organismes travaillent ensemble, leurs évolutions en cours, leurs stratégies, leurs réflexions. De telles rencontres, qui ont lieu régulièrement, illustrent les relations tissées entre des organismes missionnaires qui peuvent intervenir dans les mêmes pays, travailler avec les mêmes Églises, sur les mêmes chantiers, et qui peuvent être aussi confrontés à des problématiques ou des interrogations comparables.

La galaxie missionnaire, si elle apparaît parfois dans un certain flou vue depuis les paroisses locales, n’est pas composée d’astres éloignés et sans relations les uns avec les autres. Quelles que soient les différences dans les domaines d’intervention, les lieux d’implantation géographique ou les conceptions théologiques, les divers organismes sont confrontés aux mêmes problématiques, aux mêmes évolutions du monde, aux mêmes questionnements, ce qui les amène à se rapprocher. Il peut s’agir de relations établies de longue date comme de coopérations ponctuelles qui se tissent sur le terrain pour faire avancer un projet ; elles peuvent être très concrètes et d’ordre pratique…. Elles peuvent encore se présenter comme des rencontres formelles destinées à se donner des nouvelles.

C’était le cas de la réunion organisée à Paris les 2 et 3 mai 2019, qui réunissait les équipes du Défap, de son équivalent pour la Suisse romande DM – échange et mission, et de la Cevaa. Entre ces trois organismes, les relations sont régulières : créés à la même période (DM – échange et mission n’a précédé que de quelques années le Défap et la Cevaa, nés tous deux de la Société des Missions Évangéliques de Paris en 1971), ils ont en commun beaucoup de relations d’Églises ; ils collaborent notamment au niveau des envoyés (une « session retour commune » a d’ailleurs été organisée il y a quelques mois), des passerelles existent aussi au niveau de la formation théologique et ils ont en commun certains partenaires comme le Secaar (Service Chrétien d’Appui à l’Animation Rurale) ou la CLCF (Centrale de Littérature Chrétienne Francophone)… Et de manière tout aussi régulière, chaque année, des rencontres organisées tantôt par l’un, tantôt par l’autre permettent aux équipes des trois organismes de faire le point sur leurs priorités, leurs réflexions et leurs chantiers du moment.

La «refondation» du Défap et le «nouveau» DM

Parmi ces chantiers, certains sont d’ampleur et touchent à l’identité même des organismes concernés. Depuis un peu plus d’un an, le Défap a lancé un important travail sur sa refondation, à la suite de l’appel de son président, Joël Dautheville, lors de l’AG 2018 ; cette thématique était encore au menu de l’AG 2019, qui a permis de faire le point sur ce qui a été fait en un an (mise en place d’un comité de pilotage, production de textes, réorganisation de l’équipe, nouveau partage des compétences…) et ce qui se prépare (forum et colloque sur la mission prévus au cours des prochains mois). De son côté, DM – échange et mission a entamé sa mue à l’issue de son «colloque missionnaire» (équivalent d’une Assemblée Générale) de novembre 2018, et il est déjà lancé dans un travail qui mobilise beaucoup d’énergies. Trois thématiques étant privilégiées : éducation, formation théologique et développement rural. Une partie de la réunion a donc tourné autour de ces travaux en cours au Défap et à DM – échange et mission, qui interrogent les modèles de la mission, tout comme ils impactent la place et le rôle des envoyés partant à l’étranger, ou encore les ressources financières. L’équipe de la Cevaa a souligné pour sa part qu’une telle réflexion avait déjà été menée à l’occasion de ses 40 ans et qu’elle avait servi de fil rouge à son Assemblée Générale 2012 ; elle avait alors été menée à base de questionnaires, de rencontres, de travaux en équipes au niveau des Églises, afin de déterminer quelle Communauté voulaient les Églises membres.

La rencontre a également permis de faire le point sur les activités à travers lesquelles coopèrent les trois organismes. En matière de formation théologique, l’un des temps forts de l’année écoulée a été le stage CPLR organisé au Togo, réunissant des pasteurs français et togolais. En ce qui concerne les envoyés, un bilan a été tiré de la «session retour commune» organisée en Suisse, à Longirod, pendant trois jours, du 30 novembre au 2 décembre 2018. Une expérience qui pourrait être renouvelée tous les 3 à 5 ans, et qui a permis par ailleurs d’établir des synergies au niveau des moyens de communication. Et précisément, en matière de communication, le Défap et la Cevaa, qui mutualisent leurs moyens dans ce domaine, ont convenu d’évaluer le cadre actuel de leur coopération.




«Le 21ème siècle sera théologique !»

Renouveler la pensée théologique protestante en créant un réseau des théologiens protestants qui dépasse les courants ; offrir un espace à une nouvelle génération de théologiens et leur donner une visibilité : c’est l’ambition des «Rendez-vous de la pensée protestante». Le premier a lieu le dernier week-end de juin : les 29 et 30 juin 2019. Avec un week-end complet pour les théologiens, mais aussi une soirée publique. À vos agendas !

Les protestants ont-ils une parole trop consensuelle, trop bien intégrée, trop sage qu’elle en est devenue insignifiante ? Et pourtant, nous aurions tant de choses à dire concernant la guérison d’un monde malade envahit par l’argent-roi, à propos d’un christianisme non clérical qui pourrait inspirer les catholiques, au sujet d’une exigence de justice pour les plus vulnérables marquée par une éthique de l’amour, à propos de la distance et de l’articulation nécessaires du religieux et du politique dans une société qui doute d’elle-même, au sujet de la tension féconde entre critique et convictions, à propos d’une espérance possible dans un monde qui court vers une catastrophe annoncée…

Dix bonnes raisons de vous intéresser aux rendez-vous de la pensée protestante

1. parce que nous avons besoin de renouveler l’intelligence de notre foi
2. parce que la manière protestante de penser la foi chrétienne doit être pertinente pour nourrir nos Eglises et pour inspirer le monde qui vient
3. parce qu’il n’est ni normal ni souhaitable que la théologie continue d’être dénigrée dans nos églises comme dans la société
4. parce qu’il n’est ni normal ni souhaitable que la théologie soit l’affaire de quelques spécialistes et que la pensée protestante a besoin des contributions de chacun
5. parce que c’est la première fois que toutes les facultés de théologie protestante seront réunies pour travailler ensemble sur un même thème
6. parce qu’il est toujours plus fécond de penser à plusieurs, en se confrontant à des pensées différentes de la sienne
7. parce que nous préférons construire des ponts entre les différentes familles spirituelles qui traversent le protestantisme
8. parce que c’est une formidable occasion de créer un réseau qui n’existe pas encore
9. parce que nous voulons donner un écho et une place à une nouvelle génération de théologiens protestants
10. parce que « le Seigneur en a besoin » (Luc 19,31)

 

Présentation des Rendez-Vous

Pour une relance de la Théologie
‘Les rendez-vous de la pensée protestante’ : un projet innovant et enthousiasmant pour stimuler et encourager le débat théologique au sein du protestantisme Français et permettre à de jeunes théologiens de se faire connaître. Nous présentons ici le projet à partir des textes écrits par les auteurs de l’initiative.

Des constats et des besoins
De plusieurs côtés a surgi et été entendu l’appel à retrouver et à renouveler la réflexion théologique protestante. La Nuit des Thèses de Protestants en Fête 2017 a offert un bel exemple de ce qu’il est possible de construire ensemble. Dans le même temps, il faut faire le double constat que, d’une part nous manquons de théologiens prêts à assumer la vocation doctorale et proprement intellectuelle, un ministère à la fois au service de nos Eglises et porteur d’une réflexion pertinente pour aujourd’hui, et d’autre part les lieux de discussion et de construction de la pensée théologique par le dialogue font défaut notamment au sein du protestantisme francophone, réduisant souvent le débat à une confrontation stérile ou à des anathèmes dérisoires. Il en résulte bien souvent que les églises ne se sentent pas ou peu nourries spirituellement et intellectuellement et que la pensée protestante reste largement inaudible dans l’espace public.

Quatre objectifs
Le premier objectif consiste à encourager, porter et soutenir l’émergence d’une pensée théologique renouvelée et axée sur des problématiques discernées pour leur pertinence pour l’Eglise et pour le monde contemporain. Il s’agit d’éviter de juxtaposer des prises de paroles individuelles pour élaborer ensemble une pensée à plusieurs.

Le deuxième objectif veut discerner et donner l’occasion d’émerger à une nouvelle génération de théologiens en mettant la lumière sur des étudiants, des doctorants mais aussi des docteurs, des pasteurs, des théologiens ou des passionnés de théologie pour les encourager et les soutenir dans ce ministère.

Le troisième objectif vise à créer un réseau des théologiens protestants francophones. La double dimension conviviale et spirituelle semble fondamentale pour la vie de ce réseau et l’efficacité du dialogue théologique.

Le quatrième objectif cherche à rendre audible une parole protestante dans l’espace public en offrant l’occasion d’une élaboration originale et les moyens de diffusion de cette pensée théologique renouvelée permettant de développer sa visibilité.

Une association et un réseau
Pour donner chair à ce réseau des théologiens protestants et pour soutenir l’organisation d’une rencontre annuelle, une association est créée, appelée « Les rendez-vous de la pensée protestante ».

Indépendante de toute institution, elle agit en partenariat avec la Fédération Protestante de France et vise à transcender les clivages en rassemblant toutes les familles spirituelles et intellectuelles qui traversent le protestantisme français sur la seule base de la recherche théologique de qualité.

Les partenaires privilégiés pour discerner une nouvelle génération de théologiens sont naturellement les six facultés de théologie protestante : le Campus Adventiste du Salève, la Faculté Libre de Théologie Evangélique de Vaux-sur-Seine, la Faculté de Théologie Protestante – Université de Strasbourg, la Faculté Jean Calvin d’Aix-en-Provence, l’Institut Protestant de Théologie, les Facultés de Montpellier et de Paris.

L’adhésion des personnes physiques à l’association se fait à titre strictement personnel et non pour représenter une institution. Tous les membres s’engagent à l’estime de la foi de l’autre autant qu’à la reconnaissance réciproque de l’intelligence de chacun.

L’association est dirigée par un comité de pilotage constitué de membres fondateurs issus de toutes les familles du protestantisme.

Une méthode de travail originale pour un rendez-vous annuel
Chaque année, l’association propose un sujet de réflexion ainsi qu’un rendez-vous le dernier week-end du mois de juin. En octobre, le comité de pilotage pose le sujet choisi avec un argumentaire qui explore la problématique. Chaque faculté choisit un binôme composé d’un professeur et d’un ou plusieurs étudiants (niveau master ou doctorant) pour travailler ensemble à la rédaction de thèses. L’association propose d’animer le réseau des théologiens en constituant des petites équipes de théologiens et en leur proposant de travailler ensemble pour contribuer au débat.

Fin janvier, les thèses rédigées par chaque binôme (étudiant/professeur) sont envoyées d’une part aux autres facultés pour qu’elles soient lues et travaillées en amont de la rencontre selon la méthodologie proposée qui travaille sur la traduction de la pensée de l’autre et la fécondité des écarts constatés et, d’autre part, mises à disposition de petites équipes de théologiens membres au réseau qui ont été désignées en amont.

Fin juin, lors de la rencontre, seront proposés : une dose de convivialité et un part de spiritualité pour donner corps au réseau ; un travail d’élaboration théologique à partir des thèses et des réactions sur les thèses ; des travaux de groupe avec la contribution des équipes de théologiens membres du réseau ; des auditeurs qui proposent une écoute attentive du travail fourni : une retransmission des débats en direct sur les réseaux sociaux (Facebook-Live).

Et maintenant ?
D’ici peu, l’association ‘Les rendez-vous de la pensée protestante’ communiquera dans le protestantisme Français pour susciter l’adhésion de tous ceux ou celles qui souhaitent contribuer directement ou indirectement au dynamisme et au rayonnement de la théologie protestante. Mais d’ores et déjà, il est possible d’encourager l’initiative par des dons adresser à ‘Les Rendez-vous de la pensée Protestante’, 47 rue de Clichy, 75009 Paris.




Courez pour le Défap

Vous êtes touché.e.s par la situation des personnes démunies et vulnérables ? Mettez-vous en mouvement lors de la première édition de Hope 360, le 19 octobre 2019 à Valence.

Le Défap, acteur de la solidarité internationale, a choisi de participer à cet événement et appelle à soutenir l’hôpital de Bafia, situé au centre du Cameroun, géré par l’Église protestante du Cameroun (EPC) et dirigé par le Dr Célin Nzambé. Ce projet est également porté par les Églises de la région de Valence et le Défap a d’ailleurs une envoyée qui travaille sur place. Comment participer ? En vous inscrivant sur le site de Hope 360.

Les participants peuvent effectuer le parcours à pied, en courant ou en marchant, ou avec tout moyen de transport à roues ou roulettes : bicyclette, trottinette etc. Tout le monde est invité à faire un don, en ligne ou sur place, car après le sport il y aura le réconfort : une petite fête où tout le monde pourra se retrouver. On peut donner sans courir, et soutenir un coureur pour un projet !

L’événement, plus ludique qu’athlétique, est conçu pour tout public, sportif ou pas. Enfant, adolescent, adulte, acharné du challenge ou adepte de la promenade tranquille, seul ou en équipe, peut participer sous les couleurs de l’association de son choix. Cinq parcours au bord du Rhône, non chronométrés et non classés, sont proposés, pour que chacun avance à son rythme.

Tünde Lamboley

Programme

  • 09h00-10h00 – Accueil, animations, échauffements et des animations pour les enfants (maquillage, jeux…)
  • 10h00- 13h00 – Épreuves
    • 10h00 – 1,7 km marche
    • 10h30 – 3,4 km sur engin à roue(s) sans moteur sauf vélo
    • 11h15 – 6,8 km course à pieds 
    • 12h00 – 6,8 km sur vélo
  • 13h00 – 13h30 – Remise des prix
  • 13h30 – 15h00 – Concerts, animations et petite restauration

Un parcours sur un anneau de 100 mètres est réservé aux courses sur roues pour les moins de 10 ans.

Une petite restauration sera disponible tout au long de la journée.

Les tarifs d’inscription ont été conçus pour accueillir un maximum de participants aux deux courses.

  • Hopeur seul : 9 €
  • Famille jusqu’à 6 Hopeurs : 20 €
  • Équipe à partir de 10 Hopeurs : 6 € / hopeur



Septième synode national pour l’Église protestante unie de France

Le Synode national de l’EPUdF se tiendra du 30 mai au 2 juin 2019 à Grenoble. Le thème de cette session est : Vivre ensemble, la révision des textes de références. Toutes les paroisses sont invitées à prier pour le Synode. Restez connectés avec le message d’ouverture de la présidente en direct sur Facebook, des vidéos chaque jour, les décisions et des vœux, des reportage photos et la revue de presse…
La bannière d’annonce du synode national 2019 sur le site de l’EPUdF © EPUdF

 

Six ans après la création de l’Église protestante unie de France, le pasteur Christian Galtier, modérateur de cette session synodale, accueillera les 220 délégués venant des neuf Régions et des invités de France et d’Europe. Il conduira leurs travaux, nourris par les divers rapports de l’Église, les réflexions en cours, ses projets et ses finances.

Le thème principal du Synode est : Vivre ensemble. Il s’agit de revoir les textes qui régissent la vie de l’Église afin de les amender.

Cette révision est un travail minutieux que les Églises locales et les synodes régionaux ont mené durant l’année 2018. La modification de la Constitution est un geste ordinaire de notre vie d’Église dans les règles qu’elle se donne pour sa gouvernance.

L’Église n’est pas un organisme figé, mais bien vivant. Cette révision portera sur une simplification des règles administratives et disciplinaires, la création d’un congé sabbatique pour les pasteurs et l’insertion de la nouvelle Déclaration de foi dans la Constitution de l’Église.

La pasteure Nicole Fabre assurera l’aumônerie du Synode. Le culte de clôture dimanche à 11h00 au Centre oecuménique Saint-Marc accueillera huit nouveaux pasteurs, récemment ordonnés dans leur ministère.