Développement durable : valoriser le rôle des volontaires internationaux

Rencontre annuelle des Nations unies pour le suivi et l’examen de l’Agenda 2030 et des Objectifs de développement durable (ODD), le Forum politique de haut niveau se tient jusqu’au 18 juillet 2019 à New York. France Volontaires, dont le Défap est membre, y est présente pour mettre en lumière, de concert avec ses partenaires internationaux, la contribution du volontariat international à l’atteinte des ODD.

Affiche du FPHN de New York © DR

 

Sous le thème «Émanciper les individus et assurer l’inclusion et l’équité», le Forum politique de haut niveau (FPHN) cible cette année cinq ODD : l’ODD 4 «Éducation de qualité», l’ODD 8 «Travail décent et croissance économique», l’ODD 13 «Lutte contre le changement climatique», l’ODD 16 «Paix, justice et institutions efficaces» et l’ODD 17 «Partenariats pour la réalisation des objectifs».

Chaque année, un certain nombre d’États viennent présenter chacun leur Revue Nationale Volontaire (RNV) qui permet d’assurer un suivi de l’état d’avancement de l’atteinte des ODD dans les pays, d’identifier les leçons apprises et les lacunes. En cette année 2019, 47 pays présentent leur RNV.

France Volontaires, la plateforme française des engagements volontaires et solidaires à l’international, dont fait partie le Défap, est membre de la Volunteer Groups Alliance (VGA), une coalition rassemblant une quarantaine d’organisations internationales (dont PVNU, VSO, IAVE, Peace Corps et NOREC) qui contribuent au développement durable par le volontariat et le bénévolat. Depuis 2014, VGA œuvre à la valorisation de la contribution indispensable des volontaires à l’Agenda 2030 et sa nécessaire reconnaissance par les gouvernements et autres parties prenantes. En 2015, les Nations unies ont qualifié le volontariat de « levier puissant et transversal » de la mise en œuvre des ODD.

Les messages portés par la Volunteer Groups Alliance (VGA)

Dans son papier de positionnement publié à l’occasion du FPHN 2019, VGA rappelle que les volontaires et le soutien à leurs efforts sont essentiels au succès de la mise en œuvre de l’Agenda 2030, comme reconnu par le Secrétaire général de l’ONU dans son rapport sur le programme pour l’après-2015.

Dans ce sens, VGA formule quatre recommandations adressées aux États membres :

  • Reconnaître officiellement la contribution du volontariat à la mise en œuvre des ODD dans les Revues nationales volontaires (RNV) des États membres au niveau du FPHN ;
  • S’assurer de la reconnaissance et du soutien au volontariat dans les stratégies et les plans nationaux pour la mise en œuvre de l’Agenda 2030 ;
  • Affirmer leur soutien total à la mise en œuvre de la résolution A/RES/67/290 qui soutient la participation d’acteurs non-gouvernementaux au FPHN ;
  • Veiller à ce que le cadre de responsabilité, de transparence et d’examen des ODD implique la consultation de la communauté à tous les niveaux, y compris la représentation des voix les plus marginalisées, ainsi que les volontaires qui travaillent étroitement avec eux.

Plusieurs expériences permettent d’illustrer concrètement la contribution des volontaires à la réalisation de l’Agenda 2030.

Par exemple, le Groupement des Éducateurs sans Frontières (GREF), membre de France Volontaires, a soutenu au Sénégal l’élaboration d’un plan de formation sur l’encadrement de la petite enfance, en lien avec des partenaires locaux. Ce plan est ensuite devenu national et a été adopté dans l’ensemble du pays à la suite d’un partenariat avec le gouvernement, ce qui a permis de contribuer à l’ODD4 sur l’éducation de qualité.

Au Pakistan, des volontaires appuyés par l’organisation britannique Voluntary Service Overseas (VSO) ont organisé des Forums pour la paix afin de réunir différents groupes ethniques et religieux et de favoriser la cohésion sociale entre différentes communautés, contribuant ainsi à l’ODD10 sur la réduction des inégalités.

Par ailleurs, les volontaires contribuent également à la lutte contre le changement climatique et la réduction des risques de catastrophe (ODD13). En 2018, France Volontaires et ses partenaires de 5 pays (France, Italie, Mauritanie, Maroc et Tunisie) ont lancé le projet TERO (Territoire Engagés pour la Résilience des Oasis) financé dans le cadre de l’initiative des Volontaires de l’Aide Humanitaire de l’UE (EU Aid Volunteers). Il a pour objectif de sensibiliser les communautés oasiennes à la menace du changement climatique et de renforcer leur résilience, en impliquant des volontaires locaux pour renforcer les capacités des organisations locales de protection de l’environnement.

Un événement parallèle organisé sur le rôle des volontaires dans la réalisation des ODD

En marge du Forum politique de haut niveau, VGA a organisé un événement parallèle, coparrainé par la France et le Pakistan, le mercredi 10 juillet sur le thème : «Connecter les peuples, inspirer l’action : le rôle des volontaires pour l’inclusion et l’égalité dans la réalisation des ODD».

Cet événement avait pour ambition de montrer comment les volontaires contribuent à connecter les peuples et les communautés aux ODD afin de renforcer l’appropriation locale de l’Agenda 2030. Il s’agissait également de partager des exemples innovants d’intégration des volontaires dans les processus d’élaboration des RNV cette année.

Flora, volontaire française actuellement en Tunisie au sein de l’Association de sauvegarde de l’Oasis de Chenini (ASOC), envoyée par le Centre d’Actions et de Réalisations Internationales (CARI), y était présente. Impliquée dans le projet TERO, elle portait un témoignage sur la contribution des volontaires à l’ODD 13 sur la résilience et la lutte contre le changement climatique. Une manière aussi de mettre l’accent sur la complémentarité entre le volontariat local et le volontariat international.




L’été au Défap : Alternative Théologie

Tu as entre 18 et 30 ans, tu as envie de vivre la Bible autrement et faire des rencontres spirituelles vivifiantes autour du thème «Liberté quand tu nous tiens» ? Découvre les temps forts de notre camp d’été Alternative Théologie qui se tiendra à Paris du 25 au 30 août 2019. Un rendez-vous co-organisé par l’Institut protestant de Théologie, le Défap, la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse.

En compagnie de jeunes de tous horizons et d’experts dans les domaines bibliques, philosophiques et théologiques, Alternative Théologie est une belle occasion de vivre ou de découvrir sa relation avec Dieu autrement.

Voici ces principaux temps forts.

  • Dimanche 25 août : prendre ses marques, en s’installant joyeusement (repas en équipe, jeux, présentation du camp…).
  • Lundi 26 : Après un réveil « spi », réfléchir ensemble sur le thème « Liberté et Justice » : quel est mon rapport au monde, comment penser la liberté avec ses limites, vis-à-vis d’autrui…) ; veillée avec projection d’un film…
  • Mardi 27 : Avec le film de la veille, entamer une réflexion sur le rapport à soi et au corps, entre puissance et fragilité, acceptation des limites, rapport aux passions et à la raison… Autres temps forts : ateliers créatifs, lecture suivie, soirée témoignage…
  • Mercredi 28 : Le sujet de la réflexion du jour « la liberté reçue, acquise, imposée (à travers la lecture des extraits de la liberté chrétienne de Luther). D’autres surprises comme une rencontre, une sortie sont au programme.
  • Jeudi 29 : préparer la table ronde de l’après-midi « Mes espaces de liberté » et la « soirée des talents ».
  • Vendredi 30 : Branle-bas de combat, c’est déjà le départ ! Et pour partir, quoi de mieux qu’un temps cultuel et un dernier repas pour l’envoi. Un an avant le très attendu Grand KIFF 2020, « Alternative Théologie » est une aventure spirituelle forte à tenter. Il reste quelques places, aussi n’hésite pas à t’inscrire !

Cet événement est co-organisé par l’Institut protestant de Théologie, le Défap, la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse.

  • Lieu du logement : Service protestant de mission – Défap – 102 bd Arago – 75014 Paris
  • Lieu de la formation : Faculté de théologie protestante de Paris – 83 bd Arago – 75014 Paris

Pour plus d’information et pour réserver :

 




Hope 360 : demandez le programme !

Le 19 octobre, vous pourrez porter les couleurs du Défap à Valence et participer au sauvetage de l’hôpital de Bafia, au Cameroun, en participant à la première édition nationale de Hope 360 : un événement à la fois, festif, ludique et sportif ; un événement porteur d’espoir au profit de projets solidaires. Nous aurons l’occasion au cours des prochains mois de vous fournir plus d’informations sur ce grand rendez-vous organisé par Asah, le collectif d’ONG chrétiennes, dont le Défap est membre ; voici déjà un aperçu du programme de la journée.

La première édition nationale de Hope 360 se déroulera le 19 octobre 2019 à Valence. Environ 2000 personnes sont attendues ! Les participants (appelés « hopeurs ») pourront effectuer le parcours, à roulettes, à pied ou à vélo… et participer à la fête.

Les « hopeurs » sont tous ceux qui, touchés par la situation des démunis, décident de se mettre en mouvement pour leur rendre l’espoir. Chaque hopeur relève un défi sportif et mobilise son réseau pour soutenir le projet humanitaire qui lui tient à cœur. L’événement a été conçu pour tout public, pas besoin d’être sportif ! Que le Hopeur 360 soit un enfant, un adolescent ou un adulte, un acharné du challenge ou un adepte de la promenade tranquille, il peut participer, seul ou en équipe, à l’une des épreuves sous les couleurs de l’ONG de son choix.

Cinq parcours non chronométrés, non classés sont proposés (Certificat médical non obligatoire). Ils permettent aux participants d’avancer à leur rythme dans une ambiance conviviale, sur un tracé au bord du Rhône.

Programme :
09h00-10h00 – Accueil, animations, échauffements et des animations pour les enfants (maquillage, jeux…)
10h00- 13h00 – Épreuves
○ 10h00 – 1,7 km marche
○ 10h30 – 3,4 km sur engin à roue(s) sans moteur sauf vélo
○ 11h15 – 6,8 km course à pieds
○ 12h00 – 6,8 km sur vélo
13h00 – 13h30 – Remise des prix
13h30 – 15h00 – Concerts, animations et petite restauration

Un parcours sur un anneau de 100 mètres est réservé aux courses sur roues pour les moins de 10 ans.

Une petite restauration sera disponible tout au long de la journée. Les tarifs d’inscription ont été conçus pour accueillir un maximum de participants aux deux courses.

● Hopeur seul : 9 €
● Famille jusqu’à 6 Hopeurs : 20 €
● Equipe à partir de 10 Hopeurs : 6 € / hopeur

Chaque hopeur, famille ou équipe est encouragé à contribuer à un projet en devenant collecteur pour l’organisation de son choix. Il n’y a pas de plancher de collecte pour participer aux épreuves mais une collecte de 20 € à 200 € selon les âges semble un bon objectif (voir ci-dessous le concours plus belle collecte pour découvrir ces planchers).

Des concours sont organisés pour mettre à l’honneur les Hopeurs et les organisations de solidarité internationale qui font un effort de mobilisation. La variété des concours permet de mettre en avant aussi bien des organisations de solidarité internationale connues que des plus petites structures. Une organisation de solidarité internationale ne peut gagner qu’un seul concours à la fois.

La liste des concours : la plus belle collecte individuelle (participation à partir de 20 € pour les enfants de moins de 12 ans, 100 € pour les 12 à 20 ans et 200 € pour les adultes), le plus bel engin à roue(s) , le plus grand groupe de Hopeurs mobilisé, le déguisement le plus original.




Lettres de Tananarive

À travers cet ouvrage, Lettres de Tananarive – Jean Beigbeder à son père, 1924-1927, Faranirina Rajaonah, professeure émérite d’histoire à l’Université Paris Diderot et membre du Cessma (Centre d’Études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques), et Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque du Défap, font revivre le témoignage d’un responsable de mouvement de jeunesse, fondateur du scoutisme à Madagascar dans les années 1920 : Jean Beigbeder, Z’oeil de chouette pour les éclaireurs ou Rabeigy pour des Malgaches, qui a marqué à la fois plusieurs générations de Malgaches et de Français.
Panorama de Tananarive dans les années 1920 à 1950 © Bibliothèque du Défap

 

«Je serais tenté de dire qu’il faudrait que beaucoup de Français se mettent à la disposition des sociétés de missions étrangères pour cette tâche d’enseignement ; c’est ainsi que les prochaines générations malgaches seraient élevées à la française et non plus à l’anglaise ; et alors les mauvaises langues ne pourraient plus clamer partout que : qui dit protestant, dit étranger.» (Jean Beigbeder)

Lettres de Tananarive – Jean Beigbeder à son père, 1924-1927, disponible à partir du 16/07/2019 chez Hémisphères

De Tananarive, où il dirige, de 1924 à 1927, le «Foyer», une section des Unions chrétiennes de jeunes gens (UCJG), Jean Beigbeder écrit à son père en France. Ces 132 lettres constituent l’intégralité de cette correspondance envoyée par celui que l’on surnommait Z’oeil de chouette chez les éclaireurs ou Rabeigy chez les Malgaches, qui a marqué à la fois plusieurs générations de Malgaches et de Français. Ce protestant béarnais, docteur en droit, convaincu des vertus du scoutisme dans la formation du citoyen, évoque son travail, sa vie quotidienne ainsi que les nouvelles venues de France. Tout comme lui, sa femme Odette Meyer a une solide expérience des mouvements de jeunesse. Ses lettres rendent également compte du fonctionnement des réseaux protestants en France et à l’étranger.

On découvre à travers cette correspondance la convivialité des envoyés de la Mission protestante française ainsi que la vigueur du protestantisme dans une ville qui s’est approprié le christianisme. Le récit de ses voyages en Imerina, et dans des contrées plus lointaines, contribue à la richesse de cette correspondance, à la croisée de l’individuel et du social.

L’intérêt des lettres vient également de ce qu’elles disent du moment colonial dans une capitale où les Vazaha, les Européens, doivent prendre leurs marques, alors même que les Malgaches subissent la discrimination. Les années 1924-1926 d’embellie économique sont aussi celles de la montée de la contestation anticoloniale, s’exprimant d’abord dans la revendication de l’égalité. Dans ce contexte, l’expérience du Foyer paraît exceptionnelle. De fait, Jean Beigbeder est un médiateur culturel. Il cherche à faire du Foyer un «espace franco-malgache», avec la possibilité pour des «jeunes» de différents âges, bridés dans leurs aspirations, d’accéder à la culture européenne, tout en participant à la valorisation de la leur propre. Sans remettre en cause la colonisation, il se découvre un réel attachement pour Madagascar et sa culture – il évoque ainsi dans ses lettres son apprentissage du malgache et les pratiques qui fondent le fihavanana (liens de parenté) ; son épouse et lui-même se lient d’amitié avec de jeunes Malgaches.

Lettres de Tananarive – Jean Beigbeder à son père

Auteur : LOMBARD, CLAIRE-LISE ; RAJAONAH, FARANIRINA
Éditeur : HEMISPHERES
ISBN : 9782377010417
Date de parution : 16/07/2019




Courir à Valence, sauver un hôpital au Cameroun




Frédéric Trautmann, la mission chevillée au cœur

La mission, le pasteur Frédéric Trautmann, qui vient de disparaître, y avait consacré une grande partie de sa vie : notamment durant toutes les années passées au Défap, dont il avait vu la naissance en tant que membre du comité directeur de la SMEP, et où il avait occupé successivement les fonctions de secrétaire exécutif, secrétaire général, puis président. Une cérémonie à sa mémoire aura lieu le jeudi 13 juin à Versailles, en présence de plusieurs représentants du Défap.

Frédéric Trautmann © Albert Huber

 

Avec Frédéric Trautmann, le Défap ne perd pas seulement un de ses anciens présidents – fonction qu’il avait occupée jusqu’en juin 2006, et à laquelle devait lui succéder Jean-Arnold de Clermont ; c’est une personnalité profondément marquée par la mission qui disparaît, au point d’y avoir consacré une grande partie de sa vie. «Au nom de Jésus-Christ, disait-il, l’important est que le chrétien soit un passeur de frontières qui excluent, un protestant qui témoigne et réagit contre toute atteinte à l’humanité de l’homme, à sa dignité, à sa liberté d’enfant de Dieu!».

Né en 1935 dans le nord de l’Alsace, tout près de la frontière avec le Palatinat, ce fils d’instituteur, en rejoignant l’université de Strasbourg, se destinait tout d’abord aux études de sciences, puis de psychologie. C’est à la fois un fond humaniste, l’impérieuse nécessité d’allier l’action à la réflexion, le tout s’ajoutant à un séjour dans une famille pastorale avec laquelle ses parents étaient en lien, qui devaient l’orienter vers la théologie. Un voyage d’études en Allemagne de l’Est lui donnait bientôt un aperçu de ces «frontières qui excluent» en le mettant en relation avec des étudiants et des pasteurs de l’autre côté du rideau de fer. Voyage effectué alors avec Georges Casalis, une personnalité issue d’une famille riche de missionnaires (et notamment Eugène Casalis, qui avait dirigé la SMEP, ancêtre du Défap), et marquée par un engagement fort : il était notamment l’un des signataires des Thèses de Pomeyrol, qui avaient réclamé dans les années 40 un engagement clair de l’Église Réformée de France face à l’occupation nazie.

De la Nouvelle-Calédonie au rapport sur «Les Églises issues de l’immigration»

Dès son premier poste pastoral devait apparaître pleinement l’engagement de Frédéric Trautmann vis-à-vis de la mission : une paroisse, disait-il, «ne doit pas vivre seulement pour elle-même, mais aussi travailler avec les autres et pour les autres dans la société, être tournée vers l’extérieur.» Ce qui lui valait de rejoindre bientôt le comité directeur de la Société des missions évangéliques de Paris, que présidait le pasteur Marc Boegner. L’époque était celle de la décolonisation et des grandes interrogations sur le modèle missionnaire. L’indépendance des colonies apparaissant comme certaine, l’autonomie des Églises implantées depuis le XIXème siècle par la SMEP allait de soi ; mais qu’allaient devenir les relations entre les «Églises mères» d’Europe et leurs «Églises filles», notamment en Afrique ? Fallait-il cesser toute relation, ou les réinventer ? De là l’idée de transformer l’ancienne Société des missions évangéliques de Paris en deux institutions nouvelles : la Cevaa, une Communauté d’Églises au sein de laquelle toutes pourraient se retrouver, en ayant le même statut, le même droit de parole et le même pouvoir de décision ; et le Défap, devenant dès lors le service missionnaire des Églises protestantes de France qui participaient auparavant à la SMEP. Frédéric Trautmann devait prendre part à cette révolution dans l’histoire des missions protestantes françaises, en participant à cette mue de la SMEP en deux nouveaux organismes. Avant d’aller lui-même expérimenter cet «extérieur» et ce dépassement des frontières en passant quatre années en nouvelle-Calédonie. Un séjour dont il devait garder une indéniable proximité avec le peuple Kanak, comme en témoignent certains de ses écrits ultérieurs dans le Journal des missions évangéliques, publié par le Défap («Où en est la Nouvelle-Calédonie ?», 1976 ; «Kanak veut dire homme», juillet 1984).

De retour à Paris, il intègre l’équipe des permanents du Défap dès 1975, en étant dans un premier temps chargé des envoyés et de l’animation théologique, puis au poste de secrétariat général. La Nouvelle-Calédonie l’y rattrape : durant la période de tensions croissantes qui, au cours des années 80, marque les «événements» et culminera dans la tragique prise d’otages de la grotte d’Ouvéa, Frédéric Trautmann est pressé d’intervenir par Pierre Joxe, alors ministre de l’intérieur et des DOM-TOM, pour obtenir la libération d’un sous-préfet pris en otage à Lifou. Tâche dont il s’acquittera avec succès. À partir de 1987, il quitte le Défap en prenant la direction de la Fondation John-Bost ; mais il ne s’en détachera jamais vraiment, si bien qu’à la retraite, il accepte d’y revenir et d’en prendre la présidence. Une nouvelle période du long compagnonnage entre Frédéric Trautmann et le Défap, au cours de laquelle il s’intéresse notamment de près à l’évolution du rôle des envoyés, qui constituent l’une des activités du Défap les plus visibles pour les Églises de France. Il participe aussi à toute la réflexion sur les relations avec les nouvelles Églises implantées en France, notamment par des Églises des anciennes colonies, que l’on appellera plus tard les «Églises ethniques» faute d’un meilleur terme. Il fait ainsi partie, aux côtés notamment de Claude Baty, Étienne Lhermenault, Antoine Nouis et Bernard Coyault, d’un groupe de travail suscité par le conseil de la Fédération protestante de France qui remet en 2005 un rapport sur «Les Églises issues de l’immigration» – rapport qui précédera d’un an la naissance du projet Mosaïc. En 2006, dans son dernier texte lu devant l’Assemblée Générale du Défap dont il est alors sur le point de quitter la présidence, il donne en ces termes sa vision du Défap, dans laquelle il met en parallèle «mission au près» et «mission au loin» :

«Quelle est en définitive la finalité de notre action en tant que service protestant de mission, comme notre Conseil voudrait la mettre en œuvre à la place qui est la sienne ? On pourrait peut-être la résumer ainsi :

  • Permettre à nos Églises de France de contribuer, même modestement, à la croissance et à l’épanouissement des Églises et des peuples, en particulier dans des régions qui sont parmi les plus pauvres et les plus déshéritées du monde,
  • Démontrer par l’exemplarité de nos projets missionnaires et par leur fidélité à l’Evangile, qu’une communauté humaine et chrétienne fraternelle et solidaire est possible par-delà toutes les frontières qui voudraient nous séparer,
  • Croire et affirmer haut et fort que les hommes et les femmes issus de l’immigration et vivant en France, qu’ils soient français ou non, contribuent à la croissance et à l’évangélisation de nos Églises et de notre pays.»

La cérémonie à la mémoire de Frédéric Trautmann aura lieu à Versailles, le jeudi 13 juin, en présence de plusieurs représentants du Défap.




Voir et vivre la théologie autrement

Alternative Théologie, le rendez-vous co-organisé par l’Institut protestant de Théologie, le Défap, la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse, c’est dans un peu plus de deux mois ! Ce camp prévu pour les jeunes de 18 à 30 ans, sur le thème de : Liberté quand tu nous tiens ! aura lieu du 25 au 30 août 2019 à Paris.

Pas besoin d’être un grand expert en la matière ! On vient, bien au contraire, mains dans les poches, avec sa vie, ses doutes et tout son enthousiasme pour mieux rencontrer l’autre.

«C’est un travail d’une semaine autour de textes bibliques, qui se fait dans la sérénité, avec des personnes qui apportent une expertise dans les domaines bibliques, philosophiques et théologiques», précise un participant, Nicolas Maramotti.

Ces moments de partage (rencontres, sorties, repas, veillées) sont autant d’occasions de discuter d’un point de vue spirituel, théologique comme d’un point de vue personnel avec des jeunes d’horizons et d’âges différents.

Dans la ville de Paris que l’on (re)découvre en même temps, les jeunes vont vivre la théologie autrement, c’est-à-dire expérimenter un autre apprentissage du texte et échanger des points de vue différents.

Cet événement est organisé par l’Institut protestant de théologie et l’Eglise protestante unie de France.

À moins d’un an du rendez-vous très attendu du Grand KIFF 2020, « Alternative Théologie » est une aventure spirituelle forte pour mieux se reconnecter à Dieu comme à l’autre.

Pour plus d’information et pour réserver :

 




Lettre à Frédéric

«Aimer Dieu, c’est permettre à l’autre d’être reconnu comme un homme infiniment précieux»… À travers cet hommage écrit sous forme de lettre, le photographe Albert Huber, qui fut également envoyé et chargé de mission du Défap, revient sur le parcours singulier de Frédéric Trautmann.
Frédéric Trautmann © Albert Huber

 

Je t’écris de cette terre d’Alsace qui t’a vu naître, alors que tu viens de rejoindre l’autre rive. C’est à Porto Novo au Bénin que je t’ai photographié, lors d’un reportage à l’AG de la Cevaa, début des années 2000. Nous nous sommes croisés la dernière fois dans la salle des fêtes de l’Élysée à l’occasion de l’hommage du président Hollande aux responsables de la Fédération de l’Entraide Protestante. Mais c’est lorsque tu occupais le bureau du secrétariat général du Défap au 102 du boulevard Arago à Paris que nous nous sommes vraiment rapprochés.

De prime abord, ta haute stature d’homme m’avait impressionné. Mais une fois le contact établi, l’attention était comme captée par ton regard franc et direct. Dans la conversation, tu dégageais un quelque chose à la fois d’énergique et de paisible. Inutile le passage par de grandes déclarations, ton entrain, tu le puisais dans ton attention chaleureuse pour l’autre. Plus particulièrement pour celui resté au bord du chemin, ici comme au-delà des océans. Ton itinéraire singulier est édifiant à ce sujet. «Aimer Dieu, c’est permettre à l’autre d’être reconnu comme un homme infiniment précieux» était la boussole de ton parcours de vie. Tu l’as mise en pratique dans ta première paroisse de Sarre Union dans l’Alsace profonde – 2500 âmes, 4 cultes le dimanche. Plus tard, sur le terrain de la mission en Nouvelle-Calédonie déjà en quête d’indépendance. À ton retour, à la direction du Défap, l’historique Service protestant de mission. Et enfin, pour boucler la boucle, à la tête de Fondation protestante John Bost à La Force, 1000 personnes handicapées en résidence.

Si je ne devais retenir qu’une seule chose de nos échanges et correspondances, c’est à coup sûr la profonde fraternité qui te liait au peuple kanak de Nouvelle-Calédonie. Tu l’as vécue entre solidarités et tensions sur place, puis tout au long de tes 12 années au Défap. La fièvre monte en 1984-1985, quand Pierre Joxe, ministre de l’intérieur et des DOM-TOM, t’appelle au Défap te demandant d’intervenir. Un sous-préfet est pris en otage à Lifou : intolérable pour le gouvernement. Connaissant l’autorité de l’Église protestante au sein du peuple kanak, le ministre te demande d’intervenir. Au téléphone, tu interpelles une nuit entière tes anciens partenaires sur place et le sous-préfet est libéré, le bain de sang évité. «Kanak veut dire homme» écrivais-tu dans tes différents articles et rapports sur le Caillou.

Il est autour de chacun de nous des témoins d’humanité qui spontanément suscitent l’empathie. Personne ne prendra leur place un jour, eux-mêmes n’ayant pris la place de personne. Tu as été, cher Frédéric, de ceux-là.

Albert Huber
ancien envoyé et chargé de mission du Défap




Retour sur le synode de l’Unepref

Une consécration pastorale, deux accueils de pasteurs et communautés, une déclaration solennelle contre la violence, ont marqué en cette année 2019 le synode de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France (Unepref), une des Églises membres du Défap.
Photo de groupe du synode de l’Unepref © Unepref

 

Les pasteurs et délégués de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques se sont rassemblés dans le village cévenol de St Jean-de-Maruéjols et Avéjan (30) pour leur synode annuel du 30 mai au 2 juin.

Placé sous le thème : Nos pas pour demain, les délégués ont été doublement interpellés par les interventions du pasteur Etienne Lhermenault, président sortant du CNEF, ainsi que par celle du pasteur Philippe Girardet, ancien président de l’Union et actuellement Directeur de la Faculté Libre d’Études Politiques et d’Économie Solidaire (Paris-Sud, Montpellier, Dakar), appelant l’un et l’autre à de nouvelles formes de mobilisations tout autant spirituelles que sociales. Un olivier, symbole méditerranéen de la paix, a été planté par une enfant sur le parvis du temple et accompagné d’une déclaration solennelle contre les multiples types de violences constatées ces derniers mois dans notre pays. Il a été rappelé l’exhortation du Grand Rabbin de France, suite à la profanation de l’arbre commémorant l’assassinat d’Ilan Halimi, à planter des arbres en signe d’appel symbolique à la paix.

Le pasteur Jean-Raymond Stauffacher a été reconduit pour 3 ans en tant que Président et les membres des commissions et coordinations renouvelés.

Durant le synode, deux Eglises ont été accueillies en tant qu’Eglises affiliées, un pasteur a été consacré et deux pasteurs ont été reconnus dans leurs ministères au sein de l’Union.

Enfin, les délégués ont été appelés à mobiliser les membres de leurs Eglises pour participer à la Convention nationale qui aura lieu les 23 et 24 mai 2020 et durant laquelle sera lancé un nouveau mot d’ordre pour les années à venir.




«Vivre ensemble»




Au menu de Perspectives Missionnaires : Églises et replis identitaires

Ce numéro 77 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, est exceptionnel à plus d’un titre : il présente les actes du forum Églises et replis identitaires : pourquoi sortir de l’entre-soi ? qui avait été organisé fin novembre 2018 à la Maison du protestantisme, à Paris. Une rencontre à la qualité unanimement saluée, qui avait donné lieu à des éclairages sociologiques des plus stimulants comme ceux apportés par Jean-Paul Willaime, Yannick Fer ou Frédéric de Coninck, des aperçus des Églises et des communautés en recomposition dans une société devenue plus mobile avec Joseph Kabongo ou Bernard Coyault, des questionnements sur la possibilité d’un témoignage chrétien partagé avec Élisabeth Parmentier… Pour vous inciter à en savoir plus, nous vous livrons ici l’article de synthèse de Frédéric Rognon, professeur de philosophie à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg.
Ce film de Sonia Mussier a été projeté le 23 novembre par Jean-Luc Mouton au premier jour du forum de la revue Perspectives Missionnaires sur le thème « Églises et replis identitaires : pourquoi sortir de l’entre-soi ? » Réalisation : Campus Protestant.

Vouloir faire une synthèse de notre Forum tiendrait de la gageure, voir de la présomption. Car on ne synthétise pas une telle rencontre, qui s’est avérée d’une telle richesse ; on ne la conclut même pas. Je me contenterai donc d’exprimer quelques réflexions, plus ou moins subjectives, qui me sont venues au fil des interventions, ainsi que quelques pistes de résolution et d’action à emporter : quelques munitions pour la route.
Je procèderai en trois temps : tout d’abord, j’interrogerai le titre du Forum, et l’orientation qu’il signifie pour notre rencontre; dans un second temps, je reprendrai divers éléments d’une grille d’analyse, à travers cinq paradigmes ; et enfin, dans un troisième temps, je proposerai quelques axes d’engagement, à travers sept défis à relever.

Le titre du Forum

Notre rencontre était un « Forum ». Ce terme se voulait sans doute moins académique que celui de « Colloque » : nous étions en effet à l’interface de la sphère universitaire et de la sphère ecclésiale. Dans la Rome antique, le forum était une place publique où s’opéraient des échanges : des échanges d’abord langagiers, puis commerciaux, politiques, intellectuels et religieux. Notre rencontre était bien, à ce titre, un forum, en raison de son caractère interdisciplinaire et interactif : il ne s’agissait pas d’une succession d’enseignements magistraux, mais d’une circulation de la parole à l’occasion de communications, de débats, de travaux de groupe, de post-it, et de conversations informelles et conviviales. Plus encore, notre rencontre était un forum parce qu’elle était un événement performatif : consacrée à une réflexion sur la sortie de l’entre-soi, elle a cherché à effectuer, par son geste même, cette sortie, et donc à mettre en œuvre ce dont on parlait. La diversité du public que nous constituions a été soulignée dès l’ouverture du Forum par Marc Frédéric Muller ; nous étions représentatifs de ce protestantisme multicolore dont parlait François Clavairoly dans la même ouverture. Ne soyons cependant pas dupes : notre diversité était loin d’être infinie, et nous sommes un peu, et peut-être même un peu beaucoup, restés dans l’entre-soi, dans ce microcosme protestant qui, même lorsqu’il est rassemblé dans toute sa diversité comme ici, ne représente lui-même qu’une mini-minorité de la population de notre pays. L’important est d’en être conscient.

J’interrogerai maintenant le titre du Forum lui-même : « Les Églises aux prises avec les replis identitaires et culturels ». Pourquoi avoir privilégié cette version négative de la réalité ? On aurait pu intituler le Forum : « Les Églises entre ouverture et repli ». Ce titre aurait d’ailleurs été plus conforme au contenu de la rencontre, car une telle ambivalence a été au cœur de nos débats. Quant au sous-titre choisi : « Pourquoi sortir de l’entre-soi ? », il s’agit d’une question rhétorique. Pourquoi avoir posé la question : « Pourquoi ? » et non pas : « Comment ? » Ou pourquoi pas : « Pourquoi et comment ? »

L’entre-soi est en effet une expression connotée, foncièrement dépréciative. Il renvoie à une situation dont il faut sortir, à une posture dont il faut se déprendre, surtout si l’on est chrétien. Jean-Paul Willaime a même dit que l’entre-soi était mortifère. La réponse à la question : « Pourquoi ? » est donc évidente : parce que c’est tout l’Évangile qui nous invite à sortir de l’entre-soi. Et pourtant, la question reste posée du fait de la réalité de nos Églises, qui ressemblent souvent, comme le dit Fritz Lienhard (1), à des clubs d’affinités électives : pour être admis au club des luthéro-réformés, il faut faire preuve d’amour pour les psaumes du XVIe siècle, d’aptitude à assimiler un discours hautement intellectuel, et même d’une capacité physique à rester assis sur un banc inconfortable pendant une bonne demi-heure sans s’agiter (2)… ; quant aux Églises Mosaïc, elles exigent la maîtrise de certaines langues et de certains langages (y compris de langages non-verbaux), de certains codes et d’un certain rapport à la temporalité, l’adhésion à certaines valeurs, à un habitus et à un ethos, et une capacité à la mobilisation corporelle. Comme l’a bien montré Yannick Fer, le repli sur soi se manifeste aux deux bouts de l’échelle sociale.

L’entre-soi est donc une tentation pour toutes nos Églises. C’est même la tentation par excellence, puisque Claude Lévi-Strauss, dans les dernières lignes de sa fameuse thèse, Les structures élémentaires de la parenté (3), fait de la sortie de l’entre-soi, par le langage, par l’interdit de l’inceste et par l’exogamie que celui-ci impose, par les échanges de toutes sortes, la condition même de l’humanisation, de l’entrée en humanité : une sortie comme condition d’entrée ! Rappelons que pour Lévi-Strauss, il y a trois types fondamentaux d’échanges : l’échange des paroles, l’échange des objets, et l’échange des femmes. Or, Florence Taubmann nous a invités à faire en sorte que nos enfants se marient entre eux, pour établir des ponts entre nos Églises… ! Plus sérieusement, Marie Kim a témoigné des passerelles construites entre la Corée et la France, et entre Paris et Nantes. Il y a mille et une manières de sortir de l’entre-soi.


L’affiche du forum © Perspectives Missionnaires

Une grille d’analyse

Je me propose donc à présent de dégager cinq paradigmes analytiques qui ont constitué une grille de lecture de la réalité de nos Églises au cours de ce Forum.

Le premier paradigme est une clarification conceptuelle. Il s’agit de distinguer d’emblée « pluralité » et « pluralisme », « multiculturalité » et « multiculturalisme » : le fait et l’interprétation positive du fait. Jean-Paul Willaime nous y a, à juste titre, invités. Constater le fait permet en effet d’ouvrir à l’ambivalence du phénomène, qui est toujours à la fois un risque et une opportunité, au lieu d’y appliquer un jugement normatif ou idéologique. Mais franchissons un pas de plus.

Comment désigner ces Églises plurielles ? La tension entre les deux pôles d’autochtonie et d’allochtonie est-elle pertinente ? Bernard Coyault a soulevé le problème des connotations du vocable d’« autochtone », et des caricatures mutuelles qui s’en nourrissaient. Le « sang chaud » et l’« intensité du croire » avancés par Régis Debray s’avèrent être des présupposés doublement délétères : d’une part, parce qu’ils prêtent le flanc à une posture essentialiste et, d’autre part, parce que s’il y a intensité, c’est peut-être celle de l’expressivité, mais comment juger du niveau de la croyance ? Dans son second film, Jean-Luc Mouton a pointé les difficultés posées par la réception de ces images par les communautés concernées, lorsqu’on les désigne comme des Églises « issues de l’immigration » ; Pamela Millet y a dénoncé la stigmatisation qui est afférente à ces expressions. Il serait donc hautement préférable de prendre acte de la porosité des limites entre le soi et l’autre, et sortir de la dualité en affirmant que nous sommes tous dans la « Mosaïc » : personne n’est en dehors, chacun est une pièce du puzzle, sans quoi il n’y a plus, à proprement parler, de mosaïque.

Le second paradigme consiste à décrypter les effets de la globalisation, en y discernant une insigne ambivalence. On relève en effet deux effets inverses : d’une part, la circulation plus ou moins libre des personnes, les échanges d’idées, le foisonnement des ressources symboliques et spirituelles, la pluralisation des formes d’expression de la foi, produisent une ouverture à l’autre et un apprentissage de la tolérance ; d’autre part, cependant, les mêmes facteurs, et leurs premières conséquences, produisent des crispations identitaires, des replis confessionnels, des idéologies populistes. François Clavairoly a même parlé, non sans s’excuser de la formule, de populismes confessionnels et de souverainismes ecclésiaux. Ces deux effets inversés peuvent être simultanés ou successifs, chacun des deux nourrissant l’autre, dans une dialectique entre deux pôles en tension. Une expression est revenue à plusieurs reprises au cours du Forum : « L’universel, c’est le local sans les murs » ; il s’agit d’une version optimiste de ce qui nous arrive, qui peut évoquer à la fois la fameuse formule de Jacques Ellul : « Penser globalement, agir localement », et le concept plus récent de « glocal », pour articuler l’ouverture large au monde et l’enracinement en un terreau vivifiant.

Le troisième paradigme relève de l’analyse critique de la situation présente dans nos Églises. Il s’agit de prendre conscience du sort réservé aux chrétiens issus de l’immigration. Yannick Fer a parlé d’une intégration inégale, qui combine à la fois inclusion sociale et maintien des inégalités. Les immigrés sont des invités bienvenus, mais ne seront, et ne se sentiront, jamais chez eux. Les stéréotypes nourrissent des discours sur les autres qui contribuent à reproduire des rapports sociaux de domination. Georges Michel a annoncé que la nouvelle formule du Projet Mosaïc fera la promotion d’une conception de rapports entre Églises à parité, plutôt que celle de l’intégration, qui sous-tend la vision française d’une subordination d’Églises-filles envers des Églises-mères. Cette perspective ne peut que rappeler la vision de la Cevaa, ré-énoncée par Martin Burkhard.

Le quatrième paradigme est d’ordre biblico-théologique. Cette dimension a sans doute été trop discrète au cours du Forum, générant une frustration qu’expriment plusieurs post-it et rapports de groupes. Le motif scripturaire qui vient le plus immédiatement à l’esprit est celui de la tension entre Babel et la Pentecôte (4) : Babel évoque la pluralité de langues et de cultures comme vecteurs d’incompréhension, tandis que la Pentecôte signifie le dépassement des clivages sociaux, culturels et linguistiques, par l’Esprit d’amour. Nous sommes donc invités à toujours parcourir à nouveau le chemin qui va de Babel à la Pentecôte.
Joseph Kabongo nous a rappelé que la multiculturalité était déjà la situation des premières Églises. On pourrait citer l’incident d’Antioche, relaté par Paul en Galates 2, en tension avec la fameuse formule du même Paul en Galates 3, 28 : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec » ; Gabriel Amisi nous a dit que cette dernière expression était le mot d’ordre du travail auprès des demandeurs d’asile à Genève. Un dernier passage biblique peut être mentionné : Philippiens 3, 5-9, pour étudier le sens évangélique de l’identité : Paul se dit « de la tribu de Benjamin, Hébreu né d’Hébreux, quant à la loi pharisien… » (on pourrait actualiser en : « parisien »…), mais tout cela ne représente pour lui que « de la boue » depuis qu’il sait qu’il est « en Christ », et que c’est en lui que se situe sa véritable identité. Notre identité nous précède donc puisque Jésus-Christ nous précède. Jean-Marie Tjibaou, qui, outre le fait d’être un leader indépendantiste et un promoteur de la culture kanak, était un ancien prêtre, disait : « Notre identité est devant nous ».

Enfin, le cinquième paradigme est la prise de conscience, très nette tout au long de notre Forum, de la nécessité de formations à l’interculturalité. Joseph Kabongo a mentionné une nécessaire formation théologique, les travaux de groupes une formation à l’accueil, Elisabeth Parmentier une formation à la médiation interculturelle (où nous apprendrons les uns avec les autres, dans un échange de dons), et Jean-François Zorn une formation au dialogue.

Ce point décisif m’offre une transition toute trouvée avec les axes d’engagement.

Deux intervenants lors du forum : Jean-François Zorn (à gauche) et Jean-Paul Willaime (à droite) © Défap

Des axes d’engagement

Je présenterai donc sept défis, et sept pistes qui peuvent constituer une feuille de route pour chacun de nous. Il a été à plusieurs reprises question d’« horizon », notamment avec Elisabeth Parmentier. Une feuille de route est une boussole qui indique un horizon. Or, on sait bien que lorsque nous marchons ou roulons dans la campagne, l’horizon ne fait que reculer au fur et à mesure de notre avancée : nous n’atteindrons jamais l’horizon, du moins sur cette terre. Cependant, quand nous faisons de la haute montagne, l’horizon se rapproche, puis éclate à nouveau une fois parvenus au sommet. Il n’est pas sans intérêt de souligner l’analogie : l’horizon est plus proche lorsque l’on s’élève, sans pour autant être jamais à portée de main.

Le premier axe pourrait se formuler ainsi : redécouvrir la vertu de l’écoute. Michel Durussel, lors du moment de recueillement, a mentionné dans la confession de foi sa confiance en « une Église qui écoute avant de parler ». Lorsqu’en 1902, le missionnaire Maurice Leenhardt est arrivé en Nouvelle Calédonie, son père lui a écrit en l’exhortant à écouter : « Bien sûr, le missionnaire est envoyé pour proclamer l’Évangile, de même que le pasteur est l’homme ou la femme de la parole ; mais écoute d’abord ! » Et lorsqu’il revient en France, en 1926, après un quart de siècle d’apostolat, au cours des journées missionnaires dans les paroisses, destinées à récolter des fonds pour soutenir la mission, on lui demande : « Alors, monsieur le pasteur, combien de conversions avez-vous obtenues ? » La plupart des missionnaires de retour ou en congé racontaient des histoires édifiantes de conversions par milliers, ce qui impressionnait les membres des paroisses et suscitait leur générosité. Maurice Leenhardt, pour sa part, réfléchissait un moment avant de répondre : « Combien de conversions en vingt-cinq ans de mission ? Peut-être une seule : la mienne ! » Ce discours était financièrement moins rentable, mais plus honnête : pour Maurice Leenhardt, le missionnaire était tenu d’écouter d’abord, et de se convertir lui-même… (5) Il était ainsi un précurseur de ce principe de la « mission de partout vers partout », dont Martin Burkhard nous a dit qu’il définissait la Cevaa.

Le second axe consiste à se garder de toute stigmatisation, y compris inconsciente. Car elle peut prendre l’aspect très subtil de la « violence symbolique » analysée par Pierre Bourdieu (6). Le premier film de Jean-Luc Mouton a bien montré les difficultés à tourner des images dans certaines Églises par crainte de la stigmatisation. Il s’agit donc de travailler sur les stéréotypes et les préjugés que nous véhiculons, tout en assumant son ethnocentrisme : celui-ci est en effet paradoxalement universel (il est universel de porter sur le monde un regard non-universel, c’est-à-dire une perspective située, orientée). La meilleure façon de déconstruire nos propres ethnotypes est encore de les verbaliser.

Un troisième axe d’engagement revient à aller à la rencontre de l’autre pour devenir pleinement soi-même. Tel a été le propos de Frédéric de Coninck, par référence à Paul Ricœur : dans Soi-même comme un autre (7), Ricœur montre combien notre identité est plurielle, et que l’on peut découvrir l’altérité en soi et se retrouver en l’autre. Nous partons ainsi à la rencontre de notre « monde commun ». Ainsi, par exemple, il est vain de se contenter d’internet comme expérience de l’altérité : c’est le contact direct, l’hospitalité mutuelle, qui conduisent à discerner et à tracer un « monde commun ».

Claude Lévi-Strauss a recours à une métaphore suggestive pour décrire la diversité culturelle (8) : l’ensemble des cultures du monde sont comme un jeu de cartes. Il y a cinquante-quatre cartes : c’est notre monde commun. Mais à partir de là, nous pouvons jouer des parties en très grand nombre, et cependant en nombre non infini. Un certain nombre d’invariants universels nous relient donc en une commune humanité.

Une quatrième piste consiste à prendre acte des conflits générés par les relations interculturelles. Jean-Claude Girondin a clairement mis ce point en exergue. Mais on peut franchir un pas de plus, décrypter aussi la fécondité du conflit. Le récit d’Actes 6, 1-6 montre bien que le conflit, y compris le conflit interculturel ou éthique, peut servir de signal d’alarme pour indiquer un dysfonctionnement, qui de ce fait peut être surmonté pour une croissance personnelle et communautaire. Anne Zell en a donné un exemple actuel, qui prouve que l’on peut vivre ensemble dans le dissensus.

Un cinquième axe d’engagement revient tout simplement (mais est-ce si simple ?) à entrer en dialogue. Le mot « dialogue » ne signifie nullement, contrairement à ce que l’on croit souvent, « conversation à deux », car le grec « dia- » ne veut pas dire « deux » mais « à travers ». Le dialogue signifie donc « parole – à travers », c’est-à-dire « circulation de la parole ». Il suppose alternance d’écoute et de parole, et non enseignement péremptoire ou magistral : il s’agit au contraire d’une posture d’humilité qui exclut tout surplomb comme toute condescendance, et qui va jusqu’à se mettre à l’école de l’autre. Jean-Claude Girondin a cité la fameuse formule d’Édouard Glissant : « Quand on échange, on change » ; l’expression a été reprise par d’autres, y compris sur les post-it et les rapports de groupe de partage. Jean Ravalitera a insisté sur le statut et le rôle de la langue dans la culture comme dans le culte. Cela peut évoquer le mouvement « La paix par les langues », qui prônait le multilinguisme comme garant de compréhension entre les peuples, et donc de relations pacifiques : apprendre la langue de l’autre, ainsi que son langage, c’est entrer dans son univers. Le dialogue n’a donc rien à faire avec la simple présence, qui peut n’être qu’une coexistence, voir une juxtaposition dans l’indifférence : le dialogue suppose la présence à l’autre, c’est-à-dire la sollicitude au sens de Paul Ricœur (9).

Un sixième axe d’engagement consiste à revisiter les sources de la communauté. Il a plus d’une fois été question de communauté, dans le sens d’« Église » ou dans celui d’« entité ethnique », au cours de ce Forum. Or, l’étymologie du mot « communauté », mise au jour par Roberto Esposito (10), s’avère fort instructive. Le vocable français vient du latin « cum – munus », qui signifie : « avec – une dette ». La communauté est donc l’assemblée de ceux qui se savent endettés : mutuellement endettés pour ce qui concerne l’endettement interne, et endettés vis-à-vis de la société globale pour ce qui concerne l’endettement externe. La communauté est donc, étymologiquement, le meilleur garde-fou contre l’entre-soi, et finalement contre le communautarisme. Or, si nous nous intéressons à la communauté chrétienne, nous savons que notre dette fondamentale nous a été remise en Jésus-Christ, afin que nous nous remettions mutuellement nos dettes secondaires ; quant à la dette envers la société, elle est rappelée lorsque nous disons que les chrétiens sont dans le monde sans être du monde (11), de ce monde peu aimable mais que Dieu a tant aimé (12). L’entre-soi est ici non seulement conjuré, mais transcendé par la mission des chrétiens envoyés dans le monde : hors les murs.

Enfin, le septième et dernier défi résonne comme un clin d’œil, passablement catastrophiste, mais à prendre au troisième degré. On connaît la formule d’André Malraux : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ». Il semblerait qu’il s’agisse d’une phrase apocryphe, mais peu importe. Jacques Ellul, avec sa verve corrosive et sa réputation de Cassandre, de prophète de malheur, s’était autorisé à subvertir la formule pour en faire ceci : « Le XXIe siècle sera religieux, et de, ce fait, il ne sera pas… » (13) À ses yeux, la religion porte en effet en elle un potentiel de violence et de destruction, car elle prétend détenir la vérité absolue. Et comme il y a plusieurs religions, et plusieurs confessions, et plusieurs manières de comprendre la vérité au sein d’une même confession, les conflits de l’avenir risquent d’être particulièrement dévastateurs. Ne faisons cependant pas trop vite d’Ellul une Cassandre : lui-même s’identifiait davantage à Jonas, qui, comme on le sait, prophétisait pour que ce qu’il annonçait n’arrivât pas.

Le défi qui est devant nous est donc de faire en sorte que cette prophétie ne se réalise pas, et ainsi de faire mentir Jacques Ellul, comme les Ninivites ont fait mentir Jonas. Il s’agit de faire de la pluralité religieuse une opportunité de rencontre, une ressource pour la reconnaissance mutuelle et pour l’harmonie sociale : un véritable « kaïros ». Et je terminerai à dessein mon propos par une parole catholique (au sens d’universel), celle de Michel Mallèvre : « Partageons l’émerveillement d’une relation vivante au Christ ».

Frédéric Rognon,
professeur de philosophie à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg

________________________

1) Fritz Lienhard, La différenciation culturelle en Europe. Un défi pour les Églises, Lyon, Olivétan, 2017.
2) Ibid., p. 5-6.
3) Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté (1947), Paris / La Haye, Mouton et C°, 1966², p. 570.
4) « Vivre la diversité. L’Église dans une société multiculturelle », Cahiers de l’École Pastorale, hors-série n°13, 2011, p. 39, 41, 63-64.
5) Frédéric Rognon, Maurice Leenhardt : pour un « Destin commun » en Nouvelle Calédonie, Lyon, Olivétan, 2018.
6) Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard, 1982 ; Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1984 ; Langage et pouvoir symbolique, Paris, Seuil, 2001.
7) Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.
8) Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, Paris, Gallimard, 1987 (1952) (Folio essais).
9) Paul Ricœur, op. cit., p. 254-264
10) Roberto Esposito, Communitas. Origine et destin de la communauté, précédé de : Conloquium Jean-Luc Nancy, Traduit de l’italien par Nadine Le Lirzin, Paris, PUF (Les essais du Collège international de philosophie), 2000.
11) Jean 17, 14-18.
12) Jean 3, 16.
13) Jacques Ellul, La foi au prix du doute. « Encore quarante jours… » (1980), Paris, La Table Ronde (La petite Vermillon n°404), 2015³, p. 181.

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de trente-cinq ans Perspectives missionnaires, unique revue protestante de missiologie de langue française.
Née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires, elle s’est élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture oecuménique. Elle est actuellement gérée par une association indépendante et s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), et depuis fin 2017 la Cevaa.



Une veillée de prière pour les victimes de la torture

L’Assemblée générale des Nations unies a proclamé la date du 26 juin Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, afin d’assurer l’application de la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il s’agit donc d’une date clé pour le mouvement international de l’ACAT. L’idée de la Nuit des Veilleurs, lancée en 2006, est de créer une chaîne internationale de personnes se recueillant pour les victimes. Partout dans le monde, les chrétiens sont appelés à veiller en soutien à 10 d’entre elles. Lors d’événements organisés près de chez eux, ou seuls en tout autre lieu, ils accompagnent les actions de plaidoyer et les relaient jusqu’au cœur de Dieu, dans une nuit où la prière se fait cri. Un cri mobilisateur.

Illustration pour la nuit des veilleurs de l’ACAT © Juliette Léveillé

Ils sont vietnamiens, chinois, mexicain, américain, rwandais, camerounais, burundais, saoudien, égyptien… Ils sont ou ont été menacés, battus, torturés, emprisonnés, maintenus en détention. Pour leurs convictions, pour leur engagement politique, pour leur engagement en faveur des droits humains, pour ce qu’ils sont. Pour les faire parler, pour les faire taire. Sans raison. Ils ne sont que dix parmi les milliers de personnes victimes de la torture partout dans le monde. Ils symbolisent toutes ces souffrances muettes, niées, que des pays, des gouvernements voudraient faire disparaître, et auxquelles vos prières et votre action peuvent rendre une existence et une voix.

Depuis 2006, à l’occasion du 26 juin, date choisie par l’Onu comme la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, et à l’appel de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, ONG chrétienne de défense des droits de l’homme créée en 1974), des milliers de chrétiens en France et de par le monde s’unissent dans une veillée de prière en soutien aux victimes de torture. Cette année 2019 encore, autour du 26 juin, l’ACAT, en partenariat avec les journaux La Croix et Réforme, appelle les chrétiens à veiller lors d’événements organisés près de chez eux : nuits de prière, veillées de feu, célébrations œcuméniques, concerts, processions et marches aux lanternes. Où que vous soyez, vous pouvez vous aussi créer une veillée!

Quelques-unes des victimes soutenues par l’ACAT

Huang Qi, María Márquez de Favela, Déogratias Mushayidi, Amal Fathy

Depuis 2005, les participants de la Nuit des Veilleurs ont soutenu plus de 150 victimes, par la prière, mais également en envoyant des messages de soutien personnalisés à dix victimes de la torture. Parmi eux cette année,

  • Huang Qi : journaliste et défenseur des droits humains chinois, il est détenu depuis plus de deux ans dans le Sud de la Chine. Son procès s’est tenu en secret le 14 janvier 2019, sans verdict annoncé pour le moment.
  • María Márquez de Favela : est la mère d’Adrián Favela Márquez, victime de disparition forcée depuis le 2 octobre 2012 à Ciudad Juárez. En l’absence d’aide de la part des autorités, María et sa famille ont tenté de faire avancer l’enquête et de retrouver les disparus par eux-mêmes. Elle a reçu le prix Engel-du Tertre 2018 de la Fondation ACAT pour la dignité humaine.
  • Déogratias Mushayidi : emprisonné depuis 9 ans, il est victime de l’oubli. Cet opposant politique a toujours milité de manière non-violente pour la paix et la démocratie au Rwanda.
  • Amal Fathy : défenseure égyptienne des droits humains, elle subit un harcèlement judiciaire de la part des autorités égyptiennes. Elle a été arrêtée en 2018 pour avoir publié sur Internet une vidéo dans laquelle elle reprochait aux autorités de ne pas lutter contre le harcèlement sexuel.

Les chrétiens rassemblés cette nuit apportent l’espérance dans la foi et réaffirment ainsi la nécessité de s’opposer sans condition à la torture : «La foi chrétienne ne peut en aucun cas composer avec la torture. En cette Nuit des Veilleurs, nous proposons de substituer la prière, la méditation et la communion avec les victimes de la torture à l’instrumentalisation de l’autre, qu’est la torture» explique Bernadette Forhan, présidente de l’ACAT.

Pour accompagner les prières, la Nuit des veilleurs porte chaque année un thème. Celui de cette année est : «Mais délivre-nous du mal». Vous trouverez sur le site le texte d’une méditation sur ce thème. Un espace conçu pour permettre à tous ceux qui le veulent, en un clic, de repérer, rejoindre ou créer une veillée de prière. Vous y trouverez aussi des prières, des textes de réflexion, des actualités…

La nuit des veilleurs : présentation en vidéo :