«L’interculturalité est un voyage, et souvent, on ne voit pas le chemin»

Les paysages religieux français et européens sont en pleine recomposition, traversés par des mouvements qui travaillent tous les pays et voient l’émergence de sociétés de plus en plus multiculturelles, mais aussi de plus en plus sujettes aux tensions inter-communautaires. Comment les Églises peuvent-elles prendre en compte ces transformations, sans les subir ? Quel vivre-ensemble et quelles manières de témoigner inventer aujourd’hui ? Ces questions étaient au cœur du forum organisé les 23 et 24 novembre par la revue Perspectives Missionnaires à Paris, en partenariat avec le Défap, la Cevaa, la Fédération Protestante de France et DM-échange et mission. Avec des intervenants comme Jean-Claude Girondin, Jean-Paul Willaime, Joseph Kabongo, Bernard Coyault, ainsi que des tables-rondes… Gros plan sur la première de ces deux journées.

 

Ce film de Sonia Mussier a été projeté le 23 novembre par Jean-Luc Mouton au premier jour du forum de la revue Perspectives Missionnaires sur le thème « Églises et replis identitaires : pourquoi sortir de l’entre-soi ? » Réalisation : Campus Protestant.

 
D’emblée, Jean-Luc Mouton avertit l’assemblée : «Je ne prétends pas faire un travail scientifique : ce film se veut simplement un «flash» sur une réalité très diverse.» Cette réalité, c’est celle des Églises récemment implantées en Île-de-France ; avec comme première illustration une visite au sein d’une paroisse de la FPMA, l’Église Protestante Malgache en France. Des fidèles se racontent, évoquent leur parcours depuis Madagascar, leur arrivée en France, leur relation à Dieu, les raisons pour lesquelles ils fréquentent cette Église… «L’Église accueille depuis toujours de nouveaux arrivants en quête d’une vie meilleure en France, peut-on entendre dans ce film ; mais arrivés en région parisienne, l’adaptation ne se fait pas sans difficultés». Une paroissienne ajoute un peu plus loin : «On n’a pas de repères, on ne sait pas sur qui s’appuyer ; repartir de zéro, ce n’est pas évident, heureusement qu’on a la foi». Après la FPMA, un détour par l’Église évangélique des chinois à Paris (EECP), qui organise des cultes en chinois, et des cultes en français, car si les primo-arrivants parlent chinois, «ceux de la deuxième génération, eux, sont tous francophones». Puis, rencontre avec l’Église Messianique La Parole vivante, installée à Viry-Châtillon, ou encore avec la Word of Power Missionary Church, implantée par des Tamouls…

Jean-Luc Mouton connaît par expérience la diversité du protestantisme : pasteur et journaliste, il a été successivement responsable national des Éclaireuses et Éclaireurs unionistes de France, directeur de l’hebdomadaire Réforme, a travaillé au Conseil économique et social de Côte d’Ivoire, et il a lancé avec Antoine Nouis un site, Campus Protestant, financé par la fondation Bersier, dont le «cœur de cible» est justement constitué par ces multiples Églises transfrontalières qui ont souvent un pied en France, un pied dans un autre pays – des Églises parfois désignées, faute de mieux, par l’expression contestée de «Églises issues de l’immigration». Le film qu’il présente en ce 23 novembre dans un des salons de la Maison du Protestantisme, rue de Clichy, à Paris, a été réalisé dans l’optique d’un forum organisé par la revue Perspectives Missionnaires, en partenariat avec la Fédération Protestante de France (qui accueille la réunion), le Défap, la Cevaa et DM-échange et mission, sur le thème : «Églises et replis identitaires : pourquoi sortir de l’entre-soi ?». Dans le public, des personnalités du milieu catholique ou du milieu protestant (de tendance luthéro-réformée ou évangélique) ; des spécialistes des questions religieuses ; des sociologues ; des journalistes ; une délégation venue du Défap, co-organisateur de l’événement, et une autre venue de Suisse pour représenter DM-échange et mission ; on reconnaît même un uniforme de l’Armée du Salut…

«Le protestantisme est multicolore»

Pour aller plus loin :

En ouverture de cette première journée, Marc-Frédéric Muller, directeur de la revue Perspectives missionnaires, unique revue protestante de missiologie dans l’aire francophone, avait tenu à poser le contexte et les enjeux d’un tel forum : «Nous vivons dans un monde pluriculturel, et les Églises en sont parties prenantes. C’est une réalité qui a toujours été là, mais elle a pris dernièrement plus d’ampleur. Comment fait-on société dans un monde de plus en plus pluriculturel ? Comment fait-on société à l’époque d’un individualisme croissant ? (…) La mondialisation a bien changé le visage de pays comme la France, la Suisse… Mais ce n’est ni un drame, ni un échec. Est-ce la vocation des Églises de montrer les opportunités, les promesses de ces changements ? Ont-elles une expertise, un savoir-être ?» François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, avait pour sa part relaté une rencontre avec des journalistes : «Quand je suis arrivé à la FPF, on m’a demandé : comment définissez-vous les protestants ? J’avais répondu : le protestantisme est multicolore. Aujourd’hui, j’ajouterais : il l’est à la fois aux plans culturel, confessionnel, spirituel, liturgique, et aussi bien évidemment au plan humain».

Mais tout ceci ne va pas sans tensions, ni sans risques. Ce qu’a rappelé le premier intervenant de la journée, Jean-Paul Willaime, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, en apportant sur ce phénomène le regard du sociologue : parmi les tendances récentes liées à la mondialisation, il note au niveau international «une remontée ethnicisante du religieux, une remontée du lien que l’on fait entre religion et territoire», rappelant fortement le triptyque «une foi, une loi, un roi que les protestants ont bien connu à l’époque de la révocation de l’Édit de Nantes». Or «l’entre-soi socio-religieux est fortement mortifère», alors que «nous vivons de plus en plus dans un monde interdépendant, un monde de mobilités multiples». Dès lors, «comment vivre ensemble dans des sociétés nationales qui se trouvent dans un monde cosmopolite ? Le nouveau clivage mondial opposerait-il les somewhere, enracinés dans un lieu, et les anywhere, les personnes déracinées et de nulle part ?»

Un phénomène qui, en Europe, est encore compliqué par des sociétés fortement sécularisées, où les Églises sont en perte d’influence, avec l’apparition de ceux que des sociologues ont baptisés les «non-vertis : des personnes qui ont été socialisées dans une religion, et qui la quittent (par opposition au terme de convertis). Ainsi en France, seuls  26% des jeunes adultes se déclarent chrétiens ; au Royaume-Uni, ils sont 21%». Mais parallèlement à «cet affaiblissement de l’appartenance institutionnelle, à cette baisse d’influence de la régulation institutionnelle, sociale par la religion, on note une explosion de la religiosité». Conséquence paradoxale : se dire chrétien aujourd’hui en Europe, c’est une posture qui se fait plus rare… mais qui est plus assumée. «L’engagement religieux devient un phénomène minoritaire, une sous-culture. Pour les personnes qui choisissent d’être engagées, cela se traduit par un engagement conscient de plus en plus professant». Une tendance que Jean-Paul Willaime décrit comme une forme «d’évangélicalisation sociologique du christianisme»… et partiellement détachée des institutions, puisqu’il note parallèlement «une certaine transconfessionnalisation du christianisme : des hybridations réciproques, l’émergence d’un christianisme transconfessionnel, qui cherche à dépasser le christianisme institutionnel à travers un christianisme plus personnel». Au final, dans un contexte international marqué par la spectaculaire perte de poids et d’influence de l’Europe, un contexte dans lequel, aujourd’hui, «le christianisme est plus une religion africaine, asiatique, américaine qu’européenne, alors qu’en 1910, lors de la Conférence d’Édimbourg, la majorité des chrétiens du monde vivaient en Europe», la religion peut apparaître comme «un ancrage dans un monde de mobilités».

Éviter «que l’interculturel soit autre chose qu’un vœu pieux»

Deux intervenants lors du forum : Jean-François Zorn (à gauche) et Jean-Paul Willaime (à droite) © Défap

Après ce panorama global, Yannick Fer, également sociologue, chargé de recherche au CNRS et qui a publié en 2017 un ouvrage sur Le protestantisme à Paris. Diversité et recompositions contemporaines, resserre les débats sur l’Île-de-France. Un lieu où se concentrent et s’expriment ces diverses influences perceptibles au niveau international, avec au centre Paris, «ville globale. Une ville marquée par quatre phénomènes : concentration (près d’un Français sur cinq vit en Île-de-France, une proportion que l’on retrouve chez les protestants) ; hiérarchisation ; ségrégation (et notamment spatiale, avec une éviction des populations modestes du centre et de l’Ouest de la région) ; migrations.» Le protestantisme francilien n’échappe pas à ces diverses tendances : il intègre ainsi une bonne partie de la diversité des nouveaux arrivants en Île-de-France, issus de 192 pays différents. Et la ségrégation spatiale traverse aussi les milieux protestants, avec des Églises implantées de longue date dans Paris intra-muros, qui parfois font leurs cultes et leurs réunions dans des bâtiments historiques, alors que des Églises nées récemment, souvent de tendance évangélique et pentecôtiste, et que l’on retrouve plutôt en banlieue Est, peinent à trouver des locaux… Des différences qui recouvrent aussi, bien souvent, des approches théologiques et des manières de vivre l’Église très différentes.

La vie des Églises, et les relations entre communautés, sont donc traversées par toutes les tensions du monde contemporain, qui se concentrent en particulier dans les grandes métropoles comme l’agglomération parisienne. Comme le rappellera dans l’après-midi un autre sociologue, Frédéric de Coninck, professeur à l’École Nationale des Ponts et Chaussées et chercheur au Laboratoire Ville, Mobilité, Transport à Marne-la-Vallée, «on est aujourd’hui colonisé par toutes sortes de références culturelles», qui font écran au moment de la rencontre. Dans ce difficile dialogue au sein d’Églises de plus en plus multiculturelles et entre Églises de plus en plus diverses, il appelle à «saisir les rapports de force sous-jacents si on veut que l’interculturel soit autre chose qu’un vœu pieux» ; à «construire des lieux de dialogue sur la base d’une égalité des paroles» ; à ne pas oublier la référence centrale à «Dieu surplombant nos différences», sachant que «nous sommes tous au bénéfice du sacrifice de Christ». Ce à quoi Jean-Claude Girondin répondra un peu plus tard comme en écho : «Nous sommes invités à dépasser la méfiance, la peur, l’indifférence». Lui aussi sociologue, mais également pasteur d’une Église mennonite de région parisienne, directeur du Département action et formation d’Agapé France, et chargé de cours à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, il souligne : «l’interculturalisme peut être un projet pastoral dans une Église où l’on constate la dimension multiculturelle.» Un projet qui ne peut toutefois avancer que de manière tâtonnante, prudente, entre de multiples écueils : si «l’interculturalité est un voyage (…) souvent, on ne voit pas le chemin».

Franck Lefebvre-Billiez




Les droits de l’homme et les religions

Le Défap était représenté par son Secrétaire général, Jean-Luc Blanc, au colloque organisé le 4 décembre au Sénat par la Conférence des responsables de Culte en France sur le thème «Les droits de l’homme et les religions». Un colloque placé sous le haut patronage de Gérard Larcher, Président du Sénat, à l’occasion du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948. Au menu de cette rencontre, des thèmes interrogeant les relations profondes entre les religions et les droits de l’homme.

Image du colloque du 4 décembre au Sénat © Jean-Luc Blanc pour Défap

 

L’année 2018 marque le soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Alors que ce texte représente une avancée inegalée dans l’histoire de l’humanité, il n’empêche toujours pas aujourd’hui les pires violations des droits de l’homme et le monde reste marqué par les dramatiques réalités de l’oppression, de la violence, de l’injustice et des inégalités.

La Conférence des responsables de Culte en France souhaitait, à l’occasion de cet anniversaire, par l’organisation de ce colloque, témoigner et refléchir à la façon dont les différents cultes pensent et vivent l’articulation de leurs engagements, de leurs convictions et de leur foi avec cette «plus haute aspiration de l’homme». Elle souhaitait aussi interroger les relations entre les cultes et les droits de l’homme : y a-t-il une origine religieuse des droits de l’homme ? Les cultes sont-ils promoteurs et porteurs des promesses contenues dans cette déclaration ?

Les responsables de Culte en France ont proposé ainsi un programme constitué d’une conférence d’ouverture et d’une table ronde interreligieuse avec les meilleurs spécialistes de la question par confession sous le haut patronage de Gérard Larcher, Président du Sénat et avec l’intervention de M. Jean-Louis Bianco, Président de l’Observatoire de la Laïcité.

Y a-t-il une vision religieuse des droits de l’homme ?

Pour aller plus loin :

La conférence d’ouverture faisait ainsi intervenir Valentine Zuber, historienne, directrice d’étude à l’École pratique des hautes études (EPHE), spécialiste de l’histoire de la tolérance religieuse et du pluralisme en Europe. Elle a particulièrement travaillé sur l’histoire de la laïcité en France et sur les origines intellectuelles des droits de l’homme. Elle s’intéresse actuellement aux paradoxes de la défense de la liberté religieuse dans le cadre de l’universalisation des droits de l’homme.

La table ronde interreligieuse organisée à la suite de cette conférence était animée par le journaliste Jean-Michel Carpentier, de France Télévision, et faisait intervenir :

  • le rabbin Didier Kassabi (Judaïsme) : rabbin du Consistoire de Paris à Boulogne Billancourt
  • le professeur Jean-Paul Willaime (Protestantisme) : docteur en sociologie et sciences religieuses, directeur d’études EPHE et à la Sorbonne
  • le professeur Eric Vinson (Bouddhisme) : enseignant, chercheur et journaliste (docteur en Sciences politiques, chercheur associé au GSRL, EPHE-CNRS) spécialiste sur le religieux, le spirituel et la laïcité. Directeur du programme interreligieux Emouna à Sciences Po
  • Maître Chems Eddine Hafiz (Islam) : avocat algérien, vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM)
  • le père Baudoin Roger (Catholicisme) : Collège des Bernardins, département Économie & Société
  • le professeur Georges Prévélakis (Orthodoxie): professeur à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris 1), membre du laboratoire Géographie-cités et membre associé du CERI (Sciences Po), spécialiste de la géopolitique des Balkans et des diasporas.

 

La conférence des responsables de Culte en France
La conférence des responsables de Culte en France (CRCF) a été créée le 23 novembre 2010. Elle regroupe six instances responsables du Bouddhisme, des Églises chrétiennes (Catholique, Orthodoxe, Protestante), de l’Islam et du Judaïsme.

Cette initiative est justifiée par la volonté des responsables de Culte en France d’approfondir leur connaissance mutuelle, par le sentiment de contribuer ensemble à la cohésion de notre société dans le respect des autres courants de pensée, et par la reconnaissance de la laïcité comme faisant partie du bien commun de notre société. Les membres de la CRCF se rencontrent régulièrement pour partager leurs actualités et discuter des sujets communs qui les occupent et organisent des colloques à dimension interreligieuse sur des sujets de société.
Ses membres en sont actuellement :
  • Mgr Georges Pontier et Mgr Pascal Delannoy, Conférence des Évêques de France
  • M. le Pasteur François Clavairoly et Mme Christiane Énamé, Fédération Protestante de France
  • Métropolite Emmanuel et Métropolite Joseph, Assemblée des Évêques Orthodoxes de France
  • M. le Grand Rabbin Haïm Korsia et M. Joël Mergui, Consistoire Central Israélite de France
  • M. Ahmet Ogras et M. Anouar Kbibech, Conseil Français du culte Musulman
  • Mme Minh Tri Vo et M. Olivier Wang-Genh, Union Bouddhiste de France

 




En dialogue par-delà les frontières, de Brazzaville à Strasbourg

Faciliter les échanges de professeurs de théologie fait partie des missions du Défap : à travers leurs voyages, à travers leurs rencontres avec d’autres professeurs ou étudiants, ce sont des approches différentes qui entrent en dialogue et s’enrichissent mutuellement. Rencontre avec le pasteur Alphonse Loussakou, de l’Église évangélique du Congo, professeur d’histoire de l’Église à la Faculté de théologie protestante de Brazzaville, venu en France pour une douzaine de jours afin de resserrer les liens avec la Faculté de théologie protestante de Strasbourg.

Alphonse Loussakou, de l’Église évangélique du Congo, professeur d’histoire de l’Église à la Faculté de théologie protestante de Brazzaville, au début de son séjour en France, dans le jardin du Défap © Défap

 

Défap : Dans quel cadre s’inscrit votre venue en France ?

Alphonse Loussakou : La décision en a été prise à la suite d’un séjour en France du Dr. Laurent Gaston Loubassou, doyen de la Faculté de théologie protestante de Brazzaville – une Faculté qui est gérée par l’Église évangélique du Congo (EEC). Dès son retour, il a réuni tous les enseignants lors d’un Conseil de la Faculté, pour évoquer avec nous les moyens de développer le partenariat avec la France, et en notamment, dans le cas qui m’occupe aujourd’hui, avec la Faculté de Strasbourg. Il existe déjà des collaborations entre enseignants chercheurs, par exemple avec l’Institut de Théologie Protestante, présent à Paris et Montpellier, mais il s’agissait d’aller au-delà en essayant de mettre en place davantage d’échanges d’enseignants avant, peut-être, des échanges d’étudiants. J’ai moi-même eu l’occasion d’étudier à l’Institut Protestant de Théologie de Montpellier avant d’être enseignant. Rémi Gounelle, professeur d’Histoire de l’Antiquité chrétienne à Strasbourg, est déjà venu chez nous ; ainsi qu’un enseignant de Montpellier, Élian Cuvillier, qui était alors venu pour des interventions sur le Nouveau Testament.

Parlez-nous du paysage religieux au Congo : qu’y recouvre le protestantisme ?

Pour aller plus loin :

Alphonse Loussakou : Il y a un fort développement de nouvelles Églises, dont une majorité sont de tendance charismatique ou pentecôtiste. Dans la seule agglomération de Brazzaville, on trouve pas moins de trois cents dénominations : pratiquement à chaque carrefour, on croise une Église différente. C’est un milieu foisonnant dans lequel il n’est pas facile de se retrouver ; je suis à la tête d’une structure qui est en cours de constitution, une bibliothèque destinée au corps pastoral de l’Église évangélique du Congo, et nous sommes actuellement dans une phase d’identification de toutes ces différentes dénominations.

Devant ce foisonnement, il y a une vraie demande de la part de nos étudiants de revenir aux fondements historiques de notre Église. L’histoire de l’EEC trouve sa source dans les travaux de la Mission évangélique suédoise. On a coutume de faire remonter l’origine de notre Église à l’installation de la première station missionnaire de Madzia, dans le département du Pool. C’est là en effet qu’en janvier 1909, le missionnaire Hammar avait créé le premier poste missionnaire du Congo-Français. Ce sont les travaux de cette Mission évangélique suédoise qui constituent le sujet de mes recherches actuelles, ainsi que leurs effets économiques et culturels au Congo-Brazzaville. Je m’intéresse tout particulièrement à la figure d’un missionnaire suédois, Westlind Niels, qui a vraiment façonné l’histoire de la mission au Congo. Il y a effectué trois séjours de plusieurs années entre 1882 et 1895. Il était linguiste et a élaboré une grammaire pour la langue kikongo.

Quelles sont les attentes des étudiants en théologie à Brazzaville ?

Alphonse Loussakou place Denfert-Rochereau, à Paris, au dernier jour de son séjour en France, fin novembre © Gérard Banzakassa

Alphonse Loussakou : Ils espèrent l’ouverture d’un département de missiologie au niveau de la Faculté de théologie protestante de Brazzaville. Pour l’instant, beaucoup d’entre eux suivent des cours dispensés par L’Alliance chrétienne et missionnaire (en anglais : The Christian and Missionary Alliance – C&MA). Un tel département est un vrai besoin chez nous. La venue d’enseignants de France qui ont animé quelques cycles de conférences a été très appréciée. Elle a permis de proposer des perspectives tout à fait nouvelles à nos étudiants ; et aux-mêmes ont pu en profiter pour emmener parfois ces enseignants dans des directions qu’ils n’avaient pas prévues au cours de leurs interventions… Je me souviens par exemple d’une conférence d’Élian Cuvillier, qui s’était retrouvé avec des questions sur l’homosexualité ; il avait alors expliqué la perspective européenne sur ce sujet.

Parmi les perspectives nouvelles qui sont très attendues par nos étudiants, il y a tout ce qui concerne l’histoire des idées. Nous avons souvent tendance, dans nos enseignements, à coller beaucoup plus aux événements ; quand nous recevons un enseignant venu de France, les étudiants ont l’impression de se retrouver soudain dans un cours de philosophie. C’est une approche très stimulante, et qui m’avait frappé déjà lorsque je suivais moi-même des enseignements à Montpellier. Je m’en suis depuis inspiré dans les cours que je dispense à mes étudiants ; par exemple lorsque j’ai évoqué la pensée de Martin Luther à propos de l’histoire de la famille…

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




Rencontre avec un boursier du Défap : Eloi Tahina Rakotomahefa

Eloi Tahina Rakotomahefa, venu de Fianarantsoa, à Madagascar, est boursier du Défap depuis 2014. Il fait partie de la FLM (Fiangonana Loterana Malagasy), l’Église luthérienne malgache. Il travaille à une thèse sur la première épître de Paul aux Corinthiens, avec le soutien du Défap. Rencontre et entretien.

 




Au-delà de l’apocalypse, la vie !

Méditation du jeudi 29 novembre 2018. Suspendant pour quelques semaines notre cycle sur Joseph, nous entrons dans le temps de l’Avent qui nous conduit au mystère et à la joie de Noël. Et nous prions particulièrement pour nos envoyés au Laos.

 

Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Et sur la terre, les nations seront dans l’angoisse, épouvantées par le bruit de la mer et des vagues. Des hommes rendront l’âme de terreur dans l’attente de ce qui surviendra sur la terre, car les puissances célestes seront ébranlées.

Alors on verra le Fils de l’homme venir sur une nuée avec beaucoup de puissance et de gloire. Quand ces événements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche.

Puis il leur dit une parabole : « Regardez le figuier et tous les autres arbres.

Dès qu’ils bourgeonnent, vous savez de vous-mêmes que déjà l’été est proche. De même, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le royaume de Dieu est proche. Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive.

Le ciel et la terre disparaîtront, mais mes paroles ne disparaîtront pas.

Faites bien attention à vous-mêmes, de peur que votre cœur ne devienne insensible, au milieu des excès du manger et du boire et des soucis de la vie, et que ce jour ne fonde sur vous à l’improviste. En effet, il s’abattra comme un piège sur tous les habitants de la terre. Restez donc en éveil, priez en tout temps, afin d’avoir la force d’échapper à tous ces événements à venir et de vous présenter debout devant le Fils de l’homme.» Luc 21,25-36

 


Source : Pixabay

 

Quel contraste entre l’entrée en Avent, dans le bruit et la fureur de l’apocalypse, et son aboutissement, la nuit de Noël, quand la terreur fait place à l’émerveillement devant l’enfant-messie, réchauffé par le souffle des animaux, puis bercé par les nocturnes alléluias des bergers de Judée !

Le risque existe, quand nous lisons ces prophéties de malheur, de ne pas patienter jusqu’à la naissance du tout-petit-enfant, mais d’interpréter de manière définitive tout ce qui se passe en ce monde, sous nos yeux ou loin d’eux, informés et désinformés par les écrans : crises politiques, fanatisme religieux, déchaînement climatique, désespoir social… Ne sommes-nous pas à la fin des temps ?

Alors il n’y a rien à faire. Ou bien, nous suggère le diable – avec sa grande intelligence – attisons les politiques du pire. Si rien ne va, que les passions se déchaînent ! Amusons-nous à nous entre-déchirer ! Le discours catastrophiste est parfois un bon prétexte pour les accusations réciproques et les règlements de compte.

Il est fort le diviseur, mais soyons plus forts que lui ! Jésus nous en donne les moyens et la liturgie aussi. L’apocalypse n’est pas une fin de l’histoire que nous devrions hâter à grands cris faux-prophétiques. C’est la racine de l’histoire. C’est la tragi-comédie inhérente à la vie, à l’existence.

Le cosmos bouge car il est vivant. Les humains font des histoires car ils ne sont pas des robots ni des marionnettes aux mains d’un démiurge. Mais tout cela n’est pas la fin du monde, c’est sa condition quotidienne, incessante.

Jésus nous invite à la lucidité, à la ruse du serpent et à la douceur de la colombe pour ne céder ni au catastrophisme ni à la myopie confortable d’une existence tranquille et paresseuse.

Dieu fait ce qu’il veut quand il veut, le Fils de l’homme viendra quand il viendra, mais si nous restons enfermés dans nos haines recuites, nos démissions commodes, nos conforts égoïstes, nos refus de voir la réalité en face et l’espérance en perspective, alors nous n’aurons aucune conscience de leur merveilleuse présence et de leur indéfectible action en notre faveur.

À chaque instant le monde est blessé en mille lieux, mais à chaque instant, en mille lieux aussi, des êtres de bonne volonté le réparent, quels qu’ils soient, chrétiens ou non, car ils sont inspirés par le merveilleux amour que l’Esprit dispense généreusement à travers toutes les contrées de la terre.

 

 


Source : Pixabay

 

Nous portons dans la prière nos envoyés au Laos.

Nous croyons au Dieu unique, source de toute vie sur terre
seul fondement et origine de toute la terre et de ses créatures.

Nous croyons à l’excellence de toute vie sur terre
à la valeur innée de tous les êtres
à la participation des humains à la vie de la nature.

Nous croyons que le Christ nous montre la tâche confiée à l’être humain :
être l’image de Dieu en oeuvrant avec la terre et en prenant soin d’elle
en cherchant à comprendre ses mystères et ses énergies
et en les utilisant de manière à contribuer au bien de tous ses enfants.

Nous croyons que l’Esprit de Dieu nous conduira
pour que nous trouvions un style de vie modeste, désintéressé, miséricordieux,
afin que les générations à venir héritent en paix de la terre
et qu’à leur tour, elles vivent en sorte que, avec l’aide de ses dons,
toutes les créatures aient part à la justice. Amen.

Communauté œcuménique de travail Église et environnement, Suisse




Une «session retour» commune Défap – Cevaa – DM

Pendant trois jours, du 30 novembre au 2 décembre 2018, une douzaine d’anciens envoyés du Défap, de la Cevaa et de DM-échange et mission se retrouvent en Suisse pour une rencontre ayant valeur d’expérience : une «session retour» commune. Si l’envoi de personnes est une caractéristique de ces trois organismes, les pratiques et les contextes en sont très différents ; néanmoins, une telle rencontre peut leur permettre à tous trois d’enrichir leurs manières de faire, d’y réfléchir en commun, de s’interroger sur leurs modèles. De comprendre avec les anciens envoyés leur cheminement, et ce qui peut être tiré de cette expérience de l’envoi sur les plans individuel, professionnel et spirituel. Avec des questions qui se recoupent, et notamment celle-ci : comment faire de ces anciens envoyés des témoins de la mission ?

Photo de groupe de la session retour d’octobre 2018 © Défap

 

La Cevaa et le Défap sont nés en 1971, d’un ancêtre commun : la Société des Missions Évangéliques de Paris (la SMEP), qui avait eu de 1822 à la fin des années 60 une activité missionnaire s’étendant du Lesotho au Togo, de l’Océan indien au Pacifique. DM-échange et mission, département missionnaire des Églises de Suisse romande et des Églises françaises en Suisse alémanique (la CERFSA) était né quelques années plus tôt, en 1963. Entre ces trois organismes institués pendant la même période et entretenant des relations avec les mêmes pays, on retrouve encore aujourd’hui des domaines d’activité très proches, et des échanges réguliers. Parmi leurs points communs, l’envoi de personnes. Défap, Cevaa et DM-échange et mission ont donc régulièrement des envoyés présents dans leur réseau d’Églises ; certains de ces envoyés peuvent d’ailleurs parfois être volontaires pour l’un, puis pour l’autre organisme (c’est ce qui s’est déjà produit notamment pour des envoyés ayant la double nationalité française et suisse). Des partenariats peuvent aussi s’établir lors de la formation (des envoyés Cevaa ont pu participer à la formation au départ du Défap). Mais dans ce domaine, les échanges sont restés jusqu’à présent ponctuels. Si elle n’est pas à proprement parler une première, la «session retour» commune qui doit se tenir du 30 novembre au 2 décembre à Longirod, en Suisse, a donc un peu valeur d’expérience.

Il s’agit d’organiser, pendant trois jours, entre des anciens envoyés des trois organismes, un temps commun d’échange et de partage de leurs expériences. De telles «sessions retour» sont régulièrement organisées par le Défap, ainsi que par DM-échange et mission : dans la mesure où leurs volontaires bénéficient d’un statut reconnu par les pouvoirs publics, ce statut est assorti d’obligations légales. Un «debriefing» en fin de mission fait partie de ces obligations. Le Défap prévoit ainsi un entretien individuel dès le retour de mission de ses VSI (Volontaires de Solidarité Internationale) ou de ses services civiques, suivi quelques semaines plus tard d’une session retour commune ; DM-échange et mission reçoit aussi individuellement ses civilistes de retour, qui se retrouveront tous quelques mois plus tard. Pour la Cevaa, qui ne fait pas de l’envoi de personnes depuis un pays en particulier, mais des échanges entre de multiples pays et de multiples Églises, avec des statuts et des contraintes légales très divers, la question de l’opportunité d’une telle session retour se posait autrement. Mais si les pratiques et les cadres légaux diffèrent, d’anciens envoyés peuvent avoir beaucoup à partager ou à apprendre en compagnie d’autres personnes ayant vécu une expérience similaire avec un autre organisme d’envoi ; et les organismes eux-mêmes peuvent y trouver matière à améliorer leurs propres pratiques.

La mission peut-elle encore changer l’Église ?

Pour aller plus loin :

L’idée d’une telle session commune est née en 2016, lors d’une rencontre entre les Secrétariats de la Cevaa, de DM-échange et mission et du Défap. Elle a été préparée en collaboration avec les services chargés des envoyés des trois organismes. Les participants en seront d’anciens envoyés ayant achevé leur mission depuis deux à trois ans – ce qui différenciera cette rencontre des «sessions retour» du Défap et de DM. Ils seront une douzaine, venus du Rwanda, de France, de Suisse, de Madagascar, partis en mission au Maroc, au Togo, ou encore en Haïti ; tous seront logés à la Maison «À l’Ouche», pendant que les séances de travail se tiendront à la salle de paroisse de Longirod. Elles seront animées par Anne-Sophie Macor pour la Cevaa, Gerda Borgeaud pour DM-échange et mission, et Laura Casorio pour le Défap.

Pendant ces trois jours, chacun sera amené à faire une présentation de sa mission, évoquer ce qui a été vécu sur place, avant de parler des conditions de son retour : réadaptation sur place, éventuelle recherche d’emploi… A chaque fois, il s’agira d’envisager pour chacun les effets de l’envoi et du retour de mission, tant sur le plan personnel, que sur le plan professionnel ou spirituel : on rentre nécessairement changé d’une telle expérience. Chacun revient avec une vision du monde qui a évolué ; et parfois avec un regard différent sur sa propre Église. Chacun peut, aussi, avoir des choses à dire à l’organisme qui l’a envoyé ; et ces organismes peuvent, eux-mêmes, non seulement améliorer leurs pratiques en fonction de ces retours d’expérience, mais aussi tenter d’y réfléchir en commun. L’idée a ainsi été évoquée de créer, à l’occasion de cette session commune, un outil d’amélioration de l’échange de personnes, avec par exemple des fiches rédigées par les participants et à indexer au Manuel de l’envoi Cevaa.

Il s’agira aussi de se pencher sur «l’après» : quelques années après un retour de mission, comment évaluer la «valeur ajoutée» d’un échange, que ce soit pour l’institution qui reçoit, pour l’Église d’accueil, pour l’Église d’envoi, et pour l’envoyé lui-même ? Quel sens en retirent ceux qui en ont été les acteurs ? Est-ce un modèle à faire évoluer ? Et pour les organismes d’envoi, comment faire de ces anciens envoyés de futurs témoins ? Comment leur permettre de devenir, à leur tour, des avocats de la mission ? Au bout du compte, la mission peut-elle encore changer l’Église ?




Un «jeûne pour le climat» relancé avant l’ouverture de la COP24

À l’approche de la 24ème conférence internationale sur le climat, la COP24, qui doit s’ouvrir le 3 décembre en Pologne, à Katowice, plusieurs personnalités protestantes engagées pour la défense de l’environnement relancent un appel à jeûner pour le climat. Une initiative qui avait déjà vu une mobilisation internationale importante, dans la foulée d’un appel de la Fédération luthérienne mondiale, en amont des COP20 et 21. Les préoccupations environnementales ne sont plus du seul ressort des militants écologistes ou des politiques : les milieux d’Églises manifestent ainsi régulièrement leurs préoccupations pour la sauvegarde de la création.

 

Une Terre bleue, où des bouffées de chaleur apparaissent parfois en jaune ou rouge : une Terre qui, au fil du temps et des années, vire peu à peu à un bleu plus pâle, puis à une couleur dorée presque uniforme… Et bientôt, la couleur dominante vire au cuivre. Ce pourrait être un cauchemar de science-fiction. Ce n’est qu’une des multiples animations disponibles aujourd’hui et qui transcrivent sous forme de graphiques ou de mises en images frappantes les résultats d’études scientifiques sur l’évolution du climat. Celle-ci fait partie d’un ensemble de vidéos mises en ligne par la Nasa sur sa page Youtube, et qui ont toutes pour but de synthétiser les observations réalisées dans de multiples domaines et de multiples régions sur les changements climatiques. Il ne s’agit en rien d’une projection, qui pourrait présenter une vision catastrophiste d’un futur lointain : c’est tout simplement la compilation de données recueillies entre les années 1880 et 2017 sur les anomalies de températures observées dans le monde.

Et les scientifiques ne sont plus les seuls à alerter sur les effets des changements climatiques. Les humanitaires s’y sont mis aussi. «Oui, le changement climatique est un problème humanitaire», affirme un article de l’agence IRIN News, service d’information et d’analyses humanitaires (IRIN étant un acronyme en anglais pour l’expression : «Integrated Regional Information Networks», un réseau créé en 1995 et qui était à l’origine lié au Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU). «Le changement climatique n’est plus perçu comme une menace future: la réalité nous frappe aujourd’hui», poursuit le même article, signé de Maarten van Aalst, Directeur du Centre climat de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. «En août, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) a signalé que des millions de personnes étaient menacées par les sécheresses à travers le monde qui affectaient la production alimentaire.»

«Les conséquences ­seront gravissimes»

Pour aller plus loin :

Sur le plan politique, les rencontres internationales piétinent. En témoignent les frustrations exprimées à chaque Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), des réunions plus connues du grand public sous l’abréviation «COP» : la COP21, en 2015, s’était tenue à Paris et s’était achevée par un accord international sur le climat, applicable à tous les pays ; un accord alors validé par tous les pays participants, qui fixait comme objectif une limitation du réchauffement mondial entre 1,5°C et 2°C d’ici 2100. Mais son application a depuis été bloquée, notamment par les États-Unis qui, à la suite de l’élection de Donald Trump, ont décidé de réexaminer leur position dans ce dossier. La COP24, censée préciser les règles d’application de l’accord de Paris, doit se tenir à partir du 3 décembre en Pologne, à Katowice. À quelques jours de son ouverture, Laurent Fabius, qui fut président de la COP21, a lancé un appel «impérieux» dans les colonnes du Journal du Dimanche. «J’ai, avec d’autres, sonné l’alerte rouge, écrit l’actuel président du Conseil constitutionnel. Sans un ensemble de mesures urgentes, puissantes et convergentes, nous courons le risque de perdre la course engagée contre le réchauffement. Les conséquences ­seront gravissimes, comme le laisse présager la multiplication des ­catastrophes auxquelles on assiste et qui n’épargnent aucune région du monde.»

Alors que les conséquences des changements climatiques, de la déforestation, de l’épuisement des ressources naturelles font peser des menaces sur l’avenir de toute l’humanité, et notamment des plus fragiles, les questions environnementales ne sont plus du seul ressort des spécialistes ou des militants écologistes. Les Églises s’en sont également saisies, aux côtés de nombreux mouvements citoyens. Si elles ne militent pas directement en faveur du climat, elles manifestent bien souvent, à travers leurs activités, leurs projets, des préoccupations fortes concernant la sauvegarde de la création. C’est ainsi le cas du Défap, qui a contribué à la création du Secaar, réseau de 18 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, lequel s’est fixé comme vocation «de rétablir l’Homme et la Création dans son intégrité» ; le Défap soutient aussi des projets associant sauvegarde de la création et lutte contre l’exclusion et la pauvreté, comme, en Tunisie, l’association Abel Granier, qui a mis au point des techniques de réhabilitation des sols, ou au Maroc, l’ALCESDAM, qui aide à la sauvegarde de palmeraies, luttant contre l’avancée du désert et permettant aux paysans de mieux vivre sur place au lieu de devoir s’expatrier…

«Rendez-vous le vendredi 30 novembre»

Cette mobilisation des Églises pour le climat avait été particulièrement spectaculaire en amont de la COP20 et de la COP21. Marche pour le climat, mobilisations dans les rues avant le début de la conférence de Lima… L’une des mobilisations les plus importantes, à la fois sur la durée et par la diversité des chrétiens engagés partout dans le monde, s’était traduite à travers le jeûne pour le climat. Il faisait suite à un appel lancé par la Fédération luthérienne mondiale qui avait inauguré, début 2014, un mouvement mondial se traduisant par une journée mensuelle de jeûne. Cet appel s’inscrivait lui-même dans le fil d’une initiative inaugurée lors de la conférence internationale de Varsovie sur le climat.

Alors qu’en cette année 2018, la Pologne accueille de nouveau la prochaine réunion, en France, diverses personnalités protestantes ont décidé de relancer le «jeûne pour le climat», avec le soutien actif de l’Église protestante unie de France (EPUdF) et de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), toutes deux membres du Défap. Le site international «fastfortheclimate» n’existe plus et les mobilisations communes se sont faites plus discrètes, mais dans le monde religieux, les initiatives en faveur du climat sont toujours présentes. Chrétiens unis pour la Terre appelle ainsi, à partir de samedi 1er décembre, à 24h de prière pour le climat.

Le nouvel appel français à un «jeûne pour le climat» à l’occasion de l’ouverture de la COP24 est dû à deux pasteures de l’UEPAL, Alexandra Breukink et Natacha Cros-Ancey, à Marion Muller-Colard, théologienne, docteure en théologie protestante de l’Université de Strasbourg, et à Martin Kopp, qui préside la commission écologie / justice climatique de la Fédération protestante de France. Il participa notamment aux COP19, COP20 et COP21. «Rendez-vous le vendredi 30 novembre, samedi 1er décembre et dimanche 2 décembre, jour d’ouverture de la COP24», exhortent ces quatre personnalités dans un appel commun, relayé par l’hebdomadaire protestant Réforme et signé par plus de 90 personnalités de tous horizons. «Jeûner pour le climat, c’est sortir de la fascination du désastre, témoigner de la capacité humaine au changement, à la solidarité avec sa propre espèce et l’ensemble du vivant et encourager les gouvernements à faire des enjeux climatiques le point giratoire de leur politique.»

Franck Lefebvre-Billiez




Quelle responsabilité face à la crise humanitaire ?

Méditation du jeudi 22 novembre 2018 : nous poursuivons notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Et nous prions pour notre envoyé à la Réunion.

Jacob apprit qu’il y avait du blé en Égypte ; il dit alors à ses fils : « Pourquoi restez-vous là à vous regarder les uns les autres ? J’ai entendu dire qu’il y a du blé en Égypte. Allez nous en acheter, afin que nous puissions survivre. Nous ne tenons pas à mourir. »

Alors les dix frères aînés de Joseph se rendirent en Égypte pour y acheter du blé. — Jacob n’avait pas laissé partir avec eux Benjamin, le jeune frère de Joseph ; il disait en effet : « J’ai peur qu’un malheur lui arrive. » —
Les fils de Jacob parvinrent en Égypte en même temps que d’autres acheteurs de blé, car la famine régnait dans le pays de Canaan.

Joseph était l’administrateur du pays ; c’est lui qui vendait du blé à tous les étrangers. Ses frères vinrent s’incliner devant lui, le visage contre terre. Dès qu’il les vit, il les reconnut, mais il ne se fit pas reconnaître d’eux. Il leur demanda avec dureté : « D’où venez- vous ? » — « Du pays de Canaan, répondirent-ils. Nous désirons acheter des vivres. »

Ainsi Joseph les reconnut, mais eux ne le reconnurent pas. Joseph se souvint alors des rêves qu’il avait faits à leur sujet. Il reprit : « Vous êtes des espions ! C’est pour repérer les points faibles du pays que vous êtes venus ici. » 

« Non, Monsieur l’Administrateur, répondirent-ils. Nous sommes simplement venus acheter des vivres. Nous sommes tous fils d’un même homme. Nous sommes des gens honnêtes, pas des espions. »

« Ce n’est pas vrai, rétorqua Joseph, vous êtes venus repérer les points faibles du pays. » — « Pas du tout, insistèrent-ils. Nous sommes fils d’un même père, et nous venons du pays de Canaan. Nous étions douze frères, mais le plus jeune est resté auprès de notre père, et un autre a disparu. »

« C’est bien ce que je vous disais, déclara Joseph, vous êtes des espions. Mais je vais vous mettre à l’épreuve : par la vie du Pharaon, je vous jure que vous ne quitterez pas ce pays avant que votre plus jeune frère soit venu ici. 

Envoyez l’un de vous le chercher, tandis que les autres resteront en prison. Je pourrai ainsi vérifier si vous m’avez dit la vérité. Si tel n’est pas le cas, par la vie du Pharaon, c’est que vous êtes vraiment des espions. »

Joseph les mit tous en prison pour trois jours. Le troisième jour il leur dit : « Voici ce que je vous propose de faire, et vous aurez la vie sauve, car je reconnais l’autorité de Dieu. Si vous êtes honnêtes, acceptez que l’un de vous reste dans la prison où vous vous trouvez. Quant aux autres, qu’ils aillent rapporter du blé à vos familles affamées. Ensuite vous me ramènerez votre plus jeune frère. J’aurai ainsi la preuve que vous avez dit la vérité, et vous éviterez la mort. »

Les frères acceptèrent cette proposition. Mais, entre eux, ils se disaient : « Ah ! nous sommes bien punis à cause de notre frère : nous avons vu son angoisse quand il nous implorait, et nous ne l’avons pas écouté. Maintenant nous connaissons la même angoisse. »

Et Ruben ajouta : « Je vous l’avais bien dit : « Ne commettez pas ce crime à l’égard de Joseph ». Mais vous n’avez pas voulu m’écouter. Eh bien, nous devons maintenant payer le prix de sa mort ! »

Les frères ne se doutaient pas que Joseph les comprenait, parce qu’il se servait d’un interprète pour parler avec eux. Joseph s’éloigna d’eux pour pleurer.

Lorsque Joseph revint, il leur annonça qu’il retenait Siméon et le fit enchaîner sous leurs yeux. Genèse 42,1-24

 


Source : Pixabay

 

D’envoyés par leur père pour sauver la famille de la famine les frères de Joseph vont se retrouver accusés d’espionnage et emprisonnés par leur frère dans les geôles de Pharaon.

Sommes-nous dans la cadre d’une vengeance, où Joseph ferait payer à ses frères les souffrances qu’ils lui ont infligées ? Mais alors pourquoi monter une fausse accusation ? Pourquoi ne pas simplement les châtier selon la mesure du talion ?

Mais le but de Joseph n’est ni la mort ni l’écrasement de ses frères, déjà pour la simple raison que cela punirait cruellement leur père Jacob et leur frère Benjamin. Et comment pourrait-il être le sauveur des égyptiens et des peuples voisins tout en devenant le bourreau de son propre peuple ?

Mais surtout Joseph n’agit pas pour lui-même ; il se place sous l’autorité de Dieu.

Alors il construit pour ses frères un chemin de rédemption, qui passe par la peur, la captivité (3 jours) puis le souvenir et la conscience du mal qu’ils ont jadis commis. Avant de pouvoir se faire reconnaître par ses frères qui le croient disparu, il faut absolument que Joseph leur impose le temps pour confesser leur faute et se repentir.

Tout cela l’oblige à cacher son nom et ses larmes.  IL ne peut céder à l’impatience d’une miséricorde qui perdrait de son sens si elle se manifestait avant l’heure.  Ainsi en va-t-il souvent de Dieu notre Père, dont le temps n’est pas notre temps, et qui connaissant notre cœur en accepte le rythme, afin de ne pas nous écraser sous le poids d’un amour que nous ne serions pas encore en mesure d’accueillir, sinon comme une simple grâce à bon marché.

En attendant, Joseph garde Siméon. Et Ruben, Lévi, Juda, Dan, Nephtali, Gad, Asher, Issakar, Zabulon repartent, emportant le blé nécessaire à tous ceux qui sont restés au pays.

 

 


Sabine Vergoz Thirel artiste peintre et auteur de la Réunion

 

Nous prions pour notre envoyé à la Réunion et pour toute l’Eglise de la Réunion avec cette prière de la Règle des diaconesses de Reuilly

Comment ta volonté, Seigneur Jésus,
Se fait- elle jour dans l’opacité de nos esprits ?
Comment peut-on dire : cette chose est bonne plutôt que celle-là ?

Éclaire-nous.
Mène-nous au point de lumière où s’illuminent les pas.

Parais au rivage des choses
Comme tu es apparu aux disciples après la nuit infructueuse.

Dis-nous la parole qui libère de l’errance et de l’incertitude.
Ne nous laisse pas trop longtemps au carrefour des possibles
Mais fais résonner à nos oreilles la voix qui dit : C’est ici le chemin ! Marchez-y !

Donne-nous alors le vouloir ferme et stable de mener à bien cette unique parole
Sans plus nous écarter d’elle telle une piste infime au milieu du désert.




L’union fait la force !

Méditation du jeudi 8 novembre 2018. Suite de notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Nous prions pour nos envoyés en Tunisie.

Joseph dit au Pharaon : « Tes deux rêves ont le même sens. Dieu t’avertit ainsi de ce qu’il va faire. Les sept belles vaches et les sept beaux épis représentent sept années. C’est donc un seul rêve. Les sept autres vaches, chétives et affreuses, et les sept épis rabougris, desséchés par le vent, représentent aussi sept années, mais des années de famine.

C’est bien ce que je te disais : Dieu t’a montré ce qu’il va faire. Ces sept prochaines années seront des années de grande abondance dans toute l’Égypte. Ensuite, il y aura sept années de famine, qui feront perdre tout souvenir de l’abondance précédente. La famine épuisera le pays. Elle sera si grave qu’on ne saura plus ce qu’est l’abondance. Ton rêve s’est répété sous deux formes semblables, pour montrer que la décision de Dieu est définitive et qu’il ne va pas tarder à l’exécuter.

Alors, que le Pharaon cherche un homme intelligent et sage, et lui donne autorité sur l’Égypte. Nomme aussi des commissaires chargés de prélever un cinquième des récoltes du pays pendant les sept années d’abondance. Qu’ils accumulent des vivres pendant les bonnes années qui viennent, qu’ils emmagasinent sous ton contrôle du blé dans les villes, pour en faire des réserves. L’Égypte aura ainsi un stock de vivres pour les sept années de famine, et le pays échappera au désastre. »

La proposition de Joseph parut judicieuse au Pharaon et aux gens de son entourage ; le Pharaon leur dit : « Cet homme est rempli de l’Esprit de Dieu. Pourrions-nous trouver quelqu’un de plus compétent que lui ? »

Puis il dit à Joseph : « Puisque Dieu t’a révélé tout cela, personne ne peut être aussi intelligent et sage que toi. Tu seras donc l’administrateur de mon royaume, et tout mon peuple se soumettra à tes ordres. Seul mon titre de roi me rendra supérieur à toi. Je te donne maintenant autorité sur toute l’Égypte. »

Le Pharaon retira de son doigt l’anneau royal et le passa au doigt de Joseph ; il le fit habiller de fins vêtements de lin et lui passa un collier d’or autour du cou. Il le fit monter sur le char réservé à son plus proche collaborateur, et les coureurs qui le précédaient criaient : « Laissez passer ! » C’est ainsi que le Pharaon lui donna autorité sur toute l’Égypte. Genèse 41, 25-43

 


Source : Pixabay

 

Comment se fait-il que les fameux rêves de Pharaon, roi d’Égypte, ne puissent être interprétés par personne, ni les mages ni les savants ? Pourtant le décryptage semble simple ; il ne requiert pas une grande science des symboles. Que l’on soit dans le monde animal, avec les vaches, ou le monde végétal, avec les épis, les figures d’abondance sont dévorées par les figures de pénurie.

Est-ce la peur d’annoncer de mauvaises nouvelles qui clôt l’imagination des uns et des autres ? On sait que cela porte souvent malheur, quand on vit sous un régime tyrannique.

Il faudra que l’échanson se souvienne du talentueux Joseph pour que celui-ci dise ce qu’il en est. Dieu a simplement donné à voir à Pharaon ce qui allait se passer dans les années à venir en matière de climat. D’abord de très bonnes conditions météorologiques pendant 7 années, générant de bonnes récoltes et du bien-être pour tous, puis de mauvaises conditions météorologiques pendant 7 ans avec la disette et la famine.
Mais la sagesse de Joseph ne s’arrête pas là. A quoi servirait la prévision si elle n’inspirait une prévention ? On considère parfois Joseph comme le fondateur de l’économie moderne. Il suggère de lutter contre la fatalité en organisant le stockage des denrées pendant les années d’abondance afin de pouvoir les revendre lors des années de disette.

Mais à quoi servirait le bon conseil s’il tombait dans l’oreille d’un sourd ?

Le miracle, c’est que Pharaon ne prenne pas ombrage du génie de Joseph, mais qu’au contraire il reconnaisse en lui l’action de l’Esprit de Dieu ; alors il décide de lui accorder les pleins pouvoirs pour mener à bien son programme.

 

 


Zoubeir Turki 1924-2009 peintre tunisien

 

Nous prions pour nos envoyés en Tunisie avec cette prière de la pastorale régionale 2015 en Nord-Normandie

Notre Père, nous te rendons grâce pour la Vie que Tu nous donnes en partage.
Tu es l’unique Créateur qui laisses à chacun, à chaque peuple, une place sur cette terre. Nous te rendons grâce de pouvoir être avec Toi, jardinier de ta création.

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Par le Christ, reconnu jardinier au matin de la résurrection, par ta bouche, tu appelles l’humanité à veiller sur la terre, les cieux, les mers, à cultiver et à nous cultiver. Rassemble-nous pour devenir des jardiniers de la création.

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Tu veux pour chacun et pour chaque peuple une Vie réconciliée et liée à ta Parole créatrice. Sois avec ceux qui ont perdu le goût d’un vivre ensemble et pour qui la vie connaît trop de déchirures.

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Par ta Parole de Vie, Esprit-Saint, tu fais germer en nous les graines d’amour, de paix et de justice. Arrose chaque graine et fais-nous grandir dans cette justice, bâtisseurs, créateurs. Donne-nous le souffle de ton inspiration, pour être créatifs, tournés vers Toi, et ouvrir les portes à tous les hommes et les femmes dispersés sur cette terre

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Nous te prions pour les responsables politiques et ceux qui gouvernent les pays. Que leurs décisions s’unissent sans cesse à une volonté de chercher la vie pour les générations futures.

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.

Nous dans la ville…
Nous dans la campagne…
Nous au bord de la mer…
Nous dans les montagnes
Dans tous les pays où nous vivons…

Du lever au couchant, donne-nous la vigilance d’être des jardiniers de Ta création.




Que signifie interpréter les rêves ?

Méditation du jeudi 1er novembre 2018 : poursuite de notre série pour une lecture interculturelle du cycle de Joseph. Nous prions pour nos envoyés au Togo.

Le temps passa. Un jour deux hauts fonctionnaires du roi d’Égypte commirent une faute contre lui. C’étaient le chef des échansons, responsable des boissons du roi, et le chef des boulangers. Le Pharaon se mit en colère et les fit enfermer dans la forteresse, la prison du chef de la garde royale, là même où Joseph était détenu. Le chef de la garde les confia aux soins de Joseph, et ils furent maintenus quelque temps en prison.

Une nuit, l’échanson et le boulanger du roi d’Égypte firent tous deux un rêve dans leur prison. Chacun de ces rêves avait son propre sens. Le matin, quand Joseph vint les voir, il les trouva d’humeur sombre. Il leur demanda : « Pourquoi avez-vous l’air si triste aujourd’hui ? » — « Chacun de nous a fait un rêve, répondirent-ils, et il n’y a personne ici pour nous en donner l’explication. » — « Dieu peut vous la donner, déclara Joseph. Racontez-moi donc ce que vous avez rêvé. »

Le chef des échansons raconta son rêve : « Dans mon rêve, dit-il, il y avait un plant de vigne devant moi. Ce plant portait trois rameaux. Dès qu’il eut bourgeonné, il se couvrit de fleurs, puis de grappes mûres. J’avais en main la coupe du Pharaon. Je cueillis alors des raisins, j’en pressai le jus dans la coupe et je la lui tendis. »

Joseph lui dit : « Voici ce que signifie ton rêve : Les trois rameaux représentent trois jours. Dans trois jours, le Pharaon t’offrira une haute situation : il te rétablira dans tes fonctions. Tu pourras de nouveau lui tendre la coupe, comme tu le faisais précédemment. Essaie de ne pas m’oublier, quand tout ira bien pour toi ; sois assez bon pour parler de moi au Pharaon et me faire sortir de cette prison. J’ai été amené de force du pays des Hébreux, et ici je n’ai rien fait qui mérite la prison. »

Lorsque le chef des boulangers vit que Joseph avait donné une interprétation favorable du rêve, il lui dit : « Moi aussi j’ai fait un rêve. Dans ce rêve, je portais sur la tête trois corbeilles de gâteaux.

La corbeille supérieure était pleine des pâtisseries préférées du Pharaon, mais des oiseaux venaient les picorer dans la corbeille, sur ma tête. »

Joseph lui dit : « Voici ce que signifie ton rêve : Les trois corbeilles représentent trois jours. Dans trois jours le Pharaon t’offrira une haute situation, plus haute que tu ne voudrais : on te pendra à un arbre, et les oiseaux viendront picorer ta chair. »

Trois jours après, le Pharaon fêtait son anniversaire ; il offrit un banquet à tous les gens de son entourage. En leur présence, il offrit de hautes situations au chef des échansons et au chef des boulangers : Il rétablit le premier dans ses fonctions, pour qu’il lui tende de nouveau la coupe, mais il fit pendre le second. Ainsi s’accomplit ce que Joseph avait annoncé. Pourtant le chef des échansons oublia tout à fait Joseph. Genèse 40,1-23

 


Joseph interprète le rêve de l’échanson et du boulanger

 

Nous avons appris en Canaan que Joseph était un rêveur, nous allons le rencontrer maintenant interprète des songes en Egypte. Nous l’avons vu endosser un rôle important dans la maison de Potifar, nous le voyons désormais prisonnier des geôles de Pharaon.

La hiérarchie sociale qui règne dans la société se retrouve en prison : Joseph est mis au service de deux prisonniers de marque qui ont déplu à Pharaon : le boulanger et l’échanson, le maître du pain et le maître du vin. Aujourd’hui encore, on peut retrouver dans les prisons cette relation d’assujettissement entre des prisonniers influents qui font la loi et d’autres qui ont besoin de protection ou d’argent.

Mais pourquoi l’échanson et le boulanger sont-ils incarcérés ? Rien n’est dit de la faute qu’ils ont commise contre Pharaon. Est-ce une faute commune ? La sanction finale semble l’exclure, puisque l’un est rétabli dans sa fonction et l’autre exécuté. Est-ce une faute liée à leurs offices respectifs ? Leurs songes peuvent le suggérer, puisque l’échanson rêve de vigne et de jus de raisin et le panetier de pâtisseries. Cependant le rêve du premier est florissant et flatte Pharaon, celui du second est plus énigmatique, s’arrêtant sur les oiseaux venant picorer les gâteaux dans les corbeilles qu’il porte sur la tête.

Comment Joseph interprète-t-il les rêves qu’on lui soumet ? Ces rêves sont -ils des prémonitions ? Les interprétations de Joseph semblent le confirmer, puisqu’à partir d’éléments oniriques, il va annoncer l’avenir, et les choses se passeront selon ses prédictions. Or Joseph se réfère à l’interprétation de Dieu lui-même.

Il y aurait donc une fatalité inexorable, heureuse pour les uns et malheureuse pour les autres, et personne ne plaiderait en faveur de ces derniers ! Qu’a donc fait le pauvre boulanger pour mériter ce sort ?

Ou le talent de Joseph servirait-il plutôt à annoncer les excès du pouvoir pharaonique, qui, de manière totalement arbitraire décide, sans avoir de compte à rendre à personne, qui parmi ses sujets doit vivre et qui doit mourir ?

Et nous, quels sont nos rêves ? Que nous disent-ils de nos désirs, de nos peurs, et de la marche du monde ? Et qui peut les interpréter ?

 

 


Les danseurs d’Emmanuel Kavi, peintre togolais

 

Nous prions pour nos envoyés au Togo et nous découvrons ce poème de Max Dotsé AMEGEE, poète togolais, avocat au barreau de Paris.

Au bout de moi-même

Au bout de mon rêve ma terre féconde parle et jubile

La vague au pied de mon zénith vient me rendre ces bateaux gavés
Comme une illusion qui attise le feu de ma blessure traumatique.

La vague la même vague me parle du voyage
comme le silence froid de mes ancêtres
de leurs terres sacrées horizontalement bradées,
de leur courroux de leurs cris déconnectés
et de leur lune ma souche calcinée

Le fleuve mon miroir sèche et mon champ mon seul espoir s’inonde d’images sans pirogue
comme une immense injustice sans recours

Emmenez-moi loin de ces maux
aux abords de ces mots qui résonnent comme le tam-tam
Appel du matin qui cogne ma vigueur endormie

Que se lèvent ô que dis-je
Que s’élèvent tous ces vers si purs par-ci par-là
D’un soleil si amical par-ci par-là
L’astre qui sait tendre la main par-ci par-là
Fils de la nature qui sait prendre une main par-ci par-là
La main rien qu’une main fraternelle
La main qui tombe la main qui mord la poussière

Et qu’enfin se forme le poing de l’humanité
Qui respire la dignité pour cette même Afrique !

Emmenez-moi vivre dans ses lignes
Emmenez-moi boire à la source de sa propre lumière
Où la voix du feu s’entend
Où s’entend la voix de l’eau
La sève d’une insolente espérance

Emmenez-moi ivre de cette source jusqu’au bout de moi-même.




Premier Forum chrétien francophone : moins de murs, plus de ponts entre les Églises

Une expérience à vivre, des échanges centrés non sur un dialogue théologique mais sur les cheminements de foi des divers participants : c’est ce qu’a proposé pendant trois jours, du 28 au 31 octobre 2018, le premier Forum chrétien francophone organisé à Lyon. Une initiative directement inspirée du premier Forum Chrétien Mondial, qui depuis 2002 a essaimé dans divers pays sous la forme de Forums régionaux et nationaux. Avec comme temps fort une célébration ouverte à tous le soir du mardi 30 octobre, sur le thème «Moins de murs, plus de ponts entre les Églises».

Du 28 au 31 octobre s’est tenu à Lyon le premier Forum chrétien francophone. Durant ces trois jours, ce sont quelque 220 chrétiens de Belgique, du Luxembourg, de Suisse et de France, qui ont eu l’occasion de se retrouver. Ils appartenaient aux Églises catholiques, orthodoxes, issues de la Réforme, anglicanes mais aussi évangéliques et pentecôtistes. Leurs échanges ont été centrés, non pas sur un dialogue théologique mais sur leur expérience personnelle et leur cheminement de foi. Avec la volonté de «se mettre à l’écoute du Seigneur, partager nos itinéraires spirituels, nouer des amitiés, laisser retentir entre nous ce passage de Marc 3,12-14 :

Il monte dans la montagne
et il appelle ceux qu’il voulait.
Ils vinrent à lui et il en établit douze
pour être avec lui et pour les envoyer prêcher

Entre autres temps forts de l’événement, une célébration exceptionnelle a eu lieu le mardi 30 octobre à 19h30, sur le thème «Moins de murs, plus de ponts entre les Églises».

«Si nous en ressortons avec une connaissance réciproque grandie, nous aurons gagné notre pari»

Pour aller plus loin :
– Écoutez ci-dessous quelques émissions diffusées sur RCF :

Cette initiative s’appuyait sur la vision du Forum Chrétien Mondial, formulée en 2002 afin d’offrir un espace de rencontre entre des responsables ecclésiaux de toutes traditions et expressions, et sur l’expérience des premiers Forums de 2007 au Kenya, de 2011 en Indonésie et de 2018 en Colombie. Un des participants français, Daniel Thévenet, pasteur pentecôtiste de l’agglomération lyonnaise et président des Églises de Réveil en France, était revenu enthousiasmé par ces initiatives ; il avait proposé au Comité des Responsables d’Églises à Lyon (CREL) de s’en inspirer, pour organiser le premier événement du genre en zone francophone. Lyon est une ville avec une forte activité œcuménique et semblait toute indiquée pour accueillir une telle rencontre. Le Comité des Responsables d’Églises à Lyon est déjà à l’origine d’initiatives comme la célébration commune de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Il rassemble les représentants des Églises partenaires de la création de RCF (Radio Chrétienne Francophone) en 1982. Cette instance de concertation réunit l’Église catholique, l’Église copte, l’Église arménienne apostolique, l’Église anglicane, la Fédération Protestante de France et l’Église baptiste.

Pour que ce premier premier Forum chrétien francophone puisse voir le jour, un comité spécial d’organisation a été mis en place et a travaillé plus de deux ans, à partir de juillet 2016. Il réunissait des Français, des Belges et des Suisses, des représentants de l’Église Protestante Unie de France, des catholiques, des orthodoxes, le Secrétaire général du Forum Chrétien Mondial, le Secrétaire général adjoint du Conseil œcuménique des Églises, la Communauté de Taizé, la Communauté du Chemin Neuf…  La Fédération Protestante de France y était ainsi représentée par Anne-Laure Danet, responsable du service œcuménique et qui a longtemps travaillé au Défap (retrouvez c-dessous une interview en vidéo, et lisez ci-contre son témoignage : Le Forum Chrétien : La rencontre avec l’autre.)

«Dans les relations œcuméniques, on ne se satisfait jamais de la chaise vide. On doit toujours se demander : qui manque autour de la table ? C’est l’objectif de ce Forum», soulignait dans les colonnes de La Croix, au deuxième jour de l’événement, Marie-Jo Guichenuy, déléguée épiscopale à l’œcuménisme pour le diocèse de Lyon et membre du comité d’organisation. «Si nous en ressortons avec une connaissance réciproque grandie, nous aurons déjà gagné notre pari, car il ne s’agit pas d’une conférence académique ou institutionnelle, mais bien d’une expérience à vivre.»

 

Retrouvez ci-dessous une sélection d’interviews précédant ce premier Forum chrétien francophone :

 

Le forum chrétien francophone en un clip, diffusé par la FPF sur sa page Facebook :

 

Message du pape François pour l’ouverture du forum chrétien francophone :

 

Et pour finir, quelques photos de l’événement partagées par la page Facebook du Forum chrétien francophone de Lyon :




«Radicalisation : quel défi pour l’interreligieux ?»

Le mot «radicalisation» renvoie aujourd’hui presqu’automatiquement à un islamisme violent. Pourtant, la Bible autant que le Coran contient des «versets douloureux». Quant au processus de révélation, il porte en lui-même l’idée de radicalité en s’emparant de tout l’être, corps, esprit et cœur. En faisant irruption dans l’histoire humaine, il génère adhésion ou refus et luttes de toute sorte, croisant aussi le fer avec le politique. Le n°76 de Perspectives missionnaires, questionne la radicalisation, quelques paroles scandaleuses de Jésus et les défis que relève aujourd’hui le dialogue interreligieux.

Détail de fresque du Mausolée Haft Tanan de Shiraz en Iran (XVIIIe siècle), représentant Ibrahim prêt à sacrifier son fils, qui n’est pas nommé dans le Coran, mais que la tradition islamique désigne comme étant Ismaël.

Le dimanche 22 avril 2018 paraissait dans Le Parisien un manifeste contre l’antisémitisme en France qui, en s’appuyant sur les faits et les statistiques, mettait en cause la radicalisation islamiste. En fin de manifeste, les signataires demandaient «que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime».

Deux jours plus tard, une trentaine d’imams ont exprimé leur indignation dans le journal Le Monde, tout en dénonçant à leur tour l’antisémitisme et le terrorisme en France, n’hésitant pas à mettre en cause des idéologues qui exploitent le désarroi de la jeunesse : «Depuis plus de deux décennies, des lectures et des pratiques subversives de l’islam sévissent dans la communauté musulmane, générant une anarchie religieuse, gangrenant toute la société. Une situation cancéreuse à laquelle certains imams malheureusement ont contribué, souvent inconsciemment».

Pour aller plus loin :
Retrouvez les archives de « Perspectives missionnaires » sur le site de l’AFOM (Association francophone oecuménique de missiologie) en cliquant sur l’image ci-dessus. Et retrouvez ci-dessous les anciens numéros :
N° 75 – Protestantisme global, fondements et évolutions
N° 74 – Missionnaires en musique
N° 73 – Témoignage et diaconie
N° 72 – Famille, conjugalité, témoignage
N° 71 – Églises et culture émergente
N° 70 – Ensemble vers la vie, Nouvelles pistes pour la mission
N° 69 – Héritiers et témoins d’une terre promise
N° 68 – Se former à la mission ?
N° 67 – Œcuménisme et mission en Europe
N° 66 – Relire David Bosh
N° 65 – Afrique en mission
N° 64 – Bible et traduction en mission
N° 63 – Prier dans un contexte interreligieux ?
N° 62 – La planète évangélique
N° 61 – Divers articles
N° 60 – Dossier Édimbourg – Cape Town 2010
N° 59 – Dossier Afrique du sud
N° 58 – La Mission : entre altérité et identité
N° 57 – Dossier Mission et communication
N° 56 – Dossier Madagascar
N° 55 – Mission en Europe
N° 54 – Christianisme en zones interdites
N° 53 – Économie et foi

De fait, le mot radicalisation renvoie aujourd’hui presqu’automatiquement à un islamisme violent, revendiquant le nom de Dieu et l’utilisation de certains versets coraniques. Pourtant, c’est dans un cadre de dialogue entre les trois monothéismes qu’avait paru en 2008 le livre intitulé Les versets douloureux. Bible, Évangile et Coran entre conflit et dialogue, écrit par le Rabbin David Meyer, l’Imam Soheib Bencheikh et le jésuite Yves Simoens. En utilisant une approche historique et contextuelle pour expliquer la présence de ces versets dans leurs Écritures saintes, et tout en les déclarant en contradiction avec le message d’ensemble qui est de paix et d’amour, les auteurs se refusaient à les ignorer et affirmaient plutôt la nécessité absolue d’une autocritique des religions.

Mais l’heure est-elle à l’autocritique des religions ? Deux tendances semblent aujourd’hui s’affronter : l’une développe un retour à l’identité, au communautarisme, en allant parfois jusqu’à un certain intégrisme, qui n’est pas forcément violent, tandis que l’autre se déploie dans le dialogue interreligieux et la prise en compte du multiculturalisme. Si l’adjectif radical semble s’appliquer presqu’automatiquement à la première tendance, doit-on oublier pour autant que la deuxième relève d’un choix aussi radical que la première, bien que ne se situant pas au même niveau ? Car l’Évangile nous entraîne sans cesse et de manière très radicale, à la suite de Jésus de Nazareth, à l’ouverture et à la rencontre avec les autres humains et les autres peuples, quelle que soit leur appartenance.

Cependant l’utilisation actuellement dominante des mots liés à la radicalité nous oblige à aller explorer l’origine, la racine du religieux, dans le cadre des religions révélées en particulier, d’autant que le terme radical se rattache étymologiquement au mot latin qui signifie racine.

D’abord le processus de révélation contient en lui-même l’idée de radicalité. L’expérience de la révélation est saisissante. D’Abraham à Paul, on peut se référer à tous les textes bibliques qui font récit de l’irruption du divin dans la vie humaine ! La révélation s’empare de tout l’être : le cœur, le corps, l’esprit. Une coupure dans le temps s’établit entre un avant et un après. Le sens de la vie va s’en trouver transformé. C’est une aventure éminemment intime mais en même temps relationnelle car elle correspond au surgissement d’une force extérieure à soi-même. Alors se pose la question de la décision humaine. Décision de foi, décision de changement de vie, décision de témoignage, décision de fonder une communauté de croyants ou d’entrer dans une communauté déjà constituée… Nous connaissons cette radicalité, dont la prédication dans nos églises s’est souvent faite l’écho.

Cependant existe un autre niveau de radicalité lié au fait que la révélation intervient dans l’histoire humaine, c’est-à-dire en contexte. Venant déchirer le tissu du temps, elle n’apporte pas la paix mais l’épée, pour reprendre les paroles de Jésus. Elle génère des inimitiés, des adhésions et des refus, des conflits et des combats. Elle croise le politique, lui sert parfois de caution, à moins que ce ne soit l’inverse. Et c’est là que nous retrouvons nos versets dangereux et douloureux !

En «perspectives missionnaires», nous devons nous interroger sur l’herméneutique de ces radicalités. Il en va de notre présence et de notre témoignage au cœur de la société et de l’histoire.

Dans un monde complexe comme le nôtre, où beaucoup de gens se vivent comme déracinés, la radicalité religieuse peut apparaître comme une promesse de salut, comme ce fut le cas dans le passé pour des radicalités idéologiques et politiques. Nous prendrons l’exemple de la tentation islamiste, qui génère une grande violence meurtrière à travers le monde, et fait des ravages dans notre jeunesse. Un entretien avec le docteur Guillaume Monod, psychiatre, nous conduira à la rencontre de jeunes radicalisés incarcérés à la maison d’arrêt de Villepinte, pour découvrir leurs parcours et les motivations psychologiques et théologiques qui les ont conduits à s’engager dans un islamisme radical.

Qu’en est-il du christianisme ? Avec Elian Cuvillier, nous interrogerons le Jésus des évangiles, dont la radicalité s’exprime parfois dans des propos très violents. Qu’en faire ? Les passer sous silence ? Utiliser l’analyse historique et contextuelle pour en relativiser la portée ? Comment en faisons-nous l’herméneutique ? Avec Samuel Dawaï, c’est le discours apocalyptique qui sera questionné. Il nous montrera comment aujourd’hui en Afrique ce type de discours est instrumentalisé et produit des extrémismes religieux.

Puis, avec Olivier Abel, nous nous poserons la question : est-ce la montée des sentiments religieux qui produit la violence, ou bien est-ce la montée de la violence qui produit des sentiments religieux ? À la suite du colloque des Cèdres Parole de Dieu, violence des hommes qui s’est tenu à Beyrouth du 17 au 19 mai 2017, et s’est penché sur les relations entre violence et discours religieux dans le cadre du christianisme et de l’islam, il nous invite à saluer tous les lieux qui permettent le croisement des interprétations, car le pluralisme est le meilleur outil contre l’appropriation violente de la vérité.

Alors le dialogue interreligieux est-il une arme efficiente contre la « radicalisation » religieuse ? Pour développer cette problématique, Philippe Gaudin analysera les termes et présentera les acteurs de la radicalisation. Évoquant les différents types de dialogue interreligieux, et le rôle que celui-ci peut jouer, il nous invitera finalement à ne jamais oublier de « prendre en compte la soif de repères métaphysiques et religieux » qui se cache derrière la radicalisation.

Enfin, Samuel Dawaï nous présentera l’histoire religieuse du Nord-Cameroun, où musulmans et chrétiens, après avoir longtemps été en conflit, coopèrent aujourd’hui dans la lutte contre Boko Aram.

Florence Taubmann

Retrouvez ci-dessous le sommaire de ce numéro 76 de Perspectives missionnaires :