«Être pleinement là où Dieu nous a placés»

Une vingtaine d’étudiants de l’Institut Protestant de Théologie ont participé le mardi 22 janvier au «déjeuner-culte» organisé au Défap – des rendez-vous lancés en février dernier pour rapprocher le Défap et l’IPT, et qui ont désormais leurs habitués. Au menu : repas, chants, méditation et échanges sur un texte biblique. Les échanges ont tourné autour de la figure de Joseph, et de la condition des minorités. Avec des résonances très actuelles, dans un contexte de mondialisation qui voit les sociétés, et les Églises, s’ouvrir de plus en plus à une diversité de cultures.

Déjeuner-culte au Défap, 22 janvier 2019 © Défap

 

Lancés il y a un peu moins d’un an, les «déjeuners-cultes» sont désormais bien inscrits dans les habitudes du Défap… et dans celles des convives venus de l’IPT. Ces rendez-vous ont leur petit groupe d’habitués ; ils rassemblent en général entre une quinzaine et une vingtaine d’étudiants de l’Institut Protestant de Théologie. Au menu : repas, chants, méditation et échanges sur un texte biblique. Ambiance décontractée et bonne humeur autour de la table. Repas et textes bibliques servant de base aux échanges sont proposés par les pasteures Tünde Lamboley et Florence Taubmann, du service Animation – France du Défap. Objectif : resserrer les liens entre le Service Protestant de Mission et l’Institut Protestant de Théologie, deux institutions voisines (elles sont placées à 200 m de distance le long du boulevard Arago) mais qui se connaissent peu.

Les invités reflètent la diversité des promotions de l’Institut Protestant de Théologie. En ce 22 janvier, ils sont un peu moins d’une vingtaine à se retrouver dans la salle à manger du Défap, dont quatre nouveaux. Pour introduire le repas, Tünde Lamboley a choisi une prière venue en droite ligne de Nouvelle-Calédonie, en l’honneur de la délégation qui doit bientôt arriver en métropole et qui sera reçue par la Fédération Protestante de France : «Nous te prions, Seigneur, pour que les humains apprennent à respecter tes créatures, à comprendre à quel point nos survies sont liées (…) Nous te prions, Seigneur, pour ceux qui ne veulent vivre que pour eux-mêmes ou leur famille proche, pour ceux qui refusent d’être solidaires, pour ceux qui ne savent qu’être méfiants à l’égard des autres…»

La «double mission» de Joseph

Pour aller plus loin :

Sitôt après le repas, alors que le café se prépare, Florence Taubmann se lève et prend la parole : voici le temps de la méditation biblique. «Toutes les semaines, explique-t-elle, je propose un texte qui est mis en ligne sur le site du Défap. Et voilà plusieurs mois déjà que j’ai commencé à travailler sur le cycle de Joseph. Lors du dernier repas que nous avions pris ensemble ici, nous avions partagé la lecture d’une partie de ce cycle : un extrait du chapitre 41 de Genèse, au cours duquel Joseph désormais installé en Égypte avait reçu un nouveau nom, un nom égyptien, mais décidait néanmoins de donner à ses deux fils des prénoms hébraïques. Je suis toujours dans la suite de ce cycle et je vais en arriver bientôt au moment où Jacob va bénir les deux fils de Joseph. L’intuition initiale qui m’avait poussée à entamer cette série de méditations, c’était celle de la «double mission». Elle est bien visible dans le cas de Joseph : il a bel et bien une mission vis-à-vis de son peuple et vis-à-vis du pays qui l’a accueilli, l’Égypte ; et à travers l’épisode de la famine, il va être amené à sauver à la fois le peuple qui l’accueille, et le peuple dont il est issu. Cette problématique de la double mission m’a paru très intéressante dans le contexte actuel, celui de la mondialisation, alors que nos pays sont de plus en plus multiculturels. Elle peut résonner fortement avec de nombreux parcours aujourd’hui : quand je suis amené à vivre dans un autre pays, quelle est ma mission en ce lieu ? Ai-je toujours une mission par rapport au pays dont je viens ? Puis, en m’intéressant de plus près au cycle de Joseph, je me suis rendue compte qu’il est riche d’une multitude de thématiques qui touchent aux questions anthropologiques fondamentales ; tout ce cycle nous offre des lieux de discussions, d’échanges interculturels passionnants.»

Pour ce jour, le texte choisi est extrait de Genèse 47 : on y voit Joseph, alors que sévit la famine qui frappe à la fois l’Égypte et tous les pays avoisinants, faire venir sa famille, qui s’installe dans le pays grâce à l’accueil bienveillant de Pharaon. Mais parallèlement, ce même Joseph, en zélé serviteur du souverain égyptien, met en vente les réserves accumulées pendant les sept années d’abondance. Les habitants du pays, n’ayant plus de nourriture et bientôt plus de moyen d’en acquérir, en sont réduits à vendre leurs troupeaux, leurs terres, et même à se vendre eux-mêmes comme esclaves de Pharaon, qui en vient à faire du pays entier, terres, troupeaux et habitants, sa propriété personnelle…

L’ambiguïté du sort de la minorité 

«C’est un passage très dense, note Florence Taubmann, et qui pose beaucoup de questions. On voit ici que Joseph assume pleinement sa double identité : hébreu au pays des Égyptiens, il a épousé une égyptienne, mais son projet, c’est d’avoir sa famille réunie autour de lui. Voilà comment il l’installe en diaspora au moment de la famine. Mais cela pose une autre question : c’est l’ambiguïté du sort de la minorité. Quelles relations entretient-elle avec les habitants du pays… et avec le pouvoir ? En fonction de l’évolution de la situation du pays, ne risque-t-elle pas de devenir une variable d’ajustement, surtout dans le cas de régimes autoritaires ? Quand une minorité atteint un niveau socio-économique élevé, quand elle semble avoir des relations privilégiées avec le pouvoir qui la favorise, mais qui la tient en même temps, elle peut devenir en cas de crise le bouc émissaire de tout un peuple aux abois. Et on a là, avec le peuple hébreu en Égypte, tous les ingrédients d’un tel retournement…»

Tünde Lamboley, qui a longtemps vécu en Hongrie, témoigne pour sa part : «Quand on vit dans un autre pays – et c’est mon cas – Joseph est un personnage très parlant : il vit pleinement dans la contrée qui l’a accueilli, mais il garde tout de même ce lien ineffaçable d’une promesse originelle, à laquelle il revient toujours. Dans la vie, d’où qu’on vient, où qu’on aille, il faut être clair sur qui on est. On peut aussi ressentir une forme de culpabilité vis-à-vis de ceux qui sont restés au pays…» Les échanges sont lancés ; autour de la table, chacun élargit l’exemple de Joseph à d’autres contextes. «Être au clair sur qui on est, commente un étudiant, la question se pose pour les personnes qui doivent changer de pays ; mais on peut la vivre aussi à l’IPT, où se croisent des étudiants qui n’ont pas la même culture, ne viennent pas de la même Église… Et de même, pour celles et ceux qui deviendront pasteurs, il faudra accepter d’être envoyés dans des lieux, des paroisses, qu’ils ou elles n’auraient pas forcément choisis…» Florence Taubmann intervient : «Il y a toujours un sens à être là où on est : Joseph n’avait pas choisi de se retrouver en Égypte… C’est un thème que l’on retrouve dans divers textes bibliques : on a souvent comparé ce cycle de Joseph au livre d’Esther, qui est du même courant diasporique – l’histoire d’une jeune Juive vivant à la cour du roi perse Xerxès et parvenant à sauver son peuple d’un pogrom. Dans les deux cas, ce sont des livres qui nous disent que l’on peut être pleinement soi-même tout en vivant ailleurs. Être pleinement là où Dieu nous a placés.» «Chacun, note encore un convive, peut vivre à n’importe quel moment de sa vie une situation où il se sentira étranger ; d’où l’importance de garder ou de tisser des liens, d’être en communauté.» Un autre souligne : «Il est important de se rappeler, dans les «périodes égyptiennes» de notre vie, qui nous sommes et où est notre terre promise…»




«Former à une citoyenneté responsable»

Rencontre avec un boursier du Défap : Rosin Bantsimba Sita Loussemo. Pasteur de l’Église Évangélique du Congo (Congo-Brazzaville), il est actuellement en troisième année de thèse et poursuit des recherches notamment à l’Institut Protestant de Théologie, faculté de Montpellier. Ses travaux tentent de montrer comment, à partir des écoles de l’Église et en mettant en application les valeurs protestantes, il est possible de former les jeunes à une citoyenneté responsable.

 




De Nouméa à Épinal : la Nouvelle-Calédonie à l’honneur de la «Journée des missions»

La pasteure Tünde Lamboley, du Défap, a été invitée à participer courant janvier à la «Journée des missions» organisée à Épinal sur le thème de la Nouvelle-Calédonie. Après le rendez-vous de novembre dernier et le référendum d’autodétermination, l’archipel se prépare à de nouvelles échéances électorales, notamment les prochaines élections provinciales. Mais au-delà des rapports de force politiques, se profilent des questions cruciales liées à une société en mutation, qui reste fortement inégalitaire, et dans laquelle les jeunes, notamment Kanak, peinent à trouver leur place. Des enjeux face auxquels les Églises sont appelées à se positionner, et qui interpellent aussi les protestants de métropole.

Tünde Lamboley présentant la coutume Kanak lors du culte à Épinal © Défap

 

Pas facile de cerner les enjeux de la Nouvelle-Calédonie depuis les Vosges, même quand on est protestant, bien au fait du rôle qu’a pu jouer Maurice Leenhardt en faveur des Kanak, et conscient des liens forgés par l’Histoire entre des communautés si éloignées géographiquement et culturellement. Comment interpréter les résultats du référendum d’autodétermination ? Quelles seront les prochaines étapes ? Avec quel impact sur la société calédonienne ? Et cette société, comment évolue-t-elle, quels sont ses défis ? Autant de questions qui se sont retrouvées au menu de la «Journée des missions» organisée à la mi-janvier à Épinal. Avec comme invitée la pasteure Tünde Lamboley, du Défap ; et comme thématique : «La Nouvelle-Calédonie après le référendum d’autodétermination».

Tünde Lamboley connaît bien la Nouvelle-Calédonie, où elle a vécu plusieurs années ; chargée de la Formation théologique et de la Jeunesse au sein du service Animation du Défap, elle a en outre la «responsabilité pays» de la Nouvelle-Calédonie. Le culte organisé le dimanche matin lui a donné une première occasion de présenter «la coutume», cet ensemble de règles et de comportements codifiés qui régit les relations au sein de la société traditionnelle Kanak. «La coutume, décrit Tünde Lamboley, c’est le lien : on se présente devant l’autre pour établir les relations, créer ce lien, et il faut ensuite l’entretenir ; au sein de la société calédonienne, la coutume est aussi un chemin qui nous lie les uns aux autres». Un passeport indispensable pour toute relation avec les Kanak, s’appuyant sur l’échange d’objets symboliques – ici, une pièce de tissu décoré…

Société traditionnelle et multiculturalisme

Pour aller plus loin :

Cette première introduction à la vie des Kanak devait servir à libérer la parole, les questions et les témoignages. Car parmi les membres de la paroisse d’Épinal, certains avaient déjà été en contact avec l’archipel. «Quelqu’un avait apporté la sculpture en bois d’un «cagou», oiseau emblématique de Nouvelle-Calédonie», souligne Tünde Lamboley. «Et le mari d’une paroissienne, militaire, avait eu sous ses ordres une section de Kanak ; tant que le droit coutumier n’était pas respecté, il n’y avait pas moyen de leur donner des ordres. Il avait vite compris qu’il devait intégrer les divers aspects de la coutume pour que la communication puisse passer ; il a suffi que soit désigné parmi eux un responsable, porteur du droit coutumier, pour que les choses se débloquent.»

Mais ce lien fort de la coutume, symbole et matérialisation de relations sociales très intégrées au sein de la société Kanak, peut facilement se retourner contre les jeunes obligés de venir jusqu’en métropole pour faire des études supérieures. «En Nouvelle-Calédonie, souligne Tünde Lamboley, on est en permanence englobé dans un tout : la famille, la famille élargie, l’Église… et on vit au sein de ce tout. En arrivant en France, on est seul, on doit prendre des décisions en tant qu’individu, cette enveloppe protectrice n’existe plus. Et le contexte socio-culturel est si différent, que le défi à relever est immense pour ces jeunes». Avec comme corollaire un fort risque d’échec dans les études. Voilà pourquoi le Défap avait été chargé de l’accompagnement extra-scolaire d’étudiants venant suivre un cursus en métropole dans le cadre du programme ABS («Après-Bac Service»), financé par le ministère des Outre-mer. Un programme qui s’est achevé peu avant le référendum, et auquel il faut désormais trouver une suite.

«J’ai eu affaire à une assemblée très attentive, réactive, témoigne Tünde Lamboley. Il y a eu énormément de questions autour de la jeunesse : que fait l’Église, l’EPKNC ? À quels défis les jeunes sont-ils confrontés en Nouvelle-Calédonie ? Comment se passent les études ? Quelle place ont-ils dans la société ?» L’occasion de parler aussi des tensions les plus douloureuses au sein de la société calédonienne : une société qui reste très inégalitaire, avec une grande différence entre les îles et la grande ville, Nouméa : d’un côté, un mode de vie qui reste traditionnel, avec une forte intégration sociale et familiale, et de l’autre, une société devenue multiculturelle, ouverte sur des influences très diverses, avec des modes de vie très différents, une croissance forte d’Églises évangéliques d’implantation récente… Entre les deux, les jeunes – et en particulier les jeunes Kanak – peinent à trouver une place. Certains rejettent le modèle traditionnel et le poids de la coutume pour rejoindre Nouméa. Mais la ville est aussi le lieu où les inégalités s’affichent de la manière la plus flagrante : «il y a là-bas environ 10.000 personnes qui vivent dans des squats», souligne Tünde Lamboley. Des inégalités créant une situation potentiellement explosive, qui aurait pu dégénérer à l’occasion du référendum. Au final, les incidents ont été limités. Et le vote a montré la capacité de mobilisation des Kanak, rebattant les cartes du rapport de force politique dans l’archipel alors que les sondages annonçaient une victoire écrasante des partisans du maintien dans la France. Du coup, l’explosion redoutée en cas de défaite massive des indépendantistes n’a pas eu lieu, et le prochain affrontement politique aura lieu à l’occasion des élections provinciales, qui renouvelleront les élus des trois provinces (Sud, Nord, Iles) ainsi que ceux du Congrès, qui élit le gouvernement collégial. C’est-à-dire en mai 2019…

Accompagner, former, préserver

Beaucoup des défis de la Nouvelle-Calédonie, qu’il s’agisse du rapport à une société en profonde transformation, des inégalités socio-économiques persistantes, de l’accès à l’éducation ou des enjeux politiques, se cristallisent de fait autour de la jeunesse. C’est à elle qu’il reviendra, au-delà des prochaines échéances électorales, d’inventer un vivre-ensemble. Tünde Lamboley voit des marques d’espoir dans ces jeunes, soulignant notamment l’émergence d’une «jeune génération de Kanak qui réfléchissent aux enjeux de leur société, essaient d’inventer la Calédonie de demain : on voit apparaître des éléments prometteurs dans la vie politique, associative, éducative, qui sont de plus en plus présents et se font entendre au sein de la société calédonienne». Elle y discerne les lignes qui devront, selon elle, guider les priorités du Défap pour les prochaines années en Nouvelle-Calédonie : «d’abord, retravailler l’accompagnement des étudiants calédoniens en métropole, en collaboration avec Cadres Avenir». Depuis janvier 2006, ce Groupement d’intérêt public pilote le programme de formation en métropole de cadres Kanak, afin de favoriser un rééquilibrage économique et social de la Nouvelle-Calédonie, ainsi que l’avaient prévu les accords de Matignon en 1988. Signe de l’aspect stratégique de ce programme pour la société calédonienne, il est évalué chaque année par un comité de suivi, composé des signataires des accords de Matignon et Nouméa, qui se réunit en présence du haut-commissaire de la République. Or, l’accompagnement extra-scolaire des étudiants Kanak est un point crucial de ce programme…

Mais selon Tünde Lamboley, le Défap se doit aussi d’aider à préserver l’héritage commun des protestants de France et de Nouvelle-Calédonie. À ce titre, le lycée protestant Do Neva est un symbole. Un symbole fortement endommagé lors d’inondations exceptionnelles en novembre 2016, ce qui avait entraîné un mouvement de solidarité du protestantisme de la France métropolitaine afin d’aider aux réparations. «Au-delà de la rénovation des locaux, nous devons continuer l’accompagnement de Do Neva, estime Tünde Lamboley, car cet héritage de Maurice Leenhardt est une marque des liens qui unissent les protestants de Nouvelle-Calédonie et de métropole.»

Franck Lefebvre-Billiez

Retrouvez ci-dessous quelques images de la «Journée des missions» à Épinal :




Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens : «Justice et Paix s’embrassent»

Comme chaque année, du 18 au 25 janvier, les chrétiens célèbrent ensemble la Semaine universelle de prière pour l’unité des chrétiens. L’événement, en cette année 2019, a été préparé par les chrétiens d’Indonésie, plus grand pays d’Asie du Sud-Est avec plus de 17.000 îles, 1340 groupes ethniques différents et plus de 740 langues. Voici quelques outils pour vivre pleinement la semaine de prière pour l’Unité chrétienne.

Détail de l’affiche de la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens 2019 © DR

 

Traditionnellement, cette semaine internationale de prière est célébrée du 18 au 25 janvier, entre la commémoration de la confession de foi de saint Pierre et celle de la conversion de saint Paul. Dans l’hémisphère Sud, où janvier est une période de congés, les Églises trouvent souvent un autre moment, par exemple aux alentours de la Pentecôte, qui est aussi une date symbolique pour l’unité. Ce grand rendez-vous est préparé conjointement par la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises et par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (pour l’Église catholique). D’une année sur l’autre, il prend pour thème un verset différent de la Bible. Et traditionnellement, il est demandé à un groupe œcuménique local ou national à travers le monde de proposer un thème et de préparer des textes bibliques, des méditations pour chaque jour et une première ébauche de célébration œcuménique. Le thème de l’année 2018 était ainsi : «Le Seigneur est ma force et ma louange, il est mon libérateur» (Ex 15-6). Et les Églises des Caraïbes avaient été désignées pour faire la première rédaction des textes.

Pour cette année 2019, la Semaine de prière a été préparée par les chrétiens d’Indonésie. L’Indonésie est le plus grand pays d’Asie du Sud-Est avec plus de 17.000 îles, 1340 groupes ethniques différents et plus de 740 langues. Elle est pourtant unie dans sa diversité. Ce fragile équilibre est aujourd’hui menacé par de graves problèmes. La corruption est présente sous plusieurs formes, elle pervertit les relations sociales et accroît les situations d’injustice. Animés par ces inquiétudes, les chrétiens d’Indonésie ont trouvé que le verset du Deutéronome «Tu rechercheras la justice, rien que la justice…» (Dt 16,20) était un appel particulièrement pertinent pour eux et pour tous les chrétiens.

Questions pratiques et «boîte à outils» de base

Pour aller plus loin :

En lien avec la Conférence des évêques de France, la Fédération protestante de France et l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, l’association Unité Chrétienne a  élaboré, comme chaque année,  le matériel nécessaire à la préparation et la célébration de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne en France et Suisse romande. La diffusion en Suisse Romande est réalisée grâce à la collaboration de la Communauté des Eglises chrétiennes dans le Canton de Vaud.

Unité Chrétienne travaille à partir des documents internationaux produits par la commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises et le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens réunis chaque année dans une commission mixte internationale de préparation de la Semaine de prière pour l’unité chrétienne.

Unité Chrétienne imagine régulièrement de nouveaux outils pour promouvoir davantage la Semaine de prière dans le monde chrétien francophone :

  • Pour communiquer sur la Semaine de prière : le visuel décliné en plusieurs versions et formats, en particulier une affiche.
  • Pour diffuser largement la Semaine de prière : le dépliant  à mettre à la disposition du plus grand nombre de fidèles des différentes Eglises,
  • Pour préparer et célébrer la Semaine de prière : la brochure ou numéro de la Revue de l’année qui contient l’adaptation française de la célébration oecuménique (téléchargeable), des textes et prières pour chaque jour de la Semaine et des articles développant le thème de l’année.- Chaque année le Conseil des Eglises Chrétiennes en France (CECEF) propose un destinataire pour les offrandes collectées pendant les célébrations de la Semaine de prière, lire le communiqué du CECEF.



Un défi à relever…

Pourquoi n’arrivons-nous pas à être Église avec toutes ces communautés d’origine étrangère qui fleurissent dans nos villes ? Cela devrait d’autant plus nous étonner que nous les accueillons souvent en leur prêtant des locaux et que nous proclamons très fort que dans l’Église, il n’y a plus de nationalités, mais que nous sommes tous un en Christ.

Bizarrement, nous avons réussi à devenir une Église protestante unie, mais en laissant de côté de nombreuses communautés ou unions d’Églises luthériennes et réformées d’origine étrangère. Depuis que le Défap et la Cevaa ont été créés, dans les années soixante-dix, et que l’on a compris que l’élaboration théologique ne passait pas uniquement par la culture occidentale, nous avons la prétention de construire une théologie et une Église communes et interculturelles. C’est donc un peu plus compliqué !

De l’occident…

Pour aller plus loin :

Après des siècles de développement assez linéaire de l’Église occidentale, nous avons connu une période de confrontation aux autres cultures dans le cadre des missions traditionnelles, pendant laquelle nous avons partagé ces siècles d’expériences et de construction théologique avec d’autres. À partir des années
soixante-dix, la Cevaa et d’autres organismes œcuméniques nous ont rendus conscients que chaque culture pouvait développer sa propre réflexion théologique. On a ainsi vu émerger des théologies asiatiques, des théologies africaines, etc. La théologie s’incarnait dans les diverses cultures et nos Églises réalisaient que l’Évangile pouvait se dire dans des concepts familiers à chacun. Depuis, des théologiens ont travaillé aux quatre coins du monde pour développer une pensée théologique propre à leur culture, publiant de nombreux ouvrages, preuves de la vitalité de ce nouveau souffle.

Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, la globalisation nous invite à passer à une autre étape : construire une théologie et une Église interculturelles. Il ne s’agit plus seulement de développer une théologie africaine en Afrique, une théologie chinoise en Chine, mais une réflexion théologique commune, qui mette en synergie en les valorisant toutes ces théologies culturellement marquées. En France, en tous cas, c’est devenu une nécessité. Les Églises de notre pays sont amenées à faire de la place à des hommes et des femmes venant d’ailleurs, qui veulent à la fois garder leur culture d’origine tout en intégrant celle qui les accueille. Ils ne veulent abandonner ni l’une ni l’autre. Nombre de nos frères et sœurs, assis le dimanche sur les mêmes bancs d’Église que nous, partagent une double identité ecclésiale : celle de leur Église d’origine et celle de leur Église d’accueil. Dans les grandes villes, il est courant de voir des chretiens membres de deux paroisses : une paroisse française et une paroisse issue de leur Église d’origine.

… au monde entier

Cette double identité ne va pas de soi, surtout lorsqu’on aborde des questions éthiques. Nous avons, par exemple, de la difficulté à imaginer le choc produit par notre décision de bénir des couples de même sexe pour des protestants venus de pays où l’on met en prison celui ou celle qui est seulement soupçonné d’homosexualité ! De notre côté, nous avons beaucoup de difficultés à comprendre comment fonctionne la famille africaine… Alors, la Cevaa a initié une réflexion commune et interculturelle autour de toutes ces questions : des séminaires ont eu lieu, des fiches d’animation ont été élaborées. C’est à nos communautés de se saisir de ce travail pour le prolonger localement, régionalement. Le chantier nous concerne tous : Églises locales, synodes, facultés de théologie et organismes missionnaires. L’enjeu est Vital pour l’Église de notre temps.

 

Jean-Luc Blanc,
Secrétaire général du Défap – Service protestant de mission
article publié dans Paroles Protestantes – Est-Montbéliard, n°141, janvier 2019




Nativité : le rêve de Dieu, plus fort que toute réalité

Pour cette semaine de Noël, notre méditation du jeudi… est déplacée au lundi. Florence Taubmann revient sur la Nativité : «Et si cet événement était un rêve (…) le rêve d’une histoire si folle et merveilleuse qu’elle concernerait toute la terre, tous les humains et toutes les créatures» ?

Alessandro Tiarini – Natividad – Galería Uffizi [Public domain] 

 

Et si cet événement était un rêve, proclamé dans les cieux, chuchoté de bouche à oreille, traduit en mille langues et tracé en mille écritures, dessiné par des générations d’artistes, chanté en chœur à travers les siècles des siècles, peut-être depuis le commencement du monde !

Un rêve risquant l’engloutissement à chaque trop violent soubresaut de l’histoire, ou bien la dilution dans les insoutenables distractions de nos sociétés qui s’oublient, le rêve d’une simple naissance sanctifiant toute naissance, d’une vie donnant sens à toute vie, le rêve d’un enfant portant dès son berceau de paille tout le poids du monde…

Le rêve d’une histoire si folle et merveilleuse qu’elle concernerait toute la terre, tous les humains et toutes les créatures – à commencer par l’âne, le bœuf, les moutons et les dromadaires de la scène primitive !

Et le rêve de cette histoire serait si évident et lumineux – comme une consolation infinie à portée de main – que chaque année les infatigables cloches du temps sonneraient haut et fort, en avant-première, pour nous inviter à faire silence, à vivre l’attente, à marcher sur la pointe des pieds, afin de surtout ne pas déranger le père et la mère de l’enfant à venir dans leur cheminement vers Bethléhem, avant que tous les Hérodes de la terre ne l’apprennent.

Et que puisse naître cet enfant, quelque part dans la ville de ses ancêtres Ruth et Booz. de la lignée de Tamar et Juda, fils de Jacob et Léa, fils d’Isaac et Rébecca, fils de Sarah et Abraham.

Oh oui si c’était un rêve, un vrai rêve, un rêve où s’engouffrent des anges de bénédiction dansant sur les degrés joignant la terre au ciel, un de ces rêves qui fécondent le cœur de notre mémoire, guidée par l’étoile d’Orient !

Ce rêve est le plus vrai de tous les rêves !

C’est le rêve de Dieu, plus fort que toute réalité, pour notre joie et pour l’amour de notre univers, à raconter à tous les enfants du monde !

Florence Taubmann




L’attente qui est en nous

Méditation du jeudi 20 décembre 2018. En ce temps de l’Avent nous prions pour notre envoyée au Bénin.

 

À la même époque, Marie s’empressa de se rendre dans une ville de la région montagneuse de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant remua brusquement en elle et elle fut remplie du Saint-Esprit.

Elle s’écria d’une voix forte: «Tu es bénie parmi les femmes et l’enfant que tu portes est béni. Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne vers moi? En effet, dès que j’ai entendu ta salutation, l’enfant a tressailli de joie en moi.

Heureuse celle qui a cru, parce que ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira.» Luc 1,39-45

 


Source : Pixabay

 

C’est certainement pour marquer le caractère unique de la visite de Marie à Élisabeth qu’on l’appelle Visitation. Car derrière la joie des deux femmes à se retrouver, à s’étreindre, à se confier l’une à l’autre leurs joies et leurs soucis, derrière les agréables rites de l’hospitalité se joue une autre rencontre, voilée : celle de l’éternité de Dieu et du temps des hommes, avec ces deux naissances annoncées qui vont changer le destin du monde. Et déjà le futur petit Jean s’esbaudit dans le ventre maternel, impatient peut-être de l’œuvre à accomplir et du rôle qu’y tiendra le futur petit Jésus qui, pour être de quelques mois son puîné n’en sera pas moins « plus grand » que lui.

Mais n’anticipons pas ! Arrêtons-nous à ce temps de la visitation, et qu’elle nous inspire de nous visiter les uns les autres, de nous offrir mutuellement l’épiphanie de la présence de Dieu. Dans l’être ensemble de ce temps de l’Avent, nous pouvons goûter la joie mystérieuse des accomplissements à venir. La prière et le chant y ont leur part, le silence aussi, et toutes les agapes qui peuvent réunir des êtres humains autour des fruits de la terre, en attendant la venue du Prince de la paix.

 

 


Source : Pixabay

 

En ce temps d’Avent nous prions pour notre envoyée au Bénin, et pour ceux qui se préparent à la joie de Noël.

Dieu tu as choisi de te faire attendre tout le temps d’un Avent.
Moi je n’aime pas attendre dans les files d’attente.
Je n’aime pas attendre mon tour.
Je n’aime pas attendre le train.
Je n’aime pas attendre pour juger.
Je n’aime pas attendre le moment.
Je n’aime pas attendre un autre jour.
Je n’aime pas attendre parce que je n’ai pas le temps et que je ne vis que dans l’instant.
Tu le sais bien d’ailleurs, tout est fait pour m’éviter l’attente :
les cartes bleues et les libre services,
les ventes à crédit et les distributeurs automatiques,
les coups de téléphone et les photos à développement instantané,
les télex et les terminaux d’ordinateur, la télévision et les flashes à la radio…
Je n’ai pas besoin d’attendre les nouvelles : elles me précèdent.
Mais Toi Dieu tu as choisi de te faire attendre le temps de tout un Avent.
Parce que tu as fait de l’attente l’espace de la conversion,
Le face à face avec ce qui est caché, l’usure qui ne s’use pas.
L’attente, seulement l’attente, l’attente de l’attente, l’intimité avec l’attente qui est en nous
Parce que seule l’attente réveille l’attention et que seule l’attention est capable d’aimer.
Tout est déjà donné dans l’attente, et pour Toi, Dieu, attendre se conjugue Prier.

Jean Debruynne




Relire la Bible à l’heure de #MeToo

Lassées de voir la Bible utilisée pour légitimer une «soumission des femmes», une vingtaine de théologiennes protestantes et catholiques, se revendiquant également féministes, se sont réunies pour publier «Une Bible des femmes». Une nouvelle manière d’aborder les textes bibliques en les reliant aux préoccupations et aux grands enjeux de l’époque et de la condition féminine. Et, pourquoi pas, un cadeau original et engagé pour Noël… «Au XXle siècle, écrivent les auteures, la Bible mérite d’être tirée du désintérêt et du désamour. En tant que théologiennes, nous avons mesuré les peines, creusé les doutes, sondé les misères que certaines lectures bibliques ont alimentées, surtout auprès des femmes. Nous devons à nos contemporaines des lectures bibliques honnêtes face à leurs questions».

Retrouvez ci-dessus une interview, réalisée par DM-échange et mission, d’une des contributrices de l’ouvrage : Fidèle Fifame Houssou Gandonou, pasteure de l’Église méthodiste du Bénin. Elle a consacré sa thèse aux fondements éthiques du féminisme. «Si nous comprenons l’Évangile, estime-t-elle, nous sommes tous féministes, hommes et femmes».

 

Au-delà des clichés véhiculés par l’imagerie populaire d’un Dieu représenté avec une longue barbe blanche, d’une Ève tentatrice, portant une pomme dans sa main, ou de lettres de Paul vues comme misogynes, la Bible recèle un immense potentiel libérateur pour les femmes. Tout est question d’interprétation… Convaincue, dès 1895, de cette nécessité de relire les textes bibliques avec une autre perspective, Elizabeth Cady Stanton avait réuni un comité de vingt femmes pour réécrire la Bible. Elles découpèrent les passages qui parlaient des femmes, et les commentèrent selon leurs convictions. Ainsi naquit la Woman’s Bible. Un ouvrage très contesté dès l’origine, mais qui n’en devint pas moins un best-seller populaire. Les érudits de l’époque restèrent toutefois prudemment à distance et continuèrent à ne pas aborder le sujet du sexisme dans la Bible… jusqu’en 1964, année où Margaret Brackenbury Crook publia Women and Religion, une étude du statut de la femme dans le judaïsme et le christianisme.

Un peu plus d’un siècle plus tard, la question s’est posée de nouveau : que deviendrait une entreprise de réécriture de la Bible au XXIème siècle par des femmes ? Une Bible relue en fonction des dernières découvertes en sciences bibliques, mais aussi à la lumière des questions du temps. Sachant que l’exégèse est encore bien trop souvent une affaire d’hommes… Ainsi a vu le jour cette «bible des femmes». Le projet émanait de la Faculté de théologie de l’Université de Genève et des Editions Labor et Fides. Il était accompagné d’un cours public au titre provocateur de «Ni saintes ni soumises: femmes de la Bible». Ce livre a réuni à nouveau un comité d’une vingtaine de femmes théologiennes, protestantes et catholiques francophones, vivant en Suisse, au Bénin ou en Allemagne. Elles ont développé une dizaine de thématiques majeures liées aux femmes, en mettant en évidence comment des textes bibliques peuvent être lus à frais nouveaux ; en tissant ainsi des liens avec les problématiques de l’époque, avec la charge mentale des mères de famille salariées, les dénonciations de #MeToo…

«Nul besoin de jeter la Bible si l’on est féministe»

«Une bible des femmes – Vingt théologiennes relisent des textes controversés», sous la direction d’Élisabeth Parmentier, Pierrette Daviau et Lauriane Savoy. Ouvrage publié chez Labor et Fides, 19,00 €

Qu’en est-il des hommes ? Ils ne sont pas laissés de côté, loin de là. «Lecteurs hommes, interpelle l’introduction de l’ouvrage, ne fermez pas ce livre en haussant les épaules, nous avons tout autant pensé à vous ! Et nous vous convions à dépasser à nos côtés des stéréotypes encore trop ancrés. On ne sait pas assez combien d’excellents travaux de biblistes, femmes et hommes, ont changé les interprétations bibliques au sujet des femmes. Les théologies féministes ont beaucoup œuvré en ce sens, suivies par de nombreuses recherches soulignant les perspectives d’encouragement et de libération qui traversent ces textes. Nous espérons éveiller la curiosité pour cette libération qui dans les textes côtoie des enfermements. Nul besoin de jeter la Bible si l’on est féministe – et nul besoin de rejeter le féminisme si l’on est chrétienne. Mais savoir lire… avec perspicacité et rébellion.»

Les auteures en sont persuadées : la lecture des textes bibliques ne peut que gagner à être ainsi faite à travers une nouvelle perspective. «Au XXlème siècle, la Bible mérite d’être tirée du désintérêt et du désamour. En tant que théologiennes, nous avons mesuré les peines, creusé les doutes, sondé les misères que certaines lectures bibliques ont alimentées, surtout auprès des femmes. Nous devons à nos contemporaines des lectures bibliques honnêtes face à leurs questions – qui sont aussi des questions pour les hommes. Dans notre bible des femmes, nous avons voulu laisser parler les textes avec liberté. Nous commentons donc avec des genres littéraires divers, comme dans la vraie Bible : morceaux d’analyse, miettes d’humour, narrations, explications, interrogations, études textuelles, approches historiques, situations d’actualité… Autant de manières de croiser la vie quotidienne et les soucis existentiels des femmes.» Au final, et au-delà «des errances de la tradition chrétienne, des occultations, des traductions tendancieuses, des interprétations partiales, des relents du patriarcat qui ont pu mener à nombre de restrictions, voire d’interdits pour les femmes», reste cette conviction : «le témoignage de la Bible vaut la peine d’être transmis, sans taire les discussions qu’il suscite, mais avec toute la passion et la puissance de vie qu’il éveille. Nous souhaitons que quelque écume déborde sur les plages d’existence de nos lectrices et lecteurs.»

Avec les contributions de Chen Bergot, Joan Charras-Sancho, Pierrette Daviau (dir.), Priscille Djomhoué, Priscille Fallot-Durrleman, Anne-Cathy Graber, Fifamè Fidèle Houssou Gandonou, Christine Jaquet-Lagrèze, Blandine Lagrut, Isabelle Lemelin, Anne Létourneau, Lauren Michelle Levesque, Diane R. Marleau, Martine Millet, Elisabeth Parmentier (dir.), Danièle Ribier, Lauriane Savoy (dir.), Bettina Schaller, Sabine Schober, Catherine Vialle, Hanna Woodhead.

 




Loi éternelle et vie nouvelle

Méditation du jeudi 13 décembre 2018. En ce temps de l’Avent nous prions pour notre envoyé aux Antilles, sa famille et toute l’Église.

 

La foule interrogeait Jean, disant: Que devons-nous donc faire?

Il leur répondit: Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a point, et que celui qui a de quoi manger agisse de même.

Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent: Maître, que devons-nous faire?

Il leur répondit: N’exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné.

Des soldats aussi lui demandèrent: Et nous, que devons-nous faire?

Il leur répondit: Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde.

Comme le peuple était dans l’attente, et que tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ, il leur dit à tous: Moi, je vous baptise d’eau; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. Il a son van à la main; il nettoiera son aire, et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint point.

C’est ainsi que Jean annonçait la bonne nouvelle au peuple, en lui adressant encore beaucoup d’autres exhortations. Luc 3,10-18

 


Source : Pixabay

 

La voix de celui qui crie dans le désert a été entendue.

Et des voix inquiètes, sincères, lui répondent, le sollicitent : Si nous avons mal agi, si nous n’avons pas fait ce qu’il fallait, ou si nous avons fait ce qu’il ne fallait pas, si nous nous sommes comportés injustement, comment pouvons-nous réparer ? Que devons-nous faire ?

Alors Jean répond très simplement, par la loi et la sagesse de Dieu : Accomplissez les commandements qui vous ont été donnés, soyez généreux, justes, honnêtes.

Mais si cela ne vous suffit pas, si vous imaginez un Messie-champion à votre convenance, si vous attendez qu’il vienne vous protéger des dangers de la vie, si vous espérez de lui une bonne petite religion à bon marché, des passe-droits et des privilèges, alors sachez que c’est par un baptême de feu qu’il vous fera naître à la vie nouvelle, et par ses exigences qu’il fera de vous ses disciples et ses amis, car il n’est pas venu abolir la loi de Dieu mais l’accomplir, ce Dieu qui veut le droit, la justice, et la bonté sur cette terre, ce Dieu qu’avec lui vous nommerez Père.

Accueillez-le en vérité, alors votre réjouissance sera grande !

 

 


Karine Taïlamé, artiste née en 1983 en Martinique

 

Nous prions pour notre envoyé aux Antilles, sa famille et toute l’Église.

Ô notre Dieu, ce monde est le tien, aide-nous à le faire tien.
Cette Création vit de ton amour, aide-nous à la faire vivre de ton amour
Ce monde marche vers l’avenir que tu lui donnes, aide-nous à le faire marcher
Vers l’avenir que tu lui donnes.
Tu fais de nous tous tes enfants, aide-nous à vivre comme tes enfants
Tu prépares de bonnes oeuvres pour chacun de nous
Aide-nous à accomplir ces bonnes oeuvres.
Ô notre Dieu, si nous ne croyons pas, si nous n’agissons pas,
Les ténèbres nous envahiront
Et tout ce que nous aurons espéré,
Tout ce que tu auras voulu perdra toute existence.
Mais si nous croyons, si nous agissons,
Les ténèbres nous envahiront sans doute
Mais la lumière y brillera
Nous verrons ton nouveau ciel, ta nouvelle terre
Et tu feras par la puissance qui agit en nous
Infiniment au-delà
De ce que nous demandons ou pensons par Jésus-Christ.

Evan Lewis, Dunedin, Nouvelle-Zélande, trad. Gilles Castelnau




«On n’empêche pas l’humanité de se mouvoir»

Faire tomber les préjugés, changer les regards sur les migrants : c’est le combat de Geneviève Jacques, militante de longue date de la Cimade, et qui a présidé cette association de 2013 à 2018. Elle était invitée au Défap le 6 décembre dernier lors de la journée de réunion des Équipes Régionales Mission. Une manière de concrétiser une proximité qui se traduit notamment par le fait que le Défap siège au Conseil d’administration de la Cimade… À l’occasion de cette rencontre, Geneviève Jacques est revenue sur les engagements de la Cimade.

Geneviève Jacques lors de la réunion des ERM au Défap, 6 décembre 2018 © Défap

 

Protestantisme et Résistance, les racines de la Cimade

«La Cimade, fondée le 18 octobre 1939 et baptisée à l’origine «Comité inter-mouvements auprès des évacués», va célébrer ses 80 ans en 2019. Ses engagements d’aujourd’hui plongent dans les racines de ses engagements d’alors. Au moment de la Drôle de Guerre, des étudiants, scouts, protestants, se sont mis ensemble pour accompagner tous les «déplacés internes» que l’on évacuait alors d’Alsace-Lorraine, en prévision de l’arrivée de l’armée allemande. Puis la guerre a éclaté, la France a été en partie occupée ; la Cimade a été appelée par le pasteur Cadier, d’Oloron-Sainte Marie, pour envoyer des équipes dans un camp d’internement, celui de Gurs, où l’on commençait à enfermer de plus en plus d’anti-nazis allemands et autrichiens, considérés comme des indésirables étrangers (parmi ces indésirables figurait, par exemple, Hannah Arendt). On avait aussi commencé à y interner des Juifs, étrangers dans un premier temps, puis des Juifs français. La Cimade a installé dans le camp du Gurs une présence, une baraque qui est devenue un lieu de rencontre culturel et cultuel : les gens y retrouvaient leur dignité, ceux qui voulaient prier le faisaient… Puis, quand l’Occupation s’est étendue à tout le pays, la Cimade est entrée dans la Résistance pour faire passer des Juifs et des résistants hors du pays.

La Cimade était donc, à l’origine, un mouvement de jeunes protestants français, nourris par des réflexions de théologiens français, mais aussi allemands comme Dietrich Bonhoeffer. Avec l’idée d’être aux côtés de ceux que l’on considérait comme indésirables dans la société ; de tenter tout ce qui était possible pour qu’ils vivent une vie digne au milieu des autres et avec les autres. Cette action s’est accompagnée, de la part des grandes figures de l’époque, d’une dénonciation à l’extérieur : c’est notamment grâce à la Cimade, qui faisait parvenir clandestinement des informations hors du pays, qu’une solidarité internationale œcuménique a pu se mettre en place.»


Être «aux côtés de»

Pour aller plus loin :

«Ne pas simplement «agir pour», mais être «à côté», «du côté» des personnes étrangères – réfugiés, demandeurs d’asile, immigrés, exilés – c’est ce qui fait encore aujourd’hui partie de l’identité de la Cimade ; et aussi témoigner à l’extérieur, ne pas se contenter d’une action de terrain. Enfin, intervenir auprès des pouvoirs publics pour faire changer des lois quand elles sont indignes, ou des pratiques quand elles sont inacceptables. Et changer les regards… Ce combat pour essayer de faire changer les regards dans l’opinion publique passe par les explications rationnelles, les publications pour démonter les préjugés et citer les vrais chiffres, mais aussi par des discours et des actions pour toucher les gens qui hésitent : ce qui peut se faire à travers des rencontres, pour sortir des concepts qui suscitent les craintes. Les rencontres avec des gens concrets sont essentielles pour faire tomber les peurs : eux aussi sont des pères ou des fils, ont une famille ; cette expérience d’une humanité partagée permet de faire évoluer les regards. Les leviers de la culture (littérature, cinéma, théâtre, chansons, mais aussi cuisine ou artisanat) permettent aussi une ouverture aux autres et au monde. Ils permettent de lutter contre l’enfermement, de montrer aux gens qu’on respire mieux avec la fenêtre ouverte. Ils donnent à voir d’autres façons de comprendre et de vivre le monde. Ils permettent de montrer que ces hommes, ces femmes et ces enfants ne sont pas des abstractions, qu’ils sont là avec nous ; et qu’il nous faut construire ensemble un «nous» commun.»


Accueillir les migrants, est-ce irréaliste ?

«Des politiques nous disent parfois que nous sommes irréalistes, naïfs ; qu’il est plus réaliste de renvoyer ceux qui sont illégalement dans notre pays. On estime qu’en France, il y a entre 200.000 et 400.000 personnes qui n’ont pas les bons papiers. Les expulser, ce n’est pas réaliste. Ce qui est irréaliste, c’est de prétendre fermer les frontières de manière étanche, de renvoyer les gens qui n’ont pas les bons papiers. Il y a de plus en plus de chercheurs, d’écrivains, qui disent qu’il est urgent d’aller vers une autre vision, une autre appréhension de la société et des questions migratoires présentes et à venir. Tout le monde reconnaît que les êtres humains ont toujours bougé à travers l’Histoire et vont continuer à le faire : on n’empêche pas l’humanité de se mouvoir. Fermer les yeux sur cette réalité, c’est se condamner à être aveugle. C’est un fait ! Et parmi les facteurs qui accroissent aujourd’hui cette mobilité, il y a par exemple le dérèglement climatique, dont les conséquence touchent déjà de plein fouet de nombreux pays. Dans la zone sahélienne en particulier, les régions habitables se réduisent ; les populations doivent partir ; et même si l’Afrique est la première concernée par ces mouvements (80% des migrations africaines se passent à l’intérieur même du continent), cela entraîne aussi des migrations internationales.

L’urgence serait de repenser cette question des mobilités entre les pays de départ, d’arrivée, de transit ; et avec les migrants, pour qu’il n’y ait pas autant de drames en cours de route : 17.000 morts et disparus en Méditerranée depuis 2014, selon l’OIM (l’Organisation internationale pour les migrations). Et comme l’Europe se ferme toujours plus pour décourager les arrivées, le nombre de ceux qui traversent la Méditerranée diminue quelque peu… mais le pourcentage des morts augmente. Il faut repenser notre façon d’habiter la Terre : les pays existent ; mais qui dit frontières ne dit pas forcément frontières fermées ; et il faut savoir gérer ces migrations, ces mobilités, dans l’intérêt de tout le monde, pour que ce ne soient pas toujours les plus faibles qui en pâtissent.

À ceux qui disent aussi qu’il faut renvoyer les migrants pour qu’ils participent au développement de leur pays, on peut répondre que l’argent envoyé par les migrants à leurs proches atteint des montants 100 fois supérieurs à ceux de l’aide publique au développement. Des populations entières survivent ainsi. Arrêter l’immigration aujourd’hui, ce serait aggraver les problèmes d’extrême pauvreté, par exemple en Afrique.»


«Bons» et «mauvais» migrants

Geneviève Jacques au Défap, 6 décembre 2018 © Défap

«Les mots ne sont jamais neutres. On entend souvent, pêle-mêle, ceux de «réfugiés», de «demandeurs d’asile», de «migrants économiques», de «clandestins», «d’irréguliers»… Il y a ce que disent les dictionnaires, et la manière dont on utilise le vocabulaire – souvent pour entretenir une certaine confusion.

Le terme «réfugié» désigne des personnes qui ont été demandeuses d’un asile, d’une protection internationale, et qui ont été reconnues comme pouvant bénéficier de cette protection garantie par la Convention de Genève sur les réfugiés. Une personne qui fuit son pays parce qu’elle craint pour sa vie pour cause de religion, couleur, ethnie, opinions politiques, orientation sexuelle… peut demander ainsi l’asile dans un autre pays en vertu de l’article 14 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’an dernier, 13.000 personnes ont obtenu en France le titre de «réfugiés».

Un «demandeur d’asile», c’est quelqu’un qui vient d’arriver et qui sollicite cette protection. Parfois, il peut être pris en charge dans un certain nombre de centres – ou pas pris en charge du tout ; et il va passer par toute une procédure menée par l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), qui examine ces demandes. En 2017, plus de 100.000 personnes ont ainsi déposé une demande d’asile en France.

Les politiques entretiennent facilement la confusion, surtout quand ils ne veulent pas accueillir… On parlera plus facilement de «migrants économiques» pour justifier le rejet de certains migrants. Or il y a très peu de gens aujourd’hui qui ne viennent que pour des raisons politiques, ou que pour des raisons économiques. Tous prennent les mêmes bateaux, tous fuient pour un ensemble de raisons qui sont de plus en plus mélangées : le HCR (l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés) parle aujourd’hui de profils mixtes. On ne peut pas dire qu’on va accueillir ceux qui fuient les guerres et les persécutions politiques, et fermer les frontières aux autres. Opposer de façon simplistes les «bons» et les «mauvais» migrants, c’est détestable. Derrière toutes ces histoires, il y a beaucoup de drames humains, et notre devoir, c’est de faire en sorte qu’ils soient le mieux accueillis possible. Car pour beaucoup, le retour est tout simplement inenvisageable. Ils ont emprunté pour faire le voyage et doivent beaucoup d’argent, ils ont survécu à un parcours terriblement dangereux, ils ont vécu des choses terribles, franchi des milliers de kilomètres au péril de leur vie… Ils ne peuvent pas repartir.»


«Délit de solidarité» 

Le délit de solidarité n’existe pas, sur le plan juridique. Mais on désigne ainsi les poursuites qui peuvent viser des personnes venant en aide à des migrants. Ce «délit» a été fortement écorné par rapport à la première version que prévoyait la législation française ; le seul aspect qui reste pénalement répréhensible, c’est le fait d’aider à passer une frontière. Le fait d’héberger un clandestin n’est plus un délit. Tout ce qui est de l’ordre de l’expression humanitaire n’est plus sanctionné. Le Conseil constitutionnel a reconnu un principe de fraternité en vertu duquel accueillir quelqu’un ne peut mener à une condamnation.

Geneviève Jacques

 

Retrouvez ci-dessous le spot de la campagne de la Cimade : «Faisons tomber les barrières invisibles !»

 




«Nous ne pouvons pas rester entre nous»

Deuxième volet des entretiens réalisés par Campus Protestant avec Jean-Luc Blanc, Secrétaire général du Défap : cette semaine, gros plan sur le projet d’une théologie interculturelle. «Dans toutes nos Églises, souligne-t-il, il y a aujourd’hui des gens qui ont du mal à « accrocher » avec notre manière de vivre la foi. Il y a tout un travail à faire pour mieux pouvoir communiquer». Ce qui peut passer par la théologie, qui a déjà connu de profondes transformations dans l’histoire récente : après la période de la propagation d’une manière de penser et d’une théologie homogènes, est venue celle des réflexions théologiques culturellement marquées – théologies latino-américaine, asiatique, africaine… Désormais, estime Jean-Luc Blanc, «il me semble que nous pouvons mettre en dialogue ces différents courants…»

 

Retrouvez également cet entretien sur le site de Campus Protestant.

Réalisation : Jean-Luc Mouton, pour Campus Protestant.




L’urgence de Dieu : la bonté de l’homme et la beauté de la création

Méditation du jeudi 6 décembre 2018 : en ce temps de l’Avent nous prions avec nos envoyés au Cameroun.

 

La quinzième année du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, son frère Philippe tétrarque du territoire de l’Iturée et de la Trachonite, Lysanias tétrarque de l’Abilène, et Anne et Caïphe étaient grands-prêtres.

C’est alors que la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert, et Jean parcourut toute la région du Jourdain; il prêchait le baptême de repentance pour le pardon des péchés, conformément à ce qui est écrit dans le livre des paroles du prophète Esaïe: C’est la voix de celui qui crie dans le désert:
« Préparez le chemin du Seigneur, rendez ses sentiers droits.
Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées;
ce qui est tortueux sera redressé et les chemins rocailleux seront aplanis.
Et tout homme verra le salut de Dieu. » Luc 3,1-6

 


Source : Pixabay

 

Y a-t- il un sens à l’histoire des hommes et du monde ? Une direction ? Un destin déjà scellé ou un horizon encore indéchiffrable ?

Le prophète n’est ni un savant, ni un astrologue, qui essaierait de répondre à ces questions à partir de calculs ou d’observation. Le prophète est un être entièrement requis par sa sensibilité à Dieu. Sensibilité au besoin de Dieu : besoin que Dieu a de l’humain, que l’humain a de Dieu, et que la création tout entière a de Dieu.

Et il prête son corps, son cœur, son esprit, sa gorge, sa bouche, sa vie à l’expression de ce besoin. De tout son être il dit une Parole de Dieu, il annonce un événement de l’âme du monde.

Et sa voix porte, même dans le désert, car elle doit pouvoir réveiller, chez ses contemporains, ce même besoin de l’homme, de Dieu, et de la création.

Le prophète veut éveiller en chacun cette nécessité vitale du Dieu de justice et de bonté, enfouie sous l’oubli, les petites affaires et les grands désespoirs de l’existence, l’horloge du temps qui tourne en rond.

C’est cette possibilité d’éveil qu’exprime Jean le baptiste, à l’instar de tous les prophètes qui l’ont précédé, quand il propose haut et fort le baptême de repentance pour le pardon des péchés. Depuis les rives du Jourdain il fait entrevoir l’aube nouvelle, la pleine réconciliation offerte, entre Dieu, l’humanité, et toute la création.

 

 


Source : Pixabay

 

En ce temps d’Avent, nous prions pour nos envoyés au Cameroun.

Marchons ensemble
Que les plus vigoureux attendent et aident ceux qui sont à la traîne.
Que les plus solitaires se tournent vers les autres.
Que les plus faibles osent s’appuyer sur ceux qui tendent la main.
Que les plus inquiets te fassent confiance,
Car c’est toi Seigneur qui nous mets en route.

Marchons ensemble
Que les plus actifs s’arrêtent pour réfléchir et évaluer.
Que les plus négligents reprennent courage
Et entendent l’appel que tu leur lances.
Que les plus sceptiques se laissent pénétrer de ton esprit.
Car c’est toi Seigneur qui nous mets en route.

Marchons ensemble
Que les plus fidèles voient leur foi raffermie
Que les plus étrangers sentent accueillis et utiles à tous.
Que les plus délaissés sachent que le monde a besoin d’eux
Que l’Eglise a besoin d’eux que Tu as besoin d’eux
Car c’est toi Seigneur qui nous mets en route.

Marchons ensemble
Que les plus bavards se taisent pour écouter les autres.
Que les muets sachent que leur façon de communiquer sera entendue.
Que ceux que l’on n’écoute jamais sachant qu’un effort sera fait pour prendre leur parole en compte.
Car c’est toi Seigneur qui invites à libérer la parole.
Marchons ensemble dans le monde d’aujourd’hui.
Marchons ensemble tous avec toi Seigneur.

Francine Robillot ( liturgie de la semaine Ceeva 2011)