Entrons dans la joie du Père !

Méditation du jeudi 28 mars 2019. Nous prions pour notre envoyé au Congo.

Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : « Mon père, donne-moi la part de notre fortune qui doit me revenir. »
Alors le père partagea ses biens entre ses deux fils.
Peu de jours après, le plus jeune fils vendit sa part de la propriété et partit avec son argent pour un pays éloigné. Là, il vécut dans le désordre et dissipa ainsi tout ce qu’il possédait. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à manquer du nécessaire. Il alla donc se mettre au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons. Il aurait bien voulu se nourrir des fruits du caroubier que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait.
Alors, il se mit à réfléchir sur sa situation et se dit : « Tous les ouvriers de mon père ont plus à manger qu’il ne leur en faut, tandis que moi, ici, je meurs de faim ! Je veux repartir chez mon père et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre Dieu et contre toi, je ne suis plus digne que tu me regardes comme ton fils. Traite-moi donc comme l’un de tes ouvriers. » Et il repartit chez son père.
« Tandis qu’il était encore assez loin de la maison, son père le vit et en eut profondément pitié : il courut à sa rencontre, le serra contre lui et l’embrassa. Le fils lui dit alors : « Mon père, j’ai péché contre Dieu et contre toi, je ne suis plus digne que tu me regardes comme ton fils…» Mais le père dit à ses serviteurs : « Dépêchez-vous d’apporter la plus belle robe et mettez-la-lui ; passez-lui une bague au doigt et des chaussures aux pieds. Amenez le veau que nous avons engraissé et tuez-le ; nous allons faire un festin et nous réjouir, car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et je l’ai retrouvé. » Et ils commencèrent la fête.
« Pendant ce temps, le fils aîné de cet homme était aux champs. A son retour, quand il approcha de la maison, il entendit un bruit de musique et de danses.
Il appela un des serviteurs et lui demanda ce qui se passait. Le serviteur lui répondit : « Ton frère est revenu, et ton père a fait tuer le veau que nous avons engraissé, parce qu’il a retrouvé son fils en bonne santé. » Le fils aîné se mit alors en colère et refusa d’entrer dans la maison.
Son père sortit pour le prier d’entrer. Mais le fils répondit à son père : « Écoute, il y a tant d’années que je te sers sans avoir jamais désobéi à l’un de tes ordres. Pourtant, tu ne m’as jamais donné même un chevreau pour que je fasse la fête avec mes amis. Mais quand ton fils que voilà revient, lui qui a dépensé entièrement ta fortune avec des prostituées, pour lui tu fais tuer le veau que nous avons engraissé !» Le père lui dit : « Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce que je possède est aussi à toi. Mais nous devions faire une fête et nous réjouir, car ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et le voilà retrouvé !» » Luc 15,11-32

Le retour du fils prodigue – Rembrandt, 1667

Dans le tableau de Rembrandt où il interprète le retour du fils prodigue, on remarque que les deux mains du père posées sur les épaules du fils sont différentes. Selon certains critiques, l’une serait masculine et l’autre féminine, et cette part féminine serait encore exprimée par la manière dont le fils, dans toute sa misère, se serre contre les entrailles du père. De fait, dans cette étrange histoire, l’évangéliste Luc a volontairement et totalement privilégié l’image de la miséricorde et de la compassion, au détriment de la figure d’autorité et de justice.

Aucune résistance à la demande insolente et insensée du fils qui veut hériter avant l’heure, mais au contraire un partage immédiat des biens familiaux.

Aucune réprimande au moment du retour du fils qui a tout perdu mais au contraire une impatience d’amour à l’accueillir et fêter son retour.

Aucune remontrance vis-à-vis du fils aîné quand il s’insurge contre l’indulgence de son père vis-à-vis de son frère pécheur, mais au contraire une réaffirmation se sa tendresse et de sa confiance : « « Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce que je possède est aussi à toi. Mais nous devions faire une fête et nous réjouir, car ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et le voilà retrouvé !»

Certes les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. Pourtant il nous invite à nous associer à sa joie de Père retrouvant l’enfant égaré, et à vivre en lui et avec lui l’infini de l’amour et de la grâce.

 

 

En cette quatrième semaine de Carême, nous prions pour notre envoyé au Congo.

Dieu, Tu es le pain complet, odorant et nourrissant.
Tu es le pain rompu, morcelé, en miettes
Négligemment éparpillé.

Dieu, Tu es la vigne qui vit, qui grandit, qui porte du fruit.
Tu es le vin, grappes de raisin écrasées et piétinées
Jusqu’à la dernière goutte bue, lie partout répandue.

Dieu, Tu es la lumière qui brille, qui étincelle
Et resplendit de mille feux.
Tu es l’obscurité profonde
L’ombre mystérieuse et cachée.


Dieu Tu es l’eau pure et fraîche qui abreuve nos êtres desséchés.
Tu es larmes, ces larmes de frustration, de chagrin
De colère qui perlent de nos yeux.


Dieu Tu es la parole adressée en amour et en vérité.
Tu es le silence, le secret qu’on n’ose dire
Le sens caché derrière les mots.

Canberra, pré-assemblée « Femmes » 1991 Expressions de foi de l’Eglise universelle.




Le Service Civique, une expérience qui aide à se construire

Daniel Cremer était parti en mission de Service Civique avec le Défap au cours de l’année scolaire 2012-2013, comme assistant d’éducation à l’école primaire protestante Kallaline, en Tunisie. Il était alors étudiant à l’université Joseph Fourier, à Grenoble. À son retour, il était devenu lauréat de l’Institut du Service Civique (rebaptisé aujourd’hui l’Institut de l’Engagement) et avait intégré l’École normale supérieure de Lyon en licence en Sciences de la Terre. Cinq ans après, il revient sur ce que cette période a apporté dans sa vie.Témoignage.

Daniel Cremer en 2014 © Défap

Vous faisiez partie de la première génération des volontaires du Service Civique. Cinq ans après, comment voyez-vous cette expérience ?

Daniel Cremer : Je vois cette période un peu comme une parenthèse dans ma vie. Une bulle, un temps à part… En même temps, elle m’a beaucoup apporté sur le plan personnel. J’ai toujours une pensée émue pour tout ce que j’ai vécu pendant mon Service Civique ; je suis toujours en contact avec des personnes que j’ai rencontrées à cette occasion, et nous échangeons régulièrement. D’une certaine façon, cette expérience m’a aidé à me construire ; ce que j’ai vécu et appris m’accompagne encore aujourd’hui. Ça se manifeste souvent dans des détails du quotidien, une chose que je vis et qui me renvoie à telle expérience, telle rencontre faite au cours de mon Service Civique. Pour donner un exemple, en ce moment j’habite à Marseille ; il y a un quartier que j’aime beaucoup, dans la vieille ville, qui est le quartier de Noailles. Il me rappelle la médina de Tunis, avec ses petits cafés, ses petits commerces. Il m’est arrivé d’y parler quelques mots d’arabe, et tout de suite, ça suffit pour permettre un échange : on me demande d’où me vient mon accent tunisien, et la conversation s’engage…

À votre retour de Tunisie, vous avez été lauréat de l’Institut du Service Civique (rebaptisé depuis l’Institut de l’Engagement). C’était une première forme de reconnaissance de votre travail effectué à l’école Kallaline… Que vous a-t-elle apporté ?

Daniel Cremer :  À l’époque, en 2013, l’Institut du Service Civique, qui avait été créé par la volonté de Martin Hirsch, en était à sa deuxième année. Il s’agissait d’accompagner les jeunes pour valoriser les compétences dont ils avaient su faire preuve à l’occasion de leur mission de Service Civique. Et de les aider à travers leur parcours universitaire et professionnel. J’ai déposé un dossier, j’ai été sélectionné ; on était 200, à ce moment-là. J’ai pu avoir une aide financière, et surtout bénéficier de l’accompagnement d’un «parrain» issu du milieu professionnel ; et j’ai pu assister à divers séminaires proposés tout au long de l’année – c’est à cette occasion que j’ai pu rencontrer, par exemple, Erik Orsenna, ou Najat Vallaud-Belkacem, qui était encore porte-parole du gouvernement… Pouvoir établir des échanges privilégiés avec une personne géographiquement proche, et qui fait partie du milieu professionnel dans lequel on aspire à travailler, c’est quelque chose de très important. Passer par l’Institut permet aussi de se créer un réseau – et c’est toujours intéressant de pouvoir confronter son expérience avec celle d’autres jeunes qui ont pu vivre des choses très différentes…

Le Service Civique a-t-il représenté un avantage dans votre vie professionnelle ?

Daniel Cremer :  Bien entendu, c’est quelque chose que je mentionne sur mon CV. Et qui représente un avantage réel, même s’il n’est pas quantifiable. À chaque fois que j’ai été amené à passer des entretiens, soit au cours de mon cursus universitaire, soit dans le milieu professionnel, j’ai pu constater que la mention de ma période de Service Civique permettait de me faire sortir du lot, sans nécessairement avoir à en dire beaucoup. Quand j’évoquais cette expérience, je me rendais bien compte que l’interlocuteur que j’avais en face de moi se faisait très attentif. S’engager dans un Service Civique, ça témoigne de certaines convictions et d’une volonté de s’engager dans la société, d’apporter quelque chose ; ça témoigne d’une réflexion par rapport au sens que l’on veut donner à sa vie. Et comme, aujourd’hui, le nombre de volontaires a augmenté de façon considérable, le Service Civique est de plus en plus reconnu.

Est-ce que vous recommanderiez aujourd’hui à un jeune de faire un Service Civique ?

Daniel Cremer :  Bien sûr ! Même si je pense que ça ne doit pas devenir une étape obligatoire ; s’engager dans un Service Civique doit plutôt refléter une démarche personnelle. Ça doit être le fruit d’une vraie réflexion, que chaque jeune est amené à entamer en se demandant ce qu’il peut apporter à la société, aux autres, quel sens il veut donner à sa vie… Dans mon cas, le Service Civique m’a aidé à répondre à ces questionnements. Puisqu’on a la chance, en France, d’avoir ce dispositif, autant l’utiliser. Même si, c’est vrai, il est parfois difficile d’identifier les missions qui pourraient nous correspondre, ou de trouver les bons interlocuteurs… Mais je pense que ça fait partie du nécessaire travail de recherche que chacun doit entamer un jour pour savoir ce qu’il veut faire et ce qu’il veut être. Au bout du compte, on en revient avec des souvenirs, des amitiés qui peuvent nous accompagner longtemps dans la vie. À mon sens, le Service Civique fait partie de ces expériences qui construisent toute une existence.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




Service civique : partir pour les autres, et se trouver soi-même

Partir en Service civique, ce n’est pas seulement donner de son temps aux autres : cela peut être aussi préparer son propre avenir. Avec le Défap ou avec VISA-AD, c’est une occasion privilégiée de s’engager à l’international. Témoignages et retours d’expérience avec William, parti en Tunisie, et Nicolas, parti au Bénin. Pour en savoir plus, et rencontrer d’anciens volontaires du Défap ou de VISA-AD, rendez-vous le jeudi 11 avril au Défap, 102 boulevard Arago à Paris ; et le jeudi 25 avril au 1bis quai Saint-Thomas à Strasbourg.

© Maxpixel

William est parti en mission de Service civique avec le Défap en Tunisie : «Dix mois dans une vie, ça marque un virage», témoigne-t-il. Il était assistant d’éducation à l’école Kallaline, et c’était sa première expérience à l’étranger. Nicolas, pour sa part, était au Bénin où il faisait du soutien scolaire : «J’espère que ce que j’ai créé là-bas a toujours du sens aujourd’hui». Comme eux, nombre d’anciens envoyés du Défap partis en Service civique peuvent témoigner de ce que cette période de leur vie leur a apporté. Ils ont pu s’engager pour des missions d’éducation ou de santé à Madagascar, au Sénégal, au Cameroun, en Égypte, au Congo-Brazzaville…

Depuis sa création il y a neuf ans, le Service civique a conquis sa légitimité : il est vu aujourd’hui très favorablement par des DRH lors d’un processus d’embauche… Grâce à ce dispositif, partir, ce n’est pas seulement donner de son temps aux autres : cela peut être aussi préparer son propre avenir. Et avec le Défap, c’est une occasion privilégiée de s’engager à l’international.

Le Service Civique, de plus en plus reconnu par les DRH

Pour aller plus loin :

Le Service Civique, c’est la possibilité de vivre de nouvelles expériences et de vous ouvrir à d’autres horizons en effectuant une mission au service de la collectivité. C’est également une opportunité de développer ou d’acquérir de nouvelles compétences. Accessible sans condition de diplôme, il est indemnisé et s’effectue en France ou à l’étranger. Connu par 93% des jeunes et plus généralement par plus de neuf Français sur dix, selon une étude Ifop, il suscite l’intérêt de près de 67% des jeunes. Plus d’un français sur deux cite spontanément le Service Civique comme le premier dispositif d’engagement proposant aux jeunes des missions citoyennes. Ce rôle d’acteur de référence en matière de jeunesse et d’engagement se retrouve aussi dans les concepts qui lui sont spontanément associés : «solidarité», «engagement», «utile», «aide», «civisme», «citoyenneté», «volontariat».

La spécificité des missions proposées par le Défap, c’est qu’elles s’effectuent à l’étranger, et plus particulièrement en-dehors du continent européen. Ce qui est plutôt exceptionnel dans le cadre d’un Service Civique. Ainsi, en 2014, sur 35.000 volontaires, 784 au total s’étaient engagés pour des missions à l’étranger, dont 491 hors Europe. La découverte d’un pays, le travail dans un contexte interculturel, représentent une expérience dont les Volontaires en Service Civique à l’International (VSCI) reconnaissent tous qu’ils en sortent transformés. Un vrai atout pour l’avenir, tant citoyen que professionnel, avec des bénéfices directs pour poursuivre des études, pour l’orientation professionnelle ; une expérience qui peut aussi déboucher par la suite sur d’autres formes d’engagement.

Le Service Civique est aujourd’hui de plus en plus reconnu par les DRH qui, à 87%, en ont une bonne voire très bonne image. Ils considèrent à 75% que c’est un atout dans le parcours d’un jeune et à 64% que cette expérience d’engagement citoyen pourrait les inciter à recruter. Huit ans après la création de ce dispositif, des volontaires de la «première génération» reconnaissent eux aussi le bénéfice qu’a pu avoir le Service Civique dans leur propre parcours. Illustration avec ce témoignage de Daniel Cremer, parti avec le Défap comme assistant d’éducation à l’école primaire protestante Kallaline, en Tunisie, pendant l’année scolaire 2012-2013. Son investissement personnel a été reconnu et apprécié non seulement au sein de l’école elle-même, mais aussi en-dehors, puisqu’il lui a permis de devenir lauréat de l’Institut du Service Civique (devenu depuis l’Institut de l’Engagement). Avec à la clé un soutien pour la suite de son parcours professionnel. Signe de cette prise en compte de plus en plus importante du Service Civique dans le parcours d’un volontaire, l’Institut de l’Engagement augmente d’ailleurs spectaculairement, d’année en année, le nombre de l’auréats qu’il accompagne…

Pour vous montrer ce que peut vous apporter une mission de Service Civique, voici les témoignages complets en vidéo de William et Nicolas, partis en mission au cours de l’année 2015-2016… Vous pourrez en rencontrer d’autres au siège du Défap lors de notre journée d’information prévue le 11 avril prochain (pour participer, renseignez-vous par mail ou en téléphonant au 01 42 34 55 55).

William, de retour de mission en Tunisie : «Dix mois dans une vie, ça marque un virage»

Nicolas, de retour du Bénin : «J’espère que ce que j’ai créé là-bas a toujours du sens aujourd’hui»




Le multiculturalisme de l’Église protestante unie de Besançon

Suite de notre série de portraits de paroisses sur le site du Défap : après Marseille-Grignan, nous partons cette semaine à Besançon. Dans cette ville, deux temples pour l’Église protestante unie : l’un au bord du Doubs, dans la Tour historique du Saint-Esprit ; l’autre situé à Gray, à 45 km de Besançon, dans une petite chapelle construite en 1968 par de jeunes protestants allemands… Une série proposée par Marie Piat, en partenariat avec Regards Protestants.

Un culte à Besançon © Marie Piat

 

«Un temple situé 5, rue Goudimel, cela ne s’invente pas», se plaît à raconter Emmanuelle Seyboldt, l’un des deux pasteurs, avec Pierre-Emmanuel Panis, de l’Église protestante unie de Besançon [NDLR : l’article a été rédigé en janvier 2017, soit quatre mois avant l’élection d’Emmanuelle Seyboldt à la présidence du conseil national de l’EPUdF]. Claude Goudimel, un compositeur enfant de la Réforme, né probablement à Besançon vers 1514-1520 où il fut maître de chapelle, et célèbre pour son Psautier Huguenot. Quelques psaumes et batailles religieuses plus tard, c’est en 1848  que l’Église protestante unie de Besançon s’installe dans la Tour du Saint-Esprit, dont les fondations remontent à 1200. Une église constituée tout d’abord par une communauté suisse, puis renforcée par des Alsaciens fuyant l’Alsace après la guerre de 1870. Sans doute les prémices d’un multiculturalisme qui caractérise tout particulièrement la paroisse aujourd’hui (1). « Notre communauté composée d’environ 700 familles est devenue multiple. C’est pourquoi nous organisons depuis trois ans en mai un grand culte multiculturel. Dénommé le culte du monde entier  pour que chacun s’exprime dans sa langue natale », explique Emmanuelle Seyboldt. Un culte qui nécessite beaucoup de préparation, avec les textes bibliques lus dans chacune des langues, le texte traduit apparaissant sur l’écran. Y compris les chants rédigés en phonétique afin que chacun puisse chanter. En mai 2016, ce sont quelque vingt nationalités différentes qui se sont ainsi exprimées, issues d’Afrique, d’Asie et d’Europe. « Un culte beau, émouvant, très apprécié, qui fait vivre et ressentir l’église universelle», se réjouit notre pasteur.

KT pour adultes

Pour aller plus loin :

La paroisse compte, en outre, de plus en plus de nouveaux membres qui n’étaient pas, à l’origine, protestants mais qui ont souhaité se rapprocher du protestantisme. « La tendance reste récente, précise Emmanuelle Seyboldt, mais se confirme bel et bien. Ces nouvelles familles représentent désormais environ 20% des pratiquants, parmi ceux qui viennent régulièrement au culte le dimanche. » Autant de personnes qui peuvent puiser parmi les nombreuses activités de la paroisse. Pour les jeunes tout d’abord. Le catéchisme se déroule le dimanche toute la journée, une fois par mois en raison des distances (les paroissiens habitent dans un rayon de 50 km autour de Besançon). L’éveil à la foi et l’école biblique ont lieu deux fois par mois durant le culte. Les lycéens, environ une quinzaine, se réunissent quant à eux un samedi soir chaque mois tout en pouvant participer à Pâques à un voyage d’une semaine à Taizé. En perspective, la création d’un groupe pour les étudiants.

Ce sont aussi deux groupes de maison, plutôt axés sur les personnes âgées, qui se réunissent une fois par mois. L’un sur le plateau d’Ornans, l’autre à Besançon. Au programme également, des études bibliques œcuméniques avec les communautés catholique et baptiste tant à Besançon qu’à Gray sous la direction d’un pasteur et d’un prêtre. Et, dans le cadre de l’amitié judéo-chrétienne, la paroisse participe une fois par an au « Concert des Psaumes », autour d’un thème : la création en 2016, et le service en mars prochain. Des psaumes choisis ensemble par les chefs de chœur des différentes confessions, juive, catholique, protestante et orthodoxe.

Enfin, l’équipe pastorale lance, pour la première fois cette année, un parcours de catéchisme pour adultes suivant la méthode Alpha. Soit huit séances entre mars et mai prochains avec exposé, questions-réponses et repas partagé. La paroisse avait déjà organisé avec succès, en 2014, un parcours Alpha Couples qui avait débouché … sur un mariage et un baptême d’adulte ! 2017 sera aussi l’occasion d’organiser un voyage sur les traces de Luther en Allemagne. Une année riche en événements qui pourrait marquer un tournant dans la vie pastorale d’Emmanuelle Seyboldt pressentie pour devenir Présidente du Conseil National de L’Église protestante unie de France, en remplacement de Laurent Schlumberger. Après un parcours multiple, d’une mission à l’autre dans différentes régions de France, cette mère de famille nombreuse se mettra en chemin pour répondre à ce nouvel appel.

Marie Piat,
Regards sur les paroisses,
13 janvier 2017

 

 

(1) Église Protestante Unie de Besançon : 5, rue Goudimel- 25000 Besançon. 03 81 81 37 75.
Temple de Gray : 28 ter avenue des Capucins, 70100 Gray (même téléphone)
https://www.eglise-protestante-unie.fr/besancon-et-environs-pA0711



Paroisse de Marseille-Grignan : le code a changé

Début cette semaine d’une nouvelle série sur le site du Défap : après les portraits d’Églises ou de paroisses avec lesquelles le Défap est en lien à l’étranger, gros plan sur des paroisses françaises. Pour s’adapter à une assemblée de paroissiens totalement renouvelée, la paroisse de Marseille-Grignan transforme la vie de l’Église et se recentre sur les fondamentaux de l’Évangile. Une série proposée par Marie Piat, en partenariat avec Regards Protestants.

Un culte à la paroisse de Marseille-Grignan © Marie Piat

 

Au cœur de la Canebière à Marseille, non loin du Vieux Port et de la rue Paradis, réside la paroisse protestante de Grignan, temple historique de la ville à l’architecture néoclassique sur fond de colonnes doriques (1). Soit l’une des quatre paroisses de l’Eglise Protestante Unie de Marseille (2). Car la ville phocéenne, catholique et musulmane, peut aussi se targuer de figurer parmi les capitales historiques du protestantisme français. Rue Grignan, le dénommé « vieux temple » inauguré en 1825, accueille quelque 550 familles. Une paroisse qui s’interroge depuis plusieurs années déjà sur son évolution et l’ouverture à donner face au monde qui change. « L’assemblée de nos paroissiens s’est totalement renouvelée ces dernières années », annonce Anne Faisandier, pasteure depuis deux ans de la paroisse de Grignan. Après avoir passé douze ans à la paroisse Lyon Rive Gauche avec son mari, Olivier Raoul-Duval, également pasteur. Et de poursuivre : « Plus de la moitié de nos paroissiens ne sont pas issus d’une famille protestante. L’assemblée affiche une grande diversité d’origines géographiques, spirituelles et sociales avec de nombreux parents célibataires. Nous sommes totalement sortis du modèle protestant d’autrefois, de type HSP, traditionnel français. Plus la même histoire, plus la même culture et plus les mêmes codes qui constituaient le ciment d’antan. Du reste, le conseil presbytéral, de 14 membres, reflète cette nouvelle diversité. »

S’adapter et s’appuyer sur les atouts de cette diversité

Pour aller plus loin :

C’est pourquoi, Anne Faisandier, donne à son arrivée une nouvelle configuration au catéchisme, le système traditionnel s’avérant essoufflé. Plus de catéchisme au sens traditionnel du terme mais des « journées croisières », un dimanche par mois au temple, réunissant, avec succès, parents et enfants ensemble, condition sine qua non, du culte au goûter autour d’un thème toujours différent. A chaque fois, une quarantaine de participants, pas toujours les mêmes, sur un potentiel d’environ 90 personnes. Autre exemple d’adaptation à cette nouvelle donne sociologique : les « groupes de maison. » Ils sont ainsi une quarantaine, répartis en quatre groupes (une dizaine de personnes pour chacun), à se réunir, deux fois par mois, afin d’échanger, prier, chanter dans un contexte amical, le pasteur les rencontrant environ une fois par trimestre. Un animateur par groupe, formé et accompagné par le pasteur.

Enfin, l’accueil, depuis janvier dernier, d’une famille chrétienne irakienne (parents et deux petites filles), demandeuse d’asile. « Tout fonctionne en réseau, raconte Anne Faisandier, mère de trois adolescentes de 11 à 18 ans. La paroisse fournit le logement et prend en charge les frais. L’Entraide et une institutrice à la retraite se sont chargés des documents officiels, en lien avec la Cimade. Ce qui a permis à la famille d’obtenir un titre de séjour. Les petites filles sont aujourd’hui scolarisées. Meubles et cartes de transports ont été fournis. Jusqu’au boulanger qui fournissait le pain gratuitement. Cela a créé un lien formidable au sein de la paroisse. Chacun a apporté une pierre à l’édifice. Un vrai cadeau pour nous car c’est en accueillant les autres que nous nous accueillons les uns les autres. »

Marie Piat,
Regards sur les paroisses,
29 septembre 2016

 

 

(1) Paroisse de Grignan, 15 rue Grignan 13006 Marseille. 04 91 33 03 70 / epugrignan@free.fr / protestants-marseille-grignan.fr / www.facebook.com/TempleGrignan
(2) Consistoire Arc Phocéen-Marseille est constitué de six paroisses : Marseille Grignan ; Marseille Provence ; Marseille Sud Est-Magnan ; Marseille Nord-Vitrolles. Aubagne et La Ciotat.



Courrier de mission : une vie entre Versailles et la Polynésie

Nous inaugurons cette semaine une nouvelle série sur le site du Défap : elle est consacrée à des témoignages diffusés par la radio Fréquence Protestante, au cours de l’émission Courrier de Mission, consacrée au Défap et animée par Valérie Thorin. Cette semaine, l’histoire de Sœur Méréani, diaconesse, venue de Tahiti. Elle évoque sa foi, les raisons de son engagement et ce qui l’a poussée à partir au loin, ainsi que les relations avec l’Église protestante māòhi.

Tahiti, Papeete : vue sur la mer et le port, en face du temple de Paofai © F. Lefebvre pour Défap

 

Sœur Méréani, une vie entre Versailles et la Polynésie

«Courrier de mission» du 23 janvier 2019.
Émission consacrée au Défap, animée par Valérie Thorin sur Fréquence Protestante

Aujourd’hui, un «Courrier de mission» un peu particulier, qui va inaugurer une petite série consacrée aux témoignages. Témoignages au singulier et au pluriel. Singulier parce que chaque expérience est à nulle autre pareille, et pluriel parce que le Défap est, dans ses gènes mêmes, le lieu d’où partent et où reviennent tous ceux qui, un jour ou l’autre, ont senti qu’il leur fallait se lancer vers l’ailleurs et se mettre au service d’autrui, proche ou lointain.

Au chapitre 6 de l’Évangile de Marc, voici ce que disent les versets 7 à 13 :

Alors il appela les douze et se mit à les envoyer deux à deux, en leur donnant pouvoir sur les esprits impurs. Il leur recommanda de ne rien prendre pour la route, sinon un bâton seulement : ni pain, ni sac, ni monnaie dans la ceinture, mais (disait-il), chaussez-vous de sandales et ne revêtez pas deux tuniques.

Il leur disait : Dans quelque maison que vous entriez, demeurez-y jusqu’à ce que vous quittiez l’endroit. Et si quelque part on ne vous reçoit ni ne vous écoute, en partant de là, secouez la poussière de vos pieds en témoignage contre ces gens.

Et ils partirent et prêchèrent la repentance Ils chassaient beaucoup de démons, oignaient ‘huile beaucoup de malades et les guérissaient.

 

Au Forum qu’avait organisé le Défap en 2016, plusieurs personnes sont venues témoigner de leur expérience d’envoi. L’objectif était de raconter comment, pourquoi, dans quel contexte elles étaient parties et ce qu’il était advenu d’elles. Elles sont venues aussi parler de leur foi. Cette foi qui anime souvent ceux qui acceptent de se décentrer pour mieux aller à la découverte des autres.

Le premier de ces témoignages, que vous pouvez entendre aujourd’hui, est celui de Sœur Méréani, diaconesse, venue de Tahiti.

Pour aller plus loin :



Alternative Théologie 2019

L’Institut protestant de Théologie, le Défap, la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse vous donnent rendez-vous pour un camp du 25 au 30 août 2019 à Paris. Un rendez-vous destiné aux 18-30 ans, entre réflexion biblique, partage et visites. Réservez votre place et découvrez les partenaires de ce projet fait pour vous !

Alternative Théologie ? Qu’est ce que c’est ?


Alternative parce que dans la dynamique du Grand KIFF 2020, l’Église te propose un espace pour discuter, partager, penser. Théologie parce que parler de Dieu, de sa foi, de ses questions, c’est à la portée de toutes et de tous.

Pas besoin d’être expert ou rat de bibliothèque.
Viens avec ta vie, puisque c’est là que Dieu te rencontre  !

Le premier camp du 25 au 30 août 2019 à Paris


L’Institut protestant de Théologie, le Défap, la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse te donnent rendez-vous pour un camp du 25 au 30 août 2019 à Paris.

Quelques jours pour vivre la théologie et découvrir la liberté que Dieu te donne ! Du temps pour se ressourcer, interroger ses certitudes, poser des questions, entrer en dialogue, chanter, découvrir Paris… Viens croiser ta liberté avec celles des autres.

Être interpellé par des théologiens, des philosophes. Être à l’écoute de l’actualité. S’écouter soi-même et écouter les autres. Que dire et faire de la liberté, la mienne, celle des autres ? Être libre ou ne pas être libre … c’est la question. Liberté, quand tu nous tiens ?

Tu veux en parler autour de toi ? Télécharge l’affiche !
Tu en veux plus ? Télécharge le flyer !

 

Réserve ta place dès aujourd’hui !

Suivez les partenaires de ce projet sur Facebook et sur leur site web !

 

    

 




Refonder la mission

Suite de notre dossier «Mission : refondation !» : nous publions cette semaine un texte de Thomas Wild, rédigé en mai 2018, qui fait partie des apports aux réflexions lancées actuellement au Défap sur la mission. L’auteur s’y interroge sur le sens de la mission aujourd’hui, dans un contexte qui a fortement évolué ; sur ses réalisations, ce qu’elle implique au niveau des Églises, l’état des réflexions lancées au niveau international, ainsi que sur ce que peuvent être ses fondements aujourd’hui.

Façade du Défap au 102 boulevard Arago, à Paris © Défap

«Refonder la mission»

le Président actuel du Conseil du Défap, le pasteur Joël Dautheville a ainsi intitulé l’éditorial du trimestriel diffusé auprès des Églises du Défap en ce mois d’avril de 2018. La question se pose pour tous les organismes missionnaires occidentaux, particulièrement pour ceux issus des Églises dites historiques, Églises qui peinent à se survivre et à transmettre la Bonne Nouvelle à la génération suivante. Je me suis senti provoqué par ce terme de refondation : dans ma vie de pasteur, qui pour l’essentiel se confond avec ma vie tout court, les relations missionnaires ont toujours joué un rôle important. En toute modestie, j’essaie ici de partager quelques idées sur la refondation du Défap et des organismes missionnaires du protestantisme historique en France (ce qui limite quelque peu le champ).

Comment prétendre évangéliser au loin lorsque c’est si difficile au près ? Car, quand même, l’ADN (comme on dit aujourd’hui pour parler de ce qui est essentiel) des organismes missionnaires reste la transmission et le partage de l’Évangile ! Refonder la mission, car la représentation d’un monde en noir et blanc, telle que je l’ai connue dans mon enfance, n’est plus de mise ! Il n’y a plus les chrétiens civilisés / occidentaux / blancs d’un côté et de l’autre les sauvages / barbares / païens ! en fait, c’est vrai depuis longtemps (dès 1966, le Conseil œcuménique des Églises parlait de «mission sur les six continents», dès 1970, la majorité des chrétiens sur le plan mondial vivait dans le sud de la planète), mais les clichés ont la vie dure ! Alors que souvent, ce sont les ressortissants des anciens champs de mission qui viennent donner un coup de jeune aux Églises historiques du Nord !

Quelle mission ? Sortir du contexte colonial

Pour aller plus loin :

Refonder la mission, mais quelle mission ? Celle cherchant à amener une conversion personnelle à Jésus Christ ? Celle visant à témoigner de Jésus-Christ et de son projet ici et ailleurs ? Celle mettant au centre le marginal (l’une des affirmations centrales de la théologie de libération) ? Celle consistant à chercher avant tout à assurer la survie de sa propre Église, avec le souci prioritaire de transmettre l’Évangile à la prochaine génération, à maintenir ce que l’on tient pour acquis (en bâtiments, en statut juridique dans la société, en image de marque) ?

Pourquoi faudrait-il poursuivre l’œuvre de l’ACO, du Défap et de la Cevaa ? N’ont-elles pas fait leur temps ? N’a-t-on pas perdu l’élan initial ? Qu’est-ce qui amènent ces Églises particulières du Nord et du Sud à avoir un projet missionnaire commun ? A leur origine, des membres des Églises du Nord se sont senties appelées à apporter l’Évangile à des personnes en situation de détresse absolue : la mission de Paris et les grands organismes missionnaires du Nord ont vu le jour parallèlement aux campagnes pour l’abolition de l’esclavage, au début 19e siècle, et se sont épanouies aux alentours de la conférence de Berlin (1870) qui inscrivait dans la conscience collective la supériorité de l’Occident, qui se croyait pourvu d’une mission civilisatrice sur le reste du monde, ce qui sera la colonisation de l’Afrique. L’ACO, un siècle plus tard, est issue d’un mouvement de solidarité avec les arméniens survivant du génocide dont ce peuple avait été la victime de la part de ce qui subsistait de l’empire ottoman. La situation n’est plus la même.

Durant mes études, un professeur de Tübingen avait émis l’hypothèse que l’indépendance des «jeunes» Églises était un problème pour les organismes missionnaires occidentaux. C’est bien le cas. Le Nord perd une grande partie de son pouvoir, ce qui va mal avec ses complexes de supériorité issus d’une représentation de soi discutable. Et il faut dire que s’il y a eu des missionnaires visionnaires, visant du fond de leur cœur et de leur intelligence l’émergence d’une Église autonome, bien d’autres ont pris comme évidente la supériorité occidentale, et ont fait durant des décennies, en bonne collaboration avec leurs dirigeants européens, la pluie et le beau temps dans leurs champs de mission. Cela n’est plus acceptable au 21e siècle. Et devant cette évolution, la motivation côté donateurs européens baisse.

Plutôt que de parler de problème, il vaudrait mieux parler d’une évolution inéluctable, oui souhaitable. La mission, le partage de l’Évangile, n’a pas pour but de reproduire une relation de type colonial, où celui qui bénéficie de la solidarité reste à vie dépendant ! Mais une fois que des Églises sont implantées, peut-on parler de mission accomplie ? C’est un peu la philosophie et la stratégie de bon nombre d’organismes missionnaires (surtout anglo-saxons). Une fois l’Église locale implantée, ces organismes quittent l’Église et la laissent se débrouiller.

Parfois, la séparation est douloureuse ! J’ai été le témoin indirect d’un conflit entre une Église latino-américaine, ayant choisi ses propres voies, et se voyant interdire l’accès de l’église construite par l’organisme missionnaire qui l’avait fondée, en raison de ces choix ! En d’autres lieux, il y a eu des transferts de responsabilités, comme lorsque la SMEP a «récupéré» les champs de mission anglais à Tahiti, Madagascar, en Nouvelle Calédonie, et allemand au Togo et au Cameroun (entre autres).

Souvent, lorsque l’Église dispose de suffisamment de cadres formés dans ses rangs, lorsqu’elle bénéficie d’une dynamique et d’une place reconnue dans la société, les relations avec la mission «mère» s’estompent, aussi (et peut-être surtout) lorsqu’il n’y a plus de missionnaires (collaborateurs fraternels-collaboratrices, envoyés-envoyées). En discutant avec des responsables du Synode Arabe (NESSL), j’ai ainsi entendu les récits de telles relations moribondes. Certes, les cadres arabes reçoivent encore des invitations pour les AG et autres moments importants, eux-mêmes en envoient, mais personne n’y va…

Certains organismes missionnaires, notamment d’origine américaine, mais surtout de nombreux individus prenant des initiatives individuelles, poussent ce modèle jusqu’à la caricature : j’ai ainsi vu agir une «missionnaire» américaine en Turquie, qui avait appris le turc, dont le but était de convaincre des chrétiens à demander le baptême, et qui, allant de village en village, une fois les gens baptisés, considérait sa mission comme accompli, le St Esprit devant terminer le travail !

Au-delà de cette caricature, il faut reconnaître une certaine cohérence à ce modèle. Il n’est pas sans rappeler cette scène clé du film «Gandhi» : lorsque le grand artisan de l’indépendance de l’Inde demande aux Européens qui le soutiennent de le quitter. Désormais, ce sera aux indiens de se prendre en main !

Phénomène analogue à celui du passage à l’âge adulte : lorsqu’un enfant grandit, il arrive un moment pour les parents de le laisser aller pour qu’il trouve sa propre voie. En est-il de même dans notre questionnement ?

Mission et communion mondiale des Églises / des chrétiens

La Cevaa, le Défap (enfants de la Société des Missions Évangéliques de Paris), la London Missionnary Society, l’ACO et bien d’autres organismes ont choisi un autre chemin que celui de la séparation radicale : ces organisations font le pari qu’Églises mères et Églises filles assurent désormais ensemble leur tâche de témoignage. Côté orthodoxe et catholique, le processus sera similaire, avec une «indigénisation» des Églises.

En 1972 (année de la création du Défap et de la Cevaa), on n’imaginait pas qu’un jour les relations allaient connaître une évolution aussi radicale, et qu’en l’espace de deux générations, Églises mères et Églises filles allaient suivre des voies de plus en plus indépendantes. Mais aussi que les Églises mères allaient s’affaiblir et les Églises filles procéder elles-mêmes à leur extension, aussi en Europe ! Parallèlement à la recherche d’un nouveau souffle pour ces relations, les Églises elles-mêmes allaient créer des postes pour les relations internationales (en France du moins – en Allemagne, les postes s’appellent «Mission und œkumene») (1).

Lorsque l’ACO Fellowship est fondée en 1995, on reste modeste : la solidarité avec les protestants libanais (sortant à peine d’une guerre civile qui a marqué le pays), iraniens (confrontés à une persécution qui continue) et syriens (entre temps confrontés à une situation horrible) unit des protestants hollandais, suisses et français, même si leur contribution reste modeste par rapport à celle des grands organismes américains. Mais qu’en sera-t-il lorsque les grandes crises du Proche Orient se seront apaisées ? Le «mission statement» d’ACO Fellowship, rédigé en 2011, met l’accent sur la solidarité entre chrétiens en Orient et Occident, leur demandant de vivre la communion en Christ par des liens vivant et une vraie solidarité concrète.

Les théologiens (déclarations de la FLM, du COE, du groupe de Lausanne) ont apporté leur contribution, mettant en avant un certain nombre d’affirmations fortes.

À savoir :

  1. Que la mission était inscrite dès le départ dans l’être trinitaire de Dieu.
  2. Qu’une Église était missionnaire ou n’était pas.
  3. Que la mission devait avoir lieu en paroles ET en actes (prédication + diaconie)
  4. Que la mission devait continuer, et porter les préoccupations en matière de justice, d’environnement (justice climatique), d’égalité : ainsi, on verra son domaine s’étendre aux luttes de libération (théologie de la libération d’Amérique Latine, combat pour l’indépendance – Nouvelle Calédonie, lutte contre le racisme – USA, contre la drogue, lutte pour la paix, etc…
  5. Et aujourd’hui, l’un des enjeux est la place de la femme dans l’Église, et la lutte contre les discriminations harcèlements dont elles sont victimes. Si le combat ne fait pas débat en Europe / aux USA, il en est tout autrement dans des contrées où le statut inférieur de la femme est inscrit dans les mœurs et les traditions, ou partagé avec la religion majoritaire

Mais à force d’embrasser tous les combats pour un monde meilleur et plus juste, la mission «extérieure» (qui nous préoccupe pour le Défap et l’ACO) a perdu sa visibilité.

Car malheureusement, les affirmations fortes ne répondent pas à la question de la «refondation» de la mission dans l’Église. À force d’élargir les contours de la mission extérieure, ceux-ci deviennent flous. Et concernent le travail «diplomatique» des directions d’Églises, qui parfois double le travail identique des organisations missionnaires elles-mêmes. Les déclarations peuvent aussi s’appliquer au travail social réalisé par les Églises européennes localement (2) comme le travail social réalisé au loin.

Des missions accomplies

Il est frappant de constater que le document publié par la Mission de Bâle (aujourd’hui Mission 21) l’occasion de 200e anniversaire dit en couverture : «Pionniers, globe-trotters, constructeurs de ponts – en route pour un autre monde, une autre vie, les missionnaires comme voyageurs». Elle contient en 4e de couverture des hommages louant la mission de Bâle sur sa contribution au développement, au commerce équitable, à l’entreprenariat, à ses luttes pour la promotion de la femme, de la paix, à un œcuménisme horizontal. Elle dit les effets en Suisse du témoignage des missionnaires, aussi la manière dont la mission a modifié l’image de l’homme (et de la femme) du Sud. Jusqu’à l’institut de médecine tropicale de Tübingen qui loue les relations partenariales avec elle. Chaque fois, au-delà de la «mission» elle-même (et je suppose que pour les auteurs de ces éloges, c’est là la quintessence de l’annonce de l’Évangile), les témoins parlent des conséquences concrètes de l’Évangile, de concrétisations de son annonce, et non d’évangélisation directe. Même si l’Évangile ne se transmet pas de manière chimiquement pure, mais passe par des gestes d’agapè (dans le sens de 1 Corinthiens 13).

La question de la refondation devient encore plus aigüe devant un tel constat : une fois que la société devient consciente la nécessité de l’action humanitaire, prend en charge les besoins médicaux de base, accepte le principe du commerce équitable, inscrit dans ses lois l’égalité homme femme, etc…, le rôle de pionnier de la mission dans ces domaines spécifiques devient sans objet. Je me souviens d’une séance du Conseil du Défap où comme perspective à long terme de l’engagement du Défap n’apparaissait plus que la formation théologique. Est-ce vraiment la spécificité de la mission ? D’une autre manière, en Suisse, le DM a du mal à exister face à EPER, l’organisation de développement : une volonté d’être professionnel dans les secteurs du développement et de l’aide humanitaire (EPER) appauvrit considérablement le champ d’action de cet organisme missionnaire.

UEPAL 2017

Je consacre ici un paragraphe à mon Église. L’UEPAL, dans son organisation interne, a inscrit la dynamique missionnaire dans la partie «diaconie», et non dans celle «évangélisation». Il faut dire que l’organisation est complexe, et due à l’histoire compliquée de la région. L’UEPAL est culturellement marquée par sa proximité avec l’Allemagne et la Suisse. Dans la phase pionnière de la mission du début du 19e siècle, elle va soutenir aussi bien la mission de Bâle que celle de Paris, et plus tard celle de Hermannsburg, issue du réveil luthérien. Début du 20e siècle naît l’ACO. Lorsqu’en 1971-1972, l’intégration de la réalité missionnaire dans l’organisation de l’Église est décidée, l’UEPAL suivra un chemin original : elle se dotera d’un service missionnaire, chargé de coordonner l’aide aux différents partenaires, en centralisant progressivement les finances.

Dernière évolution en date : l’UEPAL est allée vers une gestion de ces relations en une relation d’aide à des projets des partenaires mission, en fondant son modèle sur celui des organisations de développement. Cela montre la difficulté de formuler de manière claire quelle est en ce 21e siècle, dans un monde globalisé comme jamais auparavant, la spécificité de la mission extérieure de petites Églises minoritaires (par rapport aux autres Églises, par rapport aux autres religions, dans des pays très fortement laïcs, a-religieux si ce n’est de manière militante anti-religieuse).

Lorsque l’UEPAL a décidé (sans grande concertation préalable) de scinder son soutien à Défap/Cevaa en deux soutiens distincts, c’était pour mieux maîtriser son soutien mission comme soutien à des projets concrets. Cela se comprend dans une logique de soutien à projets. Mais ainsi disparaissent des dimensions fondamentales de la création de ces deux organismes : l’unité du protestantisme français dans cette dimension de mission extérieure, et la vision d’une mission globale au sein de l’Église Universelle. Il apparaît qu’il y a une relève de génération, et que «l’histoire sainte» des origines de Défap/Cevaa ne fonctionne plus pour cette nouvelle génération.

Si besoin était, cette situation particulière montre qu’il y a urgence à refonder la mission dans le protestantisme français !

Quelques textes théologiques

Le COE, Édimbourg 1910 – 2010

Édimbourg 1910 représentait un tournant de la mission : les organismes missionnaires prenaient conscience de la nécessité de collaborer entre elles justement en raison de l’Évangile un annoncé, de faire une place aux Églises émergentes du Sud, pourtant pratiquement pas représentées, et allait initier la suite des rencontres internationales entre missions protestantes. Un organisme qui existait donc avant le Conseil œcuménique des Églises !

Édinbourg 2010 à mes yeux, et cela n’engage que moi, est par certains côtés très décevant. «L’appel commun» qui est issu de ce rassemblement est visiblement un texte où les attentes des uns et des autres sont compilées. Il souligne une nouvelle fois l’origine trinitaire de la mission, le côté mondial de la chrétienté, sa vocation à travailler à résoudre les conflits, à réconcilier et à se réconcilier avec la création, à faire de la place à toutes les minorités, etc…

Tout cela dans une communion missionnaire internationale et interculturelle, très riche pour ceux qui ont le privilège d’assister à des temps forts qui la réunissent, mais qui peine à se concrétiser dans la vie quotidienne de nos paroisses…

«Ensemble vers la vie – Nouvelles pistes pour la mission» – le document du COE 2013 (3)

Le Conseil œcuménique des Églises a produit un nouveau document sur la mission en 2013.
Il n’est pas facile à résumer : j’y relève un paradoxe, d’un côté, il est une fois de plus rappelé que la «missio dei» est ancrée dans l’être trinitaire de Dieu (paragraphe 1-3), ce qui est son centre, mais suit une insistance sur une mission sous la direction de l’Esprit Saint et une autre insistance sur le fait que la mission se fait souvent aux marges des structures humaines que sont les Églises établies.

Ce qui interroge toute communauté de croyant, et aussi tout croyant : qu’est qui est central et qu’est-ce qui est périphérique ? Le document prend bien acte du fait que dans un monde globalisé, il n’y a plus de centre de périphérie dans le sens géographique du terme. Ce qui est perturbant pour une vision claire ! Et pour moi, certes mettre en question le schéma centre / périphérie, le centre commandant ce qui se passe à la périphérie est juste et justifié (surtout lorsque l’on traite de plus ceux des marges avec mépris et condescendance), donner pour autant un rôle messianique aux exclus et marginaux mène également à des impasses. L’histoire (des décolonisations, des indépendances) nous a bien montré que les opprimés d’un jour peuvent devenir des oppresseurs pires que ceux qu’ils remplacent !

Un autre point fort (pour moi) est de rassembler de manière critique et bien plus exhaustive les problèmes globaux que doit affronter le monde ! Évidemment, cela perturbe quelque peu les chrétiens trop bien adaptés aux choix discutables des sociétés dont ils sont membres (4), choix qui sont à l’origine d’un certain nombre de ces problèmes. Il y a des consensus nationaux ou culturels qui demandent à être revus et corrigés à la lumière de l’Évangile … et aussi tout simplement pour permettre la survie de l’humanité dans des conditions à peu près décentes sur notre petite planète.

Ce n’est ni évident ni facile : mais où ailleurs que dans la chrétienté mondiale, est-il possible de se parler fraternellement et de s’entendre, de chercher des voies pour résoudre les énormes problèmes du monde, sachant qu’ultimement, nous avons le même père et devrions aller vers plus de fraternité, dans un premier temps entre nous, sans oublier le monde entier qui aspire à la délivrance !

Du côté évangélique (déclarations de Lausanne, de Manille, du Cap)

Le monde évangélique (dans le sens «evangelical»- anglais / evangelikal – allemand) part du constat que si la chrétienté reste la communauté religieuse la plus importante de la planète, il reste cependant de nombreuses régions peu ou pas atteintes par l’Évangile. Notamment dans une zone du Sud qui concentre mal- et sous-développement. La mission classique garde pour elle tout son sens, dans le sens gagner des chrétiens parmi les adeptes des religions «primitives» ou mieux encore, parmi les musulmans !

Théologiquement et missiologiquement, le point de départ est différent (et rejoint parfois des positions catholiques) : à savoir une vision de l’être humain assez pessimiste, pécheur, il a besoin de se convertir et de la grâce du Seigneur pour pouvoir être sauvé de la damnation éternelle. Christ est la seule voie du salut (c’est un sujet très sensible pour l’islam qui se sent menacé et contesté par ce genre de phrase), en-dehors de lui, c’est la damnation. Cette vérité est considérée comme universelle et intangible. Les injustices sociales, les discriminations en tous genres, ou même les atteintes à la création sont secondaires pour lui, elles ne sont pas négligeables, mais viennent après le salut devant Dieu.

La motivation principale est de sauver des individus, de planter des Églises (church planting – il s’agit de communautés locales, voire d’Églises de maison souvent considérées comme les seules vraies), et non de s’occuper des problèmes du monde ! Même s’il faut reconnaitre que la dimension diaconale de la foi est de plus en plus présente dans les milieux évangéliques, qui ont fait et font preuve d’inventivité et de pertinence dans leur travail. C’est leur manière de contextualiser l’Évangile, même si le mot pour eux n’aura pas beaucoup de sens. Dans ces milieux, il faut trouver des angles d’attaque pour l’Évangile dans la culture ou la religion de ceux que l’on veut convertir (ainsi, il existe des livres du monde évangélique expliquant la meilleure manière d’apporter l’Évangile à des musulmans).

Le monde évangélique du fait de sa vision simple (voire simpliste) du monde et de ses problèmes a pour lui de susciter beaucoup d’enthousiasme, un engagement sincère et coûteux sur le plan personnel de la part de très nombreuses personnes. La vision que j’en donne ici est elle aussi très simpliste ! Entre évangéliques américains, français, suisses, hollandais et allemands il y a d’infinies variantes…

Élan général pour la mission et projets particuliers

Logique d’une communion d’Églises

Face à la crise des relations, qui avec la disparition progressive des missionnaires au long cours (5), la tentation est grande de sortir d’une logique de communion, de relation fraternelle en Christ, à une logique de relation construite autour de projets, avec début, déroulement et fin, avec des dossiers techniquement complexes, mais obéissant à une logique de soutien ponctuel, et non dans la longue durée. Il est frappant de constater que la Cevaa par exemple ne prévoit plus d’envois sur le long terme, notamment pour les postes pastoraux. Chaque Église est devenue (jalousement ?) indépendante !

Il faut reconnaître que le grand projet d’une «communauté missionnaire» (Luthériens et Réformés, sur le plan mondial, ont préféré le terme de «communion») pour la Cevaa n’a pas été doté d’outils assez puissants pour pouvoir être réalisé. De grandes relations (souhaitées) entre de nombreux partenaires qui passent par des tuyaux très étroits ! Car la réalité ressemble plutôt à cela : quel vécu commun peut-il bien y avoir entre un membre de l’Église kanak, en proie à de vives tensions internes en raison de choix politiques critiques sur l’indépendance par rapport à la France et une paroisse d’une banlieue de Strasbourg (ou d’ailleurs), confrontée à la violence urbaine, les trafics de drogues, le délitement de la paroisse, quittée par ses forces vives ? Ce n’est pas tellement différent dans l’ACO : quelle communion entre des protestants égyptiens, tentés par l’exil aux USA, vivant la discrimination et la pression islamiste, et les paroisses rurales se sentant abandonnées en France ? On pourrait multiplier les exemples…

Il faudrait une volonté politique forte et permanente de la direction et de l’ensemble des cadres des Églises locales pour sensibiliser, informer, organiser des rencontres… or la réalité est que la plupart des paroisses et aussi les directions d’Église ont tant de problèmes immédiats à résoudre pour survivre et essayer de sauver ce qui peut l’être que les organismes missionnaires sont déjà contents lorsqu’une fois l’an, il y a une animation / information sur l’Église Universelle !

Et comment aller au-delà d’une communion qui ne soit réservée exclusivement aux cadres des Églises ? Car c’est une grande tentation. On ne peut maintenir des liens qu’en se rendant visite, mais il n’est pas toujours évident de distinguer ces visites d’une attitude de tourisme d’Église, qui ne va guère en profondeur. Ou de visite d’affaires, pour justement gérer les projets, sans pour autant approfondir la communion spirituelle, qui doit être l’Alpha et l’Omega, la raison d’être des projets ! Je me souviendrai toujours d’une visite rendue au responsable de la Fédération Protestante d’Égypte, avec lequel nous souhaitions organiser un échange de paroissiens, et qui proposait de venir avec son staff… (6)

ACO Fellowship a tenté de répondre par la parution d’une lettre de prière rédigée à tour de rôle par les différents membres du Fellowship (Iran, Liban, Syrie, Hollande, Suisse France). C’est peu de choses, mais c’est un début. Est-ce possible à plus de 50 partenaires ? On peut en douter. L’existence d’un site internet de la Cevaa et d’un autre du Défap permet de suivre l’actualité, mais il faut faire l’effort soi-même.

D’autres essais consistent dans les échanges de groupes de jeunes, d’échanges de pasteurs, qui sont autant de pistes intéressantes et expérimentées à une certaine échelle. Là, la mission fonctionne dans les deux sens, et jeunes (et pasteurs) venant des partenaires en mission reçoivent un message qui leur permet de questionner, d’approfondir et de revitaliser leur foi et leur théologie ! Certes, on ne convertit plus les païens, mais on convertit le croyant à une plus grande ouverture d’esprit et de cœur.

La vision d’une communion spirituelle entre chrétiens de toutes origines a besoin de projets concrets

L’envoi de personnes avec toutes sortes de qualifications – mais pas toujours très engagées dans l’Église, et ne se sentant pas des âmes de missionnaires, les rencontres entre pasteurs, entre jeunes, de paroisse à paroisse sont riches et importantes. Mais cela ne suffit pas : je pense qu’il ne faut pas opposer la logique inhérente à l’idée d’une communion spirituelle (dans laquelle s’exprime la solidarité les uns pour les autres) et la logique de projets concrets : les deux logiques se nourrissent et se corrigent l’une l’autre, à condition de ne jamais oublier la finalité.

Nous avons vu la fragilité des relations missionnaires, que l’on croyait pérennes, et qui peuvent s’effriter et mourir. Elles s’entretiennent par des projets, menés par des personnes en chair et en os. Celles-ci seront bien plus que des mercenaires, payés pour faire un job, leur vocation est d’être des témoins : boursiers, envoyés, théologiens, experts pour des projets agricoles, médicaux, humanitaires, l’ensemble de l’activité déployée par les organisations ou avec le soutien des organisations doit avoir le but de maintenir les liens fraternels. Lorsqu’un projet commence à mener une vie propre et indépendante, l’organisme financeur n’étant plus perçu que comme un banquier, il a perdu son âme, et dans le cadre de relations missionnaire, son sens et sa raison d’être.

Cela suppose dans tous les sens un gros travail d’information (ou plutôt de témoignage, de partage fraternel) : les nouveaux réseaux de communications offrent des chances pour ce type d’évangélisation (un peu comme les voies romaines ont permis l’expansion du christianisme durant les premiers siècles de son existence).

Le projet doit être utile et obéir à des critères de sérieux, mais bien plus : il doit être un outil pour une plus grande communion. Ceci n’est pas évident, il est difficile pour le donateur de renoncer à sa position de pouvoir que son statut induit, qu’il le veuille ou non, et il est difficile pour celui qui bénéficie du soutien de ne pas s’autocensurer devant celui auquel il doit des ressources !

Pourtant, même si cela va a contrario des évidences du néolibéralisme économique (qui tient pour évident que celui qui est le plus puissant doit prendre les décisions), il est aussi évident que tout l’Évangile nous invite à une telle attitude !

Les (nouveaux ?) fondements de la mission

Une mission extérieure fidèle aux solidarités héritées de l’histoire, mais pas que…

Pourquoi le Cameroun ? La Nouvelle Calédonie ? Le Liban ? Pour le paroissien de base, un peu intéressé, ces questions faussement naïves montrent la nécessité de savoir pourquoi les organismes missionnaires sont présents en certains lieux et pas en d’autres.

Quel est le critère de choix des lieux vers lesquels va se diriger l’élan de mission et de solidarité des Églises de France ? La question n’est pas du tout évidente. On peut interroger plus haut, pourquoi partager sa foi, mais je pars dans le contexte de ce texte du principe qu’il y a un vrai désir de mission et de partage dans le cœur des croyants et des stratèges d’Église auxquels je m’adresse.

Que reste-t-il comme relations entre l’Église Unie de Zambie, l’Église du Lesotho, fondées par de grandes personnalités issues du protestantisme français ? Dès ses débuts, la SMEP avait le souci de ne pas simplement se soucier d’être un auxiliaire chrétien de la colonisation, mais de transcender par l’Évangile les barrières culturelles. Il faut reconnaître qu’il est difficile sans une forte volonté et des gens engagés de maintenir ces liens. Aujourd’hui, les liens vers ces pays anglophones se font via la Cevaa. Ce n’est que rarement une réalité de prière, de discussion, de partage fraternel sur les questions qui préoccupent les uns et les autres.

Pourtant, il me semble qu’il est essentiel de ne pas jeter aux orties de «vieilles» relations. J’ai été frappé à quel point l’ACO, pourtant acteur modeste auprès des Églises d’Orient, est respectée pour sa fidélité dans le temps. Syrie et Liban ont vu passer nombre d’ONG effectuant une mission puis laissant les gens aidés se débrouiller pour la suite.

Ce passé ne doit pas enfermer dans la nostalgie de ce qui a été (notamment pour ce qui est des relations parfois peu évangéliques lorsque les relations ont été des relations de pouvoir). Le monde a changé, en bien et en mal. Les problématiques se sont déplacées.

L’un des fondements de l’action missionnaire du 21e siècle sera, par tous les moyens (dont les projets) d’être aux côtés de ceux que le Seigneur a un jour mis sur le chemin des protestants français.

Ceci ne doit pas signifier que ces relations sont coulées dans le marbre – parfois il faut reconnaître leur fin, heureuse ou non. Et surtout, cette fidélité aux relations d’autrefois ne signifie pas que le Défap doit limiter son action à ces partenaires-là, ou pérenniser automatiquement ces relations.

Ouverture aux nouveautés du siècle : le devoir de vigilance des organismes missionnaires

Le Défap (avec la FPF) avait un temps essayé de construire des relations avec le protestantisme chinois. Cela a complètement disparu de ses radars. D’autres relations ont été ouvertes avec le Nicaragua et son protestantisme, d’autres encore avec Haïti.

Pour la Chine, c’était au moment où une certaine libéralisation permettait à la chrétienté chinoise d’émerger de la clandestinité et de la persécution. Les visites et premiers contacts (années 90) n’ont pas donné de développement. Un soutien accordé à un organisme de développement chinois (Amity Foundation) par le Conseil Missionnaire UEPAL a un peu prolongé les choses, mais à ma connaissance, il n’y a plus de relations. Pourtant, la réponse aux défis que rencontrent protestants chinois et français (société très séculaire, minorité chrétienne, engagement dans la société) auraient pu créer des convergences, André Appel, alors président de l’ECAAL, en était persuadé.

Pour le Nicaragua, considéré pendant longtemps comme un exemple de théologie de libération ayant réussi, et aussi du fait de la présence sur les lieux de Georges Casalis, des liens avec la Faculté de Théologie de Managua, l’accueil d’une femme-théologienne-boursière, l’envoi régulier d’enseignants pour de courts séminaires s’est poursuivi. Cela contribue-t-il à une communion entre les Églises de France et du Nicaragua ? On peut en douter.

Haïti, dont le protestantisme connaît une forte croissance (aux dépens du catholicisme, et sous la pression de missionnaires nord-américains), a connu plusieurs phases de relations avec la France. Une première visite exploratoire avait eu lieu dans les années 1990, avec une proposition de soutien au système scolaire protestant. Philippe Mary y tiendra un vrai rôle. Le tout va un peu s’endormir, et se réveiller lorsque le tremblement de terre de janvier 2010 réveille l’intérêt pour ce pays pauvre entre tous, d’une certaine manière francophone, le créole étant la langue courante.

La question pour le Nicaragua et pour Haïti est un peu la même : dans un protestantisme marqué par une culture congrégationaliste nord-américaine (et donc une habitude de relations bilatérales), y a-t-il une mission, une responsabilité particulière pour la France ?

Il y a aussi eu des histoires qui me laissent perplexe : après le tremblement de terre qui a dévasté l’Arménie le 7 décembre 1988 et son indépendance de l’Union Soviétique en 1991, deux organisations ont vu le jour : Espoir pour l’Arménie, venu de l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes de France, et Solidarité Protestante Française avec l’Arménie (SPFA), fondé par Samuel Sahagian, pasteur de l’ERF d’origine arménienne, ayant quitté l’UEEAF trouvée trop fondamentaliste. Jean Alexandre, alors secrétaire général du Défap, s’était rendu sur place. Mais le Défap ne s’est pas vraiment engagé en Arménie, la petite Église Protestante en Arménie, très évangélique, ne demandait rien à la FPF, elle était probablement occupée à discuter avec l’UEEAF et surtout la grande société missionnaire américaine AAMA. Et SPFA se positionnait sur le terrain culturel et humanitaire. Mais SPFA a un budget très important, provenant en partie du protestantisme français, et fonctionne sur une base de bénévolat associatif ! L’ACO, n’ayant pas de contact direct avec l’Arménie, se tiendra (et se tient encore) aux côtés des deux organisations et soutient ou co-organise des projets avec eux.

Quelle leçon tirer de ces exemples ? Le Défap et autres organisations missionnaires du protestantisme français doivent avoir dans leur cahier de charges une ligne concernant leur devoir de vigilance. De nouvelles relations peuvent surgir, de nombreuses se proposent… rarement totalement désintéressées. Le Défap du fait de son positionnement très particulier peut lui-même percevoir de nouveaux défis, de nouveaux devoirs à accomplir. Où et comment discerner la volonté de Dieu pour le protestantisme français ?

Qui décide de l’ouverture de nouvelles relations de «mission extérieure» ? Et sur quels critères ?

Voici quelques propositions de principe pouvant guider cette mission de vigilance :

  • Le Défap doit fonctionner en immersion dans le réseau protestant français, certes, les trois Églises qui le constituent, mais aussi la FPF et ses Églises membres, la CEEEFE (le réseau protestant francophone), (7)
  • Il doit donc être à l’écoute des demandes qui remontent vers lui
  • Et il peut les renvoyer sur d’autres partenaires, mieux outillés que lui pour des raisons de familiarité régionale ou culturelle, ou les prendre en compte pour lui
  • Il peut également interpeller d’autres acteurs «mission» pour leur rappeler la nécessaire solidarité dans le protestantisme français pour ces actions

Critères

  • Dans les premiers temps, bien cadrer les possibilités du protestantisme français, vérifier la faisabilité des projets, leur utilité, ce que cela change, comment cela enrichit spirituellement et humainement les acteurs locaux et le protestantisme français
  • Faire son possible pour discuter avec des Églises (pas seulement des communautés locales ou des groupes), dans l’élaboration de chartes qui précisent l’objet du projet commun
  • Vérifier avec d’autres partenaires œcuméniques (missions européennes, américaines, asiatiques) la pertinence du projet, éventuellement créer des structures (légères !) de concertation.
  • Vérifier la faisabilité financière en concertation avec les Églises constituant le Défap
  • Enfin, il faudra élaborer une chaîne de décision qui permette des décisions collégiales du protestantisme pour répondre aux nouveaux défis

La mission extérieure : une marginalité assumée

Je me souviens de l’époque où les réalités missionnaires n’étaient pas intégrées dans le budget central de l’Église, qui laissait faire les spécialistes avec plus ou moins de bienveillance. Après une dizaine d’année d’intégration, un pasteur alsacien, devant la difficulté à faire passer l’idée de «mission extérieure» dans les paroisses, et aboutir à l’inscription de sommes autres que ridicules pour cette ligne, disait lors d’une réunion : finalement, est-ce que cela ne marchait pas mieux lorsque la mission était portée par un groupe de gens «qui en voulaient» ?

Il me paraît presque normal que l’intérêt pour la mission extérieure ne soit pas automatique, y compris dans nos paroisses, qui ont souvent de vrais problèmes à gérer. Eveiller l’intérêt pour la mission demande beaucoup d’efforts, de témoignages, de constance. Et l’intérêt ne peut être commandé sur le mode administratif par une (ou des) direction d’Église !

Le rayonnement des relations missionnaires demande à grandir en une réalité spirituelle ! Le COE invite toutes les semaines à prier pour un groupe de pays. Il serait bon d’inviter (de diverses manières, en proposant des thèmes, des textes tout faits, des témoignages) à prier pour ceux qui sont notre proche famille sur le plan spirituel ! Un peu comme le fait la «Journée Mondiale de Prière».

Ceux qui se sentiront vraiment concernés et militants resteront une minorité, et ce n’est pas grave : c’est dans ses marges que l’Église se renouvelle… Souvent, ce sont les anciens coopérants, ceux qui ont participé à un échange avec le Sud (ou l’Orient) qui retrouvent leurs racines chrétiennes et renouvellent un engagement plus dynamique ! Cela échappe pour une large part à une logique de «faire», lorsqu’une telle expérience réussit, c’est de l’ordre de la grâce (qui fait partie de la promesse). La militance pour la mission, la prière, la solidarité, l’information qui l’accompagnent ne peut être remplacée par un engagement budgétaire, pourtant lui aussi important.

La mission extérieure : en France aussi

Parmi les nouveaux chantiers que la mission doit aux phénomènes migratoires, aux flux de réfugiés, à la mondialisation et aux réseaux sociaux, il y a l’accompagnement des paroisses confrontées aux problèmes et aux joies des relations nouvelles et inhabituelles auxquelles elles se trouvent confrontées.

Cela justifie amplement à mon avis la présence de Secrétaires Exécutifs chargés de l’animation France, et aussi animation jeunesse. Lectures interculturelles et communautaires de la Bible, rencontres interreligieuses permettent des rencontres qui autrement n’ont simplement pas lieu. Dans un monde où l’on communique comme jamais, et où l’on ne se comprend pas mieux pour autant, les organisations missionnaires peuvent apporter un témoignage et une expertise indispensable.

Mais là aussi, il est important que les organisations missionnaires ne se croient pas propriétaires de leur savoir-faire et de leur champ d’action : cela peut et doit fonctionner en réseau avec les autres forces vives du protestantisme !

Conclusion

Le Défap et les autres organismes missionnaires européens n’ont pas besoin de «refondation» : leur fondation, c’est la foi en Christ, c’est l’action de l’Esprit dans le monde, qui bouscule toujours à nouveau les croyants. Comment faire ? C’est là que les choses deviennent difficiles.

Lorsque je considère le monde avec les yeux de ma (petite) foi, je suis fasciné par sa diversité et les multiples manières dont l’Évangile libérateur peut changer la vie des hommes. Je reçois les interpellations qui me poussent à avoir des gestes de solidarité. Je sais aussi mes limites dans ce domaine !

Je vis sous la grâce d’avoir pu vivre des rencontres fantastiques et improbables. Cela nourrit ma réflexion, ma foi et mon action. Il ne m’appartient pas de juger et par là-même de mettre des limites à l’action de Dieu.

Ici, j’ai essayé de partager mes réflexions sur le sens que peut avoir la mission extérieure pour l’Église du 21e siècle. En toute modestie, j’ose espérer que cela aidera le Défap et les autres organismes à avancer !

Thomas Wild
Strasbourg, 15 mai 2018

 

1) Ainsi, l’EPUdF a créé un poste pour les relations extérieures – la personne siège au nom de l’EPUdF au Conseil du Défap, la FPF a ses propres relations extérieures, pour l’UEPAL, il y a un poste pour les relations européennes, sans aucune relation avec les organisations missionnaires
2) pour l’UEPAL : Semis, CASP, etc…, pour la FPF, la Fédération de l’Entraide Protestante, etc…
3) Le document final, issu d’une consultation de plusieurs années (2006-2013), destiné à remplacer une déclaration des années 80, a été approuvé lors de l’AG du Cœ de Busan en 2013. Il a été publié en 2015 en français par les éditions Olivétan, le numéro 2015/1 de «Perspectives missionnaires» lui est consacré.
4) Ainsi, lors de rencontres Orient-Occident ou Nord-Sud, les européens prennent (parfois) conscience des privilèges dont ils jouissent, qu’ils ont en grande partie hérités, et des frustrations des autres… mais souvent, devant l’apparente impossibilité de changer les choses en profondeur, on oublie ! Dans l’autre sens, les participants du Sud rendent attentifs au sort des personnes âgées dans les pays occidentaux, de la qualité de vie relationnelle et du manque de zèle à participer aux activités d’Église, qui pour eux sont évidents. Plus en profondeur : les clichés des uns sur les autres sont parfois hallucinants ! Et nos partenaires orientaux ont du mal à saisir la non-discrimination des musulmans par les nations européennes, parfois encore considérées comme chrétiennes, alors qu’eux vivent dans des nations musulmanes et supportent nombre de discriminations !
5) J’ai découvert en Turquie à quel point les ordres missionnaires catholiques poursuivaient à leur manière la présence de missionnaires à vie. Des personnes, prêtres et sœurs surtout, consacrent leur vie à une mission au loin. J’ai vu de tels exemples au Gabon (Foyer de Charité), au Caire (Centre des dominicains) et à Alexandrie (centre jésuite). Cette présence au long cours, impressionnante localement est un vrai témoignage. Mais là aussi, la relève a du mal à se faire.
6) Il faut dire que son point de vue se comprend. À mes débuts à l’ACO, personne n’avait vraiment compris l’organisation du protestantisme égyptien, et la Fédération n’était pas le bon endroit pour des contacts avec la base. S’ajoute à cela la vraie difficulté linguistique pour un échange, les protestants égyptiens se tournent plus volontiers vers l’anglais-américain que vers le français.



Le pasteur Basile Zouma, prochain Secrétaire Général du Défap

Actuellement pasteur dans la Manche, membre du Conseil régional de l’Église protestante unie de France Nord-Normandie et engagé dans la Coordination nationale Évangéliser-Former de l’EPUdF, Basile Zouma prendra ses fonctions de Secrétaire Général du Défap au mois de juillet 2019, succédant ainsi au pasteur Jean-Luc Blanc.

Le pasteur Basile Zouma © DR

 

Le processus de recrutement entrepris au lendemain de la démission du pasteur Bertrand Vergniol a abouti à la nomination du Pasteur Basile Zouma à ce poste.

Basile Zouma est actuellement pasteur de l’Église protestante unie de France en poste dans le département de la Manche (Églises locales de Cherbourg Nord-Cotentin et Saint-Lô Manche Sud) et président du Conseil du consistoire de Basse-Normandie. Il est membre du Conseil régional de l’EPUdF Nord-Normandie et engagé dans la Coordination nationale Évangéliser-Former de l’EPUdF.

Au Maroc, l’accompagnement des migrants

Pour aller plus loin :

Basile Zouma est né en Côte d’Ivoire en 1975 de parents burkinabè et a grandi dans un milieu familial multiconfessionnel. Titulaire d’un doctorat en médecine générale obtenu à Casablanca et d’un diplôme universitaire en épidémiologie et recherche clinique obtenu à Fès, il s’est engagé dans le médico-social pour l’aide, le conseil et l’accompagnement des migrants-réfugiés en transit sur le sol marocain. Son engagement ecclésial au Maroc s’est fait dans le cadre d’une suffragance dans la paroisse de Rabat ainsi que de l’aumônerie du mouvement national pour la jeunesse de l’Église.

Basile Zouma a obtenu un master professionnel de théologie à l’Institut protestant de Théologie, Faculté de Montpellier. Son ministère actuel sur le terrain s’élargit d’engagements au sein de l’ACAT (Commission Théologie) et l’ACONor (Association Chrétienne Œcuménique de Normandie) dont il assure la coprésidence.

C’est avec beaucoup de joie qu’il sera accueilli dans l’équipe et les instances du Défap ! Il prendra ses fonctions au mois de juillet 2019 et succédera ainsi au pasteur Jean-Luc Blanc qui quittera le Défap à la fin du mois de juillet.




Grand débat national : des outils pour repenser la politique migratoire

La Cimade met à disposition des citoyennes et citoyens qui souhaitent participer au grand débat national, ses cinq propositions majeures pour une politique migratoire différente.

 

Jusqu’au 15 mars, les citoyennes et citoyens ont la possibilité de participer et contribuer à une consultation nationale initiée par le gouvernement, et qui fait suite notamment au mouvement des gilets jaunes. Dans les sujets évoqués, l’immigration et l’intégration sont couvertes par quatre questions.

Pour aller plus loin :

Il nous semble important que chaque personne engagée pour une autre politique migratoire puisse participer à ce débat avec des informations actualisées et vérifiées, des propositions concrètes et des arguments juridiques et éthiques solides.

Afin d’outiller les citoyennes et citoyens sensibles à cette cause, La Cimade a actualisé ses 5 propositions majeures pour améliorer durablement le sort des personnes migrantes et réfugiées et un document de décryptage des 13 préjugés sur les migrations qui sont régulièrement énoncés dans les discours politiques ou relayés par certains médias.

Elle met également à disposition de chacun·e ses petites guides de sensibilisation qui contiennent de nombreux arguments pour contredire les stéréotypes et la xénophobie qui s’expriment parfois dans ces consultations (à consulter en ligne :




Mission Intégrale : vivre l’Évangile, mission impossible ?

Connect MISSIONS (nouveau nom de la Fédération de Missions Évangéliques Francophones) et ASAH organisent leur deuxième forum sur la Mission Intégrale, après celui de 2016. Il aura lieu les 8 et 9 mars à Sainte Foy-lès-Lyon. Objectif de ce rendez-vous destiné aux responsables d’œuvres et d’Églises : apprendre les uns des autres à travers des témoignages, des temps de travail en commun, des ateliers ; découvrir des outils et des études de cas, ainsi qu’un état des lieux de la pratique de la mission intégrale. L’inscription est ouverte.

La première édition du forum sur la Mission intégrale avait eu lieu en février 2016, déjà dans la région lyonnaise. Co-organisé par la FMEF (Fédération de Missions Évangéliques Francophones) et ASAH (collectif d’organisations humanitaires chrétiennes), l’événement avait réuni une centaine de participants impliqués à la fois dans la mission et l’action humanitaire. Le titre en était : «Être, Dire et Faire : Les enjeux de la mission intégrale pour Églises et œuvres chrétiennes».

Pour aller plus loin :

Comme le résumait dans son intervention le pasteur Evert Van de Poll, professeur en sciences religieuses et en missiologie à la Faculté de Théologie Évangélique de Louvain, en Belgique, «aujourd’hui, il est communément admis que la mission de l’Église dans le monde ne se réduit pas à annoncer l’Évangile et à implanter des Églises

Loin de remettre en question le travail missionnaire accompli dans le passé, la mission intégrale intègre, relie, et relit, ce qu’on a eu souvent tendance à séparer ou opposer : Évangile et justice sociale, missionnaire et humanitaire.

La deuxième édition de ce forum, destiné aux responsables d’œuvres et d’Églises qu’ils soient ou non initiés (pratiquants de la mission intégrale), se prépare, toujours sous l’impulsion d’Asah et de la FMEF, devenue entretemps Connect MISSIONS. L’inscription est ouverte : rendez-vous les 8 et 9 mars à Sainte Foy-lès-Lyon. Un forum qui se veut pour cette année 2019 plus axé sur les aspects pratiques, avec notamment des ateliers et une enquête dressant un état des lieux de la pratique de la mission intégrale, comme l’indiquent les organisateurs (lire ci-dessous) ; il verra notamment la participation de Sheryl Haw, directrice internationale du réseau Michée :

Forum Mission Intégrale 2019 – Interview de Sheryl Haw

 


 

«Nos Églises, nos œuvres missionnaires et nos œuvres humanitaires sont confrontées à un monde en constante évolution.

Tous les dix ans, nous faisons face à un environnement nouveau où il devient de plus en plus difficile de se concentrer sur le seul objet de notre organisation !

Comment pouvons-nous, pasteurs, responsables d’œuvres ou encore chrétiens engagés mieux jouer notre rôle dans notre mission, dans la cité en prenant en compte les attentes de la société ?

Que cela soit au près ou au loin, comment présenter l’Évangile en répondant aux besoins  élémentaires ? Comment répondre aux situations de détresse humanitaire en apportant une réponse aux attentes spirituelles ?

En 2016, lors du premier forum, nos intervenants ont tenté de présenter une voie, celle de la mission intégrale sur le thème « Être, dire et faire » à l’image de notre Seigneur.

Pour beaucoup, Vivre l’Évangile reste une mission impossible ! C’est pourquoi, pour ce second forum, nous vous proposons une voie plus pratique avec des ateliers, des témoignages inspirants et des temps de travail en commun.

Nous vous attendons !

Les objectifs de ce second forum sont multiples !

  • Dresser un état des lieux de la pratique de la mission intégrale dans nos œuvres et Églises au cours d’une restitution d’une enquête nationale

  • Apprendre les uns des autres aux travers des témoignages

  • Pratiquer la mission intégrale au cours d’études de cas

  • S’équiper en découvrant et s’appropriant des outils

  • Découvrir les tendances des œuvres – missionnaire, humanitaire et ecclésiale – dans une société qui se renouvelle toutes les décennies

Nous accueillerons des intervenants spécialistes du domaine de plusieurs pays européens.»




Tous les bénir en leur confiant l’avenir !

Méditation du jeudi 31 janvier 2019. Nous prions pour notre envoyée à Haïti et nous poursuivons notre lecture du cycle de Joseph.

Source : Pixabay

 

Jacob convoqua ses fils et leur dit : « Réunissez-vous. Je vais vous annoncer ce qui vous arrivera dans l’avenir. Rassemblez-vous et écoutez, fils de Jacob, écoutez votre père Israël.

Toi, Ruben, tu es mon fils aîné, le premier que j’ai engendré quand j’étais plein de force. Tu surpasses tes frères en dignité et en puissance. Tu es un torrent impétueux. Pourtant tu ne seras plus le premier, car tu t’es déshonoré en entrant dans mon lit avec une de mes épouses.

Siméon et Lévi sont frères : ils s’accordent pour agir avec violence, Mais je ne participerai pas à leur complot, je n’assisterai pas à leurs rencontres, Car dans leur colère ils ont tué des hommes, et par plaisir ils ont mutilé des taureaux. Je maudis leur ardente colère et leur fureur impitoyable. Je disperserai leurs descendants en Israël, je les éparpillerai dans tout le pays.

Juda, tes frères chanteront tes louanges. Tu forceras tes ennemis à courber la nuque, et tes propres frères s’inclineront devant toi. Juda, mon fils, tu es comme un jeune lion qui a dévoré sa proie et regagne son repaire. Le lion s’accroupit, se couche. Qui pourrait le forcer à se lever ? Le sceptre royal demeurera dans la famille de Juda, le bâton des chefs restera aux mains de ses descendants, jusqu’à ce que vienne son vrai possesseur celui à qui les peuples seront soumis. La vigne alors sera si répandue qu’il se permettra d’y attacher son âne. Il lavera son vêtement dans le vin, son manteau dans le sang des raisins. Le vin avivera l’éclat de ses yeux et le lait la blancheur de ses dents. Zabulon s’installera au bord de la mer, là où les bateaux trouveront un port. Son territoire s’étendra jusqu’à Sidon.

Issakar est un âne robuste, établi au milieu de ses enclos. Il a vu que l’emplacement était bon, que le pays était agréable. Il a tendu son épaule pour porter des charges, il s’est soumis à un travail d’esclave.

Dan aura son peuple à gouverner, comme les autres tribus d’Israël. Dan est comme un serpent sur la route, une vipère au bord du chemin : le serpent mord les jarrets du cheval et le cavalier tombe à la renverse. Seigneur, j’espère que tu me sauveras !

Gad, attaqué par des pillards, contre-attaque et les poursuit.

Le pays d’Asser donnera d’abondantes récoltes, sa terre fournira des produits dignes d’un roi.

Neftali est une gazelle en liberté qui met au monde de beaux petits.

Joseph est une plante fertile qui pousse près d’une source. Ses branches passent par-dessus le mur. Des tireurs à l’arc l’ont exaspéré, ils ont lancé leurs flèches, ils l’ont harcelé. Mais il a tenu fermement son arc, ses bras et ses mains ont gardé leur agilité. Par la puissance du Dieu fort de Jacob, tu es devenu le berger, le rocher d’Israël. Par le Dieu de ton père, qui est ton secours, par le Dieu tout-puissant qui te bénit, reçois les bienfaits de la pluie qui descend du ciel, de l’eau qui monte des profondeurs du sol, de la fécondité des femmes et du bétail. Les bénédictions données par ton père surpassent les bienfaits des montagnes éternelles, les produits désirables des collines antiques. Que les bénédictions de son père descendent sur la tête de Joseph, sur celui qui est le chef de ses frères !

Benjamin est un loup féroce. Le matin il dévore une proie et le soir il partage le butin. »

À eux tous ils forment les douze tribus d’Israël. Telles sont les paroles que leur adressa leur père, quand il les bénit. À chacun il accorda une bénédiction particulière. Genèse, 49, 1-28

 


Amerlin Delinois, peintre Haïtien né en 1958


Qu’est-ce que bénir ? Jacob nomme chacun de ses fils pour leur ouvrir l’avenir. Mais il leur dit « leurs quatre vérités », ce qui pour certains, notamment les trois aînés, correspond à un jugement très sévère sur leur comportement. Donc bénir n’a rien à voir avec l’aveuglement et la grâce à bon marché. La bénédiction ne peut résonner que dans la vérité, même quand celle-ci est accablante. 

Cependant si elle s’accorde avec un jugement, elle ne peut porter condamnation, sans quoi ce serait une malédiction mortifère. Certes, Ruben n’aura pas la place et l’héritage liés à son statut d’aîné mais il vivra.  Siméon et Lévi seront dispersés parmi les tribus mais ils feront partie du peuple et la descendance de Lévi comptera de très grands noms de l’histoire d’Israël.

Ce qui ressort des bénédictions testamentaires de Jacob-Israël, c’est qu’il tient à exprimer les vocations singulières de ses fils Juda et Joseph. L’un porte le sceptre royal et engendrera la lignée messianique, dans laquelle s’inscrira Jésus de Nazareth. L‘autre, Joseph, est reconnu chef de ses frères et reçoit l’appui du Dieu de son père. Mais, peut-être encore plus important, Jacob fonde le rassemblement des frères, formant à eux 12 les tribus d’Israël, ce qui signifie la constitution et l’unité d’un peuple. 

Bénir, c’est ouvrir l’avenir à ceux qui nous succèdent, les inspirer et les encourager. Il fut un temps où les pères avaient droit de vie et de mort sur leurs enfants. En sauvant Ismaël dans le désert et Isaac sur le Mont Moriah, Dieu a rejeté à jamais le sacrifice des enfants et des jeunes générations au nom de l’honneur et du pouvoir des générations antérieures. Nous nous devons à ceux qui viennent !

Qu’en est-il dans nos différentes sociétés et cultures ? Bénissons-nous les nouvelles générations ? Leur faisons-nous confiance ?  Leur transmettons-nous nos trésors et nos forces, nos expériences et notre espérance, pour les aider à marcher vers l’avenir ? Ou les sacrifions-nous à nos chimères, à nos désirs de domination, ou à notre simple indifférence ?

 

 

Nous te remettons notre envoyée à Haïti et nous partageons cette prière pour la jeune génération.
 

Dieu de tendresse, nous t’offrons la jeunesse d’aujourd’hui
Pleine de vie et en quête de sens.
Que la lumière de ta grâce
Guide chacun de ces jeunes dans leurs défis de chaque jour.
Viens révéler à chaque jeune sa valeur,
Qu’il se sache aimé de Toi,
Et qu’il reconnaisse qu’il est apprécié
Par les adultes qu’il côtoie.
À ces jeunes, fais don de l’espérance pour qu’ils croient en demain,
Pour qu’ils aient confiance
En leur capacité de changer quelque chose dans le monde dès maintenant.
Accorde-leur le don de la joie
Pour qu’ils puissent célébrer la vie dans la vérité.
Et pour nous-mêmes, nous te demandons, Seigneur,
L’amour, la patience et la foi en la jeunesse.
Que notre regard, à la fois lucide et tendre,
Nous permette de saisir les talents de cette jeunesse.
Ainsi nous pourrons leur offrir des défis spirituels
À la mesure de leurs capacités et de leurs soifs.
Mais surtout, donne-nous le courage d’une conversion continuelle
Pour que nous soyons pour eux des témoins signifiants.
Nous te le demandons au nom de Jésus.
Amen.