Marie-Alix de Putter : « Un jour nous saurons »

Cette tribune de Marie-Alix de Putter, veuve d’Éric de Putter, a été publiée dans l’hebdomadaire Réforme pour le cinquième anniversaire de sa mort, le 5 juillet 2017.

Éric de Putter © Défap

Il y a cinq ans, le théologien Éric de Putter était poignardé à mort sur le campus de l’UPAC, à Yaoundé (Cameroun). La vérité n’a pas été faite et les meurtriers courent toujours.

Heureux toi qui ne peux te contenter de la justice des hommes ; tu découvriras ce que tu ne peux pas même soupçonner », écrivait Éric de Putter en 2010 dans une relecture assumée des Béatitudes. Cinq ans après son assassinat, le 8 juillet 2012 sur le campus de l’UPAC à Yaoundé (Cameroun), alors que meurtriers et commanditaires courent toujours, et que la justice des hommes au Cameroun comme en France est au point mort, ses mots ont en moi une résonance particulière.

Chaque jour depuis cinq ans, je revois cet homme profondément bon, passionnément non-violent et d’une intégrité absolue. Les adjectifs sont d’ailleurs toujours insuffisants lorsqu’il s’agit pour moi de le définir. Alors pourquoi une mort aussi violente ? L’avenir nous le dira. Dans un futur proche ou lointain, nous saurons. C’est une promesse, un engagement.

Justice pour Éric

D’ici là, ma certitude, c’est qu’en l’assassinant lâchement, les meurtriers et les commanditaires ont voulu tuer la personne extraordinaire qu’il était. Ils ont voulu tuer l’amoureux de liberté et l’épris de justice. Ils espéraient semer la peur, le chaos et le désarroi. Et pourtant, Éric est bien vivant dans les cœurs de tous ceux qui l’aiment. L’amour est immortel. Avec ses mille visages, il ne meurt jamais. Il se transforme, se transmet et se démultiplie.

Ainsi, plus de deux mille personnes se sont engagées pour réclamer justice pour lui, pour tous. En signant et en partageant une pétition appelant à faire la lumière sur les circonstances de la mort d’Éric et que justice soit rendue, il s’agissait non seulement de demander justice pour Éric, pour sa fille, pour sa veuve que je suis, pour sa famille mais aussi ses étudiants, ses amis, ses collaborateurs et bien au-delà. En effet, là où la justice fait défaut à un, elle fait défaut à tous. Ces milliers de signatures m’ont émue et encouragée dans la persévérance. Nous ne sommes pas seuls.

Cet encouragement se traduit aussi dans le soutien à l’association Semeurs de Liberté, créée en sa mémoire, et qui remet chaque année le Prix Éric de Putter au sein de la faculté de théologie de Strasbourg. D’une valeur de 2 000 euros, il est destiné à récompenser, en participant aux frais de publication, une thèse de doctorat spécialité « théologie protestante » ou « sciences religieuses », mais également un master mention « théologie protestante » de grande qualité et à caractère interdisciplinaire ou pluridisciplinaire.

À notre demande, une plaque a également été inaugurée dans les jardins du Défap, cette maison porteuse d’histoire et de mémoire.

Exigence et détermination

Si les institutions ecclésiales n’ont toujours pas su se montrer à la hauteur d’attentes légitimes, des hommes et des femmes, qui n’étaient pas préparés à un tel malheur, ont fait preuve, dans le secret de leur cœur, d’accueil, de simplicité, d’humilité et de compassion. D’une commune détermination, nous avons pu cheminer ensemble sur le long chemin de la justice. Ils se (re)connaissent et savent compter sur ma gratitude et mon respect.

Les hommes passent. Les institutions restent. Aussi, j’appelle les changements de gouvernance à ne pas être synonymes d’oubli, de détachement ou de lassitude. En tant que protestants, nous pouvons faire mieux. Nous le devons aux idéaux portés par la révélation de nos convictions et de notre foi commune. L’exigence et la détermination, c’est aussi cela l’Amour.

Depuis cinq ans, les personnes que je rencontre me demandent d’où me vient cette force, cette détermination qui m’accompagne et me porte. Outre l’évidente puissance de l’amour maternel, ma réponse, véritable profession de foi, reste invariable.

Plus fort que la mort

Lorsque la mort rôde, lorsque la colère aveugle, lorsque la tristesse enferme, lorsque les inégalités s’aggravent, lorsque la corruption et les injustices font loi, lorsque le racisme, le tribalisme, les préjugés, la violence, les conformismes et les hypocrisies semblent l’emporter, je persiste à affirmer que l’amour est plus fort que la haine, plus fort que la mort. L’amour nous permet d’accéder à ce que nous ne soupçonnons pas, ce que nous n’osons espérer. L’amour rend l’impossible possible.

Je crois en la puissance de la vie. C’est dans sa fragile beauté que je perçois sa profondeur et son authenticité. J’espère en la justice dont je connais les limites. Je sais devoir aller plus loin que ce qu’elle a à offrir.

Je crois que la fraternité fait vivre, fait revivre ; elle est vie. Les liens du sang ne sont ni plus forts ni plus sincères que les liens du cœur. Un Frère, une Sœur, c’est cette personne qui se tient à nos côtés, tantôt silencieuse, tantôt loquace, et toujours bienveillante, et nous dis : je suis là. Un présent infini qui ne se conjugue qu’à l’indicatif.

Foi sans conscience

Je redoute la foi sans conscience. Cette foi qui ne doute pas, qui rejette les questions et abandonne la raison. L’humilité de reconnaître que je doute laisse deviner en creux la réalité d’un authentique je crois.

Mes doutes sont autant d’ouvertures sur un chemin de liberté. Je crois qu’en dépit de ce que nous sommes et malgré ce que nous tardons à devenir, il y a en chacune, en chacun, une capacité d’émerveillement qui relie à la vie, à l’ultime. Je lui donne le nom d’espérance.

Cette espérance est vivifiée chaque jour par tous les signes d’affection reçus de tant de personnes !

Je n’aurais jamais assez de mots pour remercier toutes les mains tendues, tous les silences partagés, toutes les prières silencieuses et les messages fraternels reçus après le drame, ou après chaque article de Réforme. Certains paroissiens ont ainsi été les bras qui accueillent et qui réconfortent, les sourires vivants, les mots chaleureux, le regard bienveillant qui sauve. Ma gratitude pour eux, pour vous, n’a pas de limites.

Dans une conversation avec mon ami Marc-Frédéric Muller, alors que nous évoquions ensemble le pardon, je repensais à cette citation de Paul Ricœur, philosophe cher à Éric de Putter, qui dit qu’« entrer dans l’aire du pardon, c’est accepter de se mesurer à la possibilité toujours ouverte de l’impardonnable ».

L’impardonnable serait d’oublier. L’impardonnable serait de cesser d’aimer.

Marie-Alix de Putter, veuve d’Éric de Putter




« Parole de Dieu, violence des hommes » : un colloque à Beyrouth

Comment est né ce projet du colloque des Cèdres ?

Je ne me souviens plus des circonstances précises, mais l’idée d’un colloque pour marquer l’entrée en scène du nouveau projet protestant au Liban flottait dans l’air depuis deux ans. Il est né dans la concertation entre le Défap, la CEEEFE, La APFB et l’Eglise protestante. La thématique générale choisie, et développée par la Fondation des Cèdres et son président Marc Friedel, « Défaire la violence » a servi d’inspiration. « Parole de Dieu, violences des hommes », comme titre a été proposé par un membre du comité scientifique. Il sonne bien, dit les choses sans allumer de feu et offre un angle d’approche large et plaisant à investiguer. L’Eglise et la Fondation ont donc décidé de porter ensemble ce projet ; l’Eglise protestante à l’organisation pratique et la Fondation au pilotage du contenu du colloque.


Le pasteur Pierre Lacoste à Beyrouth, 2017, DR

A qui s’adresse ce colloque ?

Le colloque s’adresse en priorité aux publics étudiants et enseignants, à la jeunesse libanaise qui réfléchit sur son présent et cherche à construire son avenir. Mais aussi aux Institutions qui mettent en vie sur le terrain les idées de vivre ensemble, de dialogue entre les religions, comme entre les religions et la société civile. Ce colloque « Parole de Dieu, violences des hommes » tire son originalité davantage de la pluralité des approches qu’il propose que par son titre. La question « violence et religion » est malheureusement devenue un lieu commun des salles de conférences ces dernières années ! Notre prise de risque se situe précisément à cet endroit : mettre en dialogue des disciplines universitaires qui d’ordinaire ne se côtoient pas. L’historien, le psychanalyste, le politologue, le philosophe, le sociologue et le théologien seront assis à la même table pour croiser leurs lectures du phénomène de la violence en religion. Ce colloque s’annonce de bonne tenue, nous espérons qu’il répondra aux attentes des invités, sans voler trop haut non plus.

Qu’attendez-vous de cet évènement ?

Qu’il permette aux intellectuels et acteurs de la vie sociale, religieuse et politique libanaise, issus de différentes confessions ou de différents partis, un temps de réflexion de qualité qui ose nommer les difficultés et ouvrir des pistes favorables à un vivre ensemble somme toute complexe. Qu’on ne s’impose plus le silence et la distance comme unique mode de gestion des différences mais que l’on découvre dans la parole échangée un vecteur commun de déplacement et d’interrogation capable de susciter le désir d’aller plus loin dans la connaissance et la rencontre de l’autre. J’espère secrètement aussi que l’on pourra identifier un peu plus encore l’Eglise protestante Française de Beyrouth à ces idées généreuses de réflexion, de dialogue et de rencontre. Le Liban est un pays dont les frontières sont plus pesantes à l’intérieur qu’à la périphérie. Nous sommes heureux d’apporter une pierre d’évangile, un témoignage qui pourrait l’ouvrir un peu plus.
Nous nous réjouissons de retrouver le Secrétaire Général du Défap, Bertrand Vergniol, ainsi que tous les partenaires français comme la CEEEFE ou l’ACO. Le Défap est un partenaire privilégié et historique de l’Eglise protestante française de Beyrouth. Sa présence à un tel événement est à la fois naturelle et encourageante.

 

Retrouver toutes les informations pratiques sur le colloque des Cèdres 2017




Al Mowafaqa : bientôt l’université d’été !

« Etudier et avancer ensemble », le programme de l’université d’été 2017 de l’institut Al Mowafaqa s’annonce déjà riche.

L’institut, créé en 2012 à l’initiative des Eglises catholique et protestante au Maroc, propose 42 heures d’introduction à l’islamologie, dans ses aspects théoriques et pratiques et un voyage d’études de 2 jours à Fès.

Le contenu de cette université d’été est complet. L’institut propose une introduction à la langue arabe, des ateliers de lecture autour du « Coran entre croyances », des conférences sur le prophète Mohammed, le développement de la pensée islamique, le droit islamique, les dogmes et rites, le soufisme, l’islam contemporain ou la pédagogie interculturelle et interreligieuse. (télécharger ici le programme complet)

 

Programme du séminaire d’été, © Al Mowafaqa

 

Quatre formateurs ont répondu présent à l’appel de l’institut Al Mowafaqa pour encadrer les participants.

  • Anne-Sylvie Boisliveau, islamologue et spécialiste du Coran, est maitre de conférence en Histoire des mondes musulmans à l’université de Strasbourg et directrice du programme «Islamologie» au Labex «Religions et Sociétés dans le Monde Méditerranéen» (RESMED) à la Sorbonne.
  • Rachid Saadi, islamologue et professeur agrégé, est enseignant-chercheur en pédagogie interculturelle au CRMEF Oujda. Ses travaux portent sur les nouvelles théologies de l’Islam, les dynamiques du dialogue interreligieux, l’Islam et la modernité politique.
  • Damien Labadie, historien et philologue, est spécialiste des langues sémitiques et doctorant à l’Ecole pratique des hautes études (Paris).
  • Yelins Abdelilah Mahtat, enseignant d’arabe et des sources de l’islam à l’Institut Al Mowafaqa. Il est diplômé de l’université Harvard (religious studies) et doctorant à l’Université de Leiden.

 


Institut Al Mowafaqa, DR

 

Pour toute demande d’informations et inscriptions, contacter l’institut par mail : institut@almowafaqa.com

Lire notre dossier sur l’Institut Al Mowafaqa




Nicaragua : le Défap rencontre ses partenaires

Le rendez-vous était pris de longue date. Pour le pasteur Florence Taubmann, cette mission avait trois objectifs : rencontrer les responsables du CIEETS, prendre connaissance de leurs activités et évaluer les possibilités de projets futures avec le Défap. Chaque année, le professeur Corinne Lanoir, Doyen de l’Institut Protestant de théologie de Paris, donne une semaine de cours d’Ancien Testament au CIEETS. Mais le Défap n’a aucun envoyé au Nicaragua depuis 2014.

 

Rendez-vous à la Faculté évangélique d’études théologiques

Dès son arrivée, le pasteur avait rendez-vous avec l’équipe des professeurs. Il s’agissait de présenter le programme de la FEET (Faculté évangélique d’études théologiques). Voici ses principaux axes.

  • Licence de théologie : programme sur 5 ans à temps partiel
  • Maîtrise de théologie : programme sur 2 ans pour former au pastorat, à d’autres ministères, ou en vue d’un diplôme en santé sexuelle et reproductive.
  • Programmes d’éducation populaire : théologie féministe, études bibliques, formation à la responsabilité et au leadership (mission intégrale, conjugaison de la théologie et du développement)
  • Programmes ponctuels autour de thèmes d’actualité : les changements climatiques, le VIH sida, le handicap, l’enfance, le dialogue interreligieux…
  • Programme DECATE une fois par mois : débat café théologie : thèmes de théologie contextuelle, présentation de livres.
  • Conférences de la chaire Georges Casalis.

 

Florence Taubmann a rencontré un groupe d’étudiants de différents niveaux et d’Eglises diverses : évangélique, baptiste, pentecôtiste et catholique. Certains étudiants viennent de très loin pour étudier, et tous se sont passionnés par les enseignements qu’ils reçoivent, la méthodologie et l’ouverture d’esprit.

Dans le paysage religieux du Nicaragua, où s’invitent de nombreux missionnaires nord-américains et coréens pour « évangéliser » de manière fondamentaliste un peuple dont 40% est protestant et 45% catholique, le CIEETS représente un lieu à part, parce qu’il représente une assemblée de 25 Eglises, et parce qu’il parvient à conjuguer les études théologiques et les questions d’environnement et de développement. Les différents enseignements du CIEETS touchent 1500 personnes réparties sur tout le pays.


Florence Taubmann et les professeurs de la FEET, 2017, DR

 


Rencontre et échanges avec des étudiants, 2017, DR

 

Rencontre avec l’AMAD

Le lendemain, une rencontre avait été organisée avec Jaïro Arce Mairena et Tania Valesca, l’équipe de direction, pour prendre connaissance de l’AMAD (Area de Medio Ambiente y Desarrollo ), qui est la branche sociale du CIEETS. Cette entité se consacre aux questions liées à l’environnement et au développement.
Le Nicaragua est une zone sismique. Il connait régulièrement des tremblements de terre et l’ouragan Mitch de 1998 est encore dans les mémoires. Il souffre de sécheresse depuis plusieurs années.  Or 75 % de la population vit de l’agriculture. Ceci entraîne beaucoup de départs. Environ 10% de la population vit à l’étranger ( au Costa Rica, au Honduras, aux USA et en Espagne).  Les coopératives sont le meilleur moyen de protéger la population de l’extrême pauvreté. Le travail de formation à la gestion de l’eau et à une agriculture durable passe le plus souvent par les Eglises en relation avec les municipalités. Le travail de formation d’AMAD se fait sur 4 ans, pour 12 communautés rurales, avec une évaluation à la fin.  Il y a actuellement des projets d’écoles de campagne.

Les récentes orientations prises par l’AMAD sont triples. Elles concernent la sécurité alimentaire, la gestion des risques et le changement climatique.

Visites de la bibliothèque et du tombeau Georges Casalis

Florence Taubmann a également visité la bibliothèque Georges Casalis avec Monica et Moïses. Ces derniers lui ont expliqué les enjeux et le rôle de la bibliothèque et échangé autour d’un projet de bibliothèque virtuelle.
Elle a aussi pu découvrir le tombeau du pasteur Georges Casalis et échangé sur son travail au Nicaragua.


Florence Taubmann devant le tombeau de Georges Casalis, DR

 

Rencontre avec les Eglises

Le pasteur a quitté Managua pour Jinotega, une ville à 150 kms de la capitale nicaraguayenne. Sur place, Florence Taubmann a rencontré l’Eglise locale, pentecôtiste, avec Darnell Roque, pasteur et ancienne boursière du Défap, et un groupe de jeunes. Elle a alors animé un partage biblique autour de la parabole du Fils prodigue.

Le lendemain, Florence Taubmann a rencontré les membres de l’Eglise de San Isidoro. Elle a fait de même à San Isidoro, en compagnie des responsables d’Eglises, sur la parabole des talents.

 


Temps de prière après le partage biblique à San Isidoro, 2017, DR

 

 

 

 




Mohammed, Mamoudou et Jésus

Au début, comme souvent, c’est d’abord une histoire d’amitié. Celle qui lie le pasteur de l’Eglise évangélique du Maroc, Samuel Amédro, à l’évêque du diocèse, Vincent Landel. Face à l’augmentation du nombre de chrétiens, des étudiants subsahariens principalement, des paroisses nouvelles émergent dès les années 1990. Pourtant, dans les années 1980, tout laissait penser que l’Église était en déclin.

Plus encore : durant la décennie 2000, un manque de pasteurs et de prêtres s’est fait sentir. C’est pour remédier à ce constat qu’a été créé l’institut. Son but : former des responsables religieux pour accompagner les fidèles, dans une volonté d’ouverture. Oublions la crainte et la peur. Pour les étudiants résidant au Maroc, l’Eglise est un refuge, une communauté, un lieu de ressources dans un contexte parfois difficile (manque de moyens, décalage culturel, racisme…). Mais ce refuge peut aussi devenir tentation de repli. Il est alors nécessaire de penser la présence chrétienne comme témoignage de Jésus-Christ : apprendre à connaitre et aimer les gens qui nous entourent et vivre positivement ce temps au Maroc.

Institut Al Mowafaqa, DR

Les prémices d’un projet ambitieux

Bernard Coyault, directeur de l’Institut, a été sollicité dès 2011 pour réfléchir avec un petit groupe rassemblant protestants et catholiques à la mise en place de ce lieu de formation des cadres laïques. Avec cette question : « pourquoi pas une formation unique de théologie comportant une base commune aux protestants et aux catholiques ? ». Un premier cycle universitaire ensemble ? Et pourquoi pas !

Les autorités marocaines ont été consultées. « Il fallait demander conseil pour éviter d’être perçu comme un bastion évangélisateur ».

L’appui académique est venu de Strasbourg et de l’Institut Catholique de Paris. Le conseil scientifique a été composé à parité avec une douzaine de professeurs africains et européens, catholiques et protestants, hommes et femmes. Une rencontre a lieu en juillet 2012 pour constituer la première maquette du programme. Le concept est simple : il s’agit de proposer une formation par alternance composée de sessions intensives de cours. Destinée initialement aux assistants de paroisses et aux pasteurs stagiaires, elle alterne cours et présence dans les communautés.

« Au Maroc, l’Eglise s’africanise »

Avec l’arrivée des étudiants dans les facultés marocaines et la présence accrue des personnes migrantes, l’Église « s’africanise ». Elle devient dans le même temps moins « menaçante » pour les Marocains. Les préjugés, hérités de l’histoire coloniale, disparaissent petit à petit.

La coopération grandissante du Maroc avec les pays subsahariens et la sédentarisation des étudiants et des migrants accroissent la présence chrétienne au Maroc. Les Marocains découvrent un autre christianisme que celui, ambigu, lié à la colonisation, un christianisme à très grande majorité africain.

Preuve que les autorités marocaines sont attentives à ces évolutions et aux propositions de l’intitut : celui-ci a été sollicité par la Rabita des Oulémas1 pour mettre en place, à partir de septembre 2017, un séminaire mensuel pour former des étudiants marocains en religion à la connaissance du christianisme et au dialogue interreligieux. En novembre dernier, l’Institut a d’ailleurs accueilli un colloque co-organisé avec l’Université Internationale de Rabat, l’UPAC (Yaoundé) et l’IRD (Institut de Recherches et Développement) français. Il s’intitulait : « Afrique(s) et radicalité religieuse ». Des théologiens, des sociologues, des philosophes et des historiens de treize pays différents y sont intervenus.

Une alternative aux foyers de crispation

Bernard Coyault témoigne : « L’intuition originelle du projet était de créer un lieu où l’on peut rencontrer l’autre avec une certaine exigence intellectuelle, en s’appuyant notamment sur l’expérience des cours « à deux voix » (catholique/protestant, Européen/Africain, chrétien/musulman, etc.) où le meilleur de chaque tradition est présenté et mis en dialogue. Al Mowafaqa est devenu un laboratoire où l’on donne la parole à l’autre. Ce processus d’apprentissage qui privilégie l’écoute et le débat plutôt que la confrontation, avec les multiples occasions de partage, forge des personnalités qui, quand elles rentrent au pays, sont aptes à écouter et à accueillir l’autre. Al Mowafaqa devient alors une alternative aux foyers de crispation. »

Ici, on apprend à estimer l’autre en restant soi-même et en affirmant qui on est. Il y a d’autres pays de la sous-région où les chrétiens sont minoritaires. La compétition entre les groupes de chrétiens est contreproductive : elle empêche toute réflexion et action commune et nuit finalement au témoignage. Pourtant, il faut une approche intelligente de l’Islam, faite de dialogue et non de tension, basée sur l’estime plutôt que le mépris.

Deux universitaires marocains font partie du conseil scientifique de l’Institut. Lequel a par ailleurs recruté un professeur marocain d’arabe et d’islamologie à plein temps

Bernard Coyault et la promotion 2017 du certificat Al Mowafaqa – DR

 

Programme à la carte et Forem

La première session de cours à l’Institut a débuté en février 2013, avec une trentaine de personnes. Pour la formation longue en théologie, il y a une promotion tous les deux ans. La première remise de diplômes aura lieu en juillet 2017 après un  parcours de quatre années.

Un certificat pour le dialogue des religions et des cultures (formation courte de cinq mois) a été créé avec l’ISTR (Catho-Paris). Moins théologique, il est axé surtout sur la connaissance de l’islam, avec des cours de sociologie des religions, de pédagogie interculturelle ou encore d’arabe.

L’Institut Al Mowafaqa accueille actuellement sa troisième promotion. Le public est très varié : un étudiant en philosophie venu de Nantes, une étudiante en théologie allemande, une protestante et deux catholiques centrafricains, une sœur malienne, deux protestants, un laïc et un pasteur arrivés de l’extrême nord du Cameroun (dans la zone où sévit le mouvement terroriste Boko Haram), une jeune théologienne congolaise, responsable de l’ouverture d’un Institut de théologie œcuménique à Goma, un séminariste du diocèse d’Evry…

L’ambition de l’établissement est d’accueillir tous ceux qui souhaitent se former dans cet esprit d’ouverture et participer à l’amélioration du « vivre ensemble ». Des personnes de profils très différents s’inscrivent donc au certificat ou en licence de théologie. Il y a également des groupes de paroisses venus de France ou d’Allemagne qui viennent en visite. Et un public marocain se développe petit à petit. Toutes les conférences sont ouvertes au public. (télécharger le programme).

Parmi les auditoires spécifiques, il y a aussi les Eglises de migrants qui se sont développées dans les quartiers périphériques à Rabat ou de Casablanca. Une formation des responsables des Eglises de maison au Maroc (Forem) a été mise en place, elle a lieu huit samedis par an. Au sein de ce réseau informel aussi important numériquement que les Eglises officielles, la cible est essentiellement les pasteurs évangélistes,  « prophètes » qui dirigent des communautés souvent en tension dans leur quartier.

Orientation pour 2017

Petit à petit, l’Institut gagne la confiance des autorités. Des liens se créent également avec les universitaires marocains. Être un lieu ressource pour former des étudiants marocains au pluralisme religieux et à la connaissance du christianisme, voilà une nouvelle mission qui pourrait également être mise sur pied.

Bernard Coyault conclut : « Nous sommes au service du pays qui nous accueille. C’est aux Marocains eux-mêmes de nous dire ce qu’ils attendent d’un Institut comme le nôtre et comment, au delà du service rendu aux Eglises chrétiennes du pays, nous pouvons contribuer à une meilleure compréhension du christianisme dans ce pays, sans agenda caché ni esprit de prosélytisme ».

 

 

1 La Rabita Mohammadia des Oulémas est chargée, selon ses textes fondateurs, de faire connaître les prescriptions de la Charia islamique et les nobles valeurs de l’islam : juste milieu et modération. Elle contribue également à l’animation de la vie scientifique et culturelle dans le domaine des études islamiques en renforçant les liens de coopération et de partenariat avec les établissements universitaires et les autres institutions scientifiques poursuivant les mêmes objectifs.
Cette institution, dont le siège est à Rabat, comprend trois organes : le conseil académique, le bureau exécutif et le secrétariat général.

 

 




En souvenir d’un ami

Les membres du Conseil économique, social et culturel de Tahiti ont rendu hommage à John Doom le 30 janvier 2017. Cette figure de la culture polynésienne, homme de conviction et d’engagement, notamment contre les essais nucléaires français à Mururoa, s’est éteint le 25 décembre 2016 des suites d’une longue maladie. Jacqueline Dom et Jean Adnet, anciens envoyés du Défap à Tahiti, témoignent ici de leur rencontre avec John Doom.

Une lettre de Jacqueline Dom

« Missionnaires, avec mon mari, en Polynésie de 1962 à 1971, nous avons bien connu John Doom.
Lorsque nous sommes arrivés, il était encore secrétaire de mairie à Arue, une bourgade située juste à l’entrée de Papeete… Elle doit quasiment faire partie de la ville, aujourd’hui.

Très engagé dans l’Église Évangélique de Polynésie française par le biais des UCJG (Union chrétienne des Jeunes gens), il est devenu secrétaire général après l’autonomie de cette dernière, instaurée officiellement par le pasteur Marc Boegner venu exprès de Paris en septembre 1963.

Mon mari, Frédy Dom, est quant à lui devenu en 1965 trésorier de l’Église. Certaines personnes se perdaient un peu entre le Secrétaire Doom et le Trésorier Dom !

C’était un homme sage, avec qui il était très agréable de collaborer, qui ne recherchait jamais les honneurs. Nous avons vécu plusieurs temps fort de l’Église ensemble, que ce soient des joies (fêtes, kermesses, collectes annuelles) ou des peines (le décès du pasteur missionnaire Maurice Bach, le départ précipité d’un autre pour cause de maladie)

Son épouse Tetua, disparue il y a quelques années, était également très engagée dans l’Église. Plus tard, ils sont venus s’installer à Ferney-Voltaire dans l’Ain, car John avait été nommé au Conseil œcuménique des Églises (COE) à Genève.
Je me souviens qu’un jour, nous nous sommes retrouvés à Paris lors d’un colloque au Sénat où il présentait « Moruroa et nous », l’Association qu’il avait créée pour dénoncer les effets nocifs des essais atomiques.

Nous gardons un souvenir très vivant de cet homme, grand serviteur de l’Église qui a toujours su vivre sa foi de manière concrète en s’occupant des autres. »

    Jacqueline Dom,
Ancienne envoyée à Tahiti

 

 

Lettre de Jean Adnet

« Nous avons appris la mort de John au moment où, le sachant malade, notre famille lui écrivait un message de NoëI. C’est dire notre émotion d’apprendre qu’il venait de nous quitter.

Parmi les souvenirs les plus marquants que j’ai de John, il y a d’abord le jour où il a commencé à servir son Église en devenant diacre. Il a été, dès le début, supporter du mouvement UCJG, l’Union chrétienne des Jeunes gens, au sein duquel on le voyait, lors des défilés du 14 juillet.

J’ai découvert la Nouvelle Calédonie avec lui, quand a été créée à Lifou la Conférence des Églises Protestantes du Pacifique. Je lui ai aussi rendu visite en France, ainsi qu’à son bureau du Conseil Œcuménique à Genève où il était représentant des Églises du Pacifique.

Cette fonction a été pour lui l’occasion de découvrir d’autres Églises, notamment celles d’Afrique, et de faire la connaissance de personnalités du protestantisme mondial. L’œcuménisme dont il a fait preuve à Tahiti, comme le pasteur Samuel Raapoto, décédé peu de temps avant lui, tient certainement à ses fonctions à Genève.

Il a aussi travaillé avec des collègues catholiques à la première édition du dictionnaire tahitien-français de I’Académie tahitienne. Dans les derniers temps, il avait été nommé représentant du Conseil Œcuménique auprès des Églises du Pacifique. Mais c’est particulièrement dans notre commun désaveu des essais atomiques français en Polynésie et ses interventions pour mettre un terme aux sanctions qui m’avaient frappé du fait de mon opposition à ce projet, que nous avons ressenti une pleine solidarité fondée à la fois sur l’amour du « fenua » (le « pays » en tahitien) et de sa population.

Dans une journée organisée au Sénat de Paris, il m’avait remis une nacre gravée au nom de « MORUROA E TATOU » (Moruroa et nous), association tahitienne défendant les victimes des essais et dont il était l’un des principaux militants.

Je garde précieusement cette nacre en souvenir de lui et de Tetua, son épouse dont il a partagé la vie comme l’indique le titre de son livre : « Mémoire d’une vie partagée ». *

Jean Adnet, pasteur et ancien envoyé à Tahiti.

 

 

*Ouvrage publié en 2016 par les éditions tahitiennes « Haere pô »

 

 




Le Forum ? C’était passionnant !

L’objectif était ambitieux : interroger et exprimer les fondements existentiels de la mission au sens de la « conscience d’agir pour un Autre et en son Nom ». Dans les faits, ce fut un temps d’échange, de partage et de réflexion à la fois collectif et individuel, grâce au travail en petits groupes. Tous les « forumistes » en sont sortis enchantés, regonflés à bloc pour aller parler de mission dans leurs paroisses.

 

Plus de cent cinquante participants au Forum se sont retrouvés à Sète, entre le 28 et le 30 octobre, pour parler de la mission. Le soleil était aussi de la partie, ce qui a été bien agréable pour les travaux en groupes, certains n’ont pas hésité à s’assembler dans le jardin. On a même vu quelques courageux dîner dehors, le samedi soir !

La bannière du Défap, bien visible dans le jardin méditerranéen du Lazaret (Sète)

Plus sérieusement : cette édition 2016 a été une belle réussite.

Le vendredi soir a démarré sur les chapeaux de roues : orateur hors pair, le lieutenant de l’Armée du Salut Matthieu Bösiger n’a pas hésité à bousculer l’assemblée. « Sortez ! Osez ! Faites quelque chose ! Trompez-vous mais ne restez pas enfermés ! La mission, c’est dehors ! » Mêlant le rire et l’émotion, les traits d’humour et les moments intenses, il a raconté comment lui était venue la vocation et quelle était désormais sa mission. Son intervention a suscité de nombreuses questions et un certain enthousiasme pour la suite.

Cette suite a pris la forme, le samedi matin, d’une première table-ronde en séance plénière, avec une série de témoignages choisis : une soeur diaconesse, un couple de pasteurs de l’EPUdF de retour de Madagascar, où ils venaient de passer quatre ans, une pasteure originaire du Cameroun aujourd’hui en poste en banlieue parisienne et le jeune président de l’association Co-Exister. D’âges et de milieux variés, ces hommes et ces femmes ont trouvé les mots justes pour parler de leurs vocations, aussi diverses et plurielles que possible. Un bel exemple pour tous les participants, qui ont réagi par leurs questions mais aussi par leurs propres témoignages.

Il y a eu ensuite une série de travaux en petits groupes de sept à huit personnes, d’abord à propos des témoignages entendus, pour mettre en commun les échos que cela avait pu provoquer dans la vie personnelle et communautaire des uns et des autres.

Le second temps d’atelier a suivi la conférence du pasteur Evert van de Poll sur la Bible. A partir de versets bibliques, il s’est agi d’aborder des thèmes aussi divers que « Le libéralisme économique est-il une malédiction » ou « Comment la femme fait-elle l’avenir de l’homme ? ». Intitulé « lectio humana, textes à discuter » un livret remis à chaque participant reprenait l’ensemble des textes servant de support à ces thèmes de société. Après avoir partagé la lecture des textes, chacun pouvait réagir avec ce qu’il est, exprimer ce qui le touchait, ou le choquait, en acceptant d’écouter aussi les autres.

Après le dîner, le spectacle « Familles, je vous M », une pièce de théâtre écrite, mise en scène et interprétée par Laurence Tartar-Fouchier a mis en joie toute l’assistance.

Le dimanche, avant le culte, une « lectio divina » a permis à chacun de se ressourcer dans la méditation. Et aussi de rédiger quelques textes : la louange et les autres textes lus pendant le culte étaient donc le fruit de la synthèse des groupes de travail. Une manière originale de célébrer la mission, et Celui qui nous y envoie.

Nous reviendrons certainement sur ce Forum 2016, notamment lorsque nous mettrons à la disposition de tous les différents matériels qui ont aidé les « forumistes » à travailler. En attendant l’organisation de « mini-forums régionaux »…

 

 




Eglise du Bénin : le Défap reçoit le secrétaire général

Début septembre, le secrétaire général de l’Église Protestante Méthodiste du Bénin (EPMB), Zabulon Djarra, était de passage au Défap. L’occasion de faire le point avec le responsable des relations et solidarités internationales, Jean-Luc Blanc, sur les projets en cours et sur la vie ecclésiale.

Partenariats

Stages de formation de pasteurs, envois de volontaires, amélioration des moyens techniques et financiers de la radio locale, Hosannah FM, participation à l’édition du matériel de catéchèse, soutien à l’Université protestante d’Afrique de l’Ouest (UPAO), le partenariat entre le Défap et l’EPMB a de multiples volets.

Si certains projets sont déjà lancés, d’autres sont encore en phase de préparation. C’est le cas notamment pour l’envoi de pasteurs béninois en France. A l’automne 2017, treize pasteurs et encadrants béninois viendront suivre une formation théologique à Paris, avec la collaboration du Défap. « Le but est de faire tomber les barrières culturelles pour faciliter l’intégration », explique Zabulon Djarra.

 


Zabulon Djarra et Jean-Luc Blanc au Défap, septembre 2016, DR

 

Un acteur essentiel dans la réunification de l’EPMB

Rappelons qu’en 1993, une grave crise institutionnelle avait eu pour conséquence la scission de l’Église en deux branches distinctes dont l’une, nommée « EPMB Conférence » avait emporté avec elle des temples, des dispensaires et des écoles. Plusieurs procès ont entrainé des décisions de justice mais aucune n’avait jamais été appliquée. Ce n’est qu’au cours du synode de 2015, que la réunification a été publiquement évoquée pour la première fois, résultat d’un long travail effectué par le secrétaire général de l’EPMB, Zabulon Djarra, et son président, Nicodème Alagbada. « Lorsque nous avons été élus, en 2009, nous avons immédiatement décidé que notre objectif commun et principal allait être de travailler pour que l’Église soit réunifiée avant la fin de nos mandats », explique le pasteur Zabulon Djarra.

Alors que les responsables de l’EPMB n’avaient jamais été soutenus par les autorités béninoises, que ce soit feu le président Matthieu Kérékou ou son successeur, Thomas Boni Yayi, le président nouvellement élu, Patrice Talon, a abondé dans leur sens. « C’était logique, car il a placé son mandat sous le signe de l’État de droit et du respect des institutions. Il a commencé en faisant appliquer les jugements rendus. » En mai 2016, l’EPMB a donc pu récupérer deux temples.

Cinq rencontres bipartites ont ensuite eu lieu, sous l’égide du chef de l’État, qui ont abouti, le 3 juin 2016, à la signature d’une convention et la mise sur pied d’un organe transitoire de gestion, créé pour une durée d’un an.

« Pour nous, la réconciliation devait conduire à un retour à l’institution dont nous avions conservé le nom, à savoir l’Église protestante méthodiste du Bénin. Il ne s’agissait absolument pas de créer une nouvelle Église, explique Zabulon Djarra. Nous avons beaucoup insisté sur l’importance de notre identité. »

« Nous conduisons la période de transition par le biais de l’organe de gestion. En juin 2017, de nouveaux responsables ecclésiaux seront élus – ni le président ni moi-même ne serons candidats – et dès cet instant, la réunification sera accomplie. En politique, comme en milieu ecclésiastique, ceux qui détiennent le pouvoir ont tendance à s’y accrocher. En acceptant de ne pas être éligibles, nous voulons montrer que diriger une Église, c’est être au service des paroissiens. Comme nous le démontre Paul au travers de ses épîtres, être une autorité, c’est être au service des autres ».

 


Zabulon Djarra, septembre 2016, DR

 

« J’aimerais que l’Eglise retrouve à présent sa vocation, qu’elle se mette au service du peuple, et annonce l’Évangile tout en contribuant au développement du Bénin. La réunification est quasiment achevée et pour la majorité des pasteurs et des fidèles, c’est un vrai soulagement. »

 

 




Formation des envoyés 2016 : le bilan

Le 15 juillet 2016 s’achevait la formation des treize envoyés du Défap. Retour sur deux semaines d’enseignement et de rencontres.
Accueil des envoyés

Comme chaque année, toute l’équipe du Défap a accueilli les futurs envoyés. Sous forme de jeu, chacun s’est présenté, avant que tous ne reçoivent les informations essentielles sur le déroulement des deux semaines à venir, de même que les principales règles de vie au Défap. Un petit livret de présentation est alors remis à chacun.

Le premier jour est consacré à l’accueil : présentation du Défap, visite de la bibliothèque et des archives, réflexions sur le départ de chacun à travers le jeu « Je veux partir ».

 


Jeu d’accueil avec toute l’équipe du Défap, juillet 2016, DR

 


Visite de la bibliothèque du Défap avec Claire-Lise Lombard, juillet 2016, DR

Des profils diversifiés

Stéphane, Aimée, Christian, Samy, Nicolas, Salomé, Alexandra, Gérard, Gwénaëlle, Noémie, Camille, Lydie…ils sont treize cette année à avoir été candidats pour partir en mission dans huit pays à travers le monde.
Ils ont entre 18 et 54 ans, sont étudiants, infirmiers, menuisiers ou encore pasteurs et partent pour des durées allant de 10 mois à 3 ans.
Certains sont déjà partis en mission à l’étranger, tandis que pour d’autres candidats c’est la première fois.

 


Les futurs envoyés du Défap, juillet 2016, DR

Un programme passionnant

Chaque jour démarre par une méditation biblique animée par des volontaires à tour de rôle et coordonnée par les pasteurs Florence Taubmann et Jean-Luc Blanc.
Place ensuite à la « météo du jour », où chacun partage son humeur et/ou ses questionnements.

Les deux semaines de formation sont articulées autour de différents thèmes :
– les enjeux politiques
– l’interculturalité
– les relations entre chrétiens et croyants d’autres confessions
– les inégalités Nord-Sud
– les crises et conflits en milieu interculturel
– les relations avec l’Eglise d’accueil
– l’aspect santé de la mission

La conférence sur les crises et conflits en milieu interculturel est animée par Hervé Ott. Ce formateur est aussi consultant en approches et transformations constructives des conflits dans les groupes sociaux ou interculturels. Théologien de formation, il intervient dans le monde de l’éducation et du social. Pour lui, le conflit est inévitable et la préparation essentielle pour les candidats au départ. « Pour ces futurs envoyés, le conflit va forcément faire partie de la rencontre, car celle-ci est liée à la différence culturelle et aux incompréhensions », assure Hervé Ott.  » Dans ma culture, par exemple, c’est l’individu qui prime sur le groupe alors que dans d’autres cultures, comme en Afrique par exemple, c’est le groupe qui prime sur l’individu. Tout cela peut créer des situations d’incompréhensions ou des blessures. L’autre est blessé car je fais un acte qui correspond à ma culture, mais qui n’est pas forcément compris par l’autre. Il vaut donc mieux se préparer au conflit car notre bonne volonté ne suffira pas ».

 

Hervé Ott, intervenant du Défap
Co-auteur de « Pédagogies des rencontres et des conflits transculturels »
(Editions Chronique Sociale, 2014)

Pour Evelyne Engel, qui anime une série de conférences sur l’interculturalité, « l’objectif de la formation est d’éveiller les curiosités. Si, à la fin, les candidats ont moins de certitudes et se disent : « tiens je n’avais pas vu cela ainsi », c’est déjà une belle réussite ». (Retrouvez ici l’interview complète d’Evelyne Engel)

 


Conférence sur l’interculturalité avec Evelyne Engel, juillet 2016, DR

 

Des moments d’échange et de convivialité

La formation dispensée par le Défap se veut avant tout participative. Au-delà des cours, des ateliers pratiques sont aussi proposés, où l’on aborde différents thèmes comme la prévention et la sécurité. La parole est souvent donnée aux envoyés eux-même, comme lors de leur évaluation de mi-parcours. Maison du Défap, gestion du temps, outils… les candidats discutent déjà à propos des cinq jours qui viennent de s’écouler.


Echanges avec le pasteur Jean-Luc Blanc, juillet 2016, DR

Le partage d’expériences a également sa place. D’anciens envoyés formés par le Défap viennent témoigner de leur mission passée.

Ainsi Noémie, qui partira au Caire en septembre, se réjouit d’avoir fait connaissance avec Freddy : « c’ est très enrichissant et cela développe ma curiosité. Je n’aurai donc pas trop d’a-priori en arrivant. Même si, on le voit bien, chaque expérience est différente. »

En parallèle de la formation, chaque candidat est reçu en entretien individuel. Lors de cette entrevue, les futurs envoyés posent toutes les questions administratives et pratiques et finalisent leur dossier.

Bien plus qu’une formation stricto sensu, les deux semaines au Défap sont une expérience de vie unique en son genre.

Les temps libres se vivent souvent entre participants et équipe encadrante. Et les moments de partage sont nombreux : discussions, chants, soirées grillade ou paëlla, visionnage du match de la finale de l’Euro France-Portugal, visite de la cathédrale Notre Dame de Paris et initiation aux règles du Quidditch, un sport… magique !

Camille, la benjamine, s’est tout de suite sentie à l’aise avec les autres participants : « J’ai fait plein de belles rencontres, nous raconte t-elle. C’est très enrichissant de connaître les parcours et les expériences de chacun. Tout le monde a l’esprit très ouvert et… ça fait du bien ! »

 


Préparation de la paëlla par « le Capitaine », juillet 2016, DR

 

Un bilan positif

A l’issue des deux semaines, les participants sont ravis. « La formation concrétise vraiment le projet de départ, explique Noémie, on comprend mieux la place que l’on aura et ce que l’on fera une fois arrivés. Il y a de la théorie bien sûr, mais surtout, nous sommes en compagnie de gens qui sont dans le même état d’esprit que nous ».

« La formation m’a vraiment appris beaucoup de choses », confie Samy. « C’est à la fois de l’enseignement théorique et des cas pratiques. Cela nous permet de nous poser aujourd’hui les questions qui se poseront demain, pendant le voyage ».

Camille, qui partira en Egypte à la fin de l’été, dresse aussi un bilan très positif de cette expérience, « la formation m’a permis de me poser des questions sur moi-même et de voir comment je vais appréhender les situations. Ça prépare au voyage mais aussi aux différences de cultures. Une fois sur place, je pense que ce sera agréable d’être bien préparé. »

 

 




Pour un dialogue interculturel

C’est la troisième année qu’elle collabore avec le Défap. De mère occitane et de père allemand, Evelyne Engel s’est depuis toujours intéressée à la question de l’interculturalité. Ancienne responsable d’un centre d’hébergement pour réfugiés politiques, elle est aujourd’hui consultante sur les questions d’aménagements et d’interculturalité. Durant la formation des envoyés, elle animait une série de conférences. Face à nos questions, elle livre aujourd’hui sa vision de l’altérité et du vivre ensemble.

Comment peut-on définir l’interculturalité ?

Je ne pourrais pas donner de définition précise car en réalité il n’en existe pas. L’interculturalité c’est l’alchimie précieuse de la rencontre de l’autre dans toutes ses différences.

Qu’est-ce qui dans celui que je vais rencontrer m’interroge, me ravit, me questionne, me dérange ou me trouble ? Et au-delà de ce que je ressens, quelles sont les logiques qui sont en œuvre de son côté et du mien ? Pourquoi je pense cela à ce moment-là ? Qu’est-ce qui se passe dans ce rapport à l’autre qui m’est inconnu et qui suscite toutes ces palettes d’émotions ?

Voilà sur quoi nous pouvons nous interroger lorsque l’on parle d’interculturalité.

Evelyne Engel, DR

En quoi ce thème est-il essentiel durant la formation des envoyés du Défap ? 

Il est nécessaire de faire réfléchir à la richesse et à la complexité de la rencontre avec l’autre.
Ces personnes vont partir à la rencontre d’autres cultures et d’autres populations. Lorsqu’un envoyé séjourne dans un autre pays, il tente de trouver une place dans un univers culturel qui n’est pas le sien. Comment alors comprendre les réalités qui nous entourent et comment être en dynamique d’échange ? Chaque individu a déjà sa propre identité, une culture et une origine géographique. Et il doit composer avec celui qu’il rencontre. Mais comment faire pour rencontrer celui qui est différent de nous ? L’interculturalité c’est justement ça : l’interaction de toutes ces cultures.
La découverte de l’autre est toujours d’une grande richesse mais naturellement l’être humain a des réticences pour s’intéresser à l’autre. Entre le désir de bien faire et la rencontre elle-même, qui n’est pas évidente, il faut réussir à tisser une relation de confiance en soi et en l’autre. Car il ne faut pas non plus l’oublier, celui qui est en face de nous n’attend pas forcément la même chose.
A travers ces conférences, je ne cherche pas à donner de mode d’emploi, qui n’existe pas d’ailleurs. Je ne suis pas là pour parler des pays ou des continents. Je ne propose pas un modèle gravé dans le marbre. Il s’agit plutôt d’une façon d’observer le monde. Cette vision incite à se poser des questions et à s’intéresser à l’autre. Je donne donc une sorte d’outillage intellectuel qui permet d’ouvrir des portes et qui donne des clés de compréhension.
La solidarité qui est présente chez les envoyés est indispensable. Leurs parcours sont tous différents, tout comme leurs aspirations. Cela peut être la découverte, le partage, un élan de fraicheur ou de générosité. Mais ce désir d’aller vers l’autre est commun à tous.

 

Conférence sur l’interculturalité, juin 2016, DR

Durant cette formation, quel est votre objectif ?

Eveiller les curiosités : c’est ça l’objectif principal.
Une journée de formation c’est court. Si à la fin de cette journée, les candidats ont moins de certitudes et se disent : « tiens je n’avais pas vu ça ainsi », c’est déjà une belle réussite.

Je suis issue d’un métissage culturel.  Mon expérience c’est avant tout du terrain. Si j’arrive à transmettre le questionnement qui a jalonné mon parcours et ma vie, j’aurai réussi quelque chose.

 

L’intervention d’Evelyne Engel s’intègre au dispositif global de la formation des envoyés. Laura Casorio, responsable des envoyés du Défap, nous explique, elle aussi, pourquoi le service protestant de mission s’adresse à des professionnels (sociologues, formateurs ou chercheurs) pour enrichir le contenu de la formation de ses envoyés.

Pourquoi un tel enseignement, consacré à l’interculturalité, a-t-il sa place dans une formation comme celle des envoyés du Défap ?

Depuis des années, le Défap collabore avec des professionnels pour offrir aux envoyés une formation au départ au sens large du terme. La formation n’est pas construite pour répondre aux besoins de renseignement sur un pays ou sur les enjeux d’un métier. Bien-sûr, les envoyés reçoivent les renseignements nécessaires à leur mission avant leur départ.

Il s’agit d’outiller les envoyés à pouvoir interagir avec l’environnement, la société civile et la communauté locale avec laquelle ils vont passer un temps de leur vie plus ou moins long.
L’expérience du Défap d’envoi de personnes sur plusieurs dizaines d’années montre bien qu’ en mission le savoir-être prime sur le savoir-faire ce qui n’est pas évident pour des Français qui se lancent dans l’aventure d’une mission à l’étranger.

Dans cette optique, le choix fait dans le passé de donner de clés de lecture qui peuvent être ensuite utilisées, déclinées et personnalisées par chaque envoyé nous paraît toujours d’actualité.

 

 




Exilés : l’accueil d’abord !

Le 14 juillet prochain le collectif « Exilés : l’accueil d’abord ! », créé par l’Eglise protestante unie de France, lancera une campagne de sensibilisation nationale sur l’accueil des exilés en France. A l’occasion de la fête nationale, le mouvement appelle à un accueil conforme aux principes républicains et aux capacités de la France. Engagé en faveur des réfugiés de par le monde, le Défap soutient activement ce mouvement.

Le collectif

Lancé par l’ Eglise protestante unie de France, le collectif a de nombreux partenaires : l’Église protestante unie de France, la Cimade, l’association interreligieuse des jeunes Coexister, la Fédération de l’Entraide Protestante, la Fédération protestante de France, les Éclaireuses et éclaireurs unionistes de France, la Fondation et la Communauté des Diaconesses de Reuilly, l’Union bouddhiste de France, l’Institut protestant de théologie, la Mission Populaire Évangélique de France, l’hebdomadaire Réforme, le site de l’actualité vue par les médias protestants Regardsprotestants et l’agence de communication Aggelos.
À ce jour, 200 paroisses ont déjà participé activement à des manifestations publiques, installé des bannières sur leurs façades, mis en place des animations œcuméniques et interpelé des élus.
Pour sensibiliser l’opinion publique, des conférences de presse sont organisées dans une vingtaine de villes.

 

Liberté, Egalité, Fraternité, Exil : l’accueil d’abord

 » Exilés : l’accueil d’abord ! « propose de sensibiliser l’opinion publique par une mobilisation symbolique et médiatique. Dans ce but, deux actions symboliques sont menées en parallèle :

  • l’affichage d’une bannière sur les façades des églises, temples, bâtiments pour diffuser ce message
  • l’interpellation des élus sur les réseaux sociaux ou par courrier pour un engagement concret dans les communes, les départements et au niveau de l’Etat.

Contre la logique de méfiance et de rejet, le collectif veut faire entendre une voix généreuse et réaliste. Oui, pour accueillir les exilés, la France doit faire plus et mieux !

 

Retrouvez toutes les informations utiles sur le site www.accueillons-les-exiles.fr

Lire le témoignage de Florence Taubmann lors de sa visite
du camp de réfugiés de Grande Synthe en mars 2016.

Lire le témoignage de Valérie Thorin lors de sa visite
du camp de Grande Synthe en mars 2016.

 




Christian, futur envoyé du Défap

Il partira le mois prochain pour quatre ans de mission en Guadeloupe et en Martinique. Aujourd’hui le pasteur Christian Bouzy est venu suivre les deux semaines de formation des envoyés du Défap. Comme les autres candidats au départ, il suivra avec attention le contenu des enseignements à venir.

Avant de partir avec le service protestant de mission, Christian Bouzy le connaissait déjà. Pasteur depuis près de trente ans, il a été en lien avec l’institution lorsqu’il était président du conseil régional Cévennes-Languedoc-Roussillon de l’Eglise Protestante unie de France.

 

Christian Bouzy, DR

 

Un projet de longue date

Partir, il y avait songé il y a de nombreuses années mais ses engagements en tant qu’époux et jeune père de famille avaient mis cette idée en suspens. Aujourd’hui, ses quatre fils sont grands et autonomes. Christian n’a donc pas hésité cette fois.
Curieux des cultures guadeloupéenne et martiniquaise, il a hâte de découvrir une région du monde qu’il ne connait pas. Mais Christian est surtout ravi de pouvoir prêcher dans des milieux complètement différents de ceux qu’il a connu lorsqu’il était pasteur au foyer de Grenelle de la Mission Populaire.

Bientôt le départ

A compter d’août 2016, Christian sera en charge des paroisses de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) et de Fort-de-France (Martinique). De plus, il sera chargé de l’animation des équipes d’aumôniers des centres pénitentiaires de Baie-Mahault (proche de Pointe-à-Pitre) et de Ducos.

Se préparer à la mission

Au printemps 2016, Christian s’est rendu aux Antilles pour rencontrer les deux paroisses qui ont validé sa candidature. Aujourd’hui, il démarre la session de formation du Défap avec beaucoup d’intérêt : « c’est très important, c’est un bon moyen d’avoir toutes les informations utiles avant le départ. Je suis très curieux des conférences sur l’interculturalité et le dialogue interreligieux ».