Églises et replis identitaires : l’inscription au forum est ouverte

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C’est à la Maison du protestantisme, au 47 rue de Clichy, à Paris, qu’aura lieu les 23 et 24 novembre ce rendez-vous organisé par la revue Perspectives Missionnaires, unique revue protestante de missiologie de langue française.

Le thème (« Les Églises aux prises avec les replis identitaires et culturels. Pourquoi sortir de l’entre-soi ? ») sera abordé à travers quatre grands enjeux :

 

 

 

 

Quels effets de la mondialisation dans le champ religieux européen ?

Les sociétés européennes ont changé de visage au cours des dernières décennies. La mondialisation est porteuse de transformations considérables. De quelle façon le christianisme est-il touché par ces évolutions en Europe ? Subissent-ils ce mouvement ou en sont-ils des acteurs majeurs ?

Du multiculturel à l’interculturel, comment conjuguer les identités ?

Dans les pays européens, la cohésion sociale a reposé sur un ensemble de valeurs partagées. Aujourd’hui, la diversité culturelle est souvent présentée comme une menace pour la paix sociale. Quel est le jeu des Églises face aux défis d’une réalité multiculturelle ?

Églises affinitaires et « société liquide », quel avenir pour la mixité ?

Pour certains, le monde contemporain est caractérisé par la fluidité, la flexibilité et les relations libres. Pour d’autres, les affirmations identitaires sont une réaction à la dissolution des liens sociaux et un facteur de stabilité personnelle ou communautaire. Les Églises sont-elles des lieux de passage et de mixité ou favorisent-elles l’entre-soi et le communautarisme ?

Œcuménisme et mission, quelles priorités pour le témoignage chrétien ?

Pour le témoignage chrétien, la diversification de l’offre est une manière de toucher un public plus large. Mais un risque émerge, celui de la perte de l’unité de la foi, de l’unité du corps du Christ. Comment attester la communion chrétienne au-delà de la pluralité des origines, des cultures et des parcours ?

 

Prêtres et pasteurs, historiens, sociologues, représentants d’institutions ecclésiales françaises ou internationales figurent parmi les intervenants de ce forum, avec notamment la présence de : Michel Durussel, Marc Frédéric Muller, François Clavairoly, Jean-Paul Willaime, Jean-Luc Mouton, Yannick Fer, Frédéric de Coninck, Jean-Claude Girondin, Georges Michel, Gabriel Amisi, Anne Zell, Martin Burkhard, Joseph Kabongo, Bernard Coyault, Élisabeth Parmentier, Michel Mallèvre, Christiane Énamé, Jean-François Zorn, Marie Kim et Frédéric Rognon.

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de trente-cinq ans Perspectives missionnaires.
Née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires, elle s’est élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture oecuménique. Elle est actuellement gérée par une association indépendante et s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), et depuis fin 2017 la Cevaa.

 




Religion sans compassion n’est que ruine de l’âme !

Les pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se rassemblent autour de lui. Ils voient quelques-uns de ses disciples manger avec des mains souillées, c’est-à-dire non lavées.

Or les pharisiens et tous les Juifs ne mangent pas sans s’être soigneusement lavé les mains, parce qu’ils sont attachés à la tradition des anciens. Et, quand ils reviennent de la place publique, ils ne mangent qu’après avoir fait les ablutions rituelles. Ils sont encore attachés à beaucoup d’autres observances traditionnelles, comme le bain rituel des coupes, des cruches, des vases de bronze et des sièges.

Les pharisiens et les scribes lui demandent : Pourquoi tes disciples mangent-ils avec des mains souillées, au lieu de suivre la tradition des anciens ?

Il leur dit : Esaïe a bien parlé en prophète sur vous, hypocrites, comme il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est très éloigné de moi ; c’est en vain qu’ils me rendent un culte, eux qui enseignent comme doctrines des commandements humains. Vous abandonnez le commandement de Dieu, et vous vous attachez à la tradition des humains. Il leur disait : Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour établir votre tradition.

Car Moïse a dit : Honore ton père et ta mère, et : Celui qui parle en mal de son père ou de sa mère sera mis à mort.

Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou à sa mère : « Ce que j’aurais pu te donner pour t’assister est korbân — un présent sacré » — vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère ; vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous avez transmise. Et vous faites bien d’autres choses semblables.

Il appela encore la foule et se mit à dire : Ecoutez-moi tous et comprenez. Il n’y a rien au dehors de l’être humain qui puisse le souiller en entrant en lui. C’est ce qui sort de l’être humain qui le souille.

Lorsqu’il fut rentré à la maison, loin de la foule, ses disciples l’interrogèrent sur cette parabole. Il leur dit : Etes-vous donc sans intelligence, vous aussi ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui, du dehors, entre dans l’être humain ne peut le souiller ? Car cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, avant de s’en aller aux latrines. Ainsi il purifiait tous les aliments. Et il disait : C’est ce qui sort de l’être humain qui le souille. Car c’est du dedans, du cœur des gens, que sortent les raisonnements mauvais : inconduites sexuelles, vols, meurtres, adultères, avidités, méchancetés, ruse, débauche, regard mauvais, calomnie, orgueil, déraison. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et souillent l’être humain. Marc 7.1-23

 


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Ne doit-on pas se laver les mains avant de manger ?  N’allons-nous pas même jusqu’à utiliser sans cesse des produits désinfectants afin d’éviter de transmettre des virus ou des bactéries ? Cependant, il ne s’agit pas d’hygiène ni de santé pour les interlocuteurs de Jésus, mais de respecter la tradition des anciens.

Dans une société traditionnelle, répéter les gestes, les attitudes, les rites des pères, c’est accomplir ce qui leur a permis de survivre et a donné orientation et sens à leur existence personnelle et collective. Car les rites se fondent sur une histoire et s’accompagnent de paroles et de bénédictions. Par exemple l’ablution des mains dans le judaïsme s’accompagne de la bénédiction suivante : Béni sois-tu Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui nous as sanctifiés par tes commandements et nous as ordonné de nous laver les mains. Il s’agit donc d’une prière de reconnaissance à l’égard du Créateur qui donne la vie et qui fait vivre.

Alors que critique Jésus avec tant de sévérité ?

C’est la tartufferie, la mauvaise langue et la perversité du cœur, qui pousse à utiliser la religion et le nom de Dieu pour dominer et accabler son prochain et non pour le servir et le soutenir.

Jésus s’inscrit donc dans la lignée de Moïse le législateur et d’Esaïe le prophète pour rappeler les exigences fondamentales et les interdits sans appel dont le respect se joue, non dans la démonstration extérieure, mais dans la droiture du cœur. « Il n’y a rien au dehors de l’être humain qui puisse le souiller en entrant en lui. C’est ce qui sort de l’être humain qui le souille. » Et Jésus évoque les raisonnements pervers qui conduisent à justifier toutes les turpitudes.

Cela signifie-t-il qu’il faille abolir les rites ? ET même qu’il faille distinguer, sinon opposer, la foi et la religion ?  Jésus a bien dit qu’il était venu accomplir la loi, et non l’abolir, sans faire de distinguo entre les types de prescription. Il nous laisse responsables d’une question qui n’a pas fini de faire couler de l’encre : la pratique religieuse nous aide-t-telle à mieux nous conduire entre nous en nous rendant conscients que nous agissons devant Dieu, ou bien au contraire nous sert-elle de prétexte et de cache-misère en masquant nos turpitudes sous des masques de dévots ? Mais rejeter les rites nous rend-il meilleurs ?

 

 


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Nous prions pour tous les envoyés de la CEEEFE (commission des églises évangéliques d’expression francophone à l’étranger) qui se sont réunis au Défap du 22 au 24 août.

Je veux t’aimer, Seigneur, pour rien.
Je veux surtout que, dans ma vie,
la prière soit le refuge de la liberté
et du gratuit.
Perdre mon temps,
ce temps si précieux, pour toi.
Le donner largement,
en pure perte, sans calcul.

Ma prière est bien distraite,
elle n’est pas une fleur de qualité,
mais c’est la seule pâquerette
que j’ai trouvée sur ma pelouse.

Je ne cherche pas la gloire
d’être un homme de prière ;
seulement la joie de t’aimer,
comme je peux, pauvrement.

J’ai passé des semaines et des
mois arides comme un désert :
pas de fleurs à l’horizon,
pas beaucoup de temps pour prier.

Mais ce désert,
je l’ai traversé parce que je t’aime un peu.
Et cette traversée vaut peut-être
un perce-neige dans mon bouquet.

Il faudra encore beaucoup de patience,
de longues heures devant toi et bien des services humbles,
bien des déserts aussi, pour atteindre la gratuité.
Je te la demande, Seigneur.
Je n’ai rien pour la payer.
Mais comment paierait-on une telle richesse ?

Michel Serin

 

En complément de cette méditation, retrouvez l’explication du texte biblique de Marc 7.1-23 par Laurence Belling, répondant aux questions d’Antoine Nouis pour Campus Protestant :




La Ceeefe en AG dans les locaux du Défap

Photo des participants de l’AG de la Ceeefe prise dans le jardin du Défap © Ceeefe

Une quarantaine de délégués des Églises membres ont pu partager leurs soucis, leurs joies et les perspectives d’avenir pour les communautés dans 16 pays du monde : recherche de pasteur ici ou là, maintien équilibré des diversités culturelles et spirituelles, mais aussi donner un témoignage positif dans la société : accueillir des migrants, proposer des services d’entraide ; comment maintenir aussi l’usage de la langue française… enfin garder des relations entre les Églises et avec le protestantisme français.

Une rencontre fraternelle et stimulante qui a aussi vécu un temps d’animation biblique avec le pasteur Hans Lung, qui a accueilli aussi la présidente du Conseil national de l’Epudf, la pasteure Emmanuelle Seyboldt ainsi que le président de la Fédération Protestante de France, le pasteur François Clavairoly. Les participants de l’AG ont chanté, prié, écouté la Parole sous la conduite dynamique et joyeuse du pasteur Fidèle Muschidi (Francfort).

La Communauté d’Églises protestantes francophones favorise les contacts avec des Églises locales sur divers continents, lors de voyages professionnels ou touristiques. Elle aide aussi, dans la mesure de ses modestes moyens, à la formation des pasteurs et des responsables, et participe à la réalisation concrète de projets locaux à dimension diaconale.

Les Églises de la CEEEFE sont en lien avec la Fédération protestante de France, avec le Service protestant de Mission, la Cevaa, l’Action des chrétiens en Orient. Toutes les infos sur http://eglises-protestantes-francophones.org/

Retrouvez ci-dessous une sélection d’images de cette Assemblée Générale de la Ceeefe :

 




Quel avenir pour la Mission ? Regard d’un missiologue

Image de la conférence de Jean-François Zorn au soir du 8 juin 2018, en ouverture du Synode missionnaire de DM-échange et mission © DM-échange et mission

À l’heure actuelle, DM-échange et mission a pour activité principale l’envoi de personnes au service d’Églises et de partenaires du Sud. Plusieurs types de séjours et d’engagements sont proposés, des séjours de découverte et de sensibilisation aux mandats professionnels : services civils ou engagements à plus long terme, jusqu’à plusieurs années. Le département missionnaire des Églises protestantes de Suisse romande soutient également des projets de formation, de santé et de développement en Afrique, en Amérique latine et au Moyen-Orient. Ce qui représente vingt postes d’envoyés pour soixante projets soutenus dans treize pays. Toutes ces activités étant financées principalement par des dons privés, ainsi que par des contributions des Églises protestantes du pays, de Pain pour le prochain ou des organismes publics suisses (DDC, DFAE, Cinfo, communes). Mais DM-échange et mission n’échappe pas à la baisse des ressources qui concerne aujourd’hui largement les Églises de Suisse, et s’est engagé dans une réflexion de fond sur ses orientations, son fonctionnement et ses priorités : elle devrait déboucher sur plusieurs scénarios d’avenir possibles, qui seront soumis au vote des délégués lors du Synode missionnaire de novembre 2018.

C’est dans le contexte de ce vaste chantier que s’est tenu le Synode missionnaire du 9 juin 2018, au cours duquel les débats sur l’avenir de la mission ont été notamment alimentés par une conférence de Jean-François Zorn sur le thème : «La mission de partout vers partout : les temps sont-ils mûrs ?», dont vous pouvez retrouver un résumé, ainsi que le texte intégral, sur le site de la Cevaa. Au cours de cette intervention, Jean-François Zorn, historien et missiologue, ancien Secrétaire Général du Défap-Service protestant français de mission, est revenu sur les mutations du mouvement missionnaire depuis un demi-siècle. DM-échange et mission est né en 1963 ; la Cevaa et le Défap ont été créés en 1971 à partir d’un ancêtre commun, la SMEP (Société des Missions Évangéliques de Paris). Une période alors marquée par de grands bouleversements à l’échelle internationale, et notamment par le contexte de la décolonisation, qui a profondément influé sur l’identité et les objectifs de ces nouveaux organismes missionnaires.

«Des éléments à prendre en compte dans les discussions»

Or ce contexte a beaucoup évolué : les Églises du Sud sont devenues responsables de leur propre témoignage, et les Églises du Nord, longtemps engagées dans la mission au Sud, redécouvrent l’urgence de la mission dans leur propre pays. D’où ces interrogations portées par le conférencier : sommes-nous arrivés au temps de la réciprocité dans le témoignage chrétien ? Des deux côtés se cachent des difficultés et des espoirs, qu’il convient de repérer pour bien comprendre le monde dans lequel nous vivons.

Toutes ces questions – signe de leur grande actualité – trouvaient un écho dans la présentation du rapport d’activité 2017 de DM-échange et mission par son Directeur, Nicolas Monnier : «Dans nos partenariats, nous apportons notre expertise et notre soutien financier, soit. Mais plus le temps passe et les contextes évoluent, plus nous réalisons que nos Églises en Suisse auront besoin du témoignage de frères et sœurs touchés par la grâce dans tous les Nazareth du monde. C’est là notre intercession : que l’Esprit du Christ vivant nous prédispose à l’écoute de nos frères et sœurs aujourd’hui témoins jusqu’aux extrémités de la terre.»

Pour Laurent Venezia, qui fait partie du Colloque de direction de DM, cette conférence a permis d’apporter «des éléments à prendre en compte dans les discussions» sur l’avenir du département missionnaire des Églises de Suisse romande. Il s’est félicité de cet apport du «regard de l’historien sur la mise en place des structures missionnaires dans les années 60-70», une période marquée par «la volonté de faire évoluer la mission, avec les notions d’action apostolique, de communauté de travail et d’intérêts. Aujourd’hui, la mission a de nouveau changé, on se retrouve encore à un tournant ; le poids et le rôle des Églises ayant changé à la fois dans le Sud et dans le Nord, des questions qui se posaient il y a une cinquantaine d’années se posent une nouvelle fois aujourd’hui, mais avec des paradigmes complètement différents.» Ce qui questionne à la fois la relation de DM avec les Églises de Suisse, et son rôle dans l’articulation de la mission «là-bas» et «ici».




Le Défap et l’IPT : main dans la main

Vue de l’IPT, côté jardin © IPT

 

Les échanges de professeurs augmentent : cette année, sous l’égide du Défap, des enseignants venus des universités du Cameroun, du Bénin et du Congo ont donné des cours dans les IPT français par sessions de quinze jours à chaque fois.

Réciproquement, ces établissements accueilleront au second semestre des sessions intensives dirigées par des professeurs français. Une logique semblable est envisagée pour l’organisation de colloques.

Par ailleurs, en avril dernier, la doyenne de la faculté de théologie de Ndounge, au Cameroun, a participé à distance aux cours publics proposés par l’IPT de Paris au moyen de leçons qu’elle a mises en ligne sur Internet et que les étudiants parisiens ont donc pu suivre dans le cadre de leur cursus.

 

Échanges théologiques interculturels

C’est par l’ensemble de ces participations, qui relèvent encore de la découverte et de l’expérimentation, que le Défap souhaite promouvoir les échanges interculturels au sein de l’enseignement de la théologie. Même si nous ne pouvons pas encore parler de véritable cursus diplômant spécialisé dans les thématiques interculturelles, comme ce qui a été créé au sein de la faculté de Rome, ces initiatives témoignent néanmoins du désir de la nécessité, pour les Français, de s’ouvrir vers les travaux théologiques produits sur d’autres continents, en Afrique en premier lieu. Cette démarche revêt une importance capitale pour la compréhension de l’autre dans une société occidentale qui devient multiculturelle, et en particulier pour les futurs pasteurs, qui sont d’origine diverse et variée et devront accompagner des communautés elles aussi diverses et variées au sein de nos Églises.

À travers l’aumônerie assurée par le pasteur Tünde Lamboley, responsable jeunesse au Défap, les étudiants de l’IPT de Paris ont fait connaissance non seulement avec la Maison des missions, son histoire, sa bibliothèque et ses archives, mais ils ont également pris conscience que le Défap était un indispensable partenaire pour toute réflexion sur la mission, qu’elle ait lieu ici en France ou dans un pays étranger.

Dans cette perspective, le Défap et Tünde Lamboley ont soutenu l’organisation d’un voyage d’étude à l’Institut œcuménique Al Mowafaqa à Rabat, au Maroc. Ce déplacement a notamment permis une meilleure connaissance de l’islam pratiqué dans ce pays, et les défis qu’il pose aujourd’hui.

Tünde Lamboley, pasteur, responsable Jeunesse et Formation théologique




La Mission, chantier en cours

Vue du chantier du temple de Djibouti, un projet aujourd’hui achevé, porté de longues années par le Défap © Défap

Le synode missionnaire de DM-échange et mission, l’homologue suisse du Défap, qui s’est tenu le 9 juin à Sornetan, est révélateur des transformations et des interrogations qui travaillent le monde de la Mission. Derrière le renouvellement des instances et l’approbation des comptes, cette réunion, équivalent d’une assemblée générale, a été placée sous le signe d’une profonde réflexion sur l’avenir du département missionnaire des Églises protestantes de Suisse romande. DM-échange et mission a lancé depuis des mois un grand chantier de redéfinition de ses objectifs et de ses priorités. Travail dont les premiers résultats devaient alimenter les débats lors du synode missionnaire de juin ; mais comme l’avait annoncé Étienne Roulet, président de DM, peu avant la date du rendez-vous, l’ampleur de la tâche nécessite plus de temps de réflexion. C’est en novembre que seront présentés les divers scénarios envisagés d’évolution de DM-échange et mission. En ce sens, ce 116ème Synode missionnaire aura été, comme l’a noté Laurent Venezia, qui fait partie du Colloque de direction, «un synode de transition».

Les interrogations sont, notamment, d’ordre financier, dans un contexte de restrictions budgétaires qui touche largement les Églises de Suisse, mais avec des implications qui interrogent plus largement le fonctionnement d’un service missionnaire. Comme le souligne Laurent Venezia en se félicitant de «la confiance apportée au travail du Conseil et du Secrétariat», les comptes et le rapport d’activité ont été adoptés à l’unanimité. Le synode missionnaire de Sornetan a d’ailleurs permis de présenter le premier exercice à l’équilibre depuis 7 ans. Mais cet équilibre a été obtenu en partie grâce à des placements financiers, et grâce à une forte diminution des dépenses, parallèle à la diminution des recettes. Derrière l’unanimité du vote, les réflexions sur les pistes à envisager pour le département missionnaire des Églises de Suisse romande étaient bien là, alimentées par une conférence de l’historien et missiologue Jean-François Zorn, ancien secrétaire général du Défap, sur le thème : «La mission de partout vers partout : les temps sont-ils mûrs ?».

Rencontres et réflexion en équipe

Avant DM-échange et mission, d’autres organismes missionnaires ont ainsi été amenés à s’interroger profondément sur leur fonctionnement et leurs objectifs. La Mission s’est construite dans des contextes historiques donnés, à travers des destins individuels et des institutions, a permis de nouer des liens entre Églises par-delà les frontières… DM-échange et mission est né en 1963 ; la Cevaa et le Défap ont été créés en 1971 à partir d’un ancêtre commun, la SMEP (Société des Missions Évangéliques de Paris). Une période alors marquée par de grands bouleversements à l’échelle internationale, et notamment par le contexte de la décolonisation, qui a profondément influé sur l’identité et les objectifs de ces nouveaux organismes missionnaires. Or ce contexte a beaucoup évolué. Dans un monde devenu de plus en plus mouvant, plus mobile, où l’apparente dilution des frontières masque mal l’émergence de nouvelles lignes de fracture, quelles formes la Mission doit-elle prendre ?

Au Défap, le chantier est lancé depuis de nombreux mois. Certaines étapes sont bien visibles et identifiables : ainsi, au cours du mois de mars 2018, le président du Service protestant de mission appelait lors de son message d’ouverture de l’Assemblée générale à une «refondation». D’autres sont plus discrètes, comme les rencontres entre organismes missionnaires : au début du mois de mai a ainsi eu lieu à Sète une rencontre entre les Secrétariats de la Cevaa – Communauté d’Églises en Mission, du Défap, et de DM-échange et mission. Deux mois auparavant, c’est à Strasbourg et à l’initiative de l’UEPAL (Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine), que s’était déroulée une autre rencontre à laquelle participait le Défap avec quatre organismes missionnaires : la mission de Hermannsburg, Mission 21, la Société luthérienne de mission, l’Action Chrétienne en Orient. Son thème : «Mission, aide au développement, solidarité internationale… le cœur de métier des œuvres et comment l’appeler aujourd’hui». Au cours des mois écoulés, le Défap a également eu l’occasion de recevoir des représentants de la mission norvégienne. Moins visible encore, mais fondamental, est le travail de réflexion qui se déroule depuis des mois au Défap, et auquel tous les permanents de l’équipe sont associés. Organisation du travail, synergies entre les services, articulation entre la Mission au près et la Mission au loin : tous les thèmes sont abordés.




De l’appel à l’envoi : devenir témoin !

Il appela ses douze disciples et se mit à les envoyer deux par deux.

Il leur donna le pouvoir de soumettre les esprits mauvais et leur fit ces recommandations :

« Ne prenez rien avec vous pour le voyage, sauf un bâton ; ne prenez pas de pain, ni de sac, ni d’argent dans votre poche. Mettez des sandales, mais n’emportez pas deux chemises. »

Il leur dit encore : « Quand vous arriverez quelque part, restez dans la maison où l’on vous invitera jusqu’au moment où vous quitterez l’endroit. Si les habitants d’une localité refusent de vous accueillir ou de vous écouter, partez de là et secouez la poussière de vos pieds : ce sera un avertissement pour eux. »

Les disciples s’en allèrent donc proclamer à tous qu’il fallait changer de comportement. Ils chassaient beaucoup d’esprits mauvais et guérissaient de nombreux malades après leur avoir versé quelques gouttes d’huile sur la tête. Marc 6,7-13

 


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D’abord appelés auprès de lui par Jésus, les disciples sont maintenant envoyés. Cette dynamique – de rassemblement puis de mouvement missionnaire, vaut aussi pour toute Église qui se veut vivante et fidèle.

Jésus ne souhaite rien garder pour lui et il fait confiance à ceux qui répondent à son appel. Il a affronté les esprits mauvais pour délivrer leurs victimes, ainsi il donne à ses disciples pouvoir de les vaincre. Ces esprits mauvais, ce sont toutes ces forces de mort qui nous font souffrir dans notre âme, notre intelligence, et même notre corps. Il peut s’agir de maladies mais aussi de tout ce qui menace l’être humain, la vie et la création : l’idolâtrie, le fanatisme, les addictions, le cynisme, la volonté de puissance et de domination, tout ce qui détruit les relations et « scandalise » les petits.

Mais pour pouvoir remplir sa mission, il faut être léger sur le chemin, dit Jésus : des sandales, une seule tunique, un bâton, pas d’argent, pas de pain ! On pourrait ajouter : pas de préjugés, de dogmes, de certitudes, et même de bons sentiments – surtout pas celui de notre supériorité généreuse ! Car alors nous n’aurons aucune disponibilité intérieure pour rencontrer ceux dont nous espérons l’accueil.

Alors, suggère Jésus, il faudra savoir prendre le temps, s’attarder, demeurer les uns avec les autres.

Ajoutons que pour la mission Jésus nous fait un merveilleux cadeau en nous prescrivant d’aller à deux : le compagnon de route est celui qui figure la présence de Dieu à nos côtés. Avec lui nous partagerons nos doutes, nos joies et nos peines, nos découragements, nos idées et nos analyses, nos espoirs, nos peurs, nos rires, notre prière.

 

 


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Nous prions pour les futurs envoyés, en formation au Défap du 9 au 20 juillet.

Ô Dieu, nous te rendons grâce !
Pour l’ensemble de la famille humaine
Pour les chrétiens de toutes confessions et de toutes traditions
Mais aussi pour tous ceux qui professent d’autres religions ou qui n’en professent aucune
Et en particulier pour ceux qui sont nos amis et nos voisins.
Pour l’extrême diversité des expériences humaines et pour les dons que nous nous apportons mutuellement quand nous nous rencontrons dans un esprit d’accueil et d’amour.
Pour le dialogue dans les communautés, et pour l’enrichissement mutuel et la meilleure compréhension qui en découlent
Pour les mouvements qui établissent et soutiennent les droits des personnes de toutes convictions religieuses.
Et nous te prions
Pour que les êtres humains, quelle que soit leur religion, puissent être libres d’affirmer leurs convictions avec intégrité et s’écoutent les uns les autres avec humilité.
Pour que les Églises accomplissent un ministère de réconciliation dans un monde divisé par la suspicion et l’incompréhension ; et qu’elles exercent une action réparatrice là où l’intolérance religieuse divise la communauté humaine.
Pour que les Églises témoignent avec amour et vérité de Celui qu’elles appellent Seigneur.
En son Nom nous t’en prions. Amen

« Jésus-Christ, vie du monde » COE 1983. Expressions de la foi universelle, publication Défap

 

En complément de cette méditation, retrouvez l’explication du texte biblique de Marc 6,7-1 par Florence Taubmann, répondant aux questions d’Antoine Nouis pour Campus Protestant :




Quels engagements pour les volontaires du Défap ?

Travaux de groupes sur les dispositifs d’envoi des volontaires internationaux © Défap

Mardi 10 juillet, 9h30 : la session de formation des futurs envoyés en est à son deuxième jour. Divisés en quatre groupes, certains dans la chapelle, d’autres répartis en divers lieux du 102 boulevard Arago comme le Salon rouge ou le jardin, les participants travaillent sur plusieurs textes encadrant les envois de volontaires – textes dont le Défap est signataire. Pour les uns, c’est la charte «VIES» de France Volontaires (la «Charte des volontariats internationaux d’échange et de solidarité»). Elle a été lancée lors du Salon des Solidarités, en juin 2014, par Annick Girardin, Secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie. Pour un autre groupe, c’est un exemplaire de la «Charte des associations de volontariat de solidarité internationale», un texte de 2009. Il est demandé à tous les participants, dans un premier temps, de repérer des mots clés, révélateurs de l’esprit de chaque charte. De manière à confronter ensuite les travaux des divers groupes pour permettre aux futurs envoyés du Défap de trouver les valeurs qui les réunissent.

Les discussions s’engagent peu à peu au sein des groupes. On débat sur les expressions les plus significatives. Faut-il mettre en exergue le «rapprochement entre les peuples», les «relations solidaires», la «réciprocité des échanges», le «lien social», le «projet collectif» ? Au bout de trois quarts d’heure, tout le monde est de retour dans la chapelle ; commence alors le travail en commun de rédaction de ce qui deviendra la «Charte de la formation au départ 2018». Un rétroprojecteur, relié à un ordinateur, projette sur un grand écran une page blanche de traitement de texte, où vont venir s’inscrire en direct les commentaires des participants.

«Le but est de savoir ce qui vous a réunis au Défap»

«Vous êtes tous arrivés au Défap par des parcours différents, souligne Laura Casorio, du service Relations et Solidarités Internationales du Défap, qui anime cette partie de la session de formation. Vous allez ensuite partir sur des missions différentes, et vous aurez chacun à construire votre propre parcours. Mais vous êtes tous ici aujourd’hui ; le but est de savoir ce qui vous a réunis au Défap, pour tenter de le formaliser dans un texte commun. Et comme pour toute charte, il nous faut un préambule. Qui peut me donner une déclaration introductive ?»

Les concepts fusent : on parle d’engagement, de solidarité, de liberté, de laïcité, de réciprocité, de respect de l’environnement et de la culture du pays d’accueil, de développement durable dans le respect des objectifs de l’Onu ; on évoque la nécessité de missions conçues dans la durée, qui permettent l’autonomisation de la population, qui renforcent la société civile… Avec de nouveaux questionnements qui se font jour. La mention du concept de laïcité exclut-elle toute référence au religieux ? De même que le terme de «société civile» ? À ce point de la discussion, Jean-Luc Blanc, qui s’est associé aux travaux de l’un des groupes, prend la parole. Pasteur et actuellement secrétaire général du Défap, il était auparavant responsable du service Relations et Solidarités internationales. «Quand on parle dans le monde des ONG de renforcer la société civile, remarque-t-il, il s’agit de renforcer tout ce qui relève du pouvoir des citoyens, à l’exclusion du politique. Ce qui inclut aussi les Églises. Il s’agit d’éviter que la société n’existe pas seulement dans la soumission au politique…»

Travaux de groupes sur les dispositifs d’envoi des volontaires internationaux © Défap

D’autres concepts se rajoutent au gré des échanges : on évoque le droit de parole du volontaire, la nécessité de respecter la relation d’Église à Église sans chercher à imposer une vision particulière… Mais les débats vont déborder de l’horaire prévu. Ayant rédigé en direct une première version, Laura Casorio montre le texte qui s’affiche à l’écran : «Je vais l’imprimer et l’afficher, avec une feuille à côté pour y inscrire des remarques. Vous pourrez noter en rouge ce que vous voudriez supprimer, en vert écrire des choses que vous voudriez ajouter. C’est un texte qui va évoluer jusqu’à son adoption par tous les futurs volontaires de cette session, mercredi prochain.» La séance est levée, mais les débats continuent.




Suivez la formation des envoyés, en direct et en images

Beaucoup de choses se nouent à la fois lors d’une session de formation des envoyés du Défap. Sur le plan personnel, car c’est pour chacun un moment crucial de maturation de ses motivations, et de première approche de ce qui constituera son cadre de vie et de travail pour plusieurs mois ou plusieurs années. Sur le plan des échanges, car c’est un temps privilégié de rencontres entre futurs envoyés, avant qu’ils ne partent tous dans divers pays, sur le lieu de leur mission. Sur le plan des relations avec le Défap, enfin : la session de formation, c’est en quelque sorte la dernière phase du recrutement des envoyés.

C’est donc un moment dense. Riche en termes de contenu : témoignages d’anciens envoyés, ateliers, interventions de permanents du Défap et de consultants extérieurs sur des thématiques allant des questions de sécurité ou de santé aux relations internationales (inégalités Nord/Sud, images de la France à l’étranger) en passant par les relations interreligieuses… Un moment qui cristallise sur deux semaines l’activité de toute une année du Défap.

Ci-dessous, retrouvez les images de cette formation 2018 :

 




Formation des envoyés : à l’heure des premiers contacts

Ouverture de la session 2018 de la formation des envoyés du Défap : premiers échanges dans le jardin… © Défap

Ils s’appellent Paul, Aurélie, Soledad, Olivier, Guiem, Patty, Ben, Ingrid, Shannon ; ils partent pour Madagascar, la Guadeloupe, la Tunisie… Pour l’heure, tous sont réunis dans le jardin du Défap, autour d’une table où sont disposés café, gâteaux, jus de fruits. La journée est déjà chaude, on a tendance à chercher l’ombre des arbres pour échapper au soleil, et la rumeur de la vie parisienne est étouffée, déjà mise à distance. Nous sommes au matin du 9 juillet, en ce début d’été 2018, et la session de formation des envoyés commence tout juste. Les uns et les autres prennent contact, font connaissance. On se présente. Les permanents du Défap sont là aussi, circulant parmi les groupes. Des papiers ont été distribués pour favoriser les échanges sous forme de jeux ; ce sont des grilles de questions, que chacun est incité à poser aux personnes qu’il rencontre pour pouvoir compléter la feuille, et le tutoiement vient facilement : pars-tu pour la première fois avec le Défap ? Seul ou en famille ? Pour quel pays ?

Bientôt, Laura Casorio intervient, pour déclarer cette session de formation ouverte. Responsable du suivi des envoyés tout au long de l’année, c’est elle qui coordonne ces deux semaines avec leurs diverses thématiques (problématiques administratives ou de santé, questions interculturelles, relations interreligieuses, visions de la France à l’étranger) et leurs divers ateliers.

Un autre regard sur les relations Nord-Sud

Réunis en demi-cercle à l’arrière du bâtiment du Défap, face à la terrasse, futurs envoyés et permanents se présentent plus formellement, en quelques mots. Avant de passer dans la chapelle et de prendre place autour d’une série de tables disposées en «U», pour la première intervention de la journée : une présentation générale du cadre dans lequel opère le Défap. Histoire des missions et de leur évolution historique en fonction d’un contexte qui a subi de profondes mutations – notamment autour des années 60 ; première approche de la vision du monde que la mission implique aujourd’hui… Avec, déjà, quelques remises en cause de conceptions qui passent trop facilement pour des vérités établies.

Jean-Luc Blanc, le nouveau secrétaire général du Défap, chargé de cette présentation, projette par exemple sur l’écran un planisphère où le pôle sud est en haut, le pôle nord en bas. Ce n’est pas la seule différence par rapport aux cartes habituelles : les frontières n’y figurent pas. Et à la place des noms de pays sont indiqués des noms de peuples ou d’ethnies… Quelques données chiffrées viennent aussi donner des relations Nord-Sud une image différente, avec des relations qui sont passées au fil du temps de la dépendance à l’indépendance, et des enjeux qui sont en train de se transformer radicalement : ainsi en 2050, un quart de l’humanité vivra en Afrique ; 60% des réserves de terres cultivables se trouvent sur le continent africain, de même qu’un tiers des réserves minières… Le taux de croissance de toute la zone Afrique est de 5% par an sur la dernière décennie, et de nombreux pays y affichent des croissances à deux chiffres… De quoi remettre en cause sérieusement l’image bien établie d’un Nord venant en aide au Sud, avec tout ce qu’elle implique de relations biaisées : comme le dit un proverbe africain cité par Jean-Luc Blanc, «la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit».

… et première présentation de la formation : une introduction au contexte dans lequel évolue le Défap © Défap

La pause de midi donne lieu à un premier repas partagé entre tous les participants de la formation, futurs envoyés et membres de l’équipe du Défap. L’après-midi, la parole est à Florence Taubmann, responsable du service Animation-France, pour une présentation sur le thème : «Être envoyé en mission». «Vous avez décidé de partir, note-t-elle en introduction ; ce n’est pas le choix de tout le monde. Certains en rêvent et ne le font pas, d’autres ne l’envisagent même pas… Il y a ceux qui partent, et ceux qui restent : comme s’il y avait en nous un appel, que certains entendent et d’autres pas.» Et de souligner que cet appel s’inscrit nécessairement dans une histoire collective, qui lui donne son sens. Après quoi, l’assistance est invitée à réfléchir par groupes sur les motivations qui poussent à partir en mission, sur les conditions de ce départ – qu’emporte-t-on, que laisse-t-on derrière soi ? Quelles différences entre partir seul ou à deux ? Qu’est-ce qui peut amener à se sentir bien ou mal accueilli ?

Puis vient l’heure de la visite, en deux groupes, de la maison Défap et de sa bibliothèque…




Rencontrez les futurs envoyés du Défap lors du culte d’envoi




Nul n’est prophète en son pays !

Jésus quitta cet endroit et se rendit dans la ville où il avait grandi ; ses disciples l’accompagnaient. Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Ses nombreux auditeurs furent très étonnés. Ils disaient : « D’où a-t-il tout cela ? Qui donc lui a donné cette sagesse et le pouvoir d’accomplir de tels miracles ? N’est-ce pas lui le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon ? Et ses soeurs ne vivent-elles pas ici parmi nous ? »

Et cela les empêchait de croire en lui.

Alors Jésus leur dit : « Un prophète est estimé partout, excepté dans sa ville natale, sa parenté et sa famille . »
Jésus ne put faire là aucun miracle, si ce n’est qu’il posa les mains sur quelques malades et les guérit. Et il s’étonnait du manque de foi des gens de sa ville.
Marc 6,1-6

 


Source : Pixabay

 

Que Jésus désire retourner à Nazareth, qui est son village, semble naturel. Qu’il se rende à la synagogue où il a reçu son éducation juive relève d’un sentiment que l’on peut vraiment comprendre. Qu’il s’avance pour les lectures et le commentaire afin de faire profiter les siens de son enseignement et de ses dons, là encore nous entendons pleinement sa démarche.

Et pourtant dira-t-il, comme s’il le savait déjà à l’avance, « nul n’est prophète en son pays. »

Mais justement, c’est sans doute là que le bât blesse. Ce n’est pas en rabbi, en commentateur de la loi que Jésus intervient mais sur un ton prophétique. L’évangéliste Marc ne l’explicite pas, mais Matthieu et Luc le font, en citant même les versets d’Esaïe que proclame Jésus. Cette lecture est celle que l’on appelle la haftara (qui signifie ouverture) dans l’office synagogal.

L’autorité singulière de Jésus étonne ceux qui le côtoient depuis toujours. Comment imaginer que celui que l’on croit connaître par cœur soit devenu ce quasi inconnu qui accomplit et annonce des choses si surprenantes, et bientôt dérangeantes ?

Ne peut être prophète en son pays que celui qui caresse les aspirations, les rêves, les fantasmes des siens dans le bon sens, celui que la Bible qualifie souvent de faux-prophète comme ce fut le cas pour Hanania opposé à Jérémie.

Le vrai prophète porte et incarne la Parole de Dieu et cette Parole est tranchante ! Elle dévoile la vérité et le mensonge, décrie tous les abus de pouvoir et appelle à la justice et à l’amour, renverse l’ordre établi quand nécessaire et dénonce le mensonge des idéologies, si belles qu’elles puissent paraître.

A sa famille, à ses voisins, aux gens de Nazareth comme aux autres Jésus ne veut offrir que la vie, la joie, la liberté des enfants de Dieu. Comment ne s’étonnerait-il pas à son tour du manque de confiance des gens de sa ville ?

 

 


Saliba Douaihy Peintre libanaise ( 1915-1994)

 

Nous prions pour nos envoyés au Liban et pour tout le peuple libanais.

Dis-leur ce que le vent dit aux rochers…
Dis-leur ce que le vent dit aux rochers, ce que la mer dit aux montagnes.
Dis-leur qu’une immense bonté pénètre l’univers.

Dis-leur que Dieu n’est pas ce qu’ils croient
Qu’il est un vin que l’on boit,
Un festin partagé
Où chacun donne et reçoit.

Dis-leur qu’Il est le joueur de flûte
Dans la lumière de midi.
Il s’approche et s’enfuit bondissant vers les sources.

Dis-leur que sa voix seule peut t’apprendre ton nom.
Dis-leur son visage d’innocence, son clair-obscur et son rire.
Dis-leur qu’il est ton espace et ta nuit, ta blessure et ta joie.

Mais dis-leur aussi qu’il n’est pas ce que tu dis et que tu ne sais rien de lui.

 

En complément de cette méditation, retrouvez l’explication du texte biblique de Marc 6,1-6 par Florence Taubmann, répondant aux questions d’Antoine Nouis pour Campus Protestant :